Nous référençons un certain nombre
d'articles sur le Soudan |
2007
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2005
Jeune Afrique |
Le Conseil des droits de l'homme de l'ONU sauve les meubles mais ne convainc pas |
Nations Unies |
Le Conseil des droits de l'homme achève sa session par une résolution sur le Darfour |
Le Monde |
"Profonde inquiétude" du Conseil des droits de l'homme de l'ONU pour le Darfour |
Ouest-France |
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L'Express |
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Le Monde |
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Jeune Afrique |
Le Soudan ne livrera "aucun citoyen soudanais" à la Cour pénale internationale |
Le Monde |
l'UE prête à des sanctions plus sévères contre le Soudan (Merkel) |
Jeune Afrique |
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Angola presse |
Tony Blair plaide pour des nouvelles sanctions contre le Soudan |
L'Hebdomadaire |
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Xinhuanet |
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IRIN |
Les camps de déplacés au Darfour atteignent leur capacité maximale |
Le Monde |
Le coordinateur humanitaire de l'ONU entame une mission au Soudan |
Jeune Afrique |
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Libération |
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Jeune Afrique |
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Le Monde |
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Libération |
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Africa Confidential |
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Le Monde |
Darfour : Chirac menace le Soudan de sanctions si rien ne change |
Elysée |
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El Watan |
Conseil des droits de l'homme de l'ONU : l'Algérie donne sa leçon |
Agence France Presse ; 19 mars 2007 |
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Agence France Presse |
Le Conseil des droits de l'Homme engagé dans un bras de fer sur le Darfour |
Nations Unies |
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Le Nouvel Observateur |
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Le Nouvel Observateur |
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Le Nouvel Observateur |
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Le Nouvel Observateur |
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Le Nouvel Observateur |
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Le Nouvel Observateur |
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Jeune Afrique |
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Le Monde |
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Le Monde |
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Le Monde |
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Jeune Afrique |
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Etats-Unis |
Le président du Soudan semble renier ses engagements en faveur de la paix : |
Nouvel Observateur |
Le Soudan rejette le rapport de l'ONU sur les droits de l'homme |
Libération |
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Le monde |
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Jeune Afrique |
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Nations Unies |
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Zénit |
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Angola Presse |
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Le Monde |
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Nations Unies |
Darfour : réponse mitigée du Soudan à la lettre du Secrétaire général |
Le Pèlerin |
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Jeune Afrique 6 mars 2007 |
Le Soudan va juger les criminels de guerre présumés au Darfour, recherchés par la CPI |
Nations Unies |
Les Nations Unies attendent des améliorations immédiates au Darfour, souligne Jan Eliasson |
Xinhuanet |
L'Envoyé spécial de l'ONU rencontrera le président soudanais |
Le Monde |
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Le Monde Diplomatique 3 mars 2007 |
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Le Monde Diplomatique 2 mars 2007 |
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ACAT |
Appel aux autorités français et aux présidentiables pour stopper les massacres |
Jeune Afrique |
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Le Monde |
La présidence de l'UE demande au Soudan de coopérer avec la CPI |
Gouvernement du Canada |
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Xinhuanet |
Des archéologues italiens aident à sauver des sites antiques |
Le Conseil des droits de l'homme de l'ONU sauve les meubles mais ne convainc pas
Jeune Afrique avec l'AFP, 31 mars 2007
Le Conseil des droits de l'homme de l'ONU a sauvé de justesse sa crédibilité en prenant fait et cause pour la population du Darfour, mais ses détracteurs rappellent qu'il a abandonné à leur sort les victimes de violations des libertés en Iran et en Ouzbékistan. Le Conseil a mis vendredi la pression sur le gouvernement de Khartoum, accusé d'avoir "orchestré" des crimes de guerre et contre l'humanité dans sa province du Darfour. Faisant litière des objections du gouvernement soudanais, les 47 Etats membres du Conseil ont démontré leur capacité à surmonter leurs divisions pour parvenir à une décision en faveur des victimes de violations des droits de l'homme. Le consensus a pu être atteint grâce à un accord entre Européens et Africains sur un texte commun décidant la nomination d'un groupe d'experts chargés de suivre la situation sur le terrain. L'ambassadeur d'Allemagne Michael Steiner a relevé que son adoption constituait "une importante décision pour la crédibilité du Conseil des droits de l'homme". La réussite n'allait pourtant pas de soi: il a fallu que la réalité des atrocités commises au Darfour fasse éclater la solidarité du groupe africain au terme de deux semaines de tractations intenses. Le Conseil, créé en juin 2006 pour remplacer une Commission des droits de l'homme discréditée, ne parvient cependant pas à convaincre ses critiques. Alors qu'il clôturait vendredi soir sa 4ème session, le Conseil semblait loin d'avoir achevé la mise en place de ses procédures de fonctionnement, à trois mois de la date-limite du 30 juin. Louise Arbour, Haut commissaire de l'ONU aux droits de l'homme, l'Union européenne et ses alliés ainsi que les ONG font front commun pour défendre le maintien des enquêteurs par pays. Une douzaine d'ONG, dont Amnesty International, Human Rights Watch et la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme (FIDH), ont averti que "sans experts indépendants et objectifs (...) la capacité d'intervention des Nations unies en général, et du Conseil des droits de l'homme en particulier, sera gravement compromise". Cette coalition est pourtant loin d'être assurée de l'emporter face à des Etats souvent suspectés de violations des droits fondamentaux qui souhaitent éliminer ou museler ces témoins gênants. Le rapport de forces a en effet été profondément modifié au sein du Conseil par rapport à la Commission. Les Etats d'Europe occidentale et d'Amérique du Nord ne sont plus que sept à siéger dans la nouvelle instance où l'Afrique est représentée par 13 pays, tout comme l'Asie (parmi lesquels la Chine). Six Etats, dont la Russie, forment le groupe d'Europe orientale tandis que l'Amérique latine et les Caraïbes réunissent 8 pays (dont Cuba). Une démonstration éclatante de cette nouvelle donne a été administrée vendredi lorsque l'Union européenne a demandé des votes sur des textes proposés par Cuba et la Chine: la première résolution a été adoptée par 32 voix contre 12 et l'autre par 34 voix contre 13. Le Conseil des droits de l'homme a également décidé au début de la semaine, à huis-clos et à une large majorité, de rayer la situation des droits de l'homme en Iran et en Ouzbékistan de la liste de ses préoccupations. "Cela montre malheureusement une nouvelle fois que le Conseil ne se comporte pas en organisme crédible et que la communauté internationale ne peut pas le considérer comme capable de remplir la mission prévue", ont réagi les Etats-Unis, qui ont pris leurs distances avec le Conseil et refusent toujours d'y briguer un siège.
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Le Conseil des droits de l'homme achève sa session par une résolution sur le Darfour
Nations unies, New York, 30 mars 2007
Le Conseil des droits de l'homme a conclu aujourd'hui sa quatrième session par l'adoption de 11 résolutions et quatre décisions, y compris une résolution adoptée par consensus sur le Darfour exprimant sa préoccupation face aux graves violations des droits de l'homme qui y sont perpétrées. Le Conseil a décidé de convoquer un groupe, présidé par le Rapporteur spécial sur la situation des droits de l'homme au Soudan, afin de travailler avec le gouvernement soudanais et les mécanismes de l'Union africaine pour suivre la situation sur le terrain et surveiller la mise en oeuvre des résolutions et recommandations existantes, a déclaré aujourd'hui le porte-parole du Secrétaire général à New York. Le Conseil des droits de l'Homme était saisi du rapport de la Mission de haut niveau qu'il avait mise en place sur le Darfour Jody Williams, chef de la Mission, avait affirmé que « le Soudan n'avait pas assumé sa responsabilité de protéger sa population », ce dernier s'estimant victime d'une conspiration à des fins politiques (dépêche du 16.03.07). L'Américaine, prix Nobel de la paix en 1997, avait déploré que les civils soient victimes de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité. Dans la résolution adoptée aujourd'hui sur le Darfour, le Conseil « prend note avec regret du fait que la Mission de haut niveau n'a pu se rendre au Darfour » et « exprime sa profonde préoccupation face à la poursuite des violations des droits de l'homme et du droit international humanitaire au Darfour ». Interrogé aujourd'hui sur la « faiblesse » de cette résolution face au rapport des experts, le porte-parole du Secrétaire général à New York, Farhan Haq, a souligné que ce texte reflétait la position sur laquelle les membres du Conseil des droits de l'homme avaient pu trouver l'unanimité.
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"Profonde inquiétude" du Conseil des droits de l'homme de l'ONU pour le Darfour
Le Monde avec l'AFP, 30 mars 2007
Le Conseil des droits de l'homme de l'ONU a exprimé, vendredi 30 mars, dans une résolution adoptée par consensus, sa "profonde inquiétude concernant la gravité des violations des droits de l'homme au Darfour" . Les 47 Etats membres du Conseil ont ainsi tenu compte des conclusions du rapport de la récente mission spéciale des Nations unies sur place qui accusait le Soudan d'avoir "orchestré" des crimes de guerre et contre l'humanité dans sa province du Darfour. Cette résolution prévoit la nomination d'un groupe présidé par le rapporteur spécial sur les droits de l'homme au Soudan, Sima Samar, pour "travailler avec le gouvernement soudanais et les organes de protection des droits de l'homme de l'Union africaine" . Il sera notamment chargé "de contribuer à surveiller la situation des droits de l'homme sur le terrain" et "d'assurer le suivi effectif et d'encourager l'application des résolutions et recommandations sur le Darfour adoptées par le Conseil des droits de l'homme" , et d'autres organes de protection des droits de l'homme de l'ONU. Il devra présenter un rapport lors de la prochaine session de juin.
L'Union européenne sort victorieuse de son bras-de-fer avec Khartoum
L'Union européenne, avec le renfort de quelques pays africains, avait engagé le 16 mars un bras-de-fer avec le Soudan et ses alliés, qui tentaient de faire passer à la trappe le rapport élaboré par la mission spéciale conduite par la Prix Nobel de la paix Jody Williams. Khartoum l'avait taxé de "partialité" et demandé en début de session, avec le soutien de la Chine et de la Russie, qu'il ne soit même pas débattu par le Conseil. Le consensus a finalement pu être atteint grâce à un accord entre Européens et Africains sur un texte commun. L'ambassadeur d'Allemagne, Michael Steiner, a souligné au nom de l'Union européenne que l'adoption de la résolution constitue "une importante décision, pour la crédibilité du Conseil des droits de l'homme, et plus encore pour la population du Darfour" . L'ambassadeur de France, Jean-Maurice Ripert, s'est félicité de l'adoption de la résolution, et a appelé "les autorités du Soudan à coopérer avec la justice internationale pour mettre un terme à l'impunité des auteurs de crimes" . Dans son dernier rapport publié mi-mars sur la situation au Darfour, en guerre civile depuis plus de quatre ans, le bureau de l'ONU pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA) estime à 2 millions le nombre de déplacés dans cette région au 1 er janvier 2007. Il s'agit de l'indication la plus précise avancée par l'ONU sur le nombre de déplacés au Darfour, où le conflit a déjà fait plus de 200 000 morts, selon une estimation généralement admise mais niée par les autorités de Khartoum
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Soudan, un génocide au Darfour ?
Ouest France, Editorial par Jeanne Emmanuelle Hutin, 29 mars 2007
« Si l'Onu et la communauté internationale n'interviennent pas... un jour vous vous réveillerez et les habitants du Darfour auront été, rayés de !a carte ». (1). Notre humanité n'a pas fini de compter ses morts ni de pleurer ses enfants du Darfour. «Ce que j'ai vu au coeur de ce qui deviendra, si nous ne faisons rien, le premier génocide du XXI° siècle, passe les limites de ce qui peut être toléré par une humanité civilisée: J'ai vu des villages brûlés sur dès; centaines de kilomètres : plus âme qui vive; plus trace: de présence humaine... » , écrit Bernard-Henri Lévy (2). Ce drame ressemble .à celui du Sud-Soudan, en.1998. Le gouvernement isl amiste de Khartoum, le même qu'aujourd'hui, mettait la main sur le pétrole, repoussant les requêtes des provinces et islamisant la population. Les animistes et les chrétiens de cette région se rebellèrent. Alors le gouvernement Ce ntral entra en guerre contre son peuple. Comme il l'est aujourd'hui contre les habitants noirs de la province du Darfour: En 1998, comme aujourd'hui; c'est l'aviation militaire qui bombarde les villages. Et, sur le terrain, les milices ar mées par le gouvernement, attaquent les , civils . Ouest France, en 1998; dé nonçait leurs méfaits: «Le train s'est remis en marche: Malheureusement, sa sécurité est assurëe par des milices à cheval qui le précèdent et ravissent tout ce qu'elles peuvent dans les villages proches de la voie. Ainsi le train, qui devrait être celui de l'espérance, devient le train de la peur et l'on s'enfuit à son approche avec ce que l'on peut emporter de ses pauvres biens ».(3). Maintenant, au Darfour, les milices janjawids tuent les villageois, massacrent les enfants et leurs mères, violent femmes et fillettes! Chacune de ces deux guerres compte deux millions et demi de réfugiés.
Empêcher les massacres
Aujourd'hui, «l'action humanitaire est intentionnellement entravée par le gouvernement soudanais: des ONG ont été obligées de quitter la zone » j~.(4). Mais, en 1998, les mêmes, ont interdit le survol de régions, empêchant l'aide humanitaire de parvenir et mettant en danger la vie de 2600 000 personnes (4) ! Maintenant, au nord du Darfour, des centaines de milliers de personnes sont abandonnées, livrées sans défense aux massacres. La communauté internationale doit prendre des mesures urgentes pour protéger ces personnes, demande Jody Williams, Prix Nobel de la paix. «Chaque État, a la responsabilité de protéger sa population contre le génocide, les crimes de guerre: Lorsqu'un Etat n'est pas capable ou refuse de le faire, , il est de la responsabilité de la communauté internationale de réagir », a-t-elle déclaré au. Conseil des droits de l'homme. Dès voix s'élèvent pour sanctionner. le Soudan et ses soutiens, comme l'Algérie, la Russie et la Chine: Faut-il boycotter les Jeux olympiques de Pékin et les produits chinois? Le veto de la Chine paralyse la communauté internationale, alors qu'elle-même arme le: Soudan, violant l'embargo de l'Onu. Le collectif Urgence Darfour demande aux États européens d'envoyer «immédiatement une force d'inter position pour protéger effectivement les populations d'un massacre généralisé» . Pour Bernard Kouchner, on peut intervenir sans «nous lancer dans un nouvel Irak. Le principe du droit d'ingérence humanitaire permet le libre accès aux victimes. La France doit s'engager fortement auprès de l'Onu pour faire ouvrir des corridors humanitaires » (5). En cette semaine anniversaire de la naissance de l'Union européenne, «née de l'atrocité pour s'unir contre de futures atrocités » , l'Europe doit agir, comme le demandent dix intellectuels européens (6). Elle doit continuer d'unir sa voix. Mais, sans l'action résolue des ministres des Affaires étrangères européens, rien ne sera possible. «Ils devraient écouter l'appel du Parlement européen qui les exhorte à utiliser des sanctions à l'encontre de Khartoum », écrit Chris Patten (7). Le sort des hommes, des femmes et des enfants du Darfour ne peut plus attendre.
(1) Le Monde, 2 et 9 décembre 2006. (2) Paris Match, 15 mars 2007. (3) Re portages de François Régis Hutin dans Ouest France, les 11 avril 1985; 10, 11, 23 août et 23 d8cembre1998 ; ( 4) europetition@europetition-darfour.com (5) Le Nouvel Observateur, 15 mars 2007. (6) Le Monde, 25 mars 2007. (7) Le Monde, 27. mars 2007.
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Interview de Lam Akol recueilli par Vincent Hugeux
Lam Akol, ministre des Affaires étrangères du Soudan, a affirmé lundi, lors d'une réunion préparatoire au prochain sommet de la Ligue Arabe, que son gouvernement ne livrerait jamais "aucun citoyen soudanais" à la Cour pénale internationale. Il s'explique, pour l'Express, sur l'obstruction de Khartoum à l'égard de l'ONU et de la justice internationale
L'Express, 27 mars 2007
Que craignez-vous d'un déploiement de Casques bleus au Darfour? Rien. Mon gouvernement n'est pas hostile aux forces des Nations unies. 10 000 Casques bleus opèrent dans le sud du pays en vertu d'un arrangement négocié. S'agissant du Darfour, l'accord de paix de mai 2006 - le DPA - prévoit le déploiement de troupes de l'Union africaine (UA), mais aucun dispositif onusien. On nous dit que les soldats de l'UA se heurtent à des écueils en termes de financement, d'administration, de commandement et de contrôle. Qu'on y remédie, avec si besoin l'assistance des Nations unies. Mais celles-ci sont la cause du retard dans la mise en œuvre de la première étape de l'accord en trois phases qui doit aboutir à la création d'une force hybride UA-ONU. On attend toujours la moitié des 105 experts militaires et de la trentaine de policiers annoncés.
Que vous inspire le rapport, accablant pour votre régime, de la mission du Conseil des droits de l'homme des Nations unies, dirigée par le Prix Nobel de la paix Jody Williams? Il devait s'agir d'une enquête factuelle. Or cette mission ne s'est pas même rendue au Darfour.
Comment l'aurait-elle pu, dès lors que vous avez refusé d'accorder les visas demandés? C'est faux. Mme Williams exigeait leur délivrance en une heure [NDLR: ce que l'intéressée dément, courriers à l'appui]. Mais au moins un membre de cette équipe avait déjà conclu à l'existence d'un génocide. Dès lors, à quoi bon enquêter? Pour autant, nous n'avons rien à cacher. Et nous invitons le Conseil des droits de l'homme à envoyer dans le respect des procédures une autre délégation, composée de manière appropriée.
Comment Khartoum ripostera-t-il à d'éventuelles sanctions internationales? Celles-ci ne reposeraient sur aucune base légale. Au demeurant, le Soudan subit déjà des sanctions unilatérales de la part des Etats-Unis, puisqu'il figure toujours sur la liste des Etats soutenant le terrorisme. Or Washington sait très bien que la coopération en la matière entre nos organes de sécurité et les leurs est excellente. Ce sont leurs propres experts qui le disent.
Vu du terrain, l'accord de mai 2006 relève de la fiction. La question est de savoir si les dispositions de cet accord sont bonnes pour le Darfour. Et elles le sont. A titre d'exemple, il réserve aux Darfouriens 50% des places dans les universités de cette région et 15% ailleurs dans le pays. De même, l'accord prévoit de doter un fonds de développement d'au moins 300 millions de dinars - soit environ 12 millions d'euros - montant que nous sommes prêts à multiplier par 6 ou 7.
Pourquoi récuser la Cour pénale internationale (CPI), alors que votre justice n'a inquiété pour l'heure que des seconds couteaux? Ali Kosheib [NDLR: chef milicien] n'est pas un second couteau, puisqu'il est visé par la CPI. Notre tribunal spécial a peut-être des déficiences. Il devrait mieux faire connaître ses travaux. Reste un point fondamental: le Soudan n'a pas adhéré à la CPI, et ne peut en droit être soumis à sa juridiction. En serait-il membre qu'il invoquerait le principe de complémentarité: la Cour ne peut agir que lorsque la volonté ou la capacité d'un Etat fait défaut. Ce qui n'est pas le cas.
Comment enrayer l'anarchie qui semble régner à la frontière soudano-tchadienne? La situation n'est pas totalement sous contrôle. Mais les relations entre Khartoum et N'Djamena sont plus fortes que jamais. Nous coopérons en vue de former une force conjointe appelée à empêcher les mouvements rebelles transfrontaliers. [NDLR: le 23 mars, au lendemain de cet entretien, N'Djamena condamnait le bombardement par l'aviation soudanaise de deux localités de l'extrême est du Tchad.]
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L'Europe pusillanime au Darfour, par Chris Patten
Le Monde , 27 mars 2007
Alors que la tragédie du Darfour entre dans sa quatrième année, il est difficile de croire que la réponse de l'Union européenne ait été si timide. L'Europe n'a pris aucune mesure efficace pour faire pression sur Khartoum afin qu'il mette fin aux crimes de guerre et crimes contre l'humanité commis par ses troupes et par les milices dans l'ouest du Soudan. Pendant ce temps, plus de 2 millions de personnes ont dû quitter leurs maisons et plus de 200 000 civils sont morts dans la campagne soutenue par le gouvernement. Bien sûr, si la simple expression du malaise européen face à la situation au Darfour était efficace, il y a longtemps que le nettoyage ethnique en cours au Darfour aurait été stoppé. Depuis avril 2004, les ministres des affaires étrangères européens ont adopté au sein du Conseil de l'UE 19 conclusions sur le Darfour - la plus récente en date du 5 mars - dans lesquelles le Conseil déclarait pas moins de 53 fois être "préoccupé", " vivement préoccupé" ou "profondément préoccupé" par la situation dans la région. Comme on pouvait s'y attendre, Khartoum n'a pas vraiment été impressionné par la préoccupation des Européens. Dès qu'il s'agit d'aller au-delà des mots, l'UE ne se montre pas à la hauteur et elle n'a, dans les faits, sanctionné que quatre individus : un ancien commandant des forces aériennes soudanaises, un dirigeant des milices janjawids et deux rebelles. Elle a également imposé aux parties en conflit un embargo sur les armes dont l'efficacité reste à démontrer et que toutes ces parties ont aisément pu contourner. La réticence de l'UE à agir de façon plus vigoureuse ne tient pas à une quelconque objection philosophique concernant l'emploi de sanctions. L'Europe s'est montrée, par exemple, décidée à geler les avoirs des dirigeants biélorusses et à leur imposer des interdictions de visa parce qu'ils étaient responsables d' "atteintes aux normes électorales internationales" et de "répression à l'égard de la société civile". L'UE a également imposé des interdictions de visa à des séparatistes moldaves à la suite d'une campagne que ceux-ci avaient menée contre des écoles de langue latine et aux dirigeants ouzbeks après le massacre d'Andijan. Gel des avoirs et interdictions de visa sont des sanctions qui ont encore été employées contre des agitateurs au Congo, au Liberia et en Côte d'Ivoire. Mais si ceux-ci méritaient effectivement d'être condamnés, leurs actions font pâle figure comparées à la campagne de dévastation systématique menée avec la bénédiction de l'Etat au Darfour. Personne en Europe ne peut non plus contester l'implication active de Khartoum dans les atrocités commises au Darfour. Si des doutes avaient subsisté, ils auraient été balayés le mois dernier lorsque le procureur de la Cour pénale internationale a présenté des preuves substantielles contre deux individus accusés de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité, dont un ministre du gouvernement, Ahmad Haroun. Sur le rôle joué par celui-ci, le procureur a déclaré : "Parmi ses tâches de coordination, la plus importante était sa gestion, et son implication personnelle, dans le recrutement, le financement et l'armement des milices janjawids." Les preuves présentées sont sans doute l'élément le plus parlant quant au rôle central joué par le gouvernement soudanais (et ce au plus haut niveau) dans la planification et l'exécution des atrocités au Darfour. Aujourd'hui, la dévastation continue et, sur le terrain, la situation, qui était déjà effroyable, s'est encore détériorée ces derniers mois. A la mi-janvier, les agences d'aide présentes au Darfour avertissaient qu'elles ne pourraient poursuivre leurs opérations si la situation sécuritaire ne s'améliorait pas. D'autre part, Khartoum apporte un soutien actif à des groupes rebelles en République centrafricaine et au Tchad malgré le risque de propagation de terribles conséquences humanitaires que cela entraîne pour ces pays voisins. Plutôt qu'exprimer leur préoccupation une 54 e fois, les ministres des affaires étrangères européens devraient s'employer lors de leur prochaine réunion mensuelle, en avril, à écouter l'appel du Parlement européen qui les exhorte à utiliser des sanctions à l'encontre de Khartoum. Ils devraient imposer des interdictions de visa et le gel des avoirs de tous les individus nommés dans les rapports de la Commission d'enquête et du groupe d'experts des Nations unies. Ils devraient également envisager de prendre des mesures ciblées, d'une part, sur les revenus générés par le secteur pétrolier soudanais et, d'autre part, sur l'approvisionnement en biens et services ainsi que sur l'investissement étranger dans ce secteur et dans d'autres secteurs associés. Ils devraient enfin autoriser l'ouverture d'une enquête sur les comptes offshore des entreprises soudanaises liées au parti au pouvoir à Khartoum, le parti du Congrès national, ce qui ouvrirait la voie à des sanctions contre les entreprises commerciales du régime, qui sont le principal canal de financement des milices janjawids à l'origine de tant de malheurs au Darfour. Les déclarations ne suffiront certainement pas pour faire réfléchir à deux fois le gouvernement soudanais. Khartoum est à plusieurs reprises revenu sur les engagements qu'ils avaient pris en vue de désarmer les janjawids, de mettre en application les divers accords de cessez-le-feu et de permettre le déploiement d'une force de maintien de la paix plus robuste, le tout dans une impunité absolue. Et tant qu'on ne lui impose pas un prix à payer significatif, Khartoum n'a aucun intérêt à écouter les dirigeants européens ou à modifier son comportement. Enfin, ce qui est sans doute le plus mal compris dans tout cela est l'historique du régime de Khartoum face à la pression internationale. Tout particulièrement, s'il a signé l'accord de paix global en janvier 2005 qui mettait fin à une guerre civile de vingt ans dans le sud du pays, c'est en partie en raison des exigences de la communauté internationale qui s'accompagnaient de certaines mesures vigoureuses. Le régime soudanais est peut-être meurtrier, mais cela ne l'empêche pas de se soucier de sa propre survie et il détermine son action en fonction de la coercition internationale. La "préoccupation" de l'Europe ne suffira pas. Il est temps d'adopter une série de sanctions sévères qui pourraient effectivement faire réagir Khartoum et convaincre les dirigeants soudanais que poursuivre la campagne de violence qu'ils mènent contre leurs propres citoyens a des coûts réels. Chris Patten, ancien commissaire européen chargé des relations extérieures, préside le conseil d'administration d'International Crisis Group.
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Le Soudan ne livrera "aucun citoyen soudanais" à la Cour pénale internationale
Jeune Afrique, 26 mars 2007
Le ministre soudanais des Affaires étrangères, Lam Akol, a affirmé lundi que son gouvernement ne livrerait jamais "aucun citoyen soudanais" à la Cour pénale internationale (CPI), car celle-ci "n'a pas le droit de juger des citoyens soudanais". Ce Tribunal international "n'a pas le droit de juger des citoyens soudanais", a-t-il déclaré à Ryad, dans une référence claire au conflit du Darfour, lors de l'ouverture de la réunion des ministres des Affaires étrangères de la Ligue arabe. "La position du Soudan est de ne livrer aucun citoyen soudanais à une partie non soudanaise, même s'il fait partie de ceux qui portent les armes contre le gouvernement", a-t-il affirmé lors du discours inaugural de la réunion, son pays ayant été l'hôte du dernier sommet arabe. Le président soudanais Omar el-Béchir a, jusqu'ici, toujours refusé de remettre à la justice internationale les Soudanais soupçonnés de crimes de guerre et de crimes contre l'Humanité au Darfour, région de l'ouest du pays en proie à la guerre civile depuis 2003. Le procureur de la CPI, Luis Moreno-Ocampo, a annoncé fin février à La Haye avoir présenté aux juges des preuves contre Ahmed Haroun, un responsable du gouvernement soudanais, et Ali Kosheib, présenté comme un chef milicien, accusés d'avoir commis des exactions contre la population civile au Darfour. La justice soudanaise nie toute compétence à la CPI. Le président soudanais a assuré que collaborer avec la CPI reviendrait à "aider les ennemis à démanteler le pays et à le déstabiliser". Le Soudan conteste l'ampleur des violences au Darfour qui, selon des organisations internationales, ont fait en quatre ans 200.000 morts et environ 2 millions de déplacés.
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l'UE prête à des sanctions plus sévères contre le Soudan (Merkel)
Le Monde avec l'AFP, 25 mars 2007
La chancelière allemande Angela Merkel, qui préside l'Union européenne, a menacé dimanche le Soudan de "sanctions plus sévères" s'il ne se "pliait pas enfin" aux résolutions de l'ONU pour mettre fin au conflit dans la province du Darfour. "Nous lançons un appel au président Omar el-Béchir du Soudan pour qu'il se plie enfin aux résolutions de l'ONU. Je le dis sans ambages: nous devons envisager des sanctions plus sévères", a averti Mme Merkel dans son discours sur les 50 ans de l'UE devant les chefs d'Etat et de gouvernement européens réunis à Berlin. "Songeons, en un jour comme aujourd'hui, aux habitants du Zimbabwe et du Darfour. La souffrance y est insupportable", a déclaré Mme Merkel. L'UE applique déjà un embargo sur les armes contre Khartoum depuis 2004. Le Soudan s'oppose à la mise en oeuvre d'une résolution du Conseil de sécurité de l'ONU qui prévoit le déploiement progressif d'une force internationale de 20.000 hommes au Darfour. Le conflit dans cette province occidentale du Soudan, qui oppose les rebelles issus des populations noires locales à des milices arabes appuyées par l'armée soudanaise, a fait 200.000 morts, essentiellement des civils, et plus de 2 millions de déplacés depuis quatre ans, selon l'ONU. Samedi, dix intellectuels européens reconnus avaient dénoncé le fait que les dirigeants de l'UE se soucient plus de la célébration du 50e anniversaire du traité de Rome que de la nécessité d'imposer des sanctions plus sévères au Soudan. "Comment nous Européens, osons-nous célébrer ce week-end, alors que sur le continent à quelques kilomètres au sud du nôtre, les gens les plus sans défense, les plus dépossédés de tout, les plus faibles sont assassinés au Soudan", ont-ils écrit dans une lettre au quotidien britannique The Independent. Dans son discours dimanche, Mme Merkel a aussi mentionné le Zimbabwe, mais d'un seul mot, sans évoquer directement les intimidations et violences politiques du régime du président Robert Mugabe à l'égard de ses opposants.
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La violence au Darfour menace de s'étendre à Khartoum
Jeune Afrique, 25 mars 2007
La violence au Darfour menace de s'étendre à la capitale soudanaise, après que le seul groupe rebelle de cette province occidentale en guerre civile à avoir signé la paix avec le gouvernement a averti dimanche qu'il pourrait reprendre les combats contre le pouvoir central. Le Mouvement de libération du Soudan (SLM) de Minni Minnawi a fait cette annonce après avoir perdu huit de ses hommes dans un accrochage avec la police samedi à Omdurman, ville jumelle de Khartoum. "L'attaque par la police et les forces de sécurité contre le domicile de nos hommes est une violation du cessez-le-feu consacré par l'accord de paix d'Abuja que nous avons signé avec le gouvernement" en 2006, a affirmé à l'AFP le porte-parole du SLM, Tayyeb Khamis. "Nous sommes prêts à reprendre la guerre, (y compris à) Khartoum, si le gouvernement veut combattre", a-t-il ajouté. D'après M. Khamis, les heurts ont éclaté lorsque des membres du SLM ont refusé de livrer aux forces de l'ordre deux partisans du groupe recherchés pour un "problème de circulation" survenu récemment. Onze personnes ont trouvé la mort dans ces heurts: deux policiers, huit partisans du SLM et une femme, a-t-il précisé. Pour le leader du mouvement Minni Minnawi, "il y a de la part du gouvernement une volonté délibérée de saboter le processus de paix". "Ils (des agents du gouvernement) ont provoqué une dispute" pour "justifier l'assaut", a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse à Khartoum. "Ce qui s'est passé traduit une volonté de passer de l'état de paix à l'état de guerre", a-t-il estimé, exigeant une enquête indépendante. Cet accrochage est le premier dans la région de Khartoum entre le SLM et les forces gouvernementales, et le plus grave dans le secteur de la capitale depuis les émeutes provoquées par la mort du dirigeant sudiste John Garang, qui avaient fait 45 morts en 2005. Un témoin a affirmé à l'AFP que la zone où l'accrochage avait eu lieu avait été transformée en "un véritable champ de bataille" pendant plusieurs heures. "Les rues étaient désertes à l'exception de la police et de ses véhicules blindés. La police patrouillait et tirait à l'arme légère sur des hommes du SLM, qui répondaient de l'intérieur du domicile" attaqué, a-t-il dit. D'après le SLM et d'autres témoins, aucun autre incident n'a eu lieu dimanche. Le chef de la police de Khartoum, Mohammed Naguib al-Tayeb, a pour sa part affirmé que les résidents du quartier en question se plaignaient régulièrement de la menace posée par la présence de membres armés du SLM. Cité par les médias officiels, le ministre de l'Intérieur Zoubeïr Béchir Taha a qualifié les événements de "regrettables", tout en insistant sur le fait qu'ils n'affecteraient pas le processus de paix. Le ministre s'est entretenu des heurts avec Minni Minawi et a souligné que la paix était "la question la plus importante et devrait donc être maintenue", selon ces médias. Le SLM de Minni Minnawi est l'un des mouvements ayant lancé début 2003 une rébellion contre Khartoum, réclamant pour la région occidentale du Darfour une répartition équitable du pouvoir et des richesses. Sa faction majoritaire avait cependant signé en mai 2006 un accord de paix avec le gouvernement. Depuis, le mouvement est présent à Khartoum et y a ouvert un bureau pour maintenir des contacts directs avec le gouvernement central. L'accord de paix n'a pas été bien accueilli au Darfour. Le mouvement a depuis connu des divisions, plusieurs factions ayant opté pour la poursuite des opérations militaires contre les forces gouvernementales. Le conflit au Darfour a fait 200.000 victimes et deux millions de déplacés, selon les organisations internationales, des chiffres contestés par le Soudan.
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Tony Blair plaide pour des nouvelles sanctions contre le Soudan
Angola Presse, 24 mars 2007
Bruxelles, 24/03 - Le Premier ministre britannique, Tony Blair, a adressé une lettre à la Chancelière allemande, Angela Merkel, qui assure la présidence en exercice de l`Union européenne, pour l`adoption des nouvelles sanctions contre le Soudan suite au refus des autorités de ce pays de mettre fin aux violences au Darfour, a appris la PANA de source officielle à Bruxelles. Selon un porte-parole européen, le sujet figure à l`ordre du jour du Sommet des chefs d`Etat et de gouvernement de l`Union européenne prévu samedi et dimanche à Berlin (Allemagne), à l`occasion du 50ème anniversaire du Traité de Rome ayant donné naissance à l`Union européenne. De 6 pays à l`origine en 1957, la Communauté économique européenne (CEE), devenue Union européenne, compte depuis janvier 2007, 27 Etats membres. Tony Blair demandera l`adoption de sanctions ciblées contre au moins 100 personnalités soudanaises parmi lesquelles des ministres, et des membres de leur entourage, a fait savoir le porte-parole. Ces sanctions pourraient comprendre un "Travel Ban" (interdiction de visa) ainsi que le gel des avoirs à l`étranger des principaux responsables soudanais. Par ailleurs, le Premier ministre britannique demandera que l`Union européenne propose au Conseil de sécurité de l`ONU l`adoption de telles sanctions.
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L'hebdomadaire, Dakar, 23 mars 2007Le Soudan a suspendu 52 organisations non-gouvernementales (ONG) locales opérant au Darfour suite à une enquête menée pour déterminer leur conformité aux règlements en vigueur dans le pays, a appris APA jeudi de source officielle. Selon Jamal Youssef Idriss, un responsable de la commission gouvernementale d'assistance humanitaire, les ONG n'ont pas cependant pas encore été expulsées du Darfour. « Quelques unes parmi ces ONG n'existent que de nom, elles n'ont ni siège, ni véhicules, elles ont juste des documents et des cachets », a t-il déclaré. Mr. Idriss a également indiqué que la commission d'enquête a révélé que seulement 48 sur les 100 ONG du Soudan enregistrées dans la région du Darfour sud disposaient de documents légaux. Cependant, a-t-il ajouté, les quelques 52 autres ressemblent plutôt à des « ONG fantômes ». « Beaucoup d'entre elles pourraient être autorisées à reprendre leurs activités. Aucune décision finale relative à leur expulsion n'a été encore dégagée », a souligné Mr. Idriss, précisant que « nous leur avons fait suspendre leurs activités pour quelques jours seulement ». L'objectif de l'enquête était d'éviter que des ONG bénéficient frauduleusement de contrats et de l' argent des Nations Unies ou des partenaires au développement sans jamais rien exécuter », a-t-il déclaré. Le Darfour accueille la plus large opération humanitaire du monde avec environ 14000 agents humanitaires dont la plupart sont des Soudanais travaillant avec des ONG internationales. Mr. Jamal Youssef Idriss a ajouté qu'il avait prévu de convoquer des réunions avec toutes les ONG afin de discuter de la reprise des activités.
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Le plus grand problème humanitaire est au Darfour
Xinhuanet, 23 mars 2007
Un responsable de l'ONU, en visite au Soudan, a décrit jeudi la crise humanitaire dans la région de Darfour (ouest du Soudan) comme "le plus grand problème humanitaire dans le monde". John Holmes, le secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d'urgence des Nations Unies, a fait cette remarque après une rencontre avec le ministre soudanais des Affaires étrangères, Lam Akol, sur la situation au Darfour. Le nouveau responsable humanitaire de l'ONU, qui est arrivé à Khartoum mercredi pour une visite d'une semaine, a déclaré qu'il s'est rendu au Soudan peu après son entrée en fonction le 1er mars en raison de la gravité du problème humanitaire au Darfour. M. Holmes a souligné l'importance que toutes les parties concernées travaillent ensemble pour garantir la sécurité des citoyens et des membres des organisations d'aide internationale travaillant dans la région et aussi faciliter l'accès de l'assistance humanitaire à ceux affectés par les conflits Ali al-Sadig, porte-parole du ministère soudanais des Affaires étrangères, a réitéré l'engagement de son gouvernement à faciliter le travail des organisations d'aide internationale, souhaitant que celles-ci puissent continuer leurs opérations dans la région. M. Holmes a aussi tenu des entretiens jeudi avec le ministre soudanais des Affaires humanitaires, Kosti Manibe. Décrivant ces entretiens comme "très utiles et constructifs", le responsable de l'ONU a souligné que seule une solution politique pourrait mettre fin aux souffrances au Darfour. "Evidemment la première chose est de trouver une solution politique qui réglera le problème et annulera le besoin du soutien humanitaire", a affirmé M. Holmes. Arrivé à Khartoum mercredi, le responsable de l'ONU doit se rendre au Darfour samedi avant de se rendre dans les pays voisins le Tchad et la République centrafricaine.
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Les camps de déplacés au Darfour atteignent leur capacité maximale
IRIN, Nairobi, 22 mars 2007 Les camps de déplacés internes de la région du Darfour, dans l'ouest du Soudan, ont presque atteint leur capacité maximale et ne peuvent plus accueillir le flux incessant de personnes fuyant les violences, a indiqué un rapport rédigé par les Nations Unies et des agences humanitaires. Au Nord Darfour, le camp d'As Salaam ne peut plus accueillir de déplacés en raison de la pénurie d'eau, le camp d'Abu Shouk est fermé aux nouveaux arrivants et celui de Zam Zam a presque atteint sa capacité maximale, a souligné le rapport de février sur la situation humanitaire au Soudan (Sudan Humanitarian Overview for February, en anglais). Ce rapport a été préparé par le Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA) en étroite collaboration avec d'autres agences onusiennes et organisations non gouvernementales partenaires. Selon le rapport, il y a eu quelque 30 000 personnes déplacées dans le Darfour au cours du mois de février, et près de 80 000 au total depuis le mois de janvier. Les déplacements les plus importants ont eu lieu dans le Sud Darfour, où les attaques des troupes gouvernementales soudanaises et de leurs milices ont fait quelque 25 000 déplacés. Depuis janvier, 12 595 personnes ont été déplacées dans l'Ouest Darfour et 11 500 dans le Nord Darfour. Les populations civiles continuent de subir quotidiennement des agressions sexuelles et physiques et les restrictions de mouvement, la bureaucratie et la violence ciblée sont autant de facteurs qui empêchent les acteurs humanitaires d'accéder à ces populations. Toujours selon le rapport, la liberté de mouvement des agences humanitaires dans le Darfour a été réduite de 64 pour cent et 20 pour cent des populations affectées ne bénéficient d'aucune aide humanitaire. « En moyenne, près de 2,45 millions de personnes, soit 70 pour cent de la population affectée par le conflit, ne bénéficient pas d'une aide alimentaire substantielle », a révélé le rapport. Toutefois, le rapport a noté qu'en février, les combats entre les forces gouvernementales et la rébellion ont sensiblement baissé par rapport aux mois de décembre et de janvier, de même que les bombardements aériens sur les zones habitées. Les opérations humanitaires ont repris à Tawilla et Khazan, ainsi qu'à Tungur, dans le Nord Darfour, mais l'insuffisance des garanties de sécurité a retardé la reprise de ces opérations à Gereida, dans le Sud Soudan. Un autre rapport, publié le 12 mars par la commission spéciale du Conseil des droits de l'homme des Nations Unies sur la situation au Darfour, a accusé le gouvernement soudanais de n'avoir pas protégé les populations civiles et d'avoir orchestré et commis des atrocités contre son propre peuple. « Le cas de violation des droits de l'homme le plus flagrant est la violente campagne de représailles orchestrée par le gouvernement du Soudan et ses milices Janjawid et qui a visé essentiellement les populations civiles », a noté le rapport, publié lors de l'ouverture de la session de trois semaines du Conseil des droits de l'homme, à Genève, en Suisse. Le rapport a dénoncé notamment les meurtres, tortures, viols en réunion, déplacements forcés et arrestations arbitraires, des accusations rejetées en bloc par le gouvernement soudanais. Le conflit du Darfour a éclaté en 2003 lorsque des groupes de rebelles ont pris les armes contre le gouvernement de Khartoum qu'ils accusaient alors de marginalisation et d'abandon économique de la population de la région. Pour mâter ce mouvement insurrectionnel, les autorités soudanaises ont armé des milices arabes, les Janjawid, accusées à leur tour de mener des campagnes systématiques de meurtres, de viols et de pillages visant les populations non arabes du Darfour. Le conflit du Darfour a fait près de deux millions de déplacés et débordé sur l'est du Tchad et le nord-est de la République centrafricaine.
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Le coordinateur humanitaire de l'ONU entame une mission au Soudan
Le Monde, 22 mars 2007 Le nouveau secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et coordinateur des secours d'urgence de l'ONU, John Holmes, est arrivé mercredi à Khartoum pour une mission d'évaluation d'une semaine, a annoncé un responsable soudanais. Le diplomate britannique, qui a succédé le 1er mars au Norvégien Jan Egeland, doit rencontrer des responsables soudanais puis se rendre à Juba (sud) et au Darfour (ouest), a précisé Sirajeddine Hamed, chef du département de la paix et des affaires humanitaires au ministère soudanais des Affaires étrangères. Dans son dernier rapport publié mi-mars sur la situation au Darfour, en guerre civile depuis plus de quatre ans, le bureau de l'ONU pour la coordination des Affaires humanitaires (OCHA) estime à 2 millions le nombre de déplacés dans cette région au 1er janvier 2007. Il s'agit de l'indication la plus précise avancée par l'ONU sur le nombre de déplacés au Darfour, où le conflit et ses conséquences ont fait, selon une estimation généralement admise, 200.000 morts. L'ONU et les ONG se plaignent continuellement des conditions de travail difficiles au Darfour en incriminant à la fois des forces gouvernementales et des groupes rebelles pour les attaques et les entraves à leur action. Dans son bulletin quotidien publié mercredi, la mission de l'ONU au Soudan (UNMIS) a averti que les camps de déplacés au Darfour étaient au maximum de leur capacité. "Avec 30.000 personnes chassées de chez elles pour le seul dernier mois (février), les camps de déplacés sont à leur capacité maximum", écrit l'UNMIS. "Nous ne pouvons plus absorber de déplacés", a dit le représentant de l'Unicef au Soudan, Ted Chaiban, cité par le bulletin. La mission de M. Holmes intervient au moment où les pressions, notamment américaines, s'accentuent sur le Soudan pour accepter une opération de maintien de la paix hybride entre l'ONU et l'Union africaine (UA) au Darfour. A ce propos, le porte-parole du ministère soudanais des Affaires étrangères, Ali Sadek, a affirmé que son pays ne céderait pas face aux menaces américaines de nouvelles sanctions. M. Sadek, cité par l'agence officielle Suna, a attribué ces menaces à "des adeptes du recours à la force au sein de l'administration américaine" mais affirmé que son pays maintiendrait sa position consistant à "défendre sa souveraineté". Il a estimé que les Etats-Unis, "en tant qu'unique puissance mondiale, devraient recourir à la diplomatie pour établir la sécurité dans le monde", ajoutant que "le Soudan est ouvert au dialogue sur la crise du Darfour".
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Chirac durcit le ton, les candidats s'engagent
Jeune Afrique, 21 mars 2007
Le président Jacques Chirac a menacé mardi soir le Soudan de sanctions lors de la plus grande mobilisation pour le Darfour organisée à Paris et marquée par l'engagement des principaux candidats à la présidentielle de faire cesser les massacres dans la province soudanaise. "Je le dis solennellement : si les exactions se poursuivent, si la parole n'est pas respectée, le Conseil de sécurité n'aura pas d'autre choix que d'adopter des sanctions. Déjà, nous y travaillons", déclare M. Chirac dans un message lu par Bernard-Henri Lévy lors de ce meeting du collectif Urgence Darfour à la Mutualité. Le chef de l'Etat, bientôt arrivé au terme de son dernier mandat, a assuré qu'il n'y aura "pas d'impunité" pour les auteurs de "crimes contre l'humanité" et que "tout doit être fait pour que la force de l'ONU et de l'Union africaine puisse se déployer au Darfour". Une résolution du Conseil de sécurité prévoit le déploiement progressif d'une force conjointe ONU-Union africaine de 20.000 hommes au Darfour, pour mettre fin aux violences entre les rebelles issus des populations noires locales et des milices arabes appuyés par l'armée soudanaise. Le conflit a fait 200.000 morts, essentiellement des civils, et plus de 2 millions de déplacés depuis quatre ans, selon l'Onu. Face au refus du régime du président Omar el-Béchir d'accepter le déploiement d'une force internationale, la Grande-Bretagne a déjà brandi la menace de sanctions et les Etats-Unis ont souhaité une nouvelle résolution, alors que, jusqu'à présent, la France s'était montrée très réservée sur ces mesures. Le ministre des Affaires étrangères Philippe Douste-Blazy, très attaqué mardi soir sur "l'inaction" de la France, a répondu que "s'il n'y a pas d'accord politique entre les différents groupes rebelles et le gouvernement soudanais, n'importe qu'elle intervention militaire qui se substituerait à un accord politique serait vouée à un échec total". Il a également souligné qu'au sein du Conseil de sécurité de l'Onu il fallait "convaincre" les trois pays soutenant jusqu'ici le Soudan (Chine, Afrique du Sud, Indonésie) pour obtenir des décisions prises à l'unanimité et donc plus efficaces selon lui. Deux des candidats à la présidentielle, l'UDF François Bayrou et la socialiste Ségolène Royal, présents mardi soir, ont proposé de faire pression sur la Chine en menaçant de boycotter les Jeux olympiques de Pékin (2008). De son côté, le candidat UMP Nicolas Sarkozy a fait savoir par un courrier lu sous des huées que s'il est élu, il mettrait en place des sanctions unilatérales de la France contre le Soudan. Tous trois ont signé un engagement en huit points en faveur du Darfour, tout comme Dominique Voynet (Verts) et Marie-Georges Buffet (communiste). Pour cette soirée, à laquelle plusieurs centaines de personnes ont assisté, Urgence Darfour avait mobilisé des personnalités diverses: Bernard Kouchner, Fadela Amara, Fanny Ardant, Nicole Garcia, Claude Lanzmann, André Glucksman ou encore Romain Goupil. Une délégation de réfugiés darfouris a été applaudie très longuement par la salle, debout, ainsi que le chef de l'un des mouvements rebelles du Darfour, Abdul Wahid (Mouvement de libération du Soudan). Ce dernier a appelé la France et l'Union européenne à choisir: "soit vous envoyez une force internationale, soit vous nous donnez des armes pour nous défendre", a-t-il lancé.
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Le Darfour sort de l'ombre à Paris
Politiques et intellectuels se sont succédé au meeting organisé hier.
Libération, par Christophe Ayad, 21 mars 2007
Tous unis pour le Darfour, les organisateurs du meeting d'hier soir à la Mutualité ont réussi leur pari : les principaux candidats à l'élection présidentielle ont non seulement signé leur texte en huit points ( Libération d'hier) les engageant à agir concrètement pour faire cesser les massacres au Darfour, mais aussi plusieurs d'entre eux sont venus en personne. François Bayrou le premier. Le seul des candidats à s'être rendu au Darfour, il y a deux ans, a paraphé le texte. «Il n'y a rien de plus facile que d'arrêter cette tragédie, ce génocide [...]. Si ce drame ne cesse pas, la France s'honorerait à ne pas venir aux Jeux olympiques [de Pékin en 2008, ndlr] .» La Chine, principal soutien diplomatique du régime soudanais, a été huée par la salle, quasi pleine. Bernard-Henri Lévy, François Zimeray de SOS-Darfour, Laurent Fabius... ont raconté leur récent séjour au Darfour et dans l'est du Tchad. Des récits entrecoupés de clips, d'applaudissements pour les réfugiés du Darfour présents qui n'ont pas pris la parole et de messages de personnalités présentes ou solidaires (Robert Badinter, Fanny Ardant, Nicole Garcia, Romain Goupil, François Léotard, parmi d'autres). Abdelwahid al-Nour, le leadeur de l'Armée de libération du Soudan (ALS), est venu aussi hier soir demander une action immédiate, ou qu'on lui «livre des armes pour protéger [sa] population». Plus tard dans la soirée, Ségolène Royal est aussi venu signer le texte. Marie-George Buffet et Nicolas Sarkozy se sont fait représenter. Jacques Chirac avait grillé la politesse à tout le monde en envoyant un texte lu par BHL à la tribune dans lequel il menace : «Si les exactions se poursuivent, le Conseil de sécurité [de l'ONU] n'aura pas d'autres choix que d'adopter des sanctions.» Laurent Fabius le taclait quelques minutes plus tard. Après avoir évoqué «Oradour-sur-Tchad», il ironisait : «Je ne comprends pas comment la plus haute autorité de la République française, ayant dit ce qu'il a dit ce soir, peut accueillir le président du Soudan.» Ce dernier, Omar al-Béchir, était en effet l'invité du sommet France-Afrique de Cannes, le mois dernier. Quant à une nouvelle résolution de l'ONU, Dominique de Villepin s'était prononcé contre la semaine dernière...
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Chirac menace le Soudan de sanctions
Jeune Afrique, 21 mars 2007
Le président Jacques Chirac a durci le ton mardi soir contre le Soudan, menaçant ce pays de sanctions "si les exactions se poursuivent" au Darfour, lors d'une manifestation de soutien à Paris avec cette province soudanaise meurtrie par quatre ans de guerre civile. Il a assuré, dans un message lu par l'écrivain Bernard-Henri Lévy, qu'il n'y aura "pas d'impunité" pour les auteurs de "crimes contre l'humanité" et qu'il faut "assumer cette responsabilité de protéger que l'ONU a consacrée en droit international". "Je le dis solennellement: si les exactions se poursuivent, si la parole n'est pas respectée, le Conseil de sécurité n'aura pas d'autre choix que d'adopter des sanctions. Déjà, nous y travaillons", a dit M. Chirac lors de ce meeting organisé à Paris par le collectif français "Urgence Darfour". "Et tout doit être fait pour que la force de l'ONU et de l'Union africaine puisse se déployer au Darfour", a-t-il ajouté. "Il en va du sort et de la vie de centaines de milliers de femmes, d'hommes et d'enfants. Il en va de la stabilité de l'Afrique (...). Il en va de l'honneur de la communauté internationale qui ne peut pas rester inerte quand l'essentiel est en jeu", a lancé Jacques Chirac. Une résolution du Conseil de sécurité prévoit le déploiement progressif d'une force conjointe ONU-Union africaine de 20.000 hommes au Darfour, pour mettre fin aux violences entre les rebelles et des groupes armés pro-gouvernementaux qui ont fait 200.000 victimes et plus de 2 millions de déplacés depuis quatre ans, selon l'ONU. Face au refus du régime du président Omar el-Béchir d'accepter le déploiement de la force "hybride" ONU-UA, la Grande-Bretagne a déjà brandi la menace de sanctions et les Etats-Unis ont souhaité une nouvelle résolution, alors que, jusqu'à présent, la France s'était montrée très réservée sur ces mesures. Le président d'"Urgence Darfour" avait ainsi déclaré auparavant que "la France, comme membre du Conseil de Sécurité et grand pays européen, a une responsabilité particulière", affirmant qu'elle s'était opposée à des sanctions européennes à Bruxelles et au nouveau projet de résolution britannique. "Nous n'allons pas cesser de dénoncer ce langage de duperie. La compassion côté jardin pour les victimes, la mansuétude, je n'ose pas dire plus, pour les génocidaires: ça suffit !", avait-il dit. Le meeting parisien a réuni, outre Bernard-Henri Lévy, le candidat UDF à l'élection présidentielle François Bayrou, l'ancien président de Médecins sans Frontières et ex-ministre socialiste Bernard Kouchner, et l'ancien Premier ministre socialiste Laurent Fabius. "Urgence Darfour" veut demander à tous les candidats à l'élection présidentielle de signer un "Acte d'engagement pour le Darfour". "L'objectif est de mettre le Darfour sur l'agenda des présidentiables", a expliqué Jacky Mamou qui veut leur demander d'en finir avec "la compassion" et d'agir rapidement. A la tribune, M. Fabius, qui rentre d'un voyage au Tchad dans les régions frontalières avec le Darfour, a déclaré: "Silence on tue ! C'est le résumé le plus court et le plus juste de ce que j'ai vu là-bas".
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Les présidentiables font des promesses en faveur du Darfour
Le Monde par Philippe Bernard, 21 mars 2007 « OH, c'est bien, tout le mondé se met à signer-« u Mi-ironique, mi-ravi, Bernard Kouchner salué, depuis la tribune de la Mutualité, à Paris, le dernier miracle en date de la présidentielle: François Bayrou, Dominique Voynet et Ségolène Royal font tribune commune lors du meeting organisé, mardi .20 mars, par le collectif Urgence Darfour. Ils se succèdent pour assurer de leur détermination à stopper les massacres dans cette région de l'ouest du Soudan, qui ont fait quelque 200 000 morts depuis 2003: Nicolas Sarkozy, lui, a dépêché l'ancienne secrétaire d'Etat Nicole Guedj pour parapher en son nom, comme les trois autres candidats, l'« acte d'engagement pour le Darfour» qui appelle notamment au vote à l'ONU de résolutions coercitives contre le Soudan. Boycott des Jeux olympiques Mme Voynet est venue dire «sa honte et sa colère ». Le message de M. Sarkozy promet « un durcissement décisif des sanctions» contre les dirigeants de Khartoum, et des mesures «unilatérales » : gel des avoirs et refus de délivrer des visas aux.. responsables de massacres. Rappelant le veto opposé par la Chine aux sanctions contre Khartoum, M. Bayrou a adhéré à l'idée d'un boycott par la France des Jeux olympiques de Pékin. La salle a réservé un accueil particulièrement chaleureux à Mme Royal et à sa charge contre «la coupable immobilité de la politique africaine de la France », qu'elle s'est engagée à «changer en profondeur »: Dénonçant un « silence assourdissant», elle a également promis de faire «pression » sur Pékin en « utilisant la date des jeux olympiques ». Jacques Chirac s'est invité à sa manière, adressant au meeting un message prônant l'adoption de nouvelles sanctions à l'ONU contre le Soudan et assurant que la France «déjà y travaille», alors que le gouvernement avait jusqu'à présent manifesté son scepticisme après maintes résolutions non suivies d'effet. Hué, le ministre des affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy, n'a pas craint d'affronter une salle déchaînée contre lui pour répondre à l'accusation de passivité. Aux militants qui réclament un engagement militaire immédiat, il a rétorqué qu'«une intervention armée sans accord politique serait vouée à l'échec».
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Darfour : le réveil des consciences
Un meeting organisé ce soir à la Mutualité entend interpeller les candidats et lancer la mobilisation en faveur de la province soudanaise.
Libération, par Christophe Ayad, 20 mars 2007
«Ç a y est, ça prend. Ça va être comme la Bosnie.» Bernard-Henri Lévy en est persuadé. De retour d'un voyage au Darfour et dans l'est du Tchad, financé par l'ONG américaine Save Darfur et pris en charge par les rebelles de l'Armée de libération du Soudan (SLA), l'intello baroudeur est convaincu que la mobilisation est en train de traverser l'Atlantique. Même son de cloche chez Jacky Mamou, président d'Urgence Darfour, collectif d'une centaine d'associations françaises mobilisées pour la province rebelle soudanaise (1) : «Nous sommes sollicités pour des meetings en province, en Europe. Toutes les semaines, de nouvelles associations nous rejoignent.» Urgence Darfour, qui compte des francs-maçons, des chrétiens, des associations juives, noires (le Cran depuis peu) mais quasiment pas d'Arabes ou de musulmans (sauf les Musulmans laïques et le Manifeste pour les libertés), espère faire du Darfour un enjeu d'opinion publique, comme aux Etats-Unis (page 6).
«Action». Après un meeting peu médiatisé, en juillet, au théâtre de la Madeleine, les militants français pour le Darfour comptent frapper un grand coup avec leur meeting de ce soir à la Mutualité, à Paris. Urgence Darfour, Bernard-Henri Lévy et SOS Darfour de François Zimeray, un ex-député européen écarté par le PS pour son militantisme antipalestinien quasi obsessionnel, espèrent faire salle comble. Ils veulent interpeller les candidats à la présidentielle sur la question du Darfour, comme BHL l'avait fait sur la Bosnie au milieu des années 90. Les candidats, du moins ceux représentés au Parlement, seront invités à signer un texte prenant l'engagement d'agir pour que cessent les massacres au Darfour (lire ci-dessus). «Ils seront tous représentés à un haut niveau», assure Mamou, qui espère même la présence d'un ou plusieurs d'entre eux. Car le Darfour les mobilise : Bayrou s'y était rendu en 2004, Royal en a parlé à Villepinte et Sarkozy dans son discours de politique étrangère. « Maintenant, ça suffit la compassion, il faut de l'action», insiste Mamou. Mais un texte signé par tous ne risque-t-il pas le même sort que le pacte écologique de Nicolas Hulot ?
Punir plutôt que détruire. Malgré une intense campagne de presse et d'affichage, financée depuis les Etats-Unis, l'opinion française et européenne reste assez distante. C'est que le conflit est difficile à caractériser : génocide ou guerre civile ? Ni l'un ni l'autre mais plutôt une guerre contre les civils, une volonté de punir une population plutôt que la détruire (2). Un conflit religieux ? Non, contrairement à ce que croit BHL, qui y voit un affrontement entre islam radical (celui du régime et des Arabes) et modéré (celui des rebelles et des Africains) : tout le monde est musulman au Darfour, et les radicaux se répartissent également entre rébellion et pouvoir. Un différend ethnique entre Arabes et Africains ? Cela le devient, même si un groupe rebelle arabe vient de voir le jour. Le traditionnel affrontement entre pasteurs et agriculteurs, comme le clame Khartoum ? Risible vu le nombre de victimes. Même le nombre de morts est contesté : les estimations vont de 200 000 à 400 000 morts, dont un quart à un tiers dans les tueries de 2003-2004. Enfin, c'est un conflit invisible car difficile à couvrir : pas de lignes de front, des combattants fantomatiques dans un pays mal connu, un territoire grand comme la France, peuplé de 6 millions d'habitants, des autorités qui entravent les déplacements. Récemment, le PDG de l'Institut national de l'audiovisuel se plaignait dans le Nouvel Obs de l'absence d'images. La haut-commissaire de l'ONU pour les droits de l'homme, Louise Arbour, ne disait pas autre chose après le rapport du Conseil des droits de l'homme sur l'aggravation de la situation : «La première mesure est de garantir que le public est précisément informé sur ce qui se passe sur le terrain.»
(1) Le collectif a aussi lancé une pétition européenne : www.europetition-darfour.org
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Soudan: L'impatience des réfugiés
Africa Confidential,20 mars 2007
Plus de 25.000 personnes déplacées du Darfour ont signé une pétition demandant la venue de casques bleus de l'ONU pour les protéger. Ils appellent à la fin de la violence, à l'avènement de la démocratie et dans bien des cas, au renversement du régime de Khartoum. Des milliers d'autres signatures sont en train d'être recueillies. Cette initiative a été lancée par des anciens et des personnes éduquées vivant dans les camps de personnes déplacées. Quelqu'un avait demandé à un membre d'une organisation humanitaire comment procédaient les étrangers pour faire entendre leur voix. A son retour, la visiteuse a eu la surprise de se retrouver submergée de cahiers d'écoliers couverts de signatures, d'empreintes digitales et souvent de témoignages personnels. Les gens attendent l'arrivée des troupes de l'ONU "comme des assoiffés attendraient de l'eau", lit-on sur l'une des pétitions. Dans un autre texte, l'auteur se demande pourquoi le monde ne répond pas à la crise. "Qui va soigner cette plaie qui ne cesse de saigner? Qui va aider un orphelin déplacé? Qui va réconforter ceux qui ont été violés et reloger des vieillards complètement désorientés? Des milliers de lettres seront remises aux gouvernements occidentaux. Deux lettres qu'Africa Confidential a pu voir ont été adressées à Lord David Treisman , secrétaire d'Etat britannique à l'Afrique, et au secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon . Le conseil des droits de l'homme de l'ONU a condamné Khartoum pour crimes de guerre le 12 mars dernier, dénoncé l'inaction de la communauté internationale et invoqué le droit à protection, entériné lors du sommet mondial de 2005.
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Darfour: Chirac menace le Soudan de sanctions si rien ne change
Le Monde, 20 mars 2007
Jacques Chirac, en évoquant des "crimes contre l'humanité", a menacé mardi le Soudan de sanctions "si les exactions se poursuivent" au Darfour, province de l'ouest du Soudan en guerre civile depuis quatre ans. "Je le dis solennellement : si les exactions se poursuivent, si la parole n'est pas respectée, le Conseil de sécurité n'aura pas d'autre choix que d'adopter des sanctions. Déjà, nous y travaillons", a dit le président de la République dans un message lu lors d'un meeting organisé à Paris par le collectif français Urgence Darfour. "Et tout doit être fait pour que la force de l'ONU et de l'Union africaine puisse se déployer au Darfour", a-t-il ajouté dans ce message lu par l'écrivain Bernard-Henri Lévy et rendu public par l'Elysée. Une résolution du Conseil de sécurité prévoit le déploiement progressif d'une force conjointe ONU-UA de 20.000 hommes au Darfour, pour mettre fin aux violences entre les rebelles et des groupes armés pro-gouvernementaux qui ont fait 200.000 victimes et plus de 2 millions de déplacés depuis quatre ans, selon l'ONU. L'ambassadeur britannique à l'ONU, Emyr Jones Parry, a menacé il y a une semaine de demander de nouvelles sanctions au Conseil de sécurité de l'ONU contre Khartoum s'il continuait à refuser le déploiement de la force "hybride" ONU-UA. "Une nouvelle fois, j'appelle le Gouvernement du Soudan, et tous les belligérants, à respecter les accords de paix. A juguler les milices qui sèment la terreur. A protéger les populations civiles", a déclaré M. Chirac. Le chef de l'Etat a ajouté qu'"il est capital que les coupables des exactions sachent qu'il n'y aura pas d'impunité. Que le monde les tiendra responsables des crimes perpétrés contre leurs propres frères, d'un crime contre l'humanité". "Il faut venir en aide aux populations et assumer cette responsabilité de protéger que l'ONU a consacrée en droit international, à la demande de la France. Il faut que les Soudanais entendent la voix de la communauté internationale", a dit M. Chirac. "La France ne relâchera pas son effort diplomatique, mais elle ne se satisfera pas de mots !", a-t-il affirmé. "Il en va du sort et de la vie de centaines de milliers de femmes, d'hommes et d'enfants. Il en va de la stabilité de l'Afrique (...). Il en va de l'honneur de la communauté internationale qui ne peut pas rester inerte quand l'essentiel est en jeu", a lancé Jacques Chirac. Les Etats-Unis souhaitent également que le Conseil de sécurité de l'ONU adopte une nouvelle résolution pour contraindre le gouvernement soudanais à autoriser le déploiement de cette force. Mais en déplacement aux Nations Unies à New York, le Premier ministre Dominique de Villepin s'était interrogé jeudi dernier sur l'utilité d'une nouvelle résolution de l'ONU contre le Soudan, craignant que cela ne permette d'accélérer les choses "que sur le papier".
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Message de M. Jacques Chirac, Président de la République, à l'occasion de la réunion sur le Darfour à la Mutualité.
Paris, Maison de la Mutualité, le 20 mars 2007
Mesdames et messieurs, cher amis, C'est l'honneur et le devoir de la France de s'engager chaque fois que les valeurs universelles sont menacées, chaque fois que l'intolérable se produit. Vous incarnez cette vocation de vigilance et de fraternité. Je salue les responsables d'ONG, les citoyens et les intellectuels rassemblés ici pour le Darfour. Ce soir, je suis avec vous par le cœur car ce combat est le nôtre. En 1995 déjà, je refusais qu'on se résigne à l'épuration ethnique en Bosnie. Et le sursaut de la France a permis que s'enclenche une logique de paix. Au nom de cette idée de l'humanité, je me bats pour que cesse l'effroyable tragédie du Darfour. Le rapport de Mme Jody Williams établit l'évidence face à tous ceux qui voudraient la nier. Près de deux cents mille morts. Des millions de personnes chassées de leur foyer, persécutées, déplacées et réfugiées. Et combien de villages pillés, brûlés, dévastés ? La situation empire. La France exige que toutes les conséquences en soient tirées. Dès 2004, elle a mobilisé ses moyens militaires pour que les réfugiés reçoivent secours et protection. Elle a mobilisé l'Union européenne. Elle a agi pour que le Conseil de sécurité sanctionne ceux qui violent les droits de l'Homme et pour qu'il saisisse la Cour pénale internationale. Il est capital que les coupables des exactions sachent qu'il n'y aura pas d'impunité. Que le monde les tiendra responsables des crimes perpétrés contre leurs propres frères, d'un crime contre l'humanité. Les Africains se sont engagés pour la paix au Darfour. Je salue leurs efforts et la détermination de l'Afrique à se battre pour la dignité humaine. Il faut l'appuyer. Le Conseil de sécurité a décidé le déploiement d'une force qui va l'épauler, aider à la protection des réfugiés, au respect du droit et à la stabilisation de la région. Une nouvelle fois, j'appelle le Gouvernement du Soudan, et tous les belligérants, à respecter les accords de paix. A juguler les milices qui sèment la terreur. A protéger les populations civiles. Aujourd'hui, alors que la situation humanitaire continue à empirer, je ressens comme vous le besoin d'un mouvement international plus puissant encore. Nous ne pouvons pas rester silencieux devant une des grandes tragédies humanitaires de notre temps. Nous ne pouvons pas oublier les leçons des génocides et des crimes contre l'humanité du 20ème siècle, qui hantent nos consciences. Nous ne pouvons pas accepter que la mondialisation, ce soit des frontières ouvertes à tout, sauf à la justice et à la morale. Il faut venir en aide aux populations et assumer cette responsabilité de protéger que l'ONU a consacrée en droit international, à la demande de la France. Il faut que les Soudanais entendent la voix de la communauté internationale. La France ne relâchera pas son effort diplomatique, mais elle ne se satisfera pas de mots ! Je le dis solennellement : si les exactions se poursuivent, si la parole n'est pas respectée, le Conseil de sécurité n'aura pas d'autre choix que d'adopter des sanctions. Déjà, nous y travaillons. Et tout doit être fait pour que la force de l'ONU et de l'Union africaine puisse se déployer au Darfour. Mesdames et messieurs, Il en va du sort et de la vie de centaines de milliers de femmes, d'hommes et d'enfants. Il en va de la stabilité de l'Afrique, un continent qui doit pouvoir consacrer toutes ses forces au développement ! Il en va de l'honneur de la communauté internationale qui ne peut pas rester inerte quand l'essentiel est en jeu. Par votre action sur le terrain, et, ce soir, par votre mobilisation, vous exprimez cette conscience universelle qui doit se porter aux côtés des plus vulnérables au nom de la fraternité universelle dont nous sommes les héritiers et les défenseurs. Je vous remercie.
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Conseil des droits de l'homme de l'ONU
L'Algérie donne sa leçon
Le Darfour est le casse-tête des travaux du Conseil des droits de l'homme (CDH) qui se tiennent actuellement à Genève. Les 47 pays membres du conseil du CDH, dont l'Algérie, doivent aujourd'hui approuver un mécanisme de suivi des opérations au Darfour
El Watan, 19 mars 2007
Pas d'enquêteur, mais des observateurs, cette fois-ci... L'Union européenne (UE) a proposé qu'un groupe de travail composé de plusieurs rapporteurs spéciaux poursuive, à partir des documents existants, l'examen des violations des libertés dans cette région soudanaise en proie à la violence. Le comité s'appuiera, entre autres, sur le rapport de la mission spéciale conduite en février dans les camps de réfugiés au Tchad par le prix Nobel de la paix, Jody Williams. Un rapport qui a déclenché une guerre larvée entre les différents blocs du Conseil des droits de l'homme. Plusieurs groupes régionaux, l'Algérie, l'Afrique du Sud, la Chine et la Russie, ont remis en cause la légitimité du rapport de Jody Williams et se sont opposés à son adoption. Après la présentation par Jody Williams de son rapport controversé, dans lequel Khartoum est accusé d'avoir orchestré des « crimes contre l'humanité », une partie des 47 pays membres du conseil ont demandé à la commission de mettre sur la table les preuves de ces accusations. Les autorités soudanaises, qui avaient refusé de laisser la mission entrer sur son territoire, ont demandé la constitution d'une nouvelle mission qui sera désignée cette semaine par les membres de la CDH. L'Algérie et l'Afrique du Sud, deux poids lourds dans la Commission des droits de l'homme, appuient la proposition du gouvernement de Khartoum. L'Algérie considère comme une grave dérive la qualification de génocide par rapport à ce qui se passe au Darfour. Le Darfour, selon de nombreux observateurs, est devenu le piège humanitaire parfait où se jouent les tensions internationales, lié à cette obsession de la guerre stratégique contre le terrorisme. L'Algérie a rappelé que la situation au Darfour ne doit pas occulter les autres drames humanitaires en Afrique, en Irak et en Palestine. L'Algérie au nom du groupe arabe, le Pakistan au nom de l'Organisation de la conférence islamique (OCI) et le Sri Lanka pour le groupe asiatique ont soutenu la demande du Soudan de ne pas adopter le rapport. La Chine, Cuba et la Russie ont également souligné que la mission n'a pas pu exécuter son mandat et que son rapport n'a pas de statut juridique. A l'inverse, les pays de l'Union européenne, le Canada, l'Argentine, le Mexique, mais aussi plusieurs pays africains ont demandé à ce que le conseil agisse sur les violations des droits de l'homme au Darfour. Minées par un affrontement entre blocs, les négociations peinent à déboucher sur un résultat meilleur que ceux de l'ancienne commission, tant discréditée.
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Le barrage de Méroé sort l'archéologie soudanaise de l'ombre
Agence France Presse, Méroé (Soudan), 19 mars 2007
L'archéologie soudanaise, avec une course contre la montre pour sauver des eaux du barrage de Méroé des vestiges de civilisations anciennes de la Vallée du Nil, s'affranchit de l'ombre de sa grande soeur d'Egypte. "Grâce au projet de sauvetage, l'archéologie soudanaise est en train de se faire connaître", souligne le chef des antiquités du Soudan, Salah Ahmed, qui tranche par son style calme avec son collègue médiatique égyptien, Zahi Hawas. Le barrage de Méroé, projet controversé mené par les Chinois dans le nord du Soudan sur la quatrième cataracte du Nil, va former un lac de 160 km de long. Les archéologues reconnaissent que des vestiges inestimables seront perdus à jamais même s'ils mènent le plus important projet depuis celui qui a précédé la mise en eau du barrage d'Assouan dans le sud de l'Egypte dans les années 60. "La zone est complètement inconnue des archéologues. Elle renferme un chapitre inconnu de l'histoire du Soudan et y aller était difficile en raison de problèmes logistiques", ajoute M. Ahmed dans un entretien avec l'AFP. Les civilisations anciennes du Soudan ont érigé plus de pyramides que celles d'Egypte mais n'ont suscité que peu d'intérêt depuis leur défaite de la main du pharaon égyptien Touthmosis I (15e siècle avant JC). "Bien sûr, il n'y a pas d'Abou Simbel ici", note M. Ahmed en référence au chantier gigantesque qui avait consisté à démonter et reconstituer le temple pharaonique du même nom près d'Assouan. Il n'en reste pas moins que des équipes de Grande-Bretagne, de France, d'Allemagne, de Pologne et d'une dizaine d'autres pays, s'activent depuis cinq ans à fouiller la zone de Méroé avec des découvertes significatives. Des découvertes permettent aux archéologues de comprendre le mode de vie d'anciens royaumes, dont celui de Kerma des "pharaons noirs" en Nubie (2.500 et 1.500 avant JC) qui dominèrent une partie de l'Egypte. Elles permettent par exemple, selon M. Ahmed, d'établir que ce royaume était plus étendu et qu'il avait érigé des pyramides. "La quatrième cataracte est un cas de figure très intéressant pour travailler sur les périodes de transition, qui ne sont jamais très sures", souligne un archéologue de la mission française (SFDAS), Vincent Francigny. Les archéologues sont sous pression, les conditions de travail sont pénibles et les tensions entre le gouvernement et les populations qui s'estiment lésées par le barrage ajoutent aux difficultés. Les missions archéologiques peuvent conserver une partie de leurs découvertes, "surtout lorsqu'elles existent en plusieurs exemplaires", indique M. Ahmed, un francophone, tandis que l'Egypte tente de récupérer dans les musées du monde des pièces découvertes sur son territoire. Au Soudan contrairement à l'Egypte, "toutes les équipes travaillent ensemble. Il y a une volonté de coopération, ce n'est pas une archéologie de compétition, c'est comme une grande famille", note M. Francigny. L'immersion de la zone de recherche mettra fin aux campagnes en cours et une exposition des découvertes sera organisée en novembre 2008. Mais une interrogation continuera de hanter les archéologues: existe-t-il ou non au fond des eaux une pierre de Rosette soudanaise ? Car l'une des plus vieilles écritures de l'humanité, le méroitique, n'a pas encore été déchiffrée. Les découvertes faites jusqu'ici n'ont pas permis de déchiffrer cette écriture alors que la pierre de Rosette mise au jour dans le nord de l'Egypte en 1799 avait permis de comprendre les hiéroglyphes.
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Le Conseil des droits de l'homme engagé dans un bras-de-fer sur le Darfour
Agence France Presse, Genève 16 mars 2007
L'Union européenne (UE) avec le renfort de quelques pays africains, a engagé vendredi un bras-de-fer avec le Soudan et ses alliés qui ont tenté en vain d'éclipser le rapport sur le Darfour élaboré sous la direction du Prix Nobel de la Paix Jody Williams. L'énumération par Mme Williams des atrocités commises au Darfour (ouest du Soudan) a fait éclater la solidarité entre pays africains, provoquant un vif débat qui doit se poursuivre la semaine prochaine. Jody Williams a été longuement applaudie vendredi matin lorsqu'elle a présenté au Conseil le rapport de la mission spéciale qui accuse Khartoum d'avoir "orchestré" des crimes de guerre et contre l'humanité au Darfour. Un haut représentant de l'UE a estimé que l'ouverture de ce débat est déjà un succès. Sur la question du Darfour, l'Afrique est divisée, tout comme le groupe asiatique, a ajouté ce représentant, estimant que tous les pays latino-américains -sauf Cuba- serrent les rangs avec les huit pays européens représentés au Conseil. Durant notre mission, "nous avons gardé en tête les souffrances du peuple du Darfour", a souligné Mme Williams qui a obtenu le Prix Nobel de la paix pour son combat contre les mines antipersonnel. Au Darfour, "les tueries de civils sont toujours courantes (...). Viols et violences sexuelles sont systématiques. Les tortures continuent. Les arrestations et détentions arbitraires sont communes, tout comme la répression de la dissidence politique et les restrictions arbitraires des libertés politiques", dénonce notamment la mission dans son rapport. Le représentant du Soudan a qualifié ce document d'"injuste", estimant qu'il n'a aucune "légitimité" et a demandé que le texte ne soit "ni discuté, ni voté par le Conseil" des droits de l'homme. L'Algérie au nom du groupe arabe, le Pakistan au nom de l'Organisation de la conférence islamique (OCI) et le Sri Lanka pour le groupe asiatique ont soutenu la demande du Soudan de rejet du rapport. La Chine, Cuba, la Russie leur ont emboîté le pas. Le débat s'est pourtant poursuivi. "Ni le fait que la mission n'ait pas pu se rendre au Soudan, ni le fait qu'un des membres de la mission a démissionné (l'ambassadeur d'Indonésie, ndlr) ne la prive de légitimité. La mission s'est acquittée de son mandat et il est temps pour le Conseil d'agir", a fait valoir au nom de l'UE l'ambassadeur allemand Michael Steiner. Plusieurs ambassadeurs africains --notamment ceux de Zambie, du Ghana et du Sénégal-- ont pris la parole pour demander eux aussi au Conseil d'agir pour défendre la population du Darfour. Pour le représentant de la France, la communauté internationale est "très proche" de devoir "mener une action collective" prévue par la Charte des Nations unies "lorsque les moyens pacifiques se sont révélés inadéquats, et lorsque les autorités nationales n'assurent manifestement pas la protection de leurs populations contre les crimes de guerre et les crimes contre l'humanité". L'UE espère convaincre les 47 Etats membres du Conseil de la nécessité d'agir, d'enregistrer le rapport de la mission spéciale et de se donner les moyens d'assurer le suivi de la mise en oeuvre de ses recommandations. Le conflit et ses conséquences ont fait, selon l'ONU, 200.000 morts et plus de deux millions de déplacés depuis quatre ans. Ces chiffres sont contestés par le Soudan.
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Ban Ki-moon regrette les réserves émises par le Soudan concernant le déploiement d'une force internationale au Darfour
Nations Unies, New York, 15 mars 2007
Le Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, a indiqué aujourd'hui qu'il avait dit au président du Soudan, Omar El-Béchir, que sa réponse concernant le déploiement rapide d'un force hybride de l'ONU et de l'Union africaine (UA) au Darfour n'était « pas satisfaisante », alors que la frustration grandit chez de nombreux Etats membres. Ban Ki-moon a parlé au téléphone avec le président soudanais samedi dernier, ce dernier l'invitant à venir dans le pays. Sur ce dernier point, Ban Ki-moon a indiqué n'avoir pas encore pris de décision. « Je lui ai dit que j'acceptais son invitation sur le principe, les détails devant être définis par les voies diplomatiques », a rapporté le Secrétaire général. « J'ai exprimé mon regret qu'il ait émis de nombreuses réserves sur des idées qui étaient proposées conjointement par l'ONU et l'UA », a-t-il ajouté, soulignant qu'il avait une nouvelle fois exhorté le président soudanais à accepter l'idée d'une force hybride. « Il y a de plus en plus de frustration chez les membres des Nations Unies, en particulier au sein du Conseil de sécurité », a aussi déclaré Ban Ki-moon en réponse à une question des journalistes. Le Secrétaire général a reçu la réponse du président soudanais à une lettre envoyée au mois de janvier la semaine dernière concernant le déploiement d'une force internationale dans la province occidentale du Darfour. L'ONU et l'UA prévoient désormais le déploiement de 19.000 à 20.000 soldats, 3.700 policiers et 19 unités de police pour répondre aux besoins sur le terrain. Mais le Soudan s'est constamment opposé au déploiement d'une force des Nations Unies dans cette région, en dépit d'une résolution du Conseil de sécurité en arrêtant le principe et les modalités, adoptée cet été ( dépêche du 31.08.06). Le Conseil de sécurité a donc appuyé au mois de décembre 2006 le principe d'une force mixte (( dépêche du 19.12.06). A ce jour, le conflit au Darfour qui a éclaté en 2003 a fait plus de 200.000 victimes et entraîné le déplacement de 2,5 millions de personnes, à l'intérieur du Soudan et dans les pays voisins, en particulier au Tchad.
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La chronique de Jacques Julliard : « Crier, crier encore »
Devant les massacres du Darfour, quels hommes de cire sommes-nous devenus ?
Le Nouvel Observateur, 15 mars 2007 ,
Editorial
Comment encore espérer vous émouvoir, dans un monde où l'émotion est à ce point avilie ? Comment vous convaincre, en pleine échauffourée électorale, qu'aux yeux de l'Histoire qui mesure nos actions, qu'aux yeux de Dieu qui juge nos coeurs la tragédie du Darfour pèsera mille fois plus lourd que les résultats du prochain 22 avril ? Alors oui, s'il vous plaît, pour un moment au moins, le Darfour. Où ça, le Darfour ? Mais juste au-dessous de l'Egypte, un peu à gauche. Vous y êtes. Un pays grand comme la France, peuplé de 6 millions d'habitants. Moins peut-être, à mesure qu'on y égorge. Tous musulmans. Persécutés, massacrés par d'autres musulmans à la peau plus claire. Les femmes violées en série, bien entendu. Les fillettes aussi, dans les écoles. Des enfants embrochés sur des baïonnettes. La routine, en somme. Les villages et les cultures incendiés par des bandes de sauvages sans aveu, mais commanditées par le gouvernement islamiste de Khartoum : les janjawids. Ouf ! Ce n'est donc pas une guerre de religion, c'est toujours ça. Une guerre raciale, peut-être ? On vous jurera que non. N'empêche. Les « Arabes », ou prétendus tels, du Nord, méprisent les Négro-Africains du Darfour. Non, pas des races ! Un camaïeu ethnique. Et alors ? Comme si le racisme avait besoin de races pour tuer ! Comme si l'antisémitisme avait besoin de juifs ! Un génocide, donc ? Là encore, on vous jurera que non. D'autant plus que les Américains jurent que c'en est un. Je hais de toutes mes forces cette casuistique du crime collectif. « Génocide » n'est plus l'abomination suprême, le crime des crimes, c'est devenu un label. Celui qu'il faut obtenir pour être pris en considération. Tous y courent désormais. Qui nous délivrera de cette fascination morbide, de cette escalade dans la qualification de l'horreur, dont le seul résultat est de faire admettre comme tolérables les crimes qui ont raté le label ? Je ne suis pas un obsédé de Nuremberg. Je ne suis pas candidat, en prévision du Jugement dernier, à un poste de juge suppléant dans la vallée de Josaphat, là où les morts ressusciteront. Je demande seulement quels hommes de cire nous sommes devenus, quelles faces d'ombre sont désormais nos visages, quels sépulcres blanchis sont aujourd'hui nos maisons. Voici donc les deux ou trois choses que je sais sur le Darfour. 1. Le gouvernement islamiste de Khartoum est depuis plusieurs décennies un gouvernement d'assassins, qui, avant de tuer ses coreligionnaires, a exterminé 1 à 2 millions de chrétiens et d'animistes du Sud. Ceux-là, on n'en parlait même pas. 2. Quant aux misérables populations du Darfour, elles n'ont même pas la chance d'être massacrées par des chrétiens ou des juifs, ce qui leur vaudrait un surcroît de pitié. J'adjure seulement les musulmans d'avoir pitié de musulmans. Je sais que des intellectuels du monde arabe ont lancé un appel «pour que cesse ce drame». Vous-même, Tariq Ramadan, avez exprimé votre inquiétude. Mais faites un pas supplémentaire : signez la pétition sur le Darfour. Signez ! Après, je vous croirai. 3. Combien de morts, déjà ? 200 000 ? 400 000 ? Je sais seulement qu'il y a des salauds pour porter cette tragique incertitude au débit des victimes. Tant que l'on n'en connaîtra pas le nombre exact, expliquent-ils, prudence et abstention ! Sales tartuffes ! 4. Oui, mais que faire ? Seule une intervention internationale, mieux, une interposition, sauverait ce peuple exsangue, pantelant, abandonné des hommes. Bien entendu, Khartoum s'y oppose, ainsi que les jolis cocos qui gouvernent à Pékin. Pétrole d'abord ! Alors il faut crier, crier encore. Briser la loi du silence. Si nous nous taisons, les pierres finiront par crier à notre place. Trois fois par jour, où que vous soyez, dites Darfour. Cela finira bien par s'entendre. Car il y a quelque chose que l'assassin redoute plus encore que le châtiment : c'est le bruit, c'est la lumière.
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Massacres au Darfour : Les survivants témoignent
Le Nouvel Observateur , 15 mars 2007, par Sara Daniel
Ils ont échappé à des viols, à des tortures, à des tueries. Ils ont laissé derrière eux des villages brûlés pour s'entasser dans de gigantesques camps où Sara Daniel et le photographe Stanley Greene les ont rencontrés. Ils racontent l'enfer. Plus de 200 000 morts, 2,5 millions de déplacés. Depuis quatre ans, une terrible guerre contre les civils, menée par le régime soudanais et ses milices, sévit au Darfour. Jusqu'ici, les résolutions des Nations unies sont restées lettre morte. Aujourd'hui, le conflit s'étend au Tchad et à la République centrafricaine. La Cour pénale internationale a engagé des poursuites pour crimes contre l'humanité. Mais les grandes puissances n'ont pas réussi à se mettre d'accord pour envoyer des casques bleus. Peur d'un « nouvel Irak », intérêts pétroliers, crime d'indifférence ? En France, quelques voix s'élèvent, dont celle du Collectif Urgence Darfour dont nous publions l'appel lancé aux gouvernements européens. Ses signataires expliquent pourquoi il faut se mobiliser pour cette tragédie oubliée. Nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas. C'est un village des confins du monde, posé sur un désert jaunâtre qui ne figure pas sur les cartes des atlas. Une désolation ocre où une centaine d'hommes tentent de survivre dans la lumière crue des régions invariables. Bahaï, perdu dans l'immensité plane de l'Ennedi, est né sur la frontière, longue d'environ 550 kilomètres, qui sépare le Tchad du Soudan. Posé sur une rivière de sable qui unit les deux pays et ne les sépare que trop brièvement pendant la saison des pluies, Bahaï n'était connu jusqu'alors que des caravanes de marchands libyens qui venaient vendre leurs denrées aux nomades faisant paître leurs troupeaux entre les frontières. Mais dans ce rien immense s'est dressée depuis trois ans une ville de tentes qui s'agitent dans le vent glacé avec un claquement de voiles. Un campement du Haut-Commissariat des Nations unies pour les Réfugiés, avec ses rues de sable et ses blocs, qu'arpentent des femmes graves qui portent des enfants dans les replis de leur tunique, et des hommes, plus rares, trop vieux ou trop malades pour continuer à se battre. Ils sont 26 000 réfugiés venus de l'ouest du Soudan. Ils ont fui les massacres, les viols et la politique de terre brûlée planifiée par le gouvernement soudanais, exécutée par ceux qui incarnent désormais pour eux le Mal : les janjawids, des milices à cheval recrutées par le régime soudanais parmi les bergers arabes attirés par la promesse de biens à voler, de pâturages à s'approprier. Chassés par ces « cavaliers du diable » de leur cher Darfour, ils se sont retrouvés là, plantés au milieu de ce nulle part où même les ânes ont l'air de bêtes mortes étendues dans des poses épuisées.
Dans cette prison à ciel ouvert où le désert dresse des murs invisibles autour des tentes qui disparaissent petit à petit sous le sable, on croise une femme, toujours choquée par l'attaque de son village, qui hurle et se débat contre le vent. On rencontre un homme qui a perdu l'esprit attaché par la cheville à un piquet, une écuelle d'eau devant lui. Chacun a une histoire terrible à raconter. Une cicatrice de balle ou de couteau à montrer. Un viol à taire. Des mères, malades de ne pas savoir, cherchent leurs enfants enlevés par les janjawids en envoyant des lettres comme des bouteilles à la mer dans tous les camps de réfugiés du Darfour. L'espoir a déserté ces naufragés du désert. Terribles récits des rescapés de cet Oradour soudanais. Comme celui d'Abdel Karim, un marchand de 85 ans, qui se souvient de ce matin où les janjawids sont entrés dans son village d'Arouala. Ils étaient une cinquantaine, arrivés dans des Jeep, sur des chevaux ou des dromadaires. L'un d'entre eux s'est approché de lui et lui a demandé où étaient ses enfants. «Je leur ai répondu qu'ils s'étaient enfuis. Que, moi, j'étais trop vieux pour partir, et qu'ils me tuent si c'est ce qu'ils voulaient. Ils m'ont crié que tous les Fours devaient être supprimés, et puis ils m'ont tiré dessus.» Abdel Karim s'est mis à crier de douleur, c'est alors qu'il a reconnu un des chefs de ces janjawids, Ale Kocheb, un Arabe d'une tribu des environs. Il a essayé de l'appeler au secours, mais celui-ci l'a frappé avec la crosse de sa kalachnikov pour le faire taire. «Ensuite, ils m'ont jeté dans ma boutique et ils y ont mis le feu.» Abdel Karim, qui porte les stigmates de son calvaire, les traces des balles, le corps mutilé, l'oreille brûlée, n'est pas mort ce jour-là. Mais il a assisté au massacre de tous ceux qui étaient restés au village. Malgré son supplice, il a vu le terrible spectacle de ces bébés attachés sur le dos de leur mère et criblés de balles. Au même moment, sa nièce, Aoua, faisait paître ses animaux le long d'une rivière. Aujourd'hui, la jeune femme de 28 ans raconte, les yeux baissés, son calvaire. Ses mollets, que laisse entr'apercevoir sa longue tunique bleue, sont si graciles qu'on dirait qu'ils vont se briser : «C'était un lundi à 11 heures. Quatre janjawids habillés en treillis m'ont attrapée. Ils m'ont planté un couteau dans la jambe, et puis ils m'ont violée, l'un après l'autre. Mon mari ne m'a retrouvée que le soir. J'ai été malade pendant trois ans. Tout mon corps était douloureux.» Aoua pense sans cesse à ses quatre frères, morts au village ce jour-là alors qu'ils étudiaient leurs leçons, à ses parents, qui ont trouvé refuge dans un autre camp au Darfour... Dans le camp de Bahaï, la plupart des rescapés pensent qu'ils ne reverront jamais leur village. «Mais, malgré cette certitude, c'est notre souhait le plus ardent», explique dans un anglais choisi Ismaël, un professeur de lycée, très digne dans sa tunique blanche, qui, depuis son exode, fait la classe aux enfants du camp. La tente de l'école, c'est le seul endroit où l'on croise encore des regards qui brillent. C'est la première des revendications des jeunes : avoir accès à l'enseignement supérieur. Ici, dans le sable et sur de mauvaises ardoises, on forme des pleins et des déliés, on résout des équations avec rage, comme si sa survie en dépendait. On se surprend à espérer à nouveau en regardant ces petites filles qui récitent leurs leçons avec une application enthousiaste. Beaucoup d'entre elles viennent de la région de Tawila, où les janjawids se sont livrés à des viols collectifs dans les écoles primaires... Et puis ici, jusque dans ce bout du monde que personne ne convoite, la guerre a fini par rattraper les rescapés du Darfour. Et les survivants ne savent plus ce qu'ils doivent redouter le plus : leurs souvenirs ou les Antonov du régime de Khartoum, qui larguent parfois leurs bombes sur les rebelles soudanais qui se sont installés aux confins du camp. Les insurgés, eux, lancent régulièrement leurs offensives de l'autre côté de la frontière de sable, au Soudan. Au cours du dernier affrontement, ils ont défait six soldats de l'armée soudanaise, que l'on soigne à l'hôpital de Bahaï. Blessés par des rebelles dans cette zone grise de la frontière, ils ne sont pas vraiment des prisonniers de guerre, et le gouvernement du Tchad s'est engagé à les renvoyer à Khartoum lorsqu'ils seraient guéris. Un des soldats confie son désarroi devant ses camarades, indignés par son repentir. Soudain, il interrompt la partie de cartes qui se joue sur son lit et murmure doucement, les yeux dans le vague : «Ce que nous avons fait à nos frères du Darfour, c'est terrible. Que Dieu me pardonne...» Car voilà quatre ans que le président soudanais envoie ses soldats et ses phalanges de janjawids décimer les familles et brûler les villages des trois Etats du Darfour, une province de l'ouest du Soudan vaste comme la France, peuplée de 6 millions d'habitants. Azedine, un jeune garçon qui a rejoint la rébellion contre le régime de Karthoum à l'âge de 12 ans, explique que la guerre du Darfour a éclaté au début de l'année 2003, lorsque les rebelles de l'Armée de Libération du Soudan (ALS), d'ethnies masalit, four et zaghawa, indignés de voir le sous-développement de leur région comparé à la richesse de la capitale soudanaise, ont décidé de se soulever contre l'ostracisme dont étaient victimes les Africains de souche. Un jour, près de la mosquée de son village, quelqu'un lui glisse entre les mains le « livre noir », le manifeste de la rébellion. Le document explique comment les trois tribus arabes des bords du Nil ont confisqué le pouvoir et les richesses du Soudan. Le pamphlet met des mots sur sa frustration, et Azedine prend les armes. Avec une certaine audace, les zapatistes soudanais lancent l'assaut contre l'aéroport d'El-Fasher, la capitale du Darfour septentrional, et tuent près de soixante-dix militaires soudanais. C'est le début de la terrible répression du Darfour. Le président du Soudan, Omar Hassan el-Bechir, qu'un putsch a porté en 1989 à la tête de l'Etat, arme des phalanges tribales, les janjawids, dont il s'est déjà servi contre la rébellion du sud du Soudan. Car l'histoire de la guerre du Darfour est d'abord celle d'une répression toujours recommencée par le pouvoir central contre un soulèvement régional. Les « cavaliers du diable » s'exécutent : ils violent, massacrent et empalent avec un zèle terrible ceux qu'ils appellent les zuruq, les « nègres », ou abid, les « esclaves ». Malgré cette terminologie raciste, Azedine, le jeune rebelle, ne croit pas que ce déchaînement incroyable de violence s'explique par les tensions ancestrales qui existent entre les pasteurs arabes et les paysans africains pour l'accès à l'eau et aux pâturages. Selon lui, les janjawids sont manipulés par Khartoum, qui joue des tensions ethniques pour mater la rébellion. Mais le président soudanais maîtrise-t-il encore sa créature ? Il n'est pas sûr qu'il ait encore aujourd'hui les moyens de désarmer les janjawids, qui mènent littéralement la politique de la terre brûlée dans toutes les provinces du Darfour, et désormais jusqu'au Tchad voisin. 200 000 morts et 2,5 millions de déplacés, selon l'ONU : la Cour pénale internationale a recensé «51 chefs de crimes de guerre contre l'humanité et crimes de guerre présumés» commis dans l'ouest du Darfour. Comme à Bahaï, où les rescapés de Tawila disent les viols de centaines de petites filles de l'école primaire des villages de la région. A Guereda, les bébés embrochés sur des lances, l'eau des puits souillée par les cadavres. A Koukou, les décapitations, les villageois enchaînés les uns aux autres puis brûlés vivants. Cette géographie des crimes subis par les rescapés du Darfour au Tchad, c'est un enquêteur soudanais de la Cour pénale internationale qui nous l'a commentée dans la fatigue dégoûtée du petit matin, alors qu'il venait de passer une partie de la nuit à relire les terribles témoignages de ses compatriotes. Mais aujourd'hui la guerre a gagné le sanctuaire tchadien, et il n'est plus si facile d'effectuer cette triste tournée des camps de rescapés du Darfour au Tchad. Ainsi, pour se rendre de Bahaï à Goz-Beïda, un bourg de cases posées au milieu d'une steppe arborée où d'autres réfugiés ont élu domicile, il faut slalomer sur une mauvaise piste entre les convois militaires de l'armée tchadienne, ceux de rebelles aux alliances versatiles, en priant de ne pas croiser les coupeurs de route, bandits de grand chemin qui prospèrent à l'ombre des guerres. Se ranger précipitamment dans les broussailles au passage de ces hommes en armes, guetter un signe de reconnaissance, scruter le visage fermé aux Ray-Ban opaques des militaires et des enfants-soldats juchés sur les camions de l'armée qui brandissent fièrement leur kalachnikov. Attendre, mais pas trop. Démarrer dès que l'injonction est donnée pour ne pas devenir à son tour un suspect dans cet imbroglio de belligérants. Lorsqu'on arrive à Goz-Beïda, on voit des rebelles soudanais qui, avec la bénédiction de l'armée tchadienne, recrutent tranquillement de jeunes garçons dans les camps de réfugiés pour aller se battre au Darfour. De leurs immenses camions, les insurgés soudanais déchargent des caisses de kalachnikovs et de lance-roquettes qu'ils distribuent à ces adolescents à peine sortis de l'enfance. Les enfants-soldats rient et prennent la pause avant d'être rappelés à l'ordre par leurs nouveaux sergents. Car Idriss Déby, le président tchadien, malgré ce qu'il affirme, aide les frères de sa tribu zaghawa insurgés au Darfour. En représailles, le régime soudanais arme et conseille les rebelles tchadiens, décidés à renverser le président Déby depuis qu'il a fait modifier la Constitution pour monopoliser le pouvoir. Chez Sayed Brahim Mustapha, le sultan de Goz-Beïda, on trouve encore des rebelles venus faire une visite de courtoisie au cheik tchadien, mais ses visiteurs en treillis n'empêchent pas le sultan de dire le fond de sa pensée. Le sage est connu pour son franc-parler, responsable de sa disgrâce auprès du président Idriss Déby : «Les gouvernements soudanais et tchadien exacerbent les antagonismes entre les races pour recruter des miliciens et se faire la guerre par rebelles interposés...» Et les rescapés de l'enfer du Darfour, rejoints par des dizaines de milliers de déplacés tchadiens, se retrouvent pris au piège d'une guerre internationale qui ne dit pas son nom. Dans la région de Goz-Amer, Yazim Ami, de l'ethnie dadjo, regarde tristement les débris d'une calebasse brisée assis au milieu des cendres de son village. Les « janjawids tchadiens » ont tué quinze personnes. «Ils ont même brûlé les manguiers», se désole le chef de village. Pour trouver l'homme accusé du forfait, le cheik Maadi Samani, un berger arabe, il faut s'enfoncer dans la steppe arborée pendant de longs kilomètres. Dans son campement de fortune perdu dans un champ de canne auquel ne conduit aucune piste, le cheik explique l'origine des querelles ethniques qui embrasent aujourd'hui le Tchad : «Lorsque les Dadjos ont entendu que les Arabes tuaient leurs frères au Darfour, ils ont voulu se venger ici, au Tchad. Pendant la saison des pluies, ils nous ont attaqués et ont tué trois personnes. Alors, oui, nous nous sommes défendus. Ils disent que nous sommes des janjawids, mais eux ils soutiennent les rebelles du Darfour. Nous sommes plus pauvres qu'eux, mais, à nous, l'ONU ne donne rien!» Pendant que le conflit de l'ouest du Soudan s'étend au Tchad et à la République centrafricaine, la communauté internationale s'oppose sur l'évaluation du nombre de morts et tente de qualifier le conflit : y a-t-il eu un génocide au Darfour, comme l'a affirmé Colin Powell en 2004 ? Ou bien le Darfour est-il plutôt «une région où un crime contre l'humanité se prépare», comme l'a déclaré Jacques Chirac en 2006 ? (Voir aussi le point de vue de Rony Brauman p. 22 et la chronique de Jacques Julliard p. 52.) Pour les habitants du Darfour, la question est : quand la communauté internationale prendra-t-elle les mesures nécessaires pour mettre un terme à leur calvaire ? Les Nations unies ont bien décidé le déploiement d'une force d'interposition. Mais cette résolution n'est pas appliquée puisque le gouvernement soudanais, dont l'accord est nécessaire, s'y oppose ! Il n'existe aucun consensus parmi les membres du Conseil de Sécurité de l'ONU sur les mesures à prendre. La Chine, qui importe 65% du pétrole soudanais et fournit des ingénieurs et des armes à Khartoum, demande qu'on respecte la souveraineté nationale soudanaise. Les Etats-Unis, pris entre le marteau de leur opinion publique et l'enclume de leurs intérêts sécuritaires, lancent des anathèmes contre le président soudanais tout en ménageant Khartoum, qui fait mine de collaborer à leur lutte contre le terrorisme. La France, elle, veut absolument continuer à dialoguer avec Omar Hassan el-Bechir, car elle estime qu'une intervention ne ferait que conforter la propagande du régime de Khartoum, qui accuse les Nations unies de vouloir «recoloniser le Soudan»... En attendant, face aux atermoiements de la communauté internationale et à l'échec de la diplomatie, l'horreur continue pour les habitants du Darfour. Le camp de réfugiés d'Ouré Cassoni à Bahaï. Wassil et Saadiya se sont rencontrés dans le camp, ils viennent de se marier. Toute la famille de Wassil a été tuée. Saadiya a été violée à plusieurs reprises par les janjawids. Il ne le sait pas. Gendarmes qui assurent la sécurité du camp, accusés par les réfugiés de racket et de vols. Parfois, pour de l'argent, ils rejoignent les différents rebelles qui gravitent autour du camp. Sitkalton, institutrice de Karnoi. Les janjawids ont tué son mari, son père et l'ont blessée par balles, puis violée. Elle cherche toujours son fils de 14 ans enlevé par les janjawids. «Je voudrais savoir si je dois faire aussi le deuil de mon garçon... » Soldat de l'armée soudanaise blessé par les rebelles près du camp de Bahaï : «J'ai vu ce que le gouvernement soudanais a fait au Darfour. C'est vrai, les janjawids ont reçu l'ordre d'en finir avec «les nègres».» Idriss Mohamed, 40 ans, est devenu fou quand son village a été bombardé. Les habitants du camp l'ont attaché par la cheville à un tronc d'arbre. Dans les campements des nomades arabes, le dénuement est encore plus grand que dans les camps de réfugiés. «A nous, l'ONU ne donne rien!»
Pour aider les réfugiés du Darfour . Médecins sans Frontières : www.msf.fr/aider . Haut-Commissariat des Nations unies pour les Réfugiés : www.unhcr.org/donate. Programme alimentaire mondial : http://www.pam-onu.org/
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Comment des rescapés de l'enfer sont arrivés dans l'Hexagone
Le Nouvel Observateur, 15 mars 2007, par Sylvie Véran
Nous n'avons pas de nouvelles de nos familles. L'inquiétude nous ronge. »L'homme qui parle s'appelle Issa Tahar Abderaman. Il vient du Darfour, il a 26 ans et il vit à Arras. Qui savait qu'il existait une petite communauté de Darfouris dans le nord de la France ? Ils y sont arrivés presque par hasard et y sont restés grâce au révérend Jean-Marie Matadi Ngazuba, un évangéliste originaire du Congo. L'hiver 2004, un homme épuisé et frigorifié a frappé à sa porte. « Il errait, perdu, dans les rues. Un Africain l'a envoyé chez moi »,raconte le révérend, qui a tendu la main au réfugié refoulé du port de Calais par la police. Depuis, environ 500 Darfouris se sont présentés à l'Association du Bon Samaritain, créée par le missionnaire. Certains ont rejoint la Grande-Bretagne, ancienne puissance coloniale au Soudan. Près de 200 sont restés en France, à Bordeaux, à Angers ou à Cholet, et pour la plupart à Arras. Ce 26 février, ils assistent à une réunion du Collectif Urgence Darfour (voir pétition p. 20). Entre les drapeaux soudanais et français, devant les photos de villages brûlés, d'enfants agonisants, de corps déchiquetés, Ahmed Assan raconte comment il a échappé à un assaut lancé sur son village par les milices janjawids. 75 personnes (dont plusieurs membres de sa famille) ont été tuées et 90 autres kidnappées. Parmi elles, son épouse et son fils de 6 ans, ses parents, son petit frère. Alors via un passeur et 150 dollars, Ahmed est entré en Libye, puis en Tunisie et enfin en France, où il a obtenu un statut de réfugié politique. Khalid Tabidi, sa femme Shama et leurs trois enfants - le dernier est né en France - ont eu moins de chance. Condamné à mort pour raisons politiques, Khalid n'a pu se procurer qu'une copie de son jugement. L'Ofpra (Office français de Protection des Réfugiés et Apatrides) considère qu'il pourrait s'agir d'un faux. Si, mi-mars, le dernier recours échoue, cette famille sera reconduite au Soudan. Le révérend Ngazuba, qui se bat sans autre aide que les aumônes paroissiales pour loger et faire régulariser les Darfouris qui le sollicitent, s'insurge que parmi eux seul 1 sur 6 soit légalisé.
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Le Nouvel Observateur, par De Thuram à Badinter, 15 mars 2007
Lilian Thuram, champion du monde de football 1998 « Nos dirigeants sont inertes » « Y a-t-il un génocide au Darfour ? Il faut arrêter de jouer avec les mots. Ce qui est certain, c'est qu'il y a des milliers de morts. Il faut que la communauté internationale réagisse contre le régime de Khartoum. Je suis révolté par le cynisme des gouvernements. En réalité, les Etats n'agissent que si leurs intérêts sont menacés. Dans ce cas, ils sont même prêts à inventer n'importe quoi pour justifier une intervention. »
Desmond Tutu, prix Nobel de la paix « La pire crise humanitaire du monde » « Il y a quelques années, un homme politique américain avait déclaré que si ses électeurs l'avaient submergé d'appels lui demandant de faire quelque chose pour le Rwanda, il aurait été forcé d'agir. S'il vous plaît, priez pour le Darfour aujourd'hui. Et agissez : demandez à vos élus de réclamer une force significative de l'ONU avec un mandat efficace pour protéger les civils au Darfour. » (Message aux parlementaires européens.)
Bernard-Henri Lévy « Quatre ans que dure cette horreur » « J'étais sur place, la semaine dernière, dans la zone de Amarai, à 400 kilomètres de la frontière du Tchad, que j'ai passée avec un groupe de combattants de la SLA. Du coup, j'ai vu les choses. J'ai vu la dévastation. Les villages brûlés. Les vies brisées. Nous sommes restés les bras croisés au moment du Rwanda. Pouvons-nous, décemment, faire de même avec ce nouveau carnage ? Nous n'avons, cette fois, même plus l'excuse du “génocide éclair”. Car cela fait quatre ans que cette horreur dure. Quatre ans. Et les Nations unies ont en main tous les moyens de faire plier Khartoum. Le problème, c'est la Chine, bien sûr. Car elle oppose son veto à toute résolution antisoudanaise au Conseil de Sécurité. Mais pourquoi ne pas faire pression sur les Chinois ? Pourquoi ne pas les menacer, par exemple, de boycotter les JO de 2008 auxquels ils semblent tant tenir ? » (Voir l'interview de BHL sur CanalObs.)
Angelina Jolie, actrice, ambassadrice du HCR « Punir les tueurs » « Si les crimes contre l'humanité sont punis avec cohérence et sévérité, les calculs des tueurs changeront. Les gens peuvent différer sur les moyens d'intervenir – bombardements, envoi de troupes, sanctions, privations – mais nous devrions être tous d'accord sur le fait que le massacre doit être arrêté et ses auteurs traduits en justice. » (Tribune au « Washington Post », 28 février 2007.)
Laurent Fabius, ancien Premier ministre « J'ai vu l'enfer sur terre » « Au Darfour, dans le quasi-silence, c'est un crime quotidien contre l'humanité qui s'accomplit. Le président soudanais, que Jacques Chirac vient d'accueillir à Cannes, est un président massacreur. Au Dar Sila, dans la région frontière entre le Darfour et le Tchad, j'ai vu des milliers de réfugiés soudanais par une chaleur de 40 °C, sans eau, sans sécurité, sans espoir… Les Chinois, acheteurs du pétrole soudanais, veillent à ce qu'on ménage les autorités locales. Les Américains ne veulent pas ajouter un terrain de conflit à leur passif en terre musulmane. Les Africains ne surmontent pas leurs divisions. Et les Européens discutent. J'attends de la France qu'elle sonne le tocsin. »
Bernard Kouchner, fondateur de Médecins sans Frontières « Nous pourrions sauver des milliers de vie » « Nous avons les moyens d'intervenir sans déclencher une guerre ou nous lancer dans un “nouvel Irak”. La France s'est honorée en 1988 et en 1990 en faisant adopter par les Nations unies le principe du droit d'ingérence humanitaire. Il permet le libre accès aux victimes, malgré les entraves politiques ou militaires. La France doit s'engager fortement auprès de l'ONU pour faire ouvrir des corridors humanitaires qui sécuriseront les convois des ONG attaqués par les milices progouvernementales. »
Robert Badinter, ancien garde des Sceaux « Il faut que justice soit faite » « En présence des crimes atroces commis au Darfour, la révolte des consciences et la solidarité avec les victimes sont essentielles mais ne suffisent pas. Après deux ans d'une difficile enquête, le procureur de la Cour pénale internationale a demandé la délivrance d'une “citation à comparaître” à l'encontre d'Ahmed Haroun, ancien secrétaire d'Etat à l'Intérieur du Soudan, et Ali Kosheib, un des principaux chefs des milices au Darfour. Il retient 51 chefs d'accusation pour crimes contre l'humanité et crimes de guerre. Il appartient aux ONG et à tous les militants des droits de l'homme de soutenir l'action de la Cour pénale internationale afin que tous les auteurs de ces crimes en répondent devant la justice. »
A lire aussi sur notre site internet ( www.nouvelobs.com ) l'appel de :
Yannick Noah, Jacky Mamou (président du Collectif Urgence Darfour), Tewfik Allal (président du Manifeste des Libertés), Patrick Gaubert (président de la Licra), Dominique Sopo (président de SOS-Racisme), Patrick Lozès (président du Cran), Benjamin Abtan (président de l'UEJF), Jean-Michel Quillardet (grand maître du Grand Orient de France)…
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Pour une force de protection internationale au Darfour
L'Europe doit se réveiller
Le Nouvel Observateur, 15 mars 2007 « Le Nouvel Observateur » s'associe à la pétition adressée aux chefs de gouvernement des Etats membres de l'Union européenne, lancée par le Collectif Urgence Darfour (www.urgencedarfour.com) Nous, citoyens français et européens, ne pouvons rester plus longtemps indifférents et passifs face à la véritable guerre contre les civils qui se déroule actuellement au Darfour, dans l'ouest du Soudan. L'armée soudanaise et les milices janjawids ont massacré par villages entiers, principalement en raison de leur identité « africaine noire », leurs concitoyens four, masalit, zaghawa… qui constituent la majorité des 6 millions d'habitants du Darfour. L'ONU a qualifié les exactions commises contre les populations de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité, et a saisi la Cour pénale internationale. L'action humanitaire est intentionnellement entravée par le gouvernement soudanais : des ONG ont ainsi été obligées de suspendre leurs programmes et de quitter la zone. En quatre ans, dix résolutions ont été votées par les Nations unies sans aucun résultat concret sur le gouvernement de Khartoum. En décembre dernier, au moment de quitter ses fonctions, Kofi Annan reconnaissait que le Darfour était le plus grave échec de l'ONU de ces dernières années. Mesdames, Messieurs, comme l'a demandé le Parlement européen dans sa résolution du 15 février 2007 votée à l'unanimité, vous devez agir maintenant !
En droite ligne avec la résolution 1706 du Conseil de Sécurité de l'ONU, les Etats européens doivent envoyer immédiatement une force d'interposition ayant pour mandat de : – protéger effectivement les populations d'un massacre généralisé ; – mettre en place des corridors humanitaires sécurisés permettant aux organisations humanitaires d'accéder à l'ensemble des populations nécessitant une aide vitale ; – déférer devant la Cour pénale internationale tous les individus inculpés de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité. D'autre part, il faut : – établir une zone d'exclusion aérienne sur tout le Darfour ; – appliquer des sanctions ciblées, conformément à la dernière résolution du Parlement européen ; – favoriser les conditions d'un véritable accord de paix entre toutes les parties, permettant aux populations déplacées ou réfugiées de retourner sur leurs terres en toute sécurité. Il est du devoir de l'Europe d'intervenir aujourd'hui et d'exercer sa responsabilité de protéger !
Signature par courrier électronique (courriel) :
europetition@europetition-darfour.org
Signature par courrier (préciser nationalité, adresse, profession et/ou appartenance associative) à adresser à : EuroPétition-Darfour 91, rue du Faubourg-Saint-Honoré, 75008 Paris
Premiers signataires
Jorge Semprun, Jacques Julliard, Yannick Noah, Lilian Thuram, Enki Bilal, Miou-Miou, Tewfik Allal, Bernard-Henri Lévy, Marie-José Nat, Fadela Amara, André Glucksmann, Lafif Lakhdar, Marie-Christine Barrault, Nadine Trintignant, Régine, Jacques Lebas, Ghaleb Bencheikh, Olivier Assayas, Serge Rezvani, Wassila Tamzali, Bernard Kouchner, Pascal Légitimus, Général Morillon, Patrick Lozès, Fethi Benslama, Philippe Val, Radu Mihaileanu, Charles Najman, Philippe Druillet, Frank Margerin, Dominique Sopo, Patrick Gaubert, Marek Halter, Gloria Campana, Marc Lavergne, Jacky Mamou, Richard Rossin, Jean-François Voguet, Secours catholique, Caritas France, France Terre d'Asile, Comité catholique contre la Faim et pour le Développement, SOS-Racisme, Licra, Grand Orient de France, UEJF, Yad Vashem-France, Conférence mondiale des Religions pour la Paix, Centre Simon Wiesenthal-Europe, Mouvement pour la Paix et contre le Terrorisme, Mouvement de la Paix, Vigilance arménienne contre le Négationnisme, Comité Soudan, Vigilance Soudan , Collectif Urgence Darfour, Med Bridge, Catherine Coquio (présidente de l'Association internationale de Recherche sur les Crimes contre l'Humanité et les Génocides)…
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par Rony Brauman* Rony Brauman interviewé par René Backmann du Nouvel Observateur Le Nouvel Observateur, 15 mars 2007
Le Nouvel Observateur. – Peut-on interpréter ce conflit à travers une grille d'affrontements ethniques ? Rony Brauman . – Parmi les élites gouvernementales, les gens du Darfour font l'objet d'un mépris qui va souvent jusqu'au racisme. Pourtant, je ne crois pas que le racisme ait grand-chose à voir avec le conflit lui-même. Simplement, il conforte les dirigeants de Khartoum, qui veulent dominer le pays et ne pas partager ses ressources et les richesses. Depuis son indépendance, le régime a toujours traité ses périphéries avec la même technique fondée sur la terreur…
N. O. – Et la religion, est-elle une clé de compréhension ? R. Brauman. – Pas davantage. Il y a des musulmans des deux côtés. Il ne s'agit pas non plus d'un conflit entre islamistes extrémistes et musulmans modérés. Le front de résistance, à peu près uni jusqu'en 2006, s'est fragmenté en une douzaine de groupes qui se combattent entre eux tout en continuant à lutter contre les forces gouvernementales et les milices. Parmi les plus acharnés, parce qu'ils estiment que le Darfour ne leur a pas fait la place qu'il convenait, il y a les islamistes radicaux qu'on ne peut confondre avec des djihadistes – il n'y a pas à ma connaissance de courants ni de discours djihadistes au Darfour.
N. O. – Peut-on dire qu'il y a eu un génocide ? R. Brauman. – Ce n'était pas l'enjeu de cette guerre. A aucun moment, les dirigeants soudanais n'ont tenu des propos évoquant l'idée de détruire un groupe donné. Ils veulent marginaliser ce peuple et le garder sous la botte, c'est indiscutable. Mais pas l'exterminer… Cela ne signifie pas évidemment que l'opinion publique ne doive pas se mobiliser. On ne dispose pas de chiffres précis sur le nombre de victimes. Mais on peut estimer que pendant la période la plus violente, du printemps 2003 à l'été 2004, entre 30 000 et 70 000 personnes ont été tuées. Auxquelles il faut ajouter, comme dans tous les conflits, les victimes de la surmortalité provoquée par la malnutrition : 200 000 personnes environ. La campagne internationale pour le Darfour a déjà permis d'aggraver l'isolement de Khartoum et de rééquilibrer un peu le rapport de forces entre des mouvements rebelles et l'armée soudanaise.
(*) Membre de la Fondation MSF. Auteur de « Penser dans l'urgence » (Seuil) et « Aider, sauver » (Bayard).
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Washington veut une nouvelle résolution de l'ONU
Jeune Afrique avec l'AFP, 15 mars 2007
Les Etats-Unis souhaitent que le Conseil de sécurité de l'ONU adopte une nouvelle résolution pour contraindre le gouvernement soudanais à autoriser le déploiement d'une force conjointe ONU-UA de maintien de la paix au Darfour, a indiqué mercredi le département d'Etat. "Nous sommes en effet en train d'examiner de nouvelles options, y compris des options qui pourraient nécessiter une action supplémentaire de l'ONU", a déclaré la secrétaire d'Etat américaine, Condoleezza Rice. "Le Soudan doit tout simplement reconnaître que la communauté internationale ne peut pas rester inactive alors que les gens souffrent, alors que nous ne pouvons pas leur fournir une assistance humanitaire et alors que les violences contre les civils innocents se poursuivent", a ajouté la chef de la diplomatie américaine. Mme Rice, qui s'exprimait au cours d'une conférence de presse commune avec son homologue israélienne Tzipi Livni, n'a pas précisé quelles options étaient envisagées. Mais un porte-parole du département d'Etat, Tom Casey, avait fait état plus tôt de consultations sur une nouvelle résolution de l'ONU. "Nous sommes actuellement en consultation avec les Britanniques pour voir ce que nous pouvons faire pour une nouvelle résolution du Conseil de sécurité sur le Soudan", a déclaré M. Casey. L'ambassadeur britannique à l'ONU, Emyr Jones Parry, a menacé mardi de demander de nouvelles sanctions au Conseil de sécurité contre le Soudan s'il n'honore pas son engagement d'autoriser le déploiement au Darfour de la force "hybride" ONU-Union Africaine (UA) prévu par la résolution 1706, adoptée le 31 août 2006. M. Parry a précisé qu'il prévoyait de déposer un projet de résolution contenant de nouvelles sanctions "dans le courant de la semaine prochaine". Des sanctions de portée limitée sont déjà en vigueur contre le Soudan depuis mars 2005. "Nous pensons qu'il est important, à la lumière de la réponse décevante que l'ONU et l'UA ont reçue du président Béchir, que la communauté internationale envisage les mesures supplémentaires qui pourraient être nécessaires", a ajouté M. Casey. Dans une lettre de 14 pages remise la semaine dernière au secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, le président soudanais Omar el-Béchir a refusé le déploiement au Darfour d'environ 2.300 Casques bleus pour préparer dans une phase ultérieure l'envoi de la force "hybride" ONU-UA. "Il est clair que nous n'avons pas reçu de réponse favorable du gouvernement soudanais alors que les gens continuent de souffrir au Soudan", a déclaré Mme Rice. "Le Soudan a eu à mon avis amplement l'occasion de répondre aux inquiétudes de la communauté internationale. Il a eu amplement l'occasion, y compris de modifier les idées initiales sur le fonctionnement de la force de maintien de la paix. Et pourtant, nous ne parvenons pas à recevoir une réponse favorable", a-t-elle poursuivi. "Alors évidemment, nous allons envisager d'autres options", a-t-elle conclu.
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Editorial du Monde du 14 mars 2007
Le rapport sur le Darfour, remis lundi 12 mars par Jody Williams au Conseil des droits de l'homme des Nations unies, ne constitue pas une surprise, tant les faits rapportés sont avérés. Mais il a le mérite d'appeler un chat un chat, et un crime contre l'humanité, un crime contre l'humanité. Le Soudan, en armant les milices janjawids et en combattant avec elles, a "orchestré et participé" à des "crimes de guerre et crimes contre l'humanité" , "les populations civiles étant les principales cibles et victimes" . Le bilan est de 200 000 morts et de plus de deux millions de réfugiés en quatre années de guerre. Le rapport fait par ailleurs preuve de lucidité en se gardant bien d'employer le terme de "génocide" adopté par Washington, et en distinguant la part d'ombre des rebelles du Darfour, parfois idéalisés hors du Soudan, qui sont eux aussi, dans une moindre mesure, "coupables d'abus sérieux dans le domaine des droits de l'homme et de violations des lois humanitaires" . Ces nuances apportées, le constat est clair, précis : Khartoum est non seulement complice mais coupable de "crimes contre l'humanité" . Tueries, assassinats, tortures, viols et déportation sont le quotidien de la population du Darfour. Ce constat devrait appeler en retour une action déterminée de la communauté internationale. Reste à savoir laquelle. Les Nations unies et des pays occidentaux plaident pour qu'une force internationale de l'ONU appuie le faible contingent de l'Union africaine au Darfour, mais le Soudan multiplie les engagements non tenus. Les Etats-Unis plaident pour l'adoption de sanctions économiques, mais la communauté internationale n'est pas unie sur le sujet. Parallèlement, la Cour pénale internationale (CPI) a lancé ses premières inculpations de responsables soudanais pour "crimes de guerre" , mais rien n'indique que cela ait un effet dissuasif sur le terrain. Et le travail d'enquête n'est pas simple. Aucun enquêteur de la CPI n'a pu se rendre au Darfour, pas plus que la mission de M me Williams. Le Soudan poursuit son travail d'obstruction, soutenu au Conseil des droits de l'homme par l'Algérie, qui dirige le groupe Afrique, et l'Organisation de la conférence islamique (OCI). Il est temps de passer à l'action. S'il serait illusoire de croire qu'une force de l'ONU détiendrait la clé de la résolution du conflit et de n'aborder la question que sous l'angle humanitaire, il est urgent de secourir la population du Darfour. Une diplomatie internationale plus agressive à l'égard de Khartoum et le déploiement d'une force de l'ONU dans la province soudanaise pourraient y contribuer. Mais, en absence de réaction internationale, le "crime contre l'humanité" , ce crime qui ne devait "plus jamais" laisser le monde indifférent, va continuer de détruire le Darfour
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« Aucune des misions du Conseil n'a pu aboutir »
Le Monde par Agathe Duparc, 14 mars 2007
Interview de Micheline Calmy-Rey, présidente de la confédération suisse et ministre des Affaires étrangères, par Agathe Duparc
La mission d'évaluation sur la Darfour de Joly Williams, Prix Nobel de la paix en 1997, a-t-elle rempli son objectif ?
Au Darfour, trop de promesses et trop d'espoir de paix ont déçu. Non seulement le conflit continue, mais il s'aggrave de semaine en semaine. Le croit humanitaire est foulé aux pieds. L'accès aux populations en détresse et la sécurité des acteurs humanitaires y sont de plus en plus risqués et aléatoires. Il est très regrettable que cette mission, dont l'envoi avait pourtant été décidé par consensus, n'ait pas pu se dérouler dans des conditions prévues. Mais l'aspect positif, c'est que le rapport de Joly Williams sur la situation au Darfour a tout de même été mis à la disposition du Conseil des droits de l'homme. Nous allons maintenant l'examiner.
Que faire face à la non-coopération du Soudan ?
Nous ne pouvons qu'inviter le gouvernement soudanais à coopérer pleinement avec le Conseil et à mettre en œuvre le suivi qui sera décidé. Les combattants et leurs commandants, et en tout premier lieu le gouvernement d'unité nationale du Soudan, doivent cesser de croire que la violence leur permettra d'atteindre leurs buts politiques. Plus largement, c'est le problème de la coopération des Etats avec les responsables des procédures spéciales qui est ici soulevé, ainsi que la question de l'efficacité des missions envoyées par le Conseil des droits de l'homme.
Sur ce point, les résultats sont plutôt mauvais..
Oui, sur les quatre missions décidées par le Conseil, aucune n'a pu aboutir à des résultats probants. Deux -celles sur la Cisjordanie et Gaza- sont restées à Genève, faute de coopération de la part d'Israël. La mission sur le Liban n'a pas pu examiner la situation du côté du Hezbollah. Notre contribution lors de situations d'urgence s'est ainsi révélée limitée. Le Conseil va devoir se saisir de ce problème.
Le Conseil des droits de l'homme a été cré en juin 2006 pour remédier aux errements de l'ancienne Commission. Quel premier bilan peut-on en tirer ?
Durant cette 4 ème session, la priorité, c'est la consolidation institutionnelle. D'ici au 18 juin, nous devons mettre en place le nouveau mécanisme d'examen périodique universel qui doit remédier à l'un des principaux points faibles de l'ancienne Commission : la pratique du « deux poids deux mesures ». Dans chaque pays, il y a des manquement à corriger en matière de respect des droits humains. L'utilisation des procédures spéciales est également au centre de la nouvelle approche qui se base sur un dialogue constructif. Mais il est vrai qu'en matière de missions d'évaluation par le Conseil, il y a encore beaucoup de travail à faire. La Suisse s'engage très fortement pour aboutir à des résultats positifs. Nous souhaitons un Conseil efficace, crédible, qui puisse réagir rapidement aux situations d'urgence, avec une approche équilibrée et non discriminatoire. Pour l'instant, je reste sur ce message d'espoir.
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Khartoum coupable de « crimes contre l'humanité »
Darfour le rapport de Jody William, Prix Nobel de la paix, examiné par le Conseil des droits de l'homme de l'ONU
Le Monde par Agathe Duparc, 14 mars 2007
J ody Williams a frappé fort. A la tête d'une mission d'évaluation sur le Darfour - décidée par le Conseil des droits de l'homme de l'ONU en décembre 2006 - l'Américaine a remis, lundi 12 mars, un rapport accablant sur le rôle du gouvernement de Khartoum dans la guerre qui ravage cette région ouest du Soudan. Selon le document, Khartoum, en armant et en agissant avec les milices janjawids (cavaliers arabes) contre les rebelles, a « orchestré et participé » à des « crimes de guerre et crimes contre l'humanité », «1es populations civiles étant les principales cibles et victimes ». « Les tueries de civils restent très répandues, y compris lors d'attaques à large échelle, précise le rapport. Viols et violences sexuelles sont systématiques. Les tortures continuent », alors que « les acteurs et travailleurs humanitaires sont de plus en plus pris pour cible » Les groupes rebelles ont également commis de graves violations des droits de l'homme. Rendu public à l'ouverture de la 4 ème session du Conseil des droits de l'homme, ce texte doit être soumis à la discussion vendredi 16 mars. La mission a déjà connu bien des aléas. A la mi-février, à Genève, les représentants de Khartoum, manoeuvrant en coulisses, avaient tenté dé la faire échouer, se disant mécontents de sa composition. Ils étaient soutenus par les pays membres de l'Organisation de la conférence islamique (OCI).` N'obtenant pas leurs visas pour se rendre . au Soudan, Mm` Williams et son équipe décidaient de s'envoler pour Addidis Abeba en Ethiopie. D'autres y auraient vu une décision hasardeuse, mais Jody Williams - qui a obtenu en 1997 1e prix Nobel de la paix pour son combat contre les mines antipersonnel - décidait d'aller jusqu'au bout du mandat confié par l'ONU. Au nom de la « responsabilité à protéger ». Le conflit au Darfour a déjà fait 200 000 morts et plus de deux millions de réfugiés. A Addis-Abeba, la mission composée de l'Afghane Sima Samar (rapporteuse sur les droits de l'homme au Soudan), de Mart Nutt (parlementaire estonien), de Patrice Tonda et Makarim Wibisono (ambassadeurs du Gabon et de l'Indonésie auprès de l'ONU) et de Bertrand Ramcharan (ex-haut commissaire aux droits de l'homme par intérim) s'est entretenue avec des officiels de l'Union africaine (UA). Puis, ne pouvant se rendre au Darfour, elle mettait le cap sur N'Djamena, au Tchad, pour y interroger des membres des forces rebelles et des humanitaires. Elle se rendait enfin dans deux camps de réfugiés de l'est du Tchad. Un périple auquel se sont ajoutés des entretiens à Genève. C'est à Gaga et Breidjing, deux camps ouverts en mai 2005 par le Haut Commissariat pour les réfugiés des Nations unies (HCR), qui abritent respectivement 13 000 et 29 000 réfugiés du Darfour, que les témoignages les plus concrets ont été recueillis. Ils confirment la poursuite de la violente campagne antireblles menée par Khartoum, avec l'appui des milices janjawids : des femmes, des enfants et des hommes « tués indistinctement » des villages « rasés, des « populations entières déplacées par la force ». Le texte exige du Soudan « une pleine coopération pour le déploiement conjointe de l'ONU et l'Union africaine ». Il recommande au Conseil des droits de l'homme de « mettre sur pied une procédure spéciale ou un mécanisme de suivi sur la situation au Darfour ». Mais au sein du Conseil des droits de l'homme, une fronde s'est levée pour torpiller le rapport. Selon une source diplomatique, les « durs » du Conseil – l'Algérie, qui dirige le groupe Afrique, et certains pays de l'OCI- veulent obtenir la constitution d'une autre mission, composée de diplomates. « Si ce scénario se réalise, indique un diplomate, c'est la fin du Conseil des droits de l'homme ».
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Le nombre de déplacés recensés a atteint les deux millions
Jeune Afrique avec l'AFP, 14 mars 2007
Le nombre de déplacés recensés au Darfour, province de l'ouest du Soudan en guerre civile depuis quatre ans, a atteint les deux millions pour la première fois en janvier, selon le rapport d'une agence de l'ONU, publié mercredi à Khartoum. "Au 1er janvier, le nombre de déplacés a atteint deux millions pour la première fois", affirme le bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA) dans un rapport sur la situation au Darfour pendant le quatrième trimestre 2006. Il s'agit de l'indication la plus précise avancée par une agence de l'ONU sur le nombre de déplacés au Darfour, où le conflit et ses conséquences ont fait, selon une estimation généralement admise, 200 000 morts. L'OCHA ne précise pas le nombre de victimes mais explique les déplacements de population par une "intensification des violences après la signature de l'accord de paix de mai 2005", qui n'a été accepté que par un des trois mouvements rebelles qui, de plus, se sont fragmentés en de nombreux groupes. "Entre octobre et décembre 2006, plus de 160 000 personnes ont été déplacées", écrit l'OCHA, selon qui il y a eu au 1er janvier 2007 quelque 270 000 de déplacés de plus qu'au 1er janvier 2006. Au 1er janvier, l'accès des agences de l'ONU aux populations affectées par le conflit était de 64%, "son niveau le plus bas depuis avril 2004", selon le rapport. Malgré cela, le travail des humanitaires continue, mobilisant 13 200 agents nationaux et expatriés appartenant à quelque 80 ONG ainsi qu'à la Croix-Rouge et au Croissant-Rouge, en plus de 13 agences de l'ONU. Les vivres arrivent à la majorité de la population à laquelle on peut accéder, la mortalité et la malnutrition restent en-deçà des "niveaux de crise" et aucun cas de poliomyélite n'a été recensé grâce à une campagne de vaccination. Mais les humanitaires travaillent dans des conditions difficiles. Au cours du dernier trimestre de 2006, 50 de leurs véhicules ont été dérobés, 17 convois sont tombés dans des embuscades, oeuvres de "différentes factions et groupes rebelles", selon le rapport. Pendant la même période, 509 humanitaires ont été évacués temporairement à une vingtaine d'occasions, dont 13 en décembre 2006. Six de ces évacuations ont eu lieu en raison d'attaques armées ou de violences directes.
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Le président du Soudan semble renier ses engagements en faveur de la paix
La lettre que le président Béchir a adressée à l'ONU à propos du Darfour
Gouvernement des Etats-Unis, 14 mars 2007, par Stephen Kaufman, Rédacteur de l'USINFO
Des réfugiés du Darfour qui viennent de quitter le Soudan se reposent dans un camp de réfugiés à l'est du Tchad. (© AP Images) Washington - Le gouvernement Bush s'inquiète beaucoup au sujet de la lettre que le président du Soudan, M. Omar Hassan el-Béchir, a adressée récemment au secrétaire général de l'ONU et dans laquelle il semble renier ses engagements en faveur de l'accord de paix au Darfour, a déclaré à la presse le porte-parole adjoint du département d'État, M. Tom Casey, le 13 mars. Dans cette lettre longue de 14 pages, le président Béchir exprime son opposition au plan visant à augmenter le nombre des soldats de l'Union africaine au sein d'une force mixte de l'Union africaine et de l'ONU. Il est prévu que cette force ait pour tâche de veiller à l'application de l'accord-cadre de paix élaboré en novembre 2006, lors d'une réunion qui s'est tenue au siège de l'Union africaine à Addis-Abéba (Éthiopie). Quelque 200.000 personnes sont mortes depuis le début du conflit au Darfour il y a quatre ans, et des millions sont déplacées. M. Casey a déclaré qu'il était inquiétant que M. Béchir tente maintenant de choisir les éléments du plan élaboré par l'Union africaine avec l'ONU qu'il compte appliquer, alors qu'il avait déjà accepté le déploiement d'une force mixte. Les États-Unis et d'autres pays vont devoir « songer sérieusement à l'adoption de nouvelles mesures pour faire face à la crise humanitaire au Darfour » si le gouvernement soudanais continue d'entraver l'application de l'accord de paix pour le Darfour. M. Casey a indiqué que la communauté internationale manifestait une « impatience grandissante » face aux mesures dilatoires du Soudan. « Je pense, a-t-il dit, que la patience de la communauté internationale n'est pas infinie et je pense que malheureusement nous nous approchons du moment où il faudra prendre d'autres mesures. Notre critère a été toujours été la question de savoir si le gouvernement soudanais permettrait le déploiement de la force mixte. » Le porte-parole adjoint a reconnu que la force mixte n'était pas encore dotée de tous ses effectifs et il a demandé aux pays intéressés de prendre les engagements nécessaires pour appliquer le plan de déploiement en trois phases. Il est regrettable, a-t-il dit, que le Soudan cesse maintenant d'être disposé à coopérer et à appliquer ce plan. La violence persiste et elle est le fait en partie de certaines factions des rebelles, a-t-il indiqué en incitant tous les camps à se conformer aux dispositions de l'accord de cessez-le-feu. Ceux qui n'ont pas encore signé l'accord de paix devraient le faire maintenant et s'y conformer. « La seule véritable façon de parvenir à une solution durable au Darfour est de faire en sorte que tous les camps participent à l'élaboration du genre d'accord que le Nord et le Sud au Soudan ont finalement conclu », a-t-il souligné en ajoutant qu'il était nécessaire de déployer la force mixte à cet effet. De son côté, un haut responsable du département d'État a précisé que, dans la première page de sa lettre, M. Béchir acceptait la nécessité de déployer une force au Darfour, mais que, dans les treize autres pages, il indiquait les parties du plan qui ne lui plaisaient pas et qu'il soulevait des questions et demandait des dérogations. Même si on ne s'attendait pas à un agrément « extrêmement positif » de la part du Soudan au sujet du déploiement de la force mixte, « les gens ont été surpris de constater l'ampleur du retour en arrière que cette lettre représente ». La force mixte de l'Union africaine et de l'ONU prévue à Addis-Abéba devait être déployée en trois phases. Pendant la première phase, 185 militaires devaient fournir principalement une assistance technique. Pendant la deuxième phase, un millier de personnes devaient mettre en place le quartier général de la force et d'autres éléments d'infrastructure de manière à faciliter l'arrivée de plus de 15.000 soldats au cours de la troisième phase. « Jusqu'ici, on pouvait dire que le gouvernement soudanais a coopéré en ce qui concerne l'application de la première phase de l'accord d'Addis-Abéba (…) Maintenant il est extrêmement difficile de voir comment l'on peut aller de l'avant avec la deuxième phase dans les conditions énoncées dans cette lettre. » (Les articles du "Washington File" sont diffusés par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://usinfo.state.gov/francais/)
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Le Soudan rejette le rapport de l'ONU sur les droits de l'homme
Le Nouvel Observateur, 13 mars 2007 |
Le gouvernement de Khartoum juge hostile et partiale la délégation spéciale des Nations unies qui l'accuse d'avoir orchestré les crimes contre l'humanité au Darfour.
L e Soudan a rejeté mardi 13 mars le rapport de la mission spéciale du Conseil des droits de l'homme de l'ONU l'accusant d'avoir orchestré des crimes contre l'humanité au Darfour. Le ministre soudanais de la Justice, Mohamed Ali Elmardi, a déclaré au Conseil des droits de l'homme des Nations unies que la mission dirigée par le Prix Nobel de la Paix Jody Williams avait rendu un rapport "discutable". "La présidente de la mission a observé, après sa nomination, une attitude d'emblée hostile envers le Soudan", a-t-il souligné. Selon lui, "la situation au Darfour n'a jamais été aussi stable qu'aujourd'hui depuis le déclenchement du conflit il y a trois ans". Il a par ailleurs indiqué que la mission "n'a eu aucun égard envers nos réserves et préoccupations légitimes". Dans son rapport publié lundi, la mission accuse le gouvernement de Khartoum "d'avoir lui même orchestré et participé à ces crimes". (crimes contre l'humanité et crimes de guerre) Le rapport indique également que "les forces gouvernementales ont souvent agi de concert avec les milices djandjawids, y compris pour commettre des violations des droits de l'homme"."Les forces rebelles sont aussi coupables de graves violations des droits de l'homme", ajoute la mission.
Désarmer les milices "Le Soudan doit cesser de prendre pour cibles les civils au Darfour, mettre un terme à tout soutien aux milices djandjawids et procéder à leur désarmement, leur démobilisation et à leur réintégration", demande la délégation. Quant aux rebelles, "ils doivent respecter strictement les exigences de la législation internationale sur les droits de l'homme et le droit humanitaire et prendre les mesures nécessaires pour se distinguer clairement de la population civile". Le rapport préconise de "mettre sur pied une procédure spéciale ou un mécanisme pour suivre la situation au Darfour". Il exige également du gouvernement du Soudan "une pleine coopération pour le déploiement sans délai de la force de paix et de protection conjointe de l'ONU et de l'Unité africaine (UA)", décidé en juillet dernier par le Conseil de sécurité.
Mission interdite La délégation de la mission était interdite de séjour au Soudan. Elle a malgré tout enquêté du 5 février au 5 mars depuis l'extérieur du pays pour présenter un rapport à l'occasion de la 4ème session du Conseil des droits de l'homme qui s'ouvre ce lundi à Genève. Mohamed Ali Elmardi a fait valoir que Khartoum n'a pas délivré de visas à la mission, arguant de la partialité de certains de certains de ses membres. Selon lui, la mission "n'a eu aucun égard envers nos réserves et préoccupations légitimes" en ce qui concerne sa composition. Depuis 2003, environ 200.000 personnes ont trouvé la mort dans la guerre civile au Darfour. Le conflit a également jeté deux millions de réfugiés sur les routes, selon l'ONU. Le gouvernement soudanais nie toujours ces chiffres.
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Au Darfour, la même horreur en pire
Un rapport de l'ONU déplore une situation qui ne cesse de se dégrader depuis 2003 . Libération, par Christophe Ayad, 13 mars 2007
Toujours la même horreur, les mêmes exactions. Les auteurs auraient pu recopier le rapport de 2004. Les autorités soudanaises y étaient déjà accusées de «crimes de guerre» et de «crimes contre l'humanité» au Darfour. Ce sont les termes employés par la mission spéciale du Conseil des droits de l'homme de l'ONU, dont le rapport a été rendu public hier (1) et qui accuse Khartoum d'avoir «orchestré et participé à ces crimes». «Les forces rebelles sont aussi coupables de graves violations des droits de l'homme», ajoute le rapport. Selon la mission, le bilan des tueries serait d'au moins 200 000 morts ; d'autres estimations avancent le chiffre de 400 000 en quatre ans. Le terme de «génocide», utilisé par Washington, n'apparaît pas dans le rapport, mais celui-ci rejette l'essentiel des responsabilités sur le pouvoir, qui a mené ces derniers mois aune violente offensive». Khartoum a balayé ces accusations, jugeant la mission «partiale». De 2004 à 2007, rien n'a donc changé, malgré le déploiement de 14 000 humanitaires et de 7 000 soldats de la mission d'observation de l'Union africaine, malgré la conclusion d'un cessezle-feu et la signature d'un accord de paix en mai 2006, malgré l'adoption d'une demi-douzaine de résolutions du Conseil de sécurité, dont l'une prévoit l'envoi de 20 000 Casques bleus, et malgré la saisine de la Cour pénale internationale... Les attaques de grande envergure associant raids aériens, soldats gouvernementaux et miliciens arabes (jenjawids) ont repris, comme au tout début du conflit. Ces attaques, auxquelles s'est jointe une faction de la rébellion ralliée au pouvoir, la SLA-MM (l'Armée de libération du soudan, tendance Minni Minawi), visent toujours les civils et se déroulent selon un schéma immuable : bombardement à l'aveuglette des villages par des gros porteurs Antonov, puis attaque au sol par l'armée et les milices. Parfois, les fuyards sont traqués par des hélicoptères. Le but ? Vider une zone de ses habitants pour s'approprier leurs terres et ôter toute base arrière aux rebelles, qui se fondent dans la population. La signature de l'accord de paix d'Abuja (Nigeria) entre le gouvernement et une sous-faction des deux grands groupes rebelles a envenimé les choses. L'ethnicisation du conflit entre tribus arabes (soutenues par le gouvernement) et africaines (proches de la rébellion) s'est doublée d'affrontements locaux entre tribus : Zaghawas, fidèles à Minni Minawi, contre Fours, restés fidèles à Abdel Wahid Mohamed Nour, le leader de la faction majoritaire de l'Armée de libération du Soudan. Résultat : 30 000 Soudanais ont fui le Darfour ces six derniers mois pour rejoindre le Tchad voisin, où vivent déjà 200 000 d'entre eux ; durant la même période, 250 000 personnes ont été déplacées à l'intérieur de la province rebelle. Même les immenses camps de déplacés, où sont regroupés des centaines de milliers de civils sans ressources car sans terre ni bétail, sont devenus des zones de non-droit. La misère et l'insécurité ont créé un climat d'extrême tension. Les humanitaires qui y interviennent sont devenus la cible d'attaques les obligeant à quitter des pans entiers du Darfour : 12 travailleurs humanitaires ont été tués ces six derniers mois. A trois reprises, des agressions sexuelles ont visé des femmes travaillant dans ces ONG : elles étaient toutes le fait des forces gouvernementales ou de leurs alliés, jenjawids et ex-rebelles.
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Choses vues au Darfour, par Bernard-Henri Lévy
L'écrivain a passé une semaine, du 20 au 28 février dans les camps de réfugiés au Darfour. Pris en charge par les rebelles de la Sudan Liberation Army (SLA), il appelle à leur désarmement pour tenter d'échapper au « premier génocide du XXIème siècle »
Le Monde 13 mars 2007
C''est un pick-up Toyota, sans vitres ni plaque d'immatriculation. Il est venu me prendre, à la tombée de la nuit, à Bahaï, la dernière ville du Tchad avant l'entrée au Darfour. Et il s'est arrêté, pour ne pas embarrasser les humanitaires qui m'hébergent, une centaine de mètres plus loin, devant le baraquement poussiéreux qui fait office de poste de police. Il y a là Otman, le chauffeur, très jeune. Quatre hommes armés, sur la plate-forme arrière, juchés sur des ballots de pain et encapuchonnés dans de longs turbans sans couleur. Et il y a là un cinquième homme, leur commandant, qui parle quelques mots d'anglais et, sans préambule, dans l'obscurité, me tend son téléphone satellite Thuraya. Au bout de la ligne, Abdul Wahid Al-Nour, le patron de la Sudan Liberation Army (SLA) avec laquelle je suis en contact depuis Paris et qui est l'une des deux armées rebelles à avoir refusé, il y a un an, les accords de paix d'Abuja. "Pardon pour le retard , commence-t-il d'une voix rendue presque inaudible par l'écho de la tempête de sable qui souffle depuis le matin. Mais nos téléphones sont écoutés. Le corridor que nous avions prévu pour votre passage a été coupé, hier, par une colonne de 4 000 janjawids. Il a fallu en imaginer un autre. Vous comprenez ?" Je comprends, oui. Mais les janjawids ici... Les terribles miliciens à cheval du régime islamiste de Khartoum venant semer la terreur jusque dans cette zone, au nord de la frontière, dont on m'avait dit, à N'Djamena, qu'elle était gagnée à la cause de la guérilla... C'est une première information. Un bref arrêt, avant de partir, près d'une hutte de chaume où sont entreposés des fûts d'essence que des enfants chargent, en silence, à l'arrière du pick-up. Un autre, un peu plus loin, toujours côté tchadien, dans une case, invisible depuis la piste tant elle est ensablée, où nous prenons des couvertures. Et en avant vers le Soudan, province du Darfour, où nous roulons à toute allure, souvent phares éteints, dans un désert de cailloux, de ronces, de sable durci par le gel, d'arbres morts qu'Otman évite, chaque fois, en braquant à la dernière seconde. Il fait froid. Cela secoue. A tour de rôle, avec le photographe Alexis Duclos, nous prenons place à l'avant, près du chauffeur, où l'on voit mieux venir les cahots. Les hommes, à l'arrière, fument ou somnolent, la kalachnikov entre les genoux. De temps en temps, sans raison apparente, l'un d'eux se fige et se met aux aguets. Un autre tire sur une antilope et se fait engueuler parce qu'il gaspille une cartouche. Très vite enfin, après que la tempête s'est calmée et que la lune s'est dégagée, on distingue les premières traces de villages brûlés que la terre a commencé d'absorber. Ces cercles de suie noire... Ces tas de branchages et d'épineux jetés sur les charniers tels d'humbles mausolées... Ce seront, cette nuit-là, les seules traces de présence humaine sur cette terre désolée : comme si, dans cette partie nord du Darfour, l'entreprise de purification ethnique qui est le noeud de l'affaire et oppose les cavaliers "arabes" aux tribus "noires" Zagawha, Tunjour et Fur était en passe de réussir... Il fut un temps où les guerres se livraient de part et d'autre d'une ligne de front avec ennemi clairement identifié, territoire à prendre ou défendre, escarmouches. Il y eut le temps, ensuite, des guérillas qui tenaient la campagne tandis que les gouvernementaux se concentraient sur les villes et les grands axes. Au Darfour tel que je le découvre, il n'y a pas de ville. Pas d'axes, grands ni petits. Il n'y a même pas de check points, ces marqueurs minimum de l'espace qui disent un peu où l'on se trouve. Juste le désert. Juste des armées fantômes qui se frôlent et se contournent. A commencer par notre unité qui, toutes les demi-heures environ, fait halte. Otman, alors, branche son téléphone. Déploie sa petite antenne et cherche le satellite comme un sourcier le puits. S'ensuit une courte conversation avec d'invisibles éclaireurs. Et selon ce qu'on lui dit, selon la présence ou non de janjawids ou, dans la zone de Jebel Moun, de combattants du JEM (Mouvement pour la justice et l'égalité), le mouvement de guérilla rival, il repart, revient sur ses pas, oblique ou même, à deux reprises, s'arrête. Les hommes, alors, descendent. Etendent une natte à même la caillasse. Et s'endorment là, aussitôt, enroulés dans des couvertures, en attendant qu'un nouvel appel vienne dire que le danger est passé. Nous roulons ainsi quatorze heures. L'équivalent de 400 km. Et c'est le lendemain, vers midi, que nous arrivons à Amarai où nous accueille, entouré des sages en robe blanche, un mince et élégant personnage, vêtu d'un anorak bleu passé sur un pantalon militaire : le patron politique de la zone, Mustafa Adam Ahmadai, dit Rocco - son nom de code à l'époque, bien avant la guerre, où il était un officier de haut rang dans les services de renseignement du Soudan. Amarai est une zone libérée où se sont regroupés les rescapés des massacres des villages voisins. Le scénario est toujours le même et recoupe celui des réfugiés que j'ai, avec François Zimeray et la mission française de Urgence Darfour, interrogés, les jours précédents, dans les camps tchadiens de Goz Beida. Les janjawids arrivent, généralement, à l'aube. Ils jettent des torches dans les huttes. Défoncent, à coups de masse, les hautes jarres de terre cuite qui laissent échapper, puis s'enflammer, des flots de mil ou de sorgho. Ils tournent autour des brasiers, avec des hurlements terribles. Ils arrachent les enfants des bras des mères pour les jeter vivants dans la fournaise. Ils violent les femmes, les battent, les éventrent. Ils rassemblent les hommes et les achèvent à la mitrailleuse. Et, quand enfin tout a brûlé, quand il ne reste du village que des ruines éparses et fumantes, ils regroupent les bêtes apeurées et les emmènent vers le Soudan. Mes témoins ont un nom. C'est Hadja Abdelaziz, 30 ans, 6 enfants, dont 2 qui ont péri dans l'attaque du village de Khortial. C'est Fatmah Moussa Nour, 28 ans, qui a perdu, elle, son mari, dans le bombardement, en octobre, de Beirmazza. Ce sont des femmes et des hommes ordinaires dont les récits vient s'ajouter à ceux que recueillent, depuis quatre ans, les organisations de défense des droits de l'homme. Avec, néanmoins, deux variantes importantes. Le fait, d'abord, que ces colonnes infernales que Khartoum nous présente comme des hordes de bandits, échappant à tout contrôle et, en tout cas, au sien, sont toujours encadrées par des officiers de l'armée régulière soudanaise. Il y avait, me dit Rocco, des Soudanais à Tawila où l'on compta, en février 2004, 67 morts, 93 femmes violées et plus de 5 000 déplacés. Il y avait des Soudanais à Hashabba, un peu plus haut, où il n'y a pas eu de morts car un bataillon de la SLA a pu évacuer à temps les civils. "Et quant à Deissa... Venez, allons à Deissa, vous allez voir de vos yeux..." Deissa est, 15 km plus à l'est, un autre village fraîchement brûlé où nous allons à trois pick-up et où un rescapé, l'oeil dilaté par l'effroi tandis qu'il erre, avec nous, entre les débris calcinés de ce qui fut sa maison, raconte comment les janjawids sont venus deux fois. Une fois pour crever les greniers à mil, incendier les huttes et la mosquée, tuer. Et puis une seconde fois pour casser l'école qui était, elle, construite en dur. "Eh bien, les deux fois , murmure-t-il, c'est un capitaine venu de Khartoum qui dirigeait l'opération... Les enquêteurs de la Cour internationale peuvent venir, s'ils le souhaitent ! On leur donnera les évidences !" L'image du janjawid, ce "cavalier de l'apocalypse" dont on a tant parlé, serait-elle un cliché trop commode ? Et serait-ce le Soudan intégriste, islamiste, raciste, qui se cache derrière le cliché ? Et puis la seconde variante c'est que ces cavaliers semblent, à bien y regarder, plus "mécanisés" qu'on ne le dit. Ici, par exemple, à Deissa : quand ils sont revenus, la deuxième fois, pour l'école, ce n'est ni à cheval ni à dos de chameau mais avec un canon monté sur un véhicule transport de troupes qui a pilonné les salles de classe. Ou bien ici, à Khour-Syal, 8 km plus à l'ouest : ce cratère immense qu'a fait, le 23 janvier, au mépris des interdictions de survol décrétées par la communauté internationale, la bombe d'un Antonov ; on est loin, à nouveau, du janjawid arrivé à dos de chameau. Ou bien encore là, sous l'arbre à palabres, ce camion vert olive dans la carcasse duquel jouent des gamins et qu'une compagnie d'élite du SLA a pris, de vive force, le 18 janvier, à mi-chemin de Djebel Marra : "Regardez-le, ce camion , me dit Rocco ; photographiez bien la marque, Giad ; et la plaque d'immatriculation, soudanaise ; c'est un camion droit sorti d'une usine d'assemblage que le président Al-Bechir a inaugurée, il y a sept ans, près de Khartoum, avec, entre autres, vous, les Français." Autre mythe, alors ? Autre cliché que celui de cette guerre longue mais rudimentaire, et de basse intensité, menée par d'obscures tribus vidant des querelles sans âge ? Là, en tout cas, j'en témoigne : l'attirail, l'armada, les gros moyens, l'odeur, de la guerre chaude et du crime contre l'humanité à grande échelle - tout y est. Rocco, maintenant, est avec ses commandants qu'il me présente un à un, sous un auvent de toile, à Beirmazza, 60 km au nord d'Amarai. Il y a là Mohamed Abdorahman, dit le Tigre, à cause de sa vaillance et aussi, me dit-on, de la rapidité de félin avec laquelle il assure la liaison entre les fronts. Nimeiry, l'intellectuel, qui porte un turban beige, roulé serré sur le front, à la façon des Afghans. Il y a là le jovial Mohamed Adam Abdulsalam que l'on appelle Général Tarada, littéralement "général cent sous", ou "gagne petit", parce qu'il passait, dans le civil, pour particulièrement nul en affaires alors que, dans la guerre, il se révèle un stratège de génie. N'est-ce pas lui qui, dans la zone de Korma, après les tueries de l'été dernier où près d'une centaine de villageois ont été assassinés, a réussi, avec 30 hommes, à reconquérir Hillat Hashab et Dalil ? Lui qui, dans la même zone, il y a quelques semaines, a pris quatre véhicules à une colonne de combattants de l'ALS (MM), l'armée rivale de Mini Minawi, signataire des accords de paix d'Abuja et ralliée, donc, à Khartoum ? Et lui encore qui, déjà, en février 2003, conçut l'attaque d'Al-Fasher, capitale du Darfour, qui fut le prétexte du gouvernement pour déclencher sa guerre totale ? "Ne vous fiez pas à son air de nounours , me dit Rocco en souriant. Ce que je vous dis là est documenté. C'est notre meilleur commandant. Al-Béchir donnerait tout son or pour avoir sa tête ou le retourner." Nous sommes, dans la zone de Beirmazza toujours, au milieu d'un cirque de pierre où s'entraînent, sous un soleil accablant, les hommes de Rocco et Tarada. Les exercices du jour sont des exercices de discipline. Et il y a là une centaine d'hommes, petits paysans hirsutes et glabres, qui sont descendus des villages et à qui l'on apprend à saluer, présenter armes, défiler. Ce qui me frappe c'est d'abord leur jeunesse extrême (encore que je ne voie pas, grâce au ciel, d'enfants soldats). Leur maladresse (ce léger temps de retard, comme dans une opérette mal réglée, quand le sergent hurle "repos" ou "en joue" ). C'est ce mélange, en eux, d'extrême gravité (tous ceux que j'interrogerai me diront qu'ils sont là parce qu'ils ont perdu un être cher) en même temps que de bonne humeur et d'entrain (cette façon de poser, plastronner, se pousser du coude, pour les photos). Mais c'est aussi, surtout, le côté disparate, débraillé et, au fond, terriblement démuni de cette troupe de va-nu-pieds dont on découvre, quand on s'approche, les lèvres gonflées de soif et le regard perdu. Je compte, pour la centaine de combattants présents, deux mortiers seulement. Trois lance-roquettes RPG. Des kalachnikovs, mais pas pour tous. Et, en guise d'uniformes, un mélange d'anoraks et de burnous, de jeans et de joggings et, parfois, dans le meilleur des cas, une veste de camouflage en lambeaux où je crois reconnaître le treillis de l'armée tchadienne. "Nous n'avons rien , me dit, comme s'il lisait dans mes pensées, le gros général Tarada. Personne ne nous aide et nous n'avons donc rien. Le Tchad ? Non. Le président du Tchad, Déby, a bien trop peur des rétorsions que les Soudanais exerceraient via des groupes rebelles infiltrés et il fait donc très attention. La vérité est que les armes que vous voyez ont toutes été prises à l'ennemi. Toutes. Et quant à nos véhicules..." Il me montre, d'un geste large et étrangement seigneurial, deux Toyota qui viennent d'arriver pour que les commandants puissent recharger leurs téléphones sur les allume-cigares - plus une troisième dont on siphonne le réservoir pour remplir celui de la voiture qui doit repartir vers le Tchad. "Quant à nos véhicules, vous avez compris, n'est-ce pas ? Ce sont tous, aussi, des prises de guerre." Puis, plus bas, sur le ton de la confidence, et comme s'il s'apprêtait à me livrer un redoutable secret militaire : "Nous avons si peu de carburant que nous en sommes réduits, quand nous allons à la bataille, à faire pousser les automitrailleuses par les hommes jusqu'au point de contact avec l'ennemi." Et puis, plus bas encore et comme si, cette confidence-ci, il hésitait vraiment à me la faire : "Regardez encore ceci..." Il fait signe d'approcher à deux de ses combattants, singulièrement impressionnants avec leurs larges cartouchières passées autour de la taille et du cou ; sauf que je m'aperçois qu'un logement sur deux, au moins, a été vidé de sa cartouche et transformé en un petit rouleau où l'on a logé, soit un grigri, soit un verset du Coran... Je repense aux Bosniaques. Je repense à cet embargo militaire qui, à l'époque du siège de Sarajevo, frappait de la même façon, en une apparente mais inique symétrie, les agresseurs suréquipés et les agressés presque désarmés. Alors, je sais que les situations ne sont pas comparables. Et je suis bien convaincu que ces paysans en armes, ces hommes exaltés par une inexpiable colère et qui vocifèrent, d'une seule voix, "longue vie à Tarada" , ce capitaine qui, tout à l'heure, lorsque je lui ai demandé comment il traitait ses prisonniers, a bredouillé qu'il n'en faisait pas tant que cela, ne sont pas, eux non plus, des modèles de vertu. Mais une part de moi ne peut pas ne pas faire, tout de même, le rapprochement. Une part de moi ne peut se retenir d'une sourde révolte face au déséquilibre, si flagrant là aussi, entre cet armement dérisoire d'un côté et, de l'autre, le cratère de bombe de Khour-Syal, les fûts pleins d'essence et de clous largués à basse altitude par les Antonov, les villages réduits en cendres, les ossuaires. Et cette part de moi-même ne peut pas, du coup, éviter de poser la question : si nous sommes incapables d'arrêter le massacre, si nous n'avons ni le pouvoir ni surtout la volonté de sanctionner le régime terroriste du Soudan, si nous n'osons même pas faire pression sur la Chine, son alliée au Conseil de sécurité, pour qu'elle accepte le principe d'un envoi de casques bleus, ne devrions-nous pas, au moins, aider ceux qui défendent ces gens et le font les armes à la main ? Car enfin on a beau dire. Ces villages de Deissa et de Beirmazza qui vivent sous la protection, donc, de la SLA... Ce marché de Bredik où nous faisons des provisions pour le retour et qui, avec ses nattes de couleurs où sont étalés des oignons, des tomates, des biscuits, a un air presque pimpant... Ce minuscule bazar, à Muzbad, où j'ai trouvé des savonnettes made in Libya ... Ce marché aux chameaux, à Anka, où l'on m'assure que des nomades arabes s'arrêtent pour acquitter, comme au bon vieux temps, un droit d'hébergement et de passage... Ou bien - détail qui en dit long ! - cette façon qu'a Rocco, à Bredik, de payer ce qu'il achète au lieu, comme tant de guérillas, de vivre sur la bête... La zone libre d'Amarai reste, naturellement, une zone en guerre. Et je n'y ai rencontré personne qui n'ait, dans le regard, cette sorte de peur prodigieuse que crée, dans toutes les guerres, l'imminente proximité de la mort. Mais force est de constater que la présence de la SLA y a un effet d'apaisement. Et pour quelqu'un qui arrive du Tchad, pour quelqu'un qui a en tête l'image terrible des camps de réfugiés et de déplacés de Goz Beida ou de Djabal, pour moi qui ai vu tous ces humanitaires déployer tant d'admirable énergie pour nourrir et soigner des populations dont les janjawids reviendront, à la première occasion, razzier les maigres trésors, le moins que l'on puisse dire est que la question, oui, se pose : ne vaudrait-il pas mieux, à tout prendre, fixer les populations là où elles sont - quitte, donc, à armer ceux qui résistent avec elles ? J'aurai, sur le chemin du retour, une dernière conversation, politique celle-là, avec le commandant Nimeiry - et elle confirmera ce sentiment. Il est 5 heures du matin. Nous avons, à nouveau, roulé l'essentiel de la nuit. Et voilà qu'à 50 km de la frontière, parce qu'il a aperçu, face à nous, des lueurs suspectes, Otman a pilé, pivoté à 360 degrés, redémarré à toute vitesse dans l'autre sens et fait halte un peu plus loin, dans le lit desséché d'un oued. "Quelle est, à la fin des fins, votre solution pour le Darfour ?" lui demandé-je après que les hommes, comme d'habitude, ont déplié leurs nattes et se sont endormis. "En tout cas pas la sécession , me répond-il. Nous ne sommes pas pour l'indépendance mais pour une formule d'égalité à l'intérieur d'un Soudan fédéral." Puis, à la question du type de régime qu'il souhaite : "Notre programme, là aussi, est clair - démocratique, laïque, basé sur le principe de citoyenneté et opposé, par conséquent, à ce fondamentalisme soudanais qui est contraire à l'esprit de l'Afrique." Un programme n'est qu'un programme, sans doute. Mais je me dis, en l'écoutant, que j'ai vu, en fin de compte, peu de mosquées dans ce Darfour dévasté. Je songe que je n'ai pas croisé de femmes voilées. Je repense à l'école bombardée de Deissa, où l'on m'a montré les classes de filles à côté des classes de garçons. Et l'idée me vient que c'est peut-être là, après tout, un autre trait de cette guerre - et une autre raison, surtout, de se mobiliser : islam radical contre islam modéré ; le régime qui, à la fin des années 1990, donnait asile à Ben Laden contre des populations musulmanes rebelles à l'islamisme ; au coeur de l'Afrique, dans les ténèbres de ce qui peut devenir, si nous ne faisons rien, le premier génocide du XXI e siècle, un autre théâtre pour le seul choc des civilisations qui tienne et qui est celui, nous le savons, des deux islams.
PS – Une initiative de SOS-Darfour
Le voyage de Bernard-Henry Lévy a été organisé par l'avocat François Zimeray, ancien député européen socialiste (1999-2004), aujourd'hui président de l'agglomération de Rouen. M. Zimeray, fondateur de l'association SOS-Darfour, est «un compagnon de route d » du collectif Urgence Darfour, et cherchait « à percer la barrière de silence médiatique ». Il a fait appel pour l'accompagner à son ami Laurent Fabius, dont le statut d'ancien premier ministre « donnait du poids » à la mission, à Dominique Sopo, président de SOS-Racisme,à Bernard Henry Lévy et à Gilles Herzog, avec lequel l'écrivain a réalisé Bosna ! en 1994, ainsi qu'au photographe Alexis Duclos. Les billets d'avions et les frais d'hôtel ont été pris en charge, grâce à François Zimeray, par l'association américaine Save Darfur (Le Monde du 9 mars) Outre une manifestation à Paris le 20 mars, l'avocat prépare « un acte d'engagement sur le Darfour » qu'il veut faire signer aux candidats à la présidentielle.
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Salva Kiir accuse El-Bashir de bloquer le processus de paix
Jeune Afrique, 13 mars 2007
Le leader du Sud-Soudan, Salva Kiir, a accusé lundi à Kampala le président soudanais, Omar El-Bashir de retarder la mise en œuvre de l'accord de paix global en se rétractant sur les protocoles relatifs au partage de la manne pétrolière et l'établissement d'une frontière commune. Le gouvernement soudanais et l'Armée de libération du peuple soudanais (SPLA) ont signé cet accord le 9 janvier 2005 à Nairobi, au Kenya, pour mettre fin à deux décennies d'une guerre civile sanglante. "Les frontières nord-sud n'ont pas été démarquées. Cela affecte le redéploiement de forces dans ces deux parties", a déclaré M. Kiir au cours d'une conférence de presse, appelant à davantage de patience. Il a souligné que beaucoup de questions importantes restent à résoudre et que l'Autorité inter-gouvernementale pour le développement (IGAD) va bientôt se réunir pour évaluer la mise en œuvre de l'accord. "Les gens pensaient que nous changerions le Sud-Soudan en paradis pendant les six mois qui ont suivi la signature de l'accord", a ajouté M. Kiir qui est aussi le premier vie-président du Soudan. "Les attentes étaient très fortes, mais nous avons tellement de défis à relever au Sud-Soudan, principalement du fait de la destruction causée par les bombardements sporadiques dont nous étions victimes pendant la guerre", a-t-il dit. M. Kiir a affirmé que les démarcations n'ont pas été établies entre le sud et le nord. "L'intégration de nos troupes et le partage de notre richesse (le pétrole) sont des questions qui ne sont pas encore réglées", a-t-il ajouté.
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Le Soudan a enfreint sa responsabilité de protéger, affirme la mission du conseil des droits de l'homme
Nations unies, New York, 12 mars 2007
La mission de haut niveau du Conseil des droits de l'homme sur la situation au Darfour a rendu aujourd'hui son rapport à l'ouverture de la quatrième session du Conseil à Genève, soulignant qu'en dépit de sa responsabilité de protéger, le gouvernement soudanais avait agi «de concert » avec les milices janjawids responsables des massacres et des déplacements de population. Incapable de se rendre au Darfour ou même au Soudan, malgré des demandes répétées tendant à obtenir des visas, la mission s'est rendue au siège de l'Union africaine à Addis Abeba ainsi que sur le terrain au Tchad (dépêche du 14.02.07 et celle du 15.02.07). «Avec l'émergence de la rébellion armée dans la région du Darfour et le recrutement par le gouvernement de milices servant d'intermédiaires pour y répondre, ce sont les civils qui sont devenus les principales cibles et victimes», conclut la mission présidée par Jody Williams, lauréate du Prix Nobel de la Paix en 1997. «Les forces gouvernementales ont souvent agi de concert avec les janjawids et les milices, notamment pour commettre des violations des droits de l'homme. Les mouvements rebelles ont aussi commis de telles violations. Par ailleurs, les attaques armées et les activités criminelles se sont accrues de manière significative », souligne le rapport. La mission déplore que « les nombreux efforts de la communauté internationale n'aient pas réussi à mettre fin au conflit ». « Aujourd'hui, des millions de personnes sont déplacées, au moins 200.000 sont mortes et le conflit et les violations des droits de l'homme s'étendent au Tchad ». Pire encore, l'espace accordé aux interventions humanitaires continue de se réduire, souligne la mission. Notant que le Soudan a accepté la responsabilité de protéger, consacrée au rang de principe de droit international lors du Sommet mondial de 2005, le rapport souligne que « les mécanismes judiciaires et de justice existants sont sous-financés, politiquement compromis et inefficaces ». La Cour pénale internationale qui a été saisie du dossier des crimes contre l'humanité commis au Darfour, a souligné elle-aussi récemment qu'elle était bien compétente pour juger les auteurs de ces crimes parce que le Soudan n'était pas en mesure de les juger lui-même. Le Procureur de la CPI a notamment présenté, le 27 février, des éléments de preuve qui indiquent qu'Ahmad Muhammad Harun, ancien Ministre délégué chargé de l'Intérieur au gouvernement soudanais, et Ali Kushayb, dirigeant des Milices/Janjaouid, ont commis de concert des crimes contre la population civile au Darfour (dépêche du 27.02.07). La mission du Conseil des droits de l'homme recommande en conclusion d'améliorer la protection des populations, de faire avancer les négociations de paix et d'améliorer l'accès des travailleurs humanitaires. Elle suggère aussi de juger les auteurs de violations des droits de l'homme, d'établir des programmes pour remédier aux causes fondamentales du conflit, dont les causes économiques, de mettre en oeuvre les recommandations des mécanismes de protection des droits et d'offrir une compensation aux victimes. Le président soudanais Omar El-Béchir a répondu vendredi à une lettre de l'ONU et de l'Union africaine (UA) en date du 24 janvier concernant le déploiement d'un contingent important de casques bleus au soutien des forces africaines au Darfour. Les plans de l'ONU et de l'UA prévoyant le déploiement de 19.000 à 20.000 soldats, 3.700 policiers et 19 unités de police pour répondre aux besoins sur le terrain n'ont toujours pas reçu le feu vert du gouvernement soudanais (dépêche du 9.03.07). La porte-parole du Secrétaire général, Michèle Montas, a annoncé lors de son point de presse aujourd'hui que Ban Ki-moon s'était entretenu ce week-end avec le président Béchir du Soudan. « Le président soudanais a invité le Secrétaire général à visiter le Darfour. Ban Ki-moon a accepté cette invitation dans son principe », a précisé la porte-parole en réponse à une question.
Veuillez consulter le site du Centre de nouvelles ONU pour plus d'information http://www.un.org/french/newscentre/
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Soudan : Les civils, premiers objectifs et principales victimes
Un rapport de l'ONU lance l'alarme
Zenit, Rome,12 mars 2007
« Les civils demeurent les premiers objectifs et les principales victimes » du conflit en cours depuis février 2003 au Darfour (ouest du Soudan), où quelques mouvements rebelles ont levé les armes contre le gouvernement de Khartoum et les milices arabes alliées (janjawid). Aujourd'hui, les media catholiques italiens, dont Radio Vatican et l'agence missionnaire Misna , lancent l'alarme en reprenant l'une des conclusions du Conseil des droits de l'homme de l'ONU dans son rapport présenté aujourd'hui à Genève. Le document a été rédigé à l'occasion d'une visite au Soudan, du 5 février au 5 mars dernier, de la délégation nommée en décembre dernier et menée par le Prix Nobel de la paix Jody Williams. En raison d'un différend avec le gouvernement soudanais, qui a retardé la concession des visas, la délégation n'a pas pu se rendre au Darfour; les autorités soudanaises ont exigé qu'un de ses membres, Bertrand Ramcharana, vice-commissaire des Nations Unies pour les droits de l'homme, soit éloigné après certaines de ses déclarations qui, selon Khartoum, remettraient en cause son objectivité, relève Misna. Les envoyés du Conseil ont dû annuler leur visite au Darfour et poursuivi leur travail dans les camps de réfugiés du Tchad, où ils ont « rencontré des centaines de personnes » et étudié des « milliers de pages de documents », lit-on dans le rapport illustré aujourd'hui, qui soutient que des "crimes de guerre et contre l'humanité" ont été commis au Darfour, surtout à l'encontre des civils. Le gouvernement de Khartoum est accusé d'avoir « lui-même orchestré et participé » aux violences, « en agissant souvent en accord avec les milices Janjawid », considérées les principales responsables des violences commises dans la région soudanaise. « Les forces rebelles ont elles aussi perpertré des abus et des violations des droits humains », poursuit la rapport dont Misna a pris connaissance, tandis que « les actes de banditisme et les activités criminelles ont augmenté de façon significative », également en raison de la prolifération d'armes dans toute la région. « Les efforts de la communauté internationale n'ont pas eu de succès (…) les mouvements rebelles sont devenus toujours plus fragmentés et les abus continuent (…) même après la signature du Darfur peace agreement (Dpa), l'accord de paix signé en mai 2006 par une seule formation rebelle, la guerre n'a pas cessé et la situation des droits humains s'est ultérieurement dégradée. Aujourd'hui, des millions de personnes sont réfugiées, au moins 200.000 sont mortes; de plus, le conflit et les abus se sont propagés de l'autre côté de la frontière, au Tchad », lit-on encore dans le rapport. « Par ailleurs, la marge de manoeuvre toujours plus limitée des opérateurs humanitaires, cibles des violences, contribue à aggraver la situation. Les homicides de civils sont fréquents tandis que les attaques sur vaste échelle se poursuivent. Les viols et les violences sexuelles sont diffus et systématiques. Les mécanismes judiciaires, lorsqu'ils existent, sont sous financés ou compromis et donc peu efficaces. Les arrestations arbitraires sont communes, de même que la répression de la dissidence politique et les restrictions arbitraires aux libertés politiques » écrivent les délégués du Conseil. Après avoir souligné à quel point la région du Darfour « souffre depuis longtemps d'une marginalisation économique et d'un sous-développement chronique, aggravé par le conflit », le rapport définit quelques « besoins urgents » : « Une majeure protection de la population, de nouveaux pas vers la paix, une zone d'intervention humanitaire plus étendue, de plus lourdes peines pour les responsables de crimes et de violations des droits humains, des programmes pour éliminer les causes à l'origine du conflit ». L'ensemble de ces « recommandations spécifiques » ont été transmises au gouvernement soudanais, aux mouvements rebelles locaux et à la communauté internationale.
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Le Soudan remet en cause le plan de l`ONU pour le Darfour
Angola Presse-11 mars 2007
Le président soudanais Omar al-Bachir conteste le projet des Nations unies de déploiement d`une force militaire au Darfour, selon une lettre qui a circulé. Al-Bachir fonde ses objections sur l`accord de paix au Darfour signé en mai entre le gouvernement de Khartoum et une faction rebelle. Il rejette principalement la prise de commandement et de contrôle
par l`Union africaine (UA). "Les propositions qui tendent à amender, annuler ou suspendre tout article de (l`accord de paix) ne seront pas acceptables parce qu`elles pourraient rouvrir les discussions sur des questions qui ont été réglées précédemment sans difficulté", écrit Al-Bachir dans son courrier, dont Reuters s`est procuré une copie.
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Après l'Amérique, Save Darfur veut conquérir l'Europe
Le Monde, 9 mars 2007
Quand il va voir ses anciens collègues de l'administration Bush pour leur rappeler de ne pas oublier le Darfour, le diplomate Lawrence Rossin est généralement bien reçu. Aux Etats-Unis, la cause du Darfour fait l'unanimité. Mais ses interlocuteurs le pressent surtout d'aller frapper à d'autres portes, par exemple en Europe, où l'on considère avec suspicion les efforts de la Maison Blanche pour forcer la porte du Soudan. M. Rossin est le coordinateur de la coalition « Save Darfur ». En trois ans, l'association est devenue une puissance sur la scène publique américaine, aussi effica ce que l'avait été le consortium d'ONG qui a poussé à 1a création de la Cour péna le internationale (CPI) en 2002: Il y a un an, Save Darfur avait six permanents. Aujourd'hui, le bureau de LStreet est trop petit pour les 24 employés et l'organisation s'apprête à déménager. La coalition rassemble 181 organisations - étudiants, Eglises, synagogues -, ce qui représente 135 millions de personnes, soit pratiquement un Américain sur deux. Elle a 1e soutien de vedettes de Hol lywood et beaucoup d'argent (40 000 dons en ligne ont été enregistrés en 2006 avec une moyenne de 89 dollars par envoi, sans compter les chèques des gros donateurs). Elle diffuse en permanence des campagnes de publicité sur les grandes chaînes de télévision (centrées sur Bush, prié d'« arrêter le génocide »). Elle soutient la campagne de désinvestissements au Soudan, une initiative qui s'est répandue dans tout le pays : le 1er mars, les élus de l'Indiana, après d'autres Etats, ont voté à l'unanimité pour interdire à leurs fonds de pension d'investir dans les compagnies étrangères représentées au Soudan
« Plan B » « Nous avons du succès, mais, sur le terrain, la situation empire, dit Alex Meixner, qui s'occupe du lobbying auprès du Congrès : c'est frustrant ». La coalition réclame maintenant le passage à ce que la diplomatie américaine appelle le « plan B » : des mesures coercitives telles que des sanctions sur les transactions financières prises de manière unilatérale par les principaux bailleurs de fonds. «Il faut que le coût pour le régime soit plus élevé que le simple fait de laisser entrer les troupes de maintien de la paix de l'ONU », estime M. Rossin. Ayant fait le plein aux Etats-Unis, la coalition cible les opinions européennes. « Nous cherchons des partenaires, dit M. Rossin, et nous pouvons utiliser l'argent des citoyens américains pour les aider». En Allemagne, la coalition participe au financement de la « Semaine Darfour » du Musée juif de Berlin, organisée en mars. En France, elle a fourni « quelques dizaines de milliers de dollars » au collectif Urgence Darfour, pour financer les billets d'avion de personnalités. Laurent Fabius, Bernard-Henri Lévy ont participé à un voyage au Tchad. Les Américains espèrent qu'ils feront pression pour que les Français s'interrogent sur les investissements de Total au Soudan.
Corine Lesnes, (Washington, correspondante).
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Darfour : réponse mitigée du Soudan à la lettre du Secrétaire général
Nations Unies, New York, communiqué, 9 mars 2007
Le président soudanais Omar El-Béchir a répondu hier après-midi à une lettre de l'ONU et de l'Union africaine en date du 24 janvier concernant le déploiement d'un contingent important de casques bleus au soutien des forces africaines au Darfour. « La réponse, datée du 6 mars, contient une annexe de 14 pages en arabe, qui a été envoyée à la traduction et qui sera examinée avec la lettre », a déclaré la porte-parole adjointe du Secrétaire général, Marie Okabe, lors de son point de presse quotidien, au siège de l'ONU, à New York. Le Secrétaire général examinera par la suite les mesures à prendre avec le Conseil de sécurité. Marie Okabe a précisé que « la lettre contient des éléments positif, notamment un soutien ferme aux efforts des Nations Unies et de l'Union africaine (UA) pour relancer le processus de paix, ainsi que certaines garanties relatives à l'assistance humanitaire aux populations du Darfour ». « Mais elle contient aussi des éléments qui semblent remettre en cause les accords réalisés en novembre dernier à Addis Abeba sur une opération de maintien de la paix au Darfour », a souligné la porte-parole. Les Nations Unies et l'Union africaine (UA) ont signé le 27 novembre à Addis-Abeba, en Éthiopie, un mémorandum d'accord relatif au soutien de l'ONU à la Mission de l'UA au Soudan (MUAS). Le président du Soudan s'était en conséquence, dans une lettre au précédent Secrétaire général, Kofi Annan, engagé à « faire cesser les hostilités, à relancer le processus politique et à permettre la mise en oeuvre immédiate du plan d'appui en trois phases de l'ONU en faveur de l'Union africaine », qui devait aboutir « au déploiement d'une force hybride ONU-Union africaine au Darfour » ( dépêche du 27.12.06). Par ailleurs, le Secrétaire général a envoyé hier une nouvelle lettre au président du Soudan, décrivant le cadre d'une opération conjointe des Nations Unies et de l'Union africaine (UA) qui devrait marquer le début de plans opérationnels détaillés ( dépêche du 7.03.07). Hedi Annabi, Sous-Secrétaire général aux opérations de maintien de la paix, estimait récemment que l'ONU et l'UA prévoyaient désormais le déploiement de 19.000 à 20.000 soldats, 3.700 policiers et 19 unités de police pour répondre aux besoins sur le terrain. Le Conseil de sécurité avait demandé en mars 2006 au Secrétaire général de faciliter la planification préparatoire nécessaire pour un passage de la mission de l'Union africaine au Darfour à une opération des Nations Unies » ( dépêche du 27.03.06). Mais le Soudan s'est constamment opposé au déploiement d'une force des Nations Unies dans sa région de l'Ouest du pays, en dépit d'une résolution du Conseil de sécurité en arrêtant le principe et les modalités, adoptée cet été ( dépêche du 31.08.06). Le Conseil de sécurité a donc appuyé au mois de décembre 2006 le principe d'une force mixte ( dépêche du 19.12.06). Le Secrétaire général a exhorté , lors d'un voyage à Addis-Abeba, le gouvernement soudanais et les milices à mettre fin aux violences et aux bombardements dans la région du Darfour, appelant aussi à la relance du processus politique et au déploiement « urgent » d'une force « Nations Unies-Union africaine » sur le terrain. En parallèle, le Secrétaire général a proposé, dans un rapport rendu public le 23 février, le déploiement de 10.900 casques bleus à l'appui d'une mission des Nations Unies au Tchad et en République centrafricaine, dans les régions frontalières avec le Soudan ( dépêche du 23.02.07). Le conflit au Darfour a causé la mort d'au moins 200.000 personnes et fait près de 4 millions de déplacés.
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Laurent Fabius : "Ce que j'ai vu au Soudan"
Laurent Fabius est allé à la rencontre des réfugiés soudanais. Le député européen juge la situation du Darfour d'une « urgence absolue ».
Le Pèlerin,7 mars 2007
« Je me suis rendu récemment à la frontière tchado-soudanaise à la tête d'une mission de personnalités. Là, j'ai vu les villages brûlés, les populations décimées, j'ai entendu les récits bouleversants des femmes violées, qui ont perdu leurs parents, leur époux, leurs enfants. Ce qui se passe au Darfour est un crime contre l'humanité et le président soudanais el-Béchir est un massacreur. Il ne peut y avoir le moindre doute à ce sujet. Sur place, j'ai pu me rendre compte des conditions concrètes de vie dans les camps des réfugiés soudanais et de « déplacés » tchadiens. Nous avons été accueillis par les organisations humanitaires , en particulier le Haut commissariat aux réfugiés (HCR), qui mènent là-bas, avec de faibles moyens, des actions admirables . Nous avons aussi rencontré nos forces armées au Tchad et les autorités politiques locales et nationales avec le président tchadien Idriss Déby. Face à cette situation, la « communauté internationale » manque de volonté politique . Des résolutions sont votées, mais pas appliquées. Le gouvernement soudanais bloque. Il trouve un appui auprès de certaines grandes puissances, par exemple la Chine qui lui achète son pétrole et trouve là une porte d'entrée commode vers l'Afrique. Les dirigeants africains n'arrivent pas à surmonter leurs divisions. Le gouvernement français fait des déclarations et sa bonne foi n'est pas en cause, mais ce fut une erreur d'accueillir en France le président soudanais il y a quelques semaines. Au point où nous en sommes, je souhaite des sanctions effectives , à la fois envers les principaux dirigeants du régime qu'il faut toucher « au portefeuille », et concernant l'activité économique du Soudan. Sans oublier l'urgence absolue, c'est-à-dire la sécurité et le ravitaillement des populations au Darfour, au Tchad, en République centrafricaine. Dans quatre mois, c'est la saison des pluies et il sera impossible de circuler ! Il faut mobiliser plus fortement l'opinion publique et je vais m'y employer, avec beaucoup d'autres. Le silence est le vrai complice du crime. »
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Le Soudan va juger les criminels de guerre présumés au Darfour recherchés par la CPI
Jeune Afrique avec Xinhuanet, 6 mars 2007
Trois Soudanais, dont un cité à comparaître par la Cour pénale internationale (CPI), soupçonnés d'avoir commis des crimes de guerre dans la région du Darfour, seront jugés par un tribunal spécial local, a rapporté mardi l' agence de presse SUNA. "SUNA a appris que trois accusés seraient jugés par le Tribunal pénal spécial au Darfour", a indiqué l'agence de presse. La semaine dernière, le procureur en chef de la CPI, Luis Moreno-Ocampo, a demandé aux juges d'instruction des citations à comparaître contre Ahmed Haroun, ancien ministre de l'Intérieur et Ali Kushayb, également connu sous le nom d'Ali Mohamed Ali Abdelrahman. Ali Kushayb, considéré par la CPI comme l'un des principaux dirigeants commandant des milliers de miliciens, est accusé d' actes criminels tels que viols, meurtres, torture, pillage contre la population civile. Pourtant Khartoum affirme qu'il fait partie des Forces de défense populaires, une section de l'armée soudanaise. Le gouvernement soudanais a refusé de remettre les deux hommes à la CPI qui siège à La Haye, affirmant que la CPI n'est pas compétente pour juger les ressortissants soudanais. Suite à une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies, le gouvernement soudanais a établi un tribunal spécial afin de juger les suspects de crimes de guerre dans le conflit au Darfour.
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Les Nations Unies attendent des améliorations immédiates au Darfour, souligne Jan Eliasson
Nation Unies, New York, 6 mars 2007
L'Envoyé spécial des Nations Unies pour le Darfour, Jan Eliasson, a souligné aujourd'hui que le gouvernement du Soudan et toutes les parties au Darfour, signataires ou non de l'Accord de paix d'Abuja, devaient faire la preuve de leur volonté politique de mettre fin au conflit. « Nous attendons dès maintenant des résultats de la part des parties », a-t-il déclaré devant la presse au sortir du Conseil de sécurité qui se réunissait aujourd'hui à New York à huis clos sur la situation au Soudan. L'Envoyé spécial du Secrétaire général pour le Darfour a rappelé que les Nations Unies avançaient sur un double chemin, le premier concernant une force de maintien de la paix, qui est toujours bloqué dans l'attente d'une réponse du gouvernement du Soudan, le second étant d'accélérer le processus politique. Lors de son récent déplacement dans le pays, en compagnie de Salim Ahmed Salim, Envoyé spécial de l'Union africaine, Jan Eliasson a indiqué qu'il avait rencontré des représentants du gouvernement ainsi que des mouvements signataires ou non de l'Accord de paix d'Abuja signé au mois de mai 2006. « Nous espérons rencontrer des représentants du JEM (Mouvement pour la justice et l'égalité) et du NRF (Front de rédemption nationale) lors d'une prochaine visite », a-t-il précisé. Il a souligné que les parties au conflit devaient réduire le niveau des violences et arriver à une cessation des hostilités, ainsi qu'améliorer l'accès et la sécurité des travailleurs humanitaires. A cet égard, il a affirmé sentir une « profonde fatigue et un sentiment de frustration » chez ces derniers. Jan Eliasson a souligné qu'il n'y avait pas eu de bombardements dans le Nord du Soudan depuis le 11 février mais s'est inquiété de la violence tribale qui en revanche est en augmentation. « Les frontières tracées par les anciennes puissances coloniales ne correspondent pas à la réalité des tribus », a-t-il remarqué, insistant sur la dimension régionale de la crise. « C'est un problème régional qui tourne en crise régionale », a-t-il déclaré, rappelant que la relation entre le Tchad et le Soudan est fondamentale pour arriver à une solution. « Même si nous souhaitons que les actions de l'ONU et de l'UA soient centrales, les pays voisins connaissent la région et ont des contacts », a poursuivi l'Envoyé spécial, espérant que les efforts de pays comme l'Erythrée, la Libye ou l'Egypte seront complémentaires de ceux des Nations Unies. Insistant enfin sur l'extrême complexité d'une situation qui est différente dans chaque partie du Soudan, Jan Eliasson a rappelé que les Nations Unies attendaient toujours une lettre du Président soudanais Omar El-Béchir concernant l'envoi d'une force de maintien de la paix. « Il existe des frustrations à cet égard au sein du Conseil de sécurité et le Secrétaire général a lui aussi manifesté son impatience », a-t-il rappelé. |
L'envoyé spécial de l'ONU rencontrera le président soudanais
Xinhuanet, 6 mars 2007
L'envoyé spécial de l'ONU au Soudan, Andrew Natsios, rencontrera mercredi le président soudanais, Omar al-Bechir, pour discuter du déploiement d'une force internationale au Darfour, a révélé lundi le département d'Etat américain. La rencontre entre MM. Natsios et al-Bechir "se concentrera sur l'importance de déployer la force conjointe UA-ONU. Je pense que le gouvernement soudanais comprend très bien que cela aurait dû être déjà fait dans le passé", a affirmé le porte-parole du département d'Etat, Sean McCormack. "Nous encouragerons les Soudanais à agir afin d'accepter la force conjointe UA-ONU. Il y a des actions qu'ils doivent entreprendre, il y a les actions que l'ONU doit entamer", a déclaré M. McCormack. Fin août 2006, le Conseil de sécurité des Nations Unies a adopté une résolution qui appelle au déploiement de plus de 20.000 soldats du maintien de la paix de l'ONU afin de remplacer le contingent mal équipé de l'Union africaine (UA) au Darfour. Khartoum s'est catégoriquement opposée au déploiement de la force de l'ONU au Darfour, mais sous l'intense pression internationale, le gouvernement soudanais a exprimé sa disposition à appliquer le plan de paix en trois phases de l'ONU pour le Darfour, y compris le déploiement d'une force conjointe ONU-UA. Les Nations Unies pourraient déployer une force conjointe de maintien de la paix ONU-UA au Darfour, forte de 17.000 militaires et de 3.000 officiers de police par rapport à l'actuel contingent de 7.000 soldats de la force de l'UA au Darfour afin de superviser la région.
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En Ouganda, la rébellion du Nord menace de reprendre les combats
Le Monde, par Jean-Philippe Rémy, 3 mars 2007
L'Armée de résistance du Seigneur (LRA) a mis fin à la trêve conclue en août 2006 et aux pourparlers de paix avec Kampala, laissant craindre un retour du martyre pour les populations du nord du pays
Dans le nord de l'Ouganda, l'espoir fou cède la place aux pires craintes. Après un an de progrès inespérés dans le processus de paix entre les rebelles de l'Armée de résistance du Seigneur (LRA) et le gouvernement ougandais, grâce à une médiation sud-soudanaise, la trêve entre les deux ennemis de vingt ans, instaurée en août 2006, a expiré le 28 février à minuit sans espoir d'être reconduite. Les chefs rebelles ont refusé de se rendre à Juba, capitale du gouvernement partiellement autonome du Soudan sud et lieu des pourparlers, affirmant avoir perdu toute confiance en Riek Machar, le médiateur, actuel vice-président du Soudan sud. Les chefs de la LRA, dont quatre, depuis le décès de l'un d'entre eux, font l'objet de mandats d'arrêt de la Cour pénale internationale (CPI), exigent depuis janvier que les négociations soient hébergées dans un nouveau lieu. Leurs hommes, qui devaient se regrouper dans deux camps au Soudan sud, se sont dispersés depuis la mi-février, alors que le ton monte, côté rebelles comme côté gouvernemental. Vincent Otti, numéro deux de la LRA, a déclaré avoir placé ses troupes en état d'« alerte rouge » et précisé : « Nous n'allons pas renouveler la trêve puisqu'il n'existe pas de paix en ce moment. Mais, si nous sommes attaqués, nous répliquerons et continuerons à nous battre. » Le président ougandais,Yoweri Museveni, a, de son côté, affirmé à Kampala : « S'ils décident d'entrer en Ouganda, nous nous occuperons d'eux». Le gros des troupes de la LRA se trouve entre le Soudan sud, où le mouvement a établi ses bases arrière depuis une dizaine d'années, le nord de la République démocratique du Congo (RDC) et, depuis la fin février, dans le nord-est de la République centrafricaine (RCA). Un premier détachement de 40 hommes a, selon une source bien informée, déjà passé la frontière de la RCA. Un groupe de 400 autres, parmi lesquels se trouverait le chef de la LRA, Joseph Kony, campe à 35 km au nord de Tambura, dans l'Etat d'Equatoria, frontalier de la RCA Les forces de la LRA, accusées d'avoir mené des attaques, accompagnées de pillages et d'enlèvements, au cours des derniers mois, seraient sur le point d'affronter les troupes du Soudan sud basées à Tambura. Selon des sources proches de services de renseignement occidentaux, des rotations d'hélicoptères gouvernementaux soudanais continuent à ravitailler les rebelles dans cette région isolée. Si son existence n'était à l'origine d'un effroyable martyre des populations du nord de l'Ouganda, la LRA serait avant tout une énigme. Depuis 1988, le culte mystico-militaire d'inspiration chrétienne dirigé par Joseph Kony a commencé par affirmer se battre pour imposer à l'Ouganda l'application des Dix Commandements, tout en insistant pour que la banque centrale du pays soit installée à Gulu (nord), habité par les Acholis, dont la LRA affirmait défendre les droits bafoués. Après avoir vivoté quelques années, la rébellion a noué une alliance tactique avec le régime islamiste de Khartoum et installé ses bases arrière au Soudan sud. En près de vingt ans, 30 000 personnes, dont beaucoup d'enfants, ont été enlevées par la LRA. Les mutilations et toute une série d'abominations sont devenues des méthodes éprouvées pour briser les nouvelles recrues et les noyer dans l'ultra violence du groupe. L'«Acholiland » (pays acholi), victime conjointe de la LRA et de l'armée ougandaise, était devenue 1a seule région du monde où près de 90 % de la population (1,7 million de personnes) était contrainte de se réfugier, presque chaque nuit, dans des camps de regroupement. Depuis la mise en place du processus de paix, environ 300 000 personnes avaient pu, simplement, rentrer chez elles. Cette avancée semble compromise. Selon l'un des responsables des négociations entre rebelles et gouvernement ougandais, «les chefs de la LRA ont engagé des négociations avec un seul objectif : obtenir la levée des poursuites de la CPI ». Selon la même source, « les poursuites de la CPI agissent comme un obstacle à la paix, alors que les communautés locales acholi, de leur côté, sont plutôt enclines à régler les questions de justice avec des processus de réconciliation traditionnels. »
« S'ils décident d'entrer en Ouganda, nous nous occuperons d'eux » Yoweri Museveni, président ougandais
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Darfour, la chronique d'un « génocide ambigu »
Le Soudan, le Tchad et la Centrafrique, déstabilisés par le conflit au Darfour, se sont engagés à respecter la souveraineté de leurs voisins, au sommet France-Afrique de Cannes, le 14 février. Mais l'agitation diplomatique masque un blocage politique international sous-tendu par des enjeux pétroliers. Les massacres au Darfour auraient déjà fait quatre cent mille victimes.
Le Monde diplomatique, par Gérard Prunier*, mars 2007
(*Chercheur au Centre National de la recherche scientifique (C.N.R.S., Paris) et directeur du Centre français d'études éthiopirennes (Addis-Abeba), auteur de Darfour : The Ambiguous Genocide, Hurst, Londres, 2005)
Environ deux millions de personnes ont fui le Darfour (nord-ouest du Soudan) depuis 2003, deux cent cinquante mille depuis août 2006 (1). Le Tchad voisin est déstabilisé par l'afflux de deux cent vingt-cinq mille réfugiés. En quatre ans, le conflit aurait fait quatre cent mille morts. Les équipes humanitaires des Nations unies et des organisations non gouvernementales (ONG) ont dû changer trente et une fois l'implantation de leurs camps afin d'échapper aux violences. Ce qui n'a pas empêché plusieurs de leurs agents d'être arrêtés par la police soudanaise et battus à coups de crosse, le 19 janvier, à Nyala. Douze travailleurs humanitaires ont été tués au cours de massacres, et cinq autres ont disparu.
Khartoum justifie les fréquents bombardements aériens en assimilant les victimes aux rebelles qui ont refusé de signer la « paix » d'Abuja (Nigeria), le 5 mai 2006 (2). En fait, le gouvernement soudanais cherche surtout à empêcher les combattants de tenir un congrès destiné à unifier leur mouvement et à tenter de reprendre les négociations avec l'appui de la « communauté internationale » (3).
Face à cette chronique d'un désastre annoncé, l'Organisation des Nations unies (ONU) et l'Union africaine adoptent essentiellement des mesures symboliques et dilatoires. Depuis deux ans, une force interafricaine de sept mille cinq cents hommes, la Mission de l'Union africaine au Soudan (MUAS, en anglais African Union Mission in Sudan ou AMIS) est déployée au Darfour. Composée de contingents venant d'une dizaine de pays africains (Rwanda et Nigeria, principalement), cette force s'est révélée parfaitement inefficace. En effet, ses effectifs sont trop faibles : il faudrait au moins trente mille hommes pour couvrir les cinq cent mille kilomètres carrés du Darfour.
En outre, la MUAS, sous-équipée, ne dispose que d'un mandat ridiculement restrictif : les soldats n'ont pas le droit d'effectuer des patrouilles offensives, ils doivent se limiter à « négocier » et se contentent, en fait, de recenser les tueries. Enfin, il manque à la force internationale la volonté politique résolue de mettre fin à des massacres que l'Union africaine et l'ONU se refusent toujours obstinément à qualifier de « génocide ». Les soldats africains, désolés, déclarent eux-mêmes en privé : « Nous ne servons à rien. »
La MUAS est presque entièrement financée par l'Union européenne (les Etats-Unis y contribuant marginalement). Devant l'absence totale de résultats, les Nations unies ont décidé, le 31 août 2006, le déploiement d'une force d'interposition. Mais cette résolution (n° 1706) n'a jamais reçu le moindre début d'application car le gouvernement soudanais, dont l'accord est nécessaire, s'y oppose. Les diplomates se succèdent à Khartoum pour faire changer d'avis le président Omar AI-Bachir. Ce dernier leur oppose d'étonnantes objections : il accuse les Nations unies de «vouloir recoloniser le Soudan », prétend que cette force n'est en fait qu'une « couverture » pour que les Occidentaux « s'emparent du pétrole soudanais (4) » et menace de déchaîner contre les soldats de la paix « des unités spéciales qui pratiqueront des attentats suicides comme en Irak ».
Le fantôme de Slobodan Milosevie hante les cauchemars des islamistes
Bien sûr , la vérité n'a que peu à voir avec ces « justifications » fantaisistes. Sur son blog, M. Jan Pronk, ancien représentant spécial du secrétaire général de l'ONU au Soudan, expulsé en octobre 2006 par Khartoum pour avoir publiquement critiqué l'armée soudanaise, lève le voile : « De hauts responsables du gouvernement soudanais m'ont plus d'une fois déclaré avoir comparé les risques que présentait pour eux le fait d'obtempérer aux adjurations du Conseil de sécurité avec les risques que présentait le fait de refuser. Ne pas obéir impliquait de risquer la confrontation avec la communauté internationale. Mais obéir représentait un autre risque, celui de voir monter en puissance l'opposition intérieure, avec le danger de perdre le pouvoir. Ils m'ont dit avoir examiné ces risques et en avoir conclu que ceux qu'ils auraient courus du fait d'obtempérer étaient beaucoup plus grands que ceux qu'ils prenaient en refusant. » Et M. Pronk de conclure : « Ils avaient raison ».
Le régime soudanais craint que les casques bleus n'agissent comme bras séculier de la Cour pénale internationale, dont on sait qu'elle dispose, depuis deux ans, d'une liste de noms de criminels de guerre établie par les Nations unies. Bien que cette liste n'ait jamais été rendue publique, on estime que plusieurs hauts dignitaires soudanais, et peut-être le président AI-Bachir lui-même, y figurent. De telles poursuites, si elles étaient engagées, donneraient un puissant appui à l'opposition politique, et le fantôme de Slobodan Milosevic hante les cauchemars des islamistes.
Pourtant, alors que le régime continue à refuser le déploiement d'une force de l'ONU, il encourage la « communauté internationale » à continuer à financer la MUAS. Justement parce qu'elle ne sert à rien ! Cet « arrangement » est le reflet d'une hypocrisie négociée, car les Européens et les Américains, qui connaissent parfaitement l'inefficacité de la force africaine, feignent de l'ignorer. Cette gesticulation est destinée à donner l'impression d'agir. Londres a ainsi annoncé, le 23 janvier, l'attribution de 22 millions d'euros supplémentaires à la MUAS, alors que les diplomates britanniques déclarent en privé ne rien attendre de la force africaine pour protéger les civils des exactions des janjawids (lire « Les protagonistes du conflit») au Darfour.
Devant une situation aussi bloquée, les Nations unies ont fini par accoucher d'un nouveau concept : l'« hybridation ». Puisque Khartoum refuse une force onusienne mais accepte une force africaine, on pourrait peut-être lui faire accepter une force afro-onusienne. De quoi s'agirait-il au juste ? De l'adjonction à la MUAS de cent trois officiers de police et de vingt employés de bureau envoyés par New York! Dans les couloirs de l'ONU et de l'Union africaine, on affecte de discuter gravement du dosage réel et potentiel de cette « force hybride », La 28 décembre 2006, le régime islamiste a accepté cette proposition, tout en sachant fort bien qu'elle ne constitue qu'un nouveau coup d'épée dans le sable et en s'arrangeant pour qu'elle le reste.
Comment expliquer une attitude aussi lâche de la «communauté internationale»? Elle résulte tout d'abord de la position américaine, mélange de fausse habileté, de double langage et d'impuissance mal dissimulée par de fermes objurgations. Depuis le 11 septembre 2001, Washington considère que Khartoum s'est « acheté une conduite » en collaborant à la lutte antiterroriste. En effet, les services secrets soudanais ont mis au point une sorte de numéro «gentil flic, méchant flic» dans lequel M. Nafi Ali Nafi, ancien ministre de l'intérieur et conseiller du président AI-Bachir, joue le méchant alors que son adjoint, M. Salah Abdallah «Gosh », se présente comme le gentil. Tandis que M. Nafi est dénoncé comme un « extrémiste », « Gosh » - qui est pourtant l'un des principaux artisans de la répression au Darfour - est invité à des échanges de vues avec la Central Intelligence Agency (CIA) et se voit attribuer le rôle d'allié dans la « guerre contre le terrorisme ».
Les résultats pratiques de cette collaboration compromettante se font toujours attendre. Les déclarations officielles de Washington restent fer mes, mais aucune mesure concrète ne les suit, même lorsque les propres alliés politiques du président George W Bush l'y incitent. Ainsi le gouverneur républicain Arnold Schwarzenegger a-t-il fait adopter une loi obligeant les organismes publics californiens à vendre les actions qu'ils détiennent dans des sociétés américaines ou étrangères travaillant au Soudan. Cette politique de désinvestissement, qui avait déjà permis aux militants des droits de la personne de forcer la société pétrolière canadienne Talisman Energy à abandonner ses opérations au Soudan en 2003, n'a pas reçu l'appui de la Maison Blanche. La première victime de la duplicité américaine a'été le propre envoyé spécial du président Bush, l'ancien directeur d'Usaid (6) Andrew Natsios, qui, à bout de ressources, a fini par menacer le président AI-Bachir d'appliquer un mystérieux « plan B » au cas où le « plan A » (le déploiement onusien) se révélerait impossible. Mais, pressé par les journalistes, M. Natsios s'est montré incapable de fournir la moindre précision sur ce plan...
La Chine, acteur majeur de la géopolitique soudanaise, n'est pas pour rien dans l'inertie internationale au Darfour. Khartoum est son deuxième partenaire commercial sur le continent noir : les échanges bilatéraux représentent 2,9 milliards de dollars en 2006, et Pékin achète 65 % du pétrole soudanais. La Chine est le premier fournisseur d'armes du régime de M. AI-Bachir. Ce sont ses fusils qui tuent au Darfour. En visite au Soudan, début février, le président Hu Jintao s'est contenté de parler affaires et de visiter le site du nouveau barrage hydroélectrique de Méroé (1,8 milliard de dollars) financé par Pékin. S'il a bien « recommandé » au président AI-Bachir d'accepter le déploiement onusien, son manque de conviction était tel que son homologue soudanais a pu déclarer à bon droit ne s'être « senti soumis à aucune pression ». Aux Nations unies, Pékin exige benoîtement qu'en dépit de la résolution 1706 on « respecte la souveraineté nationale soudanaise »..
Loin derrière les Etats-Unis et la Chine, la France se démène dans l'ombre pour aider ses clients régionaux que le régime soudanais menace. Paris a longtemps protégé Khartoum de l'hostilité « anglo-saxonne », mais cela ne lui a guère valu de gratitude de la part du régime islamiste. Les permis pétroliers de Total dans le sud du Soudan demeurent toujours bloqués par des arguties juridiques, et les miliciens du régime s'emploient à déstabiliser, à partir du Darfour, les alliés de la France : le président tchadien Idriss Déby Itno et son homologue centrafricain François Bozizé.
Renforcement des violences frontalières sur fond d'intérêts pétroliers divergents
De fait malgré ses dénégations, M. Déby soutient la guérilla au Darfour, qui comprend de nombreux combattants zaghawas (lire l'en cadré ci-dessous), sa propre ethnie. Les forces françaises apportent un soutien logistique à l'armée tchadienne qui lutte contre les rebelles soutenus par Khartoum, et elles se sont engagées dans le nord de la République centrafricaine, en décembre 2006, dans des bombardements et des combats au sol pour chasser d'autres rebelles, eux aussi soutenus par Khartoum. Mais, au-delà de cette violence frontalière, les enjeux pétroliers sont réels. Le président tchadien entretient des rapports tendus avec les compagnies américaines qui exploitent l'or noir de son pays et qu'il a menacées d'expulsion (7). En avril 2006, les rebelles qui sont parvenus jusque dans les faubourgs de N'Djamena étaient équipés d'armes chinoises. Pékin chercherait-il à renverser les régimes en place en Afrique centrale (8) ?
Les Nations unies évoquent un « nettoyage ethnique » au Darfour, mais, à l'instar de l'Union africaine, n'emploient pas le terme « génocide ». Plusieurs arguments sont avancés pour justifier cette réserve, en particulier le mythe selon lequel il s'agirait d'« affrontements tribaux » liés à la dégradation des conditions climatiques du Sahel, laquelle amènerait les pasteurs nomades arabes à se battre avec les paysans sédentaires noirs, pour- le contrôle des pâturages. Comme tous les clichés, celui-là contient, une part de vérité. Cependant, il ne résiste pas à un certain nombre de faits.
En premier lieu, les bombardements aériens peuvent difficilement être dus à des pasteurs nomades traditionnels. En deuxième lieu, les milices janjawids sont armées, logées et équipées par l'armée régulière, qui combat souvent à leurs côtés. En troisième lieu, depuis la mi-décembre, la principale ethnie arabe du Darfour, les Bagaras Rezeigats, a créé sa propre guérilla, invoquant la misère du peuple et la négligence des autorités pourtant « arabes » de Khartoum (9). Enfin, les milices qui s'attaquent systématiquement aux tribus négro-africaines sont loin d'être (a simple expression armée des pasteurs nomades arabes. On y trouve des repris de justice de diverses origines ethniques libérés contre promesse d'un engagement milicien, des déserteurs de l'armée gouvernementale stationnée dans le Sud et sans emploi depuis l'accord de Nairobi en 2005 (10), des membres de petites tribus chamelières de l'extrême nord du Darfour comme les Jallouls (qui sont, eux, les seules vraies victimes du changement climatique) et même des membres de certaines petites ethnies négro-africaines comme les Gimr qui espèrent, en rejoignant la cause des génocidaires, être cooptés dans la grande famille « arabe » dont l'importance leur paraît promettre prestige social et avantages économiques.
Mais pourquoi Khartoum souhaiterait-il exterminer, ou du moins soumettre en les obligeant à se repentir, les populations négro-africaines de sa province occidentale ? La cause ne peut pas être religieuse puisque tout le monde au Darfour, les tueurs comme les victimes, est musulman et sunnite.
En réalité, la raison est racioculturelle. Les Arabes sont minoritaires au Soudan. Et les islamistes ne sont que l'ultime incarnation historique de leur domination ethnorégionale. Or la paix entre le Nord et le Sud est en train de se déliter rapidement. Le 9 janvier, le vice-président sudiste Salva Kiir Mavardit a tiré un véritable coup de semonce lors du second anniversaire de l'accord de Nairobi en avertissant le président Al-Bachir que, si les choses continuaient ainsi, la sécession était inévitable d'ici quatre ans.
Pour l'élite arabe de Khartoum, il y a urgence, il faut donc manipuler le tracé frontalier Nord-Sud qui place la plus grande part du pétrole au Sud (c'est en cours), se préparer à la reprise éventuelle des hostilités (on achète des armes), ancrer de solides alliances internationales (la Chine est acquise et l'Iran en cours de séduction) et conserver la maîtrise du territoire en créant un cordon sanitaire ethnorégional : les monts Nouba au Kordofan et le Darfour en feraient partie (11). Or si les tribus noubas ont été écrasées militairement entre 1992 et 2002, le Darfour paraît beaucoup plus menaçant: Les hiérarques arabes de Khartoum veulent éviter à tout prix une brèche par laquelle les Noirs de l'Ouest s'allieraient demain avec un Sud négro-africain indépendant... et pétrolier !
Ceux qui osent encore dire « plus jamais ça » font preuve d'hypocrisie ou d'inconscience
Par conséquent, il devient stratégique de mater le Darfour révolté par n'importe quel moyen. Or l'armée régulière, qui compte dans ses rangs nombre de représentants des ethnies négro-africaines de cette région, n'est pas suffisamment fiable pour exécuter cette besogne. D'où le recrutement des milices janjawids « arabes », en fait largement composées de groupes minoritaires ou de déclassés sociaux. Cela permet en outre d'éviter à tout prix que les « vrais Arabes » du Darfour, c'est-à-dire les diverses tribus bagaras (dont les Rezeigats), qui représentent entre 22 et 30 % de la population de la région, ne versent à leur tour dans l'insurrection. Tout autant victimes de la discrimination sociorégionale que leurs concitoyens noirs, les Bagaras ne se trouvent du côté des élites tueuses de Khartoum que par le jeu de la fausse conscience d'une arabité plus fantasmée que réelle.
Au total, la protection des bénéfices pétroliers s'effectue au prix d'un système mortifère. Et ce prix est en train d'être payé. Contrairement au Rwanda, où huit cent mille personnes avaient été annihilées en une centaine de jours, le nettoyage ethnique du Darfour dure depuis quatre ans. Et ceux qui osent encore dire « plus jamais ça » font preuve soit d'inconscience, soit d'une hypocrisie monstrueuse. Une fois de plus l'importance des cadavres dépend de la couleur de leur peau…
Gérard Prunier
(1) - Lire Jean-Louis Peninou, «Désolation au Darfour», Le Monde diplo-matique, mai 2004. (2) - Une seule fraction de la guérilla avait accepté de signer à Abuja, celle que dirigeait M. Minni Minnawi. Depuis, ses membres se sont transformés en auxiliaires du gouvernement ou ont disparu. (3) Les bombardements se sont régulièrement produits aux endroits où des envoyés de l'Organisation des Nations unies (ONU) et de l'Union africaine venaient de rencontrer les guérilleros. (4) Pour l'instant, il n'existe aucune preuve d'une présence de pétrole au Darfour pour la simple raison qu'aucune compagnie pétrolière n'y a jamais effectué de recherches systématiques. (5) Les récentes accusations (justifiées) de pédophilie à l'encontre de certains casques bleus asiatiques de la Mission des Nations unies au Soudan (Minus), qui garantit l'accord de paix Nord-Sud, ont été immédiatement utilisées par Khartoum pour justifier sa position. (6) United States Agency for International Development (Agence américaine pour le développement international). (7) Lire Anne-Claire Poirson, « Où est passé l'argent du pétrole tchadien ? », Le Monde diplomatique, septembre 2005. (8) On ignore s'il y a du pétrole en République centrafricaine. Mais la chose est géologiquement probable étant donné que le bassin tchadien se trouve proche de la frontière de la Centrafrique. (9) En fait, les Arabes sédentaires de la vallée du Nil (qui se nomment eux-mêmes awlad al-beled) méprisent leurs cousins arabes nomades du Darfour, qu'ils considèrent comme des sauvages arriérés. (10) L'accord de Nairobi (Kenya), signé le 9 janvier 2005 entre Khartoum et l'Armée populaire de libération du Soudan (APLS), prévoit un partage du pouvoir et de la manne pétrolière. Lire « Paix fragile et partielle au Soudan», Le Monde diplomatique, février 2005. (11) Khartoum cherche à se protéger des « esclaves ». C'est le terme encore couramment utilisé pour parler des Noirs au Soudan. A Khartoum même la destruction des bidonvilles noirs, la déportation des squatters dans le désert (appelée kasha) et la confiscation des terres qu'ils occupent au profit de développements immobiliers « arabes » haut de gamme représentent le volet urbain « acceptable » dans lequel la Banque mondiale voit des « opérations de développement ».
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Les protagonistes du Conflit
1. La rébellion L'accord de paix pour le Darfour, signé le 5 mai 2006 à Abuja (Nigeria), a provoqué l'éclatement des mouvements rebelles au Darfour :
- Mouvement de libération du Soudan - Fraction Abdel Wahid An-Nour (MLS-AWN). Dirigée par M. An-Nour, fondateur «historique du Mouvement de libération du Soudan (MLS) aujourd'hui divisé en trois groupes, cette faction est la plus importante numériquement. Elle est principalement composées de Fours et opère surtout sur les pentes du djebel Marra, le massif volcanique situé au centre du Darfour ; Le MLS-AWN est aussi connu sous le nom d'armée de libération du Soudan (ALS).
- Mouvement de libération du Soudan - Fraction Minni Minnawi (MLS-MM). Dirigée par Minnawi, cette fraction s'est séparé du MLS originaire en novembre 2005 lors du congrès d'Haskanita. Presque entièrement composée de Zaghawas (l'ethnie de M. Minnawi), c'est la seule qui aie accepté de signer l'accord de paix d'Abuja. A la suite de cet accord et de l'accession de son chef au poste de conseiller présidentiel sur le Darfour, le MLS-MM est devenu un auxiliaire politique et même militaire du gouvernement de Khartoum. Cette volte-face a entraîné la désertion d'une grande partie de ses combattants. Le MLS-MM est aussi connu sous le nom d'armée de libération du Soudan (ALS)-MM.
- Mouvement de libération du Soudan Al-Ikhtyar Al-Hur (MLS – Libre choix). Essentiellement composée de représentants de petites tribus noires du Darfour (Tunjurs, Dajjus) cette fraction est dirigée par M. Abderrahmane Moussa, ancien porte-parole du MLS-AWN aux négociations d'Abuja. Cette toute petite faction s'est ralliée à l'accord de paix, non pas parce qu'elle y croyait mais parce que les populations des petites ethnies, très touchées par la guerre, n'ont pas eu accès aux camps de personnes déplacées et que les leaders tunjurs espéraient bénéficier des «corridors sécurisés pour l'aide humanitaire» prévus par l'accord. M. Moussa a été nommé ministre d'Etat, mais les tribus n'ont pas bénéficié de l'aide espérée.
- Groupe des 19 (G 19). Ce groupe est formé par dix-neuf commandants et leurs hommes qui ont choisi de se tenir hors de toutes les fractions. Mais leG 19 a en fait apporté son soutien au FRN (voir ci-contre).
- Forces de combat populaires (FCP). Ce mouvement apparu en novembre 2006 est le premier qui ne soit pas « africain ». Formé de membres de la tribu arabe des Rezeigats, il opère dans le sud du Darfour, dans la région comprise entre Kutum et Nyala.
-Mouvement pour la justice et l'égalité (MJE). Il s'agit d'un mouvement très ambigu, car il est étroitement lié à la branche tourabie des Frères musulmans. Dirigé par M. Khalil Ibrahim, il est exclusivement zaghawa. Son jeu est complexe, notamment par rapport au régime tchadien du président Idriss Déby Itno (le MJE s'est battu contre et pour M. Déby selon les circonstances). Riche de l'argent des Frères musulmans, il exerce une influence sans commune mesure avec ses forces militaires réelles sur l'ensemble de la guérilla, et a notamment réussi à phagocyter financièrement le FRN (voir ci-dessous).
- Forces pour la rédemption nationale (FRN). Dirigé par l'ancien gouverneur Ahmed Ibrahim Diraige (ethnie four) et par l'intellectuel Sharif Harir (zaghawa), le FNR est une «organisation ombrelle» qui fédère tous les combattants des - diverses fractions refusant la «paix » d'Abuja, y compris de nombreux combattants du MLS-AWN irrités par les atermoiements de leur chef et ralliés au commandant Ahmed Abdel-Chafiq. En juillet 2006, les FRN ont attaqué les positions gouvernementales dans le Kordofan Nord (voisin du Darfour), offrant au régime soudanais le prétexte à l'envoi de plusieurs milliers de soldats en renfort.
2 – Les « Janjawids ». Les janjawids sont des milices issues des tribus « arabes ». Leur nom signifie approximativement « cavaliers armés de kalachnikovs ». Elles n'ont pas de «mouvement» ou d'unités organisées. Ce sont soit des bandes, soit des auxiliaires rattachés à des unités de l'armée régulière soudanaise.
3. Le président tchadien Idriss Déby Itno Pays frontalier du Soudan, le Tchad a vu arriver plus de deux cent mille réfugiés du Darfour depuis le début du conflit. N'Djamena accuse Khartoum de soutenir la rébellion armée à laquelle il est confronté depuis plus d'un an. Réciproquement, Khartoum accuse N'Djamena d'aider les opposants soudanais. Ces tensions sont nouvelles, car le président tchadien, lui-même zaghawa, avait servi d'intermédiaire au président Omar AI-Bachir en 2003 afin d'obtenir un cessez-le-feu avec l'ALS. Ce cessez-le-feu sera sans lendemain. En 1990, le chef militaire de l'ALS Abdallah Abakkar avait contribué à porter M. Déby à la tête du Tchad.
*********** Un Soudan déchiré
Janvier 1956 . Indépendance du Soudan. Proclamation de la république. Cinq mois auparavant, une insurrection de troupes sudistes a eu lieu.
Novembre 1958 . L'armée s'empare du pouvoir.
Octobre 1964 . Fin de la dictature militaire, à la suite d'une insurrection populaire. Nouvelle expérience parlementaire.
1969 . Coup d'Etat de M. Gaafar Al-Nemeiry.
1972 . Accords d'Addis-Abeba (Ethiopie), mettant fin à la guerre civile dans le Sud.
1983 . Instauration de la charia ; reprise de la rébellion sudiste et création de l'Armée populaire de libération du Soudan (APLS).
Mars-avril 1985 . Une insurrection populaire et un coup d'Etat mettent fin à la dictature de M. AlNemeiry.
30 juin 1989. Coup d'Etat du général Omar AlBachir, soutenu par les islamistes.
Novembre 1997 . Les Etats-Unis décrètent un embargo contre le Soudan.
Février-mars 2003 . Violents combats dans le Darfour entre les milices gouvernementales et les rebelles.
Septembre 2004 . Le Conseil de sécurité de l'Organisation des Nations unies (ONU) menace le gouvernement soudanais de sanctions pétrolières.
9 janvier 2005 . Signature d'un accord de paix entre l'APLS et le gouvernement soudanais.
1 er août 2005 . Mort accidentelle de John Garang, leader de l'APLS, devenu vice-président du Soudan en juillet.
5 mai 2006. Khartoum et le Mouvement de libération du Soudan (MLS) signent un accord, rejeté par deux autres fractions minoritaires du Darfour. Les combats continuent.
28 décembre 2006 . Le Soudan accepte, du bout des lèvres, le déploiement d'une force d'interposition ONU - Union africaine au Darfour.
14 février 2007 . Au sommet France-Afrique de Cannes, le Soudan s'oppose au déploiement de casques bleus. ***********
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Darfour, la chronique d'un « génocide ambigu » (présentation)
Le Monde diplomatique, mars 2007 Le Soudan, le Tchad et la Centrafrique, déstabilisés par le conflit au Darfour, se sont engagés à respecter la souveraineté de leurs voisins, au sommet France-Afrique de Cannes, le 14 février. Mais l'agitation diplomatique masque un blocage politique international sous-tendu par des enjeux pétroliers. Les massacres au Darfour auraient déjà fait quatre cent mille victimes.
par Gérard Prunier*Environ deux millions de personnes ont fui le Darfour (nord-ouest du Soudan) depuis 2003, deux cent cinquante mille depuis août 2006 . Le Tchad voisin est déstabilisé par l'afflux de deux cent vingt-cinq mille réfugiés. En quatre ans, le conflit aurait fait quatre cent mille morts. Les équipes humanitaires des Nations unies et des organisations non gouvernementales (ONG) ont dû changer trente et une fois l'implantation de leurs camps afin d'échapper aux violences. Ce qui n'a pas empêché plusieurs de leurs agents d'être arrêtés par la police soudanaise et battus à coups de crosse, le 19 janvier, à Nyala. Douze travailleurs humanitaires ont été tués au cours de massacres, et cinq autres ont disparu. Khartoum justifie les fréquents bombardements aériens en assimilant les victimes aux rebelles qui ont refusé de signer la « paix » d'Abuja (Nigeria), le 5 mai 2006 . En fait, le gouvernement soudanais cherche surtout à empêcher les combattants de tenir un congrès destiné à unifier leur mouvement et à tenter de reprendre les négociations avec l'appui de la « communauté internationale » . Face à cette chronique d'un désastre annoncé, l'Organisation des Nations unies (ONU) et l'Union africaine adoptent essentiellement des mesures symboliques et dilatoires. Depuis deux ans, une force interafricaine de sept mille cinq cents hommes, la Mission de l'Union africaine au Soudan (MUAS, en anglais African Union Mission in Sudan ou AMIS) est déployée au Darfour. Composée de contingents venant d'une dizaine de pays africains (Rwanda et Nigeria, principalement), cette force s'est révélée parfaitement inefficace. En effet, ses effectifs sont trop faibles : il faudrait au moins trente mille hommes pour couvrir les cinq cent mille kilomètres carrés du Darfour. En outre, la MUAS, sous-équipée, ne dispose que d'un mandat ridiculement restrictif : les soldats n'ont pas le droit d'effectuer des patrouilles offensives, ils doivent se limiter à « négocier » et se contentent, en fait, de recenser les tueries. Enfin, il manque à la force (...)
* Chercheur au Centre national de la recherche scientifique (CNRS, Paris) et directeur du Centre français d'études éthiopiennes (Addis-Abeba), auteur de Darfur : The Ambiguous Genocide, Hurst, Londres, 2005.
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Appel aux autorités françaises et aux présidentiables pour stopper les massacres
ACAT, 3 mars 2007
Objet : sanctions individuelles et implication de la France dans le déploiement des casques bleus au Darfour
Monsieur le Président, Madame la candidate, Monsieur le candidat,
Nos associations sont horrifiées par l'intensification des exactions commises, en toute impunité, à l'encontre des populations du Darfour. En quatre ans, plus de 300 000 personnes ont été tuées et plus de 2,4 millions de personnes ont été chassées de leurs foyers. Dans le même temps, dix résolutions ont été adoptées par le Conseil de sécurité des Nations unies, sans aucun résultat concret sur le gouvernement de Khartoum. Cette situation insupportable déstabilise le Tchad et la République centrafricaine et risque d'embraser l'ensemble de la région. En refusant, le 15 février 2007, d'octroyer des visas aux membres de la mission d'enquête du Conseil des Droits de l'Homme des Nations unies se rendant au Darfour, et en niant le 26 février 2007 toute compétence à la Cour pénale internationale (CPI) au Darfour, le gouvernement soudanais vient de prouver une nouvelle fois qu'il n'est pas prêt à mettre un terme aux exactions commises au Darfour. Face au refus des autorités soudanaises de protéger ses populations, il est du devoir de la communauté internationale d'intervenir urgemment. Le 15 février 2007, les députés du Parlement européen ont adopté une résolution sur la situation au Darfour qui « invite les institutions de l'Union européenne à appliquer des sanctions visant toute partie, y compris le gouvernement soudanais, qui viole le cessez-le-feu ou s'en prend aux civils, et à mener toute action nécessaire contribuant à mettre fin à l'impunité par l'application du régime de sanction du Conseil de sécurité des Nations unies qui prévoit des sanctions économiques ciblées, y compris des interdictions de voyager et des gels d'actifs, à l'instar des mesures prises par l'Union européenne par le passé à l'égard d'autres pays ». Le Parlement européen « souligne que les sanctions à l'encontre du Soudan devraient également inclure la menace d'un embargo pétrolier ». Le 27 février 2007, le procureur de la Cour pénale internationale (CPI) Luis Moreno Ocampo, a demandé aux juges d'assigner ou d'émettre des mandats d'arrêt à l'encontre de deux hauts responsables des crimes commis au Darfour : Ahmad Muhammad Harun, ancien ministre de l'Intérieur du gouvernement soudanais et Ali Muhammad Ali Abd-Al-Rahman, commandant d'une milice janjawid, alliée aux forces gouvernementales. Même si nous avons bien conscience que la résolution de la crise au Soudan en général, et au Darfour en particulier, devra nécessairement passer par un accord de paix inclusif et accepté par les parties, nous sommes convaincus que les sanctions ciblées individuelles sont indispensables pour contraindre les belligérants à arrêter les combats et à accepter le déploiement de casques bleus au Darfour, conformément à la résolution 1706 des Nations unies. Jusqu'à présent, malgré ses discours et condamnations de principe, la France s'en est tenue à une simple diplomatie « classique », refusant de mettre en oeuvre des sanctions et voyant même son commerce avec le Soudan croître. Convaincus du principe qu'on ne doit pas commercer avec des régimes responsables de crimes contre l'humanité quand on se revendique patrie des Droits de l'Homme, nous vous demandons de mettre immédiatement en œuvre, sur le territoire français, une série de sanctions ciblées individuelles à l'endroit de toute partie qui viole le cessez-le-feu ou s'en prend aux populations civiles au Darfour : refus de visas, gel des avoirs en France de toutes les personnes nommées dans les rapports de la Commission d'enquête et du panel d'experts des Nations unies et enquête sur les comptes en France des entreprises soudanaises proches du gouvernement de Khartoum afin de préparer la mise en œuvre de nouvelles sanctions ciblées ; gel des relations commerciales de la France avec les pouvoirs publics et le gouvernement de Khartoum et gel des investissements français dans le secteur pétrolier soudanais. Dans l'hypothèse où le gouvernement soudanais continuerait de ne pas respecter ses obligations de protection vis-à-vis de ses propres populations et n'autoriserait pas le déploiement de casques bleus au Darfour, à l'échéance du mandat de la Mission préparatoire des Nations unies au Soudan (MINUS), le 30 avril 2007, nous vous demandons d'apporter une contribution financière, humaine et matérielle au déploiement d'une force onusienne ayant pour mandat, conformément à la résolution 1706, sous chapitre VII de la Charte des Nations unies :
-- de favoriser les conditions d'un véritable accord de paix entre toutes les parties, permettant aux populations déplacées ou réfugiées de retourner sur leurs terres, en toute sécurité ; -- de protéger efficacement les populations des violences, notamment à travers l'établissement d'une zone d'exclusion aérienne sur tout le Darfour ; -- de mettre en place des corridors humanitaires sécurisés permettant aux organisations humanitaires d'accéder à l'ensemble des populations nécessitant une aide vitale.
Nous vous prions d'agréer, Monsieur le Président, Madame la candidate, Monsieur le candidat, l'expression de notre très haute considération.
Pour les associations signataires :
Jean-Etienne de Linares Délégué Général de l'ACAT-France
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Le déminage réalise d'importants progrès au Soudan
Jeune Afrique, 2 mars 2007
La porte-parole du secrétaire général de l'ONU, Michèle Montas, a annoncé jeudi d' "importants progrès réalisés" dans le domaine de la lutte contre les mines au Soudan. Lors d'une conférence de presse au siège de l'ONU, elle a salué les efforts du Bureau de la lutte antimines de l'ONU au Soudan, et ce "avec le concours des organisations non gouvernementales partenaires". Ces progrès comprennent le déminage de 600 zones dangereuses d'une superficie totale de dix millions de m2, la destruction de 1 150 mines antichar, de près de 2 600 mines antipersonnel, de plus de 300 000 obus et autres munitions non explosées, et de plus de 220 000 munitions d'armes de petit calibre, a précisé Mme Montas. Par ailleurs, la porte-parole a annoncé l'arrestation par la Mission de l'ONU pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH) de sept membres présumés d'un gang criminel à Cité Soleil, quartier situé dans la capitale, Port-au-Prince. Cette opération de sécurité a été menée par les Casques bleus onusiens, en coopération avec la Police nationale haitienne. Selon le Général Major Carlos Alberto Dos Santos Cruz, Commandant de la force militaire de la MINUSTAH, la présence permanente de la MINUSTAH dans la localité constitue le premier pas vers la stabilisation afin de permettre le retour à une vie normale dans le quartier. Composée de Casques bleus appartenant à sept Etats membres de l'ONU et des policiers des Forces de police constituées (FPU) du Nigéria, l'opération codée "New Age" a démarré par la mise en place d'un périmètre de sécurité autour du quartier. Ensuite, des patrouilles systématiques ont été effectuées en vue de rechercher des membres de gangs. Les fossés creusés par les membres de gangs pour empêcher que les patrouilles de la MINUSTAH ne puissent pénétrer dans le quartier ont été comblés, permettant ainsi la reprise normale de la circulation. Cette opération s'est déroulée sans coup de feu et sans faire de victime, a conclu Mme Montas.
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La présidence de l'UE demande au Soudan de coopérer avec la CPI
Le Monde, 1 er mars 2007
La présidence de l'Union européenne, assurée par l'Allemagne, "demande à toutes les parties concernées, en particulier au gouvernement soudanais, de coopérer pleinement avec la Cour pénale internationale" (CPI) sur le Darfour, selon un communiqué diffusé jeudi. Par ailleurs, la présidence "se félicite qu'une enquête indépendante ait pu être menée au Darfour", en référence à la mise en accusation par le procureur de la CPI d'un ministre soudanais et d'un chef milicien pour de présumés crimes de guerre et crimes contre l'humanité dans cette région de l'ouest du Soudan. "L'UE rappelle le principe fondamental inscrit dans le Statut de Rome de la CPI selon lequel les crimes les plus graves qui touchent l'ensemble de la communauté internationale ne sauraient rester impunis. Mettre fin à l'impunité dont jouissent les auteurs de ces crimes contribue à prévenir de tels crimes", a encore estimé la présidence allemande. Le procureur de la CPI, Luis Moreno-Ocampo a annoncé mardi à La Haye avoir présenté aux juges des "preuves (montrant) que Ahmed Haroun, ancien secrétaire d'Etat à l'Intérieur du Soudan et Ali Kosheib (nom de guerre de Ali Mohamed Ali, un des chefs de la milice pro-gouvernementale des djandjawids) ont commis de concert des crimes contre la population civile au Darfour". Le procureur les accuse de "51 chefs de crimes contre l'humanité et crimes de guerre présumés (...), dont persécution, meurtre, torture et viol", commis entre août 2003 et mars 2004 contre des villageois de l'ouest de la région soudanaise du Darfour. Le Soudan a contesté mardi toute compétence à CPI au Darfour, en assurant que sa justice poursuivait activement les responsables de crimes dans cette région en proie à la guerre civile et théâtre de nombreuses exactions. |
Le Canada s'engage à protéger les civils au Darfour
Gouvernement du Canada, 1 er mars 2007 Le ministre des Affaires étrangères et ministre de l'Agence de promotion économique du Canada atlantique, l'honorable Peter MacKay, a annoncé aujourd'hui que le Canada verserait 48 millions de dollars à l'appui des efforts cruciaux de maintien de la paix que déploie l'Union africaine dans la région névralgique du Darfour, au Soudan : « Le Canada est extrêmement préoccupé par les violations constantes du droit international humanitaire et des droits de la personne au Darfour, et condamne les violations du cessez-le-feu par toutes les parties. L'appui accordé à la Mission de l'Union africaine au Soudan est un effort supplémentaire en vue d'augmenter la protection des civils et de faciliter l'accès sûr et sans entraves des travailleurs humanitaires aux populations touchées et ayant des besoins urgents. Le Canada insiste depuis toujours sur la nécessité d'assurer la sécurité des travailleurs humanitaires, des Canadiens et des autres personnes afin que l'aide essentielle, telle que la nourriture, l'eau et les traitements médicaux, soit dispensée à ceux qui en ont besoin. « Le Canada salue la récente décision du procureur de la Cour pénale internationale, M. Luis Moreno-Ocampo, de dévoiler l'identité de deux individus soupçonnés d'avoir commis des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité au Darfour. Il s'agit d'une étape importante dans la lutte contre les crimes graves perpétrés au Darfour. Le Canada a exercé de fortes pressions pour que la question du Darfour soit déférée par le Conseil de sécurité des Nations Unies à la Cour pénale internationale, et a apporté une importante contribution financière à l'enquête. « Le Canada participe activement aux efforts de la communauté internationale visant à aider les parties au conflit à trouver des solutions pacifiques à leurs différends et à instaurer une paix et une stabilité durables au Soudan. Le Canada appuie fermement les initiatives prises par l'Union africaine et les Nations Unies (ONU) pour trouver une solution politique globale au conflit au Darfour, et il continuera d'apporter un soutien essentiel à la Mission de l'Union africaine au Soudan en attendant le déploiement d'une force hybride de l'Union africaine et de l'ONU au Darfour. » De plus amples renseignements sur l'appui soutenu du Canada à l'établissement de la paix au Darfour sont disponibles dans le site Web d'Affaires étrangères et Commerce international Canada : http://www.canada-soudan.gc.ca . Pour en savoir davantage sur l'annonce récente de l'Agence canadienne de développement international de consacrer 13 millions de dollars aux populations déplacées, prière de consulter le site Web suivant : http://www.acdi-cida.gc.ca/CIDAWEB/acdicida.nsf/Fr/ANI-21492515-JWV?OpenDocument .
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Des archéologues italiens aident à sauver des sites antiques
Xinhuanet, 1 er mars 2007
Deux archéologues italiens renommés se sont joint aux efforts internationaux afin de sauver des sites antiques soudanais, qui seront submergés par un projet de barrage, a rapporté mercredi l'agence de presse italienne ANSA. Les jumeaux, Alfredo et Angelo Castiglioni, archéologues spécialisés en histoire ancienne du Soudan, ont été invités à participer aux efforts coordonnés par le British Museum de Londres et la Compagnie nationale pour les antiquités de Khartoum. Les deux archéologues italiens âgés de 69 ans, ont été connus grâce à leur découverte en 1989 de Berenice Panchrysos, la "cité d'or" de l'Antiquité égyptienne, maintenant en territoire soudanais. Le barrage de Merowe qui enjambe le Nil, constitue le plus grand projet hydro-électrique en Afrique et il est en cours de construction au coeur de la Nubie qui se trouve au sud de l'Egypte et au nord du Soudan. La construction du projet devrait prendre fin en septembre 2008 aux quatrièmes chutes d'eau du Nil, et des archéologues déploient des efforts pour évacuer les sites antiques des localités voisines du barrage, avant qu'elles ne deviennent un énorme réservoir. La Nubie a été un royaume indépendant dans l'Antiquité, servant de couloir commercial entre l'Egypte et l'Afrique tropicale 4.000 ans avant J-C. Les activités des êtres humains y remontent à environ 200.000 ans plus tôt, avec des peintures rupestres paléolithiques montrant des animaux et des scènes de chasse.
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