Le Soudan dans la Presse

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2ème semestre


Juin 2007

   

Angola press
29 juin 2007

Cent cinquante tonnes d`aide acheminées par la France vers l`est du Tchad

Xinhuanet
27 juin 2007

Le négociateur du gouvernement soudanais pour le Darfour tué dans  un accident de la route

Le Monde
27 juin 2007

Le PNUE souligne le lien entre la crise écologique au Soudan et le conflit armé du Darfour

Le Monde
27 juin 2007

Condoleezza Rice souligne la responsabilité internationale dans le drame du Darfour

Le Figaro
26 juin 2007

Rapprochement international sur le Darfour à Paris

Le Figaro
26 juin 2007

Mobilisation pour le Darfour

La Croix
26 juin 2007

La France reprend la main diplomatique sur le Darfour

Le Monde
26 juin 2007

Bernard Kouchner estime que "l'avenir s'est éclairci" au Darfour

Libération
26 juin 2007

Paris, le Darfour mobilise les énergies internationales

Le Figaro
26 juin 2007

"Une petite lueur" pour le Darfour, selon Kouchner

Le Parisien
26 juin 2007

Kouchner s'énerve pour le Darfour

Le Monde
26 juin 2007

Au Tchad, les ONG sont prêtes à affronter la saison des pluies

Le Monde
26 juin 2007

Les janjawids sèment la terreur dans les camps du Darfour

Libération
25 juin 2007

Une solution pour le Darfour

Jeune Afrique
25 juin 2007

La conférence internationale sur le Darfour s'ouvre à Paris

Human Right Watch
25 juin 2007

Soudan: Une solution pour le Darfour

Le Figaro
25 juin 2007

Les réfugiés du Darfour veulent encore espérer

Africa Confidential
25 juin 2007

Soudan : sous la menace

Xinhuanet
25 juin 2007

Darfour: pour la Chine, "menacer" Khartoum serait "contreproductif"

Africa News
25 juin 2007

Le Soudan et l'UA absents de la conférence internationale de Paris

Le Figaro
25 juin 2007

Le pétrole de la discorde entre Total et White Nil

L'Humanité
25 juin 2007

La France accueille le groupe de contact

Le Monde
24 juin 2007

Washington salue l'initiative de Paris sur le Darfour

La Chine aujourd'hui
19 juin 2007

La Chine dit avoir utilisé un "langage très direct" pour convaincre Khartoum

Agence France Presse
18 juin 2007

Le changement climatique à l'origine de la crise au Darfour

Le Monde
17 juin 2007

La France installe un pont aérien dans l'est du Tchad

La Lette de l'Océan Indien
16 juin 2007

Accord de Tourabi pour l'ONU au Darfour

 

Agence France Presse
14 juin 2007

Darfour/force: il faut un "mandat clair" de protection des civils (ONU)

Agence France Presse
14 juin 2007

Darfour: pour une application totale et sans délai de l'accord ONU-UA-Soudan

IRIN
Addis-Abéba
14 juin 2007

Appel pour un déploiement rapide de la force hybride au Darfour

Le Figaro
14 juin 2007

Le Soudan accepte du bout des lèvres une force de paix

Le Figaro
14 juin 2007

Le volontarisme de Bernard Kouchner mis en échec

Le Parisien
13 juin 2007

Kouchner à l'épreuve du Darfour

Courrier International
13 juin 2007

Des sanctions qui portent peu à conséquence

Le Monde
13 juin 2007

Darfour : l'"initiative française" suscite les réticences du Soudan

Libération
12 juin 2007

Au Soudan, Bernard Kouchner ne convainc pas sur le Darfour

Le Figaro
12 juin 2007

Le Soudan réservé sur l'initiative française

Libération
12 juin 2007

Le Soudan accepte le déploiement d'une force «hybride» au Darfour

Nations Unies
New York
12 juin 2007

Acceptation par le Soudan du déploiement de la force hybride ONU-UA au Darfour

Libération
12 juin 2007

Au Soudan, Bernard Kouchner ne convainc pas sur le Darfour

Africa Confidential
11 juin 2007

Soudan: Durcissement des sanctions

IRIN
11 juin 2007

Les armes et la haine font taire la voix de la raison, au Tchad

Le Journal du Dimanche
10 juin 2007

"On fait de la surenchère sur le Darfour" Brauman

Vingt minutes en France
10 juin 2007

Darfour: que peut faire la France ?

La Tribune de Genève, 9 juin 2007

Crimes de guerre au Darfour: le Soudan reste sourd aux pressions

Le Monde, 9 juin 2007

MM. Sarkozy et Kouchner affichent leur volontarisme sur le Darfour

Jeune Afrique, 9 juin 2007

Crimes de guerre au Darfour: le Soudan sourd aux pressions

Gouvernement américain, 8 juin 2007

L es É.-U. envisagent de recommander à l'ONU de nouvelles sanctions contre le Soudan

L'Express, 8 juin 2007

Bingo pour Total

Le Potentiel, Kinshassa, 8 juin 2007

Le Soudan propose une solution pacifique à la crise du Darfour

Nation Unies, New York, 6 juin 2007

Plus de 100.000 Soudanais ont reçu l'aide de l'ONU pour réintégrer leurs foyers

Amnesty International, 6 juin 2007

Des satellites pour surveiller des villages du Darfour

Le quotidien d'Oran, 6 juin 2007

L'origine du conflit du Darfour

Conseil oecuménique des Eglises ; Nairobi, 6 juin 2007

C'est l'eau qui a déclenché la crise au Darfour

IRIN,Juba (Sud Soudan), 4 juin 2007

Rendre le travail humanitaire plus sûr

Jeune Afrique, 3 juin 2007

Le sommet des Etats sahélo-sahariens appelle à rétablir la paix au Darfour et en Somalie

Canadian Press avec Associated Press, 3 juin 2007

Fosses communes et traumatismes alimentent les craintes d'une résurgence de l'horreur au Darfour

Cité du Vatican, 1 er juin 2007

Le pape demande une solution négociée pour la région soudanaise du Darfour

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Cent cinquante tonnes d`aide acheminées par la France vers l`est du Tchad

Angola presse, 29 juin 2007

 

Cent cinquante tonnes d`aide ont été acheminées jusqu`à présent vers l`est du Tchad par le pont aérien humanitaire mis en place par la France pour assister les personnes déplacées et réfugiées en raison du conflit au Darfour voisin, a appris l`AFP vendredi de source diplomatique française.

Cette aide, effectuée en une trentaine de rotations, a été faite à la fois pour le compte du Haut comité tchadien pour l`assistance aux personnes déplacées et pour celui du Programme alimentaire mondial (PAM), a-t-on précisé de même source.

L`aide consiste d`une part en équipements de première urgence et en aide alimentaire, a ajouté cette source.

La France a entamé le 17 juin un pont aérien humanitaire pour venir en aide aux déplacés et réfugiés dans la région de Goz Beïda, dans l`est du Tchad, avant l`arrivée très prochaine de la saison des pluies.

Cette région compte un peu plus de 100.000 déplacés tchadiens, sur les 150.000 recensés dans l`est du Tchad, qui ont fui les violences communautaires et transfrontalières, souvent liées à la guerre civile au Darfour, dans l`ouest du Soudan.

Cette région accueille également environ 40.000 des plus de 200.000 réfugiés soudanais du Darfour au Tchad.

 

juin 2007

 

Le négociateur du gouvernement soudanais pour le Darfour tué dans  un accident de la route

Xinhuatnet, 27 juin 2007

 

Le négociateur en chef du  gouvernement soudanais pour le Darfour Majzoub al-Khalifa a été  tué mercredi matin dans un accident de la route dans le nord du  Soudan, a-t-on appris d'une source officielle. 

"Il est mort dans un accident de la route qui s'est produit sur la route Khartoum-Shendi vers 04H30 locales (01H30 GMT)", selon la même source. 

"Lui et son frère ont été tués et d'autres membres de sa  famille ont été blessés dans l'accident", ajoute la source.  

Ministre de l'Agriculture et de la Forêt dans l'ancien  gouvernement de Salut formé par le Parti du congrès national,  Majzoub al-Khalifa a été nommé conseiller présidentiel après  l'investiture du gouvernement d'union nationale soudanais en 2005. 

Il a également été chef de la délégation gouvernementale aux  négociations de paix avec les rebelles du Darfour (ouest du Soudan) . 

Jusqu'à présent, seul l'un des principaux mouvements rebelles  du Darfour a signé un accord de paix avec le gouvernement  soudanais. Les médiateurs internationaux oeuvrent à la reprise des négociations de paix sur le Darfour en août.

 

juin 2007

Le PNUE souligne le lien entre la crise écologique au Soudan et le conflit armé du Darfour

Le Monde 27 juin 2007 par Hervé Kempf

 

Un cas d'école du lien entre crise écologique et conflit armé : telle apparaît la situation du Darfour dans le rapport que vient de publier le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) sur le Soudan. Menée en 2006 par l'unité d'évaluation post-conflit de l'organisme international, basé à Nairobi, l'étude scrute l'état environnemental du Soudan, plus grand pays d'Afrique, qui n'a cessé d'être agité par des conflits. Dans son histoire récente, il n'a connu que dix ans de paix, entre 1972 et 1983.

Démographie, mauvaises pratiques agricoles et changement climatique se sont combinés pour conduire à une situation explosive. Avec un taux d'accroissement de 2,6 %, le Soudan a vu sa population atteindre près de 40 millions d'habitants. Le cheptel a cru encore plus rapidement, passant de 29 millions de têtes en 1961 à 135 en 2004. Cela a entraîné une dégradation des pâturages, tandis que le besoin de bois de feu pour les humains provoquait une déforestation importante. Le Darfour, par exemple, a perdu un tiers de son couvert forestier entre 1973 et 2006.

Ces phénomènes ont été aggravés par le changement climatique régional. Le Soudan a vu la limite entre désert et zone semi-désertique se déplacer vers le sud de 50 km à 200 km depuis les années 1930. Les précipitations ont régulièrement décliné, en particulier dans le nord du Darfour, où « l'échelle du changement climatique est presque sans précédent », avec une baisse observée, depuis les années 1940, de 34 %. Ainsi, écrivent les experts, « il y a un lien très fort entre la dégradation des sols, la désertification et le conflit du Darfour. Au Darfour nord, la croissance démographique exponentielle et le stress environnemental qui lui est lié ont créé les conditions des conflits qui ont été lancés puis entretenus par des différen ces politiques, tribales et ethniques : il peut être considéré comme un exemple tragique de la rupture sociale qui peut résulter d'un effondrement écologique ». Les perspectives ne sont guère encourageantes, puisque l'on s'attend a ce que la désertification continue avec la poursuite de la baisse des précipitations.

Le conflit , avec la constitution des camps de déplacés (au Darfour, 2 millions depuis 2003), a lui-même un impact écologique notable. Les sols abandonnés par les agriculteurs ne sont plus entretenus, et les camps suscitent la déforestation aux alentours, pour le bois de cuisson, mais aussi pour le bois servant à chauffer les briques de construction.

Au total, la politique n'est pas seule en jeu. Pour le PNUE, la politique d'environnement «devrait être considérée comme un outil vital pour la prévention des conflits et pour la pacification ».

 

juin 2007

 

Condoleezza Rice souligne la responsabilité internationale dans le drame du Darfour

Le Monde, 27 juin 2007

 

La communauté internationale, qui n'a pas été capable de mettre fin aux massacres au Darfour, doit contraindre le Soudan à accepter le déploiement d'une force internationale dans la région, a déclaré, dimanche 24 juin, à Paris, la secrétaire d'Etat américaine, Condoleezza Rice.

"Je serai très franche : je ne pense pas que la communauté internationale ait vraiment été à la hauteur de ses responsabilités" dans ce dossier, a-t-elle estimé lors d'une conférence de presse avec le ministre des affaires étrangères français, Bernard Kouchner, à la veille d'une réunion internationale, organisée dans la capitale française, sur le Darfour. Cette région semi désertique de l'ouest du Soudan est en proie à une guerre civile et des exactions à grande échelle qui ont fait environ 200 000 morts (9 000 selon Khartoum) et 2,5 millions de déplacés depuis 2003. "Sommes-nous prêts à faire les choix difficiles (...) qui, je crois, persuaderont et forceront Khartoum à faire ce qu'il faut ?" , a interrogé la chef de la diplomatie américaine.

 

"Force hybride"

 

Pour Condoleezza Rice, le gouvernement soudanais doit cesser de tergiverser sur l'envoi d'une "force hybride" ONU-Union africaine (UA) de 20 000 hommes dans le Darfour décidé voilà plus de dix mois par le Conseil de sécurité.

"J'aimerais que chacun, la Chine incluse, dise sans ambiguïté aux Soudanais qu'il n'existe pas d'autre possibilité et qu'ils doivent cesser d'accepter les conditions avant de chercher à en réduire la portée" , avait-elle auparavant confié aux journalistes l'accompagnant à Paris.

Pékin, qui achète du pétrole et vend des armes au Soudan, sera représenté à Paris. Les Chinois sont réticents à imposer des sanctions au gouvernement de Khartoum.

Le 12 juin, le gouvernement soudanais avait accepté le principe du déploiement d'une semblable "force hybride" pour rétablir l'ordre et la paix civile au Darfour. Mais nombre de diplomates doutent de la parole en la matière de Khartoum, très sourcilleux quant à la souveraineté nationale. Ces diplomates s'alarment ainsi des nombreuses réserves émises depuis par les Soudanais, qui demandent que la future force internationale soit placée sous le commandement de l'UA et non de l'ONU, et laissent entendre que le gros de ses effectifs devrait être composé de soldats africains.

Les Etats-Unis pressent les quinze membres du Conseil de sécurité d'adopter une nouvelle résolution sanctionnant Khartoum, ce que cherche à éviter Pékin. "Je pense vraiment que la Chine et chacun d'entre nous devraient intensifier les efforts en vue de s'assurer que les Soudanais iront jusqu'au bout" , a expliqué M me Rice. Elle a cependant précisé qu'aucune décision n'était à attendre prochainement sur ce sujet.

 

"La France endosse un rôle nouveau"

 

La secrétaire d'Etat a exprimé, par ailleurs, sa gratitude au nouveau président français, Nicolas Sarkozy, et à son ministre des affaires étrangères pour la tenue de la réunion sur le Darfour, dont les responsables américains espèrent aussi qu'elle préfigurera une amélioration des relations entre Washington et Paris. La réunion de Paris est "une bonne occasion de se partager le travail, le cas échéant, de faire en sorte de s'assurer que chacun pousse dans la même direction" , a estimé la chef de la diplomatie américaine.

Les rapports entre Washington et Paris ont connu des moments de tension après l'intervention militaire américaine en Irak de 2003 à laquelle Paris était résolument hostile, et l'administration Bush s'est plainte de la passivité relative des gouvernements français précédents à propos du drame du Darfour. "Le nouveau gouvernement français a fait montre d'une forte volonté de coopérer et nous escomptons une période de coopération étroite" , a souligné à cet égard M me Rice. "La France endosse un rôle nouveau et, je pense, énergique au Darfour (...) , et nous avons besoin de toute cette énergie dans cette affaire parce que les choses n'avancent pas aussi vite pour traiter cette crise humanitaire importante."

Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, des représentants européens, chinois, russes et japonais seront présents à la réunion de Paris, qui durera environ cinq heures. En revanche, le Soudan a décliné l'invitation et l'UA, qui compte déjà 7 000 soldats sous-équipés au Darfour, sera absente.

 

juin 2007

Rapprochement international sur le Darfour à Paris

Le Figaro, 26 juin 2007, par Patrick de Saint-Exupéry.

 

Durant la conférence organisée par la France, il fut davantage question de politique que d'humanitaire.

 

L'affiche était belle, hier, au centre de conférence de Kléber. Seize pays et six organisations internationales, membres du groupe de contact élargi sur le Darfour, s'y sont retrouvés le temps d'une demi-journée pour tenter d'esquisser, selon l'objectif affiché par Paris, « un consensus international sur les actions à mener au cours des prochaines semaines » .

L'affiche était donc belle et fournie. Lors de la conférence finale, le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, se trouvait entouré à sa gauche par la secrétaire d'État, Condoleezza Rice et à sa droite par le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon. Étaient également présents Javier Solana, secrétaire général de l'Otan, Louis Michel, commissaire de l'Union européenne (UE) pour le Développement ainsi que la présidence allemande de l'Europe.

Tous, et bien d'autres, dont une importante délégation chinoise menée par le vice-ministre des Affaires étrangères, venaient de consacrer leur déjeuner et plus d'une heure, expliqua un diplomate français, à un « échange de vues sur ce qu'il fallait faire pour faire avancer le processus » . Concrètement, le diplomate eut quelque difficulté à faire état de progrès : « Il faut réfléchir, dit-il, faire le constat d'où l'on en est et conserver l'impulsion » . En quatre-vingt-dix minutes, après le déjeuner, fut-il précisé, la diplomatie internationale réunie à Paris au chevet du Darfour passa donc en revue les questions sécuritaires, humanitaires ainsi que de développement et de reconstruction.

Formulé par Bernard Kouchner, lors de l'ouverture de la conférence de presse finale, cela donna le résumé suivant : « Quelqu'un a pu dire lors de la réunion qu'il y avait une petite lueur au fond de ces ténèbres. L'avenir s'est éclairci. » Madame Condoleezza Rice eut le verbe moins lyrique : « C'était l'occasion de réunir tout le monde, dit-elle, et de savoir exactement ce que nous devons faire. Et nous le ferons. »

Justement, que doit faire la communauté internationale ? Sur ce point, nul ne s'aventura à formuler des pistes précises. Tout au plus des engagements généraux furent-ils dessinés, des principes établis, du moins en creux. Les différences de positions entre pays étant probantes, il convenait de ne pas en rajouter. Afin de dégager une « cohérence » .

Côté français, il y eut des évolutions significatives. De retour d'une rude tournée dans la région (Tchad, Soudan), le nouveau ministre Bernard Kouchner remisa au placard sa première approche toute en urgence et en humanitaire. « Nous voulions simplement parler politique, exposa-t-il. Il n'y aura pas de solution humanitaire à ce conflit. »

 

Nouvelle ligne

 

Ce retour du politique, au détriment d'une approche jusqu'ici basée sur la compassion, fut souligné par plusieurs hauts responsables. Lors d'un entretien dans les couloirs, le ministre suédois des Affaires étrangères, Carl Bildt, insista longuement sur la « nécessaire unité d'une communauté internationale qui doit faire pression tout autant sur le gouvernement soudanais que sur les rebelles du Darfour » . Cette ligne, quelque peu nouvelle, fut développée en choeur par de nombreux participants. « Il est indispensable, insista Bernard Kouchner, de convaincre les chefs rebelles de se réunir autour d'une table. » Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon le suivit sur ce point : « Le moment est venu d'agir, a-t-il dit, en particulier pour le président soudanais, Omar el-Béchir. En même temps, je demande aux rebelles de montrer plus de souplesse et de participer au processus politique. »

Condoleezza Rice défendit la politique de sanctions à l'égard de Khartoum voulue par les États-Unis : « Cette menace est nécessaire pour que le gouvernement soudanais soit convaincu du sérieux de la commission internationale » . La secrétaire d'État fut suivie par le commissaire européen Louis Michel pour qui « l'option des sanctions doit demeurer ouverte » .

 

juin 2007

Mobilisation pour le Darfour

L'Editorial du Figaro du 26 juin 2007

 

La conférence sur le Darfour, qui s'est tenue hier à Paris, n'était pas destinée à résoudre le problème ou à trouver une baguette magique. Pour des résultats concrets, il faudra attendre. Mais il était réconfortant de voir les Etats-Unis, l'Union européenne, la Chine, la Russie et l'ONU se pencher ensemble sur ‘un des drames les plus criants de notre épque.

Que cela ait eu lieu à Paris plutôt qu'ailleurs est un signe que la France est en train de retrouver son dynamisme en politique étrangère. Avec ses 200 000 morts en quatre ans, avec ses images insoutenables évoquant la famine, les viols et les massacres, le Darfour nous interpelle et mobilise les bonnes volontés.

Aux États-Unis, les campus se solidarisent en masse avec cette détresse lointaine et demandent des comptes à une Administration déjà dénoncée pour la guerre menée en Irak. Portée par stars comme George Clooney, la cause sensibilise la population noire américaine, et bien au-delà. Parfois au prix de quelques simplifications.

Même si l'attitude du Soudan, qui arme les milicew janjawid, est indéfendable, le drame du Darfour n'est pas le conte moral qui est parfois dépeint, celui où les victimes seraient toutes Noirs sans défense aux prises avec la violence sanguinaire d'islamistes fanatiques. Les causes du conflit sont plus complexes.

Le drame du Darfour n'est pas non plus le prétexte à une intervention militaire occidental plus en pays musulman.

Inutile de polémiquer, il faut agir. Tel était le message adressé, hier, aux opinions publiques et aux organisations humanitaires qui ont entretenu dans notre pays une controverse déplacée. Pour agir et obtenir des résultats, il fallait se réunir autour d'une table. Les désaccords qui subsistent sur la qualification des événements, « génocide » pour les États-Unis, «  crimes contre l'humanité » pour les Européens, ne doivent pas empêcher une action commune.

Le Soudan ayant, le 12 juin, accepté le déploiement d'une « force hybride » ONU-Union africaine de plus de 20 000 hommes, le moment est venu d'exiger qu'il tienne parole.

Les obstacles sont énormes et l'absence, à Paris, des belligérants, comme celle de l'Union africaine, montrait les limites de l'exercice. Cette conférence ne pouvait être une conférence de paix; elle pouvait, en revanche, constituer une étape pour qu'un «nouvel élan » diplomatique prenne son essor afin de sortir du traitement purement humanitaire du conflit.

Ainsi seulement peut-on espérer trouver un règlement et, d'ici là, éviter que le conflit ne se régionalise en atteignant le Tchad, la République centrafricaine et l'ensemble du Soudan.

Le Darfour est un test du rapprochement entre Paris et Washington. L'insistance de la France pour une solution politique et celle des États-Unis sur des sanctions à l'égard de Khartoum ne sont plus incompatibles. Il n'est pas nécessaire d'être d'accord sur tout pour travailler ensemble.

 

juin 2007

 

La France reprend la main diplomatique sur le Darfour

La Croix, 26 juin 2007, Catherine Rebuffel

 

En réunissant le 25 juin les principaux ténors de l diplomatie internationale, Paris montre sa volonté de faire avancer de manière décisive cet épineux dossier

 

« L'avenir s'est éclairci» pour le Darfour; a estimé hier à Paris le ministre des affaires étrangères Bernard Kouchner, à la fin d'une réunion des grandes puissances destinée .à accélérer la mobilisation de la communauté internationale. À midi cependant, les représentants des diplomaties russe et allemande étaient absents sur la photo de famille au Centre de conférences internationales à Paris. Mais, quelques minutes plus tard, ils avaient rejoint la vingtaine de leurs homologues réunis de manière exceptionnelle tout l'après-midi pour essayer de faire avancer le dossier du Darfour.

Hier donc, quasiment tous les pays ayant un poids diplomatique avaient répondu à l'invitation de la France, désireuse de marquer des points sur un sujet qui patine depuis plusieurs années. Et alors que le conflit dans cette région de l'ouest du Soudan continue de faire des victimes. Parmi les personnalités de marque, Condoleezza Rice,secrétaire d'État américaine, et le chef de la diplomatie chinoise. Une double présence qui signifiait beaucoup, à la fois pour Paris, qui voyait ainsi sa crédibilité diplomatique renforcée, et pour l'avancée du dossier. Ces deux pays, tous deux titulaires d'un siège permanent au Conseil de sécurité de l'ONU, se situent aux antipodes l'un de l'autre quant à leur position dans ce dossier.

Pékin, qui achète près de 60 % de la production du pétrole soudanais, n'a eu de cesse, depuis le début de la crise en 2003, de temporiser, notamment au Conseil de sécurité de l'ONU, pour éviter les pires sanctions au régime de Khartoum. Hier encore, en marge de la conférence, le numéro deux de la délégation chinoise insistait sur le fait que « menacer Khartoum serait contre-productif». II soulignait que, au contraire, «pour résoudre la question, la communauté internationale doit s'efforcer d'envoyer un signal positif et équilibré».

De son côté, la responsable de la diplomatie américaine, arrivée la veille à Paris, dénonce depuis 2004 un «génocide» en cours au Darfour. Une manière de qualifier ce conflit qui est loin de faire l'unanimité au sein de la communauté internationale et même humanitaire, dont 1e Darfour représente le principal terrain d'action (plus de 10000 volontaires) en termes de moyens déployés, et le plus important depuis une décennie. Le conflit aurait fait 200 000 morts depuis 2003 et provoqué le déplacement de 2,5 millions de personnes.

Il a également de graves réper cussions sur le Tchad voisin et la Centrafrique, qui accueillent plus de 200 000 réfugiés et voient leur situation politique troublée par les mouvements rebelles qui circulent de part et d'autre des frontières.

Pour la France, qui dispose de bases militaires à N'djamena et Abéché, dans l'est du Tchad, ainsi qu'à Bangui, capitale de la Centrafrique, le risque d'une régionalisation du conflit n'était pas acceptable.

L'initiative diplomatique de Bernard Kouchner, dès sa nomination au Quai d'Orsay, n'était sans doute pas sans lien avec cette menace. Après une tournée de quatre jours début juin au Tchad et au Soudan, le ministre des affaires étrangères lançait l'idée de cette conférence à Paris.

Au lendemain de sa rencontre avec lui, le président soudanais Omar El Béchir avait d'ailleurs annoncé qu'il acceptait l'idée de remplacer l'actuelle force (7000 hommes déployés par l'Union africaine), que la pauvreté de ses moyens n'a pas rendue très efficace, par une force hybride de 20 000 hommes associant ONU et Union africaine. «Il est évident que la France adopte un nouveau rôle que je trouve énergisant, sur le Darfour. Et nous avons vraiment besoin d'énergie», a souligné Condoleezza Rice dès sa venue à Paris. Cependant ni le Soudan, ni l'Afrique du Sud, ni l'Union africaine n'étaient présents à Paris.

Pour autant, les principaux objectifs de la conférence d'hier sur le Darfour étaient, selon la formule de Bernard Kouchner, d'apporter « le soutien de la communauté internationale aux initiatives de l'Union africaine et de l'ONU pour tenter de régler politiquement la crise du Darfour». Ce qui incluait de discuter du financement de la force hybride dont le déploiement sur le terrain devient urgent, de s'intéresser aux populations déplacées, et surtout de relancer les négociations entre Khartoum et les rebelles. Car, depuis la signature de l'accord de paix d'Abuja, en mai 2006, avec seulement l'un des deux mouvements rebelles, ceux-ci se sont divisés en quelque vingt factions. Et le conflit a repris de plus belle.

 

juin 2007

 

Bernard Kouchner estime que "l'avenir s'est éclairci" au Darfour

Le Monde, 26 juin 2007

 

L'avenir s'est éclairci" pour le Darfour, a estimé, lundi 25 juin, le ministre des affaires étrangères, Bernard Kouchner, à l'issue d'une conférence internationale sur le sujet à Paris. "Quelqu'un a pu dire [lors de la réunion] qu'il y avait une petite lueur au fond de ces ténèbres" , a-t-il rapporté.

"La communauté internationale ne peut pas continuer à rester sans rien faire" , a pour sa part déclaré la secrétaire d'Etat américaine, Condoleezza Rice. "Nous devons redoubler d'efforts" , a-t-elle répété. La rencontre de Paris était "l'occasion de réunir tout le monde et de savoir exactement ce que nous devons faire" , a-t-elle ajouté, lors de la conférence de presse finale.

 

"Le temps est venu d'agir"

 

Le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, a souligné que "cela fait trop longtemps que la communauté internationale attend, la population a trop souffert." "Le temps est venu d'agir, en particulier pour le président [soudanais] Omar El-Béchir, et en même temps, je demande aux rebelles de montrer plus de souplesse et de participer au processus politique , a poursuivi M. Ban, qui a dit avoir besoin d'un soutien très fort de la part de la communauté internationale."

Il s'agissait de la première rencontre de ce type des grandes puissances, dont la Chine et les Etats-Unis, et des organisations internationales, pour unir leurs efforts pour tenter de mettre fin à la tragédie du Darfour, qui a fait selon l'ONU quelque 200 000 morts et 2,1 millions de déplacés, et montrer leur détermination face à Khartoum, qui conteste ces chiffres.

 

Nouvelle réunion en septembre

 

Si aucune mesure spectaculaire n'a été annoncée à l'issue de cette réunion, elle a donné lieu à un soutien réaffirmé à l'action commune de l'Union africaine et des Nations unies pour le déploiement d'une force hybride Union africaine/ONU de plus de 20 000 hommes, qui a été accepté par Khartoum.

M. Kouchner a également annoncé que les pays membres du "groupe de contact élargi" se retrouveraient lors d'une prochaine réunion en septembre prochain, en marge de l'Assemblée générale des Nations unies. Le chef de la diplomatie française doit se rendre prochainement à Addis Abeba, siège de l'Union africaine (UA), pour rencontrer le président de la commission de cette organisation, Alpha Oumar Konaré, et l'inviter à cette rencontre. L'UA n'a en effet pas participé à la réunion de Paris, apparemment froissée d'avoir appris par la presse la tenue de cette rencontre. Le gouvernement soudanais a également décliné l'invitation de M. Kouchner, estimant que le moment choisi par lui pour cette conférence n'était pas "propice" .

 

juin 2007

Paris, le Darfour mobilise les énergies internationales  

La conférence d'hier a affiché l'unité pour mettre un terme au conflit.

 

Libération 26 juin 2007, par Hofnung Thomas

 

Modeste, l'objectif de la conférence hier à Paris sur la crise au Darfour a bien été atteint. Les participants à cette réunion express (d'une durée de quatre heures) ont affiché leur unité et leur détermination à œuvrer en faveur d'un règlement du conflit dans l'ouest du Soudan . Pour le reste.

 

Comme prévu, aucune décision concrète n'a été annoncée à Paris. Le chef de la diplomatie française a simplement promis de réunir les mêmes, en septembre, en marge de l'assemblée générale des Nations unies à New York. «Ce n'était pas une conférence de paix»  , a insisté Kouchner, devançant les critiques sur l'absence de résultats tangibles. De fait, la portée de la réunion d'hier résidait essentiellement dans son affiche. Une vingtaine de pays et d'institutions (Union européenne, Ligue arabe, Banque mondiale) étaient représentés. Parmi les participants : la secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice, le «patron» de l'ONU, Ban Ki-moon, plusieurs ministres européens. Surtout, pour la première fois, la Chine, un allié précieux du régime soudanais ( Libération   d'hier), était représentée à une réunion consacrée au Darfour.

 

«Pression».  En recevant à l'Elysée les participants avant le début de la conférence, le président Sarkozy avait résumé le «deal» offert à Khartoum : «Le Soudan doit savoir que s'il coopère nous l'aiderons puissamment, et que s'il refuse il faudra être ferme.»   En acceptant récemment le déploiement sur son sol d'une force multinationale de 20 000 hommes (la force hybride ONU-Union africaine), le régime d'Omar el-Béchir s'est donné un peu d'air vis-à- vis de possibles sanctions internationales. «  Mais  il ne faut surtout pas relâcher la pression  , estimait un conseiller de Sarkozy. Avec cette réunion, nous avons voulu montrer à Khartoum qu'il ne pourrait pas, comme il l'a fait par le passé, jouer les uns contre les autres.»   En écho, Condoleezza Rice a déclaré : «Nous ne pouvons plus permettre une situation au Darfour dans laquelle des accords ne sont pas respectés.»  

Toutefois, Bernard Kouchner et le secrétaire général de l'ONU ont aussi demandé aux rebelles du Darfour de revenir au plus vite à la table des négociations. Selon un diplomate français, la pression pourrait d'ailleurs augmenter sur Abdul Wahid al-Nur, le leader du Mouvement de libération du Soudan (MLS) qui réside depuis plusieurs mois en France.

 

«Tribus».  Présent également à Paris, l'émissaire de l'ONU pour le Darfour Jan Eliason racontait hier à Libération  qu'il s'avérait compliqué de localiser, ne serait-ce que physiquement, les chefs des multiples sous-groupes rebelles qui ont essaimé ces derniers mois sur place. Tablant sur une relance des négociations entre les belligérants en août, Eliason s'inquiète d'une «radicalisation des jeunes dans les camps de déplacés»,  et évoque la menace d'une guerre de tous contre tous. «Désormais, les clashs entre tribus sont plus répandus que les combats entre rebelles et jenjawids  [miliciens à la solde de Khartoum, ndlr]. » 

En attendant le déploiement de la force hybride, prévu au plus tôt début 2008, le chef des opérations de maintien de la paix de l'ONU, Jean-Marie Guéhenno, a demandé aux participants de payer les salaires des 7 000 soldats de l'Union africaine qui sont présents au Darfour. Appelés à être intégrés dans la future force hybride, ces derniers ne sont plus rémunérés depuis des mois. Guéhenno a aussi déclaré que l'ONU entendait recruter des troupes en priorité au sein des armées africaines pour rassurer Khartoum. Avant d'ajouter aussitôt que toutes les bonnes volontés seraient nécessaires pour constituer une force robuste et opérationnelle visant à mettre fin aux exactions au Darfour.

 

juin 2007

"Une petite lueur" pour le Darfour, selon Kouchner

Le Figaro, 26 juin 2007

 

L'avenir s'est éclairci", a estimé le chef de la diplomatie française lundi, à la fin d'une réunion à Paris des grandes puissances destinée à accélérer la mobilisation de la communauté internationale.

"Quelqu'un a pu dire (lors de la réunion) qu'il y avait une petite lueur au fond de ces ténèbres". C'est la conclusion de Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères, à l'issue de la conférence internationale sur le Darfour à Paris lundi. Même si la réunion ne devrait pas déboucher sur l'annonce de mesures concrètes, "l'avenir s'est éclairci", a-t-il ajouté.

La conférence de Paris a donné lieu à un soutien réaffirmé de l'Union africaine et de l'ONU pour le déploiement d'une force hybride Union africaine/ONU de plus de 20.000 hommes, qui a été accepté par Khartoum. "La communauté internationale ne peut pas continuer à rester sans rien faire", a dit la secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice. "Nous devons redoubler d'efforts", a-t-elle répété. La rencontre de Paris était "l'occasion de réunir tout le monde et de savoir exactement ce que nous devons faire", a-t-elle ajouté au sortir de la réunion.

Même constat pour le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon, qui a souligné que "cela fait trop longtemps que la communauté internationale attend, la population a trop souffert." "Le temps est venu d'agir, en particulier pour le président soudanais Omar el-Béchir, et en même temps, je demande aux rebelles de montrer plus de souplesse et de participer au processus politique", a poursuivi M. Ban, qui a dit avoir "besoin d'un soutien très fort de la part de la communauté internationale".

 

Une rencontre Kouchner/Union africaine prévue

 

Bernard Kouchner a annoncé que les pays membres de ce "groupe de contact élargi" se retrouveraient lors d'une prochaine réunion en septembre prochain, en marge de l'Assemblée générale des Nations Unies. Le patron du Quai d'Orsay doit se rendre prochainement à Addis Abeba, siège de l'Union africaine (UA), pour rencontrer le président de la Commission de cette organisation, Alpha Oumar Konaré, et l'inviter à cette rencontre. L'UA n'a pas participé à la réunion de Paris, apparemment froissée d'avoir appris par la presse la tenue de cette rencontre. Le gouvernement soudanais a également décliné l'invitation de M. Kouchner estimant que le moment choisi par lui pour cette conférence n'était pas "propice".

 

juin 2007

Kouchner s'énerve pour le Darfour  

Le Parisien , 26 juin 2007 par Bruno Fanucchi

 

« Arrêtez d'être toujours critique…Si on avait rien fait, cela aurait-il été mieux ? Je ne le crois pas. » A l'issue de la réunion ministérielle du Groupe de - contact élargi consacrée au drame du Darfour, qui vient de s'achever au Centre Kléber à Paris, Bernard Kouchner s'énerve. Le chef de la diplomatie française ne supporte plus le scepticisme des observateurs. Pour lui, « l'avenir s'est éclairci » pour le Da­four et ses milliers de réfugiés, même si, bien évidemment, cette crise humanitaire sans précédent « par sa durée et son ampleur » est loin d'être résolue. « Quelqu'un a pu dire, ajoute-il cependant, qu'il y avait une petite lueur au fond de ces ténèbres. »

 

« Le silence tue »

« Il n'y aura pas de solution humanitaire à ce conflit », mais une solution politique, martèle l'ancien « french doctor », qui rappelle que cette conférence de Paris avait quatre buts.

1. Apporter précisément un « soutien politique » au processus en cours pour tenter de résoudre la crise.

2. Convaincre les chefs des factions rebelles (on en compte désormais dix-neuf ou vingt) de s'asseoir autour d'une table de négociations.

3. Prévoir un financement de la force hybride de 20 000 hommes qui doit être déployée sur le terrain par l'ONU et l'Union africaine pour mettre fin aux massacres car- observe Kouchner - « si nous continuons à ne pas payer les 7 000 soldats déjà surplace, nous n'allons pas réussir à payer ceux qui n'y sont pas encore ».

4. Venir enfin en aide aux centaines de milliers de personnes déplacées (y compris dans l'est du Tchad) dont « la situation actuelle est catastrophique ».

 

« C'était l'occasion de réunir tout le monde et de savoir exactement ce que nous devons faire », tient de son côté à souligner Condoleezza Rice après avoir rendu hommage à «l'énergie» de la France"et au « leadership » de son ami Bernard sur ce dossier qu'il connaît bien. « Maintenant, nous allons passer à l'action » et «nous devons redoubler d'efforts », conclut la secrétaire d'Etat améri caine qui avait été reçue dans la matinée par Nicolas Sarkozy à l'Elysée. « Le silence tue », avait alors lancé le président de la République, en soulignant que cette conférence avait pour seul objectif de «mobiliser la communauté internationale », en mettant en garde le Soudan «s'il refuse de coopérer» à la résolution de ce conflit qui n'a que trop duré et dont il est le premier responsable.

 

juin 2007

Au Tchad, les ONG sont prêtes à affronter la saison des pluies

Le Monde, 26 juin 2007 par Franck Johannes, envoyé spécial à Goz Beïda ,

 

Tout le monde lève le nez pour interroger le ciel, rien ne laisse présager la pluie. Elle arrive, pourtant. Plus que quelques jours, une semaine peut-être, avant que l'est du Tchad, frontalier du Darfour soudanais, soit noyé sous des trombes d'eau. Les 233 000 réfugiés soudanais et les 172 000 déplacés tchadiens seront alors coupés du monde pendant cinq mois, sur un coin de terre ingrat et surpeuplé.

Les humanitaires sont presque prêts. Les vivres et le matériel ont été prépositionnés près de quatre principaux sites, parfois fort éloignés de Goz Beïda, le bourg le plus proche des camps. "Le bilan est plutôt positif , sourit Nitesh Patel, le chef du bureau du Programme alimentaire mondial (PAM). On a réussi à faire les distributions planifiées pour 90 jours à partir d'avril, et on commence les distributions de vivres pour la saison des pluies. C'est terminé à Kou Kou, au sud-est. La région aura de quoi manger pour cinq mois." Le PAM distribue des céréales, du sorgho et des légumineuses, de l'huile, du sel, du sucre.

Evidemment, réfugiés et déplacés se plaignent que les rations sont maigres ou de n'avoir rien reçu. "C'est normal , explique un humanitaire. Les gens ont vécu une tragédie, ils sont de plus en plus exigeants, c'est humain." Le PAM sait que les chefs de village majorent de 25 % à 30 % les besoins et ferme les yeux.

"Le Haut Commissariat aux réfugiés et les humanitaires ont réussi à assurer les besoins essentiels des réfugiés soudanais dans l'est du Tchad , indique Luc Brandt, le chef du HCR à Goz Beïda, dans un contexte extrêmement difficile, tant pour le ravitaillement, l'eau, que les conditions de sécurité. La situation est stabilisée, mais il n'y a pas de perspectives de retour de ces populations."

C'est plus difficile pour les déplacés tchadiens. N'Djamena est incapable de faire face à leur arrivée massive et a créé un "Comité chargé de l'assistance aux personnes déplacées" doté de 4 milliards de francs CFA (6 millions d'euros).

L'armée française a acheminé par pont aérien, en une semaine, de N'Djamena à Goz Beïda, 70 tonnes de matériel - des nattes, des couvertures, des bâches - que le comité tchadien stockait dans la capitale. Les rotations des appareils français ont été suspendues le 23 juin, plus tôt que prévu. "Nous nous sommes aperçus que la piste commençait à être abîmée par les Transall , explique le colonel Vincent Tesnières, le commandant français au Tchad. Nous ne voulions pas risquer que les avions du PAM ou du HCR aient des difficultés à se poser." Le pont aérien se poursuit sur Abéché, où la piste est en dur, et où l'armée française doit livrer une centaine de tonnes de nourriture au PAM et encore 100 tonnes de matériel au comité tchadien.

Apollinaire Douanodji, le rapporteur adjoint du comité, et Casimir Ngaryo, du ministère de l'eau, font des pieds et des mains à Goz Beïda pour distribuer ces stocks, sans aucun moyen. Les ONG ont assisté pendant une semaine aux tribulations d'Apollinaire et Casimir, venus implorer un coup de main ou un camion ; un accord vient d'être trouvé grâce à la médiation du HCR.

Le pont aérien organisé par la France, qui a permis que des stocks ne pourrissent à N'Djamena, est une goutte d'eau dans les opérations en cours. Un Transall embarque jusqu'à 7 tonnes de matériel. Or, pour la seule journée du 23 juin, 17 camions du PAM sont arrivés à Goz Beïda avec 340 tonnes de vivres.

Avec la pluie, l'activité va être ralentie, sauf pour les humanitaires qui déploient une énergie colossale : la britannique Oxfam et l'Unicef pour l'eau, l'italienne Coopi, MSF France et Hollande pour la santé, le Comité international de la Croix-Rouge...

L'inquiétude est ailleurs. Les déplacés ne rêvent que de retourner dans leurs villages, le long de la frontière, pour les récoltes d'automne. "Les humanitaires sont prêts à assister cette population si le retour est libre et volontaire , explique Luc Briandt, du HCR. D'autant que Goz Beïda manque des ressources nécessaires pour supporter longtemps le poids de ces déplacés. Mais il faut que la sécurité sur place soit garantie."

Une mission du Département des opérations de maintien de la paix de l'ONU (DPKO) est venue expliquer que 807 gendarmes tchadiens allaient être déployés le long de la frontière. "Ça fait à peu près un gendarme par kilomètre , rigole un humanitaire, les milices vont trembler."

 

juin 2007

Les janjawids sèment la terreur dans les camps du Darfour

Le Monde, 26 juin 2007, Jean-Philippe Rémy

Entre la ville d'El-Geneina, à l'extrême ouest du Soudan, et le camp de déplacés d'Ardamata, le chemin est court, poussiéreux, et lamentablement révélateur. Des derniers faubourgs de la ville aux premières bicoques du camp ne s'étire qu'une poignée de kilomètres, qui explique comment l'ensemble des camps du Darfour, où vivent à présent 2,2millions de personnes, a pu devenir une prison à ciel ouvert.

Dans la plaine désolée, entre les mauvaises herbes que dédaignent même les ânes, ont poussé des camps et positions militaires qui ceignent Ardamata d'une couronne armée. A l'approche du camp, dimanche 24 juin, des hommes en uniforme sont en train de clôturer de barbelés une nouvelle enceinte, déjà cernée par une ligne de tranchées.

Des pick-up et des camions passent en trombe, chargés de troupes appartenant à des unités aux noms et uniformes divers, mais que tout le monde, à El-Geneina, appelle du nom qui a fait leur réputation d'infamie : des janjawids. Ils ont été la malédiction des villages, attaqués notamment lors des grandes vagues de destruction de 2003-2004. A présent, ils menacent leurs habitants jusque dans les camps où ils se sont réfugiés.

Les femmes doivent marcher jusqu'à trois heures par jour dans la plaine infestée de miliciens pour ramener suffisamment de bois pour cuisiner. Elles risquent d'être frappées, violées. La nuit est encore pire, lorsque les miliciens s'introduisent dans le camp, à la fois pour y faire régner la terreur et pour y trouver de l'alcool de datte, le harage, qui s'y distille à profusion.

 

Mahamat Ibrahim Khater, après avoir fui les attaques des janjawids dans son village, Diliba, craint pour sa vie : "Toutes les nuits, ils [les janjawids\] tirent des coups de feu. Des gens sont tués. Il n'y a jamais d'enquête." Ce ne sont pas les quatre policiers sans armes de la force de police de la Mission de l'Union africaine au Soudan (MUAS) qui risquent de réinstaurer l'ordre. Ils partent avant la tombée de la nuit, abandonnant le camp aux miliciens. Ismaël Ali Mohamed, un responsable traditionnel, ne mâche pas ses mots : "Ils sont incapables de se protéger eux- mêmes. Comment voulez-vous qu'ils nous protègent?"

Ce matin, un problème délicat est en discussion. Les dernières familles arrivées à Ardamata – des centaines de personnes – avaient fui au début de l'année leurs villages, à l'est de Geneina, après avoir subi des attaques de janjawids dans les règles de l'art de la terreur au Darfour : femmes violées, hommes massacrés, maisons incendiées. Aujourd'hui, elles doivent s'installer dans une extension du camp, déclenchant d'interminables disputes entre leurs cheikhs, autorités traditionnelles des villages, pour l'attribution de microscopiques parcelles.

Ardamata compte environ 18 000 personnes, et très précisément 110 cheikhs, dont le nombre ne fait plus la force. Leur autorité, traditionnellement étendue dans les villages, a fondu dans les camps. Une source familière des camps de la région explique : "Cela fait des années que les jeunes sont dans ces camps, et ils font le bilan : qu'a fait mon cheikh pour moi? Rien. Peut-il me protéger? Certainement pas. Un peu partout, ils forment des groupes, très politisés, et contestent l'autorité traditionnelle."

A El-Geneina, la disgrâce des cheikhs a été accélérée par leurs arrangements avec le pouvoir. Certains sont devenus propriétaires de flottes de taxis, de maisons, de commerces. "Le gouvernement a acheté une bonne partie des leaders traditionnels. Ce n'était pas très difficile. Mais en acceptant, les cheikhs ont creusé leur propre tombe" , dit la même source. Sur ce fond de rancœurs et de frustrations conjuguées, les nouvelles organisations, même clandestines, commencent à prendre le contrôle. Dans certains camps, elles organisent des patrouilles et recrutent pour les mouvements rebelles. A Ardamata, elles s'imposent comme des autorités parallèles. "Avant, je traitais avec un cheikh. A présent, j'ai quatre ou cinq interlocuteurs, et il est impossible de les négliger, explique le responsable d'une ONG internationale. Leur structure est clandestine, mais ils sont très vite mobilisables."

Des violences éclatent çà et là. A Zalingei, des humanitaires soudanais ont été lynchés atrocement. A Ardamata, des employés d'une ONG ont été rossés. Dans d'autres camps, des armes s'accumulent, des patrouilles s'organisent. A l'échelle du Darfour, c'est tout un monde qui s'effondre. Au sein de l'ethnie des Massalit, majoritaire dans cette partie de la région, même l'autorité du sultan n'est plus ce qu'elle était. Dans son bureau en ville, il reçoit devant une galerie de portraits d'ancêtres glorieux, comme celui de son arrière-grand-oncle, Tayadin, qui, par deux fois, a battu les troupes coloniales françaises au début du XXe siècle, avant de tomber sous leurs balles à Abéché, au Tchad voisin. Un siècle plus tard, le sultan Al-Saad Abderhaman Barladin vit sa part d'histoire tragique. Avec une liberté de ton inhabituelle dans une ville où la peur des représailles clôt les lèvres, il parle sans détours : "Le gouvernement continue à aider les criminels \[janjawids\]. Il les arme, il est responsable de leurs crimes. 95 % des villages \[massalits\] ont été brûlés (…). Ils attaqueraient même les camps sans la présence de la communauté internationale."

Des propos en phase avec l'opinion de son peuple traumatisé par son calvaire, mais trompeurs. Le sultan, en réalité, est un proche du parti au pouvoir, et fait partie du cabinet du gouverneur de l'Etat du Darfour occidental. "Il a besoin de tenir ce type de langage pour tenter de reprendre un peu d'autorité sur les Massalit, explique une bonne source. C'est dire si la situation est difficile pour ces responsables traditionnels."

 

juin 2007

Une solution pour le Darfour  

Les plus hauts responsables des missions de l'ONU proposent de placer les revenus du pétrole dans un fonds international hors de portée des militaires soudanais et des jenjawids.

 

Libération, 25 juin 2007

 

Par Richard Goldstone ancien procureur des Tribunaux internationaux pour l'ex-Yougoslavie et le Rwanda, JanN Pronk chef de la mission de l'ONUau Soudan (2004-2006), Roméo Dallaire commandant de la Force de l'ONU au Rwanda (1994), Kenneth Roth directeur de Human Rights Watch, James Smith directeur de Aegis Trust et Jody Williams chef de la mission au Darfour, Conseil des droits de l'homme de l'ONU.

 

Libération, 25 juin 2007

 

Aujourd'hui les ministres des affaires étrangères des principales puissances se rencontrent à Paris pour discuter de la crise du Darfour.

Après quatre ans de crimes commis à grande échelle au Darfour et de nombreux mois passés à bloquer la mise en place d'une mission de maintien de la paix efficace dans la région, l'accord du 12 juin dernier à Addis-Abeba par le gouvernement soudanais d'une force hybride Union africaine-Nations unies de 19 000 hommes est bienvenu, mais ne peut être tenu pour acquis. De même ne devons-nous pas présumer que l'acceptation de la force hybride signifie que Khartoum cessera ses violations des droits de l'homme au Darfour, annulera le nettoyage ethnique qu'il a mené ou entamera une démarche qui obligera les responsables de crimes de guerres et de crimes contre l'humanité au Darfour à rendre des comptes devant la justice.

Khartoum est passé maître dans l'art de revenir sur ses pas, et n'a jamais suffisamment ressenti la pression internationale pour mettre fin à ses méthodes brutales contre l'insurrection. Il s'est plutôt senti abrité par une importante augmentation des revenus du pétrole.

Ces revenus du pétrole ont été utilisés pour financer ses abus militaires au Darfour et pour recruter, armer et payer la milice jenjawid. Pour restreindre la faculté de Khartoum à financer continuellement tueries, bombardements et nettoyage ethnique, le Conseil de sécurité des Nations unies devrait introduire un fonds d'investissement pétrolier obligatoire - le Fonds pour le rétablissement du Darfour - tel que l'ont proposé Aegis Trust et Human Rights Watch. Dans le cadre de ce fonds, les exportations se poursuivraient sans interruption, assurant la continuité pour les clients du Soudan, tels que la Chine. Les contrats et les concessions existants seraient conservés. Les revenus du pétrole seraient placés dans le fonds d'investissement pour tenir les sommes d'argent loin des militaires soudanais et des jenjawids.

Les produits du fonds (nets des sommes dues aux compagnies exportant le pétrole) seraient toujours dépensés par le gouvernement du Soudan pour des projets de développement ou humanitaires, seraient distribués au gouvernement du Sud-Soudan en fonction des procédures de répartition de revenus de l'accord global de paix de 2005, et utilisés comme indemnisation des victimes de la crise du Darfour.

Les opérations liées au fonds cesseraient une fois que le gouvernement du Soudan aurait accepté des conditions bien précises incluant : le déploiement complet de la force hybride Union africaine - Nations unies ; l'arrêt des attaques sur les civils par ses forces armées et les milices soutenues par le gouvernement ; le désarmement de la milice jenjawid ; l'autorisation d'accès sans entrave aux agences humanitaires et aux médias ; et la coopération avec les Nations unies et la Cour pénale internationale dans leurs enquêtes sur les violations du droit international en amenant ceux qui sont accusés de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité devant la justice, soit devant de véritables cours nationales, soit devant la Cour pénale internationale. Certaines similarités de façade avec le programme «pétrole contre nourriture» (PPCN) en Irak pourraient entraîner certains à repousser cette proposition, mais cela serait une erreur. La Commission internationale d'enquête sur le PPCN a découvert plusieurs faiblesses importantes dans le programme. Il est utile d'identifier ces faiblesses et d'en tirer un apprentissage. Le but du PPCN était de retirer à Saddam Hussein les ressources lui permettant de se réarmer et d'effrayer ses voisins tout en prenant le contre-pied des conséquences humanitaires néfastes de la politique de sanctions globales. Cela a fonctionné en partie. Plus des trois quarts des 75 milliards de dollars américains de revenus potentiels ont été détournés des mains de Saddam. Le programme a également réduit de façon substantielle les effets humanitaires néfastes de la politique de sanctions totales.

Cependant, la Commission d'enquête a découvert que les sanctions contre l'Irak n'étaient pas hermétiques à la fraude : du fait d'une mauvaise gestion du programme, Saddam s'est servi du projet de façon à recevoir plus de 1,5 milliard de dollars en commissions occultes. De nombreux Etats, comprenant les Etats-Unis et des membres de l'Union européenne, tout comme des voisins comme la Turquie et la Jordanie, ont fermé les yeux sur des exportations illégales de pétrole au profit du régime de Saddam. La responsabilité des faiblesses du programme pour l'Irak doit être partagée entre tous les Etats membres, le Conseil de sécurité et le Secrétariat des Nations unies. Nombre d'entre elles, notamment dans les secteurs de direction et d'audit, ainsi qu'une commission interne, peuvent être corrigées par une action administrative au sein du Secrétariat.

Dans le cas du Fonds de recouvrement du Darfour, tous les revenus pétroliers payables au fonds seraient administrés par une institution financière internationale indépendante, soumise à des audits périodiques indépendants sur tous les fonds reçus et dépensés, et impliquerait un groupe beaucoup plus restreint d'acheteurs de pétrole que le PPCN. Le Fonds pour le rétablissement du Darfour est conçu à la fois pour faire peser sur les dirigeants du Soudan des mesures fortes et efficaces afin qu'ils cessent leur mise à mal des droits de l'homme au Darfour, tout en respectant les besoins humanitaires du peuple du Soudan et le besoin de sécurité énergétique des acheteurs de pétrole soudanais. Nous demandons instamment aux ministres qui se réunissent à Paris de soutenir une action rapide de la part du Conseil de sécurité pour la mise en place du fonds comme signe de l'engagement de la communauté internationale à prendre ses responsabilités et à protéger les civils au Soudan.

 

juin 2007

La conférence internationale sur le Darfour s'ouvre à Paris  

Jeune Afrique, 25 juin 2007

 

 

Les représentants des grandes puissances, dont la Chine, les Etats-Unis, la France, et d'organisations internationales ont entamé lundi à Paris une conférence destinée à unir leurs efforts en faveur du Darfour, ravagé par la guerre civile.

En prélude à la réunion, le président français Nicolas Sarkozy a demandé à la communauté internationale d'être "ferme" avec le Soudan s'il refuse de coopérer à un règlement de la guerre civile.

 

"Le Soudan doit savoir que s'il coopère nous l'aiderons puissamment et que s'il refuse il faudra être ferme", a dit M.

 

Sarkozy dans un discours au palais présidentiel de l'Elysée devant les représentants des grandes puissances, en prélude à une conférence internationale sur cette province du Soudan ravagée par la guerre civile.

Il a aussi mis en garde la quinzaine de groupes rebelles qui s'opposent au gouvernement soudanais et à ses milices. "Nous devrons être fermes à l'égard des belligérants qui refuseraient de revenir à la table de négociation", a déclaré M. Sarkozy.

"Le silence tue", a lancé le président français qui a souligné que la conférence qui réunit à paris les grandes puissances, dont la Chine alliée de Khartoum, avait pour objectif de "mobiliser la communauté internationale" et de "fixer une feuille de route claire".

Pour la première fois, les grandes puissances -Chine, Etats-Unis et France en tête- des pays africains et des organisations internationales se rencontrent lundi à Paris afin de donner "un coup d'accélérateur" aux efforts pour mettre fin au sanglant conflit au Darfour.

La secrétaire d'Etat américain Condoleezza Rice, dont le pays dénonce un "génocide" dans cette province de l'Ouest du Soudan participe à cette rencontre, dont la tenue a été dénoncée par Khartoum comme "inopportune".

Condoleezza Rice et le président Nicolas Sarkozy se sont entretenus plus d'une heure lundi matin à l'Elysée en prélude à la réunion.

Arrivée dimanche à Paris, Mme Rice, avait appelé le Soudan à "accepter l'aide internationale".

"En fin de compte, tout cela reviendra à une affaire de volonté: il s'agit d'insister auprès de Khartoum pour qu'il permette le déploiement d'une force hybride", a déclaré Mme Rice, lors d'une conférence de presse conjointe aux côtés de son homologue français, Bernard Kouchner.

Le ministre français des Affaires étrangères avait expliqué pour sa part que la réunion aurait trois objectifs. Il s'agit tout d'abord, a-t-il dit, de "soutenir les efforts de l'Union africaine et des Nations unies" en vue de déployer au Darfour une force de maintien de la paix commune ONU/Union Africaine de quelque 20.000 hommes. Khartoum vient d'accepter un tel déploiement après des mois de refus.

Mais il s'agit aussi, a poursuivi M. Kouchner, de "soutenir économiquement les efforts des Nations unies".

La conférence doit apporter enfin son soutien aux tentatives de trouver un accord politique entre Khartoum et les différents mouvements rebelles du Darfour, a précisé M. Kouchner.

Après des mois de pressions diplomatiques, le Soudan a accepté le 12 juin de remplacer l'actuelle force africaine au Darfour, composée de 7.000 hommes mal équipés, par une force hybride, associant l'Union africaine et l'ONU, forte de plus de 20.000 soldats et policiers.

Quelque 200.000 personnes sont mortes depuis février 2003 au Darfour selon l'ONU et plus de 2,1 millions d'autres ont été déplacées, la pire crise humanitaire au monde à l'heure actuelle. Ces chiffres sont contestés par Khartoum.

La mise en place de ce nouveau Groupe de contact sur le Darfour, élargi à près d'une vingtaine de pays et organisations internationales, se veut à l'opposé des initiatives unilatérales et sans coordination qui ont foisonné.

L'Union africaine (UA) n'a pas souhaité participer, tout comme l'Afrique du sud. A l'UA, des diplomates ont fait valoir que l'organisation africaine n'avait pas apprécié de n'avoir pas été consultée avant l'annonce de cette réunion.

La participation de la Chine aux côtés des Etats-Unis -deux pays qui se sont affrontés sur ce dossier- est en soi une avancée.

Les Etats-Unis, exaspérés par la lenteur de l'évolution soudanaise et sous pression de leur propre opinion publique, avaient annoncé de nouvelles sanctions contre le Soudan avant que Khartoum ne se décide à accepter sans conditions la force hybride

 

juin 2007

Soudan: Une solution pour le Darfour  

Human Rights Watch (Washington, DC), 25 Juin 2007

 

Les plus hauts responsables des missions de l'ONU proposent de placer les revenus du pétrole dans un fonds international hors de portée des militaires soudanais et des jenjawids.

Aujourd'hui les ministres des affaires étrangères des principales puissances se rencontrent à Paris pour discuter de la crise du Darfour.

Après quatre ans de crimes commis à grande échelle au Darfour et de nombreux mois passés à bloquer la mise en place d'une mission de maintien de la paix efficace dans la région, l'accord du 12 juin dernier à Addis-Abeba par le gouvernement soudanais d'une force hybride Union africaine-Nations unies de 19 000 hommes est bienvenu, mais ne peut être tenu pour acquis. De même ne devons-nous pas présumer que l'acceptation de la force hybride signifie que Khartoum cessera ses violations des droits de l'homme au Darfour, annulera le nettoyage ethnique qu'il a mené ou entamera une démarche qui obligera les responsables de crimes de guerres et de crimes contre l'humanité au Darfour à rendre des comptes devant la justice.

Khartoum est passé maître dans l'art de revenir sur ses pas, et n'a jamais suffisamment ressenti la pression internationale pour mettre fin à ses méthodes brutales contre l'insurrection. Il s'est plutôt senti abrité par une importante augmentation des revenus du pétrole.

Ces revenus du pétrole ont été utilisés pour financer ses abus militaires au Darfour et pour recruter, armer et payer la milice jenjawid. Pour restreindre la faculté de Khartoum à financer continuellement tueries, bombardements et nettoyage ethnique, le Conseil de sécurité des Nations unies devrait introduire un fonds d'investissement pétrolier obligatoire - le Fonds pour le rétablissement du Darfour - tel que l'ont proposé Aegis Trust et Human Rights Watch. Dans le cadre de ce fonds, les exportations se poursuivraient sans interruption, assurant la continuité pour les clients du Soudan, tels que la Chine. Les contrats et les concessions existants seraient conservés. Les revenus du pétrole seraient placés dans le fonds d'investissement pour tenir les sommes d'argent loin des militaires soudanais et des jenjawids.

Les produits du fonds (nets des sommes dues aux compagnies exportant le pétrole) seraient toujours dépensés par le gouvernement du Soudan pour des projets de développement ou humanitaires, seraient distribués au gouvernement du Sud-Soudan en fonction des procédures de répartition de revenus de l'accord global de paix de 2005, et utilisés comme indemnisation des victimes de la crise du Darfour.

 

Les opérations liées au fonds cesseraient une fois que le gouvernement du Soudan aurait accepté des conditions bien précises incluant : le déploiement complet de la force hybride Union africaine - Nations unies ; l'arrêt des attaques sur les civils par ses forces armées et les milices soutenues par le gouvernement ; le désarmement de la milice jenjawid ; l'autorisation d'accès sans entrave aux agences humanitaires et aux médias ; et la coopération avec les Nations unies et la Cour pénale internationale dans leurs enquêtes sur les violations du droit international en amenant ceux qui sont accusés de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité devant la justice, soit devant de véritables cours nationales, soit devant la Cour pénale internationale. Certaines similarités de façade avec le programme «pétrole contre nourriture» (PPCN) en Irak pourraient entraîner certains à repousser cette proposition, mais cela serait une erreur. La Commission internationale d'enquête sur le PPCN a découvert plusieurs faiblesses importantes dans le programme. Il est utile d'identifier ces faiblesses et d'en tirer un apprentissage. Le but du PPCN était de retirer à Saddam Hussein les ressources lui permettant de se réarmer et d'effrayer ses voisins tout en prenant le contre-pied des conséquences humanitaires néfastes de la politique de sanctions globales. Cela a fonctionné en partie. Plus des trois quarts des 75 milliards de dollars américains de revenus potentiels ont été détournés des mains de Saddam. Le programme a également réduit de façon substantielle les effets humanitaires néfastes de la politique de sanctions totales.

Cependant, la Commission d'enquête a découvert que les sanctions contre l'Irak n'étaient pas hermétiques à la fraude : du fait d'une mauvaise gestion du programme, Saddam s'est servi du projet de façon à recevoir plus de 1,5 milliard de dollars en commissions occultes. De nombreux Etats, comprenant les Etats-Unis et des membres de l'Union européenne, tout comme des voisins comme la Turquie et la Jordanie, ont fermé les yeux sur des exportations illégales de pétrole au profit du régime de Saddam. La responsabilité des faiblesses du programme pour l'Irak doit être partagée entre tous les Etats membres, le Conseil de sécurité et le Secrétariat des Nations unies. Nombre d'entre elles, notamment dans les secteurs de direction et d'audit, ainsi qu'une commission interne, peuvent être corrigées par une action administrative au sein du Secrétariat.

Dans le cas du Fonds de recouvrement du Darfour, tous les revenus pétroliers payables au fonds seraient administrés par une institution financière internationale indépendante, soumise à des audits périodiques indépendants sur tous les fonds reçus et dépensés, et impliquerait un groupe beaucoup plus restreint d'acheteurs de pétrole que le PPCN. Le Fonds pour le rétablissement du Darfour est conçu à la fois pour faire peser sur les dirigeants du Soudan des mesures fortes et efficaces afin qu'ils cessent leur mise à mal des droits de l'homme au Darfour, tout en respectant les besoins humanitaires du peuple du Soudan et le besoin de sécurité énergétique des acheteurs de pétrole soudanais. Nous demandons instamment aux ministres qui se réunissent à Paris de soutenir une action rapide de la part du Conseil de sécurité pour la mise en place du fonds comme signe de l'engagement de la communauté internationale à prendre ses responsabilités et à protéger les civils au Soudan.

 

juin 2007

 

Les réfugiés du Darfour veulent encore espérer

Le Figaro de el-Geneina Tanguy Berthemet,le 25 juin 2007

L'errance des réfugiés du Darfour dure depuis quatre ans. La conférence internationale s'ouvre ce matin à Paris en présence de Condoleezza Rice mais sans représentant soudanais.

 

Le camp surgit au bout d'une longue route poussiéreuse. Des centaines de maisons de torchis sont cachées derrières des palissades de branchages. Au fil du temps, le camp d'Ardamata, planté à quelques kilomètres d'el-Geneina, dans l'ouest du Darfour, a perdu ses airs anarchiques des premiers temps, prenant l'allure d'un immense village placide. La vie s'est organisée avec l'aide de dizaines d'ONG. Quelque 20 000 personnes s'y massent désormais, des familles entières arrivées par flots d'un coin ou d'un autre du Darfour, fuyant, souvent les mains vides, les attaques de leurs villages pour trouver un peu de sécurité auprès des villes. Les premiers sont arrivés, paniqués, à l'aube de la guerre, en 2003. Les derniers, il y a seulement cinq mois, presque en bon ordre. Mais le calme d'Ardamata est trompeur. La peur est toujours là.

« Dès que la nuit tombe, on entend claquer des coups de feu. On ne peut pas sortir des maisons, car on se ferait tuer » , glisse Ismael Ali Mohammed, le cheikh des cheikhs du camp. L'homme, comme presque tous les réfugiés d'el-Geneina appartient à la tribu africaine des Massalits. « Pour nous, il n'y a plus de sécurité. Les milices traînent tout autour des camps, passant à tabac tous ceux qui veulent sortir » , assure le dignitaire. Tout juste est-il possible de se rendre, de jour, à el-Geneina. Les autres routes sont impraticables, pour les habitants comme pour les ONG. Les embuscades tendues par des hommes armés s'accumulent. Et les villages continuent de brûler, les réfugiés d'arriver.

 

La colère gronde

 

Mohammed Ibrahim Khater n'a fui qu'en décembre, lors des derniers grands raids qu'a connus la région. Son histoire confirme celle de ses voisins. « Les Janjawids sont arrivés un matin et ont brûlé les maisons, explique-t-il. Nous avons eu de la chance, car on était alors tous dans les champs et on a pu partir. » Toute sa famille a été épargnée et sa communauté n'aurait connu que trois victimes. Depuis, Mohammed Ibrahim Khater s'efforce de se construire une nouvelle vie. « C'est très difficile, car ici il n'y a rien. On ne peut rien faire, ni travailler ni cultiver. »

Alors, à Ardamata, comme dans tous les camps du Darfour, la colère gronde. Les soldats de l'Union africaine, déployés depuis 2004 et censés protéger les réfugiés, ont été les premiers à essuyer cette rage. « Ils ne servent à rien. Ils ne sont même pas capables de se protéger eux-mêmes » , s'énerve Moussa Abdallah Issa, un jeune instituteur coincé dans le camp depuis plus de deux ans. « La frustration gagne les jeunes , analyse un observateur. Ils en ont assez de ne rien faire. Ils veulent se défendre et remettent violemment en cause la politique de leurs aînés, qui se montrent incapables d'apporter la moindre solution à leurs problèmes. » Déjà, à Zalingie, une bourgade située à une centaine de kilomètres au sud-est, des groupes de jeunes se sont organisés, patrouillant dans les camps, armes à la main, soutenant ouvertement la rébellion anti-Khartoum. À Ardamata, la tentation de suivre cet exemple se fait chaque jour plus forte, menaçant le camp d'une nouvelle forme d'anarchie.

Dans sa cour de justice, un vieux bâtiment un peu décrépi au centre d'el-Geneina, Al Saad Abderamane Barladine, le sultan des Massalits, se montre curieusement peu inquiet. Les combats qui ravagent son royaume le laissent amer. «  Près de 90 % de mon peuple souffre dans les camps, affirme-t-il. Mais la guerre vient uniquement du problème de la terre. Le gouvernement a, en 1995, nommé de nouveaux chefs, tous arabes, qui ont reçu le droit de distribuer les terres dans le royaume massalit. C'était le droit des sultans, et ce fut le début des problèmes, car cela privilégiait les Arabes. » Le roi aurait en réalité gardé une bonne partie de cette prérogative. Mais le prix à payer pour conserver ses pouvoirs fut lourd. Le sultan dut se rallier au National Congress Party (NCP), le parti gouvernemental. « Il y a laissé une bonne part de l'estime de son peuple, et tous les chefs traditionnels ont été très ébranlés. Ce qui se passe aujourd'hui dans les camps est le fruit de cette cassure » , souligne un bon connaisseur de la région. Selon lui, en mettant en place une hiérarchie parallèle, les autorités de Khartoum entendaient précisément affaiblir ces structures traditionnelles pour prendre le contrôle de la province rebelle du Darfour. Dès lors, les rixes tribales, attisées par les sécheresses, se sont enchaînées, minant lentement la société locale.

L'inévitable guerre devait éclater en février 2003. L'Armée de libération du Soudan (SLA), une puissante rébellion fédérant la plupart des tribus noires du Darfour, se soulevait. « Les gens du Darfour voulaient seulement contrôler leur destin, avoir la part de richesse et de pouvoir qui leur revient, rien de plus  », assure le général Sidiq Mohammed, secrétaire général du Darfur Democratic People Forum. En réponse, le gouvernement mettait en place une sévère contre-insurrection, lâchant sur les insurgés des miliciens arabes surarmés. En échange de leurs services, Khartoum promettait d'offrir de précieuses terres. Plus de quatre ans, près de 200 000 morts et 2,2 millions de réfugiés plus tard, la guerre ne semble pas marquer le pas.

« Les conséquences du conflit et la réaction face à la rébellion n'étonnent que ceux qui ne connaissent pas ce pouvoir. Le président Omar el-Béchir réagit comme un militaire qu'il est et comme un homme issu du nord du pays qui ne supporte pas que des tribus considérées comme inférieures se rebellent » , analyse Alfred Taban, directeur du quotidien Khartoum Monitor. Mais les vieilles rivalités raciales qui taraudent le Soudan ne suffisent pas à expliquer la détermination militaire jamais ébranlée du gouvernement central.

 

Texte « mal ficelé »

 

En exigeant une meilleure répartition des richesses et une plus grande indépendance, les rebelles du Darfour ont, en fait, menacé le coeur du pouvoir. Un ordre ultrajacobin établi par le National Congress Party (NCP), arrivé aux commandes du pays à l'issu d'un coup d'état en 1989 et qui règne depuis lors sans partage. Au fil des mois de conflits, les tenants d'une ligne dure ont peu à peu pris la main au sein du complexe pouvoir soudanais. La frange plus modérée, qui reproche notamment à la guerre son coût estimé à deux millions de dollars par jour, est très minoritaire. Mais ces « faucons », rompus aux joutes politiques et diplomatiques, ne se sont pas enfermés dans une simple fuite en avant. « Il y a longtemps qu'ils ont compris qu'ils ne pouvaient pas gagner cette guerre militairement. Ils ont donc très vite changé de tactique », assure Abdullah Adam Khater, responsable du Darfur Center for Peace. Pour gagner du temps, les dirigeants soudanais prônent désormais une « solution politique », tout en continuant les combats.

En mai 2006, un accord de paix, le Darfur Peace Agreement (DPA), était signé après des mois de négociations. Mais le texte, « mal ficelé » selon un diplomate, ne sera ratifié que par une partie de la SLA. Tiraillée par cette première division, la rébellion, jusqu'alors à peu près unie, explosait en une multitude de mouvements. Le Darfour n'en compterait aujourd'hui pas moins de 18, souvent faibles et coincés dans un clanisme étroit.

Une plongée dans le chaos qui, pour certains analystes, n'aurait rien de spontané. « Une tactique de division pour régner a été mise sur pied pour miner la rébellion et la stabilité dans la région en attisant les conflits tribaux à travers un soutien militaire sélectif de certains groupes et en négociant de manière unilatérale avec des commandants locaux » , accuse l'International Crisis Group. Khartoum espère ainsi se rallier les chefs de petites milices. « Cela donne l'impression que les négociations avancent même si ces chefs ne représentent en fait qu'eux-mêmes et que les populations ne le suivent pas, détaille un analyste local. L'objectif n'a dans le fond jamais changé. Il s'agit avant tout d'en finir avec la rébellion sans faire de véritables concessions. »

 

À Ardamata, les réfugiés continuent malgré tout d'espérer des jours meilleurs. L'annonce de l'arrivée prochaine d'une nouvelle force d'interposition de 20 000 hommes, a soulevé l'espoir. Le déploiement de ce nouveau contingent, composé de troupes de l'Union africaine appuyées par l'ONU, a été approuvé par Khartoum début juin après d'âpres négociations. Les experts n'ignorent pas que le compromis finalement trouvé n'est pas sans risque : « Il ne faudra pas que ces soldats déçoivent une nouvelle fois, ni qu'ils soient laissés seuls sur le terrain, sans aucun soutien politique. Sinon, les chances de mettre une fin à cette guerre rapidement vont se réduire dramatiquement. ».

 

juin 2007

Soudan : sous la menace

Africa Confidential, n°526, 25 juin 2007

 

La pression internationale a fini par convaincre Khartoum d'accepter la présence d'une force de protection au Darfour, appuyée par l'ONU, mais la lutte ne va pas s'arrêter là.

 

Khartoum dit avoir accepté sans condition qu'environ 20.000 casques bleus soient déployés au Darfour d'ici 2008 . Ces déclarations sont accueillies avec un mélange de scepticisme et d'espoir. Les gouvernements intéressés et les Nations unies ont fait monter la pression. Les sanctions américaines, le 29 mai, et la visite du Conseil de sécurité le 17 juin ont également joué un rôle. Mais quelques heures après avoir accepté une force de maintien de la paix "hybride" au Darfour, lors d'une réunion avec l'Union africaine et l'ONU à Addis-Abeba les 11 et 12 juin, les responsables de Khartoum sont revenus au double langage et aux manoeuvres dilatoires qui leur permettent depuis trois ans de bloquer le déploiement d'une force de protection efficace au Darfour. Le président français Nicolas Sarkozy a mis en place un pont aérien pour acheminer des vivres aux réfugiés au Tchad. II a envoyé son nouveau Premier ministre Bernard Kouchner à Khartoum où le fondateur de Médecins sans Frontières a été vu en train de plaisanter et de congratuler le chef de la sécurité Salah Abdullah Mohamed "Gosh", situation plutôt embarrassante. II a également soulevé la question d'un couloir humanitaire depuis le Tchad et suggéré que des troupes françaises participent à la force de maintien de la paix au Darfour .

 

"Oppression"

 

La Chine elle-même a annoncé que le Soudan avait accepté des "troupes" de l'ONU. Le Premier ministre britannique sortant Tony Blair avait déjà fait monter les enjeux à Johannesburg en mai en accusant le président Omer Hassan Ahmed el Beshir "d'asséner ses solutions à coup de bombes" et en évoquant "un mauvais gouvernement et une oppression violente". Cela est en contradiction avec l'approche "équitable" de Whitehall, qui condamne lés rebelles tout autant, sinon plus, que le régime qui commet la plupart des exactions. Les sanctions