Le Soudan dans la Presse

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Décembre

 

2005

1er semestre

2ème semestre


Février 2008

 

Le Figaro
28 février 2008

Les Jeux olympiques en Chine, une chance à saisir…

Le Figaro
28 février 2008

Paris réduit le déploiement de son armée en Afrique

NU
29 février 2008

Les arrivées de réfugiés continuent depuis le Darfour-Ouest au Tchad

 

Ouest France
28 février 2008

Déby concède une commission d'enquête

Libération
27 février 2008

Tchad: la force européenne se déploie

Nations Unies
Conférence de Presse
26 février 2008

Conférence de presse d'Ahmad Allam-Mi, ministre des affaires étrangères du Tchad

Le Figaro
25 février 2008

Au Darfour, cinq ans après, les Occidentaux désemparés laissent l'initiative à la Chine

AFP
24 février 2008

La Chine se dit prête à aider à mettre fin au conflit au Darfour

Le Point
23 février 2008

Signature d'un cessez-le-feu permanent en Ouganda

Xinhuanet
23 février 2008

La Suisse envisage de sanctionner le Tchad après l'utilisation d'un avion d'entraînement de fabrication helvétique

BBC Kampala
23 février 2008

Ouganda: accord de cessez-le-feu

AFP
22 février 2008

Tchad: confusion autour du sort de l'opposant disparu Ngarlejy Yorongar

Agence France Presse
23 février 2008

L'Ouganda signe un accord avec les rebelles en vue d'un cessez-le-feu

 

Centre de Recherche
Canada
22 février 2008

Des processus de paix à l'épreuve du feu

Darfour, Tchad, Centrafrique

IRIN à Adé
21 février 2008

Soudan – Tchad : Des populations déplacées abandonnées le long de la frontière

RSF
21 février 2008

Reporters Sans Frontières rapport annuel 2008

Angola Presse
21 février 2008

Les civils menacés par des bombardements aériens au Darfour

Angola Presse avec l'AFP
20 février 2008

Crise au Darfour: La Chine réclame plus d`effort à l`Occident

Xinhuanet
20 février 2008

Le Secrétaire Général de l'ONU "extrêmement préoccupé" de la reprise de violences  au Darfour

Radio Canada
19 février 2008

Le ressac inattendu

La Presse canadiene
19 février 2008

Bush veut résoudre la crise du Darfour "une fois pour toutes"

Nations Unies
UNHCR
19 février 2008

Tchad : Des bombardements au Soudan contraignent l'UNHCR à évacuer son personnel

Agence France Presse africaine
18 février 2008

L'UA appelle à un déploiement anticipé des forces de l'UE et de l'ONU au Tchad

AFP
18 février 2008

Le Japon veut aider au développement du sud-Soudan

 

Agence France Presse
17 février 2008

Après la défaite de N'Djamena, l'alliance entre rebelles reste fragile

Agence France Presse
16 février 2008

Le collectif Urgence Darfour demande à la Chine de cesser de soutenir le Soudan

Libération
16 février 2008

«Le niveau de coopération du Soudan n'est pas celui souhaité par l'ONU et l'UA»

Reporters Sans Frontières
15 février 2007

La presse privée dans la tourmente d'une guerre par procuration

Le Monde avec l'AFP
15 février 2008

Tchad: les rebelles veulent un chef unique avant de repasser à l'offensive

L'Express-VIF
15 février 2008

Trace du plus vieux sacrifice humain découverte en Afrique

Le Figaro
15 février 2008

La campagne anti-JO de Pékin prend de l'ampleur

Le Monde avec Reuters
14 février 2008

Contre-offensive en Chine après la démission de Steven Spielberg

Télévision suisse avec l'AFP
14 février 2008

Le Comité olympique soudanais déplore l'incursion du politique dans le sport

Angola presse avec Reuters
13 février 2008

Offensive de l`armée soudanaise au Darfour

Agence France Presse
13 février 2008

N'Djamena présente, à la presse, une centaine de rebelles capturés

IRIN
édition française
13 février 2008

« La situation au Darfour est hors de contrôle »

 

Libération
13 février 2008

Le Darfour paye le prix de la guerre Soudan-Tchad

Le Monde
éditorial
13 février 2008

Tchad : silence à Paris

Le Monde avec l'AFP
13 février 2008

Darfour: pression sur Pékin des lauréats du Nobel de la paix

Le Monde
13 février 2008

Paris embarrassé par les arrestations d'opposants tchadiens au régime d'Idriss Déby

Le Monde avec Reuters
12 février 2008

Les rebelles tchadiens dénoncent la force européenne

Le Monde
12 février 2008

Afflux de réfugiés au Tchad après une offensive soudanaise au Darfour

La Croix
12 février 2008

Le Soudan reste mobilisé au Darfour et contre le Tchad

Jeune Afrique
11 février 2008

Les rebelles demandent aux pays européens de se retirer de l'Eufor

Radio France Internationale
11 février 2008

Deux conflits imbriqués

Paris Match
10 février 2008

Le président tchadien a pris lui-même la tête de ses troupes pour repousser les rebelles

La Croix
11 février 2008

L'appui militaire français au Tchad provoque une controverse

La Croix
11 février 2008

Les populations civiles fuient toujours le Darfour pour le Tchad

Xinhuanet
10 février 2008

Le Soudan et la MINUAD signent un accord sur le statut de la force  de maintien de la paix

Le Monde
10 février 2008

Le Soudan signe un accord sur le fonctionnement de la force "hybride" au Darfour

Jeune Afrique
février 2008

Au centre du Tchad, la rébellion reste une épine dans le pied des autorités

Le Figaro Magazine
9 février 2008

Forces françaises Alerte maximale à N'Djamena

Agence France Presse
8 février 2008

La situation au Darfour et les relations Tchad-Soudan alarment l'ONU

Agence France Presse
8 février 2008

Tchad: des voix s'élèvent contre des arrestations et des exécutions

Le Monde
8 février 2008

"La France a apporté une aide militaire indirecte mais décisive au régime de Déby"

Reuters
8 février 2008

L'armée soudanaise attaque trois villes au Darfour

Le Monde
8 février 2008

Tchad : Paris avait décidé de ne pas intervenir

Marchés tropicaux
8 février 2008

Le Soudan, suspect numéro un

Le Monde
7 février 2008

Le ministre de la défense français apporte un message de soutien au président Déby

Le Monde
7 février 2008

A N'Djamena, les combats se sont arrêtés mais l'incertitude persiste

Le Figaro
7 février 2008

Tchad : vers un déploiement rapide de l'Eufor

Le Monde
7 février 2008

Idris Déby estime que « la France a tenu ses engagements »

Le Figaro
6 février 2008

Tchad: nouvelle attitude de la France en Afrique

Le Figaro
6 février 2008

Paris a volé au secours de la victoire d'Idriss Déby

Le Figaro
6 février 2008

N'Djamena panse ses plaies et craint de nouveaux assauts

Le Monde
6 février 2008

Des opposants politiques auraient été arrêtés

Le Point
7 février 2008

La France piégée

Le Monde
6 février 2008

La France obtient le soutien de l'ONU pour le Tchad

Le Monde
5 février 2008

Tchad : Paris met en garde les rebelles

Le Monde
5 février 2008

L'armée d'Idriss Déby a résisté à l'offensive rebelle sur N'Djamena

Le Figaro
5 février 2008

L'ONU condamne les attaques des rebelles tchadiens

La Croix
4 février 2008

Les rebelles tchadiens sont aux portes du pouvoir

La Croix
4 février 2008

L'inquiétude monte parmi les réfugiés soudanais de l'est du Tchad

Nations Unies
New York
4 février 2008

Abeyi reste un défi majeur pour les parties à l'Accord global de paix

Le Figaro
4 février 2008

Tchad : l'ONU va tenir une réunion d'urgence

Le Monde
3 février 2008

Le Tchad déstabilisé

Le Monde
3 février 2008

L'offensive des rebelles du Tchad embarrasse la France

Libération
2 février 2008

Idriss Déby menacé par les rebelles

Jeune Afrique
2 février 2008

La France évacue ses ressortissants au Tchad

Le Figaro
2 février 2008

L'offensive rebelle au Tchad fait vaciller Déby

Le Monde
2 février 2008

Paris soutient une solution négociée au Tchad alors que le régime est en situation critique

Le Monde
2 février 2008

Lancés à l'assaut de N'Djaména, des rebelles menacent le pouvoir du président Idriss Déby

France Info
1 er février 2008

L'Europe laisse la France seule au Tchad

Le Figaro
1 er février 2008

Les rebelles tchadiens passent à l'offensive


 

Les Jeux olympiques en Chine, une chance à saisir…

 

Le Figaro, 28 février 2008

 

Par Rama Yade et Bernard Laporte, respectivement secrétaire d'État chargée des Droits de l'homme et secrétaire d'État aux Sports.

 

Pékin, 8 août 2008 : l'empire du Milieu sera le centre du monde. Le cœur d'un quart de l'humanité sera relié à celui du reste de la planète. Ces cœurs battront ensemble au rythme des exploits sportifs. Battront-ils pour autant avec la même ivresse pour les valeurs de l'olympisme ?

Au-delà d'une réussite attendue, celle des records dépassés, des audiences battues, des médailles récoltées, la Chine est attendue aussi sur le terrain de l'idéal olympique.

Les interrogations dont la presse française et internationale se fait l'écho sont légitimes. Et deux questions lancinantes restent en filigrane : le boycott des Jeux olympiques de Pékin serait-il la meilleure façon de faire avancer la situation des droits de l'homme ? Y aller reviendrait-il à cautionner des pratiques jugées inacceptables au regard des droits de l'homme qui sont universels ?

Interrogeons l'Histoire : le boycott des Jeux olympiques de Moscou en 1980, par une cinquantaine de pays dont les États-Unis, a-t-il permis la chute du mur de Berlin ? A-t-il conduit à inverser la situation des droits de l'homme sur le terrain ? Assurément non ! Le constat est triste, mais il est là : ce boycott a fourni un prétexte facile au régime soviétique pour justifier, dans un dernier sursaut voué à l'échec, des répressions accrues, et fouler aux pieds les valeurs de la démocratie. Au fond, le boycott ne conduirait-il pas à l'inverse de l'objectif recherché : raidissement plutôt qu'assouplissement, fermeture plutôt qu'ouverture, éloignement plutôt que rapprochement avec l'Occident et les valeurs universelles que nous voulons partager avec la Chine ?

Alors disons-le une fois pour toutes. Pour la France, comme pour d'autres, le boycott n'est pas une option.

Prenons la Chine au mot.

La Chine est en train de devenir ce que préconisait le général de Gaulle « une grande réalité politique, économique ». Géant de la scène internationale, une dimension que personne ne lui conteste, il lui reste à donner du sens à une puissance économique de plus en plus évidente. La modernisation passe aussi par le plein respect des droits de l'homme. Des progrès importants ont été réalisés ces dernières décennies, essentiellement en matière de droits économiques et sociaux. Mais des insuffisances flagrantes demeurent en matière de droits civils et politiques, de respect de la liberté d'expression.

Ce qui est attendu de la Chine, de la part de la communauté internationale comme de sa population, ce sont des pas concrets et significatifs. Nul n'ignore que la responsabilité est l'autre versant de la puissance. De ce point de vue, nous pensons que la période de préparation des Jeux olympiques de Pékin 2008, et les Jeux eux-mêmes, offrent une occasion unique, un tremplin pour enraciner plus profondément en Chine l'État de droit et les libertés fondamentales.

On peut former l'espoir que les JO de Pékin puissent permettre une de ces conquêtes en faveur des droits de l'homme.

Les domaines dans lesquels la Chine pourrait répondre à nos appels sont connus. Le président de la République, Nicolas Sarkozy, s'est clairement exprimé à ce sujet à l'occasion de son déplacement à Pékin : la ratification du pacte des Nations unies sur les droits civils et politiques, un moratoire sur les exécutions ou à tout le moins, dans une première étape, la réduction des crimes passibles de la peine capitale ; des avancées en matière de liberté d'expression. La France continuera, inlassablement, son engagement après août 2008, dans le cadre d'un dialogue amical et franc, qui prend pleinement appui sur la relation privilégiée entre nos deux pays.

Il faut tendre la main à la Chine, mais sans fermer les yeux. Demeurons vigilants et exigeants, tout en maintenant un climat de confiance propice au dialogue et aux avancées.

Le président de la République a souligné à Pékin tout le chemin parcouru par la Chine : « La Chine se transforme et la transformation de la Chine, c'est la transformation du monde. » C'est dire toute la responsabilité de la Chine, tout l'enjeu de sa mutation, y compris dans le domaine, essentiel, des droits de l'homme. Nous espérons qu'au soir du 24 août 2008, ce grand pays aura été à la hauteur de ses responsabilités.* Respectivement secrétaire d'État chargée des Droits de l'homme et secrétaire d'État aux Sports Par Rama Yade et Bernard Laporte

 

Février 2008

 

Paris réduit le déploiement de son armée en Afrique

 

Le Figaro, 28 février 2008 par Arnaud de La Grange

 

Le chef de l'État français doit annoncer jeudi au Cap que le nombre de soldats et de bases militaires devrait baisser et que les accords de défense seront revus.

S'il y a un sujet diplomatico-stratégique auquel une politique de rupture devait s'attaquer, c'est bien celui des relations entre la France et l'Afrique. Le candidat Nicolas Sarkozy s'y était engagé durant la campagne, mais le mouvement n'était jusque-là guère perceptible. Le président va saisir l'occasion de sa visite en Afrique du Sud, aujourd'hui, pour annoncer une refonte du dispositif militaire français sur le continent noir.

Le premier volet concerne la relation politique entre Paris et les capitales de l'ancien pré carré. Le chef de l'État devrait annoncer une remise à plat des accords de défense et de coopération militaire. Avec comme mot clé plus de «transparence». Les diplomates devraient ainsi nettoyer les fameuses «clauses secrètes» de ces accords, non publiées officiellement, mais à la source de bien des aventures expéditionnaires françaises.

Le second volet touche à la carte militaire française en Afrique. Quelque 9 000 hommes y sont déployés. Quelles bases va-t-on fermer ou garder ? Certaines causes paraissent acquises, d'autres sont plus incertaines. Paris dispose de trois bases permanentes : Djibouti, le Sénégal et le Gabon. Les deux autres implantations le Tchad et la Côte d'Ivoire ont des statuts plus volatils, relevant de l'opération extérieure. «Djibouti à l'Est, le Tchad au Centre, mais trois implantations à l'Ouest, c'est donc là que des choix devraient être faits», confie une source militaire.

Côté «retraits» purs et simples, l'affaire de la Côte d'Ivoire semble entendue. Il vient d'ailleurs d'être décidé de changer le statut de nos forces présentes à Abidjan : elles passent d'implantation permanente (le 43e Bima, bataillon d'infanterie de marine, créé en 1978) à celui d'«opération d'extérieure» (Opex). Il sera ainsi facile de rapatrier les soldats quand on estimera l'incendie ivoirien bien éteint.

Abidjan bientôt fermée, Djibouti allégée

Le Tchad est un cas particulier. L'opération «Epervier», mise en place en 1986 pour protéger le pays des appétits libyens, est un «dispositif provisoire» qui dure, pour le moins… En France, le tropisme tchadien est encore fort. Les militaires vantent les qualités de «porte-avions terrestre» au cœur du continent, les diplomates voient encore dans le Tchad le «verrou de l'Afrique». Mais Nicolas Sarkozy pourrait décider de réduire la voilure, une fois la situation stabilisée, notamment avec le déploiement de la force européenne (Eufor).

Côté bases, Djibouti devrait être conservée. Mais le nombre de soldats y serait réduit, certains de ses effectifs étant d'ailleurs réaffectés sur la future base d'Abu Dhabi. Va-t-on choisir entre le Gabon et le Sénégal ? Les deux bases ont des qualités stratégiques différentes. Avec le retrait d'Abidjan, Dakar reste la seule porte d'entrée maritime digne ce nom pour la France. L'implantation «marine» pourrait être conservée, la composante terrestre diminuant. De plus, le Sénégal est bien placé à la lisière de la zone sahélienne et de ses sanctuaires islamistes. Le Gabon, lui, est la plaque tournante, aérienne notamment, de toutes les opérations françaises en Afrique, d'où viennent les troupes qui encaissent les premiers chocs et où atterrissent les avions qui transportent les soldats ou évacuent les ressortissants. Cette capacité pourrait être conservée.

La fermeture de bases n'est pas la seule option disponible. «L'idée est de diminuer le nombre d'hommes en Afrique d'une manière générale, poursuit la même source, avec deux solutions palliatives : réaffecter de plus en plus nos hommes, moins nombreux, à la formation des armées africaines, pour, à terme, passer le relais, et prépositionner des équipements et installations pour des troupes d'intervention venues de métropole en cas de coup dur.»

 

Février 2008

Les arrivées de réfugiés continuent depuis le Darfour-Ouest au Tchad

 

Nations Unies, Communiqué de presse, 28 février 2008

 

Selon le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés ( UNHCR ), quelque 3.000 personnes fuyant la région de Djebel Moon, dans l'ouest du Darfour, sont arrivées la semaine dernière dans la zone de Birak dans l'est du Tchad, portant à plus de 13.000 le nombre de Soudanais dans la région.

« Hier, les employés de l'UNHCR, présents dans la zone de Kulbus, ont vu de la fumée noire au-dessus d'un village en feu et des hommes armés se déplaçant à cheval dans cette zone », a déclaré aujourd'hui le porte-parole Ron Redmond, selon un communiqué publié aujourd'hui à Genève.

Une mission de l'agence prévue pour se rendre à Birak a été annulée hier en raison d'affrontements interethniques dans cette même région.

A l'insécurité qui règne dans la région frontalière avec le Soudan, s'ajoute le problème de l'eau, qualifié de « majeur » par le HCR.

L'agence attend toujours l'accord du gouvernement tchadien pour transférer les réfugiés vers des camps existants à l'intérieur du pays, notamment les douze qui accueillent actuellement 240.000 personnes déracinées par le conflit au Darfour.

Par ailleurs, Ameerah Haq, la Représentante spéciale adjointe pour le Soudan, a voyagé au Darfour-Ouest cette semaine pour y évaluer la situation humanitaire, a annoncé aujourd'hui la porte-parole du Secrétaire général lors du point de presse.

La mission qui s'est rendue hier à Sileah a trouvé la ville quasiment déserte, alors que s'y trouvent en temps normal quelque 20.000 habitants. Seules 300 personnes qui ne pouvaient fuir y sont restées après l'attaque par des milices le 8 février dernier.

« C'est une scène de confusion totale que celle qui règne dans la clinique locale », a rapporté la mission, car elle a été apparemment « entièrement pillée ».

 

Février 2008

 

Déby concède une commission d'enquête

 

Ouest France par Joseph Limagne à N'Djamena, 28 février 2008

 

En route pour l'Afrique du Sud, où il entame aujourd'hui une visite d'État, Nicolas Sarkozy a fait, hier, une brève escale au Tchad. Il était accompagné de son épouse, Carla Bruni-Sarkozy, toute vêtue de noir, dont c'était la première sortie internationale depuis leur mariage, le 2 février. Le chef de l'État s'était déjà rendu à N'Djaména le 4 novembre, pour aller chercher trois journalistes français et quatre hôtesses de l'air espagnoles, arrêtés puis libérés à l'issue de l'aventure de l'Arche de Zoé.

Jusqu'au dernier moment, le président de la République s'est interrogé sur l'opportunité de maintenir, cette fois-ci, l'étape tchadienne. Il ne voulait pas donner l'impression de soutenir sans réserve un président Idriss Déby, qui n'est pas un modèle de vertu démocratique, mais dont il rappelle qu'il est « légitime ». À la veille du voyage, deux des trois opposants disparus pendant les journées troubles qui ont marqué, début février, l'attaque des rebelles venus du Soudan, manquaient toujours. Seul l'ancien chef de l'État, Lol Mahamat Choua, avait été « retrouvé » et assigné à résidence. Le président français a demandé et obtenu qu'il soit libre de ses mouvements.

Pendant le très long entretien entre les deux chefs d'État, Mme Bruni-Sarkozi a rencontré, à l'ambassade de France, l'épouse d'un des disparus, Ibni Oumar Mahamat Saleh, qui sera reçue aujourd'hui par le président Déby.

Nicolas Sarkozy a obtenu de ce dernier la mise en place d'une commission d'enquête internationale pour faire la lumière sur le sort des deux opposants, qui inspire une vive inquiétude. Estimant que la France est « la mieux à même de faire bouger les lignes » , le chef de l'Etat a insisté aussi sur la relance du dialogue entre Tchadiens. Il s'agit de remettre sur les rails le processus engagé par l'accord du 13 août dernier, entre le pouvoir et l'opposition, en vue d'aboutir à des élections démocratiques en 2009. Nicolas Sarkozy a proposé une médiation entre le Tchad et le Soudan, à laquelle participeraient, notamment, la Libye, le Congo, l'Union européenne, la Francophonie.Il s'est dit « très heureux » de l'attitude du commissaire européen au développement, Louis Michel, qui l'accompagnait, jugeant « très nouveau » que la France et la Commission européenne « parlent d'une seule voix. » En définitive, a-t-il conclu, « je ne regrette pas ma venue » .

 

Février 2008

 

Tchad: la force européenne se déploie

 

Libération, 27 février 2008

 

"Les choses avancent" assure-t-on à l'état-major de l'Eufor, la force européenne pour le Tchad et la Centrafrique. Son déploiement a été retardé d'une quinzaine de jours à cause des récents évènements au Tchad.

600 hommes sont déjà déployés, dont environ 400 dans l'est du pays. Il s'agit des "forces d'entrée en premier" ( photo ci-contre ), c'est-à-dire, pour l'essentiel, de forces spéciales et de logisticiens. Cinq pays sont déjà présents: la France, l'Autriche, l'Irlande, la Belgique et la Suède. Les Italiens déploient par ailleurs leur hôpital de campagne.

Les premiers gros bataillons doivent arriver la semaine prochaine, avec le RICM pour la France. Au total, l'Eufor sera une force de 3700 hommes, dont 2100 français. Selon l'état-major, la "capacité opérationnelle initiale" sera atteinte à la mi-mars. En revanche, il faudra attendre le mois de juin pour atteindre "la capacité opérationnelle totale", à cause des difficultés logistiques . A condition, évidemment, que la situation militaire ne se dégrade pas une nouvelle fois.

Il faudra donc six mois à l'UE - qui a décidé d'engager l'Eufor le 11 janvier - pour envoyer l'équivalent d'une demi-brigade au plein coeur de l'Afrique.

Où sont les rebelles ?

Selon des sources militaires françaises, les rebelles qui ont été repoussés de N'Djaména sont toujours dans le sud-est du Tchad, à proximité des frontières avec le Soudan et la Centrafrique, mais ils seraient entrain de repasser au Soudan par petits groupes.

 

Février 2008

 

Conférence de presse d'Ahmad Allam-Mi, ministre des affaires étrangères du Tchad

 

Nations Unies Conférence de presse, 26 février 2008

 

Le Ministre tchadien des affaires étrangères, M. Ahmad Allam-Mi, a affirmé cet après-midi, au Siège des Nations Unies à New York, qu'« il ne peut pas y avoir de paix véritable au Tchad sans cohésion nationale ».  Il  a également assuré que le Gouvernement tchadien était prêt à respecter tous ses engagements dans le cadre des Accords de Syrte.

Le Ministre a confirmé, lors d'une conférence de presse, que son gouvernement négociait actuellement « avec des groupes de rebelles, dans le cadre de discussions secrètes ».  « La main reste tendue pour ceux qui veulent toujours rentrer dans le cadre des Accords de Syrte de réconciliation nationale », a-t-il dit, précisant que « des groupes étaient en train de saisir cette main tendue ».

M. Allam-Mi s'est adressé à la presse à l'issue de consultations informelles du Conseil de sécurité, devant lequel il a détaillé la situation qui régnait actuellement dans son pays.  Il a ainsi relaté « la dernière agression contre la capitale tchadienne, les questions de sécurité, de disparitions des personnalités politiques de l'opposition, de l'ouverture du dialogue politique, de l'avenir du pays et de la normalisation des relations avec le Soudan ».

Le chef de la diplomatie tchadienne a ainsi indiqué être venu à l'ONU « remercier la communauté internationale pour avoir condamné l'agression » du Soudan qui a cherché, a-t-il ajouté, à « renverser les institutions légitimes » du Tchad.  « J'ai assuré la communauté internationale de notre volonté de normaliser nos relations avec le Soudan, encore faut-il que le Soudan le veuille bien », a-t-il souligné.

M. Allam-Mi a également tenu à préciser que « la France n'a pas combattu directement » lors des derniers affrontements.  « La France a respecté ses engagements dans le cadre des accords de coopération qui la lient au Tchad, en appuyant les autorités légitimes du pays en matière de renseignement aérien sur les mouvements des agresseurs, en fournissant du matériel militaire, en accordant de la logistique et des soins aux blessés », a-t-il expliqué.

Selon le Ministre, « les Soudanais ont créé une rébellion intérieure de longue date, depuis 2003, pour combattre leur propre rébellion ».  « C'est ainsi que l'on transforme une guerre locale en une guerre sous-régionale », a-t-il affirmé.

Par ailleurs, M. Allam-Mi a estimé que le régime tchadien faisait « face à un lynchage médiatique depuis la fin des combats à N'Djamena sur l'affaire des personnalités qui auraient été arrêtées par les forces régulières ».  « Il n'y a pas de volonté politique du Gouvernement tchadien d'arrêter qui que ce soit », a-t-il insisté.  « Il n'y a pas de chasse aux sorcières. »

Le Ministre a ainsi indiqué que l'ancien Président tchadien, M. Lol Mahamat Chou, qui préside le Comité de suivi de la mise en œuvre de l'Accord du 13 août 2007, avait été placé en résidence surveillée chez lui.  S'agissant de M. Ngarlejy Yorongar, qui n'est pas réapparu, des renseignements communiqués par sa propre soeur et son chauffeur soulignent qu'il est vivant et se cache et qu'il s'exprimera probablement demain pour raconter les circonstances de son arrestation, a-t-il dit.  Ces deux figures de l'opposition « bénéficieront de la présomption d'innocence et de tous leurs droits » s'ils devaient être inculpés pour « un quelconque complot avec les assaillants », a-t-il également déclaré.  Enfin, il a ajouté que les autorités étaient sans nouvelles de M.  Ibni Oumar Mahamat Saleh, qui « compte parmi les personnalités disparues ».

M. Allam-Mi a ajouté qu'« une Commission nationale ouverte à la communauté internationale » a été mise sur pied afin de « faire la lumière sur tous les cas de violation des droits de l'homme au Tchad, sur toutes les disparitions ». 

Le Ministre tchadien a également souhaité un déploiement rapide de la Force de l'Union européenne dans l'est du pays afin de « neutraliser les camps de réfugiés et peut-être dissuader le Soudan de ne pas envoyer de colonnes à partir du Darfour pour nous déstabiliser ».  « Après des atermoiements de certains États Membres et des hésitations, l'EUFOR est déjà lancée », a-t-il souligné, rappelant que la Force pourrait être opérationnelle « à partir de début mars ».

« Nous aurions voulu que la communauté internationale fasse beaucoup plus pression sur le Soudan et que la MINUAD vienne très vite au Darfour pour sécuriser la province », a-t-il poursuivi.  Car, de l'avis du Ministre, « le Soudan, en encourageant les guerres du Darfour, cherche à faire un nettoyage ethnique qui ne dit pas son nom ».

Le Ministre des affaires étrangères a, de même, espéré que la Chine, « qui a un poids important au Soudan », fasse « pression sur le régime d'Omar el-Béchir » afin que celui-ci « cesse ses massacres au Darfour, accepte un règlement politique de la crise au Darfour et cesse son opération de déstabilisation du Tchad en envoyant des Tchadiens comme chair à canon pour une cause qui n'est pas la leur ».

Évoquant un « risque de désordre qui peut entraîner la déstabilisation de toute la sous-région », il a regretté également le fait que certains États comme la Fédération de Russie ou certains pays arabes « ménagent de trop le régime de Khartoum ».

 

Février 2008

 

Au Darfour, cinq ans après, les Occidentaux désemparés laissent l'initiative à la Chine

 

Le Figaro, 25 février 2008, par Pierre Prier

 

L'analyse de Pierre Prier (°)

 

Le conflit du Darfour entre, demain, dans sa sixième année, sans qu'une solution ne soit en vue. Il risque maintenant d'entraîner le Tchad dans le chaos. Ce conflit du XXI ème siècle, trop souvent simplifié au gré des visions militantes, risque d'obliger la communauté internationale à changer bien des habitudes en Afrique.

L'ONU et les grandes ONG y ont lancé la plus grosse opération humanitaire au monde : 570 millions d'euros de budget pour 2008. Parallèlement, la guerre du Darfour est en train de mobiliser la plus importante force d'interposition actuelle, la première à rassembler l'ONU et l'Union africaine avec 26.000 hommes projetés. Sans parler de l'autre force militaire, l'Eufor, organisée par l'Union européenne, qui doit se déployer au Tchad, afin de protéger les réfugiés du Darfour et les civils tchadiens.

Toutes ces opérations affrontent des difficultés plus ou moins graves. Leur échec pourrait avoir des conséquences catastrophiques pour le concept même de maintien de la paix, entraînant une méfiance durable à l'égard de ce type d'entreprise. La communauté internationale en porterait la responsabilité. Les deux tiers des effectifs manquent toujours, ainsi que des hélicoptères. La force en a besoin de vingt-quatre, d'attaques ou de transport. Ils sont indispensables pour agir contre les forces mobiles et rapides dans un territoire vaste comme la France. Hier, on en était à cinq, promis par l'Ethiopie. Aucune grande puissance militaire occidentale ne veut engager des appareils coûteux à entretenir, spécialement dans la chaleur et la poussière. Les Occidentaux, engagés sur d'autres fronts, ne fourniront pas non plus d'hommes, comptant une fois de plus sur les sources traditionnelles des Casques bleus, Egypte, Pakistan, Népal, etc…

Le gouvernement soudanais, qui par ailleurs multiplie les tracasseries administratives, se frotte les mains. Pour bien montrer l'idée qu'il se fait du pouvoir des Nations Unies et des Casques Bleus, qu'il a acceptés du bout des lèvres, le Soudan a déclenché ces derniers jours une nouvelle offensive dans la province. Les derniers bombardements aériens en date ont eu lieu hier.

Le gouvernement de Khartoum marque ainsi sa volonté de survie dans sa forme actuelle : un pouvoir principalement tenu par un groupe ethnico-politique d'Arabes du centre, se nommant eux-mêmes les « Fils du Pays » et leurs affidés. Comme d'habitude de nombreux civils figurent parmi les victimes. Ils appartiennent aux groupes ethniques dont sont issus les rebelles. Mais les tueurs ne sont pas toujours du côté du gouvernement. Les mouvements rebelles, fractionnés en une multitude de factions dont certaines ont fait allégeance à Khartoum, se battent périodiquement entre eux, sans égard pour les populations.

Lourde tâche pour la « force hybride » ONU-UA, à supposer qu'elle parvienne à se mettre en place. C'est là qu'intervient la Chine. Demain, justement, M. Liu doit visiter le Darfour. Liu Guijin est l'envoyé spécial de Pékin chargé de la gestion de la crise. Le soutien militaire et diplomatique de la Chine au Soudan, où elle a des intérêts pétroliers, n'est plus à démontrer. M. Liu a voulu témoigner de bonne volonté : hier, il a exhorté le gouvernement à «  plus de souplesse  » et les rebelles à «  retourner à la table des négociations  ». La Chine veut «  donner un coup de main pour une solution globale  », assure M. Liu. L'envoyé de Pékin, aimerait bien en contrepartie que la «  la couverture médiatique soit équilibrée  ». C'est-à-dire plus favorable à la version gouvernementale du conflit.

Ni la date, ni le moment choisis ne sont dus au hasard. Pékin a saisi une fenêtre favorable pour se poser en arbitre indispensable dans la grande crise de l'Afrique de l'Est. Ses ambassadeurs sur le continent n'en font pas mystère : il faut désormais compter avec une nouvelle puissance en Afrique. Une puissance qui agit, comme les autres, selon ses intérêts. Et qui a pris la mesure du rapport de forces. On devine que, selon Pékin, il ne penche pas en faveur de ceux qui accusent le gouvernement de Khartoum, Etats-Unis en tête.

L'incapacité de l'ONU à mettre sa force en place ne donne pas tort à M. Liu. Ce dernier laisse entendre, avec impavidité, que les obstacles ajoutés par Khartoum au maigre déploiement des troupes africano-onusiennes ne viennent que de « problèmes techniques  », qu'il «  ne faut pas politiser  ». Pékin se chargera sûrement d'apporter une solution « technique » elle aussi. Ce qui lui permettrait de se poser en parrain de cette force d'interposition mal née et orpheline. Dans ce cas, on n'aurait pas fini de mesurer les conséquences de cette adoption. La Chine, par exemple, étendrait-elle sa bonne volonté jusqu'à restreindre les rebelles tchadiens basés au Soudan, qui ont attaqué le Tchad sans succès il y a un mois, et menacent de revenir ?

 

Février 2008

 

La Chine se dit prête à aider à mettre fin au conflit au Darfour

 

Agence France Presse, Khartoum, 24 février 2008

 

L'envoyé spécial de la Chine au Soudan, Liu Guijin, a affirmé dimanche que son pays était prêt à aider à mettre fin au conflit au Darfour, avec en toile de fond les critiques internationales croissantes envers Pékin pour son soutien au régime de Khartoum.

M. Liu se trouve dans la capitale soudanaise pour des entretiens de haut niveau, alors que l'ONU a exprimé son inquiétude après avoir reçu des informations sur de nouvelles violences au Darfour, région de l'ouest du Soudan en guerre civile.

"La Chine est prête à coopérer avec le gouvernement du Soudan, l'ONU, l'Union africaine, les pays de la région et tous les autres acteurs" pour tenter de mettre fin au conflit, a-t-il affirmé à la presse.

"Du côté du gouvernement chinois, nous sommes prêts à donner un coup de main", a-t-il ajouté lors d'une conférence de presse conjointe avec le ministre soudanais des Affaires étrangères, Deng Alor Kuol.

Liu Guijin a estimé qu'il était important de ne pas "politiser" les "problèmes techniques" entravant le déploiement de la mission de paix hybride ONU-UA au Darfour (Minuad).

D'après lui, des progrès ont été enregistrés dans le déploiement de cette force actuellement en sous-effectif.

"Le gouvernement et le peuple chinois sont prêts à faire (leur) propre contribution positive et constructive pour une solution au problème du Darfour", a-t-il dit, appelant à un "effort global" et une couverture médiatique équilibrée.

M. Liu a l'intention de se rendre au Darfour mardi, date considérée par la plupart des experts comme marquant le cinquième anniversaire du conflit.

Rodolphe Adada, le chef de la Minuad, et Ameerah Haq, la coordinatrice humanitaire de l'ONU au Soudan, ont signé un communiqué conjoint dans lequel ils expriment leur inquiétude après de nouveaux bombardements au Darfour dimanche.

"La Minuad a reçu des informations ce matin sur des bombardements aériens dans la zone de Jebel Moon, dans l'ouest du Darfour. Nous sommes extrêmement inquiets pour la sécurité des milliers de civils présents dans cette zone", ont affirmé les deux responsables de l'ONU.

"Il est impératif que les civils soient tenus à l'écart des violences et pour cela, tout combat doit cesser immédiatement. Les risques à ce stade pour les civils sont élevés, de manière inacceptable", ont-ils ajouté.

Le chef de la diplomatie soudanaise a pour sa part affirmé aux journalistes que Khartoum ne voulait pas que la Chine pâtisse de ses liens étroits avec le Soudan.

"La Chine n'est pas directement impliquée dans ce qui se passe au Darfour", a affirmé M. Alor, disant en outre que le Soudan travaillait à améliorer ses relations avec l'Occident.

La Chine est un partenaire économique majeur du Soudan, qui lui achète des armes et lui vend du pétrole. Ses liens avec Khartoum sont perçus comme un frein aux efforts internationaux pour faire pression sur le gouvernement soudanais au sujet du Darfour.

Le Darfour est ravagé depuis cinq ans par un conflit qui a fait près de 200.000 morts, selon des organisations internationales, et plus de 2 millions de déplacés. Khartoum conteste ce bilan et chiffre le nombre des victimes à 9.000.

 

Février 2008

Signature d'un cessez-le-feu permanent en Ouganda

 

Le Point 23 février 2008, Version française Philippe Bas-Rabérin

 

Le gouvernement de l'Ouganda et les rebelles de l'Armée de résistance du Seigneur (LRA) ont signé un cessez-le-feu marquant un nouveau pas vers un accord de paix global qui, selon des médiateurs, pourrait intervenir dès la semaine prochaine.

"On dépose les armes, c'est la fin de la guerre", a déclaré samedi l'émissaire de l'Onu Joachim Chissano après la signature de ce "cessez-le-feu permanent" à Juba, la capitale du Sud-Soudan où se tiennent des négociations visant à mettre un terme à deux décennies d'hostilités.

Alors que seul reste à conclure un accord de démobilisation, négociateurs et médiateurs jugent un règlement final à portée de main dans les jours qui viennent.

D'abord laborieux, le processus entamé au milieu de l'année 2006 a connu ces derniers jours des progrès rapides qui ont d'autant plus surpris les observateurs que la délégation de la LRA s'était retirée des discussions jeudi dernier, faute d'avoir obtenu des promesses de fonds et de postes ministériels.

L'insurrection engagée par la LRA en 1986 contre le président Yoweri Museveni a ravagé le nord de l'Ouganda, faisant des dizaines de milliers de morts et déracinant près de deux millions d'habitants. Le mouvement s'est acquis une réputation d'infamie par des pratiques brutales comme les mutilations.

La cérémonie de signature s'est déroulée samedi sous la supervision du vice-président soudanais Riek Machar, médiateur principal. Les délégués de la LRA et du gouvernement se sont donné l'accolade et ont tambouriné de joie sur les tables tandis que des cris et des sifflements résonnaient dans la salle.

 

Zone tampon

 

"Les parties annoncent et observeront un cessez-le-feu permanent appelé à entrer en vigueur 24 heures après la signature de l'accord de paix final", a dit Machar.

Le document signé samedi interdit à la LRA tout recrutement ou réarmement ainsi que tout mouvement au-delà d'une zone de rassemblement au Sud-Soudan.

Le cessez-le-feu, qui formalise une cessation des hostilités convenue en août 2006, crée une zone tampon de 10 km de profondeur autour de la zone de regroupement au Sud-Soudan.

Reste à mettre au point un accord sur les modalités de démobilisation et de désarmement des rebelles, ce que les négociateurs présentent comme une simple formalité.

Chissano, ancien président du Mozambique, a engagé les deux parties à ne pas trébucher dans la dernière ligne droite: "Ne nous laissons pas griser par la joie. Nous devons discerner clairement un moyen de réaliser la paix."

Le sort du chef mystique de la LRA, Joseph Kony, demeure incertain. Bien qu'il soit recherché par la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye, les deux parties sont convenues cette semaine que les crimes graves commis durant la guerre seraient jugés dans le pays.

Des analystes estiment que le processus a pu évoluer de façon aussi rapide parce que Kony, assuré de ne pas être poursuivi à l'étranger, en a sans doute facilité le déroulement.

Vendredi, les parties avaient signé un autre accord par lequel Kampala s'engage à donner au Nord ougandais une meilleure représentation dans l'administration et les forces armées.

Bien que l'ethnie Acholi ait subi le gros des atrocités perpétrées durant le conflit par la LRA, le mouvement rebelle s'était posé en défenseur des Nord-Ougandais marginalisés et opprimés selon lui par Museveni.

L'observateur italien Vittorio Scelzo, qui suit de près les pourparlers ougandais, a déclaré que la démobilisation et le désarmement avaient été bien préparés et feraient rapidement l'objet d'un accord.

 

Février 2008

 

 

La Suisse envisage de sanctionner le Tchad après l'utilisation d'un avion d'entraînement de fabrication helvétique

 

Xinhuanet, 23 février 2008

 

Le gouvernement suisse envisage  de sanctionner le Tchad après l'utilisation d'un avion d'entraînement Pilatus PC-9 armé, a annoncé vendredi le  département fédéral de l'économie suisse (DFE). 

Le Conseil fédéral suisse a chargé mercredi les Départements  fédéraux de l'économie et des affaires étrangères d'étudier  d'éventuelles sanctions contre le Tchad et d'examiner la possibilité d'adapter les critères d'autorisation pour  l'exportation d'avions d'entraînement militaire.  

Des éléments concrets sont venus confirmer que le Tchad a  utilisé l'avion d'entraînement PC-9 importé de la Suisse à des  fins militaires et, ce faisant, a contrevenu à la déclaration de destination finale. 

Selon le DFE, le 17 janvier 2008, le secrétariat d'état de  l'économie suisse (SECO) a informé qu'un avion d'entraînement  Pilatus du type PC-9 livré au Tchad a été équipé du système d'accrochage nécessaire à son armement et que l'appareil a probablement été armé. Par ailleurs, divers indices donnent à  penser que l'appareil incriminé a été régulièrement impliqué dans  des combats livrés le long de la frontière entre le Tchad et le  Soudan. 

 

 Février 2008

Ouganda: accord de cessez-le-feu

 

B-B-C- Kampala par Thomas Fessy , 23 février 2008

 

Le cessez-le-feu, signé samedi à Juba, dans le sud du Soudan, entrera en vigueur dès que l'accord global de paix sera conclu.

Il remplacera alors les accords précédents de cessation des hostilités que le gouvernement et les rebelles ont renouvelés tout au long des pourparlers de paix.

Ces pourparlers ont rétabli la sécurité dans la partie nord de l'Ouganda depuis maintenant un an et demi.

La signature de l'accord de paix final pourrait bien se faire dans les jours qui viennent.

Cette semaine, en effet, les discussions ont vraiment accéléré avec des accords conclus notamment sur les questions de justice, d'accès à des postes politiques ou encore pour les populations du nord du pays au travail de manière égale à celui des autres habitants.

Un pas de plus est donc franchi avec ce cessez-le-feu, il ne reste plus qu'aux deux parties à s'entendre sur le programme de désarmement, de démobilisation et de réintégration.

Une fois le consensus établi sur ce dernier point, gouvernement et rebelles seront fin prêt pour la signature de l'accord de paix.

Ce sera alors intéressant de voir si le chef de file de la LRA, Joseph Kony, sortira de la jungle où il se trouve en ce moment.

Il est, comme deux autres responsables de la rébellion, sous le coup d'un mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale pour crimes contre l'humanité et crimes de guerre.

Mais maintenant que le gouvernement et l'Armée de résistance du Seigneur se sont entendu sur l'établissement d'un tribunal pour juger les crimes de guerre en Ouganda, Kampala espère obtenir de la CPI qu'elle retire ces mandats d'arrêts.

 

Février 2008

 

L'Ouganda signe un accord avec les rebelles en vue d'un cessez-le-feu

 

Agence France Presse, Kampala, 23 février 2008

 

Le gouvernement ougandais et les rebelles de l'Armée de Résistance du Seigneur (LRA) ont signé samedi à Juba (Sud-Soudan) un accord en vue d'un cessez-le-feu permanent, marquant ainsi une étape importante visant à mettre fin à vingt ans de guerre civile, a annoncé un responsable.

"Nous avons signé un accord de cessez-le-feu permanent à 14H00 (11H00 GMT). C'est une nouvelle percée majeure" dans les pourparlers de paix, a déclaré à l'AFP le capitaine Chris Magezi, le porte-parole de la délégation du gouvernement ougandais.

"Cet accord est un important point de repère et un tournant. C'est la preuve de la détermination des deux parties à travailler rapidement à la signature de l'accord de paix final (Final Peace Agreement - FPA), a ajouté M. Magezi.

Ce cessez-le-feu prendra effet 24 heures après la signature d'un accord de paix définitif que les deux délégations espèrent conclure dans les jours qui viennent, selon la même source.

En effet, les deux parties doivent à présent conclure le dernier et cinquième volet de leurs pourparlers, qui traite de la question sensible du désarmement, de la démobilisation et de la réinsertion (DDR) des combattants de la LRA.

Ce dernier volet devrait être signé "cette semaine (à venir) si tout se passe selon le programme", ouvrant la voie à la signature d'un accord de paix global, a indiqué à l'AFP une source officielle ayant requis l'anonymat.

Un premier cessez-le-feu, qui a été violé à plusieurs reprises, avait mis fin en 2006 au conflit qui a éclaté en 1988 quand M. Kony a pris la tête d'une rébellion de l'ethnie Acholi dans le nord du pays.

Le conflit a fait des dizaines de milliers de morts et provoqué le déplacement de près de deux millions de personnes.

Vendredi, l'Ouganda et les rebelles de la LRA avaient annoncé avoir conclu à Juba un accord sur l'application d'un précédent traité établissant la liste des points devant être discutés lors des pourparlers de paix pour mettre fin au conflit.

Un peu plus tôt cette semaine, Kampala et le groupe rebelle avaient signé un protocole d'accord prévoyant la mise en place d'institutions de justice traditionnelle pour traiter les crimes de moindre importance de la LRA et d'un tribunal spécial pour juger les actes les plus graves.

Le chef de la LRA, Joseph Kony, et trois autres responsables de la rébellion font l'objet de mandats d'arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes contre l'humanité et crimes de guerre. Ils sont accusés d'avoir violé et mutilé des civils, enrôlé des enfants soldats et massacré des milliers de personnes au cours de deux décennies de rébellion.

L'organisation de défense des droits de l'homme Human Rights Watch (HRW) a immédiatement exprimé des réserves sur l'efficacité des tribunaux qui seraient créés aux termes du protocole.

De son côté, le procureur de la CPI a réaffirmé mercredi la validité de ces mandats d'arrêt.

"Le bureau du procureur n'est pas impliqué dans le processus de paix", selon un communiqué du procureur Luis Moreno Ocampo. "Les mandats d'arrêts contre des commandants de la LRA ont été lancés par la Cour et sont toujours en vigueur", a-t-on indiqué de même source.

Seuls des juges de la CPI peuvent décider de les abandonner, s'ils estiment que les tribunaux locaux sont capables et ont la volonté de juger ces chefs de la rébellion

 

Février 2008

 

 

La Suisse envisage de sanctionner le Tchad après l'utilisation d'un avion d'entraînement de fabrication helvétique

 

Xinhuanet, 23 février 2008

 

Le gouvernement suisse envisage  de sanctionner le Tchad après l'utilisation d'un avion d'entraînement Pilatus PC-9 armé, a annoncé vendredi le  département fédéral de l'économie suisse (DFE). 

Le Conseil fédéral suisse a chargé mercredi les Départements  fédéraux de l'économie et des affaires étrangères d'étudier  d'éventuelles sanctions contre le Tchad et d'examiner la possibilité d'adapter les critères d'autorisation pour  l'exportation d'avions d'entraînement militaire.  

Des éléments concrets sont venus confirmer que le Tchad a  utilisé l'avion d'entraînement PC-9 importé de la Suisse à des  fins militaires et, ce faisant, a contrevenu à la déclaration de destination finale. 

Selon le DFE, le 17 janvier 2008, le secrétariat d'état de  l'économie suisse (SECO) a informé qu'un avion d'entraînement  Pilatus du type PC-9 livré au Tchad a été équipé du système d'accrochage nécessaire à son armement et que l'appareil a probablement été armé. Par ailleurs, divers indices donnent à  penser que l'appareil incriminé a été régulièrement impliqué dans  des combats livrés le long de la frontière entre le Tchad et le  Soudan. 

 

Février 2008

 

Tchad: confusion autour du sort de l'opposant disparu Ngarlejy Yorongar

 

Agence France Presse, N'Djamena, 22 février 2008

 

Le sort de l'opposant tchadien Ngarlejy Yorongar restait incertain vendredi soir après des affirmations du pouvoir selon lesquelles il est "réapparu" dans son quartier de N'djamena, ce que dément formellement sa famille.

Signe de la confusion concernant le député fédéraliste ainsi que deux autres figures de l'opposition, le ministre français des Affaires étrangères français Bernard Kouchner attendait "confirmation" de l'apparition de M.Yorongar et il a indiqué que le Tchad devait faire "la lumière" sur les trois opposants avant une éventuelle visite du président français Nicolas Sarkozy, envisagée sur la route de l'Afrique du Sud.

"Personne n'a vu mon père. Qu'on arrête de nous torturer moralement. (Les autorités tchadiennes) s'amusent avec notre famille, avec le peuple tchadien, et se moquent de la communauté internationale", a déclaré à l'AFP le fils du M. Yorongar Rokoulmian Yorongar, installé en France depuis cinq ans.

Auparavant, les autorités tchadiennes avaient déclaré à plusieurs reprises qu'elles avaient "retrouvé" le député, une des trois grandes figures de l'opposition disparues depuis le 3 février à l'issue de l'échec de l'offensive de la rébellion sur la capitale.

En visite à Paris, le chef de la diplomatie tchadienne Ahmad Allam-Mi a d'abord annoncé au cours d'une conférence de presse à Paris que l'opposant avait été "retrouvé vivant". Plus tard, le ministre de l'Intérieur tchadien Ahmat Bachir a pris le relais à N'Djamena en déclarant que M. Yorongar avait "fait son apparition jeudi soir à son domicile de Moursal", où il avait été "reconnu par des témoins" de ce quartier de la capitale tchadienne.

"Toutes les personnalités censées portées disparues réapparaissent curieusement d'eux mêmes comme par hasard", a même ironisé le ministre.

"Moursal n'est pas plus grand que l'Ile de la Cité à Paris. Il est l'homme le plus connu là-bas. J'ai eu des coups de téléphone d'oncles, de parents, d'amis. Personne ne l'a vu", s'insurge le fils de l'opposant.

L'ancien chef de l'Etat, Lol Mahamet Choua, disparu dans les mêmes circonstances que Yorongar, a été arrêté et porté disparu pendant plusieurs jours avant que les autorités tchadiennes le retrouvent "vivant" le 14 février et reconnaissent qu'il est détenu.

"Lol Mahamat Choua a été retrouvé en flagrant délit avec les mercenaires et se trouve entre les mains de la police judiciaire pour le besoin de l'enquête", a assuré vendredi M. Allam-Mi.

Ces propos ont aussitôt été démentis par l'opposition. Cela "relève du fantasme et du mensonge politique le plus grossier", a réagi le Rassemblement pour la Démocratie et le Progrès (RDP) dans un communiqué reçu à Libreville.

Le sort du troisième opposant de renom disparu, le porte-parole de la principale coalition de l'opposition Ibni Oumar Mahamat Saleh n'est toujours pas connu.

 

Février 2008

 

Des processus de paix à l'épreuve du feu

Darfour, Tchad, Centrafrique

 

Centre de recherche pour la mondialisation, Montréal, Canada, 22 février 2008

par Xavier Zeebroek et Pamphile Sebahara et Federico Santopinto

 

Synthèse

 

Le conflit du Darfour (Ouest du Soudan) et ses conséquences au Tchad et en Centrafrique mettent à nouveau en évidence les hésitations et les limites des actions de la communauté internationale dans la gestion des crises.

Dans les trois pays, pas moins de six opérations de paix menées par quatre organisations internationales tentent de coordonner leurs actions.

Nulle part les conditions essentielles du retour à la paix ne semblent réunies. Et la communauté internationale – ONU en tête – se retrouve une nouvelle fois à « maintenir la paix dans des pays où il n'y a pas de paix ».

En déployant des missions inadaptées à la situation, l'ONU et l'UE font courir des risques énormes à tous ceux qu'elles envoient sur le terrain sans assurance de diminuer les souffrances des populations civiles.

Face à des grandes puissances qui privilégient leurs intérêts immédiats et cherchent à instrumentaliser les organisations internationales, n 'est-on pas en train d'assister à une démonstration de mauvaise gouvernance mondiale dans la région ?

 

1.- Le conflit du Darfour et ses conséquences régionales

 

Depuis 2003, l'aggravation du conflit opposant les groupes rebelles du Darfour à l'armée soudanaise et aux milices Janjawid soutenues par Khartoum a fait plus de 200.000 victimes civiles, directes et indirectes, et deux millions de déplacés et réfugiés au Tchad et en République centrafricaine. Le Darfour, territoire grand comme la France et situé à l'Ouest du Soudan compte près de 6 millions d'habitants composés de trois tribus principales : les Four (qui ont donné leur nom au Darfour), les Masalit et les Zaghawa . Les principaux mouvements rebelles qui se sont soulevés contre le gouvernement central en 2003 sont l'Armée de libération du Soudan (ALS) dirigée par Abdel Wahid Mohamed Ahmed Nur, Khamis Abdallah Abakar et Minni Arkoi Minawi et le Mouvement pour la justice et l'équité (MJE) dirigé par Khalil Ibrahim Mohamed. Ils revendiquent une meilleure répartition des ressources et des richesses du pays. Le conflit est essentiellement politique même si les principaux acteurs mobilisent les facteurs identitaires, notamment ethniques, pour recruter leurs combattants. Le conflit se nourrit aussi des trafics d'armes et de l'instabilité générale qui règne dans cette région à cheval entre trois pays, le Tchad, la République centrafricaine et le Soudan [1] .

Le nombre élevé de déplacés et de réfugiés du Darfour s'explique par la violence grandissante orchestrée par les milices Janjawid depuis 2003 avec le soutien de l'armée gouvernementale soudanaise. Viols, meurtres et pillages sont commis dans de nombreux villages où les milices appliquent la politique de la terre brûlée, ce qui force les populations à fuir. Les pressions de la communauté internationale sur le gouvernement soudanais pour qu'il désarme ces milices n'ont pas encore donné de résultats tangibles malgré les engagements de Khartoum dans ce sens.

Contrairement à certaines affirmations, il ne s'agit pas d'un conflit religieux parce que la plupart des populations du Darfour sont musulmanes. Par contre, selon de nombreux observateurs, le gouvernement central, pour se maintenir au pouvoir, instrumentalise les groupes ethniques locaux sur la base de leur compétition pour l'espace et les ressources. Il utilise ainsi les milices Janjawid recrutées parmi les tribus « arabes » pour réprimer les principales tribus « africaines » du Darfour parmi lesquelles les rebelles de l'ALS et du MJE recrutent.

L'enjeu du pouvoir est d'autant plus important que le gouvernement est engagé dans un processus de mise en œuvre de l'accord de paix signé en 2005 avec le Mouvement/Armée de libération du peuple soudanais (SPLM/A) après plus de 20 ans de guerre civile. Celle-ci avait été lancée en 1983 par le mouvement de John Garang qui revendique une autonomie du Sud Soudan, animiste et chrétien, face au Nord, musulman et qui applique la charia. La répartition équitable des pouvoirs et des ressources, notamment pétrolières, est aussi au cœur des revendications. Une opération de paix de l'ONU (MINUS) appuie ce processus de paix.

 

1.1.- Les répercussions au Tchad déjà instable

 

Le Tchad voisin n'est pas davantage un pays tranquille. Arrivé au pouvoir en 1990 grâce à un coup d'Etat, le président Idriss Déby Itno n'a rien à envier à ses prédécesseurs en matière de répression, de torture et de mauvaise gouvernance [2] . Déjà sur le point d'être renversé par des rebelles en février 2006, il fut maintenu au pouvoir par l'intervention in extremis des troupes françaises. Le pays connaît en effet une situation d'instabilité politique chronique, caractérisée par une succession de coup d'État militaires et de plusieurs rébellions armées qui occupent une partie du territoire [3] . Le principal défi de la paix au Tchad réside dans les positions très volatiles des acteurs politiques. On constate que les différents accords de paix signés sont rarement mis en œuvre et les principes de gestion équitable des ressources du pays (notamment le pétrole depuis 2003) restent, selon les observateurs, de la rhétorique.

A titre d'exemple, le gouvernement tchadien et les quatre principaux groupes rebelles opérant à l'Est du pays (l'Union des forces pour la démocratie et le développement – UFDD- du général Nouri), l'UFDD fondamentale (une aile dissidence de l'UFDD), le Rassemblement des forces pour le changement (RFC) de Timane Erdimi, la Concorde nationale tchadienne (CNT) du Colonel Hassane Saleh Al Gadam Al Jinedi), avaient signé, le 3 octobre 2007 à Tripoli (Libye), un accord qui prévoyait la participation des rebelles dans la gestion des affaires de l'État et le cantonnement de leurs combattants sur des sites définis de commun accord. Cet accord a volé en éclat avec l'attaque de la coalition des trois mouvements sur N'Djamena début février 2008. La vague d'arrestations des opposants qui a suivi le nouvel échec des rebelles réduit à néant une initiative pourtant soutenue par l'Union européenne.

Depuis 2005, le Tchad et le Soudan s'accusent mutuellement de soutenir leurs rébellions respectives : le Soudan soutiendrait les rebelles tchadiens basés à l'Est du pays alors que le Tchad est accusé de soutenir les rebelles du Darfour. Malgré les multiples médiations menées par l'Union africaine et la Libye, les relations politiques entre les deux pays ont continué à se détériorer depuis 2005 lorsque le Tchad s'est déclaré en «  état de belligérance  » avec le Soudan après l'attaque des rebelles tchadiens sur la ville d'Adré, à la frontière du Soudan.

Par ailleurs, le Tchad subit plus que les autres pays voisins, les conséquences humanitaires, politiques et sécuritaires du conflit du Darfour. En effet, 500.000 personnes se sont réfugiées ou déplacées à l'est du Tchad à cause des exactions commises au Darfour. En outre, des milices armées venant du Soudan attaquent les camps de réfugiés sur le territoire tchadien et terrorisent les populations. Selon les observateurs et les organisations humanitaires présentes sur le terrain, elles utilisent les mêmes modes opératoires que ceux observés au Darfour : viols, meurtres et exactions sans distinction, y compris sur les enfants.

 

1.2.- Les répercussions en Centrafrique soumise aux rébellions internes

 

Le conflit du Darfour affecte aussi la Centrafrique. D'une part, certains réfugiés soudanais se sont réfugiés au nord-est de la Centrafrique à la suite du conflit du Darfour. D'autre part, des mouvements rebelles centrafricains auraient une base arrière au Darfour, ce qui leur permettrait entre autres de s'approvisionner en armes. Ainsi le 30 octobre 2006, le gouvernement centrafricain a accusé le Soudan d'agression après l'attaque et l'occupation de deux départements du nord-est par un mouvement rebelle présenté comme bénéficiant du soutien de Khartoum. Les relations politiques entre les deux pays sont difficiles même si plusieurs rencontres entre chefs d'États ont été organisées sous le patronage de l'Union africaine ou de la Libye. La non-application des engagements pris, y compris en termes de non-ingérence dans les affaires intérieures, reste le principal obstacle à la normalisation des relations.

Les conséquences du conflit du Darfour amplifient la fragilité de l'État centrafricain. En effet, l'histoire récente du pays a, elle aussi, été marquée par une série de coups d'État successifs, de mutineries de l'armée, les ruptures de processus de démocratisation, une économie délabrée, la corruption, des tensions ethniques et des salaires de la fonction publique non payés [4] . Si les missions de paix (la FOMUC aujourd'hui, et la MINURCA précédemment) ont contribué à contenir la violence à Bangui, le nord du pays reste dans un état de dénuement, de misère et d'insécurité permanente avec des mouvements rebelles et des coupeurs de route qui terrorisent les populations. A l'instar du Darfour, la province centrafricaine de la Vakaga, au nord du pays, est une région géographiquement reculée, historiquement marginalisée et, par dessus tout, négligée par une administration centrale dont la réponse aux revendications politiques a été principalement sécuritaire [5] .

Enfin, une autre similitude avec les pays voisins, est le non-respect des engagements pris dans le cadre des accords de paix entre le gouvernement, les rébellions et les acteurs extérieurs.

 

1.3.- Des conflits aux caractéristiques communes

 

-- Les conflits du Darfour, du Tchad et de la République centrafricaine comportent quatre caractéristiques communes qui méritent d'être prises en compte dans toute recherche de solution pacifique à la crise actuelle :

La gestion non équitable du pouvoir et des ressources nationales semble être une des causes principales de ces conflits. Elle crée un cercle vicieux à travers la marginalisation d'une partie de la population ou des régions du pays, qui à son tour donne lieu à une insurrection réprimée par le pouvoir et finalement à la perpétuation de la violence. Dans ce contexte, certains leaders n'hésitent pas à instrumentaliser les appartenances communautaires, ethniques, régionales voire religieuses pour mobiliser des partisans. Il est dès lors important pour les intervenants extérieurs, de ne pas perdre de vue qu'aussi longtemps que ce cercle vicieux n'est pas rompu, les interventions ne font qu'alimenter les causes de l'instabilité.

-- L'absence de volonté politique de certains protagonistes pour assurer un retour à la paix ou le non-respect des engagements pris entre les gouvernements des trois pays et leurs oppositions armées respectives n'offre pas un terrain favorable à des opérations de paix classiques.

-- Les difficultés de gérer la sécurité transfrontalière qui nécessiterait de coopérer avec les voisins et de développer des infrastructures spécifiques dans chaque pays concerné. Or, ces zones sont souvent marginalisées par le pouvoir, deviennent incontrôlables et sont le lieu de tous les trafics. 

-- Le rôle parfois ambigu des grandes puissances guidées par des intérêts géostratégiques. Prises entre la volonté de ne pas déplaire aux partenaires qui disposent des matières premières (pétrole, minerais, bois) et la promotion effective des principes démocratiques et de bonne gouvernance, leurs politiques peuvent varier considérablement et brouiller les cartes de la résolution des conflits.

 

2.- L'impasse des initiatives de la communauté internationale

 

Au Darfour, au Tchad et en République centrafricaine, la communauté internationale se trouve face à une des crises les plus complexes depuis la deuxième guerre mondiale. Pour résoudre cet imbroglio, pas moins de six missions de paix menées par quatre organisations internationales vont devoir coordonner leurs actions dans un périmètre relativement restreint :

-- La Mission des Nations unies et de l'Union africaine au Darfour (MINUAD)

-- La Mission des Nations unies au Soudan (MINUS)

-- La Mission de l'Union européenne au Tchad et en République centrafricaine (EUFOR Tchad/Centrafrique)

-- La Mission des Nations unies en République centrafricaine et au Tchad (MINURCAT)

-- La Force multinationale en Centrafrique (FOMUC) coordonnée par la Communauté économique et monétaire des États de l'Afrique centrale (CEMAC)

-- Le Bureau des Nations unies pour la consolidation de la paix en République centrafricaine (BONUCA)

C'est donc à un vrai casse-tête institutionnel que vont être livrés les acteurs du maintien de la paix dans cette région avec, à la clé, un danger permanent de contagion des différents conflits d'une zone à l'autre qui mettrait rudement à l'épreuve des missions aux objectifs et aux règles d'engagement très différents.

Les réponses de l'ONU, de l'UE et de l'UA au conflit du Darfour et à ses conséquences ont évolué graduellement entre 2003 et 2008. Une constante néanmoins : elles sont caractérisées par des hésitations, des jeux de rapports de forces entre les grandes puissances et une absence de volonté de mettre fin au conflit dans le chef de certains protagonistes. Ainsi, cinq ans après le déclenchement de la crise, il n'y a pas encore de solution définitive pour un retour à la paix au Darfour, de même que dans les pays voisins. Les premières initiatives de la communauté internationale ont vu le jour en 2004 seulement.

 

2.1.- La Mission de l'Union africaine au Soudan (MUAS )

 

L'Union africaine est la première à s'être engagée sur le terrain pour tenter de contribuer au retour à la paix. A la suite de la signature, le 28 mai 2004, d'un Accord sur les modalités de la mise en place d'une Commission de cessez-le-feu, elle a décidé d'envoyer une mission d'observation, la Mission de l'Union africaine au Soudan (MUAS I). La soixantaine d'observateurs militaires africains (MILOBs), accompagnés de 300 militaires chargés de leur protection, s'est vite avérée insuffisante devant la multiplication des violations du cessez-le-feu. D'où un renforcement significatif de la mission en octobre 2004 avec le déploiement de la MUAS II, composée de 3.320 personnes (2.341 militaires dont 450 observateurs, 815 policiers civils en plus du personnel civil approprié) [6] .

En avril 2005, les effectifs de la force de l'UA passent à 7.000 soldats. La signature d'un Accord de paix à Abuja (Nigeria) entre le gouvernement soudanais et la faction du principal mouvement rebelle, l'Armée de libération du Soudan (ALS), le 5 mai 2006, ravive le conflit. Les rebelles signataires de l'accord se joignent aux forces gouvernementales pour combattre ceux qui ont refusé d'y prendre part, en particulier le MJE et la faction minoritaire du M/ALS. L'UA, qui s'était ralliée à l'éventualité d'une prise en charge du maintien de la paix au Darfour par les Nations unies, appelle dès lors à l'accélération d'un tel transfert face à la détérioration de la situation. Il faudra attendre deux ans pour voir se réaliser ce transfert.

En réalité, si l'UA a eu le mérite de réagir avec une relative rapidité, la MUAS est handicapée par le manque de moyens financiers, matériels et humains même si elle a pu bénéficier dès le début de l'appui de l'UE, de l'OTAN, des États-Unis et du Canada.

 

2.2.- Les initiatives diplomatiques de l'ONU

 

L'ONU n'a pas déployé d'opération de paix avant 2008 mais elle s'est impliquée – sans beaucoup de succès –  dans la recherche de solutions à la crise du Darfour dès 2004 :

Le Conseil de sécurité a imposé un embargo sur le matériel militaire à destination des milices non gouvernementales du Soudan par la résolution 1556 du 30 juillet 2004. La résolution 1591 étend cet embargo au matériel militaire à destination de tous les belligérants au Darfour. Toutefois, l'absence de liste de ces belligérants permet à la Chine et à la Russie de contourner la mesure, en arguant du manque de preuves que Khartoum participe aux attaques.

-- Le Conseil de sécurité a eu recours également aux menaces de sanctions. La résolution 1564 du 18 septembre 2004 menace le Soudan de sanctions pétrolières s'il ne remplit pas l'engagement de restaurer la sécurité au Darfour et ne coopère pas dans ce but avec l'UA. Le ministre des Affaires étrangères soudanais a immédiatement annoncé qu'il rejetait cette résolution.

-- Le 31 janvier 2005, la commission d'enquête internationale de l'ONU sur le Soudan a publié un rapport qui conclut que les exactions perpétrées au Darfour constituent bien «  des crimes contre l'humanité  », mais pas un génocide contrairement à ce qu'avait déclaré l'administration américaine qui avait utilisé le terme dès 2004.

-- La résolution 1593 sur le Darfour adoptée le 31 mars 2005 demande à la Cour pénale internationale (CPI) d'engager des poursuites à l'encontre des responsables des crimes commis. Ainsi en mai 2007, la CPI lance deux mandats d'arrêts internationaux contre deux Soudanais, accusés de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité, en l'occurrence Ahmed Haroun, l'ancien responsable de la sécurité au Darfour, et actuel secrétaire d'État aux affaires humanitaires, et Ali Kosheib, l'un des principaux chefs des milices Janjawid.

-- Le Conseil de sécurité décide, par sa résolution 1706 du 31 août 2006, de prendre la relève de l'Union africaine au Darfour et d'augmenter l'effectif des Casques bleus jusqu'à 17.300 hommes. Le gouvernement soudanais rejette la proposition. Même si en pratique, son application ne nécessitait pas son accord, l'ONU décide de ne pas déployer sa mission et négocie avec Khartoum.

Les quatre premières initiatives prises par l'ONU n'ont pas eu d'impact significatif en termes de résolution du conflit parce que le gouvernement soudanais ne les a pas acceptées alors qu'il constitue un acteur central. Enfin, les tensions entre l'ONU et le gouvernement soudanais se sont aggravées à la suite de la décision de Khartoum d'expulser, le 22 octobre 2006, Jan Pronk, représentant du Secrétaire général Kofi Annan.

 

2.3.- La Mission conjointe de l'ONU et de l'UA au Darfour (MINUAD)

 

Les négociations entre le gouvernement soudanais, l'ONU et l'UA pour la mise en place de la MINUAD ont duré presque deux ans. Dans un premier temps, il s'agissait de mettre sur pied une opération de l'ONU pour remplacer la MUAS. La résolution 1706 du 31 août 2006 a été rejetée par le Soudan qui la considérait comme un acte hostile. A l'automne 2006, le scénario d'une force hybride UA/ONU consistant en l'absorption de la MUAS dans une force onusienne majoritairement africaine a vu le jour. Avec l'implication plus active de la Chine, alliée de Khartoum, l'ONU et l'UA sont parvenues à une ébauche d'accord, le 7 juin 2007, sur les détails de la force hybride de 23.000 personnes.

Le 31 juillet 2007, après avoir pris en compte les objections des autorités soudanaises, le Conseil de sécurité vote à l'unanimité la résolution 1769 autorisant pour une durée d'un an le déploiement de la force hybride ONU/UA au Darfour, la MINUAD. Cette force sera composée de 19.555 militaires et d'une composante civile appropriée comprenant 3.772 policiers et 19 unités de formation de policiers. Son mandat très ambitieux prévoit de :

-- empêcher les attaques contre les civils ;

-- contribuer à la protection des populations civiles ;

-- suivre et vérifier l'application des différents accords ;

-- rechercher des solutions politiques à la crise ;

-- faciliter l'accès de l'aide humanitaire ;

-- assurer le retour des réfugiés et des déplacés.

La résolution autorise le recours à la force en cas de légitime défense, pour garantir la liberté de mouvement des organisations humanitaires et protéger les civils (sans porter préjudice à la responsabilité du gouvernement soudanais). L'usage de la force est exclu lorsqu'il s'agit de saisir et de détruire des armes illégales. Les principaux pays contributeurs de troupes seront africains. Le 1er août 2007, le gouvernement soudanais accepte officiellement la résolution 1769.

Toutefois, le calendrier qui prévoyait le déploiement effectif des forces au plus tard le 31 décembre 2007 n'a pas été respecté à cause des obstacles posés par le Soudan. Il a entre autres imposé des couvre-feux, interdit les vols de nuit et n'a pas, semble-t-il, attribué les emplacements pour établir les bases de la mission.

Néanmoins, la MINUAD a officiellement pris le relais de la MUAS le 31 décembre 2007. Ce transfert en reste toutefois à ce stade symbolique parce que la capacité de la mission reste sensiblement la même. La MINUAD ne dispose pour l'instant que de 9.000 hommes (7.000 soldats et 1.200 policiers civils, ainsi que des éléments fournis par les Nations unies). On est encore bien loin des 26.000 hommes (20.000 soldats, 6.000 policiers et personnels civils) supposés se déployer à terme au Darfour. En outre la l'accord qui définit les relations entre la MINUAD et le gouvernement soudanais fait encore l'objet de négociation. Selon un communiqué de l'ONU du 5 février 2007, ce document pourrait être signé à bref délai.

 

2.4.- La Mission de l'ONU au Tchad et en RCA (MINURCAT)

 

Le Conseil de sécurité a décidé le 25 septembre 2007 de déployer une mission entre le Tchad et la Centrafrique avec pour objectif de compléter le dispositif de la mission ONU/UA au Darfour soudanais. Créée par la résolution 1778, la MINURCAT est une mission multidimensionnelle composée, au maximum, de 300 policiers, 50 officiers de liaison et du personnel civil. La même résolution autorise l'opération Eufor-Tchad-RCA.

Le mandat de la MINURCAT prévoit qu'elle contribuera au retour volontaire des réfugiés et des personnes déplacées, y compris en contribuant à leur sécurité et à celle des populations civiles en danger, en facilitant la fourniture de l'assistance humanitaire dans l'est du Tchad et le nord-est de la RCA, en créant les conditions en faveur d'un effort de reconstruction et de développement dans les deux pays. Il met également l'accent sur le rôle de coordination et de contacts à maintenir avec tous les acteurs, nationaux et internationaux, intervenant en matière de paix et sécurité dans les trois pays, notamment la MINUAD, la FOMUC, la BONUCA, EUFOR-Tchad-RCA, etc.

 

2.5.- La mission EUFOR au Tchad et en RCA

 

Baptisée EUFOR TCHAD/RCA, la mission militaire de l'UE, fortement voulue par la France, est en préparation depuis déjà plusieurs mois, malgré l'opposition du Soudan à toute présence militaire occidentale dans la région. L'EUFOR TCHAD/RCA s'apprête à envoyer, pour une période initiale d'un an, 3.700 soldats dans une région très vaste, où vivent, à la portée de plusieurs groupes armés, des centaines de milliers de réfugiés et de déplacés.

La planification de l'EUFOR a été, en effet, longue et compliquée. Jusqu'à la dernière minute, plusieurs États membres de l'Union, notamment l'Allemagne, avaient manifesté de nombreux doutes quant à l'opportunité de lancer une opération qui risque d'être perçue comme un appui militaire à des régimes étroitement liés à Paris [7] . Ces réticences auront finalement contraint la France à engager 2.100 hommes (au lieu des 1.500 annoncés dans un premier temps) sur un total de 3.700. Parmi les soldats que les treize autres États européens ont accepté d'envoyer sur le terrain, on compte 400 Polonais, 400 Irlandais, 200 Suédois, 120 Roumains, une centaine de Belges et des contributions mineures d'autres pays. Malgré la prédominance de soldats et de moyens français, la mission a été mise sous le commandement d'un Irlandais, le lieutenant général Patrick Nash. Le quartier général a été néanmoins installé au Mont Valérien, à Paris, et sera intégré par du personnel provenant de 21 pays européens. Enfin, le général de brigade français Jean-Philippe Ganascia sera le commandant de la force sur le terrain.

L'EUFOR bénéficie d'une solide légitimité internationale et légale. La résolution 1778 (2007) adoptée par le Conseil de sécurité le 25 septembre 2007, concernant la mise en place de la MINURCAT, a autorisé simultanément l'UE à déployer sa force au nord de la République centrafricaine et à l'est du Tchad, pour une durée initiale d'un an. Fait politiquement significatif : ladite résolution a été votée à l'unanimité, ce qui témoigne de l'existence d'un consensus international à ce sujet, malgré les réticences intra-européennes.

Le mandat de l'ONU se base explicitement sur la Chapitre VII de la Charte des Nations unies, qui autorise l'usage de la force en cas de besoin. La résolution précise en effet que l'EUFOR «  est autorisée à prendre toutes les mesures nécessaires  » pour s'acquitter des tâches qui lui sont attribuées. Or, le mandat de l'EUFOR est essentiellement à vocation humanitaire. Il se base sur les points suivants :

-- contribuer à la protection des civils en danger, en particulier les réfugiés et les personnes déplacées ;

-- faciliter l'acheminement de l'aide humanitaire et la libre circulation du personnel humanitaire en contribuant à améliorer la sécurité dans la zone d'opérations ;

-- contribuer à la protection du personnel, des locaux, des installations et du matériel des Nations unies et assurer la sécurité et la liberté de circulation de son propre personnel, du personnel des Nations unies et du personnel associé.

 

L'EUFOR Tchad/RCA doit donc être perçue comme une mission de transition dont le but consiste à soutenir les efforts de l'ONU tant au Darfour que dans les régions avoisinantes. Son caractère neutre et humanitaire implique que, une fois déployés, les soldats européens ne devraient pas s'interposer entre le régime du président Deby et les rebelles. Toutefois, une certaine ambigüité persiste à ce propos : en effet, si l'usage de la force s'avérait nécessaire afin de protéger les civils, les réfugiés ou les opérateurs humanitaires et onusiens, l'EUFOR pourrait y avoir recours.

 

L'EUFOR Tchad/RCA est la plus grande mission militaire que l'UE ait jamais planifiée hors des frontières européennes, tant pour sa durée, que pour son ampleur et pour le défi logistique auquel elle doit faire face. En outre, de par sa composition, l'EUFOR est la mission la plus multinationale (et donc la plus « européenne ») que Bruxelles n'ait jamais conduite dans un autre continent. Bref, elle représente un véritable défi pour l'UE et pour la crédibilité de sa politique de sécurité et de défense en construction.

 

3.- Conclusion

 

3.1.- Les conditions de la paix ne sont pas remplies

L'analyse du processus de préparation et de déploiement de la MINUAD et de l'EUFOR-Tchad – RCA, montre que les conditions pour faire du maintien de la paix au Soudan, au Tchad et en Centrafrique ne sont pas remplies, et ce pour trois raisons principales :

-- Il n'y a pas, dans les deux pays, de consentement complet de tous les protagonistes pour un déploiement d'opérations de paix. Au Soudan, les négociations entre le gouvernement d'une part, et l'ONU et l'UA d'autre part, en vue de l'adoption d'un accord permettant à l'ONU de prendre la relève de la MUAS a duré deux ans. Même aujourd'hui, le Soudan continue d'utiliser les moyens de retardement et de contournement du déploiement de la mission, à travers entre autres, le refus des soldats occidentaux [8] , le refus des hélicoptères de combat ou des survols aériens la nuit, etc. De la même façon, les rebelles tchadiens ont exprimé leurs réticences pour une opération EUFOR qui serait à majorité française.

--   L'accord de cessez-le-feu signé en 2004 entre le gouvernement soudanais et les rebelles du Darfour n'a pas été respecté même si c'est lui qui avait permis le déploiement de la MUAS. En outre, les mouvements nés après 2004 ne sont pas liés à cet accord. La poursuite des exactions contre les populations et de la destruction des villages au Darfour en témoigne.

-- Dans les trois pays, il n'y a pas d'accord de paix global et inclusif signé par toutes les parties au conflit. Au Darfour, l'Accord d'Abuja de 2006 n'a pas été signé par tous les mouvements rebelles. En outre, certains rebelles du Darfour refusent de se joindre aux négociations lancées à Syrte (Libye) sous le patronage de l'ONU et de l'UA. Au Tchad, l'Accord de paix de Tripoli entre le gouvernement et quatre mouvements rebelles n'a pas été mis en œuvre jusqu'à la récente attaque sur N'Djamena qui a sans doute anéanti tous les acquis antérieurs. En Centrafrique, les tentatives de négociation d'un accord de paix avec la médiation de la Libye n'ont pas encore abouti. Les rebelles et les coupeurs de route restent actifs dans le Nord du pays. La sécurité dans la capitale, Bangui, et les centres urbains est assurée avec l'appui de la Force multinationale de la CEMAC en Centrafrique (FOMUC) et par les soldats français basés dans le pays.

 

3.2.- Le maintien de la paix par défaut ?

 

La situation est d'autant plus délicate que le principal pays concerné par le conflit déploie une énergie peu commune pour résister à la pression internationale. Après trois ans et demi d'embargo, de menaces de sanctions et de poursuites par la Cour pénale internationale, après un an et demi d'âpres négociations, les Nations unies ne sont toujours pas en mesure de déployer complètement la MINUAD et l'Union européenne a été contrainte de suspendre in extremis son propre déploiement au Tchad. En effet, le Soudan n'hésite pas à passer à l'attaque lorsque ses intérêts sont menacés. Ce fut le cas récemment lors du soutien à l'offensive des rebelles tchadiens menée juste avant le début du déploiement de l'EUFOR mais également lors de l'attaque du 7 janvier 2008 contre un convoi des casques bleus de la MINUAD.

Face à des dirigeants soudanais aussi déterminés, on peut se demander si les choix faits par la communauté internationale sont les bons. Et de paraphraser la réflexion lancée par M. Lakhdar Brahimi dans le fameux rapport de l'ONU qui porte son nom : «  Faut-il une mission de maintien de la paix dans un pays où il n'y a pas de paix à maintenir ?  » [9] . Le Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix, Jean-Marie Guéhéno, ne disait pas autre chose lorsqu'il mettait récemment en garde le Conseil de sécurité sur le fait que «  la MINUAD n'est pas une opération de maintien de la paix conçue pour se déployer ou fonctionner dans une zone de guerre  » [10] . Le 14 novembre 2007, le même homme alertait déjà les pays membres sur les risques d'une humiliation de l'ONU au Darfour.

On l'a vu, trois des conditions essentielles du retour à la paix ne sont pas remplies au Darfour mais c'est surtout le consentement du gouvernement soudanais à l'intervention de la communauté internationale qui fait le plus cruellement défaut. Or le Soudan n'est pas le Congo car non seulement l'État n'y est pas en faillite mais la communauté internationale ne possède pas de moyens de pression comparables du fait des intérêts divergents des membres permanents du Conseil de sécurité. La situation au Tchad n'est pas plus simple car l'appui de Paris à Idriss Déby fait craindre à certains diplomates que la France ne pourra pas maintenir l'impartialité indispensable à son statut de nation cadre de l'EUFOR [11] .

Dès lors, la MINUAD et l'EUFOR se trouvent déjà en position inconfortable alors même qu'elles n'ont pas pu commencer leur travail. L'EUFOR parce que son mandat est limité à la protection des réfugiés et pas à la protection des populations civiles tchadiennes ou centrafricaines contre leurs propres rebelles. La MINUAD car, de concession en concession, elle ne possède pas les capacités minima requises pour accomplir ses tâches. Et ce n'est pas les quelques hélicoptères mis à son service en dernière minute qui vont changer radicalement les choses sur le terrain.

Devant ces éléments convergents, il faut se demander si la communauté internationale n'est pas en train de commettre au Soudan et dans les pays voisins les mêmes erreurs qu'en ex-Yougoslavie et en Somalie au début des années 90. Pourtant, beaucoup de diplomates avaient juré qu'on ne les y reprendrait plus et qu'il fallait désormais utiliser les instruments du maintien de la paix à bon escient. Mais, face à des grandes puissances qui privilégient leurs intérêts immédiats et cherchent parfois à instrumentaliser les organisations internationales, n 'est-on pas en train d'assister à une démonstration de mauvaise gouvernance mondiale dans la région ? On ne peut aujourd'hui se départir de l'impression que, par crainte des conséquences incalculables que pourrait avoir le recours à l'imposition de la paix et à la doctrine très controversée de la Responsabilité de protéger, le Conseil de sécurité se rabat – par défaut – sur le maintien de la paix, au risque de s'avérer totalement inapproprié et de faire courir des risques énormes aux forces de paix déployées sur le terrain sans assurance de diminuer les souffrances des populations civiles.

 

Février 2008

 

Soudan – Tchad : Des populations déplacées abandonnées le long de la frontière

 

IRIN à Adé, édition française, 21 février 2008

 

Debout devant une des nombreuses cases en paille construites pour abriter provisoirement les déplacés tchadiens d'Adé, une petite ville située à cinq kilomètres de la frontière avec le Soudan, Yacoub Haroun porte encore les mêmes vêtements sales qu'il avait sur lui lorsqu'il a fui son village, il y a plus de 15 mois.

« Depuis le mois de juin, nous n'avons pas reçu de [nourriture] », a-t-il confié à IRIN, au mois de janvier. La famille de M. Haroun ne mange que du mil. Le corps de ses enfants est recouvert d'une pellicule de sable blanc. Ils n'ont pas de savon pour se laver.

Selon les autorités locales et les quelques agences humanitaires présentes dans la région, les 12 membres de la famille de M. Haroun font partie des plus de 20 000 déplacés qui vivent en petites communautés le long de la frontière avec le Soudan et qui ont été presque totalement abandonnés.

Quelque 180 000 Tchadiens ont fui leurs villages au cours des deux dernières années, en raison des conflits intercommunautaires et interethniques, et des attaques transfrontalières menées par des milices soudanaises. Une opération humanitaire d'envergure est en cours pour venir en aide à la majorité de ces déplacés, qui vivent dans des camps situés un peu plus à l'intérieur de la région orientale du pays.

« [Mais] les populations des villages situés le long de la frontière n'ont rien », a expliqué à IRIN Luke Shankland, coordinateur de projets à Adé pour Médecins sans frontières (MSF), une organisation non-gouvernementale (ONG) qui y a ouvert un dispensaire.

 

Un no man's land

 

À Goz Beida, une ville du sud-est, située à une centaine de kilomètres de la frontière soudanaise, près de 30 organisations humanitaires sont présentes et gèrent quatre sites contigus abritant des déplacés tchadiens, ainsi qu'un camp de réfugiés soudanais. Elles fournissent tout : de la nourriture et l'eau potable, à l'école, en passant par le soutien psychologique et les divertissements.

Mais à Adé, une ville frontalière isolée et semi-désertique où entre 9 000 et 12 000 déplacés tchadiens ont trouvé refuge, MSF est la seule organisation humanitaire présente.

Les autres organisations sont absentes de la localité en raison de l'insécurité qui y règne. La frontière toute proche avec le Soudan n'est pas gardée et est facilement franchissable. En outre, les véhicules y sont rares et les systèmes de télécommunication, quasi inexistants.

À en croire les déplacés, des bandits armés soudanais se déplaçant à cheval pénètrent dans leur camp la nuit pour voler le peu qu'ils ont et leur prennent même leurs radios transistors bon marché.

« Lorsque vous résistez, vous recevez des coups de machette ou vous êtes battus », a expliqué à IRIN Aktib Anour Hamid, chef d'un des villages de déplacés de Moudeina.

Selon Fatma Samoura, responsable du Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA) au Tchad, la frontière est considérée comme une zone « interdite » par le Département de la sûreté et de la sécurité des Nations Unies (UNDSS).

« Si nous n'avons pas de garanties sur les conditions de sécurité, nous ne prendrons pas de risques inutiles », a-t-elle affirmé.

 

EUFOR

 

Même lorsque les contingents tant attendus de la force de l'Union européenne (EUFOR) et de la Mission des Nations Unies en République centrafricaine et au Tchad (MINURCAT) seront déployés pour stabiliser l'est du Tchad, ils n'installeront pas leurs bases dans des villes frontalières, a confié à IRIN le lieutenant-colonel Patrick Poulain, porte-parole de l'EUFOR.

« Nous installerons plutôt nos bases près des camps de réfugiés [à l'intérieur de la région orientale du Tchad] et nous enverrons des patrouilles le long de la frontière », avait-il affirmé en décembre.

Mais plusieurs représentants d'organisations humanitaires ont fait part de leurs inquiétudes en indiquant que les patrouilles envoyées dans ces zones isolées seraient inefficaces et pourraient même aggraver la situation.

« Les actes de banditisme pourraient continuer ou même augmenter dans ces régions, car d'autres localités [éloignées de la frontière] seront inaccessibles pour les bandits », a expliqué à IRIN Philippe Verstraeten, coordinateur de programmes à OCHA.

MSF a rapporté que ses collaborateurs avaient été braqués trois fois au cours des quatre derniers mois, à Adé. Pourtant, l'organisation maintient sa présence dans la zone. « Nous sommes ici par nécessité », a affirmé M. Shankland.

« Il ne faut pas oublier qu'il y a une longue zone frontalière, habitée par des dizaines de milliers de personnes qui n'ont concrètement aucune sécurité [ou aucun accès à] la nourriture, à l'eau ou aux soins de santé de base », a dit M. Shankland.

 

Des besoins élémentaires

 

La nourriture est la première préoccupation. Les inondations survenues pendant la dernière saison des pluies ont dévasté de nombreuses cultures plantées par les populations déplacées. Ensuite, la saison des pluies ayant pris fin plus tôt que prévu, une bonne partie des cultures restantes sont devenues inexploitables. Ce qui restait a d'ailleurs été détruit en quasi-totalité par ces miliciens armés à cheval, qui ont emmené leurs troupeaux paître dans les champs des paysans.

D'après M. Haroun, il a récolté moins de 10 bassines de mil l'année dernière. « Nous avons consommé toute la nourriture », a-t-il affirmé. « Nous n'avons plus rien ».

Bon nombre de déplacés ont tenté de trouver un emploi dans la ville soudanaise voisine de Beda, en vendant de la paille, en fabriquant des briques ou en coupant du bois. Mais aujourd'hui, compte tenu de l'insécurité qui y règne, ils sont de moins en moins nombreux. Et les risques sont particulièrement élevés pour les femmes.

Malgré quelques améliorations, l'approvisionnement d'Adé en eau potable est encore insuffisant. La ration d'eau y est de sept litres par jour et par personne, soit moins de la moitié de la ration minimale quotidienne fixée par les normes internationales de Sphère.

En outre, le générateur qui alimentait les pompes des forages d'Adé est tombé en panne récemment et depuis, certains enfants vont puiser de l'eau dans un cours d'eau situé non loin de là ou dans des trous creusés dans la terre, où l'eau sale se mélange aux ordures et aux excréments d'animaux.

Aucune école ne fonctionne pour les 5 000 enfants d'Adé. Un instituteur de la communauté a commencé à dispenser des cours à quelques élèves dans une école publique abandonnée, tandis qu'un déplacé a transformé son enclos en salle de classe improvisée. Les enfants y suivent les cours assis sur des branches d'arbre, sous un soleil de plomb, un morceau de carton faisant office de tableau.

 

Une aide quasi inexistante

 

Quant au HCR, il a fait savoir qu'il ne pouvait pas apporter de l'aide aux déplacés de tous les camps situés le long de la frontière.

« Les [personnes déplacées] qui ont choisi de vivre le long de la frontière savent en principe où se trouvent les bureaux du HCR et les camps officiels [des déplacés internes], et où obtenir de l'assistance lorsqu'elles en ont besoin », a indiqué Annette Rehrl, porte-parole du HCR au Tchad.

Les déplacés, pour leur part, affirment qu'il leur est parfois impossible de se rendre dans les grands centres opérationnels humanitaires comme celui de Goz Beida, qui se trouve au moins 80 kilomètres plus loin.

« Nous n'avons pas d'ânes », a expliqué M. Hamid, chef de village. « Nous n'avons pas de moyens de transport ».

« À part MSF, aucune organisation ne nous vient en aide », a affirmé Hassan Yacine, chef de a commune d'Adé.

 

Février 2008

Reporters Sans Frontières rapport annuel 2008

 

La presse soudanaise paraissant à Khartoum a, cette année encore, été la proie de services de sécurité peu enclins à laisser les journalistes gêner l'action du gouvernement. Plusieurs arrestations et un mauvais climat général ne doivent pourtant pas cacher le fait que, dans ce pays, les journaux et la société civile participent activement aux débats du moment, notamment sur la crise du Darfour.

 

Avec une trentaine de quotidiens indépendants, toutes tendances confondues, et une société civile active et critique, le Soudan est un paradoxe. Sa mauvaise réputation sur la scène internationale, notamment en raison de son intransigeance et de sa complicité dans les tueries du Darfour, a tendance à masquer l'animation de la vie médiatique à Khartoum.

Comme beaucoup de conflits armés dans le monde, la crise du Darfour pose des problèmes de couverture complexes aux médias tant nationaux qu'internationaux. Ces problèmes intrinsèques - multiplicité de factions armées, absence de "ligne de front" et de distinction entre combattants et civils, hostilité naturelle du terrain... - sont à dessein multipliés par la "clôture bureaucratique" que les autorités de Khartoum ont érigée autour de la zone de conflit pour tenter de "réguler" et d'influencer le travail des journalistes. A cette fin, toute une panoplie d'entraves administratives ou sécuritaires - de l'obtention du visa d'entrée à l'interdiction d'accès aux camps des déplacés internes, en passant par l'octroi d'un "permis de voyage" spécial pour le Darfour - a été mise en place. Reporters sans frontières, après une mission d'enquête sur le terrain, a publié un rapport sur la situation complexe à laquelle les journalistes soudanais et étrangers font face, mettant notamment en lumière ces obstacles, mais aussi le caractère pluriel, actif et exigeant des journaux de la capitale.

Car la presse écrite soudanaise, d'un pluralisme réel, répercute les voix des militants soudanais des droits de l'homme, des chercheurs universitaires locaux et des milieux associatifs en général - des voix qui peinent à se faire entendre à l'extérieur du Soudan. Ce n'est évidemment pas chose facile, dans un pays si divisé et où les enjeux sont si importants. Ainsi, Faisal El-Bagir, journaliste de l'hebdomadaire privé arabophone Al-Midan et correspondant de Reporters sans frontières au Soudan, ainsi que Abdel Moneim Suleiman, Al-Haj Warraq, Al-Tahir Satti et Rabbah Al-Sadiq Al-Mahdi, tous quatre journalistes du quotidien privé arabophone Al-Sahafa, ont été menacés de mort, le 4 décembre. Abdel Moneim Suleiman a notamment fait état de menaces qu'il avait reçues la veille, par téléphone, en provenance du Tchad. Un interlocuteur anonyme lui signifiait que quelqu'un, au Soudan, lui avait offert 220 000 dollars pour tuer chacun des cinq journalistes. Il a affirmé que ceux-ci constituaient des cibles en raison de leur opposition au gouvernement, ainsi que de leur soutien au déploiement d'une force internationale au Darfour.

 

Des journaux dans le collimateur

 

Le quotidien privé Al-Sudani, connu pour son indépendance et son regard critique sur le gouvernement de Khartoum, a été, cette année encore, une cible des autorités. Le 16 mai, celles-ci ont confisqué les planches d'imprimerie de l'édition à paraître et transmis aux responsables du quotidien une lettre du parquet ordonnant la suspension du journal. Celle-ci est intervenue suite à la publication, le jour même, d'un éditorial signé par le rédacteur en chef, qui mettait en cause le ministre de la Justice Mohamed Ali al-Mardhi, accusé "d'avoir menti dans une affaire de blanchiment d'argent", examinée par la justice. Dans la même affaire, le directeur de publication et le rédacteur en chef du quotidien, Mahgoub Erwa et Osman Mirghani, ont été détenus pendant respectivement deux et trois jours, entre le 17 et le 20 mai, avant d'être relâchés sans qu'aucune charge de ne soit retenue contre eux.

Emblématique de l'un des obstacles les plus criants à la liberté de la presse au Soudan, la suspension d'Al-Sudani est abusive dans la mesure où elle a été décidée unilatéralement par le gouvernement, alors qu'il existe un organe de régulation de la presse dont le mandat a été court-circuité. De plus, pour fonder sa décision, le gouvernement a, une fois de plus, utilisé l'article 130 du code de procédure pénale, alors même que l'ensemble de la profession, ainsi que le Conseil national de la presse, l'organe de régulation des médias, en contestent le bien-fondé. Le recours à l'article 130 du code de procédure pénale, qui sanctionne la violation du secret de l'instruction, est l'une des armes favorites des autorités. Au début de l'année, Al-Sudani avait déjà fait les frais de cette disposition législative ambiguë, qui entend prévenir "le fait d'influencer les procédures en cours d'investigation". Le 1er février, il avait été suspendu "indéfiniment" par le ministère de la Justice pour avoir évoqué l'assassinat, en 2006, du rédacteur en chef du quotidien Al-Wifaq, Mohamed Taha, contrevenant à l'ordre du gouvernement qui avait imposé un black-out sur l'affaire sous prétexte de "préserver l'ordre public". Les protestations des organisations professionnelles avaient fini par faire fléchir les autorités au bout de 48 heures. Mahgoub Erwa et Noureddine Medani, rédacteur en chef d'Al-Sudani, ont de nouveau été incarcérés en novembre, pendant onze jours. Ils avaient été condamnés pour "diffamation" envers les services de renseignements, le 18 novembre 2007, et avaient refusé de s'acquitter d'une amende d'un montant de 10 000 livres soudanaises (soit 3500 euros), "pour faire comprendre au gouvernement combien l'incarcération pour l'expression d'une opinion est injuste", selon Mahgoub Erwa à sa sortie de prison.

D'autres journaux sont également visés par des autorités souvent irritables. Ainsi, le 28 août, renouant avec de vieilles pratiques de la police politique soudanaise, des agents des services de sécurité ont fait irruption dans l'imprimerie d'Al-Midan et ont confisqué la totalité des 15 000 exemplaires de l'édition à paraître. Aucun motif officiel n'a été donné. D'après Faisal Elbagir, cette mesure pourrait être liée à la publication d'articles dénonçant la saisie, une semaine auparavant, du quotidien privé arabophone Al-Raï Al-Chaab. Il a ajouté que la saisie d'Al-Midan avait également pour but d'exercer une pression économique sur le journal en le privant de ressources financières. Les 20 et 21 août, six quotidiens indépendants avaient été victimes de mesures de censure imposées par les services de sécurité. Les articles en cause traitaient de l'arrestation de personnes soupçonnées d'avoir fomenté des attaques contre des ambassades occidentales.

 

Témoins gênants

 

Enfin, les services de sécurité soudanais n'hésitent pas à procéder à l'arrestation de journalistes, témoins gênants de leurs exactions. Alfatih Abdoullah d'Al-Sudani, Qazafi Abdoulmotalab d'Al-Ayam, Abouobaida Awad de Rai-Alshaab, et Aboulgasim Farahna d'Alwan ont passé une semaine en détention après avoir été arrêtés, le 13 juin, alors qu'ils étaient en route pour couvrir une manifestation contre la construction d'un barrage à Kijbar, dans la région de Dongola (nord du pays), au cours de laquelle la police avait ouvert le feu, faisant quatre morts et au moins dix blessés.

 

Février 2008

 

Les civils menacés par des bombardements aériens au Darfour

 

Angola Presse avec Reuters, 21 février 2008

 

Des milliers de réfugiés bloqués par les combats et les bombardements aériens menés par l`armée soudanaise au Darfour mettent en danger des dizaines de milliers de civils, s`alarment les Nations unies.

Les Nations Unies appellent toutes les parties en conflit à la retenue sur fond de recrudescence des combats entre les forces de Khartoum et les rebelles.

Aux succès enregistrés sur le terrain par les insurgés dans l`ouest du Darfour, les militaires soudanais ont répondu par des frappes aériennes qui ont fait des milliers de déplacés parmi les civils, dont beaucoup ont gagné le Tchad voisin.

Le secrétaire général de l`ONU Ban Ki-moon est "extrêmement préoccupé par la poursuite de la violence dans l`ouest du Darfour", a souligné mardi à New York la porte-parole adjointe de l`ONU Marie Okabe, citant surtout le bombardement du camp de déplacés d`Aro Sharow lundi et mardi.

"Des informations supplémentaires en provenance du Darfour indiquant que les forces et milices gouvernementales se regroupent dans le secteur de Djebel Moon, dans l`ouest du Darfour, sont un signe inquiétant que les hostilités vont se poursuivre dans la zone", a ajouté Mme Okabe.

 

Affrontements entre rebelles et troupes soudanaises au Darfour

 

Des combats entre armée soudanaise et rebelles ont eu lieu mardi dans le djebel Moune, un massif de l`ouest du Darfour en lisière du Tchad.

John Holmes, secrétaire général adjoint de l`Onu chargé des Affaires humanitaires, s`est dit "très préoccupé" par le sort de milliers de civils "pris dans la violence" et cherchant refuge sur le djebel.

"Il y a des accrochages qui se poursuivent depuis ce matin. Il y a des bombardements aériens, d`hélicoptères et d`Antonov", a déclaré un responsable rebelle du Mouvement pour la justice et l`égalité (JEM), Cheikh el Dine Mahine.

L`armée soudanaise a confirmé le déclenchement d`une offensive dans la région. Un correspondant de Reuters a vu des hélicoptères militaires soudanais décoller de l`aérodrome d`El Geneina, principale ville de la région, mais aucun porte-parole de l`armée n`était disponible pour commenter ces rotations.

 

Février 2008

 

Crise au Darfour: La Chine réclame plus d`effort à l`Occident

 

Angola Presse avec l'AFP, 20 février 2008

 

Le représentant chinois pour le Darfour a appelé l`Occident à faire plus d`effort pour résoudre la crise dans la province soudanaise, dans une interview publiée mercredi par le China Daily.

"Les principaux groupes rebelles refusent toujours des négociations et n`offrent aucune condition. C`est la principale raison pour laquelle le processus politique est en retard par rapport à la mission de maintien de la paix de l`Union africaine et de l`ONU", affirme Liu Guijin au quotidien en anglais.

"Les puissances occidentales peuvent exercer plus d`influence positive sur ces dirigeants rebelles, car beaucoup d`entre eux vivent dans les capitales occidentales", poursuit M. Liu, qui entame jeudi une tournée de six jours d`abord en Grande-Bretagne, puis au Soudan. Un des principaux chefs rebelles du Darfour, Abdel Wahid Mohammed Nour, réside à Paris. La Chine, un des princi- paux soutiens du Soudan, qui lui achète des armes notamment et lui vend du pétrole, est l`objet de pressions croissantes à l`approche des jeux Olympiques en août.

Le réalisateur américain Steven Spielberg a annoncé la semaine dernière qu`il allait boycotter les jeux, dont il était consultant pour les cérémonies. Une décision motivée, a-t-il expliqué, par l`attitude du géant asiatique dans la crise du Darfour.

 

Février 2008

 

 

Le Secrétaire Général de l'ONU "extrêmement préoccupé" de la reprise de violences  au Darfour

 

Xinhuanet , New York , 20 février 2008

 

Le secrétaire  général des Nations Unies, Ban Ki-moon, a exprimé mardi sa " préoccupation extrême" sur la reprise de violences au Darfour dans l'ouest du Soudan, selon un communiqué rendu public par le bureau  du porte-parole des Nations Unies. 

Il a qualifié d'"inacceptables" les bombardements lundi et  mardi sur le camp d'Aro Sharow, au nord de la région de Jabel Moun, que toutes les personnes déplacées ont fui suite aux attaques de  ces derniers jours. 

Des informations additionnelles ont montré que le gouvernement  et des milices renforçaient leurs forces armées dans la région de  Jabel Moun. 

"Non seulement les violences en cours mettent en danger la vie  des civils innocents, mais réduisent aussi significativement  l'accès de la communauté humanitaire à ceux qui ont besoin de  cette assistance", a regretté M. Ban. 

Il a appelé les parties concernées à cesser immédiatement leurs hostilités et s'engager dans le processus politique conduit par  les envoyés des Nations Unies et de l'Union africaine. 

"Une solution négociée au conflit du Darfour ne peut apparaître au milieu des violences et du déplacement massif des civils", a  indiqué M. Ban. 

L'armée soudanaise a annoncé mardi la reprise du contrôle sur  Jabel Moun, après avoir combattu des rebelles du Mouvement pour la justice et l'égalité. Depuis le début du mois, elle a forcé un  grand nombre de rebelles à s'enfuir par une campagne militaire de  grande ampleur lancée dans la région occidentale.

 

Février 2008

 

 

 

Le ressac inattendu

 

Radio Canada, 19 février 2008

 

La décision du cinéaste Stephen Spielberg de démissionner comme conseiller artistique de la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques de Pékin a déclenché une vague d'indignation et d'incompréhension en Chine. Incompréhension, surtout, parce que la Chine s'attendait à des manifestations et des protestations au sujet du Tibet ou des adeptes de Falun Gong, mais pas au sujet du Darfour et de sa politique étrangère. 

Or, voilà que c'est le rôle de la Chine dans le monde qui est devenu l'objet des protestations olympiques et des appels au boycottage de ce que certains appellent déjà les « jeux du génocide ».  

Ce n'est pas la première fois qu'un pays organisateur des jeux subit des critiques ou est contesté en raison de ses agissements à l'étranger. Les Jeux de Moscou de 1980 ont fait l'objet d'un boycottage des pays occidentaux, qui protestaient contre l'invasion soviétique de l'Afghanistan. 

 

Le silence de la Chine  

 

Ce qu'il y a de nouveau dans le cas de la Chine, c'est qu'elle fait l'objet de critiques non pas pour des gestes qu'elle pose à l'étranger, mais bien pour des gestes qu'elle ne pose pas.  

Dans le cas précis du Darfour, on accuse la Chine de soutenir le régime de Khartoum dans sa politique génocide au Darfour. La Chine, on le sait, vend des armes au Soudan et y achète du pétrole. La Chine, sous prétexte de sa philosophie de non-ingérence dans les affaires des autres pays, a aussi résisté aux efforts de l'ONU d'imposer des sanctions au Soudan.  

La Chine peut difficilement réclamer le respect des droits de la personne et de la démocratie dans les pays d'Afrique, alors qu'elle les bafoue chez elle. C'est un problème pour la Chine, et on sent que c'est en partie cela qui sous-tend la campagne antiolympique. 

Lors des violences qui ont marqué les élections au Kenya, le gouvernement chinois est resté silencieux. Le Quotidien du peuple , porte-voix du régime chinois, a affirmé que la crise au Kenya prouvait que tous les Africains n'étaient pas prêts pour la démocratie. 

Le gouvernement chinois a déjà commencé à faire taire les dissidents en prévision des jeux, à arrêter les internautes qui dérangent et à déployer un imposant dispositif de sécurité pour éviter toute manifestation lors des Olympiques. 

Il lui sera difficile de faire taire des critiques comme la comédienne Mia Farrow sur la question du Darfour ou de faire oublier la démission humiliante de Stephen Spielberg.  

Les prochains mois risquent d'être encore plus embarrassants pour la Chine, tandis que les critiques de sa politique au Darfour menacent d'organiser des manifestations et autres gestes d'éclat le long du parcours de la flamme olympique.

 

Février 2008

 

 

Bush veut résoudre la crise du Darfour "une fois pour toutes"

 

La Presse canadienne, Kigali, 19 février 2008

 

Le président américain George W. Bush, en visite en Rwanda, a appelé mardi la communauté internationale à s'impliquer davantage dans la crise du Darfour et à résoudre "une fois pour toutes" un conflit qui a déjà fait des dizaines de milliers de morts dans cette région de l'ouest du Soudan.

Affichant le volontarisme américain sur ce dossier, le président Bush a promis de débloquer des fonds supplémentaires pour contribuer à la formation et à l'équipement de la force africaine de maintien de la paix pour le Darfour.

Dans la capitale rwandaise Kigali, troisième étape de sa tournée dans cinq pays africains, le chef de la Maison Blanche a prévenu que les Etats-Unis auraient recours à des sanctions et à d'autres formes de pression pour accélérer le règlement de la crise au Darfour. Mais il n'a pas caché sa frustration par le manque de volonté de certains autres pays à en faire autant.

"Je ne suis pas à l'aise avec le délai de la réaction (internationale)", a déclaré le président Bush lors d'une conférence de presse avec son homologue rwandais Paul Kagame, dont le pays est le premier à avoir déployé des soldats au Darfour dans le cadre de la mission conjointe Union africaine-ONU.

"Le peuple rwandais connaît les horreurs du génocide", a-t-il ajouté. "Mon message aux autres pays est: 'rejoignez le président (Kagame) et aidez-nous à résoudre ce problème une fois pour toutes'."

Pour sa part, les Etats-Unis ont formé près de 7.000 soldats rwandais et dépensé plus de 17 millions de dollars pour les équiper et les acheminer par voie aérienne dans la région. Mardi, George W. Bush s'est engagé à dépenser 100 autres millions de dollars pour entraîner et équiper des troupes de maintien de la paix venant de plusieurs autres pays africains.

Plus tôt dans la journée, le président américain s'était rendu dans un mémorial de Kigali où sont enterrées les dépouilles de 250.000 victimes du génocide de 1994. Il a souligné à cette occasion que ces massacres devaient rappeler que "le mal est présent dans le monde et on doit affronter le mal".

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 Février 2008

 

Tchad : Des bombardements au Soudan contraignent l'UNHCR à évacuer son personnel

 

Nations Unies UNHCR, 19 février 2008

 

Des bombardements aériens cette nuit et ce matin, survenus dans l'ouest du Darfour au Soudan, près de la frontière avec le Tchad, ont contraint l'UNHCR à évacuer ses employés depuis la zone frontalière en proie à l'instabilité. Ces équipes sont chargées d'assister les réfugiés nouvellement arrivés dans la région de Birak. Dès que la situation sera revenue au calme, les équipes retourneront immédiatement sur le terrain.

La nuit dernière, sept réfugiés originaires de l'ouest du Darfour ont traversé la frontière pour entrer au Tchad. Ils transportaient une femme âgée de 55 ans qui, ont-ils expliqué, avait perdu ses deux jambes pendant un bombardement nocturne, qui aurait eu lieu sur le camp d'Aro Sharow accueillant des personnes déplacées internes, au nord de Jebel Moon dans l'ouest du Darfour. La femme est morte peu après son arrivée au centre de soins de Birak. En temps normal, on compte entre 4 000 et 5 000 déplacés dans ce camp mais des informations non vérifiées font état de la fuite de la plupart de ces personnes après les bombardements survenus dans les zones d'Abu Suruj, Siliea et Sirba, dans l'ouest du Darfour au début du mois. Les réfugiés, qui transportaient la femme blessée vers Birak, ont dit que d'autres personnes fuiraient actuellement vers le Tchad. Nous n'avons encore ni confirmation ni détails au sujet de ce raid aérien présumé, mais des bombardements ont été entendus depuis Birak. Cela souligne la situation extrêmement vulnérable des réfugiés et des travailleurs humanitaires qui les aident.

Pour leur protection et leur sécurité, les réfugiés doivent être transférés de façon urgente loin de la frontière. Nous sommes toujours en discussion avec les autorités tchadiennes pour le transfert de ces réfugiés vers des camps existants près de Guéréda.

Au cours du week-end, le long de la frontière, nous avons mené une mission d'évaluation dans les régions de Birak et Korok pour localiser de nouveaux réfugiés venus de l'ouest du Darfour. Nous estimons actuellement qu'il y a au moins 10 000 nouveaux arrivants depuis le 8 février. La plupart des réfugiés se trouvent à Figuera, et de petits groupes sont à Birak, Djange et Korok. Mais de nouvelles arrivées devraient avoir lieu et avec le dernier bombardement en date, nous nous attendons à de nouveaux déplacements dans l'ouest du Darfour. Nous n'avons pas plus de détails pour l'instant.

En attendant que les réfugiés soient transférés vers des camps plus à l'intérieur du Tchad, d'autres organisations humanitaires ont mené une distribution de biens de secours pour les réfugiés notamment des couvertures, des bâches en plastique, des jerricans, des matelas et du savon. Les enfants malnutris ont reçu des aliments thérapeutiques solides. La distribution d'eau est difficile à la frontière. Certains réfugiés doivent marcher plusieurs heures par jour pour aller chercher de l'eau.

L'UNHCR enregistre des cas vulnérables comme des enfants non accompagnés et séparés, des femmes enceintes, des réfugiés âgés et malades. Certains cas ont été transférés à l'hôpital de Guéréda. Nous menons également des entretiens avec des femmes qui ont subi des abus sexuels.

Certains réfugiés ont emporté des biens depuis le Soudan, d'autres n'ont rien. La majorité des nouveaux arrivants étaient déjà des déplacés internes à l'ouest du Darfour. Un groupe de femmes interviewées par l'équipe de l'UNHCR lundi a dit qu'elles avaient essayé de retourner à Silea dans l'ouest du Darfour pour emporter des biens domestiques mais qu'elles en avaient été empêchées par l'armée soudanaise ou les milices janjawids.

Cameroun * au cours du week-end, nous avons commencé à transférer des réfugiés tchadiens, qui ont fui le conflit dans la capitale N'Djamena, vers le centre de transit de Madana, à Kousseri au Cameroun, vers le camp de Maltam 1 situé à 35 kilomètres. Jusqu'à présent, 1 400 réfugiés ont été transportés vers le nouveau camp, d'autres devraient être transférés jeudi. Un pré-enregistrement, mené par les équipes de l'UNHCR et la Croix-Rouge camerounaise, a eu lieu samedi et a montré que 20 000 personnes souhaitent être transférés au camp de Maltam 1.

Les réfugiés ont dit à nos équipes qu'ils ne considèrent toujours pas qu'un retour en sécurité à N'Djamena soit possible. Le Tchad a déclaré l'état d'urgence la semaine dernière après les troubles qui ont eu lieu au début du mois.

 

A leur arrivée à Maltam 1, les réfugiés ont reçu des biens de secours de l'UNHCR notamment des couvertures, des matelas, des jerricans, des ustensiles de cuisine, du savon et du bois de chauffage. Le Programme alimentaire mondial a distribué des rations comprenant du riz, du sorgho, des haricots et de l'huile de cuisine.

Environ 30 000 réfugiés ont fui N'Djamena au début de ce mois. Ils ont trouvé refuge à Kousseri sur la rive camerounaise du fleuve Char

 

Février 2008

 

 

Nouveaux bombardements aériens au Darfour

 

Agence France Presse, Genève, 19 février 2008

 

De nouveaux bombardements aériens ont eu lieu dans la nuit et mardi matin dans l'ouest du Darfour (Soudan), a annoncé le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), qui a recueilli des réfugiés passés au Tchad.

"Le HCR a été forcé de retirer de la zone frontalière son équipe chargée des réfugiés arrivant dans la région de Birak (Tchad) à la suite de bombardements aériens durant la nuit et la matinée dans l'ouest du Darfour", a annoncé devant la presse la porte-parole du HCR à Genève, Jennifer Pagonis.

Sept réfugiés, arrivés au Tchad pendant la nuit, ont rapporté que le camp de déplacés d'Aro Charo, situé au nord de la localité de Djebel Moun, avait été pris pour cible durant les bombardements. Ces réfugiés transportaient une blessée qui est décédée à son arrivée au Tchad après avoir perdu ses deux jambes, a déclaré Mme Pagonis.

Le HCR n'a pas désigné le responsable de ces attaques.

Mais l'organe des Nations unies a accusé l'armée et les milices janjawid d'avoir attaqué des populations civiles dans l'ouest du Darfour depuis le 8 février.

Plus de 10.000 Soudanais ont trouvé refuge depuis cette date au Tchad, qui accueille déjà plus de 200.000 réfugiés du Darfour depuis le début de la guerre civile en 2003.

Le personnel du HCR évacué de la zone frontalière vers des régions plus sûres retournera sur place dès que possible, a assuré la porte-parole, qui a dit s'attendre à de nouvelles arrivées de réfugiés soudanais au Tchad.

 

Février 2008

 

L'UA appelle à un déploiement anticipé des forces de l'UE et de l'ONU au Tchad

 

Agence de Presse Africaine, 18 février 2008

 

La Commission de l'Union africaine (UA) a appelé lundi à un déploiement anticipé des forces de l'Union européenne au Tchad récemment confronté à une attaque de groupes rebelles sur la capitale, Ndjaména, a appris APA dans la capitale éthiopienne.

L'appel a été lancé lundi au cours d'une réunion du Conseil de Paix et de Sécurité de l'UA sur la situation au Tchad.

L'ambassadeur Said Djinnit, le commissaire sortant du Conseil a déclaré aux journalistes à l'issue de la séance à huis clos, que le Conseil réitère la médiation en cours menée par les gouvernements libyen et congolais mandatés pour suivre la situation au Tchad après l'attaque de la capitale tchadienne par les groupes rebelles en janvier.

L'ambassadeur Djinnit a indiqué que le déploiement en avance des soldats de l'ONU et de l'UE au Tchad est essentiel pour ramener la paix et la stabilité dans la région.

« Le Conseil souhaite un déploiement en avance des missions de l'UE et de l'Onu au Tchad en vue de faciliter la situation humanitaire dans ce pays », a précisé Djinnit.

Plus de 40 000 personnes auraient été déplacées par le conflit à Ndjaména.

L'ambassadeur Djinnit, qui sera remplacé dans trois mois par un nouveau commissaire, a par ailleurs noté que le conseil attendait les rapports des médiateurs libyen et congolais pour convoquer à nouveau une autre réunion sur la situation au Tchad.

«Le conseil va décider de convoquer à nouveau une autre réunion sur la situation après que nous aurons obtenu de plus amples informations des médiateurs libyen et congolais », a ajouté M. Djinnit.

Pendant ce temps, l'ambassadeur tchadien en Ethiopie et à l'UA, Cherif Mahamat Zenea a accusé l'Union de ne pas condamner le Soudan pour son soutien aux rebelles tchadiens qui cherchent à « remplacer » le gouvernement par la force.

Le diplomate Zene a affirmé que des ressortissants soudanais avaient été capturés lors du récent conflit à Ndjaména.

« Le Tchad a été victime des groupes rebelles appuyés par le gouvernement soudanais. Mais la communauté internationale y compris l'UA, n'a pas condamné le Soudan. Nous demandons maintenant à la l'UA et à la communauté internationale de reconnaître que le Tchad a été victime d'agression par le Soudan », a ajouté l'ambassadeur.

En revanche, le Soudan, n'a pas pris part à la réunion du CPS, continue de réfuter l'accusation du Tchad.

Une alliance rebelle avait pris le contrôle de grandes parties de Ndjaména et encerclé le président Idriss Deby dans le palais présidentiel les 2 et 3 février derniers.

Les troupes gouvernementales, ayant bénéficié du soutien logistique et des renseignements de l'armée française — avaient repoussé les rebelles les obligeant à se retirer dans le sud-est du Tchad.

 

Février 2008

 

 

Le Japon veut aider au développement du sud-Soudan

 

Agence de presse japonaise avec l'AFP, 18 février 2008

 

L'Agence japonaise pour la coopération internationale (JICA) veut aider au développement du sud-Soudan après avoir constaté une amélioration du niveau de sécurité dans cette région pauvre, a déclaré la présidente de l'association.

"Nous sommes très heureux de voir que la JICA est impliquée dans la reconstruction du sud-Soudan", a affirmé Sadako Ogata, à son arrivée dans la capitale du sud-Soudan, Juba.

Le mois dernier, l'équipe de la JICA chargée de la sécurité avait évalué la situation dans la région à la demande des anciens rebelles sudistes, qui font aujourd'hui partie du gouvernement d'union nationale à Khartoum.

"Ils voulaient s'assurer que la sécurité au niveau local était assez bonne pour que notre personnel puisse travailler ici et l'ont trouvée satisfaisante", a indiqué Mme Ogata, qui s'est rendue dans le sud après des entretiens à Khartoum avec des responsables du gouvernement soudanais et de l'ONU.

Un quotidien japonais a rapporté que Tokyo réfléchissait à l'envoi de forces de maintien de la paix au sud-Soudan, sous l'égide de l'ONU, pour aider à l'application d'un accord de paix signé en 2005, ayant mis fin à plus de 20 ans de guerre civile.

Des responsables du sud-Soudan ont favorablement accueilli cette possibilité.

"Le Japon, qui est un membre influent des Nations unies, peut jouer un rôle", a estimé Barnaba Marial Benjamin, le ministre de la Coopération régionale du sud-Soudan.

La JICA dit envisager des projets dans la santé et l'éducation et Mme Ogata s'est engagée à augmenter l'aide de son organisation à l'Afrique.

Le Japon, deuxième puissance économique mondiale, a promis 150 millions de dollars au Darfour et au sud-Soudan, par le biais de l'ONU ou d'autres organisations d'aide internationale

 

Février 2008

 

 

Après la défaite de N'Djamena, l'alliance entre rebelles reste fragile

 

Agence France Presse, Libreville, 17 février 2008

 

Après avoir perdu la bataille de N'Djamena, les rebelles tchadiens promettent de renforcer une alliance qui reste fragile et montre même quelque fêlures entre des mouvements que tout oppose, hormis la volonté de renverser le président Idriss Deby Itno.

"On a décidé de ne plus repartir à N'Djamena sans avoir une direction unique", explique à l'AFP le porte-parole de l'alliance des trois principales rébellions du Tchad, Abderaman Koulamallah.

Selon lui, une commission comprenant des personnalités des trois mouvements va "choisir un chef de consensus le plus tôt possible".

"Il faut qu'on tombe d'accord sur une union politique", confirme à l'AFP Mahamat Nouri, candidat à peine voilé à ce poste.

Longtemps incapables de s'entendre, l'Union des forces pour la démocratie et le développement (UFDD) du général Nouri, le Rassemblement des forces pour le changement (RFC) de Timan Erdimi et l'UFDD Fondamentale (UFDD-F) d'Abdelwahid Aboud Makaye s'étaient alliés à la mi-décembre. Sous la pression du Soudan, leur parrain, ces trois groupes armés avaient consenti à former un commandement unifié, mais pas à désigner un chef commun.

Officiellement, les trois mouvements se sont bien entendus sur le terrain lors du rezzou lancé contre N'Djamena le 28 janvier à partir du Soudan.

Mais mezza voce, leurs responsables reconnaissent que cette direction tricéphale a été "l'une des raisons" qui a empêché les rebelles de renverser Idriss Deby les 2 et 3 février.

"Une des colonnes ne s'est pas beaucoup investie", estime un dirigeant du RFC, visant les renforts censés arriver de l'est du pays avec le ravitaillement, menés l'UFDD. "Ils ont mis beaucoup trop de temps, on a dû abandonner nos positions en ville car on n'avait plus une seule munition".

Selon ce responsable, le "brassage" des troupes issues des trois mouvements au sein de colonnes "mixtes" a également joué au détriment d'une offensive bien coordonnée. "Certains hommes répondaient aux chefs de leur groupe mais pas à ceux de leur colonne", explique-t-il.

De fait, lors de leur reflux vers le sud-est du Tchad, les rebelles ont recomposé des colonnes distinctes non "brassées".

Surtout, au-delà de la coordination militaire, les trois groupes sont loin d'avoir surmonté leurs divergences profondes, illustrées par un épisode: "A N'Djamena, nous voulions faire une déclaration à la radio", raconte le général Nouri, "mais nous n'avons pas réussi à nous entendre sur qui allait la lire".

"Après la chute du régime, nos objectifs restent différents," explique le chef de l'UFDD.

D'ethnie gorane comme Hissène Habré, le président renversé en 1990 par Idriss Deby, le général Nouri ne cache pas sa méfiance toujours intacte envers Timan et Tom Erdimi. Ces derniers, neveux et anciens directeurs de cabinet de l'actuel chef de l'Etat, sont membres comme lui de la communauté zaghawa.

"Le Tchad ne peut plus être gouverné par une famille ou une tribu", lâche Mahamat Nouri, accusant implicitement les jumeaux Erdimi d'être entrés en rébellion pour maintenir leur clan au pouvoir.

En face, l'UFDD est soupçonnée de vouloir rétablir la puissance des Goranes et Mahamat Nour d'être le candidat du Soudan à la présidence du Tchad.

"Je ne suis pas l'homme du Soudan, qui aide tous les opposants", minimise l'intéressé. "Les Soudanais ont beaucoup soutenu Nouri, mais maintenant, même après la défaite de N'Djamena, ils nous approvisionnent de manière identique", reconnaît un membre du RFC, admettant au passage que l'aide de Khartoum n'a jamais cessé.

Si la nécessité de se doter d'un chef unique est partagée de tous, reste maintenant à le choisir, véritable casse-tête pour des mouvements antagonistes.

"Si nous avions pris le pouvoir début février, il y aurait eu une phase de flottement", souligne par euphémisme le responsable proche du RFC.

 

Février 2008

 

 

Le collectif Urgence Darfour demande à la Chine de cesser de soutenir le Soudan

 

Agence France Presse 16 février 2008

 

Une marche organisée par le collectif Urgence Darfour dans le cadre de la semaine de mobilisation pour le Darfour à Paris, pour demander au gouvernement chinois de cesser son soutien au Soudan, a réuni samedi 300 personnes d'après les organisateurs, 110 d'après la police.

La Chine est l'un des principaux soutiens du Soudan, qui lui achète des armes notamment et lui vend du pétrole. Steven Spielberg a invité la semaine dernière à un boycott des JO de Pékin 2008.

"Les JO sont une vitrine. La fraternité et la paix, valeurs des JO, ne peuvent être défendues par le gouvernement chinois tant que la honte et le sang coulent au Darfour", a expliqué Jacky Mamou, président du collectif Urgence Darfour, qui appelait à cette marche entre l'Alma et le Trocadéro.

Le collectif, ainsi que SOS Racisme et la Licra, également présents, n'appelle pas au boycott des JO, "qui auront lieu. Autant s'en servir pour attirer l'attention sur la situation. Nous demandons surtout à la Chine d'arrêter de soutenir Khartoum en lui vendant des armes et en lui achetant du pétrole", a précisé Ilana Soskin, représentante de la Licra.

"La France, pays des droits de l'homme, ne peut pas se permettre de fermer les yeux sur ce qui sera sans doute le premier génocide du millénaire", a souligné Hadrien Lenoir, secrétaire de la section Ile-de-France de SOS Racisme.

Depuis février 2003, la guerre civile a fait quelque 200.000 morts et plus de 2 millions de déplacés, selon l'ONU, chiffres contestés par Khartoum, qui parle de 9.000 morts. Le président des Etats-Unis, Georges Bush, qui a entamé samedi sa dernière tournée en Afrique, a réclamé pour le Darfour, une "robuste" force des Nations Unies

 

Février 2008

 

«Le niveau de coopération du Soudan n'est pas celui souhaité par l'ONU et l'UA»

Said Djinnit, commissaire à la Paix et à la Sécurité de l'Union africaine.

 

Libération, 16 février 2008, recueilli à Addis-Abeba par Virginie Gomez

Said Djinnit, commissaire à la Paix et à la Sécurité de l'Union africaine (UA), évoque les dossiers les plus sensibles sur le continent.

 

 

Quelle est la position de l'UA vis-à-vis du Soudan, accusé d'avoir piloté l'attaque sur N'Djamena au début du mois ?

Sur la base des informations recueillies, l'UA ne peut pas pointer du doigt le Soudan. Il faut avoir des éléments probants pour désigner un pays, or aucune de nos missions n'est arrivée à cette conclusion, même si de fortes présomptions pèsent sur Khartoum.

 

La mission de maintien de la paix ONU-UA au Darfour (Minuad) devrait compter 26 000 hommes, pourquoi sont-ils moins de 9 000 ?

D'abord, il y a les retards liés aux difficultés classiques auxquelles font face les Nations unies lorsqu'il faut déployer des troupes : des problèmes légaux, logistique, d'entraînement, de préparation. Cette opération a lieu au Soudan, un pays qui aurait souhaité qu'il n'y ait jamais de présence internationale, même africaine. Tout fait l'objet d'examens méticuleux au niveau des instances soudanaises. Se greffent des malentendus entre l'ONU, l'UA et le gouvernement soudanais, qui ralentissent considérablement le dispositif. Le niveau de coopération des autorités du Soudan n'est pas toujours celui souhaité par l'ONU et l'UA.

 

Les problèmes logistiques persistent-ils ?

Absolument ! Des pays font des offres qui ne sont pas à la hauteur des conditions posées par les Nations unies pour de telles opérations. D'autres retirent leur offre initiale : c'est le cas, par exemple, de la Jordanie qui avait proposé des hélicoptères d'attaque. Il manque aussi des unités de transport. Le concept d'opération qui a été retenu pour la Minuad repose sur une combinaison entre niveau de force et mobilité. C'est la mobilité qui permet de réduire la taille de la force. Si nous ne pouvons pas augmenter la mobilité, nous devrons accroître le nombre des troupes..

Février 2008

 

 

La presse privée dans la tourmente d'une guerre par procuration

Reporters sans frontières

Communiqué de presse 15 février 2008

 

Tchad / Soudan

 

Reporters sans frontières dénonce les mesures d'intimidation et de censure prises récemment à l'encontre de la presse privée par les gouvernements du Tchad et du Soudan, après que des rebelles, que N'Djamena accuse d'être à la solde de Khartoum, ont lancé une offensive contre la capitale tchadienne.

“Proie facile, bouc émissaire systématique et défouloir opportun en cas de crise, la presse fait, une fois de plus, les frais des tensions qui règnent entre le Tchad et le Soudan. A N'Djamena, le gouvernement maintient une chape de plomb menaçante sur les journalistes, tandis qu'à Khartoum, la police politique continue d'empêcher la circulation d'opinions embarrassantes pour le gouvernement. Ces attitudes sont désolantes”, a déclaré l'organisation.

L'état d'urgence a été instauré au Tchad le 15 février 2008 sur toute l'étendue du territoire, selon un décret du président tchadien Idriss Deby Itno. Aux termes de ce dernier, un couvre-feu a été instauré sur le territoire, ainsi que le “contrôle de la circulation des personnes et des véhicules”, les “perquisitions à domicile et le contrôle de la presse publique et privée”.

La presse tchadienne est, de fait, quasiment moribonde, la majeure partie des responsables des journaux et des radios de la capitale étant cachés ou partis en exil, par crainte d'être arrêtés. Selon le décompte de Reporters sans frontières, au moins dix directeurs de publication, rédacteurs en chef et journalistes des principales publications ou des radios privées de N'Djamena sont réfugiés au Cameroun ou au Nigeria. Le correspondant de l'organisation, par ailleurs journaliste de l'hebdomadaire privé Le Temps , Laldjim Narcisse , fait partie des journalistes ayant préféré quitter le pays, après que les services de renseignements se sont présentés à son domicile peu après la fin des combats.

Le 15 février, seuls le quotidien privé progouvernemental Le Progrès et l'hebdomadaire privé L'Observateur ont paru. La station privée FM Liberté est toujours fermée sur ordre du ministre de l'Intérieur et de la Sécurité publique, ainsi que l'hebdomadaire Notre Temps , dont le directeur de publication, Nadjikimo Benoudjita , inculpé en décembre 2007 d'”incitation à la haine tribale” après trois jours de prison, se trouve hors du pays.

Au Soudan, les forces de sécurité ont empêché la parution, le 14 février 2008, du quotidien privé d'opposition al-Rai al-Shaab (proche du Parti populaire du Congrès, d'Hassan al-Turabi), après que celui-ci avait évoqué le soutien du gouvernement soudanais aux rebelles tchadiens qui sont entrés dans N'Djamena. Des agents de police ont fait irruption à l'imprimerie du journal, à l'aube, et ont ordonné la suppression de deux articles, avant d'interdire tout simplement l'impression de l'édition du jour, selon un collaborateur du quotidien cité par l'agence Reuters .

 

Février 2008

 

 

Tchad: les rebelles veulent un chef unique avant de repasser à l'offensive

 

Le Monde avec l'AFP, 15 février 2008

 

L'alliance des trois principales rébellions tchadiennes, qui a échoué les 2 et 3 février à renverser le président Idriss Deby Itno, a décidé de se doter d'un chef "unique" avant d'attaquer à nouveau N'Djamena, a annoncé vendredi à l'AFP son porte-parole.

"On a décidé de ne plus repartir à N'Djamena sans avoir une direction unique", a déclaré Abderaman Koulamallah, joint sur téléphone satellitaire de Libreville.

 

Selon lui, une commission comprenant des personnalités des trois mouvements va "choisir un chef de consensus le plus tôt possible".

L'alliance est formée de l'Union des forces pour la démocratie et le développement (UFDD) du général Mahamat Nouri, du Rassemblement des forces pour le changement (RFC) de Timan Erdimi et de l'UFDD Fondamentale (UFDD-F) d'Abdelwahid Aboud Makaye.

Longtemps incapables de s'entendre, ces groupes armés se sont alliés à la mi-décembre en formant un commandement unifié, sous la pression du Soudan, leur parrain, selon plusieurs experts. La direction avait toutefois été confiée à un "collège" réunissant les trois chefs.

Le porte-parole rebelle a reconnu que cette direction tricéphale avait été "une des raisons" de la défaite dans la bataille de N'Djamena.

Il a assuré que le nom du futur chef n'était pas encore connu, démentant toute pression du Soudan en faveur du général Nouri, considéré comme l'allié privilégié de Khartoum.

"Il faut absolument qu'on s'entende sur un chef", a-t-il insisté.

Partis le 28 janvier du Soudan, où ils avaient leurs bases arrière, les rebelles ont traversé le Tchad pour venir attaquer N'Djamena le 2 février. Ils ont même semblé en mesure de renverser le président Deby, retranché dans son palais de la capitale.

Le chef de l'Etat a finalement réussi à retourner la situation, avec l'aide décisive de l'armée française, et les rebelles ont dû quitter la capitale le 3 février.

Ils se sont depuis dirigés vers le sud-est du Tchad, non loin des frontières soudanaise et centrafricaine, selon des sources militaires.

Abderaman Koulamallah a reconnu que les rebelles étaient en mouvement vendredi dans cette région, mais a assuré qu'ils ne retourneraient "jamais" au Soudan.

 

Février 2008

 

Trace du plus vieux sacrifice humain découverte en Afrique

 

L'Express-Vif- 15 février 2008

 

Des archéologues français ont mis au jour dans le nord du Soudan une tombe qu'ils considèrent comme la trace du plus vieux sacrifice humain trouvée sur le continent africain.

La tombe d'un vieil homme remontant à 5.500 ans a été découverte par l'archéologue Jacques Reinold, un Français spécialiste du Néolithique, et son épouse autrichienne Ulla, à quelque 300 km au nord de Khartoum, dans la localité d'Al-Kadada.

Les restes du vieil homme étaient entourés par ceux de trois humains et de deux chiens sacrifiés. Des céramiques ont été retrouvées tout autour. "Il s'agit de la preuve du plus ancien sacrifice humain jamais trouvée au Soudan, en Egypte et en Afrique", a expliqué M. Reinold en présentant cette semaine la découverte à la presse sur le site archéologique.

"Je n'ai pas connaissance d'une découverte de cette ampleur en Afrique (...) Nous n'avons aucune preuve aussi évidente (de sacrifices humains) sur les sites d'autres pays", en parlant à la presse au milieu de villageois en robes blanches traditionnelles employés sur le site. L'archéologue, qui travaille sur le site depuis de nombreux mois, a décrit la découverte comme la plus importante relative au Néolithique faite depuis les années 1

 

Février 2008

La campagne anti-JO de Pékin prend de l'ampleur

 

Le Figaro, 15 février 2008, Jean-Jacques Mével correspondant à Pékin

 

Des nombreuses voix s'élèvent dans le monde, comme ici en France, pour le respect des droits de l'homme à l'approche des Jeux Olympiques de Pékin. Crédits photo : AFP

Les stades sont prêts, mais la Chine s'inquiète face à la montée des appels au boycott de l'événement.

La Chine entend faire des Jeux olympiques de 2008 la vitrine impeccable de sa réussite. Pourtant, elle découvre à six mois de l'échéance qu'elle ne contrôle pas tout. En pliant bagage, le cinéaste Steven Spielberg vient d'infliger un cruel revers de relations publiques aux seize jours «de rêve» que Pékin promet à la planète pour le mois d'août.

La direction communiste a rompu hier trente-six heures de silence gêné et a «regretté» le départ du père d'ET et d'Indiana Jones. Steven Spielberg était depuis plusieurs années consultant bénévole pour une fête d'ouverture des jeux qui s'annonce fastueuse, au soir du 8 août. Il a claqué la porte mercredi en reprochant personnellement au maître de cérémonie, le président Hu Jintao, de ne pas en faire assez pour sauver le Darfour.

La majorité des Chinois n'en a rien su, puisque la presse a censuré l'information en dépit de l'«ouverture» promise il y a sept ans lorsque Pékin a décroché les JO. À destination d'une audience uniquement étrangère, le porte-parole de la diplomatie Liu Jianchao a dénoncé hier «des perturbations politiques» qui seraient «contraires à l'esprit olympique». La République populaire reproche à l'Occident de trahir l'idéal sportif et d'utiliser les jeux contre elle.

La désertion du plus prospère des patrons du rêve hollywoodien est sûrement une mauvaise affaire pour les JO chinois, eux-mêmes placés sous le slogan «Un seul monde, un seul rêve !». Le départ de Steven Spielberg traduit d'abord la fin de l'angélisme et un retour aux réalités : la puissance qui héberge les Jeux a toujours payé l'honneur d'une litanie de pressions et de critiques. Moscou en 1980 ou Atlanta en 1996 sont des précédents récents.

La Chine de 2008, restée la plus grande dictature, est elle-même un chiffon rouge agité sous les yeux de tout ce que la planète compte d'avocats des droits de l'homme, d'opposants à la peine de mort, de défenseurs des minorités ou de fidèles du dalaï-lama. Les influents amis démocrates de Steven Spielberg ajoutent sûrement aux sueurs froides du PC chinois, à l'heure où les États-Unis se jettent à corps perdu dans la course à la Maison-Blanche.

Double jeu de la Chine

Le drame humanitaire du Darfour, lui, montre la République populaire sous un jour moins flatteur que les brochures distribuées à Pékin. La Chine achète les deux tiers du pétrole soudanais et vend au régime islamique d'Omar el-Béchir des armes dont beaucoup se retrouvent au Darfour, voire au Tchad, aux mains de milices appuyées par Khartoum.

Les soucis soudanais du PC chinois ne s'arrêteront pas là. Huit Prix Nobel, dont l'archevêque sud-africain Desmond Tutu et l'auteur latino-américain Rigoberta Menchu, viennent à leur tour de dénoncer le double jeu de Pékin. D'un côté, la Chine vote à l'ONU l'envoi au Darfour de soldats de la paix. De l'autre, elle «garde le silence lorsque le Soudan en bloque de facto le déploiement». Le texte des Nobel, devenu une pétition internationale, gagne chaque jour en signatures dans les milieux politiques et sportifs, des deux côtés de l'Atlantique.

Vu de Pékin, le contraste ne peut être plus saisissant. Tandis que les technocrates et les ingénieurs chinois peaufinent jusqu'au détail les plus belles installations olympiques jamais construites, la direction chinoise se montre à découvert sur le front plus fluide et plus compliqué des relations publiques.

Le Tibet ? Taïwan ? L'environnement ? La secte Falungong ? D'où viendra le prochain incendie ? Le parti unique n'est pas du genre à reconnaître ses erreurs, mais il vient d'avouer une faiblesse : Xi Jinping, étoile montante du PC et plausible successeur de Hu Jintao en 2012, vient d'être promu responsable numéro un des jeux de l'été. À Pékin, personne n'en avait douté. Les JO sont d'abord une affaire politique.

 

Février 2008

Contre-offensive en Chine après la démission de Steven Spielberg

 

Le Monde avec Reuters par Chris Buckley, 14 février 2008

avec Gillian Murdoch à Singapour, version française Henri-Pierre André

 

Affirmant que le boycott des Jeux de Pékin par Steven Spielberg "écoeure" le peuple chinois, des médias officiels chinois accusent les pays occidentaux de se servir des Jeux olympiques pour faire pression sur Pékin.

Le réalisateur américain a annoncé mardi qu'il renonçait à ses fonctions de conseiller artistique pour les cérémonies d'ouverture et de clôture des Jeux. La Chine, a-t-il déploré, n'en fait pas assez pour mettre fin aux effusions de sang au Darfour, région du Soudan avec lequel Pékin entretient des relations privilégiées via notamment ses investissements pétroliers

 

Neuf lauréats du prix Nobel de la Paix ont par ailleurs écrit au président chinois Hu Jintao pour l'exhorter à modifier sa politique soudanaise.

Pour l'heure, le ministère chinois des Affaires étrangères et le Comité d'organisation des Jeux de Pékin n'ont pas publiquement réagi.

Mais le Global Times, un titre tabloïd édité par le Quotidien du Peuple, l'organe du Parti communiste, dénonce jeudi "l'exploitation occidentale des Jeux olympiques à des fins de pression sur la Chine (qui) a immédiatement provoqué le dégoût parmi les Chinois ordinaires".

"La vaste majorité du peuple chinois a fait part de sa confusion et de son outrage face à ces pressions occidentales. A leur avis, il est absolument absurde d'imputer à la Chine la question du Darfour, situé à des milliers de kilomètres", poursuit-il.

Même les Chinois qui ont dû quitter leurs foyers en raison des travaux de construction liés aux Jeux sont opposés aux pressions des Occidentaux, ajoute le Global Times.

 

"Déraisonnable, irresponsable et injuste"

 

L'ambassade de Chine à Washington, sans citer expressément la décision de Spielberg, a appelé elle les "parties concernées" à admettre "le rôle positif joué par la Chine dans la question du Darfour" et à s'abstenir de politiser les Jeux.

"Etant donné que la question du Darfour n'est pas une question interne à la Chine, qu'elle n'a pas plus été déclenchée par la Chine, il est totalement déraisonnable, irresponsable et injuste que certaines organisations ou certains individus les relient", poursuit l'ambassade dans un communiqué.

Le Soudan, dont les exportations de brut vers la Chine ont plus que doublé l'an passé, est le sixième fournisseur de pétrole de Pékin, son troisième partenaire commercial en Afrique après l'Afrique du Sud et l'Angola. D'après des statistiques officielles, la Chine absorbe 40% de la production pétrolière soudanaise.

Le lien entre le conflit du Darfour et les Jeux de Pékin a été largement établi par des collectifs américains qui entendent faire pression sur la Chine, membre permanent du Conseil de sécurité de l'Onu.

L'actrice Mia Farrow mène ainsi une campagne dénommée "les Jeux olympique du génocide" visant à sensibiliser l'opinion publique. La décision de Spielberg fait suite à une lettre de l'actrice dans laquelle elle le mettait en garde contre le risque de devenir le Leni Riefenstahl des Jeux de Pékin, du nom de celle qui fut la cinéaste officielle des Jeux de Berlin, en 1936.

 

Février 2008

Le Comité olympique soudanais déplore l'incursion du politique dans le sport

 

Télévision suisse avec l'AFP, 14 février 2008

 

Le chef du Comité olympique soudanais a déploré jeudi l'incursion du politique dans le sport, en commentant la décision du cinéaste américain Steven Spielberg de cesser sa collaboration artistique pour les JO en raison de l'attitude de la Chine dans la crise du Darfour.

"Nous avons été toujours contre l'incursion du politique dans le sport et nous n'avons jamais fait d'amalgame entre les deux", a déclaré à l'AFP le général à la retraite Salah Mohammed Saleh.

"Rien ne peut plus nuire à l'esprit sportif que la politique", a-t-il dit en réaction à la décision du cinéaste américain, faisant remarquer que l'action du Comité olympique soudanais "se situe hors de toute interférence politique".

"C'est la seule activité qui est totalement libre au Soudan de toute interférence politique et la seule activité qui réunit tous les Soudanais sans distinction et sans aucune considération régionaliste", a-t-il ajouté.

"Nous ne prêtons pas beaucoup d'attention à Spielberg. Nos relations sont stratégiques avec les instances sportives chinoises et nos athlètes se préparent normalement pour les JO", a conclu le général Saleh.

La Chine a regretté la décision de Steven Spielberg qui a annoncé mardi sa décision de ne plus conseiller artistiquement ce pays pour les cérémonies des jeux Olympiques (8-24 août), au côté du réalisateur chinois Zhang Yimou.

Le géant asiatique est un partenaire économique majeur du Soudan et ses liens avec Khartoum sont perçus comme un frein aux efforts internationaux pour faire pression sur le gouvernement soudanais au sujet du Darfour.

La guerre civile au Darfour et ses conséquences ont fait 200.000 morts et deux millions de déplacés en quatre ans, selon des organisations internationales. (AFP)

 

Février 2008

Offensive de l`armée soudanaise au Darfour

 

Reuters, Khartoum, 13 février 2008

 

Deux localités du Darfour ont été incendiées lors d`une offensive de l`armée soudanaise et de milices alliées, apprend-on de source proche d`une mission d`enquête des Nations unies dans la région.

Le Comité international de la Croix-Rouge a de son côté confirmé qu`un membre soudanais de son personnel avait été tué au cours de l`offensive contre Suleia. MSF Suisse a pour sa part annoncé que plusieurs membres de son personnel de Suleia étaient portés disparus.

Le Soudan a annoncé que ses forces avaient attaqué vendredi les localités d`Abu Surouj, Sirba et Suleia pour en déloger des rebelles du Mouvement Justice et Egalité (JEM).

Au moins 12.000 Darfouris ont fui au Tchad pour échapper aux violences, rapporte le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR). Les habitants, qui affirment qu`il n`y avait aucun rebelle dans les villes attaquées, ont déclaré que rien que dans l`une d`entre elles, 47 personnes avaient été tuées.

Une mission d`enquête de l`Onu à Abu Surouj et Sirba a constaté que des bâtiments étaient réduits en cendres et a recueilli des récits d`attaques terrestres et aériennes.

"Les deux endroits sont en partie incendiés", a déclaré une source proche de la Mission Onu/Union africaine au Darfour (Unamid) qui a participé à la mission d`enquête, laquelle a pris fin lundi soir

 

  Février 2008

N'Djamena présente, à la presse, une centaine de rebelles capturés

 

Agence France Presse, N'Djamena, 13 février 2008

 

Une centaine de rebelles sont assis à même la terre, pieds nus, silencieux, l'air abattu, souvent très jeunes. Impossible de croiser leur regard. Ils n'ont pas réussi à s'emparer de N'Djamena.

Leurs vainqueurs de la féroce bataille de N'Djamena des 2 et 3 février, le camp du président tchadien Idriss Deby Itno, les présentent à la presse dans une courette étroite de l'école de la gendarmerie nationale de la capitale. Dans la cohue et sous les caméras, ils sont les seuls à rester silencieux, serrés les uns contre les autres, parfois sous perfusion.

"Nos forces ont réussi à capturer tous ces éléments de la Légion islamique, à la solde du Soudan", affirme le ministre tchadien de l'Intérieur, Ahmat Mahamat Bashir. "Voilà les preuves. Sur cette table, vous avez des cartes de ces mercenaires qui appartiennent à la légion islamique, à Al-Qaïda", poursuit le ministre en désignant quelques documents d'identité imprimés parfois en arabe, parfois en français, posés sur une table bancale. Puis il ajoute : "Ce sont des prisonniers de guerre, pas des touristes, et ils seront jugés comme tels".

Au total, les prisonniers de l'Alliance rebelle détenus par les autorités tchadiennes sont 135 dans la gendarmerie. La majorité sont Soudanais, affirme le ministre. N'Djamena accuse Khartoum d'être derrière la rébellion. Selon lui, le Comité international de la Croix rouge (CICR) est venu leur rendre visite dans la matinée.

L'armée nationale tchadienne (ANT) a-t-elle d'autres prisonniers ? "On les récupère au fur et à mesure, ils (les rebelles) sont tous en débandade, certains sont rentrés au Soudan, d'autres sont dans la nature", poursuit le ministre de l'Intérieur.

L'ANT chasse, à bonne distance, les rebelles qui ont reflué de N'Djamena après leur échec à prendre la ville. Mercredi, ils étaient toujours signalés dans le sud-est du Tchad, et se sont scindés en deux groupes, selon des sources militaires.

Dans N'Djamena, l'armée poursuit les fouilles maison par maison. Bien que le couvre-feu soit porté à minuit, pratiquement personne ne circule dans la ville à la nuit tombée. Les habitants disent qu'il y a encore des pillages, que les soldats "arrachent les affaires, les motocyclettes".

Certains journalistes veulent interroger des détenus en présence de leurs gardiens. Le feu vert est donné, un très jeune se lève, hésitant, et bredouille quelques mots en arabe devant une caméra. Le ministre l'interrompt très vite: "Tais-toi, tu racontes ta vie, assieds-toi!". Puis les autorités décident d'interrompre la présentation des prisonniers. Le show est terminé

 

Février 2008

« La situation au Darfour est hors de contrôle »

 

IRIN, édition française, 13 février, envoyé spécial des Nations Unies à el Geneina

 

L'offensive menée par les milices soutenues par le gouvernement dans la région nord de l'Ouest-Darfour se sont soldées par la destruction de deux localités qui abritaient des milliers de personnes déplacées à l'intérieur de leur propre pays (PDIP), selon certaines sources.

Sous le couvert de l'anonymat, plusieurs travailleurs humanitaires présents dans la région ont indiqué que les assaillants avaient « incendié et réduit en cendres » les localités d'Abou Sorouj et de Sirba, situées à environ 55 kilomètres au nord d'El Geneina, la capitale de l'Ouest-Darfour.

Le général Martin Agwai, commandant de la mission des Nations Unies et de l'Union africaine au Darfour (MINUAD), a confirmé les attaques. « Dans le village d'Abou Sorouj, de nombreuses maisons ont été incendiées et d'après les premiers témoignages que nous avons recueillis, il y aurait eu des morts ».

« Cela risque d'entraîner le déplacement d'un très grand nombre de villageois et d'aggraver une situation humanitaire déjà difficile », a prévenu le général Agwai.

Selon le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), après les attaques, pas moins de 12 000 personnes ont fui pour gagner le Tchad voisin.

L'attaque du 8 février a été condamnée par le secrétaire général des Nations Unies Ban Ki-moon, qui a appelé les parties au conflit du Darfour à respecter les principes du droit humanitaire international, qui interdit toute attaque militaire contre les populations civiles.

Pour sa part, Human Rights Watch (HRW) a indiqué que les attaques avaient fait plus de 150 morts et que des milliers de personnes étaient sans nourriture ou sans abri.

« Le gouvernement soudanais montre une fois de plus son manque total de considération pour la sécurité des populations civiles », a déclaré Georgette Gagnon, directrice Afrique au HRW. « Cette reprise des attaques à grande échelle contre des villages sera catastrophique pour les populations civiles du Darfour parce que ces dernières sont complètement sans défense ».

 

Des villageois coupés de l'aide humanitaire

 

Depuis le mois de décembre 2007, le couloir nord de l'Ouest-Darfour a été le théâtre de plusieurs affrontements entre l'armée gouvernementale soudanaise et les rebelles du Mouvement pour la justice et l'égalité (MJE), qui avaient pris le contrôle de quelques villages stratégiques, au nord d'El Geneina, en décembre.

D'après HRW, ces combats ont coupé quelque 160 000 civils de l'aide humanitaire.

« Dans l'Ouest-Darfour, la population est totalement à la merci des groupes armés », a expliqué Mme Gagnon. « Les forces de police du gouvernement soudanais se sont retirées de la région en décembre à cause des combats et la force des Nations Unies n'a tout simplement pas les moyens de protéger cette population ».

Les localités d'Abou Sorouj et de Sirba abritaient au moins 40 000 PDIP, qui avaient fui l'insécurité dans les villages environnants en 2004. Quelque 4 000 PDIP supplémentaires sont arrivés la semaine dernière, selon MedAir, une organisation non-gouvernementale qui prodigue des soins médicaux dans le camp de déplacés.

Selon Amnesty International, l'attaque a été menée par de très nombreux assaillants, notamment des miliciens Janjaouids se déplaçant à cheval ou en voiture, alors que neuf avions militaires survolaient la région.

Considérant ces dernières attaques comme un test important pour la MINUAD, qui a remplacé la Mission de l'Union africaine au Soudan (MUAS) le 31 décembre, mais dont les forces restent encore regrettablement sous-équipées, Amnesty International a appelé la MINUAD à assurer la protection des populations civiles de Sirba et d'Abou Sorouj.

« Le Conseil de sécurité [des Nations Unies] doit appeler le Soudan à se conformer au droit international humanitaire, en assurant à tout moment la protection des populations civiles, et doit demander aux rebelles du MJE de ne pas mettre en danger la vie de ces populations en cantonnant leurs éléments armés dans les zones occupées par des civils », a déclaré Tawanda Hondora, directeur adjoint du programme Afrique d'Amnesty International, le 8 février.

 

« Deux poids, deux mesures »

 

À New York, Jan Eliasson, envoyé spécial du secrétaire général des Nations Unies pour le Darfour, a déclaré devant le Conseil de sécurité que les troubles au Tchad et la violence au Darfour avaient entravé les efforts de paix et pourraient faire obstacle aux opérations de la MINUAD.

 

« La résolution de la crise du Darfour exige un contexte favorable à la paix », a déclaré M. Eliasson, appelant à une cessation des hostilités dans le Darfour, où les combats ont fait quelque 200 000 morts et contraint plus de deux millions de personnes à fuir, depuis 2003.

« Outre qu'elle ne fait que prolonger la souffrance de millions de civils et qu'elle complique le processus de paix, la poursuite des hostilités aura des conséquences négatives pour le déploiement […] et empêchera la mission de remplir son mandat », a déclaré devant le Conseil de sécurité Jean-Marie Guéhenno, secrétaire général ajoint pour les opérations de maintien de la paix.

Quant au gouvernement soudanais, il a accusé les émissaires des Nations Unies de pratiquer la politique du « deux poids deux mesures », arguant que son armée avait attaqué la région pour déloger les rebelles du MJE et pour rétablir la sécurité dans des localités que des combattants rebelles avaient attaquées et d'où ils avaient chassé les forces de police soudanaises.

« En plus des problèmes liés aux récents événements au Tchad et de leurs incidences sur la situation au Darfour, nous recevons des informations qui font état d'attaques de l'armée soudanaise et de groupes de miliciens contre des villages de l'Ouest-Darfour », a déclaré M. Eliasson devant la presse, à l'issue de la réunion du Conseil de sécurité.

« La situation est hors de contrôle. Nous ne pouvons pas poursuivre le dialogue politique si nous n'avons pas un contexte, un climat propice aux négociations ».

À propos de la MINUAD, M. Guéhenno a déclaré : « Nous avons une mission qui est sous-équipée, mais qui fait son possible malgré une situation très difficile. Elle fait face à une situation très dangereuse car […] il y a en réalité une sorte de guerre dans l'Ouest-Darfour. Il est dangereux pour une force de maintien de la paix de se déployer pendant une guerre », a-t-il affirmé.

Les forces de la MINUAD, a-t-il poursuivi, ne disposent actuellement que de moyens limités. « Les populations du Darfour attendent tout de nous », a dit M. Guéhenno. « Nous voulons bien leur donner ce à quoi elles aspirent, mais nous n'en sommes pas capables pour le moment ».

 

Février 2008

Le Darfour paye le prix de la guerre Soudan-Tchad

 

Libération, 13 février 2008 par Christophe Ayad

 

Après le Tchad, le Soudan. Le macabre culbuto entre les deux pays, dont les habitants du Darfour sont les principales victimes, ne cesse de se répéter et de s'amplifier. A la suite d'une grande offensive de l'armée soudanaise dans l'ouest du Darfour, ces quatre derniers jours, plus de 12 000 personnes et des humanitaires travaillant dans cette zone (dont des membres de MSF-Suisse), ont fui vers le Tchad voisin, rejoignant les 240 000 réfugiés soudanais qui y vivent déjà. Au moins 200 personnes auraient été tuées dans l'attaque d'un seul des trois villages visés, Abou Sourouj, au nord de la ville d'Al-Geneina, près de la frontière tchadienne. Abou Sourouj et Sirba auraient été complètement rasés et, fait rare, un employé du Comité international de la Croix-Rouge a été tué dans ses locaux. «Ce sont les pires violences de ces deux dernières années», selon Olivier Bercault, chercheur à la cellule d'urgence de Human Rights Watch.

 

Pourquoi le pouvoir soudanais repasse-t-il à l'attaque ?

 

L'offensive en cours, dans le plus pur style du nettoyage ethnique de grande ampleur mené en 2003-2004, allie bombardements aériens, offensive mécanisée et recours aux jenjawids, milices à majorité arabes à la solde du pouvoir. Khartoum a profité des troubles au Tchad pour reprendre l'avantage dans la région de Geneina, sous la menace des rebelles du Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM) depuis la fin 2007. Fortement aidé et armé par N'Djamena, le JEM est un mouvement d'obédience islamiste et zaghawa, la tribu du président tchadien, Idriss Déby. Tout début janvier, l'aviation tchadienne avait même bombardé des positions en territoire soudanais.

La vengeance de Khartoum n'a pas pris longtemps. Le JEM a dû alléger son dispositif lorsque Déby a été mis en difficulté la semaine dernière par des rebelles tchadiens, réfugiés au Soudan et armés par Khartoum. Un nombre indéterminé de combattants du mouvement de Khalil Ibrahim ont donc accouru vers N'Djamena afin de prêter main-forte à leur parrain Déby. D'autres se sont déplacés vers le Kordofan, à l'autre extrémité du Darfour. Khartoum en a profité pour passer à l'offensive et, fidèle à sa méthode, chasser les civils accusés de sympathie avec les rebelles du Darfour. Les régions d'Abou Sourouj, Serba et Salia sont majoritairement peuplées de Zaghawas.

 

Où en sont les missions de maintien de la paix au Darfour et au Tchad ?

 

Le regain de violence au Tchad et au Soudan s'explique par l'imminence de l'installation, dans les deux pays, de forces de paix multinationales, dont la présence va geler la situation militaire et politique. Le régime islamiste de Khartoum n'a plus beaucoup de temps pour renverser Idriss Déby et installer un allié au Tchad. Les rebelles soudanais voudraient s'emparer du maximum de territoires au Darfour en vue de négociations ultérieures.

Côté Tchad, l'Eufor, la force européenne à large majorité française, a repris hier son déploiement, interrompu par l'assaut rebelle sur N'Djamena. Pourtant, en coulisses, nombre d'Européens, dont l'Autriche qui fait partie de la force, ne cachent pas leur inquiétude. Les rebelles tchadiens, qui ont été défaits mais pas détruits, menacent de s'en prendre à l'Eufor. A l'opposé, Déby, qui a compris la fragilité de son armée, appelle de ses vœux l'arrivée de l'Eufor, qu'il conçoit comme une force tampon destinée à le protéger des ambitions soudanaises au Tchad.

Côté soudanais, la Minuad, la force mixte ONU-Union africaine, a signé, le week-end dernier, un accord technique avec Khartoum ouvrant la porte à son déploiement, par ailleurs très lent. Mais le vrai test de la Minuad se passe en ce moment dans l'ouest du Darfour. Son absence de réaction risque fort d'être interprété par Khartoum comme un aveu de faiblesse.

 

Février 2008

 

Tchad : silence à Paris

 

Editorial du Monde, 13 février 2008

 

D epuis dix jours, trois opposants politiques tchadiens sont détenus au secret par le pouvoir du président Idriss Déby, auquel la France a apporté un important soutien diplomatique, ainsi qu'une aide militaire logistique, lors de l'attaque de la rébellion contre la capitale, N'Djamena, les 1 er et 2 février. La France observe, à propos de ces arrestations, un silence gêné ou, pour le moins, une retenue surprenante. Aucune demande de libération de ces personnes détenues dans des conditions extrajudiciaires, et dont les proches sont sans nouvelles, n'a été adressée publiquement au régime tchadien par les autorités françaises.

C'est de Bruxelles, et non de Paris, qu'est venue, lundi 11 février, la première déclaration forte mettant en garde le régime tchadien contre ce qui ressemble à une nouvelle dérive autoritaire. Louis Michel, le commissaire européen au développement, a appelé à la "libération immédiate" des opposants tchadiens et il a exprimé une "une inquiétude croissante" quant à l'évolution politique au Tchad. Les arrestations, a-t-il dit, "mettent en péril" le processus de dialogue politique lancé en août 2007 par l'accord conclu entre le gouvernement tchadien et l'opposition, sous l'égide de l'Union européenne. L'un des trois opposants détenus, l'ancien président tchadien Lol Mahamat Choua, était l'une des figures de proue de cet accord.

Paris a préféré s'en tenir à un langage a minima, visiblement soucieux de préserver sa relation avec M. Déby en lui épargnant le moindre reproche public, alors que les normes élémentaires du droit international ont été bafouées. Le Quai d'Orsay s'est contenté de rappeler l' "attachement (de la France) aux droits de l'homme" et de demander que les prisonniers puissent faire l'objet de visites du Comité international de la Croix-Rouge. Rama Yade, secrétaire d'Etat aux droits de l'homme, n'a pas prononcé une seule phrase publique, depuis le début de cette crise, pour exprimer une préoccupation quant au sort des détenus au Tchad.

Un régime africain "ami" de la France enferme des opposants au prétexte d'affrontements armés, et Paris se tient coi : on pouvait imaginer meilleure rupture avec les méthodes de la "Françafrique". Les responsables français s'en défendent en expliquant qu'ils ont agi par des canaux discrets. Mais la parole publique compte. C'est elle qui véhicule le message de la France, qui est censée, depuis mai 2007, mettre en exergue la dénonciation des "oppresseurs" dans le monde.

Un silence d'autant plus confondant que Paris est à l'origine de la création de la force européenne Eufor, qui doit, en principe, se déployer dans l'est du Tchad et aider, ainsi que le dit la résolution 1778 du Conseil de sécurité de l'ONU, "à la surveillance ainsi qu'à la défense des droits de l'homme" .

 

Février 2008

 

Darfour: pression sur Pékin des lauréats du Nobel de la paix

 

Le Monde avec l'AFP, Paul Eckert, version française Eric Faye 13 février 2008

 

Washington (Reuters) - Un groupe de lauréats du prix Nobel de la paix a adressé mardi une lettre au président chinois Hu Jintao, appelant le pays organisateur des Jeux olympiques de cet été à défendre les idéaux olympiques en pressant son allié soudanais de mettre un terme aux atrocités au Darfour

La lettre est signée par les lauréats du Nobel de la paix Carlos Belo, Shirin Ebadi, Adolfo Perez Esquivel, Rigoberta Menchu, Desmond Tutu, Elie Wiesel, Betty Williams et Jody Williams. Au nombre des autres signataires figurent des hommes politiques occidentaux, d'anciens athlètes olympiques et des noms du show-business comme l'actrice Mia Farrow.

En cinq ans de guerre civile au Darfour, dans l'ouest du Soudan, 200.000 personnes ont péri et 2,5 millions d'autres ont été chassées de leurs habitations, selon les estimations d'experts internationaux. Le régime de Khartoum parle de 9.000 morts depuis le commencement du conflit en février 2003.

"En tant que premier partenaire économique, militaire et politique du gouvernement du Soudan, et en tant que membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies, la Chine a à la fois l'occasion et la responsabilité de contribuer à une paix juste au Darfour", écrivent les auteurs de la lettre.

 

Février 2008

 

Paris embarrassé par les arrestations d'opposants tchadiens au régime d'Idriss Déby

 

Le Monde par Natalie Nougayrède et Jean-Pierre Tuquoi, 13 février 2008

 

L orsque, le 5 février, le ministre français des affaires étrangères, Bernard Kouchner, a demandé à Idriss Déby de faire en sorte qu'il n'arrive pas malheur aux membres de l'opposition politique tchadienne arrêtés pendant l'attaque de la rébellion armée contre la capitale, N'Djamena, le président tchadien a répondu : "Ne m'emmerdez pas, je fais la guerre!" Le sort des trois dirigeants de l'opposition politique tchadienne arrêtés début février dans des conditions non éclaircies, au moment où les combats faisaient rage dans N'Djamena, restait, mardi matin 12 février, des plus incertains.

Ces trois personnes détenues par le pouvoir tchadien sont Lol Mahamat Choua, ancien président de la République et figure de proue d'un accord de dialogue politique conclu en août 2007 entre l'opposition et le pouvoir tchadien sous l'égide de l'Union européenne; Ibni Oumar Mahamat Saleh, porte-parole de la principale coalition de partis d'opposition tchadiens, la Coordination pour la défense de la Constitution (CPDC) ; et Ngarlejy Yorongar, un des opposants les plus anciens au régime d'Idriss Déby.

Leur détention, qui se déroule dans des conditions extra-judiciaires, n'a fait l'objet d'aucune condamnation publique de la part de la France. Les prises de position des responsables du Quai d'Orsay ont consisté, dans un premier temps, à expliquer qu'ils ne disposaient pas d'informations au sujet d'éventuelles arrestations. Puis, à partir du vendredi 8 février, ils ont mis en avant les démarches françaises pour que les prisonniers puissent faire l'objet de visites du Comité international de la Croix-Rouge (CICR). Mardi matin, les autorités tchadiennes n'avaient toujours pas confirmé publiquement ces détentions.

Le choix français de s'en tenir à un langage très feutré, visant à ménager la relation avec le pouvoir tchadien, tranche avec les déclarations faites, lundi à Bruxelles, par le commissaire européen au développement, Louis Michel. Celui-ci a exigé "la libération immédiate" des militants politiques arrêtés. Bruxelles, a-t-il ajouté, "suit avec une inquiétude croissante les conséquences négatives" des combats au Tchad "sur le plan de la réconciliation intérieure, à la suite de l'arrestation de représentants charismatiques de l'opposition politique républicaine" .

 

Désarroi des familles

 

Paris a fait le choix d'intervenir discrètement, sans mettre en cause de façon publique le pouvoir tchadien. Dans le secret, les autorités françaises ont "mis en sécurité, dès le début de la crise" , deux responsables d'organisations de défense des droits de l'homme tchadiennes, font remarquer les diplomates.

Les officiels français se défendent en privé d'avoir été inactifs, même s'ils reconnaissent que leurs démarches n'ont eu, à ce jour, qu'un effet limité. Le CICR a pu avoir accès à la prison centrale de N'Djamena, mais les trois opposants ne s'y trouvaient pas. Paris a demandé que d'autres centres de détention puissent être visités. "Nous avons bon espoir que cela sera le cas aujourd'hui" , commentait-on au Quai d'Orsay mardi matin.

Les familles des opposants expriment de leur côté un grand désarroi. "Je n'ai aucune nouvelle de mon père. Personne de ma famille ne sait ce qu'il est devenu ni pourquoi il a été arrêté" , a déclaré, lundi, au Monde , Khassim Lol, l'un des fils de Lol Mahamat Choua. "Nous sommes très inquiets, en particulier s'agissant de Ngarlejy Yorongar, qui aurait été torturé" , déclarait-on au siège de la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme (FIDH), à Paris. Et d'ajouter : "Ce sont des arrestations arbitraires. Le président Déby peut prendre prétexte de la situation militaire pour éliminer l'opposition politique et les responsables de la société civile."

De son côté, le CICR se dit particulièrement inquiet du sort de nombreux blessés lors des combats au Tchad qui ont été placés dans des lieux de détention éparpillés. "Nous visitons les lieux de détention, mais il y en a de nombreux à N'Djamena et nous ne sommes pas sûrs de tous les avoir vus" , indiquait-on, lundi, au siège du CICR, à Genève.

 

Février 2008

 

Les rebelles tchadiens dénoncent la force européenne

 

Le Monde avec Reuters à N'Djamena, 12 février 2008 par Alistair Thomson Avec Pascal Fletcher à Dakar. Version française Guy Kerivel, Jean-Stéphane Brosse et Nicole Dupont

 

Les rebelles tchadiens ont exhorté lundi les pays membres de l'Union européenne à ne pas participer à la mission de l'Eufor dans l'est du Tchad, dont ils contestent la neutralité car elle est dominée par la France.

De son côté, considérant que leur présence "devient une pomme de discorde" avec son voisin soudanais, le Tchad a menacé d'expulser tout nouveau réfugié fuyant les attaques de l'armée et de milices dans la région soudanaise du Darfour.

La rébellion affirme que la France, qui est liée au Tchad par un accord de coopération militaire, a directement aidé le président Idriss Déby à repousser son attaque contre N'Djamena entre le 1er et le 3 février.

Le Tchad accuse pour sa part le Soudan de soutenir les rebelles anti-Déby afin de bloquer le déploiement de l'Eufor, ce que dément Khartoum.

L'alliance rebelle déclare que des chars et des hélicoptères appartenant au contingent français stationné au Tchad ont ouvert le feu sur ses combattants lors de récents affrontements. Elle ajoute que des civils ont été tués.

"Par ses actes belliqueux manifestes, la France a montré à la face du monde qu'elle n'est plus neutre dans ce conflit qui oppose le régime dictatorial de Déby à la résistance nationale armée", ont déclaré les groupes rebelles dans un communiqué.

La France, qui a obtenu une déclaration de soutien de l'Onu au gouvernement tchadien, dément que ses forces prennent une part directe aux combats, même si elle dit avoir riposté à des tirs en état de légitime défense pendant l'évacuation de N'Djamena d'un millier de ressortissants étrangers.

 

Problème humanitaire

 

"L'Alliance de l'opposition armée ne croit plus à la neutralité d'une force composée essentiellement d'éléments français et dont la direction opérationnelle est dirigée par la France", ont déclaré les groupes rebelles. "Par conséquent, elle demande instamment aux autres pays européens de s'abstenir de l'envoi de leurs ressortissants dans le cadre de l'Eufor, une opération dont le but ultime est de protéger le régime Déby".

L'Eufor a suspendu son déploiement pendant les affrontements à N'Djamena et aux alentours, du 1 au 3 février.

L'Eufor, qui comptera 3.700 militaires de 14 pays européens, doit se déployer dans les prochaines semaines dans l'est du Tchad et dans le nord-est de la République centrafricaine pour protéger les populations réfugiées ou déplacées par le conflit dans la province soudanaise du Darfour.

"Nous sommes déterminés à ce que cela se fasse et nous espérons que cela se fera cette semaine", a déclaré Dan Harvey, porte-parole de l'Eufor à Paris. "Du matériel et des troupes commenceront à arriver cette semaine."

Commandée sur le terrain par le général français Jean-Philippe Ganascia et composée à 55% de Français, la force européenne est placée sous le haut commandement du général irlandais Patrick Nash et sera le pendant de la force mixte Onu-Union africaine censée se déployer au Darfour même.

John Holmes, coordinateur des secours d'urgence des Nations unies, a jugé préoccupante la situation sur le plan de la sécurité en raison de l'évacuation d'un grand nombre de travailleurs humanitaires de N'Djamena et de l'est, où se concentre la majeure partie des efforts de secours.

 

Refus de nouveaux réfugiés darfouris

 

"Il y a un très grand problème humanitaire dans l'est avec 280.000 réfugiés du Soudan et de République centrafricaine et 180.000 personnes déplacées, totalement dépendants de l'effort international", a-t-il dit lors d'un déplacement en Finlande.

"Ce qui est préoccupant, en particulier, c'est que nous devrons avoir en place une grande quantité de matériel d'aide, en particulier de vivres, avant le début des pluies, en avril (...) Dans ce contexte, nous espérons vraiment que la force européenne et la force de police de l'Onu qui l'accompagne seront en mesure de se déployer le plus vite pour contribuer à rétablir le calme."

Des milliers de réfugiés supplémentaires ont afflué ce week-end au Tchad, mais le Premier ministre tchadien, Nouradine Delwa Kassire Coumakoye, a déclaré lundi qu'ils seraient expulsés à moins que la communauté internationale les renvoie au Soudan ou leur trouve un autre pays d'accueil.

"Nous demandons tout simplement qu'ils soient déplacés, sinon nous nous" en chargerons, a dit le chef du gouvernement, ajoutant qu'ils pourraient être envoyés "au Soudan, voire au Darfour".

Pour sa part, le délégué pour le Tchad du Haut-Commissariat de l'Onu pour les Réfugiés, Serge Male, a déclaré à Reuters n'avoir reçu à ce jour aucune notification de la part des autorités sur un quelconque changement de politique à l'égard des réfugiés. "Le HCR a de bonnes raisons de croire que le gouvernement tchadien respectera ses obligations internationales (...) comme il l'a fait jusqu'ici", a-t-il ajouté.

Après la bataille de N'Djamena, qui a fait au moins 165 morts et plus de 800 blessés, les rebelles se sont retirés vers l'est du pays. Ils ont affirmé dimanche qu'ils occupaient la ville d'Am Timan, dans l'Est, et plusieurs localités dans le centre du pays.

Depuis le début de l'offensive rebelle, des avions français effectuent des missions quotidiennes de reconnaissance au dessus du Tchad.

Un porte-parole militaire français, Pascal Le Testu, a confirmé que les rebelles se trouvaient à Am Timan mais ajouté que les forces gouvernementales contrôlaient les villes de Mongo et Bitkine, dans le centre, que les rebelles affirmaient avoir prises

 

Février 2008

 

Afflux de réfugiés au Tchad après une offensive soudanaise au Darfour

 

Le Monde, Jean-Philippe Rémy à N'Djamena, 12 février 2008

 

S 'il fallait une nouvelle preuve que les conflits au Tchad et au Darfour (ouest du Soudan) sont inextricablement liés, la voici. Alors que le président tchadien vient de repousser une offensive de rebelles appuyés et équipés par le Soudan voisin, c'est au tour des forces de Khartoum de lancer une vague d'attaques sur le sol soudanais contre des positions de rebelles du Darfour soutenus par le Tchad.

Dans l'ouest du Darfour, le Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM) de Khalil Ibrahim avait nettement progressé sur le terrain depuis quelques mois, approchant de la grande ville de la région, Geneina. Le mouvement avait bénéficié à la fois d'un soutien renforcé, notamment en termes logistiques, de N'Djamena, et d'alliances nouées avec de petits groupes de cette région.

Pour briser cet étau, les forces gouvernementales et les miliciens soudanais ont attaqué, vendredi 8 février, trois villes de l'ouest du Darfour : Abu Suruj, Sirba et Sileia. "Le gouvernement a eu recours à des bombardements aériens, des troupes au sol et des [miliciens] janjawids" , a précisé par téléphone Abdelaziz Ushar, l'un des commandants du JEM dans le secteur des environs de Geneina. Selon des représentants du mouvement darfouri, au moins l'une des villes, Abu Suruj, aurait été rasée lors de l'attaque, qui aurait fait 200 victimes.

Sur la base des alliances croisées, c'est une guerre par procuration qui est menée. Pour le Soudan, il s'agit de profiter de l'occasion pour tenter de se dégager de la pression du JEM sur les camps d'entraînement des rebelles tchadiens, notamment aux environs de Geneina. Quant aux troupes du JEM, elles ont été appelées à la rescousse de toute urgence pour participer à la défense de N'Djamena, affaiblissant leurs positions au Darfour.

 

"Complètement terrorisés"

 

Après les attaques, les habitants de la région ont commencé à fuir en masse au Tchad. Lundi 11 février, au matin, quelque 12 000 personnes avaient déjà passé la frontière, "complètement terrorisées" , selon un responsable de l'ONU, dans les environs de Birak. D'après une source humanitaire, les réfugiés seraient "en train de traverser la frontière accompagnés des membres des ONG qui travaillaient dans les régions bombardées" . "C'est rare de voir arriver des réfugiés en même temps que les gens supposés s'occuper d'eux" , note la même source.

Idriss Déby, lors des offensives passées, notamment à la fin de 2006, a pu compter sur les groupes toroboros, terme générique pour désigner les rebelles du Darfour, pour faire la guerre aux rebelles tchadiens. Certains de ces groupes, comme le JEM, sont dirigés par des Zaghawa, membres d'une fédération ethnique à laquelle appartient le clan du président. D'autres, composés de Massalit, participent aux combats aux côtés des troupes loyalistes tchadiennes pour bénéficier de largesses de N'Djamena, qui ne leur laisse du reste pas le choix.

Après avoir connu des hauts et des bas dans leurs relations, le pouvoir tchadien ayant même été à l'origine d'une scission parmi ses dirigeants dans le seul but de l'affaiblir et rendre ainsi service à Khartoum avant que les deux pays ne s'engagent dans un conflit presque ouvert, le JEM est à présent un allié sérieux de M.Déby. Pour Khartoum, ce groupe constitue donc un objectif important.

Avec trois villes pratiquement détruites et des dizaines de milliers de personnes en fuite, l'attaque gouvernementale devrait aussi constituer un test pour la mission conjointe entre les Nations unies et l'Union africaine, la Minuad, qui a pris officiellement ses fonctions le 31 décembre. Le mandat de la Minuad lui permet, théoriquement, de protéger les populations en faisant usage de la force. "S'ils veulent venir enquêter, ils sont les bienvenus mais ils ne pourront pas rester. Ce sont mes secteurs et je reviens pour les reprendre" , a déclaré Khalil Ibrahim.

 

Février 2008

Le Soudan reste mobilisé au Darfour et contre le Tchad

 

Malgré d'apparentes dissensions au sein de l'appareil d'État, le pouvoir soudanais continue de fixer son agenda dans la région, alternant concessions et hostilités

 

La Croix 12 février 2008, de notre correspondant à Khartoum Stéphane Aubouard

 

Durant les dix derniers jours, la crise tchadienne a mis le Soudan au centre des débats. Accusé par le pouvoir de N'Djamena de soutenir la rébellion, soupçonné par la communauté internationale des mêmes faits, le régime de Khartoum a déployé tout son talent politique et diplomatique: Dans les premières heures de l'offensive, fin janvier, Khartoum reste prudent et même silencieux. Rien dans les journaux soudanais, sinon le même leitmotiv du porte-parole du gouvernement, Ali Sadiq: « Nous attendons que les événements évoluent pour nous prononcer. Nous nions en tout cas toute implication dans cette affaire que nous jugeons être un problème de politique intérieure au Tchad. »

Les rebelles tchadiens sont d'abord donnés gagnants, puis Idriss Déby revient en force. Il est aidé par des combattants du Mouvement justice et égalité (JEM) de Khalil Ibrahim, un des plus farouches mouvements rebelles soudanais. Fraternité ethnique oblige: ses membres sont des Zaghawas comme le président Déby et ils accusent Khartoum de tous les maux:

A l'intérieur du gouvernement soudanais, une fissure se produit ensuite par le biais d'un des conseillers du président: Mini Minawi, lui aussi zaghawa. L'ancien chef de la rébellion du Darfour du Mouvement de libération du Soudan, signataire des accords de paix d'Abuja en 2006, annonce par voie de presse son souhait de voir au plus vite se développer l'Eufor et la Mission de l'ONU et de l'Union africaine (Minuad) de part et d'autre de la frontière tchado-soudanaise. Son chef de cabinet, Osman Nahar, va jusqu'à déclarer à La Croix: «Nous sommes tous tchadiens, le Darfour c'est le Tchad!»

En revanche, un autre agent gouvernemental, Moussa Hilal, ancien chef djandjawid et frais émoulu conseiller au ministère des affaires fédérales, n'hésite pas à réclamer « la destitution rapide du président Déby, un élément perturbateur dans la région dont le remplacement permettrait de renouer de bonnes relations avec le Tchad». Deux postures qui donnent à cette crise tchado-soudanaise la tournure d'un bras de fer entre les Zaghawas et les Arabes de la vallée du Nil, qui composent en majorité le parti du président soudanais Omar El Béchir.

Khartoum a été le destinataire d'un courrier officiel de Washington lui intimant de cesser au plus vite son soutien à la rébellion tchadienne, mais ajoutant diplomatiquement: «si de tels faits s'avéraient exacts». Tout cela ne perturbe en rien le gouvernement soudanais, qui continue de nier tranquillement toute implication dans le conflit. Il a même fait preuve de bonne volonté en signant ce dimanche l'« accord sur le statut des forces», document permettant théoriquement à la Minuad, qui ne comprend pour le moment que 9 000 de ses 26 000 éléments, de devenir opérationnelle. Le chef de la diplomatie soudanaise, Deng Alor, a même fait miroiter la possibilité d'admettre des forces non africaines, un des points d'achoppement majeurs des derniers mois.

Pendant que les diplomates jouent les ignorants, les choses bougent sur le terrain. Vendredi, l'armée soudanaise a bombardé des villages du nord-ouest du Darfour . Des raids «défensifs», selon le porte-parole de l'armée, Mohamed Osman A1 Aizbach.

Côté tchadien, après avoir reçu de l'aide des bases arrière du Darfour, l'importante colonne de rebelles stationnée ces derniers jours à Mongo,au centre du pays, â 400 km à l'est de N'Djamena, se dirige depuis dimanche vers le sud. Elle pourrait gagner la région des «trois frontières », où se rejoignent Tchad, Soudan et République centrafricaine. La sécurisation de cette zone de non-droit permettant un passage discret entre Tchad et Darfour est l'une des tâches de la force européenne Eufor, en voie de se déployer. Une force dont les rebelles tchadiens mettent en cause l'impartialité, en raison de sa composition majoritai­rement française.

Hier, un porte-parole rebelle a demandé instamment aux autres pays européens de s'abstenir d'envoyer leurs ressortissants dans le cadre de l'Eufor, une opération dont le but ultime est de protéger, le régime Déby.

Dans un mélange de mutisme prudent et d'actions incisives sur le terrain, le Soudan envoie un message fort à la communauté internationale: ici, c'est Khartoum qui décide des règles du jeu, du terrain, du calendrier et des acteurs de la tragédie.

 

Février 2008

Les rebelles demandent aux pays européens de se retirer de l'Eufor

 

Jeune Afrique, 11 février 2008

 

Les rebelles tchadiens ont mis en doute lundi la neutralité de la force européenne (Eufor) en cours de déploiement au Tchad et en Centrafrique, en raison du rôle moteur joué dans cette opération par la France, demandant aux autres pays européens de s'en retirer.

"L'alliance de l'opposition armée ne croit plus à la neutralité d'une force composée essentiellement des éléments français et dont la direction opérationnelle est dirigée par la France", déclare le porte-parole des rebelles Abderaman Koulamallah dans un communiqué transmis à l'AFP à Libreville

"Par conséquent, elle demande instamment aux autres pays européens de s'abstenir de l'envoi de leurs ressortissants dans le cadre de l'Eufor, une opération dont le but ultime est de protéger le régime (du président tchadien Idriss) Deby", ajoute-t-il.

Les rebelles accusent une nouvelle fois la France d'avoir "participé directement aux combats" des 2 et 3 février à N'Djamena quand les rebelles ont attaqué la capitale tchadienne pour renverser le président Deby.

"Les derniers événements à N'Djamena ont démontré sans équivoque que la France est partie prenante dans le conflit du Tchad", affirme Abderaman Koulamallah.

Selon lui, les chars et les hélicoptères français ont ouvert le feu contre les rebelles partis le 28 janvier du Soudan, venus attaquer la capitale tchadienne et repartis depuis vers le sud-est du Tchad.

"Par ces actes belliqueux manifestes, la France a montré à la face du monde qu'elle n'est plus neutre dans ce conflit", estime le porte-parole rebelle.

L'armée française a démenti fermement toute participation directe aux combats.

L'opération Eufor Tchad-RCA (République centrafricaine) vise à déployer quelque 3.700 soldats, dont 2.100 Français, dans l'est du Tchad et le nord-est de la Centrafrique pour protéger les réfugiés du Darfour (ouest du Soudan) ainsi que les déplacés internes tchadiens et centrafricains, soit 450.000 personnes au total.

L'Eufor a été officiellement lancée au moment de l'offensive rebelle. Son déploiement, suspendu lors des combats, doit redémarrer cette semaine.

 

Février 2008

Deux conflits imbriqués

 

Radio France Internationale, 11 février 2008 par Laurent  Correau

 

Les crises tchadienne et soudanaise ont une dimension régionale que la communauté internationale s'est refusé jusqu'ici à réellement prendre en compte. Si le Soudan soutient les mouvements rebelles qui ont attaqué Ndjmena le 2 février dernier, le régime d'Idriss Déby – lui – s'appuie sur les rebelles du Darfour pour assurer sa défense... Les combats qui viennent d'avoir lieu de part et d'autre de la frontière ces dernières semaines montrent bien l'imbrication des conflits tchadien et soudanais.

 

Le conflit silencieux qui oppose Tchad et Soudan depuis plus de deux ans se joue par groupes rebelles interposés. Chaque pays compte sur la rébellion d'en face pour l'aider à assurer sa sécurité.

Les rebelles tchadiens s'étant déployés dans la ville d'El-Geneina et dans les environs, les autorités tchadiennes ont (selon nos informations) relancé fin 2007 leur soutien aux rebelles soudanais du MJE (le Mouvement pour la Justice et l'Egalité)... «  L'objectif était de bloquer les rebelles tchadiens à El- Geneina en portant le conflit au Darfour  » , explique un membre de l'entourage d'Idriss Déby.

Selon un diplomate, c'est pour desserrer cet étau autour d'El-Geneina et permettre à la rébellion tchadienne de passer à l'attaque que l'armée soudanaise a déclenché une série de bombardements sur les positions du MJE en janvier.

Fin janvier, les rebelles tchadiens ont finalement pu lancer leurs opérations. Le 2 février ils étaient dans Ndjamena. Comme en 2006, certaines factions du Darfour sont alors venues prêter main forte au régime d'Idriss Déby.

Le secrétaire général de l'UFDD, l'Union des Forces pour la Démocratie et le Développement, Abakar Tollimi, affirme qu'il a fait face à des combattants du MJE en territoire tchadien : « Nous étions en direction d'Oum-Hadjer, explique-t-il, nous avons été interceptés par une colonne du MJE qui avait tendu une embuscade. C'est une réalité : nous avons fait des prisonniers qui ont témoigné. Ils ont dit que le gouvernement du Tchad les a appelés. Il y en a qui sont à Ndjamena, il y en a qui sont à Mongo en ce moment, il y en a qui sont à Abéché ». Selon le chef rebelle tchadien, différentes factions du Darfour «  viennent prêter main forte à Déby parce qu'il n'a plus d'armée  ».   

Joint par RFI, le président du MJE, le Soudanais Khalil Ibrahim, dément combattre aux côté de l'armée tchadienne. Les autorités tchadiennes démentent également. Elles affirment que leur armée est suffisamment forte pour affronter la rébellion. 

Ce n'est pourtant pas une coïncidence si l'armée soudanaise et ses supplétifs ont attaqué vendredi des positions du MJE dans le Darfour. Khartoum a manifestement tenté de tirer avantage de la présence du MJE en territoire tchadien. «  L'armée du MJE n'était pas là, ils ont profité de l'occasion   », se contente de déclarer le président du MJE, Khalil Ibrahim, joint par RFI.

 

Février 2008

Le président tchadien a pris lui-même la tête de ses troupes pour repousser les rebelles

 

Paris Mach du 6 au 13 février 2008 par Patrick Forestier

 

Retranché dans son palais présidentiel, Idriss Déby se sera battu jusqu'au bout, refusant, juste avant l'entrée des rebelles dans la ville, d'être exfiltré par les commandos du Cos, les forces spéciales françaises déployées autour de l'hôtel Méridien et de la résidence de l'ambassadeur de France. Trois fois, il a téléphoné à Nicolas Sarkozy, le jour de son mariage. « J'ai la situation en main », lui a-t-il répété, optimiste. Dimanche, les vieux chars T-55 déployés autour de la présidence tiraient encore sur les insurgés qui se glissaient derrière les ruines des maisons. Le même jour, l'armée a demandé à la population de quitter les demeures jouxtant le périmètre de la présidence. Despote de plus en plus isolé, Déby voulait rester fidèle à sa légende. Celle qui avait fait sa gloire lorsqu'il menait des rezzous mécanisés contre les troupes libyennes. Même en vieillissant, Idriss n'a jamais manqué de courage. Pour tenter d'empêcher les rebelles de pénétrer dans N'Djamena, il est parti les affronter lui-même à la tête de ses troupes. La bataille n'a pas été décisive. Il a même failli être tué. Daoud Soumain, son propre chef d'état-major, est mort dans les combats. Il ne lui restait plus que quelques fidèles, des troupes hétéroclites, pour livrer un baroud d'honneur. Au deuxième jour de la bataille de N'Djamena, Déby résistait encore. Les meneurs de la rébellion, loin de leur base, pouvaient craindre des problèmes d'approvisionnement en munitions. Pour Déby, rien n'était perdu. Il continuait de commander ses troupes et ordonnait des bombardements avec ses deux hélicoptères de fabrication soviétique, achetés au prix fort, grâce à l'argent du pétrole. Les rebelles ont essayé sans succès de les descendre. Parqués sur le côté militaire de l'aéroport, à deux pas des infrastructures de l'armée française, ils effectuent des missions courtes mais efficaces sur les positions ennemies.

L'objectif d'Idriss Déby, en attendant des renforts de l'Est, est d'essayer de garder le contrôle du centre-ville: le camp des Martyrs et la place de l'Indépendance. Un large périmètre qui va de l'ambassade de France, en englobant les maisons des diplomates, jusqu'à la mairie, desservie par la large avenue qui longe le fleuve. A Idriss, la ville européenne. Aux insurgés, le reste. Les quartiers africains de l'Est ne portent pas toujours le président dans leur coeur. Les gens du Sud, les Noirs condamnés à n'avoir aucune responsabilité, ne se sentent pas concernés par les batailles pour le pouvoir que se livrent depuis trente ans les chefs de guerre du Nord. Parce qu'ils sont majoritaires, les élections présidentielles sont truquées afin qu'Idriss Déby puisse rester au pouvoir. Mais si les sudistes sont les plus nombreux, ce ne sont pas eux qui se sont rebellés. Les insurgés viennent du Nord, de tribus nomades. Ils sont parfois issus du propre clan du président. Comme lui, Timane Erdimi est zaghawa. Neveu d'Idriss Déby, il était directeur de son cabinet avant de faire défection avec son frère jumeau,Tom, qui habite aujourd'hui les Etats-Unis. Très proche d'Idriss, il coordonnait les activités pétrolières tout en ayant un oeil sur la garde présidentielle, dissoute par le chef de l'Etat après plusieurs tentatives de complot. Mahamat Nouri est le second chef des rebelles. Gorane du Borkou, ce politicien habile, aujourd'hui tombé en disgrâce, a longtemps appartenu au premier cercle de Déby. Il a été ministre de la Défense et ambassadeur en Arabie saoudite avant de rejoindre, lui aussi, le maquis au Soudan. Un « pays sponsor» encombrant, ce qui ne fait pas forcément de lui une marionnette téléguidée par Khartoum. Les deux précédents présidents tchadiens ne sont-ils pas venus au pouvoir par la force depuis la frontière soudanaise ? Les rebelles tchadiens gardent en général une marge de manoeuvre par rapport à leur parrain du moment. Longtemps ce fut Kadhafi. Avec eux dans le Tibesti, j'ai constaté que les rebelles de l'époque se moquaient du bouillant colonel et de son petit livre vert. Ils prenaient ses armes et son argent mais n'étaient pas pour autant conquis par les idées fumeuses du numéro un libyen, qu'ils traitaient de fou. Avec le régime de Khartoum, l'alliance est d'abord objective, même si le Soudan essaie de garder de l'influence sur ceux qu'il considère comme ses obligés, certes musulmans, mais qui n'ont pas l'intention d'instaurer la charia au Tchad.

Depuis trois ans, Paris n'a jamais voulu considérer sérieusement cette rébellion armée. « Déby maîtrise la situation. Les rebelles sont divisés », analysait-on du côté des services du renseignement français. « Qui d'autre peut le remplacer? » demandait-on au Quai d'Orsay, sans vraiment voir que le régime se délitait et devenait de plus en plus isolé sur le plan intérieur, pendant qu'il était conforté par la communauté internationale. En acceptant le déploiement de l'Eufor, censée protéger les camps de réfugiés du Darfour qui, aujourd'hui, ne sont que rarement attaqués, Déby est devenu le garant dé la bonne conscience occidentale. Les Européens, en particulier les Allemands, ne s'y sont pas trompés en n'envoyant pas de troupes dans l'Eufor, considérée par les rebelles comme un rempart pour protéger le régime honni de N'Djamena. Surpris et désorienté, Paris semble subir la situation. Difficile de faire tirer les mirages pour sauver le soldat Déby. Et difficile aussi de déployer l'Eufor, une force «neutre » composée en majorité de soldats français. Du coup, Paris est apparu paralysé, regardant les événements se dérouler tout en essayant de tempori­ser pour retarder l'échéance fatale d'un régime finissant. Dimanche, Nicolas Sarkozy, à l'instar de l'Union africaine, a condamné fermement l'action des rebelles contre un gouvernement légitimement élu. Depuis, les insurgés montent le ton. Appelée de ses voeux par la France, la médiation africaine du président congolais Sassou Nguesso et de Muammar Kadhafi, le pyromane devenu pompier -remis dans le jeu par Paris, qui le combattait jadis -, semble arriver bien tard. Sûr de lui, Idriss Déby ne paraissait pas craindre la menace de l'Est. « Venez me chercher si vous en êtes capables, lançait-il en 2005. « Ce n'est pas parce qu'Idriss Déby a marché sur N Djamena à partir de l'Est que n'importe quel aventurier va faire la même chose », ajoutait-il en parlant de lui à la troisième personne. C'est qu'une fois au pouvoir l'homme avait changé:

C'était il y a près de dix-huit ans. A 4 heures du matin, le téléphone sonne. Au bout du fil, un ex-préfet d'Abéché que j'avais connu au Tchad: « On est à l'hôtel Méridien Montparnasse. Viens, tu seras surpris. » Dans une suite, ils sont une quinzaine. Assis sur un canapé, Idriss Déby, mince, presque timide, qui salue d'une voix douce. Il a 38 ans mais semble en avoir dix de moins. « On arrive de Tripoli. On repart sur Lomé. Ensuite, pour Khartoum et la frontière du Tchad. Direction: N'Djamena », me disent-ils, certains de ne pas être inquiétés par les services français qui les soutiennent en catimini. A l'époque, Déby est un officier révolté. Grâce à un raid éclair, déjà, depuis le Soudan, il a conquis N'Djamena avec son patron, le président Hissène Habré. Nommé chef d'état-major, il boute les Libyens hors de l'est du pays et mène une terrible chasse aux Codos, les rebelles du Sud. Mais aux yeux d'Habré, il prend trop d'importance. Le chef de l'Etat l'envoie à Paris, à l'école de guerre. De retour, il est nommé conseiller militaire à la présidence. Il ne commande plus rien. C'est son cousin, Hassan Djamous, devenu chef d'état-major à sa place, qui pulvérise les troupes libyennes au nord à coups de missiles tirés depuis des 4x4 roulant à 80 km/h. Mais Hissène Habré se méfiée de plus en plus de ces deux bouillants officiers zaghawas. Le 1er , avril 1989, craignant d'être trucidés, les cousins s'enfuient au Soudan. Idriss n'a qu'une seule idée: revenir en vainqueur à N'Djamena. Cela passe par une tournée africaine pour avoir le soutien politique des financiers. Au Togo, je rejoins le groupe. Parmi les fidèles, MoukhtarWawa Dahab, ambassadeur à Paris jusqu'à l'an dernier. Ils rencontrent le président Eyadema, décédé depuis. Puis c'est Ouagadougou. Déby le rebelle voit discrètement le président Blaise Compaoré. La délégation retourne ensuite à Tripoli discuter avec Kadhafi. Quelques mois plus tard, en 1990, Idriss Déby renverse Hissène Habré avec l'aide de spécialistes de la D.g.s.e. Pour Paris, Habré n'est plus fréquentable. Trop de disparitions, d'assassinats, de tortures. Les renseignements et les photos des avions Bréguet-Atlantic ne sont plus communiqués. « Aveugle et sourd », Habré ne voit pas venir la colonne mécanisée de Déby, qui conquiert N'Djamena pratiquement sans combat.

Aujourd'hui, l'armée française n'a pas fait défaut. Déby a bénéficié de renseignements tactiques. Mais le scénario s'est reproduit, contre lui cette fois. Idriss Déby est à son tour victime d'un rezzou de ses adversaires. Vieilli, grossi, le guerrier souffre d'une maladie chronique. A chaque passage à Paris, il se fait soigner à l'Hôpital américain. Le fils de berger, le nomade ascète et sobre; a pris goût au pouvoir et à ses turpitudes. Il a fait changer la Constitution pour pouvoir se représenter. Des élections boycottées par l'opposition; où il a triomphé avec 77,5 % des voix. Grâce à ce système; Déby sera président à vie. Inadmissible, même pour son propre camp, même pour les proches dont, au fil des années, il se méfie. Ce sont eux qui, aujourd'hui, ont investi la capitale pour le renverser. Mais sans avoir suffisamment pris en compte la capacité de résistance d'un homme de guerre réputé pour être un fin tacticien et qui, au bout de trois jours de combats, a réussi à repousser les insurgés hors du centre-ville.

 

Février 2008

L'appui militaire français au Tchad provoque une controverse

 

La Croix par Laurent d'Ersu, 11 février 2008

 

Les informations parues dans "La Croix" vendredi 8 février ont suscité une polémique dans le contexte de la mise en oeuvre prévue d'une force européenne "neutre" au Tchad

Les révélations parues dans La Croix de vendredi sur l'appui militaire apporté par la France à l'armée tchadienne au cours des affrontements des 1er, 2 et 3 février ont suscité une vague de réactions officielles courroucées, mais parfois confuses. « Cela n'a jamais été si clair. Jamais dans l'histoire des relations entre la France et l'Afrique il n'y a eu aussi peu d'intervention de la France dans une situation de crise précise », a affirmé vendredi 8 février Bernard Kouchner.

La dépêche de l'AFP citant les propos du chef de la diplomatie lors d'un déplacement qu'il effectuait en Mauritanie révèle toutefois sa confusion. « Nous ne nous sommes pas portés, avec nos forces spéciales, au secours du président Déby. Mais nous avons rempli scrupuleusement l'accord de coopération technique militaire qui enjoignait de ne pas participer physiquement aux combats », a poursuivi le ministre des affaires étrangères, avant de se reprendre : « qui enjoignait rien du tout, qui ne mentionnait pas qu'on devait participer, ce n'était pas un accord de défense. C'est très clair. C'est ce que nous avons fait. »

Du côté de l'état-major le démenti a été formel : « Aucun soldat français ni aucune force spéciale n'ont été engagés en appui ou en opposition de qui que ce soit, a affirmé le général Christian Baptiste, porte-parole adjoint du ministère de la défense. Les soldats français ont en revanche mené des opérations de protection et d'extraction de ressortissants français et de la communauté internationale, et ont facilité le départ par avion militaire pour ceux qui le souhaitaient. »

 

Un soutien négocié directement entre présidents

 

Les démentis officiels français semblent avoir convaincu, au moins provisoirement, les États européens devant participer à la force européenne au Tchad, l'Eufor. Réunis vendredi à Bruxelles, les ambassadeurs des Vingt-Sept ont annoncé une relance du déploiement « dès le début de la semaine » qui s'ouvre lundi 11 février. Cette apparente unanimité masque mal les doutes quant à l'impartialité de la France dans le dossier tchadien.

« Si l'un des pays membres de l'Eufor prenait activement part aux combats en mettant des troupes à la disposition d'une des parties, l'UE devrait reconsidérer l'engagement de l'Eufor », avait prévenu, jeudi soir, le chancelier autrichien Alfred Gusenbauer, tout en soulignant que la France « a assuré qu'elle n'interviendrait pas militairement et n'est donc pas partie prenante à ce conflit ». Les représentants des États membres doivent à nouveau se concerter mardi à Bruxelles.

 

La Croix précise que le soutien militaire apporté par la France à Idriss Déby a été négocié directement entre ce dernier et Nicolas Sarkozy, très probablement à l'insu de Bernard Kouchner. Sa mise en œuvre a été coordonnée par l'état-major des armées, l'état-major particulier du président de la République et la mission de coopération militaire et de défense de l'ambassade de France à N'Djamena. Cet appui était distinct de l'opération Épervier (déployée au Tchad depuis 1986 et forte de 1 200 hommes), bien que celle-ci compte parmi ses missions le soutien à l'armée nationale tchadienne.

 

Un commandement en "boucle courte"

 

« Quand ça a mal tourné, il a fallu réagir très vite, explique un officier proche du dossier, sous le couvert de l'anonymat. À partir du moment où Idriss Déby refusait d'être exfiltré, on a été contraints d'aller au maximum de la coopération. Dès le moment qu'il s'accrochait, on n'avait pas le choix. D'où la mise en place d'un commandement en “boucle courte”. » Selon cette source, des officiers du commandement des opérations spéciales (COS) ont bien «coordonné» la contre-offensive de l'armée tchadienne.

Sur le terrain, des soldats français « ont tiré pour tuer », affirme une autre source militaire, qui ajoute : « Quand des membres du COS ouvrent le feu, ce n'est pas pour effrayer les pigeons. » Selon nos sources, plusieurs facteurs expliqueraient ce soutien, qui se voulait plus discret que les habituelles implications militaires françaises en période de crise au Tchad : crainte de l'installation à N'Djamena d'un gouvernement sous influence islamiste ou simplement susceptible de mettre en cause les intérêts occidentaux au Tchad, à commencer par l'implantation militaire française ; manque d'« alternative » au président en place…

 

Sur le terrain, quarante-huit heures après avoir instauré un couvre-feu à N'Djamena ainsi que dans le centre et l'est du pays, le gouvernement tchadien a allégé samedi 9 février cette mesure dans la capitale, entièrement contrôlée par l'armée et où la vie reprend un cours presque normal. Pendant ce temps, loin d'avoir regagné leurs bases arrière du Darfour, les rebelles tiennent la ville de Mongo, dans le centre du Tchad. Ils auraient reçu le renfort d'une colonne en provenance de l'Est.

 

Plus de 200 véhicules pick-up leur appartenant ont été repérés à Mongo et dans les environs. Ils semblaient hier faire route vers le sud. Selon une source militaire, une colonne de l'armée nationale tchadienne (ANT) a quitté vendredi la capitale en direction de l'est.

 

Février 2008

 

 

Les populations civiles fuient toujours le Darfour pour le Tchad

 

La Croix par Julia Ficatier, 11 février 2008

 

Plus de 12 000 Soudanais viennent de passer la frontière. L'aviation soudanaise et les milices djandjawides ont bombardé vendredi 8 et samedi 9 février les villages de Sirba, Salia et Abou Sourouj, faisant près de 200 morts

 

Le bras de fer se poursuit entre le gouvernement de Khartoum et les rebelles soudanais. Au moins 12 000 Soudanais ont fui samedi 9 et dimanche 10 février trois villages de l'ouest du Darfour, proches de la frontière avec le Tchad, Sirba, Salia et Abou Sourouj. Bon nombre d'entre eux se sont réfugiés au Tchad, où plus de 240 000 Soudanais du Darfour vivent déjà réfugiés.

Situés entre 40 et 60 km au nord de la ville d'El Geneina, petite capitale régionale, Sirba, Salia et Abou Sourouj ont été attaqués vendredi et samedi à deux reprises par l'armée soudanaise arrivée à bord de 65 véhicules, soutenue par 600 miliciens djandjawids à dos de dromadaires. Ces attaques se sont déroulées avec le soutien de l'aviation soudanaise, des Antonov et des hélicoptères d'assaut.

L'information a été donnée d'abord par la rébellion tchadienne basée dans cette région du Darfour, avant d'être confirmée par le général Martin Agwai, commandant de la force de la mission conjointe de l'ONU et de l'Union africaine (Minuad) : « De nombreuses maisons ont été brûlées », a-t-il déclaré, confirmant qu'il y avait eu « au moins 200 morts, tous des civils ». Le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, a fermement condamné ces attaques et exigé que « la loi humanitaire internationale soit respectée, qui interdit les attaques militaires contre les populations civiles ».

 

"Une punition collective"

Khartoum reproche aux rebelles soudanais de se cacher au milieu de la population soudanaise avec laquelle ils ont depuis toujours des liens tribaux de cousinage. L'un des responsables des rebelles, le commandant Abdel Aziz Nour El-Asher, du Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM), que l'on dit proche du président tchadien Idriss Déby, l'a d'ailleurs souligné vendredi.

« Le gouvernement s'attaque aux civils parce qu'il pense qu'ils couvrent la présence de nos combattants mais nous ne sommes pas dans les villes. C'est une punition collective contre la population qui nous est acquise », a-t-il affirmé, soulignant toutefois que le JEM « était présent autour » des villes.

Abdel Aziz Nour El-Asher a par ailleurs admis que « certains de (ses) combattants avaient eu des accrochages avec des soldats soudanais ces derniers jours, mais à l'intérieur du territoire tchadien ». « Les soldats soudanais, a-t-il affirmé, ont voulu nous encercler en venant de l'Ouest après être entrés au Tchad et on a dû les poursuivre en territoire tchadien. »

La nouvelle n'a été ni confirmée ni infirmée par Khartoum. Mais cette région de l'ouest du Darfour et cette partie de la frontière avec le Tchad ont toujours été un haut lieu de passage, de poursuite de rebelles et de refuge pour ces derniers. « C'est une zone de no man's land semi-désertique, ouverte à tous, très difficile à surveiller et où tout paraît possible. Les Soudanais profitent de cette situation qui leur a permis de faire ce que bon leur semble au Darfour contre des populations oubliées du régime et défavorisées », note un diplomate français.

 

Une situation "exacerbée par les violences au Tchad"

 

Depuis plus de trente ans, cette « zone de no man's land » a également été le terrain privilégié des rebelles tchadiens qui se sont vu offrir des caches et de l'armement au Darfour par les autorités soudanaises. L'actuel président tchadien, Idriss Déby, connaît ainsi parfaitement la région. Il en a profité d'abord au début des années 1980, quand il était aux côtés d'Hissène Habré pour prendre N'Djamena alors aux mains de Goukouni Oueddei ; ensuite en 1987, quand il s'est battu contre les Libyens qui occupaient alors le nord du Tchad et qu'il a reconquis la palmeraie de Fada.

Évoquant vendredi 8 février le Darfour devant le Conseil de sécurité de l'ONU, le Français Jean-Marie Guéhenno, secrétaire général adjoint pour les opérations de maintien de la paix, a souligné que « la situation dans le Darfour a été exacerbée par les violences au Tchad de ces derniers jours ».

« Les récentes hostilités dans l'ouest du Darfour entre le gouvernement du Soudan et la faction du Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM) et l'accroissement de leurs forces dans la région constituent l'un de nos principaux problèmes de sécurité au Darfour », a-t-il estimé

 

Février 2008

Le Soudan et la MINUAD signent un accord sur le statut de la force  de maintien de la paix

 

Xinhuanet, Khartoum, 10 février 2008

 

Le gouvernement soudanais et la mission ONU-UA au Darfour (MINUAD) ont signé samedi un accord sur le statut de force hybride de maintien de la paix dans la région  de Darfour (ouest du Soudan). 

L'accord a été signé par le ministre soudanais des Affaires  étrangères Deng Alor et le représentant spécial conjoint UA-ONU  pour le Darfour Rodolphe Adada lors d'une cérémonie tenue au  ministère soudanais des Affaires étrangères. 

Lors d'une conférence de presse organisée suite à la cérémonie, M. Alor a réaffirmé une cooppération complète de son gouvernement  avec la MINUAD pour les succès de l'opération hybride de maintien  de la paix au Darfour. 

Il a noté que la protection du peuple au Darfour est la  responsabilité du gouvernement soudanais, ajoutant que les efforts de la communauté internationale au Darfour devrait être limitée au "soutien et à l'aide pour la stabilité effective dans la région". 

Soulignant la nature africaine de l'opération hybride de  maintien de la paix au Darfour, qui signifie qu'une majorité de  force de maintien de la paix devrait venir des pays africains, il  a expliqué que la signature de l'accord a représenté  l'inauguration du processus de coopération entre le Soudan et la  MINUAD. 

Rodolphe Adada a dit pour sa part que la MINUAD a entamé son  travail avec la légalité totale après la signature de l'accord. 

M. Adada a appelé aux efforts conjugués pour le succès de  l'opération hybride au Darfour, indiquant que l'accord a légalisé  la présence et le travail de la MINUAD en plus de son respect aux  lois locales et nationales. 

Le représentant permanent soudanais à l'ONU, ambassadeur Abdel- Mahmoud Abdel-Halim, a déclaré dans un communiqué de presse que le document est basé sur la résolution 1769 du Conseil de sécurité de l'ONU et les résolutions relevantes du Conseil de paix et de  sécurité de l'Union africaine. 

Abdel-Halim a indiqué que la signature de l'accord constitue  un pas important vers le déploiement de la force hybride, ajoutant que le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a expliqué au  Conseil de sécurité jeudi que la priorité devrait être donnée au  renforcement du processus de paix au Darfour. 

Le 31 juillet 2007, le Conseil de sécurité de l'ONU a adopté  la résolution 1769, autorisant le déploiement de la force hybride  dont quelque 20 000 soldats et plus de 6 000 policiers et personnel civil pour remplacer la force de maintien de la paix  insuffisamment financée au Darfour. 

Pourtant, actuellement il y a seulement quelque 9 000  personnel en uniforme sur le terrain, dont 7 000 soldats et 1 200  policiers qui avaient servi dans l'ancienne force de maintien de  la paix de l'UA.

 

Février 2008

 

Le Soudan signe un accord sur le fonctionnement de la force "hybride" au Darfour

 

Le Monde avec AFP et Reuters, 10 février 2008

 

K hartoum a signé, samedi 9 février, l'accord technique nécessaire au déploiement de la force hybride de maintien de la paix des Nations unies et de l'Union africaine au Darfour (Minuad ). Cet accord autorise les mouvements et les communications de des 26 000 hommes des forces internationales. "C'est une avancée très importante pour la Minuad" , a déclaré son responsable politique, Rodolphe Adada, après la signature de l'accord avec le ministre soudanais des affaires étrangères Deng Alor. - Après plusieurs semaines de discussion sur les modalités de déploiement de cette force, cet accord appelé SOFA (The Status of Forces Agreement) a finalement été conclu grâce à l'intervention du secrétaire général de l'Onu, Ban Ki-moon. Le secrétaire général-adjoint de l'ONU aux missions de maintien de la paix, Jean-Marie Guéhenno, a rappelé que les conditions initialement posées par le Soudan, en particulier la désactivation des communications de la force pendant ses opérations, avaient mis en danger cet accord. " La Minuad bénéficiera (...) sans restrictions de communications par radio, téléphone, mail, fax ou tout autre moyen" , prévoit le texte de l'accord, que Reuters s'est procuré samedi. "La Minuad (...) bénéficiera sans délai d'une liberté de mouvement pleine et entière dans tout le territoire du Darfour" , indique aussi le texte.

M. Adada a exprimé l'espoir que les négociations ayant conduit à cet accord servent d'exemple pour la coopération à l'avenir entre la force et le Soudan . "En tant que gouvernement, nous avons la responsabilité de protéger notre peuple" , a déclaré M. Alor. Il a estimé qu'avec la signature de cet accord les deux parties commenceront à faire tout leur possible pour aider le peuple du Darfour "qui a beaucoup souffert" .

La Minuad, entrée en fonction début janvier, est chargée de protéger les populations civiles. Mais Khartoum traîne des pieds pour permettre que des non-Africains en fassent partie, insistant pour que l'ONU épuise d'abord les possibilités de fourniture de troupes africaines. Interrogé lors de la cérémonie sur une éventuelle participation de contingents non africains à la Minuad, le chef de la diplomatie soudanaise a répliqué : "les forces seront essentiellement africaines" . "Nous sommes engagés à déployer des forces non-africaines au fur et à mesure que nous avançons dans les consultations avec la Minuad" , a-t-il ajouté .

 

Février 2008

Au centre du Tchad, la rébellion reste une épine dans le pied des autorités

 

Jeune Afrique 9 février 2008

 

Stationnés pour la troisième journée consécutive à Mongo, en plein centre du Tchad, les rebelles hostiles au président Idriss Deby Itno demeurent une épine dans le pied des autorités de N'Djamena, après avoir attaqué la capitale il y a une semaine.

Quarante-huit heures après avoir instauré un couvre-feu draconien à N'Djamena ainsi que dans le centre et l'est du pays, de 18H30 à 06H00 (17H30 à 05H00 GMT), le gouvernement tchadien a allégé samedi cette mesure dans la capitale, entièrement contrôlée par l'armée et où la vie reprend un cours presque normal

Désormais, le ministre de l'Intérieur Ahmat Mahamat Bachir interdit toute circulation en ville de minuit à 06H00 (23H00 à 05H00 GMT).

Le couvre-feu reste toutefois inchangé dans le reste du pays, signe de l'incertitude qui plane sur les intentions de l'alliance des trois principales rébellions tchadiennes qui, partie le 28 janvier du Soudan voisin, a pris d'assaut N'Djamena les 2 et 3 février.

"Nous avions une stratégie visant à faire tomber le régime rapidement", explique une source rebelle. "Comme ça n'a pas marché, nous avons dû revenir en arrière, on avait plus du tout moyen de trouver du carburant en ville".

Depuis jeudi, les rebelles se trouvent à Mongo, capitale de la région du Guéra, à 400 km à l'est de N'Djamena, sans donner l'impression de vouloir en bouger dans l'immédiat.

Une colonne de l'Armée nationale tchadienne (ANT) a quitté vendredi la capitale en direction de l'est, selon une source militaire, mais aucune confrontation n'a été signalée.

"Nous allons continuer à les pourchasser", a déclaré à l'AFP le général Mahamat Ali Abdallah, commandant des opérations côté gouvernemental, confirmant que les rebelles se trouvaient toujours à Mongo.

"Ici tout est calme. Nous sommes à Mongo, nous devons nous réorganiser", a assuré pour sa part le porte-parole de l'alliance rebelle Abderaman Koulamallah, joint sur téléphone satellitaire.

"On veut attirer l'armée loin de ses bases", a-t-il ajouté, laissant entendre que les 800 km qui séparent N'Djamena du Soudan, QG arrière des rebelles, leur avaient été fatals.

Mahamat Ali Abdallah a accusé les assaillants d'avoir "pillé" Mongo. Mais Abderaman Koulamallah, tout en reconnaissant que l'administration de cette bourgade avait été saccagée, a assuré que ses forces avaient "mis un terme aux pillages" en y pénétrant.

Les observateurs s'interrogent désormais sur les options des rebelles.

Ces derniers affirment toujours vouloir relancer, à terme, "une grande offensive" contre la capitale. Mais des sources militaires se demandent s'ils ont suffisamment de munitions et de carburant.

De la même manière, ces sources sont incapables de déterminer si l'ANT est en mesure de les défaire à Mongo.

D'autant que l'alliance rebelle a reçu dans cette région les renforts d'une colonne en provenance de l'est. Plus de 200 véhicules pick-up leur appartenant ont été repérés à Mongo et dans les environs.

Capable de transporter dix à quinze hommes, ainsi que des munitions, des armes et des barils de carburant, la camionnette pick-up tout terrain est l'instrument nécessaire à tout conflit dans ces contrées.

Une centaine de personnes ont manifesté samedi à Paris contre l'arrestation de quatre opposants au Tchad dénonçant le soutien de la France au "régime dictatorial" d'Idriss Deby.

En revanche, quelque cinq mille personnes ont manifesté à Bangui en signe de soutien au régime du président tchadien. Le gouvernement centrafricain, proche de N'Djamena, a condamné le coup de force des rebelles.

Par ailleurs, le président Deby a reçu samedi les demandes de grâce des six Français de L'Arche de Zoé, condamnés à huit ans de prison pour tentative d'enlèvement de 103 enfants depuis l'est du Tchad.

 

Février 2008

 

Forces françaises Alerte maximale à N'Djamena

 

Le Figaro Magazine par Katia Clarens (Photo Noël Quidu/Gamma), 9 février 2008

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Nos reporters ont accompagné les légionnaires et les marsouins qui renforcent le dispositif «Epervier» pour sécuriser la capitale tchadienne et évacuer les ressortissants français.

 

Ils sont désormais près de 650 déployés à N'Djamena. Les hommes du dispositif «Epervier » sécurisent l'aéroport et les points de rassemblement des Français. Ils procèdent également aux exfiltrations des derniers ressortissants, puis organisent les évacuations. Sans répit.

Ils portent des bérets verts, bleus ou rouges. Impressionnants dans leurs tenues de camouflage renforcées, montés sur des chars, armés de lance-missiles, 140 légionnaires, marsouins et parachutistes (1) assurent depuis la fin de la semaine dernière la sécurisation de l'aéroport de N'Djamena, une plate-forme de 12 kilomètres carrés couverte de savane sahélienne et barrée d'une piste d'atterrissage goudronnée. Une mission partagée entre les militaires d'Idriss Déby et ceux du dispositif « Epervier » qui, pour une large part, étaient déployés au Tchad depuis 1986. Porte de sortie pour les ressortissants et militaires français installés dans le pays, le lieu est stratégique. Et placé, depuis samedi dernier, en alerte maximale.

Ce jour-là, lors des violents combats qui opposent les Forces de défense et de sécurité aux rebelles tchadiens arrivés en pick-up depuis le Nord-Est (lire notre encadré page 30), l'aéroport est touché, pris entre les feux des troupes qui s'affrontent. Des roquettes envoyées depuis les environs de la présidence sur les troupes rebelles installées aux frontières de l'aéroport frappent les installations civiles situées de l'autre côté de la piste. Le capitaine Dupety et ses légionnaires, immédiatement déployés, encaissent les coups, traquent aussi les rebelles qui tentent d'infiltrer l'aéroport pour attaquer par le flanc leur objectif : la présidence. Des combats s'engagent alors entre les Français et certains éléments rebelles fâchés par la protection que nos soldats apportent à l'aviation de Déby stationnée sur le tarmac et souvent pilotée par des mercenaires... ukrainiens. Aux hélicoptères, surtout, qui pilonnent leurs troupes. Les combats durent plusieurs heures, puis les assaillants se déroutent enfin, glissent à la périphérie de l'aéroport civil, toujours frappé par les tirs gouvernementaux destinés aux assaillants.

« Nous avons profité de l'accalmie nocturne pour nous enterrer », se souvient le capitaine Dupety, un homme jeune à l'œil vif et clair. Avec des pelles d'abord, puis avec des engins, les soldats dressent des murs de terre et de parpaings autour des différents postes de combat.

Depuis, et malgré l'apparent retour au calme, des camions, soulevant d'épais nuages de poussière sablonneuse, parcourent les pistes de terre de la plate-forme, apportent du ravitaillement à ces gardiens d'élite issus des régiments de Fréjus, d'Orange et de Carcassonne, qui n'ont pas quitté leurs postes depuis plus de quatre jours. Toujours en alerte.

Car sur la piste militaire concédée aux Français, les vols d'évacuation se sont multipliés. Sagement, souvent dans le silence, ils sont montés, en file indienne, à bord des Hercules, de gros avions gris à hélices initialement destinés au transport de matériel. Les déplacés. Ils laissent derrière eux leurs maisons, parfois leurs familles. A bord, installés en de longues rangées inconfortables, les visages expriment un curieux mélange de soulagement et de chagrin. Comme Armenn, avec son joli ventre de femme enceinte, tchadienne d'origine et mariée à un jeune Français, Fabien. « L'ambassade nous a demandé de gagner les points de rassemblement, ce que nous avons fait, explique Fabien. Là, c'était dans une concession proche de la présidence, nous avons entendu les combats, juste à côté, une balle s'est même logée dans un mur, puis une colonne de blindés est venue nous chercher pour nous conduire à la base militaire française. » Le regard fixé sur quelque chose de très lointain, Armenn, sa femme, décollera dans quelques minutes à bord de l'avion numéro 11 (2). Sans savoir où sont ses frères et sœurs. Ni ses parents. Elle espère simplement qu'ils sont vivants, qu'ils ont traversé le pont vers le Cameroun avec des milliers d'autres réfugiés.

A côté, sur l'asphalte brûlant de la piste, un hélicoptère tchadien MI24 chargé de bombes est également sur le départ. Dans les VIIe et VIIIe arrondissements de la ville, situés à l'extrême est de la capitale, on signale encore des poches de résistance et les combats se poursuivent. Les extractions aussi. Sur la base d'« Epervier », une colonne de neuf blindés s'apprête à partir, dirigée par le lieutenant Turpin. Depuis trois jours, il arpente la ville à la recherche de ressortissants de toutes les nationalités. Beaucoup ont déjà gagné Libreville (Gabon) à bord des Hercules, puis les Français ont embarqué sur des vols gouvernementaux à destination de Paris. Certains sont restés ici, sur la base, parce qu'ils n'arrivent pas à partir. Parce que leur vie et leurs affaires sont ici. Ils se regroupent, le soir, autour du journal télévisé que diffuse un petit poste de L'Oasis, le bistro du camp. Ouverture sur le Tchad, on réclame le silence, on essaye d'apercevoir sa maison sur les images, puis on se sépare promptement pour regagner son lit Picot.

A quelques pas seulement, une quinzaine de blessés gît sous des couvertures de survie dorées. Ils ont été soignés au centre médico-chirurgical de la base. Ce sont des soldats des Forces de défense et de sécurité blessés au combat et que l'hôpital militaire tchadien, privé d'électricité, a acheminé ici pour qu'ils soient opérés ou amputés. Deux d'entre eux arrivent chaque heure, depuis le matin et jusqu'à parfois 22 heures, livrés aux mains expertes de l'équipe de chirurgiens français. Là encore, les yeux sont cernés comme ceux du colonel Mérat qui dirige le centre et opère sans répit depuis plusieurs jours. Epuisé, le colonel Perié, commandant des Eléments français au Tchad (EFT), patron de la base militaire, dort dans son bureau depuis quatre jours parce que les téléphones portables ne fonctionnent plus et que sa ligne fixe ne cesse de sonner. L'ambassadeur et le consul de France, déjà éreintés par la récente affaire de L'Arche de Zoé, n'ont plus quitté l'ambassade depuis plusieurs jours... Calmement, intensivement, les forces françaises se sont ainsi mobilisées depuis le début du conflit.

Dans ce pays pourtant habitué aux rébellions – Idriss Déby avait lui-même pris le contrôle du pays en 1990 à l'issue d'un coup d'Etat –, ce conflit met en relief quelques changements. Ainsi, des observateurs soulignent que la position de la France, désormais aux côtés d'Idriss Déby, était d'abord incertaine pendant deux jours au cours desquels les rebelles ont dangereusement approché la présidence. Pourquoi ? Difficile de décrypter les arcanes des relations franco-tchadiennes. Sans doute parce qu'un engagement français aurait remis en cause, pour les partenaires européens soucieux de ne pas s'immiscer dans les affaires locales, le déploiement de l'Eufor prévu autour des camps de réfugiés du Darfour. Un projet cher à l'Elysée. Peut-être aussi parce que l'on souhaitait, à Paris, adresser un signal à Idriss Déby, qui s'était montré très dur en affaires dans les négociations engagées lors de la crise de L'Arche de Zoé.

Ensuite, on découvre l'incroyable machine de communication des rebelles. A peine les combats démarrent-ils que les porte-parole des différents mouvements hantent déjà les ondes et les colonnes, tenant des discours minutieusement étudiés au cours desquels, systématiquement, l'on rappelle que le message est divulgué « au nom de la coalition ».

Enfin, cette coalition exigée par le Soudan, prospère voisin (près de 20 % de croissance par an), semble savamment orchestrée. Et bien équipée aussi. On dit ici qu'elle aurait pu bénéficier d'aides libyennes, alors même que des avions affrétés par la Libye auraient par ailleurs évacué en début de semaine plus de 70 blessés tchadiens. On dit encore que les premières troupes entrées dans N'Djamena étaient menées par des militaires soudanais. En vue sans doute de perturber le déploiement de la force européenne, gênante pour Khartoum, adepte d'une solution militaire au Darfour.

 

(1) Venus en renfort depuis Libreville (Gabon).

(2) Près d'une vingtaine d'avions seront ainsi affrétés par les militaires français.

 

Février 2008

 

La situation au Darfour et les relations Tchad-Soudan alarment l'ONU

 

Agence France Presse, New York, 8 février 2008

 

La poursuite des hostilités au Darfour et le conflit larvé entre le Tchad et le Soudan, par groupes rebelles interposés, menacent de déboucher sur un conflit plus large et compromettent les efforts de paix internationaux, a averti vendredi un haut responsable de l'ONU.

La situation au Darfour a été "exacerbée par les violences au Tchad ces derniers jours", a déclaré au Conseil de sécurité le Français Jean-Marie Guéhenno, secrétaire général adjoint pour les opérations de maintien de la paix, de retour d'une tournée dans la province soudanaise.

L'attitude des gouvernements soudanais et tchadien, qui s'accusent mutuellement de soutenir les rebelles de part et d'autre de leur frontière, "alimente les tensions entre les deux pays et démontre que le potentiel existe d'un conflit de dimension internationale dans la région", a-t-il ajouté.

Le responsable onusien a désigné les récentes hostilités au Darfour-ouest entre les forces soudanaises et les rebelles d'une faction du Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM) dirigée par Khalil Ibrahim, comme l'un des "principaux problèmes de sécurité au Darfour". Le JEM-Khalil Ibrahim est réputé proche du président tchadien Idriss Déby Itno.

S'adressant ensuite à la presse, M. Guéhenno a dit son inquiétude devant les informations faisant état de nouveaux combats au Darfour-ouest.

L'armée soudanaise, soutenue par des miliciens Janjawid, a lancé vendredi une offensive d'envergure contre plusieurs localités de cette région, faisant plusieurs dizaines de tués et de blessés, selon un commandant du JEM, information confirmée par la Minuad, la force "hybride" ONU-Union africaine (UA) au Darfour.

Rappelant que celle-ci continue de se heurter à de sérieux problèmes "de sous-effectifs et de sous-équipement" et à des difficultés logistiques et administratives, M. Guéhenno a souligné le danger pour elle de se retrouver en mauvaise posture en plein conflit alors qu'elle est censée protéger des civils.

"Pour une force de maintien de la paix, devoir opérer au milieu d'une guerre est une position très dangereuse", a-t-il averti.

La Minuad doit devenir la plus importante force de maintien de la paix dans le monde avec 20.000 soldats et 6.000 policiers. Mais seuls 9.000 hommes sont pour l'instant déployés.

La Minuad a pris début janvier le relais de l'Amis, l'ancienne force de l'UA, mal équipée et sous financée. Elle est chargée de protéger les populations civiles sur un territoire grand comme la France livré à la guerre civile depuis cinq ans.

Sur le plan du déploiement, M. Guehenno a indiqué que l'ONU s'attacherait en priorité à mettre en place un contingent de troupes éthiopiennes, à condition que Khartoum accepte rapidement le déploiement simultané d'unités de forces spéciales népalaises et thaïlandaises.

Khartoum traîne des pieds depuis des mois pour permettre que des non-Africains fassent partie de la Minuad, insistant pour que l'ONU épuise d'abord les possibilités de fourniture de troupes africaines.

L'ambassadeur américain, Zalmay Khalilzad, a mis le Soudan en demeure de "coopérer pleinement lors des prochaines étapes du déploiement", en mars et avril. Faute de quoi, a-t-il dit, "le Conseil de sécurité devra envisager une action appropriée", une allusion à de possibles sanctions. "La crédibilité du Conseil de sécurité est en jeu", a souligné M. Khalilzad.

L'émissaire de l'ONU au Darfour, Jan Eliasson, a pour sa part indiqué que les perspectives d'un accord rapide entre les multiples factions de la rébellion sur des positions communes "apparaissent minces".

M. Eliasson et son homologue de l'UA Salim Ahmed Salim tentent de faire redémarrer le processus de paix après l'échec de pourparlers en octobre en Libye.

Province occidentale du Soudan, le Darfour connaît depuis février 2003 une guerre civile qui a fait quelque 200.000 morts et plus de 2 millions de déplacés, selon l'ONU. Khartoum conteste ce bilan et ne parle que de 9.000 morts

 

Février 2008

Tchad: des voix s'élèvent contre des arrestations et des exécutions

 

Agence France Presse, 'Djamena, 8 février 2008

 

Malgré un certain retour à la normale à N'Djamena, les rebelles qui ont attaqué le pouvoir le week-end dernier sont toujours stationnés dans le centre du Tchad, où des voix s'élevaient contre des arrestations d'opposants et des exécutions extrajudiciaires présumées.

Nouveau signe d'une normalisation dans la capitale tchadienne, l'ambassade de France a levé vendredi la consigne de "regroupement" donnée à ses ressortissants avant le début des combats.

Les Français qui le souhaitent peuvent rentrer chez eux, à condition de respecter le couvre-feu en vigueur de 18H30 à 06H00 (17H30 à 05H00 GMT) décrété jeudi et de ne pas sortir de N'Djamena.

Avant les combats, quelque 1.500 Français résidaient au Tchad, à 85% à N'Djamena. L'armée française a évacué vers Libreville 1.200 étrangers, dont une majorité de Français. Environ 200 étrangers étaient toujours sous la "protection" de militaires français à N'Djamena, ne voulant pas être évacués.

Cette levée du regroupement des Français accompagne une reprise des activités dans la capitale, entravée néanmoins par les dégâts provoqués par les pillages et les combats.

Mais l'alliance rebelle partie le 28 janvier du Soudan pour venir attaquer N'Djamena les 2 et 3 février assure n'avoir pas renoncé.

Plus de 200 pick-up, qui peuvent transporter dix à quinze hommes chacun, sont stationnés à Mongo, en plein centre du Tchad.

"On va continuer à les pourchasser", a affirmé vendredi le commandant des opérations de l'Armée tchadienne, le général Mahamat Ali Abdallah.

L'incertitude sur le plan militaire se traduit dans la capitale par une tension au niveau politique et sécuritaire.

"Nous avons reçu des informations selon lesquelles le 6 février, au moins trois hommes auraient été exécutés par des membres de l'armée tchadienne", a dénoncé l'organisation de défense des droits de l'Homme Amnesty International.

Dans la foulée des combats, plusieurs opposants légalement reconnus avaient été arrêtés.

Des sources proches du dossier ont confirmé à l'AFP l'arrestation de trois d'entre eux: l'ancien chef de l'Etat Lol Mahamat Choua, président du comité de suivi d'un processus censé aboutir à des élections démocratiques, Mahamat Saleh Ibni Oumar, chef de la principale coalition de l'opposition, et l'opposant radical Ngarléji Yorongar.

Amnesty redoute "que les autorités tchadiennes ne commencent une gigantesque chasse aux sorcières" et demande à la France "d'user de son influence" auprès de N'Djamena.

Tout en démentant une intervention militaire directe, les autorités françaises, qui ont apporté un soutien appuyé au président Deby ces derniers jours, ont semblé pour la première fois répondre à ces préoccupations.

"Maintenant, il faut qu'il (le gouvernement du président Deby) prouve qu'il est vraiment le gouvernement de tous les Tchadiens, et je pense qu'il le fera", a déclaré le chef de la diplomatie française Bernard Kouchner.

Le porte-parole de la rébellion tchadienne Abderaman Koulamallah a affirmé que les forces françaises avaient eu une "participation active" dans les combats.

Le secrétaire général adjoint pour les opérations de maintien de la paix des Nations unies, le Français Jean-Marie Guéhenno, a averti le Conseil de sécurité que le conflit larvé auquel se livrent le Tchad et le Soudan, par l'intermédiaire de leurs groupes rebelles, pourrait déstabiliser la région et déboucher sur un conflit plus vaste.

Le gouvernement soudanais a rapatrié vendredi via le Cameroun plus de 90 de ses ressortissants qui vivaient au Tchad, dont son personnel diplomatique, selon l'agence soudanaise Suna.

Le déploiement de la force européenne pourrait reprendre "à compter de mardi", si l'aéroport de N'Djamena est rouvert d'ici là, a indiqué un porte-parole de l'Eufor.

 

Février 2008

"La France a apporté une aide militaire indirecte mais décisive au régime de Déby"

 

Le Monde 8 février 2008

 

Pilippe Hugon, directeur de recherche à l'IRIS et auteur de "Géopolitique de l'Afrique"

Propos recueillis par François Béguin, 8 février 2008

 

C omment analysez-vous la bataille de N'Djamena ? Les rebelles auraient-ils pu l'emporter ?

 

Philippe Hugon : Au début de l'offensive, le 1 er février, les jeux n'étaient pas faits. Il y avait un certain équilibre des forces. A leur arrivée à N'Djamena, on a estimé qu'il y avait environ 2 000 rebelles dotés de lance-roquettes, de mitraillettes et de kalachnikovs. En face, l'armée régulière tchadienne alignait entre 2 000 et 3 000 hommes qui disposaient, eux, de quatre hélicoptères et sans doute d'une dizaine de chars.

Les rebelles ont réussi à s'emparer de la moitié de N'Djamena, mais ils ont dû faire face à une contre-offensive menée avec des hélicoptères et des armes lourdes, et ont été obligés de se replier. Pour prendre entièrement la ville, il aurait fallu qu'ils bénéficient de défections dans l'armée régulière et qu'ils parviennent à prendre le contrôle de dépôts d'essence ou de munitions. Dès lors que le Soudan n'a pas pu leur donner un appui militaire officiel, ils ne pouvaient que perdre. Mais surtout, ils n'ont pas réussi à prendre le contrôle de l'aéroport, ce qui a permis aux hélicoptères de l'armée tchadienne de les attaquer.

Aujourd'hui, leur position semble difficile car ils sont à 800 kilomètres de leur base, le long de la frontière ouest du Soudan. Ils ont besoin de ravitaillement en essence et en munitions. Entre ceux qui ont été tués, ceux qui se sont déguisés en civils à N'Djamena et ceux qui sont repartis, il est impossible de dire leur nombre.

 

Que sait-on de l'intervention de la France dans ce conflit ?

 

Philippe Hugon : Après avoir un peu attendu pour voir comment la situation évoluait, je pense que la France a apporté une aide militaire indirecte mais décisive au régime de Déby. Elle a apporté un soutien logistique en munitions et en carburant à l'armée tchadienne, et a mis à contribution ses Mirage pour transmettre des informations sur les positions des rebelles. Elle a joué un rôle déterminant en contrôlant l'aéroport de N'Djamena. Les rebelles ne s'y sont donc pas attaqués, ce qui leur aurait peut-être permis de détruire les hélicoptères de l'armée tchadienne.

Je vois deux infléchissements par rapport à la précédente intervention française en avril 2006. Les Mirage avaient alors tiré des coups de semonce ; ce n'est pas le cas cette fois. En avril 2006, Jacques Chirac avait choisi d'agir dans le cadre de l'accord de coopération de 1976 ; Nicolas Sarkozy a également agi dans ce cadre, mais a demandé un vote de soutien de l'ONU. La "déclaration" qui a été votée par le Conseil de sécurité de l'ONU a laissé entendre un feu vert de la communauté internationale sur la question.

Le soutien visible de la France au régime de Déby ces derniers jours semble conforter les réserves formulées par l'Allemagne, la Grande-Bretagne ou l'Italie par rapport à la force Eufor (composée de 2 100 militaires français sur un total de 3 700). Pour nos voisins européens, la France ne dissocie pas suffisamment son soutien à des régimes dont la légitimité est relative de sa volonté d'assurer la paix dans la région. Même si la force Eufor n'a pas à prendre position dans les conflits, sa présence va un peu protéger Déby. Elle va devoir limiter dans des conditions difficiles l'effet de contagion de la crise soudanaise au Tchad.

 

Pourquoi Idriss Déby accorderait-il aujourd'hui sa grâce aux membres de L'Arche de Zoé ?

 

Philippe Hugon : J'ai toujours pensé qu'il y avait eu un accord entre Nicolas Sarkozy et Idriss Déby. Sarkozy voulait que l'affaire soit jugée en France, Déby voulait qu'elle le soit au Tchad. La justice tchadienne a prononcé une peine, la justice française l'a entérinée après le transfèrement des accusés. Aujourd'hui, Déby peut montrer sa magnanimité tout en disant que la justice a été faite. Je pense que cette grâce n'est pas simplement un remerciement à la France. Elle était prévue dès le départ. Mais je ne m'attendais pas à ce qu'elle arrive aussi tôt.

 

Février 2008

L'armée soudanaise attaque trois villes au Darfour

 

Reuters 8 février 2008 par Opheera McDoom, avec la contribution de Louis Charbonneau, version française Jean Décotte et Gwénaëlle Barzic

 

 

L'aviation et l'armée de terre soudanaises ainsi que des milices alliées au gouvernement de Khartoum ont attaqué trois villes de l'ouest du Darfour et causé de lourdes pertes parmi les civils, ont rapporté des témoins et des rebelles de la province soudanaise.

"Le gouvernement a attaqué la ville d'Abu Surouj ce matin (...), une attaque frontale avec des véhicules, des chevaux et des bombardements", a déclaré à Reuters le chef rebelle darfourien Abdel Aziz el-Nur Ashr, du Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM).

"Actuellement, ils poursuivent leur offensive contre trois villes (...) dont Suleia", a-t-il dit.

Il a dans un premier temps estimé à environ 200 le nombre des victimes et a noté qu'il était difficile d'obtenir une estimation fiable, l'armée se trouvant toujours sur les lieux.

Le gouverneur de la province du Darfour-Occidental, Abu el-Gasim, a confirmé que les forces gouvernementales étaient entrées dans les villes de Sirba, Suleia et Abu Surouj pour les reprendre aux rebelles. Abu Surouj compte 150.000 habitants et accueille aussi des personnes qui ont fui les violences dans la région.

Il a affirmé qu'il n'y avait pas de victimes et a nié tout bombardement.

"Quelques maisons ont été incendiées, mais il n'y a pas de blessé et aucun civil n'a été tué. J'ai suivi la situation avec attention", a-t-il dit à Reuters.

Des habitants d'el-Geneïna, la capitale provinciale, ont dit à Reuters qu'ils avaient entendu des appareils Antonov passer non loin d'eux et qu'ils avaient vu des hélicoptères.

Les rebelles affirment contrôler la région au nord d'El-Gueneïna, où ils combattent régulièrement l'armée soudanaise et où les ONG humanitaires n'ont plus accès.

Ashr avait indiqué précédemment qu'il s'attendait à de nouvelles attaques du fait que le gouvernement de Khartoum a remobilisé selon lui les milices djandjaouids dans la région.

Yehia Abakr, un habitant de Sirba, a déclaré à Reuters par téléphone qu'il avait fui le centre-ville lorsque les forces gouvernementales avaient attaqué.

"Ils ont tué de nombreuses personnes", a-t-il dit.

 

L'armée nie avoir fait des victimes

 

L'armée soudanaise a confirmé avoir mené une opération dans la région pour déloger le JEM, qui avait selon elle tendu des embuscades à ses soldats. Mais elle a démenti avoir fait des victimes.

"Les forces armées ont attaqué les zones où se trouvent les rebelles mais aucun civil n'a été tué", a dit un porte-parole.

Ashr affirme de son côté que les rebelles n'ont pas déployé de combattants à l'intérieur des villes.

Deux autres groupes rebelles ont également rapporté que la région voisine de Djebel Moun, près de la frontière entre le Soudan et le Tchad, avait été bombardée.

Le commandant de la Mission des Nations unies et de l'Union africaine au Darfour (Minuad), le général nigérian Martin Luther Agwai, s'est dit très préoccupé par cette attaque soudanaise, exhortant les deux bords à faire preuve de retenue.

"En plus des pertes en vies humaines et des destructions, le risque existe d'un déplacement massif de populations, aggravant une situation humanitaire déjà critique", a-t-il dit.

La Minuad, dont les règles d'engagement opérationnelles doivent être ratifiées samedi par le gouvernement de Khartoum, ne dispose pour le moment que de 9.000 soldats et policiers, contre 26.000 annoncés.

 

Pessimisme à l'ONU

 

A New York, l'émissaire spécial de l'Onu au Darfour Jan Eliasson a déclaré qu'il "semblait s'agir d'une opération d'assez grande envergure".

Devant le Conseil de sécurité où il présentait un rapport sur l'état des discussions entre les groupes rebelles, il a dressé un tableau plutôt sombre de la situation au Darfour, soulignant que la paix demeurait hors d'atteinte après cinq années de conflit.

Il a notamment souligné que les différents groupes rebelles de la région avaient peu progressé dans la préparation des nouvelles négociations de paix. "Ils ne sont toujours pas prêts dans une large mesure à engager des discussions substantielles, a-t-il dit. Le mouvement n'a toujours pas de positions fermes et n'a pas encore formé d'équipe commune".

Jean-Marie Guéhenno, le sous-secrétaire général chargé des opérations de maintien de la paix, s'est aussi montré pessimiste, indiquant que le déploiement de la Minuad rencontrait toujours des obstacles et qu'elle pourrait être contrainte d'entamer ses opérations alors que les hostilités se poursuivent.

 

Février 2008

Tchad : Paris avait décidé de ne pas intervenir

 

Le Monde 8 février 2008 , par Philippe Bernard et Natalie Nougayrède,

 

La crise du Tchad a confronté Nicolas Sarkozy, pour la première fois depuis son élection, à la délicate question de l'emploi des troupes françaises dans un pays africain en situation de quasi-guerre civile. La bataille de N'Djamena a mis à l'épreuve les idées du chef de l'Etat sur la rénovation de la relation franco-africaine.

Alors que, le 1 e ` février, le régime d'Idriss Déby paraissait menacé par le déferlement des colonnes rebelles sur la capitale, le président français a décidé qu'il n'y aurait pas d'intervention de l'armée française. En avril 2006, Jacques Chirac avait opté pour un "coup de semonce" d'un avion Mirage contre les forces rebelles qui se dirigeaient sur N'Djamena. Un scénario qui, cette fois, a été écarté.

C'est un tournant. Les autorités françaises ne l'ont pas clamé publiquement, car elles voulaient maintenir une ambiguïté sur leurs intentions. Il fallait préserver le potentiel dissuasif du contingent français au Tchad, face au danger d'une rébellion armée attisée par le Soudan. Ce dernier, analyse-t-on à Paris, a eu pour objectif d'empêcher l'arrivée de la force européenne Eufor aux portes de la province du Darfour.

En septembre 2002, face à la crise en Côte d'Ivoire, Jacques Chirac avait fait déployer 3 500 soldats français pour empêcher que les rebelles avancent sur la capitale, Abidjan. Le vote d'une résolution de l'ONU, apportant une caution et un mandat international à cette action française, était intervenu plus tard seulement, en février 2003. Dans l'affaire du Tchad, M. Sarkozy a voulu procéder autrement.

L'ampleur de l'attaque des rebelles tchadiens a d'abord plongé l'appareil d'Etat français dans le désarroi. Un débat a eu lieu : intervenir ou pas ? Sur le terrain, la situation était des plus confuses. Le le, février, lors d'une réunion de crise à l'Elysée, certains prônent l'intervention directe pour faire face à l'urgence : le Tchad risquait de tomber aux mains d'alliés du Soudan. Ce qui mettait à bas, au passage, toute la politique de M. Sarkozy sur le Darfour, un dossier défini comme prioritaire.

Le président français se prononce contre l'intervention. "Autour de la table, tout le monde n'était pas d'accord, raconte un collaborateur. Mais le président était très sûr de lui. " M. Sarkozy veut que tout engagement des troupes françaises en Afrique soit auparavant légitimé par un cadre international. Ce qui n'est pas le cas au Tchad, où la présence de l'armée française repose sur un accord de coopération militaire bilatéral datant de 1976.

M. Sarkozy veut aussi éviter deux écueils, qu'il avait décrits en février 2007, alors qu'il exposait les priorités de sa politique africaine : ne pas être " contraint de choisir entre deux mauvaises solutions : soit la France n'intervient pas, et on l'accuse d'abandonner des gouvernements souverains (...) ; soit elle intervient, et on lui reproche de s'ingérer dans les affaires intérieures d'un Etat".

 

Légitimité internationale

 

Face à l'attaque des rebelles tchadiens, le président français choisit dans un premier temps de s'en tenir à une application stricte de l'accord de 1976. Paris fournit des munitions, de la logistique et du renseignement à l'armée d'Idriss Déby. Sans entrer dans la bataille. A une exception près, toutefois : le 2 février, les soldats du dispositif "Epervier" empêchent les rebelles de s'emparer de l'aéroport de N'Djamena, en ouvrant le feu en riposte aux tirs des assaillants. Ce rôle pèsera lourd dans l'issue de la bataille pour la capitale, car c'est à l'aéroport que se concentrent des éléments cruciaux de l'appareil militaire tchadien.

Parallèlement, la diplomatie française s'active, en quête d'une légitimité internationale pour l'engagement militaire au Tchad. Une coïncidence de calendrier va la servir. Le 2 février, à Addis Abeba, les chefs d'Etat de l'Union africaine (UA) sont réunis en sommet. Ils dénoncent une tentative de renversement de régime par la force. Ce sera le point de départ de l'effort français à l'ONU. La France convoque une réunion en urgence du Conseil de sécurité, le 3 février. Les Français n'obtiennent pas un feu vert explicite à une intervention armée, mais le texte final, voté le lendemain, est suffisamment ambigu pour en laisser planer la menace.

A partir de ce moment, Paris se dit officiellement prêt à combattre, à condition que la demande en soit faite formellement par Idriss Déby. Ce que le président tchadien ne fait pas - du moins pas publiquement. Avec son profil de chef de guerre, il ne veut pas apparaître trop redevable envers Paris. Mais au plus fort des combats, alors qu'il se sentait acculé par la rébellion, M. Déby a bel et bien sollicité discrètement l'aide des Français. "Il voulait qu'on agisse, commente-t-on à Paris. Il est habitué aux vieilles méthodes... "

La France préfère recourir à d'autres moyens. Elle se tourne vers la Libye de Mouammar Kadhafi, qui veut elle aussi contrecarrer les ambitions régionales du Soudan, et accepte de livrer des pièces de munitions pour les tanks de fabrication russe T-55 de l'armée tchadienne. Le rapport de force militaire sur le terrain tourne graduellement en faveur du président Déby, au grand soulagement des responsables français. Les rebelles tchadiens commencent à se replier. Ils manquent à la fois de carburant et de munitions.

Paris a évité d'apparaître comme un gendarme solitaire en Afrique, sans pour autant "lâcher" un régime ami. Mais si, à l'avenir, le Soudan devait repasser à l'attaque, cette retenue tiendra­t-elle ? Comment cette crise va-t-elle affecter le déploiement de la force Eufor, censée protéger les réfugiés du Darfour, mais qui risquerait d'être entraînée dans des combats inter­tchadiens ?

Et comment expliquer que les Français, fournisseurs de renseignements militaires au régime tchadien, aient à ce point été pris de court ? Début janvier, Idriss Déby avait envoyé ses hélicoptères bombarder des rebelles sur le territoire soudanais. Une grave erreur, dit-on aujourd'hui à Paris. Car les services de renseignement de Khartoum avaient rapidement prévenu : une riposte aurait lieu.

 

Février 2008

Le Soudan, suspect numéro un

 

Marchés tropicaux, 8 février 2008 par Anaïs Dubois

 

De lourds soupçons pèsent sur le Soudan concernant le rôle qu'il aurait pu jouer dans l'attaque menée depuis fin janvier. Pour Rashid Saeed Yagoub, journaliste soudanais à Paris, l'intervention indirecte de Khartoum ne fait pas l'ombre d'un doute. Il y a environ deux semaines, suite à l'attaque d'Al Geneina par les ...

De lourds soupçons pèsent sur le Soudan concernant le rôle qu'il aurait pu jouer dans l'attaque menée depuis fin janvier. Pour Rashid Saeed Yagoub, journaliste soudanais à Paris, l'intervention indirecte de Khartoum ne fait pas l'ombre d'un doute. Il y a environ deux semaines, suite à l'attaque d'Al Geneina par les forces tchadiennes pour mater la rébellion (le 7 janvier), le ministre de la Défense soudanais a été convoqué par un Parlement remonté. Les Soudanais n'avaient pas apprécié que les autorités n'aient pas donné la réplique à l'armée tchadienne. Interrogé par les députés, il a affirmé : « vous allez bientôt voir ». « L'armée soudanaise ne peut pas intervenir directement au Tchad, analyse le journaliste, elle s'est donc servi de la rébellion pour le faire. » « Les trois groupes rebelles se sont d'ailleurs regroupés à Al Geneina pour lancer l'attaque » , souligne-t-il. Khartoum fait ainsi d'une pierre deux coups. D'une part le déploiement de l'Eufor est retardé, d'autre part, le Soudan rend la pareille à N'Djamena.

Autre signe de l'implication de Khartoum : le désintérêt qu'a manifesté le président soudanais Omar el-Béchir lors de la réunion organisée par M. Khadafi à la veille du sommet de l'Union Africaine d'Addis-Abeba. Le chef de l'État soudanais serait resté silencieux pendant les négociations qui visaient un rapprochement entre Khartoum et N'Djamena afin de ne pas perturber l'agenda de l'UA.

D'après les observateurs étrangers, on sait avec certitude que le Soudan arme et finance la rébellion tchadienne depuis l'été 2005, et peut-être même avant. « L'armement utilisé par les rebelles tchadiens vient du soudan. Il s'agit d'armes chinoises et russes fabriquées sous licence soudanaise à 40 km au sud de Khartoum, au complexe Giad », précise Rashid Saeed Yagoub.

Mais les financements ne viennent pas uniquement du Soudan. D'après Roland Marchal « la rébellion est également financée par la diaspora excédée par Idriss Deby et qui y voit peut-être, à plus long terme, un investissement dans le pétrole tchadien ».

 

Février 2008

 

Le ministre de la défense français apporte un message de soutien au président Déby

Le Monde avec l'AFP et Reuters, 7 février 2008

 

Les autorités tchadiennes ont appelé, mardi soir 5 janvier, les dizaines de milliers d'habitants de N'Djamena, qui ont fui les combats depuis samedi, à regagner la ville. "Il n'y a aucune espèce de menace (...) sur la capitale ou ailleurs" , a tenté de rassurer le général Mahamat Ali Abdallah, commandant des opérations de l'armée nationale tchadienne, à la télévision nationale.

Selon le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), des Tchadiens réfugiés au Cameroun commencent à rentrer à N'Djamena, à la faveur de l'accalmie constatée dans la capitale. "Il y a toujours quelques personnes qui arrivent au Cameroun mais en même temps, il y en a d'autres qui rentrent" , a déclaré le porte-parole du HCR à Genève, Andrej Mahecic. "Les gens empruntent le pont dans les deux sens" .

Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) affirme de son côté qu'au moins "30 000 personnes auraient (...) fui"   N'Djamena depuis le week-end. Parmi elles, près de 20 000 se seraient réfugiées au Cameroun. Dans la ville frontalière de Kousseri, la plupart des réfugiés sont hébergés chez des proches, mais entre 7 000 et 10 000 d'entre eux campent en plein air à proximité du pont qui relie les deux pays, a indiqué M. Mahecic. Plus de 3 000 Tchadiens se sont également réfugiés au Nigeria voisin, selon des responsables nigérians de l'immigration. La France affrétera deux avions, jeudi, pour transporter 80 tonnes d'aide humanitaire d'urgence au Cameroun, a annoncé mercredi le ministère des affaires étrangères.

Le gouvernement tchadien a de nouveau accusé, mercredi, le Soudan d'armer les insurgés, mais pointe également du doigt la Libye. " [Les rebelles] ont été armés par le Soudan et soutenus par la Libye" , a déclaré à l'AFP le premier ministre tchadien, Delwa Kassiré Coumakoye. Mouammar Kadhafi et son homologue congolais, Denis Sassou Nguesso, ont été désignés médiateurs de la crise tchadienne par l'Union africaine (UA) et une délégation libyenne est arrivée à N'Djamena mardi soir. "On n'a rien à traiter avec ces gens" , a balayé M. Coumakoye. " [Les médiateurs] veulent faire une médiation entre qui et qui ? Il ne reste presque plus rien de la rébellion" , a affirmé le premier ministre. L'alliance des trois principales rébellions hostiles au président Idriss Déby assure pourtant avoir conservé ses forces quasiment intactes et se trouver autour de la capitale

 

Février 2008

A N'Djamena, les combats se sont arrêtés mais l'incertitude persiste

 

Le Monde, par Jean-Philippe Rémy, 7 février 2008

 

D ans les rues du centre de N'Djamena, le calme est tombé comme une immense fatigue après trois jours de combats. Arbres arrachés par les tirs, trous béants dans les murs, et, surtout, véhicules calcinés, montrent la violence de la bataille entre rebelles et troupes loyales au président tchadien Idriss Déby. Alors que les rebelles se sont retirés de la ville, après avoir frôlé la victoire, samedi 2 février, l'heure n'est pas à la détente, encore moins à la flânerie. Dans le centre, de rares passants se hâtent. Des militaires entassés sur des pick-up patrouillent, surveillent. Les pillards grappillent les ultimes miettes du saccage.

Au grand marché de N'Djamena, incendié, les commerçants abasourdis viennent contempler les décombres de leurs magasins, au milieu desquels errent encore des maraudeurs. Un vendeur de vêtements raconte comment un hélicoptère gouvernemental a commencé par ouvrir le feu sur des rebelles, avant que la population des quartiers adjacents, bravant les balles, ne s'abatte sur le marché ravagé par les flammes pour vider ses magasins.

Au hasard des rues, près de la présidence, des hommes s'agglomèrent par petits groupes pour commenter les événements. Tous ceux qui se trouvent ici soutiennent Idriss Déby. Ils aimeraient fêter leur victoire. Ils sont encore trop sonnés pour y parvenir. "On a passé les trois jours enfermés dans la maison, sous les balles. Il y avait tellement de tirs, c'était comme un tremblement de terre. Mais on a l'habitude. C'est ça, la musique tchadienne" , tente de s'amuser un homme. Ramassant sur le sol une douille de mitrailleuse de calibre 14,5 épaisse comme une carotte, il commente rêveusement : "Science sans conscience n'est que ruine de l'âme." Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a estimé le nombre de blessés à un millier. Le nombre de morts est encore impossible à établir.

 

Trahisons

 

Selon une source militaire tchadienne, des trahisons au sein de ses propres troupes au moment d'une sortie à l'extérieur de N'Djamena, juste avant l'assaut sur la capitale, ont poussé M. Déby à se replier vers la présidence, en plein centre-ville. C'est là, devant ces murs, que sont venues mourir les vagues d'assaut des rebelles. De nombreux pick-up incendiés montrent que les rebelles avaient pris le contrôle de vastes zones avant d'être détruits.

Avec leurs deux fûts de 200 litres d'essence fixés sur le plateau arrière, les pick-up sont des bombes roulantes qui explosent au moindre impact. Qu'est-il advenu de leurs passagers, dix en moyenne, tassés à l'arrière? Pris au piège de la capitale, certains ont manifestement décidé de se fondre dans la population, comme en témoignent des uniformes abandonnés.

Mardi 5 février au matin, les rebelles ont annoncé l'instauration d'un cessez-le-feu. Quelques heures plus tard, leur proposition recevait une fin de non-recevoir de la part du pouvoir. "Ils [les rebelles] n'existent plus. On fait signer un cessez-le-feu avec qui ? (…) Nous les avons matés" , a déclaré le premier ministre tchadien, Nourredine Delwa Kassiré Coumakoye, à la chaîne France 24. Et d'ajouter : "Nous n'avons pas seulement le contrôle de la situation. Il n'y a plus aucune rébellion. Ils ont été tous décimés. Le reliquat est en train d'être poursuivi à une cinquantaine de kilomètres de N'Djamena, en train d'être traité par notre aviation."

Les rebelles sont à quelques dizaines de kilomètres de la capitale, dissimulés sous des arbres. Ils attendent deux colonnes de renforts en route vers N'Djamena. Inversement, les rebelles du Darfour soutenus par le Tchad, membres de plusieurs groupes désignés sous le terme générique de "toroboros", sont également en route vers la capitale. C'est là que réside la trame de la bataille de N'Djamena. Depuis l'éclatement du conflit au Darfour, en 2003, le Tchad et le Soudan s'affrontent par rebelles interposés. Les opposants armés à Idriss Déby ont été équipés par Khartoum pour lancer l'assaut depuis des bases arrière situées en territoire soudanais. Inversement, une partie des groupes armés du Darfour bénéficie d'appuis au Tchad, dont le Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM) de Khalil Ibrahim et quelques petites formations dirigées par des Zaghawa, le groupe ethnique du président Déby

 

Février 2008

 

 

Tchad : vers un déploiement rapide de l'Eufor

 

Le Figaro avec l'AFP, 7 février 2008

 

Pour l'aider à faire face aux rebelles, le président Idriss Deby a demandé à l'Union européenne une mise en place rapide de sa force au Tchad et en Centrafrique.

 

Réticent jusqu'à présent à l'installation de l'Eufor, le président Tchadien Idriss Deby a lancé jeudi un «appel solennel» à l'Union européenne et particulièrement à la France, initiatrice de cette force, pour qu'elle vienne «s'installer le plus rapidement possible». «Cela nous aurait aidé si l'Eufor avait déjà été installée» a reconnu le président tchadien.

Le déploiement de la force a en effet été suspendue au moment où les rebelles ont lancé leur attaque contre N'Djamena le 28 janvier depuis la frontière soudanaise. L'Eufor est une force de quelque 3.700 soldats européens, dont 2.100 Français, qui aura pour mission de protéger les réfugiés du Darfour dans l'ouest du Soudan, ainsi que les déplacés tchadiens et centrafricains.

Couvre-feu dans six provinces

Les Européens espèrent pouvoir reprendre son déploiement «dès le début de la semaine prochaine», a indiqué jeudi un porte-parole de l'Eufor, le lieutenant-colonel Philippe de Cussac, faisant état de «blocages logistiques à N'Djamena». L'Eufor se déploiera «quand la situation politique et sécuritaire le permettra», a précisé le porte-parole du Haut représentant de l'UE pour la politique étrangère Javier Solana.

Après les combats meurtriers de ce week-end, qui ont coûté la vie à 160 personnes, Idriss Deby affirme contrôler tout son pays. Il envisage cependant une nouvelle attaque des rebelles et accuse le Soudan, qui les soutient selon lui, de vouloir «recommencer». Pour faire face à une éventuelle résurgence de la rébellion, le pouvoir a donc instauré à partir de jeudi soir un couvre-feu dans la capitale et dans six provinces du centre et de l'est. Au moins 200 pick-up de rebelles ont d'ailleurs été repérés près de Mongo, à environ 400 km à l'est de la capitale.

Par ailleurs, le président français Nicolas Sarkozy a annoncé jeudi qu'il «envisage» de se rendre au Tchad à la fin du mois de février. Ce voyage s'effectuerait lors de la visite que le président français devrait faire en Angola et en Afrique du Sud.

 

Février 2008

Tchad: Idriss Déby estime que "la France a tenu ses engagements"

 

Le Monde avec l'AFP et Reuters , 7 février 2007

 

A l'issue d'un entretien avec le ministre français de la défense Hervé Morin, le président tchadien Idriss Deby a souligné l'efficacité de la collaboration entre les deux Etats. "Les rapports entre la France et le Tchad ont toujours été au beau fixe. La France n'a pas failli à ses engagements. La France a tenu ses engagements fortement par rapport à l'agression", a dit M. Deby.

Il a toutefois précisé qu'il n'y avait 'jamais eu d'implication directe de l'armée française" dans les combats, contrairement à ce qu'affirment les rebelles qui ont assiégé samedi et dimanche le palais présidentiel. "L'appui de la France a été pour nous un élément d'appoint important"; a affirmé le président du Tchad, ajoutant : "Nous devons la victoire éclatante aux vaillantes forces nationales tchadiennes. "

A son arrivée, le ministre de la défense français avait déclaré être à N'Djamena pour porter "un message politique au président Deby" indiquant le "soutien et la volonté de la France que le Tchad conserve son intégrité". Mardi, le président français Nicolas Sarkozy avait également promis que Paris ferait "son devoir" au Tchad s'il le fallait. Ce "devoir" de la France, "ce serait de protéger, peut-être maintenant de façon plus décisive si le besoin s'en faisait sentir, le gouvernement légal", avait précisé son ministre des affaires étrangères Bernard Kouchner.

Contrôle total du pays

Lors de sa conférence de presse à N'Djamena, Idriss Deby a également affirmé que les forces gouvernementales avaient repris "le contrôle total non seulement de la capitale mais du pays", a estimé le chef de l'Etat tchadien.

"Il y a des rebelles qui ont fui, il y en a qui sont encore dans N'Djamena déguisés en civil, il y en a qui tentent de rejoindre la frontière soudanaise", souligne le président. "Nous les talonnons, nous les rattraperons, avant qu'ils ne rentrent au Soudan"; promet M. Deby, affirmant à nouveau que 1e Tchad a été "agressé de l'extérieur"..

 

Février 2008

 

 

Tchad: nouvelle attitude de la France en Afrique

 

Le Figaro, 6 février 2008

 

La bataille de N'Djamena a marqué une nouvelle orientation de la politique française dans un pays de son « pré carré » africain. Contrairement à Jacques Chirac, qui, en 2006, avait engagé les Mirage pour stopper les rebelles ' Nicolas Sarkozy a choisi une stratégie plus diplomatique. En application des accords bilatéraux de 1976, l'armée française a fourni munitions, logistique et renseignements aux troupes du chef de 1'Etat tchadien, Idriss Déby. Mais, résistant à certains conseillers partisans d'une intervention directe, le président de la République a préféré chercher une légitimité internationale susceptible de justifier un éventuel engagement direct de Paris auprès du régime en place à N'Djamena.

 

Février 2008

 

Paris a volé au secours de la victoire d'Idriss Déby

 

Le Figaro par Alain Barluet, 6 février 2008

 

La France a attendu que le président tchadien prenne le dessus sur les rebelles pour afficher à son égard un franc soutien.

 

C'est avec un soulagement non dissimulé que Paris a vu, ces derniers jours, le président Idriss Déby inverser en sa faveur le sort des armes, face aux rebelles qui l'assiégeaient dans N'Djamena. Si le retrait des groupes armés hors de la capitale ne mettait pas un point final à leur offensive, hier, l'alerte semblait écartée, permettant à la France de voler au secours de la victoire bien engagée du dirigeant tchadien.

Hier, Nicolas Sarkozy lui a apporté un soutien sans ambiguïté en déclarant que la France «ferait son devoir» au Tchad. Une fermeté confortée par l'adoption à l'unanimité, lundi, d'une déclaration non contraignante du Conseil de sécurité de l'ONU, appelant «les États membres à apporter leur soutien au président Déby».

Selon le président français, «si le Tchad était victime d'une agression, la France aurait conditionnel les moyens de s'opposer à cette action contraire aux règles du droit international». La déclaration onusienne conférerait en effet un caractère légal à une éventuelle intervention. À Paris, on mise plutôt sur la nature dissuasive de la proclamation du Conseil de sécurité, qui est venue s'ajouter aux condamnations du coup de force rebelle par l'Union africaine et l'Union européenne. Car, comme l'a indiqué Bernard Kouchner, lundi soir, la France espère bien «ne pas à avoir à intervenir militairement» au Tchad.

 

Comme la corde le pendu

 

Au début de l'offensive rebelle, les militaires français de la force Épervier (1 200 hommes) n'ont pas engagé d'action pour dissuader les colonnes rebelles de poursuivre leur avance, comme ce fut le cas dans le passé. Les soldats français n'ont «jamais pris part» aux combats entre armée régulière et rebelles tchadiens, déclarait hier le porte-parole de l'état-major français, le capitaine de vaisseau Christophe Prazuck, évoquant seulement des situations de «légitime défense».

«Si nous ne sommes pas intervenus, c'est aussi que le président tchadien ne nous a jamais demandé d'appui militaire», affirme-t-on à Paris. La France n'a appliqué qu'a minima l'accord de coopération militaire avec le Tchad, lui fournissant du renseignement et une aide logistique, mais se refusant à faire le coup de feu. Paris a soutenu le président tchadien assiégé dans son palais comme la corde le pendu : en lui proposant un hélicoptère pour fuir ses assaillants…

Si la France a montré aussi peu d'empressement à cette phase de la crise, c'est qu'une intervention aurait eu des conséquences néfastes pour l'Eufor, la force européenne à forte dominante tricolore (2 100 Français sur 3 700 soldats) dont le déploiement prévu à l'est du Tchad et en Centrafrique a été différé par les combats. Pièce maîtresse de l'engagement français, laborieusement mise sur pied pour contribuer au règlement de la crise du Darfour, l'Eufor a suscité des réticences parmi les Européens, qui suspectent parfois Paris de vouloir s'en servir pour défendre son pré carré, en l'occurrence à travers la défense du régime Déby. En soutenant celui-ci à bout de bras par les armes, la France aurait prêté le flanc aux critiques pour son interventionnisme.

Paradoxalement, il n'est pas certain qu'elle y échappe, en confortant, avec retard, un président tchadien qui a senti le vent du boulet. Malgré son souci de tourner la page post-coloniale et de s'appuyer sur la légitimité internationale, Paris n'a manifestement pas renoncé à peser, politiquement et militairement, sur un pays jugé capital pour le maintien de son influence en Afrique.

Par son poids géographique, aux confins des mondes sahélien, africain et arabe, le Tchad est considéré comme un verrou dont Paris veut garder la clé, avec l'aval d'Idriss Déby. Un président qui sait se montrer compréhensif, comme on l'a vu en 2007 lors de l'affaire de L'Arche de Zoé.

 

Février 2008

 

N'Djamena panse ses plaies et craint de nouveaux assauts

 

Le Figaro par Thierry Oberlé,envoyé spécial à N'Djamena, 6 février 2008

 

Des poches de résistance subsistent dans les quartiers est et une nouvelle colonne rebelle venue du Soudan serait en route.

 

L'avenue Charles-de-Gaulle a son allure des jours de fracas et de gâchis : arbres déchiquetés, devantures des magasins fracassées, arcades aux murs criblés d'impacts. La principale artère de la capitale tchadienne est silencieuse. Quelques femmes avancent, le bas du visage masqué par leur voile pour se protéger de l'odeur de charogne. Des pompiers ramassent un cadavre au coin d'une banque. La peur pousse les habitants à continuer à se terrer chez eux. Plus de vingt mille ont choisi d'emprunter à pied le pont Kousseri pour se mettre à l'abri de l'autre côté de la frontière camerounaise. D'après des responsables de la Croix-Rouge locale, plusieurs centaines de civils auraient été tués dans les combats depuis samedi.

Des véhicules Toyota circulent avec, à leur bord, autant de combattants hilares que de lance-roquettes. «Nous sommes là pour nettoyer les mercenaires soudanais envoyés par Béchir (Omar el-Béchir, le président soudanais)», clament-ils. Dans le secteur de la présidence, un pick-up de l'Armée nationale tchadienne (ANT) pile net sur la route sablonneuse, à la vue de Jean-Marc Marill, l'attaché militaire français. Un général de l'état-major du président Idriss Déby descend du véhicule pour saluer le chef de mission. Ses soldats portent un brassard jaune, pour les distinguer de l'ennemi. «On a gagné», glisse le général, ancien adjoint de Daoud Soumain, le chef d'état-major de l'ANT, mort sur le front vendredi.

L'officier a participé, comme tous les chefs loyalistes, aux combats du week-end. Il respecte l'usage selon lequel les généraux tchadiens mènent la charge à la tête de leurs troupes. La coutume n'a qu'en partie clairsemé leurs rangs, puisqu'ils seraient au nombre de trois cents pour diriger une armée de taille somme toute modeste. Après avoir conduit la bataille en première ligne, Idriss Déby assiste à distance à la suite des événements. Des accrochages sporadiques se poursuivent dans les environs de N'Djamena. Des poches de résistance subsistent dans les quartiers est.

«Le président est très confiant», indique Bruno Foucher, l'ambassadeur de France à N'Djamena, qui s'est entretenu au téléphone avec lui. Voisine de la présidence, l'ambassade est un camp retranché. Son personnel s'est réfugié dans les couloirs du bâtiment au plus fort des combats. Son mur d'enceinte est troué par des tirs. L'attaché militaire n'a pu traverser la rue pour rejoindre son domicile qu'au bout de trois jours. Il a découvert une maison transpercée par les obus. La résidence de l'ambassadeur a subi le même sort.

Expansionnisme du régime de Karthoum

Les insurgés se sont regroupés à une quinzaine de kilomètres de là avec une centaine de véhicules. Leur appel à un cessez-le-feu, lancé après avoir menacé d'attaquer l'aéroport tenu par les forces françaises, sonne comme un aveu d'impuissance. Mais la situation demeure instable : une colonne d'une centaine de 4×4 Toyota et de camions bâchés a franchi la frontière soudanaise. Des rumeurs évoquent l'existence d'un second groupe venant lui aussi du Darfour.

Vu de N'Djamena, l'habillage soudanais de la guérilla ne fait aucun doute. À en croire des témoins, les premiers éléments armés arrivés vendredi auraient surpris par leur professionnalisme et leur discipline, au point d'être pris pour des militaires soudanais. Une éventualité qui, si elle devait se confirmer, internationaliserait le conflit. Et permettrait de présenter Déby comme un rempart contre l'expansionnisme de Karthoum, dénoncé par la communauté internationale pour ses crimes au Darfour.

 

Février 2008

Des opposants politiques auraient été arrêtés

 

Le Monde 6 février 2008, par Philippe Bernard et Philippe Bolopion

 

L a chasse aux opposants politiques, à la faveur d'une offensive de l'armée contre des rebelles ou d'une prise du pouvoir, n'est pas une nouveauté dans l'histoire récente du Tchad. L'organisation de défense des droits de l'homme Human Rights Watch (HRW) a affirmé, mardi 5 février à New York, avoir reçu des informations selon lesquelles, depuis trois jours, "les forces de sécurité du gouvernement tchadien sont impliquées dans l'arrestation d'hommes politiques de l'opposition" .

"Au moins sept responsables politiques tchadiens ont été arrêtés depuis dimanche soir" , a affirmé, lundi, la Rencontre africaine pour la défense des droits de l'homme (Raddho). "Des militaires les ont conduits vers des endroits inconnus" , précise cette organisation basée à Dakar. Les personnalités visées seraient accusées d'avoir préparé un accueil favorables aux rebelles à N'Djamena. Ces arrestations auraient notamment concerné Ngarleji Yorongar, député et coordinateur général de la Fédération Action pour la République (FAR), Mahamat Saleh Ibni Oumar, président du Parti pour les libertés et le développement (PLD) et Lol Mahamat Choua, président du Rassemblement démocratique pour le progrès (RDP).

Tous sont signataires de l' "accord politique global visant à renforcer le processus démocratique au Tchad" paraphé par l'ensemble des partis politiques tchadiens, le 14 août 2007 à N'Djamena, sous les auspices de l'Union européenne. Ce texte, salué par la France, était considéré comme un premier pas vers la normalisation de la vie politique au Tchad. L'opposition armée n'y était pas associée.

La porte-parole du Quai d'Orsay, Pascale Andréani, interrogée lundi 4 février sur ces informations, a répondu : "La situation étant confuse à N'Djamena, il n'est pas possible de confirmer ces enlèvements. S'ils devaient l'être, nous ne manquerions pas de nous enquérir du sort des personnes enlevées."

Pour sa part, Georgette Gagnon, directrice par intérim de la section africaine de HRW, s'inquiète : "Nous craignons que le gouvernement tchadien ne prenne prétexte des combats pour régler ses comptes avec l'opposition non armée."

Déjà, après l'offensive rebelle d'avril 2006, HRW avait accusé les forces tchadiennes de s'être livrées à "des arrestations arbitraires, des actes de torture et des exécutions sommaires de civils soupçonnés d'être affiliés aux rebelles, ainsi que de membres de leurs familles" .

 

Février 2008

La France piégée

 

Le Point, 6 février 2008, par Jean Guisnel et Marc Nexon

 

Alors que la force européenne devait se déployer ces jours-ci au Tchad et en Centrafrique pour protéger les réfugiés du Darfour, l'attaque des rebelles sur N'Djamena place les Français devant un choix difficile : soutenir militairement ou non Idriss Déby .

 

Ca lui a rappelé des souvenirs. Des colonnes de 4X4 armés de mitrailleuses, fondant sur N'Djamena après un périple de 8OO kilomètres à travers le sable et la pierraille. En 1990, c'était lui l'inspirateur des offensives éclairs…Idriss Déby, 55 ans, le maître du Tchad, l' «  homme des rezzous TGV  , comme on le qualifiait à l'époque. C'est ainsi qu'il a conquis le pouvoir, chassant son vieil ennemi, Hissène Habré.

Retournement d' l'Histoire. En l'espace d'un week-end, l'ex-assaillant à goûter au sort de l'assiégé. Retranché dans son palais présidentiel, Idriss Déby a vécu l'impensable, l'invasion de sa capitale par une coalition de forces rebelles. L'attaque la plus foudroyante depuis son arrivée à la tête du pays. 2000 hommes montés dans 300 pick-up, partis des confins du désert avec un mot d'ordre : le renverser. Tirs de roquettes, maisons incendiées, cadavres calcinés, corps déchiquetés, des centaines d'étrangers rapatriés et des milliers de civils en fuite vers le Cameroun, deux jours suffisent à dévaster la capitale du Tchad, N'Djamena. Et à installer le chaos. Seulement voilà, le 5 février, le régime tient toujours. Il retrouve même de l'air grâce à ses chars T55 et ses hélicoptères MI24 qui pilonnent sans relâche. L'effet ne tarde pas. Les rebelles acceptent le principe d'un cessez-le-feu immédiat.

Un répit salutaire…Pour les blessés, victimes de balles perdues ou d'éclats d'obus et acheminés vers les hôpitaux dans la plus grande confusion. «  Il y a 200 patients à l'hôpital de la Liberté et pas une infirmière » déplore Isabelle Defourny, de Médecins sans frontières. On manque de tout et d'abord de chirurgiens. Répit aussi pour la diplomatie française déboussolée et impuissante face au carnage. Un dangereux flottement. Qui donne le sentiment que Paris veut d'abord souder le rapport de forces. L'Elysée cherche même à « mouiller » au plus vite l'ONU. «  On ne combat pas les rebelles en se mettant en dehors d'un processus juridique international » justifie le président Sarkozy. Le Conseil de Sécurité se contente de soutenir le gouvernement tchadien dans une simple déclaration «  non contraignante » . Finalement, après quarante-huit heures de tergiversations, Nicolas Sarkozy hausse le ton avec les encouragements de Washington. «  Si la France doit faire sin devoir, elle le fera », dit-il. Quant à Bernard Kouchner, il dénonce «  une attaque brutale contre un gouvernement légal ». 

Les apparences sont sauves. Mais l'embarras est réel. Y compris parmi les militaires français présents au Tchad en vertu d'un accord de coopération militaire. En avril 2006, lors d'une précédente offensive, Jacques Chirac avait ordonné à un Mirage français de tirer un coup de semonce contre une colonne de ces mêmes rebelles, à 250 kilomètres à l'est de N'Djamena. L'opération avait suffi à bloquer la progression des assaillants. Rien de tel aujourd'hui. Et c'est l'incompréhension dans les rangs. «  Nous sommes là depuis vingt ans, raconte un officier supérieur de la Légion Etrangère. Alors, à quoi servons-nous si nous n'intervenons pas en cas d'agression caractérisée ? Si nous ne sommes plus les gendarmes de l'Afrique, pourquoi restons-nous sur ce continent ? » Ambiance…. Du coup, l'armée française se borne à des actions de soutien passives : fourniture de renseignements, protection de l'aéroport et des hélicoptères tchadiens qui y stationnent avec leurs stocks de carburant.. Sans oublier l'exfiltration des étrangers. «  Nous avons évacué plus de 1 000 personnes, plaide-t-on au ministère de la Défense et 400 autres sont sous notre protection . Nous avons aussi procédé à l'extraction des ambassadeurs d'Allemagne, des Etats-Unis, d'Arabie saoudite et d'autres ».

Il n'empêche . A l'Elysée, le malaise persiste. « J'ai demandé à l'aviation française de survoler la frontière avec le Soudan, côté Tchad, pour vérifier qu'il n'y a pas d'incursion étrangère, avance Sarkozy, soucieux de reprendre la main. Mais le cœur n'y est pas. Pour au moins trois raisons : D'abord, la France entretient des relations houleuses avec son ancienne colonies ; Elle a dû forcer la main de Déby pour que ce dernier accepte sur son sol les troupes européennes de l'Eufor (3 700 hommes dont 2 100 soldats français), destinées à protéger les réfugiés du Darfour. Et l'affaire de l'Arche de Zoé a alourdi le climat. Or Paris a tout à perdre d'une déstabilisation du Tchad, gangrené par le conflit du Darfour à ses frontières. Le Soudan aurait alors tout loisir de déployer ses milices et de placer un gouvernement à sa solde à N'Djamena. Deuxième explication : la France sait le régime tchadien à bout de souffle «  Elle tient Déby comme un pendu au bout d'une corde » dit Laurent Marchal, spécialiste de la région et chercheur au Centre d'études et de recherches internationales. Et sa responsabilité est grande. Déby, l'ancien officier formé à l'Ecole de guerre française a pris le pouvoir voilà dix-sept ans avec la bénédiction de Paris.

Le bilan ? Désastreux. 80 % des 10 millions d'habitants vivent avec moins de 1 dollar par jour. La corruption règne et les opposants sont férocement réprimés. Ces derniers jours, Déby a renoué avec ses vieilles pratiques ; Sa Garde républicaine a arrêté à leur domicile trois leaders de partis politiques issus de la société civile, parmi lesquels Ngarlejy Yorongar, un ex-candidat à l'élection présidentielle. Enfin, dernière raison au blues français : l'absence d'alternative politique. La bataille de N'Djamena est sans issue. Car c'est un seul et même clan qui se déchire. Celui des Zaghawa auquel appartient le président. «  Nous sommes dans une situation ahurissante où une ethnie qui représente 3 % de la population confisque le pouvoir depuis trente ans », constate l'ethnologue Christian Delmet. De fait, les chefs rebelles font partie de la famille régnante ! Les jumeaux Tian et Tom Erdimi, à la tête du Rassemblement des forces pour le changement, sont les neveux d'Idriss Déby…Chargés des filières du coton et du pétrole au sein de son gouvernement jusqu'en 2005. Le général Mahamat Nouri, aux commandes de l'Union des forces pour la démocratie et le changement, a occupé, lui, le poste de ministre de la Défense de 2001 à 2003. Leur but ? Retrouver le faste des palais en dénichant des sponsors de l'autre côté de la frontière. Car c'est le Soudan qui arme les rebelles tchadiens. En leur fournissant, notamment des pick-up neufs.

Certes, les intéressés s'en défendent. «  On récupère le matériel auprès des parents et des cousins de nos tribus ! » assure Ousmane Hissein, l'un des porte-parole de la rébellion. Mais personne n'est dupe. Et l'histoire se répète. Avant la conquête du pouvoir, Idriss Déby avait, lui aussi, ses parrains à Khartoum. «  On est là pour assurer une transition démocratique dans le respect des droits de l'homme, poursuit Ousmane Hissein, on ne veut plus vivre dans ce système mafieux. Elan sincère ? «  Ils ont partagé le pouvoir pendant des années avec Déby, pourquoi voulez-vous qu'ils aient changé ? interroge Roland Marchal. D'autant qu'une' manne attise les convoitises : le pétrole exploité depuis 2003 et dont les recettes devraient dégager 2 milliards de dollars par an. Déby n'a pas attendu. Il puise déjà dans ses revenus pétroliers pour compléter son armement, en dépit de sa promesse de les affecter à «  un fond pour les générations futures ».

Pour l'heure, un acteur se réjouit du bourbier tchadien : le Soudan, parvenu à geler le déploiement des troupes européennes de l'Eufor à ses portes. Comme le résume un général français spécialiste des interventions extérieures, plutôt désemparé : «  On ne peut pas courir tous les lièvres à la fois ».

 

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Une longue histoire

 

Les soldats français n'ont jamais vraiment quitté ce pays instable depuis qu'ils y sont intervenus pour la première fois en 1968, en soutien au président François Tombalbaye, menacé pour une rébellion dans le Tibesti. Cette mission dure jusqu'en 1972 avant de reprendre de 1978 à 1980. Puis de 1983 à 1984, ce sera l'opération Manta destinée à protéger l'ancien rebelle Hissène Habré, devenu président, contre les assauts de son opposant Goukouni Oueddei soutenu par les Libyens. En février 1986, ces derniers envoient un avion Tupolev bombarder la piste de l'aéroport de N'Djamena. Le ministre de la Défense d'alors, le socialiste Paul Quilès, annonce que Paris «  met en place un dispositif de dissuasion ». Ce sera l'opération Epervier. Depuis cette date et sans interruption, 1 200 militaires français – renforcés la semaine dernière par une compagnie d'infanterie venue du Gabon - et des moyens aériens importants sont déployés au Tchad. Mais force est de reconnaître que la mission initiale de dissuasion n'a plus guère d'effet aujourd'hui.

 

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La dépêche de Pierre Beylau

 

La Françafrique a de beaux restes

 

La Françafrique a la vie dure. Il ne suffit pas de proclamer son prochain décès, comme l'a fait récemment Jean-Marie Bockel, ou d'une manière plus nuancée Nicolas Sarkozy, pour que les obsèques soient célébrées. La crise du Tchad illustre les limites de la « rupture » en matière de politique africaine. Les images de N'Djamena évoquent de vieux scénarios : la France expédie ses parachutistes et, après quelques hésitations et cafouillages et signaux contradictoires, soutient finalement le président en place Idriss Déby, contre les chefs de guerre qui veulent prendre sa place. Tout en affirmant ne pas vouloir s'immiscer dans les affrontements tchado-tchadiens. Paris bat en tous cas le rappel de la vieille garde : le Gabonais Omar Bongo, le Congolais Denis Sassou-Nguesso. La base de Libreville est érigée en épicentre du dispositif militaire français.

Il y a urgence. Le rezzou des rebelles soutenus et armés par le Soudan a un objectif : empêcher au Tchad et en Centrafrique le déploiement de l'Eufor, cette force européenne – en réalité essentiellement française - censée protéger les réfugiés du Darfour et stabiliser la zone. L'enjeu n'est pas seulement tchadien, il est régional et stratégique.

Face à ce brusque retour dans le réel, les discours théoriques ont peu de poids. Nicolas Sarkozy est contraint, en Afrique comme ailleurs sur la planète, d'agir dans le monde tel qu'il est et non tel qu'on aimerait qu'il fût ; Le rêve d'un continent pacifié et démocratique prospère, respectueux des droits de l'homme est éminemment louable, mais à des années-lumière de la réalité.

Les pays africains souffrent de trois maux essentiels : l'absence d'Etat, le défaut de légitimité des élites politiques et l'incapacité de jouer le jeu de l'alternance, de reconnaître la défaite. Même au Sénégal sans doute l'un des pays les plus démocratiques du continent, l'opposition refuse d'admettre que le président, Abdoulaye Wade, a été légalement réélu.

Dans un monde idéal, la Françafrique – avec ses réseaux, ses pactes de corruption, ses connivences malsaines - ne devrait certes pas exister. Mais cet encombrant héritage du passé comporte aussi ses avantages : il permet de préserver, outre des intérêts commerciaux non négligeables quelques pôles de stabilité, d'avoir un maillage d'installations militaires bien utile en cas de crise. Surtout, les contempteurs de la Françafrique n'ont guère de solutions crédibles à proposer, pour la remplacer, alors que de nouveaux prédateurs lorgnent le continent noir pour s'emparer de ses richesses minières ou pétrolières.

 

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Claude Guéant : « Nous ne sommes pas les gendarmes de l'Afrique ».

 

Propos recueillis par J.G.

 

Les militaires français du dispositif Epervier «  ne constituent pas une force en protection d'un régime politique, ni au Tchad ni dans la région, même si ce pouvoir est incontestablement légitime. Bien que les rebelles soient équipés, sans doute, par le Soudan, il s'agit de Tchadiens. C'est tellement vrai que certains d'entre eux appartiennent à la même tribu que le président Déby, deux de leurs chefs se trouvant être ses neveux. La France estime ne pas pouvoir intervenir dans les affaires tchado-tchadiennes. A moins, bien sûr, de disposer de mandats internationaux, qui n'existent pas à ce jour. La déclaration de l'Onu constitue l'esquisse d'une autorisation, mais nous estimons que nous n'avons pas à faire la police à l'intérieur d'un Etat africain. La légitimité de la France pour détruire des centaines de vies dans un pays étranger est nulle. Nous ne sommes pas les gendarmes de l'Afrique ».

 

Février 2008

La France obtient le soutien de l'ONU pour le Tchad

 

Le Monde 6 février 2008

par Philippe Bernard, Philippe Bolopion (à l'ONU) et Natalie Nougayrède

 

L a France a obtenu du Conseil de sécurité de l'ONU, lundi 4 février, un feu vert à une éventuelle intervention militaire au Tchad par l'adoption d'une déclaration condamnant les attaques des rebelles contre le régime du président Idriss Déby et demandant "aux Etats-membres d'apporter l'appui demandé par le gouvernement tchadien" . Le texte, sans être la résolution que souhaitait à l'origine Paris, est considéré comme une base juridique suffisante pour une action militaire.

Mais les officiels français semblaient garder une telle option en réserve, au cas où le rapport de forces se dégraderait subitement en défaveur d'Idriss Déby, retranché dans son palais présidentiel. Mardi matin 5 février, le porte-parole des rebelles, Abderaman Koulamallah, a annoncé que ceux-ci acceptaient le principe d'un "cessez-le-feu immédiat" .

La capitale tchadienne, N'Djamena, a connu, lundi, sa première journée de calme relatif depuis le début des combats, le 1 er février. L'armée régulière contrôlait les principaux points de la ville, où des cadavres gisent à même le sol et où les destructions sont nombreuses. Les rebelles, venus de leurs bases arrière au Soudan, ont affirmé que leur repli de la capitale n'était que tactique, en attendant des renforts qui viendraient de l'est du pays. Mais sur les 300 véhicules de type pick-up qui ont mené l'offensive à ses débuts, seule une centaine subsisterait, selon une source militaire française qui jugeait encore possible une nouvelle attaque contre les forces d'Idriss Déby.

"J'espère que nous n'aurons pas à nous en servir (de la déclaration de l'ONU) " , a commenté, lundi, le ministre français des affaires étrangères, Bernard Kouchner. Il a dit souhaiter que Paris n'ait "pas à intervenir plus avant" , ce qui sonnait comme un avertissement aux rebelles tchadiens.

"Si la France devait intervenir" , elle ne le fera "que dans le cadre d'une résolution de l'ONU" , a déclaré Nicolas Sarkozy. Le chef de l'Etat a indiqué avoir demandé à l'aviation française de "survoler la frontière avec le Soudan, côté Tchad, pour vérifier qu'il n'y a pas d'incursion étrangère" .

Après une période d'hésitation au début de l'offensive des rebelles tchadiens, Paris a adopté, lundi, une position de soutien net au régime d'Idriss Déby, alors qu'il avait été question, à un moment donné, de faciliter son évacuation du pays.

Soulignant que le texte du Conseil de sécurité - voté à l'unanimité, avec notamment le soutien de la Libye - appelait à un soutien au "gouvernement légal" du Tchad, l'ambassadeur français à l'ONU, Jean-Maurice Ripert a commenté que "si Déby demande un certain nombre de choses aux Etats membres, comme il en a l'autorisation dorénavant, les autorités françaises décideront" .

La France est face à un dilemme : si elle devait employer la méthode forte et lancer ouvertement ses troupes du dispositif "Epervier" dans une bataille contre les rebelles tchadiens, c'est toute la neutralité de la force européenne Eufor, dont elle doit diriger le déploiement, dans l'est du Tchad, pour protéger les camps de réfugiés de la guerre du Darfour, qui serait mise à mal...

Mais les enjeux régionaux sont décrits comme énormes. Au-delà du sort du Tchad, c'est l'ensemble des efforts de la communauté internationale pour le Darfour qui est en jeu, estiment des diplomates en Europe et à l'ONU. "Si Déby tombe, ce sera une catastrophe pour le dossier Darfour, car la main de Khartoum serait complètement renforcée" , commente une source occidentale, qui poursuit : "Les rebelles du Darfour perdraient leurs bases arrière au Tchad et l'armée soudanaise passerait à l'offensive au Darfour. La Minuad (la force "hybride" ONU-Union africaine qui doit être déployée cette année au Darfour) serait finie."

Certains évoquent une solution qui permettrait à Paris de garder un profil militaire bas : une entrée en jeu de Mouammar Kadhafi. La Tripoli s'est mis à livrer des armes et des munitions aux troupes gouvernementales tchadiennes. La Libye et la France ont un intérêt commun à empêcher que le Tchad tombe entre les mains d'alliés du régime soudanais. Le spectre d'un "islamisme conquérant" est évoqué par les diplomates.

Les Etats-Unis, en coulisses, sont favorables à une intervention militaire française au Tchad. "Nous poussons les Français à faire plus" , glissait, lundi, l'un de leurs diplomates à l'ONU.

 

Février 2008

 

Tchad : Paris met en garde les rebelles

 

Le Monde, avec l'AFP , 5 février 2008

 

a France a adressé, lundi soir 4 février, une mise en garde directe aux rebelles qui ont tenté de prendre le pouvoir au Tchad, en déclarant par la voix de son ministre des affaires étrangères, Bernard Kouchner, espérer "ne pas avoir à intervenir plus avant" militairement. M. Kouchner s'exprimait peu de temps après que le Conseil de sécurité de l'ONU eut appelé les Etats membres de l'ONU à soutenir le gouvernement du président Idriss Deby Itno.

"J'espère que nous n'aurons pas à nous en servir" , a dit M. Kouchner, interrogé lors d'un point de presse sur cette déclaration. "Nous espérons bien ne pas avoir à intervenir plus avant. (...) Nous n'avons pas l'intention de mettre les troupes françaises en alerte plus qu'elles ne le sont et d'entamer des opérations militaires" . Mais "lorsqu'il a fallu défendre l'aéroport [de N'Djamena], nos forces l'ont fait très vivement, très efficacement" , a souligné M. Kouchner. Des échanges de tirs entre militaires français et rebelles ont eu lieu, samedi, près de l'aéroport de N'Djamena, d'où ont été évacués plusieurs centaines d'étrangers, selon l'état-major français.

 

Souhait de mettre en place rapidement l'Eufor

 

Le Conseil de sécurité de l'ONU a apporté lundi, à l'initiative de la France, un soutien clair au gouvernement du président tchadien Idriss Deby Itno, en condamnant les attaques des groupes rebelles et en appelant tous les Etats à lui fournir assistance. "La nécessité se faisait sentir d'exprimer clairement qu'il y avait des rebelles qui attaquaient un gouvernement légal. C'est fait" , a lancé M. Kouchner à propos de cette déclaration du Conseil de sécurité. A Paris, une source militaire a indiqué que cette déclaration n'avait pas encore de "traduction opérationnelle" .

La France maintient plus d'un millier de militaires et des avions de combat au Tchad, où des groupes rebelles disposant de bases arrières au Soudan ont lancé la semaine dernière une attaque pour renverser M. Deby. Les rebelles ont assiégé pendant deux jours le palais présidentiel à N'Djamena lors de combats qui ont fait de nombreux morts et des centaines de blessés, avant de se retirer de la capitale dimanche.

"Le président Idriss Deby a repris le contrôle de la partie centrale de la ville sans que, dans les faubourgs, on soit certain que les rebelles infiltrés sont ou non encore en place" , a indiqué M. Kouchner. Il a souhaité la mise en place "dans les jours qui viennent" de l'Eufor. Cette opération européenne consiste à déployer quelque 3 700 soldats dans l'est du Tchad et en Centrafrique pour protéger 450 000 réfugiés du Darfour (ouest du Soudan) et déplacés tchadiens et centrafricains. L'acheminement de cette force a été suspendu en raison des combats, mais les Européens ont assuré que l'opération était maintenue.

 

Février 2008

L'armée d'Idriss Déby a résisté à l'offensive rebelle sur N'Djamena

 

Le Monde , 5 février 2008, Philippe Bernard et Philippe Bolopion (à New York)

 

A lor s que l'avancée des rebelles venus du Soudan, samedi 2 février au matin, menaçait directement le pouvoir tchadien soutenu par la France, la résistance de l'armée, fidèle au président Idriss Déby, a permis de desserrer l'étau dans la journée de dimanche. Paris, tout en répétant que son armée, présente à N'Djamena en vertu d'un accord de coopération militaire, n'était pas engagée dans les opérations, a multiplié les signes de soutien au pouvoir en place.

Nicolas Sarkozy s'est entretenu, dimanche soir, avec son homologue tchadien. Il a répété qu'il condamnait "fermement la tentative de prise du pouvoir par la force par des groupes armés venus de l'extérieur" . Le président français "a redit" à M. Déby que la France était "attachée à l'unité et à la stabilité du Tchad" . Samedi, l'Union africaine (UA) avait elle-même "condamné fermement l'attaque perpétrée par des groupes armés contre le gouvernement tchadien" et "rappelé son rejet de tout changement inconstitutionnel" . L'UA a chargé le Guide libyen, Mouammar Kadhafi, d'une mission de médiation.

Pour sa part, l'un des chefs de la rébellion, Timane Erdimi, neveu du président Déby, a fustigé le soutien de la France à "ce régime qui est le plus corrompu de l'histoire de l'Afrique" , dans une déclaration au Journal du dimanche.

Au Conseil de sécurité de l'ONU réuni d'urgence, dimanche, à la demande du président Sarkozy, la Russie s'est opposée à l'adoption d'une déclaration de soutien au pouvoir d'Idriss Déby, perçue par plusieurs diplomates comme une tentative française d'obtenir une "couverture juridique" onusienne dans l'hypothèse où Paris déciderait d'intervenir militairement. Le projet français initial prévoyait que le Conseil de sécurité "appelle tous les Etats en mesure de le faire à soutenir par tous les moyens nécessaires le gouvernement légal du Tchad". L'invocation de "tous les moyens nécessaires" est traditionnellement réservée aux résolutions autorisant l'usage de la force. La formule a été remplacée par un appel plus vague à soutenir le Tchad "en conformité avec la charte des Nations unies" .

 

Risque d'enkystement

 

Le soutien probable du Soudan aux rebelles, même s'il n'est pas mis en exergue par Paris, inquiète les autorités françaises. Ainsi, dans l'attaque de la ville d'Adré (est du Tchad), dimanche, les rebelles ont bénéficié d'un "soutien logistique" de l'armée soudanaise, selon une source onusienne. Au-delà, l'unité nouvelle affichée par les groupes rebelles et leur armement sont attribués par plusieurs sources aux Soudanais. De même que le calendrier adopté, qui traduit la volonté d'entraver le déploiement de la force européenne (Eufor) dans des zones frontalières du Soudan.

La transformation d'une guerre de "rezzou" (attaque surprise) en guerre d'usure fait courir le risque d'un enkystement du conflit, voire de sa régionalisation. Un diplomate souligne ainsi "le décalage entre les discours sur "l'Afrique qui veut se prendre en main", et cette attaque du régime tchadien par un pays voisin, qui rappelle les scénarios du Liberia ou du Congo, que l'on croyait oubliés" .

Dans ce contexte de grande instabilité, les Français soutiennent que la perspective de l'arrivée de l'Eufor est seulement retardée de quelques jours et que sa mission - la protection des 300 000 réfugiés et déplacés de l'Est tchadien - reste urgente. Dimanche, les ambassadeurs européens réunis à Bruxelles n'ont pas remis en cause l'envoi de la force, mais n'ont arrêté aucune date.

La situation tchadienne pose la question du degré d'implication de la France qui semble jusqu'à présent avoir été moins directe, ou plus discrète que lors de la précédente offensive rebelle contre N'Djamena, en avril 2006. Rejetant le principe d'une intervention unilatérale qualifiée de "vieilles manières" , Paris reste pourtant partagé entre la volonté de se comporter en ami fidèle du pouvoir tchadien et celle de ne plus agir sans l'accord des organisations régionales et mondiales.

 

Février 2008

L'ONU condamne les attaques des rebelles tchadiens

 

Le Figaro,avec l'AFP, par J.B. et L.D. 5 février 2008 |

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Le Conseil de sécurité a appelé les membres des Nations Unies à soutenir le gouvernement d'Idriss Deby. La France a adressé une mise en garde aux rebelles.

 

Après avoir échoué dimanche à s'accorder sur un texte commun, le Conseil de sécurité de l'ONU a adopté lundi une déclaration non contraignante sur la situation au Tchad. Selon ce texte, le Conseil «condamne fermement les attaques perpétrées par des groupes armés contre le gouvernement tchadien et toutes les tentatives de déstabilisation par la force, et rappelle son soutien à la souveraineté, l'unité, l'intégrité territoriale et l'indépendance politique du Tchad». Le Conseil appelle aussi «les Etats membres à apporter leur soutien au gouvernement du Tchad».

La France a ainsi adressé lundi soir une mise en garde directe aux rebelles qui ont tenté de prendre le pouvoir au Tchad. Le ministre des Affaires Etrangères Bernard Kouchner a déclaré qu'il espérait «ne pas avoir à intervenir plus avant» militairement. Depuis Bucarest, où il se trouve en visite officielle, le président français Nicolas Sarkozy a appelé à soutenir le gouvernement tchadien, car il est légitime. La présidence slovène de l'Union européenne a de son côté exprimé sa «grave préoccupation», réclamant «un règlement politique» et s'inquiétant pour «la sécurité et la situation humanitaire» des réfugiés et déplacés.

Les combats du week-end à N'Djamena ont fait «beaucoup de morts» et au moins 500 blessés. Mais il ne s'agit que d'un bilan partiel. Beaucoup de blessés n'ont pas pu encore se rendre à l'hôpital.

Alors que son pays est régulièrement accusé par le Tchad d'être l'instigateur de l'offensive rebelle, le porte-parole de l'armée soudanaise, Othman Mohammed al-Agbach, a répété lundi que le Soudan n'avait «rien à voir» avec ce qui se passe chez son voisin. Quant au Congo, il va dépêcher mardi à N'Djamena des émissaires pour tenter d'élaborer «une solution pacifique» à la crise.

Calme précaire à N'Djamena

Alors que l'exode des étrangers présents dans le pays se poursuit , les rebelles tchadiens, qui promettent de renverser le président Deby, ont quitté la capitale N'Djamena. Pour le commandant des opérations gouvernementales, Mahamat Ali Abdallah, «l'ennemi est complètement en débandade». Mais les rebelles évoquent de leur côté un simple repli tactique. Timan Erdimi, un de leurs chefs, affirme être aux abords de la capitale, et menace d'y entrer à nouveau.

Mais les forces du président Deby, qui tiennent la capitale, disposeraient toutefois d'un avantage logistique. Elles bénéficient de munitions dans la ville et de réserves en carburant à l'aéroport, protégé par le dispositif français Epervier. Les rebelles, eux, ne disposeraient que de bases arrières, à plusieurs centaines de kilomètres.

La population civile continue à déserter la capitale. Des milliers de Tchadiens se sont notamment enfuis vers le Cameroun voisin pour échapper aux combats. Aux abords de la présidence, les scènes de destruction sont multiples : vitres brisées, impacts de balles, d'obus ou de roquettes sur les façades, arbres sectionnés, véhicules calcinés. Des cadavres de civils gisent à même le sol.

 

Février 2008

 

Les rebelles tchadiens sont aux portes du pouvoir

 

La Croix 4 février 2008 par Laurent d'Ersu

 

Pour comprendre la crise au Tchad

 

Des combattants appartenant aux groupes rebelles sont parvenus jusqu'à la capitale, où ils assiégeaient dimanche 3 février le palais présidentiel. Les violents combats de N'Djamena ont amené l'armée française à évacuer des ressortissants étrangers du Tchad

 

Que se passe-t-il au Tchad ?

Parvenus vendredi 1er février à N'Djamena après une offensive éclair menée depuis le Darfour, des rebelles tchadiens continuaient dimanche 3 février d'affronter les forces restées fidèles au président Idriss Deby. Retranché dans son palais situé au centre de la capitale au milieu de plusieurs casernes, celui-ci s'est vu proposer vendredi par Nicolas Sarkozy d'être exfiltré s'il le souhaitait, mais il a refusé. 

Le chef d'état-major tchadien a été tué dans des combats vendredi 1er février, mais ce qui reste de l'armée tchadienne – 2 000 à 3 000 hommes, selon le ministre de la défense Hervé Morin – continuait de résister. Elle s'appuie sur un arsenal très fourni incluant des chars et autres armes lourdes, ainsi que des hélicoptères, qui auraient pris part aux combats dimanche.

Les affrontements ont fait « plusieurs centaines de blessés », essentiellement des civils, selon Médecins sans frontières (MSF), et de nombreux morts. Le grand marché de N'Djamena et la radio nationale tchadienne ont été détruits dimanche par des incendies et des pillages. La rébellion a également attaqué la préfecture d'Adré, à la frontière du Soudan avec, selon le préfet de région, le soutien de l'aviation soudanaise.

 

Quel est le sort des Français ?

 

Entre samedi 2 février au soir et dimanche après-midi, 514 étrangers dont 217 Français ont été évacués vers Libreville (Gabon) par des vols militaires français. Deux avions spécialement affrétés par le ministère des affaires étrangères devaient amener ceux qui le souhaitaient à Paris dès dimanche. Les personnes évacuées avaient auparavant été regroupées samedi, sur la base du volontariat, dans l'un des cinq centres sécurisés par l'armée française à N'Djamena.

Des convois blindés français ont été la cible de tirs d'armes automatiques et deux soldats français ont été légèrement blessés. « Ils ont été atteints par des éclats autour de points de regroupement des ressortissants étrangers », a indiqué le porte-parole de l'état-major des armées, précisant qu'il s'agissait « probablement de balles perdues ».

Rentré d'urgence samedi d'un déplacement à Val-d'Isère, François Fillon a visité dimanche le Centre de planification et de conduite des opérations du ministère de la défense. Le premier ministre « a fait le point sur les derniers développements de la situation au Tchad et le déroulement des évacuations de ressortissants français et étrangers ».

Au ministère des affaires étrangères, où une cellule de crise a été activée, un numéro vert était à la disposition des personnes souhaitant avoir des informations sur leurs proches se trouvant au Tchad, les communications téléphoniques avec ce pays étant coupées. Il s'agit du : 0800.174.174.

 

Qui sont les rebelles ?

 

L'offensive a été menée par une coalition des trois principaux groupes rebelles, qui ont conclu une alliance en décembre dernier. Elle regroupe l'Union des forces pour la démocratie et le développement (UFDD) du général Mahamat Nouri, le Rassemblement des forces pour le changement (RFC) de Timane Erdimi et l'UFDD-Fondamentale (UFDD-F) d'Abdelwahid Aboud Makaye.

Ces groupes jusqu'ici rivaux sont parvenus à grand-peine à mettre en place début janvier un commandement militaire unifié en vue du renversement d'Idriss Déby. Ils n'ont pas d'autre objectif commun. Comme l'écrit l'éditorialiste du

site Web tchadien Alwihda , « le but du jeu n'est pas de trouver des solutions aux problèmes du Tchad mais l'enjeu tourne autour de l'appât du gain ».

Mahamat Nouri, ancien compagnon d'armes d'Hissène Habré, rallié à Idriss Déby après son putsch de 1990, était ambassadeur en Arabie saoudite lorsqu'il passa à la rébellion au printemps 2006. Timane Erdimi fut longtemps le bras droit d'Idriss Déby, dont il est le neveu.

Quand il était son directeur de cabinet, son frère jumeau Tom Erdimi, coordonnait le projet pétrolier. Abdelwahid Aboud Makaye, quant à lui, fut le secrétaire général du Front uni pour le changement démocratique (FUC), qui avait été à deux doigts de conquérir N'Djamena en avril 2006.

 

Ce conflit est-il lié à la guerre au Darfour ?

 

« Nous ne soutenons pas les rebelles. Nous n'avons pas de liens avec eux. Ils sont partis de l'est du Tchad et ont gagné la capitale », a déclaré dimanche Ali Al Sadig, porte-parole du ministère soudanais des affaires étrangères.

Mais, en fait, c'est bien le Soudan, principal soutien des rebelles tchadiens, qui a incité les groupes armés à s'allier, sous peine de les chasser de leurs bases soudanaises. Khartoum a financé et armé ces groupes rebelles, dont certains ont dans le passé servi de supplétifs au sein des milices djandjawides.

De longue date, le régime de Khartoum souhaite la chute d'Idriss Déby, qui a soutenu certains groupes rebelles du Darfour au nom de la solidarité clanique. Dès lors, une guerre larvée n'a cessé de s'envenimer, dont les derniers développements allèrent jusqu'à des bombardements tchadiens en territoire soudanais. Les divers accords de paix intertchadiens et soudano-tchadiens conclus sous l'égide du colonel Kadhafi n'ont jamais débouché.

 

Quelle est la position de la France ?

Principale alliée occidentale du Tchad, où elle déploie en temps normal plus d'un millier de soldats dans l'opération Épervier, la France est en position délicate. Alors qu'elle avait activement contribué à repousser le précédent assaut rebelle contre N'Djamena en avril 2006, l'armée française a été jusqu'ici plus mesurée dans son soutien.

Soupçonné par certains de ses partenaires européens de vouloir s'abriter derrière la force européenne Eufor pour soutenir le régime autocratique d'Idriss Déby, Paris était contraint à la modération. Les six Mirage F1 de l'armée de l'air stationnés à N'Djamena ont d'ailleurs quitté le Tchad dimanche matin « pour être mis à l'abri ».

Condamnant une « attaque brutale contre un gouvernement légal, contre un président élu », Bernard Kouchner a plaidé pour « une trêve, des négociations et un arrangement ». Nicolas Sarkozy a eu au moins trois fois Idriss Déby au téléphone au cours des derniers jours, et il a tenu deux réunions de crise avec les ministres de la défense et des affaires étrangères. Il a aussi eu au téléphone le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi.

 

L'opération Eufor est-elle remise en cause ?

Le déploiement de la force européenne Eufor Tchad-RCA est « suspendu jusqu'à mercredi », a annoncé dimanche le ministre de la défense français Hervé Morin. Officiellement lancée lundi de la semaine dernière, cette opération européenne a pour mandat de sécuriser les populations civiles dans l'est du Tchad et dans le nord de la République centrafricaine.

Elle est censée déployer d'ici à mai 3 700 militaires, dont 2 100 Français, 400 Irlandais et 400 Polonais. Vendredi, le départ d'une soixantaine de militaires autrichiens et irlandais avait été repoussé. L'Autriche envisageait dimanche le rapatriement d'une partie de ses 17 soldats déjà présents au Tchad.

Interrogé par le Journal du dimanche , Timane Erdimi, l'un des chefs rebelles, a déclaré que « si l'Eufor a une mission noble qui consiste à sécuriser les populations déplacées et les populations réfugiées, nous ne voyons plus aucun inconvénient à sa présence ».

Les rebelles tchadiens avaient à plusieurs reprises mis en doute les objectifs réels d'Eufor, en raison de la forte implication française en son sein. Fin novembre, le chef de l'UFDD, Mahamat Nouri, s'était déclaré « en état de belligérance contre l'armée française ou toute autre force étrangère sur le territoire national ».

 

Février 2008

L'inquiétude monte parmi les réfugiés soudanais de l'est du Tchad

 

La Croix 4 février 2008 par Christine Holzbauer, à Goz Beida (est du Tchad

 

Dans l'est du Tchad, où sont réfugiés 240 000 habitants du Darfour, la perspective d'une prise du pouvoir à N'Djamena par des forces pro-soudanaises suscite la peur

 

Vêtu d'une longue djellaba blanche maculée de taches, Hassan, 19 ans, réfugié du Darfour, a terminé son cycle primaire l'an dernier. Depuis, il erre dans la madrasa (école coranique) B du camp de Djabal, près de la localité de Goz Beida, dans l'est du Tchad. Elle accueille plus d'un millier d'enfants âgés de 6 à 16 ans, en quête d'une activité qui leur permettrait de quitter le camp.

« J'ai suivi avec beaucoup d'attention l'avancée des rebelles tchadiens, car un changement de régime à N'Djamena nous affecterait directement », explique Hassan dans un anglais hésitant. « À moins de retourner au Soudan pour faire des études, ou bien de parvenir à aller dans un pays anglophone comme l'Afrique du Sud, il n'y a pas d'avenir pour moi ici », poursuit-il, amer.

Comme la plupart des 240 000 réfugiés soudanais regroupés dans douze camps dans l'est du Tchad, Hassan retient son souffle depuis que des rebelles tchadiens basés au Darfour ont été signalés le lundi 28 janvier dans la zone d'Adé, non loin de Goz Beida, ainsi que de l'autre côté de la frontière, à Tiné. Depuis, selon les rapports quotidiens des Nations unies, c'est le calme plat dans cette zone d'où semblent venues l'essentiel des forces rebelles, « qui étaient organisées en colonnes ».

Bien que musulman et arabisant, Hassan nourrit une méfiance viscérale à l'égard des pays arabes, qu'il accuse de cautionner le « génocide » perpétré contre son peuple au Darfour. Aussi, à l'instar de la plupart des réfugiés du Darfour, il appelle de ses vœux le déploiement d'une force européenne pour sécuriser les camps, qui font régulièrement l'objet d'actes de banditisme.

 

«Les rebelles sont armés par le président soudanais»

 

Il insiste aussi pour que, côté Soudan, où le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) dispose également de six camps, les contingents déployés ne soient pas seulement africains, comme l'exige Khartoum.

La Mission de l'ONU et de l'Union africaine au Darfour (Minuad) a remplacé le 1er janvier la force africaine de 9 000 hommes déployée au Darfour, qu'elle englobe désormais. Elle doit, à terme, être composée de 27 000 hommes, mais tarde à se déployer en raison des réticences de Khartoum.

« Les rebelles tchadiens sont armés par le président soudanais El Bachir. Il veut la mort de tous les Noirs du Darfour ! », s'emporte Khaltoum, 16 ans, elle aussi réfugiée à Goz Beida. Avec deux amies, elle a été enlevée et violée pendant plusieurs semaines en 2003 par des groupes armés arabes lors de l'attaque de son village d'Ouroum, au Darfour, avant de réussir à s'enfuir. Depuis, elle n'est pas parvenue à surmonter le traumatisme subi, qui l'empêche de se marier.

À quelques kilomètres du camp de Djabal, le village de Gouroukoum abrite des populations tchadiennes qui ont fui après les attaques perpétrées contre leurs villages. Selon l'ONU, 180 000 personnes ont été déplacées dans l'est du Tchad depuis décembre 2005.

 

Les yeux crevés par des agresseurs djandjawids

 

« Cette crise, qui se rajoute au conflit au Darfour, s'amplifie chaque fois que la situation sécuritaire se détériore. Avec la prolifération d'armes légères qui caractérise cette région, il n'y a pas un jour où un incident ne soit signalé dans et autour des camps », précise Annette Rehrl, chargée de la communication du HCR à Abéché.

Originaire de Marmoudangué, Abdoulaye Idriss Zayé, 20 ans, a eu les yeux crevés par des agresseurs djandjawids ayant franchi la frontière toute proche. Couché sur une natte et entouré de sa famille qui psalmodie des versets du Coran, il se déclare très inquiet face à la nouvelle crise qui secoue le Tchad. « Comment peut-on laisser des rebelles qui comptent des djandjawids dans leurs rangs prendre le pouvoir à N'Djamena ? », s'inquiète-t-il.

Seyid Ibrahim Moustapha, sultan du Darsila qui englobe toute la zone allant de Goz Beida jusqu'à Tissi et Adré, refuse, lui, que l'on stigmatise tous les Arabes de la région. « Djandjawids, c'est le nom que l'on donne localement aux Arabes, et Toroboros celui que l'on donne aux Noirs. Ces tribus ont vécu ensemble pendant des millénaires. Sans une instrumentalisation des antagonismes, jamais les horreurs qui ont été perpétrées n'auraient pu avoir lieu ou ne seraient restées impunies comme c'est le cas actuellement. »

Le sultan, qui a cédé le pouvoir coutumier à son fils, regrette également que le président Déby n'ait pas su préserver l'unité du pays. « La résolution du conflit au Darfour dépend avant tout de la stabilité au Tchad, car chaque partie se sert du territoire de l'autre comme d'un sanctuaire », affirme-t-il.

Stoïque, le chef du HCR à Goz Beida, Musonda Shinkinda, attend avec impatience le déploiement de l'Eufor dans la région. « Depuis 2006, j'ai vu passer les rebelles tchadiens et soudanais à plusieurs reprises. Jamais, jusqu'à présent, les combats n'ont pris les camps pour cibles. Mais cette fois, c'est un combat à mort. On n'est à l'abri de rien », ajoute-t-il, pessimiste.

 

Février 2008

 

Abeyi reste un défi majeur pour les parties à l'Accord global de paix

 

Nations Unies New York bureau de presse, 4 février 2008

 

Dans son dernier rapport sur le Soudan, le Secrétaire général se félicite du dialogue entre le président El-Béchir et le Premier vice-président Kiir et appelle les parties à mettre en oeuvre l'Accord de paix global et à régler la question de la région d'Abeyi.

« Bien que le gouvernement d'unité nationale ait été rétabli, sa capacité de survie dépendra de son aptitude à assurer la mise en oeuvre de l'Accord de manière soutenue », indique le Secrétaire général dans son rapport rendu public aujourd'hui, et qui porte sur la période postérieure au 23 octobre dernier.

Les deux parties doivent aussi mener à bonne fin le redéploiement de leurs forces, ajoute-t-il, afin d'avoir une frontière démarquée et d'éviter ainsi la contestation mutuelle de leur présence dans certaines zones. Elles doivent aussi progresser sur la question des unités mixtes intégrées, qui permettraient de combler le déficit de sécurité actuel.

Avant tout, « la question d'Abyei demeure l'un des défis les plus importants que les deux parties doivent affronter », souligne le rapport, car depuis la signature de l'Accord de paix global, la région ne dispose pas de structures de gouvernance administrative et ses habitants se trouvent ainsi privés d'accès aux services de base. Les conditions de sécurité s'y sont détériorées.

L'Accord global de paix entre le gouvernement et le Mouvement de libération du Soudan a été signé le 9 janvier 2005 après plus de vingt ans de guerre civile ( dépêche du 10.01.2005).

« Je suis extrêmement préoccupé par les accrochages qui ont eu lieu récemment entre la SPLA et des tribus locales. Ces accrochages ont fait de nombreuses victimes et menacé la paix fragile qui règne sur le terrain », souligne le Secrétaire général qui recommande d'agir sur deux fronts pour régler la question d'Abyei.

D'une part, il est nécessaire de stabiliser la situation sur le terrain et de rétablir des relations pacifiques entre les communautés traditionnelles, d'autre part, les instances dirigeantes nationales des deux parties doivent engager un dialogue politique.

Le Secrétaire général regrette par ailleurs que le processus de désarmement, de démobilisation et de réintégration ait enregistré si peu de progrès.

Il faut par ailleurs avancer sur la voie du recensement, a-t-il rappelé, afin de pouvoir préparer les élections qui, aux termes de la constitution, doivent voir lieu en 2009.

A cet effet, le Parlement doit adopter la loi électorale qui doit instituer la commission électorale indépendante avec laquelle sera coordonnée l'assistance internationale pour les élections.

Quant à la configuration et au mandat de la Mission des Nations Unies au Soudan ( UNMIS ), le rapport indique qu'une évaluation stratégique et un examen structurel d'ensemble sont en jeu.

Le Secrétaire général informe qu'il soumettra des recommandations dans son prochain rapport trimestriel au Conseil de sécurité et qu'une évaluation technique complémentaire sera effectuée en février dans le cadre d'une mission organisée par le Siège de l'ONU.

L'évaluation fait déjà apparaître quelques points, notamment la nécessité d'une révision de la composante militaire de la Mission et de la clarification de certaines tâches qui lui sont confiées. Ainsi, certains ajustements internes ont déjà eu lieu.

Le rapport mentionne la possibilité d'une « intégration plus poussée » des activités dans le domaine de l'état de droit et des institutions chargées de la sécurité, de la recherche de sources de financement fiables pour la programmation de ces activités, et de « l'examen de la possibilité d'un nouveau mandat dans le domaine de la réforme du secteur de la sécurité ».

Les questions relatives au désarmement, à la démobilisation, à la réintégration et aux retours, « sur la base d'attentes réalistes », ainsi que les fonctions relatives à la coordination de l'action humanitaire devraient aussi faire l'objet d'une révision.

 

Février 2008

 

Tchad : l'ONU va tenir une réunion d'urgence

 

Le Figaro 4 février 2008, par C. M. et S.P. avec AFP et AP,

 

La situation est toujours tendue et confuse à N'Djamena, que les rebelles affirment avoir quittée pour laisser partir les civils, avant de repasser à l'offensive.

Le Conseil de sécurité des Nations unies va tenir une réunion d'urgence sur le Tchad cette nuit. D'intenses combats se sont poursuivis dimanche entre les forces gouvernementales et les rebelles à N'Djamena. La rébellion tchadienne a toutefois affirmé dans la soirée s'être installée à la sortie est de la capitale pour laisser aux civils le temps de quitter le centre-ville, avant de repasser à l'offensive.

Face à la brusque détérioration de la situation, quelque 700 étrangers ont été évacués vers Libreville par des vols militaires français. Un Airbus A-310 avec 202 personnes à bord à quitté le pays dimanche. Il devrait arriver en fin de soirée à Paris.

Les rebelles menacent désormais de s'en prendre à l'aéroport, accusant la France «de jouer la montre pour permettre à Deby [ndlr: le président tchadien] de se réorganiser et de lancer une contre-offensive».

Scènes de destruction

Sur le terrain, les combats ont dévasté N'Djamena, jonchée de cadavres et théâtre de scènes de pillage. Le grand marché de la ville a été en partie incendié par des tirs de l'armée visant les rebelles, puis pillé par la foule, comme l'a été le siège de la radio nationale. Les stigmates des combats qui ont fait rage aux abords de la présidence sont visibles partout : pick-up calcinés plantés au milieu des rues, impacts de balles nombreux sur les façades, vitres brisées, trous d'obus ou de roquettes dans les murs. Les débris sont éparpillés sur la chaussée. Il est encore difficile de connaître le nombre de victimes, mais les associations sur place estiment qu'il pourrait y avoir des centaines de blessés.

La reprise des combats dans la journée semble sonner le glas d'un cessez-le-feu que le dirigeant libyen Mouammar Khadafi, médiateur désigné par l'Union africaine avait affirmé avoir négocié avec l'un des trois chefs rebelles samedi.

Rôle confus du Soudan

Selon les experts, les rebelles se sont alliés mi-décembre sous la pression du Soudan. Toujours selon eux, Khartoum souhaite notamment perturber le lancement de la force européenne au Tchad et en Centrafrique (Eufor) destinée à protéger les réfugiés du Darfour. Dimanche, le Soudan a nié toute implication: «Ce qui se passe au Tchad est une affaire interne et nous n'avons rien à y voir. Nous souhaitons que la situation se calme dans ce pays et continuer à avoir des relations de bon voisinage» avec le Tchad, a déclaré le ministre d'Etat soudanais aux Affaires étrangères, Sammani al-Wassila. Le ministre français de la Défense Hervé Morin a indiqué que le déploiement de l'Eufor était «suspendu jusqu'à mercredi».

Le président tchadien, Idriss Deby, a quant à lui opposé une fin de non-recevoir à la France qui lui proposait depuis vendredi soir de le faire sortir du Tchad s'il considérait sa vie en danger. Le président français Nicolas Sarkozy a répété lors d'un entretien téléphonique avec ce dernier, qu'il condamnait «fermement» la tentative de prise du pouvoir.

Février 2008

 

Le Tchad déstabilisé

 

Editorial du Monde, 3 février 2008

 

L'offensive des rebelles tchadiens contre la capitale, N'Djamena, ne serait qu'un épisode dans la longue litanie des troubles que le Tchad a connus depuis son indépendance. Mais elle intervient à un moment où la communauté internationale, et notamment l'Union européenne (UE), s'apprêtait à envoyer des forces au Soudan, au Tchad et en République centrafricaine (RCA). Il s'agit de ramener un semblant de paix dans la province soudanaise du Darfour, en proie depuis des années à une guerre civile, et de protéger les populations avoisinantes contre les répercussions de ce conflit.

Au Soudan, les Nations unies peinent à mettre sur pied une force dite "hybride" - la Minuad -, composée d'une vingtaine de milliers d'hommes mis à disposition par l'ONU et par l'Union africaine. Au Tchad et en RCA, l'UE est sur le point d'envoyer quelque 3 700 soldats, sous le commandement d'un général irlandais. Cette "Eufor" devrait constituer la plus importante opération menée au titre de la politique européenne de sécurité et de défense commune.

L'attaque des rebelles tchadiens risque de remettre en cause tout ce dispositif. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si elle intervient à la veille du déploiement de l'Eufor, qui, du coup, a été "ajourné" . La politique du Soudan, qui soutient la rébellion dans le pays voisin, est claire. Elle vise à empêcher l'arrivée des contingents internationaux dans la région.

Depuis des années, Khartoum a utilisé tous les moyens de la diplomatie pour retarder une décision du Conseil de sécurité. Il a fini par être lâché par ses alliés chinois. Mais il y a loin d'une résolution de l'ONU à l'envoi de casques bleus, alors que le conflit du Darfour a déjà entraîné plus de 200 000 morts. Contraint d'accepter le principe d'une force internationale, Khartoum ne veut y voir que des soldats africains qui ont déjà fait la preuve de leur inutilité.

La France, qui, depuis l'arrivée de Nicolas Sarkozy à l'Elysée et de Bernard Kouchner au Quai d'Orsay, a été à l'avant-garde de la mobilisation pour le Darfour, se trouve dans une position particulièrement délicate. Il semble qu'elle ait été prise de court par une offensive des rebelles tchadiens, pourtant prévisible. Elle a en permanence plus d'un millier d'hommes au Tchad, et elle doit fournir plus de la moitié du contingent de l'Eufor. Paris a eu du mal à convaincre ses partenaires européens de participer à une opération où beaucoup voyaient un prolongement de sa politique africaine.

Après les complications diplomatiques et la pénurie en matériels comme en troupes, la déstabilisation du Tchad rend encore plus aléatoire une intervention internationale. Outre les populations africaines, la principale victime collatérale sera le "devoir de protéger" que l'ONU a solennellement inscrit dans sa Charte.

Article paru dans l'édition du 03.02.08.

 

  Février 2008

 

L'offensive des rebelles du Tchad embarrasse la France

 

Le Monde 3 février 2008, par Philippe Bernard et Natalie Nougayrède et avec Philippe Bolopion à l'ONU .

 

Les efforts diplomatiques déployés par Nicolas Sarkozy et son ministre des affaires étrangères, Bernard Kouchner, pour venir en aide au Darfour semblaient vaciller, alors que la plus grave attaque de rebelles depuis deux ans au Tchad menaçait le régime du président Idriss Déby, soutenu par Paris. Des tirs d'armes lourdes étaient entendus depuis le centre de la capitale, N'Djamena, samedi matin 2 février.

Le regain de violence au Tchad a entraîné un nouveau retard dans le déploiement de la force européenne "Eufor". Celle-ci, en vertu d'une résolution du Conseil de sécurité de l'ONU votée en septembre 2007, doit avoir pour mission de protéger les civils et de faciliter la distribution d'aide humanitaire dans l'est du Tchad, aux portes de la région soudanaise du Darfour, où règne une violente guerre civile.

La France a été l'initiatrice, en 2007, de la création de cette force, dont elle doit être le principal contributeur en fournissant 2 100 des 3 700 soldats censés la composer.

 

Le déploiement de l'Eufor retardé

 

A plusieurs reprises, vendredi, à quelques dizaines de kilomètres de la capitale tchadienne, de violents combats ont opposé des groupes rebelles, arrivés par colonnes de véhicules en provenance du Soudan voisin, et des force gouvernementales, dont Idriss Déby avait pris personnellement le commandement sur le terrain.

Alors que l'issue de ces affrontements restait incertaine - ainsi que la tournure des événements à N'Djamena, où les militaires français du dispositif Epervier étaient en alerte et procédaient samedi à un regroupement des ressortissants français -, les premiers effets de la crise se faisaient sentir sur le plan diplomatique.

D'une part, à l'ONU, le Tchad a écrit une lettre à la présidence du Conseil de sécurité accusant le Soudan d'avoir "orchestré et fortement soutenu" une "agression" , et invoquant son "droit légitime de défense, y compris en poursuivant les agresseurs jusqu'en territoire soudanais" .

D'autre part, on apprenait que l'envoi au Tchad d'une soixantaine de soldats irlandais et autrichiens devant entrer dans la composition de l'Eufor était retardé.

 

Le rôle de Khartoum en question

 

A Paris, Nicolas Sarkozy a tenu, vendredi soir, une réunion à l'Elysée pour "évaluer la situation au Tchad" , en présence de M. Kouchner et du ministre de la défense, Hervé Morin. Ce dernier a commenté que l'offensive des rebelles tchadiens était "directement liée" au calendrier du déploiement de la force Eufor, qui a commencé.

Alors que les réunions en urgence se sont succédé au Quai d'Orsay tout au long de la journée sur ce dossier, l'analyse faite en privé par les officiels français était similaire à celle mise en avant par le Tchad.

Le Soudan, expliquait-on de source diplomatique, a mis en oeuvre une stratégie visant à "torpiller" la mise en place de l'Eufor ainsi que celle, prévue cette année, de la "force hybride" de l'ONU et de l'Union africaine (UA) au Darfour même, dont le déploiement a été décidé par le Conseil de sécurité de l'ONU en juillet 2007.

Paris s'est toutefois gardé de faire la moindre déclaration officielle incriminant le Soudan - ce qui semblait traduire un souci d'éviter d'être entraîné, par un effet de guerre par procuration, dans un conflit indirect entre les forces françaises présentes au Tchad et le régime de Khartoum.

 

Paris en situation délicate

 

Le degré d'emploi de la force par les militaires français au Tchad contre les groupes rebelles semblait par ailleurs faire l'objet d'un débat à Paris, vendredi. Officiellement, le dispositif "Epervier" s'en est tenu à un "appui pour la logistique et le renseignement" au profit de l'armée tchadienne.

Interrogé sur une possible montée en puissance de l'implication militaire française, un diplomate a commenté vendredi : "La décision pourrait être prise de passer à un appui opérationnel. Mais elle dépasserait le cadre des accords de 1976 (coopération militaire). Ce n'est pas l'option explicitement envisagée à ce stade, mais elle existe."

Des défections nombreuses se seraient produites dans les rangs de l'armée tchadienne. De source française, on affirmait, samedi matin, qu'une bataille de légitimité était engagée au Tchad au sein du clan zaghawa, auquel appartient le président Déby, tout comme l'un des chefs de la rébellion, son neveu Timan Erdimi.

Le Soudan est soupçonné par Paris d'avoir équipé les forces rebelles passées à l'offensive, et d'avoir préalablement fait en sorte qu'elles s'unissent, par un accord passé le 22 décembre 2007.

D'après des informations recueillies auprès de l'ONU, vendredi dans la soirée, une nouvelle colonne de rebelles, d'environ 1 500 hommes, se trouvait à la frontière entre le Tchad et le Soudan, sans que ses mouvements soient connus.

La flambée de violence au Tchad ravive les questions sur la perception de l'Eufor et de sa supposée neutralité, alors qu'elle est largement dominée par les Français faute de contributions suffisantes d'autres pays européens.

Les rebelles tchadiens - dont les principaux chefs, Mahamat Nouri et Timan Erdimi, sont d'anciens responsables du régime d'Idriss Déby ayant fait défection en 2006 et 2005 - avaient proféré des menaces contre l'Eufor, qu'ils assimilent à un soutien militaire au pouvoir tchadien. "Le déploiement de l'Eufor est une basse manoeuvre du gouvernement français pour tenter de sauver Déby. Qui arrivera en premier à N'Djamena ? Les forces de l'Eufor ou nos forces, déterminées au changement ?", lançait, le 21 janvier, un porte-parole des rebelles, Abderaman Koulamallah.

Au Quai d'Orsay, on soulignait vendredi que l'enjeu de la bataille en cours dépassait la question de la légitimité du régime Déby, et mettait en jeu "la stabilité régionale" . La décision de suspendre l'envoi de troupes européennes au Tchad était décrite comme "très provisoire, le temps d'y voir plus clair" .

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Février 2008

 

Idriss Déby menacé par les rebelles

 

Libération 2 février 2008 par Thomas Hofnung,

 

Le Président du Tchad a fait boucler la capitale, vendredi, en prévision d'une attaque.

 

Le soldat Déby, qui a conquis le pouvoir au Tchad les armes à la main en 1990, joue sans doute la partie la plus difficile de sa vie. Vendredi soir, son armée bouclait N'Djamena en prévision d'un possible assaut final des rebelles après de durs combats plus tôt dans la journée, à 50 km au nord-est de la capitale, près de la localité de Massaguete. Quadrillée par les forces gouvernementales, la ville était déserte et silencieuse.

Le pouvoir a suspendu les réseaux de téléphonie mobile pour entraver d'éventuelles infiltrations de rebelles. Ce faisant, il a aussi créé une atmosphère propice aux rumeurs. Vendredi soir, le site de l'hebdomadaire le Point affirmait que le président Déby aurait quitté le pouvoir. Une information démentie par plusieurs sources fiables à Paris. En revanche, il semble bien que le chef de l'Etat tchadien ait échappé de peu à la mort quelques heures plus tôt.

Fidèle à sa réputation, Idriss Déby était, vendredi, sur le terrain, aux avant-postes. A la suite d'une première phase de combats près de Massaguete, qui aurait tourné à l'avantage des forces loyalistes, il s'était rendu sur place pour encourager ses troupes. Mais sur le chemin du retour, il est tombé nez à nez avec un groupe de rebelles plus nombreux que ses hommes. Apparemment, le Président serait miraculeusement parvenu à s'en sortir, avant de regagner vaille que vaille la capitale.

Offensives. Depuis qu'il a fait modifier la constitution, en 2003, pour pouvoir se maintenir au pouvoir ad vitam aeternam, Déby a survécu à pléthore d'offensives rebelles. Au printemps 2006, il était ainsi parvenu à repousser in extremis ses adversaires alors qu'ils entraient dans les faubourgs de la capitale.

Mais les rebelles du cru 2008 sont mieux armés et surtout plus nombreux. Parmi eux figurent surtout des membres du clan ethnique du Président, les Zaghawas, une présence qui - potentiellement - peut entamer la cohésion du premier cercle autour du chef de l'Etat.

La chute d'Idriss Déby risquerait de remettre en cause le déploiement de l'Eufor, la force de paix que l'Union européenne a décidé d'envoyer en début de semaine, après cinq mois de tractations, dans l'est du Tchad, pour sécuriser plus de 400 000 réfugiés du Darfour soudanais et de déplacés tchadiens. Vendredi, l'envoi de troupes autrichiennes et irlandaises de l'opération a d'ailleurs été reporté par mesure de précaution.

Soutenus militairement et financièrement par le régime de Khartoum, qui voit d'un mauvais œil l'arrivée de soldats européens aux portes du Darfour, les rebelles pourraient dénoncer les engagements de Déby, qui a autorisé ce déploiement. Même «neutre», la force «va gêner les desseins des rebelles tchadiens», a reconnu le ministre français de la Défense, Hervé Morin. Paris, qui porte à bout de bras cette initiative et qui fournira plus de la moitié des effectifs de la force, a donc tout intérêt au maintien au pouvoir de l'actuel chef de l'Etat, malgré l'affaire de l'Arche de Zoé qui a suscité quelques tensions entre les deux pays.

Survie. Pourtant, officiellement, il n'est pas question de prêter main-forte aux forces loyalistes. En vertu d'un accord de coopération militaire, datant de 1976, les soldats de l'opération Epervier fournissent uniquement un soutien «logistique, médical et de renseignement» à N'Djamena.

En 2006, un Mirage français avait tiré un coup de semonce en direction d'une colonne de rebelles. Pas cette fois. En revanche, les avions français surveillent de très près la progression des adversaires de Déby, lui permettant d'être informé en temps réel de leur position. De même, l'armée française évacue et soigne les blessés des troupes gouvernementales. Vendredi, le millier d'hommes de l'opération Epervier a reçu le renfort d'une compagnie (126 hommes) en provenance de la base française de Libreville (Gabon). Par mesure de précaution, dit-on à Paris. Il s'agit d'assurer la sécurité et l'éventuelle évacuation des 1 500 Français qui résident dans la capitale tchadienne, ainsi que des ressortissants étrangers. Si dans cette nouvelle bataille Idriss Déby se bat pour sa survie, Paris aussi joue gros.

 

Février 2008

 

La France évacue ses ressortissants au Tchad

 

Jeune Afrique, 2 février 2008

 

L'ambassade de France à N'Djamena a appelé les ressortissants français à se "regrouper" dans trois sites de la capitale tchadienne en vue d'une éventuelle évacuation, en raison de l'avancée rebelle, a-t-on appris de source diplomatique dans la nuit de vendredi à samedi.

"La phase de regroupement a commencé depuis minuit (23H00 GMT vendredi)", a-t-on appris auprès de l'ambassade. "L'évacuation n'est pas encore déclenchée", a toutefois ajouté la même source. Les Français résidant à N'Djamena sont invités à se rendre dans les trois sites de regroupement situés dans le centre de la capitale: le lycée français, la cité Béguinage et la cité Lamy.

Le président français Nicolas Sarkozy a tenu vendredi soir une réunion à l'Elysée pour "évaluer la situation au Tchad" avec le ministre des Affaires étrangères et européennes, Bernard Kouchner, et le ministre de la Défense, Hervé Morin, a-t-on appris auprès de la présidence.

Une colonne rebelle qui a traversé le Tchad depuis lundi sans rencontrer de résistance, en provenance du Soudan, a été stoppé vendredi à 50 km de la capitale par l'armée tchadienne. Cette dernière n'a toutefois pas réussi à repousser l'offensive. On ne savait pas exactement à quelle distance de N'Djamena se trouvaient les rebelles dans la nuit de vendredi à samedi, mais plusieurs responsables tchadiens s'attendaient à des combats aux portes de la ville dès le lever du jour.

Des éléments d'Epervier, le dispositif militaire français sur place, fort de 1.100 hommes renforcés par 126 soldats, ont sécurisé vendredi plusieurs points de la capitale en vue d'un éventuel regroupement des 1.500 ressortissants français du Tchad, qui n'était pas encore à l'ordre du jour. En plus des trois centres de regroupement, des expatriés français ont commencé vers 02H30 à se réunir dans un grand hôtel de N'Djamena, situé au centre ville, non loin de l'aéroport, a constaté un journaliste de l'AFP. Quelque 1.500 Français résident au Tchad, dont 85% à N'Djamena.

En outre, l'armée française est présente dans ce pays depuis 1986 avec les 1.100 hommes du dispositif Epervier, renforcé dans la nuit de jeudi à vendredi par plus de 100 soldats venus de Libreville pour assurer la sécurité des ressortissants français. Epervier est doté d'avions de transport, de reconnaissance et de combat. Des éléments d'Epervier sécurisaient dans la nuit les centres de regroupement et les grands hôtels de la capitale, où des ressortissants français étaient susceptibles de se réunir.

 

Février 2008

 

L'offensive rebelle au Tchad fait vaciller Déby

 

Le Figaro, 2 février 2008 par Arnaud de La Grange

 

Partis du Soudan, quelque 300 véhicules ont foncé dans le désert vers N'Djamena. De violents combats se déroulaient hier près de la capitale.

 

Annoncée maintes fois ces dernières années, l'heure de l'explication finale entre le régime d'Idriss Déby et les rebelles a-t-elle sonné au Tchad ? Tout le laissait penser hier, avec des centaines de rebelles bivouaquant aux portes de N'Djamena, à moins de cinquante kilomètres de la capitale.

C'est sur le grand axe qui mène de l'est du pays à la capitale, à la hauteur de la localité de Massaguet, que des combats se déroulaient hier après-midi, avant que le « front » ne s'y stabilise. Le matin, de violents combats avaient déjà eu lieu plus au nord, près de Massakori. La confusion règne sur la situation militaire. L'Armée nationale tchadienne (ANT) a affirmé hier avoir « détruit entièrement la colonne » rebelle. « C'est nous qui les poursuivons », a rétorqué le chef d'un des mouvements rebelles, Timan Erdimi… Les rebelles assurent continuer leur progression vers la capitale. « Le grand combat aura lieu à N'Djamena, » a assuré Timan Erdimi.

L'offensive rebelle, la plus importante de ces dernières années, pose une série de questions. Sa rapidité et sa « furtivité » d'abord. Ce gigantesque rezzou, mené sur 700 kilomètres depuis le Soudan, semble avoir pris tout le monde de court. Ce sont pourtant 200 à 300 véhicules pick-up qui ont foncé dans le désert vers N'Djamena. Et le Tchad peut compter sur les «yeux» de l'armée française.

Dans le cadre du dispositif Épervier, la France dispose au Tchad d'importants moyens de reconnaissance aérienne, avec des Mirage F1CR et deux avions de patrouille maritime Atlantic II. Les accords prévoient une aide française en matière de renseignement, de transport logistique et d'évacuation sanitaire, sans implication directe dans les combats.

De quoi mettre N'Djamena à feu et à sang

Curieusement, le président Déby se serait lui-même porté jeudi à la tête de son armée devant les rebelles… avant de rebrousser chemin. En raison d'un rapport de forces défavorable ? « La fourchette haute est de 3 000 hommes, en comptant 10 hommes par pick-up, commente une source militaire, mais il faut compter avec les réserves de carburant, donc plus vraisemblablement entre 1 500 et 2 500 hommes. » De quoi, déjà, mettre N'Djamena à feu et à sang si les combats s'y portent.

La grande inconnue résidait hier dans le degré de combativité et de fidélité de l'armée tchadienne. La rébellion est formée de l'alliance de trois mouvements, dont l'un est composé de Zagawas, l'ethnie du président Déby et de sa garde rapprochée. Ce n'est pas un hasard si ces rebelles zagawas marchaient en tête de la colonne ces derniers jours. En 2006, les rebelles étaient déjà arrivés dans les faubourgs de N'Djamena avant d'être repoussés. « À chaque fois, après avoir parcouru plus de 700 km, ils souffrent de problèmes de carburant et de munitions, confie le même officier, l'armée tchadienne, elle, joue à domicile. » Elle bénéficie du soutien, même indirect, de Paris, qui n'a guère envie d'assister à une bascule violente du pouvoir en ce moment. Ni de voir les combats gagner N'Djamena. Pour assurer la sécurité des expatriés, une compagnie de 140 parachutistes est arrivée hier au Tchad depuis le Gabon, venant renforcer les 1 200 soldats français déjà présents dans le pays.

Les rebelles ont saisi la dernière « fenêtre » qui leur permettait de bousculer le pouvoir tchadien, avant que les 3 700 hommes de la force européenne (Eufor) n'aient planté leur tente dans l'est du pays. Même si la mission de l'Eufor est d'assurer la sécurité des réfugiés du Darfour, sa simple présence contribuera à geler la situation. Quelque 70 hommes – essentiellement des Français – sont déjà en place à N'Djamena pour monter le QG de la force. Hier, trois vols qui devaient transporter des soldats irlandais et autrichiens au Tchad ont été annulés.

Après avoir été bloquée pendant de longs mois par le peu d'enthousiasme des Européens, voilà l'Eufor stoppée par une colonne rebelle. À Londres et surtout Berlin, où le scepticisme règne sur la vocation africaine de la défense européenne, on doit esquisser quelques sourires…

 

Février 2008

 

Paris soutient une solution négociée au Tchad alors que le régime est en situation critique

 

Le Monde 2 février 2008

 

Paris prend tardivement position.

 

La France "condamne fermement la tentative de prise du pouvoir par la force" au Tchad "par des groupes armés venus de l'extérieur" , a déclaré, samedi 2 février dans l'après-midi, le ministère des affaires étrangères Hervé Morin dans un communiqué. Paris appelle également à "l'apaisement et à la réconciliation" et apporte son "soutien à la médiation que vient d'engager l'Union africaine en ce sens" . "La France est attachée à l'unité et à la stabilité du Tchad. Dans cet esprit, elle appelle à la fin des violences, à la reprise sans délai du dialogue politique et à l'accélération des efforts visant à la stabilité régionale, notamment dans le cadre de l'Union africaine et de l'ONU" , ajoute le communiqué. Nicolas Sarkozy s'était "entretenu longuement" avec son homologue tchadien, Idriss Déby, samedi matin. Paris et N'Djaména sont liés par des accords de défense de 1986 basés sur "l'intégrité territoriale du Tchad" .

 

L'Union africaine dépêche des médiateurs pour trouver une "solution négociée".

 

Les pays de l'UA "condamnent fermement " l'attaque lancée par les rebelles contre le gouvernement et "exigent qu'un terme soit mis immédiatement à ces attaques et au bain de sang qui en résulte" , déclarent-ils dans un communiqué clôturant leur sommet à Addis Abeba, samedi. L'UA mandate le président congolais, Denis Sassou Nguesso, et le dirigeant libyen, Mouammar Kadhafi, pour "trouver une solution négociée à la crise actuelle" . Le président nouvellement élu de la commission de l'Union africaine (UA), Jean Ping, s'était déclaré plus tôt "très inquiet" de la situation au Tchad et avait rappelé que l'UA "n'acceptera plus de changements de gouvernement anticonstitutionnels parmi ses Etats membres" .

 

L es rebelles aux portes du palais présidentiel.

 

Des échanges de tirs sont de nouveau relevés, samedi après-midi, autour du palais présidentiel. Les rebelles ont gagné le cœur de la capitale tchadienne, samedi. Une source militaire citée par l'AFP a annoncé qu'ils s'étaient emparés de N'Djamena après plus de trois heures d'affrontements avec les troupes gouvernementales, tandis qu'en France, M. Morin indiquait que "les rebelles s'approchent du palais présidentiel". "Toute la ville est entre les mains des rebelles. Il n'y a plus que des combats de nettoyage" , a indiqué cette source militaire, précisant que le président Déby était "toujours à la présidence" . Les tirs intenses enregistrés au cours de matinée étaient devenus "beaucoup plus sporadiques" peu avant 12 heures locales, selon un journaliste de l'AFP.

 

La situation dans la capitale.

 

Selon des témoins, dans certains quartiers, la population a accueilli par des cris de joie l'arrivée des rebelles, qui circulent dans la capitale dans des pick-up camouflés vêtus de treillis vert olive et portant des brassards blancs. Des pillages ont été constatés dès leur arrivée, selon des responsables de services de sécurité d'organismes internationaux, et une colonne de fumée noire s'élevait dans le secteur de la présidence sans que l'on sache son origine, a constaté l'AFP. D'autres témoins affirment que la maison d'arrêt de N'Djamena a été investie et tous les prisonniers liberés.

 

L'armée tchadienne en déroute.

 

Une source de l'armée française au Tchad avait indiqué samedi matin que 2 000 rebelles étaient entrés dans la capitale et affrontaient les forces régulières, notamment près du palais présidentiel. En début de matinée, une source militaire tchadienne avait annoncé la reprise des combats "à une vingtaine de kilomètres au nord" de la ville, jugeant les forces "plus ou moins équilibrées" . "Déby et ses troupes sont en débandade. Il va tomber aujourd'hui, c'est sûr" , assurait de son côté Abakar Tollimi, l'un des chefs de l'alliance des trois principales rébellions tchadiennes, formée à la mi-décembre. Une colonne de 300 véhicules des rebelles est entrée lundi au Tchad depuis le Soudan. Sa progression sur plus de 700 km n'a pas rencontré de résistance jusqu'à vendredi, quand l'armée a échoué à l'arrêter à 50 km de la capitale, malgré d'intenses combats. Le chef d'état-major de l'armée tchadiennne, Daoud Soumaïn, aurait été tué, selon une source militaire tchadienne, vendredi à Massaguet.

 

Etrangers.

 

Quelque 700 ressortissants français et étrangers sont sous protection militaire française à N'Djamena et des dispositions ont été prises pour permettre le départ dès samedi après-midi des ressortissants français ou occidentaux qui souhaitent quitter le pays, a annoncé l'état-major des armées à Paris. Hervé Morin a indiqué qu'un Airbus de l'armée de l'air française devait quitter Paris pour atteindre N'Djamena en fin de journée, afin de participer à une éventuelle évacuation. Dans la nuit, l'ambassade de France avait appelé ses ressortissants à se "regrouper" dans trois sites de N'Djamena (le lycée français, la cité Béguinage et la cité Lamy) en vue d'une éventuelle évacuation. 1 500 Français résident au Tchad, dont 85 % dans la capitale. L'ambassade a appelé samedi matin ceux qui ne l'auraient pas fait à désormais rester chez eux plutôt que de circuler au milieu des combats. L'armée française présente au Tchad dans le cadre du dispositif Epervier a été renforcée par 150 soldats venus de Libreville, ce qui porte ses effectifs sur place à 1 450. Un des responsables de l'alliance des rebelles tchadiens a affirmé samedi à l'AFP que la rébellion respecterait "les normes internationales" sur la protection des étrangers, affirmant vouloir "rassurer tous les expatriés

 

Février 2008

 

Lancés à l'assaut de N'Djaména, des rebelles menacent le pouvoir du président Idriss Déby

 

Le Monde, 2 février 2008 par Philippe Bernard avec l'AFP

 

La coïncidence ne doit probablement rien au hasard. Le jour même - jeudi 31 janvier - où était annoncé officiellement à N'Djaména le déploiement de la Force européenne (Eufor) au Tchad et en Centrafrique, une colonne de rebelles hostile au président Idriss Déby, venue du Soudan, progressait vers la capitale tchadienne. Fort de quelque 300 véhicules de type pick-up pouvant transporter jusqu'à une quinzaine de personnes, ce groupe a commencé à affronter, vendredi matin, l'armée tchadienne à 50 km au nord-est de N'Djaména.

L'armée nationale tchadienne (ANT), le chef de l'Etat en tête, était partie, jeudi à l'aube, à la rencontre des rebelles avec des effectifs doubles de ces derniers, selon des sources militaires. Des hélicoptères ont bombardé la colonne hostile mais l'ANT a fait marche arrière dans la soirée de jeudi. Elle s'est repliée et déployée autour de N'Djaména où l'ambiance était celle d'une veillée d'armes. Jeudi, les rues de la capitale se sont progressivement vidées, le lycée français est resté fermé et l'ambassade de France a demandé à ses 1 500 ressortissants de limiter leurs déplacements.

L'attaque en cours est la plus importante depuis celle d'avril 2006. A l'époque, une colonne rebelle composée d'une centaine de véhicules venus du Soudan avait atteint N'Djaména. Elle avait été défaite par l'armée régulière au prix de plusieurs centaines de morts. L'armée française, qui dispose des bases du dispositif "Epervier" à N'Djaména et Abéché comprenant 1 100 hommes, avait aidé les autorités tchadiennes à repousser la rébellion. Les Français avaient effectué des missions aériennes de repérage et tiré officiellement un "coup de semonce".

Six avions de chasse Mirage F-1, des avions de transport Transall, des avions ravitailleurs et des hélicoptères stationnent sur la base française de N'Djaména. L'accord de coopération militaire franco- tchadien de 1976 donne à "Epervier" "une mission de présence destinée à concourir à la sécurité extérieure du Tchad et à la sécurité des ressortissants".

Le président Idriss Déby a lui-même conquis le pouvoir en 1990, chassant le dictateur Hissène Habré après une offensive semblable menée depuis le Soudan, mais avec le soutien de la France.

Le ministre français de la défense a affirmé jeudi soir que la France "mettrait en oeuvre cet accord " et annoncé l'envoi à N'Djaména d'un renfort de 150 hommes venus de Libreville (Gabon).

L'attaque en cours est prise d'autant plus au sérieux à Paris qu'elle est menée par une alliance récente de rebelles, manifestement aidés par le Soudan. Ce pays voit d'un très mauvais oeil le déploiement de la force européenne dominée par les Français, dans l'est du Tchad, limitrophe de la province soudanaise du Darfour. En novembre 2007, lors de la précédente offensive armée contre le pouvoir, l'un des chefs rebelles, Mahamat Nouri, s'était déclaré "en état de belligérance contre l'armée française ou toute autre force étrangère".

Son mouvement, l'Union des forces pour la démocratie et le développement (UFDD), est aujourd'hui allié avec le Rassemblement des forces pour le changement (RaFC) de Timan Erdimi, neveu du président Déby. S'exprimant vendredi matin sur Radio-France internationale, M. Erdimi s'est déclaré "prêt pour un partage réel du pouvoir". "Sinon , a-t-il ajouté, nous serons obligés de déclencher les hostilités pour chasser Idriss Déby du pouvoir."

L'affaire est d'autant plus complexe pour Paris que le déploiement de l'Eufor, à l'initiative de la France, apparaît comme l'un des principaux enjeux de l'offensive. Un engagement direct des soldats français dans des combats renforcerait les critiques formulées par certains partenaires européens à l'égard de la prédominance française dans l'opération. Mais à l'inverse, un renversement du régime d'Idriss Déby et une arrivée au pouvoir de rebelles prosoudanais menaceraient l'avenir de la Force européenne destinée à protéger les réfugiés du Darfour installés dans l'est du Tchad ainsi que les déplacés tchadiens, soit 450 000 personnes. Jeudi, à N'Djaména, le général français Jean-Philippe Ganascia a affirmé que l'offensive rebelle pouvait "retarder" le déploiement de l'Eufor mais non la "perturber" .

Février 2008

 

L'Europe laisse la France seule au Tchad

 

France Information 1 er février 2007 par Grégoire Lecal,

 

L'offensive des rebelles tchadiens contre la capitale, N'Djamena, retarde le déploiement de l'Eufor, qui doit protéger les populations. La France est le seul pays européen à avoir des troupes sur place. Mais elle est prise en tenaille entre sa mission pour Eufor et ses accords militaires avec le gouvernement tchadien.

 

Les avions qui devaient emporter 12 soldats autrichiens, et 50 irlandais de l'opération militaire européenne Eufor sont restés sur leurs tarmacs ce matin. “ Les avions ne partiront pas tant qu'il y aura de l'instabilité (au Tchad, ndlr), a indiqué le lieutenant-colonel Philippe de Cussac, porte-parole du quartier général de l'opération au Mont Valérien, près de Paris. Sur place, la situation est tendue depuis hier. Une et peut-être deux colonnes de rebelles tchadiens ont entamé une offensive vers la capitale, N'Djamena.

La France est donc le seul pays européen à disposer de troupes sur place. Une situation qu'elle aurait préféré éviter, par crainte de confusion des genres. L'armée française porte en effet une “double casquette” au Tchad. D'un côté, elle est engagée dans l'opération, Eufor, dont le but est la protection de plus de 400 000 réfugiés soudanais du Darfour ou du Tchad même. Elle doit se déployer en Centrafrique et dans l'est du Tchad d'ici mars.

De l'autre, Paris est lié par des accords militaires avec le gouvernement tchadien. Le dispositif Epervier - un millier d'hommes - prévoit une assistance logistique et du renseignement actif pour le compte de l'armée tchadienne.

Pour éviter toute confusion, la France, dans un premier temps, voulait que ses troupes soient minoritaires dans le contingent d'Eufor. Afin de lui donner clairement une tonalité européenne. Finalement, devant les réticences de ses partenaires, elle a accepté d'en constituer 60%.

A présent, si les Français doivent s'impliquer plus avant au nom du dispositif Epervier, ses partenaires pourraient lui reprocher de les mettre en danger dans l'opération Eufor. Ce qui risque de retarder encore la mise en place déjà laborieuse de la force européenne.

Sur place, les différentes forces en présence ne font rien pour sortir Paris de cette position inconfortable. Le gouvernement d'Idriss Deby a d'ores et déjà annoncé qu'il poursuivrait les rebelles jusqu'au Soudan, qu'il accuse de soutenir activement la rebellion. Une internationalisation du conflit risquerait d'engager encore plus la France à ses côtés. Quant au Soudan, qui voit d'un mauvais oeil le déploiement d'Eufor à sa frontière, il a tout intéret à ce que la rebellion continue à perturber l'opération.

 

Février 2008

 

Les rebelles tchadiens passent à l'offensive

 

Le Figaro 1 er février 2008, par Thierry Oberlé

 

Le président Déby a pris la tête de ses troupes pour contrer l'avancée des rebelles, alors que l'Eufor doit bientôt se déployer.

 

Le Tchad s'enflamme le jour où la France donne le coup d'envoi symbolique de l'Eufor, la force européenne qui doit d'ici à mars sécuriser les zones frontalières où s'entassent dans des camps les réfugies du Darfour.

Partie de ses bases arrière soudanaises, une colonne de rebelles composée d'environ 300 véhicules pouvant transporter dix à quinze hommes chacun avance sans rencontrer de résistance sur un axe routier conduisant à N'Djamena. Elle a contourné Abéché, le centre de commandement de la force française « Épervier » présente depuis des années dans la région, pour parvenir jusqu'à Ati, une ville située à quelques heures de route de la capitale. L'armée tchadienne est partie à la rencontre des insurgés.

Ex-chef de guerre, le président Idriss Déby est monté au front à la tête de ses troupes. Mais ses pick-up ont finalement fait demi-tour pour « mieux défendre» la capitale.

Le chef de l'État tchadien avait déjà participé aux combats en novembre lorsque les forces tchadiennes avaient repoussé une incursion rebelle qui s'était soldée par des centaines de morts. Les effectifs gouvernementaux dépêchés sur place sont cette fois deux fois plus nombreux que ceux de ses adversaires mais l'issue de la confrontation reste incertaine.

Contraints de se replier au Soudan à l'issue des derniers affrontements, les mouvements rebelles ont resserré leurs rangs pour mieux lancer une nouvelle offensive. Regroupés au sein de l'Union des forces pour la démocratie et le développement (UFDD), ils affirment vouloir rééditer la percée d'avril 2006. Les Français avaient dû à l'époque intervenir au moyen de leurs avions de chasse pour dissuader la rébellion de renverser le régime du président Déby. L'armée tchadienne avait repoussé l'ennemi in extremis dans les faubourgs de la capitale.

Le scénario va-t-il se reproduire ? Et surtout les forces françaises vont-elles devoir s'impliquer ? Face aux rebelles, l'armée nationale fortifie ses positions. Elle a renforcé sa présence autour de N'Djamena et pris des positions défensives dans les banlieues pour boucler les accès aux ministères.

Dans les écoles, les enseignants ont renvoyé les enfants chez eux. Les commerces et les marchés sont cependant restés ouverts. L'ambassade de France a fermé l'école française et conseillé a ses ressortissants de restreindre leurs déplacements à l'intérieur de la ville.

Les rebelles cherchent à tester les réactions françaises. Le raid met en difficulté Paris alors que les soldats européens de l'Eufor doivent se positionner dans l'est du Tchad. Long à se mettre en place, le déploiement voulu dès l'été dernier par Nicolas Sarkozy s'est heurté à de fortes réticences des partenaires européens, et en particulier des Allemands.

 

Missions de renseignement

 

Devant la frilosité générale, les Français ont passé outre les règles qu'ils s'étaient fixées : ne pas dépasser la moitié des effectifs de l'Eufor, afin que la force garde une image « européenne». La contribution française dépasse finalement les 2 000 soldats, sur des effectifs totaux de quelque 3 500 hommes. Les membres des forces spéciales sont cependant autrichiens, belges, irlandais et suédois.

Le commandant de la force européenne est confié au général irlandais Patrick Nash, qui insiste sur la neutralité de ses troupes. L'Eufor, constituée de contingents de 14 pays tient à se distinguer de la force française « Épervier », présente en permanence dans le pays en vertu d'un accord bilatéral de défense.

Le général Nash a souligné que si les Français « ont aidé à la mise en place de l'Eufor, aujourd'hui les deux entités sont séparées ». « L'Eufor occupera des camps séparés et sera indépendante sur le terrain », a-t-il assuré. Mais à Abéché comme sur la base aérienne de N'Djamena, les installations ne seront séparées que par la bande de bitume d'une route. Et pour des raisons d'économie, plusieurs centaines de militaires français stationnés d'ordinaire dans la capitale vont simplement changer de casquette.

Hier, l'armée française indiquait continuer à effectuer, comme par le passé, des missions de reconnaissance aérienne, et à fournir des renseignements aux autorités. « Le déploiement de l'Eufor peut être retardé parce que clairement l'emploi de la voie terrestre pour déplacer la logistique va être retardé », a annoncé de son côté le général français Jean-Philippe Ganascia qui dirige sur le terrain l'Eufor.

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  Février 2008

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