Le Soudan dans la Presse

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2ème semestre


Juin 2007

   

Angola press
29 juin 2007

Cent cinquante tonnes d`aide acheminées par la France vers l`est du Tchad

Xinhuanet
27 juin 2007

Le négociateur du gouvernement soudanais pour le Darfour tué dans  un accident de la route

Le Monde
27 juin 2007

Le PNUE souligne le lien entre la crise écologique au Soudan et le conflit armé du Darfour

Le Monde
27 juin 2007

Condoleezza Rice souligne la responsabilité internationale dans le drame du Darfour

Le Figaro
26 juin 2007

Rapprochement international sur le Darfour à Paris

Le Figaro
26 juin 2007

Mobilisation pour le Darfour

La Croix
26 juin 2007

La France reprend la main diplomatique sur le Darfour

Le Monde
26 juin 2007

Bernard Kouchner estime que "l'avenir s'est éclairci" au Darfour

Libération
26 juin 2007

Paris, le Darfour mobilise les énergies internationales

Le Figaro
26 juin 2007

"Une petite lueur" pour le Darfour, selon Kouchner

Le Parisien
26 juin 2007

Kouchner s'énerve pour le Darfour

Le Monde
26 juin 2007

Au Tchad, les ONG sont prêtes à affronter la saison des pluies

Le Monde
26 juin 2007

Les janjawids sèment la terreur dans les camps du Darfour

Libération
25 juin 2007

Une solution pour le Darfour

Jeune Afrique
25 juin 2007

La conférence internationale sur le Darfour s'ouvre à Paris

Human Right Watch
25 juin 2007

Soudan: Une solution pour le Darfour

Le Figaro
25 juin 2007

Les réfugiés du Darfour veulent encore espérer

Africa Confidential
25 juin 2007

Soudan : sous la menace

Xinhuanet
25 juin 2007

Darfour: pour la Chine, "menacer" Khartoum serait "contreproductif"

Africa News
25 juin 2007

Le Soudan et l'UA absents de la conférence internationale de Paris

Le Figaro
25 juin 2007

Le pétrole de la discorde entre Total et White Nil

L'Humanité
25 juin 2007

La France accueille le groupe de contact

Le Monde
24 juin 2007

Washington salue l'initiative de Paris sur le Darfour

La Chine aujourd'hui
19 juin 2007

La Chine dit avoir utilisé un "langage très direct" pour convaincre Khartoum

Agence France Presse
18 juin 2007

Le changement climatique à l'origine de la crise au Darfour

Le Monde
17 juin 2007

La France installe un pont aérien dans l'est du Tchad

La Lette de l'Océan Indien
16 juin 2007

Accord de Tourabi pour l'ONU au Darfour

 

Agence France Presse
14 juin 2007

Darfour/force: il faut un "mandat clair" de protection des civils (ONU)

Agence France Presse
14 juin 2007

Darfour: pour une application totale et sans délai de l'accord ONU-UA-Soudan

IRIN
Addis-Abéba
14 juin 2007

Appel pour un déploiement rapide de la force hybride au Darfour

Le Figaro
14 juin 2007

Le Soudan accepte du bout des lèvres une force de paix

Le Figaro
14 juin 2007

Le volontarisme de Bernard Kouchner mis en échec

Le Parisien
13 juin 2007

Kouchner à l'épreuve du Darfour

Courrier International
13 juin 2007

Des sanctions qui portent peu à conséquence

Le Monde
13 juin 2007

Darfour : l'"initiative française" suscite les réticences du Soudan

Libération
12 juin 2007

Au Soudan, Bernard Kouchner ne convainc pas sur le Darfour

Le Figaro
12 juin 2007

Le Soudan réservé sur l'initiative française

Libération
12 juin 2007

Le Soudan accepte le déploiement d'une force «hybride» au Darfour

Nations Unies
New York
12 juin 2007

Acceptation par le Soudan du déploiement de la force hybride ONU-UA au Darfour

Libération
12 juin 2007

Au Soudan, Bernard Kouchner ne convainc pas sur le Darfour

Africa Confidential
11 juin 2007

Soudan: Durcissement des sanctions

IRIN
11 juin 2007

Les armes et la haine font taire la voix de la raison, au Tchad

Le Journal du Dimanche
10 juin 2007

"On fait de la surenchère sur le Darfour" Brauman

Vingt minutes en France
10 juin 2007

Darfour: que peut faire la France ?

La Tribune de Genève, 9 juin 2007

Crimes de guerre au Darfour: le Soudan reste sourd aux pressions

Le Monde, 9 juin 2007

MM. Sarkozy et Kouchner affichent leur volontarisme sur le Darfour

Jeune Afrique, 9 juin 2007

Crimes de guerre au Darfour: le Soudan sourd aux pressions

Gouvernement américain, 8 juin 2007

L es É.-U. envisagent de recommander à l'ONU de nouvelles sanctions contre le Soudan

L'Express, 8 juin 2007

Bingo pour Total

Le Potentiel, Kinshassa, 8 juin 2007

Le Soudan propose une solution pacifique à la crise du Darfour

Nation Unies, New York, 6 juin 2007

Plus de 100.000 Soudanais ont reçu l'aide de l'ONU pour réintégrer leurs foyers

Amnesty International, 6 juin 2007

Des satellites pour surveiller des villages du Darfour

Le quotidien d'Oran, 6 juin 2007

L'origine du conflit du Darfour

Conseil oecuménique des Eglises ; Nairobi, 6 juin 2007

C'est l'eau qui a déclenché la crise au Darfour

IRIN,Juba (Sud Soudan), 4 juin 2007

Rendre le travail humanitaire plus sûr

Jeune Afrique, 3 juin 2007

Le sommet des Etats sahélo-sahariens appelle à rétablir la paix au Darfour et en Somalie

Canadian Press avec Associated Press, 3 juin 2007

Fosses communes et traumatismes alimentent les craintes d'une résurgence de l'horreur au Darfour

Cité du Vatican, 1 er juin 2007

Le pape demande une solution négociée pour la région soudanaise du Darfour

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Cent cinquante tonnes d`aide acheminées par la France vers l`est du Tchad

Angola presse, 29 juin 2007

 

Cent cinquante tonnes d`aide ont été acheminées jusqu`à présent vers l`est du Tchad par le pont aérien humanitaire mis en place par la France pour assister les personnes déplacées et réfugiées en raison du conflit au Darfour voisin, a appris l`AFP vendredi de source diplomatique française.

Cette aide, effectuée en une trentaine de rotations, a été faite à la fois pour le compte du Haut comité tchadien pour l`assistance aux personnes déplacées et pour celui du Programme alimentaire mondial (PAM), a-t-on précisé de même source.

L`aide consiste d`une part en équipements de première urgence et en aide alimentaire, a ajouté cette source.

La France a entamé le 17 juin un pont aérien humanitaire pour venir en aide aux déplacés et réfugiés dans la région de Goz Beïda, dans l`est du Tchad, avant l`arrivée très prochaine de la saison des pluies.

Cette région compte un peu plus de 100.000 déplacés tchadiens, sur les 150.000 recensés dans l`est du Tchad, qui ont fui les violences communautaires et transfrontalières, souvent liées à la guerre civile au Darfour, dans l`ouest du Soudan.

Cette région accueille également environ 40.000 des plus de 200.000 réfugiés soudanais du Darfour au Tchad.

 

juin 2007

 

Le négociateur du gouvernement soudanais pour le Darfour tué dans  un accident de la route

Xinhuatnet, 27 juin 2007

 

Le négociateur en chef du  gouvernement soudanais pour le Darfour Majzoub al-Khalifa a été  tué mercredi matin dans un accident de la route dans le nord du  Soudan, a-t-on appris d'une source officielle. 

"Il est mort dans un accident de la route qui s'est produit sur la route Khartoum-Shendi vers 04H30 locales (01H30 GMT)", selon la même source. 

"Lui et son frère ont été tués et d'autres membres de sa  famille ont été blessés dans l'accident", ajoute la source.  

Ministre de l'Agriculture et de la Forêt dans l'ancien  gouvernement de Salut formé par le Parti du congrès national,  Majzoub al-Khalifa a été nommé conseiller présidentiel après  l'investiture du gouvernement d'union nationale soudanais en 2005. 

Il a également été chef de la délégation gouvernementale aux  négociations de paix avec les rebelles du Darfour (ouest du Soudan) . 

Jusqu'à présent, seul l'un des principaux mouvements rebelles  du Darfour a signé un accord de paix avec le gouvernement  soudanais. Les médiateurs internationaux oeuvrent à la reprise des négociations de paix sur le Darfour en août.

 

juin 2007

Le PNUE souligne le lien entre la crise écologique au Soudan et le conflit armé du Darfour

Le Monde 27 juin 2007 par Hervé Kempf

 

Un cas d'école du lien entre crise écologique et conflit armé : telle apparaît la situation du Darfour dans le rapport que vient de publier le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) sur le Soudan. Menée en 2006 par l'unité d'évaluation post-conflit de l'organisme international, basé à Nairobi, l'étude scrute l'état environnemental du Soudan, plus grand pays d'Afrique, qui n'a cessé d'être agité par des conflits. Dans son histoire récente, il n'a connu que dix ans de paix, entre 1972 et 1983.

Démographie, mauvaises pratiques agricoles et changement climatique se sont combinés pour conduire à une situation explosive. Avec un taux d'accroissement de 2,6 %, le Soudan a vu sa population atteindre près de 40 millions d'habitants. Le cheptel a cru encore plus rapidement, passant de 29 millions de têtes en 1961 à 135 en 2004. Cela a entraîné une dégradation des pâturages, tandis que le besoin de bois de feu pour les humains provoquait une déforestation importante. Le Darfour, par exemple, a perdu un tiers de son couvert forestier entre 1973 et 2006.

Ces phénomènes ont été aggravés par le changement climatique régional. Le Soudan a vu la limite entre désert et zone semi-désertique se déplacer vers le sud de 50 km à 200 km depuis les années 1930. Les précipitations ont régulièrement décliné, en particulier dans le nord du Darfour, où « l'échelle du changement climatique est presque sans précédent », avec une baisse observée, depuis les années 1940, de 34 %. Ainsi, écrivent les experts, « il y a un lien très fort entre la dégradation des sols, la désertification et le conflit du Darfour. Au Darfour nord, la croissance démographique exponentielle et le stress environnemental qui lui est lié ont créé les conditions des conflits qui ont été lancés puis entretenus par des différen ces politiques, tribales et ethniques : il peut être considéré comme un exemple tragique de la rupture sociale qui peut résulter d'un effondrement écologique ». Les perspectives ne sont guère encourageantes, puisque l'on s'attend a ce que la désertification continue avec la poursuite de la baisse des précipitations.

Le conflit , avec la constitution des camps de déplacés (au Darfour, 2 millions depuis 2003), a lui-même un impact écologique notable. Les sols abandonnés par les agriculteurs ne sont plus entretenus, et les camps suscitent la déforestation aux alentours, pour le bois de cuisson, mais aussi pour le bois servant à chauffer les briques de construction.

Au total, la politique n'est pas seule en jeu. Pour le PNUE, la politique d'environnement «devrait être considérée comme un outil vital pour la prévention des conflits et pour la pacification ».

 

juin 2007

 

Condoleezza Rice souligne la responsabilité internationale dans le drame du Darfour

Le Monde, 27 juin 2007

 

La communauté internationale, qui n'a pas été capable de mettre fin aux massacres au Darfour, doit contraindre le Soudan à accepter le déploiement d'une force internationale dans la région, a déclaré, dimanche 24 juin, à Paris, la secrétaire d'Etat américaine, Condoleezza Rice.

"Je serai très franche : je ne pense pas que la communauté internationale ait vraiment été à la hauteur de ses responsabilités" dans ce dossier, a-t-elle estimé lors d'une conférence de presse avec le ministre des affaires étrangères français, Bernard Kouchner, à la veille d'une réunion internationale, organisée dans la capitale française, sur le Darfour. Cette région semi désertique de l'ouest du Soudan est en proie à une guerre civile et des exactions à grande échelle qui ont fait environ 200 000 morts (9 000 selon Khartoum) et 2,5 millions de déplacés depuis 2003. "Sommes-nous prêts à faire les choix difficiles (...) qui, je crois, persuaderont et forceront Khartoum à faire ce qu'il faut ?" , a interrogé la chef de la diplomatie américaine.

 

"Force hybride"

 

Pour Condoleezza Rice, le gouvernement soudanais doit cesser de tergiverser sur l'envoi d'une "force hybride" ONU-Union africaine (UA) de 20 000 hommes dans le Darfour décidé voilà plus de dix mois par le Conseil de sécurité.

"J'aimerais que chacun, la Chine incluse, dise sans ambiguïté aux Soudanais qu'il n'existe pas d'autre possibilité et qu'ils doivent cesser d'accepter les conditions avant de chercher à en réduire la portée" , avait-elle auparavant confié aux journalistes l'accompagnant à Paris.

Pékin, qui achète du pétrole et vend des armes au Soudan, sera représenté à Paris. Les Chinois sont réticents à imposer des sanctions au gouvernement de Khartoum.

Le 12 juin, le gouvernement soudanais avait accepté le principe du déploiement d'une semblable "force hybride" pour rétablir l'ordre et la paix civile au Darfour. Mais nombre de diplomates doutent de la parole en la matière de Khartoum, très sourcilleux quant à la souveraineté nationale. Ces diplomates s'alarment ainsi des nombreuses réserves émises depuis par les Soudanais, qui demandent que la future force internationale soit placée sous le commandement de l'UA et non de l'ONU, et laissent entendre que le gros de ses effectifs devrait être composé de soldats africains.

Les Etats-Unis pressent les quinze membres du Conseil de sécurité d'adopter une nouvelle résolution sanctionnant Khartoum, ce que cherche à éviter Pékin. "Je pense vraiment que la Chine et chacun d'entre nous devraient intensifier les efforts en vue de s'assurer que les Soudanais iront jusqu'au bout" , a expliqué M me Rice. Elle a cependant précisé qu'aucune décision n'était à attendre prochainement sur ce sujet.

 

"La France endosse un rôle nouveau"

 

La secrétaire d'Etat a exprimé, par ailleurs, sa gratitude au nouveau président français, Nicolas Sarkozy, et à son ministre des affaires étrangères pour la tenue de la réunion sur le Darfour, dont les responsables américains espèrent aussi qu'elle préfigurera une amélioration des relations entre Washington et Paris. La réunion de Paris est "une bonne occasion de se partager le travail, le cas échéant, de faire en sorte de s'assurer que chacun pousse dans la même direction" , a estimé la chef de la diplomatie américaine.

Les rapports entre Washington et Paris ont connu des moments de tension après l'intervention militaire américaine en Irak de 2003 à laquelle Paris était résolument hostile, et l'administration Bush s'est plainte de la passivité relative des gouvernements français précédents à propos du drame du Darfour. "Le nouveau gouvernement français a fait montre d'une forte volonté de coopérer et nous escomptons une période de coopération étroite" , a souligné à cet égard M me Rice. "La France endosse un rôle nouveau et, je pense, énergique au Darfour (...) , et nous avons besoin de toute cette énergie dans cette affaire parce que les choses n'avancent pas aussi vite pour traiter cette crise humanitaire importante."

Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, des représentants européens, chinois, russes et japonais seront présents à la réunion de Paris, qui durera environ cinq heures. En revanche, le Soudan a décliné l'invitation et l'UA, qui compte déjà 7 000 soldats sous-équipés au Darfour, sera absente.

 

juin 2007

Rapprochement international sur le Darfour à Paris

Le Figaro, 26 juin 2007, par Patrick de Saint-Exupéry.

 

Durant la conférence organisée par la France, il fut davantage question de politique que d'humanitaire.

 

L'affiche était belle, hier, au centre de conférence de Kléber. Seize pays et six organisations internationales, membres du groupe de contact élargi sur le Darfour, s'y sont retrouvés le temps d'une demi-journée pour tenter d'esquisser, selon l'objectif affiché par Paris, « un consensus international sur les actions à mener au cours des prochaines semaines » .

L'affiche était donc belle et fournie. Lors de la conférence finale, le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, se trouvait entouré à sa gauche par la secrétaire d'État, Condoleezza Rice et à sa droite par le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon. Étaient également présents Javier Solana, secrétaire général de l'Otan, Louis Michel, commissaire de l'Union européenne (UE) pour le Développement ainsi que la présidence allemande de l'Europe.

Tous, et bien d'autres, dont une importante délégation chinoise menée par le vice-ministre des Affaires étrangères, venaient de consacrer leur déjeuner et plus d'une heure, expliqua un diplomate français, à un « échange de vues sur ce qu'il fallait faire pour faire avancer le processus » . Concrètement, le diplomate eut quelque difficulté à faire état de progrès : « Il faut réfléchir, dit-il, faire le constat d'où l'on en est et conserver l'impulsion » . En quatre-vingt-dix minutes, après le déjeuner, fut-il précisé, la diplomatie internationale réunie à Paris au chevet du Darfour passa donc en revue les questions sécuritaires, humanitaires ainsi que de développement et de reconstruction.

Formulé par Bernard Kouchner, lors de l'ouverture de la conférence de presse finale, cela donna le résumé suivant : « Quelqu'un a pu dire lors de la réunion qu'il y avait une petite lueur au fond de ces ténèbres. L'avenir s'est éclairci. » Madame Condoleezza Rice eut le verbe moins lyrique : « C'était l'occasion de réunir tout le monde, dit-elle, et de savoir exactement ce que nous devons faire. Et nous le ferons. »

Justement, que doit faire la communauté internationale ? Sur ce point, nul ne s'aventura à formuler des pistes précises. Tout au plus des engagements généraux furent-ils dessinés, des principes établis, du moins en creux. Les différences de positions entre pays étant probantes, il convenait de ne pas en rajouter. Afin de dégager une « cohérence » .

Côté français, il y eut des évolutions significatives. De retour d'une rude tournée dans la région (Tchad, Soudan), le nouveau ministre Bernard Kouchner remisa au placard sa première approche toute en urgence et en humanitaire. « Nous voulions simplement parler politique, exposa-t-il. Il n'y aura pas de solution humanitaire à ce conflit. »

 

Nouvelle ligne

 

Ce retour du politique, au détriment d'une approche jusqu'ici basée sur la compassion, fut souligné par plusieurs hauts responsables. Lors d'un entretien dans les couloirs, le ministre suédois des Affaires étrangères, Carl Bildt, insista longuement sur la « nécessaire unité d'une communauté internationale qui doit faire pression tout autant sur le gouvernement soudanais que sur les rebelles du Darfour » . Cette ligne, quelque peu nouvelle, fut développée en choeur par de nombreux participants. « Il est indispensable, insista Bernard Kouchner, de convaincre les chefs rebelles de se réunir autour d'une table. » Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon le suivit sur ce point : « Le moment est venu d'agir, a-t-il dit, en particulier pour le président soudanais, Omar el-Béchir. En même temps, je demande aux rebelles de montrer plus de souplesse et de participer au processus politique. »

Condoleezza Rice défendit la politique de sanctions à l'égard de Khartoum voulue par les États-Unis : « Cette menace est nécessaire pour que le gouvernement soudanais soit convaincu du sérieux de la commission internationale » . La secrétaire d'État fut suivie par le commissaire européen Louis Michel pour qui « l'option des sanctions doit demeurer ouverte » .

 

juin 2007

Mobilisation pour le Darfour

L'Editorial du Figaro du 26 juin 2007

 

La conférence sur le Darfour, qui s'est tenue hier à Paris, n'était pas destinée à résoudre le problème ou à trouver une baguette magique. Pour des résultats concrets, il faudra attendre. Mais il était réconfortant de voir les Etats-Unis, l'Union européenne, la Chine, la Russie et l'ONU se pencher ensemble sur ‘un des drames les plus criants de notre épque.

Que cela ait eu lieu à Paris plutôt qu'ailleurs est un signe que la France est en train de retrouver son dynamisme en politique étrangère. Avec ses 200 000 morts en quatre ans, avec ses images insoutenables évoquant la famine, les viols et les massacres, le Darfour nous interpelle et mobilise les bonnes volontés.

Aux États-Unis, les campus se solidarisent en masse avec cette détresse lointaine et demandent des comptes à une Administration déjà dénoncée pour la guerre menée en Irak. Portée par stars comme George Clooney, la cause sensibilise la population noire américaine, et bien au-delà. Parfois au prix de quelques simplifications.

Même si l'attitude du Soudan, qui arme les milicew janjawid, est indéfendable, le drame du Darfour n'est pas le conte moral qui est parfois dépeint, celui où les victimes seraient toutes Noirs sans défense aux prises avec la violence sanguinaire d'islamistes fanatiques. Les causes du conflit sont plus complexes.

Le drame du Darfour n'est pas non plus le prétexte à une intervention militaire occidental plus en pays musulman.

Inutile de polémiquer, il faut agir. Tel était le message adressé, hier, aux opinions publiques et aux organisations humanitaires qui ont entretenu dans notre pays une controverse déplacée. Pour agir et obtenir des résultats, il fallait se réunir autour d'une table. Les désaccords qui subsistent sur la qualification des événements, « génocide » pour les États-Unis, «  crimes contre l'humanité » pour les Européens, ne doivent pas empêcher une action commune.

Le Soudan ayant, le 12 juin, accepté le déploiement d'une « force hybride » ONU-Union africaine de plus de 20 000 hommes, le moment est venu d'exiger qu'il tienne parole.

Les obstacles sont énormes et l'absence, à Paris, des belligérants, comme celle de l'Union africaine, montrait les limites de l'exercice. Cette conférence ne pouvait être une conférence de paix; elle pouvait, en revanche, constituer une étape pour qu'un «nouvel élan » diplomatique prenne son essor afin de sortir du traitement purement humanitaire du conflit.

Ainsi seulement peut-on espérer trouver un règlement et, d'ici là, éviter que le conflit ne se régionalise en atteignant le Tchad, la République centrafricaine et l'ensemble du Soudan.

Le Darfour est un test du rapprochement entre Paris et Washington. L'insistance de la France pour une solution politique et celle des États-Unis sur des sanctions à l'égard de Khartoum ne sont plus incompatibles. Il n'est pas nécessaire d'être d'accord sur tout pour travailler ensemble.

 

juin 2007

 

La France reprend la main diplomatique sur le Darfour

La Croix, 26 juin 2007, Catherine Rebuffel

 

En réunissant le 25 juin les principaux ténors de l diplomatie internationale, Paris montre sa volonté de faire avancer de manière décisive cet épineux dossier

 

« L'avenir s'est éclairci» pour le Darfour; a estimé hier à Paris le ministre des affaires étrangères Bernard Kouchner, à la fin d'une réunion des grandes puissances destinée .à accélérer la mobilisation de la communauté internationale. À midi cependant, les représentants des diplomaties russe et allemande étaient absents sur la photo de famille au Centre de conférences internationales à Paris. Mais, quelques minutes plus tard, ils avaient rejoint la vingtaine de leurs homologues réunis de manière exceptionnelle tout l'après-midi pour essayer de faire avancer le dossier du Darfour.

Hier donc, quasiment tous les pays ayant un poids diplomatique avaient répondu à l'invitation de la France, désireuse de marquer des points sur un sujet qui patine depuis plusieurs années. Et alors que le conflit dans cette région de l'ouest du Soudan continue de faire des victimes. Parmi les personnalités de marque, Condoleezza Rice,secrétaire d'État américaine, et le chef de la diplomatie chinoise. Une double présence qui signifiait beaucoup, à la fois pour Paris, qui voyait ainsi sa crédibilité diplomatique renforcée, et pour l'avancée du dossier. Ces deux pays, tous deux titulaires d'un siège permanent au Conseil de sécurité de l'ONU, se situent aux antipodes l'un de l'autre quant à leur position dans ce dossier.

Pékin, qui achète près de 60 % de la production du pétrole soudanais, n'a eu de cesse, depuis le début de la crise en 2003, de temporiser, notamment au Conseil de sécurité de l'ONU, pour éviter les pires sanctions au régime de Khartoum. Hier encore, en marge de la conférence, le numéro deux de la délégation chinoise insistait sur le fait que « menacer Khartoum serait contre-productif». II soulignait que, au contraire, «pour résoudre la question, la communauté internationale doit s'efforcer d'envoyer un signal positif et équilibré».

De son côté, la responsable de la diplomatie américaine, arrivée la veille à Paris, dénonce depuis 2004 un «génocide» en cours au Darfour. Une manière de qualifier ce conflit qui est loin de faire l'unanimité au sein de la communauté internationale et même humanitaire, dont 1e Darfour représente le principal terrain d'action (plus de 10000 volontaires) en termes de moyens déployés, et le plus important depuis une décennie. Le conflit aurait fait 200 000 morts depuis 2003 et provoqué le déplacement de 2,5 millions de personnes.

Il a également de graves réper cussions sur le Tchad voisin et la Centrafrique, qui accueillent plus de 200 000 réfugiés et voient leur situation politique troublée par les mouvements rebelles qui circulent de part et d'autre des frontières.

Pour la France, qui dispose de bases militaires à N'djamena et Abéché, dans l'est du Tchad, ainsi qu'à Bangui, capitale de la Centrafrique, le risque d'une régionalisation du conflit n'était pas acceptable.

L'initiative diplomatique de Bernard Kouchner, dès sa nomination au Quai d'Orsay, n'était sans doute pas sans lien avec cette menace. Après une tournée de quatre jours début juin au Tchad et au Soudan, le ministre des affaires étrangères lançait l'idée de cette conférence à Paris.

Au lendemain de sa rencontre avec lui, le président soudanais Omar El Béchir avait d'ailleurs annoncé qu'il acceptait l'idée de remplacer l'actuelle force (7000 hommes déployés par l'Union africaine), que la pauvreté de ses moyens n'a pas rendue très efficace, par une force hybride de 20 000 hommes associant ONU et Union africaine. «Il est évident que la France adopte un nouveau rôle que je trouve énergisant, sur le Darfour. Et nous avons vraiment besoin d'énergie», a souligné Condoleezza Rice dès sa venue à Paris. Cependant ni le Soudan, ni l'Afrique du Sud, ni l'Union africaine n'étaient présents à Paris.

Pour autant, les principaux objectifs de la conférence d'hier sur le Darfour étaient, selon la formule de Bernard Kouchner, d'apporter « le soutien de la communauté internationale aux initiatives de l'Union africaine et de l'ONU pour tenter de régler politiquement la crise du Darfour». Ce qui incluait de discuter du financement de la force hybride dont le déploiement sur le terrain devient urgent, de s'intéresser aux populations déplacées, et surtout de relancer les négociations entre Khartoum et les rebelles. Car, depuis la signature de l'accord de paix d'Abuja, en mai 2006, avec seulement l'un des deux mouvements rebelles, ceux-ci se sont divisés en quelque vingt factions. Et le conflit a repris de plus belle.

 

juin 2007

 

Bernard Kouchner estime que "l'avenir s'est éclairci" au Darfour

Le Monde, 26 juin 2007

 

L'avenir s'est éclairci" pour le Darfour, a estimé, lundi 25 juin, le ministre des affaires étrangères, Bernard Kouchner, à l'issue d'une conférence internationale sur le sujet à Paris. "Quelqu'un a pu dire [lors de la réunion] qu'il y avait une petite lueur au fond de ces ténèbres" , a-t-il rapporté.

"La communauté internationale ne peut pas continuer à rester sans rien faire" , a pour sa part déclaré la secrétaire d'Etat américaine, Condoleezza Rice. "Nous devons redoubler d'efforts" , a-t-elle répété. La rencontre de Paris était "l'occasion de réunir tout le monde et de savoir exactement ce que nous devons faire" , a-t-elle ajouté, lors de la conférence de presse finale.

 

"Le temps est venu d'agir"

 

Le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, a souligné que "cela fait trop longtemps que la communauté internationale attend, la population a trop souffert." "Le temps est venu d'agir, en particulier pour le président [soudanais] Omar El-Béchir, et en même temps, je demande aux rebelles de montrer plus de souplesse et de participer au processus politique , a poursuivi M. Ban, qui a dit avoir besoin d'un soutien très fort de la part de la communauté internationale."

Il s'agissait de la première rencontre de ce type des grandes puissances, dont la Chine et les Etats-Unis, et des organisations internationales, pour unir leurs efforts pour tenter de mettre fin à la tragédie du Darfour, qui a fait selon l'ONU quelque 200 000 morts et 2,1 millions de déplacés, et montrer leur détermination face à Khartoum, qui conteste ces chiffres.

 

Nouvelle réunion en septembre

 

Si aucune mesure spectaculaire n'a été annoncée à l'issue de cette réunion, elle a donné lieu à un soutien réaffirmé à l'action commune de l'Union africaine et des Nations unies pour le déploiement d'une force hybride Union africaine/ONU de plus de 20 000 hommes, qui a été accepté par Khartoum.

M. Kouchner a également annoncé que les pays membres du "groupe de contact élargi" se retrouveraient lors d'une prochaine réunion en septembre prochain, en marge de l'Assemblée générale des Nations unies. Le chef de la diplomatie française doit se rendre prochainement à Addis Abeba, siège de l'Union africaine (UA), pour rencontrer le président de la commission de cette organisation, Alpha Oumar Konaré, et l'inviter à cette rencontre. L'UA n'a en effet pas participé à la réunion de Paris, apparemment froissée d'avoir appris par la presse la tenue de cette rencontre. Le gouvernement soudanais a également décliné l'invitation de M. Kouchner, estimant que le moment choisi par lui pour cette conférence n'était pas "propice" .

 

juin 2007

Paris, le Darfour mobilise les énergies internationales  

La conférence d'hier a affiché l'unité pour mettre un terme au conflit.

 

Libération 26 juin 2007, par Hofnung Thomas

 

Modeste, l'objectif de la conférence hier à Paris sur la crise au Darfour a bien été atteint. Les participants à cette réunion express (d'une durée de quatre heures) ont affiché leur unité et leur détermination à œuvrer en faveur d'un règlement du conflit dans l'ouest du Soudan . Pour le reste.

 

Comme prévu, aucune décision concrète n'a été annoncée à Paris. Le chef de la diplomatie française a simplement promis de réunir les mêmes, en septembre, en marge de l'assemblée générale des Nations unies à New York. «Ce n'était pas une conférence de paix»  , a insisté Kouchner, devançant les critiques sur l'absence de résultats tangibles. De fait, la portée de la réunion d'hier résidait essentiellement dans son affiche. Une vingtaine de pays et d'institutions (Union européenne, Ligue arabe, Banque mondiale) étaient représentés. Parmi les participants : la secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice, le «patron» de l'ONU, Ban Ki-moon, plusieurs ministres européens. Surtout, pour la première fois, la Chine, un allié précieux du régime soudanais ( Libération   d'hier), était représentée à une réunion consacrée au Darfour.

 

«Pression».  En recevant à l'Elysée les participants avant le début de la conférence, le président Sarkozy avait résumé le «deal» offert à Khartoum : «Le Soudan doit savoir que s'il coopère nous l'aiderons puissamment, et que s'il refuse il faudra être ferme.»   En acceptant récemment le déploiement sur son sol d'une force multinationale de 20 000 hommes (la force hybride ONU-Union africaine), le régime d'Omar el-Béchir s'est donné un peu d'air vis-à- vis de possibles sanctions internationales. «  Mais  il ne faut surtout pas relâcher la pression  , estimait un conseiller de Sarkozy. Avec cette réunion, nous avons voulu montrer à Khartoum qu'il ne pourrait pas, comme il l'a fait par le passé, jouer les uns contre les autres.»   En écho, Condoleezza Rice a déclaré : «Nous ne pouvons plus permettre une situation au Darfour dans laquelle des accords ne sont pas respectés.»  

Toutefois, Bernard Kouchner et le secrétaire général de l'ONU ont aussi demandé aux rebelles du Darfour de revenir au plus vite à la table des négociations. Selon un diplomate français, la pression pourrait d'ailleurs augmenter sur Abdul Wahid al-Nur, le leader du Mouvement de libération du Soudan (MLS) qui réside depuis plusieurs mois en France.

 

«Tribus».  Présent également à Paris, l'émissaire de l'ONU pour le Darfour Jan Eliason racontait hier à Libération  qu'il s'avérait compliqué de localiser, ne serait-ce que physiquement, les chefs des multiples sous-groupes rebelles qui ont essaimé ces derniers mois sur place. Tablant sur une relance des négociations entre les belligérants en août, Eliason s'inquiète d'une «radicalisation des jeunes dans les camps de déplacés»,  et évoque la menace d'une guerre de tous contre tous. «Désormais, les clashs entre tribus sont plus répandus que les combats entre rebelles et jenjawids  [miliciens à la solde de Khartoum, ndlr]. » 

En attendant le déploiement de la force hybride, prévu au plus tôt début 2008, le chef des opérations de maintien de la paix de l'ONU, Jean-Marie Guéhenno, a demandé aux participants de payer les salaires des 7 000 soldats de l'Union africaine qui sont présents au Darfour. Appelés à être intégrés dans la future force hybride, ces derniers ne sont plus rémunérés depuis des mois. Guéhenno a aussi déclaré que l'ONU entendait recruter des troupes en priorité au sein des armées africaines pour rassurer Khartoum. Avant d'ajouter aussitôt que toutes les bonnes volontés seraient nécessaires pour constituer une force robuste et opérationnelle visant à mettre fin aux exactions au Darfour.

 

juin 2007

"Une petite lueur" pour le Darfour, selon Kouchner

Le Figaro, 26 juin 2007

 

L'avenir s'est éclairci", a estimé le chef de la diplomatie française lundi, à la fin d'une réunion à Paris des grandes puissances destinée à accélérer la mobilisation de la communauté internationale.

"Quelqu'un a pu dire (lors de la réunion) qu'il y avait une petite lueur au fond de ces ténèbres". C'est la conclusion de Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères, à l'issue de la conférence internationale sur le Darfour à Paris lundi. Même si la réunion ne devrait pas déboucher sur l'annonce de mesures concrètes, "l'avenir s'est éclairci", a-t-il ajouté.

La conférence de Paris a donné lieu à un soutien réaffirmé de l'Union africaine et de l'ONU pour le déploiement d'une force hybride Union africaine/ONU de plus de 20.000 hommes, qui a été accepté par Khartoum. "La communauté internationale ne peut pas continuer à rester sans rien faire", a dit la secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice. "Nous devons redoubler d'efforts", a-t-elle répété. La rencontre de Paris était "l'occasion de réunir tout le monde et de savoir exactement ce que nous devons faire", a-t-elle ajouté au sortir de la réunion.

Même constat pour le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon, qui a souligné que "cela fait trop longtemps que la communauté internationale attend, la population a trop souffert." "Le temps est venu d'agir, en particulier pour le président soudanais Omar el-Béchir, et en même temps, je demande aux rebelles de montrer plus de souplesse et de participer au processus politique", a poursuivi M. Ban, qui a dit avoir "besoin d'un soutien très fort de la part de la communauté internationale".

 

Une rencontre Kouchner/Union africaine prévue

 

Bernard Kouchner a annoncé que les pays membres de ce "groupe de contact élargi" se retrouveraient lors d'une prochaine réunion en septembre prochain, en marge de l'Assemblée générale des Nations Unies. Le patron du Quai d'Orsay doit se rendre prochainement à Addis Abeba, siège de l'Union africaine (UA), pour rencontrer le président de la Commission de cette organisation, Alpha Oumar Konaré, et l'inviter à cette rencontre. L'UA n'a pas participé à la réunion de Paris, apparemment froissée d'avoir appris par la presse la tenue de cette rencontre. Le gouvernement soudanais a également décliné l'invitation de M. Kouchner estimant que le moment choisi par lui pour cette conférence n'était pas "propice".

 

juin 2007

Kouchner s'énerve pour le Darfour  

Le Parisien , 26 juin 2007 par Bruno Fanucchi

 

« Arrêtez d'être toujours critique…Si on avait rien fait, cela aurait-il été mieux ? Je ne le crois pas. » A l'issue de la réunion ministérielle du Groupe de - contact élargi consacrée au drame du Darfour, qui vient de s'achever au Centre Kléber à Paris, Bernard Kouchner s'énerve. Le chef de la diplomatie française ne supporte plus le scepticisme des observateurs. Pour lui, « l'avenir s'est éclairci » pour le Da­four et ses milliers de réfugiés, même si, bien évidemment, cette crise humanitaire sans précédent « par sa durée et son ampleur » est loin d'être résolue. « Quelqu'un a pu dire, ajoute-il cependant, qu'il y avait une petite lueur au fond de ces ténèbres. »

 

« Le silence tue »

« Il n'y aura pas de solution humanitaire à ce conflit », mais une solution politique, martèle l'ancien « french doctor », qui rappelle que cette conférence de Paris avait quatre buts.

1. Apporter précisément un « soutien politique » au processus en cours pour tenter de résoudre la crise.

2. Convaincre les chefs des factions rebelles (on en compte désormais dix-neuf ou vingt) de s'asseoir autour d'une table de négociations.

3. Prévoir un financement de la force hybride de 20 000 hommes qui doit être déployée sur le terrain par l'ONU et l'Union africaine pour mettre fin aux massacres car- observe Kouchner - « si nous continuons à ne pas payer les 7 000 soldats déjà surplace, nous n'allons pas réussir à payer ceux qui n'y sont pas encore ».

4. Venir enfin en aide aux centaines de milliers de personnes déplacées (y compris dans l'est du Tchad) dont « la situation actuelle est catastrophique ».

 

« C'était l'occasion de réunir tout le monde et de savoir exactement ce que nous devons faire », tient de son côté à souligner Condoleezza Rice après avoir rendu hommage à «l'énergie» de la France"et au « leadership » de son ami Bernard sur ce dossier qu'il connaît bien. « Maintenant, nous allons passer à l'action » et «nous devons redoubler d'efforts », conclut la secrétaire d'Etat améri caine qui avait été reçue dans la matinée par Nicolas Sarkozy à l'Elysée. « Le silence tue », avait alors lancé le président de la République, en soulignant que cette conférence avait pour seul objectif de «mobiliser la communauté internationale », en mettant en garde le Soudan «s'il refuse de coopérer» à la résolution de ce conflit qui n'a que trop duré et dont il est le premier responsable.

 

juin 2007

Au Tchad, les ONG sont prêtes à affronter la saison des pluies

Le Monde, 26 juin 2007 par Franck Johannes, envoyé spécial à Goz Beïda ,

 

Tout le monde lève le nez pour interroger le ciel, rien ne laisse présager la pluie. Elle arrive, pourtant. Plus que quelques jours, une semaine peut-être, avant que l'est du Tchad, frontalier du Darfour soudanais, soit noyé sous des trombes d'eau. Les 233 000 réfugiés soudanais et les 172 000 déplacés tchadiens seront alors coupés du monde pendant cinq mois, sur un coin de terre ingrat et surpeuplé.

Les humanitaires sont presque prêts. Les vivres et le matériel ont été prépositionnés près de quatre principaux sites, parfois fort éloignés de Goz Beïda, le bourg le plus proche des camps. "Le bilan est plutôt positif , sourit Nitesh Patel, le chef du bureau du Programme alimentaire mondial (PAM). On a réussi à faire les distributions planifiées pour 90 jours à partir d'avril, et on commence les distributions de vivres pour la saison des pluies. C'est terminé à Kou Kou, au sud-est. La région aura de quoi manger pour cinq mois." Le PAM distribue des céréales, du sorgho et des légumineuses, de l'huile, du sel, du sucre.

Evidemment, réfugiés et déplacés se plaignent que les rations sont maigres ou de n'avoir rien reçu. "C'est normal , explique un humanitaire. Les gens ont vécu une tragédie, ils sont de plus en plus exigeants, c'est humain." Le PAM sait que les chefs de village majorent de 25 % à 30 % les besoins et ferme les yeux.

"Le Haut Commissariat aux réfugiés et les humanitaires ont réussi à assurer les besoins essentiels des réfugiés soudanais dans l'est du Tchad , indique Luc Brandt, le chef du HCR à Goz Beïda, dans un contexte extrêmement difficile, tant pour le ravitaillement, l'eau, que les conditions de sécurité. La situation est stabilisée, mais il n'y a pas de perspectives de retour de ces populations."

C'est plus difficile pour les déplacés tchadiens. N'Djamena est incapable de faire face à leur arrivée massive et a créé un "Comité chargé de l'assistance aux personnes déplacées" doté de 4 milliards de francs CFA (6 millions d'euros).

L'armée française a acheminé par pont aérien, en une semaine, de N'Djamena à Goz Beïda, 70 tonnes de matériel - des nattes, des couvertures, des bâches - que le comité tchadien stockait dans la capitale. Les rotations des appareils français ont été suspendues le 23 juin, plus tôt que prévu. "Nous nous sommes aperçus que la piste commençait à être abîmée par les Transall , explique le colonel Vincent Tesnières, le commandant français au Tchad. Nous ne voulions pas risquer que les avions du PAM ou du HCR aient des difficultés à se poser." Le pont aérien se poursuit sur Abéché, où la piste est en dur, et où l'armée française doit livrer une centaine de tonnes de nourriture au PAM et encore 100 tonnes de matériel au comité tchadien.

Apollinaire Douanodji, le rapporteur adjoint du comité, et Casimir Ngaryo, du ministère de l'eau, font des pieds et des mains à Goz Beïda pour distribuer ces stocks, sans aucun moyen. Les ONG ont assisté pendant une semaine aux tribulations d'Apollinaire et Casimir, venus implorer un coup de main ou un camion ; un accord vient d'être trouvé grâce à la médiation du HCR.

Le pont aérien organisé par la France, qui a permis que des stocks ne pourrissent à N'Djamena, est une goutte d'eau dans les opérations en cours. Un Transall embarque jusqu'à 7 tonnes de matériel. Or, pour la seule journée du 23 juin, 17 camions du PAM sont arrivés à Goz Beïda avec 340 tonnes de vivres.

Avec la pluie, l'activité va être ralentie, sauf pour les humanitaires qui déploient une énergie colossale : la britannique Oxfam et l'Unicef pour l'eau, l'italienne Coopi, MSF France et Hollande pour la santé, le Comité international de la Croix-Rouge...

L'inquiétude est ailleurs. Les déplacés ne rêvent que de retourner dans leurs villages, le long de la frontière, pour les récoltes d'automne. "Les humanitaires sont prêts à assister cette population si le retour est libre et volontaire , explique Luc Briandt, du HCR. D'autant que Goz Beïda manque des ressources nécessaires pour supporter longtemps le poids de ces déplacés. Mais il faut que la sécurité sur place soit garantie."

Une mission du Département des opérations de maintien de la paix de l'ONU (DPKO) est venue expliquer que 807 gendarmes tchadiens allaient être déployés le long de la frontière. "Ça fait à peu près un gendarme par kilomètre , rigole un humanitaire, les milices vont trembler."

 

juin 2007

Les janjawids sèment la terreur dans les camps du Darfour

Le Monde, 26 juin 2007, Jean-Philippe Rémy

Entre la ville d'El-Geneina, à l'extrême ouest du Soudan, et le camp de déplacés d'Ardamata, le chemin est court, poussiéreux, et lamentablement révélateur. Des derniers faubourgs de la ville aux premières bicoques du camp ne s'étire qu'une poignée de kilomètres, qui explique comment l'ensemble des camps du Darfour, où vivent à présent 2,2millions de personnes, a pu devenir une prison à ciel ouvert.

Dans la plaine désolée, entre les mauvaises herbes que dédaignent même les ânes, ont poussé des camps et positions militaires qui ceignent Ardamata d'une couronne armée. A l'approche du camp, dimanche 24 juin, des hommes en uniforme sont en train de clôturer de barbelés une nouvelle enceinte, déjà cernée par une ligne de tranchées.

Des pick-up et des camions passent en trombe, chargés de troupes appartenant à des unités aux noms et uniformes divers, mais que tout le monde, à El-Geneina, appelle du nom qui a fait leur réputation d'infamie : des janjawids. Ils ont été la malédiction des villages, attaqués notamment lors des grandes vagues de destruction de 2003-2004. A présent, ils menacent leurs habitants jusque dans les camps où ils se sont réfugiés.

Les femmes doivent marcher jusqu'à trois heures par jour dans la plaine infestée de miliciens pour ramener suffisamment de bois pour cuisiner. Elles risquent d'être frappées, violées. La nuit est encore pire, lorsque les miliciens s'introduisent dans le camp, à la fois pour y faire régner la terreur et pour y trouver de l'alcool de datte, le harage, qui s'y distille à profusion.

 

Mahamat Ibrahim Khater, après avoir fui les attaques des janjawids dans son village, Diliba, craint pour sa vie : "Toutes les nuits, ils [les janjawids\] tirent des coups de feu. Des gens sont tués. Il n'y a jamais d'enquête." Ce ne sont pas les quatre policiers sans armes de la force de police de la Mission de l'Union africaine au Soudan (MUAS) qui risquent de réinstaurer l'ordre. Ils partent avant la tombée de la nuit, abandonnant le camp aux miliciens. Ismaël Ali Mohamed, un responsable traditionnel, ne mâche pas ses mots : "Ils sont incapables de se protéger eux- mêmes. Comment voulez-vous qu'ils nous protègent?"

Ce matin, un problème délicat est en discussion. Les dernières familles arrivées à Ardamata – des centaines de personnes – avaient fui au début de l'année leurs villages, à l'est de Geneina, après avoir subi des attaques de janjawids dans les règles de l'art de la terreur au Darfour : femmes violées, hommes massacrés, maisons incendiées. Aujourd'hui, elles doivent s'installer dans une extension du camp, déclenchant d'interminables disputes entre leurs cheikhs, autorités traditionnelles des villages, pour l'attribution de microscopiques parcelles.

Ardamata compte environ 18 000 personnes, et très précisément 110 cheikhs, dont le nombre ne fait plus la force. Leur autorité, traditionnellement étendue dans les villages, a fondu dans les camps. Une source familière des camps de la région explique : "Cela fait des années que les jeunes sont dans ces camps, et ils font le bilan : qu'a fait mon cheikh pour moi? Rien. Peut-il me protéger? Certainement pas. Un peu partout, ils forment des groupes, très politisés, et contestent l'autorité traditionnelle."

A El-Geneina, la disgrâce des cheikhs a été accélérée par leurs arrangements avec le pouvoir. Certains sont devenus propriétaires de flottes de taxis, de maisons, de commerces. "Le gouvernement a acheté une bonne partie des leaders traditionnels. Ce n'était pas très difficile. Mais en acceptant, les cheikhs ont creusé leur propre tombe" , dit la même source. Sur ce fond de rancœurs et de frustrations conjuguées, les nouvelles organisations, même clandestines, commencent à prendre le contrôle. Dans certains camps, elles organisent des patrouilles et recrutent pour les mouvements rebelles. A Ardamata, elles s'imposent comme des autorités parallèles. "Avant, je traitais avec un cheikh. A présent, j'ai quatre ou cinq interlocuteurs, et il est impossible de les négliger, explique le responsable d'une ONG internationale. Leur structure est clandestine, mais ils sont très vite mobilisables."

Des violences éclatent çà et là. A Zalingei, des humanitaires soudanais ont été lynchés atrocement. A Ardamata, des employés d'une ONG ont été rossés. Dans d'autres camps, des armes s'accumulent, des patrouilles s'organisent. A l'échelle du Darfour, c'est tout un monde qui s'effondre. Au sein de l'ethnie des Massalit, majoritaire dans cette partie de la région, même l'autorité du sultan n'est plus ce qu'elle était. Dans son bureau en ville, il reçoit devant une galerie de portraits d'ancêtres glorieux, comme celui de son arrière-grand-oncle, Tayadin, qui, par deux fois, a battu les troupes coloniales françaises au début du XXe siècle, avant de tomber sous leurs balles à Abéché, au Tchad voisin. Un siècle plus tard, le sultan Al-Saad Abderhaman Barladin vit sa part d'histoire tragique. Avec une liberté de ton inhabituelle dans une ville où la peur des représailles clôt les lèvres, il parle sans détours : "Le gouvernement continue à aider les criminels \[janjawids\]. Il les arme, il est responsable de leurs crimes. 95 % des villages \[massalits\] ont été brûlés (…). Ils attaqueraient même les camps sans la présence de la communauté internationale."

Des propos en phase avec l'opinion de son peuple traumatisé par son calvaire, mais trompeurs. Le sultan, en réalité, est un proche du parti au pouvoir, et fait partie du cabinet du gouverneur de l'Etat du Darfour occidental. "Il a besoin de tenir ce type de langage pour tenter de reprendre un peu d'autorité sur les Massalit, explique une bonne source. C'est dire si la situation est difficile pour ces responsables traditionnels."

 

juin 2007

Une solution pour le Darfour  

Les plus hauts responsables des missions de l'ONU proposent de placer les revenus du pétrole dans un fonds international hors de portée des militaires soudanais et des jenjawids.

 

Libération, 25 juin 2007

 

Par Richard Goldstone ancien procureur des Tribunaux internationaux pour l'ex-Yougoslavie et le Rwanda, JanN Pronk chef de la mission de l'ONUau Soudan (2004-2006), Roméo Dallaire commandant de la Force de l'ONU au Rwanda (1994), Kenneth Roth directeur de Human Rights Watch, James Smith directeur de Aegis Trust et Jody Williams chef de la mission au Darfour, Conseil des droits de l'homme de l'ONU.

 

Libération, 25 juin 2007

 

Aujourd'hui les ministres des affaires étrangères des principales puissances se rencontrent à Paris pour discuter de la crise du Darfour.

Après quatre ans de crimes commis à grande échelle au Darfour et de nombreux mois passés à bloquer la mise en place d'une mission de maintien de la paix efficace dans la région, l'accord du 12 juin dernier à Addis-Abeba par le gouvernement soudanais d'une force hybride Union africaine-Nations unies de 19 000 hommes est bienvenu, mais ne peut être tenu pour acquis. De même ne devons-nous pas présumer que l'acceptation de la force hybride signifie que Khartoum cessera ses violations des droits de l'homme au Darfour, annulera le nettoyage ethnique qu'il a mené ou entamera une démarche qui obligera les responsables de crimes de guerres et de crimes contre l'humanité au Darfour à rendre des comptes devant la justice.

Khartoum est passé maître dans l'art de revenir sur ses pas, et n'a jamais suffisamment ressenti la pression internationale pour mettre fin à ses méthodes brutales contre l'insurrection. Il s'est plutôt senti abrité par une importante augmentation des revenus du pétrole.

Ces revenus du pétrole ont été utilisés pour financer ses abus militaires au Darfour et pour recruter, armer et payer la milice jenjawid. Pour restreindre la faculté de Khartoum à financer continuellement tueries, bombardements et nettoyage ethnique, le Conseil de sécurité des Nations unies devrait introduire un fonds d'investissement pétrolier obligatoire - le Fonds pour le rétablissement du Darfour - tel que l'ont proposé Aegis Trust et Human Rights Watch. Dans le cadre de ce fonds, les exportations se poursuivraient sans interruption, assurant la continuité pour les clients du Soudan, tels que la Chine. Les contrats et les concessions existants seraient conservés. Les revenus du pétrole seraient placés dans le fonds d'investissement pour tenir les sommes d'argent loin des militaires soudanais et des jenjawids.

Les produits du fonds (nets des sommes dues aux compagnies exportant le pétrole) seraient toujours dépensés par le gouvernement du Soudan pour des projets de développement ou humanitaires, seraient distribués au gouvernement du Sud-Soudan en fonction des procédures de répartition de revenus de l'accord global de paix de 2005, et utilisés comme indemnisation des victimes de la crise du Darfour.

Les opérations liées au fonds cesseraient une fois que le gouvernement du Soudan aurait accepté des conditions bien précises incluant : le déploiement complet de la force hybride Union africaine - Nations unies ; l'arrêt des attaques sur les civils par ses forces armées et les milices soutenues par le gouvernement ; le désarmement de la milice jenjawid ; l'autorisation d'accès sans entrave aux agences humanitaires et aux médias ; et la coopération avec les Nations unies et la Cour pénale internationale dans leurs enquêtes sur les violations du droit international en amenant ceux qui sont accusés de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité devant la justice, soit devant de véritables cours nationales, soit devant la Cour pénale internationale. Certaines similarités de façade avec le programme «pétrole contre nourriture» (PPCN) en Irak pourraient entraîner certains à repousser cette proposition, mais cela serait une erreur. La Commission internationale d'enquête sur le PPCN a découvert plusieurs faiblesses importantes dans le programme. Il est utile d'identifier ces faiblesses et d'en tirer un apprentissage. Le but du PPCN était de retirer à Saddam Hussein les ressources lui permettant de se réarmer et d'effrayer ses voisins tout en prenant le contre-pied des conséquences humanitaires néfastes de la politique de sanctions globales. Cela a fonctionné en partie. Plus des trois quarts des 75 milliards de dollars américains de revenus potentiels ont été détournés des mains de Saddam. Le programme a également réduit de façon substantielle les effets humanitaires néfastes de la politique de sanctions totales.

Cependant, la Commission d'enquête a découvert que les sanctions contre l'Irak n'étaient pas hermétiques à la fraude : du fait d'une mauvaise gestion du programme, Saddam s'est servi du projet de façon à recevoir plus de 1,5 milliard de dollars en commissions occultes. De nombreux Etats, comprenant les Etats-Unis et des membres de l'Union européenne, tout comme des voisins comme la Turquie et la Jordanie, ont fermé les yeux sur des exportations illégales de pétrole au profit du régime de Saddam. La responsabilité des faiblesses du programme pour l'Irak doit être partagée entre tous les Etats membres, le Conseil de sécurité et le Secrétariat des Nations unies. Nombre d'entre elles, notamment dans les secteurs de direction et d'audit, ainsi qu'une commission interne, peuvent être corrigées par une action administrative au sein du Secrétariat.

Dans le cas du Fonds de recouvrement du Darfour, tous les revenus pétroliers payables au fonds seraient administrés par une institution financière internationale indépendante, soumise à des audits périodiques indépendants sur tous les fonds reçus et dépensés, et impliquerait un groupe beaucoup plus restreint d'acheteurs de pétrole que le PPCN. Le Fonds pour le rétablissement du Darfour est conçu à la fois pour faire peser sur les dirigeants du Soudan des mesures fortes et efficaces afin qu'ils cessent leur mise à mal des droits de l'homme au Darfour, tout en respectant les besoins humanitaires du peuple du Soudan et le besoin de sécurité énergétique des acheteurs de pétrole soudanais. Nous demandons instamment aux ministres qui se réunissent à Paris de soutenir une action rapide de la part du Conseil de sécurité pour la mise en place du fonds comme signe de l'engagement de la communauté internationale à prendre ses responsabilités et à protéger les civils au Soudan.

 

juin 2007

La conférence internationale sur le Darfour s'ouvre à Paris  

Jeune Afrique, 25 juin 2007

 

 

Les représentants des grandes puissances, dont la Chine, les Etats-Unis, la France, et d'organisations internationales ont entamé lundi à Paris une conférence destinée à unir leurs efforts en faveur du Darfour, ravagé par la guerre civile.

En prélude à la réunion, le président français Nicolas Sarkozy a demandé à la communauté internationale d'être "ferme" avec le Soudan s'il refuse de coopérer à un règlement de la guerre civile.

 

"Le Soudan doit savoir que s'il coopère nous l'aiderons puissamment et que s'il refuse il faudra être ferme", a dit M.

 

Sarkozy dans un discours au palais présidentiel de l'Elysée devant les représentants des grandes puissances, en prélude à une conférence internationale sur cette province du Soudan ravagée par la guerre civile.

Il a aussi mis en garde la quinzaine de groupes rebelles qui s'opposent au gouvernement soudanais et à ses milices. "Nous devrons être fermes à l'égard des belligérants qui refuseraient de revenir à la table de négociation", a déclaré M. Sarkozy.

"Le silence tue", a lancé le président français qui a souligné que la conférence qui réunit à paris les grandes puissances, dont la Chine alliée de Khartoum, avait pour objectif de "mobiliser la communauté internationale" et de "fixer une feuille de route claire".

Pour la première fois, les grandes puissances -Chine, Etats-Unis et France en tête- des pays africains et des organisations internationales se rencontrent lundi à Paris afin de donner "un coup d'accélérateur" aux efforts pour mettre fin au sanglant conflit au Darfour.

La secrétaire d'Etat américain Condoleezza Rice, dont le pays dénonce un "génocide" dans cette province de l'Ouest du Soudan participe à cette rencontre, dont la tenue a été dénoncée par Khartoum comme "inopportune".

Condoleezza Rice et le président Nicolas Sarkozy se sont entretenus plus d'une heure lundi matin à l'Elysée en prélude à la réunion.

Arrivée dimanche à Paris, Mme Rice, avait appelé le Soudan à "accepter l'aide internationale".

"En fin de compte, tout cela reviendra à une affaire de volonté: il s'agit d'insister auprès de Khartoum pour qu'il permette le déploiement d'une force hybride", a déclaré Mme Rice, lors d'une conférence de presse conjointe aux côtés de son homologue français, Bernard Kouchner.

Le ministre français des Affaires étrangères avait expliqué pour sa part que la réunion aurait trois objectifs. Il s'agit tout d'abord, a-t-il dit, de "soutenir les efforts de l'Union africaine et des Nations unies" en vue de déployer au Darfour une force de maintien de la paix commune ONU/Union Africaine de quelque 20.000 hommes. Khartoum vient d'accepter un tel déploiement après des mois de refus.

Mais il s'agit aussi, a poursuivi M. Kouchner, de "soutenir économiquement les efforts des Nations unies".

La conférence doit apporter enfin son soutien aux tentatives de trouver un accord politique entre Khartoum et les différents mouvements rebelles du Darfour, a précisé M. Kouchner.

Après des mois de pressions diplomatiques, le Soudan a accepté le 12 juin de remplacer l'actuelle force africaine au Darfour, composée de 7.000 hommes mal équipés, par une force hybride, associant l'Union africaine et l'ONU, forte de plus de 20.000 soldats et policiers.

Quelque 200.000 personnes sont mortes depuis février 2003 au Darfour selon l'ONU et plus de 2,1 millions d'autres ont été déplacées, la pire crise humanitaire au monde à l'heure actuelle. Ces chiffres sont contestés par Khartoum.

La mise en place de ce nouveau Groupe de contact sur le Darfour, élargi à près d'une vingtaine de pays et organisations internationales, se veut à l'opposé des initiatives unilatérales et sans coordination qui ont foisonné.

L'Union africaine (UA) n'a pas souhaité participer, tout comme l'Afrique du sud. A l'UA, des diplomates ont fait valoir que l'organisation africaine n'avait pas apprécié de n'avoir pas été consultée avant l'annonce de cette réunion.

La participation de la Chine aux côtés des Etats-Unis -deux pays qui se sont affrontés sur ce dossier- est en soi une avancée.

Les Etats-Unis, exaspérés par la lenteur de l'évolution soudanaise et sous pression de leur propre opinion publique, avaient annoncé de nouvelles sanctions contre le Soudan avant que Khartoum ne se décide à accepter sans conditions la force hybride

 

juin 2007

Soudan: Une solution pour le Darfour  

Human Rights Watch (Washington, DC), 25 Juin 2007

 

Les plus hauts responsables des missions de l'ONU proposent de placer les revenus du pétrole dans un fonds international hors de portée des militaires soudanais et des jenjawids.

Aujourd'hui les ministres des affaires étrangères des principales puissances se rencontrent à Paris pour discuter de la crise du Darfour.

Après quatre ans de crimes commis à grande échelle au Darfour et de nombreux mois passés à bloquer la mise en place d'une mission de maintien de la paix efficace dans la région, l'accord du 12 juin dernier à Addis-Abeba par le gouvernement soudanais d'une force hybride Union africaine-Nations unies de 19 000 hommes est bienvenu, mais ne peut être tenu pour acquis. De même ne devons-nous pas présumer que l'acceptation de la force hybride signifie que Khartoum cessera ses violations des droits de l'homme au Darfour, annulera le nettoyage ethnique qu'il a mené ou entamera une démarche qui obligera les responsables de crimes de guerres et de crimes contre l'humanité au Darfour à rendre des comptes devant la justice.

Khartoum est passé maître dans l'art de revenir sur ses pas, et n'a jamais suffisamment ressenti la pression internationale pour mettre fin à ses méthodes brutales contre l'insurrection. Il s'est plutôt senti abrité par une importante augmentation des revenus du pétrole.

Ces revenus du pétrole ont été utilisés pour financer ses abus militaires au Darfour et pour recruter, armer et payer la milice jenjawid. Pour restreindre la faculté de Khartoum à financer continuellement tueries, bombardements et nettoyage ethnique, le Conseil de sécurité des Nations unies devrait introduire un fonds d'investissement pétrolier obligatoire - le Fonds pour le rétablissement du Darfour - tel que l'ont proposé Aegis Trust et Human Rights Watch. Dans le cadre de ce fonds, les exportations se poursuivraient sans interruption, assurant la continuité pour les clients du Soudan, tels que la Chine. Les contrats et les concessions existants seraient conservés. Les revenus du pétrole seraient placés dans le fonds d'investissement pour tenir les sommes d'argent loin des militaires soudanais et des jenjawids.

Les produits du fonds (nets des sommes dues aux compagnies exportant le pétrole) seraient toujours dépensés par le gouvernement du Soudan pour des projets de développement ou humanitaires, seraient distribués au gouvernement du Sud-Soudan en fonction des procédures de répartition de revenus de l'accord global de paix de 2005, et utilisés comme indemnisation des victimes de la crise du Darfour.

 

Les opérations liées au fonds cesseraient une fois que le gouvernement du Soudan aurait accepté des conditions bien précises incluant : le déploiement complet de la force hybride Union africaine - Nations unies ; l'arrêt des attaques sur les civils par ses forces armées et les milices soutenues par le gouvernement ; le désarmement de la milice jenjawid ; l'autorisation d'accès sans entrave aux agences humanitaires et aux médias ; et la coopération avec les Nations unies et la Cour pénale internationale dans leurs enquêtes sur les violations du droit international en amenant ceux qui sont accusés de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité devant la justice, soit devant de véritables cours nationales, soit devant la Cour pénale internationale. Certaines similarités de façade avec le programme «pétrole contre nourriture» (PPCN) en Irak pourraient entraîner certains à repousser cette proposition, mais cela serait une erreur. La Commission internationale d'enquête sur le PPCN a découvert plusieurs faiblesses importantes dans le programme. Il est utile d'identifier ces faiblesses et d'en tirer un apprentissage. Le but du PPCN était de retirer à Saddam Hussein les ressources lui permettant de se réarmer et d'effrayer ses voisins tout en prenant le contre-pied des conséquences humanitaires néfastes de la politique de sanctions globales. Cela a fonctionné en partie. Plus des trois quarts des 75 milliards de dollars américains de revenus potentiels ont été détournés des mains de Saddam. Le programme a également réduit de façon substantielle les effets humanitaires néfastes de la politique de sanctions totales.

Cependant, la Commission d'enquête a découvert que les sanctions contre l'Irak n'étaient pas hermétiques à la fraude : du fait d'une mauvaise gestion du programme, Saddam s'est servi du projet de façon à recevoir plus de 1,5 milliard de dollars en commissions occultes. De nombreux Etats, comprenant les Etats-Unis et des membres de l'Union européenne, tout comme des voisins comme la Turquie et la Jordanie, ont fermé les yeux sur des exportations illégales de pétrole au profit du régime de Saddam. La responsabilité des faiblesses du programme pour l'Irak doit être partagée entre tous les Etats membres, le Conseil de sécurité et le Secrétariat des Nations unies. Nombre d'entre elles, notamment dans les secteurs de direction et d'audit, ainsi qu'une commission interne, peuvent être corrigées par une action administrative au sein du Secrétariat.

Dans le cas du Fonds de recouvrement du Darfour, tous les revenus pétroliers payables au fonds seraient administrés par une institution financière internationale indépendante, soumise à des audits périodiques indépendants sur tous les fonds reçus et dépensés, et impliquerait un groupe beaucoup plus restreint d'acheteurs de pétrole que le PPCN. Le Fonds pour le rétablissement du Darfour est conçu à la fois pour faire peser sur les dirigeants du Soudan des mesures fortes et efficaces afin qu'ils cessent leur mise à mal des droits de l'homme au Darfour, tout en respectant les besoins humanitaires du peuple du Soudan et le besoin de sécurité énergétique des acheteurs de pétrole soudanais. Nous demandons instamment aux ministres qui se réunissent à Paris de soutenir une action rapide de la part du Conseil de sécurité pour la mise en place du fonds comme signe de l'engagement de la communauté internationale à prendre ses responsabilités et à protéger les civils au Soudan.

 

juin 2007

 

Les réfugiés du Darfour veulent encore espérer

Le Figaro de el-Geneina Tanguy Berthemet,le 25 juin 2007

L'errance des réfugiés du Darfour dure depuis quatre ans. La conférence internationale s'ouvre ce matin à Paris en présence de Condoleezza Rice mais sans représentant soudanais.

 

Le camp surgit au bout d'une longue route poussiéreuse. Des centaines de maisons de torchis sont cachées derrières des palissades de branchages. Au fil du temps, le camp d'Ardamata, planté à quelques kilomètres d'el-Geneina, dans l'ouest du Darfour, a perdu ses airs anarchiques des premiers temps, prenant l'allure d'un immense village placide. La vie s'est organisée avec l'aide de dizaines d'ONG. Quelque 20 000 personnes s'y massent désormais, des familles entières arrivées par flots d'un coin ou d'un autre du Darfour, fuyant, souvent les mains vides, les attaques de leurs villages pour trouver un peu de sécurité auprès des villes. Les premiers sont arrivés, paniqués, à l'aube de la guerre, en 2003. Les derniers, il y a seulement cinq mois, presque en bon ordre. Mais le calme d'Ardamata est trompeur. La peur est toujours là.

« Dès que la nuit tombe, on entend claquer des coups de feu. On ne peut pas sortir des maisons, car on se ferait tuer » , glisse Ismael Ali Mohammed, le cheikh des cheikhs du camp. L'homme, comme presque tous les réfugiés d'el-Geneina appartient à la tribu africaine des Massalits. « Pour nous, il n'y a plus de sécurité. Les milices traînent tout autour des camps, passant à tabac tous ceux qui veulent sortir » , assure le dignitaire. Tout juste est-il possible de se rendre, de jour, à el-Geneina. Les autres routes sont impraticables, pour les habitants comme pour les ONG. Les embuscades tendues par des hommes armés s'accumulent. Et les villages continuent de brûler, les réfugiés d'arriver.

 

La colère gronde

 

Mohammed Ibrahim Khater n'a fui qu'en décembre, lors des derniers grands raids qu'a connus la région. Son histoire confirme celle de ses voisins. « Les Janjawids sont arrivés un matin et ont brûlé les maisons, explique-t-il. Nous avons eu de la chance, car on était alors tous dans les champs et on a pu partir. » Toute sa famille a été épargnée et sa communauté n'aurait connu que trois victimes. Depuis, Mohammed Ibrahim Khater s'efforce de se construire une nouvelle vie. « C'est très difficile, car ici il n'y a rien. On ne peut rien faire, ni travailler ni cultiver. »

Alors, à Ardamata, comme dans tous les camps du Darfour, la colère gronde. Les soldats de l'Union africaine, déployés depuis 2004 et censés protéger les réfugiés, ont été les premiers à essuyer cette rage. « Ils ne servent à rien. Ils ne sont même pas capables de se protéger eux-mêmes » , s'énerve Moussa Abdallah Issa, un jeune instituteur coincé dans le camp depuis plus de deux ans. « La frustration gagne les jeunes , analyse un observateur. Ils en ont assez de ne rien faire. Ils veulent se défendre et remettent violemment en cause la politique de leurs aînés, qui se montrent incapables d'apporter la moindre solution à leurs problèmes. » Déjà, à Zalingie, une bourgade située à une centaine de kilomètres au sud-est, des groupes de jeunes se sont organisés, patrouillant dans les camps, armes à la main, soutenant ouvertement la rébellion anti-Khartoum. À Ardamata, la tentation de suivre cet exemple se fait chaque jour plus forte, menaçant le camp d'une nouvelle forme d'anarchie.

Dans sa cour de justice, un vieux bâtiment un peu décrépi au centre d'el-Geneina, Al Saad Abderamane Barladine, le sultan des Massalits, se montre curieusement peu inquiet. Les combats qui ravagent son royaume le laissent amer. «  Près de 90 % de mon peuple souffre dans les camps, affirme-t-il. Mais la guerre vient uniquement du problème de la terre. Le gouvernement a, en 1995, nommé de nouveaux chefs, tous arabes, qui ont reçu le droit de distribuer les terres dans le royaume massalit. C'était le droit des sultans, et ce fut le début des problèmes, car cela privilégiait les Arabes. » Le roi aurait en réalité gardé une bonne partie de cette prérogative. Mais le prix à payer pour conserver ses pouvoirs fut lourd. Le sultan dut se rallier au National Congress Party (NCP), le parti gouvernemental. « Il y a laissé une bonne part de l'estime de son peuple, et tous les chefs traditionnels ont été très ébranlés. Ce qui se passe aujourd'hui dans les camps est le fruit de cette cassure » , souligne un bon connaisseur de la région. Selon lui, en mettant en place une hiérarchie parallèle, les autorités de Khartoum entendaient précisément affaiblir ces structures traditionnelles pour prendre le contrôle de la province rebelle du Darfour. Dès lors, les rixes tribales, attisées par les sécheresses, se sont enchaînées, minant lentement la société locale.

L'inévitable guerre devait éclater en février 2003. L'Armée de libération du Soudan (SLA), une puissante rébellion fédérant la plupart des tribus noires du Darfour, se soulevait. « Les gens du Darfour voulaient seulement contrôler leur destin, avoir la part de richesse et de pouvoir qui leur revient, rien de plus  », assure le général Sidiq Mohammed, secrétaire général du Darfur Democratic People Forum. En réponse, le gouvernement mettait en place une sévère contre-insurrection, lâchant sur les insurgés des miliciens arabes surarmés. En échange de leurs services, Khartoum promettait d'offrir de précieuses terres. Plus de quatre ans, près de 200 000 morts et 2,2 millions de réfugiés plus tard, la guerre ne semble pas marquer le pas.

« Les conséquences du conflit et la réaction face à la rébellion n'étonnent que ceux qui ne connaissent pas ce pouvoir. Le président Omar el-Béchir réagit comme un militaire qu'il est et comme un homme issu du nord du pays qui ne supporte pas que des tribus considérées comme inférieures se rebellent » , analyse Alfred Taban, directeur du quotidien Khartoum Monitor. Mais les vieilles rivalités raciales qui taraudent le Soudan ne suffisent pas à expliquer la détermination militaire jamais ébranlée du gouvernement central.

 

Texte « mal ficelé »

 

En exigeant une meilleure répartition des richesses et une plus grande indépendance, les rebelles du Darfour ont, en fait, menacé le coeur du pouvoir. Un ordre ultrajacobin établi par le National Congress Party (NCP), arrivé aux commandes du pays à l'issu d'un coup d'état en 1989 et qui règne depuis lors sans partage. Au fil des mois de conflits, les tenants d'une ligne dure ont peu à peu pris la main au sein du complexe pouvoir soudanais. La frange plus modérée, qui reproche notamment à la guerre son coût estimé à deux millions de dollars par jour, est très minoritaire. Mais ces « faucons », rompus aux joutes politiques et diplomatiques, ne se sont pas enfermés dans une simple fuite en avant. « Il y a longtemps qu'ils ont compris qu'ils ne pouvaient pas gagner cette guerre militairement. Ils ont donc très vite changé de tactique », assure Abdullah Adam Khater, responsable du Darfur Center for Peace. Pour gagner du temps, les dirigeants soudanais prônent désormais une « solution politique », tout en continuant les combats.

En mai 2006, un accord de paix, le Darfur Peace Agreement (DPA), était signé après des mois de négociations. Mais le texte, « mal ficelé » selon un diplomate, ne sera ratifié que par une partie de la SLA. Tiraillée par cette première division, la rébellion, jusqu'alors à peu près unie, explosait en une multitude de mouvements. Le Darfour n'en compterait aujourd'hui pas moins de 18, souvent faibles et coincés dans un clanisme étroit.

Une plongée dans le chaos qui, pour certains analystes, n'aurait rien de spontané. « Une tactique de division pour régner a été mise sur pied pour miner la rébellion et la stabilité dans la région en attisant les conflits tribaux à travers un soutien militaire sélectif de certains groupes et en négociant de manière unilatérale avec des commandants locaux » , accuse l'International Crisis Group. Khartoum espère ainsi se rallier les chefs de petites milices. « Cela donne l'impression que les négociations avancent même si ces chefs ne représentent en fait qu'eux-mêmes et que les populations ne le suivent pas, détaille un analyste local. L'objectif n'a dans le fond jamais changé. Il s'agit avant tout d'en finir avec la rébellion sans faire de véritables concessions. »

 

À Ardamata, les réfugiés continuent malgré tout d'espérer des jours meilleurs. L'annonce de l'arrivée prochaine d'une nouvelle force d'interposition de 20 000 hommes, a soulevé l'espoir. Le déploiement de ce nouveau contingent, composé de troupes de l'Union africaine appuyées par l'ONU, a été approuvé par Khartoum début juin après d'âpres négociations. Les experts n'ignorent pas que le compromis finalement trouvé n'est pas sans risque : « Il ne faudra pas que ces soldats déçoivent une nouvelle fois, ni qu'ils soient laissés seuls sur le terrain, sans aucun soutien politique. Sinon, les chances de mettre une fin à cette guerre rapidement vont se réduire dramatiquement. ».

 

juin 2007

Soudan : sous la menace

Africa Confidential, n°526, 25 juin 2007

 

La pression internationale a fini par convaincre Khartoum d'accepter la présence d'une force de protection au Darfour, appuyée par l'ONU, mais la lutte ne va pas s'arrêter là.

 

Khartoum dit avoir accepté sans condition qu'environ 20.000 casques bleus soient déployés au Darfour d'ici 2008 . Ces déclarations sont accueillies avec un mélange de scepticisme et d'espoir. Les gouvernements intéressés et les Nations unies ont fait monter la pression. Les sanctions américaines, le 29 mai, et la visite du Conseil de sécurité le 17 juin ont également joué un rôle. Mais quelques heures après avoir accepté une force de maintien de la paix "hybride" au Darfour, lors d'une réunion avec l'Union africaine et l'ONU à Addis-Abeba les 11 et 12 juin, les responsables de Khartoum sont revenus au double langage et aux manoeuvres dilatoires qui leur permettent depuis trois ans de bloquer le déploiement d'une force de protection efficace au Darfour. Le président français Nicolas Sarkozy a mis en place un pont aérien pour acheminer des vivres aux réfugiés au Tchad. II a envoyé son nouveau Premier ministre Bernard Kouchner à Khartoum où le fondateur de Médecins sans Frontières a été vu en train de plaisanter et de congratuler le chef de la sécurité Salah Abdullah Mohamed "Gosh", situation plutôt embarrassante. II a également soulevé la question d'un couloir humanitaire depuis le Tchad et suggéré que des troupes françaises participent à la force de maintien de la paix au Darfour .

 

"Oppression"

 

La Chine elle-même a annoncé que le Soudan avait accepté des "troupes" de l'ONU. Le Premier ministre britannique sortant Tony Blair avait déjà fait monter les enjeux à Johannesburg en mai en accusant le président Omer Hassan Ahmed el Beshir "d'asséner ses solutions à coup de bombes" et en évoquant "un mauvais gouvernement et une oppression violente". Cela est en contradiction avec l'approche "équitable" de Whitehall, qui condamne lés rebelles tout autant, sinon plus, que le régime qui commet la plupart des exactions. Les sanctions américaines commencent par ailleurs à faire sentir leur effet. La Banque Paribas (qui a pris le contrôle de l'United European Bank, qui gère la majeure partie du commerce soudanais) a cessé d'accepter des transactions soudanaises. "Les gens vont trouver un moyen de les contourner", a déclaré un homme d'affaires soudanais. "Mais cela coûte de l'argent: la plupart des banques arabes proposent des taux d'intérêt élevés". Le régime lui-même a accès à des réseaux de financement islamistes ou autres qui n'ont pas d'actionnaires américains.

Le principal obstacle au déploiement onusien est la conclusion d'un accord sur la structure de commandement de cette force. Depuis que Khartoum a accepté une implication militaire de l'ONU en trois phases en novembre dernier, les deux parties se sont divisées sur l'interprétation de cet accord. Le Soudan affirme avoir accepté une "opération hybride"; d'autres parmi ceux qui étaient présents disent qu'il a donné son aval à une "force hybride". II existe un vaste fossé entre les deux. Lé régime dominé par le National lslamic Front-National Congress (NIF-NC) affirme qu'il acceptera seulement un appui de l'ONU, sous forme d'aide logistique par exemple, et bien évidemment de financement, sans troupes "internationales" (ce qui signifie autres qu'africaines), mis à part quelques conseillers (dont certains sont présents depuis de mois) mais sans aucun commandement ou contrôle de l'ONU. Pourtant le Conseil de sécurité, en août dernier, avait adopté une résolution préconisant la présence de 22.500 soldats et policiers, clairement placés sous le commandement de l'ONU.

 

Le verbe et l'action

 

Pour que le déploiement se fasse, le conseil de sécurité doit faire preuve d'une vraie détermination face à Khartoum. Durant les trois dernières années, les cinq membres permanents, malgré leurs discours, ont subordonné les projets pour la protection de civils au Darfour à leurs propres stratégies et intérêts nationaux: pétrole et contrats dans le secteur du bâtiment pour la Chine; contrats d'armement pour la Russie, Tchad et Centrafrique pour la France; coopération en matière de renseignement, pression sur l'Irak, conflit israélo-palestinien et Afghanistan, soutien à l'accord de paix sur le sud Soudan en 2005 et sur le Darfour en 2006 pour les USA et la Grande-Bretagne.

La délégation du Conseil de sécurité est arrivée juste après la réunion avec l'UA à Addis-Abeba. Khartoum a officiellement assoupli sa position. II est passé à l'offensive diplomatique en réaffirmant la nécessité d'un accord politique et d'un cessez-le feu. Les 15 membres du conseil de sécurité au niveau des ambassades étaient conduits par l'ambassadeur d'Afrique du Sud Dumisani Kumalo et le Britannique Emyr Jones Parry . Ils ont été reçus notamment par le directeur du renseignement et de la sécurité nationale Salah Gosh. Selon la Sudan News Agency, le ministre des Affaires étrangères Lam Akol Ajawin a accordé le 17 juin le consentement sans condition du gouvernement soudanais à une "opération hybride" et déclaré que "ce consentement avait été stipulé dimanche par le président el Beshir" [17 juin).

Les contradictions entre les positions des deux parties sont apparues avant le départ du conseil de sécurité pour le Ghana pour rencontrer le président de l'UA John Agyekum Kufuor. La délégation s'est ensuite rendue au Congo-Kinshasa et en Côte d'Ivoire pour s'intéresser à d'autres crises.

Le 17 juin, Mutref SiddigAli , qui dirige les négociations avec l'UA et l'ONU, a déclaré que cette force de commandement et de contrôle serait totalement africaine. Cet islamiste qui est sous secrétaire aux Affaires étrangères a observé que Khartoum avait accepté que le "'commandant" (en fait son responsable politique) soit le ministre des Affaires étrangères du Congo-Brazzaville, Rodolphe Adada , et que le "chef de file militaire soit un général nigérian". II s'agit du chef d'état-major de défense d'Abuja, le général Martin Luther Agwai (58 ans), qui s'est montré très efficace en tant que chef adjoint dé l'Economic Community of West African States Monitoring Croup (Ecomog) au Sierra Leone et en tant que conseiller du département du maintien de la paix de l'ONU à New York.

Adada (61 ans), émissaire spécial conjoint de l'ONU et de UA, qui a reçu l'assentiment du président de l'UA Alpha Oumar Konaré et du secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon, a été ministre des Affaires étrangères du président Denis Sassou-Nguesso durant dix ans et est conseiller présidentiel. Ce mathématicien amateur de nceuds papillons a aussi détenu des portefeuilles ministériels sous les présidents Marien Ngouabi et Joachim Yhombi-Opango .

 

Obstacles

 

Le déploiement d'une force au Darfour se heurte à deux problèmes cruciaux: le commandement et le contrôle dé la force et la nationalité de ses soldats . Le commandement et le contrôle sont différents du commandement opérationnel et l'ONU souhaite pouvoir choisir son commandant en chef. Washington veut également que ce choix revienne à l'ONU. II a constaté lors d'une récente enquête que les opérations de maintien de la paix de l'ONU étaient beaucoup plus économiques que celles qui étaient menées par les Américains. A la lumière de leurs revers en Afghanistan et en Irak, les Américains pourraient manifester un nouvel enthousiasme pour les opérations de maintien de la paix de l'ONU. Toutefois, des informations obtenues cette semaine montrent que les arriérés américains concernant les opérations de maintien de la paix sont repartis à la hausse et pourraient retarder la préparation de l'opération au Darfour.

Saluant les performances d'Agwai à la tête de l'Ecomog, un responsable américain a déclaré que le déploiement au Darfour serait "financé par l'ONU et devait donc être soumis à des rè gles de l'ONU, avec une structure de commandement claire". Khartoum va contester cette vision des choses. Abdel Mahmoud Abdel Halim , son puissant ambassadeur auprès de l'ONU, s'est montré catégorique le 17 juin: "Nous avons accepté des forces, sur la base d'une opération mixte, avec une armature africaine, un commandement africain et également un caractère africain pour les forces et les activités de l'émissaire de l'ONU qui sera aussi un émissaire de l'Union africaine et pour ce qui est des questions de contrôle et de commandement, nous bénéficierons à travers elles des expériences de l'ONU. L'ONU ne dirigera pas l'opération et n'en aura pas le contrôle mais fournira assistance, aide ainsi qu'un soutien administratif, financier et technique".

Ces forces soulèvent de nouveaux obstacles. L'UA a des difficultés à trouver des soldats pour sa Mission au Soudan et seul l'Ouganda a envoyé des hommes participer à la mission de l'UA en Somalie. Selon certaines informations, Khartoum pourrait accepter des troupes non africaines s'il était impossible de trouver des Africains: cela ouvre la voie à d'innombrables possibilités dilatoires, vu que cela concerne 52 Etats. Les militants du Darfour observent amèrement que "l'africanisme" de Khartoum ne va pas jusqu'au Darfour, où le régime tente de modifier l'équilibre démographique et "d'arabiser" la population, une stratégie déjà utilisée dans le Sud, à Abyei, dans le Nil bleu et les monts Nuba. Khartoum joue aussi la carte du tiers monde dans le choix de ses ambassadeurs: outre le ministre des Affaires étrangères Lam Akol, il a nommé à des postes diplomatiques des non musulmans originaires du Sud. Cela permet de remplir les quotas de l'accord de paix et autorise le NC, au pouvoir, à afficher un visage acceptable dans des ambassades qu'il contrôle par ailleurs. Cela vaut par exemple pour Nairobi, où le poste devait revenir à Samuel Odat Ayul , décédé à Khartoum, le 10 juin, apparemment d'une crise cardiaque. En Ethiopie, le vice-ambassadeur est Akuei Bona Malwal , fils du conseiller présidentiel Bona Malwal Madut Rüng . L'ambassadeur en Russie est Chol Derrg Alak , qui avec un timing impeccable a vivement fait l'éloge, le 13 juin, de "l'appui de la Russie dans les instances régionales et internationales". Moscou s'est montré très hostile au déploiement d'une force de l'ONU, par la voix de son ambassadeur à Londres Yury Viktorovich Fedotov, qui a demandé à Londres et Washington de ne pas se montrer si "sensibles" sur la question du Darfour. L'ambassadeur aux USA, John Ukec Lueth Akec , a été désigné par le Sudan People's Liberation Movement, bien qu'un des partisans du SPLM l'ait qualifié de "valet de Lam".

Les principales "factions non signataires", c'est-à-dire celles qui ont refusé de signer le DPA, ont néanmoins eu d'intenses discussions durant deux semaines en Erythrée. La Sudan Liberation Army (Unity), la SLA (Group of 19), la Sudan Federal Democratic Alliance, le National Movement for Reform and Development et les Revolutionary Democratic Front Forces ont également rencon­tré des représentants de l'UA et de l'ONU. LeJustice and Equality Movement (IslamisUZaghawa) a jusqu'à présent été absent. Son leader, Khalil Ibrahim Mohamed Achar Foudeil Taha , ne peut circuler librement car il est sous le coup de sanctions américaines et, selon des sources proches de ces réunions, bon nombre de ses commandants sont passés dans les rangs de la SLA-G19. II a eu un différend avec le président tchadien Idriss Déby Itno car le lEM recrutait dans l'armée tchadienne. Le NIF-NC insiste pour que la communauté internationale fasse pression en vue de l'adhésion des "factions qui résistent" en contrepartie de son acceptation d'une "opération hybride", là encore selon ses propres termes.

 

juin 2007

 

Darfour: pour la Chine, "menacer" Khartoum serait "contreproductif"  

Xinhuanet, 25 juin 2007

 

La Chine estime que "menacer et faire pression" sur le gouvernement soudanais pour tenter de régler le conflit du Darfour serait "contreproductif", a déclaré lundi à Paris son envoyé spécial dans la région, Liu Guijin, en marge d'une conférence internationale.

"Pour résoudre la question du Darfour, la communauté internationale doit s'efforcer d'envoyer un signal positif et équilibré", a déclaré à l'AFP M. Liu, numéro deux de délégation chinoise à la conférence sur le Darfour, qui réunit les grandes puissances pour tenter d'unir les efforts.

"Il ne faut pas, pour un oui ou pour un non, menacer et faire pression sur le gouvernement du Soudan: ce serait contreproductif et ne ferait que compliquer la question encore davantage", a-t-il ajouté.

Le président français Nicolas Sarkozy a au contraire déclaré lundi qu'il faudrait être "ferme" avec Khartoum s'il ne coopère pas.

Soulignant que Pékin avait multiplié les contacts avec le pouvoir soudanais sur le Darfour, M. Liu a cité la visite à Khartoum du président chinois Hu Jintao en février qui "a exprimé la préoccupation et la position de la Chine au président Omar el-Béchir, et son espoir de voir le gouvernement soudanais se montrer plus flexible".

"Je suis très heureux qu'à l'ordre du jour de la conférence de Paris, il y ait la reconstruction et le développement", a déclaré l'envoyé spécial.

"Il faut éviter d'arriver à une situation où on signerait un accord de paix qui ne servirait à rien parce que des combats éclateraient à nouveau pour le partage des ressources", a-t-il souligné.

"Je pense que le gouvernement soudanais a la volonté et veut sincèrement améliorer la situation humanitaire. Mais ils rencontrent de réelles difficultés parce que dans la région il n'y pas encore de véritable cessez-le-feu", a estimé le diplomate chinois.

M. Liu a défendu les activités "normales" de son pays dans le pétrole au Soudan, dont le Chine est le principal importateur, ce qui lui vaut des critiques. Il a relevé que des compagnies française et britannique (Total et White Nile UK) avaient contesté respectivement leurs droits d'exploitation dans le sud-Soudan devant la Haute Cour de Londres.

 

juin 2007

Le Soudan et l'UA absents de la conférence internationale de Paris  

Africa-news-25 juin 2007

 

Le Soudan juge « inopportune » la réunion qui se tient ce lundi en France

 

La France accueille ce lundi une conférence internationale sur le Darfour, à laquelle elle participe avec les Etats-Unis, l'Europe, la Chine, la Russie, l'Europe et les Nations Unies. Le Soudan et l'Union Africaine ont décliné l'invitation, le premier jugeant la réunion « inopportune » et le second se sentant offensé de n'avoir pas été consulté avant l'annonce de la rencontre. L 'avenir du Soudan étudié à Paris… sans le Soudan. La France accueille, ce lundi, une conférence internationale destinée à trouver une issue politique au conflit meurtrier du Darfour. Seront présents plusieurs organisations et des représentants de la France, des Etats-Unis, de l'Europe, de la Chine, de la Russie, l'Europe et les Nations Unies (Onu). Le Soudan a pour sa part jugé que cette rencontre était « inopportune » puisqu'il a accepté, le 12 juin, sans condition, le déploiement d'une force mixte Onu-Union Africaine (UA) qui comptera quelque 20 000 hommes.

 

Quatre thèmes pour y voir clair

 

Outre le Soudan, l'Afrique du Sud et l'UA ne participeront pas aux discussions. L'UA marque ainsi sa désapprobation de n'avoir pas été consultée avant l'annonce d'une telle rencontre. Une absence de poids, puisque cette instance panafricaine co-dirigera la force hybride qui doit voir le jour au Darfour. Bilan : la rencontre de Paris s'est ouverte à 9h GMT, et se terminera à 15h GMT, sans les principaux intéressés.

Les participants auront trois objectifs, a indiqué le ministre français des Affaires Etrangères, Bernard Kouchner : soutenir l'action des Nations Unies et de l'Union Africaine, financer leurs efforts et aider Khartoum et les divers mouvements rebelles à trouver une issue politique au conflit. Pour y voir plus clair, quatre thèmes seront étudiés : la relance du processus politique, la situation humanitaire et sécuritaire, la reconstruction des zones dévastées et les répercussions géographiques du conflit, qui s'étend à l'Est du Tchad et au Nord-Est de la Centrafrique.

 

« Echec de la communauté internationale »

 

On peut considérer que la présence des Etats-Unis et de la Chine à cette réunion représente une avancée. Les deux pays s'opposent sur ce dossier : Washington fait pression sur Khartoum, qu'il accuse de « génocide », et Beijing soutient le régime du président Omar el-Béchir, dont le pays lui fournit d'importantes quantités en pétrole.

Dimanche, la secrétaire d'Etat américaine a une nouvelle fois mis la pression sur Khartoum. « En fin de compte, tout cela reviendra à une affaire de volonté : il s'agit d'insister auprès de Khartoum pour qu'il permette le déploiement d'une force hybride », a déclaré Condoleezza Rice. Elle a ajouté : « J'ai dit au gouvernement de Khartoum qu'ils ne sont pas capables, ou peu disposés, à assurer la sécurité de ces populations, et donc ils doivent accepter une aide internationale pour le faire ».

« Condi » n'a également pas manqué de pointer du doigt l'échec de la communauté internationale dans le dossier Darfour : « J'ai vu de mes yeux les ravages et les conditions difficiles dans lesquelles vivent les populations au Darfour, et je vais être franche : je ne pense pas que la communauté internationale ait été à la hauteur de ses responsabilités ».

 

juin 2007

Le pétrole de la discorde entre Total et White Nil  

Le Figaro, 25 juin 2007

 

Le litige sur le droit de Total d'exploiter un site pétrolier au sud du Soudan serait sur le point de trouver une issue. La querelle oppose depuis près de deux ans la société française à une petite compagnie britannique, White Nil, pour le droit de forer dans le très prometteur bloc B a.

L'exploration de cette immense parcelle de 67 000 km² à l'extrême sud du Soudan avait été en partie confiée aux Français au début des années 1980. Mais la guerre civile avait empêché le moindre début d'opération.

La signature d'un accord de paix, en 2005, entre les anciens rebelles du Sud Soudan et le gouvernement de Khartoum, a relancé le projet. Mais le nouveau gouvernement du Sud Soudan, en froid avec Total, confia alors les droits du bloc à White Nil. Le différend, porté devant le tribunal de Londres, est au fil des mois devenu symbolique des tensions entre les gouvernements du Sud et Nord Soudan.

Il a également parfois rendu mal aisé l'implication de la diplomatie française dans la crise du Darfour. Reste que selon White Nil un accord aurait finalement été négocié.

Il accorderait 35 % à Total, 25 % à White Nil et le reste à des compagnies du Koweït et locales. La major française, qui remarque qu'un partenariat avec la compagnie White Nil n'est pas envisagé, ne semblait pas encore totalement satisfaite.

juin 2007

La France accueille le groupe de contact

L'Humanité-, 25 juin 2007

 

Les pays du Conseil de sécurité et du G8, l'Union européenne, l'ONU, la Ligue arabe se réunissent aujourd'hui.

 

Que du beau monde ! Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, la secrétaire d'État américaine, Condoleezza Rice, le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, ou encore, Zhang Yesui, vice-ministre chinois des Affaires étrangères, et les commissaires européens Javier Solana et Louis Michel se retrouvent aujourd'hui à Paris, à l'invitation de la France, pour une réunion du groupe de contact élargi sur le Darfour. Cette rencontre survient dans un contexte jugé positif par les diplomates, le Soudan ayant en théorie finalement accepté le 17 juin le déploiement d'une force hybride Union africaine-ONU. Elle sera l'occasion de commencer à évoquer la question du financement de cette force, et de faire un point sur la situation sur le terrain comme sur l'avancée des négociations politiques. Mais son objectif principal est de faire converger les efforts en cours pour le règlement de cette crise, qui depuis 2003 a fait environ 200 000 morts et plus de 2 millions de déplacés, et d'accroître la cohérence de la communauté internationale.

L'action internationale sur le Darfour est en effet marquée depuis l'origine par des désaccords entre nations dont le Soudan a su habilement jouer. Les États-Unis, poussés par une forte campagne de mobilisation de son opinion publique, notamment dans les communautés noire et juive, ont, dès 2004, milité en faveur d'une intervention armée. Mais compte tenu du refus de la Chine, qui achète le gros du pétrole soudanais, et de la Russie, qui lui vend des armes, les tractations en vue de l'envoie d'une force onusienne n'ont abouti qu'à l'été 2006 avec l'adoption de la résolution 1701. Les États-Unis ont également promulgué des sanction ciblées et menacent , en cas de lenteur soudanaise, d'en faire adopter par le conseil de sécurité. Entre-temps, le Conseil de sécurité avait réussi en avril 2005, grâce à l'abstention de la Chine et des États-Unis, à adopter une résolution permettant de déférer devant la Cour pénale internationale 51 personnes accusées de crimes contre l'humanité au Darfour. La communauté internationale, menée par des États occidentaux qui n'étaient pas prêts à envoyer des troupes au Darfour, a également réussi à partir de l'été 2004 à s'accorder sur l'envoi d'une force de l'Union africaine (UA), que Khartoum a accepté. Néanmoins, à partir de février 2006, une nouvelle offensive diplomatique américaine à l'ONU en faveur du remplacement de l'UA par l'ONU a été l'occasion d'un autre conflit larvé avec l'UA qui n'a pas apprécié le dénigrement par les Occidentaux d'une force qu'ils avaient rechigné à aider matériellement. Encore récemment, les bisbilles entre l'UA et l'ONU sur des questions de commandement ont permis à Khartoum de retarder son acceptation de la force hybride.

Paris, de son côté, a longtemps manifesté une attitude ambiguë. La France entretient depuis longtemps des rapports cordiaux avec le régime soudanais qui lui avait livré le terroriste Carlos. Elle est aussi le seul pays occidental à avoir d'importants intérêts dans le secteur pétrolier soudanais par le biais d'une large concession accordée à Total. Mais parallèlement elle s'inquiète de la menace directe exercée sur son allié tchadien par les groupes rebelles armés par le Soudan depuis l'hiver 2005. L'activisme du nouveau gouvernement français dans le dossier semble surtout destiné à son opinion publique interne. Le gouvernement a fait du Darfour une priorité et entend montrer qu'il est actif sur ce front. Influencé par l'ONG Urgence Darfour, qui milite pour une intervention armée, Bernard Kouchner, le nouveau ministre des Affaires étrangères qui est arrivé au Quai-d'Orsay en prônant la mise en place de corridors humanitaires à partir du Tchad, a déjà dû faire marche arrière. Le Tchad a refusé cette proposition française, critiquée par les militaires français mais surtout par les organisations humanitaires présentes sur le terrain. Ces dernières soulignent qu'une présence militaire sans l'accord de Khartoum risque de plonger la région dans le chaos et de mettre en péril la vaste opération d'aide dont plus de deux millions de déplacés dépendent pour survivre. Une déconvenue que la réunion d'aujourd'hui, de par son haut niveau de participation, devrait permettre d'effacer. Mais pour les observateurs, peu de résultats concrets devraient en sortir. D'autant plus que l'Union africaine, acteur majeur du règlement de la crise au Darfour, n'a pas apprécié de ne pas avoir été prévenue avant l'annonce de cette réunion et boycotte l'événement.

C.B.

 

juin 2007

Washington salue l'initiative de Paris sur le Darfour  

Le Monde, 24 juin 2007 par Natalie Nougayrède

L 'initiative de Nicolas Sarkozy et du ministre français des affaires étrangères, Bernard Kouchner, de convoquer, lundi 25 juin à Paris, une réunion internationale sur le Darfour (ouest du Soudan), est accueillie favorablement à Washington. L'administration Bush a décidé de s'emparer de cette occasion pour afficher un regain de coopération avec la France sur un terrain nouveau : après le Liban, le nucléaire iranien et la lutte antiterroriste, il est désormais question d'unir les efforts pour mettre fin à un drame que les Etats-Unis ont qualifié de "génocide" , et la France de "catastrophe humanitaire" .

Le conflit du Darfour dure depuis 2003, a fait environ 200 000 morts, 2,5 millions de déplacés, et la crise est désormais régionale.

La secrétaire d'Etat américaine, Condoleezza Rice, est arrivée à Paris, dimanche, pour une série d'entretiens dans lesquels le Darfour devait occuper une place importante. Elle doit dîner dimanche soir avec M. Kouchner. Lundi matin, elle devrait être reçue par M. Sarkozy. Puis, dans l'après-midi, M me Rice doit participer à l'intégralité des cinq heures de réunion prévues sur le Darfour, dans le cadre d'un "groupe de contact élargi" à un niveau ministériel. Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, des représentants européens, chinois, russe, japonais, seront présents. Le Soudan a décliné l'invitation et l'Union africaine (UA) sera absente, signes de la difficulté du dossier. La réunion vise à mieux coordonner les différentes initiatives en vue d'un processus politique au Darfour. Il s'agit aussi de préparer le déploiement dans la province d'une "force hybride" ONU-UA de 20 000 hommes, ainsi que l'a ordonné le Conseil de sécurité des Nations unies voici plus de dix mois.

Cette présence de M me Rice pendant les cinq heures de discussions vise à souligner les bonnes dispositions américaines à l'égard de M. Sarkozy, et à saluer son engagement sur le Darfour, disent des diplomates au département d'Etat. "On est emballés par le fait que les Français prennent le devant de la scène sur ce dossier, d'autant que cela intervient après des années de, disons, inertie" , commente un diplomate américain. La question du Darfour mobilise beaucoup plus - et depuis plus longtemps - l'opinion publique et les parlementaires aux Etats-Unis qu'en France. Le président Bush est sous pression pour afficher des résultats avant la fin de son mandat, en 2008, alors qu'il est affaibli politiquement.

 

Convergence nouvelle

 

L'implication de la France sur le Darfour est jugée utile à Washington, car Paris dispose de leviers dans la région (Tchad, Centrafrique) et de contacts que l'administration américaine n'a pas (Erythrée). Les nouveaux dirigeants français pourront, juge-t-on à Washington, peser au sein de l'Union européenne pour que des contributions en troupes et des moyens financiers soient débloqués en soutien à la "force hybride".

Toutefois, si l'objectif affiché est commun - mettre fin au conflit -, les moyens pour y parvenir pourraient diverger, notamment à propos des sanctions contre le Soudan. Le 29 mai, au lendemain de l'annonce par George Bush de nouvelles sanctions unilatérales contre Khartoum, le numéro deux du département d'Etat, John Negroponte, a demandé aux pays européens de suivre la même voie en adoptant des mesures financières contre le Soudan. Ni M. Sarkozy ni M. Kouchner n'ont réagi publiquement à cet appel. Une source du ministre français des affaires étrangères commente que, s'il devait être question de sanctions, celles-ci "devraient frapper toutes les parties au conflit" du Darfour, et être décidées "dans le cadre de l'ONU, pas de façon unilatérale" .

Mais une convergence nouvelle est aussi apparue entre Paris et Washington sur un aspect particulier : l'administration Bush a annoncé, début juin, qu'elle était prête à aider la Cour pénale internationale (CPI) dans ses enquêtes sur les atrocités perpétrées au Darfour. Si cela se confirme, il s'agit d'un changement d'attitude. En 2005 la France avait bataillé contre les Etats-Unis qui s'opposaient à une saisine de la CPI par le Conseil de sécurité de l'ONU. Les Etats-Unis avaient finalement choisi de ne pas bloquer la résolution en s'abstenant le jour du vote.

 

La Chine présente à la réunion de Paris, pas les Africain

 

La Chine, accusée par les Occidentaux de bloquer le règlement de la crise au Darfour (ouest du Soudan), participera, lundi 25 juin à Paris, à la réunion du "groupe de contact élargi" sur le Darfour, aux côtés des Etats-Unis et des autres grandes puissances, dont la France, organisatrice de l'événement. L'objectif est d'afficher une unité de mobilisation internationale contrastant avec l'actuelle cacophonie, source d'inefficacité. Pour la France, l'initiative vise à "donner un coup d'accélérateur" aux efforts de paix en profitant d'un moment jugé propice, quelques jours après l'acceptation par le Soudan du déploiement d'une "force hybride" ONU-Union africaine. L'absence de cette dernière organisation, irritée de ne pas avoir été consultée avant l'annonce de la réunion, comme celle de tout représentant africain, risque cependant de peser négativement sur les débats.

 

juin 2007

Les attaques contre les convois humanitaires se poursuivent au Soudan

Nations Unies, New York, 23 juin 2007

 

La Mission des Nations Unies au Soudan ( UNMIS selon son acronyme anglais) dénonce aujourd'hui la persistance d'attaques contre des convois humanitaires de plusieurs organisations non gouvernementales (ONG) internationales au Darfour.

Dans le même temps, le Représentant spécial intérimaire du Secrétaire général pour le Soudan, Tayé-Brook Zerihoun, a conclu une visite de deux jours dans les capitales des trois Etats de la province du Darfour, Nyala, El Geneina et El Fasher, a rapporté la porte-parole de Ban Ki-moon, Michèle Montas, lors de son point presse quotidien au siège des Nations Unies, à New York.

Lors de cette tournée, il a rencontré le personnel de l'ONU sur le terrain afin de discuter du récent accord du gouvernement soudanais au déploiement de la force hybride ONU-Union africaine au Darfour ( dépêche du 12.06.2007 et ( dépêche du 18.06.2007).

Il a également souligné la nécessite de rationnaliser les activités de l'UNMIS dans la province et la coordination du soutien de l'ONU à la Mission de l'Union africaine au Soudan (MUAS), afin de préparer cette opération hybride.

L'ONU et l'UA prévoient le déploiement de 19.000 à 20.000 soldats, 3.700 policiers et 19 unités de police pour répondre aux besoins sur le terrain dans la province occidentale du Darfour, où le conflit a fait depuis 2003 plus de 200.000 victimes et entraîné le déplacement de 2,5 millions de personnes, à l'intérieur du Soudan et dans les pays voisins, en particulier au Tchad.

La Mission de l'Union africaine au Soudan (MUAS), forte de 7 000 hommes et déployée au Darfour depuis 2004, s'est révélée incapable de protéger les populations civiles de la région.

 

juin 2007

 

Accélération du rapatriement de réfugiés au Sud Soudan

IRIN, Juba, 22 juin 2007

 

Les opérations de rapatriement des réfugiés soudanais vivant dans les pays voisins se sont multipliées en prévision du recensement qui aura lieu début 2008 dans le Sud Soudan, a fait savoir le Haut commissaire des Nations Unies pour les réfugiés.

« Nous renforçons nos capacités pour rapatrier de plus en plus de personnes au Sud Soudan ... lorsqu'on regarde les chiffres des quatre premiers mois de l'année, on se rend compte que nous avons rapatrié plus de personnes que pendant toute l'année 2006 ; c'est la preuve que nos opérations s'accélèrent », a indiqué António Guterres, le Haut commissaire du HCR, au cours d'une visite le 19 juin à Juba, la capitale du Sud Soudan.

M. Guterres s'était rendu à Juba dans le cadre de la commémoration de la journée mondiale des réfugiés, célébrée le 20 juin. Auparavant, il avait fait le voyage avec un convoi de 161 réfugiés rapatriés partis de Moyo, au nord de l'Ouganda, pour la gare de Kangai, au Sud Soudan.

« La vie ne sera pas facile ; vous aurez à affronter de nombreuses difficultés », a-t-il dit aux nouveaux rapatriés, venus grossir les rangs des 155 000 ressortissants du Sud Soudan rentrés des pays limitrophes depuis décembre 2005.

« Vous allez retourner chez vous et on devrait vous garantir une éducation pour vos enfants, des soins de santé pour votre famille, des terres agricoles pour vous permettre de cultiver et d'autres aides. Tout ceci ne sera possible que s'il y a un fort élan de solidarité de la part de la communauté internationale ».

Le HCR prend en charge près de 686 000 réfugiés soudanais vivant dans les différents pays où l'agence onusienne est présente. L'agence fournit également une assistance à 460 000 réfugiés somaliens et à quelque 400 000 autres réfugiés ressortissants de la République démocratique du Congo (RDC) et du Burundi.

Les opérations du HCR d'aide au retour des réfugiés soudanais vivant en République centrafricaine et en RDC ont été achevées respectivement en avril et en juin 2007. Au total, ce sont 1 536 Soudanais qui ont été rapatriés dans leur pays.

« Chaque fois que cela est possible, nous fermons des camps... il reste toujours quelques de réfugiés, mais nous essayons de résoudre ce problème avec les autorités locales et parvenons à trouver des solutions pour ces personnes », a affirmé M. Guterres.

Le HCR, a-t-il ajouté, concentre actuellement son attention sur les camps de réfugiés d'Ouganda et du Kenya où de nombreuses inscriptions ont été enregistrées en prévision d'un prochain rapatriement vers le Sud Soudan.

Des centaines de milliers de personnes avaient fui le Sud Soudan après le déclenchement de la guerre civile en 1983. Ce conflit a officiellement pris fin en 2005, avec la signature de l'Accord de paix globale entre le gouvernement et l'ancien Mouvement de libération du peuple soudanais (Sudan People's Liberation Movement), qui s'est transformé, suite à cet accord, au sein du gouvernement semi-autonome du Sud Soudan.

Pour s'assurer que le maximum de réfugiés soit rapatrié, le HCR continuera d'assurer le transport de tous ceux qui désirent retourner au Soudan pendant la saison des pluies, a souligné M. Guterres.

Toutefois, certains observateurs ont émis quelques réserves quant à la période choisie, étant donné que les candidats au rapatriement pourraient rencontrer quelques difficultés du fait qu'ils arriveraient trop tard pour préparer les semences et se construire des abris.

Début 2007, le HCR avait critiqué les autorités sud soudanaises pour le peu d'empressement qu'elles montraient à rapatrier les réfugiés. M. Guterres a affirmé que son agence avait fait l'acquisition de nouveaux camions et avait multiplié les opérations de rapatriement, malgré ses moyens financiers limités.

« Nous partageons totalement les inquiétudes du gouvernement [dont] le désir légitime est d'avoir un nombre important d'habitants lors du recensement de la population du Sud Soudan. Nous avons donc utilisé les fonds destinés à d'autres opérations [pour financer le rapatriement] », a-t-il ajouté.

Outre les réfugiés, le HCR prend également en charge les déplacés internes. Fin 2006, le Centre de suivi des déplacements internes du Conseil norvégien pour les réfugiés estimait que les conflits avaient fait près de 24,5 millions de déplacés internes dans le monde.

Dans certains pays comme l'Ouganda, la RDC, le Liberia et la Somalie, le HCR s'est vu confier de nouvelles missions de protection, de coordination de l'hébergement et des camps d'urgence, et de gestion des personnes déplacées.

 

juin 2007

Soudan : nœuds de conflits au Darfour  

Le Monde, 21 juin 2007, par Jean-Philippe Rémy

 

La catastrophe, au Darfour, a commencé à petite échelle. En février 2003, un groupe rebelle inconnu, le Front de libération du Darfour (DLF), prend les armes et attaque des garnisons gouvernementales. Le pouvoir soudanais parle de "bandits" , promet de mettre fin à leurs activités rapidement. C'est une erreur de jugement.

Après avoir changé leur nom en Armée de libération du Soudan (SLA) et avoir été rejoints par un second mouvement armé, le Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM), les rebelles en font la preuve en avril en attaquant Al-Facher, principale ville du Darfour. Des avions et des hélicoptères sont détruits sur la base aérienne, un général est fait prisonnier. La réponse du pouvoir central, à Khartoum, est à la mesure du choc.

En extrême urgence, il organise une machine à écraser indifféremment les rebelles et populations du Darfour, appartenant majoritairement à trois groupes "non arabes" : les Fours, les Zaghawas et les Massalits. Le risque semble d'autant plus grand pour Khartoum que des liens secrets ont été tissés entre la rébellion sudiste de John Garang, l'Armée populaire de libération du Soudan (SPLA), et ces rebelles du Darfour. Tandis que la SPLA est en phase finale de négociations avec le gouvernement soudanais, au Kenya, pour mettre fin à vingt ans de guerre dans le Sud, John Garang fait parvenir au Darfour des armes et des conseillers.

 

Pourquoi les rebelles ont-ils pris les armes ?

 

Le feu faisait plus que couver au Darfour, après deux décennies de violences, causées en partie par la multiplication des armes et l'intervention de pays de la région, Libye en tête. Tripoli avait déversé des armes au Darfour, notamment pour tenter d'y implanter sa "légion islamique" .

Parallèlement, la désertification et une série de périodes de sécheresse ont conduit à une multiplication de conflits locaux, essentiellement entre pasteurs et agriculteurs. Le gouvernement, dès cette époque, a recours à des milices recrutées parmi les populations d'origine "arabe" . Au Darfour, on parle de "janjawids" depuis les années 1990.

Ce qui a poussé les rebelles à prendre les armes en 2003 en unissant les grandes ethnies "non arabes" du Darfour tient à d'autres facteurs. Aucun n'est d'ordre religieux. Les habitants du Darfour sont musulmans, d'une piété comparable à celle du reste du nord du Soudan. Leur région a même été un réservoir de recrues pour la guerre impitoyable (2 millions de morts), qualifiée de "djihad" , contre les rebelles du Sud, majoritairement chrétiens. Mais, avec le temps, des responsables du Darfour ont fait le constat qu'ils souffraient des mêmes discriminations que les sudistes.

Le Darfour n'a pas d'infrastructures. Ses habitants, méprisés par l'élite de Khartoum, n'ont pas accès aux postes à haute responsabilité, aussi bien dans l'armée que dans les affaires ou la politique. Les rebelles n'envisagent pas de faire sécession, mais réclament une part des ressources du Soudan (en expansion brutale depuis le début de l'exploitation pétrolière en 1999), une représentation politique et des compensations pour les destructions subies.

 

Qui sont les janjawids ?

 

Lorsque Khartoum voit, en 2003, son armée battue par les rebelles, les services de sécurité soudanais décident de recourir à une tactique éprouvée depuis vingt ans au Sud. Des milices sont organisées au sein de certaines tribus "arabes" , sous la houlette de responsables locaux, dont l'un des plus célèbres est Musa Hilal. On recrute des combattants avec leur monture, cheval ou chameau, par souci d'économie, en leur promettant salaire, liberté de pillage, licence pour tuer et violer, pourvu que les zones rebelles soient transformées en terre brûlée.

Au sein des tribus "arabes" les plus déshéritées, appauvries par deux décennies de catastrophes climatiques, cela peut passer pour une aubaine. Comme beaucoup de tribus se refusent néanmoins à participer à l'opération, on sort de prison des repris de justice, on recrute même des Tchadiens "non arabes" . Le rappel des recrues "arabes" est battu jusqu'au Niger ou au Burkina Faso, les combattants étant parfois acheminés par avion. Des groupes de plusieurs centaines d'hommes se constituent dans plusieurs régions. Ils seront bientôt tous désignés du terme générique de "janjawid" , qui signifie à peu près "esprit mauvais sur un cheval" .

Un ferment est utilisé pour décider certains Arabes à s'engager : la diffusion d'une idéologie fumeuse, prônant l' "arabisation" du Darfour, assortie de la promesse de terres. L'illusion est d'autant plus trompeuse que les membres de l'élite, à Khartoum, considèrent en réalité les Arabes avec un mépris comparable à celui que leur inspirent les groupes "non arabes" .

 

Est-ce un conflit entre "Arabes" et "non-Arabes" , nomades et sédentaires ?

 

Au Darfour, l'origine des hommes est chose complexe. Les tribus "arabes" se définissent comme descendant d'ancêtres venus par vagues de la péninsule Arabique depuis le XIVesiècle. Les membres de ces tribus se distinguent de leurs voisins appartenant à des tribus "non arabes" , parfois qualifiées d'africaines, en partie par ces origines, réelles ou mythiques. Mais l'ensemble des groupes s'est amplement mélangé au fil de l'histoire du sultanat du Darfour, dont le rattachement au Soudan n'a eu lieu qu'en 1916. D'une manière générale, le Darfour n'est pas marqué par des antagonismes entre ces deux ensembles. Pour preuve, les violences des années 1990 ont parfois mis aux prises des Fours et des Zaghawas, à présents unis contre des "Arabes" .

Plus profonde est la distinction entre les nomades – le plus souvent "arabes" –, qui migrent avec leurs troupeaux (chameaux ou vaches) à travers le Darfour, et les agriculteurs, majoritairement "non arabes" , sur les terres desquels ils doivent passer. Cela suppose des relations d'entente, renforcées par les échanges entre nomades et sédentaires.

Avec les armes et les crises, cet équilibre s'est étiolé. Le phénomène est important, car certaines tribus "arabes" , privées d'accès à la terre, voient à présent se fermer des routes de migration vitales. Ce constat vient renforcer l'amertume de tribus largement aussi "marginalisées" que les autres Darfouriens. Elles constatent aussi que leur implication dans les opérations des janjawids leur a surtout valu d'être menacées par la justice internationale.

Des miliciens se sont déjà mis à leur propre compte et s'engagent à présent dans des conflits très locaux, parfois entre tribus rivales. Certains janjawids ont même changé de bord et s'associent avec l'une ou l'autre des nombreuses branches de la rébellion qui a éclaté au cours de l'année 2006 pour des coups de main souvent proches du banditisme.

 

Un génocide est-il en train d'être commis au Darfour ?

 

Il faut s'entendre sur le sens du mot génocide. Il a été défini, en substance, comme l'intention d'éliminer un groupe. Dans ce cas, ce pourrait être le groupe des ethnies "africaines" . Or, on ne distingue nulle part au Darfour l'intention d'éliminer physiquement ces habitants "non arabes" .

Cela n'empêche pas que la répression organisée par le gouvernement de Khartoum a été d'une extrême violence, relevant des "crimes contre l'humanité" , selon les Nations unies. Des listes de "suspects" ont été dressées, notamment par l'ONU, qui a établi une liste de 51noms transmise à la Cour pénale internationale (CPI), dans laquelle figurent des responsables soudanais et des rebelles. Des poursuites ont été engagées contre deux d'entre eux.

Mais, depuis les grandes vagues d'attaque de 2003 et 2004, la situation a changé, et le niveau de violence est inférieur. A la suite de la signature d'un accord malheureux, sous pression internationale, par ailleurs non appliqué, les groupes rebelles ont éclaté en une douzaine de factions. La violence au Darfour s'est, elle aussi, éparpillée en une multitude de conflits locaux qui mettent aux prises, en plus des janjawids, des commandants rebelles qui s'en prennent également aux humanitaires.

Le chiffre des victimes au Darfour continue pourtant d'être mécaniquement augmenté par certains groupes de pression qui avancent, sans preuves, que 100 000 personnes meurent chaque année au Darfour. Plusieurs chiffres, fondés sur des méthodologies différentes, situent le nombre cumulé des victimes, celui des attaques et celui des effets du chaos depuis 2003, entre 200 000 et 300 000 personnes.

 

Pourquoi les initiatives de paix n'ont-elles pas abouti jusqu'à présent ?

 

Au Darfour, la complexité est extrême depuis l'origine du conflit. Il a d'emblée pris une dimension régionale, avec l'implication du Tchad et, dans une moindre mesure, de la Libye et de l'Erythrée. D'autres pays s'y sont impliqués pour des raisons politiques, comme l'Egypte. Intervient aussi la Chine, qui achète 65% de la production pétrolière soudanaise et vend des armes à Khartoum.

Au niveau local, les facteurs du conflit sont divers. Cette complexité a été aggravée par des lectures parfois simplistes de la situation. Des observateurs ont cru voir des "Arabes" dressés en bloc contre les "non-Arabes" , sans tenir compte de l'ensemble des raisons politiques, écologiques, historiques qui sous-tendent le conflit.

Enfin, les pays ou les institutions qui se penchent sur le cas du Darfour ont des interprétations différentes des causes de cette crise, et ont parfois des intérêts divergents. L'un des objectifs de la conférence de Paris, qui aura lieu le 25 juin, est précisément d'établir des "convergences" entre les nombreuses initiatives en cours.

 

juin 2007

La Chine dit avoir utilisé un "langage très direct" pour convaincre Khartoum

La Chine aujourd'hui, 19 juin 2007

 

La Chine a utilisé un "langage très direct" pour persuader Khartoum d'accepter le déploiement d'une force hybride de l'ONU et de l'Union africaine (UA) au Darfour, a déclaré l'envoyé spécial chinois au Soudan dans une interview mardi au Financial Times.

"A notre façon et à travers différents moyens et différentes voies de communication nous avons essayé de conseiller au gouvernement soudanais d'être plus flexible", a affirmé Liu Guijin.

"Même sur certaines questions comme de savoir s'ils doivent accepter le plan Annan (d'une force hybride ONU-UA), nous utilisons un langage très direct pour les persuader", a-t-il ajouté.

M. Liu a reconnu que la Chine était soucieuse que l'instabilité au Soudan ne vienne à menacer ses intérêts pétroliers dans le pays. "Comme tout investisseur dans n'importe quel pays, il est logique que l'investisseur espère avoir une situation plus stable, plus paisible", a-t-il dit.

"C'est quelque chose de très naturel. Mais actuellement, nous ne voyons pas de danger immédiat. Nous poussons pour une solution à long terme. Nous poussons pour le retour de la paix et de la stabilité", a-t-il précisé.

La délégation du Conseil de sécurité des Nations Unies a annoncé dimanche avoir obtenu que le Soudan accepte le déploiement "sans conditions" d'une force hybride au Darfour associant l'ONU et l'UA, après des discussions à Khartoum avec le président soudanais Omar el-Béchir.

 

juin 2007

 

Le changement climatique à l'origine de la crise au Darfour

Agence France Presse, Montréal, 18 juin 2007

 

Le Secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a déclaré samedi que la crise que vit actuellement le Darfour (ouest du Soudan) a été provoquée par le changement climatique et que d'autres conflits du même genre pourraient survenir dans l'avenir pour les mêmes raisons.

 

«Le conflit du Darfour a commencé par une crise écologique, générée au moins en partie par le changement climatique», assure Ban Ki-moon dans l'édition de samedi du Washington Post.

Selon des statistiques de l'ONU, le niveau des pluies a baissé d'environ 40% pendant les vingt dernières années alors qu'une hausse des températures de l'océan Indien a perturbé les moussons.

«Cela suggère que la sécheresse de l'Afrique subsaharienne serait due, dans une certaine mesure, au réchauffement climatique causé par l'homme», écrit le diplomate.

«Ce n'est pas par accident que la violence au Darfour survient pendant la sécheresse» ajoute-t-il.

Le Soudan n'est pas le seul pays à connaître de tels problèmes, poursuit Secrétaire général de l'ONU qui évoque également la Somalie, la Côte d'Ivoire et le Burkina Faso comme des pays africains vivant dans l'insécurité en matière d'eau et d'alimentation.

 

juin 2007

 

La France installe un pont aérien dans l'est du Tchad

Le Monde avec l'AFP et Reuters, 17 juin 2007

 

Un pont aérien humanitaire de l'armée française devait débuter, dimanche 17 juin, afin d'apporter des vivres à des dizaines de milliers de réfugiés du Darfour et déplacés tchadiens, dans l'est du Tchad, a annoncé, vendredi, l'état-major des armées à Paris.

"A la demande du président de la République, nous mettons en place un pont aérien humanitaire entre Abéché et Goz Beida, dans l'est du Tchad" , a indiqué le capitaine de vaisseau Christophe Prazuck, de l'état-major, précisant que "le début des opérations est prévu dimanche" .

Deux avions de transport vont ainsi renforcer les trois Transall déjà présents au Tchad, a-t-il précisé. Ils emmèneront sur place une trentaine de militaires du génie qui viendront renforcer la centaine de soldats français déjà présents à Abéché. "Cette opération est menée en étroite collaboration avec le Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés et le Programme alimentaire mondial" , a relevé le commandant Prazuck.

Elle doit permettre de transporter chaque jour une vingtaine de tonnes de vivres, médicaments et autres matériels, à raison de quatre rotations quotidiennes.

Selon l'état-major, il s'agit d'accélérer les opérations logistiques afin de constituer des stocks alimentaires dans la région du Dar Sila (sud-est) avant le début de la saison des pluies, dans trois semaines. Cette région abrite deux camps susceptibles d'accueillir jusqu'à 40 000 réfugiés du Darfour et une partie des quelque 150 000 Tchadiens déplacés par les violences transfrontalières.

Lors d'un séjour au Tchad, les 9 et 10 juin, le ministre des affaires étrangères, Bernard Kouchner, avait suggéré la mise en place de "corridors humanitaires" vers le Soudan pour porter assistance aux déplacés du Darfour, mais l'idée a été abandonnée. La France veut réunir, le 25 juin à Paris, une conférence sur le Darfour, perspective rejetée par Khartoum.

 

juin 2007

Accord de Tourabi pour l'ONU au Darfour

La Lettre de l'Océan Indien, 16 juin 2007

 

L'opposant islamiste se fait un malin plaisir de prendre systématiquement le contrepied du régime de Khartoum.

 

"11 y a bien eu un génocide de facto au Darfour. Je ne suis donc pas opposé à la venue d'une force envoyée par l' ONU , à condition qu'il n'y ait pas de militaires américains, britanniques et français. Ces trois pays sont trop associés à l'impérialisme". Tel est le point de vue d'Hassan Al-Tourabi , l'opposant islamiste au régime soudanais, recueilli par La Lettre de l'Océan Indien, il y a quelques jours à Khartoum. Le leader du Popular Congress a reconnu qu'il soutenait tous les rebelles du Darfour, et pas seulement le Justice and Equality Movement (JEM ) de Khalil Ibrahim . "Nous appuyons leur cause, au nom d'un véritable fédéralisme, mais nous n'intervenons pas militairement à leurs côtés"; a-t-il précisé.

 

L'ex-idéologue du régime, âgé de 75 ans et aujourd'hui adversaire farouche du président Omar el-Béchir , a pris ces dernières années un virage libéral, n'hésitant pas à prôner un rapprochement avec les chrétiens du Sud et à réclamer une séparation dans l'islam entre le religieux et le politique. Dénonçant la corruption du régime à Khartoum, il considère qu'aucune alliance n'est actuellement possible entre lui et le gouvernement soudanais. Francophone, titulaire d'un doctorat de droit obtenu à la Sorbonne, Tourabi affirme continuer à entretenir des contacts avec la France par l'intermédiaire de l'ambassade française à Khartoum. Mais, avec l'élection du président Nicolas Sarkozy, il estime que Paris est tombé dans le giron de Washington, d'où son opposition à l'idée de "couloir humanitaire" au Darfour, proposée par le nouveau ministre français des affaires étrangères, Bernard Kouchner, en visite cette semaine à Khartoum.

 

juin 2007

Darfour/force: il faut un "mandat clair" de protection des civils (ONU)

Agence France Presse, 14 juin 2007

 

Mme Sima Samar, expert de l'ONU chargée du suivi des droits de l'homme au Soudan, a demandé mercredi un mandat clair de protection des civils pour la force hybride qui doit être déployée au Darfour.

Après des mois de pressions diplomatiques, le Soudan a accepté mardi le déploiement de cette force de l'Union africaine et de l'ONU pour tenter de mettre un terme à la violence et permettre l'acheminement de l'aide humanitaire dans cette région de l'ouest du Soudan ravagée par la guerre civile.

"C'est un pas positif", a jugé en conférence de presse à Genève Mme Samar, rapporteur spécial sur les droits de l'homme au Soudan.

"Il faut que cela devienne une réalité sur le terrain. Nous avons demandé aux pays d'aller plus vite pour fournir des troupes et les infrastructures nécessaires à la force hybride, avec un mandat clair pour la protection des civils", a-t-elle ajouté.

Un groupe de sept experts des Nations Unies conduit par Mme Samar a proposé lundi un plan de protection des droits de l'homme au Darfour, qui fixe une trentaine d'objectifs précis pour le gouvernement soudanais, à remplir dans des délais de trois mois à un an.

"Les engagements du gouvernement et les mesures prises sont cruciales, mais c'est la situation des droits de l'homme sur le terrain qui permettra d'évaluer toute éventuelle amélioration", ont averti les experts.

La première priorité est la fin des attaques des forces armées soudanaises et de leurs milices supplétives contre les civils, a insisté mercredi Mme Samar.

D'autres recommandations du groupe d'experts de l'ONU ont trait au désarmement des milices, à la protection des femmes, des enfants et des travailleurs humanitaires. A chaque recommandation correspond un "indicateur" permettant de juger des résultats sur le terrain, comme le nombre d'attaques à l'encontre des populations.

Les 47 Etats membres du Conseil des droits de l'homme devraient pouvoir adopter lundi par consensus les recommandations des septs experts, selon un fonctionnaire de l'ONU.

 

juin 2007

Darfour: pour une application totale et sans délai de l'accord ONU-UA-Soudan

Agence France Presse, 14 juin 2007

 

Le Conseil de sécurité de l'ONU a salué mercredi l'acceptation par le Soudan d'une "force hybride" Union africaine (UA) - Nations Unies au Darfour et appelé à une application de l'accord "totale et sans délai".

L'ensemble du Conseil a "salué l'accord" obtenu mardi à Addis Abeba entre l'ONU, l'UA et le Soudan, après que le secrétaire général adjoint chargé des opérations de maintien de la paix, Jean Guéhenno, leur a donné des assurances que l'opération "pouvait aller de l'avant", a expliqué l'ambassadeur de Belgique, Johan Verbeke, qui préside le Conseil en juin.

Les quinze membres du Conseil, qui s'étaient réunis à huis clos pour entendre un compte-rendu détaillé de M. Guéhenno sur la réunion d'Addis Abeba, ont "appelé à une application totale et sans délai" de l'accord, a ajouté M. Verbeke à la presse.

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon s'est également félicité de l'accord d'Addis Abeba estimant qu'il s'agissait d'un "événement important".

"Je travaille pour son application aussi vite que possible (...) Nous allons dans la bonne direction", a dit M. Ban à des journalistes.

Après des mois de pressions diplomatiques, le Soudan a accepté mardi le déploiement d'une force de l'Union africaine et de l'ONU pour tenter de mettre un terme à la violence au Darfour et permettre l'acheminement de l'aide humanitaire dans cette région ravagée par la guerre civile.

Dimitri Titov, directeur pour l'Afrique du département des Opérations de maintien de la paix de l'ONU, qui coprésidait la réunion d'Addis Abeba, a indiqué mardi que la "force hybride" ONU-UA pourrait compter entre 17.500 et 19.600 soldats et 6.000 policiers.

Actuellement, seuls 7.000 soldats de l'UA, mal financés et mal équipés, sont déployés au Darfour.

Malgré l'accord d'Addis Abeba, certains pays, dont les Etats-Unis, doutent que Khartoum accepte vraiment cette "force hybride".

Le président soudanais Omar al-Béchir "a déjà fait des promesses par le passé sur le fait qu'il acceptait une force hybride UA-ONU, mais il y a toujours les lignes en petits caractères", a déclaré le porte-parole du département d'Etat, Sean McCormack.

"Et dans ce cas, les lignes en petits caractères semblent bien spécifier que la force devrait se limiter à des troupes africaines", a-t-il ajouté.

Or il serait "très difficile" aux pays africains de fournir suffisamment d'hommes pour cette force, a souligné M. McCormack.

La Chine et l'Egypte, qui ont des liens étroits avec le Soudan et se sont dits prêts à examiner l'éventualité d'une participation à cette force, ont salué l'acceptation de la "force hybride" par Khartoum.

"La partie chinoise salue (cette décision)", a déclaré le porte-parole du ministre des Affaires étrangères, Qin Gang, ajoutant: "Les faits montrent qu'un dialogue sur un pied d'égalité est un moyen efficace de trouver une solution politique pour la question du Darfour".

"Le Soudan complète ainsi ses engagements (...). C'est maintenant à la communauté internationale de poursuivre les efforts pour une solution politique", a affirmé pour sa part le ministre égyptien des Affaires étrangères, Ahmed Aboul Gheit, dans un communiqué.

"Que le gouvernement soudanais ait accepté cette force sans conditions rend inutile le fait de parler de sanctions", a-t-il poursuivi.

Mme Sima Samar, expert de l'ONU chargée du suivi des droits de l'homme au Soudan, a demandé de son côté un mandat clair de protection des civils pour la nouvelle force hybride au Darfour.

Quelque 200.000 personnes sont mortes au Darfour depuis février 2003 de la guerre et de ses conséquences, plus de 2,1 millions ont été déplacées, selon les agences de l'ONU, chiffres contestés par Khartoum.

 

juin 2007

Appel pour un déploiement rapide de la force hybride au Darfour

IRIN, Addis-Abéba, 14 juin 2007

 

Le Conseil de sécurité des Nations Unies doit s'assurer que la décision du Soudan d'accepter le déploiement au Darfour d'une force hybride, composée de forces de l'Union africaine (UA) et des Nations Unies (ONU), soit immédiatement suivie d'effet, a plaidé l'organisation de défense des droits humains Human Rights Watch (HRW).

Contrairement à ses précédentes prises de position, le Soudan a accepté le 12 juin le déploiement d'une telle force dans la région occidentale instable du Darfour.

Dans un communiqué publié avant le début de la tournée des membres du Conseil de sécurité dans plusieurs pays d'Afrique, dont le Soudan, à partir du 14 juin, HRW a appelé la communauté internationale à se montrer plus ferme vis-à-vis du gouvernement soudanais.

« Il est essentiel que le Conseil de sécurité s'assure que l'acceptation du gouvernement soudanais du déploiement ‘rapide' d'une force mixte UA-ONU soit suivie d'effet immédiat », a estimé l'organisation.

« Les autorités soudanaises continuent de commettre des crimes au Darfour en toute impunité », a expliqué Peter Takirambudde, directeur Afrique de HRW. « Le Conseil de sécurité doit exiger de Khartoum qu'il mette fin à ses tactiques dilatoires et commence à protéger sa population ».

L'acception par le Soudan du déploiement d'une force hybride a été annoncée à la fin d'une conférence à Addis-Abeba, la capitale éthiopienne, conférence au cours de laquelle deux options avaient été retenues pour déterminer les effectifs de la force militaire qui sera déployée.

La première option prévoit le déploiement d'une force de 19 555 hommes, alors que la deuxième en envisage 17 605. La composante police devrait comprendre 3 772 agents. 

« Si nous devons nous en tenir aux conditions fixées pour le déploiement de la force hybride, la situation au Darfour changera de manière radicale », a déclaré Mutrif Siddig, le sous-secrétaire soudanais aux Affaires étrangères. « Cela ne minimise pas pour autant la nécessité d'accompagner ce déploiement par une action politique qui permettra de s'attaquer aux causes réelles du problème et de poser des fondements solides pour une résolution pacifique du conflit du Darfour ».

Toutefois, a-t-il indiqué, le Soudan préférerait que la force hybride soit majoritairement composée d'Africains.

« Le recrutement des éléments de la force hybride [devrait] privilégier la présence d'Africains dans toutes ses composantes : militaire, police et civile. Toutefois, si nous ne parvenons pas à atteindre les effectifs requis ou à remplir les conditions fixées, les trois parties décideront de compléter les effectifs manquants en faisant appel aux pays retenus en dehors de l'Afrique », a-t-il dit.

Saïd Djinnit, commissaire de l'UA pour la paix et la sécurité, a estimé qu'« il reviendra à l'UA et à l'ONU de choisir l'option la plus appropriée, en fonction d'un certain nombre de critères, notamment la disponibilité des troupes et du matériel. Le choix d'une force de 17 000 hommes repose plus sur la disponibilité des moyens de transport [et] de la mobilité aérienne. Si nous n'avons pas ces moyens, il nous faudra alors disposer de plus de troupes ».

Le déploiement de la force hybride est la troisième étape d'une opération en trois phases. Elle vise à remplacer la force de 7 000 hommes de la Mission de l'Union africaine au Soudan (AMIS) déjà déployée sur le terrain, une force sous-équipée qui s'est révélée jusqu'ici incapable de mettre fin au conflit du Darfour.

La première phase, « programme d'appui léger », a permis de financer à hauteur de 21 millions de dollars la composante logistique, apport en personnel, équipement et aide humanitaire de l'opération. La deuxième phase, « soutien renforcé », a permis de débloquer une contribution de 289,9 millions de dollars pour appuyer l'action de l'AMIS.

Le récent accord d'Addis-Abeba a été obtenu après des mois de polémiques autour des propositions faites pour le renforcement de l'action des forces internationales de maintien de la paix au Darfour.

Le conflit, qui a éclaté en 2003, a fait plus de deux millions de déplacés – près d'un habitant sur trois – au Darfour, vivant pour la plupart dans des camps de réfugiés. Près de 230 000 autres réfugiés vivent actuellement au Tchad voisin.

La semaine dernière, l'ONG anglaise Oxfam avait affirmé que depuis le début du conflit, la recrudescence des attaques dans la région avait considérablement réduit les possibilités d'accès des travailleurs humanitaires aux populations vulnérables.

 

juin 2007

Le Soudan accepte du bout des lèvres une force de paix

Le Figaro par Tanguy Berthemet, 14 juin 2007

 

Un contingent formé de troupes de l'ONU et de l'Union africaine pourrait se déployer au Darfour

 

APRÈS des mois d'âpres tractations, le Soudan a finalement accepté mardi le déploiement d'une force de paix au Darfour. Le futur contingent, mélange de troupes de l'Onu et de l'Union africaine, devrait compter près de 20 000 hommes, un nombre minimal selon les experts pour mettre un terme aux combats qui ensanglantent la province soudanaise depuis quatre ans. Hier, cependant, nul ne criait victoire.

Khartoum n'a donné pour l'heure qu'un accord de principe. « C'est néanmoins un pas dans la bonne direction  », expliquait un soudanais proche du dossier. Depuis près d'un an, Khartoum s'opposait catégoriquement, au nom de la souveraineté nationale, au renforcement, par l'Onu, des 7000 soldats africains déjà présents au Darfour. En septembre, le président Omar el-Béchir avait même menacé de lancer le Djihad contre tout casque bleu qui mettrait les pieds au Soudan. Pour obtenir un feu vert, les Nations-Unies ont donc mis sur pied un dispositif inédit. La future force hybride présentée lundi et mardi lors d'une réunion au siège de L'Union africaine à Addis-Abeba, sera sous commandement africain en relation avec l'Onu. Une exigence absolue de Khartoum.

Reste que dans les faits, le contenu de l'accord demeure très flou. Si le commandant en chef ainsi que plusieurs hauts-responsables, tous africains, ont déjà été désignés, les autres postes restent à pourvoir. Or, l'Onu a d'ores et déjà fait savoir qu'elle entendait conserver un droit de regard effectif sur cette mission, dont le budget annuel dépassera le milliard de dollars et sera entièrement financée par des fonds internationaux. Par ailleurs, la nationalité des troupes semblent, elle aussi, peu claire.

 

Menaces de rétorsion

 

Beaucoup redoutent que dans les semaines à venir, les autorités soudanaises utilisent ces imprécisions pour retarder le déploiement des soldats de la paix et enrayer leur efficacité. Elles pourraient aussi attiser les tensions naissantes entre l'Union africaine et l'Onu pour ralentir le processus, un art dans lequel Khartoum est passé maître. Dès mardi, les Etats-Unis ont d'ailleurs ouvertement douté de la bonne foi soudanaise. Le président soudanais Omar el-Béchir «  a déjà fait des promesses par le passé sur le fait qu'il acceptait une force hybride  », a-t-on rappelé au département d'Etat. Washington soupçonne Khartoum de vouloir gagner du temps en exigeant que les troupes ne proviennent que de pays africains . Mais les armées du continent, pauvres et déjà sollicitées en Somalie, sont incapables de fournir les 20 000 hommes prévus et encore moins la logistique nécessaire à l'envoi d'une telle force. De son côté, le gouvernement soudanais assure qu'il n'a rien à cacher : «  Le principe de la force hybride a été accepté,  », a affirmé le sous-secrétaire soudanais aux Affaires étrangères, Mutrif Seddik.

Cette bonne volonté affichée n'est pas surprenante. Ces derniers mois, la pression de la communauté internationale pour arrêter les massacres au Darfour s'est faite plus forte et les menaces de rétorsion plus précises. Khartoum semble redouter les jours à venir. Dimanche, les membres du Conseil de sécurité sont attendus au Soudan. Le 25 juin, une conférence internationale sur le Darfour réunira à Paris les principaux pays occidentaux et la Chine. Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ont affiché leur intention de réclamer le vote de sanctions financières internationales contre le Soudan. «  La force hybride sera utile , estime un spécialiste. Mais si rien n'est fait en parallèle sur le terrain politique, rien ne va vraiment changer  ».

 

juin 2007

Le volontarisme de Bernard Kouchner mis en échec

Le Figaro Actualisé, par Patrick de Saint-Exupéry, 14 juin 2007

 

Le Soudan refuse de participer à une conférence internationale sur le Darfour à Paris.

 

Paris s'est félicité hier de l'accord donné par le Soudan qui, après des mois de tergiversations, vient d'accepter le développement d'une force hybride déployée sous l'autorité de l'Union Africaine (UA) et des Nations unies (UN). « Cette opération hybride de l'UA et de l'ONU est une étape importante dans les efforts internationaux d'amélioration de la sécurité et de la situation humanitaire au Darfour » , a déclaré le porte-parole du Quai d'Orsay, Jean-Baptiste Mattéi.

 

Le propos est incontestable, la satisfaction affichée quelque peu forcée. Que les initiatives et les ardeurs de Paris aient éventuellement pu contribuer au déblocage du déploiement d'une force hybride au Darfour, cela est possible, nullement certain. La réaction de la diplomatie chinoise qui, tout comme Paris, a « salué cette décision » , en témoigne : « Les faits, estime Pékin, montrent qu'un dialogue sur un pied d'égalité est un moyen efficace de trouver une solution politique pour le Darfour. » Le désaveu se lit en filigrane : le volontarisme ne suffit pas.

 

Ce volontarisme a été, dès la nomination de Bernard Kouchner aux Affaires étrangères, à la base de l'approche française du dossier Darfour. S'emparant du sujet, après avoir assisté en mars dernier à un meeting à la Mutualité prônant une intervention armée, le ministre n'a pas caché sa détermination à faire du drame qui se joue à l'ouest du Soudan une « priorité » . D'où ses nombreuses interventions sur le thème des « corridors humanitaires » , sur une possible intervention internationale et sur la nécessité de former « un groupe de contact » . D'où également son périple africain qui l'a mené au Mali, au Tchad, puis au Soudan.

 

Les ONG réservées

 

Théorique, le volontarisme exprimé par Bernard Kouchner s'est peu à peu heurté au réel. À Paris, les ONG présentes de longue date au Darfour se sont mises à faire part de leurs plus extrêmes réserves. L'armée a également fait connaître ses doutes.

 

Sortant du premier Conseil des ministres, alors qu'il s'apprêtait à entamer une tournée en Afrique, Bernard Kouchner a admis qu'il n'était plus « du tout sûr » qu'il soit possible de mettre en place un corridor humanitaire. Ce fut le premier recul, assorti de la promesse d' « un plan et toute une démarche française » .

 

Ce fut l'axe sur lequel travaillèrent au Tchad le ministre et sa délégation. Pratiquement, il s'agissait d'étudier la sécurisation des immenses camps de déplacés de l'est du Tchad. Le résultat fut maigre : N'Djamena accepta certes « d'entrouvrir une porte » , mais la promesse n'était pas vraiment neuve.

 

Restait une dernière possibilité : convaincre le Soudan de participer à une réunion internationale sur le Darfour prévue pour le 25 juin à Paris. Le sujet fut abordé par le ministre qui rencontra le président Omar el-Béchir. Les entretiens ne furent pas « faciles » , nota Bernard Kouchner. Et surtout ne débouchèrent pas : les Soudanais ont informé hier « le ministre français de (leur) rejet de la conférence » prévue à Paris le 25 juin. Une fin de non-recevoir susceptible de compromettre « toute une démarche française » .

 

juin 2007

Kouchner à l'épreuve du Darfour

Le Parisien, Philippe Duval, 13 juin 2007

 

Le Darfour cette province de l'ouest du Soudan où plus de 200 000 personnes ont, selon l'ONU, depuis 2003, s'était invité dans la campagne présidentielle française. Au lendemain de sa nomination au Quai d'Orsay, Bernard Kouchner avait fait de ce dossier sa priorité, réunissant le 19 mai experts, diplomates et membres du collectif Urgence Darfour. On y avait évoqué la création de corridor, humanitaires pour permettre l'acheminement des vivres aux camps .de réfugiés Le nouveau ministre des Affaires étrangères est rentré hier d'un voyage qui l'a conduit au Soudan, au Darfour, en Centrafrique et au Tchad, pour plaider le déploiement dans la région d'une force hybride à dominante onusienne d'une vingtaine de milliers d'hommes. Le principe de la création de cette force avait déjà été discuté en novembre dernier par Philippe Douste-Blazy, le prédécesseur de Kouchner, et Omar el-Béchir, le président soudanais. Résumé des épisodes précédents.

 

1 - Le Darfour au centre de la campagne. Dans les semaines qui précèdent le premier tour de la présidentielle, Laurent Fabius, Bernard Henry Lévy dénoncent les hor reurs (massacres, pillages, viols, populations déplacées) au retour d'un voyage dans cette région du Soudan. Dans la foulée, le collectif Urgence Darfour organise un meeting à la Mutualité à Paris, en présence de plusieurs personnalités médiatiques et politiques dont Bemard Kouchner. ll fait aussi souscrire à certains candidats, dont Nicolas Sarkozy, plusieurs engagements dont l'un préconise l'usage de la force si Khartoum refuse le déploiement de 20 000 casques bleus au DarFour. Ségolène Royal surenchérit en proposant un boycott des Jeux olympiques en Chine, pays protecteur du régime soudanais.

 

2 - Des corridors humanitaires. L'idée est lancée par le Quai d'Orsay le 29 mai. II s'agirait d'acheminer au Darfour les convois de vivres et de médicaments sous protection militaire. Les ONG engagées dans la province soudanaise sont contre car elles craignent d'être prises entre deux feux: « Ce n'est ni réaliste, ni raisonnable, ni suffisant Une telle initiative, rencontrera inévitablement une réaction violente sur le terrain », estime le Secours catholique. L'armée française, qui a déjà fort à faire dans la Centrafrique voisine (lire Fait du jour), estime aussi que le projet est irréalisable dans un conflit où il n'existe pas de front mais de multiples factions rebelles très mobiles. Le projet est enterré le 6 juin par Kouchner lui-même : « Le corridor, est un bon concept quand il peut s'adapter. »

 

4 - Une conférence à Paris le 25 juin. L'annonce en est faite par Sarkozy le 7 juin en marge du sommet du G 8. Cette réunion aura lieu en présence des représentants du groupe de contact sur le Darfour (France, Etats-Unis, Royaume-Uni, ONU, Union africaine...) et de deux pays invités, la Chine et l'Egypte, le voisin du nord. Le 11 juin, le ministre des Affaires étrangères soudanais juge la date de cette conférence « inopportune », la qualifiant de «distraction » et ajoutant qu'« il y a trop d'initiatives sur le Darfour ».

 

5 - La rencontre avec le président soudanais. A une question posée lundi au sortir de son entretien avec Omar el-Béchir, Bernard Kouchner répond qu'« il ne s'est pas déroulé facilement». Il y a de la part du président soudanais « une incompréhension », ajoute le chef du Quai d'Orsay. Le terme est faible. Au droit d'ingérence humanitaire prôné par Kouchner, El-Béchir continue à opposer la souveraineté du Soudan et sa volonté de « pacifier le Darfour» avec ses propres forces. Ce qui passe, selon lui, par un désarmement des milices et un accord de paix avec toutes les factions rebelles. Hier, après une réunion avec l'ONU et l'Union africaine, il a fini par accepter le déploiement d'une force hybride étrangère sur son sol. Sans préciser si elle serait à dominante africaine, comme il l'a toujours réclamé, ou onusienne, comme le demande la communauté internationale, Kouchner en tête.

 

juin 2007

Des sanctions qui portent peu à conséquence

A Khartoum, on ne s'émeut guère des nouvelles mesures prises par les Etats-Unis dans le cadre de la crise du Darfour.

 

Courrier International, 13 juin 2007, par Ismaïl Adam, Asharq Al-Awsat, Londres

 

Les sanctions ne sont pas une nouveauté; nous en avons l'habitude. " Cette phrase de Hamza AI-Fadlaby, directeur général de l'Office des chemins de fer du Soudan, résume bien le sentiment général au sein des directions des 31 entreprises figurant sur la nouvelle liste des sanctions publiées le 29 mai par l'administration Bush.

"Nous subissons ces sanctions depuis 1996, a précisé AI-Fadlaby. A l'époque, plus de quarante entreprises étaient visées. " Le patron des chemins de fer a reconnu que ces sanctions ont sérieusement affecté le fonctionnement de son entreprise des années durant. Le Soudan comptait 105 trains de fabrication américaine en circulation cette année là. Faute de pièces détachées, ces trains ont connu de nombreuses pannes, et seulement seize d'entre eux fonctionnent aujourd'hui. "Cependant, souligne AI-Fadlaby, ces deux dernières années; les sanctions pèsent moins lourd. " En effet, la flotte d'origine américaine a été remplacée par du matériel en provenance de Chine et d'Inde, comblant efficacement la pénurie jusque-là réelle. Certaines entreprises se sont abstenues de commenter l'information. Elles expliquent leur réserve par le fait qu'elles ont été surprises de voir leur nom inscrit sur la liste des sanctions. Ainsi, l'un des responsables de la grande entreprise agricole d'AI-Gezira, située au centre du pays; se dit très étonné de la voir figurer sur la liste des entreprises boycottées. En effet, il s'agit d'une structure dont la propriété a été, depuis 2005, transférée par l'Etat aux agriculteurs. Le responsable n'a toutefois pas caché son inquiétude quant à d'éventuelles répercussions néga tives que pourrait entraîner le boycott décidé par Washington.

Pour sa part, le ministre des Finances, AI­Zubair Ahmed Hassan, a indiqué que son pays procédait à une évaluation des conséquences de la décision américaine pour tenter d'en limiter les effets. Le gouvernement met tout en oeuvre pour sauvegarder les intérêts du pays via la voie diplomatique et les contacts bilatéraux avec certains pays influents. Hassan a précisé que c'était pour faire face à toute éventualité, dans une allusion claire à une possible adoption des sanctions par le Conseil de sécurité des Nations unies à la suite des efforts de Washington pour étendre et renforcer le blocus du Soudan. Ces mesures touchent aussi bien les exportations que les importations, notamment celles concernant l'industrie lourde et l'électronique ; mais, aujourd'hui, le Soudan s'approvisionne auprès de parties tierces [en particulier la Chine].

Enfin, le Dr Safwat Sobhi Fanous, professeur de sciences politiques à l'université de Khartoum, souligne que les sanctions américaines sont "une vieille histoire qui a fait 1a preuve de son inefficacité". Concernant les 31 entreprises ajoutées à la liste américaine, l'universitaire s'est dit, lui aussi, sceptique quant à un quelconque effet de cette décision. Le Soudan ne dépend des Etats-Unis "ni pour ses emprunts, ni pour son armement, ni pour la commercialisation de ses produits", sans compter qu'il "n'y a pas d'investissements américains dans le pays". Cependant, précise le Pr Fanous, si les sanctions évoluaient vers des pressions américaines sur les entreprises étrangères dans le but qu'elles retirent leurs investissements et interrompent leurs relations avec le Soudan, surtout dans le secteur pétrolier, "les effets négatifs se feraient alors sentir de manière très prégnante sur l'économie soudanaise".

 

juin 2007

Darfour : l'initiative française" suscite les réticences du Soudan

Le Monde par Jean-Philippe Rémy, 13 juin 2007

Au terme d'un voyage africain - le premier depuis qu'il a été nommé ministre des affaires étrangères - qui l'a mené d'abord au Mali et au Tchad, Bernard Kouchner s'est rendu à Khartoum, lundi 11 juin, pour y évoquer avec les autorités soudanaises certains aspects de l'"initiative française" sur le Darfour. Dans cette région de l'ouest du Soudan, plus de 200 000 personnes sont mortes ou ont été tuées depuis 2003 en raison de la guerre civile, d'expéditions punitives ou de mauvais traitements. Plus de 2 millions de déplacés vivent dans des camps.

Ni le déploiement d'une force de l'Union africaine (UA), ni la signature d'accords mal préparés ne sont parvenus jusqu'ici à mettre fin à la crise du Darfour, en dépit de la mise sur pied de neuf initiatives de paix concurrentes. Face à cette double difficulté, il ne sera pas facile à la France de faire la différence. Le plan de Paris prévoyait, initialement, d'ouvrir des "corridors humanitaires" entre le Tchad et le Darfour. Cette idée a déjà été mise en sommeil en raison de l'opposition ouverte de responsables d'organisations humanitaires, des Nations unies et du gouvernement soudanais.

A présent, Paris tente d'explorer une voie plus "politique" en organisant dans la capitale française, le 25 juin, une réunion du "groupe de contact" sur le Darfour - qui comprend des pays favorables à une "ligne dure" contre Khartoum, comme la Grande-Bretagne ou les Etats-Unis - auquel sera invitée à se joindre la Chine, alliée du Soudan.

 

"Pas facile"

 

Fort de cette proposition dans le registre de la médiation, sans doute Bernard Kouchner ne s'attendait-il pas à trouver à Khartoum une réaction aussi peu enthousiaste. Le ministre des affaires étrangères français a qualifié de "pas facile" le climat de son entrevue avec le président soudanais, Omar Al-Bachir.

Au sortir de cet entretien, M. Kouchner s'est dit convaincu d'avoir "dissipé des malentendus" avec le président Bachir, en lui montrant la "vraie nature de l'émotion dans le monde concernant le Darfour" . "J'espère qu'il aura un peu mieux senti la préoccupation internationale" , a déclaré le ministre français. Son homologue soudanais, Lam Akol, a de son côté affirmé que la date choisie pour la réunion de Paris n'était "peut-être pas opportune" , avant de rappeler que l'initiative "la plus importante" , selon lui, était celle menée par l'UA et l'ONU.

Face à une autre initiative de M. Kouchner, celle du déploiement d'une force européenne à forte composante française dans l'est du Tchad pour y protéger les déplacés tchadiens et les réfugiés soudanais, Ghazi Salahuddin Atabani, un conseiller présidentiel, a également affiché des réticences, affirmant que le Soudan n'a "pas donné (son) accord" pour que cette force, si elle devait être créée, soit responsable des réfugiés du Darfour. "Le ministre (français) nous a assuré que, si des troupes étaient déployées avec l'accord du Tchad, elles ne seraient pas dirigées contre des intérêts soudanais et ne seraient pas en charge de citoyens soudanais (réfugiés au Tchad) " , a affirmé le conseiller du président Bachir.

 

juin 2007

Au Soudan, Bernard Kouchner ne convainc pas sur le Darfour

L'idée d'une réunion internationale à Paris a été rejetée par ses hôtes.

Libération, 12 juin 2007, par Thomas Hofnung

 

C'était la dernière étape de son périple africain, la plus attendue et sans doute la plus périlleuse. Après le Mali et le Tchad, le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, était hier à Khartoum pour évoquer avec les responsables du Soudan la crise au Darfour et leur présenter ce que le Quai d'Orsay a baptisé «l'initiative française».  Une mission délicate. Les autorités de Khartoum ont en effet accueilli plutôt fraîchement la perspective d'une réunion, le 25 juin à Paris, du groupe de contact sur le Darfour, élargi à plusieurs pays impliqués dans le dossier - notamment la Chine, proche allié du Soudan.

Cette réunion vise à définir une position commune de la communauté internationale avant de relancer les négociations entre les parties au conflit.

«Nous pensons que le moment pour la réunion de Paris n'est peut-être pas opportun, mais le ministre Kouchner a ses raisons»,  a souligné le ministre soudanais des Affaires étrangères, Lam Akol. Les Soudanais estiment qu'il est inutile de multiplier les efforts de médiation internationale. Depuis le début de la crise au Darfour, début 2003, plusieurs pays - le Tchad, l'Erythrée, la Libye ou encore l'Arabie Saoudite - ont tenté sans succès de mettre fin au conflit. «Il faut éviter de créer une initiative parallèle»,  a lâché un proche conseiller du président soudanais, Ghazi Atabani.

«Méthode».  Lors de son entrevue avec Kouchner, le chef de la diplomatie soudanaise a plutôt demandé à la France de faire pression sur les rebelles pour qu'ils se rallient à l'accord d'Abuja (Nigeria), signé par une partie d'entre eux seulement en mai 2006. «C'est la méthode habituelle des Soudanais  », confie un expert. «Ils font des nœuds que nous devons essayer de défaire les uns après les autres. Mais leurs préventions prouvent au moins que la réunion de Paris est loin de les laisser indifférents, notamment parce que les Chinois y seront.»  Pékin, qui achète les deux tiers du pétrole soudanais, est en théorie à même d'exercer des pressions efficaces sur le régime de Khartoum.Au-delà du « plan »  français, Bernard Kouchner a pu mesurer le chemin qu'il restait à parcourir pour parvenir ne serait-ce qu'à une meilleure compréhension entre Soudanais et Occidentaux. Après son entretien avec le président Omar el-Béchir, il a confié avoir tenté de lui expliquer «la vraie nature de l'émotion à travers le monde»  sur le Darfour. Le général El-Béchir, au pouvoir depuis 1989, soupçonne les Occidentaux, notamment les Etats-Unis, de vouloir porter atteinte à la souveraineté et à l'unité du Soudan. «Il ne comprend pas pourquoi l'opinion internationale s'intéresse au Darfour»,  a rapporté le ministre français.L'ancien promoteur du droit d'ingérence s'est employé à tenter de le rassurer, tout en restant ferme sur les principes qui sont les siens : Le Darfour «n'est pas seulement un problème africain»  ou «une affaire intérieure»,  a argumenté le promoteur du droit d'ingérence, soulignant qu'il existait «une sensibilité mondiale à propos des droits de l'homme».  Mais, et il le reconnaissait lui-même, il n'est pas certain d'avoir convaincu le président du Soudan.

«Sanctions».  L'une des difficultés pour Bernard Kouchner a aussi été de faire comprendre à ses interlocuteurs que Paris, tout en jouant la carte de la modération diplomatique, s'affiche clairement dans le camp des pays qui veulent que cesse au plus vite la tragédie du Darfour. «Les Soudanais, qui savent jouer à merveille des divisions entre les uns et les autres, comptent sur la France pour faire contrepoids aux Américains»,  notait un conseiller de Kouchner. «Mais nous leur avons signifié que le temps jouait contre eux : plus la crise dure, plus la Cour pénale internationale risque de multiplier les poursuites judiciaires, et l'ONU renforcera un jour ou l'autre les sanctions internationales.»  Dans l'entourage du chef de la diplomatie française, on notait aussi l'accueil plutôt chaleureux réservé à Kouchner à Khartoum. Ce dernier connaît bien le Soudan, et les Soudanais le connaissent bien. Dans les années 80, au plus fort du conflit au Sud-Soudan, l'ancien French doctor est entré plusieurs fois clandestinement pour monter des hôpitaux de fortune. Mais les temps ont changé. De part et d'autre d'ailleurs: l'homologue soudanais de Kouchner, Lam Akol, est un ancien responsable rebelle du Sud, propulsé à la tête de la diplomatie soudanaise après la signature d'un accord de paix entre Khartoum et le Sud, début 2005

juin 2007

Le Soudan réservé sur l'initiative française

En visite à Khartoum, le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, a tenté de rallier le gouvernement soudanais à l'idée d'une conférence internationale, le 25 juin, à Paris.

 

Le Figaro, 12 juin 2007, par Tanguy Berthemet, envoyé spécial

 

La visite, hier, de Bernard Kouchner à Khartoum, ne se voulait pas symbolique. Alors que le président Nicolas Sarkozy a fait de l'arrêt du conflit au Darfour une de ses priorités, le ministre des Affaires étrangères entendait par ce voyage « dissiper des malentendus », mais surtout expliquer au gouvernement soudanais les objectifs de la réunion de Paris. Cette conférence internationale doit réunir le 25 juin dans la capitale française les principaux pays occidentaux impliqués dans la résolution de cette crise ainsi que la Chine et l'Égypte.

L'initiative française a reçu un accueil prudent. Au cours d'une entrevue «  pas facile » avec le président soudanais, Omar al-Bachir, Bernard Kouchner a tenté de faire comprendre « la nature de l'émotion loin de toute agression » suscitée en Occident par la situation au Darfour. Sans vraiment convaincre. « Il reste des ambiguïtés qui ne sont pas près d'être levées», a-t-il reconnu.

Lam Akol, le ministre des Affaires étrangères soudanais, a estimé que «la date de la conférence de Paris n'(était) peut-être pas opportune ». Ghazi Atabani, un proche conseiller du président soudanais, s'est montré tout aussi réservé. Tout en reconnaissant que certaines idées françaises «doivent être examinées », il dit redouter « une initiative parallèle, au moment où se multiplient les forums ».

En quatre ans de conflit, de nombreux médiateurs se sont rendus au chevet du Darfour. La conférence de Paris veut réunir une partie de ces efforts pour obtenir un feu vert soudanais sur l'envoi d'une force dé paix internationale au Darfour. Pour l'heure, seuls 7 000 soldats de l'Union africaine (UA) sont déployés. Mais, très mal équipé et sous-financé, ce contingent s'est montré incapable d'enrayer les violences; qui ont déjà fait près de 200 000 morts et forcé 2,2 millions de personnes à fuir dans des camps.

En novembre dernier, un projet avait été élaboré par les Nations unies pour porter les effectifs à 23 000 hommes. Mais ce plan hybride, qui mélange tout à la fois forces africaines et internationales, n'a pas eu de suites. Sa mise en œuvre s'est heurtée au refus de Khartoum. « Le gouvernement soudanais est passé maître dans l'art de refuser toute avancée en jouant sur les contradictions de ses adversaires », souligne Alfred Taban, directeur du quotidien Khartoum Monitor.

« Je ne céderai pas à la lassitude » La querelle entre ONU et UA pour la direction de la future mission a servi de prétexte au Soudan pour, tout en l'acceptant officiellement, bloquer tout réel déploiement et exiger un commandement et des troupes exclusivement africains. « La force hybride n'est pas une compétition, encore moins une lutte entre l'Union africaine et l'ONU », a assuré le ministre français.

De fait, cette dispute semble désormais en partie close. Un nouveau plan prévoyant un commandement conjoint de la mission devait être présenté hier à Addis-Abeba. Cette répartition des rôles, bien qu'encore floue, a été acceptée par Ban Ki-moon. Reste désormais à connaître la réaction de Khartoum. « Je voudrais être opti miste, mais dans tous les cas je ne céderai pas à la lassitude » , a affirmé Bernard Kouchner.

En cas de fin de non-recevoir soudanais, la conférence de Paris aura pour tâche de trouver de nouvelles stratégies. Les États-Unis ne cachent pas leur intention d'augmenter les pressions. Déjà, mercredi, l'ambassadeur américain à l'ONU, Zalmay Khalilzad, a averti que Washington ferait pression pour que l'ONU adopte « des sanc tions multilatérales qui incluront l'imposition d'une zone d'interdiction de survol du Darfour » à l'aviation soudanaise. Une option face à laquelle Paris demeure mitigé. « Les sanctions doivent être examinées au cas par cas, car leur efficacité varie. Elles ont marché contre l'Afrique du Sud; nettement moins à l'égard de l'Irak u, a rappelé Bernard Kouchner.

 

juin 2007

Le Soudan accepte le déploiement d'une force «hybride» au Darfour

Des troupes de l'Union africaine et des Nations unies devraient être déployées dans cette région soudanaise en guerre depuis 2003. L'accord conclu mardi à Addis Abéba envisage un cessez-le-feu «complet et immédiat» des hostilités.

 

Libération, 12 juin 2007

 

Le gouvernement soudanais a accepté mardi le déploiement d'une «force hybride» Union africaine (UA) - Nations unies dans la province du Darfour, selon un communiqué conjoint UA-ONU-Soudan publié à Addis Abéba à l'issue de consultations entre les trois parties au siège de l'UA. «Au vu des explications et clarifications fournies par l'UA et l'ONU (...), le gouvernement du Soudan a accepté les propositions communes sur l'opération hybride», selon le communiqué lu par le Commissaire pour la paix et la sécurité de l'UA, Saïd Djinnit.

Les «propositions» dont fait état le communiqué n'ont pas été rendues publiques dans l'immédiat. «La réunion a conclu que l'opération proposée contribuerait considérablement à la stabilisation de la situation au Darfour, dans ses dimensions politiques, humanitaires et sécuritaires», ajoute le communiqué.

«Les participants ont en outre convenu de la nécessité d'un cessez-le-feu immédiat et complet, accompagné d'un processus politique inclusif» , selon la même source. Les consultations tenues lundi et mardi à Addis Abéba visaient à «ouvrir la voie au déploiement rapide de l'opération hybride UA-ONU au Darfour», a expliqué l'UA.

Le Soudan est sous pression internationale pour accepter une puissante force militaire au Darfour (ouest), région en guerre civile depuis 2003, pour remplacer les 7000 soldats de l'UA -mal financés et mal équipés- qui sont déjà déployés.

 

Quelque 200000 personnes sont mortes dans ce conflit et le nombre de déplacés a dépassé les deux millions, selon des estimations contestées par les autorités de Khartoum.

 

juin 2007

Acceptation par le Soudan du déploiement de la force hybride ONU-UA au Darfour

Nation Unies, New York, 12 juin 2007

 

Le Secrétaire général des Nations Unies a salué aujourd'hui le résultat des consultations de haut-niveau sur la force hybride de l'ONU et de l'Union africaine au Darfour, dont le déploiement a enfin été accepté par le gouvernement du Soudan.

«Il espère une mise en oeuvre rapide des trois phases de cette opération de maintien de la paix au Darfour », souligne un message transmis par sa porte-parole, Michèle Montas, lors de son point presse quotidien au siège des Nations Unies à New York.

Le Secrétaire général insiste également sur la nécessité d' « un cessez-le-feu intégral immédiat couplé d'un processus politique global, des étapes essentielles pour arriver à une solution durable à la crise au Darfour ».

Les participants aux consultations de haut-niveau qui ont eu lieu ces deux derniers jours dans la capitale éthiopienne, Addis-Abeba, ont souligné quant à eux l'importance de résolutions et de décisions autorisant cette opération, à la fois au Conseil de sécurité et au Conseil de paix et sécurité de l'Union africaine.

Ils ont convenu d'un cessez-le-feu et d'un processus politique global, insistant sur la nécessité que les pays contributeurs de troupes militaires et de police, tout comme les donateurs, facilitent un déploiement rapide et couronné de succès de l'opération hybride.

Le 19 décembre 2006, le Conseil de sécurité avait souscrit aux conclusions d'une réunion à Addis-Abeba un mois plus tôt qui avait abouti à un accord sur la formation d'une force mixte des Nations Unies et de l'Union africaine pour maintenir la paix dans la région du Darfour en proie à une nouvelle flambée de violence.

Tout en en acceptant le principe, le Soudan, par la voix de son président Omar El-Béchir, avait depuis émis des réserves qui ont retardé le déploiement de cette force dépêche du 15.03.2007).

L'ONU et l'UA prévoient le déploiement de 19.000 à 20.000 soldats, 3.700 policiers et 19 unités de police pour répondre aux besoins sur le terrain dans la province occidentale du Darfour, où le conflit a fait depuis 2003 plus de 200.000 victimes et entraîné le déplacement de 2,5 millions de personnes, à l'intérieur du Soudan et dans les pays voisins, en particulier au Tchad.

La Mission de l'Union africaine au Soudan (MUAS), forte de 7 000 hommes et déployée au Darfour depuis 2004, s'est révélée incapable de protéger les populations civiles de la région.

 

 

 

juin 2007

Au Soudan, Bernard Kouchner ne convainc pas sur le Darfour

L'idée d'une réunion internationale à Paris a été rejetée par ses hôtes.

 

Libération, 12 juin 2007, par Thomas Hofnung

 

C'était la dernière étape de son périple africain, la plus attendue et sans doute la plus périlleuse. Après le Mali et le Tchad, le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, était hier à Khartoum pour évoquer avec les responsables du Soudan la crise au Darfour et leur présenter ce que le Quai d'Orsay a baptisé «l'initiative française».  Une mission délicate. Les autorités de Khartoum ont en effet accueilli plutôt fraîchement la perspective d'une réunion, le 25 juin à Paris, du groupe de contact sur le Darfour, élargi à plusieurs pays impliqués dans le dossier - notamment la Chine, proche allié du Soudan.

Cette réunion vise à définir une position commune de la communauté internationale avant de relancer les négociations entre les parties au conflit.

«Nous pensons que le moment pour la réunion de Paris n'est peut-être pas opportun, mais le ministre Kouchner a ses raisons»,  a souligné le ministre soudanais des Affaires étrangères, Lam Akol. Les Soudanais estiment qu'il est inutile de multiplier les efforts de médiation internationale. Depuis le début de la crise au Darfour, début 2003, plusieurs pays - le Tchad, l'Erythrée, la Libye ou encore l'Arabie Saoudite - ont tenté sans succès de mettre fin au conflit. «Il faut éviter de créer une initiative parallèle»,  a lâché un proche conseiller du président soudanais, Ghazi Atabani.

 

«Méthode».  Lors de son entrevue avec Kouchner, le chef de la diplomatie soudanaise a plutôt demandé à la France de faire pression sur les rebelles pour qu'ils se rallient à l'accord d'Abuja (Nigeria), signé par une partie d'entre eux seulement en mai 2006. «C'est la méthode habituelle des Soudanais  », confie un expert. «Ils font des nœuds que nous devons essayer de défaire les uns après les autres. Mais leurs préventions prouvent au moins que la réunion de Paris est loin de les laisser indifférents, notamment parce que les Chinois y seront.»  Pékin, qui achète les deux tiers du pétrole soudanais, est en théorie à même d'exercer des pressions efficaces sur le régime de Khartoum.Au-delà du « plan »  français, Bernard Kouchner a pu mesurer le chemin qu'il restait à parcourir pour parvenir ne serait-ce qu'à une meilleure compréhension entre Soudanais et Occidentaux. Après son entretien avec le président Omar el-Béchir, il a confié avoir tenté de lui expliquer «la vraie nature de l'émotion à travers le monde»  sur le Darfour. Le général El-Béchir, au pouvoir depuis 1989, soupçonne les Occidentaux, notamment les Etats-Unis, de vouloir porter atteinte à la souveraineté et à l'unité du Soudan. «Il ne comprend pas pourquoi l'opinion internationale s'intéresse au Darfour»,  a rapporté le ministre français.L'ancien promoteur du droit d'ingérence s'est employé à tenter de le rassurer, tout en restant ferme sur les principes qui sont les siens : Le Darfour «n'est pas seulement un problème africain»  ou «une affaire intérieure»,  a argumenté le promoteur du droit d'ingérence, soulignant qu'il existait «une sensibilité mondiale à propos des droits de l'homme».  Mais, et il le reconnaissait lui-même, il n'est pas certain d'avoir convaincu le président du Soudan.

 

«Sanctions».  L'une des difficultés pour Bernard Kouchner a aussi été de faire comprendre à ses interlocuteurs que Paris, tout en jouant la carte de la modération diplomatique, s'affiche clairement dans le camp des pays qui veulent que cesse au plus vite la tragédie du Darfour. «Les Soudanais, qui savent jouer à merveille des divisions entre les uns et les autres, comptent sur la France pour faire contrepoids aux Américains»,  notait un conseiller de Kouchner. «Mais nous leur avons signifié que le temps jouait contre eux : plus la crise dure, plus la Cour pénale internationale risque de multiplier les poursuites judiciaires, et l'ONU renforcera un jour ou l'autre les sanctions internationales.»  Dans l'entourage du chef de la diplomatie française, on notait aussi l'accueil plutôt chaleureux réservé à Kouchner à Khartoum. Ce dernier connaît bien le Soudan, et les Soudanais le connaissent bien. Dans les années 80, au plus fort du conflit au Sud-Soudan, l'ancien French doctor est entré plusieurs fois clandestinement pour monter des hôpitaux de fortune. Mais les temps ont changé. De part et d'autre d'ailleurs: l'homologue soudanais de Kouchner, Lam Akol, est un ancien responsable rebelle du Sud, propulsé à la tête de la diplomatie soudanaise après la signature d'un accord de paix entre Khartoum et le Sud, début 2005

 

 

juin 2007

Soudan: durcissement des sanctions

Africa Confidential, 11 juin 2007

 

A défaut d'avoir une véritable efficacité, les sanctions des Etats-Unis contre le Soudan, renforcées le 29 mai dernier, ont attiré l'attention sur l'importance des pressions économiques qui peuvent s'exercer contre le régime islamique. Marathon Oil Corporation, partenaire de Total "dans le sud, est parti, alors que le président du Sud Soudan Salva Ki ir ordonnait à White Nile de Phil Edmonds de quitter cette même concession. Le contrat, orchestré par son adjoint Riek Machar , fait l'objet d'une enquête. D'autres pressions se sont récemment exercées, notamment une campagne contre les "jeux du génocide" en Chine, ou encore le désinvestissement de Rolls Royce et Fidelity.

Les sanctions américaines visent 31 entreprises liées au gouvernement mais ignorent la plupart des sociétés écrans du National Islamic Front-National Congress qui permettent au parti de manoeuvrer au plan financier et politique. Les plus intéressantes sont les entreprises chimiques ou autres dont le nom comporte les mots "advanced" ou "hi-tech", ainsi que le complexe Giad. Autre entreprise digne d'attention, AI Sunut Development Company. Azza air transport figure peut-être sur la liste car les Nations unies ont vu décharger des armes et des caisses après l'accident d'un Antonov an-12 qu'elle avait affrété, à el Geneina, au Darfour.

Les trois personnalités citées sont le secrétaire d'Etat chargé des Affaires humanitaires Ahmed Mohamed Harun , accusé de crimes de guerre par le tribunal pénal International; Awad Mohamed Ahmed Ibn Auf , chef du renseignement militaire et de la sécurité. Et Khalil Ibrahim Mohamed Achar Foudeil Taha , chef du Justice and equality Movement, qui a refusé de signer l'accord de paix de 2006 sur le Darfour (resté largement lettre morte). Khalil, ancien ministre du NIF, est considéré comme un proche d'Hassan el Turabi.

 

 

juin 2007

Les armes et la haine font taire la voix de la raison, au Tchad

IRIN, N'Djamena, 11 juin 2007

 

Saïd Ibrahim Mustapha, ancien sultan de Goz Beida, la capitale du département du Dar Sila, dans le sud-est du Tchad, est un homme dont les opinions sur le conflit complexe qui sévit dans l'est du Tchad sont aujourd'hui écoutées avec attention par les diplomates et les travailleurs humanitaires.

Le département de Dar Sila abrite plus de 100 000 des 150 000 Tchadiens déplacés par les troubles qui secouent la région.

« Il nous aide à comprendre les complexités des relations sociales au sein des communautés locales et nous permet de savoir si les projets que l'on envisage de mettre en place fonctionneront ou non », a expliqué le directeur d'une ONG de Goz Beida.

« [L'ancien] sultan est l'un des rares à s'exprimer avec clarté et bon sens dans la région », a estimé Daniel Augstburger, haut responsable des secours d'urgence du Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires.

Enseignant de formation, Saïd était le principal leader du groupe ethnique dadjo, auquel appartient une majorité des populations déplacées de la région. Toutefois, il accuse à égale mesure toutes les parties prenantes d'être responsables des violences, et les a toutes encouragées à baisser les armes et à engager des pourparlers.

« Nous ne nous en sortirons que si nous éprouvons tous des regrets », a-t-il affirmé.

Néanmoins, en janvier, lorsque le sultan s'est vu contraint d'abdiquer, ses efforts de pacification ont été brutalement interrompus. Selon lui, le gouvernement l'aurait forcé à renoncer à ses fonctions ; il accuse en effet les autorités d'alimenter les violences.

 

L'ex-sultan s'exprime

 

Au cours d'un entretien, l'ancien sultan a commencé par expliquer ce qu'impliquait ce statut, généralement conféré à vie. « Je représentais l'intérêt de tous les citoyens du Dar Sila, qu'ils soient noirs ou arabes, bien qu'aujourd'hui, ils se soient en grande partie retournés les uns contre les autres ».

Dans le département du Dar Sila, une grande partie du territoire est aujourd'hui abandonnée, a-t-il déclaré.

« Cinq des neuf cantons du Dar Sila sont aujourd'hui déserts. Les habitants vivent les uns sur les autres dans quatre cantons », a-t-il poursuivi.

Selon lui, les pressions subies par les communautés d'accueil sont « terribles », notamment dans la ville de Goz Beida, où la population est passée de 5 000 à 50 000, sans que l'offre en biens ne parvienne à suivre la demande.

Le prix des denrées alimentaires de base telles que le mil et le sorgho sont en hausse et de nombreuses personnes déclarent ne pas avoir les moyens de se les procurer. L'eau est également devenue problématique, et les réserves de bois, pour la cuisine, ont été épuisées.

« Regardez les montagnes qui entourent Goz Beida, par exemple. Il n'y a plus d'arbres – il n'y a plus que des souches mortes. De même, une grande partie de nos terres fertiles est occupée par les personnes déplacées et les réfugiés. On ne peut pas continuer comme cela », a-t-il déclaré.

 

Les armes à feu

 

Saïd a expliqué que les communautés noires et arabes avaient vécu côte à côte dans le Dar Sila pendant des siècles et que les sultans qui l'ont précédé avaient pu résoudre les conflits entre les familles et les communautés de manière plus ou moins pacifique.

Ce qui a changé, a-t-il expliqué, ce sont les armes à feu. « Aujourd'hui, tous les groupes sont armés et nous ne pouvons plus les maîtriser ».

Il a été incapable de déterminer d'où provenaient ces armes.

« Je ne connais pas de marché aux armes à Goz Beida ni ailleurs dans la région », a-t-il dit. «Peut-être qu'elles sont arrivées du Soudan, d'une manière ou d'une autre ».

Toutefois, dans la région, le gouvernement tchadien est accusé, par les communautés noires et arabes comme par les travailleurs humanitaires, d'avoir armé et entraîné des milices locales afin qu'elles repoussent les communautés arabes des deux côtés de la frontière entre le Tchad et le Soudan.

Saïd a refusé de répondre à la question directement : « Je ne peux pas affirmer que le gouvernement fournit des armes à mes administrés, mais je sais qu'il les influence en leur insufflant l'idée [de prendre les armes] », a-t-il déclaré.

En revanche, il a exprimé clairement sa désapprobation quant à certains membres de sa propre communauté (les Dadjo), qui ont formé des groupes armés de défense civile.

« Cela ne fait qu'aggraver les choses », a-t-il affirmé. « Les milices sont devenues les marionnettes du gouvernement ».

 

Le Darfour dans l'équation

 

Pour Saïd, les problèmes qui touchent la région du Dar Sila proviennent au moins en partie des tensions constantes entre les gouvernements de N'djamena et de Khartoum, et de la violence au Darfour.

Jusqu'en 2003, époque à laquelle les réfugiés ont commencé à affluer du Soudan au Tchad et où la guerre au Darfour a commencé à sévir plus près de la frontière tchadienne, les groupes arabes tchadiens vivaient généralement en harmonie avec les communautés noires, a-t-il dit.

Par la suite, les milices arabes, connues au Soudan sous le nom de janjawid, ont commencé à mener des raids au-delà de l'invisible frontière qui sépare le Tchad du Soudan pour voler du bétail, tuer les populations et brûler des habitations.

Plusieurs groupes arabes tchadiens, et peut-être aussi quelques groupes issus des communautés noires, ont été contraints ou convaincus de se joindre à ces milices.

« Cela a engendré une haine et une méfiance au sein des populations noires du Dar Sila, qui ont commencé à mettre les Arabes tchadiens dans le même panier que les janjawids soudanais», a-t-il dit.

Saïd accuse également les 250 000 Soudanais réfugiés dans l'est du Tchad, contraints à fuir du Darfour par une campagne de violence et de meurtres menée par les milices arabes soutenues par les autorités soudanaises ; selon lui, ces populations réfugiées auraient « transmis » aux communautés noires tchadiennes leur haine des Arabes.

Des groupes issus des communautés noires ont commencé à se procurer des armes à feu, des lances, des arcs et des flèches pour constituer des forces de défense villageoises connues dans la région sous le nom de « toroboro ». « Les Soudanais ont contribué à convaincre les Tchadiens de s'armer contre les Arabes », a-t-il estimé.

« Ce terme de [milices] “janjawid” n'existait pas auparavant dans notre vocabulaire. Le mot “ toroboro” [milices noires] non plus. Ces mots sont venus du Soudan. On ne les connaissait pas avant 2003 », a-t-il noté.

 

Aucune issue aux hostilités

 

Saïd a estimé que ses tentatives pour apaiser les hostilités entre les groupes ethniques noirs et arabes du Dar Sila avaient échoué essentiellement parce que le gouvernement n'avait pas « joué son rôle ».

A terme, en raison de ses différences d'opinion avec le gouvernement sur la manière de résoudre la crise, il lui est devenu impossible de conserver son statut de sultan.

« Les communautés qui en sont venues à se détester doivent être maintenues séparées par des forces armées », a-t-il affirmé à IRIN, mais les soldats du gouvernement sont trop occupés à traquer les dissidents pour consacrer le temps qu'il faudrait à ces communautés.

Au contraire, a expliqué Saïd, le gouvernement encourage les communautés ethniques noires, et notamment les Dadjo, à constituer des groupes de défense civile pour combattre les forces présumées pro-soudanaises. Les jeunes de la région ont été particulièrement influencés par ces incitations, a-t-il souligné.

« J'ai dû renoncer à mes fonctions lorsque les milices dadjo m'ont demandé de soutenir leur plan pour exterminer les Arabes de la région et que j'ai refusé », a-t-il raconté. « Les milices sont contrôlées par les politiciens, alors j'ai finalement compris que je n'avais pas d'autre choix que d'abdiquer ».

 

Tenu au secret

 

Après son entretien avec l'ancien sultan, le journaliste d'IRIN s'est rendu auprès d'Ali Rahama, Secrétaire général du gouvernement dans le département du Sila. Celui-ci a nié un «Le gouvernement n'a rien à voir avec l'abdication du sultan », a-t-il déclaré. « C'est sa propre communauté qui s'est retournée contre lui ».

M. Rahama a également nié le fait que le gouvernement armerait des groupes de miliciens ou encouragerait la formation de tels groupes.

Mais il a également déconseillé à IRIN de tenter de parler de nouveau à l'ancien sultan. « Désormais, tout journaliste surpris en train de s'entretenir avec lui sera mis en prison », a-t-il déclaré.

Par la suite, un autre fonctionnaire a tenté de rejeter la remarque du Secrétaire général. « Je pense qu'il plaisantait », a-t-il affirmé.

« Mais bon, vous ne devriez pas aller voir l'ancien sultan avant quelque temps ».

 

 

juin 2007

"On fait de la surenchère sur le Darfour" Brauman

Le Journal du Dimanche, 10 juin 2007 par Karen Lajon

 

En tournée en Afrique, le ministre français des Affaires étrangères Bernard Kouchner s'est rendu hier à l'est du Tchad, dans le camp de réfugiés de Djabal, pour y évaluer les besoins. Alors que la France s'apprête à recevoir, le 25 juin, une conférence ministérielle sur le conflit du Darfour, l'ancien président de Médecins sans frontières, Rony Brauman, se confie au JDD.

 

La situation au Darfour est-elle aussi catastrophique qu'on le dit ?

 

Le moins que l'on puisse dire, c'est que sur le Darfour, il y a surenchère de déclarations, d'affirmations catastrophistes, avec probablement des visées politiques. C'est tout à fait certain. On sait que la guerre à proprement parler (de 2003 à 2005) a fait au moins 200.000 morts et deux millions de déplacés. Depuis, on est dans un tout autre régime de violence avec une mortalité qui est passée de 10.000 morts par mois à 200. Il y a désormais une constellation de groupes qui règlent leurs conflits ou ont fait de la violence leur mode de vie. On n'a plus du tout un front identifiable, avec des militaires et des insurgés, ou avec des tueurs et des civils. Aujourd'hui, parmi ces 200 morts par mois, une bonne partie sont des hommes en armes, et non pas des civils désarmés comme on le dit trop souvent.

 

Quelle est donc la réalité du terrain au Darfour ?

 

Du point de vue politique, elle s'est considérablement compliquée, parce que depuis l'accord de paix de mai 2006, on a une accélération de la fragmentation de groupes. Du point de vue de la survie, on a un dispositif d'assistance qui remplit son office. Si l'on ne meurt pas de faim dans les camps de réfugiés, c'est parce qu'il y a cette grande opération de distribution de fournitures et de vivres. Mais si ça se relâchait, cela risquerait d'être très grave. Du point de vue de la communauté internationale, enfin, il y a un accord assez général, bien que masqué par les débats assez vifs que l'on observe en France, sur le fait qu'il faut faire pression sur les belligérants, que ce soit sur Khartoum ou sur les groupes d'insurgés. Il y a donc un certain mouvement consensuel, une mobilisation diplomatique, onusienne, humanitaire, et cela depuis plusieurs années. C'est un progrès, mais il faut le situer dans un cadre mental qui nous permet de renoncer à cette espèce de fantasme de toute-puissance occidentale. A cette idée qui veut qu'en envoyant des troupes, on va mettre au pas tout ce petit monde. Cela ne fonctionne pas comme ça.

 

N'y a-t-il pas justement une guerre idéologique à propos du Darfour ?

 

Il y a des groupes religieux, la droite chrétienne et les mouvements évangélistes américains qui ont constitué un lobby très puissant pour engager les Etats-unis dans une politique plus volontariste. Ils étaient d'ailleurs déjà derrière l'administration américaine pour défendre le sud du Soudan (chrétien et animiste). Ils continuent. C'est une idéologie interventionniste, celle qui remet entre les mains des grandes puissances occidentales la responsabilité de faire régner l'ordre sur le monde. Tous ceux qui, en France, sont pour une intervention au Soudan étaient pour une intervention en Irak, et semblent aujourd'hui totalement indifférents aux milliers de morts qu'elle a provoquée. Ils ne se posent pas de questions, maintenant c'est pour eux une espèce de fuite en avant : c'est au Soudan qu'il faut aller faire régner la paix impériale!

 

Que peut-on attendre alors de la conférence du 25 juin prochain à Paris ?

 

Des contacts avec les belligérants, une présence diplomatique et politique constante, pour être à la fois l'accompagnateur et le garant d'un processus de négociations. Si cela peut permettre à la Chine d'entrer dans cette danse, ce sera une bonne chose. Si, en revanche, on arrive en disant que l'on va boycotter les Jeux olympiques de 2008 à Pékin, on se ridiculise et on se condamne à l'échec. Cette menace est politiquement ridicule et moralement extrêmement discutable. Ce sont des Soudanais qui tuent d'autres Soudanais, les Chinois ne sont en rien impliqués. Aujourd'hui, quand on voit des Bernard Kouchner et des Bernard Henri-Lévy qui parlent des Chinois en Afrique comme de " prédateurs ", de gens qui sont intéressés uniquement par le commerce et le profit, on comprend que, nous, quand on était en Afrique, on avait d'autres visées : on avait notre grandeur d'âme...

 

 

 

juin 2007

Darfour: que peut faire la France ?

Vingt Minutes en France, 10 juin 2007

 

"Défense des droits de l'homme, secours aux populations civiles victimes de massacres, guerre contre le fanatisme islamique, soutien aux démocrates et aux laïques, maintien d'une présence française forte en Afrique, définition d'une ligne de conduite à la fois autonome et responsable à l'égard de nos alliés américains, lutte contre l'entreprise chinoise d'achat de l'Afrique au mépris de toute considération morale et politique... Il y a là bien des raisons pour que la France sorte de son mutisme et affirme une ligne claire, à la hauteur des attentes de nos amis africains, à la hauteur de notre histoire et de nos ambitions."

En décembre 2006, Bernard Kouchner définissait ainsi (tribune publiée par Le Monde) ce que devrait être la politique de la France face à la crise au Darfour. Depuis, il est devenu ministre des affaires étrangères. Ce texte  ressemble bien aujourd'hui à la nouvelle feuille de route du gouvernement français en Afrique.

Après avoir assisté à la cérémonie d'investiture du président malien, Bernard Kouchner était hier dans un camp de réfugiés  soudanais dans l'Est du Tchad. Cette visite est bien-sûr symbolique. Elle n'en est pas moins importante. La France s'est longtemps accomodée du régime en place au Soudan. On se souvient de la livraison à Paris du terroriste Carlos par le régime de Khartoum par l'entremise de Charles Pasqua. L'arrivée de Bernard Kouchner au Quai d'Orsay est sans nul doute une mauvaise nouvelle pour le régime voyou de Omar El Bachir.

Mais que peut faire la France? Dans sa tribune au Monde, Bernard Kouchner prévoyait déjà la formation de corridors humanitaires sous contrôle militaire pour acheminer l'aide aux populations en danger. Idée apparemment séduisante. J'ai déjà exprimé ici mon avis sur ce sujet: j'ai du mal à concevoir qu'on sécurise l'aide mais qu'on ne fasse rien pour sécuriser les victimes. Mais, visiblement, Bernard Kouchner a d'ores et déjà abandonné cette option.

La situation au Darfour est plus complexe qu'on ne la décrit généralement. Il ne s'agit pas d'un simple conflit "inter-ethnique", mais d'un conflit pour le contrôle des ressources pétrolières du Darfour. La rébellion de l'Armée de Libération du Soudan cherchait à imposer à Khartoum un partage des richesses du sous-sol. La répression a été terrible. Le gouvernement soudanais a armé des milices pour terroriser les habitants. La fuite des habitants du Darfour va permettre au gouvernement soudanais d'exploiter en toute tranquillité les ressources pétrolières avec son allié chinois. En effet, c'est la Chine qui exploite le pétrole soudanais. Ce qui explique son refus de voter des sanctions contre Khartoum au Conseil de Sécurité de l'ONU. Voire de brandir la menace de faire jouer son droit de véto...

Le droit d'ingérence (c'est-à-dire la superiorité des droits de l'homme par rapport aux droits des nations), imposé par Bernard Kouchner à l'échelle internationale, peut-il fonctionner tant que l'un des membres permanents du Conseil de Sécurité s'oppose à toute action cohercitive vis-à-vis du Soudan?

La France peut, à l'instar des Etats-Unis, décider de sanctions unilatérales contre le Soudan. La France peut également faire pression sur la Chine qui, sans-doute, détient la clé du problème. On se souvient que François Bayrou, puis Ségolène Royal, avaient envisagé un boycott par la France des Jeux Olympiques de Pékin. Quel impact pourrait avoir une telle décision si elle n'est pas suivie par l'ensemble de la communauté internationale?

D'ores et déjà, le "groupe de contact" en charge du problème du Darfour (qui comprenait jusqu'à lors la France, les Etats-Unis, les Pays-Bas, la Norvège, le Canada, ainsi que l'Onu, l'Union européenne et l'Union africaine) va se voir "élargi" à la Chine, l'Afrique du Sud et l'Egypte. Le but est d'infléchir la position de la Chine afin que celle-ci fasse pression sur Khartoum et appuie le déploiement de troupes de l'ONU au Soudan.

Restera encore à définir leur mandat. Il n'y a rien de pire que ces "forces d'interposition" sans moyen d'action qui finissent par assister, impuissantes, aux pires exactions. On se souvient des soldats belges sous mandat de l'ONU déchirant leurs bérets bleus au Rwanda en 1994... 

Lors de cette visite au Tchad, Bernard Kouchner va également tenter de convaincre le président tchadien d'accepter le déploiement d'une force militaire (internationale?) pour sécuriser les camps de personnes déplacées et leur "environnement immédiat".

Bien plus que le règlement d'une "crise humanitaire", il s'agit bien de s'élever contre un crime contre l'humanité: les massacres perpétrés en 2003/2004 ont vraisemblablement fait plus de 200 000 victimes, sans que personne ne réagisse. Se contenter d'une réponse "humanitaire" à cette crise, c'est entériner le déplacement de 2 millions de personnes. L'objectif doit être aujourd'hui le retour des réfugiés sur leurs terres. Cela passera sans doute par la chute du régime en place à Khartoum. 

 

juin 2007

 

Crimes de guerre au Darfour: le Soudan reste sourd aux pressions

La Tribune de Genève avec l'AFP, 9 juin 2007

 

Le Soudan est resté sourd samedi aux pressions de la communauté internationale qui réclame la comparution devant la Cour pénale internationale (CPI) d'un haut responsable et d'un chef milicien pour crimes de guerre au Darfour, région de l'ouest du pays en guerre civile.

Le président soudanais Omar al-Beshir à Dakar, le 14 septembre 2006

 

Plus généralement, les autorités soudanaises voient dans ces pressions l'expression d'une "campagne hostile" de l'Occident, visant à les contraindre à accepter une force internationale solide au Darfour, dont elles acceptent vaguement le principe mais veulent discuter le mandat."La position du gouvernement concernant les personnes recherchées par la Cour pénale internationale est claire et il n'y a de place à aucun marchandage à ce sujet", a déclaré un assistant présidentiel, Nafaa Ali Nafaa, à l'agence de presse SMC, proche des autorités.

Le Soudan s'en tient, a-t-il ajouté, à la position annoncée par le président Omar el-Béchir qui s'est prononcé contre une remise à la justice internationale du secrétaire d'Etat aux Affaires humanitaires Ahmed Haroun et d'Ali Kosheib, un chef de la milice progouvernementale des Janjawids. Seul M. Kosheib est actuellement, selon des sources officielles, détenu par le Soudan.

Cette déclaration intervient après que les pays du G8 se sont dits favorables vendredi à ce que les auteurs d'"atrocités" commises contre les civils au Darfour soient traduits en justice.

Elle fait également suite à un appel jeudi du procureur de la CPI, Luis Moreno-Ocampo, au Conseil de sécurité de l'ONU à faire pression sur le Soudan pour obtenir l'arrestation d'Ahmed Haroun, qui avait occupé le poste de secrétaire d'Etat à l'Intérieur, et d'Ali Kosheib, un chef de miliciens Janjawids accusés d'exactions contre les populations civiles du Darfour, et leur comparution devant la CPI.

Le Soudan considère qu'il revient à sa propre justice de poursuivre tout Soudanais enfreignant la loi, a rappelé M. Nafaa, également vice-président du Congrès national, le parti du président Béchir.

Il a affirmé que les appels à son pays à ce sujet faisaient partie des pressions américaines qui se sont concrétisées, selon lui, par de nouvelles sanctions et "une campagne menée par des parties hostiles au Soudan".

Pour sa part, le ministre de l'Intérieur Zoubeir Béchir Taha s'est livré à une violente attaque contre M. Moreno-Ocampo, en déclarant à la presse que s'il était à la recherche de la justice, ce dernier aurait pu s'occuper des "auteurs de crimes de guerre à Guantanamo, en Irak, au Liban et en Palestine".

"Je dis à tout le monde que Haroun et Kosheib sont entre de bonnes mains et qu'ils ne seront nullement inquiétés", a-t-il ajouté.

Le Soudan, qui n'a pas accepté l'acte créatif de la CPI, estime que sa compétence ne peut s'appliquer à ses citoyens.

Il ne cesse d'affirmer que sa justice est assez indépendante pour juger les auteurs d'exactions au Darfour, où la guerre civile et ses conséquences ont fait 200.000 morts en quatre ans et 2,1 millions de déplacés, selon des organisations internationales.

Le Soudan conteste l'ampleur des conséquences de la guerre du Darfour qu'il présente comme un simple conflit tribal et non comme un génocide contre les populations africaines, comme l'affirme Washington.

Dans son bras de fer avec la communauté internationale autour de la sécurisation du Darfour, le Soudan tient à ce que la force de 23.000 soldats appelée à remplacer celle de l'Union africaine (UA), qui compte 7.000 hommes et est jugée inefficace, reste sous commandement africain.

Or les Nations unies souhaitent que cette force, qu'elles vont financer, ait son système de commandement et de contrôle. Ces questions doivent être tranchées lors d'une réunion entre le Soudan, l'UA et l'ONU, prévue les 11 et 12 juin à Addis Abeba.

 

juin 2007

 

MM. Sarkozy et Kouchner affichent leur volontarisme sur le Darfour

Le Monde, par Philippe Bernard, 9 mai 2007

 

Alors que la communauté internationale n'en finit pas d'étaler son impuissance à faire cesser le drame du Darfour (ouest du Soudan), où 200 000 personnes sont mortes depuis 2003, la France de Nicolas Sarkozy affiche un volontarisme renouvelé. Au cours du sommet du G8 en Allemagne, le président de la République a annoncé, jeudi 7 juin, qu'une conférence internationale aura lieu à Paris, le 25 juin, tandis que le ministre des affaires étrangères, Bernard Kouchner, s'envolait pour l'Afrique.

L'initiative française n'exclut cependant pas la perspective de sanctions contre Khartoum, qui fait obstacle au déploiement de la force de paix "hybride" associant des casques bleus de l'ONU aux soldats de l'Union africaine (UA) déjà présents. "Si le gouvernement (soudanais) devait s'opposer soit à un règlement humanitaire, soit à un règlement politique, la communauté internationale serait fondée à proposer des sanctions" , a affirmé M. Sarkozy, pour qui la France a "une position proche" de celle des Etats-Unis à ce sujet.

Cette mise en avant d'un règlement politique tranche avec l'idée d'un "corridor humanitaire" prôné par Bernard Kouchner jusqu'à son abandon, ces derniers jours. Critiqué par les organisations humanitaires à cause du risque de confusion avec une intervention militaire, le projet de corridor aérien n'a pas reçu le soutien de l'Elysée.

En revanche, l'idée de réunir à Paris les ministres des affaires étrangères des pays du "groupe de contact" existant sur le Darfour en l'élargissant à la Chine, qui s'oppose aux pressions sur Khartoum, et à des pays comme l'Afrique du Sud et l'Egypte, a recueilli des échos favorables des milieux humanitaires. Reste à la faire inscrire sur l'agenda de tous les partenaires.

La tournée africaine que vient d'entreprendre M. Kouchner "à la demande" du président de la République, selon ce dernier, vise précisément à "donner à la France un rôle d'impulsion" et à afficher le Darfour comme "une priorité du ministre" , explique-t-on au Quai d'Orsay.

Après une étape à Bamako (Mali), jeudi et vendredi, à l'occasion de l'investiture du président Amadou Toumani Touré, réélu en mai, le chef de la diplomatie française doit rencontrer Idriss Déby, le président du Tchad, dimanche à N'Djamena, avant de se rendre, lundi, à Khartoum (Soudan). Il s'agit pour le ministre de "dialoguer avec les responsables des différents pays concernés par le Darfour dans le cadre de la recherche d'une solution globale, politique, sécuritaire et humanitaire".

Auparavant, M. Kouchner devait visiter des camps de réfugiés du Darfour et de déplacés tchadiens, samedi, dans la région de Goz Beida, dans l'est du Tchad. Vendredi, Médecins sans frontières (MSF) a précisément sonné l'alarme à propos de la situation des 150 000 Tchadiens contraints de fuir les attaques meurtrières qui ont débordé depuis plus d'un an sur le territoire tchadien. MSF dénonce les entraves opposées par les autorités de N'Djamena à un déploiement humanitaire.

La "démarche française" pour le Darfour intervient peu après le renforcement, par les Etats-Unis, de leurs sanctions commerciales contre le Soudan et au moment où l'ONU accroît sa pression sur ce pays.

Jeudi, à New York, le procureur de la Cour pénale internationale (CPI), Luis Moreno-Ocampo, a appelé le Conseil de sécurité de l'ONU à obtenir de Khartoum l'arrestation des deux personnes inculpées de crimes de guerre au Darfour, parmi lesquels l'actuel secrétaire d'Etat soudanais chargé des affaires humanitaires.

 

juin 2007

 

Crimes de guerre au Darfour: le Soudan sourd aux pressions

Jeune Afrique, 9 juin 2007

 

Le Soudan est resté sourd samedi aux pressions de la communauté internationale qui réclame la comparution devant la Cour pénale internationale (CPI) d'un haut responsable et d'un chef milicien pour crimes de guerre au Darfour, région de l'ouest du pays en guerre civile.

Plus généralement, les autorités soudanaises voient dans ces pressions l'expression d'une "campagne hostile" de l'Occident, visant à les contraindre à accepter une force internationale solide au Darfour, dont elles acceptent vaguement le principe mais veulent discuter le mandat.

"La position du gouvernement concernant les personnes recherchées par la Cour pénale internationale est claire et il n'y a de place à aucun marchandage à ce sujet", a déclaré un assistant présidentiel, Nafaa Ali Nafaa, à l'agence de presse SMC, proche des autorités.

Le Soudan s'en tient, a-t-il ajouté, à la position annoncée par le président Omar el-Béchir qui s'est prononcé contre une remise à la justice internationale du secrétaire d'Etat aux Affaires humanitaires Ahmed Haroun et d'Ali Kosheib, un chef de la milice progouvernementale des Janjawids. Seul M. Kosheib est actuellement, selon des sources officielles, détenu par le Soudan.

Cette déclaration intervient après que les pays du G8 se sont dits favorables vendredi à ce que les auteurs d'"atrocités" commises contre les civils au Darfour soient traduits en justice.

Elle fait également suite à un appel jeudi du procureur de la CPI, Luis Moreno-Ocampo, au Conseil de sécurité de l'ONU à faire pression sur le Soudan pour obtenir l'arrestation d'Ahmed Haroun, qui avait occupé le poste de secrétaire d'Etat à l'Intérieur, et d'Ali Kosheib, un chef de miliciens Janjawids accusés d'exactions contre les populations civiles du Darfour, et leur comparution devant la CPI.

Le Soudan considère qu'il revient à sa propre justice de poursuivre tout Soudanais enfreignant la loi, a rappelé M. Nafaa, également vice-président du Congrès national, le parti du président Béchir.

Il a affirmé que les appels à son pays à ce sujet faisaient partie des pressions américaines qui se sont concrétisées, selon lui, par de nouvelles sanctions et "une campagne menée par des parties hostiles au Soudan".

Pour sa part, le ministre de l'Intérieur Zoubeir Béchir Taha s'est livré à une violente attaque contre M. Moreno-Ocampo, en déclarant à la presse que s'il était à la recherche de la justice, ce dernier aurait pu s'occuper des "auteurs de crimes de guerre à Guantanamo, en Irak, au Liban et en Palestine".

"Je dis à tout le monde que Haroun et Kosheib sont entre de bonnes mains et qu'ils ne seront nullement inquiétés", a-t-il ajouté.

Le Soudan, qui n'a pas accepté l'acte créatif de la CPI, estime que sa compétence ne peut s'appliquer à ses citoyens.

Il ne cesse d'affirmer que sa justice est assez indépendante pour juger les auteurs d'exactions au Darfour, où la guerre civile et ses conséquences ont fait 200.000 morts en quatre ans et 2,1 millions de déplacés, selon des organisations internationales.

Le Soudan conteste l'ampleur des conséquences de la guerre du Darfour qu'il présente comme un simple conflit tribal et non comme un génocide contre les populations africaines, comme l'affirme Washington.

Dans son bras de fer avec la communauté internationale autour de la sécurisation du Darfour, le Soudan tient à ce que la force de 23.000 soldats appelée à remplacer celle de l'Union africaine (UA), qui compte 7.000 hommes et est jugée inefficace, reste sous commandement africain.

Or les Nations unies souhaitent que cette force, qu'elles vont financer, ait son système de commandement et de contrôle. Ces questions doivent être tranchées lors d'une réunion entre le Soudan, l'UA et l'ONU, prévue les 11 et 12 juin à Addis Abeba.

 

juin 2007

L es É.-U. envisagent de recommander à l'ONU de nouvelles sanctions contre le Soudan

Khartoum doit accepter sans tarder l'envoi d'une force ONU-UA au Darfour.

 

Etats-Unis, gouvernement, 8 juin 2007, par Judy Aita, correspondate

 

Nations unies - Les États-Unis réclameront de nouvelles sanctions internationales contre le Soudan si le Conseil de sécurité des Nations unies n'obtient pas du président soudanais Omar el-Béchir son consentement à l'envoi au Darfour d'une force composée de casques bleus de l'ONU et de soldats de l'Union africaine, a déclaré le représentant permanent des États-Unis aux Nations unies, M. Zalmay Khalilzad, le 7 juin.

Le Darfour est un dossier prioritaire du Conseil de sécurité, qui doit envoyer une délégation en tournée dans cinq États africains, dont le Soudan, dans la semaine du 14 juin. Sa mission au Soudan consistera à obtenir le feu vert pour cette opération de maintien de la paix au Darfour, ainsi que l'arrestation de deux personnes accusées de crimes de guerre par le Tribunal pénal international.

À l'issue d'une réunion du Conseil de sécurité, M. Khalilzad a déclaré : « Nous pensons que la visite du Conseil de sécurité au Soudan offre la possibilité de parvenir à un accord » sur l'envoi de la force hybride. « Si les autorités soudanaises n'acceptent pas cet accord rapidement, nous avons l'intention de réclamer de nouvelles sanctions internationales. »

« Le temps presse, les gens continuent de souffrir. Les autorités soudanaises ont entre les mains ce plan de l'ONU et de l'Union africaine. Il faut qu'elles l'acceptent de façon à nous permettre de nous attaquer sérieusement aux problèmes de cette région. L'accord est le premier pas important ; mais également, vu les actions passées des autorités soudanaises, nous voulons nous assurer que ces dernières s'acquitteront effectivement de ce à quoi elles se seront engagées. »

Le 6 juin, l'ONU et l'Union africaine se sont accordées de manière définitive sur la structure de commandement de l'opération militaire conjointe de 23.000 soldats qui doit venir appuyer les 7.000 soldats de l'Union africaine actuellement déployés dans la province. L'opération hybride est la phase finale d'un plan en trois étapes visant à renforcer l'opération de l'Union africaine.

Selon M. Khalilzad, le Conseil devra régler trois questions lors de son séjour au Soudan : la force hybride, l'accès des organisations d'aide humanitaire au Darfour ainsi que la protection de leur personnel, enfin un règlement politique entre le gouvernement et les rebelles.

Les autorités soudanaises doivent également remettre entre les mains du Tribunal pénal international deux personnes que celui-ci a inculpées : Ahmed Haroun, secrétaire d'État aux affaires humanitaires, et Ali Kosheib, l'un des chefs des Djandjawids.

 

juin 2007

 

Soudan: bingo pour Total

L'Express, 8 juin 2007, Vincent Hugeux,

 

L'actualisation d'un vieux contrat de "partage de production" offre au pétrolier français un rôle majeur dans l'exploitation d'un bloc prometteur dans le sud du pays

 

Conduite par le ministre de l'Energie et des Mines, Awad Ahmed al-Jaz, une délégation soudanaise de haut niveau a séjourné récemment en France. Cette visite, dont l'enjeu a été décelé par notre confrère d'Arte Alain Chabod, aurait notamment permis de valider définitivement, après actualisation, l'accord qui attribue au pétrolier français Total, opérateur dès l'origine, un rôle moteur dans l'exploration et l'exploitation du « bloc B », situé au Sud-Soudan, vaste comme la Grèce et considéré par les experts comme très prometteur. Chez Total, on table ainsi sur une production de 800000 barils/jour à l'horizon 2008.

Tumultueuse, voire rocambolesque, la chronique de ce pacte, longuement et âprement négocié, épouse les méandres de l'histoire d'un pays déchiré deux décennies durant, et bien avant la tragédie du Darfour, par un conflit armé Nord-Sud entre le régime islamiste de Khartoum et l'Armée/Mouvement de libération du Sud-Soudan (SPLA/SPLM), région peuplée pour l'essentiel par des chrétiens et des animistes.

L'exécution de l'accord originel, conclu dès 1980 pour une durée de quarante ans, sera suspendu cinq années plus tard, du fait de l'insécurité régnant dans la province méridionale du pays.

Conformément à une clause spécifique du document, Total prend soin toutefois de verser chaque année à Khartoum une redevance d'environ 1,5 million de dollars, qui perpétue la validité de ses droits sur le site.

Paraphé officiellement en janvier 2005, l'accord de paix entre le régime du général-président Omar el-Béchir et le leader sudiste John Garang, décédé entre-temps dans un accident d'hélicoptère, permet de sortir le dossier de l'ornière.

Dés décembre 2004, Total et ses partenaires au sein d'un consortium international -l'américain Marathon Oil Corporation, le koweïtien Kupfec Sudan Ltd et la compagnie nationale Sudapet- concluent avec Khartoum une « remise à jour » du contrat de partage de production vieux de près d'un quart de siècle. Pour autant, le décollage du processus restait subordonné à la résolution de différends inter-soudanais ainsi que d'un contentieux opposant le consortium à la société britannique White Nile UK, fondée par une ancienne star du cricket, Phil Edmonds.

Laquelle société, tout en accusant Total d'avoir adopté une approche « néocoloniale », contestait devant la Haute Cour de Londres la validité du permis de l'opérateur français sur le fameux bloc B. Or, la Cour d'Appel londonienne a confirmé le 31 janvier dernier un jugement qui tend à infirmer les allégations de White Nile. Restait à résoudre l'hypothèque soudano-soudanaise.

Sans entrer dans le détail de tractations qu'il serait trop fastidieux de détailler ici, on peut considérer que les parties en présence ont abouti voilà peu à un compromis jugé satisfaisant. L'arrangement a conduit au demeurant à l'éviction de White Nile, du bloc Ba, inclus dans le B, et dont les droits lui avaient été cédés par le SPLA.

Quant à Marathon, il a été contraint de se retirer du jeu, en vertu de la loi édictée par Washington et qui interdit aux sociétés américaines d'investir au Soudan, pays qui figure toujours sur la liste noires des « Etats soutenant le terrorisme », établie par le Département d'Etat.

Selon le quotidien Sudan Tribune, l'accord actualisé abouti à la répartition suivante : Total conserve sa « dotation » initiale de 32,5%, Kupfec monte à 27,5% (+2,5), tandis que Sudapet garde son quota de 10. Le solde devant faire l'objet d'une offre publique. Cela posé, le président de Total Soudan avait indiqué en mars dernier devant des journalistes de la presse anglophone soudanaise, son intention d'offrir au Gouvernement semi-autonome du Sud-Soudan (GOSS) une part équivalente à celle attribuée à Sudapet.

A l'évidence, le déblocage résulte d'un deal entre les ennemis d'hier, devenus les deux principaux partenaires du Gouvernement d'union nationale. Il met aussi en évidence les dissensions dans le camp sudiste, et notamment la rivalité entre Salva Kiir et son adjoint Riek Machar, ferme partisan du britannique White Nile.

La validation de l'accord passait aussi par la prise en considération de critères généralement tenus pour secondaires en 1980, mais considérés comme prioritaires aujourd'hui, tels que le respect de l'environnement, la concertation avec les communautés locales et la nécessité de faire en sorte que l'exploitation du pactole pétrolier s'avère bénéfique pour les populations autochtones. Total s'est ainsi engagé à financer des programmes sociaux , éducatifs et médicaux.

Contacté par nos soins le jeudi 7 en fin d'après-midi, le service de presse de la compagnie pétrolière a refusé d'avaliser ou d'infirmer ces informations. Pour autant, la formulation même de cette fin de non-recevoir résonne comme une confirmation : «Nous sommes toujours dans l'attente d'un document officiel émanant des autorités du Sud-Soudan. Même si nous avons des raisons d'espérer une issue satisfaisante, nous ne ferons aucun commentaire avant de l'avoir reçu».

Il faudrait une bonne dose de candeur pour négliger la dimension politique d'un arbitrage indéniablement favorable au géant tricolore de l'or noir. Tout porte à croire que Khartoum a ainsi voulu adresser à Paris un message conciliant. Et ce dans une période ou le pouvoir d'el-Béchir est soumis, sur le front du Darfour, à des pressions certes insuffisantes, mais non dénuées de portée.

D'autant que le discours en la matière du nouveau président Nicolas Sarkozy et de son ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner tranche sur la retenue, sinon la frilosité, affichée jusqu'alors par la diplomatie française. Reste que pour l'ex-French doctor, l'équation pétrolière soudanaise paraît délicate. Fin 2003, au terme d'une brève « enquête » menée sur place en mars de la même année, il avait rédigé pour le compte de Total un rapport pour le moins controversé sur les activités du pétrolier au Myanmar, narco-dictature naguère appelée Birmanie, tendant à dédouaner notamment son commanditaire des accusations de recours au travail forcé .

 

juin 2007

 

Le Soudan propose une solution pacifique à la crise du Darfour

Le Potentie l (Kinshasa), 8 Juin 2007, par Pierre Emangongo

 

La ville de Khartoum abrite depuis mercredi dernier la quatrième conférence du Comité du renseignement et des services de sécurité de l'Afrique (Cissa).

Le responsable des renseignements du Soudan a, à l'ouverture de ces assises, déclaré que le dialogue et les négociations constituent la base adéquate pour mettre fin aux conflits, allusion faite à la crise du Darfour. Des observateurs estiment, cependant, que les autorités soudanaises veulent, par ce langage séduisant, éviter les sanctions américaines.

Le responsable des services soudanais de renseignements a réitéré mercredi que le gouvernement soudanais s'engageait à trouver une solution pacifique à la crise du Darfour, dans l'ouest du pays. « Le dialogue et les négociations constituent la base adéquate pour mettre fin aux conflits », a indiqué Salah Abdallah Mohammed, directeur général du service national de sécurité et de renseignements, lors de l'ouverture de la quatrième conférence du comité du renseignement et des services de sécurité de l'Afrique (Cissa).

La solution pacifique est « l'unique voie » pour l'élaboration des bases concrètes afin d'instaurer la sécurité et la stabilité au Darfour, a souligné Salah Abdallah Mohammed cité par Chine nouvelle.

Il a ajouté que les accords de paix signés par le gouvernement représentaient des étapes extrêmement importantes pour la paix et la stabilité durables dans le pays. « Le gouvernement soudanais va coopérer avec toutes le parties concernées pour résoudre la crise du Darfour », a-t-il affirmé.

Le vice-président soudanais Ali Osman Mohammed Taha a assuré, pour sa part, que son pays était prêt à surmonter les obstacles afin d' instaurer la paix dans cette province de l'ouest Soudan.

 

Eviter des sanctions américaines

 

De plus, il a exhorté les bailleurs de fonds internationaux à tenir parole pour assister le Soudan à poursuivre le processus de reconstruction du Darfour, ajoutant que le gouvernement soudanais continuerait à déployer ses propres efforts même s'il ne disposait d'aucune aide extérieure.

Ce langage, pour le moins pacifiste du gouvernement soudanais, est loin de convaincre les observateurs avertis qui estiment qu'il s'agit là d'un discours de charme destiné à éviter les sanctions américaines contre le Soudan à cause de son implication dans les nombreuses violations des droits humains au Darfour.

La réunion de la Cissa à Khartoum se tient au moment où les Nations unies et l'Union africaine sont parvenues mercredi, selon Reuters, à une ébauche d'accord sur le déploiement au Darfour d'une force de maintien de la paix de 23.000 hommes en glissant sur leurs divergences sur le contrôle de l'opération. L'accord, figurant dans un rapport présenté au Conseil de sécurité de l'Onu, doit encore être approuvé par la Commission de paix et de sécurité de l'UA ainsi que par l'exécutif onusien alors que le 25 mai le Conseil de sécurité avait déclaré que seul manquait encore le feu vert de Khartoum.

La conférence du Cissa, s'il faut le rappeler, a regroupé les responsables des services des renseignements originaires de plus de 50 pays africains, ainsi que des représentants venus de l'Europe, des Etats-Unis et d'organisations internationales et régionales.

 

Fondé en août 2004 le Cissa a son siège social à Abuja au Nigeria. Cette institution a pour vocation de combler les lacunes du système de sécurité continentale sur le plan des services des renseignements .

 

juin 2007

 

Plus de 100.000 Soudanais ont reçu l'aide de l'ONU pour réintégrer leurs foyers

Nations Unies, New York, 6 juin 2007

 

La Mission des Nations Unies au Soudan ( UNMIS selon son acronyme anglais) a annoncé aujourd'hui que plus de 100.000 déplacés avaient bénéficié de l'aide des Nations Unies pour rentrer chez eux, mettant ainsi en oeuvre un aspect important de l'Accord de paix global pour le Sud-Soudan.

« Il s'agit d'une réussite remarquable compte tenu du fait qu'il y a deux ans à peine, il n'était ni possible de prendre un avion, ni même de conduire entre la plupart des villes du Sud-Soudan », souligne un communiqué publié conjointement par la Mission, le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés ( HCR ) et l'Office des migrations internationales (OMI).

Depuis le mois de janvier 2006, plus de 55.000 réfugiés et presque 50.000 déplacés ont été transportés vers leur région d'origine.

Le communiqué souligne que l'une des clés du succès de l'ampleur de ces retours réside dans le rôle positif joué par les gouvernements, à la fois au Soudan (gouvernement central et gouvernement provincial) et dans les pays voisins.

Le HCR a dirigé les opérations de retour et assuré la surveillance et la protection des populations concernées. Il a aussi soutenu de nombreux programmes de réintégration à travers des projets sanitaires et éducatifs.

L'Office des migrations internationales a assuré le transport de toutes les personnes déplacées ainsi que de nombreux réfugiés, avec là aussi la fourniture de surveillance, de protection et d'aide à la réintégration.

La Mission des Nations Unies au Soudan a pour sa part pris en charge la coordination globale des services.

Le Programme alimentaire mondial (PAM) et le Fonds des Nations Unies pour l'enfance ( UNICEF ) ont eux aussi apporté un soutien essentiel à la réussite de ces opérations.

Le communiqué rappelle que le Soudan est l'un des pays qui connaît les conditions environnementales parmi les plus difficiles au monde, puisque la plus grande partie du Sud-Soudan est inaccessible durant toute la saison des pluies, des mois de juin à décembre, et la région a de graves lacunes en matière de routes.

L'OMI a utilisé les voies aériennes, fluviales, ferrées et routières afin de garantir une opération de retour sûre, digne et rentable.

« Comme les centaines de milliers de personnes qui sont rentrées chez elles depuis la fin de la guerre, en 2004, ces nouveaux arrivants ramènent avec eux des ressources et un savoir-faire qui favoriseront la reconstruction de cette région dévastée du pays », souligne le communiqué.

Il reste cependant beaucoup à faire en matière de service de base, eau propre, soins médicaux ou infrastructures éducatives.

Ce retour massif n'est que l'un des effets positifs de la paix au Sud-Soudan. Le nombre de réfugiés a baissé de façon drastique dans les pays voisins depuis 2004, de 515.000 à 270.000, grâce à des opérations de rapatriement depuis la République centrafricaine et la République démocratique du Congo (RDC), et la fermeture d'un camp en Ethiopie.

Des opérations sont néanmoins toujours en cours, à grande échelle depuis l'Ethiopie, le Kenya et l'Ouganda, à moindre échelle depuis la Libye et l'Egypte.

 

juin 2007

Des satellites pour surveiller des villages du Darfour

Amnesty International, 6 juin 2007

 

Amnesty International va utiliser des images prises par satellite pour surveiller des villages menacés par les violences au Darfour, région de l'ouest du Soudan où quatre années de combats entre les milices pro-gouvernementales et les rebelles ont fait plus de 200.000 morts.

Les caméras dont se servira l'organisation humanitaire internationale seront dirigés vers une douzaine de villages particulièrement vulnérables aux attaques. Les images seront diffusées sur Internet pour que le public puisse se rendre compte de la situation.

Ariela Blatter, directrice du centre de prévention des crises pour Amnesty International USA, espère que le fait de "braquer les projecteurs" sur ces villages permettra d'empêcher la survenue de massacres et autres abus.

Le lancement officiel du nouveau site Internet, baptisé "Eyes on Darfur" ("Yeux sur le Darfour"), devait avoir lieu mercredi à l'Université de Californie, à Berkeley.

Le recours aux images satellite n'est pas en soi une nouveauté s'agissant des exactions au Darfour. Ce qui différencie le nouveau projet, c'est qu'il présentera davantage d'images actualisées, afin d'aider les experts à mieux suivre l'évolution sur le terrain, explique Ariela Blatter.

La qualité des images est "très, très bonne", observe pour sa part Lars Bromley, membre de l'Association américaine pour l'avancement de la science (AAAS), organisation internationale à but non lucratif qui publie le journal "Science" et qui a fourni une assistance technique au projet. "On peut voir des vaches, des véhicules. On peut certainement distinguer des maisons, des barrières et d'autres structures."

C'est particulièrement important pour une région comme le Darfour, considérée comme "une zone à éviter", note Lars Bromley, directeur de projet pour le "AAAS Science and Human Rights Program". Envoyer une mission sur place serait presque impossible, "mais les images-satellite constituent une autre manière de regarder par dessus les murs", souligne-t-il.

Les affrontements dans cette région opposent les rebelles à la milice pro-gouvernementale des janjawid (un nom signifiant "démons à cheval" dans les dialectes locaux). Les combats ont fait plusieurs dizaines de milliers de morts et environ 2,5 millions de personnes ont dû fuir leurs maisons pour échapper aux violences.

L'Union africaine dispose actuellement d'une force de 7.000 hommes sur le terrain au Darfour, mais elle n'est pas parvenue à faire cesser les combats. Les Nations unies veulent renforcer ces troupes par l'envoi de plusieurs milliers d'hommes dans le cadre d'une force de maintien de la paix. Une initiative qui se heurte au refus du Soudan.

"Eyes on Darfur" dispose aussi d'archives, ce qui permettra notamment de voir les villages qui ont été détruits depuis le début du conflit en 2004.

Amnesty International espère que la mise à la disposition du grand public de telles images se traduira par de fortes pressions sur Khartoum et, à terme, par une amélioration sur place. "L'image vaut un millier de mots, mais il est important qu'elle soit portée par un million de voix", note Ariela Blatter.

Martha Saavedra, directrice adjointe du Centre pour les études africaines à l'Université de Californie à Berkeley, relève cependant que le conflit est compliqué. "Je pense qu'il est bon que les gens deviennent conscients de la situation. Mais, en général, regarder des images ne suffit pas, il faut s'engager sur le long terme."

Amnesty International: http://www.aaas.org

juin 2007

 

L'origine du conflit du Darfour

Le Quotidien d'Oran, 6 juin 2007)

 

En mettant en avant la complexité du conflit du Darfour, le ministre des Affaires étrangères soudanais, Lam Akol, explique que ses origines reviennent aux années 70, «lorsque la région a souffert de la sécheresse et de la désertification mais qu'aucune aide de la communauté internationale n'était arrivée».

Exception faite, selon lui, de celle américaine qui a été amenée par Bush le père en personne puisqu'il a été le seul à visiter le Darfour. L'on ne saura pas si le MAE soudanais voulait faire savoir qu'il est aujourd'hui normal que les Etats-Unis s'ingèrent dans le règlement de la crise au Darfour.

Il fera la genèse du conflit pour pointer du doigt une autre catastrophe, celle-là humanitaire. Les réfugiés posent de profonds problèmes de déstabilisation et de famine au gouvernement soudanais. A ce propos, il rappellera que les Etats-Unis ont demandé au Soudan de signer l'accord de paix d'Abudja pour le règlement du conflit pour avoir en contrepartie une levée totale de leur embargo, un effacement de la dette, une représentation diplomatique plus importante avec en prime le retrait du nom du Soudan de la liste des pays que l'Amérique de Bush recense comme terroristes. Au grand dam du gouvernement soudanais, il n'y a rien eu de tout cela. Bien au contraire. Lam Akol regrette que «Américains et Européens s'intéressent au problème du Soudan juste pour assouvir leurs intérêts personnels». Ce qui lui fait dire que les milices qui ont signé l'accord d'Abudja parfois s'allient à celles qui ne l'ont pas fait. Ce qui complique davantage la situation qui semble de prime abord inextricable. Le MAE soudanais pense qu'elle pourrait l'être définitivement si les aides promises n'arrivent pas dans la région, celles décidées par les Nations unies, qu'elles soient financières, techniques ou logistiques. »L'ONU doit donner ce qu'elle a promis» dit Akol qui l'appelle par la même occasion à commencer à négocier les aides lourdes, à savoir les moyens d'intervention des forces de la paix sur le terrain. Les sanctions américaines, Lam Akol les considèrent comme étant des entraves à la mise en oeuvre de l'accord d'Abudja qui attend toujours d'être signé par le reste des milices. Le MAE dit qu'il en existe près de 14 qui s'affrontent sur le terrain. «Il est difficile de négocier avec toutes ces milices, notre objectif est de les amener à s'unifier pour qu'elles puissent constituer un seul front et pour que le gouvernement ait un seul interlocuteur» dit-il. Il tente de persuader que «la situation est aujourd'hui quelque peu stable au Darfour mais il reste quelques groupes qui gênent les forces de l'UA et qui menacent certaines ONG pour leur soutirer de l'argent. Akol fait savoir que «le désarmement des milices n'est pas chose aisée si les forces de paix ne sont pas renforcées et dotées de moyens plus importants». Il rappelle que «on a voulu désarmer les Jin Jawids mais ça n'a pas été possible à cause de la faiblesse des forces de la paix. On s'est même proposé d'acheter leurs armes, mais ça n'a pas marché». A propos des fonctionnaires soudanais poursuivis par la Cour internationale de justice, le ministre estime que la Cour n'a pas la compétence de le faire et les Etats-Unis qui veulent qu'elle le fasse n'en sont même pas membres, le Soudan ne l'est pas non plus. Alors si les Américains refusent l'ingérence en refusant de siéger dans cette Cour, nous aussi nous la refusons».

 

Interrogé sur les rapports entre l'UA et la Ligue arabe, le MAE affirme qu'il y a une parfaite coordination entre les deux institutions, que »le SG de la Ligue est toujours présent dans les réunions sur le Darfour et la Ligue a déjà fourni une partie de l'aide au Soudan». Des propos qui contredisent quelque peu ceux exprimés par le conseiller du président de la République et président du parti au pouvoir, le congrès national, Nafaa Ali Nafaa qui préfère répondre à une telle question en notant juste »ce que fait la Ligue pour la Palestine, l'Irak ou le Liban», mais »on ne lui en veut pas». Akol fait savoir que son pays a signé un accord avec le Tchad pour un prochain déploiement de 2.000 militaires à leurs frontières respectives.

L'annonce de la venue prochaine du SG de l'ONU dans la région lui fait dire que «Ban Ki Moon devra oeuvrer pour la finalisation de la feuille de route de règlement du conflit, expliquer comment doit se faire le déploiement des forces de paix et dire quand son représentant doit-il arriver au Darfour et quand prend-il ses fonctions». Il annonce en dernier que «les initiatives politiques sont toutes liées et préparent des négociations directes entre le gouvernement et les milices».

 

juin 2007

C'est l'eau qui a déclenché la crise au Darfour

Conseil Oecuménie des Eglises, Nairobi, 6 juin 2007

 

Du Darfour, dans l'ouest du Soudan, jusqu'au mont Elgonqueau Kenya, le manque d'eau des populations rurales est une des nouvelles principales causes de conflit sur le continent africain. Au Darfour, près de deux millions de personnes déplacées sont plongées dans la souffrance et le désespoir. Les organisations au travail dans la région sont convaincues que ce sont des querelles à propos de l'eau et des pâturages qui ont tout déclenché.

 

« Tout a commencé lorsque les Janjawid se sont mis à brûler des villages avant de s'emparer des points d'eau », déclare Ismail Algazouli, ingénieur au SUDO (organisation soudanaise de développement social) qui, avec Norwegian Church Aid (NCA) et le Conseil des Eglises du Soudan, ainsi qu'avec l'aide d'ACT (Action commune des Eglises) et de Caritas Internationalis , apportent eau et éducation au Darfour.

Selon Ismail Algazouli, qui participait à la Conférence du Réseau œcuménique de l'eau (ROE) du 21 au 25 mai à Entebbe (Ouganda), ce conflit a été déclenché par des affrontements à propos de l'accès à l'eau et aux pâturages entre petites communautés de paysans africains et groupes d'éleveurs arabes. Ces groupes sont devenus de plus en plus nombreux et les affrontements se sont multipliés. Le tournant s'est produit en 2003 lorsque de puissants dirigeants des Janjawid ont demandé l'aide de leurs alliés du gouvernement, ce qui a donné à ce conflit une autre dimension.

« Les miliciens qui, pense-t-on, ont l'appui du gouvernement, chassaient les habitants. Une fois que ceux-ci avaient quitté leurs maisons, les Janjawid s'emparaient des points d'eau pour leur bétail », dit Ismail Algazouli. « Ils ont des millions de bêtes et il n'est pas facile de leur procurer de l'eau en quantité suffisante », explique-t-il.

Depuis près de trois ans, ces Janjawid - « les hommes à cheval » - se sont heurtés aux membres des communautés locales, ce qui a poussé des milliers de gens à chercher refuge dans les camps situés à la frontière entre le Soudan et le Tchad.

 

Des « petits conflits » de plus en plus nombreux

 

Bien qu'on puisse estimer que le Darfour représente un cas isolé, les spécialistes, lors de cette conférence, ont signalé qu'on ne pouvait pas ignorer le danger de conflits du même type ailleurs. Des délégués d'Eglises travaillant à la base disent qu'ils craignent des conflits plus importants et que les affrontements mineurs vont en augmentant.

Il n'y a pas plus de huit mois, un violent conflit à propos de terres et de ressources s'est déclenché dans un projet d'implantation du nom de Chepyuk, dans la région du mont Elgon, au Kenya. « Il s'agissait de l'accès à la terre et à l'eau, qui diminue rapidement », explique le pasteur Maritim Rirei, coordinateur de programme de l'Eglise anglicane du Kenya, dans la région d'Eldoret. Son Eglise a dirigé des programmes consacrés à la paix dans ce secteur.

Au cours de cette brève période, on estime à 60 000 le nombre de personnes déplacées, des centaines de maisons ont été détruites et 35 écoles fermées. Environ 200 personnes ont été tuées et 300 arrêtées lors de tentatives du gouvernement pour mettre un terme au conflit. « Cela signifie que les personnes appartenant à ces communautés déplacées n'auront plus d'accès à l'eau en quantité et en qualité suffisantes », dit Maritim Rirei.

En trente ans, la population a doublé dans la région, ce qui a pesé sur des ressources limitées. Au cours de la même période, les fleuves et les rivières de ce secteur ont vu leur volume diminuer, ce qui a amené par exemple un groupe appelé Soy à émigrer dans la montagne là où le terrain est plus fertile et où les sources sont encore pures. Entre 1965 et 1989, ce groupe a dû à deux reprises quitter la montagne sur ordre du gouvernement pour en abandonner les pentes aux Dorobo, une population de chasseurs-cueilleurs qui vit de miel et de fruits sauvages et qui élève un peu de bétail sur les landes de cette montagne.

« Tout le monde a voulu avoir des terres sur cette montagne, explique Maritim Rirei. Ce qui a tout déclenché, ce sont les sources abondantes, les terrains fertiles et de bonnes pluies. C'est une zone de captage d'eau qui dessert les populations de l'ouest du Kenya. »

Rirei ajoute qu'en raison des conséquences manifestement négatives pour les sources dans cette montagne, le gouvernement a commencé à transférer ailleurs les groupes qui y vivaient, ce qui a déclenché le conflit. Environ 1700 foyers ont été réinstallés, mais 5800 n'ont pas de terrain. Des jeunes appartenant aux communautés qui ont reçu des terres se sont regroupés pour constituer une milice appelée Saboat Land Defence Force , dont les actions violentes déstabilisent la région.

Selon le coordinateur du programme pour la paix, des femmes aussi bien que des enfants ont été attaqués alors qu'ils cherchaient de l'eau ou abreuvaient leurs bêtes à des sources ou à des puits, ce qui les a contraints à abandonner leurs maisons pour chercher refuge dans des églises et des écoles.

« Ceux qui se battent veulent rester dans les zones forestières et vont toujours plus haut dans la montagne, dit Maritim Rirei. On peut voir actuellement des maisons détruites recouvertes de végétation. Des éléphants se promènent là où il y avait autrefois des fermes. »

D'après lui, les Eglises ont la charge de protéger les sources et, en même temps, de réinstaller les personnes déplacées. « Nous sommes menacés de deux côtés. Il nous faut travailler de façon à protéger les zones de captage et, en même temps, venir en aide à ces gens » a-t-il dit aux participants à la conférence du ROE dans un exposé intitulé « Médiation des conflits à propos de l'eau et des ressources naturelles ».

 

Les eaux du Nil

 

Après avoir constaté les conséquences de ces conflits limités, les dirigeants d'Eglises et d'organisations apparentées s'inquiètent à propos des masses d'eau douce les plus importantes d'Afrique. On peut craindre, par exemple, que les eaux du Nil ne donnent naissance à un conflit régional, étant donné que divers pays tentent d'y pomper de l'eau ou de s'en servir pour créer des projets de développement. « Les eaux du Nil sont un sujet extrêmement délicat », dit Dawit Kebede, ingénieur travaillant avec NCA.

Il précise que, si dix pays d'Afrique se partagent les eaux du Nil, il semble que l'Egypte dispose de droits exclusifs sur cette énorme richesse. « Chaque fois qu'un pays envisage d'utiliser cette eau, la tension monte », et il explique qu'un accord datant de 1929, conclu entre la Grande-Bretagne et l'Egypte, prévoit que tout pays désireux d'utiliser ces eaux devra préalablement obtenir l'approbation de l'Egypte. Un autre accord a été signé en 1959 entre le Soudan et l'Egypte par lequel les deux pays se sont entendus pour se répartir les eaux.

Malgré les tensions de plus en plus fortes à propos des ressources en eau, les participants à la conférence ont insisté sur le fait qu'il est possible de parvenir à des solutions pacifiques des conflits présents et futurs au sujet de l'eau. On peut également considérer ces tensions comme des occasions de coopération pacifique et de solution commune des problèmes. Les dirigeants d'Eglises ont la conviction que les eaux du Nil elles-mêmes peuvent représenter un élément unificateur entre les pays riverains.

« N'oublions pas que l'eau a toujours relié et rapproché les peuples », a dit Danuta Sacher, responsable des orientations et des campagnes de Pain pour le monde (Allemagne). Dans une déclaration finale, les participants affirment que, pour le règlement des conflits, il est nécessaire de rechercher des solutions avec les populations concernées et que ces solutions doivent se fonder sur le respect réciproque du droit à l'eau de tous les intéressés. Beaucoup de choses vont dépendre, disent-ils, de la volonté des gouvernements d'agir ouvertement et loyalement à propos de ces questions, en donnant la priorité aux populations les plus pauvres et les plus vulnérables et en recherchant des moyens de coopération pacifique et de partage entre les Etats et au sein de chacun d'entre eux.

 

(*) Fredrick Nzwili est un journaliste indépendant du Kenya. Il est actuellement correspondant de l'agence de presse ENI (Nouvelles œcuméniques internationales) à Nairobi, capitale du Kenya.

 

juin 2007

Rendre le travail humanitaire plus sûr

IRIN, Juba (Sud Soudan),4 juin 2007

 

Le Comité permanent inter-agences (CPIA), un forum destiné à l'élaboration de politiques humanitaires, a récemment publié Saving Lives Together [Ensemble pour sauver des vies], un ensemble de lignes directrices concernant la sûreté et la sécurité du personnel des agences des Nations Unies et des ONG. Bien qu'un « éventail d'options » existe depuis 2001, moins de la moitié des organismes examinés par le CPIA avaient entendu parler de cette politique.

Selon les conclusions du rapport publié par le CPIA en novembre 2006, « rien n'a démontré que les enseignements tirés ont été partagés ou systématiquement appliqués comme bonne pratique. En revanche, il ressort clairement de l'étude que les recommandations faites en 2001 restent aussi pertinentes aujourd'hui qu'elles l'étaient lorsqu'elles ont été formulées pour la première fois ».

Le Sud-Soudan a d'ailleurs fourni un exemple exceptionnellement efficace de collaboration en matière de sécurité : en effet, plusieurs ONG et agences des Nations Unies opérant dans la région ont adopté des procédures opérationnelles et des protocoles de sécurité communs. Néanmoins, après l'accord de paix de 2005, ce système a dû être réadapté.

En janvier 2005, l'Accord de paix global a été signé, pour mettre un terme à la guerre la plus longue qu'a connue l'Afrique ; cet accord a en outre conféré au Sud-Soudan une semi-autonomie et a permis à la région de mettre en place son propre gouvernement.

Aujourd'hui, si la situation est sans aucun doute meilleure qu'au cours de la guerre, on ne peut pas dire que le sud soit une région paisible. L'un des employés d'une ONG a d'ailleurs révélé à IRIN qu'en 2006, en raison d'affrontements intercommunautaires, les activités menées par l'agence pour laquelle il travaillait précédemment avaient été entravées par un plus grand nombre de réinstallations d'urgence que pendant les années de la guerre.

 

Les flambées de violence intercommunautaires, le banditisme et les affrontements entre les forces armées officielles ou entre des milices vaguement affiliées à celles-ci sont autant de menaces à la sécurité des travailleurs humanitaires de la région.

Malgré les pourparlers de paix engagés entre l'Armée de résistance du Seigneur (LRA), un mouvement ougandais actif de longue date au Sud-Soudan, et le gouvernement ougandais, des attaques ont été régulièrement – quoique moins fréquemment – menées par la LRA à l'encontre de cibles civiles soudanaises au cours des premiers mois de l'année 2007.


A l'heure actuelle, plus de 50 organisations opérant au Sud-Soudan participent à la mise en place d'un système de sécurité financé par les bailleurs de fonds et soutenu par les Nations Unies ; malgré l'arrivée des Casques bleus, d'importants bouleversements politiques et un roulement constant de cadres dirigeants et de personnel au sein des organisations humanitaires, ce système reste d'ailleurs exceptionnellement flexible et bien perçu, à la fois par les agences des Nations Unies et par les ONG.

 

Un système unique

 

Pendant la guerre civile, dans le cadre de l'opération Survie au Soudan (OLS), les travailleurs humanitaires étaient autorisés à se rendre auprès des populations dans le besoin par un accord tripartite entre les autorités soudanaises de l'époque, le Mouvement de libération du peuple soudanais (MLPS) et les Nations Unies.

Conformément aux dispositions de sécurité de l'OLS, les travailleurs de terrain pouvaient immédiatement signaler une modification du niveau de sécurité dans leur zone d'opération. Le niveau trois traduisait une certaine instabilité, tandis que le niveau quatre indiquait un retrait temporaire de la zone.

Grâce à ce système, les travailleurs humanitaires pouvaient obtenir de l'aide lorsque leur sécurité était menacée – et être évacués si nécessaire ; un tel système permettait également de faire en sorte qu'après une réévaluation, ceux-ci puissent reprendre leurs activités sans avoir à recourir à des procédures interminables, ont expliqué des responsables des Nations Unies au Sud-Soudan.

Le système OLS permettait à toutes les ONG ayant signé un protocole d'entente avec les Nations Unies de bénéficier de la couverture de sécurité onusienne, a expliqué Ilkka Laukkanen, responsable de terrain chargé de la coordination de la sécurité dans le sud, pour le Département de sûreté et de sécurité des Nations Unies (UNDSS).

La plupart des dispositifs et des procédures opérationnelles de l'OLS sont toujours en vigueur, dirigés par le bureau de David Gressly, résident adjoint et coordinateur humanitaire des Nations Unies au Sud-Soudan.

« Nous ferons tout notre possible pour soutenir toutes les organisations humanitaires en crise qui demandent notre aide, qu'elles aient signé un protocole d'entente ou non », a expliqué M. Gressly à IRIN. A l'heure actuelle, environ 59 organisations ont signé une déclaration de coopération générale comprenant une aide en matière de sécurité.

Les bailleurs de fonds, menés cette année par ECHO, un service de la Commission européenne, financent le déploiement de personnel de sécurité supplémentaire, tout spécialement assigné à la sécurité des ONG et disposant d'avions destinés aux évaluations de sécurité et aux évacuations rapides. Ceux-ci peuvent évacuer du personnel de régions reculées tant qu'ils disposent d'une piste d'atterrissage permettant de faire atterrir un petit avion.

« Le système étant préfinancé, nous n'avons jamais eu de difficultés à faire évacuer du personnel. Nous n'avons jamais eu à choisir entre l'évacuation de personnel des Nations Unies ou d'autres organisations », a déclaré M. Gressly.

 

Evacuations à Malakal

 

En novembre 2006, les affrontements les plus sanglants depuis la signature de l'accord de paix ont éclaté dans la ville stratégique de Malakal.

« La décision de faire évacuer tout le personnel secondaire a été prise le matin du 30 novembre et à 18 heures, c'était fait. Quelque 235 personnes avaient été évacuées. [Nous] avons décidé qui évacuer en fonction du nombre de personnes qui pouvaient rester sur place et être logées dans des abris au sein même de la ville », a expliqué M. Laukkanen.

Pour M. Gressly comme pour plusieurs responsables de l'UNDSS, l'incident survenu à Malakal montre bien à quel point la mise en application du système de sécurité dépend de la bonne volonté des autorités ; celles-ci doivent en effet consentir au préalable à une « fenêtre d'opportunité » au cours de laquelle les affrontements cessent pour permettre l'évacuation par voie aérienne.

 

Ce système est également vulnérable sous d'autres aspects.

 

« Il donne généralement de bons résultats et dans un contexte global, il pourrait faciliter la collaboration avec les partenaires chargés de la mise en œuvre des programmes et sans lesquels le travail des Nations Unies sur le terrain ne serait pas possible », a révélé Marcus Culley, un conseiller en sécurité de l'UNDSS pour le sud.

M. Culley a néanmoins admis qu'à l'heure actuelle, la mise en application du système de sécurité reposait sur des individus ayant eu une expérience à la fois de la sécurité onusienne et de l'OLS.

« Le défi auquel nous sommes actuellement confrontés consiste à perpétuer cette coopération », a poursuivi M. Culley.

 

Problèmes de dépendance

 

M. Laukkanen a souligné que l'UNDSS encourageait activement les ONG à mettre en place leurs propres systèmes de sécurité ; s'il est vrai que les Nations Unies ont toujours prêté main-forte aux ONG, celles-ci ne devraient pas compter principalement sur cette aide.

M. Gressly a, pour sa part, souligné que cet accord relevait davantage de la collaboration que

« Je représente une petite ONG qui vient juste de démarrer », a expliqué l'un des employés d'une ONG européenne située à Juba, la capitale du Sud-Soudan, « alors, en matière de sécurité, je dois m'en remettre entièrement aux Nations Unies ».

« Beaucoup trop d'ONG ne sont pas en mesure d'entretenir une bonne communication, ni avec les Nations Unies ni avec leur propre siège », a déploré Ian Sinkinson, le point focal des ONG en matière de sécurité. De nombreuses ONG de développement se sont installées dans le sud après la mise en application de l'accord de paix et n'étaient pas préparées, a-t-il expliqué.

L'OLS était bien en avance puisqu'il prévoyait déjà de dispenser la même formation en sécurité au personnel des Nations Unies et aux employés des ONG ; aujourd'hui, la nouvelle collaboration s'améliore rapidement, toutefois les ONG elles-mêmes ne se sont pas encore toutes mises à évaluer les risques qu'encourent leurs personnels, et en particulier leurs employés nationaux, a estimé M. Sinkinson.

« Au sein des ONG, la mise en application du système de sécurité se fait souvent après le démarrage des programmes », a ajouté Sinkinson, « De nombreuses ONG doivent apprendre à ne pas être aussi passives au sujet de leur propre sécurité ».

 

juin 2007

Le sommet des Etats sahélo-sahariens appelle à rétablir la paix au Darfour et en Somalie

Jeune Afrique, 3 juin 2007

 

Le sommet des Etats sahélo-sahariens (Cen-Sad) a clôturé dimanche ses travaux à Syrte (Libye) par des appels à rétablir la paix au Darfour (ouest du Soudan) et en Somalie.

Le sommet a "exhorté toutes les factions qui n'ont pas signé l'accord de paix (d'Abuja de mai 2006), à prendre part au processus de paix au Darfour, dans les meilleurs délais", selon une déclaration finale.

Les participants au sommet, dont une dizaine de chefs d'Etats, estiment aussi que "l'intervention de forces étrangères pourrait compliquer la situation au Darfour", ajoutant qu'il s'agirait d'une "immixtion dans les affaires intérieures du Soudan".

Khartoum a donné son accord au déploiement de quelque 3.000 employés de l'ONU en soutien à la force de l'Union africaine au Darfour mais renacle à autoriser l'envoi d'une mission hybride ONU-UA d'environ 20.000 hommes.

Le conflit, qui oppose depuis février 2003 l'armée soudanaise et les milices janjawids à des groupes rebelles, a fait plus de 200.000 morts et deux millions de déplacés, selon l'ONU. Khartoum conteste ces chiffres.

Les participants au sommet ont invité les Nations Unies à honorer leurs engagements et assurer un soutien financier et logistique aux forces de l'UA, ce "qui leur permettra de s'acquitter convenablement de leur mission".

"Nous continuons nos efforts pour convaincre les rebelles soudanais" récalcitrants à signer l'accord de paix, a déclaré pour sa part à l'AFP le ministre libyen des Affaires étrangères Abdelrahman Chalgham.

Les tensions entre le Soudan et le Tchad ont également été au centre de discussions, selon Moustapha Osmane Ismaïl, le conseiller du président soudanais Omar el-Béchir.

M. Béchir a ainsi rencontré son homologue tchadien Idriss Deby en marge du sommet "dans le cadre des efforts visant à apaiser les tensions entre les deux pays" qui s'accusent mutuellement de soutenir des mouvements rebelles hostiles, a déclaré le conseiller.

Autre sujet du discussion, la Somalie et "l'insécurité" qui y règne. Les participants, qui se sont dits "préoccupés", ont exhorté "toutes les bonnes volontés à apporter aide et assistance au gouvernement provisoire de Somalie, (...) en vue de la consolidation de l'autorité de l'Etat et du redéploiement de l'administration sur toute l'étendue du territoire national".

Le président somalien Abdullahi Yusuf Ahmed, qui a assuré que son gouvernement avait "réussi à étendre son autorité sur tout le territoire", a annoncé la tenue en juin d'un congrès regroupant les factions somaliennes afin de "pardonner et oublier tout ce qui s'est passé au cours de la guerre civile (...) de dénoncer la violence et de procéder au désarmement volontaire".

Sur le plan économique, les pays de la Cen-Sad sont convenus de "passer à une étape avancée" dans la coopération et l'intégration économiques, notamment dans les domaines de la sécurité alimentaire, l'agriculture, l'eau, la lutte contre la désertification, les transports et les communications.

La Cen-Sad avait accueilli à l'ouverture de son neuvième sommet samedi deux nouveaux pays, la Guinée et les Comores, portant à 25 le nombre de ses membres, soit environ la moitié des pays africains.

Cette organisation a été créée le 4 février 1998 à Tripoli, à l'initiative du dirigeant libyen Mouammar Kadhafi.

Outre ses deux nouveaux membres, la Cen-Sad regroupe les pays suivants: Libye, Burkina Faso, Mali, Soudan, Tchad, Niger, Erythrée, Centrafrique, Sénégal, Gambie, Djibouti, Nigeria, Tunisie, Maroc, Somalie, Togo, Bénin, Egypte, Guinée Bissau, Côte d'Ivoire, Liberia, Ghana et Sierra Leone.

 

juin 2007

Fosses communes et traumatismes alimentent les craintes d'une résurgence de l'horreur au Darfour

Canadian Press avec Associated Press, par Alfred De Montesquiou, 3 juin 2007

 

Au Darfour, dans l'ouest du Soudan, les fosses communes rappellent que les exactions et la violence peuvent reprendre à tout moment. A peine couverts par une mince couche de poussière, des crânes et des ossements gisent au sol parmi des vêtements qui finissent de pourrir, battus par le vent dans un coin perdu de cette région située à la frontière avec le Tchad.

Un homme gratte la terre pour sortir les ossements. Concentré, Ibrahim, 42 ans, est au bord des larmes. Parmi les dizaines de fosses communes dans les environs, dit-il, certaines sont plus vastes et plus récentes que celle-ci. Mais il affirme qu'ici, ce sont les dépouilles de 25 de ses amis et voisins de son village qui sont enterrées.

Ces hommes ont été sortis de la prison de Mukjar, où certains furent exécutés à la hache, explique Ibrahim, qui partagea leur détention et qui montre ce charnier à un reporter et un photographe d'Associated Press, les premiers journalistes occidentaux à atteindre cette bourgade reculée du Darfour depuis plus d'une année.

Les survivants des violences dans l'ouest du Darfour craignent à présent qu'après quatre ans de conflit, le carnage ne reprenne.

Le gouvernement soudanais a récemment accepté l'envoi de 3.000 soldats de l'ONU, une fraction des 22.000 prévus par le Conseil de sécurité en août dernier. Mais leur déploiement pourrait encore prendre des mois et les réfugiés de Mukjar vivent dans la peur que le gouvernement décide de se débarrasser des témoins gênants avant que les casques bleus n'arrivent.

"Il faut qu'ils viennent le plus vite possible, on est tous en danger", dit Ibrahim.

Les travailleurs humanitaires et ceux de l'ONU dans la région estiment à environ 35 le nombre de charniers aux alentours de Mukjar, une ville au coeur de la violence du Darfour. La majorité des preuves que détient la communauté internationale pour poursuivre des dirigeants soudanais pour crimes de guerre proviennent de cette zone.

Ibrahim et les autres personnes interviewées ont demandé que leurs noms de famille ne soient pas publiés, par peur de représailles. Leurs témoignages ne peuvent être vérifiés indépendamment, mais tous ont donné des éléments concordants, à l'image d'Ibrahim, qui a pu par exemple identifier neuf des personnes abandonnées dans la fosse commune, où il a emmené les journalistes d'AP.

De nombreuses descriptions étayent les documents que le procureur de la Cour pénale internationale (CPI) a rendus publics dans son enquête, concernant 51 accusations de crimes contre l'humanité et crimes de guerre, tous commis à proximité de Mukjar: meurtres massifs, tortures, viols.

Le procureur accuse l'armée soudanaise et leurs auxiliaires, des milices arabes nomades, les janjaweed (un nom qui signifie "démons à cheval" dans les dialectes locaux), de la majorité des crimes. Leur guerre contre les rebelles du Darfour s'est étendue à l'ensemble des populations noires de la région. C'est à présent la pire crise humanitaire internationale, avec plus de 200.000 morts et 2,5 millions de réfugiés depuis le début des combats en 2003.

 

juin 2007

Le pape demande une solution négociée pour la région soudanaise du Darfour

Cité du Vatican, 1 er juin 2007

 

Le pape a demandé ce vendredi une solution négociée pour la région soudanaise du Darfour en proie à un conflit meurtrier.

Benoît XVI a reçu ce matin le nouvel ambassadeur du Soudan près le Saint-Siège, M. Ahmed Hamid Elfaki Hamid, qui lui présentait ses lettres de créance.

« Dans ce conflit meurtrier touchant en priorité les populations civiles, chacun sait qu'aucune solution viable pour arriver à la paix fondée sur la justice ne peut être mise en œuvre par la force des armes », a affirmé le pape.

Le Darfour connaît une catastrophe humanitaire sans précédent. Plus de 200.000 morts, 1.800.000 personnes déplacées dans les camps... 3,4 millions de Darfouriens sont directement dépendants de l'aide humanitaire, précise Caritas International (cf. www.caritas-int.be).

Pour le pape, la solution du conflit au Soudan passe « par la culture du dialogue et de la négociation, en vue d'arriver à une solution politique du conflit, dans le respect des minorités culturelles, ethniques et religieuses ».

« Il n'est jamais trop tard pour faire avec courage les choix nécessaires et parfois contraignants destinés à mettre un terme à une situation de crise, à condition que toutes les parties s'impliquent sincèrement et avec détermination à sa résolution et que les déclarations de principe soient accompagnées de mises en œuvre constructives, en particulier sur les dispositions humanitaires urgentes à promouvoir », a déclaré le pape.

« J'en appelle donc à toutes les personnes qui ont une responsabilité en la matière, pour qu'elles poursuivent leurs efforts et prennent les décisions qui s'imposent », a-t-il poursuivi.

« Les différents Accords que vous évoquez, ainsi que le récent Accord de réconciliation signé entre le Soudan et le Tchad, sous l'égide de l'Arabie Saoudite, impliquant les parties dans une coopération avec l'Union africaine et les Nations unies pour la stabilisation du Darfour et de la région tchadienne voisine, sont des appels positifs à abandonner les stratégies d'affrontement, afin de trouver des solutions viables et des points d'appui fiables », estime le pape.

« Ainsi, la paix et la stabilité désirées par tous pourront advenir - je pense en particulier au processus de paix en cours dans le sud du pays -, avec des effets bénéfiques sur le plan national, continental et aussi mondial », a conclu Benoît XVI.

 

PS voir le texte intégral du Pape Benoit XVI à l'ambassadeur du Soudan, près du Saint Siège.

 

juin 2007

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