Le Soudan dans la Presse

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2005

1er semestre

2ème semestre


Juillet 2008

Interview de Marina Peters par le Conseil de Eglises chrétiennes
31 juillet 2008

Au Soudan, la paix prendra sans doute encore du temps

 

L'Express
31 juillet 2008

Accord à l'ONU sur la question du Darfour et de Bachir

Le Monde
31 juillet 2008

La communauté internationale accusée de "trahir" la force de paix au Darfour

Cameroun Info
25 juillet 2008

CPI : Les présidents africains tremblent….

Afrique en ligne
25 juillet 2008

Probable arrêt des poursuites contre El Bachir

Jeune Afrique
23 juillet 2008

Au Darfour, Béchir qualifie de "mensonges" les accusations de génocide

Nations Unies
New York
bureau de presse
23 juillet 2008

L'ONU signe avec le Soudan un programme d'assistance pour la période 2009-2012

Jeune Afrique
22 juillet 2008

Justice internationale jusqu'où ira la CPI ?

Jeune Afrique
22 juillet 2008

L'homme de la semaine : Luis Moreno-Ocampo, procureur de la Cour pénale internationale

Agence France Presse
22 juillet 2008

L'ONU ne peut interférer dans la procédure de la CPI contre Béchir

Agence France Presse
21 juillet 2008

l'Union africaine demande à l'ONU un sursis dans la procédure de la CPI

Le Monde
19 juillet 2008

Renforts chinois pour la force d'interposition au Darfour

Xinhuanet
19 juillet 2008

Le Soudan écarte la possibilité de remettre deux Soudanais à la CPI

Reuters
18 juillet 2008

Nouvelle victime au sein de la Minuad : Un soldat nigérian tué par balle au Darfour

Xinhuanet
18 juillet 2008

Le Sud-Soudan dénonce les accusations de la CPI à l'encontre du président el-Béchir

Angola Presse
17 juillet 2008

CPI-SOUDAN: Le mandat d`arrêt de la CPI, une épée de Damoclès sur Omar el-Béchir

Radio Canada
17 juillet 2008

Le sort d'El-Béchir discuté à l'ONU

La Croix
17 juillet 2008

Les poursuites contre Omar El Béchir complique la donne

La Croix
17 juillet 2008

Les ONG américaines profitent des JO pour dénoncer « la complicité » de la Chine

La Croix
17 juillet 2008

Au Darfour, la faiblesse de l'ONU nuit aux déplacés

La Croix
16 juillet 2008

Omar El Béchir, un président qui aime trop la guerre

Agence France Presse
16 juillet 2008

Les Nations Unies poursuivent l'évacuation de ses membres non essentiels au Darfour

Le Figaro
16 juillet 2008

La question soudanaise gêne Pékin avant les JO

Le Monde
16 juillet 2008

Khartoum dénonce les « mensonges du procureur de la CPI

Le Nouvel Observateur
15 juillet 2008

L'Onu prend des mesures avant des manifestations anti-CPI

Nations Unies
New York
bureau de presse
15 juillet 2008

Les accusations de génocide au Soudan divisent la communauté internationale

Jeune Afrique
15 juillet 2008

La demande de mandat d'arrêt contre Béchir provoque des réactions très diverses

Reuters
15 juillet 2008

L'inculpation du président soudanais, dilemme pour Pékin

Le Monde
15 juillet 2008

Khartoum se mobilise avant l'inculpation de son président

Le Figaro
15 juillet 2008

La force de paix évacue une partie de son personnel du Darfour

Le Monde
15 juillet 2008

Omar Al-Béchir, le symbole d'un régime sanglant et autoritaire

Le Figaro
14 juillet 2008

Ban Ki-moon : «Paris contribue beaucoup à la paix»

Libération
14 juillet 2008

La Cour pénale internationale demande l'arrestation du président soudanais

Nations Unies
New York
bureau de presse
14 juillet 2008

Ben Ki-moon souligne l'indépendance de la CPI

Le Point
14 juillet 2008

Le procureur de la CPI réclame l'arrestation du président soudanais pour génocide

Vingt minutes
14 juillet 2008

Réactions très diverses à la demande de mandat d'arrêt contre Béchir

Fédération des droits de l'homme
14 juillet 2008

Communiqué de Presse du 14 juillet 2008 de la Fédération internationale des ligues des droits de l'Homme

L'Express
13 juillet 2008

Manifestation à Khartoum pour Omar al Bachir et contre la CPI

La presse canadienne
13 juillet 2008

L'inculpation du président soudanais pourrait accroître la violence au Darfour

Le Monde
13 juillet 2008

Le Soudan menace de réagir violemment à l'inculpation de son président

Le Monde
12 juillet 2008

Une décision qui risque d'embraser la région, au-delà du Darfour

Le Monde
12 juillet 2008

Le Soudan demande une réunion extraordinaire de la Ligue arabe

Le Monde
12 juillet 2008

Le chef de l'Etat soudanais menacé d'une accusation de génocide par la CPI

Agence France Presse
11 juillet 2008

Le Soudan met en garde contre toute mesure de la CPI visant le président

Radio France Internationale
11 juillet 2008

Le président Omar el-Béchir dans la ligne de mire

 

Agence France Presse
11 juillet 2008

Le Soudan produira plus de 500.000 bj en 2009

L'Express
11 juillet 2008

Les humanitaires redoutent des violences au Soudan

Courrier International
11 juillet 2008

La CPI veut inculper le président soudanais

Le Parisien
11 juillet 2008

Crimes au Darfour: le procureur de la CPI va viser Omar el-Béchir lundi

Jeune Afrique
10 juillet 2008

Le procureur de la CPI va nommer des responsables de crimes

Agence France Presse
9 juillet 2008

Attaque au Darfour: sept soldats de la Minuad tués

Le Monde
9 juillet 2008

Un ancien ministre soudanais devenu chef de guerre

Le Monde
9 juillet 2008

Khalil Ibrahim, le Darfouri qui a porté la guerre à Khartoum

Courrier International
2 juillet 2008

La diplomatie burkinabé au chevet du Darfour

 

Suisse romande
1 er juillet 2008

Le géant pétrolier français Total a repris pied au Soudan

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Au Soudan, la paix prendra sans doute encore du temps

 

 

En mars dernier, Marina Peter a reçu la Croix du Mérite au ruban (une des plus importantes distinctions de la République fédérale d'Allemagne) en reconnaissance des services rendus au Forum œcuménique du Soudan dont elle a été la coordinatrice européenne depuis 1997. Fondé en 1994, ce Forum est un réseau composé d'Eglises du Soudan et de partenaires œcuméniques internationaux, parmi lesquels figurent plusieurs agences de développement des Eglises allemandes, françaises. Le Forum travaille en faveur de la paix et des droits de la personne, et ses activités se déroulent en Europe et au Soudan.

 

Marina Peters a acquis un sens aigu de la complexité d'un pays presque aussi étendu que l'Europe occidentale et qui connaît des guerres internes depuis plus de 50 ans. A son avis, ce n'est qu'en abordant le Soudan "dans sa complexité et dans sa totalité" qu'on parviendra à la paix.

 

Interview de Marina Peter réalisé par Juan Michel (*)

 

Plus de vingt années de travail d'intervention en faveur du Soudan au nom des Eglises ont valu à Marina Peter, coordinatrice européenne du Forum œcuménique du Soudan, de recevoir une décoration de la part du gouvernement allemand et

 

Le procureur de la Cour pénale internationale (CPI) a accusé Omar el-Béchir, président du Soudan, de génocide au Darfour, entre autres crimes. Quelles conséquences cela pourrait-il avoir?

 

Les conséquences de cette initiative discutable ne sont pas encore très claires, mais cela change effectivement quelque chose au Soudan. Tout le monde craint le pire, mais il me semble qu'il est trop tôt pour décider. De toute façon, il y a longtemps que le processus de paix au Soudan va mal.

Nombreux sont les militants de la paix au Soudan, y compris des organisations humanitaires et des Eglises, ainsi que leurs partenaires du Forum œcuménique du Soudan, qui doivent faire une évaluation précise des scénarios envisageables et qui préfèrent actuellement adopter en public un profil bas.

Il me semble qu'il faut s'attacher à l'indépendance de la justice. Les juges de la CPI doivent analyser les preuves qui leur sont soumises par le procureur et agir en fonction de cette analyse.

 

Vous avez fait allusion au Forum œcuménique du Soudan, qui est un groupe d'intervention rassemblant les Eglises du Soudan et leurs partenaires internationaux, avec l'appui du Conseil œcuménique des Eglises. Ce Forum soutient l'idée d'une "approche globale du Soudan". Qu'est-ce que cela signifie?

 

Le Soudan est un pays très étendu où l'on trouve de très nombreux groupes ethniques, des cultures, des accords de paix et des situations de conflit en si grand nombre que l'on a de la peine à voir le pays dans son ensemble. Certains vont s'intéresser au sud, d'autres au centre et, avec la crise du Darfour, tout le monde parle de cette région presque comme s'il s'agissait d'un pays à part. Si l'on veut travailler à un avenir meilleur pour la population, il faut d'abord comprendre la complexité et l'interdépendance de ce pays.

 

Est-ce que l'on s'intéresse trop au Darfour, au détriment du reste du pays?

 

Non, je ne crois pas. Le Darfour est une terrible tragédie sur le plan humain; le conflit, dans cette région, mérite qu'on lui consacre toute son attention. Mais si l'on ne voit que le Darfour sans voir comment cela se rattache à l'Accord de paix global (CPA) de janvier 2005, qui a mis un terme à vingt années de guerre entre le Nord et le Sud, on passe à côté de l'essentiel.

 

Et quel est cet essentiel?

 

Au Soudan, le fond du problème, c'est la marginalisation, l'absence de développement et le racisme. En dehors de la capitale, Khartoum, beaucoup de gens ne bénéficient pas des services essentiels et ne peuvent pas exercer leurs droits politiques. S'ils se sentent exclus et si on leur dit qu'en prenant les armes ils seront entendus, c'est exactement ce qu'ils vont faire – et ils l'ont fait!

Le problème, alors, c'est que l'attention va se porter ailleurs et que, par exemple, le suivi de la mise en application du CPA ne fonctionne plus, alors que ceux qui sont impliqués dans les pourparlers de paix entre Nord et Sud s'y étaient engagés. En dehors d'une solution de la crise au Darfour, le Soudan ne connaîtra pas la paix et le CPA est en panne.

 

Donc, le Darfour est la clé de la paix au Soudan?

 

C'est plus compliqué que ça. Lorsque l'attention internationale se porte sur le Darfour, les gens des autres régions du pays, comme à l'est ou tout au nord, se sentent marginalisés eux aussi. Au sud, par exemple, où se trouvent la plupart des Eglises (puisque la plus grande partie de la population chrétienne est au sud alors que les musulmans sont au nord pour la plupart), les gens ont l'impression que personne ne s'intéresse plus au CPA.

En outre, beaucoup de gens du Darfour avaient auparavant pris parti pour le Nord dans le conflit contre le Sud, ou, en tout cas, ils n'avaient pas exprimé leur solidarité lorsque les gens du Sud souffraient. C'est pourquoi ceux du Sud, y compris les Eglises du Soudan, ont sans doute un peu de mal à se sentir solidaires des gens du Darfour. Et, même si ce n'est pas forcément exact, beaucoup croient qu'une grande partie de l'aide destinée au Sud va au Darfour.

Ceux du Sud pensent également qu'à l'époque où ils souffraient (et ils ont beaucoup souffert au cours de ces vingt années de guerre avec le Nord, qui ont fait près de deux millions de morts et causé le déplacement de plus de quatre millions de personnes), le reste du monde regardait ailleurs.

 

Est-ce que vous voulez dire que les Eglises du Soudan ne s'intéressent pas à ce qui se passe au Darfour?

 

Si, elles s'y intéressent. Dès le début, les Eglises ont dit qu'il fallait y envoyer de l'aide humanitaire, qu'il fallait faire quelque chose, que les gens du Darfour soient musulmans ou non. Mais à cette époque, et pour certains encore aujourd'hui, il n'était pas facile d'intervenir en faveur du Darfour, parce qu'on avait l'impression que ce problème occultait ceux du Sud.

 

Pendant ce temps, selon les estimations de l'ONU, 300 000 personnes ont été tuées au Darfour, et plus de deux millions ont dû quitter leur foyer…

 

La tragédie du Darfour est devenue impossible à maîtriser. Au début, les gens du Darfour et ce qu'on appelle les milices janjawid avaient le soutien des principaux partis politiques du Sud et du Nord, respectivement. Ces partis voulaient se donner des instruments de négociation et pensaient pouvoir, par la suite, circonscrire le problème au Darfour. Aujourd'hui, les janjawid ont leur propre stratégie alors que les rebelles se sont divisés en plus d'une vingtaine de groupes.

Actuellement, on ne sait plus qui représente qui. Je pense qu'il faudra beaucoup de temps avant d'arriver à faire la paix. Pour une vraie paix, il faudra un vrai changement au Soudan. Il faut donc s'intéresser au pays dans sa complexité et dans son ensemble et prendre en compte la totalité de la région car les intérêts des pays voisins interviennent eux aussi…

 

Y a-t-il encore autre chose qui ajoute à la complexité de ce tableau?

 

Ce qu'on appelle les zones de transition: les Nuba, les populations de la région méridionale du Nil bleu. Beaucoup se sentent victimes, ils estiment qu'ils ne sont pas vraiment reconnus, ni du côté de Khartoum, ni par le Sud, parce qu'ils ne sont pas de cette région. Même chose pour les gens de la région tout à l'est – eux aussi ont eu leur guerre et un accord de paix, et personne ne pense à eux. Ces régions – Abyei, Kordofan, le sud du Nil bleu – seraient en première ligne en cas de nouvelle guerre, ce qui reste toujours possible.

 

De quoi le Soudan a-t-il le plus besoin?

 

De justice pour les populations, me semble-t-il, mais c'est difficile à dire… Il faudrait des dirigeants pour qui ce sont les gens qui viennent en priorité et non pas leurs propres intérêts. C'est vrai pour le Nord comme pour le Sud.

 

Quelle peut être la contribution des Eglises à la réalisation de la paix?

 

L'un des problèmes auxquels sont confrontées les Eglises et les organisations de la société civile au Soudan est que, après le CPA, beaucoup de leurs militants en matière d'intervention ont été recrutés par le gouvernement, l'ONU ou des ONG internationales qui leur proposaient de meilleurs salaires. Et d'un seul coup, ce sont des voix qui manquent.

Et pourtant, il faudrait que les Eglises interviennent de façon plus active dans les questions d'injustice, ainsi que pour suivre l'application du CPA. Elles sont bien placées pour le faire car elles sont présentes partout, mais elles ont besoin de former leurs membres.

Il faudrait qu'elles jouent un rôle de gendarme en interpellant le gouvernement lorsque ce qu'il fait n'est pas bon, car au Soudan il y a beaucoup de gens, y compris des musulmans, qui écoutent les Eglises. Et, bien entendu, l'action de secours et de développement est importante, elle aussi.

 

(*) Juan Michel, responsable au COE des relations avec les médias, est membre de l'Eglise évangélique du Rio de la Plata, à Buenos Aires, Argentine.

 

"Allemande de naissance, Soudanaise de cœur"

 

Marina Peter est tombée amoureuse du Soudan "par hasard" il y a 21 ans. Elle était professeur d'allemand et d'histoire avec une formation interculturelle et, à cette époque, elle ne savait rien de ce pays si ce n'est "qu'il y faisait chaud et qu'il y avait des réfugiés". Mais lorsqu'elle a trouvé un emploi à l'agence de développement EED de l'Eglise évangélique d'Allemagne (EKD), ce fut le début d'un apprentissage qui a fait d'elle l'une des plus éminentes spécialistes du Soudan.

Marina Peter, qui a passé au cours des vingt dernières années une grande partie de son temps dans ce pays en proie à la guerre, en a beaucoup vu. "A certains moments, cela a été très dur: tout pouvait arriver à tout moment, des attentats, des bombardements; il fallait être prêts et avoir toujours son sac à dos avec de l'eau, des médicaments, des aliments de base. En fait, j'ai dû prendre la fuite à plusieurs reprises", se souvient-elle.

Mais ce qui l'a le plus impressionnée et touchée, ce sont ces moments où elle a vécu l'hospitalité et où elle a vu la capacité des gens à surmonter l'adversité. "Lorsque des gens qui n'ont presque plus rien, dit-elle, viennent vous offrir leur unique chèvre, qui n'a plus que la peau et les os, c'est bouleversant, surtout pour quelqu'un comme moi qui vient d'une société nantie où on cherche toujours à en avoir davantage".

"Il m'est arrivé de me demander ce que je faisais dans ces coins perdus alors que j'aurais pu être confortablement chez moi, loin des bombardements, de tirs de fusil, des araignées, des scorpions et des serpents… Mais alors on pense à ces gens qui ne perdent pas l'espoir, même s'ils ont été déplacés deux ou trois fois, à ces femmes qui doivent sans cesse recommencer et qui gardent l'espoir. Et alors, on ne peut pas s'arrêter, parce que si eux ont de l'espoir, on n'a pas le droit d'abandonner."

 

**********

 

 

  Juillet 2008

 

 

 

Accord à l'ONU sur la question du Darfour et de Bachir

L'Express avec Reuters, 31 juillet 2008

 

Le Conseil de sécurité des Nations unies s'est accordé sur une résolution britannique prolongeant jusqu'au 31 juillet 2009 la mission de paix de l'Onu au Darfour, a-t-on appris de sources diplomatiques.

 

Les quinze membres du Conseil y expriment parallèlement leurs préoccupations sur les conséquences de l'inculpation pour génocide du président soudanais Omar Hassan al Bachir par la Cour pénale internationale (CPI).

Le Conseil devrait voter ce jeudi sur ce texte. De sources diplomatiques, on s'attend à un vote unanime.

L'ambassadeur du Soudan auprès de l'Onu, Abdalmahmoud Abdalhaleem, a jugé la résolution "acceptable".

La formulation a fait l'objet de tractations difficiles pendant des semaines avant d'aboutir à ce texte de compromis qui fait allusion aux inquiétudes des membres africains du Conseil, de la Russie, de la Chine et d'autres membres face aux poursuites engagées par la CPI contre le président Bachir.

Les pays occidentaux ont refusé toute expression suggérant que le Conseil pourrait geler toute initiative de la CPI à l'encontre du chef de l'Etat soudanais. Ils ont fait valoir qu'un texte portant sur le renouvellement du mandat de la Minuad n'exigeait pas cette mention.

Mais sept autres membres - l'Afrique du Sud, le Burkina Faso, la Chine, l'Indonésie, la Libye, la Russie et le Viêtnam - ont obtenu que ce renouvellement soit conditionné à l'expression de leurs craintes sur l'impact que l'inculpation de Bachir pourrait avor sur les efforts de paix au Darfour.

Selon la résolution, le Conseil "gardera à l'esprit les inquiétudes soulevées par ses membres" sur l'inculpation prononcée par le procureur général de la CPI, Luis Moreno Ocampo.

Le magistrat accuse Bachir d'être directement responsable de la mort de 35.000 personnes et d'avoir causé la "mort lente" d'au moins 100.000 autres par la famine et la maladie depuis le début du conflit du Darfour en 2003.

La mission de l'Onu et de l'Union africaine au Darfour, vaste région de l'ouest du Soudan en proie à une insurrection séparatiste, a remplacé le 31 décembre dernier une mission assumée uniquement par l'Union africaine.

Neuf mille hommes se sont pour le moment déployés, contre 26.000 prévus. Les Nations unies espèrent que la mission sera déployée d'ici la fin de l'année à hauteur de 80%. Mais les responsables du maintien de la paix à l'Onu sont sceptiques sur la viabilité de cet objectif.

Louis Charbonneau, version française Jean-Stéphane Brosse

 

 

  Juillet 2008

 

La communauté internationale accusée de "trahir" la force de paix au Darfour

Le Monde avec l'A.F.P., 31 juillet 2008

 

La trahison de la Minuad par la communauté internationale" : tel est le titre du rapport sur la force de paix de l'ONU et le l'Union africaine au Darfour, publié jeudi 31 juillet par Thomas Withington, spécialiste de la défense et de l'aviation militaire, appuyé par 36 organisations humanitaires et des droits de l'homme

 

Il exhorte à mettre fin au sous-équipement chronique de la Minuad, qui a été rejointe par seulement un tiers des 26 000 hommes prévus.  L'Inde, l'Ukraine, la République tchèque, l'Italie, la Roumanie et l'Espagne, dont beaucoup d'appareils "prennent la poussière dans des hangars", "pourraient à eux seuls fournir une flotte estimée à plus de 70 hélicoptères, soit quatre fois le nombre requis" par la force de paix pour les opérations de secours et de renforts, pointe le document, qui cite aussi comme fournisseurs potentiels l'OTAN et les principaux pays contributeurs à la flotte de l'ONU. Le rapport rappelle l'attaque du 8 juillet dans le Darfour nord, dans laquelle sept soldats de la Minuad ont été tués.

 

Equipements et troupes bloqués

 

"Le moment pour agir, c'est maintenant. Le temps des excuses et des explications est depuis longtemps dépassé" , estiment dans une introduction commune le Prix Nobel de la paix Desmond Tutu, l'ancien envoyé spécial de l'ONU Lakhdar Brahimi, l'ex-président américain Jimmy Carter et l'épouse de Nelson Mandela, Graca Machel. 

La Minuad est capitale "pour aider à stabiliser la situation et passer à un contexte où un véritable processus de paix est viable" , selon le rapport, pour qui un échec "retardera toute perspective de paix pour plusieurs années" dans cette province du Soudan, où s'affrontent depuis 2003 les forces gouvernementales, appuyées par des milices arabes, et mouvements rebelles. 

 

Mais des analystes se demandent si la Minuad, même correctement équipée, pourrait assurer la sécurité d'une région où se mêlent groupes rebelles toujours prêts à se diviser, milices, bandits et conflits tribaux. D'autres estiment que cette force de paix pâtit surtout du gouvernement soudanais, qui bloque les arrivées de troupes de certains pays et retient les équipements à Port-Soudan.

  Juillet 2008

 

CPI : Les présidents africains tremblent….

Cameroun Info, 25 juillet 2008

 

Il y a dix ans, des diplomates de 160 pays, et des représentants de quelque 200 organisations non gouvernementales (Ong), se sont rassemblés dans la capitale de l'Italie pour négocier durant cinq semaines, le Traité fondateur d'une Cour pénale internationale baptisé “ Statut de Rome ”. En adoptant ledit Statut, le 17 juillet 1998 , 120 pays sur 160 s'engageaient ainsi à mettre fin à l'impunité des génocides, des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité. Crimes auxquels se livrent encore allègrement de nos jours, de trop nombreux gouvernements et entités tribalo-ethniques à travers le monde.

Trente pays africains – au rang desquels le Cameroun est absent – se trouvent parmi les 107 nations qui, en ratifiant le Statut de Rome, ont ainsi décidé que plus jamais elles ne regarderaient sans rien faire des populations entières se faire décimer par des génocidaires, des racistes cruels, des dictateurs ubuesques et des tortionnaires de tout cru jusque-là jamais inquiétés.

Parmi les 12 abstentions au vote en 1998, se trouvaient sans surprise la grande Chine qui se réveille seulement aujourd'hui aux Droits de l'Homme, et surtout Israël et les Etats-Unis dont le terrorisme d'Etat et la belligérance sont depuis toujours et pour longtemps encore, érigés en mode de gouvernement ou en langage diplomatique. Qu'à cela ne tienne.

La date du 17 juillet est désormais célébrée, dans le monde comme une “ Journée de la justice internationale ”, pour rappeler aux dirigeants et aux citoyens de tous les pays du monde que le Statut de Rome a sonné la fin de la culture de l'impunité, et l'entrée dans l'ère de la responsabilité pénale et morale des commanditaires et auteurs… Ceci veut dire que désormais tous les adeptes de “ la solution finale ” comme moyen de résoudre les conflits humains, tous ceux qui font du viol et des mutilations leur moyen d'expression politique, tous les tortionnaires des régimes totalitaires et leurs commanditaires, doivent s'attendre à répondre un jour ou un autre de leurs crimes, devant une juridiction à compétence universelle. Et ce sera aussi la responsabilité de tout pays d'y contribuer. Si l'Onu n'a toujours pas de gouvernement mondial pour protéger l'humanité, elle dispose, avec la Cour pénale internationale, d'un instrument à effet dissuasif sur les dirigeants politiques ou tribaux, dont la certitude de l'impunité est désormais fortement troublée.

 

L'Afrique en première ligne

 

Ce trouble de certitude a particulièrement marqué les dirigeants africains à l'occasion du 10e anniversaire du Statut de Rome qui, par un étrange hasard, a coïncidé avec l'audacieuse proposition du Procureur de la CPI, que les juges à la Cour émettent un mandat d'arrêt – forcément international – contre le chef de l'Etat soudanais, accusé de génocide et de crimes contre l'humanité et de crimes de guerre.

Jamais on avait vu et entendu, les régimes africains investir autant d'émotions au sujet de la guerre du Darfour, dont pourtant la connotation génocidaire, et en tout cas les crimes contre l'humanité, sont établis depuis des années… Pas même lorsqu'elle a failli tourner en guerre ouverte entre le Tchad et le Soudan.

Comme dans un combat d'éléphants, le Soudan était devenu un théâtre ordinaire de confrontation entre les intérêts géostratégiques des Etats-Unis, de la Chine (nouvelle amie), et de l'Europe (l'amie traditionnelle) de l'Afrique. Les dirigeants africains regardant les populations du Darfour dépérir comme un banal gazon sous les pattes de ces éléphants en lutte.

En fait, le président Béchir, comme les autres dictateurs sanguinaires ou tortionnaires d'Afrique, devait se dire : “ Qu'a-t-on déjà fait aux dirigeants israéliens qui massacrent chaque jour les Palestiniens arabes et occupent leurs terres ? ” “ Qu'a-t-on fait à Georges Bush lorsque sur un prétexte mensonger il est allé massacrer les Irakiens, et installer la guerre civile là-bas en prime, pour venger l'humiliation de son père par Saddam Hussein, et installer ses entreprises familiales sur le pétrole irakien ? ” Etc… Questions fondées, s'il en est, même si comparaison n'est pas raison, puisque a priori, aux yeux des Africains, (un mandat d'arrêt inédit contre un président donnerait l'image d'une justice internationale à tête chercheuse).

 

Le complexe de marginalisé

 

La situation requiert en réalité une froideur de l'analyse dont la subtilité se trouve submergée par l'équation émotionnelle d'un continent atteint du complexe de marginalisation, alors que ses dirigeants se sont approprié l'Etat constitutionnel, l'ont criminalisé et soumis aux intérêts privés étrangers ou locaux, et redoutent vraiment d'avoir à répondre de leurs actes pendant ou après leurs fonctions. Comment peut-on se lâcher quand on se tient ?

Si l'on peut comprendre la position de ceux qui crient au “ deux poids, deux mesures ”, sans pour autant que cela justifie les violations endogènes des Droits de l'Homme, j'aimerais bien que l'Union africaine (Ua) et M. Ping nous expliquent un peu le scénario qui conduirait fatalement à un coup d'Etat au Soudan, si le président Béchir faisait vraiment l'objet d'un mandat d'arrêt, alors que, si le Soudan est, comme couramment prétendu, un Etat souverain et de droit, sa Constitution doit avoir prévu un dispositif de transition du pouvoir en cas de vacance de la présidence de la République. Encore qu'au regard de l'article 25 du statut (a.4) la responsabilité pénale individuelle de M. Béchir ne saurait affecter la responsabilité de l'Etat soudanais en droit international. Le non-respect actuel de ladite constitution par le président Béchir, n'est-il pas déjà un coup d'Etat permanent contre les institutions républicaines ?

La vérité, mes chers amis, c'est que si le syndicat des dirigeants africains laisse tomber Béchir, tous les autres membres tomberont les uns après les autres (comme des dominos), à moins de s'interdire désormais toute villégiature en Europe notamment. Car, tout pays partie au Statut de Rome est exécuteur d'un mandat international de la CPI.

Mais, à bien y regarder, il est invraisemblable que le président soudanais soit arrêté, que ce soit chez lui ou ailleurs, pendant l'exercice de ses fonctions. Aucun des pays signataires ne serait assez irrespectueux du peuple soudanais, pour arrêter et livrer son président avant d'avoir tenté de le ramener à la raison et au bon sens politique.

Le mérite du pavé jeté dans la marre aux requins par le procureur de la CPI, c'est d'avoir réveillé tous ceux qui dormaient autour de la table de négociation de paix sur le Darfour. Car, ce procureur sait bien qu'au-delà des 2 mois dont disposent les juges pour examiner sa requête, l'article 16 du Statut de Rome prévoit des circonstances où une poursuite peut être suspendue. Il faut simplement pour cela, que le Conseil de sécurité prenne une résolution ad hoc, votée par au moins 9 membres sur 15, en évitant qu'un des 5 membres permanents y oppose son veto.

En attendant, il faudrait peut-être que le Cameroun, dont un citoyen (Maurice Kamto) brigue actuellement un poste de juge à la Cour internationale de justice, songe à ratifier au plus vite le Statut de Rome, afin de prendre le train des Etats civilisés du monde.

 

En cette année d'anniversaire, nous appelons :

 

Les Etats non parties à :

- Ratifier ou adhérer au Statut de Rome au plus vite. Nous exhortons particulièrement les pays suivants qui ont déjà un processus de ratification en cours : le Cameroun, l'Indonésie, la Moldavie, le Népal, la République tchèque et l'Ukraine.

- Incorporer le Statut de Rome dans la législation nationale.

- Ratifier l'Accord sur les privilèges et immunités de la Cour (Apic).

- Coopérer pleinement avec la Cour.

 

Les Etats parties à :

- Incorporer le Statut de Rome dans leur législation nationale.

- Ratifier l'Accord sur les privilèges et immunités de la Cour (Apic).

- Coopérer pleinement avec la Cour, en exécutant les mandats d'arrêt en cours et en concluant des accords de coopération tels que ceux en rapport avec l'exécution des peines et la réinstallation des témoins.

- Garantir l'intégrité du Statut de Rome à la Conférence de révision.

- Exprimer leur soutien au Statut de Rome par le biais de discussions bilatérales avec d'autres Etats et dans le cadre des organisations multilatérales.

- Exprimer publiquement leur soutien à la Cour lorsque cela est possible et approprié.

- Encourager un Etat non partie qui leur est voisin et d'autres Etats non parties en général à rejoindre la Cour.

 

Les organisations intergouvernementales, y compris les Nations unies et les organisations régionales à :

- Coopérer pleinement avec la Cour, y compris en assistant les Etats membres dans la préparation et l'adoption de législations de mise en œuvre.

- Emettre des résolutions, communiqués conjoints, positions ou déclarations promouvant la Cour en général et en rapport aux situations en particulier.

- Sensibiliser sur l'importance de la CPI dans les discussions pertinentes avec les Etats.

- Adopter les accords de coopération avec la Cour.

- La CPI appelle particulièrement les organisations à exhorter les Etats membres et d'autres Etats (lorsque cela est approprié) à rejoindre la CPI et à coopérer pleinement avec la Cour.

Sources : CCPI

 

Les 30 pays africains ayant déjà ratifié

 

Pays Date de ratification°

Afrique du Sud 27 novembre 2000

Bénin 22 janvier 2002

Burundi 21 septembre 2004

Botswana 08 septembre2000

Burkina Faso 16 avril 2004

Comores 18 août 2006

Congo (Brazza) 03 mai 2004

Djibouti 05 novembre 2002

Gabon 20 septembre 2000

Gambie 28 juin 2002

Ghana 20 décembre 1999

Guinée 14 juillet 2003

Ile Maurice 05 mars 2002

Kenya 15 mars 2005

Lesotho 06 septembre 2000

Liberia 22 septembre 2004

Madagascar 14 mars 2008

Malawi 19 septembre 2002

Mali 16 août 2000

Namibie 25 juin 2002

Niger 11 avril 2002

Nigeria 27 septembre 2001

Ouganda 14 juin 2002

R. Centrafrique 03 octobre 2001

R. Dém Congo 11 avril 2002

Sénégal 02 février 1999

Sierra Léone 15 septembre 2000

Tanzanie 20 août 2002

Tchad 01 novembre 2006

Zambie 13 novembre 2002

 

 

 

Juillet 2008

 

Probable arrêt des poursuites contre El Bachir

Afrique en Ligne, Chicago (USA), 25 juillet 2008

 

Chicago, Etats-Unis – Le président sénégalais, Abdoulaye Wade, a déclaré jeudi à Chicago, aux Etats-Unis, que l'ONU pourrait suspendre provisoirement les poursuites judicaires contre le président soudanais, Omar El Bachir, inculpé par la Cour pénale internationale (CPI) de "génocide, crimes contre l'humanité et crimes de guerre" dans la province du Darfour.

S'exprimant au cours d'une conférence de presse, il souligné que le sort du président El Bachir dépendait essentiellement de la Russie et de la Chine, deux pays membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU, opposés à l'arrestation du dirigeant soudanais

Evoquant les charges retenues contre son homologue soudanais, le président Wade a souligné la nécessité de mener une enquête "approfondie" pour déterminer sa responsabilité personnelle dans les massacres perpétrés au Darfour, dans l'ouest du Soudan.

"Il faut que les choses soient clairement définies pour voir sa responsabilité personnelle. Un chef d'Etat n'est pas toujours directement responsable de ce qui se passe dans son pays", a soutenu le président sénégalais devant la presse américaine et internationale.

Il a déploré la gravité de la situation humanitaire au Darfour, une région en proie à des violences dues à des attaques de miliciens Janjawides contre la population et aux affrontements opposant depuis février 2003 l'armée soudaine à trois mouvements rebelles.

"Le Darfour est l'une des plus grandes tragédies de notre temps. Plusieurs milliers de personnes ont été tuées et quelque 700.000 autres ont été déplacées. Des milliers de personnes vivent en plein air dans des conditions dramatiques. C'est inacceptable", a déclaré le président Wade, appelant son homologue soudanais à coopérer avec la communauté internationale pour trouver un règlement définitif à la crise dans la province occidentale du Soudan.

Le président sénégalais a rappelé sa médiation entre le gouvernement soudanais et les mouvements rebelles du Darfour, révélant avoir été informé par le procureur de la Cour pénale internationale de ses intentions de poursuivre le président El Bachir.

"Le procureur m'a informé de ses intentions de le poursuivre parce qu'il connaît peut-être mes relations avec le président Bachir, mais je n'ai pas réagi. En tant que juriste, je ne peux pas couvrir des auteurs de génocides ou de violations des droits de l'homme", a-t-il affirmé.

"Le président Bachir était surpris par son inculpation. J'ai eu un long entretien téléphonique avec lui et il croyait que les poursuites concernaient deux de ses collaborateurs. Je lui ai dit qu'il s'agissait bien de lui, que c'était très sérieux et que si cela lui est arrivé c'est parce qu'il a laissé traîner la situation au Darfour sans essayer de la résoudre", a-t-il poursuivi, soutenant avoir, bien avant, mis en garde le président soudanais contre d'éventuelles poursuites judicaires.

"Je lui (Bachir) avais demandé de faire attention car la communauté internationale était mécontente de lui à cause des massacres au Darfour et de trouver des solutions à cette crise. Il pensait que la présence d'une force internationale au Darfour serait un moyen pour les Etats-Unis de déstabiliser son régime", a révélé le président Wade.

 

 

 

Juillet 2008

Au Darfour, Béchir qualifie de "mensonges" les accusations de génocide

Jeune Afrique, avec l'A.F.P. 23 juillet 2008 - AFP

 

Le président soudanais Omar el-Béchir a qualifié mercredi de "mensonges" les accusations de génocide au Darfour portées contre lui devant la Cour pénale internationale à l'occasion d'une visite sous haute sécurité dans la région.

Au même moment, au Caire, un responsable de la Ligue arabe a déclaré que le Soudan avait accepté de mettre en place des tribunaux spéciaux pour juger les responsables présumés de violations des droits de l'homme au Darfour, avec la collaboration de l'ONU et de la Ligue arabe.

Se déplaçant en convoi, entouré d'hélicoptères, soldats, policiers et membres de la Sécurité nationale, M. Béchir a été accueilli à El-Facher, capitale du Darfour-nord, par près de 6.000 manifestants pro-gouvernementaux.

Fonctionnaires, membres de tribus et étudiants ont fait fête au chef de l'Etat sous un soleil de plomb.

Une employée du gouvernement local a affirmé à l'AFP que sa hiérarchie avait demandé à tous les employés de se rendre au rassemblement, au cours duquel le président a dansé en levant sa canne vers le ciel.

La visite de M. Béchir intervient un peu plus d'une semaine après que le procureur de la CPI, Luis Moreno-Ocampo, eut réclamé un mandat d'arrêt contre lui pour génocide, crimes de guerre et crimes contre l'humanité au Darfour, l'accusant de vouloir "mettre un point final à l'histoire des peuples Four, Masalit et Zaghawa".

Des membres de ces groupes, dont certains font partie du Congrès national, le parti du président, se trouvaient parmi les manifestants, signe de la complexité d'un conflit où les violences, la famine et les maladies ont fait jusqu'à 300.000 morts selon l'ONU, quelque 10.000 selon Khartoum.

La Ligue arabe a annoncé mercredi que le Soudan allait mettre en place des tribunaux spéciaux pour "juger toute personne accusée d'avoir violé les lois régissant les droits de l'Homme, quels que soient les crimes".

Hicham Youssef, le chef de cabinet du secrétaire général de la Ligue Amr Moussa, a précisé que M. Béchir lui-même ne serait pas nécessairement exclu de la compétence de ces tribunaux, en dépit de son statut de chef d'Etat.

Selon ses statuts, la CPI ne peut intervenir que si la justice nationale ne peut pas ou ne veut pas traiter de manière adéquate les crimes tombant sous la juridiction du tribunal international.

A El-Facher, M. Béchir a affirmé que "ce que Ocampo a dit sur le Darfour, ce sont des mensonges".

"Nous devons trouver une solution au problème du Darfour", a-t-il lancé devant des centaines de personnes déplacées par les violences qui lui manifestaient leur soutien.

"Je suis venu ici, au Darfour, pour dire une seule chose. Chaque personne déplacée doit retourner dans son village. Le gouvernement devra alors fournir les services sociaux", a-t-il poursuivi.

Après El-Facher, où se trouve le quartier général de la force mixte ONU-Union africaine (Minuad), M. Béchir, dont la dernière visite au Darfour remontait à 2007, se rendra à Nyala (sud) où il doit inaugurer des projets liés au développement et El-Geneina (ouest).

Des analystes ont estimé que la tournée de M. Béchir faisait partie d'une offensive de Khartoum pour contrer les accusations du procureur de la CPI.

"Je pense que son but est de montrer que la population du Darfour n'est pas d'accord avec la CPI", a déclaré Adil el-Baz, rédacteur en chef du quotidien indépendant Al-Ahdath. "Cela lui donnera une nouvelle image auprès de la communauté internationale".

Cette visite intervient alors que la Minuad a annoncé qu'un responsable de la sécurité de l'ONU était hospitalisé après avoir été battu par des soldats du gouvernement soudanais, qui l'avaient entraîné dans une base militaire

 

 

Juillet 2008

 

L'ONU signe avec le Soudan un programme d'assistance pour la période 2009-2012

 Nations Unies, Khartoum, bureau de presse, 23 juillet 2008

 

Les Nations Unies au Soudan ont signé mercredi avec le gouvernement d'unité nationale et le gouvernement du Sud-Soudan un Plan-cadre des Nations Unies pour l'aide au développement couvrant les quatre prochaines années, de 2009 à 2012, selon un communiqué commun.

La cérémonie de signature s'est déroulée au Ministère de la coopération internationale à Khartoum. « Le Plan-cadre 2009-2012 représente une étape importante [...] en soutien au processus de paix. Alors que le Plan-cadre est un outil de planification pour l'ONU, les priorités ont été développées en coopération étroite avec les partenaires des ministères concernés », a déclaré le ministre d'Etat, ministre de la Coopération internationale du Soudan, le Dr. El Elias Nyamlell Wakoson. Il a ajouté que le Plan-cadre devrait constituer une transition de la reconstruction vers le développement.

Le document a été signé par les représentants de 18 départements et agences des Nations Unies travaillant au Soudan, avec à leur tête Mme Ameerah Haq, Représentante spéciale adjointe du Secrétaire général de l'ONU et Coordonnatrice humanitaire. Le plan sur quatre ans identifie quatre domaines principaux de soutien : la construction de la paix, la gouvernance et l'état de droit, les secteurs productifs et les services de base, précise le communiqué.

“Le gouvernement du Sud-Soudan a contribué activement à la préparation du Plan-cadre [...] Nous saluons vivement les efforts de l'ONU pour contribuer aux objectifs de reconstruction et de développement du gouvernement du Sud-Soudan», a déclaré de son côté, le ministre de la Coopération régionale, le Dr. Barnaba Mariala Benjamin, qui a signé le Plan-cadre à Juba.

Mme Ameerah Haq a estimé pour sa part que le Plan-cadre constituait “une énorme opportunité pour le partenariat entre l'ONU et le Soudan en matière de développement” et qu'il permettrait de « fixer des objectifs de développement plus ambitieux ».

Il s'agit du deuxième plan-cadre de l'ONU pour le Soudan. Le premier couvrait la période 2002-2006 et a été prolongé de deux ans jusqu'à 2008 afin de permettre à l'ONU et à ses partenaires nationaux de s'adapter à la nouvelle situation créée par la signature de l'accord de paix en janvier 2005 entre le Nord et le Sud du Soudan qui a mis fin à 21 ans de guerre civile.

 

 

Juillet 2008

 

 

Justice internationale jusqu'où ira la CPI ?

Jeune Afrique, du 20 au 26 juillet 2008 , par Cheikh Yérim Seck

 

Il est des erreurs qui, à force d'être répétées, apparaissent comme des vérités. Contrairement à ce qui se dit et s'écrit depuis le 14 juillet, Omar el-Béchir, 64 ans, n'est pas le premier chef d'État en exercice mis en cause par la justice internationale. Le Serbe Slobodan Milosevic - inculpé en mai 1999, déchu en octobre 2000 - et le Libérien Charles Taylor - officiellement accusé en mars 2003 et exilé volontaire un mois plus tard - le furent avant lui. Mais le président soudanais figure en tête de liste sur le tableau de chasse du procureur de 1a Cour pénale internationale Luis Moreno-Ocampo (voir son portrait, pp. 20-21) pour son rôle clé dans un drame à la fois atroce, passionnel, propice aux surenchères catastrophistes et à haute teneur médiatique: le Darfour.

Si Milosevic est le symbole du nettoyage ethnique, Taylor celui des crimes de guerre, Thomas Lubanga celui des enfants-soldats et Jean-Pierre Bemba l'incarnation du chef de milice, el-Béchir occupe une place à part dans la classification de la CPI. Avec ce fils de paysan, ancien parachutiste qui fit le coup de feu contre Israël lors de la guerre de 1973 avant de s'emparer d'un pouvoir baptisé dans le sang (vingt-huit exécutions) et auquel il s'agrippe d'une main de fer depuis deux décennies, Luis Moreno­Ocampo tient son « Hitler noir».

A condition, bien sur, d'adhérer aux chefs d'accusation délivrés par le procureur argentin; la comparaison s'impose d'elle-même. L'essentiel de la « Requête du procureur aux fins de délivrance d'un mandat d'arrêt en vertu de l'article 58 contre Omar Hassan Ahmad el-Béchir », rendue publique à La Haye, concerne en effet le « crime de génocide » dont se serait rendu coupable depuis cinq ans le président soudanais au Darfour. Les chefs de crime de guerre et de crime contre l'humanité n'étant là que pour enfoncer, le clou, c'est au « crime des crimes », celui de l'extermination volontaire des trois principales tribus darfouries - les Fours, les Masalits et les Zaghawas - que s'attache le Fouquier-Tinville de la CPI.

 

Diable idéal

La démonstration de Moreno-0campo s'articule en trois temps. Les faits tout d'abord: massacres, viols, déplacements forcés, destruction des villages, des récoltes, du bétail et des puits, vol des terres, attaques ciblées des camps de réfugiés. Autant d'éléments qui, mis ensemble, constituent le génocide. La responsabilité ensuite: c'est el-Béchir lui-même qui, selon le procureur, «contrôle et dirige les auteurs » de ces crimes depuis mars 2003. « Son contrôle est total », martèle-t-il, tout comme est totale « l'impunité » dont jouissent les séides du régime. Le plan, enfin. « M. el- Béchir a élaboré un plan dont il dirige l'exécution », assure Moreno-Ocampo. Son but est de « détruire une partie importante des groupes four, masalit et zaghawa en tant que tels » ; il « vise le génocide », son « intention » est clairement « génocidaire ».

Au vu de ce qui précède, le procureur ne pouvait pas faire moins que de demander la délivrance d'un mandat d'arrêt. Il y a un an, se fondant sur le même diagnostic, une batterie d'intellectuels européens exigeaient, eux, qu'on arme les rebelles revisités en « combattants de la liberté »  . La démarche de Moreno-Ocampo est assurément plus raisonnable, mais est-elle pour autant plus responsable?

Le moins que l'on puisse dire en effet est que le mot de génocide accolé au drame du Darfour pose problème. Le premier à utiliser ce terme, dès 2003, est un juif américain, directeur du mémorial de l'Holocauste à Washington. Aussitôt, le lobby noir - et notamment le Back Caucus du Congrès- déjà mobilisé pendant la guerre du Sud-Soudan, le reprend à son compte, imité par le lobby juif puis par les chrétiens évangéliques néoconservateurs.

Au printemps 2004, l'administration Bush se convertit à cette thèse. Pour une double raison: la pression de l'électorat (on est alors en pleine campagne présidentielle) et l'opportunité d'un exutoire parfait pour détourner l'attention de l'Irak et du Proche-Orient. Obtus, militarisé, arabo-musulman proche de l'islamisme violent, le régime soudanais campe, il est vrai, le diable idéal.

Mais, en février 2005, une commission d'enquête de l'ONU contredit cette version: ce qui se passe au Darfour relève des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité, pas du génocide. Attention, ajoutent les enquêteurs à ne pas banaliser ce mot terrible. Un avertissement qui n'empêche pas le terme, porté par une pléiade de vedettes hollywoodiennes; de faire florès aux États-Unis, John McCain et Barack Obama l'ayant d'ores et déjà inclus dans leur vocabulaire...

En fondant la majeure partie de son argumentation sur le « crime de génocide », Luis Moreno-Ocampo a donc réussi un « coup » médiatique dans l'air du temps et jeté un pavé dans la mare. Mais il a aussi pris un risque celui de ne pas pouvoir le prouver. À Nuremberg comme à Arusha, les documents écrits; sonores et visuels abondaient pour démontrer la logique génocidaire des nazis et des fanatiques du « Hutu Power ». Dans le cas du Darfour, rien à notre connaissance n'existe qui atteste d'un plan concerté, élaboré, archivé d'extermination des ethnies four, masalit et zaghawa.

 

Sur fond de rezzous

On pourra aussi objecter au procureur que les Darfouris qui vivent à Khartoum, où ils sont nombreux, n'ont pas - ou très marginalement - été touchés par la violence du pouvoir. On pourra surtout lui recommander de faire montre d'un peu moins de certitudes: si chacun s'accorde à reconnaître que le général el-Béchir est le premier responsable du sort épouvantable réservé à une partie de ses concitoyens, la situation chaotique qui prévaut à la frontière tchadienne, où s'affrontent guérillas, gangs de coupeurs de routes et clans fragmentés sur fond de rezzous et de règlements de comptes, oblige l'observateur à l'humilité. Nul ne peut prétendre posséder la clé d'un conflit aussi complexe:

Quelles seront les conséquences de ce coup de théâtre? Ceux qui approuvent la requête du procureur de la CPI de poursuivre el-Béchir ne semblent guère se faire d'illusions sur son acceptation finale par la Cour. Mais ils parient qu'elle servira à faire pression sur le président soudanais en maintenant au-dessus de lui, pendant quelque temps, une épée de Damoclès, afin qu'il lâche du lest au Darfour. Les plus optimistes vont même jusqu'à prévoir un « effet Milosevic » pour l'élection présidentielle de 2009: discrédité aux yeux de son opinion comme le fut à l'époque le maître de Belgrade; l'homme fort de Khartoum sera désavoué par les électeurs - à condition, bien sûr, que les élections soient libres. On peut toujours rêver...

Le Washington Post va plus loin: il faut, écrit-il dans un éditorial, accompagner la démarche du procureur en décrétant un embargo sur le pétrole soudanais, en brouillant les communications internes du régime et en interdisant le survol du territoire soudanais à tout aéronef militaire. Certains parlent même de favoriser un coup d'État à Khartoum, voire une prise du pouvoir par les rebelles du chef de guerre Khalil Ibrahim.

Apprentis sorciers d'un côté, Cassandres de l'autre: beaucoup d'observateurs craignent que le coup de force de Moreno-Ocampo entraîne au contraire un durcissement du pouvoir, une explosion de violences et, à moyen terme, la réouverture du front sud avec la rupture des accords de 2005. Bref, le scénario catastrophe d'une « somalisation » du Soudan.

 

Anomalie scandaleuse

Au-delà, la décision du procureur argentin suscite un évident malaise. Les éléments constitutifs du « crime de génocide » tel qu'il les souligne dans sa requête auraient en effet fort bien pu être relevés à propos des répressions et guerres coloniales, de l'invasion de l'Irak et de bien des aspects de la politique israélienne dans les territoires occupés. Ariel Sharon et Donald Rumsfeld ont échappé à la justice internationale, tout comme, apparemment, les généraux birmans, pour la simple raison que la CPI ne s'est jamais sentie dans l'obligation morale d'enquêter sur leur cas. Deux poids, deux mesures?

Curieusement, le groupe le plus important parmi les signataires du statut de Rome de la CPI est celui des États africains: 30 sur 106 au 1 er juin 2008. Mais, à l'instar du Soudan, ni les États-Unis, ni Israël, ni - à l'exception de la Jordanie et de l'Afghanistan - aucun pays arabo-musulman, Maghreb compris, n'ont daigné ratifier cet accord. Or cette anomalie scandaleuse ne suscite aucune réaction, aucune campagne indignée de la part des avocats de la justice internationale.

Certes, la CPI est en soi un progrès considérable; certes, ceux qui critiquent Luis Moreno-Ocampo le font souvent pour de mauvaises et indicibles raisons. Mais un peu plus d'équilibre, pour tout dire d'équité dans ses démarches aiderait grandement l'opinion africaine à admettre que, sur les douze individus actuellement déférés ou menacés de l'être (comme el-Béchir) devant les dix-huit juges de la Cour, tous sans exception sont des Africains. Il serait pour le moins discriminatoire en effet que la compétence universelle de la CPI se résume à une simple compétence africaine.

 

Ce qui attend el-Béchir

 

Au regard des différentes dispositions du droit international, ce n'est pas demain que l'homme fort de Khartoum risque de se retrouver dans le prétoire de la CPI.

 

Il revient à trois femmes -1a Ghanéenne Akua KuJenyehia, la Lettonne Ekaterina Trendafilova et la Brésilienne Sylvia Steiner -, membres de la chambre préliminaire de la Cour pénale internationale (CPI), d'émettre - ou de refuser d'émettre - le mandat d'arrêt international demandé par le procureur, Luis Moreno­Ocampo, à l'encontre du président soudanais Omar el-Béchir. Dans un délai d'au moins deux mois, ces trois juges vont apprécier s'il y a des «motifs raisonnables de croire » qu'el-Béchir a commis les faits dont l'accuse le procureur dans sa requête. Pour donner son quitus, la chambre préliminaire s'assure que trois conditions sont réunies: les crimes présumés ont été commis dans un lieu et pendant une période qui relèvent de la CPI; les faits sont suffisamment graves pour relever de la compétence de la Cour (en l'espèce l'accusation de génocide est discutable) ; le système judiciaire soudanais a fait preuve d'un manque de volonté on d'une incapacité à mener des poursuites.

Le cas échéant, les magistrates délivreront un mandat d'arrêt ou une citation à comparaître. L'acte sera transmis à Interpol, qui pourrait dès lors émettre une notice rouge, ordonnant l'arrestation immédiate. Une telle éventualité clouerait El-Béchir dans son pays - il pourrait, sait-on jamais, être arrêté dans un État étranger – et constituerait une sérieuse entrave à l'action internationale du Soudan. Pour l'heure, tout porte à penser que l'homme fort de Khartoum ne se retrouvera pas dans le prétoire de la CPI. Si l'on en juge par sa réaction à l'ouverture de la procédure, l'idée d'une reddition volontaire est écartée. Il est illusoire d'attendre la moindre coopération du Soudan. N'ayant pas signé le traité de Rome, qui a institué la CPI, il n'accepte pas la compétence de cette juridiction.

 

Compétence universelle

Dépourvue de forces de police, la CPI ne peut compter que sur la coopération des États pour lui transférer les personnes qu'elle poursuit. Dans le cas présent, seul le Tchad coopérerait. Un autre obstacle risque de gêner l'action de la CPI : l'immunité dont bénéficie tout chef d'État, Premier ministre ou ministre des Affaires étrangères en fonctions, selon un principe de droit international qui empêche que des responsables de ce rang soient arrêtés ou poursuivis pendant l'exercice de leur charge. Cette règle a été réaffirmée par la Cour internationale de justice (CIJ), dans son arrêt du 14 février 2002 , quand elle a interdit à la justice belge de lancer, au nom de la compétence universelle, un mandat d'arrêt international contre Abdoulaye Yerodia pour des faits commis alors qu'il était le chef de la diplomatie congolaise.

Si cet obstacle est contourné, au nom de l'article 27 du statut de Rome, qui dispose expressément que les chefs d'État ne sont pas exemptés de poursuites devant,la CPI; le Conseil de sécurité de l'ONU a la faculté de suspendre l'action contre el-Béchir pendant un an. Voire plus s'il estime que celle-ci constitue une menace pour la paix ou la sécurité internationale. En l'occurrence, beaucoup craignent qu'une inculpation du numéro un soudanais embrase le Darfour et enterre un processus de paix déjà bien mal en point.

 

 

 

Juillet 2008

 

L'homme de la semaine

Luis Moreno-Ocampo, procureur de la Cour pénale internationale

Jeune Afrique, 20 au 26 juillet 2008 , Cheikh Yérim Seck

 

Ban Ki-moon, le secrétaire général des Nations unies, qu'il a informé de son intention, a tenté de le dissuader de passer à l'action. En vain. Jean Ping, le président de la Commission de l'Union africaine (UA); a expliqué à son adjointe, la Gambienne Fatou Bensouda, le 11 juillet à Addis-Abeba, les risques qu'il y avait à foncer. Sans plus de résultat. Le 14 juillet, Luis Moreno-Ocampo, procureur de la Cour pénale internationale (CPI), a déposé auprès de la Chambre préliminaire de ladite cour une requête dans laquelle il lui demande de délivrer un mandat d'arrêt international contre le chef de l'État soudanais, Omar el-Béchir, et de le poursuivre pour des faits de génocide, de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité commis au Darfour. Véritable pavé dans la mare, l'événement a eu un retentissement mondial. II a aussi déchaîné une cascade de condamnations. De l'ONU à l'UA, de la Ligue arabe à l'Organisation de l'a conférence islamique (OCI), de l'Union européenne (UE) au département d'État américain, tous -à l'exception notable des autorités tchadiennes, qui ont de bonnes raisons de s'en réjouir- se sont inquiétés du fait que la procédure puisse anéantir les maigres chances de réussite des négociations engagées pour rétablir la paix et embrase cette région, sans doute la plus meurtrie d'Afrique.

 

Invoquant une «  manœuvre de déstabilisation », le gouvernement soudanais s'est mis sur le pied de guerre, plaçant toute son armée en état d'alerte maximale. L'ONU et l'UA ont évacué dans l'urgence les familles et les personnels non essentiels de la Mission des Nations unies et de l'Union africaine au Darfour (Minuad). Quant aux populations civiles de cette région martyre, elles sont plongées dans l'angoisse de représailles d'un régime exaspéré... Comme pour calmer la tempête, le procureur a annoncé, le 17 juillet, à New York, son intention de poursuivre deux chefs du Mouvement pour la justice et l'égalité (MJE, rébellion), pour une attaque meurtrière contre des soldats de I'UA en septembre 2007, à Haskanita.

De son bureau du 12e étage de l'imposant building de verre et de béton de la CPI, qui surplombe une banlieue chic de La Haye, Luis Moreno-Ocampo, né à Buenos Aires il y a 56 ans, a réussi à créer un événement planétaire. L'Argentin avait bien besoin d'un tel « coup » pour se requinquer. L'ego de ce personnage médiatisé souffrait, ces derniers mois, des multiples reproches faits à son action: manque d'audace sur le Darfour, faiblesse des inculpations en République démocratique du Congo, poursuites des seconds couteaux à la place des commanditaires, lenteur des enquêtes... « J'ai connu des procureurs plus incisifs et plus actifs, déclarait récemment Antonio Cassese, professeur de droit international et ancien président du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY). Luis Moreno-Ocampo est un diplomate fin et habile, mais, à ce poste, il faut un vrai bulldog. »

 

Le procureur a fini par sortir ses crocs. Et il, a mordu. Mais, encore une fois, sa « victime » est africaine. Depuis sa prise de fonctions, le 16 juin 2003 , celui qu'on a surnommé « le procureur le plus puissant de la planète » (Paris Match), « le premier procureur à l'échelle de la planète » (Agence France-Presse), « le Don Quichotte du Darfour » (Time)... n'a poursuivi que des ressortissants du continent le plus faible du monde. L'homme qui a « la planète dans son prétoire» (selon un titre du quotidien français Libération) semble ne pas voir les graves violations des droits de l'homme en Irak, en Birmanie ou en Chine. Au grand dam du Gabonais Jean Ping, incapable d'étouffer ce sentiment d'un deux poids, deux mesures: « Ne se passe-t-il jamais rien sur les autres continents? À moins d'accréditer l'idée d'une justice des forts contre les faibles, la mise en œuvre du principe de la compétence universelle doit être moins orientée. »

À ce reproche récurrent, Luis Moreno-Ocampo répond en invoquant le jeune âge de sa juridiction: « La CPI est un bébé. » Lui ne l'est pourtant pas dans l'exercice de son métier. En 1984, il a 32 ans lorsqu'il participe, en qualité de procureur adjoint, au procès de neuf militaires de haut rang (dont trois anciens chefs d'État), membres de la junte qui dirigea l'Argentine de 1976 à 1983. Ce procès, qui débouche sur la condamnation du général putschiste Jorge Videla, est le premier, depuis celui de Nuremberg, à mettre en accusation des dirigeants coupables de massacres. En 1992, Moreno-Ocampo quitte le parquet pour fonder le cabinet d'avocats Moreno-0campo & Wortman Jofre, spécialisé dans la lutte contre la corruption, le droit pénal et les droits de l'homme. Membre du comité consultatif international de Transparency International et de New Tactics on Human Rights, une ONG qui se consacre à la défense des droits humains, il enseigne dans les universités américaines Stanford et Harvard entre 2002 et 2003, année où il rejoint la CPI.

 

Produit de l'éducation catholique -il a été élevé chez les Frères maristes de Buenos Aires -, né d'un père laïque et libre-penseur et d'une mère conservatrice, il affirme « croire en un certain ordre fait de justice et d'équité »: Quelquefois idéaliste, il n'hésite pas à déclarer qu'il fait « le plus beau métier du monde, celui qui consiste à réparer les plus grands torts »: Sans trop de soucier des consé quences de ses actes ? « Je suis juge, assène-t-il: C'est aux hommes politiques, qu'il revient de régler les problèmes que mon action peut poser à certains gouvernements: »

Barbe poivre et sel; sourcils broussailleux; cet homme au look soigneusement décontracté partage son temps entre des journées bien remplies à la CPl à La Haye; sa passion pour le jazz et le tango, quand il retourne à Buenos Aires où sont restés sa femme et ses quatre enfants, et la pratique de l'équitation, à Cordoba; où il possède une maison.

Père de famille tranquille; il n'est pas dénué d'ambitions ni de calculs: S'il n'a pas le charisme du juge espagnol Baltasar Garzôn, qui fit arrêter à Londres le dictateur chilien Augusto Pinochet; ni l'aura de la Suis sesse Caria Del Ponte,. l'ex-procureure du TPIY, il vise une meilleure reconversion qu'eux. On lui prête en effet des ambitions politiques en Argentine. Lesquelles justifieraient en partie certains des actes, susceptibles d'accroître sa notoriété, qu'il pose à la CPI. Moreno-Ocampo refuse de déléguer sa communication à un porte-parole. Il entretient sa «  visibilité », parle lui-même au nom de la Cour, multiplie les sorties médiatiques en dépit de ses écrasantes charges administratives et judiciaires...

Le procureur fait également dans la diplomatie. Habile; il a envoyé son adjointe, Fatou Bensouda, pour expliquer aux dirigeants africains les raisons de la procédure qu'il a déclenchée contre e1-Béchir: Sans convaincre. Aura-t-il une meilleure fortune avec les juges de la Chambre préliminaire, appelés à faire un sort à l'action qu'il a engagée contre le numéro un soudanais? Pour l'instant; rien n'est moins sûr:.. »

Juillet 2008

 

L'ONU ne peut interférer dans la procédure de la CPI contre Béchir

Agence France Presse, New York , 22 juillet 2008

 

Les Nations unies ne peuvent interférer dans la décision de la Cour pénale internationale (CPI) visant le président soudanais Omar el-Béchir, a indiqué lundi une porte-parole de l'ONU.

"La position du secrétaire général est très claire", a déclaré Michèle Montas à la presse. "La CPI est indépendante. Le secrétariat des Nations unies ne peut interférer ni être impliqué dans rien de ce qui implique la CPI", a-t-elle précisé.

Les propos de Mme Montas se référaient à une requête de l'Union africaine, lundi, demandant au Conseil de sécurité de l'ONU un sursis dans la procédure de la CPI visant le président Béchir.

"L'Union africaine demande au Conseil de sécurité de l'ONU de différer la procédure initiée par la CPI, compte tenu de la nécessité de s'assurer que le processus de paix (au Soudan) ne soit pas compromis", a déclaré à la presse le ministre nigérian des Affaires étrangères, Ojo Maduekwe. Un délai, a-t-il poursuivi, qui s'inscrit "dans les règles du statut de Rome" ayant créé la CPI il y a dix ans.

Les 15 membres du Conseil de sécurité peuvent voter une résolution pour différer de 12 mois toute enquête ou poursuites initiées par la CPI et ce délai peut être prolongé par le Conseil selon les mêmes conditions.

Le 14 juillet, le procureur de la CPI Luis Moreno-Ocampo a demandé aux juges de la Cour d'émettre un mandat d'arrêt contre le président Béchir pour génocide, crimes de guerre et crimes contre l'Humanité au Darfour, province de l'ouest du Soudan en proie à la guerre civile depuis 2003.

Il s'agit de la première demande d'arrestation d'un chef d'Etat en exercice devant la CPI, seul tribunal permanent compétent pour juger les auteurs de ce type de crimes.

Khartoum a rejeté les accusations de la CPI, que le Soudan ne reconnaît pas.

L'ambassadeur de France à l'ONU Jean-Maurice Ripert a précisé pour sa part que Paris estimait que "le Conseil ne devait pas interférer dans le processus en cours afin de laisser la CPI faire son travail".

C'est aux juges de la CPI de statuer sur la requête de M. Ocampo, un processus qui peut prendre trois mois, a-t-il ajouté.

"Nous rappelons aux autorités de Khartoum qu'elles ont des obligations et des engagements vis-à-vis du Conseil de sécurité qui a demandé à plusieurs reprises qu'elles coopèrent avec la CPI," a poursuivi M. Ripert.

Khartoum refuse en effet de livrer le ministre soudanais Ahmed Haroun et le milicien janjawid Ali Kosheib, contre qui des mandats d'arrêt ont été lancés l'an dernier pour crimes présumés au Darfour.

Les janjawids sont des milices arabes armées, alliées à Khartoum contre la rébellion du Darfour.

"Il n'est pas trop tard pour qu'ils (les Soudanais) coopèrent", a relevé l'ambassadeur français.

Le conflit au Darfour a fait plus de 300.000 morts selon l'ONU et 10.000 selon Khartoum

Juillet 2008

 

l'Union africaine demande à l'ONU un sursis dans la procédure de la CPI

Agence France Presse, Addis Abeba, 21 juillet 2008

 

L'Union africaine (UA) a demandé lundi au Conseil de sécurité de l'ONU un sursis dans la procédure de la CPI visant le président soudanais Omar el-Béchir, afin que le processus de paix au Soudan "ne soit pas compromis", a annoncé le ministre nigérian des Affaires étrangères.

"L'Union africaine demande au Conseil de sécurité de l'ONU de différer la procédure initiée par la CPI (Cour pénale internationale), compte tenu de la nécessité de s'assurer que le processus de paix (au Soudan) ne soit pas compromis", a déclaré à la presse le ministre nigérian des Affaires étrangères Ojo Maduekwe.

"Nous demandons un délai en accord avec les règles du statut de Rome", a ajouté le ministre, à l'issue d'une réunion du Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l'UA sur le sujet à Addis Abeba. Ce dernier n'a pas précisé de combien de temps l'UA souhaitait que la procédure soit retardée.

Le procureur de la Cour pénale internationale, Luis Moreno-Ocampo, a réclamé la semaine dernière à La Haye aux juges de la CPI d'émettre un mandat d'arrêt contre le président Béchir pour génocide, crimes de guerre et crimes contre l'humanité au Darfour, province de l'ouest du Soudan en proie à la guerre civile depuis 2003.

Selon l'article 16 du statut de Rome créant la CPI, "aucune enquête ni aucune poursuite ne peuvent être engagées ni menées (...) pendant les douze mois qui suivent la date à laquelle le Conseil de sécurité a fait une demande en ce sens à la Cour".

"L'UA invite la Commission (de l'UA) à prendre toutes les mesures nécessaires pour la mise en place, dans une période de 30 jours à la date d'aujourd'hui, d'un comité formé de hautes personnalités africaines pour examiner la situation", a poursuivi M. Maduekwe.

"Nous exhortons le gouvernement soudanais à prendre des mesures immédiates pour enquêter sur les violations des droits de l'Homme au Darfour", a en outre ajouté le ministre.

Khartoum a rejeté les accusations de la CPI.

Il s'agit de la première demande d'arrestation d'un chef d'Etat en exercice devant la CPI, seul tribunal permanent compétent pour juger les auteurs de crimes de guerre, de crimes contre l'humanité et de génocide.

Le 14 juillet, l'UA s'était dite inquiète d'une remise en cause des processus de paix en cours au Soudan. La présidence de l'UA avait mis en garde contre la possibilité "de coups d'Etat militaires et d'une anarchie généralisée" au Soudan si la CPI inculpait M. Béchir.

Le conflit au Darfour a fait plus de 300.000 morts selon l'ONU et 10.000 selon Khartoum

  Juillet 2008

 

Renforts chinois pour la force d'interposition au Darfour

Le Monde avec l'A.F.P. et Reuters, 19 juillet 2008

 

U ne compagnie d'ingénieurs chinois (172 personnes) est arrivée, jeudi 17 juillet, à Nyala, dans le Sud-Darfour, pour rejoindre la mission conjointe des Nations unies et de l'Union africaine au Darfour (Minuad). Avec ces renforts, les effectifs de la Minuad totalisent désormais 8 000 personnes, dont plus de 300 Chinois, a indiqué une porte-parole de la Mission. A terme, 26 000 hommes devraient être déployés au Darfour.

L'engagement chinois sur le terrain va de pair avec une activité diplomatique intense, quelques jours après la demande, par le procureur de la Cour pénale internationale (CPI), Luis Moreno-Ocampo, de lancer un mandat d'arrêt contre le président du Soudan, Omar Al-Bachir, pour génocide au Darfour.

A l'image de pays africains et arabes, la Chine voit d'un mauvais oeil la mise en cause du président soudanais. Elle risque de mettre en péril, selon Pékin, le déploiement des forces de maintien de la paix dans cette région du Soudan en proie, depuis 2003, à des violences qui ont fait des centaines de milliers de victimes. "N'envoyons pas de signaux négatifs ou chaotiques" , a plaidé l'émissaire de la Chine au Darfour, Liu Cuijin, devant quelques journalistes.

Les propos du diplomate chinois - le premier à s'exprimer depuis la demande du procureur de la CPI - augure que la Chine va peser au Conseil de sécurité de l'ONU pour une suspension de la procédure judiciaire de la CPI. Khartoum a invité Pékin mais aussi la Russie, la Ligue arabe et l'Union africaine à faire pression en ce sens, et il est prévu que les deux organisations régionales, l'UA et la Ligue arabe, réclament formellement une telle résolution au Conseil de sécurité.

Pendant ce temps, le procureur a défendu à l'ONU sa demande d'inculpation. "Ma responsabilité , a-t-il expliqué jeudi à New York, est d'instruire des dossiers et de les présenter aux juges (de la CPI) . C'est ce que je fais. Je garde mon indépendance. Je ne peux tenir compte de facteurs politiques, mais je suis tenu d'informer les acteurs politiques" , a-t-il ajouté.

Le procureur a reçu le soutien du secrétaire général de l'ONU. "L'impunité des crimes internationaux est inacceptable (...) La recherche de l'équilibre entre justice et paix ne doit jamais être influencée par les menaces et gesticulations de ceux qui cherchent à échapper à la justice" , a dit Ban Ki-moon. - (AFP, Reuters.)

 

 

Juillet 2008

 

Le Soudan écarte la possibilité de remettre deux Soudanais à la CPI

Xinhuanet, Khartoum, 19 juillet 2008

 

Le gouvernement soudanais a  écarté vendredi la possibilité d'un règlement avec la Cour pénale  internationale (CPI) consistant à remettre deux responsables  soudanais accusés contre le retrait d'un mandat d'arrêt visant le  président soudanais Omar el-Béchir. 

"Nous ne remettrons jamais notre ministre Ahmad Harun ou tout  autre citoyen ordinaire. Nous refusons de conclure un marché avec  cette Cour et voila notre ferme position", a indiqué à Xinhua à  Khartoum le ministre soudanais de la Direction Azhari Altijani. 

Des diplomates des pays occidentaux à New York ont affirmé  qu'un arrangement pourrait permettre de suspendre ou de retirer le mandat d'arrêt visant le président soudanais si ce dernier était  d'accord de remettre le ministre d'Etat des Affaires humanitaires  Ahmed Haroun et le leader de la milice Ali Kushayb inculpés  l'année dernière par la CPI.  

Par ailleurs, la capitale soudanaise a connu vendredi une  importante manifestation contre la CPI. 

Lundi, le principal procureur de la CPI basée à La Haye, Luis  Moreno-Ocampo a formellement requis un mandat d'arrêt contre le  président el-Béchir pour des crimes de guerre et contre l'humanité présumés dans la région du Darfour (ouest du Soudan). 

M. Altijani a fait savoir que son pays avait demandé à la  Russie, à la Chine et aux membres de la Ligue arabe, ainsi que de  l'Union africaine de l'aider pour que le Conseil de sécurité de l'ONU adopte une résolution permettant de suspendre pour 12 mois  le mandat d'arrêt à l'encontre du président soudanais.

 

 

Juillet 2008

 

Nouvelle victime au sein de la Minuad : Un soldat nigérian tué par balle au Darfour

Reuters, 18 juillet 2008

 

Un soldat de la Mission des Nations-Unies et de l'Union africaine au Darfour (Minuad) a été tué par balle au Darfour, dans l'ouest du Soudan, une semaine après la mort de sept autres soldats tués par des miliciens, annonce une porte-parole de l'Onu.

Le soldat a été tué lors d'une patrouille dans l'ouest du Darfour, a indiqué sans autre précision Marie Okabe, porte-parole de l'Onu. L'incident s'est produit peu avant 17h00 et le soldat tué était nigérian.

«Il s'agissait d'un vol de voiture. Il a opposé une certaine résistance et il a été abattu», a déclaré à Reuters le général sénégalais Balla Keita, commandant de secteur pour l'Etat du Darfour occidental.

Shereen Zorba, porte-parole de la Minuad au Soudan, a condamné l'agression qui s'est produite près de la frontière tchadienne et elle a souligné que la force de maintien de la paix avait atteint les limites de ses capacités.

«Nous invitons la communauté internationale à agir rapidement pour renforcer la force. Nous avons besoin de renforts, sinon nous sacrifions en vain les vies de nos hommes et de nos femmes», a-t-elle dit.

La semaine dernière, des soldats et des policiers de la Minuad qui effectuaient une patrouille de routine, sont tombés dans le nord du Darfour, dans une embuscade tendue par des miliciens armés se déplaçant à bord d'une quarantaine de véhicules. Sept membres de la Minuad ont été tués et une vingtaine ont été blessés.

Un diplomate du Conseil de sécurité a déclaré mercredi que dans un compte-rendu fait à huis clos après l'attaque, Jean-Marie Guéhenno, chef des opérations de maintien de la paix de l'Onu, avait donné au Conseil de sécurité des détails établissant des liens entre les miliciens et le gouvernement soudanais.

Khartoum s'est défendu de toute implication. Son représentant permanent à l'Onu, Abdalmahoud Abdalhaleem, a imputé l'attaque à un groupe de rebelles du Darfour, la SLM Unity.

Aucune information n'a filtré sur les auteurs de l'attaque de mercredi.

Les responsables de l'Onu ont indiqué que le personnel de la Minuad était en état d'alerte depuis que Luis Moreno-Ocampo, procureur de la Cour pénale internationale, a demandé que la CPI délivre un mandat d'arrêt à l'encontre du président soudanais Omar Hassan al Béchir, soupçonné de génocide au Darfour.

 

 

Juillet 2008

 

Le Sud-Soudan dénonce les accusations de la CPI à l'encontre du président el-Béchir

Xinhuanet, Nairobi, 18 juillet 2008

 

Le Sud-Soudan a dénoncé jeudi  les accusations de génocide portées à l'encontre du président Omar el-Bachir, déclarant que ces inculpations de la Cour pénale  internationale (CPI) mettent à mal le processus de paix et la  transition démocratique dans le pays. 

Dans un communiqué publié à Nairobi, le président du Sud-Soudan, Salva Kiir, appelle à la mise en place rapide d'une feuille de  route pour la paix au le Darfour, suite à l'inculpation du président el-Béchir par la CPI de la Haye. Il a également  préconisé un arrangement avec la CPI. 

"Nous pensons que la solution à la crise est que le  gouvernement d'unité nationale mette en place un arrangement avec  la communauté internationale et coopère avec la CPI sur le processus juridique, " a indiqué M. Kiir dans un communiqué. 

Lundi, le procureur de la CPI, Luis Moreno-Ocampo, a accusé le  président el-Béchir d'être derrière la campagne de génocide contre trois groupes ethniques au Darfour et a requis un mandat d'arrêt  contre lui pour génocide, crimes de guerre et crimes contre l'  humanité. 

Le gouvernement et le Parlement soudanais rejettent les  accusations portées par la CPI à l'encontre de M. Bachir et ont  souligné la nécessité de trouver rapidement une solution à la crise qui dure depuis cinq ans au Darfour. 

Les ministres arabes des Affaires étrangères doivent se  rencontrer samedi au Caire pour discuter de cette situation. 

Dans son communiqué, M. Kiir prône une résolution urgente du  conflit au Darfour, déclarant que le gouvernement d'unité  nationale du Soudan devrait mettre en place une feuille de route pour la paix au Darfour en une semaine. 

Le leader du Sud-Soudan, qui a formé un gouvernement d'unité  nationale avec Khartoum après l'accord de paix 2005, a ajouté que  l'inculpation de la CPI "a créé (...) une situation grave qui peut menacer la paix et la stabilité au Soudan".

 

 

 

Juillet 2008

 

CPI-SOUDAN: Le mandat d`arrêt de la CPI, une épée de Damoclès sur Omar el-Béchir

Angola Presse, La Haye, 17 juillet 2008

 

Citant les précédents des présidents déchus Slobodan Milosevic et Charles Taylor, les experts en justice internationale estimaient jeudi que malgré ses handicaps, la Cour pénale internationale (CPI) était en mesure de profondément influencer l`avenir politique d`Omar el-Béchir.

Le procureur de la CPI Luis Moreno-Ocampo a demandé lundi aux juges d`émettre un mandat d`arrêt contre le président du Soudan, qu`il accuse de crimes de guerre, crimes contre l`humanité et génocide au Darfour (ouest), région ravagée depuis 2003 par une guerre civile.

Il revient désormais aux juges d`étudier les preuves présentées par le procureur, et de décider quelle suite donner à sa requête, ce qui devrait prendre 2 à 3 mois.

"Il est tout à fait improbable que le mandat d`arrêt soit exécuté à court terme, ou qu`el-Béchir soit arrêté dans un autre pays ayant avec lui un accord bilatéral", car comme les autres tribunaux internationaux, la CPI n`a pas de force de police pour exécuter ses mandats et dépend de la coopération des Etats, concédait Nick Grono, vice-président du groupe de réflexion International Crisis Group.

Néanmoins, la CPI va "déligitimer (le président soudanais) en donnant à ses crimes une sanction pénale", ajoutait Gérard Prunier, auteur de "Le Darfour : un génocide ambigu".

Les experts ont rappelé comment l`annonce de l`inculpation par le Tribunal spécial pour la Sierra Leone (TSSL) du président libérien Charles Taylor, au premier jour d`un sommet de pourparlers de paix au Ghana, avait déchaîné les critiques et même mis en colère Kofi Annan, alors secrétaire général de l`ONU.

 

 

Juillet 2008

 

Le sort d'El-Béchir discuté à l'ONU

Radio Canada 17 juillet 2008 avec Agence France Presse, Associated Press et Reuters

 

À New York, d'intenses tractations sont en cours au siège des Nations unies relativement à la volonté du procureur de la Cour pénale internationale (CPI) d'accuser le président soudanais Omar El-Béchir de génocide, de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité.

Plusieurs pays africains, dont l'Afrique du Sud, veulent éviter que les procédures aillent de l'avant, et tentent d'obtenir l'appui de la Chine et de la Russie, deux membres permanents du Conseil de sécurité qui ont déjà émis des réserves au sujet de cette démarche.

Les pays réfractaires à la démarche du procureur Luis Moreno-Ocampo allèguent qu'elle nuit à d'autres priorités au Soudan, et particulièrement à la force multinationale de plus de 26 000 hommes qui se déploie tant bien que mal au Darfour pour protéger la population.

« Si les poursuites contre le président Béchir sont maintenues, la situation au Darfour pourrait connaître une aggravation et un chaos indescriptible », soutient le président sénégalais Abdoulaye Wade dans un texte transmis à l'AFP. « Le problème quittera le pénal pour n'être plus que politique. Or, dès que la politique entre dans un conflit, la raison et le droit en sortent ».

Le président Wade, qui agit à titre de facilitateur dans le conflit opposant le Soudan au Tchad, dont l'une des causes est la situation au Darfour, réclame l'application de l'article 16 du statut de la CPI, qui permettrait au Conseil de sécurité de suspendre la procédure en cours.

 

L'article 16 du statut de Rome

 

L'acte fondateur de la CPI stipule que: « Aucune enquête ni aucune poursuite ne peuvent être engagées ni menées en vertu du présent Statut pendant les douze mois qui suivent la date à laquelle le Conseil de sécurité a fait une demande en ce sens à la Cour dans une résolution adoptée en vertu du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies; la demande peut être renouvelée par le Conseil dans les mêmes conditions. »

Selon AP, le président du Groupe des sages de l'Union africaine, l'ancien président algérien Ahmed Ben Bella, craint également qu'une éventuelle inculpation du président soudanais ne crée un dangereux précédent. « Si de fait nous ne trouvons pas une solution, ce pourrait être une façon inconstitutionnelle d'écarter un chef d'État », soutient-il.

 

Controverse internationale

 

Pour l'heure, la France et la Grande-Bretagne estimeraient que le recours à l'article 16 du statut du CPI est prématuré, selon AFP, étant donné que les juges du CPI n'ont pas encore décidé de la suite qu'ils entendent donner à la demande du procureur Moreno-Ocampo. Cela devrait prendre deux ou trois mois.

Entre-temps, le bien-fondé des démarches du procureur de la CPI et leur impact sur la situation politique au Soudan font l'objet d'un âpre débat au sein des diplomates et des observateurs de la communauté internationale.

Si certains affirment que l'initiative du procureur risque de braquer encore davantage le Soudan et de compromettre la mission de la force internationale, d'autres sont d'avis que le processus de paix est déjà largement moribond et que les démarches du CPI viendront renforcer l'opposition.

L'ambassadeur britannique à l'ONU, John Sawers, a pour sa part suggéré à Reuters que l'initiative de M. Moreno-Campo pourrait être attribuable à sa frustration devant le refus de Khartoum de livrer deux autres Soudanais accusés de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité par le CPI.

Omar El-Béchir, avance-t-il, pourrait aider sa cause en livrant ces deux présumés criminels. Le Soudan ne reconnaît toutefois pas la compétence de la CPI et le parti du président organise encore jeudi des manifestations lors desquelles des militants scandent notamment « Mort à Ocampo ».

 

Attaque contre MINUAD condamnée

 

Par ailleurs, le Conseil de sécurité a condamné l'attaque du 8 juillet dans laquelle sept soldats de la force internationale ont été tués et 22 autres ont été blessés. Le Conseil se dit préoccupé par le fait que l'attaque, qui ne semble pas due aux rebelles, selon le chef des opérations de maintien de la paix de l'ONU, était « préméditée et délibérée ».

L'effectif de la MINUAD est actuellement composé d'un peu plus de 10 000 hommes, dont une majorité de militaires, qui sont mal équipés. La MINUAD doit, à terme, être composée de 26 000 hommes, soit 19 500 soldats et 6500 policiers, ce qui en ferait la plus importante mission du genre jamais entreprise par la communauté internationale.

Juillet 2008

 

Les poursuites contre Omar El Béchir complique la donne

La Croix, 17 juillet 2008 , par Laurent d'Ersu

 

La demande de mandat d'arrêt pour « génocide » présentée lundi par le procureur de la CPI contre le président soudanais indispose la communauté internationale.

 

Sur quelle base le président El Béchir est-il accusé?

 

Le procureur de la Cour pénale internationale (CPI), Luis Moreno-Ocampo, a demandé lundi aux juges de la CPI d'émettre un mandat d'arrêt contre le président soudanais Omar El Béchir pour «crimes de génocide, crimes contre l'humanité et crimes de guerre» au Darfour (lire La Croix du 15 juillet). I1 affirme disposer de preuves - essentiellement des témoignages - montrant qu'Omar El Béchir «a échafaudé et exécuté un plan visant à détruire une grande partie des groupes four, massalit et zaghawa en raison de leur appartenance ethnique», ce qui caractériserait l'accusation de «génocide».

Toujours selon le procureur, le président soudanais «a mobilisé l'ensemble de l'appareil d'Etat» pour mettre intentionnellement les 2,5 millions de déplacés de guerre dans «des conditions d'existence qui ne pouvaient qu'entraîner leur destruction physique». Le procureur ne prétend pas qu'Omar El Béchir a commis personnellement les crimes contre l'humanité imputés à son armée et à ses supplétifs, notamment les djandjawids. Mais le statut de Rome, qui encadre la CPI, prévoit ce type de «perpétration indirecte »

 

Quelles sont les réactions aux poursuites lancées contre lui ?

 

Si l'intéressé ne s'est pas encore exprimé autrement qu'en adressant des signes de victoire à des sympathisants, son vice-président, Ali Osman Mohamed Taha, a jugé « irresponsable, illégale et peu professionnelle» l'initiative de la CPI, affirmant qu'elle s'inscrivait dans un complot visant à dénier au Soudan un statut normal dans la communauté internationale.

La présidence de l'Union africaine (UA) a mis en garde contre la possibilité d'aanarchie généralisée» au Soudan et a demandé le report des poursuites. Le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, a quant à lui qualifié hier d'« irréflé chie» l'action du procureur. Toujours dans le camp des opposants aux poursuites, le gouvernement chinois, proche allié du Soudan, a exprimé sa «grave inquiétude» et ses «doutes». «Les actes de la CPI doivent être bénéfiques à la stabilité du Darfour et à une résolution appropriée du problème, et non l'inverse», a déclaré le porte-parole du ministère chinois des affaires

étrangères, Liu Janchao.

Les Etats-Unis, qui ne reconnaissent pas la CPI, ne se sont pas prononcés sur le fond. «Nous verrons quel effet cela a », a déclaré George W. Bush lors d'une conférence de presse mercredi. Toutefois, l'ancien envoyé spécial américain pour le Soudan, Andrew Natsios, avait d'avance condamné une possible inculpation de président soudanais, qui «rendra plus difficile la négociation d'un règlement politique» de la crise du Darfour. Même les Européens, qui ont soutenu la création de la CPI, ont eu des réactions très prudentes.

 

Omar El Béchir va-t-il être arrêté?

 

La pondération des réactions in­ternationales face à la démarche du procureur de la CPI tient au fait que le Conseil de sécurité de l'ONU dé­tient une clé décisive. I:article 16 du statut de Rome lui donne en effet la possibilité de reporter d'un an les poursuites engagées à la CPI. Cette possibilité pourrait être ac­tivée tant par des amis du régime de Khartoum, pour lui laisser un répit, que par ses adversaires pour faire de cette menace un levier afin de lancer de nouvelles négociations de paix au Darfour ou d'obtenir que soient livrés les deux responsables soudanais déjà poursuivis par la CPI. Si le Soudan accepte de livrer Ahmed Haroun, actuel ministre des affaires humanitaires, et le chef de milice djandjawid Ali Kosheib, «cela peut faire partie du dialogue que nous avons avec nos différents partenaires, notamment au Conseil de sécurité», a déclaré mardi Éric Chevallier, porte-parole du Quai d'Orsay.

 

Même les Européen qui ont soutenu la création de ta CPI, très prudentes.

ont eu des réactions

 

Encore faut-il que les juges de la CPI appelés à statuer sur la requête du procureur le suivent dans sa démonstration juridique. Certains spécialistes du dossier évoquent déjà la «légèreté» des preuves brandies pour établir une accusation aussi grave que celle de génocide. Enfin, même s'il est placé sous mandat d'arrêt, Omar El Béchir restera chef d'État, et l'hypothèse de son arrestation par un pays occidental exposerait de vives réactions en Afrique et dans le monde arabe.

 

Quelles conséquences au Darfour et au Sud-Soudan ?

 

L'évacuation par l'ONU, depuis hier, d'une partie de son personnel au Darfour souligne les craintes de rétorsions. Déjà, l'attaque contre un convoi de soldats de la paix le 8 juillet, qui avait fait sept morts, avait été interprétée par certains comme un avertissement. Il est trop tôt pour savoir si les poursuites de la CPI vont avoir la moindre influence sur les processus de paix au Darfour - actuellement au point mort - et au Sud-Soudan, qui a connu ces dernières semaines des avancées importantes. Un ministre européen interrogé par La Croix cette semaine disait espérer que la procédure à la CPI « ferait du règlement de la crise au Darfour un sujet de politique nationale au Soudan », notamment dans le cadre des élections prévues en 2009. L'ancienne rébellion du Mouvement de libération du peuple du Soudan (SPLM), désormais au pouvoir à Juba et membre du gouvernement central, a appelé ce dernier à mettre en place une «feuille de route» pour résoudre le conflit au Darfour, en consultant les différentes forces politiques et la société civile.

 

 

Juillet 2008

Les ONG américaines profitent des JO pour dénoncer « la complicité » de la Chine

La Croix, 17 juillet 2008 , New York par Stéphanie Fontenoy

 

À l'occasion des JO de Pékin, des activistes dénoncent dans une satire « la complicité » de la Chine avec le gouvernement soudanais.

Les ONG américaines profitent de toutes les occasions pour sensibiliser l'opinion

 

Les Jeux olympiques de Pékin ont une nouvelle mascotte, mais qui ne sera certainement pas mise en avant en Chine. «Gengen Genocide» a la frimousse ronde et amusante des autres Fuwa, petits personnages traditionnels qui accueilleront les athlètes et les touristes pendant les jeux, mais elle paraît moins sympathique. Elle porte comme ornement sur le dessus du crâne une tête de mort, une kalachnikov et le pistolet verseur d'une pompe à essence.

Trouble-fête satirique, cette mascotte incarne le lien entre l'achat de pétrole par la Chine au Soudan et le financement des massacres au Darfour. «Pendant que vous regarderez les superbes Olympiades, je serai à des milliers de kilomètres pour assister aux meurtres, aux viols et aux déplacements de populations, tout cela grâce au soutien de la Chine. Pendant que la fête olympique continue, je m'assure que le génocide continue», raconte « Gengen Genocide » entre deux rires cyniques, dans une vidéo créée par l'association américaine Dream for Darfur.

 

Dans une autre vidéo diffusée sur le site de l'organisation, l'actrice Mia Farrow, porte-parole de Dream for Darfur, invite les téléspectateurs à bouder les plages de publicité des sponsors olympiques et donne rendez-vous pour des reportages depuis les camps de réfugiés au Tchad. «Le but est de montrer qu'il se passe au Soudan quelque chose qui est encore plus important que les Jeux», explique-t-elle.

Après les manifestations monstres des dernières années, les ONG américaines continuent à sensibiliser l'opinion publique, six ans après le début de la crise humanitaire au Darfour. En 2004, quatre ans avant le procureur de la Cour pénale internationale, les États-Unis avaient été le premier pays à qualifier de génocide la situation dans ces provinces du Soudan. En l'absence de progrès concrets, la mobilisation s'y poursuit avec, toujours en tête, des mouvements étudiants et religieux, pour la plupart rassemblés au sein de la coalition Save Darfur.

Les objectifs et les moyens d'action sont variés: certaines associations soulignent « la complicité» de la Chine, d'autres font pression sur l'ONU, certaines travaillent sur le droit humanitaire international, et d'autres encore tentent d'agir au niveau des pourparlers de paix. «En coulisses, les organisations caritatives coordonnent leurs efforts. Nous veillons à nous alimenter les unes les autres en informations et en nouvelles idées», déclare Selina Brewer, chargée de recherche sur le Darfour pour Human Rights Watch.

L'attention portée à la Chine actuellement est une occasion médiatique sans précédent pour les groupes de défense des droits de l'homme. «  Ce qui est lassant, c'est qu'il y a relativement peu d'opportunités comme les jeux olympiques», regrette Eric Reeves, un des fondateurs de Dream for Darfur. «À l'évidence, la réponse de la communauté internationale ne fonctionne pas», affirme Jill Savitt, directrice de l'ONG. «Les États-Unis ont épuisé tous leurs moyens de pression économiques contre la Chine. De plus, l'administration américaine s'est compromise. en Irak. Il est difficile pour elle d'intervenir dans un autre pays musulman», poursuit Eric Reeves.

Beaucoup espèrent voir le prochain président américain s'impliquer sur ce dossier. Les deux candidats en lice, Barack Obama et John MeCain, ont signé cette année un communiqué commun réclamant la fin des violences au Darfour et promettant de poursuivre ce but «avec une grande détermination».

 

Juillet 2008

 

 

Au Darfour, la faiblesse de l'ONU nuit aux déplacés

La Croix, 17 juillet 2008 , par Stéphane Aubouard, à El-Geneina

 

La mise en cause du président soudanais par la CPI a conduit l'ONU à évacuer une partie de son personnel. Une décision qui complique le sort des civils dépendant des Nations Unies pour leur survie et leur sécurité.

 

Geneina, capitale de la province du Darfour occidental, ressemble à un far-west des temps modernes.

Dans le souk de cette petite ville plantée au milieu de vastes oueds et entourée de collines, on trouve de tout, y compris un échantillon hétéroclite d'hommes en armes. Aux côtés des marchands et des artisans, des voitures portant les sigles des groupes rebelles tchadiens se frayent tant bien que mal un passage entre les étals.

Les pick-up couleur sable sont remplis de jeunes garçons enturbannés portant lunettes noires, qui regardent fièrement devant eux, la kalachnikov en bandoulière. Pendant ce temps, des agents de la Sécurité nationale soudanaise boivent le thé, sans se mêler aux soldats des forces armées qui discutent sous un autre arbre. On ne se mélange pas. Plus loin, une minuscule patrouille de la Mission des Nations unies et de l'Union africaine au Darfour ( Minuad) déambule, un peu penaude, dans cette poudrière.

De temps à autre, un employé de l'ONU s'extirpe d'un gros 4x4 flanqué du sigle UN pour gagner le souk des bijoutiers. Mais ils seront de moins en moins nombreux à pouvoir ainsi s'aventurer hors des sentiers battus. Les Nations unies ont commencé mardi à évacuer leur personnel « non essentiel » du Darfour, craignant des rétorsions après l'inculpation du président soudanais Omar El Béchir par le procureur de la Cour pénale internationale. Malgré l'engagement des autorités soudanaises de faire leur possible pour protéger soldats de la paix et travailleurs humanitaires, les agents de l'ONU devraient être transférés vers l'Éthiopie et l'Ouganda.

«La saison des pluies, On J'appelle aussi la saison de la faim»

Depuis le début d'année déjà, l'atmosphère était devenue lourde à El-Geneina, où le vol des véhicules des Nations unies et des ONG est devenu monnaie courante. « C'est presque quotidien, explique Paolo Mattei, un responsable du Programme alimentaire mondial (PAM) pour le Darfour occidental. La méthode est toujours la même : au détour d'un virage, deux ou trois jeunes hommes vous menacent de leur kalachnikov, vous font descendre, prennent la voiture et s'en vont. » Régulièrement, un employé local se fait enlever et on le retrouve quelques jours plus tard... quand on le retrouve. Depuis le début de l'année, 79 véhicules du PAM ont ainsi été attaqués et 39 chauffeurs enlevés, dont deux ont été tués.

Outre les chauffeurs, les premières victimes de ces attaques sont évidemment les déplacés. Leur subsistance dépend en grande partie de ces livraisons à haut risque. « La saison des pluies, on l'appelle aussi la saison de la faim, explique un responsable d'ONG sous le couvert de l'anonymat. Nous sommes en pleine période de soudure, la prochaine récolte n'aura lieu qu'en octobre. II y a donc de grands risques de malnutrition chez les personnes déplacées, particulièrement chez les enfants ! »

Du coup, la décision des Nations unies d'évacuer une partie de son personnel est prise comme un véritable camouflet par la plupart de ces ONG. « Nous avions déjà du mal à acheminer personnel et matériel ces derniers temps. Si l'ONU coupe les vivres, nous allons droit dans le mur, reprend ce même responsable. Sur le terrain, il n'y a pas le moindre signe avant-coureur d'une escalade de violence à venir. »

A quai servent las casques bleus de la Minuad ?

Pendant ce temps les déplacés se plaignent. Une vingtaine de cheikhs du camp d'Ardamata, à quelques kilomètres d'El Geneina, d'ethnie massalit et four pour la plupart, sont réunis sous un préau de paille. La désillusion, la honte, la colère et la peine sourdent de leur voix. Cheikh Hassan, le plus ancien, prend la parole : « On ne comprend pas pourquoi le PAM ne revient pas à son ancien mode d'approvisionnement par parachutage des vivres. À quoi ça sert d'avoir un colis sur deux qui arrivent à destination... Vous savez, la faim, c'est pire que la guerre. La guerre, vous y allez, vous vous battez, et vous avez une chance de revenir. Mais la faim, c'est bien pire : vous restez là à ne rien faire et vous mourez et vous regardez mourir votre famille. »

Les chiffres sont malheureusement sans pitié. Les largages aériens coûtent quatre fois plus chers que le transport terrestre. Cette incapacité des Nations unies et des ONG à les aider commence à faire perdre confiance aux civils déplacés. Les premiers visés par les critiques sont surtout les casques bleus de la Minuad. « À quoi servent-ils, ces gens-là ? interroge le vieux cheikh. Ils viennent soi-disant pour nous protéger, mais sont incapables de se défendre eux-mêmes. Nous, on a besoin d'une vraie protection.

Depuis trois mois, toutes les nuits, nous nous faisons attaquer par des djandjawids et des bandits. Ils viennent dans le camp nous voler nos chèvres et même les bâches que l'on nous fournit pour nous protéger de la pluie ! » Le général sénégalais Balla Keita, qui commande la Minuad au Dartour occidental, ne nie pas les problèmes rencontrés. « C'est vrai que la population ne nous fait plus confiance, reconnaît-il. Et nous la comprenons. Les problèmes s'accumulent pour nous. Nous n'avons reçu que 300 des 17 000 hommes qui devaient nous rejoindre. Et puis, nous n'avons pas le matériel nécessaire pour ce genre de mission».

 

Une bataille administrative de tous !es instants

 

Cette impuissance s'explique d'abord par l'incapacité des armées africaines et des pays occidentaux qui les soutiennent à fournir le matériel nécessaire, en particulier les hélicoptères et les véhicules tout terrain. L'autre raison majeure est l'utilisation de l'arme administrative par le pouvoir soudanais. « À l'heure actuelle, la majorité de notre matériel reste à quai à Port-Soudan, reprend le général Keita, et il nous faut livrer une bataille administrative de tous les instants pour le faire venir.

Les délais sont constamment repoussés. » Et quand arrive enfin l'autorisation de transporter le matériel, ce n'est pas la Minuad qui en contrôle l'acheminement, mais des compagnies privées choisies par le gouvernement. « Si bien qu'en bout de chaîne, 30 à 40 % du matériel a été endommagé, quand il n'a pas disparu », explique l'officier.

Depuis le début de l'année et plus encore depuis l'attaque des rebelles du Mouvement justice et égalité (JEM) sur Omdourman, ville jumelle de Khartoum, il y a deux mois, la situation s'est détériorée au Darfour. Les populations déplacées en sont les premières victimes. Et la récente décision du procureur de la CPI, entraînant un affaiblissement supplémentaire de l'ONU sur le terrain, ne devrait rien arranger.

Juillet 2008

 

Omar El Béchir, un président qui aime trop la guerre

La Croix, avec Jennie Matthew et l'A.F.P., 16 juillet 2008

 

Dénoncé par le procureur de la CPI pour son rôle dans le conflit du Darfour, le président soudanais n'a jamais cessé de faire la guerre.

 

Le président soudanais Omar El Béchir, contre qui le procureur de la Cour pénale internationale (CPI) a demandé avant-hier un mandat d'arrêt pour génocide commis au Darfour ( lire La Croix du 15 juillet ), est un militaire de carrière qui s'est propulsé au pouvoir à la faveur d'un coup d'État soutenu par les islamistes. Né en 1944 dans une famille rurale à une centaine de kilomètres au nord de Khartoum, il sert aux côtés de l'armée égyptienne dans le conflit israélo-arabe de 1973. Il commande la 8e brigade de l'armée régulière stationnée dans le sud du Soudan, au plus fort de la guerre civile entre Khartoum et l'Armée de libération du peuple du Soudan ` (SPLA), lorsqu'il profite de la grogne des officiers pour prendre le pouvoir en 1989.

Le 30juin de cette année-là, il renverse le gouvernement démocratiquement élu de Sadek El Mahdi, avec l'appui du Front islamique national de son ancien mentor Hassan A1 Tourabi: Il impose l'état d'urgence, suspend la C onstitution et les libertés publiques. Son régime oriente le Soudan vers un islam plus radical, et les Forces populaires de défense nouvellement créées sont déployées dans le Sud, peuplé d'animistes et de chrétiens, pour combattre les « in fidèles» , dans ce qui deviendra l'un des plus longs conflits du continent africain. En 1993, il cumule tous les pouvoirs, avant de se faire élire pour la première fois en 1996, lors d'une mascarade électorale. Son régime, devenu une plaque tournante de l'islamisme international, accueille pendant cinq ans Oussama Ben Laden, avant de le rejeter sous la pression des États-Unis.

En 1999, les relations d'Omar El Béchir avec Hassan Tourabi tournent à l'aigre et ce dernier est incarcéré de 2001 à 2003, accusé de menées putschistes. Le Soudan tente de se démarquer de l'islam radical et d'améliorer ses relations avec la communauté internationale. Il crée la surprise en 2005 en signant un accord avec les rebelles du Sud et en ouvrant la voie à un processus démocratique, mais il ne montre aucune volonté de compromis dans le conflit du Darfour qui, en cinq ans, a fait près de 300000 morts, selon l'ONU.

Juillet 2008

Les Nations Unies poursuivent l'évacuation de ses membres non essentiels au Darfour

 

Agence France Presse, Khartoum, 16 juillet 2007

 

L'ONU a continué d'évacuer mercredi des membres de son personnel non essentiel au Darfour, dans l'ouest du Soudan, où les forces de paix étaient en état d'alerte après les accusations de crimes de guerre contre le président Omar el-Béchir devant un tribunal international.

L'évacuation reportée mardi pour des raisons techniques d'une cinquantaine de personnes d'El-Fasher (nord-Darfour), a été effectuée mercredi, selon une porte-parole de la mission conjointe ONU-UA au Darfour (Minuad).

"Un avion a décollé ce matin avec les gens d'hier. Deux autres vols sont prévus aujourd'hui" en direction d'Entebbe (Ouganda) et de Al-Obeid (centre du Soudan), a indiqué Joséphine Guerrero.

Au total, environ 150 membres de la Minuad devaient quitter le Darfour mercredi, a ajouté la porte-parole. Un premier contingent de 32 personnes a quitté mardi Nyala, la capitale du sud-Darfour, pour Entebbe.

La Minuad a annoncé qu'elle transférerait en Ethiopie ou en Ouganda du personnel non essentiel malgré les assurances des autorités soudanaises de faire leur possible pour protéger soldats et travailleurs humanitaires.

Ces départs concernent une partie seulement des 10.000 personnels de la Minuad déployés au Darfour, en guerre civile depuis 2003. Selon les responsables locaux, leur retour pourrait intervenir dans les jours ou semaines à venir, si la mission abaisse son niveau de sécurité.

Ce "redéploiement temporaire du personnel non essentiel", selon l'ONU, fait suite à l'appel lundi du procureur de la CPI, Luis Moreno-Ocampo, à lancer un mandat d'arrêt contre le président soudanais qu'il a accusé de génocide, crimes de guerre et crimes contre l'humanité au Darfour, une province en guerre civile depuis 2003.

Des responsables soudanais et occidentaux ont prédit que la démarche de la CPI pouvait provoquer des représailles contre les ambassades occidentales et les missions de paix de l'ONU au Darfour et dans le sud du pays. L'ONU a cependant assuré que ses missions n'étaient pas remises en cause.

La Minuad a lié ces retraits à une embuscade la semaine dernière où huit soldats ont été tués et une vingtaine blessés par des miliciens

 

 

Juillet 2008

La question soudanaise gêne Pékin avant les JO

 

Le Figaro, 16 juillet 2008 par Arnaud de La Grange

 

Les autorités chinoises ont exprimé leur «grave inquiétude» après la décision de la Cour pénale internationale d'inculper le président Omar el-Béchir

 

Une nouvelle fois, après l'affaire zimbabwéenne la semaine dernière, la Chine laisse transparaître ses «nuances» sur sa diplomatie en général et sa politique africaine en particulier. Pékin a exprimé mardi sa «grave inquiétude» et ses «doutes» sur la décision de la Cour pénale internationale (CPI) d'inculper le président soudanais Omar el-Béchir.

Toute la question est maintenant de savoir jusqu'où la Chine est prête à aller dans les couloirs de l'ONU, le Conseil de sécurité ayant la possibilité de suspendre les procédures de la CPI. Le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Liu Janchao, a déclaré mardi que des consultations avec des membres du Conseil avaient été engagées et que la Chine espérait «atteindre un consensus avec les parties adéquates». En ajoutant que «les actes de la CPI doivent être bénéfiques à la stabilité du Darfour et à une résolution appropriée du problème, et non l'inverse».

La posture diplomatique de Pékin est compliquée par le contexte pré-olympique. La Chine n'entend pas compromettre ses intérêts au Soudan elle y achète les deux tiers de son pétrole , mais, à trois semaines des JO, elle doit aussi prendre garde à ne pas enflammer à nouveau l'opinion internationale. On se souvient que le cinéaste Steven Spielberg avait déjà abandonné ses fonctions de conseiller pour la cérémonie d'ouverture des Jeux, pour protester contre la bienveillance de la Chine à l'égard du Soudan.

 

Des investissements croissants

 

La Chine est régulièrement accusée, notamment par des organisations des droits de l'homme, de mettre de l'huile sur le feu au Darfour en vendant des armes au Soudan, dont elle est le principal fournisseur. Mardi, l'envoyé spécial de la Chine au Darfour s'en est d'ailleurs pris à la BBC, en l'accusant de reportages «biaisés» sur le sujet. La BBC avait affirmé lundi que la Chine entraînait des Soudanais à piloter des avions de chasse chinois.

Ce contre-pied diplomatique chinois sur l'Afrique intervient trois jours seulement après que Pékin et Moscou ont fait subir un revers aux Occidentaux au Conseil de sécurité de l'ONU, en mettant un veto au projet de résolution visant à sanctionner le Zimbabwe. Il s'inscrit dans le cadre d'investissements chinois en spectaculaire croissance en Afrique. Entre 2000 et 2006, les échanges commerciaux entre la Chine et l'Afrique sont passés de 6 à 35 milliards d'euros.

Les besoins de la Chine dans les domaines de l'énergie et des matières premières sont immenses ; ceux de l'Afrique en infrastructures sont encore plus abyssaux. C'est là que le deal se fait. À la grande satisfaction de Pékin, un rapport de la Banque mondiale, rendu public la semaine dernière, reconnaît que les investissements massifs chinois en Afrique contribuent à réduire la pauvreté.

 

 

Juillet 2008

Khartoum dénonce les « mensonges du procureur de la CPI

 

Le Monde avec Stéphanie Maupas, 16 juillet 2008 La Haye

 

Luis Moreno-Ocampo a dé posé devant les juges de la Cour pénale internationale (CPI) les preuves des allégations de génocide au Darfour à l'encontre :du président soudanais

 

Le procureur de la Cour pénale internationale (CPI), Luis Moreno Ocampo, a déposé devant les juges, lundi 14 juillet, les preuves des allégations de génocide, crimes contre l'humanité et crimes de guerre au Darfour à l'encontre du président du Soudan, Omar Al-Bachir, contre lequel il requiert l'émission d'un mandat d'arrêt. Les magistrats pourraient remettre leur décision dans deux à trois mois. Dans une allocution à la télévision, Omar Al-Bachir a estimé que « la Cour n'a aucune compétence au Soudan » et qualifié de « mensongères» les accusations du procureur.

De son côté, le porte-parole du ministère des affaires étrangères, Ali Al-Sadiq, a tenu des propos rassurants sur la coopération avec les Nations unies, objet d'inquiétudes à New York. « Nous ne savons pas quelle sera la réaction des Nations unies concernant le fait de traiter avec un chef d'Etat considéré comme un criminel, a-t-il déclaré. Nous voulons indubitablement voir l'opération hybride [force conjointe de l'ONU et de l'Union africaine au Darfour, Minuad] continuer et nous voulons voir des discussions politiques. »

Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a souligné dans un communiqué que la Cour est « indépendante ». Samedi, lors d'une conversation téléphonique avec le président soudanais, il s'était déclaré préoccupé par le lien établi par le Soudan entre la décision du procureur et les opérations de maintien de la paix, a expliqué sa porte-parole. La Minuad a, quant à elle, annoncé son intention de retirer une partie de « ses personnel non essentiels ». A la demande du Soudan, la Ligue arabe a annoncé la tenue d'une réunion d'urgence samedi.

Au cours d'une conférence de presse organisée au siège de la Cour à La Haye aux Pays-Bas, le procureur a dénoncé « le génocide en cours au Darfour », perpétré contre les ethnies four, masalit et zaghawa, « planifié » par Omar AI-Bachir et exécuté « sans chambres à gaz, sans balles, sans machettes » mais par « la famine, les viols et la peur ». Pour le procureur, le mobile d'Omar Al-Bachir a pris forme dès le coup d'Etat de juin 1989 au terme duquel il s'empare du pouvoir et « mène des luttes politiques et militaires tant à Khartoum qu'aux confins du Soudan contre des groupes qu'il considère comme des menaces pour son autorité».

Les crimes reprochés par le procureur débutent en mars 2003, peu après l'échec des négociations entre le gouvernement et les rebelles du Darfour. Le président Al-Bachir a émis des ordres d'attaques, conduites sur le même mode opératoire : encerclement et bombardement des villes et villages, suivi d'attaques terrestres conjointes des forces armées et des milices janjawids au cours desquelles « les assaillants tuent hommes, femmes, enfants et personnes âgées. Ils soumettent les femmes et les filles à des viols massifs. Ils pillent les villages et les réduisent en cendre ».

Le procureur estime que les victimes qui n'ont pu rejoindre les camps de réfugiés,au Tchad,subissent de nouvelles attaques dans les camps du Darfour. Pour le président soudanais, « peu importe qu'il y ait ou non des rebelles ou des objectifs militaires valables » car, selon le procureur, « les cibles ne sont pas les forces rebelles ». La nécessaire « lutte contre l'insurrection », opposée par Khartoum, ne serait qu'un « alibi ». « Omar AI-Bachir a organisé la misère, l'insécurité et le harcèlement des survivants. »

Avec le concours d'Ahmed Harun, ministre délégué aux affaires humanitaires, et contre lequel la Cour a émis un mandat d'arrêt pour crimes contre l'humanité, en avril 2007, le personnel humanitaire est expulsé, l'aide n'est pas distribuée, le déploiement des casques bleus est contrôlé. « Le génocide commis en imposant des conditions devant entraîner une destruction physique, associé à une stratégie élaborée de désinformation, constitue une stratégie efficace permettant d'atteindre une destruction complète », écrit le procureur pour lequel les services de renseignement soudanais ont été utilisés pour manipuler « l'opinion publique locale et internationale ».

 

Juillet 2008

L'Onu prend des mesures avant des manifestations anti-CPI

 

Le Nouvel Observateur avec Reuters, par Opheera McDoom, 15 juillet 2008

 

Les Nations unies ont pris des mesures de protection pour leur personnel mardi au Soudan, où des milliers d'habitants s'apprêtaient à manifester contre l'inculpation de leur président pour crimes de guerre par la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye.

Le procureur de la CPI a inculpé lundi le président Omar Hassan al Bachir de génocide, crimes de guerre et crimes contre l'humanité au Darfour et a requis un mandat d'arrêt international à son encontre.

Jusqu'ici, les manifestations ont été organisées par des organismes pro-gouvernementaux, mais cette fois même les Soudanais qui s'opposent habituellement à Bachir le soutiennent contre la CPI.

Des manifestants ont accroché des portraits du président soudanais sur les murs du QG de l'Onu à Khartoum et de l'ambassade de Grande-Bretagne.

Les responsables de la sécurité de l'Onu ont demandé aux membres de leur personnel dont la présence n'était pas indispensable de rester chez eux mardi en prévision des mouvements de foule attendus.

Le vice-président soudanais, Ali Osman Mohamed Taha, a jugé "irresponsable, illégale et peu professionnelle" l'initiative de la CPI, affirmant qu'elle s'inscrivait dans un complot visant à dénier au Soudan un statut normal dans la communauté internationale.

Ramtane Lamamra, commissaire de l'Union africaine (UA) à la paix et à la sécurité, s'est rendu dans la nuit au Soudan et y a rencontré Bachir mardi. Il a dit que le Soudan avait demandé une réunion d'urgence du Conseil de paix et de sécurité de l'UA, qui pourrait selon lui se tenir avant la fin de la semaine.

 

"Nation et souveraineté"

 

Interrogé sur l'inculpation de Bachir par la CPI, Lamamra a déclaré à des journalistes: "Il est inacceptable de prendre pour cibles des responsables africains."

Des représentants de l'UA se sont inquiétés de ce que les quatre premiers dossiers de la CPI ne concernent que des conflits africains.

Un groupe s'est formé sur le site communautaire Facebook afin de soutenir Bachir après sa mise en inculpation par la CPI. En quelques heures, il a attiré un millier de Soudanais vivant dans le pays ou à l'étranger.

"Je ne suis pas d'accord avec Bachir et sa façon de gouverner le pays (...) mais quand la nation et sa souveraineté sont défiées, c'est une autre affaire", écrit le créateur du groupe.

"Une brute peut tuer un révolutionnaire, mais la terre en produira mille autres", ajoute Ahmed Hachim Ibrahim.

Le gouvernement soudanais a donné l'assurance aux travailleurs expatriés qu'il veillerait à leur sécurité, mais les Nations unies ont renforcé leurs mesures de sécurité à Khartoum et au Darfour dès avant l'annonce de la CPI, par crainte de réactions violentes.

Des familles ont été évacuées de Khartoum et certains représentants de l'Onu ont quitté le Darfour.

Nombre d'organisations humanitaires ont dit avoir transféré leurs personnels des zones rurales vers les villes du Darfour. L'Onu a refusé d'indiquer en quoi son immense opération humanitaire dans l'Ouest soudanais serait affectée par ses mesures de sécurité préventives.

La mission mixte de maintien de la paix de l'Onu et de l'Union africaine (Minuad) a fait savoir qu'elle allait aussi déplacer ses personnels non indispensables mais que ses activités essentielles se poursuivraient.

Version française Philippe Bas-Rabérin

 

 

Juillet 2008

 

Les accusations de génocide au Soudan divisent la communauté internationale

Nations Unies, Inter Press Service (I.P.S.) 15 juillet 2008 , par Thalif Deen

 

Une démarche pour inculper le président soudanais Omar Hassan Ahmad Al-Bashir de génocide et de crimes de guerre au Darfour -- une première contre un chef d'Etat en exercice --menace de diviser la communauté internationale.

 

Les puissances occidentales, conduites par les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France, veulent qu'il soit poursuivi, mais la Chine et la Russie, qui entretiennent de fortes relations politiques, économiques et militaires avec le Soudan, sont opposées à une probable inculpation.

Le procureur de la Cour pénale internationale (CPI) à La Haye, Luis Moreno-Ocampo, a présenté lundi les preuves montrant que Al-Bashir a commis des crimes de génocide au Darfour. Ces preuves sont venues trois ans après que le Conseil de sécurité lui a demandé d'enquêter sur les accusations.

Les 18 juges de la CPI, représentant les diverses régions géographiques, devront examiner ces preuves et décider si, oui ou non, il faut émettre un mandat pour l'arrestation de Al-Bashir.

Cette procédure pourrait prendre plusieurs mois -- et se jouera, avec comme arrière plan, un climat de controverse politique houleuse au sujet de l'opportunité de l'inculpation et des mérites d'une possible arrestation d'un chef d'Etat africain en exercice.

En vertu de l'article 16 du Traité de Rome qui a créé la CPI, le Conseil de sécurité composé de 15 membres a le pouvoir de suspendre toute inculpation de Al-Bashir -- conformément à ''l'ajournement des investigations et des poursuites''.

Un diplomate du Tiers-monde a déclaré à IPS que la Russie de même que la Chine, qui ont conjointement mis un veto à une résolution initiée par l'Occident pour imposer des sanctions sur le Zimbabwe la semaine dernière, ont apparemment indiqué qu'ils voulaient s'abstenir de voter, pourvu que les Etats-Unis, la France et la Grande-Bretagne donnent une ''franche assurance'' que le Conseil de sécurité retirerait l'inculpation de Al-Bashir.

Mais les trois Etats occidentaux détenant le droit de veto ne voulaient pas apparemment donner cette assurance, d'abord pendant les discussions dans les diverses capitales, précipitant ainsi les vetos.

Si la CPI décide d'émettre un mandat d'arrêt contre le président soudanais, il y a des craintes d'une réaction politique et militaire contre le processus de paix en cours, ce qui peut également mettre en danger les 9.000 soldats de maintien de la paix dans l'Opération hybride Union africaine-ONU au Darfour (UNAMID) dans cette province en proie à des troubles

Bill Pace, directeur exécutif de l'Institut pour une politique mondiale, et qui surveille étroitement la CPI depuis sa création, a déclaré : ''Au fond, c'est incorrect d'accuser la CPI de compromettre la paix ou l'UNAMID''.

Il a indiqué que les forces de maintien de la paix, les sanctions et la justice internationale ne sont que quelques outils pour la paix que le Conseil de sécurité a invoqués, conformément à son autorité extraordinaire prévue au chapitre sept de la Charte de l'ONU, depuis 2005 pour aborder la menace à la paix internationale et à la sécurité que posent les actions belliqueuses du gouvernement soudanais et des groupes rebelles.

''Le gouvernement soudanais et les groupes rebelles n'ont coopéré avec le déploiement d'aucun de ces outils par le Conseil de sécurité'', a affirmé Pace à IPS.

Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, qui s'est fortement impliqué pour ramener la paix au Soudan, s'est distancié avec diplomatie des décisions de la CPI et de son procureur.

''Le secrétaire général souligne que la Cour est une institution indépendante et que les Nations Unies doivent respecter l'indépendance de la procédure judiciaire'', a déclaré lundi le porte-parole de Ban.

'International Crisis Group' (ICG), un groupe de réflexion basé à Bruxelles, indique que cette démarche ''crée à la fois de grandes opportunités et de grands risques pour la paix au Soudan''.

''Le problème pour les décideurs internationaux est que la stratégie légale du procureur constitue également des risques majeurs pour la paix fragile et l'environnement sécuritaire au Soudan, avec une chance réelle de beaucoup accroître la souffrance d'un très grand nombre de sa population'', a souligné le groupe.

Le président de l'ICG, Gareth Evans, estime que la décision que le Conseil de sécurité doit prendre maintenant, en se référant à son jugement personnel, est de savoir si on peut le plus efficacement faire pression sur Khartoum pour arrêter la violence et construire un nouveau Soudan.

''Ceci pourrait se faire en laissant simplement la procédure de la Cour se poursuivre, ou après avoir évalué la réponse initiale du régime, et en continuant de le surveiller par la suite, en suspendant cette procédure dans les intérêts plus grands de la paix'', a-t-il affirmé.

Bill Fletcher Jr, rédacteur exécutif de BlackCommentator.com, a déclaré que la mise en examen de Al-Bashir par la CPI est, au mieux, ''inopportune''.

''Il est peu question qu'il soit en définitive responsable de l'horreur que connaît la population du Darfour'', a-t-il dit.

''Cependant, les inculpations ne favorisent pas le processus de paix, et c'est ce qui devrait nous préoccuper le plus'', a indiqué Fletcher à IPS.

Peut-être encore, est-il plus que probable que les accusations feront de la place à un compromis qui est beaucoup plus difficile à réaliser.

''Pendant que Al-Bashir et sa clique doivent en fin de compte être tenus responsables pour le Darfour, ce qui doit être plus important est de travailler vers un règlement pacifique à long terme à cette crise politique'', a ajouté Fletcher.

Dans une déclaration publiée vendredi dernier, le Conseil de paix et de sécurité de l'Union africaine (UA) composé de 53 membres, qui représente les Etats africains, a déclaré que ''la recherche de la justice devrait être poursuivie d'une manière qui n'empêche pas ou ne compromette pas les efforts visant à promouvoir la paix durable''.

Cette déclaration, qui était implicitement favorable à Al-Bashir, a indiqué que l'UA était ''préoccupée'' par ''l'abus des actes d'accusation contre des dirigeants africains''.

Le gouvernement soudanais a également appelé à une rencontre d'urgence de la Ligue des Etats arabes, dont le Soudan fait partie. Il est plus probable que la ligue soutienne Al-Bashir.

Pace a dit que si l'utilisation d'un instrument de paix présente des problèmes pour d'autres instruments, tel que compromettre les opérations de paix, il revient à l'utilisateur de l'instrument, notamment le Conseil de sécurité, de régler cette question, et non le procureur et les juges de la CPI.

''Ils ne font que le travail que la communauté internationale leur a demandé de faire'', a souligné Pace.

Il a indiqué que le Traité de Rome dispose de trois manières dont les affaires peuvent venir devant la CPI : l'une, par les Etats qui lui soumettent des situations, et deux, par le procureur qui agit indépendamment, cherchant un appui judiciaire en soumettant une affaire.

La troisième voie pour la compétence de la Cour est que les différents gouvernements rédigeant le Statut de la CPI ont convenu d'autoriser le Conseil de sécurité à soumettre des dossiers à la CPI, conformément au chapitre sept de la Charte de l'ONU. Cette voie tiendrait compte de la compétence des ressortissants et des territoires de tous les Etats membres de l'ONU, qu'ils aient ratifié le traité de la CPI ou pas.

Ceci, ont cru les gouvernements, était conforme à l'autorité de la Charte de l'ONU accordée au Conseil de sécurité comme elle a été exercée plusieurs fois, telle que dans la création des tribunaux ad hoc et spéciaux.

''Ainsi, l'argument du Soudan contre la compétence de la CPI est sans mérite'', a affirmé Pace à IPS.

L'on pourrait dire que trois des membres permanents -- la Russie, la Chine et les Etats-Unis -- utilisent un tribunal auquel ils n'ont pas accordé leur adhésion, ce qui signifie qu'ils jouissent d'une dérogation spéciale dans le droit international.

La Chine et les Etats-Unis ont voté 'Non' à Rome lors de la création du traité. La Russie a voté 'Oui', et a signé le traité, mais ne l'a pas encore ratifié.

Les grandes puissances dans le Conseil de sécurité, a-t-il dit, doivent avoir compris que la CPI retiendrait des charges contre le gouvernement soudanais et les dirigeants rebelles en grande partie responsables de l'état actuel des choses, alors cette mise en examen ne devrait pas être une surprise.

Pace a ajouté que la Russie et la Chine seraient d'importants commerçants d'armes avec le Soudan, et la Chine, un important acheteur de son pétrole.

''Les grandes puissances doivent assumer la responsabilité -- à moins qu'elles permettent à une situation catastrophique de devenir même pire. Reprocher à un sparadrap [la CPI] d'avoir empirer une blessure est ridicule'', a déclaré Pace.

 

 

Juillet 2008

La demande de mandat d'arrêt contre Béchir provoque des réactions très diverses

Jeune Afrique avec l'A.F.P., 15 juillet 2008

 

Rejets, approbations, réserves, inquiétudes: des réactions très diverses ont suivi lundi la demande par le procureur de la Cour pénale internationale d'un mandat d'arrêt contre le président soudanais Omar el-Béchir pour génocide au Darfour.

Immédiatement rejetée par le Soudan, désapprouvée par le Conseil de coopération du Golfe (CCG) et par la Communauté des Etats sahélo-sahariens (Cen-Sad), la demande du procureur Luis Moreno-Ocampo aux juges de la CPI, dont la décision devrait prendre plusieurs mois, a reçu un soutien mesuré de l'Union européenne.

Les Etats-Unis ont appelé toutes les parties au calme, et l'ONU s'est déclarée inquiète pour le processus de paix au Soudan et pour la sécurité de ses personnels. L'Union africaine (UA) et la Ligue arabe ont annoncé des réunions d'urgence.

A Khartoum, le ministère des Affaires étrangères a rejeté l'initiative du procureur. "L'accusation contre le président ne tient pas du tout compte des efforts du gouvernement, des puissances régionales et de la communauté internationale" pour la paix au Darfour, a déclaré le porte-parole du ministère, Ali al-Sadiq.

Toutefois, elle ne dissuadera pas le Soudan de continuer ses efforts pour une solution politique au Darfour, a dit le porte-parole. Khartoum ne retirera pas non plus son soutien à la mission ONU-UA de maintien de la paix (Minuad), selon lui.

Peu après, la Minuad a annoncé dans un communiqué qu'elle allait évacuer son personnel non essentiel tout en conservant ses soldats sur place, "en raison de la récente détérioration des conditions de sécurité au Darfour". La Minuad avait eu sept morts et douze blessés dans ses rangs lors d'une attaque la semaine dernière.

Plusieurs groupes rebelles du Darfour ont salué la demande de mandat d'arrêt contre M. Béchir. Mahgoub Hussein, un porte-parole d'une faction de l'Armée de libération du Soudan (SLA), a ainsi évoqué une "victoire pour l'Humanité au Darfour".

La demande du procureur a aussi été saluée par des organisations non-gouvernementales occidentales de défense des droits de l'homme. Amnesty International y a vu "un pas important" vers la fin de l'impunité au Soudan.

Préventivement, l'ONU a relevé le niveau d'alerte pour son personnel au Darfour, et des ambassades occidentales ont recommandé à leurs ressortissants de limiter leurs déplacements au Soudan.

Avant même la demande du procureur, le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, se déclarait très préoccupé par une éventuelle inculpation. "Cela aurait des répercussions négatives très sérieuses sur l'opération de maintien de la paix, y compris le processus politique", avertissait-il dans une interview au quotidien français Le Figaro.

M. Ban "attend du gouvernement du Soudan qu'il continue à coopérer pleinement avec les Nations unies, tout en remplissant son obligation d'assurer la sécurité des personnels et des biens de l'ONU sur son territoire", a ensuite indiqué son service de presse.

L'Union africaine s'est montrée inquiète. "Rien ne doit être fait qui puisse remettre en cause les processus de paix au Soudan, c'est dans ce sens que nous avons pris des mesures immédiates", a déclaré El-Ghassim Wane, porte-parole de la Commission de l'UA, annonçant une réunion d'urgence dans les prochains jours.

La Ligue arabe tiendra elle aussi, à la demande du Soudan, une réunion d'urgence au niveau ministériel samedi au Caire.

Le Conseil de coopération du Golfe s'est prononcé ouvertement contre une inculpation de M. Béchir. "Nous espérons que la CPI n'approuvera pas les accusations du procureur", a déclaré son secrétaire général, Abderrahmane Al-Attiyah.

Les 25 pays de la Communauté des Etats sahélo-sahariens (Cen-Sad) ont également rejeté la demande du procureur de la CPI, qui pourrait selon eux "anéantir les efforts de paix menés par des organismes africains". Ils ont dénoncé "l'utilisation de cette cour à des fins d'ingérences dans les affaires intérieures des pays".

Les Etats-Unis, qui ne sont pas partie à la CPI, ont réagi avec une grande réserve. "Nous allons suivre la situation à La Haye et examiner ce que le procureur a demandé", a dit un porte-parole de la Maison Blanche, Gordon Johndroe. "Nous appelons instamment toutes les parties à garder le calme."

Le président George W. Bush est "profondément inquiet" de l'insécurité grandissante au Darfour, a ensuite indiqué la Maison Blanche, sans mentionner de commentaire de M. Bush sur l'initiative du procureur de la CPI.

A Bruxelles, le commissaire européen au Développement, Louis Michel, a estimé "important de mettre un terme à l'impunité qui entoure les crimes" au Darfour et a souligné "la nécessité pour le gouvernement du Soudan de coopérer sans réserve avec la CPI", nécessité également affirmée par plusieurs autres responsables européens.

La requête de M. Moreno-Ocampo est un "développement majeur" et il appartient à la CPI de l'étudier, a relevé M. Michel, "supposant" que les dossiers du procureur étaient "convaincants".

"La recherche d'une solution politique au Darfour et la mise en oeuvre de l'accord de paix Nord-Sud revêtent une importance stratégique", a déclaré la présidence française de l'UE.

 

 

Juillet 2008

 

L'inculpation du président soudanais, dilemme pour Pékin

 

Reuters, Pékin, 15 juillet 2008 par Chris Buckley

 

L'inculpation pour génocide du président soudanais Omar Hassan al Bachir par la Cour pénale internationale (CPI) place la Chine dans une position inconfortable compte tenu notamment de la proximité des Jeux de Pékin.

Le procureur de la CPI accuse le président soudanais d'avoir orchestré un génocide, des crimes contre l'humanité et des crimes de guerre au Darfour, dans l'ouest du Soudan, en proie aux violences depuis 2003.

Depuis des années, Pékin jongle entre ses contrats au Soudan, notamment en matière d'approvisionnements énergétiques, et son ambition de puissance émergente à jouer un rôle dans les initiatives internationales de règlement de la crise au Darfour.

La décision spectaculaire du procureur Luis Moreno-Ocampo complique la donne pour le pouvoir chinois, toutes les parties se demandant si Pékin va tenter de suspendre via le Conseil de sécurité des Nations unies l'inculpation de Bachir.

Aucune réaction officielle n'a pour l'heure été enregistrée en Chine.

"Cette affaire est porteuse de plusieurs dilemmes pour la Chine", explique He Wenping, spécialiste de l'Afrique à l'Académie chinoise des sciences sociales.

"Elle aura de nombreuses conséquences que la Chine n'aimera pas. Nos propres soldats de maintien de la paix pourraient être menacés, et cela va aussi sérieusement réduire l'espace dont dispose la Chine pour mener une médiation sur le Darfour et inciter au dialogue entre le Soudan et l'Occident", ajoute-t-elle.

 

"les jeux compliquent une situation déjà compliquée"

 

Dans une année particulière où Pékin est déterminé à rehausser son image internationale à la faveur des Jeux olympiques, la Chine, estime-t-elle, ne devrait pas intervenir à l'Onu pour tenter de bloquer l'inculpation de Bachir.

"Nous ne nous sommes pas immiscés jusqu'à présent dans le travail de la CPI, je ne vois par conséquent pas la Chine le faire sur Bachir et le Darfour juste avant les Jeux", dit-elle. D'autant que plusieurs organisations critiquant les liens en matière de pétrole et d'armement entre la Chine et Khartoum ont appelé à des manifestations durant les Jeux.

Pour Shi Yinhong, de l'université Renmin de Pékin, le pouvoir chinois devrait qualifier de peu judicieuse la décision de Moreno-Ocampo, mesurer les réactions des autres puissances, notamment les Etats-Unis, la Russie et l'Union africaine, mais laisser d'autres pays mener une éventuelle opposition à la décision du procureur en chef de la CPI.

"L'opinion internationale est si agitée par les Jeux de Pékin que ce n'est pas le moment de prendre des décisions spectaculaires", poursuit-il. "Les Jeux compliquent davantage encore une situation déjà compliquée pour la Chine."

Pékin a soutenu la résolution de l'Onu qui a créé la force hybride Onu/Union africaine et poussé Bachir à accepter le déploiement de cette force de maintien de la paix.

Alors que Khartoum espérait son veto, la Chine s'est également abstenue lors du vote de 2005 au Conseil de sécurité qui a autorisé la CPI à enquêter sur le Darfour.

Version française Henri-Pierre André

 

 

Juillet 2008

Khartoum se mobilise avant l'inculpation de son président

Le Monde, 15 juillet 2008 par Stéphanie Maupas

 

Les autorités soudanaises ont multiplié les réunions, dimanche 13 juillet, et appelé la Ligue arabe à la rescousse, à la veille du dépôt par le procureur de la Cour pénale internationale (CPI), Luis Moreno Ocampo, d'une demande de mandat d'arrêt contre Omar Al-Bachir.

Samedi, Khartoum avait demandé la tenue d'une réunion extraordinaire de la Ligue arabe. Il a par ailleurs convoqué les ambassadeurs en poste à Khartoum, leur indiquant qu'il assurerait la protection des étrangers, mais qu'il répondrait "politiquement" à toute accusation venant de la CPI.

Selon nos informations, le président du Soudan est suspecté de génocide contre les ethnies Four, Masalit et Zaghawa, de crimes contre l'humanité pour meurtres, extermination, transfert forcé de population, torture et viols et de crimes de guerre pour avoir attaqué et pillé des civils de la région du Darfour, à l'ouest du pays, entre mars 2003 et juillet 2008.

Les enquêtes menées au cours des derniers mois ont conduit le procureur à identifier la mise en œuvre d'une politique génocidaire, dont le président Bachir serait le cerveau. Il estime que les cibles d'Omar Al-Bachir ne sont pas les groupes rebelles actifs dans l'ouest du pays, mais les communautés Four, Masalit et Zaghawa, considérées, depuis son coup d'Etat de juin 1989, comme une menace à son pouvoir.

Pour M. Ocampo, les motifs du président étaient politiques. Son alibi était la lutte contre l'insurrection, son intention était le génocide. Les conclusions du parquet se basent notamment sur les résultats d'une commission d'enquête de l'ONU conduite fin 2004 et sur les rapports du Haut-Commissariat aux droits de l'homme de l'ONU. Les enquêteurs du parquet, qui n'ont jamais eu accès à la région du Darfour, avaient interrogé plusieurs personnes au Soudan avant l'émission des deux premiers mandats d'arrêt, en avril 2007. Khartoum avait alors mis un terme à toute coopération.

Juillet 2008

 

La force de paix évacue une partie de son personnel du Darfour

 

Le Figaro par Thierry Oberlé, 15 juillet 2008

 

La mise en cause du président soudanais met dans une situation délicate les Nations unies qui sont engagées, avec l'Union africaine, dans une mission de paix dans la région

 

Au lendemain de l'inculpation du président Omar el-Béchir, les chances de voir le conflit du Darfour sortir de sa sanglante ornière se réduisent. Si elle réjouit les défenseurs des droits de l'homme, la mise en cause judiciaire du chef de l'État soudanais prend à contre-pied les Nations unies qui s'activaient, sans grand succès il est vrai, à trouver une issue à cinq ans de guerre entre le pouvoir central et les rébellions du Darfour. La décision de la Cour pénale internationale (CPI) place la communauté internationale devant un dilemme : comment engager des discussions avec un régime dont l'homme fort est accusé de génocide, le crime le plus grave en droit international ?

Exclu de manière mécanique du processus, le général soudanais ne devrait pas rester inerte face à une initiative perçue comme une tentative de délégitimisation. Familier de la manière forte, son régime peut être tenté d'intensifier ses actions militaires sur le terrain.

Risque d'embrasement

Les affrontements risquent de monter d'un cran entre l'armée et les milices djandjaouids, d'un côté, et le JEM, le principal mouvement de la guérilla appuyé par le président tchadien Idriss Deby, de l'autre. Les répercussions sur les civils seraient dramatiques. On peut aussi s'attendre à une relance des troubles de l'autre côté de la frontière, au Tchad, où des groupes d'insurgés bénéficient de l'aide du Soudan. Même s'il ne jette pas de l'huile sur le feu, Khartoum va immanquablement durcir ses positions. Mal engagées, les négociations directes entre le gouvernement et les forces rebelles sont désormais vouées à l'atonie.

Quant à la force mixte ONU-Union africaine (Minuad), déployée dans le Darfour, elle s'attend au pire. Voici une semaine, sept de ses membres ont été tués dans une embuscade tendue par des miliciens. La Minuad a d'ores et déjà annoncé lundi soir qu'elle évacuait son personnel non essentiel sur place, tout en maintenant pour l'heure ses soldats. Le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, a demandé à Khartoum d'assurer la sécurité des employés de l'ONU.

La Minuad dispose, pour maintenir la paix sur un territoire grand comme la France, d'environ 10 000 hommes sur les 26 000 promis. Elle manque cruellement d'équipements tels des hélicoptères. Déjà sur la défensive, elle pourrait se trouver incapable d'opérer, voire sommée de se retirer du pays. L'échec de cette première mission conjointe entre l'ONU et l'Union africaine remettrait en question le principe même de ce type d'opération sur le continent africain.

Les responsables soudanais espèrent trouver une porte de sortie au Conseil de sécurité, grâce au soutien de la Russie et de la Chine, leur principal pourvoyeur d'armes. Ils essayent, avec ces deux pays peu sensibles aux initiatives de la CPI, d'obtenir une intervention du Conseil de sécurité de l'ONU pour un report d'un an de toutes les poursuites. Mais à moins d'une surprise, Khartoum, Moscou et Pékin devraient se heurter à un veto américain.

 

 

Juillet 2008

 

Omar Al-Béchir, le symbole d'un régime sanglant et autoritaire

Le Monde, 15 juillet 2008 par Jean-Philippe Rémy

 

En deux décennies au pouvoir, il semblait en mesure de résister à tout. Avec sa mise en cause, lundi 14 juillet, par la Cour pénale internationale (CPI) pour les crimes commis au Darfour, voilà le président soudanais, Omar Al-Bachir, confronté à l'épreuve la plus difficile d'une existence sortie du rang. Quel chemin parcouru depuis sa naissance en 1944 dans une famille de paysans pauvres du nord de Khartoum! En guise de capital, Omar Al-Bachir ne possède alors que son appartenance à l'une des trois tribus qui monopolisent le pouvoir au Soudan depuis l'indépendance. Il est entré tôt dans l'armée, y a gravi les échelons sans éclat, a complété sa formation de parachutiste en Egypte, prenant part à la guerre contre Israël en 1973, avant de combattre sans gloire, de retour au Soudan, la rébellion sudiste. Vers la fin des années 1980, ce n'est qu'un officier supérieur anonyme, à peine remarquable par sa piété.

 

Puis vient un matin, avant l'aube, le 30 juin 1989 . Le régime parlementaire soudanais, à bout de souffle, s'effondre lorsque des unités de l'armée prennent l'aéroport, le palais présidentiel et bloquent les rues de Khartoum. Un groupe de quinze officiers vient de prendre le pouvoir, avec le soutien décisif de cellules islamistes. A la tête de la junte, on découvre Omar Al-Bachir, arrivé quelques jours plus tôt dans la capitale avec 175 hommes. Pourquoi lui? "Il avait l'avantage d'être un militaire, alors que l'armée était jugée hostile aux islamistes, mais surtout d'être considéré comme un homme très limité intellectuellement, et par conséquent inoffensif pour ceux qui tiraient les ficelles du coup d'Etat" , se souvient Gérard Prunier, spécialiste du Soudan (auteur de Darfour, The Ambiguous Genocide, Cornell University Press).

Les premiers temps, il est impossible de déterminer quelles mains tiennent le pouvoir. Derrière la junte militaire, un parti, le Front national islamique (NIF), tire les ficelles. Hassan Al-Tourabi, le cerveau de la coalition islamiste à l'œuvre, tient à avancer masqué. Après le putsch, le "cheikh" Turabi est arrêté pour sauver les apparences. A sa sortie de prison, il s'installe dans son rôle d'éminence grise, au milieu d'âpres luttes entre factions, qui s'arrachent des pans du pouvoir.

D'entrée, Omar Al-Bachir, l'homme de paille, prétend jouer à l'homme de fer. Quelques jours après le coup d'Etat, il prend la parole dans un meeting, Coran dans une main, Kalachnikov dans l'autre : "Toute personne qui trahit la patrie ne bénéficie pas du droit de vivre." Principe aussitôt mis en application. En avril 1990, 28officiers sont exécutés. D'autres suivront, alors que se multiplient purges, arrestations, chambres de tortures secrètes, amputations, flagellations. Au Sud Soudan, la sale guerre contre la rébellion sudiste s'amplifie, avec l'organisation de forces paramilitaires, les Forces de défense populaires, et des milices recrutées au sein des tribus arabes, qui vont laisser un sillon de feu et d'abomination dans les villages.

A Khartoum, Hassan Al-Turabi, maître de l'ombre, tisse des paradoxes soyeux, émaille ses discours de délicates allusions au Coran ou aux hadith (dits du Prophète), et met sur pied une internationale islamiste qui ratisse large. S'installent au Soudan une multitude de mouvements à vocation islamo-révolutionnaire, certains résolus à emprunter la voie terroriste. L'un est dirigé par un certain Oussama Ben Laden, qui ouvre des camps d'entraînement, des entreprises, et se fait escroquer par le régime soudanais. Il sera discrètement chassé en 1996 à la demande des Etats-Unis lorsque le Soudan tente de se débarrasser de son étiquette d'Etat voyou.

Celui-ci, justement, attend son heure pour se débarrasser du président Bachir, que Khartoum appelle pour s'en moquer "l'homme terrible" , et qu'une pichenette du "cheikh" semble pouvoir renvoyer à son destin obscur. Lorsque Turabi croit venu le moment de s'emparer le pouvoir, en 1999, il tombe de haut. Proclamation de l'état d'urgence, chars dans les rues, arrestation du "cheikh" , Omar Al-Bachir frappe. Turabi écarté, Bachir n'est pas pour autant le maître du pouvoir. Ses ex-fidèles, des étoiles de la galaxie islamiste soudanaise, ont appuyé la mise à mort politique du "cheikh" . Ils entament aussitôt une lutte sourde entre factions, autour du point aveugle constitué par le président Bachir.

Les temps ont changé. L'argent du pétrole coule à flots. Khartoum se hérisse de grues. Le Soudan plonge dans l'une des contradictions dont le pays est familier. D'un côté, prévaut encore, officiellement, une ligne islamiste dure, anti-occidentale. De l'autre, on essaie de renouer des liens avec les Etats-Unis. En faisant la paix avec le Sud, le pouvoir de Khartoum espère la réhabilitation. C'est alors qu'éclate dans la région du Darfour, à l'ouest, une nouvelle rébellion. On applique les recettes expérimentées au Sud pendant plus de vingt ans.

Des milices sont recrutées pour écraser la population. Ils se font connaître sous le nom de janjawids. Du gouvernement qui n'est souvent qu'un paravent aux conseillers spéciaux qui contrôlent tout, en passant par le pouvoir parallèle des services de sécurité, tout un système s'engage dans la répression au Darfour. Bachir mène-t-il le ballet des atrocités ou se contente-t-il de l'encourager? Le procureur de la CPI penche pour la première hypothèse. "Il a été l'homme qui a symbolisé le régime. Il va payer pour le régime" , conclut Gérard Prunier.

 

Juillet 2008

Ban Ki-moon : «Paris contribue beaucoup à la paix»

Le Figaro, 14 juillet 2008 par Jean-Louis Trulin

 

Avant d'assister au défilé des Casques bleus sur les Champs-Élysées, le secrétaire général des Nations unies a évoqué avec «Le Figaro» une décision de justice qui pourrait compromettre la mission de la paix au Darfour.

Le procureur général de la Cour pénale internationale (CPI), Luis Moreno Ocampo, devrait demander aujourd'hui le lancement d'un mandat d'arrêt contre le président Omar el-Béchir pour crimes contre l'humanité au Darfour. Une suite positive de la CPI risque de freiner encore davantage la coopération du gouvernement soudanais dans le déploiement laborieux de la force de paix Nations unies - Union africaine. Et compliquer sérieusement la tâche de Ban Ki-moon, alors que Jean-Marie Guéhenno, chef des opérations du maintien de la paix depuis huit ans, s'apprête à passer le témoin à un autre Français, Alain Le Roy.

 

Le Figaro. - Que pensez-vous d'une possible inculpation du président el-Béchir, dont vous tentez depuis un an d'obtenir la coopération ?

 

Ban Ki-Moon . - Cela aurait des répercussions négatives très sérieuses sur l'opération de maintien de la paix, y compris le processus politique. Cela me préoccupe beaucoup mais personne n'est exempt du processus judiciaire. La justice et la paix devraient marcher main dans la main. Le processus politique ne peut être durable sans respect du droit.

 

Jean-Marie Guéhenno avait prévenu que le déploiement d'une force non crédible au Darfour l'exposerait à une mise à l'épreuve. Les récentes attaques semblent lui donner raison.

 

Je ne veux blâmer personne. Mon objectif reste de déployer 80 % de la force hybride d'ici à la fin de l'année. En septembre, nous devrions voir arriver des soldats non africains, notamment thaïlandais. Il est vrai que l'opération s'essouffle par manque de ressources et de volonté politique. Et les parties concernées semblent déterminées à résoudre le conflit par des moyens militaires. Pour donner un élan au processus politique, il faut accélérer le déploiement de la force hybride. Mais nous manquons de moyens de transport terrestre et aérien. À cela s'ajoutent les obstacles bureaucratiques posés constamment par le gouvernement soudanais.

 

Les pays riches et puissants devraient-ils faire plus ?

 

Il est vrai que des pays riches et puissants qui prennent part aux décisions ne participent pas toujours sur le terrain. Ce n'est pas le cas de la France. Mais ces pays peuvent contribuer différemment, financièrement ou dans la fourniture de moyens, notamment les hélicoptères. Ce que nous avons reçu est venu de pays en développement, comme l'Éthiopie.

 

Le département des opérations de maintien de la paix (DPKO) est devenu le plus important. Souhaitez-vous un rééquilibrage avec les affaires politiques (DPA) ?

 

Idéalement, nous devons nous concentrer sur la diplomatie préventive à travers le DPA. Mais nous sommes confrontés à tant de conflits régionaux que nous devons les contenir au travers d'opérations de maintien de la paix avant qu'ils ne dégénèrent en de graves crises. Et mener ces opérations le plus tôt possible pour entrer dans un processus de consolidation de la paix. Nous avons des exemples de réussite en Sierra Leone, au Liberia et au Burundi. Une coopération harmonieuse est nécessaire entre le DPA et le DPKO et je continuerai à les rapprocher pour le traitement des conflits régionaux. C'est pourquoi j'ai toujours voulu renforcer le DPA en matière de diplomatie préventive. J'espère que les États membres me rejoindront sur ce point qui constitue l'un des grands projets de réforme que j'ai soumis à l'Assemblée générale.

 

Alain Le Roy aura-t-il la même latitude que son prédécesseur ?

 

Il aura le mandat et l'autorité dont M. Guéhenno a bénéficié. C'est un personnage éminent doté d'une solide expérience dans les affaires politiques. Je suis sûr qu'il sera un digne successeur de Jean-Marie Guéhenno, qui nous a donné huit années de services exceptionnels, dans une période d'expansion sans précédent des opérations de maintien de la paix.

 

Il sera le troisième Français de suite à diriger le DPKO. La France a-t-elle une revendication légitime sur le poste ?

 

Le personnel des Nations unies est celui d'une organisation internationale, la nationalité de ses membres est donc secondaire. Mais il faut un certain équilibre géographique. Les circonstances ont fait que c'est un citoyen français qui a dirigé le DPKO mais la France a beaucoup contribué au maintien de la paix, participant activement aux opérations. Son «leadership» et son engagement sont très largement appréciés.

 

Quelle signification attachez-vous à la participation des Casques bleus au défilé, une première ?

 

Il s'agit du soixantième anniversaire des opérations de maintien de la paix. Quand j'ai discuté de ma participation aux cérémonies avec le président Sarkozy, il a eu l'idée d'inviter des Casques bleus pour donner un sens plus large du défilé et démontrer le dévouement de la communauté internationale, particulièrement de la France, à la cause de la paix et de la stabilité mondiales. Nous avons maintenant 120 000 gardiens répartis en vingt missions dans le monde. C'est de loin le plus grand déploiement de toute l'histoire de l'Organisation des Nations unies. Je pense que les gens qui verront les Casques bleus défiler avec tous les autres soldats auront une meilleure appréciation de l'ONU.

 

 

 

Juillet 2008

 

La Cour pénale internationale demande l'arrestation du président soudanais

Libération avec l'A.F.P., 14 juillet 2008

 

Le procureur de la Cour pénale internationale (CPI), Luis Moreno-Ocampo, réclame  un mandat d'arrêt contre le président soudanais Omar el-Béchir pour "génocide" au Darfour. Une accusation immédiatement rejetée par Khartoum.

"J'ai présenté aujourd'hui aux juges des éléments de preuve qui démontrent que le président du Soudan, Omar Hassan Ahmad el-Béchir, a commis des crimes de génocide, des crimes contre l'humanité et des crimes de guerre au Darfour", a indiqué le procureur argentin lors d'une conférence de presse à La Haye. "J'ai demandé à ce qu'ils délivrent un mandat d'arrêt" contre lui, a-t-il ajouté.

Le Soudan a rejeté dans la minute ces accusations et a menacé d'une "réaction" si l'affaire était portée devant les Nations unies. Par ailleurs, la Ligue arabe annonce une réunion d'urgence sur le Soudan samedi prochain.

Il s'agit de la première demande d'arrestation d'un chef d'Etat en exercice devant la CPI, le seul tribunal permanent compétent pour juger les auteurs de crimes de guerre, contre l'humanité et de génocide. Une décision des juges, basée sur la solidité des preuves apportées par Luis Moreno-Ocampo, devrait prendre plusieurs mois.

"Dans les camps, les forces de M. el-Béchir tuent les hommes et violent les femmes. Il veut mettre un point final à l'histoire des peuples four, masalit et zaghawa", a affirmé Luis  Moreno-Ocampo, précisant qu'il accusait Omar el-Béchir de trois chefs de génocide. Il "a utilisé l'armée" et "enrôlé des milices" pour commettre ce génocide, a détaillé le procureur de la CPI. "Ce qui se passe au Darfour est la conséquence de la volonté d'el-Béchir. Le crime de génocide est un crime d'intention (...) nous allons le prouver, car cela met en danger la vie des gens habitant dans les camps", a-t-il précisé, en projetant des vidéos où des déplacés lors du conflit étaient interrogés.

L'annonce intervient alors que le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon s'est dit inquiet ce matin pour la force mixte ONU-Union africaine (Minuad) chargée du maintien de la paix au Darfour (ouest du Soudan) en cas d'accusations contre l'homme fort de Khartoum. "Cela aurait des répercussions négatives très sérieuses sur l'opération de maintien de la paix, y compris le processus politique", a-t-il expliqué dans une interview au journal français Le Figaro. La Ligue arabe a convenu une réunion de crise mercredi et l'Union africaine a "mis en garde" la CPI sur les conséquences d'une demande de poursuites.

 

 

Juillet 2008

 

Président soudanais accusé de génocide : Ban Ki-moon souligne l'indépendance de la CPI

 

Nations Unies, New York, Bureau de Presse, 14 juillet 2008

 

Le Secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a rappelé lundi que la Cour pénale internationale (CPI) était une institution indépendante, alors que le procureur de la CPI, Luis Moreno-Ocampo, a demandé l'arrestation du président soudanais Omar Al-Bachir pour « génocide, crimes contre l'humanité et crimes de guerre au Darfour ».

« Le Secrétaire général souligne que la Cour est une institution indépendante et que les Nations Unies doivent respecter l'indépendance du processus judiciaire », a déclaré dans un communiqué la porte-parole de Ban Ki-moon, Michèle Montas.

« Les opérations de maintien de la paix au Soudan poursuivront leur travail important d'une manière impartiale en coopérant de bonne foi avec tous les partenaires. Les Nations Unies continueront aussi leurs opérations humanitaires et de développement qui sont cruciales », a ajouté Mme Montas.

« Le Secrétaire général espère que le Gouvernement du Soudan continuera à coopérer pleinement avec les Nations Unies au Soudan, tout en remplissant son obligation d'assurer la sécurité du personnel et des biens des Nations Unies », a-t-elle dit.

Luis Moreno-Ocampo a réclamé lundi à trois juges de la CPI la délivrance d'un mandat d'arrêt à l'encontre d'Omar Al-Bachir. Une telle décision devrait prendre plusieurs mois. M. Moreno-Ocampo affirme avoir des éléments de preuve qui démontrent que le président du Soudan a commis des crimes de génocide, crimes contre l'humanité et crimes de guerre au Darfour. Khartoum a immédiatement rejeté ces accusations et a menacé d'une « réaction » si l'affaire est portée devant les Nations Unies.

Lors d'une communication téléphonique samedi avec le président Al-Bachir, Ban Ki-moon a exprimé sa préoccupation face au lien établi par le Soudan entre le mandat d'arrêt demandé par le Procureur de la CPI (qui avait été annoncé par la presse la semaine dernière) et les opérations de maintien de la paix au Soudan.

« Le Secrétaire général a dit au président Al-Bachir qu'il était préoccupé par une déclaration faite par le Représentant permanent du Soudan aux Nations Unies établissant un lien entre l'initiative du Procureur de la CPI et les deux opérations de maintien de la paix des Nations Unies déployées au Soudan », a rapporté lundi un porte-parole adjoint du Secrétaire général, Farhan Haq, lors du point de presse quotidien à New York.

Ban Ki-moon a rappelé au président Al-Bachir que « l'ONU n'a pas d'influence sur le Procureur de la CPI ».

Sur le terrain, l'ONU a déployé la Mission des Nations Unies au Soudan ( UNMIS ) qui a pour mandat d'aider à la mise en oeuvre de l'Accord global de paix entre le Nord et le Sud Soudan. Elle poursuit aussi depuis six mois le déploiement de l'Opération hybride UA-ONU au Darfour (MINUAD) qui a pour mandat de protéger les populations civiles au Darfour et de contribuer à la conclusion d'un accord de paix.

Une patrouille de la MINUAD a subi la semaine dernière une attaque qui a fait sept morts et 19 blessés parmi ses casques bleus.

A cet égard, le Secrétaire général a indiqué au président soudanais qu'il était « gravement préoccupé par l'ampleur et la brutalité de cette violente attaque », lui demandant d'enquêter sur ses circonstances.

Par ailleurs, a rapporté le porte-parole, la MINUAD a affirmé aujourd'hui sa volonté de continuer ses opérations dans la région et de continuer à remplir son mandat.

Toutefois le personnel non essentiel est en cours de relocalisation, en raison de la détérioration de la situation dans tout le Darfour.

 

Juillet 2008

 

Le procureur de la CPI réclame l'arrestation du président soudanais pour génocide

Le Point avec l'A.F.P., 14 juillet 2008

 

Le procureur de la Cour pénale internationale (CPI), Luis Moreno-Ocampo, a réclamé lundi aux juges de la CPI d'émettre un mandat d'arrêt contre le président soudanais Omar el-Béchir pour "génocide" au Darfour (Soudan), une accusation immédiatement rejetée par Khartoum.

 

"J'ai présenté aujourd'hui aux juges des éléments de preuve qui démontrent que le président du Soudan, Omar Hassan Ahmad el-Béchir, a commis des crimes de génocide, des crimes contre l'humanité et des crimes de guerre au Darfour ", a indiqué le procureur argentin lors d'une conférence de presse à La Haye. "J'ai demandé à ce qu'ils délivrent un mandat d'arrêt" contre lui, a-t-il ajouté. Le Soudan a rejeté dans la minute ces accusations et a menacé d'une "réaction" si l'affaire était portée devant les Nations unies.

Il s'agit de la première demande d'arrestation d'un chef d'Etat en exercice devant la CPI, le seul tribunal permanent compétent pour juger les auteurs de crimes de guerre, contre l'humanité et de génocide.

Une décision des juges, basée sur la solidité des preuves apportées par M. Moreno-Ocampo, devrait prendre plusieurs mois. "Dans les camps, les forces de M. el-Béchir tuent les hommes et violent les femmes. Il veut mettre un point final à l'histoire des peuples four, masalit et zaghawa", a affirmé M. Moreno-Ocampo, précisant qu'il accusait Omar el-Béchir de trois chefs de génocide. Il "a utilisé l'armée" et "enrôlé des milices" pour commettre ce génocide, a détaillé le procureur de la CPI.

"Ce qui se passe au Darfour est la conséquence de la volonté d'el-Béchir. Le crime de génocide est un crime d'intention (...) nous allons le prouver, car cela met en danger la vie des gens habitant dans les camps", a-t-il précisé, en projetant des vidéos où des déplacés lors du conflit étaient interrogés. L'annonce intervient alors que le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon s'est dit inquiet lundi pour la force mixte ONU-Union africaine (Minuad) chargée du maintien de la paix au Darfour (ouest du Soudan) en cas d'accusations contre l'homme fort de Khartoum.

"Cela aurait des répercussions négatives très sérieuses sur l'opération de maintien de la paix, y compris le processus politique", a-t-il expliqué dans une interview au journal français Le Figaro. La Ligue arabe a convenu une réunion de crise mercredi et l'Union africaine a "mis en garde" la CPI sur les conséquences d'une demande de poursuites.

 

 

Juillet 2008

 

Réactions très diverses à la demande de mandat d'arrêt contre Béchir

Vingt Minutes,avec 14 juillet 2008

 

Rejet, soutien, réserves, inquiétudes : la demande lundi par le procureur de la Cour pénale internationale (CPI) d'un mandat d'arrêt contre le président soudanais Omar el-Béchir pour génocide au Darfour a suscité des réactions très diverses.

Immédiatement rejetée par le Soudan, désapprouvée par le Conseil de coopération du Golfe (CCG) et par la Communauté des Etats sahélo-sahariens (Cen-Sad), la demande du procureur Luis Moreno-Ocampo aux juges de la CPI, dont la décision devrait prendre plusieurs mois, a reçu un soutien mesuré de l'Union européenne.

Les Etats-Unis ont appelé toutes les parties au calme et l'ONU s'est déclarée inquiète pour le processus de paix au Soudan et pour la sécurité de ses personnels. L'Union africaine (UA) et la Ligue Arabe ont annoncé des réunions d'urgence.

A Khartoum, le ministère des Affaires étrangères a rejeté l'initiative du procureur. "L'accusation contre le président ne tient pas du tout compte des efforts du gouvernement, des puissances régionales et de la communauté internationale" pour la paix au Darfour, a déclaré le porte-parole du ministère, Ali al-Sadiq.

Toutefois, elle ne dissuadera pas le Soudan de continuer ses efforts pour une solution politique au Darfour, a dit le porte-parole. Khartoum ne retirera pas non plus son soutien à la mission ONU-UA de maintien de la paix (Minuad), selon lui.

Plusieurs groupes rebelles du Darfour ont en revanche salué la demande de mandat d'arrêt contre M. Béchir. Mahgoub Hussein, un porte-parole d'une faction de l'Armée de libération du Soudan (SLA), a ainsi évoqué une "victoire pour l'Humanité au Darfour".

La demande du procureur de la CPI a aussi été saluée par plusieurs organisations non-gouvernementales occidentales de défense des droits de l'homme.

Par ailleurs, le ministère soudanais des Affaires étrangères a écarté les craintes de responsables occidentaux et onusiens qui s'inquiétaient de possibles expulsions en représailles. "Nous n'allons renvoyer personne", a déclaré son porte-parole.

Préventivement, l'ONU a relevé le niveau d'alerte pour son personnel au Darfour, et des ambassades occidentales ont recommandé à leurs ressortissants de limiter leurs déplacements au Soudan.

Avant même la demande du procureur, le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, se déclarait très préoccupé par une éventuelle inculpation. "Cela aurait des répercussions négatives très sérieuses sur l'opération de maintien de la paix, y compris le processus politique", avertissait-il dans une interview au quotidien français Le Figaro.

M. Ban "attend du gouvernement du Soudan qu'il continue à coopérer pleinement avec les Nations unies, tout en remplissant son obligation d'assurer la sécurité des personnels et des biens de l'ONU sur son territoire", a ensuite indiqué son service de presse.

L'Union africaine s'est montrée inquiète. "Rien ne doit être fait qui puisse remettre en cause les processus de paix au Soudan, c'est dans ce sens que nous avons pris des mesures immédiates", a déclaré El-Ghassim Wane, porte-parole de la Commission de l'UA, annonçant une prochaine réunion d'urgence.

La Ligue arabe tiendra elle aussi, à la demande du Soudan, une réunion d'urgence au niveau ministériel samedi au Caire.

Le Conseil de coopération du Golfe s'est prononcé ouvertement contre une inculpation de M. Béchir. "Nous espérons que la CPI n'approuvera pas les accusations du procureur", a déclaré son secrétaire général, Abderrahmane Al-Attiyah.

Les 25 pays de la Communauté des Etats sahélo-sahariens (Cen-Sad) ont également rejeté la demande du procureur de la CPI, qui pourrait selon eux "anéantir les efforts de paix menés par des organismes africains". Ils ont dénoncé "l'utilisation de cette cour à des fins d'ingérences dans les affaires intérieures des pays".

Les Etats-Unis, qui ne sont pas partie à la CPI, ont réagi avec une grande réserve. "Nous allons suivre la situation à La Haye et examiner ce que le procureur a demandé", a dit un porte-parole de la Maison Blanche, Gordon Johndroe. "Nous appelons instamment toutes les parties à garder le calme."

A Bruxelles, le commissaire européen au Développement, Louis Michel, a estimé "important de mettre un terme à l'impunité qui entoure les crimes" au Darfour et a souligné "la nécessité pour le gouvernement du Soudan de coopérer sans réserve avec la CPI", nécessité également affirmée par plusieurs autres responsables européens.

La requête de M. Moreno-Ocampo est un "développement majeur" et il appartient à la CPI de l'étudier, a relevé M. Michel, "supposant" que les dossiers du procureur étaient "convaincants".

"La recherche d'une solution politique au Darfour et la mise en oeuvre de l'accord de paix Nord-Sud revêtent une importance stratégique", a déclaré la présidence française de l'UE.

 

 

Juillet 2008

 

Communiqué de Presse du 14 juillet 2008 de la Fédération internationale des ligues des droits de l'Homme (FIDH).

Le Président Al-Bashir recherché par le Procureur de la CPI pour des charges de génocide

 

Paris, Londres, La Haye – le 14 juillet 2008 - La Fédération internationale des ligues des droits de l'Homme (FIDH) et son organisation membre l'Organisation soudanaise contre la Torture (Sudan Organisation against Torture – SOAT) se félicitent de l'annonce faite aujourd'hui par le Procureur de la Cour pénale internationale sur la demande d'un mandat d'arrêt à l'encontre d'Omar Hassan Al-Bashir, Président du Soudan, pour des charges de génocide et de crimes contre l'humanité commis au Darfour.

 

« C'est la première fois que des éléments de preuves sont soumis visant à prouver la perpétration du crime de génocide au Darfour. La requête du Procureur confirme que la plus haute autorité du gouvernement a été personnellement impliquée dans la planification de la campagne de violence massive contre la population du Darfour. Nous pensons que la divulgation de ces éléments de preuve et la délivrance d'un mandat d'arrêt à l'encontre d'Al-Bashir pourrait contribuer à la stabilité dans la région », a déclaré Souhayr Belhassen, Présidente de la FIDH.

 

« En masquant ses crimes sous le couvert d'une "stratégie de lutte contre l'insurrection", de "heurts intertribaux" ou "d'actions menées par des milices autonomes criminelles", M. Al-Bashir a rendu possible la commission d'autres crimes. Il a promu ses subordonnés et leur a offert l'impunité pour s'assurer qu'ils acceptent de commettre un génocide », a précisé le Procureur.

 

La FIDH et SOAT appellent le Conseil de Sécurité, l'Union africaine et la Ligue des Etats arabes à soutenir et à accompagner l'action du Procureur et de la CPI.

 

« Les Etats doivent veiller à protéger les populations civiles du Darfour et les forces militaires conjointes déployées dans ce territoire. Ils doivent aussi intensifier leurs efforts pour aboutir à une solution juridique et politique », a ajouté Souhayr Belhassen

 

Selon le statut portant création de la CPI, il n'existe aucune immunité de poursuite pour les crimes contre l'humanité, le crime de génocide et les crimes de guerre : ceux qui ont commis les crimes les plus graves ne peuvent échapper à la justice internationale, quelque soit leur qualité officielle.

 

La CPI a déjà délivré des mandats d'arrêts à l'encontre de Ahmad Haroun, ministre soudanais chargé des affaires humanitaires, et Ali Koshayb, un leader de la milice Janjaouid. Tous les deux sont toujours en liberté et ont été protégés par le gouvernement soudanais et par le Président Al-Bashir personnellement. M. Ocampo avait indiqué dans des interventions précédentes que le fait de protéger les personnes recherchées, en particulier Ahmad Haroun, démontrait que d'autres membres du gouvernement soudanais étaient impliqués dans la commission des atrocités de masse commises au Darfour.

 

La décision est maintenant aux juges, qui doivent étudier les éléments de preuve et décider si un mandat d'arrêt doit être délivré à l'encontre d'Al-Bashir.

 

Juillet 2008

 

Manifestation à Khartoum pour Omar al Bachir et contre la CPI

L'Express avec Reuters, 13 juillet 2008

 

Des milliers de personnes, scandant A bas les Etats-Unis! se sont rassemblées dimanche à Khartoum, à la suite d'informations selon lesquelles la Cour pénale internationale (CPI) pourrait lancer un mandat d'arrêt à l'encontre du président soudanais Omar Hassan al Bachir, pour crimes de guerre

Un diplomate européen de haut rang a déclaré vendredi que le procureur de la CPI pourrait lancer ce mandat d'arrêt lundi pour crimes de guerre commis au Darfour, dans l'ouest du Soudan.

"Nous sommes prêts à donner notre âme et notre sang pour Bachir", ont repris les manifestants, qui ont défilé dans les rues de Khartoum, en direction des bureaux des Nations unies.

Cette manifestation, parrainée par les autorités, a paralysé la circulation dans la capitale. Plusieurs centaines de personnes se sont également rassemblées près des bureaux ou le gouvernement tenait une réunion extraordinaire consacrée à la

CPI.

"La CPI fait tout simplement ce que l'Union européenne, les Etats-Unis et Israël lui demandent de faire", déclarent les manifestants dans un texte qui devait être remis aux bureaux des Nations unies.

Pour le ministre soudanais de la Justice Abdel Bassit Sabderat, la CPI cherche ni plus ni moins à mettre le Soudan à feu et à sang. "La CPI ne vise pas seulement le président, mais la stabilité du peuple soudanais, parce que le président incarne la nation", a-t-il lancé à la foule devant des bureaux ou s'est tenue la réunion gouvernementale.

La majeure partie des manifestants étaient des fonctionnaires ou des membres de syndicats liés au Parti du Congrès national (NCP), au pouvoir. La manifestation était organisée par le syndicat des étudiants soudanais du NCP et par d'autres organisations gouvernementales.

 

Réunion extraordinaire de la ligue arabe

 

Aouad Ahmed, fonctionnaire du ministère de l'Agriculture âgé de 53 ans, a déclaré que "l'ensemble des Soudanais rejettent cela (un éventuel mandat d'arrêt de la CPI). C'est l'Amérique qui s'en prend au Soudan. Nous ne livrerons pas Bachir. Il faudra passer sur nos corps."

Selon les autorités, toute décision de la CPI contre les responsables soudanais serait de nature à saboter les efforts de paix au Darfour. Deux hauts responsables gouvernementaux soudanais ont déclaré à Reuters que Khartoum allait sans doute demander à la Chine et à la Russie, ainsi qu'à des pays d'Afrique, de faire en sorte que tout mandat visant Bachir soit réduit à néant.

Le Conseil de sécurité des Nations unies a la capacité d'adopter une résolution pouvant suspendre pour un an un mandat d'arrêt de la CPI ou une enquête, et ce délai peut être ensuite prolongé. Cependant, estiment les observateurs, si Bachir est cité par la CPI, le mal sera fait et une suspension du mandat d'arrêt n'améliorera guère les relations entre le Soudan et l'Occident.

La Chine est le premier fournisseur d'armes du Soudan et domine l'industrie pétrolière naissante de ce pays, qui produit actuellement plus de 500.000 barils par jour.

L'ambassadeur du Soudan auprès de la Ligue arabe, Abdel Moneim Mabrouk, a déclaré de son côté avoir bon espoir que l'organisation panarabe, qui doit tenir une réunion extraordinaire consacrée à la crise soudanaise, apporterait son appui à Khartoum. La date de cette réunion n'a pas encore été arrêtée, a indiqué un porte-parole de la Ligue arabe.

Version française Eric Faye

 

 

Juillet 2008

 

L'inculpation du président soudanais pourrait accroître la violence au Darfour

La Presse canadienne, Khartoum, 13 juillet 2008

 

Le parti au pouvoir au Soudan estime dans un communiqué diffusé dimanche par la télévision d'Etat qu'une inculpation du président Omar el-Béchir pour crimes contre l'humanité ne ferait que plonger la région du Darfour dans "plus de violence et de sang".

Le parti du Congrès national évoque au sujet de la possible inculpation du président soudanais "un chantage politique irresponsable" sans base légale. Le communiqué a été diffusé par la télévision d'Etat après une réunion d'urgence d'Omar el-Béchir avec des conseillers dimanche.

Le procureur de la Cour pénale internationale (CPI) pourrait demander lundi le lancement d'un mandat d'arrêt contre le président soudanais Omar el-Béchir pour crimes contre l'humanité et génocide au Darfour, ont déclaré des responsables de l'ONU et des diplomates, s'exprimant sous le couvert de l'anonymat.

Une audience sur les atrocités au Darfour est prévue lundi devant la CPI, basée à La Haye (Pays-Bas), au cours de laquelle l'Argentin Luis Moreno-Ocampo doit présenter de nouvelles preuves aux juges et désigner un ou plusieurs nouveaux suspects.

Le mois dernier, Luis Moreno-Ocampo avait fait savoir qu'il voulait s'attaquer aux responsables du gouvernement soudanais, estimant que "la totalité de l'appareil d'Etat" était impliqué dans les crimes contre l'humanité au Darfour (ouest du Soudan), où quelque 300.000 personnes sont mortes depuis 2003 et où les milices janjawid sèment la terreur.

 

 

Juillet 2008

 

Le Soudan menace de réagir violemment à l'inculpation de son président

Le Monde, Nations Unies, New York 13 juillet 2008 , par Philippe Bolopion

 

Le Soudan a répondu sur un ton menaçant, vendredi 11 juillet, à l'annonce d'une demande de mandat d'arrêt contre son président, Omar Al-Bachir, qui devrait, selon des sources concordantes, être déposée, lundi 14 juillet, par le procureur de la Cour pénale internationale (CPI), Luis Moreno Ocampo. "Nous condamnons cette initiative criminelle qui ne fait peur à personne dans le pays et nous résisterons par tous les moyens à notre disposition" , explique au Monde l'ambassadeur du Soudan à l'ONU, Abdalmahmoud Abdalhalim Mohammad

Si vous inculpez un chef d'Etat, pouvez-vous contrôler les réactions du peuple et du pays ?" , poursuit le diplomate soudanais, qui prévient que "les gens réagiront par la colère" . "L'ONU a la responsabilité d'arrêter l'aventure de cet homme (M. Ocampo) et devrait faire attention au processus de paix et à la sécurité de sa présence au Soudan", prévient-il.

L'ONU prend la menace au sérieux. Les quelque 20 000 représentants d'ONG déployés au Soudan ont reçu pour consigne de faire preuve de vigilance, d'adopter "un profil bas" et d'éviter les déplacements inutiles. Les quelque 10 000 hommes de la Minuad, la force conjointe de l'ONU et de l'Union africaine au Darfour, sont également en état d'alerte, tandis que les ambassades occidentales à Khartoum prennent des précautions.

Vendredi, le chef des opérations de maintien de la paix, Jean-Marie Guéhenno, a présenté au Conseil de sécurité un compte rendu de l'attaque contre la Minuad qui a fait sept morts, le 8 juillet, dans un secteur du Darfour "sous contrôle du gouvernement" . Les assaillants, a-t-il dit, semblaient appartenir aux milices progouvernementales "janjawids" et maniaient des armes qui ne sont généralement pas utilisées par les rebelles, pourtant rendus responsables de l'attaque par Khartoum. La Minuad, sous-équipée, "va continuer à être extrêmement vulnérable au cours des prochains mois" , a prévenu M. Guéhenno.

Sur le front diplomatique, l'ambassadeur de la Chine à l'ONU, Wang Guanjia, s'est dit "très inquiet" de la demande d'un mandat d'arrêt contre M. Al-Bachir, qui pourrait selon lui "mettre en péril" le processus de paix. Au cours d'une réunion organisée sur ce thème entre les cinq membres permanents du Conseil de sécurité et le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, la Chine et la Russie ont évoqué la possibilité pour le Conseil de voter une résolution pour geler provisoirement l'enquête contre le dirigeant soudanais, en utilisant l'article 16 des statuts de la CPI.

 

 

 

Juillet 2008

Une décision qui risque d'embraser la région, au-delà du Darfour

Le Monde, 12 juillet 2008 avec Jean-Philippe Rémy

 

En visant  la tête de l'Etat soudanais, la Cour pénale internationale (CPI) prend le risque de frapper, par ricochet, beaucoup plus largement

 

Première victime collatérale potentielle : le processus de négociations entre le pouvoir et les groupes rebelles du Darfour. Or il semble exclu d'arrêter la violence au Darfour sans négociations, même si celles-ci sont au point mort, du fait de la mauvaise volonté des parties et de la maladresse de l'équipe de négociateurs Nations unies-Union africaine. Un nouveau médiateur conjoint, le Burkinabé Djibril Bassolet, vient d'être nommé. Il ne pourrait commencer sa mission sous de plus mauvais auspices. Avec quels interlocuteurs négociera-t-il désormais ? "Il ne faut pas oublier que Khartoum n'a pas perdu la guerre. Qu'on le veuille ou non, il faut parler à ce régime, on a donc besoin d'eux pour trouver une solution au Darfour" , rappelle une source proche du dossier

 

Lundi 14 juillet, le président burkinabé, Blaise Compaoré, doit rencontrer le président américain, George Bush, à Washington pour évoquer le processus de paix. Au même moment, la demande de mandat de la CPI sera en train d'exclure de fait l'une des parties, le président soudanais Omar Al-Bachir, accusé d'être responsable de crimes de guerre.

L'autre victime potentielle de cette décision pourrait être la force conjointe ONU-Union africaine, la Minuad, chargée de favoriser le retour à la paix au Darfour. Dès sa conception, la Minuad avait été en butte à l'hostilité de Khartoum, qui était parvenu à saper sa première version en excluant la participation de casques bleus occidentaux, estimant que ceux-ci constitueraient une force de "recolonisation" du Soudan. La mission de la Minuad, déjà ralentie par les obstacles dressés par les autorités soudanaises, n'est encore déployée qu'à 40%. Si Khartoum devait durcir sa position, la force pourrait être complètement paralysée avant d'avoir été opérationnelle.

Ce blocage serait d'autant plus dangereux que le conflit au Darfour n'est pas terminé. Au cours des deux années écoulées, les attaques contre la population, orchestrées par le pouvoir, ont diminué d'intensité, en comparaison avec les destructions touchant des régions entières en 2003 et 2004. Mais de nombreux signes indiquent que le conflit est sur le point de reprendre.

 

Le gouvernement soudanais, les rebelles du Darfour, mais aussi le Tchad, "porte" de sortie et voie d'approvisionnement de ces derniers, menacent de lancer des opérations militaires. Entre le Tchad et le Soudan, se mène depuis 2005 une guerre par rebelles interposés en voie d'aggravation accélérée. Il serait plus facile pour le Tchad de justifier des affrontements avec un régime dont le chef est accusé par la CPI d'être un criminel de guerre.

 

A Khartoum, où on renforce les défenses de la capitale, sous couvert d' "exercices" , la montée en puissance des options militaires est sensible. Fin mai, le président soudanais, devant des officiers des groupes paramilitaires des services de renseignement qui prêtaient devant lui le "serment de la mort et du sacrifice" , a affirmé ne plus se sentir lié par un cessez-le-feu avec les groupes rebelles. Le Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM) - le groupe rebelle du Darfour, désormais le plus puissant, qui avait traversé la moitié du Soudan en mai pour frapper Khartoum - déclare également se préparer à de nouvelles attaques (voir Le Monde du 9 juillet).

 

S'estimant acculé, le régime soudanais va-t-il également procéder à une escalade des menaces visant la présence internationale ? En juin, devant une vaste assemblée de miliciens des Forces de défense populaires (PDF), le président Bachir a déjà menacé d'appeler à un "djihad" contre "les étrangers" . Au cours des années précédentes, les Nations unies ont vécu dans la crainte d'être frappées par un attentat, des services de renseignement ayant identifié l'existence de cellules préparant des attentats.

 

De plus, après vingt-quatre années de guerre, Khartoum et la rébellion sudiste avaient signé en 2005 un accord de paix dont l'une des étapes importantes est l'organisation d'élections générales dans tout le Soudan en 2009. Il est à redouter que le processus de négociation entre les ex-ennemis ne soit, lui aussi, condamné par cette nouvelle situation, qui disqualifie une des parties et relance le risque de guerre.

 

 

 

  Juillet 2008

Le Soudan demande une réunion extraordinaire de la Ligue arabe

Le Monde avec l'A.F.P., 12 juillet 2008

Le Soudan a demandé la tenue d'une réunion extraordinaire de la Ligue arabe pour examiner les relations avec la Cour pénale internationale (CPI) après la publication d'informations sur une éventuelle mise en cause du président Omar el-Béchir pour des crimes au Darfour, a rapporté samedi l'agence officielle égyptienne Mena

 

"Le Soudan a fait une demande au secrétariat général de la Ligue de nations arabes pour la tenue de cette réunion", a déclaré Abdel Moneim Mabrouk, ambassadeur du Soudan en Egypte à la MENA.

L'agence ne précise pas le motif précis de la réunion pour laquelle aucune date n'est mentionnée.

Le procureur de la CPI, Luis Moreno-Ocampo, avait annoncé jeudi dans un communiqué qu'il présenterait lundi devant les juges de la Cour de nouvelles "preuves" de crimes commis ces cinq dernières années contre des civils au Darfour et "nommer(ait)" ceux qui en sont responsables selon lui.

Selon le département d'Etat américain, M. Moreno-Ocampo, va également demander un mandat d'arrêt contre le président soudanais pour des crimes commis au Darfour.

Le Soudan a mis en garde contre toute mesure de la CPI visant le président Béchir, estimant que cela risquerait de détruire le processus de paix au Darfour.

Depuis 2003, les forces gouvernementales appuyées par les milices arabes janjawid luttent contre des mouvements rebelles de cette province de l'ouest du Soudan. Le conflit a fait plus de 300.000 morts et entraîné le déplacement de 2,2 millions de personnes, selon l'ONU. Khartoum parle de quelque 10.000 morts.

Une mise en cause du chef de l'Etat soudanais serait la première par la CPI d'un président en exercice pour génocide et crimes contre l'humanité.

Cette mesure inquiète des responsables de l'ONU qui craignent qu'elle ne compromette le processus de paix au Darfour et ne déclenche une réponse militaire soudanaise contre les soldats de la force mixte ONU-Union africaine (Minuad) chargée du maintien de la paix dans la région.

Juillet 2008

Le chef de l'Etat soudanais menacé d'une accusation de génocide par la CPI

Le Monde, 12 juillet 2008 , New York, Nations Unies, avec Philippe Bolopion avec Stéphanie Maupas à La Haye

 

L e procureur de la Cour pénale internationale (CPI), Luis Moreno-Ocampo, a l'intention de demander, lundi 14 juillet, un mandat d'arrêt contre le président soudanais Omar Al-Bachir, pour les atrocités commises ces cinq dernières années au Darfour, selon nos informations recueillies auprès des Nations unies et de la CPI. Le procureur accuse notamment le dirigeant soudanais de "crime contre l'humanité" et de "génocide" au Darfour, où 2,2 millions de personnes ont été déplacées et des centaines de milliers d'autres ont péri. De hauts responsables onusiens et des diplomates ont été alertés de ce développement et ont pris des mesures de précaution dans l'hypothèse où Khartoum orchestrerait des violences contre la présence internationale au Soudan

 

Il reviendra aux trois juges de la chambre préliminaire de la CPI, dont les délibérations peuvent prendre entre deux et trois mois, de décider si les preuves avancées par le procureur sont une base raisonnable pour délivrer le mandat d'arrêt. Omar Al-Bachir deviendrait alors le troisième président en exercice à faire l'objet d'une procédure de la justice internationale, après le président serbe, Slobodan Milosevic, inculpé en mai 1999 par le Tribunal pénal pour l'ex-Yougoslavie, et le président libérien Charles Taylor, poursuivi depuis mars 2003 par la Cour spéciale pour la Sierra Leone.

 

Luis Moreno-Ocampo réclame, depuis avril 2007, l'arrestation pour crimes contre l'humanité au Darfour de Ahmed Haroun, le ministre soudanais délégué aux affaires humanitaires, et celle d'Ali Kushayb, un chef de la milice progouvernementale "janjawid". Khartoum, qui accuse la CPI d'être politisée et ne reconnaît pas sa juridiction, n'a pas arrêté ses deux protégés. M. Ocampo avait indiqué au Monde début juin que ses enquêtes visaient désormais les plus hauts niveaux de l'Etat soudanais. Décrivant le Darfour comme une "immense scène de crimes" , il affirmait avoir "une vision plus globale" et recueilli "d'avantages de preuves, au-delà d'Ahmed Haroun" .

 

Face au Conseil de sécurité, le 5 juin, M. Ocampo avait clairement accusé Khartoum. "Pour planifier et commettre des crimes de cette nature, à cette échelle, sur une si longue période, les criminels ont dû mobiliser et coordonner tout l'appareil d'Etat, des services de sécurité aux services d'information publique en passant par le système judiciaire" , disait-il. Le procureur argentin évoquait "un plan criminel à grande échelle en vue de détruire des communautés entières au Darfour" . "La dissimulation des crimes par les autorités soudanaises (...) est caractéristique d'un système criminel à l'oeuvre (rappelant) le Rwanda et l'ex-Yougoslavie" , avait-il ajouté.

 

La demande d'un mandat d'arrêt contre Omar Al-Bachir "serait un pas significatif contre l'impunité au Darfour (et) enverrait le message que personne n'est au-dessus de la loi, pas même un président" , se réjouit Richard Dicker, directeur du département de justice internationale au sein de Human Rights Watch. L'organisation de défense des droits de l'homme demande depuis 2005 l'ouverture d'une enquête contre le président soudanais. Selon M. Dicker, l'accusation de génocide s'est toutefois avérée difficile à prouver par le passé, les procureurs devant établir "l'intention de détruire une communauté sur la base de sa nationalité, de son ethnie ou de ses convictions religieuses" .

 

Ces derniers mois, M. Ocampo, qui a besoin de la coopération des Etats pour conduire ses enquêtes et arrêter les suspects, fustigeait l'insuffisance des pressions exercées par la communauté internationale sur Khartoum. En juin toutefois, le Conseil de sécurité de l'ONU a dénoncé l'absence de coopération du Soudan avec la Cour, et Bruxelles a menacé Khartoum de sanctions.

 

"La différence entre 2004 et aujourd'hui, c'est qu'il reste peu de villages à brûler , (mais) les tactiques restent les mêmes, l'armée soudanaise, l'aviation soudanaise et les milices janjawids attaquent des villages" , nous expliquait M. Ocampo. Ses enquêtes, disait-il, ont révélé "une tactique qui consiste à chasser les gens des villages, à les installer dans des camps, mais ensuite à les attaquer" . "La nouveauté, c'est qu'il y a des responsables soudanais qui aident de nouveaux colons à occuper les terres des Fours, des Zaghawas et des Massalits" , poursuivait-il. Selon lui, le bombardement, début mai, d'une école dans le village de Shegeg Karo (nord du Darfour), où 13 personnes, dont 7 enfants, avaient péri, était ainsi "un message" des forces soudanaises aux deux millions et demi de déplacés, visant à les prévenir qu'ils seraient "exterminés" s'ils cherchaient à retourner sur leurs terres.

 

Chronologie

 

17 juillet 1998 . 120 Etats signent le traité instituant la Cour pénale internationale (CPI)

 

1 er juillet 2002. Entrée en vigueur du traité. La CPI est compétente pour poursuivre les responsables de génocide, crimes contre l'humanité et crimes de guerre commis depuis le 1 er juillet 2002 sur le territoire d'Etats qui ont ratifié son traité (106 en juillet) ou par des ressortissants de ces Etats

 

31 mars 2005 . Le Conseil de sécurité des Nations unies - seul compétent pour saisir la CPI de crimes commis dans un pays qui n'a pas ratifié le statut de la Cour - saisit le procureur des crimes commis au Darfour. Le Conseil peut ordonner la suspension d'une procédure pendant un an. Outre le Soudan, le procureur enquête sur la République démocratique du Congo, en Ouganda et en République centrafricaine

 

27 avril 2007 . Les juges délivrent des mandats d'arrêt, pour le Darfour, contre Ahmed Haroun, ministre soudanais aux affaires humanitaires, et Ali Kosheib, chef d'une milice pro-gouvernementale. Le Soudan refuse de les arrêter

 

14 juillet 2008 . Le procureur pourrait demander un mandat d'arrêt contre le président soudanais Omar Al-Bachir accusé notamment de génocide

 

L'ONU craint des mesures de rétorsion venant de Khartoum

 

Le département du maintien de la paix de l'ONU craint des mesures de rétorsion des forces soudanaises à l'encontre de la Minuad (la mission conjointe de l'ONU et de l'Union africaine au Darfour, qui ne dispose pour l'instant que de 9 200 casques bleus et policiers sous-équipés, sur les 26 000 escomptés), nous ont indiqué des sources onusiennes. Les hommes de la Minuad stockent notamment des vivres, de l'eau et du carburant, et se préparent à interrompre leurs patrouilles et à regrouper leurs forces sur quelques positions plus faciles à défendre. Les ambassades occidentales à Khartoum seraient aussi sur leurs gardes

 

Mardi, un convoi de la Minuad a été attaqué. Sept soldats ont été tués et 22 autres blessés. Khartoum a nié sa responsabilité dans l'attaque. – (Corresp.)

 

 

 

Juillet 2008

Le Soudan met en garde contre toute mesure de la CPI visant le président

Suisse Romande avec A.F.P., 11 juillet 2008

 

Un ministre soudanais a averti vendredi que toute mesure de la Cour pénale internationale (CPI) visant le président Omar el-Béchir, qui risque d'être mis en cause pour crimes de guerre au Darfour, menacerait le fragile processus de paix dans cette province du Soudan.

"S'il y a une décision concernant le président Béchir, cela peut détruire le processus de paix" au Darfour, vaste région de l'ouest du Soudan en proie à un violent conflit depuis plus de cinq ans, a déclaré à l'AFP le ministre d'Etat aux Affaires étrangères, Al-Samani al-Wasila.

"Dans cette situation, le Soudan ne coopèrera jamais avec la CPI", a ajouté ce ministre, qui participe aux réunions du gouvernement présidées par M. Béchir mais n'est pas membre de son parti, le Parti du congrès national.

Les efforts de l'ONU pour trouver un règlement au conflit du Darfour sont dans l'impasse depuis l'échec de pourparlers de paix en Libye en octobre, boycottés par deux principales formations rebelles.

Le département d'Etat américain a confirmé vendredi que le procureur de la CPI, Luis Moreno-Ocampo, allait réclamer un mandat d'arrêt contre le président soudanais.

Plusieurs journaux, dont le français Le Monde et les quotidiens britannique The Guardian et américain The Washington Post avaient indiqué vendredi que le président Béchir allait être mis en cause lundi par M. Moreno-Ocampo pour des crimes de guerre, crimes contre l'humanité et génocide commis au Darfour.

M. Moreno-Ocampo avait annoncé jeudi dans un communiqué qu'il présenterait lundi devant les juges de la CPI de nouvelles "preuves" de crimes commis ces cinq dernières années contre des civils au Darfour et "nommer(ait)" ceux qui en sont responsables selon lui.

La mise en cause par la CPI du chef de l'Etat soudanais serait la première d'un président en exercice pour génocide et crimes contre l'humanité.

Cette mesure inquiète l'ONU qui craint qu'elle ne compromette le processus de paix au Darfour et ne déclenche une réponse militaire soudanaise contre les soldats de la force mixte ONU-Union africaine (Minuad) chargé du maintien de la paix dans la région.

Mardi, la Minuad a souffert sa plus grave attaque, sept soldats de la force ayant été tués et 22 blessés dans le Darfour nord.

La Minuad manque cruellement de moyens et son déploiement rencontre de nombreuses difficultés logistiques et politiques.

Khartoum refuse d'autoriser le déploiement de soldats népalais, scandinaves ou thaïlandais, généralement considérés comme des troupes d'élite, et demeure réticent au déploiement de soldats non africains pour renforcer la Minuad.

Depuis 2003, les forces gouvernementales appuyées par les milices arabes janjawid luttent contre des mouvements rebelles du Darfour. Le conflit a fait plus de 300.000 morts et entraîné le déplacement de 2,2 millions de personnes, selon l'ONU. Khartoum parle de quelque 10.000 morts.

 

 

Juillet 2008

 

Le président Omar el-Béchir dans la ligne de mire

Radio France International, 11 juillet 2008

 

Le Procureur de la Cour pénale internationale (CPI) doit présenter, lundi à la Haye, une nouvelle affaire sur les crimes commis au Darfour. Dans son dossier, Luis Moreno Ocampo devrait mettre en cause de très hauts responsables du gouvernement soudanais, parmi lesquels le chef de l'Etat Omar el-Béchir qui serait ainsi accusé de «  crimes de guerre  », de «  crimes contre l'humanité  » et de tentative de «  génocide  ». Ces crimes ont été commis dans le Darfour depuis les cinq dernières années. Pour le moment, la CPI ne confirme pas l'information. Elle ne l'infirme pas non plus.

En tout cas, on sait déjà que le procureur Ocampo visera de hauts responsables du gouvernement de Khartoum. Il s'agit d'un groupe de responsables plus haut placés qu'Ahmed Haroun, le dernier politique visé par une procédure de la Cour. Il a dirigé les milices janjawid , et assume aujourd'hui les fonctions de secrétaire d'Etat aux Affaires humanitaires. Le mois dernier, devant les Nations unies, Luis Moreno Ocampo, qui réclame depuis 2007 l'arrestation d'Ahmed Haroun, avait affirmé que le Soudan menait un plan criminel impliquant tout l'appareil d'Etat. Le magistrat avait parlé de «  nettoyage ethnique  » et il avait aussi décrit les attaques de l'armée et des milices contre les civils, les bombardements volontaires, les persécutions, les viols massifs, ou, encore, la destruction complète de plusieurs localités du Darfour.

Luis Moreno Ocampo va donc présenter, lundi prochain devant les trois juges de la Chambre préliminaire, des preuves et nommer celui ou ceux qu'il estime responsables des exactions, pour demander ensuite des mandats d'arrêt. La Cour devra ensuite décider si elle lance ces mandats ou si les preuves lui semblent insuffisantes.

Les forces gouvernementales soudanaises, avec l'appui des milices arabes janjawid , font la guerre aux rebelles du Darfour, depuis février 2003. Selon les agences des Nations unies, le conflit dans cette province occidentale du Soudan, a déjà fait plus de 300 000 morts, entraînant le déplacement de plus de deux millions de personnes. Le gouvernement de Khartoum affirme que le nombre de victimes est d'à peine 10 000.  

 

Menaces sur la Minuad

 

Le quotidien Le Monde , publié ce vendredi à Paris, affirme que l'ONU « craint des mesures de rétorsion venant de Khartoum  », à l'encontre de la Minuad, la mission conjointe des Nations unies et de l'Union africaine au Darfour. Le Monde affirme également que «  les hommes de la Minuad stockent notamment des vivres, de l'eau et du carburant, et se préparent à interrompre leurs patrouilles et à regrouper leurs forces sur quelques positions plus faciles à défendre  ».

Sept soldats de la Minuad ont été tués, mardi dernier, dans la partie nord du Darfour, lors d'une attaque de leur convoi qui a été attribuée, par des responsables de l'ONU, à des miliciens pro-gouvernementaux janjawid , tandis que le gouvernement de Khartoum a accusé les rebelles de cette province. Il s'agit de la plus grave attaque commise contre la Minuad, depuis que cette force mixte a commencé à être déployée, début 2008. Le contingent rwandais de la Minuad, qui a subi cinq pertes, a payé un lourd tribut, lors de cette attaque.

 

 

  Juillet 2008

Le Soudan produira plus de 500.000 bj en 2009

Suisse Romande avec l'A.F.P., 11 juillet 2008

 

PARIS - La production pétrolière du Soudan dépassera 500.000 barils par jour en 2009, affirme le ministre soudanais de l'Energie et des Mines, Al Zuber Ahmed al-Hassan, à la revue Pétrole et Gaz arabes.

"Nous devrions atteindre les 500.000 barils par jour cette année. Nous avons actuellement une production qui est légèrement inférieure à ce chiffre", précise Al Zuber Ahmed al-Hassan au bimensuel daté du 16 juillet.

En 2009, cette production "sera supérieure à celle de 2008 du fait d'augmentations (de production, ndlr) sur les blocs 3 et 7 et sur le bloc 6", ajoute-t-il.

Interrogé pour savoir si son pays va adhérer à l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), le ministre juge "préférable pour l'instant" que le Soudan "reste observateur et ne devienne pas membre de l'Opep", en expliquant que son pays est "encore un petit producteur de pétrole".

"Nous réexaminerons cette question ultérieurement", ajoute-t-il.

Le ministre indique aussi que deux blocs d'exploration, le bloc 10 dans l'est du Soudan, et le bloc 12B, dans le Darfour, pourraient être prochainement proposés à des compagnies étrangères, qui ont manifesté un "fort intérêt pour ces permis".

 

 

  Juillet 2008

Les humanitaires redoutent des violences au Soudan

L'Express avec Reuters, 11 juillet 2008

 

Les organisations internationales ont renforcé leur sécurité au Soudan, de crainte qu'une vague de violences ne soit déclenchée si la Cour pénale internationale (CPI) lance un mandat d'arrêt contre le président Omar Hassan al Bachir.

 

Citant des responsables de l'Onu et des diplomates, le Washington Post a rapporté que la CPI demanderait des poursuites contre Bachir pour génocide et crimes contre l'humanité, en relation avec son implication dans le conflit du Darfour.

Le procureur de la CPI, Luis Moreno Ocampo, a fait savoir jeudi dans un communiqué qu'il allait présenter aux juges "des preuves sur les crimes commis au Darfour depuis cinq ans". Selon un émissaire européen aux Nations unies, "Bachir est l'une des personnes visées par Ocampo".

L'agence de presse soudanaise Suna rapporte que plusieurs ambassadeurs, dont ceux des cinq pays membres permanents du Conseil de sécurité, ont été convoqués à ce sujet vendredi au ministère des Affaires étrangères.

Les actions de la CPI, leur y a-t-on dit, risquent d'avoir "des impacts très négatifs non seulement sur la paix et la stabilité au Soudan, mais aussi dans toute la région", rapporte Suna.

Les cinq membres permanents du Conseil de sécurité sont la Chine, les Etats-Unis, la France, la Grande-Bretagne et la Russie.

 

Appel à la prudence

 

"A la lumière des développements récents en matière de sécurité, il est conseillé au personnel de renforcer ses mesures de sécurité", dit une note d'urgence adressée aux envoyés de l'Onu au Soudan, que Reuters s'est procurée.

La note suggère aux personnels de se limiter aux déplacements nécessaires durant le week-end et après la tombée de la nuit.

"Assurez-vous d'avoir suffisamment de réserves de nourriture et d'eau pour plusieurs jours à votre domicile", prévient également la note.

L'ambassade de Grande-Bretagne au Soudan a diffusé un message demandant aux ressortissants britanniques d'être discrets et les avertissant de la note de l'Onu.

Le département d'Etat américain a déjà retiré tous ses membres du Darfour, y compris ceux opérant dans le domaine humanitaire, ont dit d'autres travailleurs humanitaires.

Les agences onusiennes ont quant à elles procédé à des exercices d'évacuation et pourraient retirer tous les personnels qui ne sont pas essentiels.

Des émissaires de l'Onu ont expliqué que l'organisation craignait des manifestations violentes contre la CPI et une éventuelle attaque rebelle contre la capitale soudanaise.

Le porte-parole du département d'Etat, Sean McCormack, a déclaré qu'il fallait "attendre de voir ce qui se passera lundi et agir en fonction des faits".

Khartoum a prévenu vendredi que l'ouverture d'une procédure contre le chef de l'Etat nuirait au processus de paix au Darfour.

L'année dernière, deux personnalités dont Ahmed Haroun, ministre de l'Intérieur passé depuis aux Affaires humanitaires, ont fait l'objet d'un mandat d'arrêt international. Les autorités ont refusé de les livrer.

Selon des experts internationaux, au moins 200.000 personnes ont été tuées et 2,5 millions déplacées au Darfour depuis 2003. Le pouvoir central soudanais avance pour sa part un bilan de 10.000 morts.

 

Opheera McDoom, version française Grégory Blachier et Gregory Schwartz

 

 

Juillet 2008

La CPI veut inculper le président soudanais

Courrier International, 11 juillet 2008

 

Lundi 14 juillet, Luis Moreno-Ocampo, procureur de la Cour pénale internationale, devrait demander l'inculpation du président soudanais Omar Hassan El-Béchir pour crimes contre l'humanité. Les agents des Nations unies au Soudan se préparent à d'éventuelles représailles, rapporte le Mail & Guardian

 

Dans un communiqué, le procureur Luis Moreno-Ocampo a annoncé jeudi dernier qu'il disposait de nombreux éléments "sur des crimes commis dans l'ensemble du Darfour au cours des cinq dernières années". Selon le communiqué, le procureur va rendre public "un résumé de ces preuves et nommer le ou les individus inculpés". Luis Moreno-Ocampo a déclaré au Conseil de sécurité des Nations unies le mois dernier qu'il avait l'intention d'inculper des hauts fonctionnaires ; la totalité de l'appareil d'Etat serait en effet selon lui impliquée dans des violences systématiques contre les civils.

Selon des sources judiciaires et humanitaires, le procureur devrait aussi citer à comparaître Omar El-Béchir. Et, à en croire l'un de nos informateurs, à la fois proche de la Cour pénale internationale et du gouvernement de Khartoum, "c'est pour lundi". Des informations en provenance de Khartoum font état d'un renforcement des mesures de sécurité dans la capitale soudanaise, tandis que les organisations non gouvernementales présentes sur place envisagent de faire évacuer une partie de leur personnel dans l'éventualité de représailles contre la communauté internationale.

 

A l'ONU, on est passé en mode 'sauve-qui-peut', a déclaré un humanitaire. Il craint que le gouvernement ne cherche en effet à incriminer, voire à expulser la force de maintien de l'ordre conjointe des Nations unies et de l'Union africaine, l'UNAMID, qui est lentement en train de se déployer au Darfour, où ces dernières années plus de 200 000 personnes ont été tuées et où 2,5 millions de personnes sont sans foyer depuis 2003.

Pour Alex de Waal, spécialiste du Soudan au Comité de recherche en sciences sociales de New York, la réaction du président soudanais est imprévisible. Dans le cercle des proches de Béchir, on dit qu'il est obsédé par l'idée que le monde veut sa peau. Il avait déjà le sentiment d'avoir été humilié et mis en position de faiblesse, explique de Waal.

Moreno-Ocampo devrait présenter son dossier devant une chambre préliminaire de la CPI lundi. La décision de poursuivre les mises en examen reviendra à cette chambre, une décision qui pourrait prendre plusieurs semaines. Le Conseil de sécurité décidera alors de la suite des événements et d'un éventuel mandat d'arrêt.

La CPI a déjà lancé deux mandats d'arrêt l'année dernière contre deux suspects soudanais, un ministre et un commandant de milice.

Le ministre des Affaires étrangères du Royaume-Uni, David Miliband, a rencontré le président soudanais mercredi dernier à Khartoum et l'a incité à coopérer avec la CPI, mais un revirement d'Omar Hassan El-Béchir n'est guère probable [...]. Pour David Hoile, chef d'un groupe de pression favorable à Khartoum, le Conseil des affaires publiques européano-soudanais, "à Khartoum, la CPI est actuellement sur des sables mouvants. Officiellement, on n'en parle pas. Mais j'ai entendu dire à Khartoum que c'était une justice de Blancs. Une justice qui s'en prend uniquement à l'Afrique et ne fait rien en Irak ni en Afghanistan."

Mais de son côté Tom Porteous, directeur de Human Rights Watch à Londres, explique que l'organisation "a recensé des cas de violation des droits de l'homme au Darfour depuis le début du conflit, en 2003, et que depuis 2005 il y a des preuves que des crimes de guerre très graves et des crimes contre l'humanité ont été commis". "Nous avons conseillé à la CPI d'enquêter jusqu'en haut de la chaîne de commandement, jusqu'à Omar El-Béchir."

 

 

Juillet 2008

Crimes au Darfour: le procureur de la CPI va viser Omar el-Béchir lundi

 

Le Parisien, 11 juillet 2008

 

Le procureur de la Cour pénale internationale (CPI) Luis Moreno-Ocampo va mettre en cause lundi le président soudanais Omar el-Béchir pour des crimes de guerre, crimes contre l'humanité et génocide commis au Darfour (ouest du Soudan), affirmaient vendredi plusieurs quotidiens.

Le quotidien français Le Monde écrit vendredi que M. Moreno-Ocampo "(avait) l'intention de demander, lundi 14 juillet, un mandat d'arrêt contre le président soudanais Omar Al-Bachir (...) selon nos informations recueillies auprès des Nations unies et de la CPI".

"Le procureur accuse notamment le dirigeant soudanais de +crime contre l'humanité+ et de +génocide+ au Darfour", précisait Le Monde, dont les informations ont également été rapportées par les journaux britannique The Guardian et américain The Washington Post.

"Ca aura lieu lundi", précise une source du Guardian.

"Le bureau du procureur refuse de donner des détails. Le procureur présentera cela devant le juge de la Cour lundi et ne donnera de détails à la presse qu'après", a indiqué sa porte-parole interrogée par l'AFP.

M. Moreno-Ocampo avait annoncé jeudi dans un communiqué qu'il présenterait lundi devant les juges de la CPI de nouvelles "preuves" de crimes commis ces cinq dernières années contre des civils au Darfour et "nommer(ait)" ceux qui en sont responsables selon lui.

Plusieurs organisations de défense des droits de l'homme avaient demandé que ces nouvelles accusations concernent des personnalités de rang élevé dans la hiérarchie soudanaise.

Toujours selon Le Monde, "le département du maintien de la paix de l'ONU craint des mesures de rétorsion des forces soudanaises à l'encontre de la Minuad (la mission conjointe de l'ONU et de l'Union africaine au Darfour)". "Les hommes de la Minuad stockent notamment des vivres, de l'eau et du carburant (...) Les ambassades occidentales à Khartoum seraient aussi sur leurs gardes".

Selon le Washington Post, l'ambassadeur du Soudan à l'ONU Abdalmahmoud Abdalhalim Mohamad a estimé que cela "détruirait" le fragile processus de paix au Darfour car le procureur "joue avec le feu (...)".

Les juges de la CPI pourront, s'ils estiment que les preuves présentées par M. Moreno-Ocampo sont suffisantes, émettre d'ici quelques mois une citation à comparaître ou un mandat d'arrêt à l'encontre du président soudanais.

"Pour nous, c'est exactement pour cela que cette institution a été créée, à savoir la lutte conte l'impunité", s'est réjouie Géraldine Mattioli, de l'ONG de défense des droits de l'homme Human Rights Watch.

La CPI avait déjà émis deux mandats d'arrêt contre des Soudanais impliqués dans le conflit et soupçonnés de crimes de guerre et crimes contre l'humanité.

M. Moreno-Ocampo demande en effet depuis avril 2007 l'arrestation d'Ahmed Haroun, ministre soudanais aux Affaires humanitaires, et Ali Kosheib, un chef de la milice pro-gouvernementale janjawid.

Mais Omar el-Béchir a toujours refusé de les remettre à la CPI.

Depuis 2003, les forces gouvernementales appuyées par les milices arabes janjawid luttent contre des mouvements rebelles du Darfour. Le conflit a fait plus de 300.000 morts et entraîné le déplacement de 2,2 millions de personnes, selon l'ONU. Khartoum parle de quelque 10.000 morts.

 

 

Juillet 2008

Le procureur de la CPI va nommer des responsables de crimes

 

Jeune Afrique avec l'A.F.P., 10 juillet 2008

 

Le procureur de la Cour pénale internationale (CPI) va présenter lundi "des preuves" de crimes commis ces cinq dernières années contre des civils au Darfour (Soudan) et "nommer" ceux qui en sont responsables selon lui, a-t-il annoncé dans un communiqué jeudi.

"Lundi 14 juillet, le procureur Luis Moreno-Ocampo présentera aux juges de la chambre préliminaire les éléments de preuve dont il dispose à propos des crimes commis ces cinq dernières années sur l'ensemble du Darfour. La requête sera publique et un résumé sera présenté", écrit le bureau du procureur dans un communiqué.

"Le procureur et le procureur adjoint résumeront les éléments de preuve, parleront des crimes et citeront la ou les personnes mises en cause", lors d'une conférence de presse organisée à cette occasion, lundi à 11H00 GMT, poursuit le communiqué.

Ensuite, les juges peuvent, s'ils estiment que les preuves présentées sont suffisantes et le justifient, émettre une citation à comparaître ou un mandat d'arrêt à l'encontre des personnes identifiées par le procureur.

Il s'agit de la deuxième affaire au Darfour, la CPI ayant déjà émis deux mandats d'arrêt contre des Soudanais impliqués dans le conflit et soupçonnés de crimes de guerre et crimes contre l'humanité.

M. Moreno-Ocampo réclame en effet depuis avril 2007 l'arrestation de Ahmed Haroun, ministre soudanais aux Affaires humanitaires, et Ali Kosheib, un chef de la milice pro-gouvernementale janjawid.

Il les accuse de 51 chefs de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité, notamment le viol, le meurtre, la persécution, la torture, le transfert forcé, la destruction de biens, le pillage, les actes inhumains et l'emprisonnement

Sous leur commandement, les attaques conjointes des janjawid et des forces gouvernementales sur des villes et villages habitées par les tribus des Four, des Masalit et des Zaghawa, ont eu pour conséquence "le déplacement forcé de villages et de communautés", avait alors argué le procureur

"Cette stratégie a servi à justifier les massacres, les exécutions sommaires, les viols en masse et d'autres crimes graves contre des civils dont on savait qu'ils ne prenaient part à aucun conflit armé", selon lui. "Des centaines de villages au Darfour ont été pillés et détruits. Deux millions de personnes ont été déplacées de leur foyer", avait-il rappelé.
Depuis 2003, les forces gouvernementales appuyées par les milices arabes janjawid luttent contre des mouvements rebelles du Darfour. Le conflit a fait plus de 300.000 morts et entraîné le déplacement de 2,2 millions de personnes, selon l'ONU. Khartoum parle de quelque 10.000 morts.

En avril 2005, le Conseil de sécurité a ordonné dans une résolution au procureur de la CPI d'ouvrir des investigations afin de poursuivre les responsables de meurtres, viols ou pillages qui ravagent la région soudanaise.

La Cour pénale internationale est le premier tribunal permanent à juger les auteurs de crimes de guerre, crimes contre l'humanité et de génocide.

 

 

 

Juillet 2008

Attaque au Darfour: sept soldats de la Minuad tués

 

Agence France Presse, 9 juillet 2008

 

Sept soldats de la force ONU/UA au Darfour (Minuad) ont été tués et 22 blessés dans le nord de la région au cours d'une attaque attribuée à des miliciens arabes, la plus meurtrière contre cette force hybride depuis son déploiement en janvier.

Cette attaque menée mardi contre la Minuad est la dernière en date d'une série d'assauts contre cette force déjà affaiblie par de nombreuses difficultés logistiques et politiques.

"Les assaillants, à bord de dizaines de véhicules et munis d'armes lourdes, ont tendu une embuscade à un convoi de la Minuad à Oum Hakibah, à 100 km de Shangil Tobay dans l'Etat du Nord-Darfour", a indiqué mercredi un responsable de la force hybride sous le couvert de l'anonymat.

Une vingtaine de soldats, blessés dans l'attaque, ont été transférés par avion à El-Facher pour y être soignés, selon lui.

Les soldats de la Minuad ont été attaqués alors qu'ils rentraient d'une mission de suivi, après que les anciens rebelles de l'Armée de libération du Soudan (SLA) de Minni Minnawi -­signataire de la paix avec le gouvernement de Khartoum en 2006-- eurent rapporté que deux de leurs membres avaient été tués.

"Il semble que c'était une attaque d'envergure. Ils ont été pris par ce qui semble être une très grande force", a affirmé ce responsable.

Selon deux responsables de l'ONU au Soudan, les milices soudanaises, les Janjawids sont soupçonnés d'être derrière cette attaque.

Le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon a condamné "cet acte inacceptable d'extrême violence contre les soldats de la paix de l'UA (Union africaine, NDLR) et de l'ONU", selon son porte-parole Michèle Montas.

M. Ban "appelle le gouvernement du Soudan à tout faire pour s'assurer que ses auteurs soient promptement identifiés et traduits en justice", a-t-elle ajouté au cours d'un point de presse. L'Union africaine a déploré que "cette attaque criminelle (...) intervienne au moment où des efforts soutenus sont déployés pour assurer un déploiement complet de la Minuad, et la reprise rapide du processus politique au Darfour".

Tant que la sécurité n'est pas restaurée et qu'un processus politique n'est pas entamé, il serait erroné d'être "autre chose qu'extrêmement prudent quant aux perspectives (de la région), étant donné l'étendue des dégâts qui ont déjà eu lieu", a assuré le ministre britannique des Affaires étrangères David Miliband, actuellement en visite au Soudan.

Les combats au Darfour opposent des groupes rebelles réclamant plus d'autonomie et un partage des ressources aux forces soudanaises appuyées par les Janjawids.

Les troupes de la force ONU-UA ont été visées par une série d'attaques depuis qu'elles ont officiellement pris début 2008 le relais de l'ancienne force de la mission africaine, l'Amis, chargée du maintien de la paix dans cette région en guerre civile depuis 2003.

Le mois dernier, un membre de la Minuad a été brièvement enlevé et battu par des miliciens arabes armés dans l'ouest du Darfour. Fin mai, une patrouille était tombée dans une embuscade tendue par des cavaliers armés. Dans un autre incident, un policier de la Minuad avait été tué par balle dans le Nord-Darfour.

Déployée en 2004, la mission africaine, l'Amis, avait perdu une soixantaine de ses éléments dans ce genre d'attaques. En septembre 2007, 10 militaires avaient été tués dans un assaut contre leur camp à Haskanita (Sud-Darfour).

Le déploiement de la Minuad, qui doit compter au total quelque 26.000 hommes, rencontre de nombreuses difficultés logistiques et politiques.

La force, qui manque cruellement de moyens, ne dispose au sol pour l'instant que d'environ 9.200 soldats et policiers, ainsi que de 1.300 civils sur un territoire grand comme la France. Seuls les contingents africains, qui appartenaient à l'Amis, sont effectivement sur le terrain, alors que Khartoum bloque l'arrivée de troupes non-africaines.

Le conflit au Darfour a fait selon l'ONU jusqu'à 300.000 morts et plus de 2,2 millions de déplacés depuis février 2003. Khartoum n'évoque que 10.000 morts.

 

 

Juillet 2008

Un ancien ministre soudanais devenu chef de guerre

Le monde, 9 juillet 2008 , Jean-Philippe Rémy

 

De tous les chefs rebelles du Darfour, Khalil Ibrahim est le seul qui ait appartenu, d'abord, à l'appareil d'État. Descendant d'un grand sultan de la région frontalière entre Tchad et Soudan, le chef du Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM) appartient au groupe des Zaghawa Kobe, faible numériquement mais influent dans le commerce et l'élevage dans les deux pays. Par sa naissance, comme par son tempérament, Khalil Ibrahim se voit promis à un avenir brillant. Il est également très pieux. Après des études de médecine, il rejoint les cellules clandestines des Frères musulmans soudanais (Front national islamique), qui préparent, dans les années 1980, l'assaut du pouvoir.

En 1989, l'organisation réussit à organiser un coup d'Etat qui installe à la présidence un officier qu'elle pense contrôler : le général Omar Al-Bachir. La soif de pouvoir de Khalil Ibrahim se heurte à son origine darfourienne, qui le cantonne à des gouvernements régionaux. Le docteur sera ministre de la santé, de l'éducation, et même de la sécurité, rejoignant aussi, à un moment, la machine milicienne montée par le pouvoir central pour s'attaquer aux sudistes, avant de s'en éloigner, effaré, selon lui, par ses excès.

Khalil Ibrahim rompt bientôt avec le pouvoir, pour des raisons qu'il décrit ainsi : "Dans la clandestinité, nous parlions d'établir l'égalité entre les Soudanais. Une fois au pouvoir, la plupart des responsables se sont consacrés à s'enrichir et à construire des maisons, en oubliant la population. Je me sentais trahi."

 

Une connaissance de l'état

 

Son départ du Soudan, à la fin des années 1990, précède de peu sa participation à la rédaction par un groupe dissident soudanais d'un Livre noir, recueil de statistiques mettant en évidence l'écrasante domination dans l'appareil d'Etat des membres de trois tribus riveraines du Nil, aux dépens de tous les autres groupes soudanais. L'ouvrage collectif a demandé, pour être compilé, une connaissance aiguë de l'Etat. Cette bombe est distribuée discrètement en 2000. Même le président Bachir en trouve un jour un exemplaire sur son bureau en rentrant de la prière du vendredi. Toujours prompt à se parer de larges responsabilités, Khalil Ibrahim s'en attribuera la paternité.

Désormais en exil, il crée avec des proches le Mouvement pour la justice et l'égalité, qui apparaît au grand jour en 2001. Deux ans plus tard, commence la lutte armée, teintée du soupçon que le JEM puisse servir de sous-marin pour une future prise du pouvoir par des groupes islamistes dissidents.

 

 

 

Juillet 2008

Khalil Ibrahim, le Darfouri qui a porté la guerre à Khartoum

 

Le Monde, 9 juillet 2008 , Jean-Philippe Rémy

 

P our le pouvoir soudanais, s'il est un homme à abattre, le voici. Le Dr Khalil Ibrahim, assis en tailleur sous un arbre au milieu de nulle part, le long d'une frontière jamais tracée entre Tchad et Soudan, est héroïque, dangereux, ou fou à lier, selon le point de vue. En mai, avec ses hommes du Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM), groupe rebelle du Darfour, il lançait une opération suicidaire, baptisée "Bras long". En partant de cette région, les rebelles ont parcouru 1 600 kilomètres pied au plancher en pick-up pour atteindre Khartoum, la capitale soudanaise hérissée de bases militaires, réputée inatteignable, inattaquable, inexpugnable.

Contre toute attente, Khalil Ibrahim s'est retiré de Khartoum, en vie, au bout de soixante-douze heures de combats furieux, après avoir échappé à une chasse à l'homme assortie d'une récompense d'un quart de million de dollars, et a fait le chemin en sens inverse sans se faire tuer. Pour le JEM, le bilan était lourd, mais le "docteur Khalil" triomphait. Il venait de porter la guerre du Darfour dans la capitale soudanaise. A présent, il se promet de recommencer dès que possible.

A l'autre bout du tapis synthétique chinois, dans le campement du jour, s'aligne l'état-major du JEM. Mêmes postures attentives, mêmes résistance à la chaleur et aux irritantes petites mouches piquantes. Ils avaient pris la décision d'attaquer Khartoum en octobre 2007. Sept mois plus tard, Khalil Ibrahim menait à partir de cette région les pick-up couverts de peinture kaki camouflage jusqu'aux phares, armes lourdes dissimulées sous des housses, pour filer en zigzag jusqu'à la capitale. "Il nous a fallu sept jours, sans pouvoir faire de feu. Nous avons subi sept attaques aériennes, mais nous avancions en changeant constamment de direction. On a payé les chameliers pour nous montrer les routes où l'armée ne s'aventure jamais" , raconte, rêveur, Khalil Ibrahim.

Une partie de la colonne a emprunté la route du Nord, dans le désert, s'aventurant même en Egypte. D'autres se sont dispersés, avant de se regrouper aux alentours de la capitale dans un ravin encaissé qui leur a permis de tenir face aux bombardements aériens, avant d'attaquer brusquement le 10 mai, après avoir pris une base aérienne, détruit des appareils au sol et saisi du matériel. A 15 heures , ils entraient dans les faubourgs d'Omdourman, cité-jumelle de Khartoum, accueillis par des vivats, des fruits, et les premiers tirs. La progression des pick-up, ralentie d'abord par des embouteillages monstres causés par la panique et les salves d'armes lourdes, allait être bloquée au passage crucial des ponts qui enjambent le Nil.

Face à eux se dressait la résistance des milices des services de sécurité, tandis qu'une grande partie de l'armée demeurait passive. Le JEM comptait sur des ralliements d'officiers, et sur une insurrection populaire, pour déboulonner le régime. A la nuit tombée, ces espérances s'évanouissaient. "Nous avons démontré que le pouvoir soudanais, qui terrorise la communauté internationale, n'est qu'un tigre de papier" , se console Khalil Ibrahim, qui ajoute : "Se battre au Darfour est inutile. La seule chance de guérir ce grand corps malade qu'est le Soudan est d'en extirper sa tumeur, le gouvernement. J'appelle toutes les régions marginalisées par Khartoum, à l'est, au nord, au Kordofan Etats séparant la capitale du Darfour à nous rejoindre pour attaquer !"

En portant la guerre dans la capitale, il a déjà défié un régime que la violence n'effraie pas, dictature militaire oscillant entre fondamentalisme d'inspiration locale et soif d'enrichissement à tout prix, le tout dans le plus grand pays d'Afrique, cinq fois la superficie de la France, un climat impossible et un sous-sol où se niche un Pérou de pétrole à peine exploité, que le monde entier s'arrache déjà. Pendant un quart de siècle, le pouvoir nordiste a été en guerre avec le Soudan sud. Deux millions de morts. Depuis 2003, c'est le Darfour qui est en feu. Jusqu'ici, sans dommage pour la capitale, tendance que Khalil Ibrahim se fait fort d'inverser : "A Khartoum, ils vivent dans la terreur. Je veux que le JEM leur donne des cauchemars."

A l'appui de ces formules, les préparatifs de la rébellion battent leur plein. Dans le labyrinthe d'arbres secs couleur poussière du wadi (oued) Howa, où la visibilité n'excède pas quelques mètres, on se ferait renverser à la moindre inattention. Des pick-up passent en trombe, chargés d'armes anti-aériennes et de batteries d'orgues de Staline. Dans un grand fracas métallique, un semi-remorque cahote hors piste, amenant une montagne de fûts d'essence, suivi d'un camion citerne.

En quelques mois, leurs effectifs ont enflé. L'équipement, flambant neuf, s'est multiplié au même rythme. Pour la troupe, les camps de réfugiés darfouriens sont mis à contribution, de gré ou de force. Pour la logistique, on songe plutôt au Tchad. Après des hauts et des bas, le JEM est devenu l'assurance-vie du pouvoir du président Déby. Si le régime d'Idriss Déby devait être renversé, cette "porte" vers le monde extérieur, cette voie d'approvisionnement et cette base de recrutement se refermerait, les condamnant. Comme le pouvoir soudanais équipe des rebelles tchadiens pour renverser Idriss Déby, celui-ci fait appel aux rebelles du Darfour pour sa défense, voire pour attaquer. "On est bien obligés de défendre le régime tchadien pour éviter qu'il soit renversé" , lâche Khalil Ibrahim. Malgré leurs différends, le JEM et le pouvoir tchadien sont liés par le pacte du danger que fait peser sur eux Khartoum, obligés de jouer ensemble la même partie de ping-pong meurtrier par-delà les frontières.

Les rebelles tchadiens attaquaient N'Djamena en février ? Le JEM se précipitait à Khartoum en mai. Dans les deux capitales où les pétrodollars servent à cette guerre de proximité par procuration, on dresse des défenses, et on prépare le coup suivant. Jusqu'à quand ? Comme soudainement épuisé, Khalil Ibrahim se livre à cette énigmatique confidence : "Je voulais mourir à Khartoum."

 

Juillet 2008

La diplomatie burkinabé au chevet du Darfour

Courrier International, 2 juillet 2008

 

Le ministre burkinabé des Affaires étrangères est le nouveau médiateur de l'ONU dans cette région en crise. Pour Le Pays, de Ouagadougou, s'il dispose de nombreux atouts, il devra néanmoins composer avec une situation complexe

Djibrill Bassolé, le ministre burkinabé des Affaires étrangères et de la Coopération régionale, a endossé son nouveau costume de médiateur conjoint de l'UA et de l'ONU au Darfour. Encore un point pour la diplomatie burkinabé. Le retour de la paix au Togo et les acquis enregistrés en Côte-d'Ivoire depuis l'engagement du Burkina dans la résolution de la crise ivoirienne sont autant de signes de vitalité et d'efficacité de cette diplomatie. Reste à savoir quelles seront les chances de succès pour Djibrill Bassolé. Ce ne sont pas les atouts qui manquent. Le pays dispose de troupes sur place, ce qui peut constituer un apport considérable à sa connaissance du terrain. Le Burkina entretient de bons rapports avec le Soudan et le Tchad, chose qui met ces deux pays dans de bonnes dispositions d'écoute. Quant au médiateur lui-même, fort de l'expérience qu'il a acquise dans les dossiers togolais et ivoirien, il a certainement suffisamment appris pour ne pas se laisser prendre au premier piège. Et puis, sous son air discret et peu bavard, Djibrill Bassolé il n'en est pas moins un homme méthodique doublé d'un fin stratège, autant de qualités qui peuvent compter dans la réussite de sa mission.

Toutefois, il faut se rendre à l'évidence que la tâche ne sera pas aisée. Si jusque-là le Darfour peine à s'inscrire dans la logique de la paix malgré de nombreuses tentatives de médiations (Tchad, puis Nigeria), c'est que la situation reste d'une extrême complexité dans cette région écumée par les groupes rebelles. Une situation rendue plus difficile par l'attitude de Khartoum, qui a privilégié le langage de la force. Sans oublier les connexions extérieures, qui ajoutent à la complexité de la crise. Et que dire du déploiement des forces hybrides ONU-UA, toujours en nombre insuffisant, et de la Chine, dont le soutien à Khartoum est devenu notoire !

La Chine, comme on le sait, a rompu ses relations diplomatiques avec le Burkina à cause de Taiwan. Une rupture qui pourrait être le grain de sable dans la machine de la diplomatie burkinabé qui va bientôt se déployer en direction de Khartoum. Avec son statut de représentant du secrétaire général de l'ONU, Djibrill Bassolé n'appartient en principe plus au Burkina seul. Il est devenu une personnalité onusienne. La Chine le comprendra-t-il ainsi ? Bref, c'est dire combien il faudra engager un travail de fond si l'on veut s'attendre à des résultats probants. Le dialogue direct qui apparaît comme la marque déposée de la méthode burkinabé sera-t-il une fois de plus utilisé ? Quoi qu'il en soit, ce sont les résultats qui comptent.

 

 

Juillet 2008

 

 

Le géant pétrolier français Total a repris pied au Soudan

Suisse Romande avec l'Agence France Presse, Khartoum, 1 er juillet 2008

 

Le géant pétrolier français Total a repris pied au Soudan en s'apprêtant à engager après 20 ans de gel l'exploration d'une zone au sud du pays aussi vaste que la moitié du Royaume-Uni.

"Ils ont maintenant monté une base et y déploient des équipements", a déclaré à l'AFP le ministre de l'Energie du sud-Soudan, John Luk, tablant sur un lancement des opérations en novembre.

Le directeur des relations extérieures exploration-production de Total, Jean-François Lassalle, a confirmé à l'AFP qu'une "base était installée" à Bor, à 100 km au sud de Khartoum.

Mais pour le responsable de Total, "la sécurité et le bouclage du nouveau consortium doivent être encore réglés"

Le meilleur scénario est celui d'un lancement des opérations avant la fin 2008, et de grandes découvertes dans les années à venir. "Nous allons chasser l'éléphant au Soudan, pas les moustiques", a-t-il dit.

Total, quatrième compagnie pétrolière mondiale, est la seule "major" occidentale à s'impliquer dans ce pays frappé de sanctions internationales.

La multinationale française avait obtenu en 1980 un contrat d'exploration d'un bloc de 118.000 km2, dans la région de Jonglei.

L'activité, qui s'était bornée à des travaux sismiques, avait été suspendue en 1984 en raison de la guerre civile de 20 ans entre le Nord et le Sud qui s'acheva par un accord de paix (CPA) de janvier 2005.

Une commission nationale pétrolière formée par le régime de Khartoum et les ex-rebelles du sud a confirmé il y un an Total dans ses droits, recadrés dans un contrat de 25 ans assorti d'obligations de développement durable.

Si la situation s'est apaisée, non sans tensions, entre le Nord, surtout musulman, et le Sud, chrétien et animiste, la guerre civile au Darfour, à l'ouest, depuis 2003, complique désormais la donne pour Total.

Placé par Washington dans sa liste de pays soutenant le terrorisme, le Soudan, qui hébergea Oussama Ben Laden, est aussi sanctionné par la communauté internationale et fustigé par les opinions occidentales.

Les pionniers occidentaux, comme Exxon ou Shell, ont déserté en 1990 le Soudan où la compagnie chinoise publique CNPC s'est taillé la part du lion, suivie par la malaisienne Petronas ou l'indienne ONGC.

Quatrième producteur africain, le Soudan produit aujourd'hui 500.000 barils par jour, dont 400.000 sont exportés, à 80% vers la Chine.

Aux côtés de Total figurait une société américaine, Marathon. Elle a du se retirer en application du boycottage décrété par Washington.

Dans la configuration prévue, Total conservera 32,5%, la société koweïtienne Kulpec aura 27,5% (+ 2,5%), la compagnie nationale soudanaise Sudapet 10%, une entité sud-soudanaise à créer, Nilepet, devant avoir 10%.

Restent 20% pour un partenaire qui devrait être la compagnie Mubadala Development, société d'investissement du gouvernement d'Abou Dhabi, selon des sources proches du dossier.

Pour M. Luk, la saison des pluies entrave toute opération dans le sud. "Une fois l'argent réuni, cela prendra encore quelque mois. Après octobre, ils (Total) commenceront à bouger", a-t-il pronostiqué.

Débutera alors une autre épreuve, celles des fonds de pensions américain qui, en vertu du "Sudan Divestment act" adopté par le Congrès fin 2007, pourraient vendre leurs intérêts dans Total, avec un effet négatif sur le cours de l'action.

"C'est un souci et nous le traitons dans la transparence" a assuré M. Lassalle.

Pour désamorcer les critiques, Total, déjà sur la sellette pour ses opérations en Birmanie, a ouvert un dialogue avec les ONG internationales, en particulier l'active Sudan Desinvest Task Force (SDTF).

"Notre présence doit clairement bénéficier aux populations du Sud Soudan en contribuant à la pacification, au développement, aux droits de l'homme et à la démocratie", a affirmé M. Lassalle.

Selon lui des engagements ont été pris, ce qu'admet SDTF qui n'a pas classé le groupe français dans sa liste des compagnies "hautement coupables" à boycotter, y compris par les fonds de pension.

TOTAL

EXXONMOBIL

 

P.S. Avec deux associés arab Koweit and Emirates

   Juillet 2008

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