| (Paris, le 10 septembre 2004)
(Le Secrétaire d'état américain a déclaré
hier qu'il s'agissait vraiment d'un génocide au Darfour, et il a
cité des témoignages allant dans ce sens. Quelle est la position
de la France sur ce sujet ?)
S'agissant de cette situation au Darfour, d'abord, il est clair aux
yeux de tous qu'il y a eu et qu'il y a des exactions très graves,
qu'il y a des violations massives du droit humanitaire international, des
violations massives des droits de l'Homme. Il est clair également
que c'est inacceptable. On peut évidemment discuter de la qualification
de ces actes, de ces violations massives, on peut discuter du point de
savoir s'il s'agit ou non d'un génocide et c'est une question légitime
et importante. Mais surtout, ce qui nous paraît le plus important,
c'est que la communauté internationale continue à se mobiliser,
comme elle le fait actuellement, pour sortir de la situation actuelle au
Darfour. Et nous, finalement, nous nous en tenons à ce que disent
ceux qui sont les mieux placés pour en juger, à savoir le
Secrétaire général des Nations unies et son représentant
spécial M. Jan Pronk qui ont tous deux fait un rapport à
l'intention du Conseil de sécurité. L'expression qu'ils utilisent
est bien celle-là : violations graves, massives du droit humanitaire
international et des droits de l'Homme.
On peut,et on doit évidemment aussi réfléchir
à un certain nombre d'axes de travail, à ce qu'il faut faire.
Vous le savez, un projet de résolution du Conseil de sécurité
est en discussion à New York depuis avant hier. Il comporte l'idée
de la création d'une Commission internationale d'enquête et
on peut parfaitement réfléchir à ce sujet. D'ailleurs,
dès le mois de juillet dernier, au CAG, les ministres des Affaires
étrangères de l'Union européenne s'étaient
prononcés en faveur de la création d'une telle Commission
d'enquête. Il est incontestable qu'elle pourrait apporter un éclairage
qui serait indiscutable sur ces questions.
Mais notre approche est surtout de continuer à nous investir
pour résoudre les problèmes actuels, de continuer à
nous mobiliser sur le plan politique c'est tout le processus d'Abuja que
nous appuyons, c'est-à-dire que nous continuons à soutenir
tous les efforts de l'Union africaine. Cette notion d'appropriation du
règlement de la crise au Darfour par l'Union africaine, est pour
nous tout à fait essentielle, elle signifie qu'il faut continuer
à exercer des pressions sur les parties dans le cadre des pourparlers
d'Abuja. Il faut continuer à se mobiliser sur le plan de la sécurité,
là encore continuer à faire pression sur les parties, et
d'abord sur le gouvernement soudanais, pour que les violences s'arrêtent,
pour que cessent les exactions des milices, notamment des Janjawids. Il
faut soutenir, et nous le faisons, la Commission d'observation du cessez-le-feu
de l'Union africaine déployée sur le terrain depuis le mois
de juillet, et dont il est probable que l'on pourrait revoir à la
hausse à la fois le mandat et les effectifs. Enfin, et ce n'est
pas le moindre, une mobilisation sur le plan humanitaire, et là,
beaucoup est déjà fait. L'Europe, globalement a déjà
consacré 287 millions d'Euros à l'aide humanitaire aux populations
affectées par la crise du Darfour, la France elle-même en
est à 29 millions d'Euros, il faut donc être très proactifs,
très mobilisés et je vous rappelle que, par exemple, nous
avons offert la contribution des éléments militaires français
du Tchad pour effectuer des transports aériens à la demande
des intervenants humanitaires.
Voilà une sorte de panorama sur cette crise du Darfour que nous
suivons vraiment de très très près. Et il est important
de ne pas oublier que la mobilisation, dans notre cas, a démarré
très tôt ., nous avons été parmi les tous premiers,
sinon même les premiers à alerter l'opinion internationale,
la communauté internationale sur la gravité de la situation
qui se développait au Darfour. Je vous rappelle que Dominique de
Villepin, en février je crois, avait été l'un des
tous premiers ministres des Affaires étrangères à
se rendre sur place pour prendre la mesure du problème et en parler
avec le gouvernement soudanais, mais aussi avec les autres gouvernements
de la région.
Pour finir, il y a un autre thème de mobilisation qu'il ne faut
pas perdre de vue, c'est celui de la lutte contre l'impunité. Il
est clair que les responsables des violations massives des droits de l'homme
commises sur le terrain doivent répondre de leurs actes. A cet égard,
nous avons participé au financement du déploiement d'observateurs
du Haut Commissariat aux droits de l'Homme sur le terrain et nous avons
appuyé le principe d'un accès direct de Mme Arbour au Conseil
de sécurité sur ce dossier.
(On parle du Darfour depuis un an maintenant, déjà une
mission là-bas a fait un rapport, une résolution demande
un troisième rapport sur le Darfour, je ne sais pas si tout le monde
se rend compte de ce qui se passe là-bas, de ce qui s'est passé.
Quel le but d'un nouveau rapport sur le Darfour ?)
Le but est clairement d'appuyer, d'impulser et de faire des pressions
pour que le processus politique avance, et aussi pour que la situation
sécuritaire s'améliore. Le fait est d'ailleurs que, si vous
lisez le rapport de M. Pronk qui a été présenté
la semaine dernière, certaines améliorations ont été
constatées. La situation reste loin d'être satisfaisante,
mais il y a des progrès. Il y a également des progrès
sur le plan humanitaire. Donc il faut continuer et il faut que la communauté
internationale reste mobilisée sur cette crise sérieuse.
(Dans un journal britannique, on dit que la France fait partie des
pays qui ne s'investissent pas assez, qui ne sont pas suffisamment généreux
dans leur aide. Avez-vous une réaction ?)
Je n'aime pas polémiquer avec des ONG qui sont par ailleurs
tout à fait respectables et qui font un très bon travail,
mais il faut quand même prendre la mesure de ce que nous avons fait.
Je vous l'ai dit, la contribution française s'élève
à 29 millions d'euros au total pour cette année. Je peux
vous en donner le détail, si vous le souhaitez. Il y a, d'abord,
notre contribution au titre de l'Union européenne ., vous savez
que nous finançons une part très substantielle de l'aide
de l'Union européenne ., cela représente pratiquement 19
millions d'euros au titre du FED, au titre d'ECHO, au titre de l'aide alimentaire
et, ne l'oublions pas, au titre du financement des réunions politiques
à Ndjamena au mois d'avril et à Addis-Abeba au mois de juillet.
Ce sont donc 19 millions au titre de l'Union européenne.
En bilatéral, nous avons consacré presque 9,5 millions
d'Euros, à l'aide alimentaire bien sûr, mais aussi, à
l'appui logistique. Vous vous souvenez que nous avions décidé
en juillet de financer des vols de gros porteurs, 2 Antonovs, 2 hélicoptères
lourds que nous avons loués. Nous avons fait une contribution bilatérale
au HCR, nous en avons fait une au comité international de la Croix
Rouge, au Haut Commissaire aux droits de l'Homme. Nous appuyons des ONG,
nous appuyons la Commission de cessez-le-feu, et je vous parlais de nos
moyens aériens au Tchad : au jour d'aujourd'hui, ils ont transporté
déjà plus de 500 tonnes d'équipements et de matériels
au profit des opérateurs humanitaires. Rien que cela représente
plus d'un million et demi d'Euros en heures de vol.
Je mentionnerai, enfin, les missions de reconnaissance et de sécurité
que nous faisons au Tchad.
Donc, honnêtement, je ne crois pas que l'on puisse, le moins
du monde, accuser la France, ni d'indifférence, ni de mollesse dans
sa réaction ., au contraire, la mobilisation est forte et les chiffres
que je vous ai donnés le montrent assez.
(Si l'Union européenne fait 287 millions d'Euros d'aide et la
France 19, cela fait à peu près 5 à 6 pour cent de
l'aide européenne. Quels sont les gros pays contributeurs pour l'Union
européenne ?)
Ce chiffre de 287 millions comprend le communautaire qui est de l'ordre
de 107 millions d'Euros et les contributions nationales, bilatérales
des états membres. Vous savez que notre fourchette de participation
varie, mais je vous signale qu'elle se monte quand même à
25 pour cent du FED et à 17 pour cent du programme ECHO. D'autres
pays ne contribuent que pour des montants bien inférieurs à
ces clefs de répartition. Je crois que la réponse est là
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