Le Soudan dans la Presse

Nous référençons un certain nombre d'articles sur le Soudan
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2ème semestre


Décembre 2007

   

Etats-Unis
communiqué du président Bush
31 décembre 2007

M. Bush promulgue une loi renforçant les pressions économiques sur le Soudan

 

Agence France Presse
31 décembre 2007

La force "hybride" ONU-UA prend le relais de la mission africaine au Darfour

Agence France Presse
31 décembre 2007

Au Tchad, le ministre français de la Défense face à la détresse des réfugiés

IRIN
édition française
31 décembre 2007

« Je dis aux gens que j'ai le VIH pour qu'ils sachent que cela existe vraiment» - Angelina Lino

Agence France Presse
30 décembre 2007

Le ministre français de la Défense au Tchad puis en Centrafrique

 

Nations Unies
New York
30 décembre 2007

Au Darfour, la mission de l'Union Africaine passe le relais à l'opération hybride le 31 décembre 2007

Xinhuanet
30 décembre 2007

Le Soudan accuse le Tchad auprès du Conseil de sécurité de l'ONU

Reuters
29 décembre 2007

Entretien téléphonique du président Nicolas Sarkozy avec le président Omar el Bachir

Nations Unies
new York
29 décembre 2007

La mission des Nations Unies au Darfour entre en opération le 31 décembre 2007

France Soir
28 décembre 2007

Arche de Zoé - Un pitoyable jeu de dupes

Agence France Presse
28 décembre 2007

Les sudistes rejoignent le gouvernement central

 

Agence France Presse
28 décembre 2007

L'aviation tchadienne a bombardé des positions au Darfour, selon Khartoum

Nations Unies
New York
28 décembre 2007

La malnutrition au Darfour atteint un niveau alarmant

 

Libération
26 décembre 2007

Droit d'asile pour un chef rebelle du Darfour

Le Monde
27 décembre 2007

Les membres de l'Arche de Zoé durcissent leur grève de la faim

Le Figaro
27 décembre 2007

Les six Français de l'Arche de Zoé attendent leur retour

Libération
25 décembre 2007

Chantage à l'expulsion contre un chef rebelle du Darfour

Agence France Presse
21 décembre 2007

L'émissaire de Bush pour le Soudan et le Darfour démissionne

 

Nations Unies New York
19 décembre 2007

Le Conseil de Sécurité Devrait Mettre Fin à l'Obstruction du Soudan

 

Croix Rouge Internationale
rapport
18 décembre 2007

Dernier compte rendu des activités du CICR sur le terrain

 

Le Monde
15 décembre 2007

Sortir d'Egypte

Le Figaro
14 décembre 2007

La Défense européenne à l'épreuve du Tchad

Xinhuanet
14 décembre 2007

La Chine appelle le Soudan à garantir la sécurité des Chinois

Le Monde
13 décembre 2007

Mouammar Kadhafi critique la France sur le Darfour et l'immigration

Parlement européen
12 décembre 2007

Remise du Prix Sakharov à Salh Mahmoud Mohamed Osman

Le Figaro
11 décembre 2007

Arche de Zoé : les six Français risquent les travaux forcés

Agence France Presse
11 décembre 2007

Des rebelles du Darfour disent avoir attaqué un site pétrolier chinois

 

Parlement européen
11 décembre 2007

Interview de Salih Mahmoud Osman, lauréat du prix Sakharov : « pas de paix sans justice !

Xinhuanet
10 décembre 2007

Un envoyé de l'ONU rencontre des chefs rebelles darfouris sur le processus de paix

Xinhuanet
9 décembre 2007

L'UE presse le Soudan d'accepter une force hybride de  maintien de la paix au Darfour

Nations Unies
Conseil de sécurité
7 décembre 2007

Conseil de sécurité : le Soudan doit coopérer avec la CPI

 

Xinhuanet
7 décembre 2007

Le SG de l'ONU appelle à armer les Casques bleus au Darfour  d'hélicoptère

Nations Unies Conseil de Sécurité
décembre 2007

Le Soudan défie l'autorité du Conseil de sécurité, déclare le procureur de la cour pénale internationale

Libération
4 décembre 2007

Une tragédie en 10 questions

T-F- 1
3 décembre 2007

L'institutrice britannique inculpée au Soudan a été graciée et libérée

Le Figaro
2 décembre 007

La France défiée par les rebelles tchadiens 

Agence France Presse
1 er décembre 2007

La situation au Darfour a encore empiré, s'alarme un responsable de l'ONU


 

M. Bush promulgue une loi renforçant les pressions économiques sur le Soudan

 

Etats-Unis, Communiqué du président Bush, 31 décembre 2007

 

On trouvera ci-après le texte du communiqué du président Bush que la Maison-Blanche a diffusé le 31 décembre et qui a trait à la promulgation d'une loi sur le désinvestissement des États fédérés et des collectivités locales des États-Unis de sociétés implantées au Soudan.

(Début du texte)

Je viens de promulguer aujourd'hui la loi de 2007 sur la responsabilisation et le désinvestissement au Soudan. Je partage l'inquiétude profonde du Congrès face à la persistance des actes de violence commis au Darfour par le gouvernement soudanais et par les groupes de rebelles. Mon gouvernement poursuivra ses efforts en vue d'améliorer considérablement la situation au Soudan en prenant des sanctions contre le gouvernement soudanais, en poursuivant son action diplomatique de haut niveau et en soutenant l'envoi d'une force de maintien de la paix au Darfour.

La présente loi est destinée à habiliter les États fédérés et les collectivités locales à se départir de leurs investissements dans des sociétés qui font affaire dans des secteurs précis au Soudan. Elle risque donc d'être interprétée comme mettant à l'abri d'un contrôle fédéral les mesures de désinvestissement qui pourraient contrarier l'application de la politique étrangère nationale. Toutefois, comme la Constitution confère à l'État fédéral le pouvoir exclusif de mener la politique étrangère, l'exécutif interprétera et appliquera ce texte de loi d'une manière qui ne s'oppose pas à ce pouvoir.

George W. Bush

 

Décembre 2007

La force "hybride" ONU-UA prend le relais de la mission africaine au Darfour

 

Agence France Presse, Khartoum 31 décembre 2007

 

La mission des Nations unies et de l'Union africaine au Darfour (Minuad) a pris lundi le relais de la mission africaine (Amis), un transfert largement symbolique, l'ONU peinant, face aux réticences de Khartoum et des Occidentaux, à élargir et équiper la nouvelle force.

Une cérémonie de transfert d'autorité a eu lieu lundi à El-Facher, capitale du Nord du Darfour et siège du QG de la nouvelle mission approuvée le 31 juillet par le Conseil de sécurité des Nations unies.

La bannière de la Minuad a été hissée dans le nouveau QG et celui de l'Amis abaissé tandis que les soldats et policiers de maintien de la paix troquaient leurs bérets verts de l'Amis pour ceux, bleus, de l'ONU.

S'adressant aux participants, le chef de la Minuad, Rodolfe Adada, a souligné son intention de "déployer la force la plus robuste possible au Darfour pour qu'elle puisse remplir le mandat dont elle a été chargée".

Il a appelé toutes les parties en conflit à cesser les hostilités et à trouver une solution politique avec la coopération du gouvernement soudanais.

Le gouverneur du Darfour nord, Osmane Youssef Kibr, a assuré en retour la Minuad de "la totale coopération" du gouvernement soudanais.

Les Etats-Unis ont appelé de leur côté lundi le gouvernement du Soudan et les rebelles à observer un cessez-le-feu immédiat au Darfour et à cesser les manoeuvres d'obstruction au difficile déploiement d'une force de maintien de la paix renouvelée.

Au même moment, le président George W. Bush a signé une loi visant à renforcer la pression économique sur le gouvernement soudanais, et a réaffirmé sa "profonde inquiétude" devant la poursuite des violences au Darfour.

Le conflit du Darfour, une province de l'ouest du Soudan, a fait 200.000 morts et quelque 2,2 millions de déplacés en près de cinq ans, selon des organisations internationales -- chiffres contestés par Khartoum qui parle de 9.000 morts seulement.

Une fois déployée dans son intégralité, la Minuad sera forte de 20.000 soldats et plus de 6.000 policiers et personnels civils, ce qui en fera la plus grosse opération de maintien de la paix des Nations unies au monde.

Mais dans les faits, la Minuad ne démarre qu'avec quelque 9.000 éléments sur le terrain: les 7.000 soldats de l'Amis plus 1.200 policiers de cette force et des soldats et policiers de l'ONU envoyés en renfort en 2007.

En outre, cette force, dont le budget de 1,2 milliard de dollars pour 2008 n'a été approuvé que récemment par l'Assemblée générale des Nations unies, peine à mobiliser les ressources humaines et matérielles nécessaires à sa mission qu'elle veut plus efficace que celle de l'Amis.

La force africaine a été incapable faute de moyens et de financement de peser sur la violence au Darfour, une province de l'ouest du Soudan en proie à la guerre civile. Elle a perdu depuis son arrivée en 2004 une cinquantaine de ses membres, dont 12 lors d'une attaque fin septembre 2007 à Haskanita, dans le sud du Darfour, attribuée à des rebelles.

Le Soudan continue de refuser l'intégration dans la force de la Minuad d'élements venus des pays nordiques en arguant que l'accord initial soulignait le caractère africain de cette force.

Les Nations unies pour leur part n'arrivent pas à trouver 24 hélicoptères, dont six d'attaque, jugés essentiels pour la mobilité et la capacité de réaction de la Minuad qui a en charge un territoire aussi vaste que la France.

Dans un communiqué conjoint à la veille du transfert, les Nations unies et l'Union africaine ont appelé, une nouvelle fois, les pays membres à "combler ce manque" en fournissant ces appareils.

Actuellement, il y a dix bataillons d'infanterie sur le terrain venant du Rwanda, d'Afrique du sud, du Nigeria et du Sénégal. Il y a aussi une unité de la police militaire du Kenya, une compagnie de Gambie et une compagnie du génie de Chine ainsi que plus de 1.000 policiers, venant de plus de 25 pays, et une unité de police du Bangladesh.

Des troupes d'Egypte, du Pakistan, d'Ethiopie et une unité de police du Népal doivent être déployées dans les deux prochains mois

 

Décembre 2007

Au Tchad, le ministre français de la Défense face à la détresse des réfugiés

 

Agence France Presse,Camp de réfugiés de Djabal, 31 décembre 2007

 

Abdraman Akaban Abdraman ne dissimule pas son impatience: "Nous appelons les Nations unies et l'Union européenne à intervenir très rapidement à la frontière soudano-tchadienne et à rétablir une paix totale au Soudan".

Ce responsable communautaire s'exprime au nom de 15.350 réfugiés soudanais du Darfour. Depuis quatre ans, ces réfugiés survivent sous perfusion des ONG dans le camp de Djabal, au sud-est du Tchad et à 80 kilomètres de la frontière avec le Soudan.

Lors d'une visite éclair dans ce camp devenu un véritable village de cases avec ses trois écoles primaires, son hôpital et sa maternité, le ministre français de la Défense Hervé Morin a exhorté les réfugiés à faire preuve "d'encore un peu de patience même si toute cette période peut leur apparaître terriblement longue".

Pour autant, M. Morin a laissé poindre sa propre impatience devant le peu d'empressement d'un certain nombre de partenaires européens de la France à constituer l'Eufor Tchad-RCA, une force de 3.000 à 4.000 soldats qui doit être déployée dans l'est du Tchad et le nord-est de la Centrafrique.

"Si l'on veut donner un sens à ce que représente la volonté européenne de construire une Afrique en paix, on doit être en mesure d'assurer une force européenne de 3.500 hommes", s'est-il indigné, avant de prévenir: "La France ne se substituera pas à toutes les faiblesses et les défaillances européennes".

Appelée à assurer la sécurité de quelque 234.000 réfugiés soudanais du Darfour voisin, 178.000 Tchadiens déplacés et 43.000 Centrafricains, l'Eufor Tchad-RCA devait entamer son déploiement dès la mi-novembre. Mais ce déploiement se heurte aux difficultés rencontrées par l'Union européenne pour réunir les moyens, aériens, médicaux et logistiques, nécessaires.

Manquent en particulier à l'appel quatre avions et neuf hélicoptères de transport, indispensables dans une région grande comme le tiers de la France.

Loin de Bruxelles et de ces tractations, les réfugiés du camp de Djabal fondent de grands espoirs dans cette opération.

"Nous avons quitté le Darfour il y a quatre ans pour fuir les djandjawids, ces milices arabes armées par le gouvernement de Khartoum qui brûlaient nos villages, violaient nos femmes et tuaient nos enfants", affirme Abdraman Akaban Abdraman qui souhaite "la bienvenue aux forces européennes".

Combien de temps encore les réfugiés du Darfour devront-ils patienter dans leurs camps d'infortune? "Si on voit apparaître les premiers mouvements de population à la fin de l'année 2008, on estimera qu'une partie du chemin aura été fait", répond Hervé Morin.

Dans l'immédiat, a indiqué le ministre à la sortie d'un entretien avec le président tchadien Idriss Deby Itno, rencontré dans la soirée à Abéché (est), une cinquième "conférence de génération de force" doit avoir lieu le 11 janvier à Bruxelles pour tenter de réunir les effectifs et les moyens nécessaires au déploiement de l'Eufor Tchad-RCA.

Dans la soirée, M. Morin devait perpétuer une tradition à laquelle son prédécesseur, Michèle Alliot-Marie, n'avait jamais dérogé, en participant au réveillon de la Saint Sylvestre avec un détachement de soldats français déployé à Abéché.

 

Décembre 2007

« Je dis aux gens que j'ai le VIH pour qu'ils sachent que cela existe vraiment» - Angelina Lino

 

IRIN, Juba 31 décembre 2007

 

Angelina Lino, 23 ans, travaille comme bénévole à People Living with AIDS in Southern Sudan (PLASS), une organisation non-gouvernementale de Juba, capitale provinciale. Chauffeuse et mécanicienne qualifiée, Angelina a découvert qu'elle était séropositive en mars 2007 et a révélé son statut pour empêcher que d'autres jeunes contractent le virus. Elle raconte son histoire à IRIN/PlusNews.

« Je suis la cadette de ma famille et j'avais trois mois seulement lorsque mes parents se sont séparés. Maman labourait les terres des autres pour subvenir à mes besoins et à ceux de mes neuf frères et sœurs. C'était pendant la guerre, et c'était très dur pour elle de nous faire vivre et de payer nos frais de scolarité ».

« J'étais encore à l'école quand je l'ai rencontré. Il travaillait pour une ONG internationale basée à Yambio, ma ville d'origine [située près de la frontière entre le Soudan et la République démocratique du Congo]. Les enfants du quartier allaient chercher de l'eau dans un trou de forage qui se trouvait dans son domaine, alors tout le monde le connaissait. C'était un haut responsable [de l'Armée de libération du peuple soudanais] qui se déplaçait dans un gros Land Cruiser [Toyota].

« Il a dû entendre parler de mes problèmes, alors il a envoyé des gens me voir pour me demander d'aller lui rendre visite. Quand j'ai demandé ce qu'il voulait, ils ont tous dit que c'était un brave homme, disposé à m'aider et à payer mes frais de scolarité ».

« J'ai résisté à ses avances pendant environ un mois – j'avais 15 ans et les hommes ne m'intéressaient pas – mais un soir, il a envoyé son chauffeur et son agent de sécurité, je me suis faufilée dehors, j'ai sauté dans le Land Cruiser et quelques minutes plus tard, on me déposait devant son domicile ».

« Il était content de me voir ; tout excité, il m'a dit plein de choses : qu'il m'aimait, qu'il voulait payer mes frais de scolarité. Il m'a emmenée jusqu'à son lit en disant : "N'aie pas peur, je serai ton père et ta mère, je vais m'occuper de toi". Il m'a promis qu'il irait voir papa le lendemain pour lui annoncer qu'il était mon petit ami ».

« On a couché ensemble. C'était ma première fois et c'était très douloureux. Je n'ai pas pris de plaisir, mais je me suis dit que Dieu m'avait trouvé un homme attentionné, qui m'aimerait et me permettrait d'achever mon cursus scolaire ».

« Il a tenu parole et a rencontré ma famille. J'ai emménagé avec lui. Il a payé le solde de mes frais de scolarité à Yambio et a aussi payé pour que j'aille à l'école secondaire d'Arua, dans le nord-ouest de l'Ouganda ».

« Il m'a même acheté un terrain à Yambio et m'a construit une maison de deux pièces en briques. J'étais heureuse. Un jour, pendant les vacances scolaires, il m'a amené un cadeau : une petite Toyota Corolla. Nous étions heureux ensemble et j'avais l'impression d'avoir tout ce dont j'avais besoin ».

« Aux vacances suivantes, je suis retournée chez moi [depuis Arua] et j'ai découvert qu'il avait été muté à Nairobi. On aurait dit un autre homme. Il m'a dit qu'il continuerait de payer mes frais de scolarité, mais qu'il ne reviendrait jamais à Yambio. J'étais anéantie ».

« La dernière fois que nous nous sommes parlé, c'était en 2003. Par la suite, j'ai essayé de l'appeler et de lui envoyer des emails, mais en vain. J'ai douloureusement pris conscience de la réalité cette année, en mars, lorsque j'ai souffert d'une crise de tuberculose, de fièvre et de paludisme. Le médecin m'a suggéré de faire un test de dépistage du VIH. Je ne me suis pas inquiétée – après tout, je n'avais connu qu'un seul homme ».

« La nouvelle de ma séropositivité était dure à croire. Le médecin de l'hôpital de Mulago [à Kampala, capitale de l'Ouganda] m'a admise pour un mois et m'a mise sous antirétroviraux (ARV) – il m'a dit que mon taux de CD4 [qui permet de mesurer l'efficacité du système immunitaire] était très bas ».

« Dernièrement, à Juba, j'ai rencontré le meilleur ami et ancien collègue de mon ex-petit ami à Yambio. Il a confirmé que mon ex-petit ami connaissait son statut depuis le début et qu'il était sous traitement ARV. Il était marié, avant qu'on se rencontre. D'ailleurs, il avait même perdu sa femme et ses deux enfants des suites de complications liées au VIH ».

« Je me suis sentie dupée et naïve pour avoir eu des rapports sexuels non protégés. J'étais jeune et je ne savais rien des préservatifs ni du VIH/SIDA. Je me sens trahie par l'unique petit ami que j'aie eu. Il m'a infectée consciemment, et je ne le lui pardonnerai jamais ».

« Au Sud Soudan, d'où je viens, les gens ne connaissent pas grand-chose du VIH/SIDA, de la façon dont il se transmet et dont on peut l'éviter. Certains l'associent à la sorcellerie. C'est pour cela que j'ai annoncé publiquement mon statut, en leur disant "le VIH existe vraiment".

« Je me rends dans les points chauds comme les discothèques ou les bars, et je parle aux groupes de population vulnérables : les prostituées, les soldats, les camionneurs au long cours, les "senke" [chauffeurs de moto-taxis] et les jeunes. Certains ne me croient pas et me taquinent en me disant : "Une belle fille comme toi ne peut pas être séropositive" ».

« L'ignorance et la stigmatisation sont une dure réalité. Un de mes frères par alliance a refusé de me serrer la main et de partager ses couverts avec moi. Récemment, ma belle-mère m'a jetée dehors, en reprochant à mon père de gaspiller de l'argent pour une "fille qui allait mourir très bientôt de toute façon" ».

« J'ai des rêves. Je voudrais retourner à l'école, aller à l'université de médecine et devenir médecin. Et avant tout, je voudrais vivre longtemps ».

 

Décembre 2007

Le ministre français de la Défense au Tchad puis en Centrafrique

 

Agence France Presse, N'Djamena, 30 décembre 2007

 

Le ministre français de la Défense Hervé Morin est arrivé dimanche soir à N'Djamena pour une visite de 48 heures au Tchad et en Centrafrique, l'occasion d'un réveillon avec les militaires français et d'un point sur le déploiement d'une force européenne dans la région.

Quelque 3.000 à 4.000 soldats européens, dont au moins 1.350 Français, doivent rejoindre début 2008 l'est du Tchad et le nord-est de la Centrafrique, régions frontalières de la province soudanaise du Darfour, ravagée par une guerre civile.

L'Union européenne peine cependant à réunir les moyens, notamment aériens, nécessaires à cette opération, baptisée Eufor Tchad-RCA et destinée à stabiliser cette région qui compte quelque 400.000 réfugiés du Darfour et de déplacés tchadiens.

M. Morin se rendra lundi matin sur le camp de Kosseï, près de l'aéroport de N'Djamena, où sont stationnés la majorité des quelque 1.250 militaires français présents au Tchad depuis 1986 dans le cadre du dispositif Epervier, au titre d'un accord de coopération franco-tchadien.

Il s'envolera ensuite pour la "base logistique opérationnelle avancée" de Goz Beïda (Sud-Est), puis rejoindra un camp de réfugiés. Attendu dans l'après-midi à Abéché (Est), le ministre de la Défense s'y entretiendra avec le président tchadien Idriss Deby Itno avant de réveillonner avec les militaires français du camp Croci.

Le ministre de la Défense perpétue ainsi une tradition initiée par son prédécesseur, Michèle Alliot-Marie, qui s'était rendue en dernier lieu, le 31 décembre 2006, auprès du contingent français de la Force des Nations unies au Liban (Finul).

M. Morin se rendra le lendemain à Birao, dans le nord-est de la Centrafrique, où se trouve un détachement militaire français. Son séjour s'achèvera à Bangui par un entretien avec le président centrafricain François Bozizé.

 

Décembre 2007

Au Darfour, la mission de l'Union Africaine passe le relais à l'opération hybride le 31 décembre 2007

 

Nations Unies, New York, 30 décembre 2007

Communiqué de presse

 

L'Opération hybride Union africaine-Nations Unies au Darfour (MINUAD) prendra officiellement le relais de la Mission de l'Union africaine au Soudan (MUAS) le 31 décembre au cours d'une cérémonie qui sera organisée au nouveau siège de l'Opération à El Fasher.

Autorisée par la résolution 1769 que le Conseil de sécurité a adoptée le 31 juillet 2007, l'Opération sera, avec 20 000 Casques bleus et plus de 6 000 policiers et membres du personnel civil, la plus grande opération de maintien de la paix qu'ait jamais déployée l'ONU.

Placée sous l'autorité du Représentant spécial commun de l'Union africaine et des Nations Unies, Rodolphe Adada, la Mission a pour mandat de protéger les civils, de faciliter l'acheminement de l'assistance humanitaire et de créer un environnement favorable à la paix.

Les 9 000 soldats et policiers de la MUAS seront rejoints dans deux mois par des troupes de l'Égypte, du Pakistan, de l'Éthiopie et du Népal pour former la MINUAD.

Les Nations Unies ont prévenu que certains des équipements essentiels à l'appui des troupes manquent toujours à l'appel, en particulier des hélicoptères.

Le déploiement de la MINUAD sera complété par les efforts déployés sur le front politique.  L'Envoyé spécial du Secrétaire général de l'ONU au Darfour, Jan Eliasson, et l'Envoyé spécial de l'Union africaine au Darfour, Salim Ahmed Salim, travaillent à un accord de paix entre le Gouvernement du Soudan et les mouvements rebelles du Darfour.

 

Décembre 2007

Le Soudan accuse le Tchad auprès du Conseil de sécurité de l'ONU

 

Xinhuanet, 30 décembre 2007

 

Le Soudan a porté plainte  samedi au Conseil de sécurité de l'ONu contre une récente " agression" du Tchad, a rapporté l'agence de presse soudanaise  officielle SUNA. 

Khartoum a déposé la plainte au Conseil de sécurité par le  biais du représentant permanent soudanais auprès de l'ONU, Abdul- Mahmoud Abdul-Halim, selon SUNA. 

Dans la plainte, le Soudan a accusé le Tchad d'agresser à  plusieurs reprises son territoire, disant que la dernière  agression était intervenue vendredi au Darfour et effectuée par  les troupes tchadiennes appuyées par l'aviation. 

"Le Soudan se révserve le droit de répondre à toute attaque  conformément à la Charte et aux conventions de l'ONU", a déclaré  le gouvernement soudabaus dans sa plainte. 

Vendredi, le ministère soudanais des Affaires étrangères a  indiqué dans une déclaration que trois avions de combats tchadiens avaient agressé les régions soudanaises de Ragul al-Harzaya et de  Karmula du Darfour-Ouest le même jour alors qu'une force  d'infanterie avait franchi la frontière entre les deux pays. 

Le Soudan et le Tchad ont plusieurs fois échangé des  accusations ces dernières années. Ils s'accusent de soutenir les  rebelles.

 

Décembre 2007

 

Entretien téléphonique du président Nicolas Sarkozy avec le président Omar el Bachir

Nicolas Sarkozy a évoqué la situation au Darfour et le déploiement à venir des forces onusienne et européenne avec le président soudanais Omar Hassan al Bachir lors d'un entretien téléphonique, fait savoir l'Elysée.

 

Reuters par Laure Bretton, 29 décembre 2007

 

Le président de la République a réaffirmé qu'il était indispensable de parvenir au plus vite à une solution politique à la crise au Darfour", déclare le porte-parole de l'Elysée dans un communiqué.

Pour le chef de l'Etat, le déploiement rapide de la force hybride de l' ONU et de l'Union africaine au Darfour et de la force européenne au Tchad sont "essentiels au retour de la paix dans toute la région", a souligné David Martinon.

Composée de 26.000 hommes, la force hybride doit prendre la relève d'une force de l'UA de 7.000 soldats au 1er janvier.

Créée sous impulsion française, la force européenne chargée de protéger les civils dans la zone frontalière entre le Soudan et le Tchad (Eufor) devait quant à elle se déployer en novembre dans l'est du Tchad et en République centrafricaine pour appuyer la force onusienne.

Le déploiement des 4.000 hommes, selon plusieurs sources diplomatiques et militaires, est désormais prévu mi-janvier.

Jeudi, le gouvernement tchadien a prévenu l' Union européenne que le report du déploiement risquait d'embraser toute la région.

Laure Bretton

 

Décembre 2007

La mission des Nations Unies au Darfour entre en opération le 31 décembre 2007

 

Nations Unies, New York, 28 décembre 2007 

 

L'Opération hybride UA-ONU au Darfour prendra officiellement la place de la Mission de l'Union africaine au Soudan (MUAS) le 31 décembre 2007. Elle est appelée à devenir la plus grande Mission des Nations Unies avec 20.000 soldats et plus de 6.000 policiers et personnels civils.

« Déjà, plus de 9.000 personnels en uniforme sont sur le terrain, dont 7.000 soldats et 1.200 policiers au service de la MUAS créée en 2004 ou envoyés en renforcement au cours de l'année 2007 », a rapporté la porte-parole du Secrétaire général.

« Le transfert de l'autorité se fera conformément à la résolution 1769 (2007) du Conseil de sécurité, en date du 31 juillet 2007 ».

Il sera marqué par une cérémonie de signature en présence des représentants des deux Missions et en présence d'un représentant du gouvernement soudanais.

A cette occasion, le personnel de la MUAS troquera son béret vert pour le béret bleu de l'ONU.

En parallèle, rappelle la porte-parole, les envoyés de l'ONU et de l'Union africaine (UA) pour le Darfour, Jan Eliasson et Salim Ahmed Salim, poursuivent leur efforts en vue de parvenir à un règlement politique de la crise et à la signature d'un accord de paix.

L'ONU estime que plus de 200.000 personnes sont mortes et au moins 2 millions déplacées au Darfour depuis le début des affrontements, en 2003, entre les forces gouvernementales et leurs alliés parmi les milices janjawids d'une part et les mouvements armés d'autre part.

Des atrocités telles que le meurtre de civils et le viol des femmes et des filles ont marqué le conflit et continuent à l'heure actuelle.

Les agences humanitaires mènent la plus grande opération d'assistance dans le monde, alors que près de 4,2 millions de personnes sont maintenant affectées par la crise.

Outre les 2,2 millions personnes déplacées à l'intérieur du Darfour, quelque 238.000 ont débordé vers l'Est du Tchad.

En 2007, ce sont près de 12.000 travailleurs humanitaires de 13 agences des Nations Unies, de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge et de plus de 80 organisations non gouvernementales (ONG) qui se trouvaient sur le terrain.

 

Décembre 2007

Arche de Zoé - Un pitoyable jeu de dupes 

 

France Soir par Isabelle Horlans, 28 décembre 2007

 

Fiasco, parodie de procès, mascarade, scandale, les mots se fracassent contre un mur d'incompréhension. Dire qu'une instruction bâclée, sous pression politique, se clôt par un verdict absurde n'est pas manquer de respect aux Tchadiens. Si le peuple avait eu accès aux pièces du dossier, il n'aurait pas rendu le même arrêt.

Les témoins racontent qu'elle a éclaté en sanglots à l'énoncé de la peine : huit ans de travaux forcés et 6,18 millions d'euros à verser, solidairement, aux familles. Nadia ne s'en remettra pas. Cette jeune femme, profondément bonne, vient d'être foudroyée à 31 ans. Sa faute ? Avoir accepté une mission humanitaire quand elle aurait pu faire valoir, sereinement, ses qualités d'infirmière dans un hôpital parisien. Nadia Merimi est partie au Tchad par bonté. Elle a cru ce qui était écrit sur la page d'accueil du site Internet de L'Arche de Zoé : « Au Darfour aujourd'hui, un enfant meurt toutes les cinq minutes. » Un chiffre outrancier sorti de l'imagination du président de l'ONG, Eric Breteau. Comme si 200.000 morts recensés en cinq ans ne suffisaient pas amplement à qualifier de tragédie la situation au Darfour…
A l'image de Nadia, Philippe Van Winkelberg, le médecin tant aimé de Castellane, a estimé que l'urgence lui ordonnait d'abandonner sa famille, son cabinet, ses patients et ses honoraires. Le charismatique Breteau l'avait également convaincu, question de vie ou de mort pour les orphelins du Soudan !

 

Télescopage de mensonges

 

L'infirmière et le médecin ont été abusés en France, mis au pied du mur au Tchad. Et les voici condamnés à la même peine que l'instigateur du projet fou. Par quel tour de passe-passe cette évidence a-t-elle pu échapper aux magistrats africains ? Et comment ont-ils pu expédier, comme des miettes sous le tapis, les multiples témoignages – et les images vidéo – prouvant que Breteau, à son tour, s'est fait avoir par des chefs de village âpres au gain ? Le dossier, même réduit à la portion congrue, démontre les responsabilités de chacun dans ce télescopage de mensonges : le chef de l'association humanitaire a trompé ses interlocuteurs, qui l'ont berné. Et l'on veut croire que si, la tête froide, sans pression, le peuple tchadien avait eu accès aux procès-verbaux, il aurait équitablement partagé les torts.

Au terme de cet affreux jeu de dupes, beaucoup de perdants. Parmi eux, 103 enfants qui paient le prix fort. L'immense majorité vivait en famille, et ne rêvait pas à la France. Quant aux six Français, une fois rapatriés, ils seront emprisonnés en France, c'est obligatoire. Certains peuvent espérer rapidement bénéficier d'une libération conditionnelle. Mais, à moins d'une grâce tchadienne, la condamnation pour tentative d'enlèvement de mineurs les poursuivra jusqu'à la fin de leurs jours.

 

Procès expédié, preuves écartées

 

Si Eric Breteau a incontestablement menti, l'instruction, même bâclée, démontre qu'il a été berné par ses intermédiaires. La cour n'en a pas tenu compte.

 

Le Moïse de L'Arche de Zoé n'avait jamais mis les pieds sur le continent africain. Il a choisi la cause du Darfour, sans fouler une seule fois le sol soudanais, sans solliciter le conseil avisé des ONG qui y déploient depuis des années une petite armée – citons par exemple Action contre la faim qui s'occupe de plusieurs milliers de « déplacés ». Sa méconnaissance des coutumes et règles locales, associée à un angélisme qui laisse perplexe, l'ont conduit « à faire confiance au premier venu », selon l'expression d'un avocat tchadien. Les « premiers venus » ont été interrogés. Voici quelques-unes de leurs déclarations qui auraient dû alléger les charges :

 

•  – Moctar Fadoul Ahmat confirme le 21 novembre qu'Eric Breteau a dépêché à Tiné une mission pour rechercher des enfants soudanais orphelins de père et mère.

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•  – Habiba Mahamat Malloum, le même jour, sur procès-verbal : « L'ONG nous a dit qu'ils allaient prendre en charge les enfants en danger orphelins du Soudan. »

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•  – Mahamat Eritero, toujours le 21, dans sa déposition : « Quand nous sommes partis à Tiné, le chef de mission a dit qu'il voulait des orphelins de Tiné Soudan. »

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•  – Lors de la confrontation, le sous-préfet de Tiné, le maire et son secrétaire général témoignent que l'intermédiaire Mahamat Eritero voulait pour Children Rescue des orphelins du Soudan.

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•  – Sur PV, Nidjere Djonouma, traductrice, déclare que l'ONG voulait éduquer des orphelins du Darfour, uniquement soudanais, n'ayant pas de proches parents.

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•  – Les enregistrements vidéo (notamment de Marc Garmirian) démontrent que deux intermédiaires, Mahamat Eritero et Souleyman Ibrahim, affirment que les enfants qu'ils amènent sont soudanais. Ce dernier fournit des attestations, qui se révéleront fausses. La caméra le filme en train de les remplir et de les signer. Au procès, il a dit n'en rien savoir et que c'était « les Blancs qui avaient fait des faux ».

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•  – Dans sa déposition du 27 octobre, Mahamat Eritero déclare que les responsables de l'ONG « nous ont donné des documents imprimés en français et en arabe pour faire signer les familles ou les chefs qui acceptent de confier leurs enfants ». Ce n'est donc pas Eric Breteau qui les a complétés.

 

Décembre 2007

Les sudistes rejoignent le gouvernement central

Agence France Presse, 28 décembre 2007

 

Les ex-rebelles du sud Soudan ont réintégré jeudi le gouvernement central après une crise politique de 67 jours sur l'application de l'accord de 2005 qui avait mis fin à 21 ans de guerre.

"Les conseillers, ministres et ministres d'Etat sudistes ont prêté serment devant le président Omar el-Béchir et sont en train de participer à une réunion du Conseil des ministres", a indiqué à l'AFP une source officielle soudanaise.

Selon cette source, M. Béchir a signé dans la nuit des décrets portant nomination de trois conseillers présidentiels, de sept ministres et de six ministres d'Etat, tous issus du Mouvement de libération du peuple du Soudan (SPLM), le grand parti sudiste dirigé par Salva Kiir.

Lam Akol, l'ancien ministre sudiste des Affaires étrangères renié par les siens, n'obtient aucun poste dans la nouvelle formation et n'a pas été désigné conseiller présidentiel.

Il est remplacé à ce poste par Deng Alor tandis que l'un des hauts dirigeants du SPLM, Pagan Amum, secrétaire général du mouvement, devient ministre de la présidence du Conseil des ministres.

Les autres nominations concernent des ministères techniques comme le Transport, l'Investissement, l'Enseignement supérieur ou le Commerce extérieur.

Parmi les conseillers figurent Mansour Khaled, ancien confident de John Garang, le leader sudiste aujourd'hui disparu et qui avait été longtemps chef de la diplomatie.

Le 12 décembre, nordistes et sudistes ont annoncé avoir résolu leurs différends, à l'exception du statut de la zone pétrolière d'Abiye, et annoncé un retour imminent des ministres sudistes dans le gouvernement central.

La question d'Abiye, zone pétrolière revendiquée par le nord et le sud, n'a pas été résolue et a été confiée à MM. Béchir et Kiir.

"C'est une question compliquée dont la résolution nécessite beaucoup d'efforts. Nous espérons qu'elle sera résolue d'ici le 31 décembre par les deux membres de la présidence, ou du moins qu'il y aura un accord sur la manière de la résoudre", avait alors déclaré un responsable nordiste, Mohammed Dirdiri.

Yasser Armane, un dirigeant sudiste, avait estimé quant à lui que l'accord sur une accélération, selon un calendrier précis, de l'application de l'accord de paix globale (CPA) de 2005 "donne aux deux parties et pour la première fois les moyens de le faire".

Selon lui, les deux parties sont convenues de réunir un congrès de réconciliation nationale, de renforcer la démocratie, de retirer leurs forces respectives du nord et du sud, de créer une force commune de protection des zones pétrolières, de financer les organismes chargés du recensement général et du développement du sud.

Le SPLM avait suspendu sa participation au gouvernement pour protester contre ce qu'il considère comme des entraves des nordistes à l'application du CPA, qui avait mis fin à une guerre de 21 ans dans le sud ayant fait au moins 1,5 million de morts.

Les deux parties estiment qu'un partenariat amélioré rendrait "l'union plus attractive" pour les sudistes qui doivent se prononcer en 2011 par référendum sur l'unité du pays ou la création d'un Etat indépendant.

 

Décembre 2007

L'aviation tchadienne a bombardé des positions au Darfour, selon Khartoum

 

Agence France Presse, 28 décembre 2007

 

Le Soudan a affirmé que l'armée tchadienne avait effectué une incursion terrestre vendredi en territoire soudanais et que son aviation avait bombardé deux positions au Darfour, déclarant se réserver le droit d'y riposter.

"L'armée tchadienne a traversé ce matin la frontière commune alors que trois avions ont bombardé les régions de Rijl al-Harzaya et Karmoula, à 56 km au sud-est de Geneina, dans l'ouest du Darfour", a indiqué le ministère soudanais des Affaires étrangères dans un communiqué.

Le Soudan "se réserve le droit de de se défendre au moment et à l'endroit qu'il jugera opportuns", a affirmé le ministère, en qualifiant ces opérations d'"acte injustifié".

L'annonce de Khartoum intervient après des accusations jeudi de N'Djamena, selon qui le Soudan prépare "une nouvelle agression" contre le Tchad afin d'empêcher le prochain déploiement d'une force européenne (Eufor) dans l'est du Tchad et d'une force ONU/Union Africaine (UA) au Darfour.

Dans son communiqué, le ministère soudanais fait également état d'un raid aérien tchadien sur Karmoula à la mi-décembre et rappelle une attaque terrestre tchadienne au Darfour en avril dernier.

Il a également regretté les accusations lancées par N'Djamena, assurant ne pas soutenir l'opposition tchadienne comme l'affirment les autorités de ce pays mais travailler à "stabiliser la situation au Tchad" en collaboration avec la Libye et l'Erythrée.

Pour le Soudan, ces accusations sont destinées à détourner l'attention du fait que le Tchad a récemment accueilli sur son territoire une réunion du Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM - rébellion du Darfour) et lui a apporté un soutien direct qui a eu pour résultat de relancer les actions militaires de ce groupe.

Le Darfour, région occidentale du Soudan, est en proie à une guerre civile depuis 2003.

Le ministère saoudien a assuré que Khartoum respectait toujours un accord signé en février à Tripoli avec le Tchad sur le contrôle des frontières mais affirmé le droit du Soudan à l'autodéfense.

Les relations entre les deux voisins sont extrêmement tendues.

Jeudi, N'Djamena a accusé Khartoum d'avoir regroupé et réarmé les rebelles de l'Union des forces pour la démocratie et le développement (UFDD) du général Mahamat Nouri et du Rassemblement des forces pour le changement (RFC) de Timan Erdimi.

Ces deux mouvements, déjà armés --selon N'Djamena-- par Khartoum, avaient essuyé de lourdes pertes humaines et matérielles, de même que l'armée tchadienne, lors de combats fin novembre et début décembre dans l'est du Tchad.

"Le Tchad en tout cas se réserve le droit de répondre à cette nouvelle agression", avait alors souligné N'Djamena.

 

Décembre 2007

 

La malnutrition au Darfour atteint un niveau alarmant

 

Nations Unies, New York, 28 décembre 2007

 

Une étude de l'ONU et du gouvernement soudanais révèle aujourd'hui que le taux de malnutrition au Darfour pour les enfants de moins de cinq ans a dépassé le « niveau d'urgence» fixé à 15%.

Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l'OCHA le taux de malnutrition dépasse en réalité les 20% au Nord Darfour, a rapporté la porte-parole du Secrétaire général.

Encore plus préoccupant, le rapport montre que la malnutrition des enfants entre six mois et 29 mois dépasse les 21%, alors qu'elle se site à 11% pour les enfants entre 30 et 59 mois.

Le rapport affirme aussi que la situation s'est aggravée depuis l'année dernière et recommande de poursuivre non seulement l'assistance alimentaire mais aussi l'assistance aux moyens de subsistance.

Selon OCHA, les principales causes de cet état de fait sont le caractère inadéquat des programmes d'aide alimentaire mais surtout l'insécurité permanente.

L'étude a été menée par le Programme alimentaire mondial (PAM) le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) et l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO)avec le ministère soudanais de l'Agriculture et la Commission d'aide humanitaire du Soudan.

 

Décembre 2007

 

Droit d'asile pour un chef rebelle du Darfour

 

Libération, 26 décembre 2007

 

Richard Rossin ancien secrétaire général de Médecins sans frontières, cofondateur de Médecins du monde, délégué général du collectif Urgence Darfour.

 

Nous apprenons avec stupeur et effroi, d'abord par une dépêche de l'agence Reuters du 10 décembre citant un diplomate français courageusement anonyme, puis par le point de presse du ministère des Affaires étrangère du 12 décembre, qu'une menace d'expulsion plane sur le chef de la principale formation rebelle au Darfour : Abdel Wahid al-Nour, leader du SLM (Mouvement de libération du Soudan), qui revendique un Soudan laïc et démocratique. Il vit en exil en France depuis un an et son visa de trois mois vient d'expirer (lire Libération d'hier).

Nous avions naïvement pris pour argent comptant l'engagement pris par le candidat Nicolas Sarkozy, le 20 mars, à la tribune de la Mutualité à Paris, puis les déclarations du même devenu président de la République, qui affirmait encore que les opprimés du monde le trouveront à ses côtés.

Les pressions d'un régime de terreur au Soudan, la visite d'un terroriste soit disant repentant et quelques contrats suffiraient-ils à remettre en cause ces beaux serments ?

La France a une longue tradition d'accueil des opposants, particulièrement de ceux qui luttent pour la liberté dans leur pays. L'argument spécieux selon lequel, par le chantage au visa, on obligerait ainsi le principal chef de la résistance à participer à des négociations sans contenu, en Libye, avec les assassins de Khartoum, est totalement inadmissible.

La honte de l'expulsion ne doit pas avoir lieu. Elle nous rendrait coupables de complicité de crimes contre l'humanité. Elle enverrait le pire message de faiblesse à tous les tyrans de la planète. Les « plus jamais ça» de nos dirigeants ne prêteraient définitivement plus qu'à rire. Nous ne pouvons pas nous y résoudre. La France ne doit pas vendre son âme et ses traditions d'asile.

 

Décembre 2007

 

Les membres de l'Arche de Zoé durcissent leur grève de la faim

 

Le Monde par Mathieu Szeradzki, 27 décembre 2007

 

Interrogé par Le Monde, Jean-Bernard Padaré, l'avocat tchadien des six Français de L'Arche de Zoé incarcérés à N'Djamena, a indiqué qu'ils avaient décidé de durcir la grève de la faim qu'il mènent depuis le 8 décembre "pour protester contre ce verdict inique".

"Une grève de la faim sèche, sans manger ni boire, a été entamée par les membres de l'association. Vu leur état de santé, je ne suis pas sûr qu'ils repartent en prison", a déclaré M. Padaré, précisant qu' "Eric Breteau est très amaigri, il a besoin de soins. Il doit aller directement à l'hôpital" .

Cette situation pourrait "accélérer le transfèrement" des Français, selon M. Padaré, qui estime qu'un départ vers la France devrait avoir lieu "avant la fin de la semaine". Selon une source proche du dossier, les six ressortissants français ont d'ores et déjà fait une demande individuelle de transfèrement auprès des autorités consulaires françaises.

Concernant la lettre qu'Eric Breteau avait transmise au ministre de la justice tchadien, Albert Pahimi Padacké, avant le début du procès, dans laquelle le président de l'ONG déclare que les conditions de détention sont meilleures au Tchad qu'en France, M. Padaré a expliqué que "le ministre a fait une mauvaise utilisation de cette lettre". 

"Celle-ci était adressée au directeur de l'administration pénitentiaire", a-t-il précisé . "Elle date de plus de deux semaines et Eric Breteau expliquait uniquement son intention d'entamer une grève de la faim pour protester contre cette mascarade judiciaire. Il signalait juste dans cette lettre que son intention n'était pas de dénoncer les conditions de détention" , a déclaré l'avocat tchadien.

 

Décembre 2007

 

Les six Français de l'Arche de Zoé attendent leur retour

 

Le Figaro avec l'AFP et RTL, 27 décembre 2007

 

Après leur condamnation par la justice tchadienne, ils ont tous fat leur demande de transfèrement. Leurs familles seront reçues à l'Elysée ce soir.

 

Les déclarations du ministre de la Justice tchadien risquent d'amplifier le vent de colères et d'indignations qui émanent de l'entourage des six Français de L'Arche de Zoé condamnés hier soir à huit ans de travaux forcés.

Alors que les proches attendent maintenant le transfèrement des prisonniers, le ministre de la Justice Pahimi Padacké a déclaré que toute demande de ce type prévu par des accords de coopération et d'entraide judiciaire de 1976 signés entre Paris et N'Djamena nécessite l'aval du Tchad. Et d'ajouter que pour l'instant, il n'avait reçu aucune «demande officielle» de Paris en vue d'une transfèrement des condamnés en France. Hier soir, le Quai d'Orsay a assuré qu'il allait le demander.

Les six Français, eux,ont fait leur demande de transfèrement individuellement auprès des autorités consulaires françaises. C'est désormais au ministère de la Justice français de le demander au ministère de la Justice tchadien.

Si pour le moment donc, les autorités de N'Djamena attendent, elles se sont engagées à aller dans le sens de l'accord de 1976. «Les Tchadiens respecteront l'accord de 1976», a assuré le ministre interrogé sur RTL.

A moins que les Français ne souhaitent rester au Tchad. C'est ce qu'a insinué le ministre Padacké en réponse au journaliste : «Qui vous dit d'ailleurs que les condamnés accepteraient d'aller purger leur peine en France?» D'après lui, les prisonniers français ont adressé au directeur de l'administration pénitentiaire tchadienne une lettre pour le remercier «des conditions de détention (...) certainement meilleures que celles des prisons françaises». Cette lettre datée du 7 décembre dernier a été remise à la presse.

«Une justice efficace»

Alors que les avocats et les proches des condamnés dénoncent les dysfonctionnement de la justice tchadienne, le ministre Pahimi a balayé les critiques assurant qu'il n'y avait eu aucune «ingérence politique» dans le procès.

Ce n'est pas l'avis des avocats de la défense et d'autres proches du dossier pour qui les quatre jours de procès n'ont été que l'habillage juridique d'un scénario échafaudé au niveau politique et diplomatique entre Paris et N'Djamena. Interrogé sur ces critiques de «parodie de justice», Padacké a répondu qu'il fallait «accepter la compétition et qu'il fallait être bon perdant.»

 

Décembre 2007

 

Chantage à l'expulsion contre un chef rebelle du Darfour

 

Libération 25 décembre 2007, par Christophe Ayad

 

Un chantage au visa. C'est ni plus ni moins ce que vient d'imposer le Quai d'Orsay à Abdel Wahid al-Nour, chef de la principale formation rebelle du Darfour, le Mouvement de libération du Soudan (SLM), qui vit en exil en France depuis un an. Son visa de trois mois venant à expiration hier, Paris a conditionné son renouvellement à la participation d'Al-Nour aux négociations de paix en cours sur le Darfour. «M. Abdel Wahid Nour devra, pendant cette période [de trois mois], répondre positivement aux invitations à participer aux négociations de paix que lui adresseront les Nations unies et l'Union africaine» , a confirmé la porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Pascale Andréani. Al-Nour refuse de participer aux pourparlers lancés à Syrte, en Libye, en octobre. Il demande l'instauration d'un cessez-le-feu préalable par le gouvernement soudanais, qu'il accuse de continuer à mener des exactions au Darfour. Il réfute aussi le médiateur de l'Union africaine, Selim Ahmed Selim, qu'il juge acquis aux positions de Khartoum. Enfin, il demande que les pourparlers aient lieu ailleurs qu'en Libye, ce dernier pays étant partie prenante dans la crise au Darfour. Du côté de la diplomatie française, les exigences d'Abdel Wahid al-Nour ont fini par exaspérer Bernard Kouchner, qui avait financé son séjour parisien il y a un an et dénonçait le soi-disant «génocide» dans la région. Entre-temps, Kouchner est devenu ministre de Sarkozy et veut obtenir des résultats rapides sur le dossier, dont il a fait une priorité surtout médiatique. Or le refus de négocier d'Abdel Wahid al-Nour retarde le déploiement de la force mixte de maintien de la paix Union africaine-ONU au Darfour.

 

Décembre 2007

L'émissaire de Bush pour le Soudan et le Darfour démissionne

 

Agence France Presse , Washington, 21 décembre 2007

 

L'émissaire du président américain George W. Bush pour le Soudan, Andrew Natsios, a présenté sa démission et sera remplacé par Richard Williamson, un ancien haut diplomate auprès des Nations unies, a annoncé la Maison Blanche vendredi.

Andrew Natsios, nommé en septembre 2006 avec pour mission première de faire cesser ce que M. Bush dénonce comme le "génocide" en cours au Darfour, démissionne pour reprendre ses activités universitaires, a dit la porte-parole de la Maison Blanche Dana Perino dans un communiqué.

Mais ce départ survient alors que les efforts de la communauté internationale, à commencer par les Etats-Unis, pour le déploiement au Darfour d'une force onusienne consistante et pour un règlement politique continuent à patiner.

Le Darfour, région de l'ouest du Soudan où la guerre civile et ses conséquences ont fait 200.000 morts depuis 2003 et ont déplacé plus de deux millions de personnes selon des estimations généralement admises, est l'une des grandes causes humanitaires de M. Bush.

M. Natsios devait aussi veiller pour M. Bush à l'application d'un accord de paix conclu en 2005 et mettant fin à une guerre civile entre le nord et le sud du Soudan, qui fut l'un des conflits les plus sanglants du 20e siècle.

Cet accord lui-même paraît menacé.

Dans son communiqué, la Maison Blanche souligne que M. Natsios a beaucoup voyagé au cours des derniers mois et a "admirablement servi". Mais elle ne fait guère valoir de résultats concrets.

Richard Williamson, qui remplacera M. Natsios, est un ancien ambassadeur adjoint des Etats-Unis auprès de l'ONU et un haut responsable du Parti républicain dans l'Illinois.

M. Williamson a occupé différents postes touchant aux affaires étrangères sous les présidences de Ronald Reagan et du père de George W. Bush. Sous l'actuel président, il a servi comme ambassadeur aux Nations unies pour les affaires politiques spéciales et comme ambassadeur auprès de la commission des droits de l'Homme de l'ONU

 

Décembre 2007

Le Conseil de Sécurité devrait mettre fin à l'obstruction du Soudan

 

Loi pour Renforcer la Protection des Civils au Darfour

 

Nations Unies, New York, 19 décembre 2007

 

La nouvelle force de maintien de la paix hybride pour le Darfour est vouée à l'échec, avertit un groupe composé de 35 Organisations Non Gouvernementales dans un rapport publié aujourd'hui. Le blocage soudanais et le manque de soutien critique de la part des états participants signifie que la Mission Hybride ONU/UA pour le Darfour (UNAMID) atteindra à peine le tiers de sa taille promise au 31 décembre, date à laquelle elle entrera officiellement en vigueur. L'essentiel de cette force sera constituée de la mission UA investie existante.

Le rapport de 13 pages décrit les cinq façons selon lesquelles le gouvernement soudanais empêche activement le déploiement de la force. Khartoum a retardé l'affectation de territoires et de ressources pour les bases, et a refusé d'approuver officiellement la liste des contributions en troupes proposées. Il a en revanche rejeté les troupes "non-africaines" du Népal, de la Thaïlande et de la Scandinavie - des unités cruciales pour lesquelles il n'existe actuellement aucune alternative. Le Soudan tente également de paralyser la force, une fois déployée, en ajoutant des conditions tout-à-fait inacceptables dans le "statut d'accord des forces," dont le droit de suspendre le réseau de communication d'UNAMID en cas "d'opérations de sécurité" du gouvernement. Il refuse également de délivrer des autorisations pour des vols de nuit.

"Le Soudan dit `oui', puis fait tout ce qui est en son pouvoir pour bloquer et affaiblir la force hybride," a dit Steve Crawshaw, le directeur pour la défense des Droits de l'Homme (HRW) pour l'ONU. "Le Conseil de Sécurité a répondu à ce défi en se tordant les mains et rien de plus. Que faudra-t-il faire pour que le Conseil de Sécurité agisse sur le Darfour ?"

Les 35 organisations ont appelé le Conseil de Sécurité des Nations Unies, dont les membres ont été brièvement informés de ces questions, à engager une action maintenant. Le Conseil devrait établir exactement ce que le gouvernement soudanais doit faire pour faciliter la force, et s'il manque de s'y conformer dans les 30 jours, le Conseil devrait imposer des sanctions ciblées aux représentants officiels du gouvernement, y compris le Président Omar E1-Bashir.

Les groupes ont également appelé les états membres des Nations Unies à fournir d'urgence des hélicoptères et des unités de transport pour la force hybride, ce que le Département des Opérations de Maintien de la Paix des Nations Unies demande en vain depuis près de cinq mois.

"Il est intolérable que le gouvernement du Soudan essaie d'empêcher la force," a dit Amjad Atallah de la Coalition Save Darfur. "Mais il est aussi inexcusable que la communauté internationale s'obstine à refuser de fournir des hélicoptères dont l'UNAMID a si désespérément besoin."

Dans les cinq mois pendant lesquels le gouvernement soudanais a poursuivi sa campagne calculée d'obstruction à la force hybride et où la communauté internationale a ignoré les appels à une assistance critique, les viols, les meurtres et le déplacement massif de civils ont continué au Darfour. Les opérations humanitaires sont menacées, avec cinq travailleurs humanitaires tués et blessés depuis juillet, et au moins 34 autres enlevés temporairement ou agressés physiquement ou sexuellement.

"Tant que le Conseil de Sécurité ne sera pas disposé à exercer une véritable pression, le Soudan continuera à manipuler la situation pour s'assurer qu'il n'y ait pas de force efficace sur le terrain au Darfour," a déclaré Moataz El Fegiery, le directeur des programmes à l'Institut du Caire pour les Etudes sur les Droits de l'Homme. "Tant que Khartoum sera libre de faire ce qu'il veut, les populations du Darfour continueront à souffrir."

Pour consulter le rapport de Human Rights Watch et de la coalition des ONG, veuillez vous rendre sur :

Pour plus d'informations, veuillez contacter :

A New York , Selena Brewer (Chercheur Darfour, Human Rights Watch): +1-917-535-4093 (mobile)

A Washington, DC, Allyn Brooks LaSure (directeur des relations avec les médias, Save Darfur Coalition): +1-202-478-6174

A Londres, Nick Donovan (Responsable de campagnes, Aegis Trust): +44-7990-555-746

A Kampala, Dismas Nkunda (co-président, the Darfur Consortium): +256-41-4-340-274; ou +256- 78-231-0404 (mobile).

 

Décembre 2007

Dernier compte rendu des activités du CICR sur le terrain

 

Croix Rouge International, bulletin 18 décembre 2007

 

Au Darfour, les civils supportent toujours le poids du conflit. Les besoins sont particulièrement aigus dans les zones rurales où les économies locales ont été perturbées du fait du manque d'accès aux terrains agricoles et aux marchés, ou aux routes migratoires des communautés nomades, et où l'accès aux infrastructures et aux services essentiels est sporadique.

En septembre, octobre et novembre, le personnel du CICR a pu se rendre sur le terrain de nombreuses fois dans les trois États du Darfour, malgré la situation de sécurité instable. Les équipes du CICR sont retournées dans des zones rurales qui étaient auparavant difficiles d'accès, en partie à cause de la saison des pluies. Elles ont fourni une assistance aux civils à Golol, Terej, Abata, Waranga, Dabenga, Gorne et Dayoka dans le Darfour Ouest ; à Sany Haya, Korma, Tomeh, El Kuma, Kurge, Tawilah, Saga, Hashaba, Haskanita et Oum Sidir dans le Darfour Nord ; et à Sullel, Torongtawra et Muhajeriya dans le Darfour Sud. L'accès à certaines zones reste néanmoins aléatoire.

Le CICR s'est également rendu dans la ville de Kassala, dans l'est du Soudan, pour préparer une évaluation de l'impact des mines sur la population de l'État. Le personnel a en outre visité la section locale du Croissant-Rouge soudanais pour la soutenir et veiller à ce que les activités des deux institutions soient bien coordonnées. Le CICR a discuté avec les autorités et le Croissant-Rouge du nouvel afflux de réfugiés en provenance d'Érythrée arrivant à Hamushkurieb, ainsi que de la situation des personnes qui vivent dans les camps de Wad Sharife et de Toglei pour les déplacés internes.

Dans le Sud-Soudan, le personnel du CICR a visité Aweil dans le nord du Bahr El Ghazal ; Raga et Boro Medina dans l'ouest du Bahr El Ghazal et Abyei et Kadugli dans le Sud-Kordofan pour évaluer la situation précaire de la population, notamment celle des personnes déplacées du Darfour qui vivent à Boro Medina. Nombre de ces lieux ont par ailleurs subi des inondations entre août et septembre. Les équipes du CICR ont distribué des messages Croix-Rouge (messages personnels brefs à des proches qui ne pourraient pas être atteints autrement du fait des combats) et visité les sections du Croissant-Rouge soudanais pour discuter d'un éventuel soutien.

Le CICR compte sur l'engagement des autorités (et des groupes d'opposition le cas échéant) pour garantir un accès sûr aux personnes en détresse. Il engage un dialogue suivi avec toutes les parties pour débattre de questions de sécurité et d'accès et bénéficie généralement de la confiance de toutes les parties, qui reconnaissent son rôle humanitaire strictement neutre.

 

Aide d'urgence distribuée aux civils aux environs d'Haskanita

 

Après les affrontements qui ont éclaté à Haskanita le 29 septembre, le CICR a distribué des secours à 5 560 personnes qui avaient fui leur foyer pour rejoindre des villages proches de la ville. Fin octobre, une équipe de 37 membres du personnel avec 13 camions a fourni à 1 112 familles des colis de vivres contenant des lentilles, du sorgho, de l'huile, du sucre et du sel. Le CICR a en outre distribué des articles de ménage essentiels tels que nattes, couvertures, jerrycans, ustensiles de cuisine, bâches, vêtements et quelques fournitures médicales d'urgence pour les familles qui ont perdu leur foyer et leurs effets personnels.

Les ingénieurs du CICR ont fourni des pièces détachées indispensables et l'équipement nécessaire pour remettre en état cinq stations de distribution d'eau. Celles-ci fournissent de l'eau potable pour 15 000 personnes, résidents et personnes déplacées.

« Nombre de ces familles déshéritées d'Haskanita n'avaient pas d'abri et vivaient sous les arbres », dit Daniel Muñoz-Rojas, délégué du CICR. « Cette opération bénéficie également aux communautés d'accueil qui soutiennent les personnes déplacées depuis un mois. »

 

Accès aux soins de santé vitaux

 

Dans le cadre de ses efforts visant à améliorer l'accès aux soins de santé dans les zones rurales, le CICR soutient six postes de santé et autres centres médicaux au Darfour. (Ce soutien consiste à fournir des médicaments et des équipements, ainsi qu'une formation et des mesures incitatives pour le personnel.) Le CICR aide en outre les autorités sanitaires pour les vaccins, les soins prénatals et les consultations curatives ; les équipes mobiles de santé de l'institution peuvent atteindre des zones auxquelles le ministère de la Santé n'a pas accès.

Le CICR a sensiblement intensifié ses activités de soins de santé dans le Darfour Ouest en octobre, lorsqu'il a commencé à soutenir le poste de santé de Gorne et établi un dispensaire sous tente à Fase. Depuis septembre, le personnel de l'institution a aidé le ministère de la Santé à vacciner plus de 7 000 enfants de moins de cinq ans contre la polio dans dix damrats (campements nomades) autour de Fase, mené à bien trois cycles de vaccination de routine à Gorne, Dabenga et Waranga dans le Darfour Ouest et soutenu des campagnes de vaccination à Saga, dans le Darfour Nord, en vaccinant plus de 150 enfants de moins d'un an contre la polio et la rougeole et plus de 70 femmes enceintes contre le tétanos.

« Une de nos priorités est de veiller à ce que les personnes les plus vulnérables des zones rurales touchées par le conflit soient en bonne santé », dit Cleto Chashi, le coordonnateur du CICR chargé de la santé. « La campagne de vaccination pour les enfants et les femmes enceintes n'en est qu'un exemple. »

L'équipe chirurgicale mobile du CICR, composée d'un chirurgien, d'un anesthésiste, d'une instrumentiste et d'une infirmière généraliste, soigne les personnes blessées dans des situations où tout autre accès aux soins médicaux serait impossible. Durant les mois de septembre, octobre et novembre, l'équipe a été déployée sept fois au Darfour. Elle a soigné 91 patients : 85 combattants et six civils. Elle a en outre organisé un atelier sur les soins aux blessés de guerre pour l'Armée de libération du Soudan à Nyala, dans le Darfour Sud, fin octobre. Un cours sur les soins d'urgence en cas de traumatisme a également été organisé pour le personnel médical à El Fasher, dans le Darfour Nord, par le chirurgien de campagne du CICR. À Birmeza et Tawilah, dans le Darfour Nord, le personnel médical du CICR a fourni une formation en premiers secours aux porteurs d'armes.

 

Vaccination du bétail dans le Darfour Nord

 

Le bétail est le principal capital et moyen de survie de nombreuses communautés nomades mais les routes migratoires et l'accès à l'eau et aux soins vétérinaires sont souvent perturbés par le conflit en cours, ce qui compromet les moyens de subsistance.

Le CICR conduit des campagnes de vaccination des animaux en étroite coopération avec le ministère soudanais des Ressources animales et de la Pêche pour aider les bergers nomades du Darfour. Il fournit gratuitement des vaccins, ainsi que des compétences et un soutien logistique. Deux campagnes ont été menées, à Dar El Salam et Kabkabiya, dans le Darfour Nord. Une troisième, dans la région de Kutum, devrait être terminée début 2008. À la fin de ces campagnes, plus de 200 000 animaux devraient avoir été vaccinés au Darfour.

Le CICR a en outre formé plus de 80 agents de santé animale afin d'accroître leur capacité à fournir des soins vétérinaires essentiels dans leur propre communauté.

 

Améliorer l'approvisionnement en eau au Darfour

 

Vu le grand nombre de personnes et d'animaux qui vivent sur le vaste territoire du Darfour, l'eau disponible fait l'objet d'une forte demande, en particulier lorsque les cours d'eau saisonniers se tarissent. Le territoire n'a pas d'eau de surface permanente et tant la population locale que son bétail dépendent des sources souterraines pendant la majeure partie de l'année. Des ingénieurs du CICR sont allés à Sani Haya, où ils ont réparé une station de distribution d'eau importante (système d'approvisionnement en eau), rétablissant l'approvisionnement pour 9 000 personnes de 17 villages environnants, notamment en réparant la station de pompage et en installant un nouveau moteur, en effectuant des réparations sur le réseau de conduites d'eau et en nettoyant le forage.

Toujours dans le Darfour Nord, les techniciens de l'approvisionnement en eau du CICR ont aidé 8 000 personnes des zones rurales de Kurge, Tangara, Nena, Lamena, Maghera, Um Salaya, Korma, Dawa, Fata Borno, Hashaba et Oum Sidr. Ils ont réparé des pompes à main et fourni aux villageois des pièces détachées afin qu'ils puissent réparer d'autres pompes, ce qui bénéficie en tout à plus de 17 000 civils.

 

Sud-Soudan : aider les personnes handicapées à remarcher

 

Le bien-être des personnes que la longue guerre civile a laissées handicapées reste un sujet de grande préoccupation dans le Sud-Soudan. Le CICR continue de soutenir le centre d'appareillage et de rééducation physique à Juba, qui s'occupe des amputés. Il construit actuellement le nouveau centre de rééducation physique de Juba, qui fournira un soutien à long terme aux autorités dans leurs efforts visant à aider les personnes handicapées du Sud-Soudan. Le nouveau centre, qui devrait être terminé d'ici le milieu de l'année 2008, devrait pouvoir équiper 1 000 patients par année.

 

Sensibilisation au droit international humanitaire parmi les combattants

 

Au Soudan, le CICR s'efforce de mieux faire connaître cette branche du droit et ainsi d'améliorer le respect de ses dispositions. En novembre, l'institution a tenu un atelier de deux jours sur le sujet pour le commandement et les conseillers juridiques de l'Armée de libération du Soudan près du Jebel Marra, dans le Darfour Ouest. L'objectif était d'insister sur la nécessité d'épargner les civils, les détenus et les combattants blessés.

L'atelier a accru les connaissances des participants dans le domaine de cette branche du droit, qui définit des règles protégeant les civils et les combattants blessés et détenus. Cet événement a en outre permis de débattre du rôle que peuvent jouer les conseillers juridiques et le commandement pour garantir le respect du droit humanitaire.

Deux ateliers ont aussi eu lieu à Khartoum et à Shendi, pour les instructeurs des forces armées soudanaises, dans le cadre de l'effort conjoint du CICR et des militaires visant à accroître leurs capacités d'enseigner le droit international humanitaire à leur personnel.

 

En septembre, octobre et novembre, le CICR a :

 

-- réparé ou rénové des systèmes d'approvisionnement en eau (tels que stations de distribution d'eau et pompes à main) dans les trois États du Darfour, pour le bénéfice de 50 000 personnes

-- vacciné 8 000 enfants et plus de 1 000 femmes enceintes ;

-- soigné 554 patients dans ses trois centres d'appareillage et de rééducation physique au Soudan (Khartoum, Nyala et Juba) et produit 176 prothèses et 136 orthèses ;

-- distribué 2 500 messages Croix-Rouge et collecté 3 250 d'entre eux ;

-- continué de surveiller les violations du droit international humanitaire et tenu des discussions confidentielles avec toutes les parties sur la nécessité de protéger les civils touchés par le conflit ;

-- distribué des rations mensuelles de vivres à plus de 100 000 personnes et fourni de l'eau potable et des installations sanitaires dans le camp de Gereida, dans le Darfour Sud (Le CICR fournit également des soins médicaux à la population du camp et gère un centre de nutrition pour les enfants souffrant de malnutrition conjointement avec les Sociétés britannique et australienne de la Croix-Rouge) ;

-- présenté plus de 20 exposés sur le droit international humanitaire, les activités du CICR et les Principes fondamentaux de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge aux responsables du gouvernement, au personnel militaire, aux groupes d'opposition, aux milices armées et aux dirigeants religieux et communautaires.

 

Informations complémentaires :

Cecilia Goin, CICR Khartoum, tél. : +249 912 13 77 64

Anna Schaaf, CICR Genève, tél. : +41 79 217 32 17

 

Décembre 2007

 

Sortir d'Egypte

 

Des centaines de milliers de réfugiés soudanais pour la plupart, vivent en exil en Egypte. Bien que musulmans, certains d'entre eux prennent tous les risquent pour rejoindre Israël

 

Le Monde, 15 décembre 2007 par Cécile Hennion

 

Sur son passeport soudanais, il était écrit qu'il pouvait voyager dans tous les pays du monde, à l'exception d'Israël. C'est pourtant à Eilat, cité balnéaire israélienne du bord de la mer Rouge , qu'a pris fin le long et périlleux voyage de Nour El-Din. Il porte sur les mollets de profondes éraflures laissées par trois jours de course folle à travers le Sinaï égyptien et le passage des barbelés à la frontière. Et des cicatrices plus anciennes, de la guerre du Darfour.

Depuis deux mois, ce Soudanais de 24 ans est employé par l'Hôtel Royal Beach. Balai à la main, engoncé dans son tablier, il scrute les montagnes rocailleuses penchées sur la mer. "Mes montagnes, au Darfour, étaient douces et vertes , souffle-t-il. Je ne supportais plus la guerre, mais j'aimais mon pays. Quelle ironie, voilà que je vis dans le seul endroit de la terre qui m'était interdit ! Que Dieu me pardonne, car le Soudan ne me le pardonnera jamais."

Environ 3 000 réfugiés soudanais ont afflué en Israël, dont la moitié à Eilat, où ils offrent une main-d'oeuvre bon marché aux nombreux complexes touristiques. Comme Nour El-Din, ils avaient d'abord opté pour l'Egypte, ce pays voisin qui, jusqu'à l'indépendance du Soudan en 1956, ne faisait qu'un avec le leur. Ils s'y étaient rendus, dit Nour El-Din, mus par l'espoir de trouver "la liberté et la sécurité que n'offrent pas les camps de réfugiés du Tchad" . Les espoirs ont été déçus, brisés dans les rouages de ce que les réfugiés soudanais décrivent comme le "piège égyptien".

Au départ, Wadi Halfa, dernier port du Soudan sur le Nil, à l'entrée de l'Egypte. Loin d'Eilat, de ses piscines et de ses discothèques, ce coin de désert compte trois auberges à ciel ouvert et une mosquée. A l'écart, le souk de Mazallah rassemble 50 échoppes, toutes tenues par des Darfouris, première étape avant l'exode. On y rencontre Sediq, 24 ans comme Nour El-Din, mais plein de foi en l'avenir.

Derrière sa machine à coudre, il s'active en attendant son épouse, une fille qu'il n'a jamais vue. Le mariage a été conclu par leurs familles "au pays" , à Jenena, dans l'ouest du Darfour. Dès qu'elle arrivera, ils partiront pour l'Egypte. Au Caire, ils iront s'enregistrer auprès du Haut- Commissariat des réfugiés pour les Nations unies (HCR), dans l'espoir d'intégrer les quotas d'immigration des Etats-Unis, du Canada, ou de l'Australie.

A Wadi Halfa, l'échappatoire du Soudan a modeste allure, et pour nom le Pattes-d'Autruche. Coiffé des pavillons égyptien et soudanais, c'est un esquif à la peinture écaillée, cahotant sur le Nil, écrasé de passagers. De l'Ouest soudanais en guerre jusqu'au port d'Assouan, terminus égyptien du Pattes-d'Autruche, le voyage coûte une fortune : plus de 500 dollars par tête. Mais sur le bateau, les regards se tournent vers l'Egypte avec la certitude qu' "une existence meilleure est possible" . Une fois arrivés au Caire, beaucoup déchanteront. Les cartes de réfugié que leur délivre le HCR ne donnent pas droit au travail. Sans moyen d'accéder aux soins ni aux études, nombre d'entre eux sombrent dans le cercle vicieux de la précarité et de la misère.

Les premiers réfugiés soudanais fuyaient la guerre civile du Sud (1983-2005). Majoritairement chrétiens, ils ont bénéficié de l'aide des églises du Caire, qui leur fournissaient 1 kg de sucre, de farine ou de lentilles et des lieux de rencontre, aujourd'hui fréquentés par les Darfouris, pourtant musulmans. Le 30 décembre 2005, ces églises sont même devenues leur ultime refuge après que 3 000 d'entre eux, qui campaient place Moustafa-Mahmoud en face du HCR, ont été évacués sans ménagement par la police.

Boutros Akotmanot, originaire du sud du Soudan, était l'un des meneurs de ce camp. "J'ai échappé par hasard à l'assaut et à la grande rafle qui a suivi , dit-il sur le seuil de l'église adventiste du quartier Ramsès. C'était la pagaille. Les réfugiés avaient été tués, blessés, ou emprisonnés. Nous avons organisé une cellule de crise dans l'église pour aider les familles des victimes et des disparus." Le bilan officiel était de 27 morts. Se basant sur des témoignages, M. Akotmanot affirme que 55 personnes ont été tuées. Ceux qui avaient été emprisonnés ont depuis été relâchés. "Restent 36 disparus, dont une fille de 14 ans , assure-t-il. Personne ne sait ce qu'ils sont devenus." "Nous, réfugiés soudanais, réclamons à l'ONU nos droits naturels à la dignité, au travail, à l'éducation, à la santé , insiste-t-il. Certains attendent une décision depuis cinq ou sept ans. En 2006, seuls 2 % des cas ont été traités. Beaucoup ne possèdent plus rien. Nos jeunes sont désespérés, frustrés, plein de violence."

A l'automne 2007, 42 000 réfugiés étaient enregistrés auprès du HCR au Caire, dont une majorité de Soudanais. Le nombre de non-inscrits atteint, selon les estimations des ONG, des chiffres astronomiques. Peut-être 2 millions. Une plaie pour l'Egypte qui accueille en outre, depuis 2003, un flux croissant d'Irakiens. Bloqués en Egypte sans être parvenus à s'y intégrer, traumatisés par l'assaut de décembre 2005, les Soudanais ont inventé "la dernière solution" : la fuite en Israël.

Illégale, cette dernière partie du voyage est la plus dangereuse. Le Soudan et Israël étant officiellement des pays ennemis, la frontière leur est fermée. Reste la ligne interdite, entre Rafah et Taba, 150 km de désert et de barbelés, le long desquels les gardes égyptiens ont ordre de faire feu, après sommation. Depuis avril, date des premières tentatives, ils sont de plus en plus nombreux à risquer cette mortelle traversée.

La police procède à des arrestations dès le passage de Suez alors que, théoriquement, les réfugiés ont le droit de circuler sur l'ensemble du territoire égyptien. Ils sont actuellement plus de 250 dans les geôles du Sinaï, condamnés à un an de prison en moyenne. Seuls les femmes et les enfants ont été libérés.

Madhal Aguer Gout Chol, avocat soudanais et militant au Caire pour le Mouvement de libération du peuple du Soudan (SPLM), l'ex-rébellion du Sud, sert d'intermédiaire entre les prisonniers et les autorités égyptiennes. C'est lui que l'on appelle quand il faut récupérer un cadavre dans le Sinaï. M. Chol est ainsi allé chercher le corps d'Ouik Malong Agui, 30 ans, une balle dans la poitrine ; d'Hajja Abbas Haron, 29 ans, enceinte de 6 mois, une balle dans la tête ; de Yasser Ali Mohammed, blessé par balles, mort dans la prison d'Ismaïlia. Et ce corps découvert dans le désert, non identifiable car il n'en restait que les pieds, dont l'avocat a conclu qu'il avait été mangé par les vautours. Tous ont été inhumés dans un cimetière du Caire.

"Ces tragédies n'ont dissuadé personne" , soupire M. Chol. Grâce au bouche-à-oreille, le circuit est rodé. Le contact s'opère dans des cafés du Caire ou au téléphone, avec un passeur bédouin. Il en coûte entre 300 et 500 dollars pour être guidé jusqu'aux barbelés.

Bienvenue à Mahdeyya, Wadi El-Amr et Wigat, villages misérables du Sinaï, à 5 km de la frontière israélienne. Ce territoire est contrôlé par les tribus Sawarka et Tarabine. Difficile d'aborder la question du trafic d'immigrés avec ces hommes fiers, victimes d'une terrible répression après les attentats du Sinaï (Taba, Charm el-Cheikh et Dahab en 2004, 2005 et 2006), qui réclament en vain des écoles, de l'eau et le droit de propriété sur leurs terres.

Après de longs palabres, ils acceptent de montrer, derrière les dunes abritant leurs maigres plantations, les barbelés entrecoupés des guérites de surveillance. "Les gardes-frontières, on les connaît, se vante l'un d'eux. Ils roupillent en écoutant la musique d'Oum Kalsoum. Les barbelés sont électrifiés, mais ils ont leurs points faibles." Un autre explique : "Les trafics sont le résultat de la pauvreté. Quel est le problème de gagner quelques dollars si cela ne nuit pas à la sécurité de mon pays ? Quant aux Israéliens, ils ne veulent plus de travailleurs palestiniens. Les Soudanais leur fournissent une main-d'oeuvre de persécutés, moins chère que les autres. C'est bon pour leur image et pour leur économie."

Avec des mots moins rugueux, l'Israélienne Ettie Kricheli, responsable du recrutement pour la chaîne hôtelière Isrotel à Eilat, parle elle aussi d'une situation "win-win-win (gagnant-gagnant-gagnant) " . Elle avait été "émue" par un reportage sur "ces malheureux du Darfour enfermés dans les prisons israéliennes après avoir survécu au passage de la frontière" . "J'ai alors négocié avec le gouvernement le droit d'en embaucher , raconte-t-elle. Cela allège le coût que représentent ces prisonniers pour l'Etat d'Israël. Les Soudanais gagnent une vie décente et ma société, les employés dont elle a besoin."

Leur statut légal n'a cependant pas été clarifié et leur permis de travail n'excède pas trois mois. "Ils seront renouvelés" , assure M me Kricheli, tout en déplorant l'immobilisme de son gouvernement. "Quand même , ajoute-t-elle, ça fait peur tous ces gens à nos frontières. A la longue, ça va devenir un problème." C'en est déjà un pour l'administration pénitentiaire israélienne, qui déclarait, le 30 novembre, détenir 950 Soudanais et ne plus pouvoir faire face à ce flot continu.

Dans la prison de Ketziot, au coeur du Néguev israélien, ou dans les hôtels luxueux d'Eilat, le sentiment de précarité reste vif chez ces nouveaux réfugiés d'Israël. La conviction que le Soudan ne leur pardonnera jamais cet exil en territoire ennemi nourrit la crainte d'être tombé de Charybde en Scylla, du piège égyptien à l'impasse israélienne.

 

Décembre 2007

La Défense européenne à l'épreuve du Tchad

 

Le sommet de l'UE du 14 décembre va sceller le sort de l'Eufor

 

Le Figaro par Arnaud de la Grange, 14 décembre 2007

 

La défense européenne pourrait trébucher sur quelques arpents de désert. La force que l'Union européenne tente de monter dans l'est du Tchad, baptisée Eufor, pour assurer la sécurité des réfugiés du Darfour, est dangereusement ensablée. « Tout est bloqué, confie un diplomate, et si cela ne bouge pas au plus tard lors du sommet européen du 14 décembre, cela risque fort d'être la fin. » Avec toutes les conséquences qu'un tel échec comporterait pour une Europe de la défense que Paris entend relancer en 2008.

L'affaire achoppe sur les moyens. Côté troupes, l'opération, qui aurait dû compter 4 300 hommes, peut tourner avec les 3 700 aujourd'hui prévus. Mais le bât blesse cruellement côté transport tactique - avions et surtout hélicoptères - et moyens logistiques (génie, hôpital de campagne). Il manque aujourd'hui une bonne quinzaine d'hélicoptères, et personne ne veut les fournir. L'Eufor a pris au moins deux mois de retard et les premiers éléments ne pourront au mieux être déployés que début janvier.

L'ossature de l'Eufor est française, avec 1500 soldats. Les Irlandais - qui assurent le commandement - en fournissent environ 400, comme les Polonais. Viennent ensuite les Suédois avec 200 soldats, les Belges avec 120 hommes... En tout, une douzaine de contributeurs. Paris a officiellement fixé un plafond de 50 % â sa participation, pour que la force garde une image « européenne». Mais, officieusement, l'Élysée aurait fait savoir que les Français pourraient monter aux deux tiers des effectifs –avec 400 ou 500 hommes supplémentaires -, sous réserve que des alliés fassent un effort. Par contre, pour mettre ses partenaires devant leurs responsabilités, Paris se refuse à fournir des hélicoptères, pourtant déjà déployés au Tchad dans le cadre du dispositif « Épervier».

Entre grands «pays militaires » européens, l'ambiance est devenue très lourde. La France prend assez mal la position intransigeante des Britanniques et des Allemands. Pour débloquer la situation, Paris a proposé que les règles de financement soient revues. La règle habituelle veut que le budget commun - avec une clé de répartition entre les Vingt-Sept - ne finance que les états-majors de la force. Les Français proposent que ce financement soit étendu aux moyens de transport et de soutien. Des contributions financières pourraient ainsi inciter d'autres pays à fournir hélicoptères, avions ou hôpitaux de campagne. Pour le moment, Londres et Berlin refusent catégoriquement.

 

L'Allemagne critiquée

En privé, les diplomates critiquent surtout la position allemande. Les Britanniques ont soutenu politiquement le projet de l'Eufor et ils sont réellement en position de surchauffe militaire, avec l'Irak et l'Afghanistan. « Ce n'est pas le cas des Allemands, qui ont encore de gros moyens disponibles », confie une source militaire. Les Allemands garderaient un souvenir mitigé de l'opération au Congo et n'auraient pas apprécié la façon un peu rapide avec laquelle Bernard Kouchner a lancé l'idée de l'Eufor. « Ils ont tout fait pour freiner le dossier pendant la présidence allemande, confie un diplomate, et il semble qu'ils ne seraient pas fâchés de voir l'affaire capoter. »

Sur le fond, les réticences de certains pays européens s'expliquent par le caractère quand même très français d'une opération, menée dans l'ancien « précarré » français. De fait, Paris n'est pas fâché de partager avec d'autres la sécurisation du Tchad et du nord de la Centrafrique, notamment pour des raisons d'affichage. « Que l'opération ait finalement lieu ou non, l'affaire laissera des traces entre Européens, commente un diplomate, plus ou moins lourdes, évidemment. »

 

Décembre 2007

 

La Chine appelle le Soudan à garantir la sécurité des Chinois

 

Xinhuanet, 14 décembre 2007

 

La Chine a appelé les autorités soudanaises à prendre des mesures substantielles pour garantir la sécurité des institutions et des citoyens chinois dans ce pays africain, a dit Qin Gang, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, jeudi 13 décembre à Beijing.

"Toute menace ou attaque des institutions et citoyens chinois au Soudan est inacceptable", a dit Qin en réponse aux questions concernant une attaque rebelle qui s'est produite mardi dans un champ pétrolier exploité par un Chinois.

Les relations amicales entre la Chine et le Soudan étaient basées sur le respect mutuel, l'égalité, les bénéfices et le développement mutuels, et ont facilité le développement économique du Soudan et apporté des bénéfices substantiels au peuple soudanais, a-t-il souligné.

Les entreprises chinoises au Soudan sont engagées activement dans les causes d'intérêt public et contribuent au développement économique et social du Soudan, a-t-il ajouté.

Selon des reportages de presse, des rebelles ont attaqué mardi un champ pétrolier géré par un Chinois au Soudan. Les forces armées soudanaises ont prétendu qu'environ 20 rebelles ont attaqué un campement militaire près d'un champ pétrolier mais que l'attaque avait été repoussée.

 

Décembre 2007

 

 

Mouammar Kadhafi critique la France sur le Darfour et l'immigration

 

Le « Guide » libyen a polémiqué avec l'Elysée sur les droits de l'home. Sa tournée l'a mené à l'Assemblée nationale, au Ritz et à l'Unesco

 

Le Monde, 13 décembre 2007, par Natalie Nougayrède et Jean-Pierre Tuquoi

 

Au deuxième jour de sa visite officielle en France, Mouammar Kadhafi s'est livré à des déclarations contredisant les positions de l'Elysée sur plusieurs sujets : il a affirmé qu'il n'avait jamais été question de droits de l'homme lors de son entretien, lundi 10 décembre, avec Nicolas Sarkozy ; il a dénoncé "l'internationalisation" du conflit du Darfour, et il a critiqué les limites posées à l'immigration en provenance d'Afrique. "Avant de parler des droits de l'homme, il faut vérifier que les immigrés bénéficient chez vous de ces droits" , a déclaré M. Kadhafi. Le "Guide" libyen et M. Sarkozy devaient se retrouver, mercredi 12 décembre, pour un nouvel entretien

 

Alors que le président français expliquait, lundi, avoir dit à M. Kadhafi "combien il fallait progresser sur le chemin des droits de l'homme" , Mouammar Kadhafi a démenti cette version dans un entretien accordé à France 2. "Nous n'avons pas évoqué, moi et le président Sarkozy, ces sujets" , a-t-il assuré.

La réplique est venue du secrétaire général de l'Elysée, Claude Guéant, qui a précisé que les droits de l'homme avaient été évoqués lundi à deux reprises, pendant l'entretien puis lors du dîner. M. Sarkozy a dit "qu'il considérait que des progrès avaient été faits, mais qu'il fallait encore progresser" , a affirmé M. Guéant, soulignant qu'il avait été témoin de la scène.

On indiquait, dans l'entourage de M. Sarkozy, mercredi matin, que ni les prisonniers politiques ni les disparitions de détenus en Libye n'avaient été évoqués par le président français. Les "progrès" , ajoute cette source, faisaient référence à la libération des infirmières bulgares, à l'abolition de la peine de mort et à un aspect que le "Guide" a lui-même évoqué lors de la conversation avec M. Sarkozy : "Il n'y a plus, en Libye, de système de parti unique."

A propos du Darfour - dossier sur lequel la diplomatie française cherche à hâter le déploiement de forces internationales pour protéger les réfugiés -, M. Kadhafi a critiqué, mardi, "l'internationalisation du conflit" . "Si nous laissons les habitants du Darfour se débrouiller eux-mêmes, la crise du Darfour se terminera d'elle-même" , a-t-il affirmé.

Ces déclarations contribuent à alimenter la chronique d'une visite officielle hors normes. Mardi, elle a tourné autour de trois lieux : l'Assemblée nationale, l'hôtel Ritz et le siège de l'Unesco. Sans quitter le centre de la capitale, le président Kadhafi s'est offert une tournée de star. Ce fut, à chaque étape, l'occasion de vérifier combien le "Guide", avec ses rodomontades et ses provocations, reste un personnage imprévisible qui laisse peu de place à l'indifférence. "Il rappelle le peintre Salvador Dali" , observait un député, en fin de matinée, au moment où M. Kadhafi était reçu à l'Assemblée nationale.

Sans doute, le "Guide" aurait-il souhaité s'adresser aux élus dans l'hémicycle, comme naguère feu le roi Hassan II (qu'il détestait) ou le président Bouteflika. C'était trop demander. Lorsque le chef de l'Etat libyen, enveloppé dans une toge sombre, est arrivé, le tapis rouge était déroulé à l'hôtel de Lassay, la résidence du président de l'Assemblée, et la Garde républicaine présentait les honneurs. Mais M. Kadhafi a dû se contenter d'un entretien avec le président de l'Assemblée nationale, Bernard Accoyer, suivi d'une rencontre avec une trentaine de parlementaires. Ils auraient dû être bien plus nombreux : 96 députés avaient été invités, ainsi que dix sénateurs du groupe d'amitié France-Libye. Les absents avaient boycotté la visite de "Kadhafi le dictateur" dans "le temple de la démocratie" , selon l'expression du socialiste Pierre Moscovici.

Après le Parlement, surveillé de près par une armée de gendarmes et de policiers, le "Guide" s'est rendu au Ritz où l'attendaient une centaine d'intellectuels Il fut question de tout et de rien, de la fin de l'empire américain et des mines antipersonnel, du Christ et de Mahomet. Les invités sont repartis les bras chargés des oeuvres du "Guide", dédicacées par l'auteur pour les plus chanceux d'entre eux.

L'étape suivante a conduit Mouammar Kadhafi à l'Unesco pour une "rencontre culturelle" à laquelle avaient été conviés un millier d'Africains, des diplomates, des ouvriers, des retraités venus pour certains de la banlieue parisienne à bord de bus. "L'amphithéâtre était bondé. Les gens interrompaient sans cesse Kadhafi pour l'applaudir. Il a parlé sans notes. Il nous a dit que l'on pouvait retourner en Afrique et qu'il nous aiderait" , raconte un invité malien, Dembélé.

A quelques centaines de mètres de là, au Champ-de-Mars, bravant l'interdiction de la préfecture de police et une pluie glaciale, l'écrivain Marek Halter, épaulé par des associations, avait appelé à un rassemblement anti-Kadhafi. Ségolène Royal, Bertrand Delanoë, François Bayrou sont venus, brièvement, dire tout le mal qu'ils pensaient de Kadhafi "le terroriste" (M. Bayrou) ou de la France qui "vend des armes à des pays qui sont des dictatures" . Pour les entendre, les journalistes étaient plus nombreux que les manifestants.

 

Décembre 2007

 

Remise du Prix Sakharov à Salh Mahmoud Mohamed Osman

 

Parlement européen, 12 décembre 2007

 

Le Président du PE a remis le prix Sakharov pour la liberté de l'esprit à l'avocat soudanais Salih Mahmoud Mohamed Osman, qui "met chaque jour sa vie en péril au nom de la dignité humaine et de la justice" en défendant les droits des victimes du conflit au Darfour. Remerciant le PE, le lauréat a appelé l'UE à "montrer une position ferme et unie sur la protection des civils innocents".

 

Hans-Gert Pöttering a d'abord tenu à rappeler que la désignation de Salih Mahmoud Mohamed Osman était "le choix unanime de la Conférence des Présidents" , permettant ainsi au PE de "confirmer sa solidarité avec le peuple du Darfour" et de réitérer sa conviction que "l'unique solution durable pour cette région passe par la justice, la démocratie et les droits de l'homme" .

 

Il est ensuite revenu sur le combat du lauréat pour la dignité humaine et la justice : "dignité humaine, car Salih Osman donne à ces hommes et ces femmes démunis, vulnérables, intimidés et ignorés, la reconnaissance de leur souffrance, l'assurance que celle-ci ne sera pas oubliée et l'espoir d'un retour à une vie normale" . Concernant la justice, Hans-Gert Pöttering a rappelé que l'avocat "se bat au quotidien pour que les coupables des crimes de guerres assument leurs responsabilités, tant au niveau national qu'international" .

 

Soulignant les limites de la justice internationale et les progrès qui restent à accomplir au niveau institutionnel pour rétablir l'Etat de droit au Soudan, le Président du PE a rappelé que "le travail de Salih Osman ne se limite pas à l'aide juridique qu'il assure aux victimes" , puisqu'en tant que membre de l'opposition au Parlement soudanais, il "n'hésite pas à affirmer ses convictions sur la scène politique de son pays et œuvrer à une véritable réforme judiciaire" , et ce en dépit des pressions et des tortures qui l'ont visé, lui et sa famille.

 

Le Président du PE a ensuite cité Goethe : "il ne suffit pas de vouloir, il faut mettre en pratique, et il ne suffit pas de vouloir, il faut agir" , estimant que Salih Osman incarne cette idée de volonté et de détermination. "Nous vous félicitons pour votre travail inlassable en ce sens et nous espérons que la reconnaissance que confère ce Prix vous apportera force et protection, année après année, tant que durera votre combat" , a conclu Hans-Gert Pöttering.

 

Salih Osman : "l'Europe peut faciliter la paix"  

Salih Mahmoud Mohamed Osman a remercié les députés pour l'honneur qui lui était fait, "mais surtout pour l'opportunité que cela me donne de m'adresser à vous aujourd'hui" . Rappelant qu'aucune des résolutions de l'ONU n'avait été réellement suivie d'effet, il a déclaré : "les victimes sont déçues, et elles attendent beaucoup   de vous, vous les peuples d'Europe". Car "l'Europe a un rôle à jouer pour forcer le gouvernement soudanais à faciliter le déploiement de la force hybride (ONU/Union Africaine) et la protection du peuple du Darfour" . "Les dirigeants européens ont la possibilité de mener le processus de paix au Soudan" , a-t-il insisté.

 

Salih Mahmoud Mohamed Osman a remercié les députés pour l'honneur qui lui était fait, "mais surtout pour l'opportunité que cela me donne de m'adresser à vous aujourd'hui" . Rappelant qu'aucune des résolutions de l'ONU n'avait été réellement suivie d'effet, il a déclaré : "les victimes sont déçues, et elles attendent de vous, vous les peuples d'Europe" . Car "l'Europe a un rôle à jouer pour forcer le gouvernement soudanais à faciliter le déploiement de (la force hybride ONU/Union Africaine) et la protection du peuple du Darfour" . "Les dirigeants européens ont la possibilité de mener le processus de paix au Soudan" , a-t-il insisté.

 

Salih Osman a cependant prévenu que même si la protection peut être assurée, "la justice et la responsabilité ne sauraient être compromises par un quelconque arrangement politique" . Car, rappelant que "ce conflit est de ceux qui sont marqués par une culture de totale impunité" , il a estimé que "il ne peut jamais y avoir de paix durable dans la région sans justice" . C'est pourquoi "le peuple du Darfour vous demande de soutenir le travail de la Cour pénale internationale" .

 

D'une manière plus générale, l'avocat a tenu à rappeler que le Darfour n'est pas la seule partie du Soudan concernées par les violations des Droits de l'homme. En fait, a-t-il poursuivi, "des citoyens de toutes les régions du Soudan font face à des limitations quotidiennes de leur liberté d'expression, de leur liberté d'association et d'autres droits fondamentaux que beaucoup de gens en Europe considèrent comme acquis" . De ce fait, il a appelé les députés à "encourager et à promouvoir l'Etat de droit" au Soudan, notamment en assurant un scrutin libre et équitable lors des élections soudanaises à venir en 2009.

 

Salih Osman a également tenu à remercier les députés qui se sont rendus au Soudan en juin dernier, ainsi que le Bureau de la Commission européenne à Khartoum. La reconnaissance par la Commission européenne et le Parlement européen du travail des défenseurs des droits de l'homme au Soudan "nous donne le courage et la détermination de continuer à parler pour les victimes et allège un peu leur souffrance" a-t-il déclaré.

 

Enfin, le lauréat a accepté le Prix au nom des autres candidats : Anna Politkovskaïa, Zeng Jinyan, Hu Jia, et Joya Malalai, ainsi qu'au nom "des nombreux Soudanais qui, comme moi, croient à la dignité humaine et à la poursuite de la justice" .

 

Décembre 2007

 

Arche de Zoé : les six Français risquent les travaux forcés

 

Le Figaro 11 décembre 2007 par Delphine Chayet et Cyrille Louis

 

Renvoyés devant la cour criminelle de N'Djamena, ils devraient être jugés avant la fin de l'année.

 

Au terme d'une instruction qui n'aura pas duré plus d'un mois et demi, la justice tchadienne s'apprête à renvoyer les six membres français de l'Arche de Zoé devant la cour criminelle de N'Djamena. Selon plusieurs avocats de la défense, Éric Breteau et ses compagnons pourraient être jugés dès la semaine prochaine. Accusés d'«enlèvement de mineurs, escroquerie, faux en écriture publique et grivèlerie», ils encourent cinq à vingt ans de travaux forcés. En cas de condamnation, ils demanderont vraisemblablement à purger leur peine en France – sans que les modalités d'un tel transfert aient à ce stade été définies.

Contrairement à ce qu'espérait la défense, le juge tchadien a donc refusé de «correctionnaliser» le dossier. Hier, le conseil tchadien des six Français, Me Abdou Lamian, a confessé sa déception, indiquant : «Je m'attendais à ce qu'on requalifie les faits en simples délits.»

À la demande d'Éric Breteau, les avocats de l'association envisagent d'ailleurs de faire appel. «On se demande juste si cette démarche ne risque pas de rallonger inutilement la procédure», détaille un avocat français qui ajoute : «On devrait annoncer notre décision aujourd'hui.» Seule consolation : les trois journalistes, ainsi que l'équipage espagnol de l'avion censé transporter les enfants ont obtenu un non-lieu.

«Désespérés»

Malgré le souhait clairement exprimé par Nicolas Sarkozy, la justice tchadienne ne se dessaisira manifestement pas au profit de la France. Début novembre, le chef de l'État avait pourtant promis d'aller chercher au Tchad «tous ceux qui restent, quoi qu'ils aient fait» afin qu'ils puissent être jugés en France, provoquant un vif mécontentement à N'Djamena. Ce week-end, le président a de nouveau affiché un certain optimisme après avoir évoqué la question avec Idriss Déby en marge du sommet Union européenne-Afrique à Lisbonne. Hier, cependant, l'annonce d'une saisine imminente de la cour criminelle a brusquement douché les espoirs français. «Maintenant que la chambre d'accusation est saisie, je ne vois pas très bien comment on pourrait faire marche arrière», confie une source judiciaire tchadienne.

Détenus depuis huit semaines à N'Djamena, les six Français ont de leur côté entamé samedi une grève de la faim pour dénoncer une instruction qu'ils jugent «précipitée» et «à charge». «Ils sont un peu désespérés par cette décision Céline Lorenzon, conseil d'Éric Breteau, lourde de sens, a rapporté hier Me après avoir téléphoné à son client dans la matinée. Ils ne supportent pas l'idée de finir devant une cour d'assises alors qu'ils étaient partis pour sauver des enfants.»

Hier, à l'annonce du maintien de la qualification criminelle, leurs proches se sont également inquiétés. Christine Péligat, épouse de l'ancien légionnaire et bénévole chargé de la logistique lors de l'opération Children Rescue, a ainsi annoncé qu'elle avait arrêté de s'alimenter par solidarité avec son mari. «Le juge a bouclé le dossier en hâte sans prendre le temps d'étudier correctement les preuves de leur innocence», dénonce-t-elle, précisant qu'elle ne se rendrait pas à N'Djamena pour suivre le procès.

Déjà à l'origine de plusieurs rassemblements ce week-end, les membres du Collectif des familles pour les orphelins du Darfour ont de leur côté prévenu qu'ils se réuniraient désormais «tous les jours» devant le ministère des Affaires étrangères. Ils continuent de réclamer, selon leur secrétaire générale Catherine Grandazzi, «la création d'une mission d'enquête parlementaire sur le rôle joué par la France dans cette affaire».

Enfin, il est vraisemblable que les deux juges d'instruction parisiens chargés de l'enquête sur l'Arche de Zoé ne se rendront pas au Tchad comme ils en avaient exprimé le souhait pour entendre la version des six Français.

 

Décembre 2007

 

 

Des rebelles du Darfour disent avoir attaqué un site pétrolier chinois

 

Agence France Presse, Khartoum, 11 décembre 2007

 

Un important groupe rebelle du Darfour, le Mouvement pour la justice et l'églité (JEM), a affirmé avoir attaqué mardi un gisement pétrolier exploité par une firme chinoise, à l'est du Darfour, dans le centre du Soudan, pour forcer les société chinoises à quitter le pays.

"Nous avons attaqué ce matin à 06H00 (03H00 GMT) le gisement pétrolier de Rahaw (sud du Kordofan) et pris contrôle de l'installation", a indiqué un commandant du JEM, Abdel Aziz Nur al-Asher, joint par téléphone par l'AFP.

"Le site de Rahaw est situé au nord-ouest de celui de Hajlil, que nous avions attaqué le 23 octobre et la nouvelle attaque vient confirmer notre intention de dire aux compagnies chinoises de quitter le pays", a-t-il dit.

Pékin, premier client du pétrole soudanais, a été accusé d'empêcher le vote de sanctions internationales contre le gouvernement soudanais dans le conflit du Darfour.

Le JEM avait également menacé le mois dernier d'attaquer des Casques bleus chinois arrivés au Darfour pour préparer le déploiement d'une force ONU-Union africaine dans cette région de l'ouest du Soudan en guerre civile.

"Aucun civil n'a été tué ou blessé dans l'attaque dont l'horaire a été étudié pour éviter des pertes civiles", a assuré mardi le commandant Asher.

"Nous avons neutralisé la force de protection du site composée de trois bataillons et détruit les installations, ce qui a arrêté la production", a encore affirmé ce chef rebelle.

L'attaque n'avait pas été confirmée dans l'immédiat de source officielle soudanaise.

Le site attaqué est géré par la GNPOC, un consortium incluant l'ONGC indienne, le Chinois CNPC, le Malaisien Petronas et le Soudanais Sudapet, qui assure plus de la moitié des quelque 500.000 barils par jour produits au Soudan, dont la plupart sont exportés en Chine.

Selon le commandant du JEM, le site de Rahwa attaqué mardi produit 35.000 barils par jour et est géré par la compagnie chinoise Great Wall (la Grande Muraille).

Il a déploré deux morts parmi les combattants du JEM, appartenant à une unité installée dans le Kordofan.

L'attaque a fait de "nombreux morts et blessés" parmi les membres de la force de protection gouvernementale, a-t-il ajouté.

Vaste territoire situé au coeur du Soudan, le Kordofan est limitrophe du Darfour --déchiré par un conflit sanglant depuis 2003-- et de la région autonome du sud-Soudan, sortie en 2005 d'une guerre de 21 ans ayant fait près d'1,5 million de victimes.

Le JEM est un mouvement qui n'a pas participé, comme d'autres groupes rebelles du Darfour, aux négociations de paix parrainées par les Nations unies et l'Union africaine, fin octobre à Syrte en Libye.

Le conflit du Darfour et ses conséquences ont fait en près de cinq ans quelque 200.000 morts, selon des organisations internationales et 2,2 millions de déplacés. Khartoum conteste le chiffre des victimes parlant de 9.000 morts.

 

Décembre 2007

 

Interview de Salih Mahmoud Osman, lauréat du prix Sakharov : « pas de paix sans justice ! »

 

Parlement européen 11 décembre 2007

 

Salih Mahmoud Osman est député au parlement soudanais, avocat et surtout infatigable défenseur des droits de l'homme, en particulier au Darfour. Pour le récompenser de sa lutte contre l'injustice et l'impunité, il recevra le prix Sakharov 2007, aujourd'hui dans l'hémicycle. En amont de la cérémonie officielle, La Une l'a rencontré : dans cet entretien, Salih Mahmoud Osman en appelle à la responsabilité éthique et morale des dirigeants européens pour protéger les civils du génocide au Darfour.

 

Pour la dix-neuvième année, le Parlement européen remet le Prix Sakharov à une personnalité qui s'est distinguée par sa lutte contre l'oppression, l'intolérance et l'injustice. Cette année, Salih Mahmoud Osman est le lauréat du Prix Sakharov, un Prix qui a déjà récompensé des personnalités aussi reconnues que Kofi Annan, Nelson Mandela ou Ibrahim Rugova.

 

Monsieur Salih, le Parlement européen vous a attribué le Prix Sakharov 2007 pour votre engagement en faveur des droits de l'homme et de la justice au Darfour. En quoi ce Prix peut-il vous aider dans votre lutte contre l'impunité ?

 

« Je suis très heureux que par ce Prix, notre travail -à nous, défenseurs des droits de l'homme au Soudan et en particulier au Darfour- soit reconnu. Nous travaillons dans un environnement hostile, avec le danger perpétuel d'être intimidés, arrêtés, détenus, torturés…Malgré cela, je pense que c'est une question de responsabilité éthique et morale que de défendre les peuples.

La souffrance humaine est réelle au Darfour. En tant qu'avocat, j'affirme que ce qui s'y passe est un génocide. Plus de 400 000 personnes sont mortes et plus de 2000 villages détruits. Le viol est utilisé comme arme de guerre : de très jeunes filles, parfois âgés de 8 ans seulement, en sont victimes. De nombreux viols se produisent sous les yeux des hommes de la famille, pour les humilier.

Malgré le droit humanitaire international et ces violations des droits fondamentaux, la justice ne s'applique pas. Il y a une atmosphère d'impunité totale ; tous les criminels sont hors de portée de la justice. Nous parlons d'impunité parce que notre système judiciaire est incompétent et réticent à rendre la justice. »

 

Le Soudan est toujours en proie à la violence : quelles sont, selon vous, les clés de la paix et de la réconciliation, en particulier au Darfour ?

 

« Il n'y aura pas de paix au Darfour et au Soudan s'il n'y a pas de justice. La justice est un élément basique et essentiel à la paix, qui ne peut pas être compromis pour des raisons politiques.

Dans le sud du Soudan, ( ndlr : depuis le début de la seconde guerre civile en 1983 ) plus de deux millions de personnes ont été assassinées et quatre millions déplacées. On ne rend pas la justice pour se venger, mais pour instaurer une paix durable et rendre possible la réconciliation. La nature des atrocités commises ne permettra jamais aux victimes et aux survivants d'oublier leurs souffrances : voilà pourquoi la justice est si importante. »

 

La communauté internationale semble s'être réveillée après un long silence. Que peut faire l'Europe pour le Darfour ?

 

« Pour beaucoup de victimes et de survivants, la réaction de la communauté internationale a été trop lente. De nombreuses résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU n'ont jamais été appliquées efficacement. Mais c'est aussi grâce à la communauté internationale -l'Europe, les Etats-Unis, le Canada- que plus de 5 millions de personnes sont encore en vie aujourd'hui, par l'assistance humanitaire.

 

Les Européens ont apporté de l'aide aux victimes pour les maintenir en vie, mais cela n'est pas suffisant. Ils doivent réfléchir aux moyens de protéger ces populations qui périssent chaque jour et aider les innocents à rentrer chez eux dans la dignité et la sécurité. C'est inacceptable de laisser des gens dans des camps pendant plus de quatre ans, comme c'est le cas. Nous souhaiterions que l'Europe montre plus de soutien encore, par exemple en organisant des rallyes de solidarité, comme c'est le cas aux Etats-Unis.

L'Europe doit exercer une pression sur le gouvernement soudanais pour le déploiement d'une force hybride. J'en appelle à la responsabilité morale, éthique et légale des dirigeants européens : ils doivent aider à protéger les vies et empêcher le gouvernement de détruire nos communautés. »

En quoi le Prix Sakharov pourra-il vous aider dans votre travail ?

 

« C'est un immense honneur de recevoir le même Prix que Nelson Mandela, une légende que j'espère rencontrer un jour. C'est incroyable que le Parlement européen ait décidé, après lui, de m'offrir ce Prix. Le fait que d'autres gens sachent ce que j'ai fait me remplit de courage et de détermination. Les gens ont commencé à réaliser que ce Prix n'est pas seulement pour moi, mais aussi pour le Darfour, le Soudan et l'Afrique. »

 

Décembre 2007

 

Un envoyé de l'ONU rencontre des chefs rebelles darfouris sur le processus de paix

 

Xinhuanet, Khartoum, 10 décembre 2007

 

L'envoyé spécial du secrétaire général de l'ONU pour le Darfour, Jan Eliasson, a rencontré les chefs d'un groupe rebelle dans la région mouvementée du Darfour  pour discuter du processus de paix, a annoncé dimanche la mission  de l'ONU au Soudan (UNMIS). 

La rencontre entre M. Eliasson et les chefs de la Sudan  Liberation Army (SLA)-Unity (Armée de libération du Soudan) a eu  lieu après le voyage le 6 décembre de l'envoyé de l'ONU à El  Fasher, capitale de l'état du Nord-Darfour, selon un communiqué de l'UNMIS. 

L'envoyé de l'ONU les a "encouragés à poursuivre et intensifier leurs efforts pour harmoniser leurs positions et se rassembler sur une plate-forme de négociation commune" pour préparer la  participation des groupes rebelles aux négociations de paix, a  ajouté l'UNMIS.  

La SLA-Unity a boycotté les négociations de paix entre le  gouvernement soudanais et sept autres groupes rebelles, qui se  déroulent depuis le 27 octobre dans la ville libyenne de Syrte.  

M. Eliasson a transmis à la SLA-Unity les espoirs placés par la communauté internationale dans la paix au Darfour, soulignant la  nécessité d'agir vite pour le peuple du Darfour.  

Les leaders de la SLA-Unity ont exprimé à l'envoyé de l'ONU  leur "fort soutien" aux efforts de médiation de l'ONU et de  l'Union africaine (UA) pour ces importantes négociations.  

Selon le communiqué de l'UNMIS, M. Eliasson devait rencontrer  Khalil Ibrahim, chef du Mouvement pour la justice et l'égalité ( JEM, rebelle) dans l'ouest-Darfour le 7 décembre, mais il n'a pas  reçu l'autorisation de s'y rendre en avion en raisons  d'informations sur des activités militaires dans la zone et de  combats violents de l'autre côté de la frontière au Tchad.  

M. Eliasson a exprimé sa déception que cette rencontre n'ait  pas eu lieu et il a souhaité que l'envoyé spécial de l'UA au  Darfour Salim Ahmed Salim et lui-même aient d'autres occasions de  rencontres ultérieurement.  

L'envoyé spécial de l'ONU est arrivé à Khartoum mercredi pour  poursuivre les efforts de médiation dans le processus de paix au  Darfour.

 

Décembre 2007

 

 

L'UE presse le Soudan d'accepter une force hybride de  maintien de la paix au Darfour

 

Xinhuanet, Lisbonne, 9 décembre 2007

 

Les hauts responsables de  l'Union européenne (UE) ont excercé des pressions sur le gouvernement soudanais pour que le dernier accepte le déploiement  d'une force hybride de maintien de la paix au Darfour, une région  dans l'ouest du pays. 

Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso,  le haut représentant de l'Union européenne à la politique  étrangère, Javier Solana, et le commissaire de l'UE chargé du  développement, Louis Michel, ont rencontré samedi soir des  représentants du gouvernement soudanais, a confié à la presse le  ministre portugais des Affaires étrangères Luis Amado. 

"C'était une réunion difficile (...) Les circonstances étaient  extrêmement difficiles comme vous le savez tous", a confirmé M.  Amado. 

Le Premier ministre portugais, dont le pays assume la  présidence de l'UE en rotation, était présent à cette réunion  durant les 20 premières minutes. Il était obligé de quitter la  salle de réunion pour présider une session plénière du sommet UE- Afrique. 

La présidence de l'UE a été représentée par le secrétaire  d'Etat portugais aux Affaires étrangères et à la Coopération, Joao Cravinho, tout au long de la réunion d'une heure. 

"La réunion s'est déroulée dans une atmosphère franche. Cela  veut dire que les deux parties ont explicitement exposé leurs  propres préoccupations", a confié aux journalistes M. Cravinho. 

La partie soudanaise a fait savoir qu'il lui est difficile  d'accepter une force de maintien de la paix composée de membres  non africains dans la région du Darfour, a poursuivi M. Cravinho. 

Une force de maintien de la paix sous la bannière de l'Union  africaine (UA), médiocrement équippé et forte de 7.000 membres,  stationne actuellement au Darfour. Khartoum a toujours refusé  d'accepter le déploiement d'une force hybride ONU-UA de maintien  de la paix au Darfour. 

Lors de la réunion de samedi, Khartoum a fait remarquer que des progrès ont été enregistrés et qu'il y aura, dans un proche avenir, des nouvelles sur le statut de la force hybride ONU-UA, a-t-il  indiqué. 

"Nous attendons des nouvelles à l'ONU", a expliqué M. Cravinho, avant d'ajouter que le message de l'UE a été transmis au Soudan. 

Au cours de la réunion, l'UE a également fait part de ses  inquiétudes sur le manque de progrès dans l'application de  l'Accord de paix totale entre le gouvernement et les groupes rebelles, qui détiennent le sud du pays. 

Par ailleurs, l'UE est préoccupée par une éventuelle division  du Soudan engendrée par un référendum prévu en 2011 dans le sud du pays, a averti M. Cravinho, ajoutant que l'UE encourage le  président soudanais Omar el-Béchir à engager un dialogue  approfondi avec les parties du sud. 

Le bloc des 27 pays a également exprimé ses préoccupations vis- à-vis du manque de coopération soudanaise avec la Cour pénale  internationale (CPI). 

Cette instance judiciaire basée à La Haye a émis en mai 2007  des mandats d'arrêt contre le ministre soudanais des Affaires  humanitaires Ahmad Muhammad Harun et le chef des milices arabes " djanjawid" Ali Kushaybthe, tandis que Khartoum a refusé de lui  remettre les deux hommes, sous prétexte que la CPI n'a pas de  juridiction sur cette affaire.

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Décembre 2007

 

 

Conseil de sécurité : le Soudan doit coopérer avec la CPI

 

Nations Unies, Conseil de sécurité, 7 décembre 2007

 

Les membres du Conseil de sécurité ont « pris note » du rapport du Procureur de la Cour pénale internationale ( CPI ) et rappelé le Soudan à son obligation de coopérer avec la Cour, a dit aujourd'hui le président du Conseil devant la presse.

« Le Conseil de sécurité rappelle le gouvernement du Soudan à ses obligations de coopération telles qu'elles figurent dans sa résolution 1593 (2005) », a déclaré aujourd'hui le président du Conseil pour le mois de décembre, Marcello Spatafora, de l'Italie, à l'issue de consultations à huis clos.

La résolution 1593 déférait « au Procureur de la Cour pénale internationale ( CPI ) la situation au Darfour depuis le 1er juillet 2002 ».

Elle décidait aussi « que le gouvernement soudanais et toutes les autres parties au conflit du Darfour doivent coopérer pleinement avec la Cour et le Procureur et leur apporter toute l'assistance nécessaire conformément à la présente résolution et, tout en reconnaissant que le Statut de Rome n'impose aucune obligation aux États qui n'y sont pas parties, demande instamment à tous les États et à toutes les organisations régionales et internationales concernées de coopérer pleinement ».

Luis Moreno-Ocampo, Procureur de la Cour pénale internationale (CPI), avait dénoncé mercredi le manque de coopération du Soudan et demandé au Conseil de sécurité d'adresser un « message ferme et unanime aux autorités soudanaises » pour leur demander de respecter la résolution 1593 et d'exécuter les mandats d'arrêt lancés par la Cour.

Le président du Conseil a rapporté qu'une nouvelle déclaration n'était pas jugée nécessaire eu égard aux fermes messages adressés au Soudan par les membres du Conseil lors de l'exposé de Luis Moreno-Ocampo.

Lors du débat qui avait suivi, plus de la moitié des membres - Panama, France, Royaume-Uni, Belgique, Slovaquie, Afrique du Sud, Pérou et Italie- ont souhaité un message de soutien clair du Conseil à la Cour pénale internationale, sous la forme d'une déclaration présidentielle, rappelant le Soudan à ses obligations.

Le représentant de la Slovaquie a qualifié d'« inadmissible » l'attitude soudanaise, son homologue belge évoquant une « provocation » et un « mépris pour les victimes ». Le représentant du Panama a estimé que les autorités à Khartoum, en refusant de coopérer avec la CPI, agissaient en violation de la Charte des Nations Unies.

Le Pérou a salué le « professionnalisme » et l'« impartialité » du Procureur de la Cour, tandis que le Qatar l'appelait au contraire à se montrer plus « discret », en respectant la compétence de la justice nationale soudanaise. Le Congo et la Fédération de Russie ont souhaité que la Cour ne se limite pas aux crimes commis par les responsables gouvernementaux, mais enquête également sur les exactions commises par les rebelles. Le représentant de la Fédération de Russie a appelé la CPI à la prudence. Son homologue du Ghana a mis en garde contre les effets déstabilisateurs de la lutte contre l'impunité. Le représentant de la Chine a, quant à lui, prôné l'adoption d'une approche globale, respectant un équilibre entre les aspects politique, sécuritaire, humanitaire et judiciaire de la crise du Darfour.

 

Décembre 2007

 

Le SG de l'ONU appelle à armer les Casques bleus au Darfour  d'hélicoptères

 

Xinhuanet , New York , 7 novembre 2007

 

Le secrétaire  général des Nations Unies, Ban Ki-moon, a lancé jeudi un nouvel  appel à la fourniture urgente de 24 hélicoptères au moins à la  force des Nations Unies pour le maintien de la paix au Darfour au  Soudan. 

"Si les hélicoptères à eux seuls ne peuvent pas garantir le  succès de la Mission (des Casques bleus), leur absence pourrait  bien la condamner à l'échec", a-t-il mis en garde dans une lettre  au Conseil de sécurité. 

M. Ban a demandé aux membres du Conseil de sécurité à se  montrer à la hauteur de leurs responsabilités dans la mise en  oeuvre de la résolution 1769, afin de mettre fin aux violences au  Darfour. 

"Nous devons absolument avoir une force robuste et efficace.  Sans cela, il n'y aura pas de sécurité ni de progrès crédible sur  les pourparlers de paix. Les chefs rebelles ne s'y joindront tout  simplement pas sans une force efficace de maintien de la paix.  Mais pour cela, il nous faut des capacités sur le terrain - en  particulier des hélicoptères", a-t-il souligné dans une  déclaration de presse, à trois semaines du déploiement prévu d'une nouvelle force hybride ONU-UA (Union africaine) de 26.000 Casques  bleus. 

M. Ban a rappelé les demandes exprimées par son secrétaire  général adjoint aux opérations de maintien de la paix, Jean-Marie  Guéhenno, en matière de 24 hélicoptères, dont 18 pour le transport et six hélicoptères légers tactiques. 

Il a précisé qu'il s'agit de quatre unités en tout, avec  chacune environ 150 soldats.

 

Décembre 2007

Le Soudan défie l'autorité du Conseil de sécurité, déclare le procureur de la cour pénale internationale

Conseil de sécurité 6 décembre 2008

5789 e séance – matin

 

Luis Moreno-Ocampo réclame l'arrestation des deux Soudanais inculpés

par la CPI et dénonce une campagne délibérée contre les civils au Darfour

 

Le Procureur de la Cour pénale internationale, M. Luis Moreno-Ocampo, a demandé, ce matin, au Conseil de sécurité de rappeler le Soudan à ses obligations, afin qu'il livre ses deux ressortissants visés par un mandat d'arrêt de la CPI.  Il a également annoncé l'ouverture de deux nouvelles enquêtes concernant la situation au Darfour, premier et seul dossier à ce jour, que le Conseil de sécurité a déféré à la Cour, par sa résolution 1593 du 31 mars 2005.

 

La Chambre préliminaire de la Cour pénale internationale a délivré deux mandats d'arrêt, le 27 avril dernier, à l'encontre de Ahmad Haroun, actuel Ministre d'État soudanais chargé des affaires humanitaires et Ali Kushayb, chef d'une milice janjaouite, poursuivis pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité.  M. Moreno-Ocampo a déploré que depuis cette date, le Soudan n'ait rien fait, ni pour les traduire devant la justice nationale, ni pour les arrêter et les transférer à La Haye, au Pays-Bas, où siège la Cour.  Il a constaté qu'au contraire, Ahmad Haroun avait bénéficié d'une promotion.  « Le Gouvernement du Soudan défie l'autorité du Conseil de sécurité », a-t-il déclaré.

 

Le Procureur de la CPI a présenté M. Haroun comme l'acteur clef d'un projet criminel bien conçu, marqué, dans une première phase par le déplacement forcé, en 2003-2004, de 2,5 millions de personnes au Darfour et dans une deuxième phase, qui se déroule actuellement, par une « campagne délibérée » d'attaques contre les mêmes victimes, cette fois à l'intérieur des camps.  « Voilà comment se réalise la lente destruction de communautés entières, au vu et au su de la communauté internationale », a-t-il affirmé, en annonçant l'ouverture de deux nouvelles enquêtes, l'une sur les attaques de responsables soudanais contre les civils, l'autre sur les attaques contre le personnel humanitaire et les troupes de maintien de la paix, impliquant également les rebelles.

 

M. Moreno-Ocampo a appelé le Conseil de sécurité à transmettre un message ferme et unanime au Gouvernement du Soudan.  « Vous pouvez faire la différence », a-t-il lancé aux membres du Conseil, avant de conclure: « Ce qui est en jeu n'est rien moins que la vie ou la mort de 2,5 millions de personnes ».  Lors du débat qui a suivi, plus de la moitié des membres -Panama, France, Royaume-Uni, Belgique, Slovaquie, Afrique du Sud, Pérou et Italie- ont souhaité un message de soutien clair du Conseil à la Cour pénale internationale, sous la forme d'une déclaration présidentielle, rappelant le Soudan à ses obligations.  Le représentant de la Slovaquie a qualifié d'« inadmissible » l'attitude soudanaise, son homologue belge évoquant une « provocation » et un « mépris pour les victimes ».  Le représentant du Panama a estimé que les autorités à Khartoum, en refusant de coopérer avec la CPI, agissaient en violation de la Charte des Nations Unies. 

 

Le Pérou a salué le « professionnalisme » et l'« impartialité » du Procureur de la Cour, tandis que le Qatar l'appelait au contraire à se montrer plus « discret », en respectant la compétence de la justice nationale soudanaise.  Le Congo et la Fédération de Russie ont souhaité que la Cour ne se limite pas aux crimes commis par les responsables gouvernementaux, mais enquête également sur les exactions commises par les rebelles.  Rappelant que le Darfour se trouvait dans une phase politique délicate, avec les négociations de Syrte et le déploiement prochain de la Force hybride ONU-Union africaine, le représentant de la Fédération de Russie a appelé la CPI à la prudence.  Son homologue du Ghana a mis en garde contre les effets déstabilisateurs de la lutte contre l'impunité.  Le représentant de la Chine a, quant à lui, prôné l'adoption d'une approche globale, respectant un équilibre entre les aspects politique, sécuritaire, humanitaire et judiciaire de la crise du Darfour.  De son côté, le délégué belge a souligné la complémentarité entre ces différents aspects.  « Tous ces volets se renforcent mutuellement », a renchéri le représentant de l'Italie.

 

Rapports du Secrétaire général sur le soudan

 

Exposé

 

M. Luis Moreno-Ocampo, Procureur de la Cour pénale internationale, a indiqué qu'après que le Conseil de sécurité eut référé la situation au Darfour à la CPI, le 31 mars 2005, il avait ouvert une première enquête le 1 er juin 2005 et présenté ses preuves aux juges le 27 février 2007, après s'être assuré qu'aucune enquête au Soudan ne portait sur la même affaire.  Le 27 avril 2007, a-t-il poursuivi, la Chambre préliminaire de la CPI, jugeant l'affaire recevable et relevant de la compétence de la Cour, a délivré des mandats d'arrêt à l'encontre de Ahmad Haroun, ancien Ministre d'État chargé de l'intérieur et Ali Kushayb, chef d'une milice janjaouite, les deux poursuivis pour crimes contre l'humanité et crimes de guerre au Darfour.

 

Il a indiqué que le Soudan, en tant qu'État Membre des Nations Unies, avait l'obligation juridique, aux termes de la résolution 1593, d'arrêter et de remettre à la Cour les deux inculpés.  Il a déploré que le Soudan, alors qu'il connaît depuis 10 mois les charges qui pèsent sur Ahmad Haroun et Ali Kushayb, n'ait rien fait, soit pour les traduire devant la justice nationale, soit pour les arrêter et les transférer à La Haye.  N'ayant reçu aucune information directe de la part des autorités, il s'en est remis à des déclarations publiques ou des articles de presse pour s'enquérir du sort des deux inculpés.  Il a indiqué que Ali Kushayb, après avoir fait l'objet d'une enquête, avait été libéré le 30 septembre « faute de preuves ».

 

Concertant Ahmad Haroun, le Procureur a cité une déclaration du Ministre soudanais de l'intérieur expliquant que les éléments de preuve contre lui étaient sans fondement et qualifiant le Procureur de la CPI d'« intrus », n'ayant pas compétence en la matière.  M. Moreno-Ocampo a déploré que M. Haroun ait conservé son poste de Ministre d'État chargé des affaires humanitaires, devenant même Ministre de plein exercice après le retrait du SPLM du Gouvernement du Soudan.  Il a en outre été nommé membre du Groupe national chargé du mécanisme de surveillance de la force hybride ONU-Union africaine pour le Darfour (MINUAD).  « Le Gouvernement du Soudan défie de manière répétée l'autorité du Conseil de sécurité», qui a donné compétence à la CPI sur cette question, a-t-il affirmé, avant d'appeler le Conseil à faire respecter sa résolution 1593.

 

Après avoir démontré, dans un premier dossier, comment Ahmad Haroun avait coordonné un système criminel en 2003-2004, le Procureur de la Cour pénale internationale a annoncé l'ouverture prochaine de deux nouvelles enquêtes sur les crimes en cours, d'une part sur les attaques perpétrées par des responsables soudanais contre des civils, notamment les 2,5 millions de personnes déplacées, d'autre part sur les attaques, de plus en plus nombreuses, contre le personnel humanitaire et les troupes de maintien de la paix, comme l'attaque perpétrée à Haskanita, par des membres de mouvements rebelles.

 

Concernant les attaques contre les civils, le Procureur de la CPI a évoqué une « campagne délibérée ».  « Nous ne pouvons pas nier cette réalité », a-t-il déclaré, estimant que qualifier ces crimes de « violence sporadique » ou d'« affrontements tribaux » relevait de la dissimulation.  Si la campagne de terreur a eu pour résultat le déplacement forcé de 2,5 millions de personnes, il reste encore quelques civils dans les rares villages qui n'ont pas été brûlés, a-t-il poursuivi, en déplorant qu'ils continuent, aujourd'hui encore, à être la cible d'attaques.  Il a expliqué en outre que les 2,5 millions de personnes déplacées dans des camps étaient délibérément laissées dans une situation d'insécurité, entourées par des forces hostiles, menacées de réinstallation forcée en territoire hostile, « sans espoir pour le présent et sans perspectives d'avenir ».  Il a notamment indiqué que le Gouvernement du Soudan, loin d'avoir désarmé les milices janjaouites, les a intégrées dans l'appareil de sécurité aux alentours des camps, où les viols de femmes sont systématiques.  « En vertu du Statut de Rome, le viol est un crime », a-t-il rappelé.  « Voilà comment se réalise la lente destruction de communautés entières, au vu et au su de la communauté internationale », a-t-il ajouté. 

 

M. Moreno-Ocampo a déclaré qu'en tant que Ministre d'État chargé des affaires humanitaires, Ahmad Haroun, inculpé par la CPI, était officiellement en charge de la sécurité et du bien-être des personnes déplacées, alors qu'en réalité, il participait à leur harcèlement permanent.  Tous les indices montrent que les prétendues éruptions de violence dans les camps relèvent d'une stratégie bien conçue, a-t-il poursuivi, en expliquant qu'après les déplacements forcés au cours de la période 2003-2004, ces attaques contre les mêmes victimes à l'intérieur des camps constituaient la deuxième phase du projet criminel coordonné par Ahmad Haroun.  « Ahmad Haroun est un acteur clef, mais il n'est pas seul », a-t-il affirmé.  Cette deuxième enquête doit permettre de déterminer qui porte la principale responsabilité, qui maintient M. Haroun à son poste et qui lui donne des instructions.

 

M. Moreno-Ocampo a ensuite présenté la troisième enquête qu'il compte ouvrir, concernant les attaques contre le personnel humanitaire et les troupes de maintien de la paix.  Il a notamment cité l'attaque du 29 octobre contre une base de la MUAS à Haskanita, qui a coûté la vie à 10 soldats de l'Union africaine, attribuée à des forces rebelles.  Il a indiqué que ce type d'attaques pouvait constituer un crime de guerre en vertu du Statut de Rome.  Il a constaté que le Soudan n'avait pris aucune mesure pour protéger les effectifs de la force internationale.  Il a demandé à tous les États Membres de lui fournir toutes les informations utiles et de l'assister dans la conduite de ces deux nouvelles enquêtes. 

 

Le Procureur de la Cour pénale internationale a appelé le Conseil de sécurité à transmettre un message ferme et unanime au Gouvernement du Soudan, demandant le respect de la résolution 1593 et l'exécution des mandats d'arrêt.  Il a estimé que maintenir à son poste Ahmad Haroun, dont il a rappelé qu'il était poursuivi pour 50 chefs d'inculpation de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité, était une menace directe pour des millions de victimes, ainsi que pour les travailleurs humanitaires et les soldats de la paix qui sont censés les protéger.  « Combien de femmes, de jeunes filles devront être violées, combien de personnes tuées, combien de communautés détruites avant qu'Haroun ne soit arrêté? » s'est-il interrogé.  « Vous pouvez faire la différence », a-t-il lancé aux membres du Conseil, avant de conclure: « Ce qui est en jeu n'est rien moins que la vie ou la mort de 2,5 millions de personnes ».

 

Déclarations

 

M. Ricard Alberto Arlas (Panama) a rappelé que les délits de génocide et les crimes contre l'humanité dont le monde a été témoin à la fin du siècle dernier avaient abouti à la création des Tribunaux spéciaux internationaux pour le Rwanda et pour l'ex-Yougoslavie, puis à un tribunal universel chargé de juger ce type de crimes.  Le représentant a affirmé que jusqu'à présent le Gouvernement du Soudan avait ignoré les mandats d'arrêt délivrés par la CPI, ce qui constitue, a-t-il ajouté, une entrave au fonctionnement de la Cour.  Il s'agit, selon lui, d'un acte délibéré de la part du Soudan de défier l'autorité du Conseil de sécurité.  Ce non-respect est une violation des principes fondamentaux de la Charte des Nations Unies, a-t-il déclaré, précisant que si le Conseil ne réagissait pas, cela ouvrirait la voie à d'autres violations du droit.  Le représentant s'est dit préoccupé par le fait que la population civile était toujours la victime d'attaques délibérées et de violations des droits de l'homme.  Il convient d'appuyer la CPI pour la poursuite de ses enquêtes sur ces affaires, a-t-il conclu.

 

M. Jean-Maurie Ripert (France) a affirmé que le rapport présenté par le Procureur de la Cour pénale internationale, M. Luis Moreno-Ocampo, était parfaitement clair et précis.  Il a fait observer que tout d'abord, les crimes relevant de la compétence de la CPI et entrant dans le champ de la résolution 1593 continuent d'être commis au Darfour, notamment contre les 2,5 millions de personnes déplacées de force dans des camps et contre des personnels humanitaires.  Il a également retenu le caractère voulu, organisé des violences systématiques commises.  Le Gouvernement du Soudan, a-t-il aussi fait remarquer, ne coopère pas avec la Cour et n'exécute pas les mandats d'arrêt qu'elle a délivrés contre Ahmad Haroun et Ali Kushayb.  Bien plus, a-t-il ajouté, le Gouvernement du Soudan s'est opposé frontalement à la Cour en niant les crimes présumés et en nommant Ahmed Haroun à un poste qui lui donne un pouvoir de contrôle direct sur les personnes dont il a commandé le déplacement dans ses précédentes fonctions, et, comble d'ironie, en le chargeant des relations avec les Nations Unies.  Quant à Ali Kushayb, sa liberté de mouvement et d'action au Soudan ne semble pas entravée, a-t-il noté.  En dépit de l'enquête approfondie menée par le Procureur de la Cour, le Gouvernement du Soudan a choisi de nier l'existence des crimes commis par ces deux personnes et de les protéger.  Le Gouvernement soudanais a manqué aux obligations juridiques qui sont les siennes en application de la résolution 1593, a-t-il dit.  Le Conseil ne peut rester sans réagir devant cet état de fait et doit appuyer les efforts de la Cour pour accomplir la mission qui lui a été confiée, a-t-il estimé, ajoutant que ceci passait par l'exécution des mandats d'arrêt lancés contre Ahmad Haroun et Ali Kushayb.  Le Gouvernement soudanais doit être rappelé à ses obligations et à ses responsabilités, a-t-il insisté.  Le Conseil de sécurité doit, a souligné M. Ripert, manifester avec force son appui à la CPI dans l'accomplissement de sa mission.  Il a, enfin, souhaité que le Conseil de sécurité adopte une déclaration rappelant très fermement au Soudan son obligation de coopération avec la Cour pénale internationale.

 

M. JohnOSawers (Royaume-Uni) a remercié le Procureur de la Cour pénale internationale pour son exposé franc et inquiétant.  Il a exprimé sa vive préoccupation en constatant que les deux individus visés par des mandats d'arrêt restent en liberté et que le Soudan a cessé toute coopération avec la CPI.  Il a déploré qu'ils continuent à bénéficier de protection, estimant qu'il s'agissait d'un défi lancé à la Cour et au Conseil de sécurité.  Il s'est inquiété également de la poursuite des attaques contre les civils, les humanitaires et les forces de maintien de la paix.  « Il ne saurait y avoir d'impunité pour les crimes atroces commis au Darfour », a-t-il déclaré, en souhaitant que le Conseil réagisse dès aujourd'hui à cette situation.

 

M. Johan Verbeke (Belgique) a estimé, à la lecture du rapport, que non seulement le Gouvernement du Soudan ne coopérait pas avec le Procureur de la Cour pénale internationale comme le Conseil de sécurité l'y oblige, mais que depuis la délivrance par la Chambre préliminaire de la Cour des mandats d'arrêt à charge d'Ahmad Haroun et d'Ali Kushayb, les marques de soutien officiel à ces deux personnes s'étaient poursuivies.  Ces provocations témoignent d'un grand mépris, à l'égard des victimes présumées de crimes contre l'humanité et crimes de guerre, a-t-il affirmé, mais aussi du mépris à l'égard des décisions prises par le Conseil de sécurité.  Le représentant s'est ainsi dit favorable à un rappel clair par le Conseil des termes de la résolution 1593 (2005) et des obligations qu'elle contient.  L'exigence de justice est certes une exigence en soi, mais elle est aussi un facteur de paix et de stabilité s'inscrivant dans un processus plus large, a-t-il souligné.  À travers l'action de la CPI au Soudan, ce n'est pas seulement la lutte contre l'impunité pour des crimes passés qui est en jeu, a-t-il noté.  De l'avis de sa délégation, la recherche d'une solution globale au Darfour passe par une approche à quatre dimensions, a-t-il dit, citant les aspects politique, militaire (MINUAD), humanitaire et judiciaire.  Les éléments de cette quadruple approche sont complémentaires, a-t-il précisé.

 

M. Ilya Rogachev (Fédération de Russie) a rendu hommage aux efforts du bureau du Procureur dans la tâche qu'il a à accomplir.  Il s'est dit déçu du fait que l'interaction entre la CPI et le Gouvernement du Soudan soit pratiquement interrompue, ce qui, a-t-il ajouté, ne sert pas les enquêtes.  Il a jugé indispensable de redoubler d'efforts pour renouer les contacts entre les parties.  De même, il a souligné l'importance de s'attacher aux enquêtes sur les crimes commis par les rebelles.  Il a également mis l'accent sur la nécessité d'une pleine coopération du système judiciaire soudanais dans l'enquête sur les crimes commis.  Le représentant a estimé important de se concentrer sur les situations qui ont un aspect criminel, comme les attaques contre la population civile ou contre les convois d'assistance.  Il a, de même, regretté qu'une enquête n'ait pas pu être menée sur l'attaque lancée contre des soldats de la paix.  Le Darfour est dans une nouvelle phase politique délicate, d'où la nécessité de faire preuve de prudence, a-t-il prévenu avant de conclure.

 

M. Liu Zhenmin (Chine) s'est félicité des efforts de la Cour pénale internationale (CPI) pour lutter contre l'impunité au Darfour, tout en ajoutant que les causes de la crise au Soudan étaient complexes.  Il a prôné un traitement global du conflit, respectant un équilibre entre les aspects politique, sécuritaire, humanitaire et judiciaire.  La priorité absolue devrait être de stabiliser la situation, a-t-il estimé, grâce au déploiement de la force hybride ONU-Union africaine et à la poursuite des négociations politiques.  Toute action sur d'autres aspects de la crise doit être menée en gardant à l'esprit cette priorité, a-t-il ajouté.  Le représentant a encouragé le Gouvernement soudanais à rétablir un climat de confiance et à renforcer sa coopération avec la CPI.  Il a souhaité que le travail de la CPI vienne compléter les actions sur les autres aspects.  Mettre fin à l'impunité fait partie intégrante de la solution, mais se limiter à cet aspect ne contribuera pas à rétablir une relation de confiance avec le Gouvernement du Soudan, a-t-il affirmé, en invitant la CPI à jouer un rôle constructif pour parvenir à un règlement global.

 

M. Peter Burian (Slovaquie) s'est dit préoccupé par les crimes graves et les violations des droits de l'homme commis au Darfour.  Le représentant a déploré vivement les attaques délibérées actuellement menées contre le personnel de l'ONU et celui de l'Union africaine.  Il a souligné la responsabilité du Gouvernement du Soudan pour ce qui est de mettre un terme aux violences et à l'impunité.  Il est, a-t-il estimé, difficile, voire impossible d'instaurer une paix durable au Darfour sans lutter contre l'impunité.  Il a également souligné le fait que le Gouvernement du Soudan n'ait pas coopéré avec la CPI, ce qui est, a-t-il dit, inadmissible.  En vertu de la résolution 1593, tous les États, y compris le Soudan, doivent coopérer pleinement et soutenir la CPI, a-t-il déclaré.  Le représentant a souligné que le Conseil de sécurité devrait envoyer un message ferme et unanime à tous les auteurs de crimes.  Le Conseil ne peut tolérer l'impunité, a-t-il dit, en indiquant que sa délégation appuyait l'idée d'adopter une déclaration présidentielle du Conseil de sécurité allant dans ce sens. 

 

Tout en réaffirmant les réserves émises par son pays à l'égard de la Cour pénale internationale, M. Jeft de Laurentis (États-Unis) a estimé que les auteurs d'atrocités au Darfour devaient rendre compte de leurs actes.  Il s'est dit particulièrement préoccupé par le manque de coopération du Gouvernement du Soudan avec la Cour et la liberté de mouvement que ce dernier garantit aux deux individus visés par un mandat d'arrêt.  Le représentant a indiqué que les États-Unis avaient pris des sanctions économiques ciblées, notamment contre une compagnie de transport ayant acheminé des armes aux milices janjaouites et à des sociétés contrôlées par les autorités soudanaises.  Il a condamné les attaques perpétrées contre les civils, mais aussi contre le personnel humanitaire et les troupes de l'Union africaine.  Il a par ailleurs lancé un appel à tous les acteurs du conflit au Darfour pour qu'ils rejoignent le processus de paix en cours.

 

M. Marty M. Natalegawa (Indonésie) a souligné que différents crimes de guerre avaient continué d'être commis par toutes les parties au Darfour.  Il a affirmé que son pays appréciait les efforts du Procureur de la Cour pénale internationale en vue de poursuivre des contacts avec des pays voisins du Soudan, le Secrétariat des Nations Unies, l'Union africaine, la Ligue des États arabes, des groupes locaux, les organisations non gouvernementales et d'autres.  Le représentant s'est dit profondément préoccupé par la poursuite du conflit au Darfour, qui entraîne une dégradation de la situation humanitaire.  Le déplacement forcé de la population, les attaques délibérées contre des civils, le personnel humanitaire, ainsi que les affrontements tribaux ne peuvent que contribuer à créer des difficultés supplémentaires à l'établissement de la paix, a-t-il dit, rappelant, en ce sens, les propos de l'Envoyé spécial du Secrétaire général, M. Jan Eliasson, devant le Conseil de sécurité, la semaine dernière.  Il a indiqué que sa délégation condamnait les violations massives des droits de l'homme et du droit international humanitaire au Darfour.  Les auteurs de ces crimes, a-t-il déclaré, doivent être présentés devant la justice.  La justice doit être assurée sans délai inutile, a-t-il ajouté.  Il est essentiel, selon lui, que le Conseil de sécurité maintienne son unité et encourage les parties au Soudan à participer de manière constructive au processus de paix et l'accélère avec l'Opération hybride ONU-Union africaine.  

 

M. Dumisani Kumalo (Afrique du Sud) a estimé que la Cour pénale internationale était un élément clef pour mettre fin à l'impunité.  Il s'est dit conscient des difficultés auxquelles doit faire face le Procureur, compte tenu de l'absence d'une police propre à la CPI, qui dépend donc entièrement de la coopération des États Membres pour l'exécution des mandats d'arrêt.  Il a ainsi estimé qu'il était de la responsabilité du Conseil de sécurité d'exiger que les États Membres coopèrent avec la CPI, particulièrement en ce qui concerne les situations que le Conseil défère lui-même à la Cour.  Rappelant que la résolution 1593 avait appelé tous les pays, y compris ceux qui ne sont pas parties au Statut de Rome, à coopérer, M. Kumalo a exhorté le Gouvernement du Soudan et les autres parties impliquées au Darfour à coopérer pleinement avec la CPI.  Il a par ailleurs souhaité la poursuite d'un processus politique incluant toutes les parties et le déploiement de la MINUAD dans les plus brefs délais, pour mettre un terme au carnage en cours au Darfour.  Il a enfin appuyé une déclaration du Conseil sur la coopération avec la CPI.

 

M. Leslie Kojo Christian (Ghana) a souligné l'effet déstabilisateur de l'impunité qui, a-t-il précisé, ne devrait pas être sous-estimé.  Il s'est dit convaincu que la résolution 1593 avait une place spéciale dans le processus de paix au Darfour et devait être appliquée avec le soutien à la fois du Gouvernement du Soudan et de la CPI.  Le représentant s'est également dit préoccupé de l'absence de progrès significatifs dans les procédures judiciaires en cours pour lesquels des mandats d'arrêt ont été lancés.  Il a demandé au Gouvernement soudanais de ne pas prendre de mesures qui pourraient être considérées comme un affront pour le Conseil de sécurité.  De l'avis de sa délégation, la persuasion et la pression déterminée de la communauté internationale doivent être maintenues.

 

M. Nassir Abdulaziz (Qatar) a souligné la nécessité d'appliquer et de défendre l'état de droit, la responsabilité pénale et la justice, aussi bien au Darfour que dans d'autres conflits, y compris, a-t-il précisé, en sanctionnant les auteurs de violations du droit international humanitaire.  Il a demandé au Gouvernement du Soudan de poursuivre en justice toutes les personnes reconnues coupables de crimes contre l'humanité au Darfour, conformément au droit pénal soudanais, au droit international humanitaire et aux conventions internationales pertinentes, et de prendre toutes les mesures nécessaires pour empêcher l'impunité.  Il a en outre demandé au Procureur de la CPI de prendre notamment en compte le fait que la juridiction de la Cour est complémentaire de la juridiction nationale.  Il a ainsi invité la Cour à continuer d'accomplir son travail de façon discrète et professionnelle et de ne pas se livrer à des conclusions hâtives sur la nature des crimes commis ou des personnes accusées de les avoir commis avant d'avoir réalisé complètement et de manière impartiale les enquêtes et analysé soigneusement et objectivement les investigations et les procédures effectuées par la justice soudanaise. 

 

Le représentant a appelé le Gouvernement soudanais à coopérer pour sa part avec le Procureur de la CPI.  Il a également appelé toutes les parties à tenir compte des procédures judiciaires nationales et internationales et à ne les influencer d'aucune façon.  Il convient, a-t-il souligné, de comprendre la législation nationale et le système judiciaire du Soudan et de respecter la position du Soudan à l'égard du Statut de la Cour.  De l'avis du représentant du Qatar, le droit du Gouvernement soudanais à contester la décision de la Chambre préliminaire de la Cour, conformément aux articles 19 et 82 du Statut de la CPI, est ignoré lorsque l'on se concentre uniquement sur l'arrestation des inculpés et leur transfert à la Cour.  Le Conseil de sécurité doit ainsi faire preuve de prudence dans ce dossier.  L'invitation lancée par le Procureur au Conseil et aux organisations régionales à exhorter le Gouvernement soudanais à coopérer avec la Cour ne doit pas être interprétée comme une demande faite au Conseil de sécurité de prendre des mesures contre le Soudan, a-t-il estimé.  Cette question est à la fois de nature juridique et judiciaire et ne doit être en aucun cas politisée, a-t-il ajouté. 

 

M. Jorge Voto-Bernales (Pérou) a estimé que l'exposé du Procureur de la Cour pénale internationale était une source d'inquiétude, notamment lorsqu'il affirme que les crimes commis au Darfour le sont en toute connaissance de cause.  Rappelant que c'était le Conseil de sécurité qui avait déféré la situation au Darfour à la CPI, il a souligné qu'il incombait maintenant au Gouvernement du Soudan de coopérer avec la Cour, en application de la résolution 1593.  Le fait que le Soudan ne soit pas partie au Statut de Rome n'est pas pertinent en la matière, a-t-il fait remarquer.  Le représentant a exhorté le Soudan à procéder sans délai à l'arrestation de Ahmed Haroun et de Ali Kushayb.  Il a souhaité que le Conseil adopte une déclaration présidentielle pour rappeler le Soudan à ses obligations.  M. Voto-Bernales a salué en conclusion le professionnalisme et l'impartialité du Procureur de la CPI.

 

M. Luc Joseph Okio (Congo) a déploré le manque de coopération de la part du Gouvernement soudanais avec la Cour pénale internationale.  Toutes les personnes impliquées au Darfour doivent être déférées devant la CPI, a-t-il déclaré, insistant également sur la nécessité de poursuivre les personnes reconnues coupables dans les mouvements rebelles.  C'est sur le plan de l'impartialité que seront jugés la Cour et le Conseil de sécurité, a-t-il ajouté, invitant la CPI à diligenter les enquêtes concernant tous les auteurs de crimes, quels qu'ils soient et où qu'ils se trouvent.  C'est en agissant de cette manière que la justice constituera un facteur de paix et de sécurité, a-t-il affirmé, estimant que le Conseil devait apporter tout son soutien à l'action de la Cour. 

 

M. Marcemmo Spatafora (Italie) a estimé que la lutte contre l'impunité devait être une priorité et un impératif pour la communauté internationale.  Il s'est dit préoccupé par l'absence de coopération du Gouvernement du Soudan avec la Cour pénale internationale, en rappelant les autorités soudanaises à leurs obligations et en souhaitant l'exécution des mandats d'arrêt délivrés en avril dernier à l'encontre de deux ressortissants soudanais.  Il a expliqué que la situation au Darfour revêtait plusieurs aspects, politique, sécuritaire, humanitaire ou encore judiciaire.  « Tous ces volets se renforcent mutuellement, ce n'est pas un jeu à somme nulle », a-t-il dit, estimant par exemple qu'une accélération sur le volet politique ne devait pas se traduire par un ralentissement dans d'autres domaines.  Il a fortement appuyé une déclaration du Conseil de sécurité, à la suite de l'exposé du Procureur de la CPI, en espérant que le Conseil pourrait envoyer un message ferme.

 

Décembre 2007

 

 

Une tragédie en 10 questions

 

Conflit armé, massacre, ou génocide ? Qui sont les responsables: Khartoum, les jenjawids, la Chine ? Y a-t-il une issue ?

 

Libération, par Christophe Ayad, 4 décembre 2007

 

Il y a une obscénité à débattre de l'échelle des crimes contre l'humanité, déplacements de population ou nettoyages ethniques commis au Darfour. C'est pourquoi Arte et Libération se sont associés pour expliquer ce que fut la genèse très politique de ce conflit, comment il fut occulté en 2003 lorsque les massacres les plus monstrueux furent commis par le régime de Khartoum, comment, depuis, l'Occident tente de rattraper et de faire oublier sa passivité d'alors.

Il s'agit pour les journalistes Christophe Ayad (de Libération) et Vincent de Cointet, auteurs du premier document diffusé ce soir sur Arte, de remonter aux origines de cette guerre, d'analyser les raisons des interventions tardives de la communauté internationale, de montrer les positions des parties en présence. Pour donner les clés d'un conflit où imprécations et émotions –on l'a vu avec l'Arche de Zoé– remplacent analyses et réflexion. Parce qu'aujourd'hui, comme le montre le second film, celui de Jean-Philippe Lacaille sur les déplacés, et comme l'explique l'ONU, «la situation humanitaire n'a jamais paru aussi mauvaise, le nombre de déplacés n'a jamais été aussi élevé et, pour la première fois depuis 2004, la malnutrition dans plusieurs camps est au-delà des seuils d'urgence». Mieux comprendre pour mieux aider.

 

1) - Quelles sont les causes profondes de la guerre au Darfour?

 

Le Darfour a longtemps été un sultanat indépendant du Soudan. Ce n'est qu'en 1916 qu'il est rattaché au Soudan anglo-égyptien, lorsque les Anglais tuent le dernier sultan, Ali Dinar. De royaume indépendant, cet immense territoire devient une région périphérique. Pas plus les Anglais, jusqu'à l'indépendance en 1956, que le gouvernement central soudanais n'y investissent.

En 2003, le Darfour compte moins de 150 km de route asphaltée et une seule foreuse de puits. On y compte un enseignant pour 313 enfants et un médecin pour 30000 personnes. Le Darfour, qui est passé de 300000 habitants à 7 millions en un siècle, est l''un des ensembles les plus peuplés du Soudan, gigantesque pays, grand comme cinq fois la France.

 

A partir des années 70, les sècheresses qui frappent le Sahel réduisent les terres cultivables et accroissent les conflits entre agriculteurs sédentaires, majoritaires dans les tribus africaines du Darfour (les Fours, les Masalits, les Birgits...), et les éleveurs nomades, surtout arabes mais pas seulement, à l'instar des Zaghawas. En 1984, une terrible famine frappe la région. Elle cause 90000 morts, dans l''indifférence du gouvernement central. Les rapports entre pasteurs et cultivateurs, en concurrence pour les terres et l''eau, se tendent. Ce drame accélère la prise de conscience des élites fours. Face à cette agitation, le gouvernement arme les tribus arabes, jugées plus fidèles. A la fin des années 80, une mini guerre entre milices arabes et Fours fait 15000 morts.

 

Dans les années 80, les tensions s'accumulent au Darfour. La province sert de base arrière dans la guerre civile au Tchad. Différents groupes rebelles y trouvent refuge et y recrutent. Comme la Libye de Kadhafi, qui en fait une base pour prendre à revers son ennemi, Hissène Habré. Kadhafi, en plein «trip» panarabe, arme les tribus arabes. En 1990, Idriss Déby, un lieutenant de Habré ayant fait défection, part à la conquête du Tchad depuis le Darfour, où il dispose de l'aide de ses cousins zaghawas soudanais, mais aussi de la DGSE française et de la bienveillance de Kadhafi. La guerre est provisoirement terminée au Tchad, mais les armes légères pullulent désormais au Darfour.

 

2 Pourquoi a-t-elle éclaté en février 2003 ?

 

A ce moment-là, le gouvernement soudanais est en pleine négociation avec le Mouvement populaire de libération du Soudan (SPLM) de John Garang, en guerre contre le pouvoir central depuis 1983. Le conflit au Sud-Soudan a causé la mort de deux millions de personnes, surtout des civils. Garang réclame un partage équitable des richesses (les réserves pétrolières sont au Sud-Soudan) et du pouvoir entre le Nord, musulman, et le Sud, chrétien et animiste. Il demande aussi l'abrogation de la charia, la loi islamique. Ce programme inspire les mouvements d'opposition au Darfour, à commencer par le Mouvement de libération du Soudan (SLM) du jeune avocat Abdel Wahid al-Nour.

 

Les négociations, étroitement cornaquées par les Etats-Unis, progressent, et une issue est en vue. Les militants de la cause du Darfour comprennent qu'une fois un accord signé il sera trop tard pour s'inviter au partage. L''exemple de Garang les convainc que le gouvernement ne comprend que le langage des armes. Ils décident donc de passer à l'action, d'autant que le pouvoir islamiste et autoritaire du général Omar el-Béchir a multiplié les décisions impopulaires au Darfour depuis son arrivée au pouvoir par un putsch en 1989, notamment en divisant la région en trois provinces administratives et réagissant à toute agitation par la manière forte. Dernier facteur de l'explosion, Hassan al-Tourabi, mentor déchu du général El-Béchir, décide de revenir dans le jeu politique soudanais en instrumentalisant le mécontentement au Darfour. Ses partisans au Darfour, d'anciens cadres islamistes qui ont notamment participé à la répression au Sud-Soudan, fondent un mouvement rebelle, le Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM), et prennent les armes. Leur chef, Khalil Ibrahim, est un Zaghawa, apparenté à Idriss Déby, le président tchadien.

 

Le 25 avril 2003, les rebelles du Darfour frappent un grand coup: ils attaquent l'aéroport d''El-Fasher, détruisent une bonne partie de l'aviation de combat, tuent 200 soldats, s'emparent de l'arsenal et capturent le chef de l'armée de l'air soudanaise.

 

3 Pourquoi le gouvernement a-t-il réagi aussi violemment ?

 

L'attaque de l'aéroport d'El-Fasher est une humiliation sans précédent pour le gouvernement. Ce dernier, engagé dans un délicat processus de paix au Sud-Soudan, se sent trahi. D'autant qu'il soupçonne John Garang d'avoir armé et encouragé les rebelles du Darfour pour disposer d'un moyen de pression. La menace vient cette fois-ci du coeur du régime: le Darfour, considéré comme partie intégrante du nord du Soudan, est entièrement musulman et il fournit 60% des recrues de l'armée. Contrairement aux sudistes, les Darfouris occupent des positions importantes dans l'appareil d'Etat, même s'ils sont sous-représentés à son sommet et au Parlement. L'immixtion de Hassan al- Tourabi au Darfour déchaîne aussi la colère de ses anciens camarades, dont la vengeance prend un tour personnel.

 

Comme le régime ne peut pas compter sur l'armée régulière, démotivée et constituée de Darfouris, pour combattre l'insurrection, il a recours à une méthode éprouvée pendant la guerre civile au Sud-Soudan: la constitution de milices tribales, qui, en échange d'armes et parfois d'un salaire modique, se «paient sur la bête». Au Darfour, ces miliciens, rapidement surnommés les jenjawids sont surtout recrutés parmi les petites tribus arabes pauvres. Autre constante soudanaise: pour priver la rébellion, dominée par les Fours et les Zaghawas, de tout soutien dans la population, le pouvoir entreprend une vaste opération de nettoyage ethnique à partir du début de l'été 2003. La guerre civile se transforme en guerre contre les civils. Cette contre-insurrection, qui n'est pas sans rappeler les guerres du Vietnam et d'Algérie, va durer un an. C''est durant cette période que l'on dénombre l'essentiel des 200000 morts directs et indirects du conflit.

 

4 Qui sont les jenjawids?

 

Le mot signifie littéralement «démons armés à cheval» . Il désigne à l'origine les bandits de grand chemin, relativement répandus au Darfour. Très rapidement, il va devenir le symbole des crimes contre l'humanité commis dans la province rebelle. Les jenjawids, dont le nombre a été estimé jusqu'à 70000, ont été souvent recrutés dans les petites tribus arabes ne disposant pas de terres. On y trouve aussi des criminels de droit commun, quelques tribus africaines et même des mercenaires arabes étrangers venus du Tchad, du Niger ou de Mauritanie. Equipés d'armes légères et de montures, chevaux ou chameaux, ils attaquent surtout des civils. Leurs raids sont souvent précédés par des bombardements sommaires de l'aviation soudanaise et parfois accompagnés de troupes de l'armée au sol. Côté gouvernemental, le principal artisan de cette politique a été le secrétaire d''Etat à l'Intérieur Ahmed Haroun, devenu aujourd'hui secrétaire d'Etat aux Affaires humanitaires. Inculpé par la Cour pénale internationale, il est protégé par le régime, qui refuse de le livrer et en a même fait le futur responsable des droits de l'homme au Darfour. Ses principaux relais sur place sont des chefs tribaux, comme Moussa Hilal, ou des chefs de milice comme Ali Kosheib, lui aussi inculpé par la CPI.

 

Face aux injonctions de la communauté internationale, Khartoum a souvent promis de désarmer les jenjawids. En vain. Ils ont été intégrés à des corps paramilitaires comme les garde-frontières ou les forces de défense populaires. Pour certains observateurs, les jenjawids ont échappé au contrôle du gouvernement. C''est peu probable, mais il est vrai que certaines tribus arabes, s'estimant lésées dans le partage des dépouilles, réclament leur dû –surtout des terres– les armes à la main.

 

5 Pourquoi la communauté internationale a-t-elle laissé faire au début ?

 

Pendant un an, le Darfour ne fait l'objet d'aucun communiqué, aucune réunion du Conseil de sécurité. Pourtant, dès l'automne 2003, l'envoyé spécial des Nations unies au Soudan, Mukesh Kapila, tire la sonnette d'alarme. Les rapports sont parcellaires, incomplets, mais ils font tous état de massacres de grande ampleur, de déplacements de populations. Surtout, plusieurs dizaines de milliers de rescapés débarquent au Tchad voisin: ils font tous les mêmes récits aux humanitaires de MSF Belgique. Mais les ONG n'ont pas accès au Darfour, véritablement coupé du monde

 

Pourquoi un tel silence? L''ONU et les grandes capitales occidentales, à commencer par Washington, font un pari risqué: rien ne doit venir ralentir ou entraver les délicates relations Nord-Sud; une fois ce conflit clos, la question du Darfour se réglera d''elle-même, notamment grâce à Garang à qui l'on promet le poste de vice-président. Las, Khartoum a vu dans ce silence un blanc seing pour en finir avec le problème du Darfour. Et Garang est mort dans un accident d'hélicoptère moins d'un mois après son entrée en fonctions, en juillet 2005. En avril 2004, Mukesh Kapila compare la situation du Darfour au Rwanda de 1994. A l''occasion de la 10e commémoration du génocide rwandais, le secrétaire général de l''ONU Kofi Annan s''inquiète du sort de la province soudanaise. La machine diplomatique se met en branle: des résolutions sont adoptées à partir de l''été 2004, l''Union africaine est missionnée pour envoyer une force chargée de contrôler le cessez-le-feu signé le 8 avril 2004 à N''Djamena. Sous pression, le gouvernement soudanais autorise l''arrivée massive d''humanitaires: ils seront jusqu'à 15000 dans la province. Leur présence massive évite de peu une catastrophe à la fin de l'été 2004.

 

6 Y a-t-il eu un génocide au Darfour ?

 

Avant Mukesh Kapila, le premier à avoir parlé de «génocide» au Darfour est le directeur du Mémorial de l'holocauste, à Washington. L''argument est aussitôt repris par les lobbies noir (notamment le Black Caucus du Congrès américain), évangélique et sioniste, déjà mobilisés contre le pouvoir soudanais pendant la guerre dans le Sud. Au printemps 2004, les Etats-Unis sont en campagne électorale: John Kerry, le candidat démocrate, dénonce la passivité de son concurrent, George W. Bush, au sujet du Darfour, pour mieux l'opposer à la désastreuse guerre menée en Irak. Le candidat-président républicain réagit en envoyant une mission d'enquête. A la fin de l'été, l'administration Bush se convertit à la thèse du génocide. C''est un changement majeur. Première conséquence: les Etats-Unis saisissent le Conseil de sécurité de l'ONU, comme l'enjoint la convention de 1948. Kofi Annan nomme à son tour une commission d'enquête, qui parviendra en février 2005 à une conclusion différente: ce qui se passe au Darfour n'est pas un génocide, il s'agit de crimes contre l'humanité et de crimes de guerre. L'ONU n'a donc pas de devoir d'intervention, pas plus que les Etats-Unis.

 

Ce qui s'est passé au Darfour s'apparente bien plus à un nettoyage ethnique qu''à un génocide. Nombre de Darfouris, de toutes origines, vivent à Khartoum sans qu'aucun d'eux n'ait jamais été tué pour le simple fait d'être du Darfour. Pro et antigénocide se sont affrontés avec virulence parmi les intellectuels occidentaux, notamment français. C''est au Darfour que la qualification de génocide a eu les conséquences les plus graves. Elle a convaincu les rescapés que la communauté internationale ne pouvait laisser faire et finirait par intervenir. Elle a persuadé les rebelles qu'on ne pouvait pas négocier avec Khartoum. Et elle a enfin renforcé le pouvoir et les jenjawids dans leur jusqu'au-boutisme.

 

7 Quel jeu joue la Chine ?

 

Depuis le début de la crise du Darfour, la Chine soutient le gouvernement soudanais. Un soutien qui s'explique notamment par le fait que Pékin achète deux tiers du pétrole soudanais. La production soudanaise, qui a débuté en 2000, atteint aujourd'hui près d'un demi-million de barils par jour. A l'inverse, la Chine exporte quantité de produits, notamment des armes. Plus qu'un simple fournisseur de pétrole, le Soudan est pour la Chine un axe de pénétration majeur en Afrique. Enfin, Pékin défend sur la question du Darfour sa traditionnelle politique de non-intervention dans les affaires intérieures d'un pays, pour éviter d'être un jour mis en cause au Tibet.

 

Le soutien de Pékin à Khartoum est nuancé et plus conditionnel qu'on ne le croit. Lors du vote de la douzaine de résolutions du Conseil de sécurité sur le Darfour, la Chine s'est toujours opposée à l'emploi du mot sanctions contre le Soudan. Mais lorsqu'au printemps 2007 des voix s'élèvent pour demander le boycott des JO de Pékin au nom du Darfour, la Chine a fait pression sur le Soudan pour qu''il accepte le déploiement d'une force mixte Union africaine-ONU.

 

Surtout, la Chine n'est pas la seule alliée de Khartoum. Comme Pékin, Moscou lui vend des armes au mépris de l'embargo adopté par l'ONU en avril 1995. Un embargo particulièrement hypocrite puisqu'il interdit la vente d'armes «destinées à être utilisées au Darfour» . Comment déterminer l'utilisation finale de ces armes? Sans compter que le Soudan produit désormais ses propres kalachnikovs sous licence chinoise...

 

Les pays arabes, dont certains investissent dans le pétrole ou l'agriculture au Darfour, figurent aussi au rang des soutiens de Khartoum. L'Union africaine (UA), qui joue un rôle décisif en fournissant une force de paix sur le terrain, est divisée entre tenants d'une ligne dure et ceux qui estiment qu'ils n'ont pas vocation à ostraciser un pair. Même les Etats-Unis, virulents dans la dénonciation des agissements du gouvernement soudanais au Darfour, mènent un jeu ambigu: la CIA continue d'entretenir une coopération étroite avec les services de renseignement soudanais au nom de la lutte antiterroriste. Oussama ben Laden a résidé au Soudan de 1992 à 1996, et l''appareil sécuritaire soudanais a gardé des liens avec la mouvance Al-Qaeda. En 2005, en plein «génocide » , Salah Abdallah Gosh, présenté comme un décideur de la répression au Darfour, était invité au siège de la CIA.

 

8 Que peut la justice internationale ?

 

Pour la première fois, le Conseil de sécurité de l''ONU a saisi la Cour pénale internationale (CPI) en avril 2005 au sujet du Darfour. Au terme de deux ans d''enquête, le procureur de la CPI, Luis Moreno-Ocampo a prononcé deux inculpations visant un membre du gouvernement soudanais, Ahmed Haroun, et un chef jenjawid, Ali Kosheib. La principale faiblesse de la CPI est de ne pas avoir pu enquêter au Darfour, faute d''accord du gouvernement soudanais: elle a recueilli des témoignages et des documents compromettants. Khartoum, qui a créé une juridiction locale sans crédibilité, a annoncé haut et fort son intention de ne livrer personne. Le Conseil de sécurité n''a exercé, pour l''instant, aucune pression sur le Soudan, faute de consensus. Pourtant, la menace d''être traînés devant la justice internationale est le seul véritable moyen de pression sur les dirigeants soudanais avec les blocages d'avoirs à l''étranger et les interdictions de voyager. Il est évident que, si les enquêtes se poursuivent, elles remonteront jusqu''au sommet de l''Etat soudanais: Haroun n''est que l''exécutant d''une politique décidée par d''autres.

 

9 Que peuvent les Casques bleus ?

 

Depuis le début de cette crise, la communauté internationale réagit avec retard. En août 2004, on a confié à une petite force de l''Union africaine, l''Amis, la surveillance du cessez-le-feu de N''Djamena. Face à la remontée de l''insécurité, courant 2005, la mission de l''Amis a évolué vers la protection des civils, sans en avoir ni les moyens ni le mandat. Mal équipés, mal préparés, peu motivés, financés avec réticence et retard par les Occidentaux, en butte à la corruption de leurs chefs, les 7000 soldats de la paix africains n'ont jamais été à la hauteur de cette mission impossible consistant à mettre fin à une guerre sans front menée par des adversaires en civil. Une trentaine d'entre eux ont été tués en deux ans. Sans attendre, les Occidentaux ont décrété l'échec de l''Amis, lui substituant 17000 Casques bleus. Mais Khartoum a bloqué pendant près d'un an la résolution adoptée fin août 2006. Ce n'est qu''en mai 2007 que le Soudan donne son accord à une force mixte ONU-UA de 26000 hommes, formellement adoptée en juillet. Le déploiement devait être effectif en janvier prochain, mais retards et entraves se sont accumulés: le Soudan, soutenu par l''UA, s''oppose à tout contingent non africain. Les moyens aériens promis se font attendre. La question est de savoir si tout cela n'arrive pas trop tard dans un conflit qui s'est fragmenté, tribalisé, dépolitisé et internationalisé avec l'implication de plus en plus forte du Tchad. Au mieux, cette force, qui devrait coûter 2 à 3 milliards de dollars par an, sécurisera plus efficacement les déplacés, qui sont rançonnés, violés ou tués dès qu'ils s'aventurent hors des camps. Elle ne remplacera pas un processus de paix au point mort. L''accord d'Abuja, en mai 2006, signé sous la pression internationale par une faction minoritaire du SLM (celle de Minni Minawi, un Zaghawa), n''a fait que qu'accroître les divisions du camp rebelle. Et empirer la situation sécuritaire au Darfour.

 

10 Et maintenant ?

 

Le Darfour ne redeviendra jamais ce qu'il a été. La guerre a commis trop de ravages et déplacé trop de populations. Les 2 millions de déplacés ne rentreront pas dans leurs villages. Certaines terres ont déjà été spoliées par des tribus voisines, le gouvernement soudanais encourage aussi l''installation d'Arabes tchadiens à la place des déplacés africains: plus de 30000 sont arrivés depuis le début de l'année. Enfin, des investisseurs du Golfe ont des projets d'agriculture extensive sur les terres vacantes. Quant aux déplacés, dont le nombre continue de grossir, ils ont trouvé dans les camps tout ce dont ils manquaient dans leurs villages: eau courante, soins, enseignement...

 

Certains camps sont déjà devenus les banlieues des grandes villes du Darfour. La guerre a aussi été un processus d'urbanisation et de modernisation accélérée. Mais il faudra longtemps avant que les Darfouris trouvent un nouveau mode de coexistence. Les chefs traditionnels ont été décimés ou discrédités, et ceux qui les ont remplacés n'ont pas encore d'autre légitimité que celle des armes.

 

Décembre 2007

 

L'institutrice britannique inculpée au Soudan a été graciée et libérée

Télévision T-F-1, 3 décembre 2007

 

Cette institutrice était accusée par le Soudan d'avoir insulté l'islam parce que ses élèves avaient appelé "Mahomet" un ours en peluche.

Elle a été remise à l'ambassade de son pays à Khartoum à la mi-journée.

 

L'enseignante britannique emprisonnée au Soudan pour atteinte à l'islam a été graciée par le président Omar el-Béchir et va être libérée. Le Premier ministre britannique Gordon Brown s'est aussitôt dit " ravi et soulagé ". Gillian Gibbons, 54 ans, avait été condamnée jeudi à 15 jours de prison puis à l'expulsion pour avoir laissé des élèves donner à un ours en peluche le nom de Mohamed, nom du Prophète (Mahomet en français). Originaire de Liverpool, l'institutrice avait été arrêtée le 25 novembre et emprisonnée à Khartoum. Elle a été libérée à la mi-journée et remise à l'ambassade de son pays à Khartoum, a indiqué un porte-parole de la mission diplomatique.

 

Bien traitée

 

L'influent comité des Oulémas du Soudan a mis en garde dans un communiqué publié par la presse lundi contre la libération avant la fin de sa peine de l'institutrice, estimant sa condamnation " très légère ". Elle risquait initialement jusqu'à six mois de prison, quarante coups de fouet et une amende. Les parlementaires britanniques, arrivés samedi à Khartoum, avaient retardé dimanche leur retour à Londres pour être reçus par Omar el-Béchir. Les journalistes qui ont été admis brièvement dans le palais présidentiel ont constaté que l'ambiance était détendue et cordiale.

La médiation des deux parlementaires semblait beaucoup plus acceptable pour le régime islamiste de Khartoum que celle de la Grande-Bretagne, ancienne puissance coloniale, sur fond de tension entre le Soudan et plusieurs pays occidentaux sur la question du Darfour. Ils ont pu rencontrer la prisonnière et s'assurer qu'elle était bien traitée et avait un bon moral.

 

Malentendu

 

L'affaire avait pris une dimension diplomatique. Elle avait provoqué des protestations de la Grande-Bretagne qui avait convoqué à deux reprises l'ambassadeur du Soudan à Londres. Le ministre britannique des Affaires étrangères David Miliband s'était déclaré " extrêmement déçu " jeudi par la condamnation, assurant qu'il s'agissait d'un " malentendu en toute innocence de la part d'une enseignante dévouée".

Un porte-parole de l'ambassade du Soudan à Londres avait alors mis les manifestations appelant à la mort de Mme Gibbons à Khartoum sur le compte de " radicaux " des mosquées après les prières du vendredi. "Il y a beaucoup de mosquées et différents groupes qui se rassemblent dans différentes mosquées (...) Après la prière, des gens dans certaines mosquées, pas les principales, ont lancé des slogans dans ce sens " a dit Khalid al Mubarak.

 

Décembre 2007

 

 

La France défiée par les rebelles tchadiens 

 

Le Figaro, 1 er et 2 décembre 2007 par Tanguy Berthemet

 

Après plusieurs jours de combats face à l'armée dans l'est du Tchad, les rebelles de l'Union des forces pour la démocratie et le développement s'en sont pris hier à la France, qu'ils accusent de soutenir militairement le pouvoir de N'Djamena. « Dorénavant l'UFDD se considère en état de belligérance contre l'armée française » a annoncé leur porte-parole

 

Les déclarations martiales de l'UFDD compliquent encore le prochain déploiement des soldats européens.

 

La France est lentement aspirée dans les conflits tchadiens. Alors que les combats s'intensifient depuis le début de la semaine dans l'est du pays entre l'armée nationale tchadienne (ANT) et des rebelles, ces derniers s'en sont hier violemment pris à la France, se présentant «en état de belligérance» avec elle.

Les relations entre l'Union des forces pour la démocratie et le développement (UFDD), opposée au président Idriss Déby, et Paris ont toujours été mauvaises. Mais jamais l'UFDD n'était allée aussi loin. «Nous avons passé un stade parce que la France participe directement à la guerre aux côtés des soldats du tyran Déby», affirme Mahamat Hassane Boulmaye, le porte-parole du mouvement. Les rebelles reprochent à l'armée française d'avoir effectué des missions de reconnaissance aériennes jeudi pour le compte de l'ANT.

Paris, qui entretient au Tchad une force permanente composée de 1100 soldats, de Mirage F1 et d'appareils de reconnaissance, ne nie pas. «Nous avons un accord de coopération militaire avec le Tchad qui comprend notamment un appui au renseignement», rappelle l'état-major, tout en affirmant «n' tre en état de belligérance avec personne».

Plus gênant pour Paris, l'UFDD s'est également déclarée hostile à «toutes les autres forces étrangères» susceptibles d'intervenir au Tchad. Une déclaration qui vise directement Eufor, la force européenne de 3700 hommes, dont 1700 Français, qui doit se déployer avant la fin de l'année. La mission a déjà accumulé plusieurs mois de retard, faute de moyens logistiques suffisants.

La main du Soudan

Les partenaires européens rechignent à s'engager aux côtés de Paris, redoutant de se voir entraîner dans un conflit. Le communiqué de l'UFDD ne fera qu'aviver ces craintes. Hier à Nice, où il participait à un sommet franco-italien, Nicolas Sarkozy a affirmé que la déclaration rebelle ne remettait pas en cause la mission. «L'opération continue», a-t-il dit avant d'ajouter: «Si on décide d'envoyer une force européenne, (…) c'est bien qu'il y a des problèmes, des affrontements, des difficultés.»

Reste que l'escalade verbale s'accompagne aussi d'une escalade militaire. Depuis lundi, des combats extrêmement violents opposent, dans les confins de l'Est tchadien à la frontière du Soudan, rebelles et soldats loyalistes, faisant voler en éclats les accords de paix signés le 25 octobre. Les pertes de part et d'autres ont été lourdes, de l'aveu même du général Mahamat Nouri, chef de l'UFDD. Pour beaucoup, la guerre a franchi un palier.

«En faisant le choix de se déclarer ouvertement hostile à la France, les rebelles veulent faire jouer en leur faveur les réflexes nationalistes et les sentiments antifrançais qui sont très prégnants au Tchad et plus encore depuis l'affaire de L'Arche de Zoé», souligne l'universitaire Marc Lavergne. Le gouvernement soudanais, parrain à peine caché des rebelles tchadiens et vivement opposé au président Idriss Déby, n'est pas étranger à ce regain de tension. Jeudi, N'Djamena avait d'ailleurs accusé Khartoum «d'agression» en vue de «déstabiliser» le Tchad.

 

Décembre 2007

 

La situation au Darfour a encore empiré, s'alarme un responsable de l'ONU

 

Agence France Presse, 1 er décembre 2007

 

"Je pense que la situation est probablement pire aujourd'hui qu'il y a huit mois", admet un responsable de l'ONU en visite dans un camp de réfugiés du Darfour, alors que le déploiement d'une force ONU-Union africaine se heurte à de gros obstacles.

John Holmes, secrétaire général-adjoint de l'ONU pour les affaires humanitaires, avait effectué fin mars une première visite dans cette région de l'ouest du Soudan en proie à la guerre civile depuis 2003.

"Il y a plus de combats, plus d'instabilité et plus de personnes déplacées", explique-t-il à l'issue d'une visite vendredi dans le camp d'El-Neem, dans le sud du Darfour. El-Neem, un camp poussiéreux situé près de la ville d'Ed-Daien, illustre ce regain de tension, avec une population passée de 15.000 personnes à près de 50.000 en un an.

Durant sa visite, M. Holmes s'est entretenu avec des responsables du camp des difficultés auxquelles ils font face et notamment des cas de viols dont sont victimes certaines femmes.

"Nous avons perdu nos maris, nos enfants, tout ce que nous possédons", lui a expliqué une réfugiée, Mabulassain, aidée par un interprète. Notre liberté est très limitée. Si nous sortons pour aller chercher du bois pour faire du feu, nous risquons de nous faire violer ou d'autres difficultés". "La situation humanitaire s'est quelque peu détériorée, peut-être pas de façon dramatique, mais en termes d'accès et de sécurité, les choses sont plus difficiles", estime John Holmes.

"Il y a encore de très gros problèmes dans la plupart du Darfour. Il y a peut-être des endroits où c'est un peu plus tranquille mais pour le moment, il semble que nous voyons plus de problèmes ces derniers mois qu'avant", note le responsable onusien.

Arrivé mercredi au Soudan dans le cadre d'une tournée régionale en Afrique de l'est, il affirme par ailleurs que l'ONU continuera à exercer des pressions sur le gouvernement soudanais pour qu'il fournisse le plus grand accès et la meilleure sécurité possible aux travailleurs humanitaires. "L'un des plus grands problèmes dans la région est l'insécurité pour les ONG et les agences, notamment les vols de véhicules avec violences. Il s'en produit pratiquement tous les jours et cela a d'importantes conséquences sur la capacité à travailler des agences", selon lui.

Il espère également que la force hybride des Nations unies/Union africaine forte de plus de 26.000 hommes, appelée à prendre le relais d'une force africaine de 7.000 soldats mal équipée et sous-financée, aidera les habitants. Mais, précise-t-il, "cela ne résoudra pas tous les problèmes. Il n'y aura pas de miracle mais nous espérons que (la force) sera utile".

Les Nations unies se sont récemment inquiétées d'un possible retard du déploiement de cette force prévu fin décembre. Jeudi, le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, s'était dit "déçu" par les atermoiements du gouvernement soudanais qui retardent le déploiement de cette force, selon lui.

Parmi les questions à régler, M. Ban avait cité la conclusion avec Khartoum d'un accord sur le statut des futurs soldats de la paix, l'acceptation de la composition de la force et l'octroi de droits d'acquisition de terrains et d'autorisations de vol, y compris de nuit, pour ses hélicoptères.

Le conflit au Darfour a fait environ 200.000 morts et 2,2 millions de personnes déplacées, selon l'ONU, des chiffres que ne reconnaît pas Khartoum.

Des pourparlers de paix intersoudanais, entamés le 27 octobre à Syrte (Libye), sont au point mort après avoir été boycottés par plusieurs groupes rebelles du Darfour en raison de l'insécurité persistante dans la province

 

Décembre 2007

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