Le Soudan dans la Presse

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2006

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2ème semestre


Juin 2006

 

IRIN, Dakar
30 juin 2006

Coopération Chine - Afrique : pour le meilleur ou pour le pire ?

Amnesty International
communiqué
29 juin 2006

Soudan / Tchad : une action internationale est requise pour protéger les civils contre les attaques transfrontalières

IRIN Banjul
29 juin 2006

Les problèmes du monde pourraient dominer le sommet de l'Union Africaine

Washington file
27 juin 2006

Alfred Taban, soudanais, est un des quatre Africains qui a été récompensé par la NED , parce qu'il milite en faveur de la liberté

Le Monde
28 juin 2006

Paix introuvable au Darfour, par Michaël Chetrit et Mahor Chiche

Nouvel Observateur
25 juin 2006

Khartoum suspend la mission de l'Onu au Darfour

Agence France Presse
27 juin 2006

Human Rights Watch accuse le Soudan et le Tchad de soutenir des groupes armés violents

Angola Presse
24 juin 2006

Le PAM construit 25 écoles dans le Sud Soudan

Nouvel Observateur
22 juin 2006

La violence au Darfour déborde sur le Tchad, selon l'organisation humanitaire Human Rights Watch

Gouvernement des Etats-Unis
21 juin 2006

Les États-Unis sont les premiers donateurs d'aide aux réfugiés du Darfour

IRIN Brazaville
21 juin 2006

La Chine accorde une aide de 3,5 millions de dollars à la mission de l'UA au Darfour

Nouvel Observateur
20 juin 2006

Le Soudan "ne sera pas un pays recolonisé

L'Express
20 juin 2006

Cessez-le-feu signé avec l'Est

Radio Chine
19 juin 2006

Arrivée à Khartoum d'une délégation du groupe rebelle du Darfour

Nouvel Observateur
19 juin 2006

Accord de cessez-le-feu entre Khartoum et les rebelles de l'Est

Nouvel Observateur,
17 juin 2006

Le chef du Mouvement de Libération du Soudan menace de rompre l'accord de paix avec Khartoum

La Croix ,
16 juin 2006

La Cour pénale internationale confirme les massacres au Darfour

Union Africaine,
15 juin 2006

L'Union africaine annonce la création d'une commission de cessez-le-feu pour le Darfour

Le Monde
15 juin 2006

" Des massacres à grande échelle" ont été commis au Darfour, selon la CPI

Nations Unies,
14 juin 2006

Le procureur de la cour pénale internationale appelle à la pleine coopération du soudan et de l'Union africaine

Nations Unies,
14 juin 2006

La communauté internationale a mal compris les véritables causes du conflit du Darfour, déclare le chef de la mission du Conseil de sécurité

Cameroun Tribune
13 Juin 2006

Le temps du châtiment

Jeune Afrique,
12 juin 2006

Tchad, entre guerre et paix

L'Express avec Reuters,
12 juin 2006

Pékin arme des pays violant les droits de l'homme, dit Amnesty

L'Express,
11 juin 2006

Une délégation de l'Onu visite des camps de réfugiés au Tchad

Le Monde,
10 juin 2006

Tentative de médiation au Soudan Sud entre les rebelles ougandais et Kampala

Nations Unies,
8 juin 2006

La mission du Conseil de sécurité poursuit son voyage au Sud-Soudan

IRIN, Bangui,
8 juin 2006

Poursuite des consultations entre la République Centre Afrique et le HCR pour le rapatriement des réfugiés soudanais

Le Monde,
8 juin 2006

Khartoum refuse tout casque bleu au Darfour

Xinhuanet,
7 juin 2006

Le Soudan souhaite coopérer avec l'Onu pour faire avancer le processus de paix

Nations Unies HCR,
6 juin 2006

Les attaques des milices janjawid continuent dans l'est du Tchad

Nations Unies,
5 juin 2006

Jean-Marie Guéhenno mènera la mission d'évaluation au Darfour

Afrique Centrale Info
4 juin 2006

Reprise des affrontements à la frontière du Tchad avec le Soudan

Le Figaro,
3 juin 2006

Le chef de la rébellion ougandaise sort de l'ombre

Nations Unies,
2 juin 2006

L'accord du Soudan à une mission de l'ONU pourrait dépendre de son mandat, estime Hedi Annabi

La Croix ,
2 juin 2006

L'accord de paix sur le Darfour reste en suspens

Jeune Afrique,
1 er juin 2006

Le Conseil de sécurité en mission au Soudan et en RDC au mois de juin

Début de page

 

Coopération Chine - Afrique : pour le meilleur ou pour le pire ?

[Cet article ne reflète pas nécessairement les vues des Nations Unies]

 

IRIN, Dakar, 30 juin 2006

 

Compte tenu de l'appétit grandissant de la Chine pour les matières premières et le besoin constant d'aide économique de l'Afrique, le pays le plus peuplé du monde et le continent le plus pauvre de la planète semblent être en parfaite symbiose.

La Chine a déclaré 2006 « l'Année de l'Afrique ». Le Premier ministre chinois Wen Jiaboa vient juste de boucler une tournée africaine, au cours de laquelle il s'est rendu en Egypte, au Ghana, au Congo, en Angola, en Afrique du Sud, en Ouganda et en Tanzanie. Cette tournée fait suite à celle effectuée par le Président chinois Hu Jintao au Maroc, au Nigeria et au Kenya en début d'année.

En outre, la semaine dernière, le Président sénégalais Abdoulaye Wade a effectué une visite officielle en Chine et la ville de Pékin accueillira en novembre prochain le sommet sino-africain.

Lors de sa visite à Brazzaville, la capitale congolaise, M. Jiabao a déclaré : « Notre objectif dans notre coopération avec l'Afrique est de renforcer la capacité de l'Afrique à asseoir son développement autonome. Dans la coopération avec l'Afrique, la Chine ne cherche pas des intérêts égoïstes. Nous sommes attachés à deux principes : l'égalité, les avantages réciproques et la non ingérence dans les affaires intérieures de l'Afrique ».

 

Aucune condition préalable à l'aide économique

 

Cependant, pour les défenseurs des droits de l'homme, la demande de la Chine en matières premières risque de porter atteinte au respect des droits de l'homme et aux réformes entreprises pour l'instauration de la démocratie en Afrique.

« Nous savons que la Chine a une approche différente sur les droits de l'homme. En entretenant des relations avec des régimes répressifs, comme au Soudan, la Chine accorde plus d'importance à ses intérêts économiques et commerciaux qu'au respect des droits de l'homme et elle permet à ces régimes d'obtenir des ressources qu'ils n'auraient jamais pu obtenir si facilement », a déclaré Saria Rees-Roberts, journaliste à Amnesty International, une association de défense des droits de l'homme basée à Londres.

Alors que les bailleurs de fonds occidentaux conditionnent leur aide à la mise en œuvre de réformes politiques et au respect des droits de l'homme, la Chine n'exige qu'une seule chose des états africains : la reconnaissance du principe d'une seule Chine. Ainsi, les pays africains ne considérant pas Taiwan comme faisant partie du territoire chinois ne bénéficient pas des investissements et de l'allègement de la dette de la part du gouvernement de Pékin.

En revanche, les Etats africains, même les régimes les répressifs, peuvent tirer parti de leurs relations diplomatiques avec la Chine , dès lors qu'ils reconnaissent ce principe.

En effet, la Chine , un des cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies, a menacé d'utiliser son droit de véto pour s'opposer à l'adoption de sanctions contre le Soudan qui, selon certains pays occidentaux, commet un « génocide » dans la région du Darfour. Le Soudan est l'un des principaux fournisseurs de pétrole brut de la Chine.

Et pour soutenir son économie en plein essor, la Chine investit en Afrique comme jamais elle ne l'a fait auparavant. Selon le Fonds monétaire international (FMI), l'Afrique affiche un taux de croissance de l'ordre de six pour cent – le taux le plus élevé depuis les trente dernières années - en partie grâce aux investissements chinois.

En effet, en 2006, le montant total des importations et des exportations entre l'Afrique et la Chine dépasse les 50 milliards de dollars américains et pourrait atteindre les 100 milliards de dollars d'ici 2010, a souligné le FMI.

« Je pense que cela peut être très bénéfique pour l'Afrique. La Chine a des besoins en matières premières et l'Afrique dispose de ces produits », a déclaré Walter Kansteiner III, ancien sous-secrétaire d'Etat américain pour les affaires africaines.

« Cela fait monter les prix, augmente le volume des échanges et crée de nouvelles opportunités d'affaires, tout en stimulant le flux de capitaux et le marché de l'emploi ».

« Mais il faudra veiller à ce que l'augmentation de l'offre et de la demande ne se fasse pas au détriment des principes de respect des droits de l'homme et de l'environnement », a-t-il ajouté.

 

Une soif inextinguible pour l'or noir

 

La soif de la Chine pour l'or noir est inextinguible. L'Angola, deuxième pays producteur de pétrole d'Afrique subsaharienne après le Nigeria, exporte une grande partie de sa production en Chine. Pékin a investi plusieurs milliards de dollars en Angola, au Nigeria et au Soudan afin d'assurer des droits de forage dans ces pays.

Mais il n'y a pas que l'or noir qui intéresse la Chine : son appétit pour les matières premières, dont le coton, est immense. En effet, au Bénin, Togo, Mali et Cameroun, le volume des exportations de coton vers la Chine a considérablement augmenté. Selon les statistiques des Nations unies sur le commerce des marchandises, entre 2002 et 2004, le volume des importations de coton béninois a été multiplié par quatre.

En contrepartie, les marchandises chinoises bon marché envahissent les marchés africains – des ustensiles de cuisine aux chaussures, en passant par les vêtements et les appareils électroniques. Au Nigeria, le pays le plus peuplé d'Afrique, les importations en provenance de Chine ont doublé depuis 2002.

Cependant, certains fabricants africains, notamment dans le domaine du textile, pâtissent de cette déferlante de marchandises chinoises. Par exemple, le syndicat du textile d'Afrique du Sud a annoncé que 60 000 Sud-Africains avaient perdu leur emploi.

« Il est bon parfois d'apprendre à faire face à la concurrence car cela vous oblige à aller de l'avant. Mais comme le secteur industriel est faible en Afrique, il peut être facilement remplacé par de jeunes industries », a déclaré Andrea Bohnstedt, spécialiste Afrique du groupe Global Insight, à Londres. « Et de telles opérations sont de toute évidence politiquement impopulaires puisque la plupart des pays d'Afrique affiche déjà un taux de chômage élevé ».

 

La Chine investit dans les infrastructures

 

En dehors des produits manufacturés qu'elle exporte vers l'Afrique, la Chine investit massivement dans les infrastructures telles que les installations hydroélectriques, les télécommunications, les autoroutes, les voies ferrées et les gazoducs. Et à en croire certains analystes, la Chine , dans sa stratégie globale d'investissement, négocie de plus en plus des petits projets de développement avec les pays africains.

Le montant de l'aide chinoise à l'Afrique s'élève à plusieurs milliards de dollars. En effet, la Chine a distribué des médicaments antipaludéens en Afrique, a ouvert des centres de formation agricole et a fourni du personnel sanitaire et technique chargé de former le personnel africain. Pékin a annulé la dette bilatérale de l'Afrique dont le montant avoisinait les dix milliards de dollars. En outre, la Chine a versé 3,5 millions de dollars à la mission de maintien de la paix de l'Union africaine au Darfour sous forme d'aide budgétaire et humanitaire.

Selon certains analystes, l'une des raisons pour lesquelles la Chine est un partenaire intéressant pour l'Afrique est que les décisions de Pékin se prennent plus rapidement que dans certains pays occidentaux et agences humanitaires. En effet, contrairement à la Chine , ces derniers conditionnent leur aide à la transparence, au respect des droits de l'homme et des principes de la démocratie.

Lorsque le FMI a suspendu son aide à l'Angola, après avoir constaté un détournement des recettes du pétrole, la Chine a proposé une subvention de deux milliards de dollars à l'Angola.

Lorsque les entreprises européennes se sont retirées du Soudan pour dénoncer la violation des droits de l'homme, les Chinois ont aidé à la construction d'oléoducs et d'autres infrastructures.

Enfin, alors que les Etats-Unis tardaient à fournir des patrouilleurs pour protéger le Delta du Niger contre les attaques des milices, le Nigeria s'est tourné vers la Chine.

 

L'aide militaire chinoise

 

Lorsqu'il s'agit de questions militaires, les groupes de défense des droits de l'homme s'intéressent de très près aux actions menées par la Chine.

Par exemple, dans un rapport publié en juin, Amnesty International a déclaré qu'en vendant des armes et des véhicules au Soudan, la Chine avait contribué à alimenter le conflit, la violence et la politique de répression dans la région. Les résultats d'une enquête menée par les Nations unies en août 2005 ont révélé que la Chine avait fourni plus de 200 camions militaires au Soudan.

Amnesty International a également indiqué que la Chine avait échangé des armes contre du bois libérien en violation de l'embargo des Nations unies sur les armes, et qu'elle avait ainsi aidé Charles Taylor à se maintenir au pouvoir, avant son exil en août 2003. La Chine a également fourni des avions de chasse et d'autres équipements militaires au Zimbabwe.

« Les relations étroites que la Chine entretient avec le Zimbabwe montre bien l'indifférence de Pékin vis-à-vis des problèmes politiques », a déclaré Princeton Lyman, ancien ambassadeur des Etats-Unis en Afrique du Sud et au Nigeria devant la Commission sino-américaine en juillet 2005.

« La Chine soutient le régime de Mugabe, ce qui lui vaut les foudres de la communauté internationale qui critique le gouvernement de Mugabe [notamment] pour sa politique de répression ».

Mais pour certains analystes, les gouvernements occidentaux n'ont pas le droit de pointer du doigt la politique de la Chine , car ils investissent eux-mêmes dans des pays producteurs de pétrole comme la Guinée équatoriale où, selon les groupes de défense des droits de l'homme, le régime en place est tout aussi répressif.

« Si l'on regarde l'engagement et les actions des pays occidentaux et des sociétés multinationales pendant la Guerre froide, le tableau n'est pas beaucoup plus reluisant », a affirmé Andrea Bohnstedt.

« La différence avec les entreprises chinoises, c'est que les groupes de pression n'existent pas en Chine. En conséquence, les entreprises et les gouvernements « ne subissent aucune pression de la part de la société civile qui pourrait avoir des implications sur le cours de la Bourse , entacher leur réputation » ou les obliger à mieux se comporter d'un point de vue éthique.

Selon Andrea Bohnstedt, il s'agit de voir à présent si les gouvernements africains seront capables de négocier des contrats complexes et de travailler dans la transparence afin qu'une grande partie de leur population puisse jouir des avantages des investissements chinois.

« En définitive, il revient à chaque gouvernement [africain] de négocier avec ces puissances étrangères », a-t-elle conclu.

« Chacun essaie de tirer le maximum de ces relations. Il est donc difficile de rejeter la faute sur le partenaire qui fait des propositions. »

 

Juin 2006

Soudan / Tchad : une action internationale est requise pour protéger les civils contre les attaques transfrontalières

 

Amnesty International, communiqué de presse , 29 juin 2006

 

Alors que les chefs d'État de l'Union africaine sont réunis à Banjul (Gambie) et que le Conseil de sécurité des Nations unies envisage le déploiement d'une force de maintien de la paix au Darfour, Amnesty International a appelé aujourd'hui la communauté internationale à lancer une action urgente destinée à protéger les populations civiles de l'est du Tchad contre les attaques transfrontalières menées depuis le Soudan.

« L'Union africaine et les Nations unies ont ici une occasion unique d'apporter une réponse coordonnée et efficace à la crise des droits humains qui sévit depuis si longtemps au Darfour. Cette crise s'étend désormais au Tchad et pourrait déstabiliser l'ensemble de la région. », a déclaré Irene Khan, secrétaire générale d'Amnesty International.

« Le gouvernement tchadien doit remplir son devoir de protection vis-à-vis de la population civile, et solliciter l'assistance d'une force internationale si nécessaire. »

Amnesty International a émis cet appel parallèlement au lancement d'un reportage vidéo révélant les destructions et les meurtres commis le long de la frontière du Tchad avec le Soudan, et d'un rapport analysant différentes atteintes aux droits humains dans la région. Ce rapport souligne également que les autorités tchadiennes et soudanaises n'assument pas leurs responsabilités face à la crise.

« De fait, le gouvernement tchadien a renoncé à son devoir de protection envers les personnes vivant près de la frontière avec le Soudan. Il a abandonné ces populations aux attaques des Janjawids et à l'exploitation des groupes armés soudanais opérant dans l'est du Tchad. »

« Le gouvernement soudanais laisse les milices janjawids attaquer les civils tchadiens, de l'autre côté de la frontière, en toute impunité. Les milices tuent, pillent et dépeuplent les terres situées le long de cette frontière. » « Les Janjawids ciblent des populations pratiquement sans défense, et les gouvernements du Soudan ou du Tchad ne s'interposent pas. La communauté internationale doit agir immédiatement et efficacement, avant que la situation ne se dégrade davantage. »

« Le sommet de l'Union africaine, qui se tient cette semaine, doit envoyer un signal clair au Soudan : ce pays ne continuera pas à bloquer le déploiement d'une opération de maintien de la paix des Nations unies sans en subir les conséquences. L'Union africaine doit élaborer un programme d'action clair visant à faire pression sur le gouvernement soudanais. Un tel programme pourrait prévoir des sanctions, et également suspendre la décision autorisant le Soudan à présider l'Union africaine en 2007. »

Le Conseil de sécurité étudiera cette semaine les conclusions d'une mission d'évaluation des Nations unies concernant une opération de maintien de la paix au Darfour.

« La crise qui se développe au Tchad indique que le temps presse. Les membres du Conseil doivent afficher une plus grande fermeté envers le gouvernement soudanais, afin que celui-ci accepte l'intervention d'une mission de maintien de la paix au Darfour. Le mandat de cette mission comprendra la protection des populations et la capacité d'empêcher les incursions transfrontalières. »

« La tragédie qui frappe l'est du Tchad est une conséquence directe du conflit du Darfour. De ce fait, la communauté internationale se doit d'apporter une réponse à la crise humanitaire et à la crise des droits humains affectant les deux côtés de la frontière. » « Le Conseil de sécurité ne doit pas seulement se montrer déterminé à pallier l'absence de protection des populations dans l'est du Tchad. Il doit s'y employer sans délai et ne pas attendre une réaction du gouvernement soudanais concernant le Darfour. Les civils vivant dans l'est du Tchad ont désespérément besoin de protection. Ils ne doivent pas être assujettis au rythme des négociations avec Khartoum.

« Si le vide politique et l'absence de protection persistent dans l'est du Tchad, une dégradation générale de la situation est à craindre » , a ajouté Irene Khan.

Depuis septembre 2005, les attaques menées par les Janjawids dans cette partie du Tchad ont provoqué le déplacement de 50 000 à 75 000 personnes, qui se sont réfugiées à l'intérieur des terres. Environ 15 000 d'entre elles, sans autre voie pour fuir, se sont retrouvées au Darfour. N'ayant que peu ou pas d'accès à l'aide humanitaire, et recherchant désespérément une protection, les personnes déplacées peuvent alors être enrôlées par les groupes armés du Darfour basés dans l'est du Tchad.

Le rapport indique également qu'une coordination semble s'amorcer entre les Janjawids et les groupes armés tchadiens opérant au Darfour. Tandis que ces derniers lancent des attaques contre l'armée tchadienne d'un côté de la frontière, les Janjawids s'en prennent aux populations civiles de l'autre côté. Ils ciblent spécifiquement les tribus qui ne se sont pas alliées aux rebelles tchadiens.

Les attaques des Janjawids ont délibérément cherché à diviser les populations. Elles ont été dirigées contre les groupes les plus importants et les plus riches. Dans le même temps, des tribus de moindre importance ont fait alliance avec ces milices. En juin 2006, des chefs locaux de l'est du Tchad ont déclaré aux chercheurs d'Amnesty International qu'ils tentaient désespérément d'acquérir des armes pour se défendre contre les attaques. S'ils en obtiennent, les violences risquent de s'aggraver avec l'intensification des affrontements intercommunautaires.

Amnesty International a émis un certain nombre de recommandations, parmi lesquelles :

- le gouvernement tchadien doit protéger les populations civiles des zones affectées et solliciter au besoin l'assistance d'une force internationale afin de renforcer la sécurité dans les endroits où les réfugiés, les personnes déplacées et d'autres civils risquent de subir des attaques ;

- les Nations unies et l'Union africaine doivent exercer des pressions sur le gouvernement soudanais, afin que ce dernier accepte le déploiement d'une opération de maintien de la paix, et prenne des mesures pour empêcher les attaques transfrontalières des Janjawids ;

- les Nations unies doivent déployer une opération de maintien de la paix au Darfour. Cette mission doit être dotée d'un mandat lui permettant de protéger efficacement les populations. Par ailleurs, les Nations unies doivent étudier les moyens permettant d'assurer la sécurité des civils du côté tchadien de la frontière, en collaboration avec les autorités tchadiennes ;

- la communauté internationale doit fournir le soutien politique, financier et logistique nécessaire à la mission de l'Union africaine au Darfour, afin de renforcer sa capacité de protection des civils ;

- les Nations unies doivent mettre en place une commission d'enquête sur les attaques menées contre les civils dans l'est du Tchad, et en rendre publiques les conclusions et les recommandations ;

- les gouvernements du Soudan et du Tchad doivent coopérer pleinement avec la Cour pénale internationale, afin que les responsables des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité commis au Darfour et au Tchad soient traduits en justice, et que les victimes obtiennent réparation.

« Ce qui se passe au Tchad rappelle les premiers temps du conflit du Darfour. Nous constatons des atteintes aux droits humains identiques, commises par les mêmes auteurs » , a déclaré Irene Khan.

« Les graines des violences du Darfour ont été semées dans l'est du Tchad. Faute d'action urgente et cohérente aux deux côtés de la frontière, la communauté internationale s'expose à une sanglante récolte. »

 

Juin 2006

Les problèmes du monde pourraient dominer le sommet de l'Union Africaine

IRIN, Banjul, 29 juin 2006

 

A l'occasion du sommet annuel de l'Union africaine (UA) qui s'ouvre ce week-end à Banjul, la capitale gambienne, l'organisation continentale se penchera sur deux dossiers brûlants, mais l'arrivée en Gambie de deux chefs d'Etat les plus décriés du moment pourrait leur voler la vedette.

Mahmoud Ahmadinejad, le chef d'Etat iranien et son homologue vénézuélien, Hugo Chavez, participeront au sommet de l'UA en Gambie, sur invitation du président gambien, Yahya Jammeh.

Ces trois leaders sont en conflit avec les Etats-Unis pour des motifs différents : Ahmadinejad, pour les ambitions nucléaires de l'Iran ; Chavez, pour sa politique du pétrole ; et Yaya Jammeh, pour ses violations répétés des droits de l'homme

L'avenir de la mission de maintien de la paix de l'UA dans la région instable du Darfour, au Soudan, la situation de l'ex-président tchadien Hissène Habré poursuivi pour crimes contre l'humanité, actes de tortures et de barbarie. Ce sont-là les questions brûlantes inscrites à l'ordre du jour de ce sommet et auxquelles l'UA devra apporter une réponse.

L'organisation panafricaine abordera également d'autres problèmes, notamment la situation en Somalie et au Tchad, un pays qui subit de plein fouet les conséquences humanitaires du conflit du Darfour.

En marge du sommet, le Secrétaire général des Nations unies Kofi Annan rencontrera le Président soudanais Omar Hassan al-Bashir et tentera de le convaincre d'accepter l'envoi de Casques bleus de l'ONU dans le Darfour.

« J'espère que nous aurons l'occasion d'aborder le problème du Darfour avec le président du Soudan et d'autres chefs d'Etats présents à Banjul, et que nous parviendrons à trouver un accord sur la manière d'assurer le transfert du mandat des forces africaines de maintien de la paix aux Casques bleus de l'ONU », a souligné M. Annan. « Je pense que cela est important et qu'il est essentiel de parvenir à un accord et d'avancer ».

Le Secrétaire général des Nations unies a également indiqué qu'il demandera au Conseil de sécurité de renforcer les capacités de la mission de maintien de la paix de l'UA qui compte se retirer du Darfour à l'expiration de son mandat, en fin septembre.

A Banjul, M. Annan tiendra également un mini-sommet sur la Côte d'Ivoire. Il se rendra ensuite en Sierra Leone, au Liberia, en Côte d'Ivoire, puis au Ghana où il séjournera dans le cadre d'une visite privée.

L'autre dossier important inscrit à l'autre du jour du sommet de l'UA est l'affaire Hissène Habré. L'organisation panafricaine devra décider du sort de l'ex-président tchadien qui vit en exil au Sénégal depuis 1990.

En 2000, un tribunal de Dakar, la capitale du Sénégal, a inculpé M. Habré pour complicité de crimes contre l'humanité, avant que la justice sénégalaise n'ordonne l'abandon des poursuites dont il faisait l'objet.

Les présumées victimes du régime de M Habré s'étaient tournées vers la Belgique , pays où certains d'entre eux résidaient, et en septembre 2005, la Belgique inculpait et demandait l'extradition de M. Habré. La justice sénégalaise s'était déclarée incompétente pour statuer sur la demande d'extradition, s'en remettant alors à la décision de l'UA.

Sept juristes avaient été désignés et chargés d'étudier le dossier de Hissène Habré et de présenter leurs recommandations en juin lors du sommet des chefs d'Etat de l'organisation panafricaine. Après l'arrestation de l'ex-président libérien Charles Taylor, la décision de l'UA est très attendue. Elle déterminera la volonté réelle de l'organisation à traduire certains ex-leaders africains devant la justice.

Chaque année, le sommet de l'UA est un test de l'engagement du continent à mener des réformes. Pour l'organisation continentale, il s'agit désormais de remplacer la politique de « non ingérence » de sa devancière, l'Organisation de l'unité africaine (OUA), par une politique de « non indifférence ».

Et pour traduire en actes concrets cette nouvelle politique, l'UA participe à de nombreuses opérations de maintien de la paix et s'oppose à toute prise de pouvoir par des moyens anticonstitutionnels.

Ainsi, l'organisation panafricaine avait rejeté l'année dernière la tentative de prise de pouvoir de Faure Gnassingbé à la mort de son père, l'ex-président Gnassingbé Eyadéma.
Faure Gnassingbé a été proclamé vainqueur des élections présidentielles organisées précipitamment et bien que contestés par l'opposition, les résultats du scrutin ont été approuvés par l'UA.

Le sommet de l'UA sera également l'occasion pour les chefs d'Etat du continent d'aborder la crise somalienne et le contrôle du sud du pays et de la capitale Mogadiscio par le Conseil des tribunaux islamiques.

Plusieurs organisations de défense des droits de l'homme ont critiqué la décision de l'UA d'organiser son sommet en Gambie, un pays épinglé par les bailleurs internationaux pour ses violations des droits de l'homme et son manque de volonté à engager des réformes démocratiques.

L'UA met actuellement sur pied une Cour africaine des droits de l'homme et des peuples basée à Arusha, en Tanzanie. Elle sera composée de 11 juges qui ont été sélectionnés à travers le continent et qui seront investis dans leur fonction pendant le sommet.

Cette Cour n'a pas pour vocation d'instruire des affaires criminelles et de poursuivre des individus. Sa mission est de traiter les plaintes de violation des droits de l'homme déposées contre des gouvernements.

 

Juin 2006

Alfred Taban, soudanais, est un des quatre Africains qui a été récompensé par la NED , parce qu'il milite en faveur de la liberté

 

C'est le travail qu'ils ont fait pour renforcer la démocratie en Afrique qui leur a valu cet honneur.

 

Washington File par Rachel J. King, 27 juin 2006

 

Le 27 juin, la Fondation nationale de promotion de la démocratie (« National Endowment for Democracy »ou NED) a rendu hommage à quatre militants africains - deux hommes et deux femmes - pour avoir encouragé la démocratie, les droits de l'homme, l'égalité entre les sexes, la transparence gouvernementale et des élections libres et honnêtes dans leur pays.

Depuis 1987, la NED récompense par son Prix de la démocratie des militants qui se sont distingués par leur travail en faveur de la démocratie et de la bonne gouvernance, aussi bien personnellement que pour le compte des organismes pour lesquels ils travaillent.

Cette année, les quatre lauréats du prix ont été choisis dans des pays d'Afrique subsaharienne et sont M. Alfred Taban (Soudan ), M. Reginald Matchaba-Hove (Zimbabwe), Mme Zainab Hawa Bangura (Sierra-Leone) et Mme Immaculée Birhaheka (République démocratique du Congo ou RDC).

« L'Afrique a été le témoin de conflits plus longs que n'importe où ailleurs. Les personnes que la NED honore cette année ont fait preuve d'un courage personnel énorme et de beaucoup d'optimisme. Elles se sont butées à des régimes brutaux et ont dû travailler dans des circonstances on ne peut plus pénibles. Si la démocratie continue à avancer en Afrique, c'est au dévouement de militants comme eux qu'on le doit », a fait remarquer le président de la NED , M. Vin Weber.

M. Alfred Taban , rédacteur en chef et président du seul quotidien indépendant de langue anglaise du Soudan, le « Khartoum Monitor », a accepté le prix au nom du peuple du Darfour, « un peuple qui souffre depuis longtemps et qui est marginalisé ».

« Grâce à ce prix, je vais pouvoir continuer la bataille pour que le Soudan soit véritablement démocratique », a-t-il dit.

Inspiré par Martin Luther King, le militant américain en faveur des droits civiques, M. Reginald Matchaba-Hove, président du Réseau de support électoral du Zimbabwe, s'est fait le défenseur de la fourniture de services sociaux fondamentaux et d'élections libres et transparentes dans son pays.

Rappelant que le chemin conduisant son pays vers la démocratie avait été long et parfois frustrant, Mme Zainab Hawa Bangura, responsable des affaires civiles auprès de la mission de l'ONU au Liberia, a fait remarquer que s'il restait encore beaucoup à faire pour instituer la démocratie en Afrique, les efforts engagés avaient porté leurs fruits et que les voix des militants se faisaient désormais mieux entendre.

Mme Immaculée Birhaheka, présidente et co-fondatrice de l'association « Promotion et support des initiatives féminines » s'est consacré à la cause des prisonniers politiques et cherche à mettre fin aux nombreux viols de femmes en RDC. Le prix que lui a conféré la NED , a-t-elle dit, n'est pas seulement un honneur récompensant son travail acharné, mais aussi la reconnaissance que la communauté internationale s'intéresse aux pays africains.

« Je le considère comme un prix décerné au peuple congolais. Je considère aussi qu'il est l'indication que la NED et le peuple américain sont prêts à épauler le peuple congolais alors qu'il poursuit sa marche difficile vers la démocratie », a-t-elle expliqué.

Pour la secrétaire d'État adjointe pour les questions liées à la démocratie et aux affaires mondiales, Mme Paula Dobriansky, « ces prix sont la reconnaissance de la tâche courageuse et novatrice accomplie par ces remarquables militants qui ont fait avancer la cause de la démocratie dans leur pays et ont réussi à l'établir ».

Quelques heures plus tôt, les quatre lauréats se sont entretenus des droits de l'homme et des principes démocratiques avec M. Bush à la Maison-Blanche .

« Cela m'a mis du baume au cœur de parler avec des personnes qui aiment la liberté et qui se battent pour elle », a dit le président en ajoutant : « Il y avait là un Soudanais qui a parlé avec éloquence de la liberté de la presse, un médecin du Zimbabwe qui a évoqué la condition humaine et la nécessité, pour les États-Unis, de rester engagés avec les mouvements en faveur de la démocratie et d'aider les gens qui souffrent de la faim. »

M. Bush a félicité les lauréats du prix pour leur action en faveur de l'avancement de la démocratie, se déclarant « fier » d'être en leur compagnie.

« Je vous remercie d'être les témoins de ce fait universel : la liberté s'applique à tous ; tous les peuples du monde veulent être libres et la liberté n'est pas seulement l'apanage des Américains. La liberté appartient à tous, et c'est avec courage que vous vous battez pour répandre le concept de la liberté », a déclaré M. Bush.

La NED est une association sans but lucratif établie en 1983 afin de renforcer les institutions démocratiques.

(Les articles du "Washington File" sont diffusés par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://usinfo.state.gov/francais/)

 

Juin 2006

Paix introuvable au Darfour, par Michaël Chetrit et Mahor Chiche*

 

Le Monde, 28 juin 2006

 

Pour le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, le Darfour, cette province de l'ouest du Soudan où se déroulent depuis 2003 des massacres à grande échelle est "l'enfer sur terre" .

Au cours des vingt dernières années, la communauté internationale a assisté, impuissante, aux massacres massifs du sud Soudan, 2 millions de morts depuis 1983. Aujourd'hui, la communauté internationale doit faire cesser les crimes contre les populations civiles noires du Darfour. Les milices janjawids, alliées du régime islamiste de Khartoum, s'appuient sur les tribus musulmanes "arabes" , pour massacrer les tribus musulmanes "africaines" contestataires de l'ouest du pays.

Selon un rapport accablant du procureur général de la Cour pénale internationale présenté à l'ONU, le 14 juin, sur les 6 millions de Darfouriens, plus de 200 000 civils sont morts depuis 2003, au rythme de 10 000 victimes par mois. Aujourd'hui, 2,5 millions de réfugiés et de déplacés vivent dans des camps exsangues soutenus par une aide internationale entravée et terrorisée par le régime de Khartoum. Depuis juin 2004, 7 000 soldats de la mission de l'Union africaine, sous-équipés, sont cantonnés à un rôle difficile de simple observateur dans une région grande comme la France.

En outre, l'Union africaine, qui n'est plus financée par la communauté internationale, n'a pas l'intention de poursuivre sa mission au-delà du 30 septembre. Ce départ risque de déclencher l'intensification des attaques, qui se poursuivent aujourd'hui en dépit d'un "deuxième" accord de paix de désarmement et de démocratisation, signé en mai à Abuja, au Nigeria, entre le gouvernement soudanais et la principale milice rebelle du Darfour, le Mouvement de libération du Soudan.

Le 16 mai dernier, le Conseil de sécurité de l'ONU a enfin pris une résolution autorisant le principe d'une opération des casques bleus au Darfour, en remplacement de la mission de l'Union africaine. Cette résolution a été prise en vertu du chapitre VII de la Charte des Nations unies prévoyant la possibilité de "mesures coercitives" , économiques ou militaires. Mais cette éventualité reste théorique car la Russie et surtout la Chine demeurent très "réservées" sur tout emploi de la force. Le Soudan représente en effet 6 % des importations chinoises de pétrole.

Les Nations unies tentent donc désespérément d'obtenir l'accord de Khartoum pour cette opération de maintien de la paix. Le Soudan a certes accepté une mission d'évaluation de l'ONU en territoire soudanais, s'attirant les foudres du numéro deux d'Al-Qaida, Ayman Al-Zawahiri, mais s'oppose toujours à l'entrée des casques bleus au Darfour. Le blocage est total. Le secrétaire général adjoint de l'ONU a, en effet, déclaré : "Toutes les opérations de maintien de la paix en Afrique s'effectuent avec la coopération du pays d'accueil."

L'ONU s'active sans relâche depuis le début du conflit et pourtant, sur le terrain, la situation ne s'améliore pas. Le gouvernement soudanais gagne du temps alors que les massacres continuent. Le régime de Khartoum, issu d'un coup d'Etat intervenu en 1989 alors que son parti, une émanation des Frères musulmans, n'avait recueilli que 15 % des voix lors des premières élections libres du pays, se distingue par sa brutalité depuis près de dix-sept ans, au sud Soudan d'abord, puis au Darfour. Face à cette dictature, il n'est plus concevable d'envisager une autre voie que sa mise à l'écart du pouvoir. Seul un front uni de la communauté internationale permettra d'arrêter les massacres et de restaurer la démocratie au Soudan.

Pour surmonter le veto chinois, il n'y a donc qu'une possibilité : rallier la Chine à la mobilisation internationale, en la rassurant sur la continuité de ses exploitations pétrolières au Soudan. Il en va de la vie de la grande majorité du peuple soudanais, depuis trop longtemps opprimé.

 

*Michaël Chetrit et Mahor Chiche sont membre et vice-président d'Urgence Darfour France

 

Juin 2006

Khartoum suspend la mission de l'Onu au Darfour

 

Nouvel Observateur, avec Reuters, 25 juin 2006 par Opheera McDoom

 

Le Soudan a suspendu les activités d'une mission de l'Onu dans la province troublée du Darfour, après avoir accusé l'organisation internationale d'avoir assuré le transport d'un dirigeant rebelle hostile à un récent accord de paix, annonce un responsable soudanais.

"La suspension s'applique à l'ensemble du Darfour et sera maintenue jusqu'à ce que nous recevions une explication", a dit Jamal Ibrahim, porte-parole du ministère des Affaires étrangères.

Il a précisé que cette mesure était imposée parce qu'un hélicoptère de l'Onu avait pris à son bord, sans consulter au préalable les autorités de Khartoum, le chef rebelle Suleiman Adam Jamous, qui a rejeté l'accord de paix signé le 5 mai dernier.

Jamous était le coordinateur humanitaire de l'Armée de libération du Soudan (SLA) avant que cette organisation ne connaisse une scission en novembre dernier. Il avait naguère été le principal contact pour les 14.000 employés humanitaires déployés au Darfour.

"Il a été pris en charge par un hélicoptère des Nations unies entre el-Fasher et Musbat", a expliqué Ibrahim en faisant allusion à des secteurs du Nord-Darfour.

"Les autorités n'ont pas été consultées et aucune autorisation n'a été demandée, ce qui relève d'une évidente négligence", a-t-il ajouté en parlant d'une "violation flagrante" de la souveraineté du Soudan.

 

La mission de l'ONU pas informée de la mesure

 

Le chef de la faction du SLA qui a signé l'accord, Minni Arcua Minnawi, a jeté en prison Jamous pour son opposition à la conclusion de l'accord. Des responsables de l'Onu et des groupes de défense des droits de l'homme ont fini par obtenir sa libération.

La mesure de suspension prise par le pouvoir central soudanais ne concerne en revanche pas deux agences de l'Onu, le Programme alimentaire mondial (Pam) et le Fonds mondial des Nations unies pour l'enfance (Unicef), a précisé Ibrahim.

Les Nations unies coordonnent l'une des plus importantes opérations d'aide humanitaire au monde au Darfour et supervisent la situation en matière de santé, de malnutrition et des droits de l'homme dans une zone grande comme la France

Une porte-parole de l'Onu, Radhia Achouri, a déclaré que la mission des Nations unies n'avait pas reçu la moindre communication officielle du gouvernement de Khartoum en ce sens.

"Nous avons nous pris connaissance des informations données par les médias mais n'avons pas reçu de confirmation officielle de cela par le gouvernement du Soudan", a déclaré la porte-parole.

Après plus de trois ans de guerre civile dans l'ouest du Soudan, des dizaines de milliers de personnes ont péri et 2,5 millions d'habitants du Darfour ont été contraints de se reloger dans des camps de misère, provoquant l'une des pires catastrophes humanitaires.

 

 

Juin 2006

Human Rights Watch accuse le Soudan et le Tchad de soutenir des groupes armés violents

 

Agence France Presse-27 juin 2006

 

L'organisation Human Rights Watch (HRW) a accusé, le 22 juin dernier, le Tchad et le Soudan de «soutenir des groupes armés» responsables de «graves crimes» dans l'est tchadien, où des violences ont fait «des centaines» de morts et 50 000 déplacés ces dernières semaines.

«Les gouvernements du Tchad et du Soudan soutiennent des groupes armés qui commettent de graves crimes contre les civils dans l'est du Tchad», affirme l'ONG dans un communiqué.

 

Dans un nouveau rapport, intitulé Violence par-delà les frontières : la crise des droits de l'Homme dans l'est du Tchad , HRW dénonce «une détérioration drastique de la situation» dans cette partie du pays frontalière de la région soudanaise du Darfour.

«Les milices soudanaises djandjawids soutenues par le gouvernement (soudanais) attaquent à leur guise; et les rebelles du Darfour opposés à Khartoum recrutent par la force des réfugiés soudanais, y compris des enfants, pour les utiliser comme combattants», déplore l'organisation.

«Des centaines de civils tchadiens ont été tués ces dernières semaines dans des attaques perpétrées par des milices soudanaises et des combattants alliés tchadiens, et plus de 50 000 personnes ont été déplacées», ajoute-t-elle.

«Khartoum et N'Djamena doivent mettre immédiatement un terme à leur soutien aux groupes armés qui font des ravages parmi les civils», insiste le directeur Afrique de HRW, Peter Takirambudde.

Depuis son début en février 2003, la guerre civile au Darfour, dans l'ouest du Soudan, a fait entre 180 000 et 300 000 morts et déplacé plus de deux millions de Soudanais, dont plusieurs dizaines de milliers ont trouvé refuge dans l'est du Tchad.

Le conflit oppose des rebelles d'ethnies africaines aux autorités de Khartoum, suppléées sur le terrain par les milices arabes djandjawids .

HRW avait déjà mis en garde contre les risques de débordement des violences.

Selon ce nouveau rapport, la situation s'est aggravée depuis la fin de 2005 avec des attaques au Tchad menées par «des rebelles tchadiens apparemment soutenus par le gouvernement soudanais» et qui «utilisent le Darfour comme point de départ».

Les rebelles tchadiens du Front uni pour le changement (FUC) ont été repoussés, le 13 avril, aux portes de N'Djamena grâce à l'armée française.

Pour HRW, le soutien tchadien aux rebelles du Darfour «semble lié aux tentatives gouvernementales de combattre les rebelles» hostiles au président Idriss Deby Itno.

«Par ailleurs, l'ONG redoute des «alliances» formées par les milices soudanaises avec certains groupes ethniques tchadiens.

«Les attaques des djandjawids […] aggravent les tensions ethniques latentes au Tchad», prévient Peter Takirambudde qui craint une «explosion de la violence communautaire».

 

 

Juin 2006

Le PAM construit 25 écoles dans le Sud Soudan

Angola Presse, 24 juin 2006

 

Le Programme alimentaire mondial (PAM) a entamé un projet de construction de 25 écoles dans le Sud Soudan où les taux de fréquentation scolaire au primaire sont les plus faibles au monde, pour un coût de 3,5 millions de dollars US.

Plus de 20 années d`une guerre civile qui n`a pairs fin qu`en janvier 2005 ont détruit l`essentiel des infrastructures de cette région où on estime que seuls 20% des enfants fréquentent l`école primaire.

Parmi ces derniers, seuls 35% sont des filles, selon un communiqué de presse publié par le PAM jeudi.

Sur une population estimée à 7,5 millions d`habitants, seules 500 filles au Sud Soudan terminent chaque année le cycle primaire.

Ces statistiques inquiétantes ont poussé l`organisme onusien à ajouter la construction d`écoles à sa liste de projets de relance à travers le Soudan, où il vise à nourrir près de 6,1 millions de personnes chaque année dans le cadre d`une opération d`urgence.

Le projet de construction est en harmonie avec les Objectifs de développement du millénaire et la politique du gouvernement du Sud Soudan qui considèrent, tous deux, l`éducation primaire universelle comme un objectif.

Ce projet vient en complément d`un Programme de cantine scolaire du PAM qui vise à accroître les inscriptions et la fréquentation scolaires en donnant aux enfants un repas gratuit quand ils vont en classe.

Le PAM a déjà signé des contrats pour construire quatre écoles grâce à des dons de 800.000 USD du Royaume-Uni et de 400.000 USD des Pays-Bas, reçus en 2005

 

Juin 2006

La violence au Darfour déborde sur le Tchad, selon l'organisation humanitaire Human Rights Watch

 

Nouvel Observateur, Nairobi avec AP, 22 juin 2006

 

La violence au Darfour déborde sur le Tchad, où les milices soutenues par les gouvernements tchadiens et soudanais se livrent à des exactions contre la population civile, selon un rapport publié jeudi par l'organisation humanitaire internationale Human Rights Watch.

"Les civils dans l'est du Tchad sont piégés entre le carnage au Darfour et la spirale tchadienne vers le chaos", souligne Peter Takirambudde, directeur de la division Afrique de l'ONG.

Les gouvernements tchadiens et soudanais "doivent immédiatement cesser de soutenir les groupes armés qui font des ravages dans la population civile des deux côtés de la frontière", ajoute-t-il. Les combats ont fait plusieurs centaines de morts parmi les civils dans l'est du Tchad au cours des dernières semaines. Les rebelles tchadiens ont leurs bases le long de la frontière entre le Tchad et le Soudan.

Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) s'est récemment dit "extrêmement inquiet" face à la poursuite des attaques par les milices soudanaises janjawid dans l'est du Tchad et aux risques d'accroissement du déplacement interne de Tchadiens.

L'insécurité persistante est également une menace pour les 213.000 réfugiés soudanais du Darfour qui se trouvent dans la douzaine de camps administrés par le HCR dans cette région isolée le long de la frontière avec le Soudan.

Le HCR rapporte que "les attaques janjawid contre les Tchadiens semblent devenir plus systématiques et même parfois mortelles, durant ces trois derniers mois et il n'y a aucun signe que cet engrenage ne s'arrête."

Environ 50.000 personnes sont déplacées dans l'est du Tchad, elles ont fui leurs maisons ces derniers mois après une douzaine d'attaques par les janjawid, ces milices arabes qui s'en prennent aux populations africaines du Darfour. AP

 

Juin 2006

Les États-Unis sont les premiers donateurs d'aide aux réfugiés du Darfour

 

L'aide aux réfugiés appuie la liberté, la justice et la dignité humaine, souligne Mme Ellen Sauerbrey

 

Etats-Unis, gouvernement, 21 juin 2006

 

Washington - Les États-Unis devancent tous les autres donateurs internationaux lorsqu'il s'agit de l'aide qu'ils apportent aux organismes œuvrant à atténuer les souffrances des réfugiés soudanais, a souligné dans un discours prononcé le 20 juin, Journée mondiale du réfugié, la secrétaire d'État adjointe pour les questions liées à la population, aux réfugiés et à la migration, Mme Ellen Sauerbrey.

Plus de 200.000 personnes ont fui la persécution et la violence dans la région du Darfour (Soudan) pour se réfugier dans des camps situés à l'est du Tchad où des organes de l'ONU et des organisations non gouvernementales leur apportent une aide, une initiative internationale à laquelle les États-Unis ont déjà contribué à hauteur de 115 millions de dollars, a précisé Mme Sauerbrey.

Le programme fédéral d'aide aux réfugiés, a-t-elle expliqué, entre dans le cadre des impératifs que se sont donnés les États-Unis au plan humanitaire et vise à sauvegarder la dignité des hommes, un objectif qui, selon elle, a de profondes implications en matière de sûreté nationale, notamment lorsque des gouvernement répressifs et des États défaillants créent des situations propices à la multiplication des réfugiés.

« Lorsque nous aidons les victimes de la persécution et des conflits, nous transformons les sociétés et soutenons le premier pilier de la stratégie du président Bush en matière de sécurité nationale, à savoir la promotion de la liberté, de la justice et de la dignité humaine », a-t-elle fait valoir.

Malheureusement, à une époque où la sécurité dans le monde se trouve renforcée, le travail humanitaire est devenu plus difficile et plus dangereux, et les États-Unis doivent s'efforcer de trouver un équilibre entre la réalisation de deux objectifs importants : entraver les activités des terroristes et appuyer le travail humanitaire.

Les changements qui sont survenus dans les lois américaines relatives à l'immigration, après les attentats du 11 septembre 2001, ont eu pour effet inattendu d'empêcher certaines victimes de conflit et d'oppression de se réinstaller aux États-Unis parce qu'elles avaient pris part, dans le passé, à des activités de résistance, ou qu'on les avait obligées à fournir « un appui matériel » (aux yeux de la loi) à ceux qui les persécutaient.

En raison de cet obstacle juridique, les États-Unis ne seront pas en mesure d'admettre sur leur territoire tous les 54.000 réfugiés qu'ils s'étaient promis d'accueillir en 2006, bien que les responsables s'efforcent de trouver une solution équitable au problème.

Récemment, la secrétaire d'État, Mme Condoleezza Rice, a autorisé une exemption en ce qui concerne certaines restrictions liées à la sécurité pour permettre la réinstallation aux États-Unis de plusieurs milliers de membres de l'ethnie karen, une minorité birmane vivant dans un camp situé en Thaïlande.

Pour certains réfugiés, le fait d'être admis cette année à se réinstaller aux États-Unis est une solution longuement attendue à des décennies d'errance de pays en pays.

Le 19 juin, des responsables du département d'État ont annoncé que plusieurs milliers de Turcs meskhètes seraient autorisés à se réinstaller aux États-Unis, plus d'un demi-siècle après que leurs ancêtres furent expulsés de leur patrie, dans le sud de la Géorgie , par Joseph Staline.

Selon les statistiques du département d'État, environ 2,6 millions de réfugiés ont reçu l'autorisation de se réinstaller aux États-Unis au cours des 30 dernières années. Les États-Unis sont le premier pays donateur aux programmes d'aide aux réfugiés et celui qui accueille le plus grand nombre de réfugiés.

 

Juin 2006

La Chine accorde une aide de 3,5 millions de dollars à la mission de l'UA au Darfour

IRIN, Brazzaville, 21 juin 2006

 

Le gouvernement chinois a accordé une importante aide budgétaire et humanitaire de 3,5 millions de dollars américains à la mission de l'Union africaine (UA) au Darfour, au Soudan, a annoncé le Premier ministre chinois Wen Jiabao.

En annonçant la nouvelle lundi à Brazzaville, la capitale du Congo où il a séjourné pendant deux jours, M. Jiabao a indiqué que cette aide vise à appuyer les efforts déployés par l'UA pour régler au plus vite les points chauds de l'actualité africaine.

Une aide budgétaire d'un million de dollars sera destinée aux opérations de maintien de la paix au Darfour et les 2,5 millions dollars d'aide humanitaire d'urgence serviront à atténuer la souffrance de la population locale, a précisé M. Jiabao.

La région du Darfour, à l'ouest du Soudan, est en proie à une guerre civile qui oppose depuis trois ans des mouvements rebelles aux milices soutenues par le gouvernement de Khartoum. Ce conflit a fait près de 1,8 millions de déplacés et quelque 200 000 soudanais fuyant les exactions des belligérants ont trouvé refuge au Tchad voisin.

Au cours de sa visite au Congo, M. Jiabao s'est entretenu avec Denis Sassou-Nguesso, le chef de l'Etat congolais et président en exercice de l'UA.

Indiquant que la Chine était soucieuse du développement autonome de l'Afrique, M. Jiabao a déclaré : « Notre objectif dans notre coopération avec l'Afrique est de renforcer la capacité de l'Afrique à asseoir son développement autonome. Dans la coopération avec l'Afrique, la Chine ne cherche pas des intérêts égoïstes. Nous sommes attachés à deux principes : l'égalité, les avantages réciproques et la non ingérence dans les affaires intérieures de l'Afrique ».

 

Juin 2006

Le Soudan "ne sera pas un pays recolonisé

 

Nouvel Observateur, 20 juin 2006

 

Le président soudanais Omar Hassan al-Bashir a déclaré que tant qu'il serait au pouvoir, il était exclu qu'une force des Nations unies soit déployée au Darfour, rapporte mardi 20 juin l'agence de presse soudanaise Suna.

Cette déclaration coïncide avec l'arrivée au Soudan du président sud-africain Thabo Mbeki, favorable à l'envoi de casques bleus dans cette région de l'ouest du Soudan où les forces de l'Union africaine n'ont pas réussi à mettre fin à un conflit qui, en trois ans, a fait des dizaines de milliers de morts et deux millions de réfugiés.

"Le Soudan, premier pays de l'Afrique sub-saharienne à accéder à l'indépendance, ne sera pas le premier pays à être recolonisé", a déclaré lundi soir le président dans un discours à des parlementaires.

 

Ambassade sud-africaine

 

Dès son arrivée, Thabo Mbeki s'est rendu auprès d'Omar Hassan al-Bashir et du vice-président Salva Kiir, un ancien rebelle du sud arrivé au pouvoir après la conclusion d'un accord de paix, l'an dernier.

 

Le gouvernement a signé en mai dernier un accord de paix avec la principale faction rebelle au Darfour, mais d'autres groupes ont refusé de s'y associer et le gouvernement s'oppose à un plan de substitution d'une force de l'Onu à la force africaine.

Le vice-ministre sud-africain des Affaires étrangères, Aziz Pahad, a déclaré la semaine dernière que Thabo Mbeki espérait convaincre Khartoum d'accepter que les Nations unies prennent le relais des 7.000 membres de la force de l'UA chargée de faire respecter le cessez-le-feu au Darfour.

Jamal Ibrahim, porte-parole du ministère soudanais des Affaires étrangères, a néanmoins déclaré à des journalistes que le déploiement d'une force de l'Onu n'était pas à l'ordre du jour.

Thabo Mbeki s'efforcera aussi de renforcer l'application de l'accord de paix conclu il y a dix-huit mois pour mettre fin à une guerre civile déclenchée il y a vingt ans dans le sud du Soudan, a déclaréAziz Pahad.

 

Fragile accord de paix

 

Le Groupe international de crise a déclaré à propos du Darfour que seule une mission de maintien de la paix de l'Onu pourrait sauver l'accord de paix, largement battu en brèche.

Des milliers de réfugiés manifestent quotidiennement dans les camps au Darfour en affirmant que l'accord ne répond pas à leurs besoins fondamentaux et les forces de l'UA ont été attaquées par des Darfouris.

"Le risque est grand que la communauté internationale, dans son empressement à parvenir à un accord, en ait encouragé un qui est structurellement faible", dit un rapport du Groupe international de crise.

Le conflit du Darfour a débuté en 2003 lorsque des rebelles, originaires de communautés rurales non arabes, ont pris les armes pour réclamer une meilleure représentation au sein du gouvernement. Ce dernier a recruté des milices tribales arabes pour tenter d'étouffer la rébellion.

 

Juin 2006

Cessez-le-feu signé avec l'Est

 

L'Express avec Reuters par Sahra Saoudi, 20 juin 2006

 

Le gouvernement de Khartoum et les rebelles de l'Est ont signé lundi un accord de cessation des hostilités, visant à mettre fin à plus d'une décennie de combats sporadiques. Les pourparlers se poursuivent aujourd'hui

 

Débutés la semaine dernière en Erythée, les pourparlers entre le gouvernement soudanais et les rebelles de l'Est ont débouché lundi sur la signature d'un accord de cessation des hostilités, lors d'une cérémonie publique, à Asmara. "Un accord a été signé, une déclaration de principe pour guider les négociations entre les deux parties, ainsi qu'un accord pour créer un environnement propice à la paix qui inclut une cessation des hostilités et un retrait militaire", a indiqué Yemane Gebreab, chef des Affaires politiques au Front populaire pour la démocratie et la justice, le parti au pouvoir en Erythrée.

Les pourparlers d'Asmara font suite à une rencontre le 13 juin dernier à Khartoum entre le président soudanais, Omar al-Béchir, et son homologue érythréen, Issaias Afeworki - la première fois depuis cinq ans - afin de jeter les bases d'un retour à la paix dans l'est du pays. Le 25 mai, Khartoum et les rebelles du Front de l'Est avaient déjà signé un accord pour ouvrir leurs premiers pourparlers de paix et tenter d'en finir avec des combats sporadiques aux conséquences humanitaires dramatiques.

 

Des rebelles au gouvernement

L'insurrection s'était amplifiée en janvier de l'an dernier, lorsque la police avait ouvert le feu sur une manifestation pacifique à Port Soudan, faisant des dizaines de morts et de blessés. Mais les relations entre l'Erythrée et le Soudan s'étaient peu à peu réchauffées depuis septembre lorsque d'anciens rebelles du Sud, autrefois aidés par Asmara, sont entrés dans le gouvernement de Khartoum.

 

Les rebelles de l'Est, alliés à d'autres groupes de rebelles soudanais, contrôlent depuis une dizaine d'années l'Hamesh Koreb, une petite zone de la frontière érythréo-soudanaise qui comprend le principal port du Soudan. Tout comme d'autres régions du pays, l'Est se plaint d'être négligé par le pouvoir central. Il revendique plus d'autonomie et un meilleur contrôle des ressources. Les pourparlers de paix entre les deux parties se poursuivent aujourd'hui dans la capitale érythréenne.

Juin 2006

Arrivée à Khartoum d'une délégation du groupe rebelle du Darfour

Radio Chine, 19 juin 2006

 

Une délégation de la principale faction rebelle qui a signé en mai l'accord de paix au Darfour avec le gouvernement soudanais est arrivée dimanche à Khartoum pour préparer le retour du dirigeant de la faction Minni Arkou Minawi.

La délégation discutera avec des officiels du gouvernement des moyens d'appliquer l'accord de paix, signé par M. Minawi le 5 mai avec le gouvernement soudanais dans la capitale nigeriane Abuja.

M. Minawi a annoncé, le 29 mai lors de son visite à al-Fashir, chef-lieu de l'Etat du Darfour Nord, son intention de visiter Khartoum la semaine dernière pour la première fois depuis l'éclatement du conflit au début de 2003 dans la région du Darfour, dans l'ouest du Soudan.

Mais la visite de M. Minawi a été reportée à cause de divergences entre les deux côtés sur les modalités d'application de l'accord de paix.

 

Juin 2006

Accord de cessez-le-feu entre Khartoum et les rebelles de l'Est

 

Nouvel Observateur, avec Reuters, 19 juin 2006

 

Le gouvernement soudanais et les rebelles de l'Est ont signé un accord de cessation des hostilités et ils sont convenus lundi du cadre de futures discussions.

Les pourparlers entre le gouvernement de Khartoum et les rebelles de l'Est ont débuté la semaine dernière en Erythrée.

Les rebelles de l'Est, alliés à d'autres groupes de rebelles soudanais, contrôlent depuis une dizaine d'années l'Hamesh Koreb, une petite zone de la frontière érythréo-soudanaise qui comprend le principal port du Soudan.

La traduction écrite de la déclaration n'est pas encore disponible mais elle servira de cadre aux futures négociations, a déclaré Yemane Gebreab, chef des Affaires politiques au Front populaire pour la démocratie et la justice, le parti au pouvoir en Erythrée.

Tout comme d'autres régions du Soudan, l'Est se plaint d'être négligé par le gouvernement central.

L'insurrection dans l'Est du Soudan semble s'être amplifiée en janvier de l'an dernier, lorsque la police a ouvert le feu sur une manifestation pacifique à Port Soudan, faisant des dizaines de morts et de blessés.

Tendues dans le passé, les relations entre l'Erythrée et le Soudan se sont réchauffées en septembre lorsque d'anciens rebelles du Sud, autrefois aidés par Asmara, sont entrés dans le gouvernement de Khartoum.

Un autre conflit, dans la région occidentale du Darfour, a fait des dizaines de milliers de morts.

 

Juin 2006

 

Le chef du Mouvement de Libération du Soudan menace de rompre l'accord de paix avec Khartoum

Nouvel Observateur, El Facher avec AP, 17 juin 2006

Le chef du Mouvement de Libération du Soudan (SLM), seul dirigeant rebelle à avoir approuvé l'accord de paix sur le Darfour, dans l'ouest du Soudan, a menacé de le dénoncer si l'ONU ne déploie pas rapidement une force de maintien de la paix.

Minni Minnaoui, chef du Mouvement de Libération du Soudan (SLM), était le seul des trois leaders de la rébellion à signer le 5 mai dernier l'accord avec Khartoum. "La responsabilité de la paix ne peut pas reposer sur mes seules épaules", a-t-il expliqué dans un entretien à l'Associated Press vendredi soir.

L'accord pourrait "s'effondrer bientôt" si la force de maintien de la paix n'est pas déployée rapidement, a-t-il affirmé. "Si je ne vois pas de soutien de la part de la communauté internationale, je retournerai dans la brousse et les combats continueront", a-t-il ajouté sans autres précisions.

Le 16 mai dernier, le Conseil de sécurité a adopté une résolution destinée à accélérer le déploiement d'une force de maintien de la paix au Darfour, dans l'ouest du Soudan.

La résolution, adoptée à l'unanimité, menace également de "mesures fortes et efficaces" sanctions en langage diplomatique toute partie qui ne respecterait pas l'accord de paix signé le 5 mai par le gouvernement soudanais et le principal groupe rebelle.

L'UE a par ailleurs accepté de laisser une force de l'ONU prendre le relais de ses 7.300 militaires chargés du maintien de la paix dans cette région de l'ouest du Soudan d'ici la fin septembre, voire avant si les Nations unies sont prêtes. Le conflit a fait au moins 180.000 morts et jeté plus de deux millions d'habitants du Darfour sur les routes depuis 2003. AP

 

Juin 2006

La Cour pénale internationale confirme les massacres au Darfour  

Le procureur de la CPI dénonce des meurtres « à grande échelle » mais reste conciliant à l'égard des autorités soudanaises

La Croix , Laurent d'Ersu, 16 juin 2006

Dialogue de sourds à distance, mercredi, entre New York et Paris. Tandis que le procureur de la Cour pénale internationale (CPI) confirmait devant le Conseil de sécurité de l'ONU l'existence de « massacres, à grande échelle» commis au Darfour, le ministre des affaires étrangères soudanais minimisait l'ampleur des crimes commis depuis 2003 dans l'ouest du Soudan. Dans son rapport au Conseil de sécurité, le procureur Luis Moreno Ocampo a affirmé que l'équipe d'enquêteurs de la CPI avait a recueilli des renseignements concernant des milliers d'accusations de meurtres de civils par les parties au conflit», y compris «des massacres à grande échelle avec des centaines de victimes dans chaque cas». Le bureau du procureur a également relevé «des centaines de cas de viols», témoignant d'« une pratique endémique au sein de certains des groupes qui ont pris part au conflit».

Luis Moreno Ocampo souligne le caractère ciblé des attaques, qui ont visé principalement, trois groupes ethniques. Il n'oublie pas les «milliers de civils» morts à cause des pillages, des destructions et des obstacles mis à la distribution de l'aide humanitaire. Compétente à l'égard des crimes contre l'humanité, des crimes de guerre et du génocide, la CPI n'écarte pas qu'une « intention génocidaire particulière» ait pu habiter les auteurs des crimes - thèse défendue un temps par l'administration Bush - mais «cette question fait toujours l'objet d'enquêtes».

A l'égard du gouvernement soudanais, dont la responsabilité dans les tueries a été largement dénoncée par les organisations de défense des droits de l'homme, le procureur se montre extrêmement diplomate. Il démontre l'inertie du Tribunal spécial pour le Darfour, présenté par Khartoum comme une solution de substitution à la CPI mais qui n'a jugé pour l'essentiel que des auteurs de crimes mineurs. En revanche, il n'exprime aucun regret de ne pouvoir se rendre au Darfour, où «l'insécurité permanente empêche la conduite effective d'enquêtes», se contentant d'en prendre acte.

Cette attitude jugée conciliante (y compris au sein de la CPI ) laisse toute latitude au gouvernement soudanais de maintenir son discours traditionnel, répété au cours d'une visite officielle à Paris par Lam Akol, ministre des affaires étrangères: «Il y a eu une guerre au Darfour et toute guerre entraîne des souffrances humaines. Dire qu'il y a eu génocide n'est pas exact». Quant à l'accord de paix signé à Abuja (Nigeria) le 5 mai entre Khartoum et une partie des rebelles darfouriens, le ministre issu dé l'ex-rébellion sudiste a rappelé qu'il ne mentionnait pas la présence de casques bleus au Darfour. «Nous sommes disposés à discuter avec les Nations unies », a-t-il déclaré, mais dans le cadre de négociations au long cours dont il a détaillé les nombreuses étapes encore inaccomplies.

 

Juin 2006

L'Union africaine annonce la création d'une commission de cessez-le-feu pour le Darfour

Union Africaine, 15 juin 2006

L'Union africaine (UA) a annoncé jeudi la création d'une nouvelle commission de cessez-le-feu pour superviser toutes les dispositions relatives à la suspension des actions agressives comme le stipule l'Accord de paix sur le Darfour (DPA).

Comme le prévoit le DPA, la Commission du cessez-le-feu pour le Darfour (CFC) assume la responsabilité d'appliquer et de superviser les dispositions relatives au cessez-le-feu du DPA et des autres précédents accords entre les parties soudanaises impliquées dans ce conflit armé qui secoue cette région de l'ouest du Soudan depuis ces trois dernières années.

La Commission de l'UA a indiqué que la CFC a été installée le 13 juin 2006, au niveau du siège de la Mission de l'Union africaine au Soudan (AMIS), à El Fasher. L'ambassadeur Baba Gana Kingibe, représentant spécial du président de la Commission de l'UA et président de la Commision mixte, a présidé la cérémonie.

Le commissaire pour la Paix et la Sécurité de l'UA, Said Djinnit et le Secrétaire général-adjoint de l'ONU pour les opérations de maintien de la paix, Jean-Marie Guehenno ont assité à l'inauguration de la CFC. MM. Djinnit et Guehenno dirigent actuellement une mission d'évaluation technique mixte UA/ONU au Soudan avant le passage de témoin prévu de l'AMIS à une force de maintien de la paix de l'ONU d'ici à la fin de cette année ou au début de l'année 2007.

Dans l'immédiat, M. Djinnit a estimé que des efforts doivent être faits pour renforcer l'AMIS afin de lui permettre de mener à bien ses nouvelles responsabilités comme le stipule le DPA et les autres accords. Pour sa part, M. Guehenno a invité toutes les parties à se baser sur la dynamique de cet évènement. Il a exprimé la détermination de la communauté internationale, particulièrement des Nations unies, à renforcer son soutien aux efforts de l'UA pour ramener une paix durable et la stabilité au Darfour. Des représentants du gouvernement du Soudan et du Mouvement/Armée de libération du Soudan (SLM/A) ont assisté à l'inauguration de la CFC en tant que signataires du DPA.

Les deux parties se sont engagées à coopérer pleinement avec la CFC et à participer à tous les autres efforts destinés à mettre fin au conflit au Darfour.

Par ailleurs, des représentants de la faction du SLM/A d'Abdul Waheed Al Nour et du Mouvement justice et égalité (MJE), qui n'ont pas signé le DPA, ont assisté à l'installation de la CFC en promettant leur soutien à tous les efforts visant à garantir une paix durable au Darfour.

Signé le 05 mai 2005 à Abuja, au Nigeria, l'accord de paix sur le Darfour a mis fin aux négociations de paix inter soudanaises prolongées visant à mettre fin au conflit au Darfour qui a fait plus de 200.000 morts et deux millions de déplacés.

Par ailleurs, le commandant en chef de l'AMIS et nouveau président de la CFC, le général de Division Umunnakwe Ihekire a souligné le rôle essentiel que va jouer la Commission dans la résolution des problèmes liés aux violations du cessez-le-feu entre les parties.

"La CFC ne ménagera aucun effort pour faciliter la résolution des différends par le dialogue", a-t-il affirmé.

 

 

Juin 2006

"Des massacres à grande échelle" ont été commis au Darfour, selon la CPI

Le Monde , New York, Nations unies, 15 juin 2006

Dans un rapport qu'il devait présenter au Conseil de sécurité de l'ONU, mercredi 14 juin, le procureur de la Cour pénale internationale (CPI), Luis Moreno-Ocampo, indique que ses enquêteurs ont déjà rassemblé des renseignements "concernant des milliers d'assassinats présumés de civils" perpétrés au Darfour (Soudan), théâtre, selon l'ONU, de "crimes contre l'humanité" depuis 2003, lorsque le gouvernement de Khartoum a entrepris de réprimer violemment, avec l'aide de milices arabes dites "janjawids", une rébellion dans l'ouest du pays.

Le procureur de la CPI , qui précise que les conditions de sécurité "empêchent la conduite effective d'une enquête" au Darfour, indique que "les renseignements disponibles montrent que ces assassinats incluent des massacres à grande échelle avec des centaines de victimes dans chaque cas" . Selon son rapport, le troisième sur ce thème, les pires exactions, perpétrées entre avril 2003 et avril 2005, ont visé, de manière délibérée, les ethnies four, massalit et zaghawa. "Dans la plupart des cas" , les assaillants ont tenu, d'après le procureur, des propos comme "Nous tuerons tous les Noirs" et "Nous vous chasserons de ces terres" .

 

Deux millions de déplacés

 

Luis Moreno-Ocampo, dont le bureau a effectué, au cours des six derniers mois, une quarantaine de missions dans 13 pays, dont le Tchad, affirme que "depuis 2003, des milliers de civils sont morts à cause des conditions de vie nées du conflit" au Darfour. Cette "mort lente" , dit-il, touche surtout "les vieillards, les enfants et les malades" . Le procureur évoque par ailleurs "des centaines de cas de viols allégués" , une "pratique endémique au sein de certains des groupes qui ont pris part au conflit" .

"Les trois premiers mois de 2006 ont également vu les déplacements (de populations) augmenter" , affirme le document, qui reprend le chiffre total de 2 millions de déplacés. Au Darfour-Ouest, la pratique est "généralisée et systématique" et mise en oeuvre "pour des raisons qui ne sont pas liées au conflit" . Le rapport signale aussi "des destructions et des pillages dans près de 2000 villages" , confirmés par des témoins et "de très nombreuses images aériennes et satellites" . Les "biens et les symboles religieux semblent aussi avoir fait l'objet d'attaques" , poursuit Luis Moreno-Ocampo, qui cite la destruction de 65 mosquées dans le Darfour-Ouest.

Le procureur refuse de se prononcer, à ce stade, sur "une intention génocidaire" des auteurs des exactions, mais étant donné "l'ampleur des crimes présumés au Darfour et la complexité" du conflit, il prévoit d'engager des poursuites "de façon séquentielle, plutôt que d'ouvrir une affaire unique" .

Le gouvernement soudanais a, selon le rapport, coopéré sur certains aspects de l'enquête et vient d'accepter que commencent, en août 2006, "des auditions de responsables" soudanais. En février, les enquêteurs de la CPI ont eu des "réunions" , au Soudan, avec des juges et des représentants de la police, qui ont été "officiellement enregistrées sur support vidéo" . La CPI enquête sur la situation au Darfour en vertu de la résolution 1593, adoptée le 31 mars 2005 par le Conseil de sécurité.

Philippe Bolopion

 

Juin 2006

Le procureur de la cour pénale internationale appelle à la pleine coopération du soudan et de l'Union africaine

Conseil de sécurité - (CS-8748 /2006)

 

Nations Unies, 14 juin 2006

 

Le Conseil de sécurité a entendu aujourd'hui le Procureur de la Cour pénale internationale (CPI) rendre compte des progrès réalisés dans les enquêtes sur les crimes commis dans la région du Darfour au Soudan entre octobre 2002 et mai 2006*.  M. Luis Moreno Ocampo a souligné des améliorations dans la coopération de l'Union africaine et du Gouvernement du Soudan avec son Bureau, détaillant notamment les réunions tenues avec de nombreux officiels du secteur judiciaire, policier et politique soudanais lors d'une visite dans le pays au mois de février 2006.  Les efforts qui ont été faits ont néanmoins été limités par le manque de sécurité sur le terrain et par une réticence ou une incapacité des plaignants à porter plainte, a indiqué le Procureur, qui a souligné la nécessité d'une coopération continue du Gouvernement soudanais, notamment dans les actes perpétrés à l'encontre des deux millions de personnes déplacées par le conflit au Darfour. Le représentant du Soudan, M. Omar Bashir Mohamed Manis, a assuré que son Gouvernement œuvrait à ce que tous les auteurs de crime soient contraints de répondre de leurs actes.  Il a estimé que la paix passait forcément par des mécanismes de justice s'appuyant sur les traditions tribales profondément ancrées au Darfour et incluant l'amnistie et le pardon.

 

* Troisième rapport du Procureur de la CPI en date du 14 juin 2006

 

Exposé

 

M. Luis Moreno Ocampo , Procureur de la Cour pénale internationale, a rappelé que son Bureau avait pour mission d'enquêter et de poursuivre les criminels dans le cadre du mandat de la CPI.   Nous transmettrons nos conclusions aux juges afin qu'ils décident qui sera traduit en justice uniquement lorsque nous disposerons de preuves solides des responsabilités individuelles dans les crimes commis au Darfour, ce qui garantira des procès à la fois équitables et rapides.  Compte tenu de l'ampleur des crimes qui auraient été commis au Darfour et de la difficulté d'identifier les individus qui portent la plus importante responsabilité pour ces crimes, nous anticipons l'enquête et les poursuites à engager dans un ensemble de cas plutôt que dans un cas en particulier, a-t-il déclaré.  Les critères de gravité et de nature des crimes, a-t-il rappelé, sont pris en considération par le Bureau du Procureur, et dans le cas du Darfour, une attention particulière sera portée aux crimes affectant la vie et la sécurité des deux millions de personnes déplacées dans la région.

 

Malgré de nombreux obstacles, nous avons avancé dans notre travail, a poursuivi le Procureur, soulignant la nécessité d'une coopération inconditionnelle dans les enquêtes.  La pleine coopération du Gouvernement du Soudan et des autres parties au conflit est vitale, a-t-il insisté, rappelant la lenteur du progrès réalisé en la matière avec la Mission de l'Union africaine au Soudan, malgré les efforts du Bureau pour la développer.  Il existe des signes que la coopération va maintenant aller de l'avant, s'est-il félicité, rappelant que l'assistance de l'Union africaine restait un élément fondamental pour permettre la progression des enquêtes.

 

M. Moreno Ocampo a rappelé qu'une délégation de son Bureau avait effectué une visite au Soudan au mois de février 2006, pendant laquelle elle avait rencontré des juges, des procureurs, des représentants de la police et d'autres départements du Gouvernement soudanais.  Il a indiqué que le Gouvernement avait coopéré avec son Bureau en lui permettant de tenir ces réunions et en organisant des rencontres avec le Gouverneur du Sud-Darfour.  Le Bureau a recueilli de nombreuses informations qui nous permettront d'évaluer les mesures prises par le Gouvernement soudanais pour faire face à la situation, a-t-il indiqué.  Il a également pu recueillir de nombreuses informations sur les mécanismes traditionnels et tribaux de réconciliation au Soudan.

 

Il ne s'agit pas de juger le système judiciaire soudanais dans son ensemble, mais d'identifier ce qui est fait par les autorités nationales en relation avec ces crimes, a souligné le Procureur.  Des efforts ont été déployés par le Gouvernement soudanais, a-t-il affirmé, mais ils ont été limités par le manque de sécurité sur le terrain et par une réticence ou une incapacité des plaignants à porter plainte, particulièrement dans le cas d'allégations de viol.  Ces difficultés s'expliquent notamment par le manque de système de protection des témoins, a-t-il estimé.

 

L'absence d'un système de protection des témoins décourage également les plaintes et constitue un obstacle grave à la conduite de toute poursuite pénale efficace, au niveau national.  Il ne semble pas, en effet, que les autorités nationales aient enquêté sur les affaires dont la CPI s'est saisie ou se saisira.  L'évaluation de la situation est en cours et une conclusion ne pourra être tirée que lorsque des affaires spécifiques auront été sélectionnées.  Cela exigera, a prévenu le Procureur, la coopération continue du Gouvernement du Soudan pour ce qui est de l'accès aux fonctionnaires et aux institutions, y compris au Darfour.

 

En prévision des interrogatoires liés aux évènements au Darfour, le Gouvernement a soumis un rapport écrit contenant des informations sur les différentes phases du conflit, du point de vue du Gouvernement; les questions liées aux structures militaires et de sécurité opérant au Darfour; les activités des autres parties au conflit; et le système juridique régissant le contexte des opérations militaires.  Le rapport a été complété par un échange oral, au cours d'une réunion tenue la semaine dernière entre les représentants du Bureau du Procureur et des officiers militaires.

 

Le Gouvernement du Soudan vient d'accepter que les interrogatoires commencent en août 2006.  Conformément au Statut de Rome, la tâche du Bureau du Procureur est d'établir les circonstances aggravantes mais aussi atténuantes.  Le Bureau opérant en dehors du Soudan, l'accès aux parties est particulièrement important pour permettre de tester et de corroborer les nombreux témoignages et allégations.  Compte tenu de l'absence d'un système de protection des témoins, les enquêtes du Bureau ont été menées au Tchad jusqu'à ce que le conflit éclate entre le Gouvernement et les forces rebelles, en avril dernier.  Les activités devraient reprendre dans un avenir proche. 

Le Bureau, a affirmé le Procureur, a déjà collecté un nombre important de preuves et d'informations sur les crimes commis au Darfour.  Il se refuse à tirer des conclusions sur la qualification des crimes avant la finalisation d'une enquête complète et impartiale.  Compte tenu de la complexité du conflit au Darfour, l'identification des personnes qui ont la plus grande responsabilité dans les crimes est un véritable défi.  Le Bureau n'est pas tenu par la liste établie par la Commission internationale d'enquête qui, de toute manière, restera confidentielle.

 

Le Procureur a conclu en soulignant l'importance d'une coopération non seulement dans les enquêtes concernant les crimes commis, mais aussi celles concernant les actes qui continuent à affecter la population déplacée au Darfour.  La justice doit contribuer à sa protection et à la prévention d'autres crimes.  Il nous faut davantage d'information sur les groupes qui continuent d'attaquer cette population ou empêcher leur accès au personnel humanitaire, a-t-il ajouté.

 

En réponse, M. Omar Bashir Mohamed Manis (Soudan) a qualifié d'historique la visite de la mission du Bureau du Procureur dans le pays, car elle a permis de voir de près les aspects, à la fois internes et externes, de la crise dans le pays.  Nous voudrions affirmer que le Soudan a examiné toutes les résolutions pertinentes du Conseil de sécurité sur la crise au Darfour et que nous y sommes pleinement engagés, a-t-il déclaré, soulignant que la coopération du Gouvernement soudanais avait permis un certain nombre de résultats positifs.  Il a en particulier assuré qu'elle avait ouvert la voie d'une meilleure compréhension de l'appareil judiciaire et de l'État de droit au Soudan, ainsi que des conditions d'insécurité qui ont entraîné l'escalade de la violence entre les tribus et les différents groupes présents au Darfour.

 

Les autorités soudanaises poursuivent les auteurs de ces crimes, a-t-il poursuivi, signalant que des tribunaux spéciaux avaient été formés, allant jusqu'à condamner les auteurs de ces violences à des exécutions ou des peines de prison à vie.  Ces derniers jours, une délégation du Bureau du Procureur a pu demander des détails sur les réponses apportées par les forces armées soudanaises à la crise, a-t-il ajouté.  Le Procureur a en outre entendu des témoignages et des re