Le Soudan dans la Presse

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Décembre

 

2005

1er semestre

2ème semestre


Février 2008

 

Le Figaro
28 février 2008

Les Jeux olympiques en Chine, une chance à saisir…

Le Figaro
28 février 2008

Paris réduit le déploiement de son armée en Afrique

NU
29 février 2008

Les arrivées de réfugiés continuent depuis le Darfour-Ouest au Tchad

 

Ouest France
28 février 2008

Déby concède une commission d'enquête

Libération
27 février 2008

Tchad: la force européenne se déploie

Nations Unies
Conférence de Presse
26 février 2008

Conférence de presse d'Ahmad Allam-Mi, ministre des affaires étrangères du Tchad

Le Figaro
25 février 2008

Au Darfour, cinq ans après, les Occidentaux désemparés laissent l'initiative à la Chine

AFP
24 février 2008

La Chine se dit prête à aider à mettre fin au conflit au Darfour

Le Point
23 février 2008

Signature d'un cessez-le-feu permanent en Ouganda

Xinhuanet
23 février 2008

La Suisse envisage de sanctionner le Tchad après l'utilisation d'un avion d'entraînement de fabrication helvétique

BBC Kampala
23 février 2008

Ouganda: accord de cessez-le-feu

AFP
22 février 2008

Tchad: confusion autour du sort de l'opposant disparu Ngarlejy Yorongar

Agence France Presse
23 février 2008

L'Ouganda signe un accord avec les rebelles en vue d'un cessez-le-feu

 

Centre de Recherche
Canada
22 février 2008

Des processus de paix à l'épreuve du feu

Darfour, Tchad, Centrafrique

IRIN à Adé
21 février 2008

Soudan – Tchad : Des populations déplacées abandonnées le long de la frontière

RSF
21 février 2008

Reporters Sans Frontières rapport annuel 2008

Angola Presse
21 février 2008

Les civils menacés par des bombardements aériens au Darfour

Angola Presse avec l'AFP
20 février 2008

Crise au Darfour: La Chine réclame plus d`effort à l`Occident

Xinhuanet
20 février 2008

Le Secrétaire Général de l'ONU "extrêmement préoccupé" de la reprise de violences  au Darfour

Radio Canada
19 février 2008

Le ressac inattendu

La Presse canadiene
19 février 2008

Bush veut résoudre la crise du Darfour "une fois pour toutes"

Nations Unies
UNHCR
19 février 2008

Tchad : Des bombardements au Soudan contraignent l'UNHCR à évacuer son personnel

Agence France Presse africaine
18 février 2008

L'UA appelle à un déploiement anticipé des forces de l'UE et de l'ONU au Tchad

AFP
18 février 2008

Le Japon veut aider au développement du sud-Soudan

 

Agence France Presse
17 février 2008

Après la défaite de N'Djamena, l'alliance entre rebelles reste fragile

Agence France Presse
16 février 2008

Le collectif Urgence Darfour demande à la Chine de cesser de soutenir le Soudan

Libération
16 février 2008

«Le niveau de coopération du Soudan n'est pas celui souhaité par l'ONU et l'UA»

Reporters Sans Frontières
15 février 2007

La presse privée dans la tourmente d'une guerre par procuration

Le Monde avec l'AFP
15 février 2008

Tchad: les rebelles veulent un chef unique avant de repasser à l'offensive

L'Express-VIF
15 février 2008

Trace du plus vieux sacrifice humain découverte en Afrique

Le Figaro
15 février 2008

La campagne anti-JO de Pékin prend de l'ampleur

Le Monde avec Reuters
14 février 2008

Contre-offensive en Chine après la démission de Steven Spielberg

Télévision suisse avec l'AFP
14 février 2008

Le Comité olympique soudanais déplore l'incursion du politique dans le sport

Angola presse avec Reuters
13 février 2008

Offensive de l`armée soudanaise au Darfour

Agence France Presse
13 février 2008

N'Djamena présente, à la presse, une centaine de rebelles capturés

IRIN
édition française
13 février 2008

« La situation au Darfour est hors de contrôle »

 

Libération
13 février 2008

Le Darfour paye le prix de la guerre Soudan-Tchad

Le Monde
éditorial
13 février 2008

Tchad : silence à Paris

Le Monde avec l'AFP
13 février 2008

Darfour: pression sur Pékin des lauréats du Nobel de la paix

Le Monde
13 février 2008

Paris embarrassé par les arrestations d'opposants tchadiens au régime d'Idriss Déby

Le Monde avec Reuters
12 février 2008

Les rebelles tchadiens dénoncent la force européenne

Le Monde
12 février 2008

Afflux de réfugiés au Tchad après une offensive soudanaise au Darfour

La Croix
12 février 2008

Le Soudan reste mobilisé au Darfour et contre le Tchad

Jeune Afrique
11 février 2008

Les rebelles demandent aux pays européens de se retirer de l'Eufor

Radio France Internationale
11 février 2008

Deux conflits imbriqués

Paris Match
10 février 2008

Le président tchadien a pris lui-même la tête de ses troupes pour repousser les rebelles

La Croix
11 février 2008

L'appui militaire français au Tchad provoque une controverse

La Croix
11 février 2008

Les populations civiles fuient toujours le Darfour pour le Tchad

Xinhuanet
10 février 2008

Le Soudan et la MINUAD signent un accord sur le statut de la force  de maintien de la paix

Le Monde
10 février 2008

Le Soudan signe un accord sur le fonctionnement de la force "hybride" au Darfour

Jeune Afrique
février 2008

Au centre du Tchad, la rébellion reste une épine dans le pied des autorités

Le Figaro Magazine
9 février 2008

Forces françaises Alerte maximale à N'Djamena

Agence France Presse
8 février 2008

La situation au Darfour et les relations Tchad-Soudan alarment l'ONU

Agence France Presse
8 février 2008

Tchad: des voix s'élèvent contre des arrestations et des exécutions

Le Monde
8 février 2008

"La France a apporté une aide militaire indirecte mais décisive au régime de Déby"

Reuters
8 février 2008

L'armée soudanaise attaque trois villes au Darfour

Le Monde
8 février 2008

Tchad : Paris avait décidé de ne pas intervenir

Marchés tropicaux
8 février 2008

Le Soudan, suspect numéro un

Le Monde
7 février 2008

Le ministre de la défense français apporte un message de soutien au président Déby

Le Monde
7 février 2008

A N'Djamena, les combats se sont arrêtés mais l'incertitude persiste

Le Figaro
7 février 2008

Tchad : vers un déploiement rapide de l'Eufor

Le Monde
7 février 2008

Idris Déby estime que « la France a tenu ses engagements »

Le Figaro
6 février 2008

Tchad: nouvelle attitude de la France en Afrique

Le Figaro
6 février 2008

Paris a volé au secours de la victoire d'Idriss Déby

Le Figaro
6 février 2008

N'Djamena panse ses plaies et craint de nouveaux assauts

Le Monde
6 février 2008

Des opposants politiques auraient été arrêtés

Le Point
7 février 2008

La France piégée

Le Monde
6 février 2008

La France obtient le soutien de l'ONU pour le Tchad

Le Monde
5 février 2008

Tchad : Paris met en garde les rebelles

Le Monde
5 février 2008

L'armée d'Idriss Déby a résisté à l'offensive rebelle sur N'Djamena

Le Figaro
5 février 2008

L'ONU condamne les attaques des rebelles tchadiens

La Croix
4 février 2008

Les rebelles tchadiens sont aux portes du pouvoir

La Croix
4 février 2008

L'inquiétude monte parmi les réfugiés soudanais de l'est du Tchad

Nations Unies
New York
4 février 2008

Abeyi reste un défi majeur pour les parties à l'Accord global de paix

Le Figaro
4 février 2008

Tchad : l'ONU va tenir une réunion d'urgence

Le Monde
3 février 2008

Le Tchad déstabilisé

Le Monde
3 février 2008

L'offensive des rebelles du Tchad embarrasse la France

Libération
2 février 2008

Idriss Déby menacé par les rebelles

Jeune Afrique
2 février 2008

La France évacue ses ressortissants au Tchad

Le Figaro
2 février 2008

L'offensive rebelle au Tchad fait vaciller Déby

Le Monde
2 février 2008

Paris soutient une solution négociée au Tchad alors que le régime est en situation critique

Le Monde
2 février 2008

Lancés à l'assaut de N'Djaména, des rebelles menacent le pouvoir du président Idriss Déby

France Info
1 er février 2008

L'Europe laisse la France seule au Tchad

Le Figaro
1 er février 2008

Les rebelles tchadiens passent à l'offensive


 

Les Jeux olympiques en Chine, une chance à saisir…

 

Le Figaro, 28 février 2008

 

Par Rama Yade et Bernard Laporte, respectivement secrétaire d'État chargée des Droits de l'homme et secrétaire d'État aux Sports.

 

Pékin, 8 août 2008 : l'empire du Milieu sera le centre du monde. Le cœur d'un quart de l'humanité sera relié à celui du reste de la planète. Ces cœurs battront ensemble au rythme des exploits sportifs. Battront-ils pour autant avec la même ivresse pour les valeurs de l'olympisme ?

Au-delà d'une réussite attendue, celle des records dépassés, des audiences battues, des médailles récoltées, la Chine est attendue aussi sur le terrain de l'idéal olympique.

Les interrogations dont la presse française et internationale se fait l'écho sont légitimes. Et deux questions lancinantes restent en filigrane : le boycott des Jeux olympiques de Pékin serait-il la meilleure façon de faire avancer la situation des droits de l'homme ? Y aller reviendrait-il à cautionner des pratiques jugées inacceptables au regard des droits de l'homme qui sont universels ?

Interrogeons l'Histoire : le boycott des Jeux olympiques de Moscou en 1980, par une cinquantaine de pays dont les États-Unis, a-t-il permis la chute du mur de Berlin ? A-t-il conduit à inverser la situation des droits de l'homme sur le terrain ? Assurément non ! Le constat est triste, mais il est là : ce boycott a fourni un prétexte facile au régime soviétique pour justifier, dans un dernier sursaut voué à l'échec, des répressions accrues, et fouler aux pieds les valeurs de la démocratie. Au fond, le boycott ne conduirait-il pas à l'inverse de l'objectif recherché : raidissement plutôt qu'assouplissement, fermeture plutôt qu'ouverture, éloignement plutôt que rapprochement avec l'Occident et les valeurs universelles que nous voulons partager avec la Chine ?

Alors disons-le une fois pour toutes. Pour la France, comme pour d'autres, le boycott n'est pas une option.

Prenons la Chine au mot.

La Chine est en train de devenir ce que préconisait le général de Gaulle « une grande réalité politique, économique ». Géant de la scène internationale, une dimension que personne ne lui conteste, il lui reste à donner du sens à une puissance économique de plus en plus évidente. La modernisation passe aussi par le plein respect des droits de l'homme. Des progrès importants ont été réalisés ces dernières décennies, essentiellement en matière de droits économiques et sociaux. Mais des insuffisances flagrantes demeurent en matière de droits civils et politiques, de respect de la liberté d'expression.

Ce qui est attendu de la Chine, de la part de la communauté internationale comme de sa population, ce sont des pas concrets et significatifs. Nul n'ignore que la responsabilité est l'autre versant de la puissance. De ce point de vue, nous pensons que la période de préparation des Jeux olympiques de Pékin 2008, et les Jeux eux-mêmes, offrent une occasion unique, un tremplin pour enraciner plus profondément en Chine l'État de droit et les libertés fondamentales.

On peut former l'espoir que les JO de Pékin puissent permettre une de ces conquêtes en faveur des droits de l'homme.

Les domaines dans lesquels la Chine pourrait répondre à nos appels sont connus. Le président de la République, Nicolas Sarkozy, s'est clairement exprimé à ce sujet à l'occasion de son déplacement à Pékin : la ratification du pacte des Nations unies sur les droits civils et politiques, un moratoire sur les exécutions ou à tout le moins, dans une première étape, la réduction des crimes passibles de la peine capitale ; des avancées en matière de liberté d'expression. La France continuera, inlassablement, son engagement après août 2008, dans le cadre d'un dialogue amical et franc, qui prend pleinement appui sur la relation privilégiée entre nos deux pays.

Il faut tendre la main à la Chine, mais sans fermer les yeux. Demeurons vigilants et exigeants, tout en maintenant un climat de confiance propice au dialogue et aux avancées.

Le président de la République a souligné à Pékin tout le chemin parcouru par la Chine : « La Chine se transforme et la transformation de la Chine, c'est la transformation du monde. » C'est dire toute la responsabilité de la Chine, tout l'enjeu de sa mutation, y compris dans le domaine, essentiel, des droits de l'homme. Nous espérons qu'au soir du 24 août 2008, ce grand pays aura été à la hauteur de ses responsabilités.* Respectivement secrétaire d'État chargée des Droits de l'homme et secrétaire d'État aux Sports Par Rama Yade et Bernard Laporte

 

Février 2008

 

Paris réduit le déploiement de son armée en Afrique

 

Le Figaro, 28 février 2008 par Arnaud de La Grange

 

Le chef de l'État français doit annoncer jeudi au Cap que le nombre de soldats et de bases militaires devrait baisser et que les accords de défense seront revus.

S'il y a un sujet diplomatico-stratégique auquel une politique de rupture devait s'attaquer, c'est bien celui des relations entre la France et l'Afrique. Le candidat Nicolas Sarkozy s'y était engagé durant la campagne, mais le mouvement n'était jusque-là guère perceptible. Le président va saisir l'occasion de sa visite en Afrique du Sud, aujourd'hui, pour annoncer une refonte du dispositif militaire français sur le continent noir.

Le premier volet concerne la relation politique entre Paris et les capitales de l'ancien pré carré. Le chef de l'État devrait annoncer une remise à plat des accords de défense et de coopération militaire. Avec comme mot clé plus de «transparence». Les diplomates devraient ainsi nettoyer les fameuses «clauses secrètes» de ces accords, non publiées officiellement, mais à la source de bien des aventures expéditionnaires françaises.

Le second volet touche à la carte militaire française en Afrique. Quelque 9 000 hommes y sont déployés. Quelles bases va-t-on fermer ou garder ? Certaines causes paraissent acquises, d'autres sont plus incertaines. Paris dispose de trois bases permanentes : Djibouti, le Sénégal et le Gabon. Les deux autres implantations le Tchad et la Côte d'Ivoire ont des statuts plus volatils, relevant de l'opération extérieure. «Djibouti à l'Est, le Tchad au Centre, mais trois implantations à l'Ouest, c'est donc là que des choix devraient être faits», confie une source militaire.

Côté «retraits» purs et simples, l'affaire de la Côte d'Ivoire semble entendue. Il vient d'ailleurs d'être décidé de changer le statut de nos forces présentes à Abidjan : elles passent d'implantation permanente (le 43e Bima, bataillon d'infanterie de marine, créé en 1978) à celui d'«opération d'extérieure» (Opex). Il sera ainsi facile de rapatrier les soldats quand on estimera l'incendie ivoirien bien éteint.

Abidjan bientôt fermée, Djibouti allégée

Le Tchad est un cas particulier. L'opération «Epervier», mise en place en 1986 pour protéger le pays des appétits libyens, est un «dispositif provisoire» qui dure, pour le moins… En France, le tropisme tchadien est encore fort. Les militaires vantent les qualités de «porte-avions terrestre» au cœur du continent, les diplomates voient encore dans le Tchad le «verrou de l'Afrique». Mais Nicolas Sarkozy pourrait décider de réduire la voilure, une fois la situation stabilisée, notamment avec le déploiement de la force européenne (Eufor).

Côté bases, Djibouti devrait être conservée. Mais le nombre de soldats y serait réduit, certains de ses effectifs étant d'ailleurs réaffectés sur la future base d'Abu Dhabi. Va-t-on choisir entre le Gabon et le Sénégal ? Les deux bases ont des qualités stratégiques différentes. Avec le retrait d'Abidjan, Dakar reste la seule porte d'entrée maritime digne ce nom pour la France. L'implantation «marine» pourrait être conservée, la composante terrestre diminuant. De plus, le Sénégal est bien placé à la lisière de la zone sahélienne et de ses sanctuaires islamistes. Le Gabon, lui, est la plaque tournante, aérienne notamment, de toutes les opérations françaises en Afrique, d'où viennent les troupes qui encaissent les premiers chocs et où atterrissent les avions qui transportent les soldats ou évacuent les ressortissants. Cette capacité pourrait être conservée.

La fermeture de bases n'est pas la seule option disponible. «L'idée est de diminuer le nombre d'hommes en Afrique d'une manière générale, poursuit la même source, avec deux solutions palliatives : réaffecter de plus en plus nos hommes, moins nombreux, à la formation des armées africaines, pour, à terme, passer le relais, et prépositionner des équipements et installations pour des troupes d'intervention venues de métropole en cas de coup dur.»

 

Février 2008

Les arrivées de réfugiés continuent depuis le Darfour-Ouest au Tchad

 

Nations Unies, Communiqué de presse, 28 février 2008

 

Selon le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés ( UNHCR ), quelque 3.000 personnes fuyant la région de Djebel Moon, dans l'ouest du Darfour, sont arrivées la semaine dernière dans la zone de Birak dans l'est du Tchad, portant à plus de 13.000 le nombre de Soudanais dans la région.

« Hier, les employés de l'UNHCR, présents dans la zone de Kulbus, ont vu de la fumée noire au-dessus d'un village en feu et des hommes armés se déplaçant à cheval dans cette zone », a déclaré aujourd'hui le porte-parole Ron Redmond, selon un communiqué publié aujourd'hui à Genève.

Une mission de l'agence prévue pour se rendre à Birak a été annulée hier en raison d'affrontements interethniques dans cette même région.

A l'insécurité qui règne dans la région frontalière avec le Soudan, s'ajoute le problème de l'eau, qualifié de « majeur » par le HCR.

L'agence attend toujours l'accord du gouvernement tchadien pour transférer les réfugiés vers des camps existants à l'intérieur du pays, notamment les douze qui accueillent actuellement 240.000 personnes déracinées par le conflit au Darfour.

Par ailleurs, Ameerah Haq, la Représentante spéciale adjointe pour le Soudan, a voyagé au Darfour-Ouest cette semaine pour y évaluer la situation humanitaire, a annoncé aujourd'hui la porte-parole du Secrétaire général lors du point de presse.

La mission qui s'est rendue hier à Sileah a trouvé la ville quasiment déserte, alors que s'y trouvent en temps normal quelque 20.000 habitants. Seules 300 personnes qui ne pouvaient fuir y sont restées après l'attaque par des milices le 8 février dernier.

« C'est une scène de confusion totale que celle qui règne dans la clinique locale », a rapporté la mission, car elle a été apparemment « entièrement pillée ».

 

Février 2008

 

Déby concède une commission d'enquête

 

Ouest France par Joseph Limagne à N'Djamena, 28 février 2008

 

En route pour l'Afrique du Sud, où il entame aujourd'hui une visite d'État, Nicolas Sarkozy a fait, hier, une brève escale au Tchad. Il était accompagné de son épouse, Carla Bruni-Sarkozy, toute vêtue de noir, dont c'était la première sortie internationale depuis leur mariage, le 2 février. Le chef de l'État s'était déjà rendu à N'Djaména le 4 novembre, pour aller chercher trois journalistes français et quatre hôtesses de l'air espagnoles, arrêtés puis libérés à l'issue de l'aventure de l'Arche de Zoé.

Jusqu'au dernier moment, le président de la République s'est interrogé sur l'opportunité de maintenir, cette fois-ci, l'étape tchadienne. Il ne voulait pas donner l'impression de soutenir sans réserve un président Idriss Déby, qui n'est pas un modèle de vertu démocratique, mais dont il rappelle qu'il est « légitime ». À la veille du voyage, deux des trois opposants disparus pendant les journées troubles qui ont marqué, début février, l'attaque des rebelles venus du Soudan, manquaient toujours. Seul l'ancien chef de l'État, Lol Mahamat Choua, avait été « retrouvé » et assigné à résidence. Le président français a demandé et obtenu qu'il soit libre de ses mouvements.

Pendant le très long entretien entre les deux chefs d'État, Mme Bruni-Sarkozi a rencontré, à l'ambassade de France, l'épouse d'un des disparus, Ibni Oumar Mahamat Saleh, qui sera reçue aujourd'hui par le président Déby.

Nicolas Sarkozy a obtenu de ce dernier la mise en place d'une commission d'enquête internationale pour faire la lumière sur le sort des deux opposants, qui inspire une vive inquiétude. Estimant que la France est « la mieux à même de faire bouger les lignes » , le chef de l'Etat a insisté aussi sur la relance du dialogue entre Tchadiens. Il s'agit de remettre sur les rails le processus engagé par l'accord du 13 août dernier, entre le pouvoir et l'opposition, en vue d'aboutir à des élections démocratiques en 2009. Nicolas Sarkozy a proposé une médiation entre le Tchad et le Soudan, à laquelle participeraient, notamment, la Libye, le Congo, l'Union européenne, la Francophonie.Il s'est dit « très heureux » de l'attitude du commissaire européen au développement, Louis Michel, qui l'accompagnait, jugeant « très nouveau » que la France et la Commission européenne « parlent d'une seule voix. » En définitive, a-t-il conclu, « je ne regrette pas ma venue » .

 

Février 2008

 

Tchad: la force européenne se déploie

 

Libération, 27 février 2008

 

"Les choses avancent" assure-t-on à l'état-major de l'Eufor, la force européenne pour le Tchad et la Centrafrique. Son déploiement a été retardé d'une quinzaine de jours à cause des récents évènements au Tchad.

600 hommes sont déjà déployés, dont environ 400 dans l'est du pays. Il s'agit des "forces d'entrée en premier" ( photo ci-contre ), c'est-à-dire, pour l'essentiel, de forces spéciales et de logisticiens. Cinq pays sont déjà présents: la France, l'Autriche, l'Irlande, la Belgique et la Suède. Les Italiens déploient par ailleurs leur hôpital de campagne.

Les premiers gros bataillons doivent arriver la semaine prochaine, avec le RICM pour la France. Au total, l'Eufor sera une force de 3700 hommes, dont 2100 français. Selon l'état-major, la "capacité opérationnelle initiale" sera atteinte à la mi-mars. En revanche, il faudra attendre le mois de juin pour atteindre "la capacité opérationnelle totale", à cause des difficultés logistiques . A condition, évidemment, que la situation militaire ne se dégrade pas une nouvelle fois.

Il faudra donc six mois à l'UE - qui a décidé d'engager l'Eufor le 11 janvier - pour envoyer l'équivalent d'une demi-brigade au plein coeur de l'Afrique.

Où sont les rebelles ?

Selon des sources militaires françaises, les rebelles qui ont été repoussés de N'Djaména sont toujours dans le sud-est du Tchad, à proximité des frontières avec le Soudan et la Centrafrique, mais ils seraient entrain de repasser au Soudan par petits groupes.

 

Février 2008

 

Conférence de presse d'Ahmad Allam-Mi, ministre des affaires étrangères du Tchad

 

Nations Unies Conférence de presse, 26 février 2008

 

Le Ministre tchadien des affaires étrangères, M. Ahmad Allam-Mi, a affirmé cet après-midi, au Siège des Nations Unies à New York, qu'« il ne peut pas y avoir de paix véritable au Tchad sans cohésion nationale ».  Il  a également assuré que le Gouvernement tchadien était prêt à respecter tous ses engagements dans le cadre des Accords de Syrte.

Le Ministre a confirmé, lors d'une conférence de presse, que son gouvernement négociait actuellement « avec des groupes de rebelles, dans le cadre de discussions secrètes ».  « La main reste tendue pour ceux qui veulent toujours rentrer dans le cadre des Accords de Syrte de réconciliation nationale », a-t-il dit, précisant que « des groupes étaient en train de saisir cette main tendue ».

M. Allam-Mi s'est adressé à la presse à l'issue de consultations informelles du Conseil de sécurité, devant lequel il a détaillé la situation qui régnait actuellement dans son pays.  Il a ainsi relaté « la dernière agression contre la capitale tchadienne, les questions de sécurité, de disparitions des personnalités politiques de l'opposition, de l'ouverture du dialogue politique, de l'avenir du pays et de la normalisation des relations avec le Soudan ».

Le chef de la diplomatie tchadienne a ainsi indiqué être venu à l'ONU « remercier la communauté internationale pour avoir condamné l'agression » du Soudan qui a cherché, a-t-il ajouté, à « renverser les institutions légitimes » du Tchad.  « J'ai assuré la communauté internationale de notre volonté de normaliser nos relations avec le Soudan, encore faut-il que le Soudan le veuille bien », a-t-il souligné.

M. Allam-Mi a également tenu à préciser que « la France n'a pas combattu directement » lors des derniers affrontements.  « La France a respecté ses engagements dans le cadre des accords de coopération qui la lient au Tchad, en appuyant les autorités légitimes du pays en matière de renseignement aérien sur les mouvements des agresseurs, en fournissant du matériel militaire, en accordant de la logistique et des soins aux blessés », a-t-il expliqué.

Selon le Ministre, « les Soudanais ont créé une rébellion intérieure de longue date, depuis 2003, pour combattre leur propre rébellion ».  « C'est ainsi que l'on transforme une guerre locale en une guerre sous-régionale », a-t-il affirmé.

Par ailleurs, M. Allam-Mi a estimé que le régime tchadien faisait « face à un lynchage médiatique depuis la fin des combats à N'Djamena sur l'affaire des personnalités qui auraient été arrêtées par les forces régulières ».  « Il n'y a pas de volonté politique du Gouvernement tchadien d'arrêter qui que ce soit », a-t-il insisté.  « Il n'y a pas de chasse aux sorcières. »

Le Ministre a ainsi indiqué que l'ancien Président tchadien, M. Lol Mahamat Chou, qui préside le Comité de suivi de la mise en œuvre de l'Accord du 13 août 2007, avait été placé en résidence surveillée chez lui.  S'agissant de M. Ngarlejy Yorongar, qui n'est pas réapparu, des renseignements communiqués par sa propre soeur et son chauffeur soulignent qu'il est vivant et se cache et qu'il s'exprimera probablement demain pour raconter les circonstances de son arrestation, a-t-il dit.  Ces deux figures de l'opposition « bénéficieront de la présomption d'innocence et de tous leurs droits » s'ils devaient être inculpés pour « un quelconque complot avec les assaillants », a-t-il également déclaré.  Enfin, il a ajouté que les autorités étaient sans nouvelles de M.  Ibni Oumar Mahamat Saleh, qui « compte parmi les personnalités disparues ».

M. Allam-Mi a ajouté qu'« une Commission nationale ouverte à la communauté internationale » a été mise sur pied afin de « faire la lumière sur tous les cas de violation des droits de l'homme au Tchad, sur toutes les disparitions ». 

Le Ministre tchadien a également souhaité un déploiement rapide de la Force de l'Union européenne dans l'est du pays afin de « neutraliser les camps de réfugiés et peut-être dissuader le Soudan de ne pas envoyer de colonnes à partir du Darfour pour nous déstabiliser ».  « Après des atermoiements de certains États Membres et des hésitations, l'EUFOR est déjà lancée », a-t-il souligné, rappelant que la Force pourrait être opérationnelle « à partir de début mars ».

« Nous aurions voulu que la communauté internationale fasse beaucoup plus pression sur le Soudan et que la MINUAD vienne très vite au Darfour pour sécuriser la province », a-t-il poursuivi.  Car, de l'avis du Ministre, « le Soudan, en encourageant les guerres du Darfour, cherche à faire un nettoyage ethnique qui ne dit pas son nom ».

Le Ministre des affaires étrangères a, de même, espéré que la Chine, « qui a un poids important au Soudan », fasse « pression sur le régime d'Omar el-Béchir » afin que celui-ci « cesse ses massacres au Darfour, accepte un règlement politique de la crise au Darfour et cesse son opération de déstabilisation du Tchad en envoyant des Tchadiens comme chair à canon pour une cause qui n'est pas la leur ».

Évoquant un « risque de désordre qui peut entraîner la déstabilisation de toute la sous-région », il a regretté également le fait que certains États comme la Fédération de Russie ou certains pays arabes « ménagent de trop le régime de Khartoum ».

 

Février 2008

 

Au Darfour, cinq ans après, les Occidentaux désemparés laissent l'initiative à la Chine

 

Le Figaro, 25 février 2008, par Pierre Prier

 

L'analyse de Pierre Prier (°)

 

Le conflit du Darfour entre, demain, dans sa sixième année, sans qu'une solution ne soit en vue. Il risque maintenant d'entraîner le Tchad dans le chaos. Ce conflit du XXI ème siècle, trop souvent simplifié au gré des visions militantes, risque d'obliger la communauté internationale à changer bien des habitudes en Afrique.

L'ONU et les grandes ONG y ont lancé la plus grosse opération humanitaire au monde : 570 millions d'euros de budget pour 2008. Parallèlement, la guerre du Darfour est en train de mobiliser la plus importante force d'interposition actuelle, la première à rassembler l'ONU et l'Union africaine avec 26.000 hommes projetés. Sans parler de l'autre force militaire, l'Eufor, organisée par l'Union européenne, qui doit se déployer au Tchad, afin de protéger les réfugiés du Darfour et les civils tchadiens.

Toutes ces opérations affrontent des difficultés plus ou moins graves. Leur échec pourrait avoir des conséquences catastrophiques pour le concept même de maintien de la paix, entraînant une méfiance durable à l'égard de ce type d'entreprise. La communauté internationale en porterait la responsabilité. Les deux tiers des effectifs manquent toujours, ainsi que des hélicoptères. La force en a besoin de vingt-quatre, d'attaques ou de transport. Ils sont indispensables pour agir contre les forces mobiles et rapides dans un territoire vaste comme la France. Hier, on en était à cinq, promis par l'Ethiopie. Aucune grande puissance militaire occidentale ne veut engager des appareils coûteux à entretenir, spécialement dans la chaleur et la poussière. Les Occidentaux, engagés sur d'autres fronts, ne fourniront pas non plus d'hommes, comptant une fois de plus sur les sources traditionnelles des Casques bleus, Egypte, Pakistan, Népal, etc…

Le gouvernement soudanais, qui par ailleurs multiplie les tracasseries administratives, se frotte les mains. Pour bien montrer l'idée qu'il se fait du pouvoir des Nations Unies et des Casques Bleus, qu'il a acceptés du bout des lèvres, le Soudan a déclenché ces derniers jours une nouvelle offensive dans la province. Les derniers bombardements aériens en date ont eu lieu hier.

Le gouvernement de Khartoum marque ainsi sa volonté de survie dans sa forme actuelle : un pouvoir principalement tenu par un groupe ethnico-politique d'Arabes du centre, se nommant eux-mêmes les « Fils du Pays » et leurs affidés. Comme d'habitude de nombreux civils figurent parmi les victimes. Ils appartiennent aux groupes ethniques dont sont issus les rebelles. Mais les tueurs ne sont pas toujours du côté du gouvernement. Les mouvements rebelles, fractionnés en une multitude de factions dont certaines ont fait allégeance à Khartoum, se battent périodiquement entre eux, sans égard pour les populations.

Lourde tâche pour la « force hybride » ONU-UA, à supposer qu'elle parvienne à se mettre en place. C'est là qu'intervient la Chine. Demain, justement, M. Liu doit visiter le Darfour. Liu Guijin est l'envoyé spécial de Pékin chargé de la gestion de la crise. Le soutien militaire et diplomatique de la Chine au Soudan, où elle a des intérêts pétroliers, n'est plus à démontrer. M. Liu a voulu témoigner de bonne volonté : hier, il a exhorté le gouvernement à «  plus de souplesse  » et les rebelles à «  retourner à la table des négociations  ». La Chine veut «  donner un coup de main pour une solution globale  », assure M. Liu. L'envoyé de Pékin, aimerait bien en contrepartie que la «  la couverture médiatique soit équilibrée  ». C'est-à-dire plus favorable à la version gouvernementale du conflit.

Ni la date, ni le moment choisis ne sont dus au hasard. Pékin a saisi une fenêtre favorable pour se poser en arbitre indispensable dans la grande crise de l'Afrique de l'Est. Ses ambassadeurs sur le continent n'en font pas mystère : il faut désormais compter avec une nouvelle puissance en Afrique. Une puissance qui agit, comme les autres, selon ses intérêts. Et qui a pris la mesure du rapport de forces. On devine que, selon Pékin, il ne penche pas en faveur de ceux qui accusent le gouvernement de Khartoum, Etats-Unis en tête.

L'incapacité de l'ONU à mettre sa force en place ne donne pas tort à M. Liu. Ce dernier laisse entendre, avec impavidité, que les obstacles ajoutés par Khartoum au maigre déploiement des troupes africano-onusiennes ne viennent que de « problèmes techniques  », qu'il «  ne faut pas politiser  ». Pékin se chargera sûrement d'apporter une solution « technique » elle aussi. Ce qui lui permettrait de se poser en parrain de cette force d'interposition mal née et orpheline. Dans ce cas, on n'aurait pas fini de mesurer les conséquences de cette adoption. La Chine, par exemple, étendrait-elle sa bonne volonté jusqu'à restreindre les rebelles tchadiens basés au Soudan, qui ont attaqué le Tchad sans succès il y a un mois, et menacent de revenir ?

 

Février 2008

 

La Chine se dit prête à aider à mettre fin au conflit au Darfour

 

Agence France Presse, Khartoum, 24 février 2008

 

L'envoyé spécial de la Chine au Soudan, Liu Guijin, a affirmé dimanche que son pays était prêt à aider à mettre fin au conflit au Darfour, avec en toile de fond les critiques internationales croissantes envers Pékin pour son soutien au régime de Khartoum.

M. Liu se trouve dans la capitale soudanaise pour des entretiens de haut niveau, alors que l'ONU a exprimé son inquiétude après avoir reçu des informations sur de nouvelles violences au Darfour, région de l'ouest du Soudan en guerre civile.

"La Chine est prête à coopérer avec le gouvernement du Soudan, l'ONU, l'Union africaine, les pays de la région et tous les autres acteurs" pour tenter de mettre fin au conflit, a-t-il affirmé à la presse.

"Du côté du gouvernement chinois, nous sommes prêts à donner un coup de main", a-t-il ajouté lors d'une conférence de presse conjointe avec le ministre soudanais des Affaires étrangères, Deng Alor Kuol.

Liu Guijin a estimé qu'il était important de ne pas "politiser" les "problèmes techniques" entravant le déploiement de la mission de paix hybride ONU-UA au Darfour (Minuad).

D'après lui, des progrès ont été enregistrés dans le déploiement de cette force actuellement en sous-effectif.

"Le gouvernement et le peuple chinois sont prêts à faire (leur) propre contribution positive et constructive pour une solution au problème du Darfour", a-t-il dit, appelant à un "effort global" et une couverture médiatique équilibrée.

M. Liu a l'intention de se rendre au Darfour mardi, date considérée par la plupart des experts comme marquant le cinquième anniversaire du conflit.

Rodolphe Adada, le chef de la Minuad, et Ameerah Haq, la coordinatrice humanitaire de l'ONU au Soudan, ont signé un communiqué conjoint dans lequel ils expriment leur inquiétude après de nouveaux bombardements au Darfour dimanche.

"La Minuad a reçu des informations ce matin sur des bombardements aériens dans la zone de Jebel Moon, dans l'ouest du Darfour. Nous sommes extrêmement inquiets pour la sécurité des milliers de civils présents dans cette zone", ont affirmé les deux responsables de l'ONU.

"Il est impératif que les civils soient tenus à l'écart des violences et pour cela, tout combat doit cesser immédiatement. Les risques à ce stade pour les civils sont élevés, de manière inacceptable", ont-ils ajouté.

Le chef de la diplomatie soudanaise a pour sa part affirmé aux journalistes que Khartoum ne voulait pas que la Chine pâtisse de ses liens étroits avec le Soudan.

"La Chine n'est pas directement impliquée dans ce qui se passe au Darfour", a affirmé M. Alor, disant en outre que le Soudan travaillait à améliorer ses relations avec l'Occident.

La Chine est un partenaire économique majeur du Soudan, qui lui achète des armes et lui vend du pétrole. Ses liens avec Khartoum sont perçus comme un frein aux efforts internationaux pour faire pression sur le gouvernement soudanais au sujet du Darfour.

Le Darfour est ravagé depuis cinq ans par un conflit qui a fait près de 200.000 morts, selon des organisations internationales, et plus de 2 millions de déplacés. Khartoum conteste ce bilan et chiffre le nombre des victimes à 9.000.

 

Février 2008

Signature d'un cessez-le-feu permanent en Ouganda

 

Le Point 23 février 2008, Version française Philippe Bas-Rabérin

 

Le gouvernement de l'Ouganda et les rebelles de l'Armée de résistance du Seigneur (LRA) ont signé un cessez-le-feu marquant un nouveau pas vers un accord de paix global qui, selon des médiateurs, pourrait intervenir dès la semaine prochaine.

"On dépose les armes, c'est la fin de la guerre", a déclaré samedi l'émissaire de l'Onu Joachim Chissano après la signature de ce "cessez-le-feu permanent" à Juba, la capitale du Sud-Soudan où se tiennent des négociations visant à mettre un terme à deux décennies d'hostilités.

Alors que seul reste à conclure un accord de démobilisation, négociateurs et médiateurs jugent un règlement final à portée de main dans les jours qui viennent.

D'abord laborieux, le processus entamé au milieu de l'année 2006 a connu ces derniers jours des progrès rapides qui ont d'autant plus surpris les observateurs que la délégation de la LRA s'était retirée des discussions jeudi dernier, faute d'avoir obtenu des promesses de fonds et de postes ministériels.

L'insurrection engagée par la LRA en 1986 contre le président Yoweri Museveni a ravagé le nord de l'Ouganda, faisant des dizaines de milliers de morts et déracinant près de deux millions d'habitants. Le mouvement s'est acquis une réputation d'infamie par des pratiques brutales comme les mutilations.

La cérémonie de signature s'est déroulée samedi sous la supervision du vice-président soudanais Riek Machar, médiateur principal. Les délégués de la LRA et du gouvernement se sont donné l'accolade et ont tambouriné de joie sur les tables tandis que des cris et des sifflements résonnaient dans la salle.

 

Zone tampon

 

"Les parties annoncent et observeront un cessez-le-feu permanent appelé à entrer en vigueur 24 heures après la signature de l'accord de paix final", a dit Machar.

Le document signé samedi interdit à la LRA tout recrutement ou réarmement ainsi que tout mouvement au-delà d'une zone de rassemblement au Sud-Soudan.

Le cessez-le-feu, qui formalise une cessation des hostilités convenue en août 2006, crée une zone tampon de 10 km de profondeur autour de la zone de regroupement au Sud-Soudan.

Reste à mettre au point un accord sur les modalités de démobilisation et de désarmement des rebelles, ce que les négociateurs présentent comme une simple formalité.

Chissano, ancien président du Mozambique, a engagé les deux parties à ne pas trébucher dans la dernière ligne droite: "Ne nous laissons pas griser par la joie. Nous devons discerner clairement un moyen de réaliser la paix."

Le sort du chef mystique de la LRA, Joseph Kony, demeure incertain. Bien qu'il soit recherché par la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye, les deux parties sont convenues cette semaine que les crimes graves commis durant la guerre seraient jugés dans le pays.

Des analystes estiment que le processus a pu évoluer de façon aussi rapide parce que Kony, assuré de ne pas être poursuivi à l'étranger, en a sans doute facilité le déroulement.

Vendredi, les parties avaient signé un autre accord par lequel Kampala s'engage à donner au Nord ougandais une meilleure représentation dans l'administration et les forces armées.

Bien que l'ethnie Acholi ait subi le gros des atrocités perpétrées durant le conflit par la LRA, le mouvement rebelle s'était posé en défenseur des Nord-Ougandais marginalisés et opprimés selon lui par Museveni.

L'observateur italien Vittorio Scelzo, qui suit de près les pourparlers ougandais, a déclaré que la démobilisation et le désarmement avaient été bien préparés et feraient rapidement l'objet d'un accord.

 

Février 2008

 

 

La Suisse envisage de sanctionner le Tchad après l'utilisation d'un avion d'entraînement de fabrication helvétique

 

Xinhuanet, 23 février 2008

 

Le gouvernement suisse envisage  de sanctionner le Tchad après l'utilisation d'un avion d'entraînement Pilatus PC-9 armé, a annoncé vendredi le  département fédéral de l'économie suisse (DFE). 

Le Conseil fédéral suisse a chargé mercredi les Départements  fédéraux de l'économie et des affaires étrangères d'étudier  d'éventuelles sanctions contre le Tchad et d'examiner la possibilité d'adapter les critères d'autorisation pour  l'exportation d'avions d'entraînement militaire.  

Des éléments concrets sont venus confirmer que le Tchad a  utilisé l'avion d'entraînement PC-9 importé de la Suisse à des  fins militaires et, ce faisant, a contrevenu à la déclaration de destination finale. 

Selon le DFE, le 17 janvier 2008, le secrétariat d'état de  l'économie suisse (SECO) a informé qu'un avion d'entraînement  Pilatus du type PC-9 livré au Tchad a été équipé du système d'accrochage nécessaire à son armement et que l'appareil a probablement été armé. Par ailleurs, divers indices donnent à  penser que l'appareil incriminé a été régulièrement impliqué dans  des combats livrés le long de la frontière entre le Tchad et le  Soudan. 

 

 Février 2008

Ouganda: accord de cessez-le-feu

 

B-B-C- Kampala par Thomas Fessy , 23 février 2008

 

Le cessez-le-feu, signé samedi à Juba, dans le sud du Soudan, entrera en vigueur dès que l'accord global de paix sera conclu.

Il remplacera alors les accords précédents de cessation des hostilités que le gouvernement et les rebelles ont renouvelés tout au long des pourparlers de paix.

Ces pourparlers ont rétabli la sécurité dans la partie nord de l'Ouganda depuis maintenant un an et demi.

La signature de l'accord de paix final pourrait bien se faire dans les jours qui viennent.

Cette semaine, en effet, les discussions ont vraiment accéléré avec des accords conclus notamment sur les questions de justice, d'accès à des postes politiques ou encore pour les populations du nord du pays au travail de manière égale à celui des autres habitants.

Un pas de plus est donc franchi avec ce cessez-le-feu, il ne reste plus qu'aux deux parties à s'entendre sur le programme de désarmement, de démobilisation et de réintégration.

Une fois le consensus établi sur ce dernier point, gouvernement et rebelles seront fin prêt pour la signature de l'accord de paix.

Ce sera alors intéressant de voir si le chef de file de la LRA, Joseph Kony, sortira de la jungle où il se trouve en ce moment.

Il est, comme deux autres responsables de la rébellion, sous le coup d'un mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale pour crimes contre l'humanité et crimes de guerre.

Mais maintenant que le gouvernement et l'Armée de résistance du Seigneur se sont entendu sur l'établissement d'un tribunal pour juger les crimes de guerre en Ouganda, Kampala espère obtenir de la CPI qu'elle retire ces mandats d'arrêts.

 

Février 2008

 

L'Ouganda signe un accord avec les rebelles en vue d'un cessez-le-feu

 

Agence France Presse, Kampala, 23 février 2008

 

Le gouvernement ougandais et les rebelles de l'Armée de Résistance du Seigneur (LRA) ont signé samedi à Juba (Sud-Soudan) un accord en vue d'un cessez-le-feu permanent, marquant ainsi une étape importante visant à mettre fin à vingt ans de guerre civile, a annoncé un responsable.

"Nous avons signé un accord de cessez-le-feu permanent à 14H00 (11H00 GMT). C'est une nouvelle percée majeure" dans les pourparlers de paix, a déclaré à l'AFP le capitaine Chris Magezi, le porte-parole de la délégation du gouvernement ougandais.

"Cet accord est un important point de repère et un tournant. C'est la preuve de la détermination des deux parties à travailler rapidement à la signature de l'accord de paix final (Final Peace Agreement - FPA), a ajouté M. Magezi.

Ce cessez-le-feu prendra effet 24 heures après la signature d'un accord de paix définitif que les deux délégations espèrent conclure dans les jours qui viennent, selon la même source.

En effet, les deux parties doivent à présent conclure le dernier et cinquième volet de leurs pourparlers, qui traite de la question sensible du désarmement, de la démobilisation et de la réinsertion (DDR) des combattants de la LRA.

Ce dernier volet devrait être signé "cette semaine (à venir) si tout se passe selon le programme", ouvrant la voie à la signature d'un accord de paix global, a indiqué à l'AFP une source officielle ayant requis l'anonymat.

Un premier cessez-le-feu, qui a été violé à plusieurs reprises, avait mis fin en 2006 au conflit qui a éclaté en 1988 quand M. Kony a pris la tête d'une rébellion de l'ethnie Acholi dans le nord du pays.

Le conflit a fait des dizaines de milliers de morts et provoqué le déplacement de près de deux millions de personnes.

Vendredi, l'Ouganda et les rebelles de la LRA avaient annoncé avoir conclu à Juba un accord sur l'application d'un précédent traité établissant la liste des points devant être discutés lors des pourparlers de paix pour mettre fin au conflit.

Un peu plus tôt cette semaine, Kampala et le groupe rebelle avaient signé un protocole d'accord prévoyant la mise en place d'institutions de justice traditionnelle pour traiter les crimes de moindre importance de la LRA et d'un tribunal spécial pour juger les actes les plus graves.

Le chef de la LRA, Joseph Kony, et trois autres responsables de la rébellion font l'objet de mandats d'arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes contre l'humanité et crimes de guerre. Ils sont accusés d'avoir violé et mutilé des civils, enrôlé des enfants soldats et massacré des milliers de personnes au cours de deux décennies de rébellion.

L'organisation de défense des droits de l'homme Human Rights Watch (HRW) a immédiatement exprimé des réserves sur l'efficacité des tribunaux qui seraient créés aux termes du protocole.

De son côté, le procureur de la CPI a réaffirmé mercredi la validité de ces mandats d'arrêt.

"Le bureau du procureur n'est pas impliqué dans le processus de paix", selon un communiqué du procureur Luis Moreno Ocampo. "Les mandats d'arrêts contre des commandants de la LRA ont été lancés par la Cour et sont toujours en vigueur", a-t-on indiqué de même source.

Seuls des juges de la CPI peuvent décider de les abandonner, s'ils estiment que les tribunaux locaux sont capables et ont la volonté de juger ces chefs de la rébellion

 

Février 2008

 

 

La Suisse envisage de sanctionner le Tchad après l'utilisation d'un avion d'entraînement de fabrication helvétique

 

Xinhuanet, 23 février 2008

 

Le gouvernement suisse envisage  de sanctionner le Tchad après l'utilisation d'un avion d'entraînement Pilatus PC-9 armé, a annoncé vendredi le  département fédéral de l'économie suisse (DFE). 

Le Conseil fédéral suisse a chargé mercredi les Départements  fédéraux de l'économie et des affaires étrangères d'étudier  d'éventuelles sanctions contre le Tchad et d'examiner la possibilité d'adapter les critères d'autorisation pour  l'exportation d'avions d'entraînement militaire.  

Des éléments concrets sont venus confirmer que le Tchad a  utilisé l'avion d'entraînement PC-9 importé de la Suisse à des  fins militaires et, ce faisant, a contrevenu à la déclaration de destination finale. 

Selon le DFE, le 17 janvier 2008, le secrétariat d'état de  l'économie suisse (SECO) a informé qu'un avion d'entraînement  Pilatus du type PC-9 livré au Tchad a été équipé du système d'accrochage nécessaire à son armement et que l'appareil a probablement été armé. Par ailleurs, divers indices donnent à  penser que l'appareil incriminé a été régulièrement impliqué dans  des combats livrés le long de la frontière entre le Tchad et le  Soudan. 

 

Février 2008

 

Tchad: confusion autour du sort de l'opposant disparu Ngarlejy Yorongar

 

Agence France Presse, N'Djamena, 22 février 2008

 

Le sort de l'opposant tchadien Ngarlejy Yorongar restait incertain vendredi soir après des affirmations du pouvoir selon lesquelles il est "réapparu" dans son quartier de N'djamena, ce que dément formellement sa famille.

Signe de la confusion concernant le député fédéraliste ainsi que deux autres figures de l'opposition, le ministre français des Affaires étrangères français Bernard Kouchner attendait "confirmation" de l'apparition de M.Yorongar et il a indiqué que le Tchad devait faire "la lumière" sur les trois opposants avant une éventuelle visite du président français Nicolas Sarkozy, envisagée sur la route de l'Afrique du Sud.

"Personne n'a vu mon père. Qu'on arrête de nous torturer moralement. (Les autorités tchadiennes) s'amusent avec notre famille, avec le peuple tchadien, et se moquent de la communauté internationale", a déclaré à l'AFP le fils du M. Yorongar Rokoulmian Yorongar, installé en France depuis cinq ans.

Auparavant, les autorités tchadiennes avaient déclaré à plusieurs reprises qu'elles avaient "retrouvé" le député, une des trois grandes figures de l'opposition disparues depuis le 3 février à l'issue de l'échec de l'offensive de la rébellion sur la capitale.

En visite à Paris, le chef de la diplomatie tchadienne Ahmad Allam-Mi a d'abord annoncé au cours d'une conférence de presse à Paris que l'opposant avait été "retrouvé vivant". Plus tard, le ministre de l'Intérieur tchadien Ahmat Bachir a pris le relais à N'Djamena en déclarant que M. Yorongar avait "fait son apparition jeudi soir à son domicile de Moursal", où il avait été "reconnu par des témoins" de ce quartier de la capitale tchadienne.

"Toutes les personnalités censées portées disparues réapparaissent curieusement d'eux mêmes comme par hasard", a même ironisé le ministre.

"Moursal n'est pas plus grand que l'Ile de la Cité à Paris. Il est l'homme le plus connu là-bas. J'ai eu des coups de téléphone d'oncles, de parents, d'amis. Personne ne l'a vu", s'insurge le fils de l'opposant.

L'ancien chef de l'Etat, Lol Mahamet Choua, disparu dans les mêmes circonstances que Yorongar, a été arrêté et porté disparu pendant plusieurs jours avant que les autorités tchadiennes le retrouvent "vivant" le 14 février et reconnaissent qu'il est détenu.

"Lol Mahamat Choua a été retrouvé en flagrant délit avec les mercenaires et se trouve entre les mains de la police judiciaire pour le besoin de l'enquête", a assuré vendredi M. Allam-Mi.

Ces propos ont aussitôt été démentis par l'opposition. Cela "relève du fantasme et du mensonge politique le plus grossier", a réagi le Rassemblement pour la Démocratie et le Progrès (RDP) dans un communiqué reçu à Libreville.

Le sort du troisième opposant de renom disparu, le porte-parole de la principale coalition de l'opposition Ibni Oumar Mahamat Saleh n'est toujours pas connu.

 

Février 2008

 

Des processus de paix à l'épreuve du feu

Darfour, Tchad, Centrafrique

 

Centre de recherche pour la mondialisation, Montréal, Canada, 22 février 2008

par Xavier Zeebroek et Pamphile Sebahara et Federico Santopinto

 

Synthèse

 

Le conflit du Darfour (Ouest du Soudan) et ses conséquences au Tchad et en Centrafrique mettent à nouveau en évidence les hésitations et les limites des actions de la communauté internationale dans la gestion des crises.

Dans les trois pays, pas moins de six opérations de paix menées par quatre organisations internationales tentent de coordonner leurs actions.

Nulle part les conditions essentielles du retour à la paix ne semblent réunies. Et la communauté internationale – ONU en tête – se retrouve une nouvelle fois à « maintenir la paix dans des pays où il n'y a pas de paix ».

En déployant des missions inadaptées à la situation, l'ONU et l'UE font courir des risques énormes à tous ceux qu'elles envoient sur le terrain sans assurance de diminuer les souffrances des populations civiles.

Face à des grandes puissances qui privilégient leurs intérêts immédiats et cherchent à instrumentaliser les organisations internationales, n 'est-on pas en train d'assister à une démonstration de mauvaise gouvernance mondiale dans la région ?

 

1.- Le conflit du Darfour et ses conséquences régionales

 

Depuis 2003, l'aggravation du conflit opposant les groupes rebelles du Darfour à l'armée soudanaise et aux milices Janjawid soutenues par Khartoum a fait plus de 200.000 victimes civiles, directes et indirectes, et deux millions de déplacés et réfugiés au Tchad et en République centrafricaine. Le Darfour, territoire grand comme la France et situé à l'Ouest du Soudan compte près de 6 millions d'habitants composés de trois tribus principales : les Four (qui ont donné leur nom au Darfour), les Masalit et les Zaghawa . Les principaux mouvements rebelles qui se sont soulevés contre le gouvernement central en 2003 sont l'Armée de libération du Soudan (ALS) dirigée par Abdel Wahid Mohamed Ahmed Nur, Khamis Abdallah Abakar et Minni Arkoi Minawi et le Mouvement pour la justice et l'équité (MJE) dirigé par Khalil Ibrahim Mohamed. Ils revendiquent une meilleure répartition des ressources et des richesses du pays. Le conflit est essentiellement politique même si les principaux acteurs mobilisent les facteurs identitaires, notamment ethniques, pour recruter leurs combattants. Le conflit se nourrit aussi des trafics d'armes et de l'instabilité générale qui règne dans cette région à cheval entre trois pays, le Tchad, la République centrafricaine et le Soudan [1] .

Le nombre élevé de déplacés et de réfugiés du Darfour s'explique par la violence grandissante orchestrée par les milices Janjawid depuis 2003 avec le soutien de l'armée gouvernementale soudanaise. Viols, meurtres et pillages sont commis dans de nombreux villages où les milices appliquent la politique de la terre brûlée, ce qui force les populations à fuir. Les pressions de la communauté internationale sur le gouvernement soudanais pour qu'il désarme ces milices n'ont pas encore donné de résultats tangibles malgré les engagements de Khartoum dans ce sens.

Contrairement à certaines affirmations, il ne s'agit pas d'un conflit religieux parce que la plupart des populations du Darfour sont musulmanes. Par contre, selon de nombreux observateurs, le gouvernement central, pour se maintenir au pouvoir, instrumentalise les groupes ethniques locaux sur la base de leur compétition pour l'espace et les ressources. Il utilise ainsi les milices Janjawid recrutées parmi les tribus « arabes » pour réprimer les principales tribus « africaines » du Darfour parmi lesquelles les rebelles de l'ALS et du MJE recrutent.

L'enjeu du pouvoir est d'autant plus important que le gouvernement est engagé dans un processus de mise en œuvre de l'accord de paix signé en 2005 avec le Mouvement/Armée de libération du peuple soudanais (SPLM/A) après plus de 20 ans de guerre civile. Celle-ci avait été lancée en 1983 par le mouvement de John Garang qui revendique une autonomie du Sud Soudan, animiste et chrétien, face au Nord, musulman et qui applique la charia. La répartition équitable des pouvoirs et des ressources, notamment pétrolières, est aussi au cœur des revendications. Une opération de paix de l'ONU (MINUS) appuie ce processus de paix.

 

1.1.- Les répercussions au Tchad déjà instable

 

Le Tchad voisin n'est pas davantage un pays tranquille. Arrivé au pouvoir en 1990 grâce à un coup d'Etat, le président Idriss Déby Itno n'a rien à envier à ses prédécesseurs en matière de répression, de torture et de mauvaise gouvernance [2] . Déjà sur le point d'être renversé par des rebelles en février 2006, il fut maintenu au pouvoir par l'intervention in extremis des troupes françaises. Le pays connaît en effet une situation d'instabilité politique chronique, caractérisée par une succession de coup d'État militaires et de plusieurs rébellions armées qui occupent une partie du territoire [3] . Le principal défi de la paix au Tchad réside dans les positions très volatiles des acteurs politiques. On constate que les différents accords de paix signés sont rarement mis en œuvre et les principes de gestion équitable des ressources du pays (notamment le pétrole depuis 2003) restent, selon les observateurs, de la rhétorique.

A titre d'exemple, le gouvernement tchadien et les quatre principaux groupes rebelles opérant à l'Est du pays (l'Union des forces pour la démocratie et le développement – UFDD- du général Nouri), l'UFDD fondamentale (une aile dissidence de l'UFDD), le Rassemblement des forces pour le changement (RFC) de Timane Erdimi, la Concorde nationale tchadienne (CNT) du Colonel Hassane Saleh Al Gadam Al Jinedi), avaient signé, le 3 octobre 2007 à Tripoli (Libye), un accord qui prévoyait la participation des rebelles dans la gestion des affaires de l'État et le cantonnement de leurs combattants sur des sites définis de commun accord. Cet accord a volé en éclat avec l'attaque de la coalition des trois mouvements sur N'Djamena début février 2008. La vague d'arrestations des opposants qui a suivi le nouvel échec des rebelles réduit à néant une initiative pourtant soutenue par l'Union européenne.

Depuis 2005, le Tchad et le Soudan s'accusent mutuellement de soutenir leurs rébellions respectives : le Soudan soutiendrait les rebelles tchadiens basés à l'Est du pays alors que le Tchad est accusé de soutenir les rebelles du Darfour. Malgré les multiples médiations menées par l'Union africaine et la Libye, les relations politiques entre les deux pays ont continué à se détériorer depuis 2005 lorsque le Tchad s'est déclaré en «  état de belligérance  » avec le Soudan après l'attaque des rebelles tchadiens sur la ville d'Adré, à la frontière du Soudan.

Par ailleurs, le Tchad subit plus que les autres pays voisins, les conséquences humanitaires, politiques et sécuritaires du conflit du Darfour. En effet, 500.000 personnes se sont réfugiées ou déplacées à l'est du Tchad à cause des exactions commises au Darfour. En outre, des milices armées venant du Soudan attaquent les camps de réfugiés sur le territoire tchadien et terrorisent les populations. Selon les observateurs et les organisations humanitaires présentes sur le terrain, elles utilisent les mêmes modes opératoires que ceux observés au Darfour : viols, meurtres et exactions sans distinction, y compris sur les enfants.

 

1.2.- Les répercussions en Centrafrique soumise aux rébellions internes

 

Le conflit du Darfour affecte aussi la Centrafrique. D'une part, certains réfugiés soudanais se sont réfugiés au nord-est de la Centrafrique à la suite du conflit du Darfour. D'autre part, des mouvements rebelles centrafricains auraient une base arrière au Darfour, ce qui leur permettrait entre autres de s'approvisionner en armes. Ainsi le 30 octobre 2006, le gouvernement centrafricain a accusé le Soudan d'agression après l'attaque et l'occupation de deux départements du nord-est par un mouvement rebelle présenté comme bénéficiant du soutien de Khartoum. Les relations politiques entre les deux pays sont difficiles même si plusieurs rencontres entre chefs d'États ont été organisées sous le patronage de l'Union africaine ou de la Libye. La non-application des engagements pris, y compris en termes de non-ingérence dans les affaires intérieures, reste le principal obstacle à la normalisation des relations.

Les conséquences du conflit du Darfour amplifient la fragilité de l'État centrafricain. En effet, l'histoire récente du pays a, elle aussi, été marquée par une série de coups d'État successifs, de mutineries de l'armée, les ruptures de processus de démocratisation, une économie délabrée, la corruption, des tensions ethniques et des salaires de la fonction publique non payés [4] . Si les missions de paix (la FOMUC aujourd'hui, et la MINURCA précédemment) ont contribué à contenir la violence à Bangui, le nord du pays reste dans un état de dénuement, de misère et d'insécurité permanente avec des mouvements rebelles et des coupeurs de route qui terrorisent les populations. A l'instar du Darfour, la province centrafricaine de la Vakaga, au nord du pays, est une région géographiquement reculée, historiquement marginalisée et, par dessus tout, négligée par une administration centrale dont la réponse aux revendications politiques a été principalement sécuritaire [5] .

Enfin, une autre similitude avec les pays voisins, est le non-respect des engagements pris dans le cadre des accords de paix entre le gouvernement, les rébellions et les acteurs extérieurs.

 

1.3.- Des conflits aux caractéristiques communes

 

-- Les conflits du Darfour, du Tchad et de la République centrafricaine comportent quatre caractéristiques communes qui méritent d'être prises en compte dans toute recherche de solution pacifique à la crise actuelle :

La gestion non équitable du pouvoir et des ressources nationales semble être une des causes principales de ces conflits. Elle crée un cercle vicieux à travers la marginalisation d'une partie de la population ou des régions du pays, qui à son tour donne lieu à une insurrection réprimée par le pouvoir et finalement à la perpétuation de la violence. Dans ce contexte, certains leaders n'hésitent pas à instrumentaliser les appartenances communautaires, ethniques, régionales voire religieuses pour mobiliser des partisans. Il est dès lors important pour les intervenants extérieurs, de ne pas perdre de vue qu'aussi longtemps que ce cercle vicieux n'est pas rompu, les interventions ne font qu'alimenter les causes de l'instabilité.

-- L'absence de volonté politique de certains protagonistes pour assurer un retour à la paix ou le non-respect des engagements pris entre les gouvernements des trois pays et leurs oppositions armées respectives n'offre pas un terrain favorable à des opérations de paix classiques.

-- Les difficultés de gérer la sécurité transfrontalière qui nécessiterait de coopérer avec les voisins et de développer des infrastructures spécifiques dans chaque pays concerné. Or, ces zones sont souvent marginalisées par le pouvoir, deviennent incontrôlables et sont le lieu de tous les trafics. 

-- Le rôle parfois ambigu des grandes puissances guidées par des intérêts géostratégiques. Prises entre la volonté de ne pas déplaire aux partenaires qui disposent des matières premières (pétrole, minerais, bois) et la promotion effective des principes démocratiques et de bonne gouvernance, leurs politiques peuvent varier considérablement et brouiller les cartes de la résolution des conflits.

 

2.- L'impasse des initiatives de la communauté internationale

 

Au Darfour, au Tchad et en République centrafricaine, la communauté internationale se trouve face à une des crises les plus complexes depuis la deuxième guerre mondiale. Pour résoudre cet imbroglio, pas moins de six missions de paix menées par quatre organisations internationales vont devoir coordonner leurs actions dans un périmètre relativement restreint :

-- La Mission des Nations unies et de l'Union africaine au Darfour (MINUAD)

-- La Mission des Nations unies au Soudan (MINUS)

-- La Mission de l'Union européenne au Tchad et en République centrafricaine (EUFOR Tchad/Centrafrique)

-- La Mission des Nations unies en République centrafricaine et au Tchad (MINURCAT)

-- La Force multinationale en Centrafrique (FOMUC) coordonnée par la Communauté économique et monétaire des États de l'Afrique centrale (CEMAC)

-- Le Bureau des Nations unies pour la consolidation de la paix en République centrafricaine (BONUCA)

C'est donc à un vrai casse-tête institutionnel que vont être livrés les acteurs du maintien de la paix dans cette région avec, à la clé, un danger permanent de contagion des différents conflits d'une zone à l'autre qui mettrait rudement à l'épreuve des missions aux objectifs et aux règles d'engagement très différents.

Les réponses de l'ONU, de l'UE et de l'UA au conflit du Darfour et à ses conséquences ont évolué graduellement entre 2003 et 2008. Une constante néanmoins : elles sont caractérisées par des hésitations, des jeux de rapports de forces entre les grandes puissances et une absence de volonté de mettre fin au conflit dans le chef de certains protagonistes. Ainsi, cinq ans après le déclenchement de la crise, il n'y a pas encore de solution définitive pour un retour à la paix au Darfour, de même que dans les pays voisins. Les premières initiatives de la communauté internationale ont vu le jour en 2004 seulement.

 

2.1.- La Mission de l'Union africaine au Soudan (MUAS )

 

L'Union africaine est la première à s'être engagée sur le terrain pour tenter de contribuer au retour à la paix. A la suite de la signature, le 28 mai 2004, d'un Accord sur les modalités de la mise en place d'une Commission de cessez-le-feu, elle a décidé d'envoyer une mission d'observation, la Mission de l'Union africaine au Soudan (MUAS I). La soixantaine d'observateurs militaires africains (MILOBs), accompagnés de 300 militaires chargés de leur protection, s'est vite avérée insuffisante devant la multiplication des violations du cessez-le-feu. D'où un renforcement significatif de la mission en octobre 2004 avec le déploiement de la MUAS II, composée de 3.320 personnes (2.341 militaires dont 450 observateurs, 815 policiers civils en plus du personnel civil approprié) [6] .

En avril 2005, les effectifs de la force de l'UA passent à 7.000 soldats. La signature d'un Accord de paix à Abuja (Nigeria) entre le gouvernement soudanais et la faction du principal mouvement rebelle, l'Armée de libération du Soudan (ALS), le 5 mai 2006, ravive le conflit. Les rebelles signataires de l'accord se joignent aux forces gouvernementales pour combattre ceux qui ont refusé d'y prendre part, en particulier le MJE et la faction minoritaire du M/ALS. L'UA, qui s'était ralliée à l'éventualité d'une prise en charge du maintien de la paix au Darfour par les Nations unies, appelle dès lors à l'accélération d'un tel transfert face à la détérioration de la situation. Il faudra attendre deux ans pour voir se réaliser ce transfert.

En réalité, si l'UA a eu le mérite de réagir avec une relative rapidité, la MUAS est handicapée par le manque de moyens financiers, matériels et humains même si elle a pu bénéficier dès le début de l'appui de l'UE, de l'OTAN, des États-Unis et du Canada.

 

2.2.- Les initiatives diplomatiques de l'ONU

 

L'ONU n'a pas déployé d'opération de paix avant 2008 mais elle s'est impliquée – sans beaucoup de succès –  dans la recherche de solutions à la crise du Darfour dès 2004 :

Le Conseil de sécurité a imposé un embargo sur le matériel militaire à destination des milices non gouvernementales du Soudan par la résolution 1556 du 30 juillet 2004. La résolution 1591 étend cet embargo au matériel militaire à destination de tous les belligérants au Darfour. Toutefois, l'absence de liste de ces belligérants permet à la Chine et à la Russie de contourner la mesure, en arguant du manque de preuves que Khartoum participe aux attaques.

-- Le Conseil de sécurité a eu recours également aux menaces de sanctions. La résolution 1564 du 18 septembre 2004 menace le Soudan de sanctions pétrolières s'il ne remplit pas l'engagement de restaurer la sécurité au Darfour et ne coopère pas dans ce but avec l'UA. Le ministre des Affaires étrangères soudanais a immédiatement annoncé qu'il rejetait cette résolution.

-- Le 31 janvier 2005, la commission d'enquête internationale de l'ONU sur le Soudan a publié un rapport qui conclut que les exactions perpétrées au Darfour constituent bien «  des crimes contre l'humanité  », mais pas un génocide contrairement à ce qu'avait déclaré l'administration américaine qui avait utilisé le terme dès 2004.

-- La résolution 1593 sur le Darfour adoptée le 31 mars 2005 demande à la Cour pénale internationale (CPI) d'engager des poursuites à l'encontre des responsables des crimes commis. Ainsi en mai 2007, la CPI lance deux mandats d'arrêts internationaux contre deux Soudanais, accusés de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité, en l'occurrence Ahmed Haroun, l'ancien responsable de la sécurité au Darfour, et actuel secrétaire d'État aux affaires humanitaires, et Ali Kosheib, l'un des principaux chefs des milices Janjawid.

-- Le Conseil de sécurité décide, par sa résolution 1706 du 31 août 2006, de prendre la relève de l'Union africaine au Darfour et d'augmenter l'effectif des Casques bleus jusqu'à 17.300 hommes. Le gouvernement soudanais rejette la proposition. Même si en pratique, son application ne nécessitait pas son accord, l'ONU décide de ne pas déployer sa mission et négocie avec Khartoum.

Les quatre premières initiatives prises par l'ONU n'ont pas eu d'impact significatif en termes de résolution du conflit parce que le gouvernement soudanais ne les a pas acceptées alors qu'il constitue un acteur central. Enfin, les tensions entre l'ONU et le gouvernement soudanais se sont aggravées à la suite de la décision de Khartoum d'expulser, le 22 octobre 2006, Jan Pronk, représentant du Secrétaire général Kofi Annan.

 

2.3.- La Mission conjointe de l'ONU et de l'UA au Darfour (MINUAD)

 

Les négociations entre le gouvernement soudanais, l'ONU et l'UA pour la mise en place de la MINUAD ont duré presque deux ans. Dans un premier temps, il s'agissait de mettre sur pied une opération de l'ONU pour remplacer la MUAS. La résolution 1706 du 31 août 2006 a été rejetée par le Soudan qui la considérait comme un acte hostile. A l'automne 2006, le scénario d'une force hybride UA/ONU consistant en l'absorption de la MUAS dans une force onusienne majoritairement africaine a vu le jour. Avec l'implication plus active de la Chine, alliée de Khartoum, l'ONU et l'UA sont parvenues à une ébauche d'accord, le 7 juin 2007, sur les détails de la force hybride de 23.000 personnes.

Le 31 juillet 2007, après avoir pris en compte les objections des autorités soudanaises, le Conseil de sécurité vote à l'unanimité la résolution 1769 autorisant pour une durée d'un an le déploiement de la force hybride ONU/UA au Darfour, la MINUAD. Cette force sera composée de 19.555 militaires et d'une composante civile appropriée comprenant 3.772 policiers et 19 unités de formation de policiers. Son mandat très ambitieux prévoit de :

-- empêcher les attaques contre les civils ;

-- contribuer à la protection des populations civiles ;

-- suivre et vérifier l'application des différents accords ;

-- rechercher des solutions politiques à la crise ;

-- faciliter l'accès de l'aide humanitaire ;

-- assurer le retour des réfugiés et des déplacés.

La résolution autorise le recours à la force en cas de légitime défense, pour garantir la liberté de mouvement des organisations humanitaires et protéger les civils (sans porter préjudice à la responsabilité du gouvernement soudanais). L'usage de la force est exclu lorsqu'il s'agit de saisir et de détruire des armes illégales. Les principaux pays contributeurs de troupes seront africains. Le 1er août 2007, le gouvernement soudanais accepte officiellement la résolution 1769.

Toutefois, le calendrier qui prévoyait le déploiement effectif des forces au plus tard le 31 décembre 2007 n'a pas été respecté à cause des obstacles posés par le Soudan. Il a entre autres imposé des couvre-feux, interdit les vols de nuit et n'a pas, semble-t-il, attribué les emplacements pour établir les bases de la mission.

Néanmoins, la MINUAD a officiellement pris le relais de la MUAS le 31 décembre 2007. Ce transfert en reste toutefois à ce stade symbolique parce que la capacité de la mission reste sensiblement la même. La MINUAD ne dispose pour l'instant que de 9.000 hommes (7.000 soldats et 1.200 policiers civils, ainsi que des éléments fournis par les Nations unies). On est encore bien loin des 26.000 hommes (20.000 soldats, 6.000 policiers et personnels civils) supposés se déployer à terme au Darfour. En outre la l'accord qui définit les relations entre la MINUAD et le gouvernement soudanais fait encore l'objet de négociation. Selon un communiqué de l'ONU du 5 février 2007, ce document pourrait être signé à bref délai.

 

2.4.- La Mission de l'ONU au Tchad et en RCA (MINURCAT)

 

Le Conseil de sécurité a décidé le 25 septembre 2007 de déployer une mission entre le Tchad et la Centrafrique avec pour objectif de compléter le dispositif de la mission ONU/UA au Darfour soudanais. Créée par la résolution 1778, la MINURCAT est une mission multidimensionnelle composée, au maximum, de 300 policiers, 50 officiers de liaison et du personnel civil. La même résolution autorise l'opération Eufor-Tchad-RCA.

Le mandat de la MINURCAT prévoit qu'elle contribuera au retour volontaire des réfugiés et des personnes déplacées, y compris en contribuant à leur sécurité et à celle des populations civiles en danger, en facilitant la fourniture de l'assistance humanitaire dans l'est du Tchad et le nord-est de la RCA, en créant les conditions en faveur d'un effort de reconstruction et de développement dans les deux pays. Il met également l'accent sur le rôle de coordination et de contacts à maintenir avec tous les acteurs, nationaux et internationaux, intervenant en matière de paix et sécurité dans les trois pays, notamment la MINUAD, la FOMUC, la BONUCA, EUFOR-Tchad-RCA, etc.

 

2.5.- La mission EUFOR au Tchad et en RCA

 

Baptisée EUFOR TCHAD/RCA, la mission militaire de l'UE, fortement voulue par la France, est en préparation depuis déjà plusieurs mois, malgré l'opposition du Soudan à toute présence militaire occidentale dans la région. L'EUFOR TCHAD/RCA s'apprête à envoyer, pour une période initiale d'un an, 3.700 soldats dans une région très vaste, où vivent, à la portée de plusieurs groupes armés, des centaines de milliers de réfugiés et de déplacés.

La planification de l'EUFOR a été, en effet, longue et compliquée. Jusqu'à la dernière minute, plusieurs États membres de l'Union, notamment l'Allemagne, avaient manifesté de nombreux doutes quant à l'opportunité de lancer une opération qui risque d'être perçue comme un appui militaire à des régimes étroitement liés à Paris [7] . Ces réticences auront finalement contraint la France à engager 2.100 hommes (au lieu des 1.500 annoncés dans un premier temps) sur un total de 3.700. Parmi les soldats que les treize autres États européens ont accepté d'envoyer sur le terrain, on compte 400 Polonais, 400 Irlandais, 200 Suédois, 120 Roumains, une centaine de Belges et des contributions mineures d'autres pays. Malgré la prédominance de soldats et de moyens français, la mission a été mise sous le commandement d'un Irlandais, le lieutenant général Patrick Nash. Le quartier général a été néanmoins installé au Mont Valérien, à Paris, et sera intégré par du personnel provenant de 21 pays européens. Enfin, le général de brigade français Jean-Philippe Ganascia sera le commandant de la force sur le terrain.

L'EUFOR bénéficie d'une solide légitimité internationale et légale. La résolution 1778 (2007) adoptée par le Conseil de sécurité le 25 septembre 2007, concernant la mise en place de la MINURCAT, a autorisé simultanément l'UE à déployer sa force au nord de la République centrafricaine et à l'est du Tchad, pour une durée initiale d'un an. Fait politiquement significatif : ladite résolution a été votée à l'unanimité, ce qui témoigne de l'existence d'un consensus international à ce sujet, malgré les réticences intra-européennes.

Le mandat de l'ONU se base explicitement sur la Chapitre VII de la Charte des Nations unies, qui autorise l'usage de la force en cas de besoin. La résolution précise en effet que l'EUFOR «  est autorisée à prendre toutes les mesures nécessaires  » pour s'acquitter des tâches qui lui sont attribuées. Or, le mandat de l'EUFOR est essentiellement à vocation humanitaire. Il se base sur les points suivants :

-- contribuer à la protection des civils en danger, en particulier les réfugiés et les personnes déplacées ;

-- faciliter l'acheminement de l'aide humanitaire et la libre circulation du personnel humanitaire en contribuant à améliorer la sécurité dans la zone d'opérations ;

-- contribuer à la protection du personnel, des locaux, des installations et du matériel des Nations unies et assurer la sécurité et la liberté de circulation de son propre personnel, du personnel des Nations unies et du personnel associé.

 

L'EUFOR Tchad/RCA doit donc être perçue comme une mission de transition dont le but consiste à soutenir les efforts de l'ONU tant au Darfour que dans les régions avoisinantes. Son caractère neutre et humanitaire implique que, une fois déployés, les soldats européens ne devraient pas s'interposer entre le régime du président Deby et les rebelles. Toutefois, une certaine ambigüité persiste à ce propos : en effet, si l'usage de la force s'avérait nécessaire afin de protéger les civils, les réfugiés ou les opérateurs humanitaires et onusiens, l'EUFOR pourrait y avoir recours.

 

L'EUFOR Tchad/RCA est la plus grande mission militaire que l'UE ait jamais planifiée hors des frontières européennes, tant pour sa durée, que pour son ampleur et pour le défi logistique auquel elle doit faire face. En outre, de par sa composition, l'EUFOR est la mission la plus multinationale (et donc la plus « européenne ») que Bruxelles n'ait jamais conduite dans un autre continent. Bref, elle représente un véritable défi pour l'UE et pour la crédibilité de sa politique de sécurité et de défense en construction.

 

3.- Conclusion

 

3.1.- Les conditions de la paix ne sont pas remplies

L'analyse du processus de préparation et de déploiement de la MINUAD et de l'EUFOR-Tchad – RCA, montre que les conditions pour faire du maintien de la paix au Soudan, au Tchad et en Centrafrique ne sont pas remplies, et ce pour trois raisons principales :

-- Il n'y a pas, dans les deux pays, de consentement complet de tous les protagonistes pour un déploiement d'opérations de paix. Au Soudan, les négociations entre le gouvernement d'une part, et l'ONU et l'UA d'autre part, en vue de l'adoption d'un accord permettant à l'ONU de prendre la relève de la MUAS a duré deux ans. Même aujourd'hui, le Soudan continue d'utiliser les moyens de retardement et de contournement du déploiement de la mission, à travers entre autres, le refus des soldats occidentaux [8] , le refus des hélicoptères de combat ou des survols aériens la nuit, etc. De la même façon, les rebelles tchadiens ont exprimé leurs réticences pour une opération EUFOR qui serait à majorité française.

--   L'accord de cessez-le-feu signé en 2004 entre le gouvernement soudanais et les rebelles du Darfour n'a pas été respecté même si c'est lui qui avait permis le déploiement de la MUAS. En outre, les mouvements nés après 2004 ne sont pas liés à cet accord. La poursuite des exactions contre les populations et de la destruction des villages au Darfour en témoigne.

-- Dans les trois pays, il n'y a pas d'accord de paix global et inclusif signé par toutes les parties au conflit. Au Darfour, l'Accord d'Abuja de 2006 n'a pas été signé par tous les mouvements rebelles. En outre, certains rebelles du Darfour refusent de se joindre aux négociations lancées à Syrte (Libye) sous le patronage de l'ONU et de l'UA. Au Tchad, l'Accord de paix de Tripoli entre le gouvernement et quatre mouvements rebelles n'a pas été mis en œuvre jusqu'à la récente attaque sur N'Djamena qui a sans doute anéanti tous les acquis antérieurs. En Centrafrique, les tentatives de négociation d'un accord de paix avec la médiation de la Libye n'ont pas encore abouti. Les rebelles et les coupeurs de route restent actifs dans le Nord du pays. La sécurité dans la capitale, Bangui, et les centres urbains est assurée avec l'appui de la Force multinationale de la CEMAC en Centrafrique (FOMUC) et par les soldats français basés dans le pays.

 

3.2.- Le maintien de la paix par défaut ?

 

La situation est d'autant plus délicate que le principal pays concerné par le conflit déploie une énergie peu commune pour résister à la pression internationale. Après trois ans et demi d'embargo, de menaces de sanctions et de poursuites par la Cour pénale internationale, après un an et demi d'âpres négociations, les Nations unies ne sont toujours pas en mesure de déployer complètement la MINUAD et l'Union européenne a été contrainte de suspendre in extremis son propre déploiement au Tchad. En effet, le Soudan n'hésite pas à passer à l'attaque lorsque ses intérêts sont menacés. Ce fut le cas récemment lors du soutien à l'offensive des rebelles tchadiens menée juste avant le début du déploiement de l'EUFOR mais également lors de l'attaque du 7 janvier 2008 contre un convoi des casques bleus de la MINUAD.

Face à des dirigeants soudanais aussi déterminés, on peut se demander si les choix faits par la communauté internationale sont les bons. Et de paraphraser la réflexion lancée par M. Lakhdar Brahimi dans le fameux rapport de l'ONU qui porte son nom : «  Faut-il une mission de maintien de la paix dans un pays où il n'y a pas de paix à maintenir ?  » [9] . Le Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix, Jean-Marie Guéhéno, ne disait pas autre chose lorsqu'il mettait récemment en garde le Conseil de sécurité sur le fait que «  la MINUAD n'est pas une opération de maintien de la paix conçue pour se déployer ou fonctionner dans une zone de guerre  » [10] . Le 14 novembre 2007, le même homme alertait déjà les pays membres sur les risques d'une humiliation de l'ONU au Darfour.

On l'a vu, trois des conditions essentielles du retour à la paix ne sont pas remplies au Darfour mais c'est surtout le consentement du gouvernement soudanais à l'intervention de la communauté internationale qui fait le plus cruellement défaut. Or le Soudan n'est pas le Congo car non seulement l'État n'y est pas en faillite mais la communauté internationale ne possède pas de moyens de pression comparables du fait des intérêts divergents des membres permanents du Conseil de sécurité. La situation au Tchad n'est pas plus simple car l'appui de Paris à Idriss Déby fait craindre à certains diplomates que la France ne pourra pas maintenir l'impartialité indispensable à son statut de nation cadre de l'EUFOR [11] .

Dès lors, la MINUAD et l'EUFOR se trouvent déjà en position inconfortable alors même qu'elles n'ont pas pu commencer leur t