Le Soudan dans la Presse

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2006

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Septembre 2006

  Septembre 2006

Le Nouvel Observateur
30 septembre 2006

Barroso à la tête d'une délégation européenne au Darfour

Agence France Presse,
30 septembre 2006

Darfour: le signataire de l'accord de paix menace de reprendre les armes

Agence France-Presse,
27 septembre 2006

Le Congrès mobilisé pour le Darfour vote des sanctions

Gouvernement USA,
27 septembre 2006

Mme Rice demande au Soudan d'accepter la force de l'ONU au Darfour

Le Figaro,
23 septembre 2006

Darfour : c'est au monde de convaincre le gouvernement soudanais, par Kofi Annan

Le Monde,
21 septembre 2006

L'Union africaine prolonge sa mission au Darfour

Le Monde,
22 septembre 2006

La Cour pénale internationale ne parvient pas à mener ses enquêtes

Amnesty,
21 septembre 2006

La prolongation du mandat de la mission de maintien de la paix de l'Union Africaine n'est qu'un premier pas

Nations Unies,
21 septembre 2006

Darfour : l'ONU salue la prorogation de la mission de l'union africaine jusqu'en décembre

L'Humanité,
21 septembre 2006

Darfour : Réaction du Parti communiste français

Le Monde,
21 septembre 2006

Le Soudan salue le maintien de la force de l'UA au Darfour

Le Nouvel Observateur,
20 septembre 2006

L'Union africaine prolonge jusqu'à la fin de l'année sa présence au Darfour

Nations unies,
20 septembre 2006

Réunions sur le Darfour en marge des débats à l'assemblée générale

La Croix ,
20 septembre 2006

Darfour : épreuve de force diplomatique

Le Monde,
19 septembre 2006

L'Union africaine examine le maintien de sa force de paix au Darfour

Palais de l'Elysée,
19 septembre 2006

Interview de M. Jacques Chirac, Président de la République , accordée au quotidien USA Today, (extraits)

Europe 1,
18 septembre 2006

M. Jacques Chirac, Président de la République invité de M. Jean-Pierre Elkabbach

Palais de l'Elysée,
18 septembre 2006

Interview accordée par M. Jacques Chirac, Président de la République à la chaîne américaine "CNN". (extraits

Le Nouvel Observateur,
18 septembre 2006

Le Soudan a besoin d'une aide au développement, pas de casques bleus, selon son ministre des Finances

Les dépêches, Bruxelles,
17 septembre 2006

Amnesty proteste devant l'ambassade du Soudan à Bruxelles

Le Monde,
17 septembre 2006

Journée internationale pour le Darfour dans une cinquantaine de villes du monde

Amnesty International,
16 septembre 2006

Des militants d'Amnesty International France bloquent l'ambassade du Soudan

Le Monde,
16 septembre 2006

Le SPLM soutient des casques bleus au Darfour

Le Courrier de Genève,
16 septembre 2006

La pression s'accroît sur le Soudan « génocidaire »

Africa-Com,
16 septembre 2006

Les civils du Darfour,"otages" du bras de fer Soudan-ONU/UA

Le Monde,
16 septembre 2006

A New York, mobilisation œcuménique contre le "génocide"

Le Monde,
16 septembre 2006

Darfour : en attendant la guerre totale

La Croix ,
13 septembre 2006

Kofi Annan dénonce le mépris du Soudan pour le Darfour

Reporters Sans Frontières,
13 septembre 2006

Vague de censure à Khartoum

Jeune Afrique-
12 septembre 2006

L'Onu reste indésirable au Darfour, nouveaux combats meurtriers

Nations Unies, NewYork,
11 septembre 2006

Le Soudan engage sa responsabilité en refusant une force de l'Onu au Darfour, prévient Kofi Annan

Jeune Afrique,
11 septembre 2006

Darfour: plus de 350.000 Soudanais sans aide à cause de la violence

Jeune Afrique
10 septembre 2006

Le Soudan rejette la résolution sur le Darfour mais dit vouloir dialoguer

Jeune Afrique,
10 septembre 2006

Offensive finale au Darfour

Jeune Afrique,
10 septembre 2006

Épineux Darfour

Nations Unies,
8 septembre 2006

Le HCR craint un nouveau déplacement massif de population et une catastrophe humanitaire majeure au Darfour

Marianne,
8 septembre 2006

Darfour toujours !

JeuneAfrique,
6 septembre 2006

Un célèbre journaliste soudanais retrouvé mort

Afrique Centrale,
6 septembre 2006

''Il y a génocide au Darfour «  a déclaré Monsieur Douste-Blazy, Ministre français des Affaires étrangères

Le Monde
6 septembre 2006

Khartoum exige le départ de la force de maintien de la paix déployée au Darfour

Jeune Afrique
5 septembre 2006

Annan met le gouvernement soudanais devant ses responsabilités au Darfour

La Figaro ,
5 septembre 2006

Khartoum brave l'ONU

Jeune Afrique ,
4 septembre 2006

Le Soudan demande à l'Union africaine de retirer sa force du Darfour

Jeune Afrique,
4 septembre 2006

Le Soudan donne une semaine à l'UA pour décider du statut de sa force

Le Figaro,
4 septembre 2006

Khartoum exige le départ des soldats africains avant fin septembre

Libération,
4 septembre 2006

Pressions des Quinze et de l'ONU sur le Soudan

Le Monde,
3 septembre 2006

Agir au Darfour

Le Monde,
1 er septembre 2006

Le Soudan rejette la résolution 1706 de l'ONU sur le Darfour

Jeune Afrique
1 er septembre 2006

Le Soudan prêt à faire face à une intervention étrangère

Le Monde,
1 er septembre 2006

Au moins 30.000 foyers touchés par des inondations

Afrique Centrale, presse,
1 er septembre 2006

Onu au Darfour : et pourquoi demander son avis à Béchir ?

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Barroso à la tête d'une délégation européenne au Darfour

Le Nouvel Observateur avec Reuters, 30 septembre 2006 par Ingrid Melander

 

Une délégation de l'Union européenne emmenée par Jose Manuel Barroso s'est rendue dimanche au Darfour dans le cadre des efforts internationaux pour mettre fin au conflit et à la crise humanitaire dans cette région de l'ouest du Soudan.

Le président de la Commission européenne, accompagné du commissaire Louis Michel, a achevé une visite de deux jours au Soudan par un déplacement de cinq heures dans le Nord-Darfour.

"Les Nations unies doivent être présentes ici de manière plus efficace", a déclaré Barroso dans l'avion qui l'emmenait au Darfour, où environ 200.000 personnes ont été tuées et plusieurs millions d'autres chassées de leur domicile depuis le début de la guerre civile en février 2003.

Le président soudanais Omar Hassan al Bachir continue de rejeter une résolution du Conseil de sécurité sur un déploiement de 20.000 casques bleus et policiers de l'Onu au Darfour, en remplacement de 7.000 militaires de l'Union africaine.

Barroso n'est pas parvenu à convaincre Bachir samedi soir.

Le président de la Commission européenne a cependant rappelé que le Soudan s'exposait à un affrontement avec la communauté internationale.

"Il n'est pas dans l'intérêt du Soudan de revenir à une situation d'isolement complet", a-t-il prévenu.

 

Pas de visite de camp de réfugiés

 

Bachir soupçonne les Etats-Unis et la communauté internationale de vouloir démanteler le Soudan en envoyant des casques bleus au Darfour, où l'armée et des miliciens arabes affrontent des rebelles issus des populations noires.

La délégation européenne qui s'est rendue dimanche à El Fachir a notamment rencontré le gouverneur local, qui lui a assuré que la population ne souhaitait pas la présence de soldats étrangers.
Les Européens ont aussi rencontré des responsables de l'UA et se sont rendus sur un site de réparation des camions du Programme alimentaire mondial. Sur un parking, l'un de ces véhicules de l'Onu portait les stigmates d'une attaque.

La délégation européenne n'a en revanche pas pu visiter de camp de réfugiés pour des raisons de sécurité.

Pour les observateurs et les travailleurs humanitaires, la situation s'est dégradée au Darfour depuis la signature en mai d'un accord entre le gouvernement et l'un des mouvements rebelles.

L'UE a annoncé dimanche qu'elle débloquait 40 millions d'euros d'aide humanitaire, essentiellement alimentaire.

Barroso doit rencontrer des représentants de l'Union africaine lundi à Addis-ABeba.

 

Septembre 2006

Darfour: le signataire de l'accord de paix menace de reprendre les armes

Agence France Presse, Khartoum, 30 septembre 2006

 

Le seul groupe signataire de l'accord de paix au Darfour a menacé de reprendre les armes après avoir affirmé que les forces soudanaises avaient mené une attaque armée contre deux de ses dirigeants.

Il s'agit de la faction majoritaire du Mouvement de libération du Soudan (SLM) dont les rapports avec Khartoum connaissent des difficultés en dépit de la nomination de son chef Minni Minawi, patron de l'Autorité transitoire du Darfour, supposée aider à gérer les affaires des trois provinces de l'ouest du pays en proie à une guerre civile.

Les forces soudanaises "ont attaqué jeudi le quartier général du mouvement à Giraida au moment où son vice-président du SLM, al-Rayah Mahmoud Jomaa, et le commandant des forces du SLM, Jomaa Mohammad Haggar, y étaient en visite", a déclaré samedi un porte-parole du groupe.

Le SLM "a repoussé l'attaque qui visait MM. Jomaa et Haggar et capturé 14 des assaillants", a ajouté le porte-parole, Al-Tayeb Khamis Mohammad.

L'armée soudanaise a démenti l'attaque, le deuxième incident opposant en quelques jours la faction majoritaire du SLM aux forces gouvernementales.

Jeudi, un autre responsable du groupe avait indiqué que son mouvement avait "capturé" cinq policiers après l'arrestation de deux de ses représentants, à Omdurman, au nord de Khartoum.

La police a "arrêté Zanoun Suleiman Abdel Rahman et Mahjoub al-Doumah, deux responsables du secrétariat de la jeunesse et des étudiants les ont conduits de force au poste de police central", avait-il déclaré.

Cet incident est intervenu juste après la nomination par le chef de l'Etat soudanais Omar el-Béchir de M. Minnawi président de l'Autorité transitoire du Darfour en application de l'accord de paix du 5 mai signé sous les auspices de l'Union africaine.

L'attaque à Giraida, dans le sud du Darfour, dont le groupe rebelle accuse Khartoum, semble être plus importante que celle d'Omdurman et a entraîné une menace directe de rompre l'accord de paix.

"Le gouvernement doit comprendre que le SLM a toujours des forces et quand il deviendra certain que l'accord de paix n'amène que des déceptions, il donnera des instructions à M. Minnawi de quitter le palais présidentiel et reprendra la guerre qui commencera, le cas échéant, de Khartoum", a averti M. Khamis Mohammad.

C'est la première fois que cette faction accuse le gouvernement soudanais, sous pression internationale pour accepter une force de l'Onu au Darfour mais qui y résiste, de lancer une attaque contre de hauts dirigeants.

Pour le moment, l'armée soudanaise a nié que ses forces aient mené une telle attaque et s'est étonnée de cette annonce en disant que les deux parties étaient en train de discuter des arrangements de sécurité au Darfour.

En effet, interrogé par l'AFP, un responsable au bureau du porte-parole de l'armée soudanaise a démenti qu'une telle attaque ait eu lieu.

"Ces informations sont étranges, nos forces ne peuvent pas attaquer le SLM, nous respectons l'accord que nous avons conclu" avec ce mouvement, a dit ce responsable sous le couvert de l'anonymat.

"Il y a deux jours seulement, nous avons tenu une réunion avec M. Minawi et nous avons convenu de commencer à mettre en application les arrangements de sécurité prévus par l'accord", a-t-il ajouté.

"Lors de cette réunion, nous avons aussi discuté de l'intégration de 5.000 hommes des forces du SLM dans les troupes gouvernementales et 3.000 autres dans l'administration civile", a-t-il affirmé.

La guerre civile et ses conséquences sur le plan humanitaire ont fait au moins 200.000 morts au Darfour depuis février 2003

 

Septembre 2006

Le Congrès mobilisé pour le Darfour vote des sanctions

Agence France-Presse, Washington, 27 septembre 2006

 

Le Congrès américain a envoyé pour signature au président George W. Bush un projet de loi imposant des sanctions aux responsables du «génocide» en cours au Darfour, salué mardi par ses promoteurs comme «un pas modeste mais significatif dans la bonne direction».

Le texte, adopté définitivement lors d'un vote par consensus de la Chambre des représentants lundi soir, impose des sanctions ciblées visant des individus «responsables de génocide, crimes de guerre ou crimes contre l'humanité au Darfour», une province de l'ouest du Soudan en proie à la guerre civile.

Le projet de loi autorise par ailleurs l'administration Bush à apporter son soutien à la force de l'Union africaine déployée au Darfour en attendant l'arrivée de Casques bleus de l'ONU et réclame l'exclusion de Khartoum des Nations unies.

Tout en se félicitant de l'adoption de ce texte, le président de la commission des Affaires étrangères à la Chambre des représentants, Henry Hyde, a souligné qu'une simple loi ne suffirait pas à mettre fin au «génocide».

«Il faudra une campagne soutenue de pressions et de diplomatie énergique menée par ceux qui dans la communauté internationale sont prêts à se retrousser les manches, faire des choix difficiles et trouver des solutions improbables», a souligné M. Hyde.

« La Ligue arabe et la Conférence islamique, en particulier, devraient immédiatement condamner les atroces violences visant leurs frères musulmans et exiger que le gouvernement soudanais accepte le déploiement de gardiens de la paix de l'ONU», a-t-il ajouté.

Depuis le début du conflit en février 2003, au moins 200.000 personnes ont péri des effets de la famine, des combats, ou de la maladie, selon les Nations unies. Certaines sources estiment que ce bilan est nettement plus élevé.

 

Septembre 2006

Mme Rice demande au Soudan d'accepter la force de l'ONU au Darfour

Le discours de la secrétaire d'État américaine sur la politique étrangère des États-Unis à l'égard du Darfour

Gouvernement USA, 27 septembre 2006

 

« Le gouvernement du Soudan doit immédiatement et inconditionnellement accepter une force de maintien de la paix de l'ONU au Darfour », a affirmé la secrétaire d'État américaine, Mme Condoleezza Rice, le 27 septembre.

« Le temps des atermoiements est passé », a souligné Mme Rice dans un discours sur la politique des États-Unis à l'égard du Darfour prononcé à Washington, au siège de l'Académie pour le développement de l'éducation. Parrainée par le Sommet national sur l'Afrique, cette conférence faisait suite à la décision prise le 31 août par le Conseil de sécurité des Nations unies de transférer à une force plus étoffée de l'ONU la force de maintien de la paix de l'Union africaine au Darfour.

 

On trouvera ci-après les principaux extraits de ce discours.

 

(Début des extraits)

Allocution de la secrétaire d'État, Mme Condoleezza Rice

prononcée le 27 septembre 2006 devant l'Africa Society of the National Summit on Africa

(...)

L'Africa Society a une vision transformatrice de l'Afrique, et je tiens à ce que vous sachiez que c'est une vision que le président Bush et moi-même partageons. Comme vous, nous entrevoyons une Afrique où la paix est connue de tous, où la liberté est partagée par tous, où les possibilités se multiplient pour tous et où, fait encore plus important, les responsabilités sont acceptées par tous. Parce qu'elle soutient l'Afrique, l'Amérique aide aujourd'hui un nombre sans précédent dans son histoire de peuples du continent à construire leur vie dans l'espoir et la dignité.

Pourtant, pour trop d'hommes, de femmes et d'enfants de l'Afrique, ce rêve d'une vie meilleure reste hors de portée. Pour ces Africains qui ont trop peu voix au chapitre, vous êtes un moyen d'amener le monde à prendre conscience de leur situation. Votre militantisme aide de nombreux Africains, et cette aide n'est nulle part plus urgente ni plus nécessaire que dans la province du Darfour au Soudan.

Nous sommes parvenus à un moment critique au Darfour. Le gouvernement du Soudan a lancé une nouvelle offensive militaire. L'insécurité s'aggrave. Des innocents souffrent et meurent. La situation humanitaire, qui était déjà précaire, est sur le point de devenir complètement catastrophique. Et l'espoir de paix risque maintenant de s'effondrer.

(...)

L'Accord de paix global (CPA) signé en janvier 2005 est l'épure de la transformation démocratique au Soudan. Il tente de résoudre, pour la toute première fois, les problèmes politiques sous-jacents du pays. Il crée un nouveau cadre politique - le gouvernement d'unité nationale - par lequel le pouvoir et la richesse du gouvernement central peuvent être répartis entre les provinces marginalisées du Sud, de l'Ouest et de l'Est. Le CPA tente de créer, sur les ruines de la guerre, un environnement de sécurité et de stabilité qui est soutenu par 10.000 casques bleus de l'ONU. Cette force contribue à créer l'espace politique nécessaire à la réconciliation au Soudan, processus qui sera long et difficile, je n'en doute pas, mais qui pourrait, et devrait, conduire à la liberté, à la paix et au développement pour tous les Soudanais.

L'Accord de paix global demeure la feuille de route politique qui mènera à l'objectif largement partagé d'un Soudan uni, pacifique et démocratique. Mais alors même que nous étions en train de conclure cet accord, un autre conflit faisait éruption, cette fois au Darfour, à l'ouest du pays.

(...)

Invoquant des attaques de rebelles dans la zone, le gouvernement du Soudan a recruté une tribu d'Arabes nomades, appelés Djanjawids, qui haïssent depuis longtemps les Africains du Darfour du fait de disputes territoriales et de différences ethniques. Financés, armés et encouragés par le gouvernement soudanais, les Djanjawids ont attaqué village sur village au Darfour, torturant et exécutant les hommes et les garçons, et battant et violant les femmes et les filles.

(...)

Des centaines de milliers d'hommes, de femmes et d'enfants ont été assassinés. Près de deux millions d'autres - soit près de quatre fois la population de la ville de Washington - ont été chassés de leur foyer au Darfour. Les États-Unis ont appelé cette tragédie par le seul nom qui reflète sa signification, le seul nom qu'elle mérite : génocide.

(...)

Depuis le tout début de ce conflit, notre priorité la plus urgente a été d'atténuer les souffrances des gens qui habitent dans les camps et de garantir leur sécurité. Les États-Unis ont été le fer de lance de la réponse humanitaire de la communauté internationale et nous avons montré la voie par le biais de nos actions. Nous avons donné aux gens du Darfour des abris contre le soleil et la pluie ainsi que de la nourriture et de l'eau pour leur donner des forces afin qu'ils puissent surmonter les jours à venir. D'ailleurs, plus de 60 % de la totalité des vivres que le Programme alimentaire mondial distribue à l'heure actuelle au Darfour sont payés par le peuple américain. Nous travaillons également à améliorer les conditions sanitaires et à soigner les malades, les blessés et les mutilés. Et pour le très grand nombre de personnes - surtout des femmes et des filles - pour qui les pires blessures sont enfouies au plus profond d'elles-mêmes, nous appuyons le travail d'âmes généreuses qui peuvent les aider à surmonter leur indicible traumatisme.

Rien de tout ceci n'aurait été possible sans nos partenaires du Congrès. Ces deux dernières années, les États-Unis ont alloué plus de 1,3 milliard de dollars à l'aide aux peuples du Darfour et du sud du Soudan. Aujourd'hui, je voudrais remercier le Congrès pour son engagement et sa compassion.

(...)

Nous continuerons à faire tout ce qui est en notre pouvoir pour atténuer les souffrances du peuple du Darfour, mais notre but est, et doit être, encore plus ambitieux : nous ne voulons pas que le peuple du Darfour vive jusqu'à la fin des temps dans des camps de réfugiés ; nous voulons l'aider à rentrer chez lui et à vivre en paix. La situation à l'origine de cette guerre était incohérente et funeste. Elle s'était détérioriée à plusieurs reprises, avec à chaque fois d'horribles conséquences pour la population. Ainsi, pour empêcher que cela ne se reproduise - dans un mois, dans un an ou dans dix ans - et pour tracer la voie conduisant à une véritable paix durable, ainsi que nous l'avons fait pour le nord et le sud du Soudan avec l'Accord de paix global (CPA), nous œuvrons à trouver des solutions aux racines politiques du conflit au Darfour.

Sur ce front, une percée s'est produite en mai grâce à la négociation de l'Accord de paix sur le Darfour. Ce document ne crée pas la paix ; il donne les grandes lignes des principes qui sous-tendent la paix et met en place le cadre politique pour les traduire dans la réalité, notamment des accords pour partager le pouvoir équitablement, pour distribuer la richesse équitablement, pour coopérer en matière de sécurité et pour encourager la confiance et la réconciliation. Le gouvernement soudanais a signé cet accord, de même que le Mouvement de libération du Soudan, dirigé par Minni Minnawi. Deux autres groupes rebelles ne l'ont pas signé. Il n'en demeure pas moins qu'en énonçant les grandes lignes d'un nouvel accord politique entre le gouvernement du Soudan et le peuple du Darfour, l'Accord de paix sur le Darfour pourrait être un complément utile et nécessaire au CPA.

Cependant, le gouvernement du Soudan relance à l'heure actuelle son offensive militaire contre les rebelles, affaiblissant ainsi l'Accord de paix sur le Darfour et nos efforts humanitaires collectifs. Comme par le passé, la nouvelle campagne de violence du gouvernement cible la population du Darfour, et c'est elle qui souffre le plus. La sécurité faisant défaut, le personnel humanitaire n'est pas en mesure d'accéder aux centaines de milliers de personnes se trouvant dans les camps. Si elles n'ont pas de nourriture, d'eau ou une autre forme d'assistance dans les mois prochains, elles souffriront toutes, et nombre d'entre elles périront.

Il faut éviter à tout prix une telle tragédie, et le président Bush s'est personnellement engagé à le faire. La semaine dernière, dans son discours devant l'Assemblée générale des Nations unies, le président a réitéré son appui solide au peuple du Darfour, et il a nommé M. Andrew Natsios, l'ancien directeur de l'Agence des États-Unis pour le développement international (USAID), en tant que son envoyé spécial pour le Soudan.

(...)

À ce moment crucial en ce qui concerne le Darfour, trois mesures supplémentaires s'imposent :

Premièrement, il faut immédiatement instituer un cessez-le-feu. Le gouvernement du Soudan doit cesser ses opérations militaires et les rebelles qui ne sont pas signataires de l'Accord de paix pour le Darfour doivent cesser les combats et signer cet acccord. Il n'est pas question de renégocier l'accord, mais nous avons des consultations avec les rebelles qui souhaitent la paix. Nous cherchons à répondre à leurs préoccupations légitimes. Nous leur accorderons un appui s'ils choisissent la paix. Mais, si les rebelles devaient refuser, ils s'exposeraient à de graves conséquences, notamment à des sanctions ciblées de la part de l'ONU.

Deuxièmement, pour aider à stabiliser le Darfour, pour protéger les centaines de milliers d'êtres humains dont la vie est actuellement menacée, et pour aider toutes les parties à appliquer l'Accord de paix au Darfour, le gouvernement du Soudan doit immédiatement et inconditionnellement accepter une force de maintien de la paix de l'ONU au Darfour. Nous applaudissons à tous les efforts qu'a consentis l'Union africaine en vue de protéger les populations du Darfour, ainsi qu'à sa décision de prolonger sa mission, assurant ainsi que pas un jour ne se passe qu'il n'y ait des forces de maintien de la paix sur le terrain. Mais en fin de compte, il est impossible à 7.200 personnes de sécuriser efficacement une région de la taille du Texas. L'Union africaine a fait tout ce qu'elle pouvait étant donné les circonstances, et elle a maintenant réclamé une aide internationale - pas une fois, ni deux, mais trois fois.

Le mois dernier, le Conseil de sécurité de l'ONU a répondu à l'appel, et nous avons adopté la résolution 1706, prévoyant la transition de la mission de l'Union africaine à une force de maintien de la paix de l'ONU plus étoffée, plus robuste, dotée de plus de 20.000 nouveaux soldats et policiers. Il reste une source principale d'opposition à cette ligne d'action, à savoir le gouvernement soudanais. Je m'empresse de noter, cependant, que cette opposition à une force de l'ONU ne fait pas l'unanimité au sein du gouvernement d'unité nationale et nous nous félicitons de l'appui apporté par le Mouvement soudanais de libération nationale et par le Mouvement de libération du peuple soudanais.

Les autorités soudanaises sont mises, à présent, en face d'une décision claire et de grande portée, en fait la même décision qu'elles ont dû prendre lorsque nous avons tenté de mettre fin à la guerre civile entre le Nord et le Sud. Il s'agit du choix entre la coopération et l'affrontement.

Si le gouvernement soudanais choisit la coopération - s'il collabore avec les Nations unies et accueille la force de l'ONU au Darfour - il trouvera dans les États-Unis un partenaire dévoué. Et ainsi que le président Bush l'a indiqué dans sa lettre récente au président El-Béchir, nous serons prêts à examiner tous les aspects de nos relations bilatérales et à travailler en faveur de notre objectif commun d'un État soudanais unifié, démocratique et en paix.

Mais si le gouvernement soudanais opte pour l'affrontement - s'il continue à faire la guerre à ses propres citoyens, à défier l'Union africaine, à déstabiliser sa force de maintien de la paix et à menacer la communauté internationale - alors le régime de Khartoum sera tenu pour responsable et devra en supporter seul les conséquences. La communauté internationale doit clairement signifier aux dirigeants soudanais que tel est le choix qui leur est posé.

Le gouvernement soudanais dit qu'il veut un État stable et de bonnes relations avec la communauté internationale. Mais son comportement crée précisément le contraire : l'instabilité et l'isolement. La présence d'une force de l'ONU au Darfour contribuerait à inverser cela : elle sécuriserait la région, stabiliserait le pays, profiterait au peuple soudanais et servirait ainsi les intérêts du gouvernement soudanais lui-même. Les forces de maintien de la paix jouent déjà ce rôle dans la partie méridionale du Soudan ; elles devraient pouvoir faire de même au Darfour et le faire maintenant.

Si le gouvernement soudanais veut devenir un membre respecté de la communauté internationale, il doit agir en tant que tel et se comporter de façon responsable. Le temps des atermoiements est passé, il est temps d'agir. Nous ne pouvons accepter l'opposition du Soudan. Puisque le gouvernement soudanais ne va pas sauver la vie de ses propres citoyens, les Nations unies doivent agir.

Une fois les casques bleus déployés au Darfour où ils aideront à protéger les innocents et à mettre en application l'Accord de paix au Darfour, une dernière étape sera nécessaire : la transition d'un effort humanitaire à un travail de reconstruction, afin d'aider les habitants du Darfour à rentrer chez eux et à reconstruire leur vie.

Ce sera une entreprise monumentale. La plupart des victimes du conflit au Darfour ne trouveront quasiment plus rien à leur retour. Elles auront besoin d'aide pour recouvrer leurs biens perdus. Des programmes d'eau seront nécessaires pour rétablir les moyens de vie de la population et pour atténuer les futurs conflits. Le défi qui se pose au gouvernement d'unité nationale du Soudan n'est rien de moins que la transformation du Darfour. Le Soudan dirigera lui-même son effort de développement. Nous le soutiendrons. Et la générosité du monde sera plus importante que jamais, dès maintenant et pour de nombreuses années à venir.(...)

 

Septembre 2006

Darfour : c'est au monde de convaincre le gouvernement soudanais, par Kofi Annan

Kofi Annan secrétaire général de l'ONU.

 

Le Figaro, 23 septembre 2006

 

La lueur d'espoir qu'a suscité, pour beaucoup d'entre nous, la signature de l'accord de paix au Darfour, il y a quatre mois – bien que seulement par deux des parties – s'éteint en raison de la reprise des combats entre les factions. En violation de l'accord, des milliers de soldats de l'armée soudanaise ont été déployés dans la région, laquelle est soumise à de nouveaux bombardements aériens.

Je condamne vigoureusement cette escalade. Le gouvernement soudanais devrait immédiatement mettre fin à son offensive. Toutes les parties devraient tenir leurs promesses et respecter les résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies.

Ces derniers affrontements ont encore aggravé la détresse de la population du Darfour, qui n'a déjà que beaucoup trop souffert. Le nombre total de déplacés est maintenant de 1,9 million. Près de 3 millions de personnes sont tributaires de l'aide internationale pour l'alimentation, les abris et les soins médicaux et, du fait des combats, il est maintenant beaucoup plus difficile pour le personnel humanitaire de leur porter secours. Les agents humanitaires eux-mêmes sont de plus en plus souvent la cible de violences brutales, d'attaques physiques et de dénigrements rhétoriques, et douze d'entre eux ont été tués au cours des deux derniers mois seulement.

Il y a un an, les dirigeants mondiaux, réunis à l'ONU, ont reconnu que tous les États avaient la responsabilité de protéger leur population contre le génocide, les crimes de guerre, le nettoyage ethnique et les crimes contre l'humanité. Le gouvernement soudanais, s'il faillit à cette responsabilité sacrée, encourra l'opprobre et la disgrâce dans toute l'Afrique et, en fait, dans le monde entier. Ni ceux qui décident de poursuivre une telle politique ni ceux qui l'exécutent ne devraient s'imaginer qu'ils ne seront pas tenus responsables.

J'engage à nouveau vivement le gouvernement à éviter une telle situation en acceptant la décision du Conseil de sécurité de déployer une opération de maintien de la paix des Nations unies qui serait mieux équipée et mieux financée que l'actuelle mission de l'Union africaine et aurait un mandat plus clair, lui permettant de protéger les personnes en danger.

Quelque 10 000 Casques bleus sont déjà au Soudan. Pendant plus d'une année, ils ont contribué à mettre en oeuvre l'accord de paix entre le nord et le sud du pays. Le 31 août, le Conseil de sécurité, tout en réaffirmant clairement son attachement à la souveraineté, à l'unité, à l'indépendance et à l'intégrité territoriale du Soudan, a autorisé le déploiement de contingents supplémentaires dont les effectifs comprendraient 17 300 hommes au maximum, pour faire la même chose au Darfour contribuer à l'application de l'Accord de paix et permettre à la population de la région de vivre dans la paix et la dignité. Il n'y a dans cette entreprise aucune intention cachée ni aucune ambition, uniquement le désir de porter assistance. Mais le gouvernement soudanais a jusqu'à présent refusé son consentement.

Le déploiement de soldats des Nations unies supplémentaires prendra en tout cas du temps. C'est pourquoi le Conseil de sécurité a également demandé le renforcement de la Mission de l'union africaine (MUAS), afin qu'elle puisse poursuivre son action jusqu'à l'arrivée de l'ONU. Les Africains eux-mêmes ont à plusieurs reprises demandé ce transfert mais ils ont déclaré aussi clairement qu'entre-temps leurs contingents, qui se sont acquittés de leur mission avec vaillance dans des conditions très difficiles, ont besoin de ressources supplémentaires.

L'ONU et l'Union africaine sont donc convenues d'une série de mesures d'appui de l'Organisation à la MUAS , afin de permettre à la Mission de poursuivre son action pendant la période de transition cruciale. Mais celle-ci devra également recevoir un appui accru de ses partenaires directs parmi la communauté des donateurs, notamment la Ligue des États arabes, qui a offert un soutien crucial, tout en déclarant que la MUAS devrait maintenir sa présence jusqu'à la fin de l'année.

J'ai tenté à diverses reprises d'expliquer la transition au gouvernement et de dissiper les malentendus ou les mythes. En public et en privé, j'ai mis l'accent sur la situation humanitaire et fait appel au bon sens pragmatique du gouvernement.

Mais ma voix n'a pas suffi. Les citoyens et les gouvernements doivent se faire entendre. Quiconque, en Afrique ou au-delà, est en mesure d'influencer le gouvernement soudanais doit le faire sans délai.

Le Conseil de sécurité, et en particulier ses cinq membres permanents – Chine, États-Unis, France, Royaume-Uni et Russie – assument une responsabilité particulière et doivent faire en sorte que le message à l'adresse du gouvernement soudanais soit fort, clair et uniforme. Mais chaque voix fait une différence ; la responsabilité est donc partagée entre nous tous. J'exhorte chacun à joindre sa voix à la mienne et à demander au gouvernement soudanais d'embrasser l'esprit de la résolution du Conseil de sécurité, de donner son consentement à la transition et de poursuivre le processus politique avec une énergie et une détermination nouvelles.

Il ne peut y avoir de solution militaire à la crise du Darfour. Toutes les parties auraient dû comprendre maintenant, après tant de morts et de destructions, que seul un accord politique, auquel participeraient pleinement toutes les parties concernées, peut apporter une paix réelle à la région.

Il y a douze ans, l'ONU et le monde ont failli à leurs obligations à l'égard du peuple rwandais à un moment de détresse. Pouvons-nous maintenant, en toute conscience, assister, passifs et indifférents, à la tragédie qui s'aggrave au Darfour ?

 

Septembre 2006

 

L'Union africaine prolonge sa mission au Darfour

Le Monde, Philippe Bolopion et Jean-Philippe Rémy, 22 septembre 2006

 

New York (Nations Unies), Nairobi correspondants

 

Trois mois et après ? La décision du Conseil de paix et de sécurité de l'Union africaine réuni à New York, mercredi 20 septembre, de prolonger de trois mois la présence de son contingent de 7000 hommes au Darfour vise à éviter une catastrophe humanitaire massive. Elle n'est qu'une solution temporaire –prise en marge de l'Assemblée générale des Nations unies-, mais indispensable tant que le régime de Khartoum continue de s'opposer au déploiement de casques bleus de l'ONU, réclamé en août par le Conseil de sécurité.

Sur ce point, le président soudanais, Omar Al-Béchir, demeure inflexible, qualifiant ce projet de « complot sioniste » dont l'objectif serait de « démembrer » le Soudan et de « piller » son pétrole.

Le président américain, Georges Bush, à quant à lui affirmé qu'un « génocide » est en cours au Darfour, mené par les forces soudanaises et leurs milices arabes.

 

Réuni en marge de l'Assemblée générale de l'ONU, qui rassemble à New York les dirigeants de la planète, le Conseil de paix et de sécurité de l'Union africaine (UA) a décidé, mercredi 20 septembre, de proroger de trois mois le mandat de ses troupes au Darfour. Les 7 000 "casques verts" de la Mission de l'Union africaine au Soudan (MUAS) vont donc poursuivre leur mission jusqu'au 31 décembre dans l'ouest du Soudan, au lieu de plier bagage fin septembre, comme cela était initialement prévu, au moment même où une offensive gouvernementale est en cours.

Le prolongement du mandat des forces africaines n'est qu'une solution provisoire. Elle est rendue indispensable par le refus de Khartoum d'accepter le déploiement, réclamé par le Conseil de sécurité de l'ONU, de près de 17 000 casques bleus et de 3 000 policiers civils. Cette force devrait éviter au Darfour, vaste comme la France , de subir une catastrophe à grande échelle alors que le gouvernement soudanais a massé dans la région des dizaines de milliers d'hommes et a lancé, fin août, une offensive contre les rebelles non signataires d'un accord de paix déjà défunt. Aux côtés des troupes régulières soudanaises, différents corps de milices, parmi lesquels les "janjawids" (cavaliers arabes) responsables de tant d'abominations, sont à nouveau activés ou viennent d'être recrutés, comme dans le Darfour Sud, tandis que les bombardements à l'aveuglette font déjà de nombreuses victimes.

Déployée à une période où la situation militaire était plus calme, la MUAS avait été, en dépit de ses efforts, dans l'impossibilité de protéger les populations du Darfour, faute de moyens, d'hommes et d'un mandat approprié. Face à la reprise de la guerre civile, la question de l'efficacité de la mission se pose à présent de manière aiguë. Au cours de ces trois mois supplémentaires, la MUAS devrait être renforcée, grâce à "des contributions de pays africains, un soutien logistique et matériel de l'ONU et un financement de la Ligue arabe" , selon le président du Conseil de paix et de sécurité de l'UA, le président burkinabé, Blaise Compaoré.

 

Cri d'alarme

 

L'aide des pays contributeurs africains ne devant pas fondamentalement évoluer, la nouveauté réside surtout dans l'implication des Nations unies. Le chef des opérations de maintien de la paix de l'ONU, Jean-Marie Guéhenno affirme que l'ONU pourrait fournir, en plus d'équipements, "des experts techniques dans les domaines logistique, militaire, de la communication et de l'information" , tout en précisant que l'Organisation "ne financera pas la mission de l'Union africaine" .

Ces arrangements ne constituent qu'une parenthèse, alors qu'aucune question cruciale sur l'avenir du Darfour n'a été résolue. Le Soudan est non seulement opposé au déploiement d'une force de l'ONU, mais également au principe du transfert du mandat de la MUAS à l'ONU, principe auquel l'Union africaine est très attachée pour ne pas donner l'impression de quitter le Darfour sur un échec, sachant aussi que ses hommes devraient être versés dans la mission onusienne.

Le Soudan a averti plusieurs fois, au cours des semaines écoulées, qu'il demanderait le départ de la MUAS si l'Union africaine persistait dans sa volonté de transmettre son mandat à l'ONU. Aucune décision claire n'avait, semble-t-il, été prise à cet égard, mercredi soir. Pourtant, la pression internationale augmente pour contraindre Khartoum d'accepter le déploiement de casques bleus.

Devant l'Assemblée générale de l'ONU, le président américain, George Bush, a de nouveau affirmé, mardi, qu'un "génocide" était en cours au Darfour, où plus de 200 000 personnes ont péri depuis 2003. Il a aussi évoqué pour la première fois l'éventualité que l'ONU se passe de l'autorisation du Soudan pour intervenir, solution qui passerait par le vote d'une résolution contraignante, encore hypothétique.

A la même tribune, le président français, Jacques Chirac, a pour sa part lancé un cri d'alarme contre le "crime contre l'humanité" menaçant la région, et appelé "solennellement" le Soudan à accepter le déploiement de casques bleus.

Mais à New York, le président soudanais, Omar Al-Bachir est demeuré inflexible, qualifiant le projet de "complot sioniste" dont l'objectif serait de "démembrer" le Soudan et de "piller" son pétrole. Rien ne laissait envisager, mercredi, un revirement de Khartoum, en dépit des propositions de dirigeants africains qui suggèrent que la force onusienne soit commandée par un Africain et composée en majorité de pays du continent.

 

Septembre 2006

La Cour pénale internationale ne parvient pas à mener ses enquêtes

Le Monde, La Haye , Stéphanie Maupas, 22.septembre 2006

 

La présidente du Haut commissariat aux droits de l'homme (HCDH) des Nations unies, Louise Arbour, a demandé, lundi 18 septembre, que tout soit fait "pour soutenir le travail de la Cour pénale internationale (sur le Darfour) et pour jeter les fondements d'une juridiction universelle face à des crimes de cette ampleur" . De retour de sa dernière visite dans cette province de l'ouest du Soudan, en mai, elle estimait déjà "essentiel que la Cour exerce son mandat dans cette affaire de façon musclée et visible".

Le 31 mars 2005, la Cour pénale internationale (CPI), basée à La Haye , avait été saisie par le Conseil de sécurité des Nations unies sur la base d'un rapport établi par une commission d'enquête internationale. Le procureur, Luis Moreno Ocampo, avait ouvert une enquête, tout en prenant ouvertement ses distances, en gage d'indépendance, avec les experts de cette commission. Leur rapport, un véritable acte d'accusation de 204 pages, concluait que des crimes contre l'humanité étaient commis au Darfour et établissait une liste confidentielle de 51 responsables. Mais au Conseil de sécurité, en juin 2006, le procureur Luis Moreno Ocampo a présenté un bilan d'étape mitigé : "L'insécurité permanente qui prévaut au Darfour empêche la conduite effective d'enquêtes , a-t-il dit, notamment en raison de l'absence de système opérationnel et durable de protection des victimes et des témoins."

De ce fait, la CPI a dû ouvrir l'un de ses bureaux au Tchad voisin et a conduit ses premiers interrogatoires dans une quinzaine de pays différents. Et ses six visites à Khartoum ont surtout porté sur l'évaluation du système judiciaire national. A ce jour, le parquet n'a donc pu présenter aucun mandat d'arrêt.

Invité par les juges à "proposer des solutions pour la protection des éléments de preuves et des témoins victimes" , le président de la commission d'enquête internationale - qui n'est autre que l'ancien président du tribunal dédié aux crimes de l'ex-Yougoslavie, Antonio Cassese - critique la politique du parquet. Il lui reproche de ne pas utiliser les recours judiciaires qui permettraient, à défaut de boucler des affaires, de renforcer les menaces sur Khartoum. Entre autres mesures, il propose d'acter l'absence de coopération des autorités soudanaises en saisissant les juges, puis le président de la juridiction qui pourraient informer le Conseil de sécurité de l'obstruction des responsables soudanais.

L'objectif de . assese est de faire peser une menace judiciaire sur des personnes capables de dissuader les auteurs des crimes. Il s'agirait, par exemple, d'inculper "ceux qui sont en position de faire arrêter les viols" et qui ne le font pas. Sont visés des responsables hiérarchiques intermédiaires. Ainsi menacés de poursuites judiciaires, on attend d'eux qu'ils saisissent la justice de leur propre pays contre les criminels.

Dans sa réponse écrite du 11 septembre, le procureur rappelle ne pas être tenu de sécuriser la province du Darfour. Cette charge revient au gouvernement soudanais et aux forces de l'Union africaine. En l'état, écrit-il, il ne peut donc répondre à "son obligation de protéger les victimes et les témoins du Darfour" .

 

Septembre 2006

 

La prolongation du mandat de la mission de maintien de la paix de l'Union Africaine n'est qu'un premier pas

Amnesty International, 21 septembre 2006

 

Communiqué de presse

 

Réagissant à l'accord donné par le gouvernement soudanais à une prolongation du mandat de la mission de maintien de la paix de l'Union africaine (UA) au Soudan, ce 21 septembre, Amnesty International a déclaré que cela constituait un premier pas en vue de la protection des civils au Darfour, mais que le déploiement de forces de maintien de la paix des Nations unies devrait suivre.

« La population du Darfour a besoin des forces de maintien de la paix des Nations unies maintenant , a déclaré Irene Khan, secrétaire générale d'Amnesty International. L'accord donné par le gouvernement soudanais à une prolongation du mandat de la Mission de l'Union Africaine au Soudan (MUAS) ne constitue pas une concession majeure. C'est le minimum absolu de ce qui est requis si l'on veut protéger la population du Darfour et l'Union africaine devra être remplacée, le plus tôt possible, par une force de maintien de la paix des Nations unies. »

Le Conseil de Paix et de Sécurité de l'Union africaine a rendu publique ce 21 septembre une déclaration exprimant l'intention de cette organisation de prolonger jusqu'au 31 décembre 2006 le mandat de la Mission de l'Union Africaine au Soudan (MUAS). Il a également réitéré son soutien au remplacement des troupes de l'UA par une force de maintien de la paix des Nations unies. « Les jeux politiques du gouvernement soudanais durent depuis trop longtemps – et ces jeux ont coûté la vie à beaucoup de femmes, d'hommes et d'enfants au Darfour , a déclaré Irene Khan. La communauté internationale ne peut accepter de compromis en matière de droits humains. Les droits des civils au Darfour ne peuvent faire l'objet de marchandages juste pour boucler un dossier politique. « La prolongation du mandat de la MUAS ne dispense en aucune manière la communauté internationale de son devoir de maintenir la pression sur le Soudan pour qu'il accepte l'envoi de casques bleus des Nations unies. 

 

Septembre 2006

Darfour : l'ONU salue la prorogation de la mission de l'union africaine jusqu'en décembre

Nations Unies , New York , 21 septembre 2006

 

Le Secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, a salué aujourd'hui la décision de l'Union africaine (UA) prise hier d'étendre le mandat de son opération au Darfour jusqu'à la fin du mois de décembre, ce qui permettra d'éviter un vide sécuritaire dans la région à la fin du mois de septembre.

Dans un message transmis aujourd'hui par son porte-parole, Kofi Annan a salué le soutien du Conseil de paix et de sécurité de l'UA aux efforts des Nations Unies visant à renforcer Mission de l'UA au Soudan (MUAS).

Le Conseil de paix de l'UA a décidé hier à New York de proroger le mandat de la MUAS jusqu'au 31 décembre 2006 qui devait expirer à la fin du mois. La MUAS qui comprend 7.000 hommes devait être remplacée par une mission de l'ONU devant compter 17.300 soldats et un équipement militaire efficace.

Le Conseil de sécurité a autorisé le 31 août le déploiement au Darfour d'une force des Nations Unies, invitant le gouvernement soudanais à consentir à un tel déploiement.

Etant donné le refus persistant du gouvernement du Soudan d'autoriser une telle mission, le Représentant spécial du Secrétaire général pour le Soudan, Jan Pronk, a estimé que la décision de l'UA permettra d'éviter un vide sécuritaire dans la région du Darfour, dépêche du 20.09.2006.

Dans son message, Kofi Annan a aussi indiqué que l'ONU apporterait un soutien d'urgence dans le domaine logistique, militaire et dans celui du conseil à la police civile, au déminage, à la communication et à la mise en oeuvre de l'accord de paix sur le Darfour.

Une réunion sur le déploiement des casques bleus au Darfour, organisée par le Département des opérations de maintien de la paix (DPKO), est prévue lundi à New York.

Près de 140 pays devraient assister à cette réunion.

Le conflit du Darfour qui a démarré en 2003 a déjà fait plus de 200 000 morts. L'accord de paix qui a été signé en mai entre gouvernement du Soudan et une partie des rebelles n'a pas mis fin aux combats. L'insécurité et l'impunité continuent de régner au Darfour. Les agences des Nations Unies rappellent que les massacres, les viols et les pillages se poursuivent.

 

Septembre 2006

Darfour : Réaction du Parti communiste français

L'humanité, bureau politique, 21 septembre 2006

 

La guerre civile provoquée par les exactions de l'armée soudanaise et ses milices ont provoqué une crise humanitaire au Darfour (Soudan) qui s'aggrave dramatiquement de jour en jour.

Depuis 2003 c'est 300 000 personnes qui ont été massacrées, plus 2,5 millions ont été chassées de leurs terres, conséquences des exactions des milices Djanjawids et des forces gouvernementales.

Attaques indiscriminées et meurtres de civils, tortures, disparitions et déplacements forcés, viols, pillages…sont le lot quotidien des hommes, des femmes et enfants du Darfour.

Le Haut Commissariat pour les Réfugiés de l'ONU alerte sur le fait que la dégradation de la situation menace de provoquer une nouvelle vague de déplacement massif qui pourrait déstabiliser la région entière et entraîner une catastrophe humanitaire majeure.

Par ailleurs le représentant du secrétaire général de l'ONU pour le Darfour vient d'affirmer que l'accord de paix signé en mai, sous la pression de Washington, de Londres et de Paris, entre le gouvernement soudanais et une faction des rebelles du Darfour était « pratiquement mort », ce qui ne fait qu'accentuer les risques.

Le Parti communiste français demande avec force que soient prises des mesures d'urgence sous l'égide le l'ONU :

 

- Le maintien et le renforcement de la force de l'Union Africaine qui doit disposer des moyens nécessaires pour remplir sa mission, avec à ses côtés une force de sécurisation des Nations-Unies ne comportant, comme le demandent le Parti communiste et les progressistes soudanais, ni de troupes américaines, ni de troupes de l'OTAN.

 

- L'augmentation de l'aide humanitaire au niveau nécessaire et sa sécurisation : douze travailleurs humanitaires ont été tués depuis le mois de mai, les convois sont régulièrement attaqués et les véhicules volés.

 

- La relance du règlement politique de la crise par la négociation entre les parties concernées, sous l'égide de l'Union africaine, avec le soutien et l'engagement de l'ONU.

 

- Le jugement des responsables des crimes et des exactions par le Tribunal pénal international.

 

Septembre 2006

 

Le Soudan salue le maintien de la force de l'UA au Darfour

Le Monde avec l'AFP 21 septembre 2006

 

Le gouvernement soudanais a salué jeudi la décision de l'Union africaine de maintenir sa force au Darfour, région de l'ouest en proie à une guerre civile, au-delà de la fin de son mandat.

"La prolongation (du mandat) est saluée", a déclaré à l'AFP le ministre d'Etat aux Affaires étrangères, Al-Sammani al-Wasila al-Sammani.

La décision de l'UA, prise mercredi lors d'une réunion à New York, devrait calmer pour l'instant la tension entre Khartoum et la communauté internationale, qui voulait un déploiement de casques bleus au Darfour en remplacement de la force africaine, ce que le président soudanais Omar al-Béchir refusait catégoriquement.

"Cela aurait été encore mieux si (le mandat) avait été prolongé de six mois par exemple car les troupes africaines sont devenues familières avec la région et sa population", a ajouté M. Sammani, en référence à la prorogation décidée de trois mois, jusqu'au 31 décembre.

"Je pense qu'il est plus facile pour la communauté internationale d'aider financièrement et techniquement les forces de l'UA déjà sur place, au lieu de commencer à zéro avec d'autres forces, comme celles de l'ONU", a-t-il estimé.

Le responsable a qualifié de "très importante" la décision de l'UA de demander aux parties non signataires de l'accord de paix d'Abuja, conclu en mai par Khartoum et le principal groupe rebelle du Darfour, le Mouvement de libération du Soudan (SLM), de le parapher.

"Cette décision est très importante car la sécurité et la paix dans la région seront garanties si ces mouvements signent l'accord de paix", a-t-il dit.

Mardi, le président soudanais s'était dit prêt à accepter le maintien de la force de l'UA au Darfour "jusqu'à ce que la paix soit rétablie". Il s'était même déclaré favorable au renforcement de cette mission d'environ 7.200 hommes mal équipée et sous-financée, pour peu que les renforts proviennent d'Afrique et qu'elle reste sous commandement de l'UA.

La communauté internationale souhaite que les casques bleus remplacent les soldats africains qui ont des moyens trop limités pour pouvoir faire respecter l'accord d'Abuja et protéger les civils au Darfour.

La guerre civile et ses conséquences humanitaires ont fait au moins 200.000 morts au Darfour depuis février 2003.

 

Septembre 2006

 

L'Union africaine prolonge jusqu'à la fin de l'année sa présence au Darfour

Le Nouvel Observateur avec l'AP, par Nick Wadhams, 20 septembre 2006

 

L'Union africaine (UA) a annoncé mercredi que le mandat de sa force au Darfour serait prorogé jusqu'à la fin de l'année, garantissant ainsi une présence internationale dans cette région de l'ouest du Soudan théâtre d'une grave crise humanitaire. Son mandat actuel devait s'achever le 30 septembre et Khartoum refuse que les Nations unies prennent le relais sur le terrain.

Selon l'accord conclu en marge de l'Assemblée générale des Nations unies à New York, l'ONU fournira à l'Union africaine du matériel et un soutien logistique. La Ligue arabe a également accepté d'apporter son financement, a indiqué le président du Burkina Faso Blaise Compaoré, chef du Conseil de sécurité et de la paix de l'UA.

Manquant de fonds, la force de l'Union africaine au Darfour est incapable de mettre un terme au conflit qui oppose les rebelles de la province au gouvernement soudanais, accusé d'avoir lancé les milices arabes, les Janjawid, contre les populations noires de la région.

Les Nations unies et de nombreuses organisations de droits de l'homme estiment que le conflit au Darfour a fait plus de 200.000 morts et 2,5 millions de déplacés depuis 2003.

Les dirigeants de l'UA et le Conseil de sécurité souhaitent que les Nations unies prennent le relais sur le terrain avec une force plus conséquente et mieux équipée. Le Conseil de sécurité a ainsi voté le mois dernier une résolution prévoyant le renforcement de la mission à hauteur de 20.000 hommes, contre les 7.000 actuellement déployés dans la province soudanaise, et lui donnant de nouvelles prérogatives dans la protection des civils.

Mardi, le président soudanais Omar al-Bashir a déclaré que son pays ne permettrait pas aux Nations unies de prendre le contrôle des forces de maintien de la paix au Darfour, estimant que les organisations humanitaires exagéraient leur évaluation de la crise.

A ce sujet, le nouvel émissaire américain au Soudan, Andrew Natsios, a indiqué mercredi que

l'administration Bush avait entamé des discussions avec les pays arabes pour les aider à convaincre Khartoum d'accepter la présence de l'ONU au Darfour.

La semaine dernière, l'acteur George Clooney a déclaré devant le Conseil de sécurité que des millions de personnes mourraient dans "le premier génocide du 21e siècle" s'il ne déployait pas des casques bleus au Darfour.

 

Septembre 2006

Réunions sur le Darfour en marge des débats à l'assemblée générale

Nations unies, New York , 20 septembre 2006

 

En marge du débat général, le Secrétaire général de l'ONU a assisté aujourd'hui à une réunion sur la situation au Darfour, organisée par le Conseil de sécurité de l'Union africaine (UA), avant la réunion lundi sur le déploiement des casques bleus dans la région, organisée par le Département des opérations de maintien de la paix (DPKO).

Cette réunion a eu lieu à la mission de l'UA à New York, a précisé Stéphane Dujarric, porte-parole de Kofi Annan, lors de son point de presse quotidien au siège de l'ONU.

Le porte-parole a par eurs annoncé que se tiendra lundi une réunion sur les contributeurs de troupes au Darfour, organisée à l'initiative du DPKO

Plus de 140 pays ont été invités à participer, a-t-il précisé.

Lors du débat général qui s'est ouvert hier à l'assemblée générale, certains Etats membres ont appelé au déploiement d'une force de l'ONU au Darfour. « Si le Soudan n'approuve pas le déploiement de cette force internationale, l'ONU doit agir parce que sa crédibilité en dépend », a estimé le président des Etats-Unis.

George W. Bush a par ailleurs annoncé qu'il avait décidé de nommer un Envoyé présidentiel spécial pour le Darfour, l'ancien administrateur d'USAID, Andrew Natsios.

Il a aussi rappelé que son pays avait choisi d'appeler « les atrocités qui y étaient commises par leur nom véritable, celui de génocide ».

Le président français a aussi exhorté la communauté internationale à « conjurer une nouvelle catastrophe humanitaire » et le Soudan à « accepter sans délai la mission de paix des Nations unies ». Avec le président de la Suisse , il a émis l'espoir que les criminels du Darfour ne restent pas impunis et soient jugés par la Cour pénale internationale (CPI)

La présidente du Libéria a dénoncé le manque de volonté de la communauté internationale concernant le déploiement d'une force des Nations Unies au Darfour.

Le président de la République du Congo, qui préside l'Union africaine, a pour sa part appelé le président soudanais à prendre « toute la mesure de la tragédie ».

Le Conseil de sécurité s'est par ailleurs réuni aujourd'hui sur le thème de la coopération avec les

organisations régionales dont l'UA. La question du Darfour a été abordée lors de la séance.

Lors d'une conférence de presse à New York, le président du Soudan, Omar Hassan Mohamed Al Bashir, est resté sur sa position selon laquelle « des ingérences intérieures visant à déstabiliser et à démembrer le Soudan ont transformé une question interne, qui relevait de la politique intérieure soudanaise, en un problème dont les ennemis du Soudan prétendent confier la solution aux Nations Unies ».

En dépit des appels répétés du Secrétaire général et du Conseil de sécurité, il a ajouté que « quelles que soient les conditions, son gouvernement n'autoriserait jamais le déploiement d'une force militaire des Nations Unies au Darfour en remplacement de celle de la Mission de l'Union africaine au Soudan, comme le demande la résolution 1706 du Conseil de sécurité ».

Le Conseil de sécurité a autorisé le 31 août le déploiement au Darfour d'une force des Nations Unies, qui pourra compter jusqu'à 17 300 soldats et qui sera chargée de relayer la mission de l'UA, invitant le gouvernement soudanais à consentir à un tel déploiement. Le Soudan s'y oppose toujours dépêche du 31.08.06).

Le conflit qui a démarré en 2003 a déjà fait plus de 200 000 morts. L'accord de paix qui a été signé en mai entre gouvernement du Soudan et une partie des rebelles n'a pas mis fin aux combats. L'insécurité et l'impunité continuent de régner au Darfour. Les agences des Nations Unies rappellent que les massacres, les viols et les pillages se poursuivent.

 

Septembre 2006

 

 

Darfour : épreuve de force diplomatique

La Croix , Pierre Cochez et Laurent d'Ersu , 20 septembre 2006

 

Le gouvernement soudanais bloque l'envoi de casques bleus au Darfour, objet d'une crise complexe alors qu'une catastrophe humanitaire menace la région

Pourquoi l'ONU ne peut-elle pas envoyer des casques bleus au Darfour ?

Bien que le Conseil de sécurité de l'ONU ait approuvé, le 31 août, le déploiement de 17 000 casques bleus au Darfour pour mettre fin à la guerre civile, c'est finalement un maintien de la force de l'Union africaine, déjà présente mais critiquée pour son impuissance, qui devrait être décidé au siège de l'ONU. Son mandat, qui devait s'achever le 30 septembre, devrait être prolongé de trois mois.

Le président soudanais Omar Al Béchir refuse en effet toujours l'arrivée de forces onusiennes, affirmant qu'elle constituerait une violation de la souveraineté du pays. Les analystes estiment que le gouvernement soudanais craint qu'un déploiement des forces de l'ONU ouvre la voie à l'arrestation de hauts responsables soudanais accusés d'avoir commis des crimes contre la population civile au Darfour. Même si, comme l'a déclaré mardi George W. Bush, « la crédibilité des Nations unies est en jeu », il semble clair qu'aucun État membre de l'ONU n'est prêt à fournir des troupes pour une intervention au Darfour si Khartoum s'y oppose.

Les Occidentaux et les responsables onusiens considèrent donc comme un moindre mal la présence prolongée des 7 000 hommes sous-équipés de la force africaine, qui assurent un minimum de protection aux populations civiles. Par ailleurs, même si Khartoum changeait soudain d'avis et autorisait le déploiement d'une force de l'ONU, celle-ci ne pourrait arriver sur le terrain avant janvier au plus tôt.

 

L'accord de paix du 5 mai est-il caduc ?

 

« L'accord de paix sur le Darfour n'a que quatre mois, mais il est presque mort. Il est dans le coma. Il aurait besoin d'un traitement intensif, mais il ne reçoit aucun soin. » Tel est le diagnostic dressé lundi dernier devant le Conseil de sécurité par l'iconoclaste représentant de l'ONU au Soudan, le Néerlandais Jan Pronk. Conclu sous forte pression américaine le 5 mai dernier à Abuja (Nigeria), l'accord n'a été signé que par Minni Minnawi, le chef du principal groupe rebelle, le Mouvement de libération du Soudan (SLM), récompensé par un poste de « conseiller spécial » du président soudanais,et par un entretien avec George W. Bush en juillet à la Maison-Blanche.

Lâché par une partie de ses troupes qu'il n'avait pas cru bon de consulter, Minnawi a atomisé le front rebelle. Les groupes armés non signataires ont été exclus des institutions, et notamment de la commission sur le cessez-le-feu, et n'ont pas tardé à reprendre les armes. De son côté, le régime de Khartoum a relancé ses attaques visant les zones rebelles, sans égard pour les civils. L'accord d'Abuja, tel qu'il est, apparaît donc dépassé, et seules de nouvelles discussions, précédées d'un cessez-le-feu, semblent pouvoir débloquer le processus de paix.

 

L'enjeu pétrolier interfère-t-il dans le conflit ?

 

Depuis 1999 et la remontée des cours du pétrole, les réserves africaines, et notamment soudanaises, intéressent les pays consommateurs. Au premier rang, la Chine , qui pour nourrir sa croissance s'assure l'approvisionnement de pays producteurs en dehors d'un Moyen-Orient jugé trop risqué. « Le Soudan fournit 7% des importations de brut de Pékin », estime Philippe Sébille-Lopez, auteur de Géopolitiques du pétrole (Éd. Armand Colin). Dans ce contexte, l'abstention de la Chine , début septembre, lors du vote à l'ONU sur l'envoi de casques bleus au Darfour, peut être comprise comme une volonté de ne pas froisser un fournisseur précieux.

La production de pétrole du Soudan est montée de 250 000 barils par jour en 2003 à 500 000 b/j cette année. Ce pétrole est exploité notamment par les compagnies chinoises CNPC, indienne ONGC et malaise Petronas. « Des Chinois, sans doute des militaires, ont aussi construit l'oléoduc de 1 500 km qui permet d'acheminer depuis avril le pétrole du bassin du sud-ouest jusqu'à Port Soudan », ajoute Philippe Sébille-Lopez.

À ce jour, il semble que ce soit surtout le sud du pays qui regorge d'hydrocarbures, la région du Darfour n'ayant pas de réserves connues. Celles de l'ensemble du pays sont estimées à 6,5 milliards de barils, mais une grande partie du sous-sol reste inexplorée. Aujourd'hui, avec un baril supérieur à 70 dollars, le pouvoir à Khartoum engrange des recettes importantes, lui permettant notamment de s'armer et de soutenir ses amis.

 

Quelle est la situation au sud du Soudan ?

 

Au sud du Soudan, un accord de paix a mis fin en 2005 à 21 ans de guerre civile. L'ancien chef rebelle Salva Kiir, aujourd'hui premier vice-président du pays, s'est clairement démarqué du président Al Béchir à propos du Darfour. Leader du Mouvement populaire de libération du Soudan (SPLM), il a plaidé pour le déploiement de casques bleus et critiqué l'attitude du régime.

Le SPLM n'a pas suffisamment de pouvoir au sein de l'appareil d'État pour infléchir sa position, et ne peut se permettre une rupture avec le Congrès national. Néanmoins, ce désaccord sur un sujet aussi crucial risque d'avoir un effet négatif sur la mise en œuvre de l'accord de paix au Sud. « À part quelques améliorations sur le plan de la sécurité, les progrès sont rares en ce qui concerne le partage du pouvoir et des richesses », notait en juillet Kofi Annan, le secrétaire général de l'ONU. Si l'on ne craint plus une reprise du conflit dans cette région, le processus semble en panne. Certains observateurs redoutent qu'une partie des 12 000 soldats de l'ONU déployés au sud du Soudan puisse être envoyée au Darfour, en cas d'accord à l'ONU.

 

Quel est l'impact sur le Tchad voisin ?

 

Après une accalmie de quelques mois, la tension s'est brusquement ravivée depuis une dizaine de jours dans l'est du Tchad, où l'armée a engagé le combat sur plusieurs fronts face à des rébellions divisées. Surprises en avril par une offensive repoussée à N'Djamena et à Adré, à la frontière du Darfour, les forces gouvernementales ont cette fois pris l'initiative, s'attaquant à des groupes rebelles basés dans les zones frontalières. On ignore à ce jour l'issue de cette offensive.

Selon plusieurs groupes rebelles, les zones de combat sont survolées par des avions de l'armée française, qui fournit depuis le début de la crise du renseignement et une aide logistique à l'armée tchadienne. Il semble que l'offensive au Darfour ait joué un rôle dans cette situation, en forçant les rebelles tchadiens, qui y ont leur base arrière, à franchir la frontière vers le Tchad.

 

Septembre 2006

L'Union africaine examine le maintien de sa force de paix au Darfour

Le Monde, par Jean-Philippe Rémy, 19 septembre 2006

 

L'heure des décisions pour le Darfour approche. Alors qu'une offensive des forces gouvernementales soudanaises est en cours dans l'immense région de l'ouest du pays, ravivant la guerre civile allumée en 2003, l 'Union africaine (UA) devait décider, lundi 18 septembre, du sort de sa mission au Darfour. Le Conseil de paix et de sécurité de l'organisme panafricain, réuni exceptionnellement à New York, doit statuer sur le renouvellement de sa mission de 7 000 hommes, qui expire théoriquement fin septembre. Le principe, initialement retenu, d'une passation de témoin entre l'Union africaine et 17 000 soldats de l'ONU demeure dans les limbes, en raison de l'opposition du Soudan. En revanche, les troupes gouvernementales, qui ont reçu des renforts estimés à 20 000 hommes par une source militaire occidentale présente au Darfour, ont lancé de nouvelles attaques contre les rebelles.

Les soldats de l'Union africaine n'ont joué, depuis leur déploiement, qu'un rôle de spectateurs, faute de moyens pour couvrir une région vaste comme la France , et ont même subi des attaques. Leur remplacement avait été formellement prévu par le vote d'une résolution des Nations unies, le 31 août. Selon le texte, leur déploiement est néanmoins soumis à l'approbation du gouvernement soudanais, qui s'y oppose formellement et entend, selon un observateur, "régler la question du Darfour par la force" . "Les forces de l'ONU dissimulent un autre dessein au Soudan, parce qu'elles ne viennent pas pour établir la paix au Darfour : elles veulent recoloniser le Soudan" , a déclaré le président soudanais, Omar Al-Bachir. Il a dénoncé avec vigueur, au cours des mois écoulés, la "tentative d'invasion" des Nations unies en promettant de faire du Soudan le "tombeau" des casques bleus.

Dimanche, une Journée internationale de mobilisation a été organisée à travers le monde, à l'appel de la coalition Sauvons le Darfour, qui regroupe une trentaine d'organisations derrière Amnesty International et Human Rights Watch. Des dizaines milliers de personnes se sont réunies dans plusieurs points de la planète, notamment à New York, pour réclamer le déploiement de casques bleus au Darfour.

Après deux années d'un calme si relatif qu'il n'a pas permis aux 2 millions de déplacés de rentrer dans leurs villages, un accord entre le gouvernement et une partie des factions rebelles du Darfour, signé le 5 mai à Abuja, au Nigeria, n'a fait que précipiter une nouvelle escalade militaire. Le texte, signé précipitamment sous pression américaine, n'a fait qu'émietter les mouvements armés. Il a été signé par Minni Arkou Minawi, l'un des chefs de l'Armée de libération du Soudan (SLA), mais rejeté par plusieurs autres responsables.

 

Septembre 2006

Interview de M. Jacques Chirac, Président de la République ,

accordée au quotidien USA Today, 19 septembre 2006. (extraits)

Question – Maintenant le Darfour. C'est un génocide, au ralenti, que nous sommes en train de voir se dérouler sous nos yeux. Que pouvons-nous faire pour que les autorités soudanaises autorisent le déploiement d'une force adéquate dans cette région ?

 

Le Président – Je suis très inquiet pour le Darfour. C'est une région très vaste, partie d'un pays qui est le plus grand d'Afrique, qui comporte beaucoup d'ethnies, beaucoup de gens qui s'opposent les uns aux autres, qui contestent le gouvernement. Il semble que le Président du Soudan, M. Béchir ait confirmé son intention de régler le problème par la force. En tout cas, c'est l'impression que nous avons depuis quelques jours, avec la reprise des bombardements.

Il y a déjà eu des millions de déplacés, des centaines de milliers de morts. C'est une situation absolument dramatique. C'est maintenant la fin de la saison des pluies, c'est-à-dire que tout le monde va pouvoir à nouveau se déplacer sur les routes. Combiné avec ces actions de force cette situation risque de provoquer, à nouveau des millions de déplacés, dans des conditions dramatiques, avec à nouveau, probablement, des milliers et des milliers de morts.

La force de l'Union africaine n'a à l'évidence pas la possibilité, ni les moyens, de maintenir l'ordre au Darfour.

C'est ce qui a conduit à l'idée de déployer une force importante de l'ONU, d'environ 20 000 hommes. C'était la voix de la sagesse. Nous soutenons cette position. Le problème, c'est que le Président Béchir refuse, dans l'état actuel des choses, l'entrée des forces de l'ONU au Soudan et au Darfour. J'aurai l'occasion demain, avec d'autres probablement, d'appeler solennellement l'attention de l'Assemblée générale de l'ONU sur les conséquences dramatiques de cette situation et sur la nécessité impérieuse d'y porter remède.

Je reconnais que le Président Béchir n'est pas seul, qu'il est soutenu par quelques pays, notamment de l'Afrique arabe. Je crois qu'il faut appeler l'attention de tous ces pays sur le nouveau drame qui est en train de se préparer. Il n'y a pas d'autre solution que l'entrée des forces de l'ONU au Darfour, et en nombre suffisant.

On peut sans doute, c'est le rôle du secrétaire général, faire en sorte que ces troupes soient pour l'essentiel, si possible, des troupes venant de pays musulmans. On peut rechercher des modalités, mais il n'y a pas d'autre solution que d'avoir des troupes de l'ONU pour maintenir l'ordre, sinon la situation risque de devenir dramatique.

 

Question – Quels moyens de pression avez-vous sur BECHIR ? Il est protégé par la Chine au Conseil de sécurité ?

 

Le Président – On doit pouvoir discuter avec les Chinois. Ce sont plutôt certains pays arabes qui le soutiennent.

 

Question – Vous pensez que ce sont eux le problème ?

 

Le Président – En tout cas, ce qui me parait nécessaire, c'est d'exercer une pression suffisante. C'est ce que je vais dire, demain. D'autres, probablement, le diront aussi. Exercer une pression suffisante sur le Président BECHIR pour qu'il accepte les troupes de l'ONU. Il n'y a pas d'alternative. L'alternative c'est le drame. La conviction de BECHIR qu'il pourra régler le problème par la force est totalement éronnée.

 

Question – De quels moyens disposez-vous pour que cette pression soit effective?

 

Le Président – La force de la communauté internationale, si elle se mobilise vraiment. En tout cas, la France sera, dans cette affaire, tout à fait sur la même ligne que les Etats-Unis pour mobiliser la communauté internationale.

 

Septembre 2006

M. Jacques Chirac, Président de la République invité de M. Jean-Pierre Elkabbach

Europe, 1 18 septembre 2006, (extraits),

Jean-Pierre Elkabbach - Toute l'attention du monde s'est portée sur le Liban, le Proche-Orient, l'Afghanistan, c'est normal étant donné les dangers. Mais il y a un endroit de l'Afrique qui vit une tragédie, le Darfour , avec des milliers de morts chaque semaine, contre l'indifférence et l'impuissance. Est-ce qu'il n'est pas temps pour la France , peut-être pour vous, de clamer, j'ai envie de dire de gueuler, haut et fort sa protestation.

 

Le Président - D'abord, tout le monde ne sait pas très bien ce que c'est que le Darfour, mais c'est une région immense, qui est à l'ouest d'un pays qui lui-même, le Soudan, est le plus grand de toute l'Afrique. C'est une région dans laquelle il y a de multiples ethnies, avec des oppositions entre elles qui ont conduit le gouvernement du Soudan à chercher à rétablir le calme par la force. Cela s'est traduit par deux millions de déplacés, dramatiquement, par des centaines de milliers de morts. Nous sommes à la veille d'un nouveau drame humanitaire parce que nous arrivons à la fin de la saison des pluies et que les gens ont continué ···.

 

Jean-Pierre Elkabbach - Qu'est-ce que l'on fait ?

 

Le Président - ···ce qui d'ailleurs a pour conséquence de risquer de déstabiliser l'ensemble des pays de la région.

 

Jean-Pierre Elkabbach - Qu'est-ce que l'on fait ?

 

Le Président - Alors il n'y a pas trente-six solutions, il n'y en a qu'une. Les pays de l'Union africaine ne peuvent pas assurer et ont dit qu'ils ne pouvaient pas assurer à terme, la sécurité du Darfour. Par conséquent, tout le monde s'est mis d'accord pour que l'ONU intervienne avec une force comprenant environ 20000 hommes. Tout le monde en est d'accord, le Secrétaire Général aussi.

 

Jean-Pierre Elkabbach - Sauf le pays concerné qui n'en veut pas ?

 

Le Président - Alors, il y a naturellement une opposition du Soudan qui ne veut pas que les forces de l'ONU, que les casques bleus de l'ONU viennent apporter la paix.

 

Jean-Pierre Elkabbach - Qu'est-ce que l'on fait, qu'est-ce que vous dites ?

 

Le Président - Eh bien, moi je ferais un appel solennel d'une part au Président du Soudan, pour qu'il accepte la venue de l'ONU, c'est un problème humanitaire, un problème de stabilité. C'est inadmissible ce qui se passe et ce qui va se passer, et je ferais un appel à l'ONU de confirmer sa volonté d'être présente au Soudan.

 

Septembre 2006

Interview accordée par M. Jacques CHIRAC, Président de la République à la chaîne américaine "CNN". (extraits)

Palais de l'Elysée - diffusée le 18 septembre 2006.

Question - Vous avez parlé du Darfour, vous croyez évidemment au multilatéralisme, aux Nations unies et à leur capacité à résoudre les problèmes. Pourquoi le monde, selon vous, n'a-t-il pas pu agir de façon concertée pour empêcher que la situation au Darfour ne devienne un drame ?

 

Le Président - Le Darfour est, déjà, devenu un drame. Et ce drame est en train de s'amplifier. J'ai les plus grandes craintes. Nous sommes maintenant à la fin de la saison des pluies, les gens vont commencer à retrouver la possibilité de se déplacer et je crains beaucoup que nous ayons des millions de déplacés et peut-être encore des centaines de milliers de morts, comme nous en avons déjà eus. C'est la raison pour laquelle, je le dirai à New York, j'appelle solennellement, et je suis à cet égard tout à fait sur la même ligne que le Président BUSH, l'ensemble des pays, et notamment le Président du Soudan, à accepter la médiation de l'ONU. C'est-à-dire le remplacement des forces africaines actuelles, qui ne peuvent pas rester beaucoup plus longtemps, par une force de l'ONU, d'environ 20 000 hommes, qui pourrait probablement apporter une solution à ce dramatique problème.

 

Question - Certains, aux Etats-Unis, disent que c'est encore la preuve que le multilatéralisme ne peut pas fonctionner, car les choses prennent trop de temps···

 

Le Président - L'expérience prouve que, quand le multilatéralisme a des difficultés, il n'y a pas d'autres solutions. Je ne vois pas d'autre solution. Evidemment, on pourrait imaginer que tel ou tel pays aille faire sa guerre tout seul. Ce n'est pas envisageable. Personne n'y pense. Donc, il n'y a pas d'autre solution que le multilatéralisme. C'est la conscience et l'efficacité du monde. Et cela s'exprime au travers de l'ONU.

 

Septembre 2006

 

Le Soudan a besoin d'une aide au développement, pas de casques bleus, selon son ministre des Finances

Le nouvel Observateur, Singapour, 18 septembre 2006

 

Le Soudan a besoin d'aide pour développer son économie et attirer des investisseurs, et non de soldats de maintien de la paix, a affirmé lundi le ministre soudanais des Finances, Lual Deng.

Khartoum a refusé tout déploiement d'une mission des Nations unies au Darfour, ravagé par la guerre.

"Nous avons besoin de développement et d'assistance, mais pas de soldats", a-t-il déclaré à la presse en marge de l'assemblée annuelle du Fonds monétaire international et la Banque mondiale.

"Ce dont le Darfour a le plus besoin, c'est de ressources pour l'eau, les écoles, les hôpitaux", a poursuivi Lual Deng. "Le problème au Darfour est un problème de développement. C'est un problème d'eau et de ressources".

Depuis février 2003, la province du Darfour, dans l'ouest du Soudan, est ravagée par une guerre civile qui a fait environ 200.000 morts et plus de deux millions de déplacés.

Le conflit oppose les rebelles de la province au gouvernement, accusé d'avoir lancé les milices arabes, les Janjawid, contre les populations noires de la région. Un accord de paix a été signé le 5 mai dernier à Abuja, au Nigeria, entre Khartoum et certains mouvements rebelles, dont l'Armée de libération du Soudan.

 

Septembre 2006

Amnesty proteste devant l'ambassade du Soudan à Bruxelles

Les Dépêches, Bruxelles, 17 septembre 2006

 

Une centaine de membres d'Amnesty International ont protesté, dimanche, devant l'ambassade du Soudan à Bruxelles. Ils ont demandé que ce pays accepte sur son territoire des troupes de l'ONU pour mettre fin à la violence et à la crise humanitaire qui frappe le Darfour

 

Depuis 2003, le conflit du Darfour a fait 200.000 morts et 2 millions de réfugiés. Malgré cette crise, Amnesty estime que le Darfour ne figure toujours pas à l'agenda international. "Cela devient un conflit oublié" , a déclaré Jan Brocatus qui souligne le manque d'attention porté à ce conflit du sud Soudan. Des troupes de l'Union Africaine (UA) se trouvent au Soudan depuis 2004. Le conseil de sécurité de l'ONU a approuvé fin août une résolution permettant l'envoi de troupes de l'ONU dans ce pays mais le gouvernement soudanais ne semble pas accepter une telle présence. "Khartoum veut envoyer ses propres troupes pour ramener le calme au Darfour. Mais comment ces troupes, dont certains éléments ont été impliqués dans des atteintes aux droits de l'Homme pourront amener la sécurité et la stabilité ? Nous exigeons que le Soudan accepte la présence de casques bleus sur son sol", a ajouté M. Brocatus.

 

Septembre 2006

Journée internationale pour le Darfour dans une cinquantaine de villes du monde

Le Monde, 17 septembre 2006

Plusieurs rassemblements en faveur de l'envoi de Casques bleus au Darfour devraient se tenir dimanche dans près d'une cinquantaine de villes du monde dans le cadre d'une Journée internationale de mobilisation pour cette région de l'ouest du Soudan, en proie à une guerre civile.

Cette journée de mobilisation est organisée par une trentaine d'organisations, dont Amnesty International, Human Rights Watch et le collectif français Urgence Darfour.

En France, Amnesty International a prévu que ses militants se rassemblent devant des lieux symboliques ouverts à l'occasion des Journées du patrimoine.

Samedi, le collectif français Urgence Darfour a lancé à Paris une campagne pour sensibiliser l'opinion publique sur les massacres au Darfour et exiger "l'envoi sans délai de Casques bleus pour protéger les populations civiles".

Des membres du collectif ont distribué, sur la place de la Fontaine des Innocents, en plein centre de Paris, des cartes postales appelant le président Jacques Chirac à "user de son influence auprès du Conseil de sécurité des Nations unies pour l'envoi effectif et immédiat de casques bleus au Darfour".

Dimanche, la mobilisation devait se poursuivre au même endroit.

A New York, un rassemblement est prévu dans l'après-midi à Central Park. Parmi les orateurs attendus, figure l'ancienne secrétaire d'Etat Madeleine Albright.

A Londres, une manifestation est appelée en fin de matinée devant l'ambassade du Soudan, suivie d'une marche jusqu'à Downing Street.

Une manifestation devant l'ambassade du Soudan est aussi prévue à Bruxelles à 13H00 GMT.

Le Darfour, vaste région partiellement désertique de l'ouest du Soudan, est en proie depuis février 2003 à une guerre civile opposant des groupes rebelles au pouvoir central de Khartoum et aux milices arabes qui lui sont alliées.

Le conflit a fait environ 300.000 morts et plus de 2,5 millions de déplacés, selon l'Onu.

 

Septembre 2006

Le SPLM soutient des casques bleus au Darfour

Le Monde 16 septembre 2006

Le Mouvement populaire de libération du Soudan (SPLM), ancien groupe rebelle du sud qui participe au gouvernement à Khartoum, a réaffirmé son soutien à une force de l'Onu au Darfour, malgré l'opposition du président Omar al-Béchir.

"La dégradation de la situation sécuritaire et humanitaire au Darfour nécessite une intervention des forces internationales capables de protéger les civils des atrocités des milices des Janjaweed tant que le gouvernement (de Khartoum) ne sera pas en mesure de le faire", a dit le Premier vice-président Salva Kiir, cité par le quotidien Al-Sudani.

"Nous croyons que la paix au Darfour ne peut être réalisée par la force militaire", a encore dit M. Kiir à l'issue d'une réunion vendredi du bureau politique du SPLM à Juba, la capitale du sud Soudan.

Le SPLM veut que le président Béchir "accepte le déploiement d'une force de l'Onu au Darfour pour éviter des affrontements avec la communauté internationale", a déclaré pour sa part le secrétaire général de la formation sudiste, Bagan Amom, cité par le même journal.

Le SPLM "agira pour convaincre le Congrès national (parti au pouvoir au Soudan) pour accepter un tel déploiement", a dit ce responsable.

Le Conseil de sécurité des Nations Unies a approuvé, le 31 août, le déploiement d'une force de l'Onu au Darfour pour relayer la mission de maintien de la paix de l'Union africaine (UA), en mal de financements.

Cette résolution prévoit de déployer dans cette région du Soudan, en proie à la guerre civile depuis trois ans, plus de 20.000 Casques bleus, en remplacement de la mission de l'UA de 7.000 hommes dont le mandat s'achève fin septembre.

Le SPLM et le gouvernement de M. Béchir ont signé en janvier 2005 un accord de paix, qui a mis fin à 21 ans de guerre civile dans le sud et a permis le déploiement d'une force onusienne de maintien de la paix dans cette région.

M. Béchir a cependant affirmé à plusieurs reprises son refus de permettre une présence de casques bleus au Darfour estimant qu'il s'agissait d'une intervention dans les affaires internes soudanaises.

Le Darfour est en proie depuis février 2003 à une guerre civile opposant des groupes rebelles au pouvoir central de Khartoum et aux milices arabes qui lui sont alliées. Le conflit a fait environ 300.000 morts et plus de 2,5 millions de déplacés, d'après l'Onu.

Un accord de paix signé en mai entre le gouvernement soudanais et les principaux groupes de rebelles devait mettre un terme au conflit dans cette région. Mais des incidents entre factions rebelles rivales au cours des derniers mois ont encore augmenté le nombre de victimes.

 

Septembre 2006

 

Des militants d'Amnesty International France bloquent l'ambassade du Soudan

Amnesty International, 16 septembre 2006

Ce matin, des militants d'Amnesty International se sont rassemblés devant l'ambassade du Soudan. Ils ont symboliquement bloqué l'entrée du bâtiment en déployant un long drap de 100m² aux couleurs des Nations Unies ainsi qu'une banderole avec le slogan: « Darfour : des casques bleus maintenant ». « En bloquant l'entrée de l'ambassade du Darfour par une « barrière » symbolique aux couleurs des Nations Unies, Amnesty International France veut dénoncer le blocage des autorités soudanaises à tout déploiement de casques bleus au Darfour» a déclaré Geneviève Sevrin, Présidente d'Amnesty International France.

Cette opération marque le lancement du week-end de mobilisation d'Amnesty International France, du 15 au 17 septembre, afin que la communauté internationale et les autorités soudanaises s'accordent sur le déploiement de casques bleus au Darfour. Partout en France et à Paris, des militants habillés de bleu – symbolisant les casques bleus – se rassembleront devant les lieux symboliques ouverts à l'occasion des journées du patrimoine. Ils proposeront au grand public de signer une carte de pétition à destination du Président de la République , Monsieur Jacques Chirac, afin qu'il fasse tout ce qui est en son pouvoir pour faire respecter le vote des Nations Unies autorisant le déploiement de casques bleus au Darfour.

Des actions d'informations se dérouleront également dans une dizaine de villes en France : Arles, Strasbourg, Bordeaux, Nevers, Nice, Toulouse, Lyon, Guéret…

300000 morts et 2 millions de personnes déplacées au Darfour depuis 2003. Depuis 2003, le Darfour, dans l'ouest du Soudan, est ravagé par un conflit qui a entraîné la mort de 300.000 personnes. Plus de 2 millions de personnes ont été déplacées de force et vivent dans des camps au Soudan et au Tchad.Malgré la signature d'un accord de paix en mai 2006 et la présence d'une force de maintien de la paix de l'Union Africaine, les civils du Darfour ne bénéficient toujours pas d'une véritable protection. Le Conseil de sécurité des Nations unies a voté le 31 août dernier la résolution 1706 autorisant l'envoi d'une mission de maintien de la paix au Darfour avec un mandat fort. Mais les autorités soudanaises refusent tout déploiement de troupes des Nations unies. Elles ont récemment envoyé massivement des soldats dans cette région.

Ai demande que la résolution 1706 soit immédiatement appliquée. Le départ des forces de l'Union Africaine programmé pour le 30 septembre prochain laissera les populations civiles sans aucune protection face aux nouvelles offensives de l'armée soudanaise et des milices Janjanwids, à moins que les casque bleus ne soient envoyés sans délais pour assurer cette protection. Les autorités soudanaises doivent donc coopérer sans perdre temps avec le Conseil de sécurité. Ce week-end s'inscrit dans le cadre d'une mobilisation internationale pour le Darfour qui touchera plus d'une cinquantaine de villes de par le monde dont Le Caire, New York, Moscou, Hong Kong, Dar es Salam, Kigali, Berlin, Abuja, Kuala Lumpur, Vancouver…

Septembre 2006

La pression s'accroît sur le Soudan « génocidaire »

L'offensive de Khartoum risque de provoquer une crise humanitaire au Darfour. Protestations à Genève et dans le monde

Le Courrier de Genève, 16 septembre 2006

La pression monte sur le Soudan mais le temps presse. Khartoum vient de lancer une vaste offensive contre la province rebelle du Darfour (ouest). «Nous recevons tous les jours des informations de pertes civiles et de nouveaux déplacements», s'émeut Manon Schick, la porte-parole suisse d'Amnesty International.

D'autant plus que le mandat de la force d'interposition africaine expire à la fin du mois. Le 31 août, le Conseil de sécurité a donc décidé de déployer 20000 casques bleus. Problème: l'opération est soumise au bon vouloir de Khartoum. «C'était la seule façon pour que la Chine et la Russie –les traditionnels soutiens du régime soudanais– n'opposent pas leur veto», regrette Manon Schick.

Amnesty a rassemblé hier à Genève une trentaine de militants, pour la majorité des membres de la diaspora du Darfour. Après la mission du Soudan, les protestataires se sont dirigés vers les consulats russe, chinois et qatari, les trois pays qui s'étaient abstenus lors du vote au Conseil de sécurité. Des protestations similaires auront lieu ce week-end dans vingt-cinq pays. [1]

«Depuis le cessez-le feu de mai dernier, la situation s'est encore dégradée, témoigne Gibreil Hamid, originaire du Darfour occidental. Je peux comprendre que l'armée pourchasse les rebelles, mais c'est toute la population qui est visée. S'ils voulaient vider le territoire, ils ne s'y prendraient pas autrement.»

Selon l'étude de deux chercheurs étasuniens qui vient de paraître dans Science, le Darfour a payé un bien plus lourd tribut qu'estimé jusqu'ici. Depuis le début des hostilités en 2003, le bilan atteint «au moins 200000victimes» décédées dans les violences ou à cause de la faim et des maladies.

Il ne s'agit nullement d'une querelle académique. Surtout du côté de Washington. Les Etats-Unis sont en première ligne sur le front diplomatique. Jeudi, John Bolton, l'ambassadeur US à l'ONU, a invité l'acteur George Clooney et l'écrivain Elie Wiesel à venir plaider la cause du Darfour devant les diplomates du Conseil de sécurité.

«Qu'on ne s'y trompe pas, c'est le premier génocide du XXIesiècle et si on permet qu'il se poursuive, ce ne sera pas le dernier», a prévenu George Clooney, aux côtés d'Elie Wiesel, lui-même rescapé de l'Holocauste. Tous deux ont réclamé des sanctions contre le Soudan.

 

Septembre 2006

Les civils du Darfour,"otages" du bras de fer Soudan-ONU/UA

Africa-Com, 16 septembre 2006

Les populations du Darfour sont des otages de l'impasse dans laquelle se trouvent les Nations unies, l'Union africaine (UA) et le gouvernement soudanais qui reste sourd à l'indignation de la communauté internationale", selon Amnesty International

 

L'organisme de défense des droits humains basé au Royaume-Uni, a fait ce constat dans une déclaration faite lundi à l'ouverture d'une réunion de haut niveau convoquée par les Nations unies afin d'examiner la question touchant au refus constant du Soudan d'autoriser le déploiement des casques bleus de l'ONU dans cette région troublée de l'ouest du Soudan, et ce malgré la résolution des Nations unies qui soutient ledit déploiement.

"Nous recevons chaque jour les noms des civils tués ainsi que des informations sur de nouveaux déplacements dans le contexte de l'offensive menée actuellement par le gouvernement du Soudan dans le Darfour", a déclaré Irene Khan, secrétaire générale d'Amnesty International.

Les risques liés au retrait de l'Union africaine

"Si le gouvernement du Soudan continue de refuser l'arrivée des casques bleus, il faudra alors que le Conseil de sécurité impose immédiatement des sanctions ciblées contre les responsables soudanais, a-t-elle ajouté." La mission de paix de l'Union africaine (AMIS) devrait s'achever le 30 septembre prochain.

"Ce retrit pourrait créer un vide, en ce qui concerne la protection des populations civiles du Darfour, qui seront alors encore plus exposées aux graves violations des droits humains commises par les forces du gouvernement soudanais et leurs alliés, les milices djandjawids", a prévenu AI.

"Les dirigeants russes, chinois et arabes devraient redoubler d'efforts pour obtenir le consentement du Soudan au déploiement d'une force onusienne de maintien de la paix au lieu de se chamailler sur la question du moment de l'adoption de la résolution du Conseil de sécurité des nations Unies", a encore expliqué Mme Khan.

"Le gouvernement soudanais a constamment manqué à son devoir de protéger les civils du Darfour des violations graves et systématiques de leurs droits humains. Cette responsabilité est aujourd'hui dévolue à la communauté internationale. Les populations du Darfour ont besoin d'une communauté internationale unie derrière la seule option susceptible de leur offrir une protection efficace - et il faut qu'une très forte pression soit exercée sur le gouvernement soudanais pour le convaincre d'accepter le déploiement d'une force onusienne", a ajouté la responsable d'Amnesty International.

 

Septembre 2006

A New York, mobilisation œcuménique contre le "génocide"

Le Monde, par Corine Lesnes, 16 septembre 2006

Début septembre, le sénateur américain Barack Obama était au Tchad, auprès des réfugiés du Darfour. Elu depuis deux ans, considéré comme l'un des espoirs du Parti démocrate, M. Obama a attaché son nom à la cause du Darfour, une cause qui, aux Etats-Unis, rassemble les jeunes et les stars, de George Clooney à Angelina Jolie.

Le jeune sénateur est l'auteur avec le républicain Sam Brownback, un conservateur chrétien, d'une proposition de loi visant à réclamer une présence internationale et à imposer des sanctions ciblées contre "les principaux auteurs du génocide" . A eux deux, ils symbolisent le rassemblement oecuménique qui s'est effectué autour du drame du Darfour.

"Généralement, sur les questions de politique étrangère, la droite et la gauche sont divisées. Le Darfour est une question qui suscite un consensus très large" , explique Barack Obama, interrogé mardi 12 septembre à son bureau du Sénat, en marge d'un entretien avec le ministre français Nicolas Sarkozy, en visite à Washington. Chacun a ses raisons. Les évangélistes se sont intéressés au Darfour – où la population est musulmane – dans la foulée de leur engagement envers les chrétiens du sud, longtemps persécutés par le régime de Khartoum. Les jeunes sont sensibles à une cause purement humanitaire. Les Afro-Américains, traditionnellement engagés dès qu'il s'agit d'un conflit africain, sont finalement les moins visibles, même si c'est sous la pression des parlementaires noirs que Colin Powell, en septembre 2004, a qualifié les massacres de "génocide" .

Le principal moteur de la mobilisation est en fait la communauté juive. Elie Wiesel, le Prix Nobel, parcourt le pays pour parler des souffrances du Darfour. La communauté s'est mobilisée, bien plus qu'elle ne l'avait fait pour le Rwanda, en 1994. Le Musée de l'Holocauste, de Washington, a diffusé un avis "Urgence génocide" .

Parmi les organisateurs de la coalition nationale "Sauvez le Darfour", figurent les plus grandes organisations juives. "Un génocide est un génocide. Pour le Rwanda, on ne savait pas" , explique une activiste qui prépare la manifestation du 17 septembre à New York.

Le rassemblement doit avoir lieu à Central Park. Les participants sont appelés à venir avec des chapeaux bleus pour illustrer le besoin urgent de forces internationales de maintien de la paix.

M. Obama a participé à la manifestation du printemps à Washington avec George Clooney. Il regrette l'indifférence de l'Europe. "Normalement, elle est plus attentive aux questions africaines. Là, elle a été étonnamment lente à se saisir du problème" , dit-il.

"Je ne sais pas dans quelle mesure les questions commerciales entrent en ligne de compte , suggère-t-il. Il y aussi les répercussions de la fracture entre l'Europe et les Etats-Unis sur l'Irak. Quand les Etats-Unis commencent à parler du Soudan, l'Europe se méfie. Elle se méfie de tout ce qui pourrait aboutir à faire pression sur un pays musulman."

 

Septembre 2006

Darfour : en attendant la guerre totale

Déjà 300 000 morts et 2,5 de déplacés. Tandis que le pouvoir islamiste de Khartoum s'oppose à l'envoi de casques bleus, le chaos s'installe partout dans la grande province soudanaise.

Le Monde, par Catherine Simon, 16 septembre 2006

Assis dans une pauvre hutte de branchages devant un bouquet de fleurs en plastique et un appareil radiocassette posés sur une table basse, Adil, le jeune roi des Massalits, l'avoue sans ambages : il a passé un sale quart d'heure. Turban blanc, lunettes fumées, le "monarque" s'exprime doucement, dans un anglais approximatif. "Ils ont même essayé de voler mon téléphone satellite !" , s'indigne-t-il. Ici comme ailleurs en Afrique, l'autorité des rois coutumiers n'est plus ce qu'elle était. La trentaine altière, Adil n'est d'ailleurs sur le trône que par accident : le vrai monarque, son cousin, a quitté Gereida il y a belle lurette. Il travaille à Khartoum, la capitale du pays, comme officier de police...

Ce jour-là, à l'aube du 1 er septembre, une attaque est donc lancée contre Gereida, petite ville du Far West soudanais, à l'extrême sud de la province du Darfour. Les assaillants sont une douzaine tout au plus. Qui sont-ils ? Des Massalits, c'est-à-dire des membres de la tribu africaine dominante de la région, celle-là même que le jeune Adil est censé gouverner. Seulement voilà, comme il le dit lui-même, le petit roi par intérim n'a "pas de pouvoir" puisqu'il n'a "pas d'argent" . Ce matin-là, les tirs, nourris, ont réveillé la ville en sursaut et fait "entre deux et quatre morts, selon les sources" , nous précisera plus tard le gouvernorat de Nyala. Trois blessés sont à l'hôpital, dont l'un dans un état grave. A l'échelle du Darfour, c'est une vétille. D'ailleurs, le roi n'était pas visé.

Mais l'incident est de mauvais augure. Pour la première fois à Gereida, des Massalits s'en sont pris à des Zaghawas, une autre tribu africaine parmi les plus influentes du Darfour. Tous les belligérants de cet incident faisaient partie de l'Armée de libération du Soudan (ALS) ou, plus précisément, de sa faction majoritaire, dirigée par Minni Arku Minnawi, un Zaghawa. Alors ? Des Noirs se battent donc maintenant contre d'autres Noirs au Darfour ? Au Soudan, rien n'est simple.

Depuis le début du conflit en avril 2003 lorsque les combattants de l'ALS, en révolte contre le pouvoir central et sa politique discriminatoire à l'encontre de la lointaine province, commettent leur première attaque d'importance – contre l'aéroport d'El Fasher, capitale du Darfour nord –, les Nations unies ont décompté 300 000 morts et près de 2,5 millions de déplacés. Jusque-là, la tragédie paraissait essentiellement mettre aux prises les "Arabes" et les "Africains" du Darfour, le régime arabo-islamiste de Khartoum, où siège le pouvoir central, utilisant les milices janjawids – littéralement, les "cavaliers démoniaques" – pour terroriser les villages et chasser les cultivateurs de leurs terres. Et puis les choses se sont compliquées.

"Au début, explique un fonctionnaire des Nations unies en poste à Nyala, le conflit opposait l'armée gouvernementale et les rebelles de l'ALS. Mais depuis l'accord de paix d'Abuja signé le 5 mai entre le gouvernement et la faction majoritaire de l'ALS commandée par Minni Minnawi, on assiste à une fragmentation de la rébellion. Au nord, dans la région d'El Fasher, la guerre fait rage entre les partisans Zaghawas de Minnawi et les combattants Four d'Abdel Wahid Al Nur (qui dirige la faction minoritaire de l'ALS, non signataire de l'accord d'Abuja). Or les Four eux-mêmes sont divisés entre les fidèles d'Abdel Wahid et ceux de son ancien bras droit, Abdel Charfi..." En clair, alors que se profile la fin de la saison des pluies, le chaos s'installe. Province soudanaise presque aussi vaste que la France et peuplée de 7 millions d'âmes, le Darfour s'attend au pire.

Plus personne ne se soucie de protéger les villageois et les déplacés regroupés dans des camps de fortune. Les dirigeants de l'ALS majoritaire ont d'autres priorités. Depuis qu'il a fait alliance avec Khartoum, Minni Minnawi a été promu "conseiller spécial" du président Omar El Béchir – suscitant envie et rancoeur dans les rangs de ses anciens amis de la rébellion. Sur le terrain, "c'est le chaos" , confirme un diplomate européen. Entre les signataires d'Abuja et les récalcitrants, entre les guérilleros repentis et les rebelles endurcis, de nouveaux clivages se font jour. Attaques et représailles se multiplient. Les 7 000 soldats de l'Union africaine, qui doivent se retirer fin septembre, regardent faire, sans bouger. Face à cette situation, le Conseil de sécurité des Nations unies a voté, le 31 août, l'envoi de casques bleus sur le terrain. Mais Khartoum n'en veut pas, et le déploiement de soldats de la paix semble de plus en plus improbable. Pour le régime du général El-Béchir, "c'est tout bénef" , commente avec amertume le représentant d'une ONG française.

De fait, en dehors des grosses agglomérations, souvent tenues par les forces gouvernementales, la majeure partie de la province a en effet été déclarée, du fait de l'insécurité croissante, "no go area" (zone interdite) par les organisations humanitaires. Du jamais-vu depuis le début du conflit. Après avoir été mis dans l'impossibilité de cultiver leurs champs, à cause des raids janjawids, plusieurs centaines de milliers de Soudanais sont donc désormais privés de secours.

Le gouvernement vient par ailleurs d'envoyer de puissants renforts militaires à Nyala et, surtout, à El-Fasher. Cette décision présage-t-elle de nouveaux massacres qui pourraient, cette fois, être perpétrés à plus grande échelle et à huis clos ? Les menaces à l'encontre de la presse étrangère et les sanctions récemment infligées par Khartoum aux organisations humanitaires peuvent le laisser craindre.

"On ne peut même plus aller dans la zone où je travaillais il y a encore six mois : autour du village de Korma, les gars de l'ALS se tapent dessus" , témoigne Claire Allard, restée en poste dans la région d'El-Fasher, de juillet 2005 à mars 2006. Responsable de l'aide alimentaire au sein de l'ONG française Action contre la faim (ACF), la jeune femme est arrivée à Gereida le 1 er juin. A peu près en même temps que les nouveaux déplacés du Darfour sud qui fuyaient les janjawids.

Petite ville oubliée de 20 000 âmes, Gereida a poussé et enflé sous l'afflux des rescapés de la brousse. En deux ans, elle est devenue le plus grand camp de déplacés du monde. Près de 130 000 personnes tentent aujourd'hui d'y survivre. Avec seulement six ONG, dont le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), Oxfam et ACF, chargées de parer au plus pressé, c'est-à-dire apporter nourriture, eau potable et un minimum de soins médicaux. "Il y a au moins un facteur de stabilité , relève l'impavide employée locale d'ACF : presque tous les déplacés sont des Massalits. S'ils étaient d'origines diverses, comme au camp de Kalma, dans l'ouest de la province, ça aurait déjà explosé."

Gereida est désormais une île, posée dans la campagne verte et vide, où les civils, sans armes, n'osent guère s'aventurer. Une prison à ciel ouvert, comme sont en passe de le devenir la plupart des villes du Darfour.

Abugasim Jibril Ibrahim, l'homme le plus riche de Gereida, s'alarme. "Il faudrait qu'on puisse se défendre nous-mêmes, puisque personne ne nous protège. Il nous faudrait des armes !" , martèle-t-il. Assis sur un sommier de cordes tressées posé à même la rue, à l'ombre d'un arbre, Abugasim, la soixantaine avancée, est vêtu d'une djellaba blanche et d'un turban traditionnel. Il porte des chaussettes grises qui tire-bouchonnent et des sandales en plastique. Une béquille est posée près de lui. Il a été blessé en avril par des janjawids sur la route reliant Nyala à Gereida. Avant le conflit, il possédait un troupeau de 150 vaches, des terres, des boutiques, des entrepôts et des camions. "Je suis resté prospère parce que j'avais fait des stocks – d'acier et de machines" , explique-t-il. De son troupeau, razzié, il ne reste rien.

"Le Darfour est pauvre , poursuit-il. La seule richesse vient de la route et du commerce. Mais on ne peut plus bouger : les pistes ne sont pas sûres. Tant que les ONG sont là, ça va , ajoute-t-il. Mais il faudrait que l'ONU se dépêche d'envoyer ses soldats. Dites-leur que c'est urgent. Si les janjawids entrent dans la ville, qui va les arrêter ?" Natif de Gereida et commerçant lui aussi, Fakhr Adeen Moussa est chargé de collecter "l'impôt" versé à l'ALS par les marchands de la ville. "Quinze millions de livres" – environ 5 200 euros – chaque mois, dit-il. "Celui qui refuse de payer, ils menacent de le mettre en prison" , ajoute le collecteur. La sécurité n'est pas assurée pour autant. "Ce conflit est un très mauvais coup pour les affaires" , soupire-t-il. L'un de ses frères a été blessé "par les janjawids " et son camion "volé, à deux reprises, par les Fellatas et les Mahedins" – deux tribus "arabes" de la région. Banal.

Avant le conflit, Fakhr Adeen Moussa employait une douzaine de personnes. Il lui en reste six, ce qui n'est déjà pas si mal. Car toutes les cartes sont bouleversées. Tandis que certains natifs de Gereida, pas franchement cossus, sont devenus millionnaires, en louant à prix d'or leur maison aux ONG étrangères, d'anciens nantis se retrouvent à la rue - ou pas loin -, comme la majorité des déplacés. Aujourd'hui, à Gereida, ce ne sont plus les troupeaux, les champs, ni le commerce, qui donnent du travail. Le premier employeur est le CICR - qui a embauché plus de 200 "locaux", dont quelques femmes. Oxfam et ACF viennent juste derrière. "Il faudrait qu'elles nous aident à construire des écoles, des hôpitaux, des routes" , rêve à voix haute le riche Abugasim.

Quand il était gamin, au début des années 1950, sur les 23 écoles secondaires que comptait le Soudan, une seule se trouvait au Darfour. A la fin 2002, la province ne disposait que de 160 kilomètres de routes goudronnées, percées, non par l'Etat, mais "par la Banque mondiale, dans les années 1970" , rapporte Gérard Prunier dans son livre, Le Darfour, un génocide ambigu ( La Table ronde, 2005). L'ouvrage, qui retrace l'histoire de l'ancien sultanat, donne mille exemples du "sous-développement presque absolu" dans lequel les régimes qui se sont succédé à Khartoum ont maintenu cette lointaine province, jadis base arrière de tous les trafics - notamment d'esclaves.

En ce mois de septembre, à Gereida, où les cases en branchages des autochtones et les huttes bâchées des déplacés ne se distinguent guère, la misère est immense, mais un ordre apparent règne dans les "quartiers" - formés selon les bourgs et villages d'origine. La machine humanitaire tourne rond. Si tout se passe bien, ACF aura distribué, en dix jours, de quoi nourrir pendant un mois l'ensemble des déplacés. D'ici à novembre, Oxfam espère être capable de distribuer 15 litres quotidiens d'eau potable par personne (contre 7 aujourd'hui). Et la clinique du CICR, ouverte en 2004, vogue à son rythme de croisière : 500 à 600 patients sont reçus en consultation chaque jour - chiffre relativement bas, comparé aux 700 consultants des mois "chauds" d'avril et mai 2006, quand les combats battaient leur plein. Les femmes sont les plus nombreuses à venir s'asseoir, avec leurs enfants, sur la natte de la salle d'attente de la clinique dirigée par le docteur Popol Lobo, natif de Kinshasa - le seul médecin, avec son confrère de l'hôpital public – et payant –, présent à Gereida. Les infections respiratoires sont les pathologies les plus courantes. Mais les viols aussi fréquents, à en croire les déplacés, que les attaques de camions ou les vols de bétail, sont rarement pris en compte. "Les femmes ne viennent pas spontanément" , reconnaît le médecin congolais.

C'est en allant chercher du bois hors du camp que les femmes, et parfois les enfants, sont le plus souvent agressés. Les hommes, eux, n'y vont pas. "Bien sûr, une femme risque toujours d'être battue ou violée par les janjawids. Il arrive qu'ils volent tous les vêtements aussi. Mais c'est plus grave si mon mari y va. Car lui, il risque d'être tué" , assure Hanane Ali, soeur du cheikh du "quartier" Dito, répétant ce que toutes les femmes du camp ont appris à dire aux étrangers.

Seules, quelques-unes ont accès à un travail salarié. Celui de trieuse de grains, par exemple : il s'agit de récupérer, en utilisant un petit balai de paille, les grains de céréales échappés des gros sacs transportés, à dos d'homme, de l'entrepôt au site de distribution. Certains sont abîmés ou à moitié mangés par les charançons. Il faut les trier, longuement, et mettre les bons grains de côté. Pour ce travail, les femmes sont payées au même tarif que les hommes, embauchés comme journaliers. Toucher de l'argent en échange d'un travail est, pour elles, une révolution.

Quand elle a vu son image dans l'écran de l'appareil photo numérique, Hanane Ali s'est mise à rire. "Un jour, je voudrais bien avoir un poste de télévision. Ou au moins une radio." En attendant, "attaquée et battue par les janjawids" lors d'une sortie avec d'autres femmes, pour chercher du bois, Hanane se plaint. "Ici, on ne se sent jamais en sécurité."

A Gereida, comme dans les autres villes du Darfour, l'arrivée des ONG - apportant, non seulement de l'aide, mais des emplois et de l'argent frais - a bouleversé les ordres anciens sans changer les moeurs. A l'hôpital de la ville, les sages-femmes sont payées 2 500 dinars pour l'accouchement d'une fille, 3 000 pour un garçon...

 

Septembre 2006

 

Kofi Annan dénonce le mépris du Soudan pour le Darfour

Le Soudan profite de l'impuissance de la communauté internationale pour lancer des offensives militaires

La croix, par Catherine d'Ersu, 13 septembre 2006

Le ton monte entre l'ONU et le gouvernement soudanais à propos du Darfour. Lundi, devant le Conseil de sécurité, le secrétaire général des Nations unies Kofi Annan a montré son exaspération devant l'attitude de Khartoum, qui refuse toujours le déploiement de casques bleus dans l'ouest du Soudan et y relance la guerre. «La reprise des combats au Darfour révèle un mépris total pour l'accord de paix» signé en mai à Abuja, a-t-il déclaré. II a dénoncé le déploiement de « milliers de forces soudanaises dans la région » et la reprise de bombardements aériens, les qualifiant de «juridiquement et moralement inacceptables ».

Samedi, l'armée soudanaise a utilisé des avions Antonov pour bombarder des villages du nord du Darfour, à proximité de la ville de Tawilla. Cette région, largement sous contrôle de factions rebelles n'ayant pas signé l'accord de paix d'Abuja, est l'objet d'une offensive de l'armée soudanaise depuis fin août. Celle-ci a notamment repris le contrôle du village d'Um Sidir, où des combats ont toutefois recommencé lundi. Selon le porte-parole du Front de salut national (NRF, rebelle), sept de ses com­battants ont été tués et les forces gouvernementales ont enregistré des pertes «nombreuses».

Le NRF est une alliance de factions rebelles n'ayant pas souscrit à l'accord de paix d'Abuja, signé entre Minni Minnawi, chef du principal groupe rebelle, le Mouvement de libération du Soudan (SLM), et le gouvernement de Khartoum. Loin d'amener la paix, cet accord conclu sous pression américaine a atomisé la galaxie rebelle, déjà complexe, entraînant des com­bats entre anciens frères d'armes, les forces de Minnawi bénéficiant, même désormais du soutien de Khartoum.

Reste que pour l'heure, l'essentiel des combats est lié à la campagne militaire de l'armée soudanaise. Elle va de pair avec le rejet pan Khartoum de toute force d'inter-position, qu'il s'agisse de celle de l'Union africaine - 7 000 hommes sous-équipés dont le mandat expire fin septembre - ou de celle prévue par l'ONU, censée compter 20 000 homme.

Le Soudan ne cesse de réitérer son opposition au déploiement de casques bleus au Darfour, lui opposant un plan» consistant a déployer 10 500 soldats soudanais dans cette région où l'armée et ses supplétifs «djanjawids» sont accusés de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité. Face à cette proposition s'apparentant à une provocation, les pays occiden­taux perdent patience.

Recevant lundi le ministre des affaires étrangères soudanais Lam Akol, la secrétaire d'État américaine Condoleezza Rice a « transmis au gouvernement soudanais le message le plus ferme possible dans les termes les plus forts» sur la nécessité d'une approbation par le Soudan du déploiement de casques bleus. Car, bien que l'ONU ait adopté il y a un an le principe de la «responsabilité de protéger», autorisant la communauté internationale à intervenir si un État ne peut ou ne veut agir pour protéger sa propre population, aucun pays ne semble prêt à envoyer des forces au Darfour sans l'accord de Khartoum.

«C'est un test crucial de l'autorité et de l'efficacité du Conseil de sécurité», a reconnu lundi Kofi Annan, estimant que le Soudan risquait une «nouvelle calamité» aux conséquences humanitaires « catastrophiques ».

 

Septembre 2006

Vague de censure à Khartoum

Reporters Sans Frontières, 13 septembre 2006

Reporters sans frontières dénonce la vague de censure ayant frappé, depuis le 6 septembre, les quotidiens privés arabophones Al-Ayam , Al-Sahafa , Al-Sudani et Rai-al-Shaab (opposition), une première depuis l'annonce de la fin des lois d'exception par le président Omar al-Bechir en juillet 2005

"Nous avions souligné, l'année dernière, l'amélioration progressive de la situation de la liberté de la presse au Soudan. Mais les agressions et les emprisonnements de journalistes se sont multipliés ces dernières semaines. En contradiction avec ses engagements solennels, le gouvernement soudanais utilise maintenant le drame de l'assassinat du rédacteur en chef du quotidien privé Al-Wifaq , Mohamed Taha , le 6 septembre, pour remettre en vigueur la censure des articles à caractère politique. La communauté internationale, très concernée par la situation au Soudan, doit aussi prendre en compte la situation de la liberté de la presse", a déclaré Reporters sans frontières.

Selon des journalistes locaux, les articles censurés traiteraient non seulement de l'assassinat de Mohamed Taha, mais aussi de sujets d'actualité embarrassants pour les autorités soudanaises, notamment la répression des manifestations populaires à Khartoum le 30 août et le 6 septembre et le bras de fer engagé entre le président Omar al-Bechir et l'ONU au sujet de la résolution 1706 sur le Darfour.

Le 11 septembre 2006, des agents des forces de sécurité ont ordonné la suppression avant impression, dans Al-Sahafa , de deux articles traitant d'une rencontre de journalistes au sujet de Mohamed Taha, ainsi que de l'éditorial de Hayder al Mukashfi . Le rédacteur en chef adjoint d' Al-Sudani , Noureddine Medani , a quant à lui déclaré à l' Agence France-presse (AFP) que des agents des forces de la sécurité avaient saisi, le même jour, des articles traitant des récentes émeutes à Khartoum. De même, des responsables d' Al-Ayam ont dénoncé la censure de plusieurs parties de leur journal, sans fournir plus de détails. 

Le 9 septembre, la police soudanaise a saisi tous les exemplaires d' Al-Sudani , à la sortie de l'imprimerie, en invoquant la sécurité des journalistes après l'assassinat de Mohamed Taha. Selon un responsable des services de sécurité, en raison du fait que "le défunt est un journaliste", le traitement "émotionnel" de cet assassinat pourrait "nuire à l'enquête". Osman Merghani , chroniqueur à Al-Sudani , a expliqué à l'agence Reuters que les autorités n'avaient  pas "signalé quels articles elles n'aimaient pas. Elles ont juste dit que tous les articles étaient inconvenants".

Enfin, la Sudan Organisation Against Torture rapporte que le 6 septembre au soir, une équipe du département presse et médias du Service de la sécurité nationale a fait irruption dans les locaux de Rai-al-Shaab pour ordonner le retrait de toute information relative aux manifestations ayant eu lieu le même jour à Khartoum. Le journal a finalement été imprimé sans une et sans texte en troisième page. Haj Warag n'a pas écrit son éditorial quotidien, en signe de protestation.

Le 11 juillet 2005, devant une assemblée composée de plusieurs présidents africains, du secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, et de nombreux officiels européens et américains, le président Omar al-Bechir avait affirmé qu'il s'engageait à soutenir la démocratisation du pays, ainsi que l'Etat de droit et les libertés, et à mettre fin aux lois d'exception.

 

Septembre 2006

 

L'Onu reste indésirable au Darfour, nouveaux combats meurtriers

Jeune Afrique, 12 septembre 2006

Le gouvernement soudanais campait mardi sur son refus de tout déploiement de casques bleus au Darfour, une région de l'ouest du Soudan en guerre civile où les combats entre rebelles et forces gouvernementales ont fait au moins sept morts ces dernières 24 heures.

Face à la persistance du gouvernement du général el-Béchir de refuser tout déploiement de l'ONU au Darfour, le coordonnateur des affaires humanitaires de l'ONU Jan Egeland a averti que les agences humanitaires étaient "très proches" de quitter cette région et "ce sera comme déclencher un désastre"

"Nous avons besoin de cette force de l'Onu pour éviter l'effondrement" des opérations humanitaires, a estimé M. Egeland.

L'accord de paix signé en mai entre le principal groupe rebelle, le Mouvement de libération du Soudan (SLM), et le gouvernement soudanais n'a pas réussi à ramener le calme au Darfour, en proie depuis 2003 à un conflit meurtrier, les rebelles exigeant un partage plus équitable des richesses.

La guerre civile au Darfour a fait jusqu'à 300.000 morts et 2,5 millions de déplacés.

Face à la poursuite des violences, le Conseil de sécurité de l'Onu a voté fin août la résolution 1706, qui prévoit le transfert à des casques bleus des responsabilités de la force de paix de l'Union africaine, sous-financée et mal équipée, actuellement déployée au Darfour.

Le Soudan rejette catégoriquement un tel scénario, estimant qu'il s'agit d'une violation de sa souveraineté.

Un député du Congrès national, le parti au pouvoir, a réitéré la position de son pays, accusant le chef de l'Onu Kofi Annan d'être à la solde de Washington.

"Je n'ai pas été surpris par les propos de Kofi Annan devant le Conseil de sécurité. Annan est le fer de lance du complot monté par les Etats-Unis contre le Soudan", a déclaré le président de la commission législative du Parlement, Ismaïl Haj Moussa.

Selon lui, ce "complot a commencé comme une campagne politique au sein de l'Onu et prend actuellement la forme d'une intervention militaire".

M. Annan a condamné la veille les violences au Darfour du nord. "Des milliers de forces gouvernementales ont été déployées dans ce secteur, en claire violation de l'accord de paix".

La patron de l'ONU, qui dit craindre surtout pour la situation humanitaire dans cette région également touchée par la sécheresse, a appelé le gouvernement à "cesser son offensive immédiatement".

Selon le porte-parole du Front de salut national (NRF, rebelle), Ahmad Youssef, "les combats ont commencé lundi à Oum Sidr", à une cinquantaine de km au nord d'Al-Facher, chef-lieu du Darfour du nord. "Sept combattants ont été tués et 10 blessés", a-t-il dit, faisant état de pertes "nombreuses" dans les rangs de l'armée. Il a indiqué que l'armée avait utilisé des hélicoptères.

L'armée soudanaise n'a pas confirmé ces informations.

De son côté, Khalil Ibrahim, le dirigeant du Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM), qui fait partie du NRF, a assuré qu'Oum Sidr était tombée aux mains des rebelles, selon le quotidien indépendant Al-Soudani.

"Malgré notre avancée militaire, le Front estime que la solution politique et le dialogue sont le seul moyen pour régler le problème et empêcher une intervention internationale au Darfour", a dit M. Ibrahim.

Le NRF, créé fin juin par des rebelles du Darfour hostiles à l'accord de mai, compte, outre le JEM, une faction dissidente du SLM et un mouvement dénommé Alliance démocratique fédérale du Soudan.

Washington, qui avait poussé pour l'adoption de la 1706, a continué d'exercer des pressions sur Khartoum. La secrétaire d'Etat Condoleezza Rice a dit à son homologue soudanais Lam Akol, reçu lundi à Washington, qu'une amélioration des liens bilatéraux dépendait du feu vert à une force de l'Onu au Darfour.

Amnesty International a appelé la Ligue arabe à exercer son influence sur Khartoum. "Nous estimons qu'il est très important pour la Ligue arabe de soutenir un rôle de l'ONU au Darfour. Si elle n'agit pas, le monde la rendra responsable" d'une détérioration de la situation, a déclaré à l'AFP Irene Khan, la secrétaire général de l'organisation des droits de l'Homme.

Pour le commissaire européen au Développement, Louis Michel, le Darfour est revenu au "pire moment" de la guerre civile.

 

Septembre 2006

Le Soudan engage sa responsabilité en refusant une force de l'Onu au Darfour, prévient Kofi Annan

Nations Unies, New York, 11 septembre 2006 

Devant le Conseil de sécurité, le Secrétaire général a appelé aujourd'hui le gouvernement du Soudan à sa «responsabilité sacrée de protéger» sa population au Darfour, l'exhortant à accepter le déploiement d'une mission des Nations Unies et prévenant que les auteurs d'une «nouvelle catastrophe humanitaire» seront tenus pour responsables.

«La reprise des combats au Darfour révèle un mépris total pour l'accord de paix» signé en mai dernier à Abuja, a déclaré Kofi Annan devant le Conseil de sécurité, réuni en présence du représentant du Soudan ainsi que de l'Union africaine et de l'Organisation de la conférence islamique (OCI).

Le Secrétaire général a condamné les récents affrontements au Nord Darfour entre diverses factions, le déploiement de «milliers de troupes soudanaises dans la région» et la reprise «des bombardements aériens», les qualifiant de «juridiquement et moralement inacceptables».

«Ces événements défient plusieurs résolutions du Conseil de sécurité et violent les engagements pris, dont le non-déploiement de troupes soudanaises supplémentaires». «Toutes les parties auraient dû comprendre à présent, après tant de morts et de destructions, que seul un accord politique [?] pourrait vraiment apporter la paix dans la région», a dit Kofi Annan.

«Un an après avoir adopté le concept de 'responsabilité de protéger', pouvons-nous échouer une fois de plus», s'est interrogé le Secrétaire général, en référence au principe de droit international adopté dans le document final du sommet mondial de septembre 2005. Ce principe autorise la communauté internationale à agir si un Etat ne peut ou ne veut agir pour protéger sa propre population en danger.

Dans l'immédiat, le Secrétaire général a réitéré son appel à répondre aux besoins matériels de la Mission de l'Union africaine au Soudan (MUAS), forte de 7 000 seulement pour un territoire grand comme la France , rappelant que « l'Union africaine a clairement indiqué la nécessité de procéder à une transition de la MUAS à une mission des Nations Unies, qui a été approuvée par le Conseil de sécurité».

«Mais soyons clairs», a dit Kofi Annan, «nous savons tous que le gouvernement du Soudan refuse toujours d'accepter la transition, et le Conseil de sécurité a reconnu que sans l'accord du gouvernement elle ne sera pas possible».

Le Secrétaire général a donc appelé une fois de plus le gouvernement du Soudan à accepter la résolution 1706 et à donner son accord. Le Conseil de sécurité a en effet autorisé le 31 août le déploiement au Darfour d'une force des Nations Unies sera chargée de relayer la mission de l'Union africaine, qui pourra compter jusqu'à 17 300 soldats.

«Les conséquences de l'attitude actuelle du gouvernement, c'est-à-dire plus de morts et de souffrances, peut-être à une échelle catastrophique, se porteront tout d'abord sur le peuple du Darfour», a dit Kofi Annan.

«Mais le gouvernement en souffrira aussi, s'il échoue dans sa responsabilité sacrée de protéger sa propre population. Il souffrira de l'opprobre et du déshonneur aux yeux de toute l'Afrique et de toute la communauté internationale», a-t-il ajouté.

«De plus, ni ceux qui adoptent de telles politiques ni ceux qui les appliquent ne doivent s'imaginer qu'ils ne seront pas tenus pour responsables », a prévenu le Secrétaire général.

Rappelant que sa propre voix à elle seule ne suffirait pas à convaincre le gouvernement et à contester les « mythes et malentendus » qui soutiennent la position du Soudan, Kofi Annan a appelé à l'aide des dirigeants et des populations en Afrique et ailleurs à faire pression sans attendre sur le Soudan.

«Il faut aussi un message sans équivoque du Conseil du sécurité », a-t-il affirmé, rappelant que le Conseil se trouvait, après deux ans d'efforts, devant une «nouvelle calamité» au Soudan.

«C'est un test crucial de l'autorité et de l'efficacité du Conseil de sécurité », a-t-il conclu.

Lors de son allocution au Conseil, le Secrétaire général a également précisé que dans les prochains jours il rencontrerait des représentants de la Commission de l'Union africaine pour mettre au point un projet de soutien à la MUAS.

Le Département des opérations de maintien de la paix de l'ONU organisera aussi une réunion de contributeurs de troupes potentiels pour débattre de l'expansion de la Mission des Nations Unies au Soudan au Darfour.

Depuis février 2003, la guerre civile au Darfour a fait au moins 200 000 morts et plus de 2 millions de déplacés. L'accord de paix signé en mai à Abuja entre le gouvernement du Soudan et une partie des mouvements rebelles n'a pas mis fin aux combats. L'insécurité et l'impunité continuent de régner au Darfour. Les massacres, les viols et les pillages se poursuivent.

 

Septembre 2006

Darfour: plus de 350.000 Soudanais sans aide à cause de la violence

Jeune Afrique, 11 septembre 2006

Plus de 350.000 Soudanais n'ont pas reçu d'aide alimentaire en août au Darfour, région de l'ouest du pays en proie à un conflit meurtrier, à cause des combats et du banditisme, a déploré lundi le Programme alimentaire mondial (PAM).

"L'insécurité a empêché 355.000 personnes de recevoir une aide alimentaire en août, dans le Darfour du nord", a indiqué un communiqué du Pam, citant son représentant au Soudan, Kenro Oshidari

"La majorité de ces personnes n'ont pas reçu notre aide depuis trois mois. Leur situation est d'autant plus désespérée que nous sommes en pleine période précédant la moisson, donc ils ont peu de chance de trouver de la nourriture ailleurs", a dit M. Oshidari.

Il a mis en garde contre une dégradation de la situation, affirmant que "la faim exacerbe la situation sécuritaire déjà précaire".

En juillet, le PAM avait déjà été empêché d'atteindre ces personnes, ainsi que près de 120.000 Soudanais dans le Darfour du sud. Mais ces derniers ont reçu de l'aide en août grâce à l'amélioration de la sécurité dans cette province.

Douze humanitaires ont été tués au Darfour depuis la signature en mai d'un accord de paix partiel entre le gouvernement soudanais et des rebelles. Mais cet accord n'a pas ramené le calme dans cette région, dévastée par la guerre depuis trois ans.

Le secrétaire général de l'Onu Kofi Annan a averti Khartoum qu'il serait tenu responsable de la situation humanitaire au Darfour, s'il n'arrivait pas à ramener le calme en cas de retrait de la force de l'Union africaine (UA) actuellement sur place.

Le Soudan refuse le déploiement de casques bleus pour remplacer cette force dont le mandat expire officiellement fin septembre.

 

Septembre 2006

 

Le Soudan rejette la résolution sur le Darfour mais dit vouloir dialoguer

Jeune Afrique, avec AFP, 10 septembre 2006

Le Soudan, tout en rejetant "catégoriquement" une résolution sur le déploiement d'une force de l'Onu au Darfour, dans l'ouest du pays, s'est dit prêt samedi à continuer le dialogue avec la communauté internationale.

"Le Soudan n'a pas fermé la porte au dialogue avec la communauté internationale" sur le Darfour, a déclaré dans la matinée à l'AFP le porte-parole du ministère soudanais des Affaires étrangères, Jamal Mohamed Ibrahim.

La veille, le secrétaire général de l'Onu Kofi Annan, soulignant que la situation au Darfour était "grave, désespérée", avait averti que les dirigeants soudanais "pourraient être tenus pour responsables collectivement et individuellement" si leur refus d'une force de l'Onu au Darfour devait causer des souffrances supplémentaires à la population locale.

Le Darfour est en proie depuis plus de trois ans à une guerre civile qui a fait jusqu'à 300.000 morts et 2,5 millions de déplacés.

Le Conseil de sécurité a adopté le 31 août une résolution prévoyant le transfert à une force de l'Onu d'un maximum de 20.000 hommes pour remplacer la force de l'UA, sous-financée et mal équipée.

Mais Khartoum refuse la mise en place d'une telle force, comme l'a encore répété samedi soir le président Omar el-Béchir.

"Je confirme le refus net et catégorique du Soudan de cette résolution injuste", a-t-il déclaré à Syrte, en Libye, devant une assemblée de dirigeants africains à l'occasion du 7è anniversaire de la création de l'UA.

"La résolution 1706, prise par des pays ennemis (...) sans considération pour la demande du Soudan et de la Ligue arabe de donner davantage de temps au dialogue avant de prendre une décision, est une résolution injuste", a poursuivi M. Béchir.

"Le Soudan réitère son attachement à la force de l'UA", a-t-il encore dit, mais si sa mission "piétine ou échoue (...) elle doit (y) mettre fin, se retirer du Soudan après avoir remis le contrôle (de la région) au gouvernement soudanais".

L'UA, à qui le Soudan a fait savoir qu'elle devait se décider "rapidement" sur la poursuite de sa mission au Darfour au-delà du 30 septembre, date de la fin de son mandat, a indiqué qu'elle se réunirait le 18 septembre sur cette question.

Washington, qui a estimé qu'il n'était pas nécessaire d'obtenir l'accord de Khartoum pour déployer des Casques bleus au Darfour, s'est dit persuadé mercredi que l'UA allait décider de maintenir sa force au Darfour.

Jamal Mohamed Ibrahim a précisé qu'une délégation de l'UA était attendue à Khartoum avant le 18 septembre pour des entretiens sur sa mission.

Il a en outre estimé que les craintes de M. Annan d'une détérioration de la situation humanitaire au Darfour étaient injustifiées.

"Même si l'UA décide de quitter le Darfour, il n'y aura pas de vide sécuritaire car le gouvernement soudanais a son propre plan pour (y) assurer la sécurité", a-t-il ajouté.

Le Haut commissaire de l'Onu aux réfugiés, Antonio Guterres, a mis en garde vendredi contre un nouveau déplacement massif de population au Darfour, mettant en garde contre une "catastrophe majeure".

"Une action internationale urgente est requise (...) pour convaincre toutes les personnes sur le terrain de laisser les agences humanitaires travailler dans la sécurité. Si les choses ne s'améliorent pas, nous allons vers une catastrophe majeure", a-t-il averti.

 

Septembre 2006

Offensive finale au Darfour

Jeune Afrique, 10 septembre 2006

Selon plusieurs sources, l'armée soudanaise concentrerait près de trente mille hommes dans le Darfour et préparerait une grande offensive militaire, dès le début de la saison sèche, dans une quinzaine de jours, contre le Mouvement pour la justice et l'égalité (MJE) de Khalil Ibrahim et la faction du Mouvement pour la libération du Soudan (MLS), que dirige Abdel Wahid - celle qui n'a pas signé l'accord de paix d'Abuja, au mois de mai dernier

Au Darfour-Nord, les militaires soudanais compteraient sur le renfort de la tendance « signataire » du MLS conduite par Minni Minawi.

Au Tchad, les préparatifs de cette offensive sont suivis avec inquiétude. C'est sans doute la raison pour laquelle Idriss Déby Itno a écourté sa dernière visite en France. Le président tchadien est rentré à N'Djamena dans la nuit du 7 au 8 septembre afin de mieux superviser le déploiement de ses troupes dans l'est du pays, le long de la frontière soudanaise. Objectif : empêcher toute infiltration armée au Tchad à la faveur d'une reprise des hostilités au Darfour.

 

Septembre 2006

Épineux Darfour

Jeune Afrique - par Valérie Thorin, 10 septembre 2006

 

Entre l'accord de paix et la résolution du Conseil de sécurité, les tentatives de règlement du conflit qui sévit dans l'Ouest se succèdent. En vain.

 

Le Soudan serait-il en train de préparer une opération d'envergure au Darfour, sa région occidentale où, depuis près de quatre ans, s'affrontent milices « arabes » djandjawids soutenues par le gouvernement et rebelles « négro-africains » ? Khartoum masse des troupes dans le nord de la zone, où de violents affrontements ont encore éclaté fin août, et annonce l'envoi d'un contingent de plus de 10 000 hommes, chargés, dit-elle, de rétablir la sécurité et de faire appliquer l'accord de paix signé à Abuja (Nigeria) en mai 2006

Que peuvent faire les Nations Unies ?

La résolution 1706, rédigée par les États-Unis et la Grande-Bretagne , a été adoptée par le Conseil de sécurité le 31 août avec douze voix pour et trois abstentions : la Chine , la Russie et le Qatar. Elle prévoit la mobilisation d'une force de maintien de la paix à hauteur de 17 300 hommes, 9 000 en provenance de la Mission des Nations unies au Soudan (Minus) présente dans le sud du pays et 5 000 soldats et 3 300 policiers nouvellement mobilisés. Ils agiraient sous couvert du Chapitre VII de la Charte de l'ONU, qui autorise à utiliser la force pour se protéger, assurer la libre circulation des travailleurs humanitaires et prévenir les attaques contre les civils.

Non content de refuser l'arrivée des Casques bleus, Khartoum a par ailleurs prié l'Union africaine (UA) de retirer ses 7 000 soldats avant même l'expiration de leur mandat, le 30 septembre. C'est un camouflet infligé à l'organisation internationale, qui s'est révélée impuissante à « donner une solution africaine à une crise africaine » comme elle le souhaitait. Elle n'a pas réussi à dominer les divergences entre ses pays membres du Sud et du Nord-Sahara, ni à mobiliser des moyens financiers suffisants, internes ou en provenance de bailleurs de fonds, pour renforcer le mandat de ses militaires, cantonnés à un rôle « d'observateurs ». Eût-elle d'ailleurs réussi à réunir les fonds nécessaires auprès des Occidentaux que le gouvernement soudanais l'aurait certainement récusée plus tôt…

Pourquoi refuser la présence de l'ONU ?

Khartoum estime qu'une intervention telle que définie par le Conseil de sécurité représente une « ingérence » et un « viol de sa souveraineté ». En réalité, il ne souhaite pas voir s'interrompre immédiatement les combats. L'accord de paix signé le 5 mai 2006 à Abuja (Nigeria) entre le gouvernement et la faction de l'Armée de libération du Soudan (ALS) dirigée par Minni Minawi, l'un des trois mouvements rebelles, apparaît de plus en plus comme un artefact destiné à jeter de la poudre aux yeux de la communauté internationale et, dans la foulée, sortir honorablement l'UA du guêpier où elle s'enlisait depuis 2004. À son corps défendant, Khartoum a ainsi permis à l'ALS de donner un tour public à ses revendications, Minni Minawi ayant choisi de jouer la carte politique plutôt que militaire. Le retrait de la table des négociations des mouvements les plus combatifs a donné à tous une bonne excuse pour ne pas vraiment respecter le cessez-le-feu.

Dans les faits, le texte prévoit d'une part le désarmement des milices arabes djandjawids et le retour des civils chez eux, d'autre part un partage plus équitable des ressources du pays, le respect de l'identité communautaire et religieuse des populations régionales et la mise en place d'un « gouvernement fédéral ». Les rebelles, dont les velléités sécessionnistes ne sont pas un mystère, réclament la création d'une région unique et autonome composée des trois États actuels du Darfour, un poste de second vice-président, l'indemnisation des victimes du conflit et l'octroi de 6,5 % du produit national soudanais à un fonds de développement du Darfour. Khartoum, qui a dû faire des concessions équivalentes à sa région Sud, n'est pas prêt à accepter sans combattre les mêmes termes au Darfour.

Pourquoi les États-Unis s'intéressent-ils au Darfour ?

Les Américains s'intéressent, ce n'est pas nouveau, à la carte pétrolière sahélienne. L'exploration et la production sont en augmentation exponentielle au Soudan, avec 500 000 barils extraits par jour (perspective 2006, sources françaises) contre 330 000 b/j en 2005. Les États-Unis ne sont pas encore clients, mais pourraient le devenir.

La satisfaction des lobbies chrétiens et africains-américains pèse presque tout autant dans les orientations diplomatiques de l'administration Bush au Darfour, tout comme l'obligation morale de promotion de la démocratie dans laquelle elle s'est engagée. Selon eux, les Américains doivent exercer vis-à-vis du Soudan leur devoir de protection des civils contre la tyrannie, le nettoyage ethnique et les violations des droits de l'homme, comme elle affirme le faire en Irak ou en Afghanistan. Enfin, depuis les attentats du 11 septembre 2001, les officiers de renseignement soudanais coopèrent avec les États-Unis dans leur lutte contre le terrorisme.

L'analyse « ethnico-communautaire » est-elle valable ?

Le premier facteur de guerre est le maintien à l'écart des Darfouriens, arabes et non-arabes, de la vie politique nationale, et ce depuis les années 1960. Face à l'inaction du gouvernement en leur faveur et à l'accroissement des vols de bétail par les factions rebelles tchadiennes, les communautés se sont organisées en milices d'autodéfense qui sont devenues les groupes rebelles d'aujourd'hui.

S'il existe un quelconque racisme dans le conflit du Darfour, il est le fait des partisans du « couloir arabe », une zone qui traverserait l'Afrique d'ouest en est. Les disciples de l'ancien Premier ministre Sadiq al-Mahdi forment le gros de ces partisans, dont beaucoup ont déjà rejoint l'armée régulière ou les milices. Certains ont constitué l'Alliance arabe au Darfour, dont le but est d'asseoir leur domination dans la région. Par ailleurs, au cours des années 1980, plusieurs factions tchadiennes ont utilisé le Darfour comme base de repli. Les liens entre l'Alliance arabe et ces groupes représentent l'un des soucis actuels du président tchadien Idriss Déby Itno, raison pour laquelle il s'est déclaré, le 4 septembre 2006, en faveur du déploiement des Casques bleus dans la zone.

La donne islamiste vient compliquer la situation. Il existe un groupe de Soudanais d'origine ouest-africaine installés depuis longtemps dans le pays, principalement des Haoussas et des Peuls, appelés Fellata. L'une des trouvailles politiques d'Hassan al-Tourabi, le leader islamiste, a été d'accroître sa base, traditionnellement située parmi les Arabes de la vallée du Nil, en enrôlant ces musulmans de l'Ouest, au même titre que les Darfouriens. En 1999, quand le président Béchir a limogé Tourabi de son poste de Premier ministre, la plupart de ces « Occidentaux » et des Darfouriens ont rejoint les rangs de l'opposition. Ce sont eux qui forment l'ossature du Mouvement pour la justice et l'égalité (MJE, rebelle). Les Arabes « locaux » sont restés avec le gouvernement. D'où la division des islamistes soudanais sur la question du Darfour.

Entrent également en ligne de compte les officiers supérieurs de l'armée, qui contrôlent le renseignement militaire et les forces de sécurité. Au fil du temps, ils se sont constitué des forces annexes avec les milices du Sud et de l'Ouest au point de bloquer plusieurs fois le processus de paix entre Khartoum et la Sudan People 's Liberation Army (SPLA, mouvement sudiste autrefois dirigé par John Garang). Lorsque l'insurrection de l'ALS et du MJE a éclaté en 2003, le gouvernement a d'abord tenté de trouver une solution politique. Aucun consensus n'étant possible, il a eu recours à la solution militaire et donné carte blanche à ces cadres de l'armée. Ceux-ci ont conclu une alliance objective avec les Djandjawids et les Fursans, leurs équivalents du Sud, moins connus des médias mais déjà utilisés en 1991 pour refouler les incursions au Darfour de la SPLA.

Septembre 2006

Le HCR craint un nouveau déplacement massif de population et une catastrophe humanitaire majeure au Darfour

Nations Unies , New York , 8septembre 2006

Le Haut Commissariat des Nations Unies aux réfugiés (HCR) a averti aujourd'hui que la dégradation de la situation dans la région du Darfour au Soudan menaçait de provoquer une nouvelle vague de déplacement massif qui pourrait déstabiliser la région entière et entraîné une catastrophe humanitaire majeure.

« Les agences humanitaires doivent d'ores et déjà se battre pour subvenir aux énormes besoins des deux millions de personnes déplacées à l'intérieur du Darfour, auxquels s'ajoutent 200 000 réfugiés dans douze camps du HCR à la frontière du Tchad », a rappelé António Guterres, Haut Commissaire des Nations Unies aux réfugiés, dans un communiqué publié à Genève.

«La situation sécuritaire qui se détériore nous empêche de fournir une aide même minimale dans de vastes parties du Darfour et les ressources du Tchad voisin sont utilisées au maximum. Une situation déjà mauvaise empire de jour en jour , a-t-il ajouté.

Le Haut Commissaire a souligné les difficultés posées par le manque de sécurité qui s'est détériorée depuis le mois de décembre et d'accès, ainsi que par l'incertitude continue qui entoure le déploiement d'une force de rétablissement de la paix de l'ONU, approuvée par le Conseil de sécurité mais auquel le gouvernement de Khartoum est opposé.

Par ailleurs, des milliers de soldats soudanais ont été déployées au Darfour ces dernières semaines, ce qui laisse craindre une offensive militaire majeure dont la conséquence serait une nouvelle vague de déplacement.

«Des centaines de personnes meurent en raison de la violence qui se poursuit et des milliers sont toujours déplacées par la force. Une action internationale urgente est nécessaire pour faire pression sur les parties au conflit et les convaincre sur le terrain de laisser les agences humanitaires travailler en toute sécurité», a souligné António Guterres.

«Des vies en dépendent et si les conditions ne s'améliorent pas, nous nous exposons à une catastrophe majeure», a-t-il insisté.

Le HCR  a aussi rappelé l'insécurité des travailleurs humanitaires. Une douzaine d'entre eux ont été tués depuis le mois de mai et les convois sont régulièrement attaqués, les véhicules volés. Pour rejoindre certaines zones, le personnel n'a plus d'autre choix que l'hélicoptère.
Cette situation qui s'aggrave pourrait aussi avoir des conséquences graves sur le reste de la région, prévient le HCR, que ce soit dans les camps de réfugiés à la frontière tchadienne ou dans le nord du Centrafrique, où l'instabilité est déjà importante et dont 46 000 ressortissants sont hébergés dans des camps au Tchad.

«Le Tchad a été extrêmement généreux dans son aide aux réfugiés mais il approche maintenant du point de rupture », a souligné le Haut Commissaire.

«Il est difficile de se rendre compte de l'énormité de la crise à la quelle nous serions confrontées dans le cas d'un nouveau déplacement de population à grande échelle au Darfour. Même sans les facteurs de violence et d'insécurité, les opérations humanitaires dans cette région isolée et pauvre en ressources sont extrêmement difficiles », a-t-il encore prévenu.

L'une des opérations phares du HCR au Soudan, le rapatriement de milliers de réfugiés soudanais dans le sud du pays, pourrait également être gravement affecté par une aggravation de la crise au Darfour, d'autant qu'elle est confrontée à un manque de fonds important, souligne enfin l'agence.

 

Septembre 2006

Darfour toujours !

Marianne, Paris, 8 septembre 2006

La communauté internationale est partagée sur les solutions à apporter pour résoudre la crise du Darfour, ainsi que sur sa qualification juridique

Longtemps, la communauté internationale a fait preuve d'attentisme face au conflit qui déchire le Darfour depuis l'hiver 2003. L'Onu aura temporisé un an avant d'adopter une résolution contraignante (la 1564), menaçant le Soudan de sanctions économiques s'il continuait à fermer les yeux et alimenter le massacre des populations du Darfour (30 000 morts en juillet 2004) à travers des milices – les Janjawids – qu'il armait lui-même. Il aura fallu patienter un an de plus, début 2005, pour que les Nations unies se décident à envoyer une force d'interposition censée appuyer l'accord de paix global entre Khartoum et les « rebelles » de l'Armée de libération du Soudan (ALS), mission dont l'appellation – la Minus (Mission préparatoire des Nations unies au Soudan) – raisonnait comme un symbole de la petitesse que revêtent parfois les décisions de la communauté internationale.

300 000 morts (estimation haute) et 2,4 millions de déplacés plus tard, après de multiples résolutions, et alors que les Janjawids qui s'étaient un temps retournés contre le gouvernement central reprennent du poil de la bête, perpétuant les pires atrocités, le Darfour est revenu au cœur de l'actualité internationale. Ainsi, vendredi dernier, l'adoption de la résolution 1706 de l'Onu, à l'initiative des Etats-Unis, qui prévoit de faire passer les forces de la Minus de 12 000 à 20 000 hommes, prenant la relève des soldats de la Mission de l'Union africaine au Soudan (Muas), a accentué la pression sur le président Omar el-Bachir. Mais la communauté internationale ne parvient pas à accorder ses violons sur la suite à donner – la Chine , qui a beaucoup investi dans le pétrole soudanais, s'est abstenue de voter la résolution, tout comme la Russie et le Qatar, pour d'autres raisons – ni sur le vocabulaire à employer pour qualifier la crise au Darfour. Si le Congrès américain dénonce sans vergogne un «  génocide  », les autres membres du Conseil de sécurité hésitent à employer ce terme, lourd d'obligations en termes de traduction des responsables devant une juridiction internationale, voire d'intervention armée préventive pour stopper les tueries. Et les atermoiements de la France sur la question se situent dans ce contexte. Ainsi, après l'annonce (une autre gaffe ?) de notre ministre des Affaires étrangères évoquant mercredi «  un véritable génocide  », ses services, expliquant à Marianne-en-ligne que cette déclaration dénotait plus d'une «  sensibilité politique  » que de l'utilisation d'un terme juridique stricto sensu, ont préféré évoquer des « exactions très graves  ».

Tout ceci nous rappelle furieusement la querelle sémantique qui avait retardé la prévention d'un certain génocide dans l'Afrique des Grands Lacs, il y a une douzaine d'années

 

Septembre 2006

Un célèbre journaliste soudanais retrouvé mort

Jeune Afrique, 6 septembre 2006

Un célèbre journaliste soudanais, qui avait été enlevé par des hommes armés non identifiés, a été retrouvé mort, a annoncé mercredi une source du ministère de l'Intérieur.

"La police a découvert le corps décapité de Mohamed Taha", a déclaré à Xinhua la source sous couvert de l'anonymat.

M. Taha, rédacteur en chef du journal al-Wifaq, considéré comme ayant des liens étroits avec le gouvernement, a été enlevé par un groupe d'hommes armés chez lui, dans le nord de Khartoum, mardi soir.

Selon un média local, la famille du journaliste a déclaré que les hommes armés avaient poussé M. Taha dans une voiture devant chez lui, et avaient démarré en vitesse en direction du centre de Khartoum.

Un porte-parole de la police a annoncé un peu plus tôt mardi que la police avait pris les mesures nécessaires et constitué une équipe d'investigation après que la famille de M. Taha eut signalé son enlèvement.

M. Taha, auteur controversé de livres et d'articles sur des questions politiques et religieuses, a publié une série d'articles dans des journaux sur des tribus de la région de l'ouest du Soudan, le Darfour, écrits qui avaient révolté plusieurs tribus non-arabes de la région.

 

Septembre 2006

''Il y a génocide au Darfour a déclaré Mr Douste-Blazy

Afrique Centrale presse, 6 septembre 2006

Le ministre français des Affaires étrangères Philippe Douste-Blazy (photo) a dénoncé mercredi un "véritable génocide" dans la province soudanaise du Darfour.

" La France agit pour arrêter le plus vite possible ce génocide", a-t-il déclaré à la radio française Radio Monte-Carlo (RMC), en rappelant que Paris avait approuvé au sein du Conseil de sécurité de l'Onu la décision de déployer une force onusienne renforcée au Darfour.

Il a dénoncé "ces exactions et ce véritable génocide" en cours dans cette région.

Le terme de "génocide" pour qualifier la situation au Darfour est employé depuis plusieurs années par les Etats-Unis, mais la plupart des autres pays de même que les Nations unies sont réticents pour adopter officiellement un langage aussi fort.

Le Soudan s'oppose toutefois au passage de relais d'une mission de 7.000 hommes de l'Union africaine à une force de 20.000 casques bleus, mieux équipés pour faire face à la guerre civile qui ravage le Darfour depuis 2003.

Depuis le déclenchement de la guerre civile dans cette région, les combats et la crise humanitaire qui l'accompagnent ont fait entre 180.000 et 300.000 morts et 2,4 millions de déplacés.

 

Septembre 2006

Khartoum exige le départ de la force de maintien de la paix déployée au Darfour

Le Monde, 6 septembre 2006

 

Malgré les pressions internationales, le régime soudanais a demandé, lundi 4 septembre, le retrait de la force de l'Union africaine (UA), frêle mais rare élément d'ordre et d'observation extérieure dans le Darfour. Située à l'ouest du Soudan, cette région est en proie depuis 2003 à une sanglante guerre civile qui a coûté la vie à 300 000 personnes.

Les autorités soudanaises entendent ainsi confirmer leur opposition absolue au transfert de responsabilité vers l'ONU de cette force de maintien de la paix actuellement contrôlée par l'UA. Elles refusent également son renforcement, prévu par une résolution adoptée par les Nations unies, jeudi 31 août. Le texte, parrainé par la Grande-Bretagne et les Etats-Unis, prévoit le remplacement des 7 000 soldats de l'UA, mal équipés, par 17 300 casques bleus.

Pressée par une opinion publique très mobilisée sur le Darfour, l'administration Bush a obtenu ce vote à l'arraché, sans l'accord de Khartoum, sollicité en vain depuis des mois. La Russie , fournisseur d'armes au Soudan, et la Chine , qui lui achète son pétrole, se sont abstenues lors du vote au Conseil de sécurité de l'ONU.

Le régime soudanais du président Omar Al-Bachir s'appuie sur le fait que le financement des soldats de l'UA, déjà précaire, ne sera plus assuré au-delà du 30 septembre, date d'expiration de leur mandat. "Puisque l'Union africaine ne peut poursuivre sa mission au-delà du 30 septembre, ses forces doivent partir avant cette date" , a déclaré, lundi, le porte-parole du ministre soudanais des affaires étrangères, confirmant une position prise la veille par le conseil des ministres selon laquelle seul le Soudan peut décider d'un éventuel transfert aux casques bleus.

Le gouvernement a ensuite tempéré cette décision "définitive" en donnant un délai d'une semaine à l'UA pour décider de maintenir ou non sa force au Darfour. Le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, a, quant à lui, souligné : "Si le gouvernement soudanais avait été capable de protéger son peuple, nous n'aurions pas évoqué des forces internationales, mais puisqu'il n'est pas capable de le faire, il doit donc accepter des forces internationales." M. Annan a appelé les "autorités soudanaises à revoir (leur position) " .

A Paris, le président français Jacques Chirac et son homologue tchadien, Idriss Déby, en visite en France, ont appelé à "la mise en oeuvre" de la résolution de l'ONU. M. Déby a rappelé que le passage de relais à l'ONU avait été décidé "par tous les chefs d'Etat africains" .

Ce raidissement diplomatique va de pair avec un redoublement de tension sur le terrain. Paradoxalement, l'accord de paix signé en mai à Abuja (Nigeria) sous la pression internationale par une des trois factions rebelles a débouché sur une intensification des combats et une complexification du conflit. Alors que celui-ci opposait initialement les tribus africaines du Darfour à l'armée de Khartoum épaulée par les milices arabes "janjawids", il est désormais multiple. Il met aux prises les rebelles entre eux. Il oppose les factions rétives à l'accord d'Abuja à l'armée de Khartoum alliée aux rebelles signataires.

Selon un représentant des forces de l'UA, des combats se poursuivent depuis le 28 août dans le nord du Darfour, tenu par les rebelles dissidents. Washington et l'ONU font état, d'autre part, de préparatifs d'une nouvelle offensive par les forces gouvernementales.

L'insécurité croissante a fait fuir les travailleurs humanitaires et les membres des organisations internationales des immenses camps de déplacés - plus de deux millions de personnes soit un tiers de la population - dont l'approvisionnement alimentaire n'est plus assuré. Cette situation de détresse attisant elle-même les conflits. Khartoum, au mépris de l'accord de paix et en riposte aux pressions américaines, a d'ailleurs proposé son propre plan : dépêcher 10 500 soldats pour "pacifier" le Darfour.

Les Américains ont fait miroiter une levée des sanctions économiques en vigueur depuis une décennie et une rencontre à l'ONU avec George Bush pour le président Omar Al-Bachir en échange d'une acceptation des casques bleus. Mais le pouvoir soudanais n'a cessé de hausser le ton. Dimanche, M. Al-Bachir a estimé que le projet de déploiement de l'ONU "faisait partie d'une large conspiration visant à confisquer la souveraineté du pays" , tandis que l'un de ses vice-présidents a cité le Hezbollah en exemple de résistance à une "invasion étrangère" .

Selon plusieurs observateurs, l'un des puissants motifs d'intransigeance de Khartoum réside dans la perspective d'une traduction de certains responsables soudanais devant la Cour pénale internationale (CPI) pour des massacres au Darfour. Les casques bleus déployés devraient notamment mettre en oeuvre la résolution de l'ONU de mars 2005 qui ordonne le renvoi de criminels de guerre devant la justice internationale.

Philippe Bernard

 

Septembre 2006

Annan met le gouvernement soudanais devant ses responsabilités au Darfour

Jeune Afrique avec l'AFP, 5 septembre 2006

 

Le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, a sèchement placé mardi le régime du président soudanais Omar el-Béchir devant ses responsabilités au Darfour, en cas d'absence d'une force internationale dans cette région ravagée par la guerre.

"Hier, une décision importante a été prise par le gouvernement soudanais sur la force de l'Union Africaine (UA), que je ne considère pas comme entièrement positive", a affirmé à la presse M. Annan après une rencontre avec le président égyptien Hosni Moubarak, à Alexandrie, dans le nord de l'Egypte.

Khartoum a lancé lundi un ultimatum à l'UA, lui fixant un délai d'une semaine pour décider si elle voulait maintenir ses forces au Darfour au-delà du 30 septembre, faute de quoi elle devrait quitter cette région de l'ouest du pays.

L'UA a réaffirmé lundi soir son intention de mettre fin à sa mission de maintien de la paix au Darfour à la fin du mois, indiquant que la demande soudanaise serait examinée lors d'une réunion le 18 septembre.

Le Soudan s'est constamment opposé au passage de relais d'une mission de 7.000 hommes de l'UA à une force de 20.000 Casques bleus, mieux équipés pour faire face à la guerre civile qui ravage le Darfour depuis 2003.

Le président soudanais accuse les gouvernements occidentaux de chercher à occuper son pays.

Les forces de l'UA "allaient rester mais apparemment elles vont partir, ce qui laisse en suspens la question du sort réservé aux personnes déplacées et à celles qui ont besoin d'aide au Darfour", a affirmé M. Annan.

Il a ajouté que le départ de la force de l'UA du Darfour pourrait créer un vide sécuritaire, entraînant l'arrêt des opérations humanitaires d'agences de l'Onu et d'ONG sur place.

"Le gouvernement devra assumer la responsabilité" en ce qui concerne la situation humanitaire et "s'il n'y parvient pas, il devra répondre à de nombreuses questions devant le reste du monde", a déclaré M. Annan.

Depuis le déclenchement de la guerre civile au Darfour il y a plus de trois ans, les combats et la crise humanitaire qui l'accompagnent ont fait entre 180.000 et 300.000 morts et 2,4 millions de déplacés.

Le gouvernement soudanais avait rejeté la résolution du Conseil de sécurité adoptée jeudi et appelant au déploiement d'une force onusienne pour relayer la mission de l'UA.

"Le Conseil de sécurité a adopté une résolution appelant au déploiement de forces de l'Onu mais nous espérons évidemment obtenir le consentement et la coopération du gouvernement soudanais; c'est le seul moyen pour que ce type d'opération réussisse", a affirmé M. Annan.

Mais Khartoum a présenté un plan à l'Onu incluant le déploiement de ses propres troupes pour remplacer la force de l'UA au Darfour.

Le gouvernement a déjà commencé à masser des troupes dans certaines zones du Darfour, tandis que des responsables de l'UA ont fait état de nouveaux affrontements qui risquent de plonger à nouveau cette région dans le chaos, quatre mois après la conclusion d'un fragile accord de paix.

Une force de maintien de la paix de l'Onu constituée de plusieurs milliers d'hommes est déjà déployée dans le sud Soudan pour superviser l'application de l'accord de paix signé en janvier 2005, qui a mis fin à deux décennies de guerre civile entre le nord et le sud.

Selon des analystes, Khartoum craint qu'une présence de l'Onu au Darfour n'ouvre la voie à l'arrestation de responsables du gouvernement soudanais pour crimes de guerre.

 

Septembre 2006

Khartoum brave l'ONU

Le Soudan refuse la résolution de l'ONU qui prévoit l'envoi de Casques bleus. Officiellement, il redoute que les troupes internationales encouragent les velléités sécessionnistes

 

Le Figaro, par Tanguy Berthemet, 5 septembre 2006

 

La Paix semble plus éloignée que jamais du Darfour. Hier matin, Khartoum a, une fois de plus bravé la communauté internationale en demandant à l'Union africaine (UA) de retirer ses troupes à la fin du mois de la province martyre où elles sont basées. Le gouvernement était néanmoins prêt à accepter le maintien de ces 7 000 soldats africains, mais l'Union africaine a décidé hier de mettre fin le 30 septembre au mandat de sa force. Cet imbroglio a rallumé les craintes de voir de nouveaux massacres dans cette région grande comme la France où les combats entre milices «arabes» et «africaines» ont déjà fait près de 300 000 morts et poussé à l'exode plus de 2,4 millions de personnes.

À l'origine de ce bras de fer, le vote au Conseil de sécurité de l'ONU, jeudi dernier, d'une résolution qui autorise l'envoi de Casques bleus au Darfour. Le texte prévoit le déploiement de 5 000 soldats et de 3 300 policiers qui viendront renforcer les 12 300 hommes de mission de l'ONU au Soudan (Minus) déjà arrivés au sud du pays. Ces troupes ont pour mission de veiller, par la force si nécessaire, à l'application d'un cessez-le-feu signé en mai dernier par le gouvernement et l'un des principaux groupes rebelles. Mais le texte invite également à «obtenir l'accord du Soudan». Khartoum s'y refuse obstinément depuis des mois.

Officiellement, il y voit un «viol de sa souveraineté» et redoute que les troupes internationales encouragent les velléités sécessionnistes. Mais le gouvernement craint aussi que l'arrivée de ce contingent conduise à l'arrestation de certains dignitaires soudanais pour crimes de guerre. La Cour pénale internationale (CPI) mène plusieurs enquêtes sur les massacres commis ces dernières années au Darfour.

Fait accompli

Sous l'égide des États-Unis, le Conseil de sécurité a donc choisi de passer en force, espérant que le gouvernement soudanais plierait devant le fait accompli. «Il est impératif que nous avancions tout de suite pour mettre en oeuvre la résolution», a insisté le représentant américain John Bolton.

Mais, confronté à ce qu'il qualifie d' «intervention étrangère», Khartoum s'est montré menaçant. «Nous avons des options et des plans pour faire face», a affirmé le vice-président soudanais, Ali Osman Taha. Hier, le gouvernement est aussi resté sourd aux appels de la Commission européenne à accepter le déploiement de Casques bleus qui «aidera la population à revenir et à recommencer sa vie», tout comme à ceux de Kofi Annan. Fort du discret soutien de la Russie et surtout de la Chine – qui n'ont pas voté la résolution de l'ONU –, Khartoum n'entend rien céder. «Le gouvernement n'a aucune raison de le faire. Il n'ignore pas que, faute d'unanimité au sein du Conseil, un déploiement en force est très difficile. Il sait aussi très bien que pour des raisons pratiques l'envoi de troupes dans une région hostile est presque impossible», explique David Mozersky, un chercheur de l'International Crisis Group (ICG). Selon cet analyste, sans la mise en place de moyens coercitifs importants, la résolution de l'ONU restera lettre morte. Elle pourrait même avoir des effets désastreux.

Car, en attendant, le gouvernement soudanais met en avant son propre plan qui vise à envoyer 10 500 soldats soudanais au Darfour. Pour Peter Takirambudde, directeur Afrique de l'ONG Human Rights Watch (HRW), ce projet n'est que la recherche d' «un blanc-seing pour aggraver encore les violences contre les civils». Khartoum aurait déjà commencé à masser des troupes dans certaines zones du Darfour. «Paradoxalement, les choses se sont considérablement dégradées depuis les accords de paix de mai dernier. Le texte a divisé les mouvements rebelles, et les milices de Khartoum tentent de gagner le maximum de terrain avant l'éventuelle arrivée de l'ONU. Il y a de nouveau des attaques sur les routes et dans les camps. Et l'aide humanitaire est en baisse», assure un employé d'une ONG. Plusieurs villages auraient ainsi été attaqués notamment dans le secteur de Koukoul. Comme toujours, on ignore le nombre exact de victimes de ces combats. On évoque juste «plusieurs morts».

La carte des attaques en 2006

 

Septembre 2006

Le Soudan demande à l'Union africaine de retirer sa force du Darfour

Jeune Afrique, 4 septembre 2006

Le Soudan a demandé à l'Union Africaine (UA) de retirer ses troupes du Darfour d'ici la fin du mois, bravant à nouveau la communauté internationale alors que des combats se poursuivent dans cette région en proie à la guerre civile.

"L'Union africaine a déjà déclaré qu'elle ne pouvait pas continuer au Darfour, et puisqu'elle ne peut poursuivre sa mission au-delà du 30 septembre, ses forces doivent partir avant cette date", a affirmé lundi à l'AFP le porte-parole du ministre soudanais des Affaires étrangères, Jamal Ibrahim.

"Par ailleurs, elle n'a pas le droit de transférer sa mission aux Nations unies ou à toute autre partie. Seul le gouvernement soudanais détient ce droit" a-t-il poursuivi.

Le gouvernement soudanais avait rejeté la résolution du Conseil de sécurité adoptée jeudi et appelant au déploiement d'une force onusienne de plus de 20.000 hommes au Darfour, pour relayer la mission de l'UA.

"Jusqu'à présent, nous n'avons pas reçu de notification officielle du gouvernement soudanais. Par conséquent, nous ne pouvons pas pour l'heure faire de commentaires", a pour sa part déclaré à l'AFP le porte-parole de la mission de l'UA, Noureddine Mezni.

Khartoum a présenté un plan à l'Onu incluant le déploiement de ses propres troupes pour remplacer la force de l'UA au Darfour, mais les Etats-Unis sont opposés à une telle idée.

Les forces du gouvernement soudanais "ne sont pas considérées comme étant neutres", avait affirmé le mois dernier la secrétaire d'Etat adjointe américaine aux Affaires africaines, Jendayi Frazer.

Le gouvernement soudanais a déjà commencé à masser des troupes dans certaines zones du Darfour, tandis que des responsables de l'UA ont fait état de nouveaux affrontements qui risquent de plonger à nouveau cette région dans le chaos.

"Le Soudan va procéder à l'application de l'accord de paix du Darfour, selon son propre plan visant à restaurer la paix et la stabilité dans la région", a souligné M. Ibrahim, ajoutant que "ce plan a déjà été soumis au secrétaire général des Nations Unies (Kofi Annan), mais (qu')il n'a pas été bien accueilli".

Le Soudan propose de déployer 10.500 soldats soudanais dans la province. Des renforts ont déjà été envoyés dans le nord du Darfour.

Le président soudanais Omar al-Béchir s'est constamment opposé au déploiement d'une force de l'Onu au Darfour, accusant les gouvernements occidentaux de chercher à occuper son pays.

Kofi Annan, en visite à Doha, a appelé lundi le gouvernement soudanais à revoir sa position: "Il est regrettable que nous n'ayons pas encore obtenu l'approbation du Soudan pour le déploiement de forces internationales au Darfour".

La Commission européenne a également appelé lundi le Soudan à accepter ce déploiement, soulignant que " cette mission (de l'Onu) est importante, qu'(elle) va aider la population à revenir et à recommencer sa vie", selon Amadeu Altafaj, porte-parole du commissaire européen à l'Aide humanitaire Louis Michel.

Une force de maintien de la paix de l'Onu est déjà déployée dans le sud Soudan pour superviser l'application de l'accord de paix signé en janvier 2005 entre le nord et le sud.

Se prononçant lors de sa visite en Ethiopie, où se situe le quartier général de l'UA, le ministre russe des affaires étrangères Sergueï Lavrov a pour sa part regretté lundi que le Conseil de sécurité n'ait pas tenu compte des conseils de la Chine et de la Russie pour de nouvelles consultations avec le Soudan.

"Le vote a été fait rapidement", a-t-il estimé. "Nous pensons que le transfert doit être effectué selon les régulations du Conseil de sécurité, mais nous avons besoin de nouvelles consultations avec le gouvernement soudanais".

Selon des analystes, Khartoum craint qu'une présence de l'Onu au Darfour n'ouvre la voie à l'arrestation de responsables du gouvernement soudanais pour crimes de guerre.

Les Etats-Unis accusent le régime soudanais et des milices arabes alliées (djandjawids) de génocide dans cette région. Les combats avec les rebelles et la crise humanitaire ont fait, depuis début 2003, entre 180.000 et 300.000 tués et au moins 2,4 millions de déplacés.

Un accord de paix, signé en mai par le gouvernement et un des groupes rebelles, n'a pas réussi à rétablir le calme.

 

Septembre 2006

Le Soudan donne une semaine à l'UA pour décider du statut de sa force

Jeune Afrique avec l'AFP, 4 septembre 2006

Le Soudan a donné lundi une semaine à l'Union africaine (UA) pour décider si elle voulait maintenir sa force au Darfour (ouest) après la fin officielle de son mandat, sinon elle devra l'en retirer d'ici la fin du mois.

Le ministre d'Etat aux Affaires étrangères, Ali Ahmad Kerti, a convoqué le représentant de l'UA au Soudan, Baba Gana Kingibe, et lui a demandé d'informer le gouvernement "d'ici une semaine" de la décision de l'organisation, a indiqué un communiqué officiel.

Si l'UA décide de ne pas prolonger ce mandat, malgré sa décision annoncée en mars de le rallonger de six mois, alors elle devra retirer ses soldats d'ici la fin septembre. Khartoum craint en effet que l'UA ne transfère sa mission à l'Onu, à la suite de l'adoption d'une résolution au Conseil de sécurité stipulant le déploiement de casques bleus au Darfour.

Le gouvernement soudanais veut une réponse rapide de l'UA "car il veut lancer des préparatifs pour assumer la sécurité au Darfour avant début octobre", a ajouté le communiqué.

Selon le texte, M. Kingibe a indiqué que l'UA soutenait un transfert de mission à l'Onu "avec l'accord du gouvernement soudanais". Il a promis de répondre au gouvernement dans les délais.

Le Soudan a durci sa position sur le dossier du Darfour après l'adoption le 31 août de la résolution 1706 malgré son opposition farouche à un déploiement de casques bleus au Darfour, où le conflit entre rebelles et forces gouvernementales alliées à des milices a fait des milliers de morts et de déplacés.

"L'UA a déjà déclaré qu'elle ne pouvait pas continuer au Darfour, et puisqu'elle ne peut poursuivre sa mission au-delà du 30 septembre, ses forces doivent partir avant cette date", avait affirmé auparavant à l'AFP le porte-parole du ministre des Affaires étrangères, Jamal Ibrahim.

"Par ailleurs, elle n'a pas le droit de transférer sa mission aux Nations unies ou à toute autre partie. Seul le gouvernement soudanais détient ce droit" avait-il dit.

Le gouvernement soudanais a déjà commencé à masser des troupes dans certaines zones du Darfour, tandis que des responsables de l'UA ont fait état de nouveaux affrontements qui risquent de plonger à nouveau cette région dans le chaos.

"Le Soudan va procéder à l'application de l'accord de paix du Darfour, selon son propre plan visant à restaurer la paix et la stabilité dans la région", a souligné M. Ibrahim, ajoutant que "ce plan a déjà été soumis au secrétaire général de l'Onu (Kofi Annan), mais il n'a pas été bien accueilli".

Cet accord de paix a été conclu en mai entre le gouvernement et l'une des factions rebelles, mais n'a pas réussi à ramener le calme.

M. Annan a appelé lundi le gouvernement soudanais à revoir sa position: "Il est regrettable que nous n'ayons pas encore obtenu l'approbation du Soudan pour le déploiement de forces internationales au Darfour".

La Commission européenne a également appelé Khartoum à accepter ce déploiement, soulignant que "cette mission (de l'Onu) est importante, qu'(elle) va aider la population à revenir et à recommencer sa vie".

Une force de maintien de la paix de l'Onu est déjà déployée dans le sud du pays pour superviser l'application de l'accord de paix signé en janvier 2005 entre Khartoum et les rebelles sudistes.

Lors de sa visite en Ethiopie, siège de l'UA, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a pour sa part regretté que le Conseil de sécurité n'ait pas tenu compte des conseils de la Chine et de la Russie pour de nouvelles consultations avec le Soudan.

"Le vote a été fait rapidement", a-t-il estimé. "Nous pensons que le transfert doit être effectué selon les régulations du Conseil de sécurité, mais nous avons besoin de nouvelles consultations avec le gouvernement soudanais".

Selon des analystes, Khartoum craint qu'une présence de l'Onu au Darfour n'ouvre la voie à l'arrestation de responsables soudanais pour crimes de guerre.

Septembre 2006

Khartoum exige le départ des soldats africains avant fin septembre

Pour le gouvernement soudanais, l'Union africaine n'a aucun droit de transférer à l'ONU sa mission de maintien de la paix au Darfour. L'armée a lancé une nouvelle offensive, menaçant d'aggraver la guerre civile dans cette région meurtrie

Le Figaro, 4 septembre 2006

 

Le Soudan a fixé dimanche un ultimatum aux troupes de l'Union africaine (UA) qui supervisent une trêve précaire au Darfour : elles ont jusqu'au 30 septembre pour quitter le pays. Une décision prise en conseil des ministres, en présence du président Omar al-Béchir. «Nous leur demandons de partir parce qu'elles ont fait comprendre qu'elles ne seraient pas en mesure de poursuivre leur mission», a déclaré Jamal Ibrahim, porte-parole du ministère des Affaires étrangères. Selon lui, le Soudan reproche à cette instance d'avoir laissé entendre qu'il était favorable à une transition sous le contrôle de l'Onu. «Nous considérons qu'ils ne sont pas en droit de transférer leur mandat à une autre partie - c'est nous qui décidons si nous continuons avec l'UA ou non», a-t-il ajouté. D'après un conseiller présidentiel toutefois, Khartoum autoriserait les troupes de l'UA à rester à une condition : que leur mandat soit prolongé, indépendamment de l'Onu.

La semaine dernière, le gouvernement soudanais avait rejeté la résolution du Conseil de sécurité adoptée jeudi , qui prévoyait l'envoi en renfort d'une force onusienne de plus de 20.000 soldats, chargée de relayer la mission de l'UA, composée de 7.000 hommes jugés sous-équipés et inefficaces. L'UA, incapable de financer sa mission au-delà de la mi-octobre, n'a pu enrayer le conflit entre rebelles africains et forces alliées au régime arabe de Khartoum depuis l'accord de mai, signé par une seule des trois factions rebelles engagées dans des négociations, le Mouvement de libération du Soudan (SLM). Des violences qui ont fait plusieurs centaines de milliers de morts et déplacé quelque 2,5 millions de personnes.

Loin de préparer le terrain aux casques bleus onusiens, le pouvoir soudanais a transféré des milliers de soldats ainsi que de nombreux miliciens dans le nord de la province de l'Ouest soudanais, pour déclencher une offensive contre des rebelles qui n'avaient pas signé l'accord de paix en mai. L'UA estime que les hostilités ont repris le 28 août au nord du Darfour, contrôlé par un mouvement rebelle non-signataire de l'accord de paix de mai dernier, le Front de rédemption nationale. Selon des responsables de l'Onu, le Darfour pourrait retomber à tout moment dans une guerre totale.

 

 

Septembre 2006

Pressions des Quinze et de l'ONU sur le Soudan

Libération, 4 septembre 2006

Le Soudan a demandé lundi à l'Union Africaine (UA) de retirer ses troupes du Darfour d'ici la fin du mois, bravant à nouveau la communauté internationale, alors que des combats se poursuivent dans cette région en proie à la guerre civile. «L'Union africaine a déjà déclaré qu'elle ne pouvait pas continuer au Darfour, et puisqu'elle ne peut poursuivre sa mission au-delà du 30 septembre, ses forces doivent partir avant cette date», a affirmé à l'AFP le porte-parole du ministre soudanais des Affaires étrangères, Jamal Ibrahim.

Le gouvernement soudanais avait rejeté la résolution du Conseil de sécurité adoptée jeudi et appelant au déploiement d'une force onusienne de plus de 20.000 hommes au Darfour, pour relayer la mission de l'UA. Khartoum a présenté à l'ONU un plan incluant le déploiement de ses propres troupes pour remplacer la force de l'UA, mais les Etats-Unis sont opposés à une telle idée. Les forces du gouvernement soudanais «ne sont pas considérées comme neutres», avait affirmé le mois dernier la secrétaire d'Etat adjointe américaine aux Affaires africaines, Jendayi Frazer.

Le gouvernement soudanais a déjà commencé à masser des troupes dans certaines zones du Darfour, tandis que des responsables de l'UA ont fait état de nouveaux affrontements qui risquent de plonger à nouveau cette région dans le chaos. Le président soudanais Omar al-Béchir s'est constamment opposé au déploiement d'une force de l'Onu au Darfour, accusant les Occidentaux de chercher à occuper son pays. Kofi Annan, en visite à Doha, a appelé lundi le gouvernement soudanais à revoir sa position: «Il est regrettable que nous n'ayons pas encore obtenu l'approbation du Soudan pour le déploiement de forces internationales au Darfour».

La Commission européenne a également appelé lundi le Soudan à accepter ce déploiement, soulignant que «cette mission (de l'Onu) est importante, qu'(elle) va aider la population à revenir et à recommencer sa vie», selon un porte-parole. Selon des analystes, Khartoum craint qu'une présence de l'ONU au Darfour n'ouvre la voie à l'arrestation de responsables du gouvernement soudanais pour crimes de guerre.

Les Etats-Unis accusent le régime soudanais et des milices arabes alliées (djandjawids) de génocide dans cette région. Les combats avec les rebelles et la crise humanitaire ont fait, depuis début 2003, entre 180.000 et 300.000 tués et au moins 2,4 millions de déplacés. Un accord de paix, signé en mai par le gouvernement et un des groupes rebelles, n'a pas réussi à rétablir le calme.

Septembre 2006

Agir au Darfour

Editorial du journal Le Monde du 3 septembre 2006

 

Khartoum finira-t-il par céder aux intenses pressions américaines pour accepter le déploiement des casques bleus au Darfour, cette région de l'ouest du Soudan, vaste comme la France , secouée depuis 2003 par une sanglante guerre civile ? La question n'est plus seulement théorique depuis que, jeudi 31 août, le Conseil de sécurité a mis le gouvernement d'Omar Al-Bachir devant le fait accompli, par le vote d'une résolution prévoyant l'envoi de 17 300 soldats à partir du 1 er octobre. Ce texte qui "invite" le gouvernement soudanais "à consentir " à l'arrivée de la force de l'ONU a été immédiatement rejeté par Khartoum, qui stigmatise par avance une "intervention étrangère" . En parallèle, le régime soudanais s'est lancé dans une escalade militaire, pilonnant les villages rebelles du Darfour, comme s'il s'agissait de gagner le maximum de terrain avant un inéluctable déploiement des casques bleus.

S'il est trop tôt pour affirmer qui remportera ce bras de fer, le brûlant dilemme de l'heure concerne la stratégie à mettre en oeuvre pour que la communauté internationale puisse exercer ce droit d'ingérence que réclame à l'évidence le Darfour. Une région où les milices arabes "janjawids" soutenues par le gouvernement central terrorisent depuis trois ans des populations noires qui réclament d'être mieux associées au pouvoir et aux richesses, faisant jusqu'à 300 000 morts et plus de 2 millions de déplacés, faits qualifiés de "génocide" par les Américains.

Manifestement, l'administration Bush, poussée par une mobilisation de l'opinion américaine, notamment noire, a choisi la carotte : la levée des sanctions économiques infligées au Soudan, producteur de pétrole, et une rencontre Al-Bachir - Bush le 19 septembre à l'ONU seraient la contrepartie d'un consentement au déploiement des casques bleus. Mais cette stratégie, qui pousse les Soudanais à la surenchère, n'a jusqu'à présent produit que de piteux effets. L'accord de paix paraphé au forceps en mai au Nigeria sur pression américaine a paradoxalement abouti à relancer et compliquer encore le conflit, car il n'a été signé que par une partie des rebelles. Et la diplomatie américaine semble en panne sur le Darfour depuis le départ du secrétaire d'Etat adjoint Robert Zoellick, chargé du dossier.

L'autre voie, sans doute plus prometteuse, est celle des sanctions à infliger aux responsables pour les crimes commis en nombre au Darfour. Une résolution prévoyant de les traduire devant la Cour pénale internationale a déjà été adoptée, une autre envisage des sanctions ciblées. Le texte adopté vendredi réitère ces menaces. L'escalade de la violence sur le terrain enregistrée ces derniers jours appelle à les mettre en oeuvre d'urgence pour éviter une catastrophe annoncée comme imminente par tous les observateurs.

Septembre 2006

Le Soudan rejette la résolution 1706 de l'ONU sur le Darfour

Le Monde, avec l'AFP, Reuters, 1 er septembre 2006

Le gouverneur du Darfour du Nord, Osmane Youssef Kibir, a rejeté, jeudi 31 août, la résolution 1706 adoptée par le Conseil de sécurité de l'ONU pour le déploiement d'une force onusienne renforcée au Darfour. "La résolution manque de légitimité et de crédibilité" , a-t-il déclaré à la télévision soudanaise. "La résolution est basée sur la supposition que la sécurité est en train de se dégrader au Darfour. C'est une supposition erronée puisque la sécurité s'est améliorée et prévaut dans toute la région" , a-t-il assuré. La télévision publique a également cité le conseiller présidentiel Majzoub Al-Khalifa Ahmed disant que la résolution est "totalement inacceptable" et avertissant qu'elle pourrait "inciter à la sédition" .

Douze des quinze membres en faveur de la résolution

 

Pourtant le texte adopté par le Conseil de sécurité des Nations unies, qui prévoit le déploiement d'une force de maintien de la paix forte de 17 000 casques bleus dans la province soudanaise du Darfour, se veut conciliante avec Khartoum. Le texte révisé présenté au vote du Conseil de sécurité stipule que le déploiement des casques bleus sera "fondé sur un accord avec le gouvernement [soudanais] " et réaffirme le respect "à l'égard de la souveraineté, de l'unité, de l'indépendance et de l'intégrité territoriale du Soudan" .

Douze pays ont voté en faveur de la résolution, trois se sont abstenus : la Chine , la Russie et le Qatar. Juste avant la réunion, l'ambassadeur américain John Bolton avait souligné qu'il aurait été "préférable d'avoir l'unanimité"   des quinze membres du Conseil de sécurité. Mais il est plus "important d'avancer rapidement et d'adopter cette résolution [...] afin de mettre un terme au génocide au Soudan" . Devant le Conseil, la Chine a particulièrement regretté le déroulement d'un vote avant que le gouvernement soudanais exprime son accord sur le déploiement d'une telle force.

 

Situation humanitaire catastrophique

 

Les diplomates de l'ONU soulignent que la situation au Darfour s'est envenimée dernièrement, constatant une hausse des viols, des massacres et des attaques contre des travailleurs humanitaires. Le coordinateur humanitaire des Nations unies pour le Soudan, Manuel Da Silva, a déploré jeudi la détérioration des conditions de travail des humanitaires, après la mort récente d'un employé du Comité international de la Croix-Rouge. Ce décès "porte à 12 le nombre de travailleurs humanitaires tués dans la région en 2006, pour la plupart au cours des deux derniers mois" .

"Nous sommes particulièrement désemparés par le fait que ces travailleurs humanitaires sont attaqués alors qu'ils mènent à bien leur mission, qui est d'apporter aide et soulagement à ceux qui souffrent au Darfour" , déclare M. Da Silva.

En dépit d'un accord de paix signé en mai 2006 entre le gouvernement de Khartoum et la principale faction rebelle, la situation sur le terrain a continué de se dégrader. Depuis février 2003, le conflit a fait entre 180 000 et 300 000 morts, selon les estimations, entraînant le déplacement de quelque 2,4 millions de personnes.

 

Pour Washington, un accord soudanais n'est pas nécessaire

 

"Cette résolution invite à obtenir l'accord du Soudan. Mais rien n'exige l'accord du Soudan" , a souligné jeudi Kristen Silverberg, secrétaire d'Etat adjointe aux organisations internationales. "N'oubliez pas que cette résolution comprend le mandat de protéger les civils au titre du chapitre VII" de la Charte des Nations unies, a indiqué la responsable américaine. Même si le chapitre VII "est fréquemment appliqué avec l'accord du gouvernement concerné', ce dernier n'est pas une "nécessité". "Cela dit, (...) nous espérons que le gouvernement soudanais et toutes les parties concernées apportent leur assistance pour mettre cet accord en œuvre" , a-t-elle ajouté. -

Septembre 2006

Le Soudan rejette la résolution de l'ONU, prêt à faire face à une intervention étrangère

Jeune Afrique avec AFP Khartoum, 1 er septembre 2006

Le Soudan est prêt à "faire face à l'intervention internationale", a affirmé son vice-président Ali Osman Taha cité par l'agence officielle Suna aujourd'hui, au lendemain de l'adoption d'une résolution prévoyant le déploiement d'une force onusienne renforcée au Darfour.

Khartoum a rejeté la résolution 1706, adoptée jeudi par le Conseil de sécurité, qui prévoit l'envoi de Casques bleus supplémentaires au Darfour, région de l'ouest du Soudan déchirée par un conflit meurtrier.

"Nous avons des options et des plans pour faire face à l'intervention internationale", a affirmé M. Taha.

Dans une allusion apparente aux possibles moyens d'action, le vice-président soudanais a évoqué ce que le Hezbollah libanais "a fait dans les rangs de l'armée de l'ennemi sioniste (Israël, ndlr) grâce à la détermination, la patience et la volonté politique que le parti (le Hezbollah) affiche".

Dans cette déclaration faite jeudi soir lors d'un rassemblement politique et rapportée vendredi par Suna, M. Taha a affirmé que "la bataille avec la communauté internationale requiert de la patience et de strictes précautions".

"Nous sommes préparés à toutes les possibilités", a-t-il ajouté, en appelant à "l'unité" nationale.

La résolution 1706 prévoit de faire passer les effectifs de la Mission de l'Onu au Soudan (Minus) de 12.273 Casques bleus (pour l'instant déployés au sud-Soudan) à 17.300 soldats et 3.300 policiers, pour relayer la mission de l'Union africaine (UA) au Darfour.

Douze pays ont voté pour, et trois se sont abstenus: la Chine , la Russie et le Qatar, opposés à un vote avant que Khartoum se soit rallié à l'idée d'un vaste déploiement onusien.

"La crise au Darfour n'a que trop duré", a déclaré Karen Pierce, la représentante de Grande-Bretagne, co-auteur du texte avec l'Argentine, le Danemark, les Etats-Unis, la France , le Ghana, la Grèce , la Slovaquie et la Tanzanie. "L'adoption de la résolution envoie un message clair quant au besoin d'une 3e partie, impartiale et équipée pour faire appliquer l'accord de paix sur le Darfour" signé en mai.

Pour l'ambassadeur américain John Bolton, "il est impératif que nous avancions tout de suite pour la mettre en oeuvre".

Washington a estimé que l'accord de Khartoum n'était pas nécessaire pour renforcer la Minus. La résolution "invite à obtenir l'accord du Soudan" mais rien dans le texte "ne l'exige", selon la secrétaire d'Etat adjointe aux Organisations internationales, Kristen Silverberg.

Les membres du Conseil ne partagent cependant pas tous cet avis. L'ambassadeur du Ghana, Nana Effah-Apenteng, qui préside le Conseil, a souligné que la résolution ne signifie pas que "l'on ferme la porte aux négociations" avec le Soudan.

Pour tenter d'assouplir Khartoum, le texte réaffirme le respect "à l'égard de la souveraineté, de l'unité, de l'indépendance et de l'intégrité territoriale du Soudan, qui ne seront aucunement affectées par une transition vers une opération des Nations unies". Il exprime aussi la "détermination (du Conseil) à travailler avec le gouvernement du Soudan" et relève que la force de l'Onu "aura, dans la mesure du possible, une forte participation africaine".

Devant le Conseil, la Chine a affiché son soutien à une force onusienne mais regretté qu'une résolution ait été mise au vote avant accord du gouvernement soudanais. "Une mission ne peut être déployée qu'une fois le consentement du gouvernement (soudanais) obtenu", a dit l'ambassadeur Wang Guangya.

"Que l'on sache, un consentement est volontaire", a renchéri le représentant du Qatar, Jamal Nasser al-Bader.

Le président soudanais Omar el-Béchir, qui accuse Washington et les Etats occidentaux de visées impérialistes, a présenté un plan incluant le déploiement de 10.500 soldats soudanais pour rétablir la sécurité dans la province.

Dans une lettre envoyée jeudi à M. Béchir, le secrétaire général de l'Onu Kofi Annan s'est dit "profondément préoccupé" par son refus d'intégrer la force de l'Onu. Inquiet de voir des forces soudanaises se déployer au Darfour, il a appelé Khartoum à de plus amples discussions.

"La résolution n'est qu'un premier pas", a d'ailleurs estimé l'ONG Human Rights Watch, appelant les membres de l'Onu à faire en sorte que Khartoum l'accepte.

Placés sous le chapitre VII de la Charte de l'Onu, qui autorise le recours à la force en cas de menace à la paix, les Casques bleus seront autorisés à user de tous moyens pour protéger les personnels de l'Onu, intervenants humanitaires et civils.

Jusqu'à 300.000 personnes sont mortes et plus de deux millions ont été déplacées au Darfour, en raison de la guerre et de la famine.

Septembre 2006

Au moins 30.000 foyers touchés par des inondations

Le Monde avec l'AFP, 1 er septembre 2006

 

AAu moins 30.000 foyers ont été touchés depuis début août par des inondations qui ont frappé une grande partie du Soudan, faisant un nombre indéterminé de victimes, ont estimé vendredi les Nations unies.

"Des milliers de bâtiments, de maisons, d'écoles, de routes, de ponts et de terres agricoles ont été soit emportés soit gravement endommagés", a déclaré devant la presse la porte-parole du Bureau de coordination des affaires humanitaires de l'ONU, Elisabeth Byrs.

"Le nombre de morts est difficile à évaluer pour le moment", a-t-elle ajouté.

Les fortes pluies qui se sont abattues en août sur l'Ethiopie, faisant plus de 600 morts, ont gonflé les eaux du Nil qui a débordé en traversant le Soudan. Par endroits, le fleuve a inondé des zones distantes de plus d'un kilomètre de son cours normal.

Le nord, l'est et le centre du pays sont les plus touchés, particulièrement l'Etat de Sennar, au sud de Khartoum, qui a besoin de 2.500 tentes, de 10.000 moustiquaires et d'équipements sanitaires pour venir en aide aux sans-abri, selon l'ONU.

Les Nations unies redoutent particulièrement des épidémies de diarrhée et de choléra provoquées par la présence d'eau stagnante, a précisé Mme Byrs.

 

Septembre 2006

Onu au Darfour : et pourquoi demander son avis à Béchir ?

Afrique Centrale, New-York, 1 er septembre 2006

 

Les Etats-Unis estiment qu'il n'est pas nécessaire d'obtenir l'accord de Khartoum pour déployer des Casques bleus au Darfour, a indiqué jeudi à Washington une responsable américaine, alors qu'un émissaire du président soudanais Omar el-Béchir est attendu aux Etats-Unis.

Le Conseil de sécurité de l'Onu a approuvé jeudi un renforcement de la Mission de l'Onu au Soudan (Minus) avec le déploiement de Casques bleus au Darfour, chargés de relayer la mission de l'Union africaine.

"Cette résolution invite à obtenir l'accord du Soudan. Rien n'exige l'accord du Soudan", a souligné la secrétaire d'Etat adjointe aux Organisations internationales, Kristen Silverberg (photo), au cours d'un point de presse.

La responsable américaine prenait ainsi le contre-pied de la Chine , qui a regretté devant le Conseil qu'une résolution ait été mise au vote avant tout accord du gouvernement soudanais.

La Chine s'est abstenue, de même que la Russie et le Qatar.

La résolution réaffirme le respect "à l'égard de la souveraineté, de l'unité, de l'indépendance et de l'intégrité territoriale du Soudan" et stipule que le déploiement des Casques bleus sera "fondé sur un accord avec le gouvernement" soudanais.

Mais Mme Silverberg a rappelé que cette résolution invoquait le chapitre VII de la Charte des Nations unies, qui autorise l'usage de la force.

"N'oubliez pas que cette résolution comprend le mandat de protéger les civils au titre du chapitre VII", a indiqué la responsable américaine.

"Et ce qui compte avec le chapitre VII, c'est que même s'il est fréquemment appliqué avec l'accord du gouvernement concerné, il ne nécessite pas l'accord ni la coopération du gouvernement concerné", a-t-elle poursuivi.

Les Etats-Unis ont "tenu bon" pendant les négociations pour que cet élément figure dans la résolution et "nous avons finalement persuadé le Conseil d'adopter la résolution en ces termes", a-t-elle poursuivi.

Mme Silverberg a en outre regretté la décision de la Russie de s'abstenir, la qualifiant d'"inexplicable au vu de la situation sécuritaire très grave" au Darfour.

"Cela dit, nous nous attendons à ce que le gouvernement soudanais et toutes les parties concernées apportent leur assistance pour mettre cet accord en oeuvre, et nous l'espérons", a ajouté Mme Silverberg.

Les Etats-Unis ont d'ailleurs l'intention de presser le Soudan d'envoyer rapidement un émissaire à Washington pour tenter de le convaincre d'autoriser le déploiement de la force onusienne, a indiqué la secrétaire d'Etat aux Affaires africaines, Jendayi Fraser.

Mme Frazer, qui vient de rentrer de Khartoum où elle a reçu un accueil glacial du président Béchir, a indiqué que cet émissaire serait le ministre soudanais des Affaires étrangères, Lam Akol.

"Je vais l'appeler aujourd'hui, pour voir s'il peut venir vers la semaine prochaine", a-t-elle ajouté. "Je pense que le plus tôt sera le mieux".

Selon des diplomates à New York, il est peu probable que de nombreux pays contribuent à une mission à laquelle s'opposerait le gouvernement de Khartoum.

Septembre 2006

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