Le Soudan dans la Presse

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2006

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2005

1er semestre

2ème semestre


Mai 2006

USA, Gouvernement,
31 mai 2006

Les É.-U. tiendront leurs engagements en matière de maintien de la paix au Soudan

La Tribune , Alger,
30 mai 2006

Signature à Abuja d'un accord de paix au Darfour : une intervention humanitaire ?

La Croix ,
30 mai 2006

Les ex-rebelles du Sud exigent l'application de l'accord de paix de 2005

Jeune Afrique,
30 mai 2006

Khartoum et les ex-rebelles sudistes affichent leur unité malgré les différends

Xinhuanet,
30 mai 2006

Le NCP et le SPLM s'engagent à conjuguer leurs efforts pour la paix

Jeune Afrique,
28 mai 2006

Kofi Annan demande le renforcement de la mission de l'UA au Soudan

Blog Finance,
28 mai 2006

Le Nigeria invite le Soudan à rejoindre l'OPEP

Jeune Afrique,
27 mai 2006

Les ex-rebelles du Sud à Khartoum pour discuter de l'accord de paix

Le Figaro,
27 mai 2006

Le conflit soudanais menace le Tchad

Nations Unies , New York
26 mai 2006

Le Conseil de sécurité en mission au Soudan et en RDC au mois de juin

Le Monde,
25 mai 2006

Le conflit au Darfour atteint « un nouveau degré de violence »

Réforme,
24 mai 2006

Au Darfour, l'attente

L'Humanité,
24 mai 2006

« Des crimes de guerre ont été commis au Darfour »

Médecins du Monde,
22 mai 2006

Diminution de l'aide alimentaire aux déplacés du Darfour

Cité du Vatican,
21 mai 2006

Vaincre le fléau de la faim dans le monde, spécialement au Darfour- Appel du Pape Benoît XVI

Jeune Afrique,
20 mai 2006

Les attaques contre les humanitaires et les civils sont aussi graves qu'au Darfour

Le Figaro ,
19 mai 2006

Kofi Annan : « Plus une seconde à perdre pour sauver le Darfour ! »

Nations Unies, New-York,
19 mai 2006

Les semaines à venir cruciales pour éviter la plongée dans les abysses, affirme Jan Egeland

Le Figaro,
18 mai 2006

Le Soudan prêt à accepter l'ONU au Darfour

Le Figaro
18 mai 2006

« Deux millions de personnes à assister », Jan Egeland

Xinhuanet, New-York,
17 mai 2006

Le Conseil de sécurité adopte la résolution 1679

Jeune Afrique,
16 mai 2006

Les pressions s'accentuent sur les rebelles récalcitrants du Darfour

Nations Unies, NewYork,
16 mai 2006

Le Conseil de sécurité adopte une résolution pour accélérer le déploiement d'une force de maintien de la paix

Jeune Afrique,
16 mai 2006

Principaux points de l'accord de paix signé le 5 mai 2006

Nations Unies, New York,
16 mai 2006

Darfour: Kofi Annan espère dépêcher une mission d'évaluation pour le déploiement d'une force

Jeune Afrique,
16 mai 2006

Darfour: l'ONU somme les parties d'appliquer l'accord de paix d'Abuja

Nouvel observateur,
16 mai 2006

Le Conseil de Sécurité a adopté à l'unanimité une résolution pour le déploiement d'une force de maintien de la paix

Jeune Afrique,
16 mai 2006

La signature de la paix entre Khartoum et des rebelles du Darfour fait espérer la fin d'un conflit sanglant

Jeune Afrique,
15 mai 2006

Darfour: l'UA donne 24h aux rebelles pour signer l'accord de paix

Jeune Afrique,
14 mai 2006

Sur la voie du Sud-Soudan

Jeune Afrique,
14 mai 2006

Le chemin de la paix au Darfour semé d'embûches

La Croix
14 mai 2006

650 000 personnes seraient privées d'aide humanitaire, au Darfour

Agence Apic, Genève,
14 mai 2006

Persécution: Le Darfour dans l'indifférence générale

Jeune Afrique,
14 mai 2006

Turabi fustige l'accord de paix du Darfour signé à Abuja

Etats-Unis Département d'Etat,
11 mai 2006

Condoleezza Rice : le monde doit se mobiliser pour le Darfour

Le Monde
11 mai 2006

Une ONG témoigne d'"atrocités" au camp de Kalma

Radio France International,
11 mai 2006

Washington veut des casques bleus au Darfour

Le Monde,
11 mai 2006

Washington veut accélérer le déploiement d'une force de l'ONU au Darfour

L'Observateur, Maroc,
10 mai 2006

Soudan : le volontarisme de Washington

Le Monde
11 mai 2006

Khartoum hésite à accepter des casques bleus

Nations unies
9 mai 2006

Le Darfour est un des plus grands défis de l'ONU, affirme Kofi Annan

Jeune Afrique,
9 mai 2006

L'ennemi tchadien

Jeune Afrique,
9 mai 2006

Appels aux rebelles pour signer l'accord de paix, heurts dans un camp du Darfour

Le Monde, Editorial,
9 mai 2006

Espoir au Darfour

IRIN, Abuja,
9 mai 2006

L'UA demande le soutien des casques bleus de l'ONU pour le maintien de la paix dans le Darfour

Nations Unies,
9 mai 2006

Jean Ziegler appelle les Etats Membres à financer le programme humanitaire de l'ONU

Afrique Central,
9 mai 2006

Le business avant le génocide

Angola Presse
8 mai 2006

Le Soudan n`exclut pas le déploiement d`une force de l`Onu au Darfour

Xinhuanet, Nairobi,
8 mai 2006

Human Rights Watch demande aux belligérants de cesser leurs attaques contre les humanitaires

Libération,
8 mai 2006

Darfour : un plan de paix délivré au forceps

Jeune Afrique ,
7 mai 2006

Voyage au cœur du pouvoir

Jeune Afrique
7 mai 2006

Le Soudan n'exclut pas le déploiement d'une force de l'Onu au Darfour

Jeune Afrique,
7 mai 2006

Le Soudan n'exclut pas le déploiement d'une force de l'Onu au Darfour

Le Monde
7 mai 2006

Célébrités et étudiants américains s'engagent contre le "génocide"

Le Monde
7 mai 2006

Un accord de paix signé à l'arraché pour le Darfour

La Libre Belgique , 6 mai 2006

Darfour : L'Humanitaire cache l'inaction politique

L'Orient le jour, Beyrouth
6 mai 2006

Le gouvernement à l'obligation de désarmer les djanjawid, affirme Zoellick –Sous pression, Khartoum et la principale faction rebelle du Darfour signent l'accord de paix

Libération
5 mai 2006

La paix au Darfour progresse un petit peu

Jeune Afrique
5 mai 2006

La principale faction rebelle accepte l'accord de paix, selon l'UA

Le Figaro
5 mai 2006

L'accord de paix en trois points

Le Figaro
5 mai 2006

La Paix signée avec des réserves

Le Monde
5 mai 2006

Pékin, attiré par l'odeur de l'or noir

Le Monde
5 mai 2006

Les conflits tchado-soudanais : enjeux régionaux et globaux

All Africa com
4 mai 2006

Révolte dans un camp de déplacés au Darfour, rapport de l'UMMIS

Le Point
4 mai 2006

Interview d'Al Tourabi « le pape noir de l'islamisme » ancien protecteur du chef d'Al Queda

Le Figaro
4 mai 2006

Accord de paix en suspend

Le Figaro
3 mai 2006

Le Darfour attend toujours un accord de paix

La Croix
3 mai 2006

Aux Etats-Unis, le Darfour suscite une forte solidarité

All Africa Com,
3 mai 2006

L'aide des Etats-Unis au peuple soudanais

Jeune Afrique ,
3 mai 2006

Darfour: propositions américaines pour parvenir à un accord

IRIN,
3 mai 2006

L'UA exhorte les rebelles du Darfour à signer l'accord de paix

La Croix ,
2 mai 2006

Les négociations sur le Darfour restent incertaines

Afrik Com,
2 mai 2006

Les Etats-Unis se mobilisent contre les massacres du Darfour

Nouvel Observateur 2 mai 2006

Intense activité diplomatique à quelques heures de l'expiration de la date butoir pour un accord de paix au Darfour

Reuters
2 mai 2006

Rice envoie son adjoint pour aider à faire la paix au Darfour

Reuters
1 er mai 2006

L'accord de paix sur le Darfour dans une pase dangereuse

Reuters
1 er mai 2006

Quarante huit heures de plus pour forger une paix au Darfour

Africa Confidential, 1 er mai 2006

Une coopération bien étrange

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Les É.-U. tiendront leurs engagements en matière de maintien de la paix au Soudan

Entretien Bush-Kagamé sur le Soudan et le développement

 

USA, Gouvernement, 31 mai 2006

 

Le président de la République rwandaise, M. Paul Kagamé, a été reçu, le 31 mai, à la Maison-Blanche par le président Bush qui l'a félicité pour sa promotion énergique du développement économique et pour la lutte engagée par son pays contre le sida.

À l'issue de son entretien avec le président rwandais, M. Bush a déclaré qu'ils avaient abordé ensemble la question du Soudan et la stratégie à suivre afin de parvenir à un règlement de cette situation. Il a remercié M. Kagamé de l'affectation de forces rwandaises à la mission de l'Union africaine « pour aider à faire face à ce que j'ai appelé un génocide ».

Le président des États-Unis a assuré au chef d'État africain que son pays « tiendrait ses engagements » à l'égard du Soudan, notamment en ce qui concerne le défraiement du Rwanda et d'autres pays pour l'envoi de troupes à l'Union africaine. Il s'est déclaré confiant que le Congrès adopterait, à son retour du congé du « Memorial Day », la loi de finances complémentaire qui doit autoriser ces versements.

M. Bush a toutefois adressé un avertissement à l'endroit des parlementaires, soulignant que ce projet de loi de finances, qui autorise des affectations pour toutes les activités de l'État fédéral américain, devait répondre à un certain nombre de critères financiers : « J'opposerai mon veto à ce projet de loi s'ils décident de dépenser plus que je n'ai demandé », a-t-il dit……

« Avec votre appui, Monsieur le Président, nous avons fait aéroporter nos troupes par des appareils militaires américains au Darfour », a-t-il indiqué, remerciant les États-Unis pour l'aide qu'ils ne cessaient d'apporter à la mission de l'Union africaine dans cette région.

par Stephen Kaufman

Mai 2006

 

Signature à Abuja d'un accord de paix au Darfour : une intervention humanitaire ?

 

La Tribune , Alger,30 mai 2006

S'achemine-t-on vers des sanctions contre le Soudan ?

 

L'intense activité de l'ONU autour du dossier du Darfour, ces dernières semaines, laisse présager, en effet, d'un durcissement du Conseil de sécurité, paradoxalement, au moment même où les efforts africains en faveur d'un accord final de paix connaissent une percée significative.

Le 6 mai, à Abuja au Nigeria, le gouvernement du Soudan et le principal mouvement rebelle, le SLM, signaient un accord de paix, au terme de deux années de difficiles négociations, sous médiation africaine, ralenties, notamment, par des scissions internes au sein de la rébellion ; un phénomène classique, connu par nombre de mouvements armés. Pour rappel, la rébellion au Darfour a éclaté peu après la signature d'un accord au Sud-Soudan.

Les négociations concernant le Darfour débutent en août 2004 sous l'égide de l'Union africaine avec la participation du Tchad, pays voisin, qui accueille quelque 200 000 réfugiés du Darfour. Le 5 juillet 2005, une déclaration de principes politiques est adoptée par le gouvernement et la rébellion. Les discussions reprennent le 15 septembre 2005, cette fois sur des questions de fond comme le partage du pouvoir et des richesses. Sans doute sous l'influence de l'accord négocié par John Garang au Sud. Sur le terrain, l'Union africaine déploie une mission d'observation du cessez-le-feu, et 7 700 soldats. Certes, des violations du cessez-le-feu ont été constatées, en particulier, des attaques rebelles contre des positions gouvernementales et la mission africaine, et des attaques des milices contre des positions rebelles.

L'accord de paix du 6 mai prévoit une série d'étapes savoir le désarmement de toutes les milices, la surveillance du désarmement par l'UA, et l'intégration des combattants et de la population du Darfour au processus politique. Pour leur part, les Etats-Unis ont salué cet accord, le qualifiant de «pas essentiel vers la fin des souffrances au Darfour et l'instauration de la paix et de la réconciliation nationale au Soudan».

La Maison-Blanche appelle aussi deux responsables du Mouvement pour la justice et l'égalité, et de la faction minoritaire du SLM, qui n'ont pas signé, à «se joindre au processus de paix».

Pourtant, le 3 mai, en pleine négociation à Abuja, le secrétaire général de l'ONU décide de nommer un comité consultatif sur la prévention du génocide, dont les membres sont appelés à se réunir les 19 et 20 juin. Et le 16 mai, le Conseil de sécurité de l'ONU vote une résolution réclamant l'envoi au Darfour, dans un délai d'une semaine, d'une mission technique d'évaluation des besoins d'une future force de l'ONU. Le Conseil somme les parties signataires de l'accord de paix de respecter leur engagement, et met en demeure les dissidents de signer à leur tour l'accord.

Le Conseil n'hésite pas à se référer au fameux chapitre VII qui ouvre la voie aux sanctions, voire au recours à la force. Le compte à rebours d'une intervention est donc enclenché. Le 16 mai, également, Kofi Annan désigne la Canadienne , Carolyn McAskie, au poste de sous-secrétaire générale à l'appui et à la consolidation de la paix. Quelques jours plus tard, soit le 23 mai, le Haut-commissariat des Nations unies pour les droits de l'Homme publie un rapport faisant état de la situation dans tout le Soudan entre décembre 2005 et avril 2006. Au Darfour, «le gouvernement et les rebelles devraient respecter immédiatement l'accord de cessez-le-feu en vigueur [ ]. Le gouvernement devrait également désarmer les milices et protéger la sécurité physique de tous les habitants du Darfour en mettant en place une police et un appareil judiciaire crédibles, compétents et professionnels», souligne le rapport. Le gouvernement soudanais est accusé de ne pas protéger les civils.

Enfin, Kofi Annan hausse le ton à son tour et affirme que le gouvernement soudanais viole le droit humanitaire international en bloquant l'accès de l'acheminement de l'aide au Darfour. Aussitôt, le conseiller spécial de Kofi Annan, Lakhdar Brahimi, et le secrétaire général adjoint de l'ONU aux opérations de maintien de la paix, Jean-Marie Guéhenno, sont dépêchés pour une visite de huit jours essentiellement au Darfour. M. Brahimi doit étudier la nature de l'assi tance de l'ONU à la Mission de l'Union sud-africaine au Soudan (MUAS). La mission d'enquête de M. Guéhenno porte sur l'ensemble du pays dans l'objectif d'une intervention de l'ONU. Or le Soudan refuse cette équipe de reconnaissance, chargée en fait de préparer le déploiement des 10 000 Casques bleus, en remplacement des soldats africains. «Le gouvernement n'accepte pas le déploiement de forces étrangères, sous le chapitre VII», a déclaré le conseiller du président soudanais au lendemain de son entretien avec Lakhdar B rahimi et Hedi Annabi, sous-secrétaire général pour les opérations de maintien de la paix. Le gouvernement soudanais estime, en effet, que la mission de l'ONU n'est pas nécessaire dans la mesure où une mission technique de l'UA avait «examiné la situation au Darfour et qu'il existe des informations suffisantes».

Le Conseil de sécurité a d'ores et déjà programmé une mission d'enquête à partir du 4 juin La chronologie des décisions du Conseil de sécurité suscite donc plusieurs remarques.

La première provient du fait qu'un processus du Conseil de sécurité s'est mis en place alors même que des négociations étaient en cours. Phénomène inédit dans son genre. L'inquiétude quant au sort de la population est, certes compréhensible, d'autant plus que l'ONU a été à maintes fois accusée d'inertie, et que le spectre d'un «Rwanda bis» a souvent été brandi .

Ce qui l'est bien moins, est cette hâte à précipiter une intervention sous couvert de l'article VII dont les objectifs humanitaires ont, par le passé, souvent servi de prétexte à des buts moins avouables. Le Soudan se trouve dans la ligne de mire depuis 1991 en raison de son soutien à l'Irak. Le chaos dans ce pays s'inscrit dans la théorie des dominos, visant la refonte géopolitique du monde arabe. Pays pétrolier, il demeure aussi un enjeu de la nouvelle carte coïncidant avec les nouvelles frontières pétrolières. Pays le plus vaste d'Afrique, le Soudan n'est malheureusement pas le seul sur le continent à connaître un conflit lié aux revendications des populations pour un meilleur partage des richesses ou des ressources. Or le conflit de nature économique a été éclipsé au profit d'une guerre dite «ethnique», comme tend à le représenter une certaine terminologie. L'empressement du Conseil de sécurité, paraît d'autant troublant qu'il a bien fini par valider une guerre d'occupati on contre tout un peuple, celui d'Irak, qu'il use du bâton contre le Liban et la Syrie , et que le peuple palestinien est soumis à un blocus mettant en cause la vie de millions de civils innocents. A croire qu'une hiérarchie des souffrances et droits existe.

Au Soudan, les menaces d'intervention militaire et les accusations de «crimes de masse», les menaces d'embargo ont constitué la feuille de route d'une diplomatie internationale aux buts politiques souvent différenciés. Le devoir humanitaire ne parvient pas toujours à masquer ces buts, surtout quant ce devoir s'attache aux conséquences plus qu'aux causes. L'union africaine a joué sa crédibilité dans ce dossier. Le forcing de Kofi Annan à la fin de son mandat vise-t-il à renforcer le rôle de l'UA qui a eu à charge les négociations politiques et la supervision du cesser-le-feu, ou un retour en force d'une ONU discréditée dans nombre de dossiers ?

Si le vent a tourné au Soudan, suite à bien d'occasions ratées, le régime d'Omar El Bechir crispé sur de vieux réflexes, et la rébellion armée plus encline à lorgner des dividendes personnels qu'à énoncer un programme clair, portent désormais la lourde responsabilité de l'avenir du pays. L'accord du 6 mai au Darfour alimente l'espoir ; si tel n'est pas le cas, les incertitudes s'amplifieront. L'UA peut encore appuyer la médiation et le suivi de l'accord de paix. Mais ni l'UA, encore moins les Casques bleus ne sauront résoudre la crise morale et politique, la question sociale et économique, préalables à un règlement définitif du problème qui frappe le peuple soudanais.

Chabha Bouslimani

 

Mai 2006

Les ex-rebelles du Sud exigent l'application de l'accord de paix de 2005.

 

Tandis que les pourparler sur le Darfour restent au point mort, les Soudanais du Sud rappellent ses devoirs à Khartoum

 

La Croix , 30 mai 2006

 

Pour la première fois depuis la signature en. 2005 de l'accord de paix ayant mis fin à la guerre civile Nord Sud, les anciens rebelles du sud du Soudan: ont rencontré depuis samedi les responsables du Congrès. national (NCP), le parti du .Président Omar Al Béchir. Objectif des pourparlers, qui ont rassemblé 150 délégués des différents partis soudanais: faire. le point sur la mise .en oeuvre de l'accord de paix, qui reste insuffisante aux . yeux du Mouvement populaire de libération du .Soudan (SPLM). Selon cet accord, qui a mis fin à vingt et un ans de guerre civile ayant fait 1,5 million de morts et 4 millions de déplacés, un gouvernement d'union nationale auquel participe le SPLM a été formé à Khartoum pour une période de six ans, au terme de laquelle un référendum d'autodétermination doit être organisé dans le Sud.

Salva Kiir, leader de l'ancienne rébellion sudiste et actuel vice-président, n'a pas -mâché ses mots samedi en ouvrant les pourparlers. S'il . s'est félicité de l'observation «méticuleuse» par les deux parties du cessez-le-feu, il a aussi listé les nombreux points de l'accord restant . à mettre en œuvre: I1 a notamment cité le «  retard dans l'adoption du rapport de la commission des frontières d'Abyei», région riche en pétrole dont le statut définitif n'avait pas été réglé en 2005, le « retrait lent et incontrôlé des forces militaires et le retard dans la formation des unités intégrées conjointes».

Coiffé de son inamovible chapeau noir à larges bords, l'ancien chef de guerre a aussi posé la question de l'exactitude du montant des revenus pétroliers. En effet, la production a officiellement atteint le mois dernier 500 . 000 barils par jour, mais le SPLM estime qu'elle pourrait en réalité être supérieure. Le problème n'est pas anodin quand on sait que l'argent tiré du pétrole du Sud doit être partagé à égalité entre le gouvernement central et celui du Sud soudanais. Or, outre l'incertitude sur l'ampleur de la production, Khartoum a montré sa mauvaise . grâce dans l'application de l'accord en versant dans un premier temps les sommes dues à un organisme dissous, le Conseil de coordination du Sud, et non au gouvernement légitime....

«  A moins que nous ne progressions sur ces dossiers, je ne vois pas comment le reste de l'accord de paix global peut survivre», a averti Salva Kiir. De son côté, Omar AI Béchir est resté beaucoup plus flou sur ses objectifs, évoquant la- «promotion du dialogue», la « consolidation du processus démocratique» et l'unification de la politique étrangère du Soudan en faveur de la défense de la «souveraineté nationale». De fait, l'entourage du président - soudanais est désigné par plupart des observateurs – comme responsable de la non application de l'accord

de paix. «Le NCP retarde et sabote le processus de mise en œuvre » ré sumait en mars, dernier un rapport de l'International Crisis Group; qui expliquait. cette « obstruction» par la- crainte que le partage du pouvoir et des richesses imposé par l'accord de paix, doublé du vote prévisible du Sud en faveur de l'indépendance, n'abatte un régime déjà impopuIaire

Le cas de la région d'Abyei est emblématique de cette inertie. Situé ,dans l'État du Kordofan oriental, au nord de la frontière administrative héritée du mandat britannique, que Khartoum et le SPLM ont choisi comme limite entre le Nord et le Sud, cette zone. est riche en pétrole. La tribu arabe Misariyah et celle africaine Dinka Ngok, à laquelle appartient Salva Kiir, s'en disputent le contrôle. Les Misariyah et le Congrès national ont rejeté un rapport d'une commission indépendante recommandant de situer cette région dans le Sud.

Difficilement remis de la perte en juillet 2005 de son leader - charismatique John Garang, décédé accidentellement trois semaines après sa prise de fonction en tant que vice-président, le SPLM constate sa faible marge - de manœuvre au sein d'un régime dont les caciques continuent de le honnir. Néanmoins, le Sud; peuplé principalement de chrétiens et. d'animistes, continue de bénéficier de l'attention bienveillante des pays occidentaux. En contrepartie, les leaders sudistes participant au gouvernement - soudanais s'efforcent de contribuer à l'apaisement des crises, notamment au Darfour, où les négociations restent en suspens malgré les menaces de sanctions internationales.

Laurent d'Ersu

 

Mai 2006

Khartoum et les ex-rebelles sudistes affichent leur unité malgré les différends

Jeune Afrique, 30 mai 2006

 

Les ex-rebelles sudistes et le parti présidentiel au Soudan se sont engagés à travailler pour la paix mais restent divisés sur le statut de la province pétrolière d'Abyei, au terme de leurs premières discussions depuis la signature du traité de paix en 2 signature du traité de paix en janvier 2005.

Le Mouvement populaire de libération du Soudan (SPLM, ex-rébellion), dirigé par le premier vice-président Salva Kiir, et le chef du Congrès national, le président Omar el-Béchir, ont promis de renforcer leur partenariat pour rétablir la paix dans le sud-Soudan, déchiré par plus de 21 ans de guerre civile achevée avec la signature du traité de paix en janvier 2005.

"Nous avons une responsabilité nationale dans cette période la plus critique de l'histoire du Soudan", a déclaré dans la nuit de lundi à mardi M. Béchir devant les journalistes à Khartoum, après trois jours de discussions. Il a cependant souligné que les richesses pétrolières du pays n'étaient "pas un butin de guerre qu'il faut distribuer et partager".

Ces premiers pourparlers sont survenus alors que les ex-rebelles accusent Khartoum de traîner les pieds dans l'application de l'Accord de paix global (CPA), signé à Nairobi, et qui a mis fin à la guerre civile ayant fait 1,5 million de morts et 4 millions de déplacés.

Aux termes du CPA, un gouvernement d'union nationale auquel participe le SPLM a été formé à Khartoum pour une période de six ans, au terme de laquelle un référendum d'autodétermination doit être organisé dans le Sud.

Malgré les discussions marathon, les deux partis n'ont pas réussi à s'entendre sur le statut de la province riche en pétrole d'Abyei, affirment seulement que la question sera réglée par les moyens politiques.

Abyei est située dans l'Etat du Kordofan oriental, au nord de la frontière administrative héritée du mandat britannique, que Khartoum et le SPLM ont choisi comme limite entre le Nord et le Sud. Riche en pétrole, elle est l'une des trois zones du pays dont le statut définitif n'a pas été fixé par le CPA.

Abyei représente l'un des principaux obstacles à l'application du traité de paix car la tribu arabe Misariyah et celle africaine Dinka Ngok, à laquelle appartient M. Kiir, se disputent le contrôle.

Les Misariyah et le Congrès national ont rejeté un rapport de la commission des frontières recommandant de situer cette région dans le Sud.

L'International Crisis Group, une ONG publiant des rapports de prévention de conflits, a récemment estimé que "les actions du Congrès national au sujet de Abyei sont en violation flagrante avec l'accord de paix".

M. Béchir a par ailleurs critiqué les Etats-Unis pour n'avoir pas levé les sanctions imposées à son pays accusé de soutenir le terrorisme, malgré la signature d'accords de paix avec les sudistes et en mai avec un groupe de rebelles du Darfour, en proie à un conflit meurtrier depuis plus de trois ans.

"Maintenant ils nous disent qu'il faut résoudre le problème dans l'est", a-t-il dit.

Les négociations visant à mettre un terme au conflit dans l'est du pays devraient commencer le 13 juin à Asmara. Les rebelles de l'Est du Soudan sont regroupés dans un Front de l'Est et accusent Khartoum de vouloir marginaliser leur région. Ils luttent sporadiquement contre le gouvernement.

Concernant les critiques contre Khartoum qui tergiverse sur un déploiement d'une force de l'ONU au Darfour, M. Kiir a évoqué un "malentendu". "Nous n'avons pas refusé la venue d'une force de l'ONU au Darfour, mais elle doit venir avec un mandat clair", a-t-il dit.

Selon lui, cette affaire a été discutée avec l'émissaire de l'ONU Lakhdar Brahimi la semaine dernière à Khartoum. "Engageons à présent le dialogue jusqu'à ce que la force de l'ONU se prépare à prendre la relève de celle de l'Union africaine", a-t-il dit

 

Mai 2006

 

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Le NCP et le SPLM s'engagent à conjuguer leurs efforts pour la paix

Xinhuanet, 30 mai 2006

Les meneurs du Parti du congrès national (NCP), au pouvoir, et de son partenaire du sud, le Mouvement de libération du peuple soudanais (SPLM), se sont engagés, lundi, à conjuguer leurs efforts dans la voie de la paix.

Une déclaration, publiée à l'issue d'une réunion de trois jours entre les deux parties, indique que les deux parties sont déterminées à appliquer l'Accord global de la paix (CPA), signé par le gouvernement soudanais et le SPLM en janvier 2005, et qui a mis fin à une guerre civile de plusieurs décennies entre le nord et le sud du pays.

"La paix est le but pour lequel toutes les parties concernées déploient des efforts pour sa réalisation", a souligné la déclaration, en ajoutant: "Il n'y a aucun chemin pour revenir à la guerre".

Les deux parties ont également convenu d'un mécanisme de coordination afin de mieux appliquer l'accord de paix et de réexaminer les lois qui ne sont pas compatibles avec la constitution provisoire, selon la déclaration.

La déclaration affirme que les deux parties se sont également mises d'accord sur la nécessité de renforcer la réconciliation et la compréhension entre diverses parties du Soudan et de faire participer toutes les forces politiques au processus de paix.

Lors d'une conférence de presse, tenue à la fin de la réunion, la première de ce genre entre les deux parties, le président soudanais Omar el-Bashir, le meneur de NCP, a réaffirmé que l'application de l'accord de paix était "une responsabilité nationale".

"Nous devons donner aux citoyens un espoir après la conclusion des accords de paix dans le sud et au Darfour, des démarches positives ont été entreprises dans l'est et un programme de développement national a été lancé", a-t-il relevé.

Le gouvernement soudanais et la principale faction des rebelles, dans la région du Darfour en trouble, sont parvenus à un accord de paix le 5 mai, tandis que les deux autres groupes rebelles clés ont refusé de signer cet accord.

 

Mai 2006

Kofi Annan demande le renforcement de la mission de l'UA au Soudan

Jeune Afrique, 28 mai 2006

Le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, a appelé une nouvelle fois la communauté internationale "s'attacher en priorité à renforcer la MUAS " (Mission de l'Union africaine au Soudan, afin que celle-ci puisse faire progresser l'application de l'accord de paix et protéger efficacement les civils.

"Concrètement, pour soutenir la MUAS , il faut augmenter le nombre de militaires et apporter des moyens logistiques renforcés ainsi qu'un appui financier plus important", a indiqué M. Annan dans son dernier rapport sur la situation dans la région du Darfou, dans l'ouest du Soudan, qui couvre la période de mars à avril.

Il s'est dit "particulièrement préoccupé de constater que certains dirigeants rebelles n'ont toujours pas signé l'accord" d'Abuja du 5 mai et a appelé la communauté internationale à faire pression pour "les convaincre de préférer la paix au conflit.

La faction de l'Armée de libération du Soudan (ALS) était seule à signer l'accord de paix avec le gouvernement soudanais et

Selon le rapport du secrétaire général, des combats entre les Forces armées soudanaises et l'ALS ont eu lieu au Darfour-Nord, et la situation est restée très tendue au Darfour-Nord entre les factions Minni Minawi et Abdul Wahid de l'ALS.

Par ailleurs, les milices ont poursuivi leurs attaques systématiques contre des civils, a poursuivi Kofi Annan.

Les populations locales cherchant à se dé fendre contre les attaques, de nouveaux groupes armés ont continué de se former au Darfour et le conflit est devenu de plus en plus incohérent et fragmenté, indique le rapport.

Le secrétaire général a aussi souligné la nécessité de s'attaquer à la crise humanitaire qui se poursuit au Darfour.

Les opérations humanitaires sont limitées en raison du manque des fonds, indique le rapport, rappelant qu'à compter du début du mois de mai, les rations alimentaires ont été réduites de moitié.

Mai 2006

Le Nigeria invite le Soudan à rejoindre l'OPEP

Blog Finance, le 28 mai 2006

 

Seule la presse chinoise en fait état, mais les faits sont là : le Soudan a reçu cette semaine une invitation du Nigeria à rejoindre l'OPEP, le Nigeria exerçant la présidence de l'organisation pour 2006. Mais la Chine suit l'affaire de prêt , les entreprises chinoises consolidant actuellement leurs positions au Soudan afin qu'elles puissent servir de plate-forme pour le commerce et le transport du pétrole entre l'Afrique Centrale, le Moyen-Orient et la Chine.

Si le monde entier connaît le Soudan compte-tenu de la crise du Darfour, le pays est un important pays producteur de pétrole, les deux seraient-ils même liés ? Pour ma part, un seul chiffre : 2 millions. En effet , le Soudan espère atteindre un montant d'exportations autour de 2 millions de barils par jour en 2008 tandis que les 21 années de guerre civile ont causé plus de 2 millions de morts au Darfour.

 

I – Le Soudan invité à rejoindre l'OPEP

 

Le président soudanais Omar al-Béchir a reçu l'invitation écrite de son homologue nigérian Olusgun Obasanjo lors d'un entretien avec le ministre nigérian du Pétrole et envoyé de M. Obasanjo, Edmond Daukoru.  M. al-Béchir a exprimé sa gratitude pour l'invitation de M. Obasanjo, disant qu'il l'étudierait et y répondrait à l'avenir.

La production pétrolière soudanaise, qui est actuellement de 500 000 barils par jour , devrait doubler l'an prochain avec la mise en oeuvre d'un accord de paix global signé en début 2005 entre le gouvernement central de Khartoum et les rebelles de la région sud pétrolifère du Soudan.

 

II – Les pays membres de l'OPEP

 

L'OPEP représente environ 40% de la production mondiale de pétrole brut, et applique actuellement un quota de production de 28 millions de barils par jour, soit pratiquement sa pleine capacité de production, en réponse à la flambée des cours pétroliers. Créée en 1960 par l'Arabie Saoudite, l'Iran, l'Irak , le Koweit et le Vénézuela, l'Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole rassemble aujourd'hui 11 pays qui souhaitent coordonner leurs politiques d'exportation de pétrole : l 'Algérie l 'Arabie Saoudite , les Emirats Arabes Unis, l'Indonésie , l'Iran, l'Irak, le Koweit, la Lybie , le Nigéria, le Qatar, le Vénézuela. A noter que deux pays ont quitté l'OPEP : l'Equateur en 1992 et le Gabon en 1996. Les 11 pays membres détiennent 75% des réserves connues de brut.

L'Arabie Saoudite est le 1er producteur mondial de pétrole brut , avec 402 millions de tonnes. Pour ce qui est du Moyen-Orient,   les six membres de l'OPEP de la région : Iran, Irak , Koweit , Qatar, Arabie saoudite , et Émirats arabes unis, représentent ensemble 70 % de la production des pays de l'OPEP. Ils ont combinés, des réserves pétrolières équivalant à 684 milliards de barils et des gisements de gaz s'élevant à 70 billions de mètres cubes. Plusieurs producteurs importants,voire même majeurs, ne font pas partie de ce cartel, comme l'Angola , le Bahrein, Bruneï, la Grande-Bretagne , le Mexique, la Norvège , Oman, les USA et les anciennes républiques soviétiques.

 

III – Soudan / Darfour : une forte odeur de pétrole

 

Pour être moins tributaire des pays arabes pour leur approvisionnement en pétrole, Russes, Chinois, Européens et Américains recherchent d'autres lieux d'exploration, dans le Caucase et l'Asie centrale, mais également du côté de l'Afrique de l'Ouest, là où de nouveaux conflits surgissent. L'odeur du pétrole plane aussi au-dessus du Darfour, où l'ONU tente d'empêcher le génocide.Le Conseil de sécurité de l'ONU a voté une résolution le 30 juillet 2004 pour permettre aux ONG humanitaires d'intervenir en toute sécurité et pour commencer une enquête sur le génocide en cours (seule la Chine s'est abstenue). Les 21 années de guerre civile au soudan ont déjà tuées plus de 2 millions de personnes.

Mais sur le fond, il s'agit bien d'une guerre pour le contrôle du pétrole et la question de la construction d'oléoducs est au coeur de ces enjeux . C'est le cas de l'ouverture de l'oléoduc Tchad- Cameroun où sont impliqués les intérêts  des firmes transnationales (Total pour la France , CNPC pour la Chine , Petronas pour la Malaisie , Lundin pour la Suède , OMV pour l'Autriche, Talisman pour le Canada et Exxon Mobil pour les USA). Ce pipeline doit passer par le Darfour et entre dans la logique d'éviter les zones à risques et arabes en particulier .   De son côté, l'Inde envisage également un oléoduc qui passera dans cette région d'Afrique , celui prévu par les firmes ONGC et Reliance Petroleum en accord avec le Soudan.

 

IV - Le Soudan parle d'importantes réserves de pétrole au Darfour

 

Des forages pétroliers ont commencé au Darfour où des études préliminaires ont montré que le sous-sol recelait d'importantes réserves de pétrole, a fait savoir un porte-parole du ministère soudanais de l'Energie mi-Avril 2005. Une autre source précise les informations données par ce même porte-parole : le Soudan a découvert un champ pétrolier dans la région du Darfour, avec pour objectif de produire 500 000 barils par jour de pétrole brut dès Août 2005.

En tout état de cause, l'annonce faite par le Ministre de d'Energie n'a pas surpris la plupart des experts pétroliers, car des rapports préliminaires avaient d'ores et déjà indiqué que la région recelait des ressources en pétrole, or, fer,argent ainsi que du gaz naturel. Les principaux champs pétrolifères soudanais actuellement en exploitation se trouvent dans le sud du pays, où un traité de paix a été signé le 9 janvier 2005 entre le gouvernement et les rebelles. Selon l'accord signé à Nairobi, au Kenya, 50% des revenus pétroliers du Sud devraient revenir au SPLA/M (le Mouvement Armé de Libération du peuple soudanais)

 

V – Inauguration d'un nouvel oléoduc

 

Au Soudan, les autorités ont inauguré en avril 2006 un nouvel oléoduc qui devrait permettre de porter la production pétrolière du pays à au moins un demi million de barils par jour. La cérémonie en ce sens s'est déroulée dans la ville de Fallouj en présence de plusieurs ministres. L'oléoduc de 1.400 km reliera les puits du sud-est du pays, à Port Soudan, sur la mer Rouge.

Les revenus pétroliers seront distribués au gouvernement central et aux autorités du Sud qui ont signé un accord de partage des richesses locales, dans le cadre des accords de paix entre la partie nord et sud du pays.

 

VI – La Chine consolide ses positions au Soudan

 

La Chine est en train de consolider ses positions au Soudan , qui pourront alors servir de plate-forme pour le commerce et le transport du pétrole entre l'Afrique Centrale, le Moyen-Orient et la Chine elle-même. Cette situation est inacceptable pour Washington , qui envisagerait même de diviser le Soudan en deux, voire en plusieurs entités séparées si cela devait s'avérer être le seul moyen d'assurer son accès aux champs pétroliers.

L'émergence de la Chine comme puissance majeure sur l'arène mondiale pose un problème direct aux intérêts des impérialismes occidentaux et à l'impérialisme américain en particulier. En 2003, les importations du pétrole en Chine ont augmenté de 40% par rapport à l'année précédente. A l'heure actuelle, la Chine travaille sur environ 50 projets pétroliers et pétrochimiques majeurs au niveau international. La Chine a besoin de sécuriser ses propres ressources pétrolières . Ce besoin vital ne peut être assouvi qu'en s'attaquant à la position dominante des Etats-Unis.

 

Le pétrole soudanais représente 6% du total des importations chinoises de pétrole.

 

Ce pourcentage est destiné à augmenter très rapidement, compte tenu des investissements massifs de la Chine dans l'industrie pétrolière soudanaise depuis 1990. La compagnie pétrolière nationale chinoise, la CNPC , possède 40% des actions de la GNPOC , qui elle-même contrôle 2 des plus importants gisements pétroliers dans le Haut Nil occidental, au Soudan.

D'autres compagnies chinoises sont également impliquées dans la construction d'un pipeline long de 1400 kilomètres reliant le bassin de Melut à Port Soudan, où la Chine construit un terminal pétrolier pour l'exportation. Ce pays asiatique est donc ainsi devenu le plus important partenaire commercial du Soudan . Il est significatif que les concessions pétrolières, dans la région du Darfour, soient en majeure partie détenues par la CNPC.

Elisabeth Studer

Mai 2006

Les ex-rebelles du Sud à Khartoum pour discuter de l'accord de paix

Jeune Afrique, 27 mai 2006

 

D'anciens rebelles du Sud Soudan qui se plaignent de la lenteur de l'application de l'accord de paix de 2005 avec Khartoum ont rencontré samedi, pour la première fois depuis sa signature, les dirigeants du Congrès national, le parti du président soudanais.

Le premier vice-président soudanais Salva Kiir figure parmi les chefs du Mouvement populaire de libération du Soudan (SPLM), ex-rébellion du Sud.

"Nous nous réunissons pour la première fois et cette journée est historique", a déclaré le président Omar al-Béchir devant les dirigeants des deux partis, dont son ancien ennemi Salva Kiir, lors de la cérémonie d'ouverture de ces pourparlers qui se tiennent à huis clos.

M. Béchir a souligné "l'engagement de nos deux partis à poursuivre notre but commun (qui est) d'appliquer l'Accord de paix global (CPA)", signé à Nairobi en janvier 2005.

Selon cet accord, qui a mis fin à 21 ans de guerre civile ayant fait 1,5 million de morts et 4 millions de déplacés, un gouvernement d'union nationale auquel participe le SPLM a été formé à Khartoum pour une période de six ans, au terme de laquelle un référendum d'autodétermination doit être organisé dans le Sud. Mais le SPLM se plaint que Khartoum traîne les pieds dans son application.

De son côté, M. Kiir a qualifié ces pourparlers de "dialogue sincère pour (...) transformer nos relations (...) en un partenariat fort (...) qui mènera notre pays vers une paix permanente et un gouvernement démocratique".

Il a salué les progrès réalisés depuis 2005, citant des projets d'universités et aéroports dans le Sud, tout en estimant que ces engagements devaient se traduire dans les faits.

M. Kiir s'est aussi félicité de l'observation "méticuleuse", par les deux parties, du cessez-le-feu, mais a souligné qu'un certain nombre de questions restaient en suspens.

"A moins que nous ne progressions sur ces points, je ne vois pas comment le reste du CPA peut survivre", a-t-il dit, parlant de la "responsabilité historique" qui incombe aux deux parties.

Selon lui, les principaux problèmes sont "le délai dans l'adoption du rapport de la commission des frontières d'Abyei (...), le retrait lent et sans contrôle des forces (gouvernementales du Sud vers le Nord) et les questions relatives à l'exactitude du montant des revenus pétroliers" communiqué par Khartoum.

La région d'Abyei est située dans l'Etat du Kordofan oriental, au nord de la frontière administrative héritée du mandat britannique, que Khartoum et le SPLM ont choisi comme limite entre le Nord et le Sud.

Riche en pétrole, elle est l'une des trois zones du pays dont le statut définitif n'a pas été réglé par l'accord de 2005.

Abyei représente un des principaux obstacles à l'application du traité de paix car la tribu arabe Misariyah et celle africaine Dinka Ngok, à laquelle appartient M. Kiir, s'en disputent le contrôle.

Les Misariyah et le Congrès national ont rejeté un rapport de la commission des frontières recommandant de situer cette région dans le Sud.

International Crisis Group (ICG), une ONG publiant des rapports de prévention de conflits, a récemment estimé que "les actions du Congrès national au sujet de Abyei sont en violation flagrante avec l'accord de paix".

Une cinquantaine de Dinkas ont manifesté samedi à l'extérieur du bâtiment abritant la réunion, appelant à une règlement rapide de la question de Abyei.

Selon un haut responsable du Congrès national, Ghazi Salaheddine Atabani, son parti et le SPLM doivent discuter, durant les deux ou trois jours de pourparlers, "des succès et échecs de la dernière phase d'application de l'accord".

Il s'est montré optimiste quand à l'application de l'accord mais a fait état de sujets "problématiques", parmi lesquels ceux "liés à des arrangements de sécurité et au partage des richesses".

"La question de Abyei est un peu problématique", a-t-il confirmé

 

Mai 2006

Le conflit soudanais menace le Tchad  

Le Figaro, 27 mai 2006

 

Des miliciens arabes soudanais auraient massacré plus de cent personnes sur le territoire tchadien.

 

Les signes d'une possible extension du conflit du Darfour chez le voisin tchadien s'accumulent. Hier, l'organisation non gouvernementale (ONG) américaine Human Rights Watch (HRW) a ainsi affirmé que «plus de cent personnes» avaient été massacrées par des miliciens Janjawids.

Selon l'ONG, ces combattants arabes, soutenus par le gouvernement de Khartoum, ont attaqué trois villages situés à 70 kilomètres de la frontière, entre le 12 et le 13 avril. Les victimes, quasiment désarmées, ont succombé à des coups de machettes ; les plus chanceux ont été achevés par balles. «Les miliciens soudanais pénètrent de plus en plus profondément au Tchad pour piller et tuer», remarque Peter Takirambudde, le directeur Afrique de l'organisation.

 

A la recherche de vivres et de bétail

Les raids de Janjawids, arborant le plus souvent des uniformes bleus de l'armée soudanaise, ne sont pas nouveaux. Responsables de crimes de guerre au Darfour, ces nomades ont pris l'habitude de franchir la très poreuse frontière pour organiser des rezzous à la recherche de bétails et de vivres.

Leur agressivité constatée ces derniers temps a surpris. «Les récentes attaques (...) semblent s'inscrire dans un mouvement plus vaste de violences transfrontalières», s'inquiète HRW, qui souligne que «plus d'une douzaine de groupes armés, plusieurs milices et des groupes rebelles tchadiens sont actifs» dans la région. L'analyse des responsables du Haut Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR) au Tchad, qui gère les quelque 200 000 Soudanais ayant fui les combats du Darfour, n'est guère différente. Les responsables se sont dits «très troublés» d'avoir vu des miliciens rôder autour de certains camps. Le HCR menace de suspendre ses activités.

Motif supplémentaire d'inquiétude : des Tchadiens ont participé aux raids ces dernières semaines. Ce constat laisse craindre une alliance tactique entre miliciens soudanais et rebelles tchadiens en lutte contre le gouvernement de N'Djamena. Un tel regroupement pourrait enflammer le pays.

 

Les multiples violences minent le processus de paix

L'attaque des trois villages correspond au début de l'offensive lancée contre la capitale tchadienne par les hommes du Front uni pour le changement (FUC). Ce coup de main avait échoué dans le sang aux portes de N'Djamena. Le gouvernement tchadien avait alors accusé Khartoum d'être à l'origine de la rébellion et avait rompu ses relations diplomatiques avec son voisin. Depuis, la tension règne entre les deux pays.

A l'inverse, la multiplication des violences au Tchad mine le processus de paix au Darfour. Le 5 mai, un accord a été signé entre le principal mouvement rebelle et le gouvernement de Khartoum pour mettre fin à ce conflit qui a déjà causé la mort d'au moins 180 000 personnes. Le texte ouvre la voie au déploiement de Casques bleus dans cette province et au désarmement des groupes armés, en particulier des Janjawids. L'espoir reste fragile.

 

«Si le Tchad n'est pas sécurisé, nos efforts ne serviront à rien, car rien n'empêchera les miliciens de s'y réfugier avec leurs armes», explique un diplomate.

Tanguy Berthemet

Mai 2006

Début de page

Le Conseil de sécurité en mission au Soudan et en RDC au mois de juin

Nations Unies, New York - 26 mai 2006

  Le Conseil de sécurité va effectuer du 4 au 13 juin une visite au Soudan et en République démocratique du Congo (RDC), où sont déployées les deux plus importantes missions de maintien de la paix des Nations Unies avec près de 40 000 casques bleus sur le terrain lorsqu'elles seront pleinement opérationnelles.

La mission du Conseil de sécurité démarrera le 4 juin à Khartoum au Soudan et sera conduite dans un premier temps par le représentant du Royaume-Uni, Emyr Jones Parry.

Il s'agira de « démontrer la détermination du Conseil à travailler avec le gouvernement du Soudan, l'Union africaine (UA) et d'autres parties pour faire face aux nombreux problèmes » du pays, a déclaré l'ambassadeur britannique.

Le Conseil de sécurité souhaite encourager le gouvernement à accepter le remplacement de la force de l'UA sur le terrain par une force des Nations Unies, a-t-il affirmé.

Hier, le gouvernement du Soudan a fait savoir qu'il autorisait une mission d'évaluation pour le déploiement d'une force des Nations Unies au Darfour.

La transition vers une opération de maintien de la paix sera « épineuse et complexe sur le plan militaire », a-t-il fait estimé.

Le Conseil s'engage à respecter « la souveraineté, l'unité, l'indépendance et l'intégrité territoriale du Soudan », a-t-il fait savoir.

« Nous pensons qu'il est important que cette opération est un parfum africain très fort », a-t-il ajouté.

La mission du Conseil de sécurité se rendra successivement au Soudan, au Tchad et en RDC, avec une étape intermédiaire à Addis Abeba, siège de l'UA.

 

Mai 2006

Le conflit au Darfour atteint « un nouveau degré de violence »

 

Haut Commissariat aux Droits de l'homme

Le Monde, 25 mai 2006

En dépit des pourparlers de paix, les meurtres de civils, les viols de femmes et de filles et le pillage de villages entiers ont continué au Dar four», dans l'ouest du Soudan, affirme le Haut-Commissariat de 1'ONU aux droits de l'homme, dans un rapport remis mardi 23 mai: Selon le document, rédigé avec l'aide de 76 enquêteurs déployés dans le pays, « le conflit a atteint un nouveau degré de vio lence », de janvier à avril..

Dans le sud du Darfour, les for ces gouvernementales, et les milices janjawids qui les soutiennent, ont continué à attaquer plus de vingt: villages, faisant des dizaines de morts et de blessés. L'ONU fait état d'informations «particu lièrement alarmantes »; selon les quelles un avion Antonov et des hélicoptères d'attaque peints, en blanc de l'armée soudanaise auraient participé aux attaques, fin avril - une « manière perfide» de se faire passer pour l'ONU, qui se démarque avec cette couleur.

Dans un autre rapport, remis lundi, le secrétaire général de a l'ONU, Kofi Annan, décrit « une nouvelle tendance » des rebelles de l'Armée de libération du Soudan (ALS) à s'en prendre aussi « à des à c ivils sur une grande échelle », dans le cadre de luttes intestines. Le 19 avril, 400 hommes de la faction Minni Minawi ont ainsi « tué des civils, blessé des quantités de personnes, violé des femmes et pillé » dans le nord du Darfour.

« De nouveaux groupes armés ont continué à être formés alors que les populations locales essayaient de se défendre », quitte à « souvent recruter des personnes de moins de 18 ans », poursuit M. Annan, qui cite «des allégations crédibles » selon lesquelles « des garçons âgés de 15 ans ou moins ont été tortu ré s » par l'armée soudanaise, qui les suspectait d'être des rebelles.

«Alors que le conflit est devenu de plus en plus erratique et fragmen té», les civils sont d'avantage exposés et viennent «grossir la population des camps » en proie à une insécurité grandissante: Le travail de l'ONU et des organisations humanitaires n'en est que plus difficile.

Malgré une demande du Conseil de sécurité, l'ONU n'a toujours pas obtenu du Soudan l'autorisation de dépêcher au Darfour une équipe de reconnaissance, chargée de préparer le déploiement d'au moins 10 000 casques bleus, en remplacement des 7 000 hommes de l'Union africaine:

Philippe Bolopion

Mai 2006

Au Darfour, l'attente

Réforme, 24 mai 2006

 

La signature d'un accord partiel de paix sur le Darfour, au Soudan, le 5 mai dernier n'a pas, pour l'instant, mis fin aux violences et aux déplacements de population.

 

«J'ai décidé de revenir dans le Sud du Soudan car les milices janjawids [littéralement« les diables à cheval » ndlr ] me rendaient la vie insupportable. » Abuk Deng Mabior, une Soudanaise chrétienne, a quitté, la peur au ventre, le Darfour, une région de l'Ouest soudanais, où vivent entre 6 et 8 millions d'habitants. Elle a fui les milices armées par le gouvernement de Khartoum pour se réfugier dans sa région d'origine. « La nuit, les janjawids entraient dans notre camp et pillaient nos biens. Ils nous attaquaient lorsque nous sortions pour ramasser du bois mort. Je ne sais pas comment ma petite fille et moi allons survivre. »

John Eibner, a recueilli le témoignage de cette femme à la frontière sud du Darfour. Lui travaille pour CSI, Christian Solidarity International, une organisation non gouvernementale qui intervient au Soudan depuis le début des années 90. Il revient tout juste d'une mission d'aide dans la région de Juba où il a rencontré de nombreux réfugiés des provinces en guerre. Il n'a pas pu se rendre au Darfour voisin. Les autorités soudanaises rendent l'accès à la région difficile aux ONG. « Des centaines de milliers de déplacés africains [par opposition aux arabes au pouvoir ] sont en danger de mort en ce début de saison des pluies, compte tenu des violences qui se poursuivent, de l'absence d'abri pour les réfugiés, du manque de nourriture, d'eau potable et de médicaments », s'alarme-t-il. Au Darfour, territoire de 500.000 km2, grand comme la France , divisé en trois provinces depuis 1994, près de deux millions et demi de personnes ont fui leurs terres depuis mars 2003. Les combats, la famine et la sécheresse ont fait trois cent mille morts, selon les estimations.

 

Qu'est-ce qui a bien pu amener cette région, rattachée au Soudan en 1916, presque entièrement musulmane, apparemment dépourvue de ressources naturelles - si ce n'est quelques terres fertiles au sud et au Djebel Marra au centre - à sombrer dans une violence extrême ? « Les habitants du Darfour se plaignent d'être à l'écart du pouvoir », explique Simone Dumoulin, présidente de Vigilance Soudan, une organisation de défense des droits de l'Homme fondée en 1992. « D'après les accords de paix de janvier 2005, le sud du Soudan est censé bénéficier de 50% de la manne pétrolière. Cela a poussé le Darfour à se rebeller et à réclamer les mêmes mesures.. Mais rien ne prouve qu'il y ait du pétrole au Darfour, comme il y en dans le sud du pays. »

 

Le recours à des milices

C'est surtout la politique répressive - génocidaire pour beaucoup d'observateurs - du gouvernement soudanais qui est montrée du doigt. « Khartoum applique la même stratégie que lors de la guerre du Sud [de 1983 à 2005)  : recours à des milices que le gouvernement n'a pas à payer puisqu'elles se payent sur l'habitant, destructions de villages, meurtres, castrations, viols, empoisonnements de puits. Les attaques des janjawids, sont soutenues par l'armée gouvernementale et l'aviation soudanaise. », précise Simone Dumoulin.

 

D'après Gérard Patrimonio, président de Christian Solidarity International France, le gouvernement arabe de Khartoum soutiendrait et fomenterait ces crimes afin de détruire les sociétés africaines du Soudan. En affamant et en laissant mourir, il massacre les êtres humains. En déplaçant les populations, il anéantit les cultures traditionnelles. De sorte que les peuples n'ont plus aucun repères ni aucun moyen de se rebeller contre le pouvoir central.

 

L'accord d'Abuja

Un accord de paix a été signé à Abuja, au Nigéria, le 5 mai dernier entre le gouvernement et une partie des insurgés du Darfour. Les rebelles réclamaient, entre autres,  la constitution d'une seule province et la nomination d'un vice-président originaire du Darfour. Après négociations, ils ont obtenu la promesse d'un referendum sur la réunification des provinces et la création d'un poste d'un conseiller spécial darfouri auprès du président. L'accord laisse entrevoir un possible retour au calme, car il règle, en partie, le partage politique du pouvoir, principal point d'achoppement entre les rebelles et le gouvernement. Mais Al-Nour, un des chefs rebelles, leader de l'ethnie africaine four qui représente 35% des habitants du Darfour, a refusé, pour le moment, le compromis. Le texte prévoit le désarmement des milices janjawids avant la mi-octobre. Ce qui semble compliqué puisque « les diables à cheval » sont originaires d'ethnies traditionnellement armées et qu'ils sont désormais dispersés sur un territoire gigantesque.

 

La situation humanitaire continue de se détériorer au Darfour. L'afflux de réfugiés menace maintenant de déstabiliser le sud du pays qui peine à sortir d'une guerre qui a duré vingt ans. CSI a lancé un appel au gouvernement américain pour l'envoi de céréales avant le début de la saison des pluies. Il faut vite semer dans les régions non désertiques du Darfour. Si l'aide n'est pas acheminé avant deux semaines, il sera trop tard, prévient l'ONG.

 

Jérôme Boruszewski

 

Mai 2006

« Des crimes de guerre ont été commis au Darfour »

 

Amnesty demande à l'ONU et à l'Union africaine de résoudre le conflit.

L'Humanité, 24 mai 2006

 

Cette année encore, le Darfour, cette région de l'ouest du Soudan ravagée depuis 2003 par un conflit qui aurait fait 300 000 morts, a été le théâtre des pires atteintes aux droits humains. Dans son rapport 2006, Amnesty International n'a pas de mots assez durs pour évoquer l'année écoulée. L'organisation parle de « violations effroyables d'une ampleur extrême », d'« atteintes aux droits humains généralisées et systématiques » et de « violations de droits humanitaires ».

Victimes de ce conflit, plus de 1,8 million de personnes sont toujours déplacées sur le territoire soudanais, tandis que 220 000 autres sont réfugiées au Tchad. « Comme les années précédentes des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité ont été commis par les forces gouvernementales et les milices nomades des djandjawids qui leur sont alliées. Des crimes de guerre ont également été perpétrés par les groupes politiques armés opposés au gouvernement », écrit Amnesty International. Des femmes et des jeunes filles ont été violées et enlevées par les milices djandjawids et parfois par les forces gouvernementales. Des civils ont été tués ou blessés lors d'attaques de villages. Cer-taines localités ont été bombardées. Dans un rapport de 10 pages remis lundi au Conseil de sécurité, le secrétaire général de l'ONU confirme que, malgré la conclusion le 5 mai d'un accord de paix entre le gouvernement de Khartoum et certains rebelles du Darfour, les exactions se poursuivent avec notamment des viols, des pillages et des expulsions forcées.

En mars 2005, le Conseil de sécurité de l'ONU a adopté la résolution 1593 qui permet à la Cour pénale internationale (CPI) de s'occuper de la question du Darfour. Les investigations de la CPI ont commencé mais ses enquêteurs n'ont pas encore été autorisés à se rendre au Soudan. Khartoum a créé un tribunal spécial pour juger les crimes commis au Darfour. Une façon de couper l'herbe sous le pied de la CPI. « Les autorités se sont contentées d'ouvrir des enquêtes ou d'engager des poursuites contre quelques-unes seulement des personnes soupçonnées de crimes contre l'humanité et crimes de guerre au Darfour », déplore Amnesty International.

« Au Darfour, l'action des Nations unies et de l'Union africaine (UA) n'a pas été, loin s'en faut, à la hauteur des besoins d'une situation qui ne reçoit qu'une attention intermittente de la part de ces deux instances internationales », a déclaré la secrétaire générale d'Amnesty International, Irene Khan, à l'occasion de la sortie de ce rapport annuel. L'organisation demande à l'ONU et à l'UA de « tout faire pour résoudre le conflit dans la région et mettre un terme aux atteintes aux droits humains qui s'y déroulent ».

Damien Roustel

 

Mai 2006

Diminution de l'aide alimentaire aux déplacés du Darfour

MSF demande aux Etats de prendre des mesures d'urgence pour éviter une catastrophe nutritionnelle

 

Communiqué de Médecins du Monde, Paris, le 22 mai 2006.

 

Médecins Sans Frontières s'inquiète de la conséquence pour les populations déplacées de la réduction des rations alimentaires distribuées par le Programme alimentaire mondial (PAM) au Darfour. Le 28 avril 2006, le PAM a annoncé qu'il serait désormais contraint, faute de financement, de ne fournir qu'une demi ration alimentaire vitale - soit 1.050 kilocalories par personne et par jour (au lieu de 2 100) - aux 2,1 millions de personnes nécessitant des secours alimentaires d'urgence au Darfour.

 

En dehors des distributions du PAM, les déplacés du Darfour n'ont pratiquement aucune ressource pour survivre. Entassés dans des camps à la salubrité précaire, ils sont incapables de cultiver en raison de l'insécurité généralisée qui règne dans la brousse environnante. Au cours de l'année écoulée, les défaillances temporaires du système de distribution alimentaire se sont toujours traduites par une augmentation significative des cas de malnutrition sévère traités dans les centres de santé de Médecins Sans Frontières.

 

En 2005, le PAM est parvenu à éviter une catastrophe nutritionnelle en distribuant plus de 40 000 tonnes de vivres par mois à plus de 2 millions de personnes réparties sur 400 sites. Cette réussite opérationnelle est aujourd'hui gravement menacée par le refus de la communauté internationale de répondre aux appels de fonds du PAM qui fin février n'avait reçu que 4% des sommes nécessaires à la poursuite de ses opérations au Soudan. Des aides supplémentaires ont certes été promises par les gouvernements soudanais et américain après la signature d'un accord de paix entre certains belligérants le 5 mai dernier (46% des financements requis par le PAM étaient promis au 16 mai). Mais le PAM estime qu'il ne sera pas en mesure de reprendre des distributions complètes avant le mois de novembre en raison des délais d'acheminement des vivres.

 

C'est donc une grave crise nutritionnelle qui guette aujourd'hui les déplacés du Darfour. La menace est d'autant plus sérieuse que d'autres services vitaux, comme la fourniture d'eau potable et le soutien des hôpitaux, sont également affectés par les coupes budgétaires. "La démobilisation des bailleurs de fonds est d'autant plus difficile à comprendre que la situation des déplacés ne s'est en rien améliorée depuis l'année écoulée, note Fabrice Weissman, chef de mission MSF au Darfour. De fait, la communauté internationale agit comme si elle avait décidé de conditionner l'assistance vitale aux populations du Darfour à la signature d'un accord de paix entre les parties au conflit."

 

A l'approche de la saison des pluies et de la période de soudure, qui représentent toutes deux un risque nutritionnel supplémentaire, il est urgent que les Etats pourvoient rapidement au financement du PAM et des autres services vitaux et dégagent des fonds exceptionnels pour permettre l'acheminement express (par voie aérienne si nécessaire) de l'aide alimentaire sur ses lieux de distribution. Afin d'éviter une catastrophe, les déplacés du Darfour doivent recevoir à nouveau une ration complète le plus tôt possible

Présente au Darfour depuis novembre 2003, MSF travaille aujourd'hui dans 18 sites des trois provinces du Darfour avec 170 volontaires internationaux et 2.600 soudanais

Mai 2006

Vaincre le fléau de la faim dans le monde, spécialement au Darfour

Appel du Pape Benoît XVI

 

Cité du Vatican, 21 mai 2006

 

Benoît XVI lance un appel à la solidarité internationale pour vaincre le fléau de la faim dans le monde, spécialement au Darfour.

Le pape a en effet mentionné une initiative du PAM lors de la prière mariale du Regina Caeli, ce dimanche.

Aujourd'hui, par exemple, disait le pape, avec l'initiative « le monde marche contre la faim »

(« Walk the World »), lancée par le Programme alimentaire mondial des Nations Unies, on entend sensibiliser les gouvernements et l'opinion publique sur la nécessité d'une action concrète et rapide pour garantir à tous, en particulier aux enfants, la « liberté de la faim ».

« Je suis proche par la prière de cette manifestation qui se déroule à Rome et dans d'autres villes de quelque cent pays », affirmait le pape.

« Je souhaite vivement, ajoutait-il, que grâce à la contribution de tous, on arrive à surmonter la plaie de la faim, qui afflige encore l'humanité, en mettant sérieusement en danger l'espérance de vie de millions de personnes ».

Le pape mentionnait tout spécialement la situation des populations du Darfour en disant : « Je pense en premier lieu à la situation urgente et dramatique du Darfour, au Soudan, où persistent de fortes difficultés pour satisfaire jusqu'aux besoins alimentaires primaires de la population ».

Benoît XVI invitait à confier cette intention à la prière de la Vierge Marie en disant : « Par cette récitation habituelle du Regina Caeli, confions aujourd'hui à la Vierge Marie tout particulièrement nos frères opprimés par le fléau de la faim, ceux qui leur viennent en aide et ceux qui, par les moyens de communication sociale contribuent à fortifier entre les peuples les liens de la charité et de la paix ».

Le programme alimentaire mondial (PAM, http://www.wfp.org/french ) des Nations Unies, a été contraint en avril dernier de réduire ses rations au Darfour : il déplore que le Darfour ne soit pas une « priorité » pour les donateurs.

Malgré les terribles souffrances des habitants du Soudan, le Programme Alimentaire Mondial (PAM) des Nations Unies a annoncé en effet qu'un manque de fonds l'obligerait à réduire drastiquement ses rations alimentaires à partir du mois de mai.

En réduisant ses rations alimentaires à seulement 1 050 calories (la moitié du minimum quotidien nécessaire), le PAM estime que ses stocks de denrées dureront plus longtemps pendant la « saison de la faim », qui dure de juillet à septembre, c'est-à-dire avant les récoltes et pendant laquelle les besoins sont les plus importants.

« C'est l'une des décisions les plus difficiles que j'aie jamais prise. Les habitants du Darfour n'ont-ils pas assez souffert ? Ce manque de fonds est difficile à comprendre, car l'an passé l'aide officielle au développement avait atteint 107 milliards de dollars, c'est-à-dire deux fois plus que les années précédentes. Les donateurs ont été extrêmement généreux, mais les victimes de crises humanitaires comme celle du Darfour ne font pas partie de leurs priorités », a déclaré James Morris, Directeur Exécutif du PAM.

« L'aide alimentaire est LA priorité : nous ne pouvons pas réduire les rations à 1 000 calories par jour à des gens qui ont déjà perdu leurs maisons et leurs proches dans les violences. Pourtant nous avons dû nous y résoudre au Soudan pour pouvoir offrir à ceux qui en besoin un minimum pendant la saison maigre. C'est une mesure que l'on ne devrait jamais avoir à prendre. Nos donateurs nous ont beaucoup aidé en 2005, ils doivent nous aider encore en 2006 », a ajouté M. Morris.

« Cette année est déterminante au Soudan pour la pérennisation de la paix. Le PAM exhorte les donateurs à se manifester pour garantir l'aide alimentaire aux millions de Soudanais qui ont absolument besoin de notre aide », a précisé M. Morris

En 2006, les donateurs pour les opérations d'urgence du PAM au Soudan sont les Etats-Unis (188 millions de dollars), le Fonds commun humanitaire des Nations Unies (16,6 millions), la Libye (4,5 millions), le Canada (3,9 millions), la Norvège (1,8 million), l'Irlande (1,2 million), l'Italie (1,2 million), la Suisse (757 600), la Belgique (604 600) et des dons privés (20 000). Le site du PAM permet de faire un don en ligne.

 

Mai 2006

Les attaques contre les humanitaires et les civils sont aussi graves qu'au Darfour

Jeune Afrique, 20 mai 2006

 

Le secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires, Jan Egeland, qui vient d'effectuer une visite au Darfour et au Tchad, a indiqué vendredi à New York que dans l'est du Tchad, les attaques contre le personnel humanitaire et les populations civiles sont au moins aussi graves sinon pires qu'au Darfour.

Toutes ces attaques sont menées en toute impunité et les institutions des Nations Unies et les ONG ont été forcées de réduire leur personnel et leurs programmes dans de nombreuses zones, a affirmé devant le Conseil de sécurité M.Egeland, qui est également le Coordonnateur des secours d'urgence de l'ONU.

Seulement 25% des 179 millions de dollars demandés ont été débloqués, a-t-il expliqué, ajoutant qu'il attendait des donateurs des contributions supplémentaires pour l'opération au Tchad.

Il a aussi attiré l'enrôlement forcé par les divers groupes armés des réfugiés et les personnes déplacées, y compris des enfants.

Selon M. Egeland, les réfugiés et les personnes déplacées sont aussi menacés par les attaques des milices et des rebelles et par une totale absence d'autorité dans la région, et au moins 13.000 personnes ont fui le Tchad vers le Darfour, dans l'ouest du Soudan, au cours des dernières semaines

 

Mai 2006

Kofi Annan : « Plus une seconde à perdre pour sauver le Darfour ! »

Le Figaro, 19 mai 2006

 

« Je compte sur le soutien de tous les Etats membres de l'ONU, notamment de ceux qui siègent au Conseil de sécurité »

 

L'accord conclu par le gouvernement soudanais et le principal mouvement rebelle du Darfour offre une nouvelle chance de rétablir la paix dans cette région plongée dans le malheur. Mais il faut agir vite. Les pourparlers qui ont mené à cet accord ont été longs et difficiles. Nombreux sont ceux à qui l'on est redevable de les avoir fait aboutir au moins en partie. Mais on ne peut encore se réjouir ni se reposer sur ses lauriers. La semaine dernière, alors que le plus haut responsable de l'action humanitaire de l'ONU visitait un camp de déplacés, une émeute a éclaté et un interprète de la Mission de l'Union africaine a été tué à coups de hache. Il y a beaucoup à faire. Il n'y a pas une seconde à perdre. Pour commencer, certains chefs rebelles n'ont pas encore signé l'accord. Nous devons les convaincre de choisir la voie de la paix et non pas le sentier de la guerre. Si la tragédie se poursuit, à cause de ce qu'ils auront fait ou de ce qu'ils n'auront pas fait, l'histoire sera pour eux un juge sévère. Il nous faut ensuite tout faire pour que ceux qui ont signé l'accord assurent son application sur le terrain et pour que les habitants du Darfour puissent survivre aux prochains mois. Il faut pour cela qu'ils soient protégés et puissent subsister, puisqu'ils ont été chassés de leurs foyers et de leurs terres et qu'ils ne peuvent subvenir à leurs besoins. Cela signifie que ceux qui leur porteront secours devront aussi être protégés. Pour l'instant, il n'y a sur le terrain qu'une seule force capable d'assurer cette protection, celle de la Mission de l'Union africaine (MUAS). Notre priorité doit être de consolider cette force de façon qu'elle puisse veiller à l'application de l'accord et offrir aux déplacés une véritable sécurité. Mais il s'agit d'une solution à court terme. Dès que cela sera possible, il faudra que la MUAS se transforme en une opération des Nations unies plus large, plus mobile, mieux équipée et dotée d'une autorité plus ferme. Nous voulons nous concerter aussi rapidement que possible avec nos partenaires de l'Union africaine à propos des renforts dont la MUAS aura besoin pour mettre en oeuvre les principaux points de l'accord d'Abuja, puis pour organiser une conférence d'annonces de contributions, éventuellement à Bruxelles au début de juin. Mais j'en appelle aux donateurs pour qu'ils n'attendent pas jusque-là. Qu'ils se montrent très généreux et qu'ils le fassent tout de suite. J'en appelle aussi à tous ceux qui se trouvent au Darfour pour qu'ils aident la MUAS à faire son travail. Aucune des parties ne doit encourager, excuser ou tolérer des agressions comme celle de la semaine dernière. La nécessité de mobiliser des fonds supplémentaires pour financer les secours est tout aussi urgente. La région traverse la crise humanitaire la plus grave de la planète. Sans soutien massif et immédiat, les organismes de secours ne pourront poursuivre leur travail, et la faim, la malnutrition et la maladie feront des centaines de milliers de victimes. En même temps, nous devons continuer de préparer le passage à une opération des Nations unies, mutation que le Conseil de paix et de sécurité de l'Union africaine demande depuis le 10 mars et que le Conseil de sécurité de l'Organisation des Nations unies a autorisée le 24 mars. C'est, pour l'ONU, un défi qu'il lui sera difficile de relever. Mais elle ne peut s'y dérober et, l'ayant accepté, elle doit assurer cette responsabilité sans plus attendre. Ce que nous avons déjà fait nous a enseigné que la force de l'ONU qui succédera à l'actuelle Mission de l'Union africaine doit être beaucoup plus importante et qu'elle aura besoin d'un gros effort logistique de la part des pays qui peuvent l'aider sur ce plan. L'étape suivante sera celle d'une mission d'évaluation technique au Darfour même. L'ONU et l'Union africaine procéderont sur place à l'analyse de la situation, consulteront toutes les parties et détermineront les besoins à satisfaire. Aucune mission de maintien de la paix ne peut réussir si elle n'est pas soutenue et secondée par les parties au niveau le plus élevé. C'est pourquoi j'ai écrit au président Bachir pour le prier d'appuyer la mission d'évaluation. Son rôle est essentiel et j'espère avoir l'occasion de lui en parler directement très bientôt. En attendant, j'exhorte une fois encore toutes les parties, notamment le gouvernement soudanais, à respecter le cessez-le-feu et à démontrer par leurs actes qu'elles ont l'intention de tenir parole. J'exhorte aussi les voisins arabes et africains du Soudan à accorder à ce pays toute l'aide possible, financière et politique. Pour sa part, le secrétariat de l'ONU fera tout ce qui est en son pouvoir pour aider le peuple soudanais à clore un chapitre tragique de son histoire. Je compte sur le soutien de tous les Etats membres, notamment de ceux qui siègent au Conseil de sécurité.

 

* Secrétaire général de l'Organisation des Nations unies.

 

Mai 2006

Les semaines à venir cruciales pour éviter la plongée dans les abysses, affirme Jan Egeland

Nation Unies, New York, 19 mai 2006

De retour d'une visite sur le terrain au Soudan et au Tchad, le Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires, Jan Egeland, a appelé, lors d'un exposé au Conseil de sécurité, à renforcer d'urgence la Mission de l'Union africaine et le financement des secours humanitaires.

« Les prochaines semaines seront absolument cruciales pour des millions de personnes dans la région. Avec la signature de l'accord de paix sur le Darfour, avant mon arrivée au Soudan, il y a enfin un véritable espoir. Mais l'on risque aussi d'entrer dans une spirale qui précipitera des millions de personnes au fond des abysses », a déclaré aujourd'hui Jan Egeland, Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d'urgence de l'ONU, dans un exposé au Conseil de sécurité.

Face à cette perspective, Jan Egeland a appelé à mettre en oeuvre l'accord de paix et à y rallier ceux qui ne l'ont pas signé, renforcer immédiatement et substantiellement la Mission de l'Union africaine au Soudan (MUAS), prendre des mesures concrètes pour accélérer la transition vers une opération des Nations Unies et garantir le financement et la sécurité des secours humanitaires apportés à plus de trois millions de personnes.

Concernant le renforcement de la MUAS , Jan Egeland a plaidé pour un appui urgent, alors que les « courageux membres de la Mission n'ont pas été payés depuis deux mois ».

Le Conseil de sécurité a adopté mardi dernier une résolution donnant une semaine au gouvernement du Soudan pour accepter une mission d'évaluation pour le déploiement force des Nations Unies dans la région du Darfour qui remplacerait l'actuelle force de l'Union africaine ( dépêche du 16.05.06).

S'agissant des restrictions à l'accès des secours humanitaires, Jan Egeland a indiqué que « le ministre des Affaires humanitaires du Soudan et le vice-président l'avaient assuré que le moratoire sur le Darfour serait mis en oeuvre » et que « les procédures imposées aux organisations humanitaires devaient êtres claires et prévisibles ».

Le gouvernement soudanais a récemment pris des engagements pour atténuer les effets d'une loi restrictive au regard des organisations non gouvernementales (ONG), que le Secrétaire général adjoint avait mis au rang, avec les autres « obstructions » mises en place par les autorités, de « cauchemar orwellien de restrictions bureaucratiques sans fin qui entravent intentionnellement, et avec succès, la capacité à aider ceux qui sont dans le besoin » ( dépêche du 4.05.06).

Jan Egeland a indiqué que le vice-président avait déclaré publiquement l'intention du gouvernement de garantir un plein accès humanitaire au Darfour », ajoutant que les ONG avaient été invitées à Khartoum à contribuer à l'élaboration des décrets d'application de la loi qui restreint leurs activités.

« Je prends pour acquis que les visas et permis de séjour continueront d'être valides jusqu'à la fin du mois de janvier 2007 », a-t-il souligné, plaidant pour la levée des restrictions en particulier des secours à destination de l'Est du pays.

A propos de la poursuite du financement du programme d'assistance humanitaire, « un certain nombre de nouvelles contributions ont réduit le déficit de financement pour le Darfour de 80% à 60% », a dit le Secrétaire général adjoint.

Cela signifie que le Programme alimentaire mondial (PAM) pourra réduire dans une proportion moindre que prévue les rations aux réfugiés, grâce à des dons généreux des Etats-Unis, une promesse de dons de la Commission européenne et une contribution sous formes de céréales de la part du gouvernement soudanais.

« C'est la première contribution du gouvernement soudanais à un appel des Nations Unies depuis le début de la crise du Darfour, ce qui lance un signal important », a dit Jan Egeland.

Mais le PAM aura encore besoin de 53.000 tonnes de céréales de septembre à octobre pour couvrir la « saison maigre ».

Au total, a dit Jan Egeland, qui est Coordonnateur des affaires humanitaires, les Nations Unies font toujours face à un déficit de 389 millions de dollars pour le Darfour seulement.

Espérant que le gouvernement soudanais saura combler certains manques tels que le paiement des salaires des enseignants, le Coordonnateur a rappelé qu'il avait approuvé l'affectation d'une somme de 21 millions de dollars du Fonds central d'intervention d'urgence ( CERF ) pour couvrir les besoins les plus urgents qui ont découlé de la dernière vague de déplacements des populations.

Quelque 983 millions de dollars manquent toujours au Plan de travail 2006 pour l'ensemble du Soudan, a-t-il aussi précisé. Plusieurs secteurs vitaux ont reçu moins de 20% des sommes demandées. Quant aux programmes humanitaires dans le Sud-Soudan, ils ne sont financés qu'à hauteur de 17%.

Il a donc lancé un appel aux donateurs qui ont fait des contributions moindres que l'année dernière ainsi qu'aux pays de la région du Golfe.

Abordant la situation au Tchad, le Coordonnateur a souligné que dans l'est du pays, les attaques contre le personnel humanitaire et les populations civiles sont au moins aussi graves sinon pires qu'au Darfour. Toutes ces attaques sont menées en toute impunité, a-t-il dénoncé, ajoutant que les institutions des Nations Unies et les ONG ont été forcées de réduire leur personnel et leurs programmes dans de nombreuses zones.

Seulement 25% des 179 millions de dollars demandés ont été débloqués. Le Coordonnateur a dit attendre des donateurs des contributions supplémentaires pour l'opération au Tchad.

Toujours à propos de l'est du Tchad, il a attiré l'enrôlement forcé par les divers groupes armés des réfugiés et les personnes déplacées, y compris des enfants. Cela, a-t-il averti, compromet le caractère civil et humanitaire des camps et accroît leur vulnérabilité aux attaques.

Les réfugiés et les personnes déplacées sont aussi menacés par les attaques des milices et des rebelles et par une totale absence d'autorité dans la région. Au moins 13 000 personnes ont fui le Tchad vers le Darfour, au cours des dernières semaines, a dit Jan Egeland, qui a anticipé une dégradation de la situation.

 

 

Mai 2006

Le Soudan prêt à accepter l'ONU au Darfour

Le Figaro, par Patrick de Saint-Exupéry, 18 mai 2006,

 

Le principe d'une intervention des Casques bleus se précise

 

Pas à pas, avec extrême difficulté, les négociations sur le Darfour progressent. Alors qu'en février, le président soudanais Omar el-Béchir se disait prêt à transformer la province en «cimetière» pour les Casques bleus qui pourraient y être déployés, le principe d'une intervention de l'ONU se précise. «A une certaine époque, nous étions contre toute intervention étrangère de forces autres qu'africaines, a déclaré le ministre soudanais de l'Information Zahawi Ibrahim Malek, mais la situation actuelle a ses nécessités.»

Pour Khartoum, qui s'est engagé dans des discussions avec les rebelles du Darfour, discussions conclues par un accord de paix non encore agréé par toutes les parties, il s'agit essentiellement de se rabibocher avec une communauté internationale de plus en plus

 

180 000 morts au moins

 

Cette zone, a récemment rappelé le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, vit aujourd'hui «la pire crise humanitaire du monde» : sans un secours d'urgence immédiat, «des centaines de milliers de personnes vont mourir dans les prochains mois de faim, de malnutrition et de maladie». 180 000 personnes, au moins, sont mortes depuis 2003, date du début du conflit dans le Darfour. Plus de deux millions d'autres ont été déplacées à la suite des affrontements entre milices arabes, contrôlées par Khartoum, et populations africaines.

Depuis une semaine, l'ONU – en accord avec l'Union africaine (UA) – presse le Soudan d'accepter un déploiement de Casques bleus. Ceux-ci viendraient prendre le relais des 7 000 hommes d'une force de paix africaine présente dans la région, mais trop faiblement équipée pour pouvoir peser sur les acteurs du conflit.

Ce possible déploiement d'une force de l'ONU au Darfour a été rendu envisageable par la signature d'un accord de paix le 5 mai dernier entre Khartoum et la faction majoritaire du principal groupe rebelle du Darfour, le SLM/A. Le MJE, un autre groupe rebelle, s'est jusqu'ici refusé à rejoindre le processus de paix.

Depuis la signature de l'accord de paix, les éditorialistes de Khartoum, anticipant le déploiement à venir de Casques bleus, soulignent régulièrement que le conflit au Darfour oppose des tribus musulmanes. Ce rappel, insistant, leur permet de mettre en exergue le risque de constitution d'un front uni face à une «hégémonie occidentale chrétienne» que symboliseraient les forces de l'ONU.

Ce discours est également celui tenu par le ministre soudanais de l'Information, Zahawi Ibrahim Malek, qui avertit : «Si les forces étrangères viennent avec pour but de désarmer les tribus arabes, cela donnera une résistance à l'irakienne, des attentats et une guerre.»

Quand bien même cela ne serait pas, le ministre affirme que désarmer les Djandjawid dans une région d'environ 500 000 km 2 où les tribus sont traditionnellement armées relève de «l'impossible».

 

 

Mai 2006

« Deux millions de personnes à assister », Jan Egeland

 

Le Figaro, 18 mai 2006

 

Le secrétaire général adjoint de l'ONU pour les affaires humanitaires, Jan Egeland, vient de rentrer d'un séjour mouvementé au Soudan et dans l'est du Tchad où il a pu observer les mauvaises conditions de sécurité auxquelles font face les populations soudanaises comme les travailleurs des Nations Unies.

 

Le Figaro : Pouvez-vous nous décrire la situation sur le terrain ?

Jan EGELAND  : Les opérations humanitaires de l'ONU portent assistance à environ deux millions de personnes. Leurs conditions de vie sont passables, la mortalité à chuté et elles reçoivent de la nourriture, des tentes. Mais le vrai problème reste la sécurité. Si les choses ne changent pas d'ici deux à trois mois, si l'accord d'Abuja n'est pas appliqué nous allons au-devant d'une catastrophe. La situation me rappelle la Bosnie pendant la guerre. La plupart des gens avaient alors accès aux biens de première nécessité, mais ils n'étaient pas protégés des attaques. Et c'est alors qu'il y a eu Srebrenica.

 

Qu'en est-il du travail des humanitaires ? Vous-même avez été forcé de fuir un camp au Darfour où votre visite a déclenché des échauffourées. Est-il encore possible pour l'ONU de travailler sur place ?

Oui, c'est possible, mais c'est très difficile. Aujourd'hui, le Soudan est la plus grande opération humanitaire dans le monde ; il y a entre 13.000 et 14.000 travailleurs humanitaires au Darfour. Ils font face à la fois à des problèmes physiques, logistiques et surtout sécuritaires. Physiquement, il faut pouvoir supporter de vivre dans le désert, avec ses divers inconvénients : il fait 40 ° de température ; un membre du personnel m'a dit qu'il avait recenser vingt différentes espèces d'insectes dans sa douche. Et moi-même, j'ai été bloqué pendant 24 heures à cause d'une tempête de sable. Par ailleurs, atteindre les populations nécessiteuses est une tâche lente et difficile. Cinq semaines de voyage en camion sont nécessaires pour rejoindre al-Janeina, dans l'ouest du Darfour, depuis Port Soudan (sur la mer Rouge, NDLR). Et il est très difficile de trouver de l'eau. Mais surtout, travailler au Darfour est très dangereux d'un point de vue sécuritaire. Tous les jours, nous dénombrons des incidents : embuscades, enlèvements, harcèlement, vols de matériel. Actuellement, une de nos collègues de l'UNICEF est hospitalisée en France et se bat pour sauver son bras. Son convoi a été attaqué par des hommes armés. C'était la 25 ème attaque du genre.

 

Le gouvernement soudanais vous aide-t-il à éviter de tels incidents ?

Je pense que le gouvernement pourrait faire davantage pour améliorer notre sécurité. Par exemple, certaines forces gouvernementales utilisent des véhicules qu'ils ont entièrement peints en blanc, comme le sont ceux des Nations unies. Et, du coup, nous devenons des cibles pour les rebelles ! De leur côté, les forces rebelles nous dénient également l'accès à la sécurité ?

 

Vos contacts avec le gouvernement se sont-ils améliorés depuis qu'il vous a refusé , à deux reprises, l'accès à son territoire ?

On m'a en effet refusé l'accès en 2004, puis de nouveau il y a un mois. Mais le séjour que je viens d'effectuer a été très utile. Il est vrai que le gouvernement nous fait vivre un véritable cauchemar administratif. On nous fait des problèmes sans fin pour obtenir les permis de séjour, les visas.

 

Khartoum semble désormais disposé à discuter du déploiement d'une force de Casques bleus au Darfour. En quoi serait-elle plus efficace que la mission de l'Union africaine ?

Il faut que nous réussissions à convaincre le Soudan que c'est dans l'intérêt de son peuple d'avoir une force des Nations unies, totalement financée par l'ONU, bien équipée et disposant de personnel adéquat. Le gros malentendu réside dans le fait que les Soudanais la perçoivent comme une force occidentale. Or, ce qu'il faut, c'est une force avec des Casques bleus de pays africains, arabes, musulmans. Elle serait plus prévisible, plus forte que celle de l'Union africaine. Si cette dernière est bonne et courageuse, elle manque d'hommes. Il faut doubler ou tripler les effectifs, la doter d'hélicoptères pour la rendre plus mobile. Par ailleurs, le mandat doit changer. Actuellement, la mission de l'UA ne fait qu'observer. Il faut que la nouvelle force puisse arrêter les atrocités et désarmer les groupes violents armés.

 

Croyez-vous à l'application de l'accord d'Abuja que deux groupes rebelles refusent toujours de signer ?

L'accord de paix signé à Abuja est le meilleur que l'on pouvait obtenir. Et il peut être appliqué. S'il ne l'est pas, la situation continuera de se détériorer, comme elle l'a fait depuis septembre, et elle échappera à tout contrôle. Sans paix, nous allons tout droit vers l'abîme.

 

Propos recueillis à Genève par Aude Marcovitch

 

  Mai 2006

 

Le Conseil de sécurité adopte la résolution 1679

Xinhuanet, 17 mai 2006

 

Le Conseil de sécurité a adopté mardi à l'unanimité une résolution visant à accélérer les préparatifs pour le déploiement d'une force de l'ONU pour le maintien de la paix au Darfour, dans l'ouest du Soudan.

La résolution, proposée par les Etats-Unis, approuve la décision prise lundi à Addis Abeba par le Conseil de paix et de sécurité de l'Union africaine (UA), selon laquelle des mesures concrètes doivent être prises pour effectuer la transition entre la mission de l'UA actuellement déployée au Darfour et une opération de l'ONU.

La résolution demande l'envoi sur place dans un délai d'une semaine d'une mission technique conjointe UA-ONU pour évaluer les besoins d'une future force de l'ONU.

Le Conseil de sécurité appelle les différentes parties de l'accord de paix (le gouvernement soudanais et la principale faction du Mouvement de libération du Soudan) à travailler avec l'UA et l'ONU pour accélérer la transition.

Le Conseil de sécurité a également fait part de son intention de prendre "des mesures fermes et efficaces" (langage diplomatique pour désigner des sanctions) contre toute personne ou groupe qui violerait ou tenterait de faire obstacle à l'application de l'accord de paix d'Abuja signé le 6 mai. Ces mesures pourraient prendre la forme d'interdiction de voyage ou de gel d'actifs.

M. Annan a soutenu l'appel de l'UA pour une transition de la mission de l'UA vers une force de l'ONU. Il avait écrit au président soudanais Omar Hassan al-Bachir pour lui demander l'autorisation de déployer une mission d'évaluation, mais Khartoum s'était opposé au déploiement de cette mission avant la signature de l'accord de paix.

Le Darfour est le théâtre d'un violent conflit interne opposant depuis début 2003 le gouvernement à deux groupes rebelles (le MLS et le Mouvement de la justice et de l'égalité). Les combats ont fait de nombreux morts et déplacé près de deux millions de personnes.

 

 

Mai 2006

 

Les pressions s'accentuent sur les rebelles récalcitrants du Darfour

Jeune Afrique avec AFP, 16 mai 2006

Les pressions se sont intensifiées mardi sur les deux groupes rebelles récalcitrants du Darfour (ouest du Soudan), le gouvernement soudanais et l'Union africaine (UA) les exhortant à signer l'accord de paix d'Abuja.

Jusqu'à présent, seule la faction majoritaire du principal groupe rebelle, le Mouvement/Armée de libération du Soudan (SLM/A), a signé avec Khartoum l'accord de paix conclu le 5 mai sous l'égide de l'Union africaine.

"J'appelle les deux frères, Abdel Wahid Mohammed Al-Nour et Khalil Ibrahim, à prendre une décision courageuse et à rejoindre le processus de paix", a déclaré le vice-président soudanais, Ali Osmane Taha lors d'une conférence de presse.

Le Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM) de Khalil Ibrahim et la faction minoritaire du SLM/A dirigée par Abdel Wahid Mohammed Al-Nour ont refusé de signer l'accord, exigeant davantage de concessions de la part de Khartoum.

Selon les experts, l'approbation de M. Nour, principal chef de la tribu des Nour, majoritaire au Darfour, est essentielle pour mener à terme ce processus de paix alors que ce conflit a éclaté il y a trois ans.

Ces déclarations de M. Taha surviennent au lendemain de l'appel de l'UA, menaçant les deux groupes rebelles de "sanctions ciblées" s'ils ne signent pas l'accord d'ici au 31 mai.

Au nom du conseil de paix et de sécurité (CPS) de l'UA, Olu Adeinji, ministre nigérian des Affaires étrangères, a dit que l'organisation panafricaine pourrait exiger des sanctions de l'ONU contre les groupes récalcitrants, s'ils entravaient l'accord d'Abuja.

Des diplomates, impliqués dans les accords de paix, ont averti M. Nour qu'il risquait de devenir "inutile" s'il refusait de s'engager dans le processus de paix.

Les analystes observent que le JEM, pour sa part, suit son propre agenda politique destiné à déstabiliser le régime du président soudanais, Omar al-Béchir.

Même en cas de ralliement de tous les rebelles, un autre obstacle persiste à une application totale de l'accord de paix. Ce dernier prévoit en effet un désarmement "complet et vérifiable", d'ici la mi-octobre, des Djandjawid, des milices pro-gouvernementales accusées de génocide.

M. Taha a réitéré l'appel du gouvernement pour désarmer tous les rebelles du Darfour, sans mentionner toutefois les moyens pour désarmer les Djandjawid.

"Nous appelons à nouveau tous les hommes armés du Darfour à respecter le cessez-le-feu et à coopérer avec le gouvernement", a-t-il dit.

Au nom de son gouvernement, M. Taha a également rappelé que le déploiement de troupes onusiennes au Darfour ne se ferait pas sans l'accord de Khartoum.

"Que l'Onu vienne ou pas, cette décision dépend du gouvernement soudanais. Il sera le seul à les inviter", a-t-il déclaré.

Quelque 7.000 hommes de l'UA sont déployés au Darfour, une région aussi vaste que la France , sans être parvenus à mettre fin aux violences qui, conjointement avec la famine, auraient fait jusqu'à 300.000 morts et provoqué le déplacement de plus de 2,4 millions de personnes en trois ans.

Les Etats-Unis et la communauté internationale ont proposé en mars un passage de relais à une force des Nations unies pour soutenir les troupes de l'organisation panafricaine et enrayer l'escalade de violence ethnique.

Khartoum, auparavant fermement opposé à tout déploiement d'une force onusienne au Darfour, s'est récemment montré plus flexible sans pour autant accepter la proposition

 

 

Mai 2006

Le Conseil de sécurité adopte une résolution pour accélérer le déploiement d'une force de maintien de la paix

Nations Unies, New York, 16 mai 2006 

 

Le Conseil de sécurité a adopté aujourd'hui une résolution, sous chapitre VII, destinée à accélérer le déploiement d'une force des Nations Unies dans la région du Darfour au Soudan qui remplacerait l'actuelle force de l'Union africaine pour faire respecter l'accord de paix signé à Abuja et protéger les populations civiles qui continuent d'être victimes d'atrocités.

Par la résolution 1679 adoptée aujourd'hui à l'unanimité, le Conseil de sécurité demande à toutes les parties à l'accord de paix au Darfour de « collaborer » pour accélérer la transition d'une force de l'Union africaine (UA) - appelée la MUAS - à une force des Nations Unies au Darfour.

Dans sa résolution 1633 adoptée le 24 mars, le Conseil de sécurité avait déjà autorisé le déploiement d'une telle force (dépêche du 24.05.06).

Le Conseil de sécurité a notamment demandé que soit dépêchée sue le terrain « une mission d'évaluation technique conjointe de l'UA et de l'ONU dans la semaine » afin d'étudier le déploiement d'une opération de maintien de la paix.

A ce propos, le Conseil prie le Secrétaire général de le saisir, dans la semaine qui suivra le retour de la mission d'évaluation, de « recommandations sur tous les aspects du mandat que l'opération des Nations Unies au Darfour, y compris la structure de la force, les renforts nécessaires, les pays qui pourraient fournir des contingents et le détail des coûts à prévoir ».

En attendant la transition, le Conseil de sécurité demande à l'UA de se concerter avec l'ONU à propos des ressources qu'il faut prévoir pour « donner à la MUAS les moyens de faire appliquer les arrangements de sécurité de l'accord de paix ».

La résolution demande aussi aux parties de « respecter les engagements qu'elles ont pris et de mettre l'accord en application sans retard et invite « les parties qui ne l'ont pas fait à signer l'accord sans attendre ».

Le 5 mai dernier à Abuja, le gouvernement du Soudan et le Mouvement/Armée de libération du Soudan (SLM) ont signé un accord de paix. Deux autres groupes rebelles du Darfour ont refusé de signer. Le conflit qui a démarré en février 2003 a déjà plus de 300.000 morts et provoqué le déplacement de plus de 2 millions de personnes.

Agissant en vertu du chapitre VII de la Charte de l'ONU, le Conseil « entend envisager de prendre (...) des mesures énergiques et efficaces, telles que l'interdiction de voyager et le gel des avoirs, à l'encontre de toute personne ou tout groupe qui contreviendrait à l'accord de paix au Darfour ou tenterait d'en empêcher la mise en oeuvre ».

Le chapitre VII prévoit des « mesures coercitives » en cas de menace à la paix, allant « des sanctions économiques et autres sanctions n'impliquant par l'emploi de la force armée jusqu'à l'intervention militaire internationale ».

A l'issue du vote, les représentants de la Russie , de la Chine et du Qatar ont expliqué leur position.

Le représentant russe a voulu que la référence au chapitre VII ne préjuge pas du mandat de la présence future des Nations Unies au Darfour qui devra tenir compte de tous les facteurs et de la dynamique de la situation.

Le représentant chinois a également fait part de ses réserves quant à la mention du chapitre VII. Il a souligné que ce chapitre n'était évoqué qu'en cas de «menaces à la paix et à la sécurité internationales ou de menaces d'agression», ce qui ne correspond pas à la situation au Darfour. L'approbation de la Chine ne «saurait être considérée comme un précédent pour les futures discussions au Conseil de nouvelles résolutions sur le Soudan».

Tout déploiement d'une mission de l'ONU doit se fonder sur l'accord du gouvernement soudanais. Il s'agit là d'un principe fondamental et d'une condition préalable au déploiement de toute mission de l'ONU, a-t-il ajouté.

Dans une déclaration présidentielle adoptée le 9 mai dernier, le Conseil de sécurité avait déjà demandé au Secrétaire général d'accélérer les mesures pour renforcer la force de l'UA au Darfour et les préparatifs visant à mettre en place une opération des Nations Unies qui la remplacerait (dépêche du 09.05.06).

Dans sa déclaration, le Conseil de sécurité avait aussi appelé le Secrétaire général à convoquer sans retard une conférence des donateurs.

Dans une tribune publiée hier dans le « Financial Times », Kofi Annan a mentionné l'organisation d'une conférence des donateurs « éventuellement à Bruxelles début juin ». « Mais j'en appelle aux donateurs pour qu'ils n'attendent pas jusque-là. Qu'ils se montrent très généreux et qu'ils le fassent tout de suite », a-t-il ajouté.

« Il n'y a pas un jour à perdre », a-t-il insisté.

 

 

Mai 2006

 

Principaux points de l'accord de paix signé le 5 mai 2006

Jeune Afrique, du 14 au 20 mai 2006

Arrangements de sécurité,

Désarmement de toutes les milices armées, y compris les Djandjawids, par le gouvernement soudanais et sous contrôle des observateurs africains. Elles doivent être maintenues dans leurs camps ou au sein de leurs propres communautés, dépouillées de leurs armes lourdes et interdites de circulation près des camps de réfugiés et ceux des rebelles.

Intégration d'un millier d'anciens combattants rebelles dans l'armée, un autre millier dans les services de sécurité, et réinsertion de trois mille autres.

Partage du pouvoir

 

. Les rebelles obtiennent un poste d'assistant spécial du président de la République qui sera le numéro quatre dans la hiérarchie du pouvoir et sera associé à toutes les décisions concernant le Darfour. Cet assistant présidera l'autorité régionale de transition au Darfour. Laquelle couvrira les commissions et les fonds spécialisés qui détiendront le

vrai pouvoir et au sein desquels les rebelles sont largement majoritaires.

Des élections seront organisées dans trois ans sous supervision internationale. Ceux qui les gagnent gouverneront le Darfnur. Un référendum aura lieu un an après pour décider si le Darfour constituera une seule région à la place des trois États actuels. Pendant la transition, un État sur trois aura un gouverneur ex-rebelle, et les deux autres auront des vice­gouverneurs issus de la rébellion.

 

Partage des richesses

Pendant la transition, et en plus des fonds promis par les donateurs internationaux, le gouvernement central de Khartoum versera au Darfour 300 millions de dollars la première année, et 200 millions de dollars pendant chacune des deux années suivantes.

 

Garanties

Les mouvements rebelles ne sont pas tenus de se séparer de leurs armes avant que les milices progouvernementales ne soient désarmées et placées sous contrôle et que les troupes régulières ne retournent dans leurs casernes.

Le rôle de la mission d'observation de l'Union africaine sera renforcé. Ceux qui feront de l'obstruction à l'accord de paix tomberont sous le coup de sanctions prévues par le Conseil de sécurité de l'ONU qui demeurera saisi de la question.

Des garanties bilatérales ont été données; le président Bush a écrit des lettres personnelles aux chefs des mouvements rebelles dans ce sens.

 

 

Mai 2006

Darfour: Kofi Annan espère dépêcher une mission d'évaluation pour le déploiement d'une force

Nations Unies, New York, 16 mai 2006 

 

Se félicitant de la décision de l'Union africaine (UA) de prendre des mesures concrètes pour assurer la transition d'une force de l'UA à une force de l'ONU au Darfour, le Secrétaire général a espéré aujourd'hui pouvoir dépêcher au plus vite une mission d'évaluation pour le déploiement d'une force de maintien de la paix.

«Le Secrétaire général se félicite du communiqué publié, le 15 mai 2006 à Addis-Abeba, à l'issue de la réunion du Conseil de paix et de sécurité de l'Union africaine », indique un message transmis aujourd'hui par son porte-parole.

Il est heureux que «la réunion ait adopté un ordre du jour ambitieux sur le Darfour, une région déchirée par la guerre, lequel met l'accent sur des mesures immédiates pour traiter de la crise».

Il est également heureux de « la décision de la Commission de prendre des mesures concrètes pour assurer la transition de la Mission de l'Union africaine au Soudan (MUAS) à une opération de maintien de la paix des Nations Unies ».

«L'ONU poursuit les préparatifs de cette mission pour qu'elle puisse commencer aussi tôt que possible, conformément à la résolution 1679 du Conseil de sécurité dont le Secrétaire général salue également l'adoption aujourd'hui », ajoute le message.

Le Conseil de sécurité a adopté aujourd'hui une résolution destinée à accélérer le déploiement d'une force des Nations Unies au Darfour qui remplacerait l'actuelle force de l'Union africaine pour faire respecter l'accord de paix signé à Abuja et protéger les populations civiles qui continuent d'être victimes d'atrocités dépêche d'aujourd'hui).

«Les Nations Unies continueront à appuyer la MUAS , y compris (?) dans la période précédant le déploiement d'une opération des Nations Unies », rappelle le message du Secrétaire général.

«Les Nations Unies espèrent également dépêcher, aussitôt que possible, au Darfour une équipe technique d'évaluation conjointe ONU/UA et à cette fin, poursuivent leurs consultations avec le gouvernement d'unité nationale », conclut le message.

 

 

Mai 2006

Darfour: l'ONU somme les parties d'appliquer l'accord de paix d'Abuja

Jeune Afrique, avec AFP,- 16 mai 2006

Le Conseil de sécurité de l'ONU a mis en demeure mardi les parties soudanaises signataires de l'accord de paix d'Abuja sur le Darfour de respecter leur engagement, et sommé les non-signataires de parapher l'accord sans tarder.

Le Conseil a adopté à l'unanimité une résolution, numérotée 1679, dans laquelle il "exprime l'intention d'envisager de prendre des mesures fermes et efficaces (...) contre toute personne ou groupe qui violerait ou tenterait de faire obstacle à l'application de l'accord de paix" d'Abuja.

Le Conseil précise que ces éventuelles mesures répondraient à une requête de l'Union africaine (UA) et étaient déjà prévues dans une résolution précédente, la 1591 de mars 2005.

Cette résolution, rédigée par les Etats-Unis, appelle l'UA à évaluer, "en coordination avec l'ONU et les organisations régionales et internationales", les besoins "pour un renforcement de la Mission de l'UA au Darfour (Amis) afin de lui permettre de faire appliquer les dispositions de sécurité contenues dans l'accord d'Abuja, avec l'intention ultérieure d'un transfert de ces responsabilités à une force de l'ONU".

 

 

Mai 2006

Le Conseil de Sécurité a adopté à l'unanimité une résolution pour le déploiement d'une force de maintien de la paix

Nouvel Observateur, 16 mai 2006

Le Conseil de sécurité a adopté mardi une résolution destinée à accélérer le déploiement d'une force de maintien de la paix au Darfour, dans l'ouest du Soudan.

La résolution, adoptée à l'unanimité, menace également de "mesures fortes et efficaces" -sanctions en langage diplomatique- toute partie qui ne respecterait pas l'accord de paix signé le 5 mai par le gouvernement soudanais et la faction majoritaire du principal groupe rebelle.

Lundi soir, l'Union africaine a repoussé au 31 mai la date limite à laquelle les rebelles du Darfour n'ayant pas signé l'accord de paix avec le gouvernement du Soudan devront l'avoir fait, sous peine sinon d'encourir des sanctions.

L'UE a par ailleurs accepté de laisser une force de l'ONU prendre le relais de ses 7.300 militaires chargés du maintien de la paix dans cette région de l'ouest du Soudan d'ici la fin septembre, voire avant si les Nations unies sont prêtes. "Il est grand temps de prendre des mesures très concrètes pour renforcer" cette présence, a estimé Jan Pronk, envoyé spécial de l'ONU au Soudan.

En ce qui concerne l'accord de paix du 5 mai le ministre nigérian des Affaires étrangères, Olu Adeniji, président de la réunion ministérielle du Conseil de paix et de sécurité de l'UA réunie à Addis Abeba (Ethiopie), a déclaré que la faction minoritaire du principal groupe rebelle, le Mouvement/Armée de libération du Soudan (SLM/A), et le Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM) de Khalil Ibrahim devaient signer d'ici la fin du mois. Sinon l'UA "prendra des mesures, y compris en consultant le Conseil de sécurité des Nations unies".

L'accord a été signé par Khartoum et la principale faction du SLM/A à l'issue de deux ans de médiation de l'UA, sous la pression de la communauté internationale, mais les combats ont continué. Le conflit a fait au moins 180.000 morts et jeté plus de deux millions d'habitants du Darfour sur les routes depuis 2003.

 

 

Mai 2006

 

La signature de la paix entre Khartoum et des rebelles du Darfour fait espérer la fin d'un conflit sanglant

Jeune Afrique, 16 mai 2006

Le document, censé mettre fin à un conflit de trois ans ayant fait des dizaines de milliers de morts et déplacés, a été paraphé le 5 mai par le gouvernement soudanais et la faction majoritaire du Mouvement de libération du Soudan (SLM) de Minni Minnawi, mais il est boudé par la faction minoritaire du SLM et par le Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM).

Le président de la Commission de l'Union africaine (UA) Alpha Oumar Konaré a fixé lundi un ultimatum de 24 heures aux deux groupes rebelles soudanais qui n'ont pas encore signé l'accord de paix du Darfour pour parapher le document.

"Je regrette profondément que deux des dirigeants des parties en conflit, Abdel Wahid Mohammed al-Nour du SLM/A et Khali Ibrahim du JEM, n'aient pas signé l'accord de paix sur le Darfour et je leur lance un appel afin qu'ils apposent au plus vite et sans condition leur signature sur le document avant sa mise en application à compter du 16 mai 2006", a déclaré M. Konaré devant le Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l'UA.

"S'ils devaient entreprendre une quelconque action ou mesure susceptible de saper l'accord de paix sur le Darfour, le CPS devrait prendre les mesures appropriées contre eux, y compris en demandant au Conseil de sécurité des Nations unies d'imposer des sanctions", a-t-il ajouté au siège de l'UA à Addis Abeba.

Un revirement de position de ces groupes reste cependant envisageable, surtout avec l'apparition de dissensions dans leurs rangs. Le jour même de la signature de l'accord, 16 délégués du SLM de M. Nour ont désavoué leur chef, indiquant qu'ils entendaient s'"associer" à ce texte.

Même en cas de ralliement de tous les rebelles, un autre obstacle persiste à une application totale de l'accord de paix. Ce dernier prévoit en effet un désarmement "complet et vérifiable", d'ici la mi-octobre, des Djandjawid, des milices pro-gouvernementales accusées d'exactions contre la population du Darfour.

Le négociateur en chef du gouvernement soudanais, Majzoub al-Khalifa Ahmad, a indiqué que cette mesure devait commencer ce lundi. Selon les termes de l'accord, les Djandjawid seront désarmés "avant que les forces rebelles ne se rassemblent et ne préparent leur propre désarmement et leur démobilisation".

Alors que l'accord a été signé à Abuja (Nigeria), par des responsables soumis à d'intenses pressions internationales, les experts s'accordent à dire qu'une conférence de réconciliation locale rassemblant tous les groupes du Darfour est indispensable pour la suite du processus de paix.

"Il faut accélérer la tenue d'une conférence inter-Darfour pour éliminer les tensions tribales, car le conflit a causé des dissensions dans les liens traditionnels", relève l'analyste politique Mohammad al-Hassan dans le quotidien Al-Ray Alaam.

"Les négociateurs d'Abuja ne représentent pas vraiment la population du Darfour. Leur accord doit donc être un point de départ pour une conférence inter-Darfour rassemblant les leaders présents sur le terrain", estime un autre diplomate occidental.

M. Konaré a en outre appelé le gouvernement soudanais à accepter le déploiement d'une force des Nations unies au Darfour, en remplacement de l'actuelle mission de l'UA (Amis).

L'Onu doit prendre au plus vite la relève de la mission au Darfour de l'Union africaine (UA), a également estimé Kofi Annan, le secrétaire général de l'Onu, dans une tribune publiée lundi par le Financial Times. L'opération de maintien de la paix de l'UA "doit être transformée le plus tôt possible en une opération des Nations unies plus grande, plus mobile et dotée d'un mandat plus fort", demande-t-il.

 

 

Mai 2006

Darfour: l'UA donne 24h aux rebelles pour signer l'accord de paix

Jeune Afrique, 15 mai 2006

 

L'Union africaine (UA) a donné lundi 24 heures aux deux groupes rebelles soudanais récalcitrants pour signer l'accord de paix du Darfour et pressé une nouvelle fois Khartoum d'accepter une force de l'ONU dans cette région de l'ouest du Soudan.

Le Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l'UA s'est réuni à Addis Abeba sur le dossier du Darfour, où l'organisation panafricaine a déployé une force de paix d'environ 7.000 hommes appelée à être remplacée par des troupes onusiennes.

Dans son rapport au CPS, le président de la Commission de l'UA, Alpha Oumar Konaré, a lancé un appel aux deux groupes rebelles non signataires de l'accord de paix du 5 mai "afin qu'ils apposent au plus vite et sans condition leur signature sur le document, avant sa mise en application à compter du 16 mai 2006".

"S'ils devaient entreprendre une quelconque action ou mesure susceptible de saper l'accord de paix sur le Darfour, le CPS devrait prendre les mesures appropriées contre eux, y compris en demandant au Conseil de sécurité des Nations unies d'imposer des sanctions", a-t-il ajouté.

Jusqu'à présent, le Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM) et la faction minoritaire du Mouvement/Armée de libération du Soudan (SLM/A) dirigée par Abdel Wahid Mohammed Al-Nour ont refusé de signer cet accord conclu entre le gouvernement soudanais et la faction majoritaire du principal groupe rebelle, le SLM/A.

Cet accord vise à mettre fin à la guerre civile au Darfour, où environ 300.000 personnes ont été tuées et 2,4 millions déplacées depuis février 2003.

Il prévoit notamment le désarmement des rebelles et milices, le partage plus équitable des richesses et du pouvoir et une plus large autonomie.

Aucune réaction des deux groupes rebelles à l'ultimatum lancé par M. Konaré n'était disponible dans l'immédiat.

Cependant, dans une lettre adressée au président de la Commission de l'UA et datée de dimanche, Abdel Wahid Mohammed Al-Nour, avait jugé que l'accord du 5 mai "avait échoué à répondre à plusieurs demandes du peuple du Darfour": "la compensation adéquate" des personnes qui ont souffert de la guerre, "la participation complète du SLM/A dans les points clés sur la sécurité" et "la question de la représentation politique au niveau de l'Etat et au niveau local".

M. Konaré a en outre appelé Khartoum à accepter une force de l'Onu au Darfour pour remplacer l'actuelle mission de l'UA (Amis).

"Ceci est d'autant plus nécessaire que le mandat actuel de l'Amis expire dans quatre mois et demi et que le temps minimum requis pour que l'Onu puisse travailler à une transition effective est de six mois", a-t-il souligné.

Une demande immédiatement rejetée par le ministre soudanais des Affaires étrangères, Lam Akol, qui a réitéré la position de son pays: "le Soudan a rejeté le transfert aux Nations unies de la mission de l'UA au Darfour. Dans le même temps, le Soudan a réaffirmé sa volonté d'entrer en discussions avec les Nations unies".

"La signature de l'accord de paix sur le Darfour a incontestablement créé une nouvelle réalité sur le terrain qui fait que le transfert à l'Onu de la mission de l'UA n'est plus pertinent", a-t-il encore dit.

Le dialogue de sourds de l'Onu et des autorités soudanaises s'est poursuivi au CPS lundi, où Jan Pronk, le représentant au Soudan du secrétaire général de l'Onu Kofi Annan, a estimé que les "consultations" pour le transfert de la force de paix à l'Onu "devaient commencer aussi rapidement que possible".

D'ici là, M. Konaré a "vivement recommandé une augmentation des effectifs de l'Amis".

Le CPS, qui doit notamment discuter du mandat de l'Amis après la signature de l'accord de paix, se poursuivait lundi en fin de journée

 

Mai 2006

 

Sur la voie du Sud-Soudan

Un accord entre Khartoum et les rebelles a été arraché le 5 mai. La confiance n'est pas pour autant revenue. Trop de questions restent en suspens

 

Jeune Afrique, par Abdelaziz Barrouhi 14 mai 2006 –

 

Les conditions dans lesquelles l'accord de paix au Darfour préparé par les médiateurs de l'Union africaine et soutenu par les États-Unis et l'Union européenne a été signé le 5 mai à Abuja en dit long sur sa fragilité, même si presque tout le monde s'accorde à dire qu'il constitue un premier pas vers la paix.

Il a fallu les pressions des États-Unis, de l'Union européenne, de l'Union africaine (UA) ainsi que du président nigérian Olusegun Obasanjo pour que Minni Minnawi, secrétaire général du principal mouvement rebelle Armée de libération du Soudan (ALS), accepte de le parapher, du bout des doigts. D'ailleurs, tout a failli capoter lorsqu'il a appris que son frère cadet venait d'être tué au Darfour. « Affecté et devenu encore plus suspicieux, raconte un témoin, Minnawi s'est fait réticent alors que nous préparions la cérémonie de paraphe sous la lumière des téléphones portables en raison d'une panne d'électricité. Il a fallu qu'Obasanjo le rabroue en lui disant que son frère ne serait pas mort si la signature avait eu lieu quatre jours plus tôt dans les délais prévus. »

Les deux autres factions rebelles ont, elles, obstinément refusé alors que, de l'avis général, elles ont vu la plupart de leurs demandes satisfaites et la possibilité de conquérir le pouvoir dans des élections démocratiques ouvertes (voir encadré ci-dessous). Il s'agit d'une faction dissidente, qui continue à se réclamer de l'ALS, et du Mouvement pour l'égalité et la justice (MEJ). Ils se trouvent désormais exposés à des sanctions internationales s'ils persistent dans leur obstruction. Militairement moins importantes sur le terrain que la faction de Minnawi, ces deux irréductibles n'en gardent pas moins un pouvoir de nuisance. D'autant qu'ils peuvent faire de l'agit-prop dans les camps de réfugiés, où la compétition politique oppose l'ethnie zagawa de l'ex-professeur d'histoire Minnawi (ALS) à celle des Furs d'Abdelwahed Mohamed el-Nour (dissidents ALS). Sans oublier le MEJ, né d'une nébuleuse créée par Hassan el-Tourabi pour marquer davantage sa défiance vis-à-vis du régime de Khartoum.

L'activisme des deux factions qui ont rejeté l'accord de paix peut gêner le rétablissement de la confiance susceptible de ramener au bercail des centaines de milliers de personnes qui avaient fui l'insécurité depuis le déclenchement de la rébellion en février 2003 pour vivre dans des camps de réfugiés. Or le maintien du cessez-le-feu et le retour des personnes déplacées sont les points centraux de l'accord d'Abuja. Leur remise en cause rend plus difficile la poursuite de la mission d'observateurs de l'UA dont le document d'Abuja prévoit le maintien tout en n'excluant pas que les Nations unies puissent envoyer leurs propres forces sur le terrain.

C'est sur ce dernier point que le débat se corse. Sur proposition de Washington, le Conseil de sécurité de l'ONU a été chargé d'entamer les préparatifs pour l'envoi de Casques bleus onusiens, et George W. Bush a demandé au président Omar el-Béchir de leur ouvrir la porte du Darfour. Ce dernier n'est pas chaud, son opinion publique non plus, qui ne verrait pas d'un bon œil des forces multinationales, déjà à pied d'œuvre au Sud-Soudan depuis l'année dernière, venir renforcer leur présence dans le pays. Cette perspective n'est pas davantage du goût de plusieurs pays africains, qui, en lançant l'UA en 1999, s'étaient juré que les Africains régleraient seuls leurs conflits.

Une polémique pourrait s'engager entre les Américains, qui prétendent que les forces de l'UA n'ont pas été capables de maintenir la sécurité au Darfour, et les chefs militaires du continent, qui rappellent que cette région est aussi vaste que la France , et qu'ils ne disposent que de 6 500 hommes et quelques véhicules légers pour des patrouilles à découvert. Qu'on leur donne au moins 15 000 à 20 000 hommes, des hélicoptères armés et des avions de reconnaissance, des véhicules blindés, deux fois moins d'argent de budget que le milliard de dollars prévu par Washington, et ils pourront faire le travail eux-mêmes.

 

 

Mai 2006

Le chemin de la paix au Darfour semé d'embûches

Jeune Afrique avec l'AFP, 14 mai 2006

 

Si la signature de la paix entre Khartoum et des rebelles du Darfour (ouest) fait espérer la fin d'un conflit sanglant, le chemin pour un règlement durable reste semé d'embuches, estiment des experts.

Déjà, l'accord de paix doit inclure la tribu des Fors, soit 35% de la population du Darfour, explique Hassan Mekki, professeur de sciences politiques à l'Université africaine, à Khartoum.

Or l'un des principaux chefs de cette tribu qui a donné son nom au Darfour (la maison des Fors, en arabe), Abdel Wahid Mohammad Al-Nour, refuse de signer l'accord.

"Les Fors, qui ont été fortement lésés dans le conflit du Darfour, sont frustrés car ils ne font pas partie de l'accord, alors ils veulent faire entendre leur voix au monde", ajoute M. Mekki.

"Si Nour ne monte pas dans le train de la paix, cela signifie qu'une grande partie des Fors en est exclue", estime de son côté un diplomate occidental basé à Khartoum.

Il n'écarte pas une implication de la branche du Mouvement de libération du Soudan (SLM) de M. Nour dans les manifestations violentes qui ont eu lieu dans des camps de déplacés au Darfour depuis la signature de l'accord le 5 mai.

Le document, censé mettre fin à un conflit de trois ans ayant fait des dizaines de milliers de morts et déplacés, a été paraphé par le gouvernement soudanais et la faction majoritaire du SLM de Minni Minnawi, mais il est boudé par celle de M. Nour et par le Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM).Le document, censé mettre fin à un conflit de trois ans ayant fait des dizaines de milliers de morts et déplacés, a été paraphé par le gouvernement soudanais et la faction majoritaire du SLM de Minni Minnawi, mais il est boudé par celle de M. Nour et par le Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM).

Un revirement de position de ces groupes reste cependant envisageable, surtout avec l'apparition de dissensions dans leurs rangs. Le jour même de la signature de l'accord, 16 délégués du SLM de M. Nour ont désavoué leur chef, indiquant qu'ils entendaient s'"associer" à ce texte.

Le 11 mai, le président de la Commission de l'Union africaine Alpha Oumar Konaré a indiqué que le mouvement de Nour "a montré de l'intérêt à se joindre à cet accord".

Même en cas de ralliement de tous les rebelles, un autre obstacle persiste à une application totale de l'accord de paix. Ce dernier prévoit en effet un désarmement "complet et vérifiable", d'ici la mi-octobre, des Djandjawid, des milices pro-gouvernementales accusées d'exactions contre la population du Darfour.

Le négociateur en chef du gouvernement soudanais, Majzoub al-Khalifa Ahmad, a indiqué que cette mesure devait commencer ce lundi. Selon les termes de l'accord, les Djandjawid seront désarmés "avant que les forces rebelles ne se rassemblent et ne préparent leur propre désarmement et leur démobilisation".

"Il faut être naïf pour croire que les Djandjawid vont désarmer avant les autres et que les rebelles vont y croire", note le diplomate, sous le couvert de l'anonymat.

Pour M. Mekki, désarmer les Djandjawid dans une région d'environ 500.000 km2 où les tribus sont traditionnellement armées relève de l'"impossible". "Même une force internationale ne pourra désarmer les Djandjawid, car ils réagiront très mal et nous nous retrouverons avec un scénario à l'irakienne", dit-il.

Quant à la remise des armes des rebelles et leur enrôlement dans les forces gouvernementales, préconisé par l'accord, il s'agit d'une mesure irréaliste, estime-t-il. "Le Darfour compte 500.000 personnes armées, alors que les forces régulières comptent environ 150.000 membres".

Alors que l'accord a été signé à Abuja (Nigeria), par des responsables soumis à d'intenses pressions internationales, les experts s'accordent à dire qu'une conférence de réconciliation locale rassemblant tous les groupes du Darfour est indispensable pour la suite du processus de paix.

"Il faut accélérer la tenue d'une conférence inter-Darfour pour éliminer les tensions tribales, car le conflit a causé des dissensions dans les liens traditionnels", relève l'analyste politique Mohammad al-Hassan dans le quotidien Al-Ray Alaam.

"Les négociateurs d'Abuja ne représentent pas vraiment la population du Darfour. Leur accord doit donc être un point de départ pour une conférence inter-Darfour rassemblant les leaders présents sur le terrain", estime un autre diplomate occidental.

 

Mai 2006

650 000 personnes seraient privées d'aide humanitaire, au Darfour

 

Les Nations Unies examinent l'envoi de casques bleus dans le nord-ouest du Soudan

 

La Croix , Cathereine Rebuffel, 14 mai 2006

Battre le fer pendant qu'il est chaud. Trois jours après la signature d'un accord de paix partiel au Darfour, province occidentale au Darfour, province occidentale du Soudan, les Etats-Unis et l'oNU cherchent à maintenir la pression pour lancer un véritable processus de paix durable. Hier, l'émissaire de l'ONU pour le Soudan, Jan Pronk, était attendu au Darfour afin de tenter de convaincre les groupes réfractaires de se rallier à l'accord de paix, signé vendredi à Abuja entre le gouvernement soudanais et le principal mouvement rebelle (Mouvement de libération du Soudan (SLM). Si le Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM), l'autre mouvement rebelle, et une faction minoritaire de SLM acceptaient de revenir sur leur refus de l'accord obtenu à Abuja, ce pourrait être la fin du cauchemar pour près de trois millions de personnes, victimes de ce conflit qui a fait 300 000 morts en quatre ans.

Avant-hier, à New York, la secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice devait demander au Conseil de sécurité d'adopter un projet de résolution proposant d'accélérer le déploiement de casques bleus au Darfour. Il s'agit en fait de prévoir l'élargissement du mandat de la mission des Nations unies au Soudan (Minus) de 10 000 soldats, actuellement présents dans le sud du payx, à une mission de soutien de l'accord de paix signé vendredi dernier. Les casques bleus seraient notamment chargés de la protection des civils.

Le gouvernement de Khartoum, appelé dans ce texte à coopérer pleinement et à autoriser une équipe technique de l'oNU à se rende sur place pour évaluer les besoins de cette future force, ne s'est pas encore engagé formellement en ce sens, malgré un coup de fils de George Bush à son homologue soudanais Omar Al Béchir, lui demandant « d'exprimer un soutien clair à une force de l'ONU ». Parallèlement, le président américain a annoncé avoir demandé au Congrès une enveloppe budgétaire de 225 millions de dollars (177 millions d'euros) pour financer l'aide alimentaire au Soudan.

Il faut dire que la situation humanitaire au Darfour ne fait qu'empirer depuis plusieurs mois, en raison du regain de violences contre les populations civiles et les ONG qui s'occupent d'elles. La tension a atteint son paroxysme lundi soir, lorsque le secrétaire général adjoint des Nations unies chargé des affaires humanitaires , Jan Engeland a été contraint de fuir le camps de Kalma qui abrite près de 100 000déplacés dans le sud du Darfour. Une rumeur, selon laquelle des membres d'une organisation humanitaire de camp seraient membres des djandjawids, les milices progouvernementales qui sèment la terreur dans la population , aurait déclenché des affrontements qui ont très mal tourné. Le traducteur soudanais de l'Union africaines a été tué dans es heurts.

Selon un rapport de l'ONG Human Rights Watch (HRW) publié lundi au moins 650 000 civils n'ont pas accès à l'aide humanitaire du fait de l'acharnement du gouvernement soudanais contre les organisations humanitaire : harcèlement administratif, détentions arbitraires et restriction aléatoires. De leur côté, les rebelles ne sont pas pas en reste, selon l'ONG qui les dénonce comme les auteurs du pillage des convois de ravitaillement et l'enlèvement de plusieurs travailleurs humanitaires. En outre, HRW signale que les pays donateurs ne respectent pas leurs engagements financiers, contraignant le Programme alimentaire mondiale (PAM) à réduire de moitié ss distributions de vivres.

Mai 2006

Persécution: Le Darfour dans l'indifférence générale

Agence Apic, Genève, 14 mai 2006

Dans l'indifférence quasi générale, la région du Darfour, à l'ouest du Soudan, est déchirée par une guerre civile qui prend des allures de génocide. Des milliers d'Américains, affiliés à des groupes religieux, le rappellent à la communauté internationale.

Afin de montrer l'importance qu'ils attachent à la crise au Darfour, dont l'enjeu a une forte consonance religieuse aux Etats-Unis, des représentants des groupes musulmans, catholiques, juifs, protestants et évangéliques sont venus manifester et prendre la parole devant la foule lors du plus grand de ces rassemblements qui a eu lieu dimanche 30 avril à Washington. Y participaient également des réfugiés du Darfour et des célébrités comme l'acteur et réalisateur George Clooney.

Des rassemblements se sont aussi déroulés à Chicago et à San Francisco. Venant encore renforcer l'importance de ces rassemblements, des pourparlers étaient en cours pour mettre fin à la crise du Darfour dans la capitale nigériane, Abuja, mais le rejet du projet d'accord de paix par les rebelles qui combattent le gouvernement soudanais leur ont porté un sérieux coup, malgré des annonces qui font allusion à une entente possible avec le gouvernement.

La communauté juive était fortement représentée au rassemblement de Washington, certains participants, comme Elie Wiesel, prix Nobel de la Paix , disant qu'ils se sentaient contraints à se mobiliser pour le Darfour à cause de la Shoah : "Au nom de notre humanité, sauvons le Darfour !", a-t-il lancé à la foule ajoutant que la communauté internationale était devenue "indifférente à son sort". Il a, par ailleurs, établi des parallèles entre le Darfour et ce qu'ont connu les Juifs en Europe dans les années 1930 et 1940.

On estime à 180.000 le nombre de morts et à environ 2 millions le nombre de personnes sans abris au Darfour, victimes de ce que certains, dont les Etats-Unis, qualifient d'actes de génocide. Le gouvernement soudanais a rejeté ces accusations en affirmant qu'il n'avait aucun contrôle sur les milices - progouvernementales - dans un pays qui est le plus grand d'Afrique. Selon les informations disponibles, la situation au Darfour se serait considérablement aggravée ces dernières semaines.

 

Mai 2006

 

Turabi fustige l'accord de paix du Darfour signé à Abuja

Jeune Afrique, par Panapress, 14 mai 2006

 

Le leader du Congrès populaire national du Soudan (CNP, opposition), Hassan Abdellah al-Turabi, a fustigé l'accord de paix du Darfour qui n'a pas pris en compte, selon lui, la souffrance des populations du Darfour depuis le régime colonial britannique, la pauvreté, la sécheresse et le pillage des ressources.

Selon toujours le controversé leader politique, les dirigeants du Mouvement pour la libération du Soudan (MLS) ont été contraints de signer l'accord sous peine d'être poursuivis en justice.

"Les pays africains et arabes ont été également mis à contribution pour faire signer ce groupe rebelle", a déclaré Turabi samedi.

Parmi ces pays, il y a la Libye qui menaçait de couper l'assistance aux parties qui refuseraient de signer l'accord.

Il a indiqué que les pressions exercées sur les signataires lui ont été confirmées par certains responsables.

Il a accusé les USA de mettre l'accent sur la position de leurs soldats plutôt que de discuter des véritables maux auxquels les Darfouriens sont confrontés.

Le gouvernement soudanais a signé l'accord de paix de 85 pages avec les rebelles du Mouvement pour la libération du Soudan (MLS) conduit par Minni Arkou Minawi, mais rejeté par l'autre faction rivale.

Le leader de l'autre faction du MLS, Abdelwahed Mohamed al-Nur, a jusqu'ici refusé d'endosser l'accord signé par la faction rivale dirigée par Minawi et le gouvernement soudanais pour mettre un terme à trois ans de bain de sang.

En plus des exigences de M. Minawi, Al-Nur réclame le poste de vice-président pour le Darfour et demande l'introduction de langues indigènes et de dialectes dans le programme scolaire de la région.

Il a adressé une lettre aux médiateurs de l'Union africaine (UA) mercredi dernier pour demander la réouverture des négociations avec le gouvernement de Khartoum, promettant de signer l'accord si ses exigences sont satisfaites.

Un autre groupe rebelle, le Mouvement pour l'Egalité et la justice (MEJ), dirigé par Khalil Ibrahim, a lui aussi dénoncé l'accord, estimant que leurs préoccupations n'ont pas été prises en compte dans le document.

L'accord stipule que les Djandjawids doivent être désarmés d'ici à mi-octobre 2006 sans entrer dans les détails.

Les parties concernées doivent s'accorder sur les aspects techniques, mais il semble que les groupes rebelles ne font pas confiance au gouvernement soudanais et demandent la participation de la communauté internationale.

Pour ce qui est du partage du pouvoir, les rebelles ont déclaré que les postes qui leur sont attribués dans le gouvernement fédéral sont insignifiants.

 

Mai 2006

Condoleezza Rice : le monde doit se mobiliser pour le Darfour

Etats Unis, Département d'Etat, 11 Mai 2006

Le 9 mai, à la demande des États-Unis, les ministres des affaires étrangères du Royaume-Uni, de Russie, de Chine, de France, du Congo, de Tanzanie, de Grèce et d'Autriche, ainsi que de hauts responsables du gouvernement du Danemark, d'Argentine, du Japon et des Pays-Bas se sont joints à la secrétaire d'État, Mme Condoleezza Rice, pour participer à une réunion publique du Conseil de sécurité sur le Darfour.

Il s'agissait de préparer la voie qui conduira à la fin de la dévastation et de la crise humanitaire au Darfour à la suite de la signature, le 5 mai à Abuja (Nigeria), d'un accord de paix par le gouvernement soudanais de Khartoum et le principal groupe rebelle.

Appelant les nations à « saisir cette unique occasion pour rendre l'espoir au peuple du Darfour Mme Rice a expliqué qu'il était extrêmement important que la communauté internationale se mobilise dans les plus brefs délais afin de garantir que l'accord de paix récemment signé entre en vigueur «pour donner la sécurité au peuple du Darfour et qu'il puisse finalement rentrer chez lui».

Selon Mme Rice, le Darfour est une épreuve pour la communauté internationale et les Nations unies. «Le sort tragique des populations du Darfour dérange la conscience de tous les hommes. Mais à elle seule la conscience ne nourrira pas des gens affamés, ne sauvera pas la vie d'innocents ni ne rétablira la paix dans les territoires en crise », a-t-elle fait valoir, ajoutant que le drame humanitaire au Darfour représente un défi non seulement pour l'Afrique ou pour les États-Unis, mais pour la communauté des nations tout entière et qu'il ne faut pas la prendre à la légère.

Mme Rice a exhorté les nations à fournir des vivres au Programme alimentaire mondial (PAM) et demandé au Conseil de sécurité d'approuver rapidement la résolution parrainée par les États-Unis qui devrait accélérer le processus de mise en place au Darfour d'une force solide de maintien de la paix sous l'égide d'un commandement de l'ONU.

«Nous reconnaissons que la force de l'Union africaine a fait un excellent travail, mais sa tâche est désormais plus vaste. L'Union africaine a demandé qu'une nouvelle mission soit mise sur pied. Cette résolution garantirait que nous sommes prêts à honorer cette demande», a dit Mme Rice.

Lors de la réunion du Conseil de sécurité, le secrétaire général de l'ONU, M. Kofi Annan, a demandé aux chefs des factions rebelles de signer l'accord et aux pays de faire tout ce qui est en leur pouvoir pour convaincre ces derniers de choisir la paix plutôt que le conflit pour le bien de leur peuple.

Vu les terribles conditions qui prévalent dans la région, M. Annan a aussi fait remarquer qu'il ne fallait pas «se reposer sur ses lauriers», ajoutant qu'un plan à court terme visant à renforcer la force de l'Union africaine pour qu'elle assure la protection n'était qu'une solution provisoire et qu'il fallait qu'une force de l'ONU plus mobile soit mise en place le plus rapidement possible.

Des émeutes ont éclaté dans le camp de réfugiés de Kalma, au Darfour, et un interprète de l'Union africaine a été tué le 8 mai, quelques heures seulement après que le coordonnateur de l'ONU pour l'aide humanitaire eût quitté ce camp. Les manifestants exigeaient une force de maintien de la paix de l'ONU. Au début du mois de mai, le PAM a dû réduire les rations alimentaires quotidiennes du fait de réserves de plus en plus maigres et du montant insuffisant des contributions.

Les États-Unis ont contribué environ 85 % des quantités de vivres disponibles. Sur les 225 millions de dollars d'aide alimentaire d'urgence pour le Soudan que le président Bush a demandés au Congrès, 150 millions de dollars sont réservés pour le Darfour, a précisé Mme Rice.

Les Pays-Bas ont proposé d'organiser une conférence internationale des donateurs pour le développement et la reconstruction du Darfour dans quelques mois. Les États-Unis assisteront à une telle réunion, a indiqué Mme Rice, recommandant instamment aux autres pays d'y participer également.

M. Annan, pour sa part, a demandé aux pays de ne pas attendre cette conférence pour manifester leur générosité, rappelant qu'il n'y avait pas un jour à perdre.

Les ministres des affaires étrangères ont loué les efforts déployés par l'Union africaine et d'autres pour négocier un accord de paix, notamment le président du Congo et président de l'Union africaine, M. Denis Sassou-Nguesso ; le président de la Commission de l'Union africaine, M. Alpha Oumar Konaré ; le président du Nigeria, M. Olusegun Obasanjo ; le principal négociateur de l'Union africaine, M. Salim Salim, et le secrétaire d'État adjoint des États-Unis, M. Robert Zoellick. Ils ont par ailleurs rendu hommage aux États-Unis et au Royaume-Uni pour leurs généreuses contributions.

 

Mai 2006

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Une ONG témoigne d'"atrocités" au camp de Kalma

Le Monde, Philippe Bernard, 11 mai 2006

Ces gens vivent à la limite de ce qu'un être humain peut tolérer : manque de nourriture, promiscuité, violence des milices janjawid et de l'armée régulière, insuffisance sanitaire... Une véritable bombe humaine." Tel est le camp de Kalma (sud du Darfour), la plus vaste concentration de personnes déplacées du monde - environ 120 000 -, dans la bouche de Jens Mjaugedal, directeur du département international du Conseil norvégien des réfugiés (NRC), l'une des principales organisations non gouvernementales (ONG) opérant au Soudan.

La politique d'intimidation des humanitaires par Khartoum s'est traduite, pour NRC, par trois expulsions de Kalma en vingt mois de présence. L'avant-dernière avait été motivée par l'affaire des caricatures de Mahomet ; la dernière, début avril, n'a donné lieu à aucune explication. L'ONG norvégienne était chargée de la "coordination générale du camp" , autrement dit elle faisait tampon entre les déplacés et les autorités. Son insistance à transmettre les doléances des déplacés, y compris celles mettant en cause les exactions de l'administration, ne lui valait pas que des amis. Elle distribuait aussi la nourriture et scolarisait 16 000 enfants.

Son éviction semble correspondre à une montée de la tension dans le camp : multiplication des agressions et des viols, coups de feu, vols. Les soldats de l'Union africaine (UA) auraient ainsi renoncé à escorter les femmes du camp lorsqu'elles quittent le camp pour chercher le bois indispensable à la cuisine. Trop dangereux.

La signature d'un accord partiel de paix sur le Darfour, le 5 mai à Abuja, au Nigeria, n'a guère apaisé la situation, comme en témoignent les violences qui, lundi, ont contraint Jan Egeland, responsable des affaires humanitaires de l'ONU, à quitter précipitamment Kalma. Les slogans scandés par les déplacés ne visaient pas M. Egeland. Au contraire, ils étaient hostiles au gouvernement soudanais et à l'accord de paix, mais réclamaient l'envoi d'une force internationale. Un malentendu sur la traduction de ces slogans à l'intention des visiteurs onusiens a mis le feu aux poudres, rapportent des humanitaires.

Ces violents incidents rappellent que, outre un dossier diplomatique et militaire, le Darfour constitue une urgence humanitaire avec plus de deux millions de personnes dépendant de l'aide internationale, régulièrement entravée par les autorités.

"Le Soudan a compris que ce n'était pas son intérêt d'avoir des relations antagonistes avec la communauté internationale" , assure aujourd'hui Jens Mjaugedal, apparemment très soucieux d'obtenir que son ONG soit de nouveau agréée, mais sans illusion : "A Kalma, nous retrouverons les mêmes atrocités" .

 

Mai 2006

Washington veut des casques bleus au Darfour

Les Etats-Unis ont déclenché une importante offensive diplomatique dont le but est d'appliquer les accords de paix d'Abuja et mettre un terme aux souffrances des populations de la province du Darfour. Le Conseil de sécurité devra décider de la création d'un force de paix de l'Onu, intégrant des militaires africains

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R.F.I. Actualités, 11 mai 2006

 

La secrétaire d'Etat américaine, Condoleezza Rice a plaidé mardi à New York, devant les ministres de Affaires étrangères des pays membres du Conseil de sécurité, pour l'adoption d'une résolution ferme prévoyant l'envoi de casques bleus pour mettre un terme au « génocide  » dans cette province occidentale du Soudan. Condoleezza Rice a considéré que cette résolution permettra de mettre en application l'accord de paix conclu vendredi à Abuja, entre le gouvernement du Soudan et une des trois factions rebelles du Darfour, le Mouvement/Armée de libération du Soudan (SLM). Il s'agit, selon la secrétaire d'Etat, d'une occasion unique pour faire cesser le « long cauchemar » qui s'est abattu sur les populations de cette province soudanaise.

Selon les estimations de Washington la guerre civile au Darfour a provoqué directement et indirectement près de 200 000 morts et plus de 2 millions de réfugiés, depuis trois ans. Les milices arabes janjawids , appuyées par le gouvernement soudanais, sont accusées de massacres contre les populations de cette province presque désertique, qui se sont révoltées depuis février 2003 contre le pouvoir central accusé de les avoir marginalisées.

 

Force des Nations unies intégrant des troupes africaines

George Bush a déclaré le 8 mai à la Maison Blanche que les Etats-Unis et d'autres gouvernements doivent agir rapidement pour renforcer la sécurité au Darfour : « à court terme les forces de l'Union africaine ont besoin de meilleures capacités. En conséquence, les Etats-Unis sont en train de voir avec leurs alliés de l'OTAN comment apporter une assistance immédiate sur le plan de la planification, de la logistique et du renseignement ». Pour le président américain, « les troupes de l'Union africaine doivent constituer, à long terme, le noyau d'une force militaire plus mobile et plus capable, susceptible de rassembler de meilleurs renseignements et dotée d'un mandat clair de protection des civils  ».

Le Premier ministre conservateur du Canada, Stephen Harper, a évoqué des consultations réalisées avec des gouvernements alliés sur l'aide qui pourrait être fournie aux Nations unies concernant les initiatives de paix au Darfour. Mais Harper n'a pris aucun engagement sur l'éventuel envoi de militaires canadiens : « nous nous attendons à des demandes d'assistance humanitaire. Il ne semble pas actuellement qu'il y ait besoin de troupes occidentales au Soudan  ». 

En attendant la création de cette nouvelle mission de l'Onu, les Etats-Unis proposent d'étendre au Darfour le mandat des quelque 7 000 casques bleus déjà présents dans le Sud du Soudan, dans le cadre du cessez-le-feu conclu entre le gouvernement de Khartoum et les anciens rebelles sudistes, en janvier 2005.

Les autorités soudanaises manifestent des réticences au sujet de l'envoi de troupes de l'Onu dans leur province occidentale. Ainsi le ministre des Affaires étrangères, Lam Akol, a déclaré que cette question était « dépassée », après la signature de l'accord de paix à Abuja. Khartoum aimerait être consulté préalablement  au sujet des besoins d'assistance de forces étrangères.

Le président de la Commission de l'Union africaine, Alpha Oumar Konaré, a demandé mercredi l'application ferme de l'accord de paix d'Abuja : « il n'y a pas de solution militaire au conflit. Les mouvements (rebelles) ne peuvent pas gagner la guerre comme le gouvernement du Soudan ne peut pas régler cette question  ». Konaré a confirmé que l'UA sera présente politiquement et qu'il y aura des soldats africains dans la mission de l'Onu.

 

Malgré Abuja la paix n'est pas garantie

Outre les réticences du gouvernement soudanais, les forces de Nations unies devront faire face à une situation très délicate, voire même dangereuse, étant donné que certains chefs rebelles n'ont toujours pas signé l'accord de paix, notamment le Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM) et une faction du SLM, dirigée par Abdel Al-Nour. Ce qui a amené Kofi Anan à déclarer que le Darfour est un des plus grands défis de l'Onu, car ce territoire est « encore loin d'être en paix ». L'objectif immédiat de l'Onu est celui de garantir la sécurité aux équipes des organisations non gouvernementales humanitaires dans cette province martyrisée, où des centaines de milliers de personnes restent privées de tout, selon un rapport de l'organisation Human Rights Watch publié lundi.

Le Conseil de sécurité a réclamé la tenue d'une conférence des donateurs pour faire face à la crise humanitaire et aider la force africaine au Darfour. Koffi Anan souhaiterait que cette conférence puisse avair lieu à Bruxelles début juin et il a appelé les donateurs à être « très généreux, dès maintenant ».

 

Mai 2006

Washington veut accélérer le déploiement d'une force de l'ONU au Darfour

Le Monde, Philippe Bolopion, 11 mai 2006

La secrétaire d'Etat américaine, Condoleezza Rice, a exhorté, mardi 9 mai, le Conseil de sécurité de l'ONU à adopter une résolution destinée à réagir au "génocide" en cours, selon l'administration américaine, au Darfour. M me Rice a plaidé pour accélérer le déploiement d'une force de maintien de la paix de l'ONU, dans le sillage d'un fragile accord de paix. "Si les principes fondateurs des Nations unies sont plus qu'un simple rêve (...) , alors le Conseil de sécurité doit agir" , a-t-elle déclaré au cours d'une séance solennelle, à laquelle participaient neuf autres ministres des affaires étrangères.

Selon les estimations américaines, les exactions ont fait au Darfour près de 200 000 morts (entre les morts directs du conflit, la famine et les maladies) et plus de 2 millions de réfugiés. "J'ai visité le Darfour, j'ai vu des souffrances indicibles" , a aussi affirmé Condoleezza Rice, évoquant un "long cauchemar" . Ses propos faisaient écho à ceux du président Bush, la veille, à la Maison Blanche , qui promettait d' "appeler le génocide par le nom qu'il mérite" et de "défendre les innocents jusqu'à ce que la paix du Darfour soit assurée" . George Bush a aussi dénoncé les janjawids , des milices armées par le gouvernement soudanais qui ont "assassiné des hommes, violé des femmes et battu des enfants à mort" dans les tribus soupçonnées de défendre les rebelles.

 

Aide logistique

Le président américain, dont l'initiative intervient après un regain de mobilisation aux Etats-Unis, a par ailleurs annoncé l'envoi à Port Soudan de 5 navires chargés de nourriture et a demandé au Congrès d'autoriser une aide d'urgence de 225 millions de dollars (près de 190 millions d'euros), qui devrait, selon lui, permettre au Programme alimentaire mondial (PAM) de restaurer les rations alimentaires qu'il a dû diviser par deux, faute de fonds. "J'appelle toutes les nations à faire leur part pour aider le PAM" , a déclaré mardi Condoleezza Rice.

"Sans aide immédiate (...) , des centaines de milliers de personnes mourront" a pour sa part prévenu Kofi Annan. Le secrétaire général de l'ONU a lui-même reversé aux fonds des Nations unies pour le Darfour un prix de 500 000 dollars qu'il avait reçu pour récompenser ses efforts en faveur de l'environnement, et qu'il comptait initialement conserver pour créer une fondation - une décision qui lui avait valu des critiques.

La rencontre au Conseil de sécurité avait été organisée, à l'initiative du président américain George Bush, quatre jours après la difficile signature d'un accord de paix entre le gouvernement soudanais et une partie des rebelles, à Abuja, au Nigeria. La délégation américaine avait fait circuler, lundi, un projet de résolution destiné à accélérer le déploiement d'une force onusienne, qui absorberait une partie des 7 000 hommes de l'Union africaine (UA), dont les efforts n'ont pas permis de mettre un terme aux exactions.

En attendant la nouvelle force, le texte américain propose d'étendre au Darfour le mandat des 7 000 casques bleus déjà déployés pour mettre en oeuvre l'accord de paix nord-sud, conclu après 22 ans de guerre civile.

Le projet presse le gouvernement soudanais d'accepter la venue de missions exploratoires de l'UA, l'ONU et l'OTAN, qui pourrait apporter une aide logistique. L'ONU s'est pour l'instant refusée à évaluer les effectifs de la nouvelle mission mais, selon des sources diplomatiques, elle devrait comprendre de 14 000 à 20 000 hommes, ce qui ferait du Soudan la plus importante mission de maintien de la paix de l'ONU.

L'initiative américaine semblait, mardi, bénéficier d'un assez large soutien au Conseil de sécurité, et les pressions se multipliaient sur Khartoum pour accepter officiellement le passage de relais de l'Union africaine à l'ONU.

Le chef de la diplomatie soudanaise, Lam Akol, a toutefois estimé, mardi soir, que l'envoi de troupes onusiennes au Darfour était une question "dépassée" après la signature d'un accord de paix à Abuja, tout en s'affirmant "prêt à dialoguer (...) si l'ONU veut jouer un rôle autre" qu'humanitaire.

 

Mai 2006

Soudan : le volontarisme de Washington

L'Observateur Maroc, Dominique Lagarde, 10 mai 2006

L'accord de paix signé au début du mois à Abuja par le gouvernement soudanais et la faction majoritaire du principal groupe rebelle du Darfour, le Mouvement de libération du Soudan, va-t-il enfin mettre un terme à un conflit qui a fait en 3 ans quelques 300 000 morts et laissé 2,4 millions de personnes sans abri ? Les autorités de Khartoum se sont notamment engagées à désarmer à partir du 15 mai les milices pro-gouvernementales djandjawid responsables d'un véritable nettoyage ethnique dans cette région de l'ouest soudanais. Mais ces dernières avaient déjà dans le passé pris un engagement identique, sans le tenir… D'autre part, la défection de deux groupes rebelles, qui ont refusé de singé l'accord n'augure rien de bon.

Beaucoup dépendra en réalité de l'engagement de la communauté internationale, et notamment du point de savoir si les Etats-Unis obtiendront, comme ils l'espèrent, des Soudanais qu'ils acceptent l'envoi sur place d'une force de l'Onu soutenue par l'Otan pour remplacé le contingent de l'Union africaine, totalement dépassé et sans moyens. Jusqu'ici, Khartoum s'était opposé à l'envoi de forces non africaines mais les dernières déclarations du porte parole du ministre des affaires étrangères soudanais permettent d'espérer une évolution. « Le gouvernement, a-t-il indiqué, va évaluer s'il a besoin ou non de l'assistance de forces étrangères et pourrait décider de demander le déploiement de l'Onu ». Le président américain Georges Bush a aussitôt annoncé le dépôt d'un projet de résolution au Conseil de sécurité de l'Onu. En attendant, l'Otan pourrait apporter une aide aux forces africaines qui sont actuellement sur place afin de renforcer leur efficacité.

Cette fois, en tous cas, les Etats-Unis paraissent déterminés à s'engager. L'accord d'Abuja a été littéralement arraché par le secrétaire d'Etat adjoint américain Robert Zoellick. Sans doute le risque d'extension du conflit au Tchad, où les Américains ont des intérêts pétroliers, explique-t-il en partie cet engagement. Mais la principale raison est ailleurs : le Darfour est devenu, aux Etats-Unis, un enjeu de politique intérieure du fait de la mobilisation de plusieurs personnalités du monde du spectacle et des médias. L'acteur américain George Clooney était allé filmer, en 2005, les camps de déplacés. Et, le 4 mai dernier, un épisode spécial de la série Urgences a été diffusé sur la chaîne de télévision NBC. Ce qui a quadruplé, en un soir, le temps d'antenne consacré cette année au Darfour par les trois grandes chaînes nationales américaines. Un peu plus tôt, le 30 avril, 15000 marcheurs avaient défilé dans les rues de Washington pour dénoncer l'inaction américaine et les risques d'un « nouveau Rwanda ». Les autorités américaines, qui avaient dès 2004 parlé de « génocide » pour qualifier la situation au Darfour, se devaient de réagir face à l'émotion exprimée.

Aussi déterminé soit-il, Georges Bush entend cependant agir sans se couper du gouvernement de Khartoum qu'il a d'ailleurs chaudement félicité après la signature de l'accord d'Abuja. Washington. La lutte contre le terrorisme reste en effet une priorité pour les Etats Unis et le Soudan est un allié.

Mai 2006

Khartoum hésite à accepter des casques bleus

Le Monde avec l'AFP, 11 mai 2006

  Le déploiement, au Darfour, des casques bleus de l'ONU restait à concrétiser, mardi 9 mai, quatre jours après la signature, à Abuja (Nigeria), d'un accord de paix entre le pouvoir central de Khartoum et une faction rebelle. La secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice devait demander mardi au Conseil de sécurité de l'ONU d'adopter un projet de résolution visant à hâter le déploiement d'une force de maintien de la paix.

Cette insistance américaine vise à répondre aux hésitations du gouvernement soudanais, qui n'a pas encore formellement accepté l'arrivée des casques bleus pour remplacer les soldats de l'Union africaine, impuissants à faire respecter le cessez-le-feu.

Le ministre des affaires étrangères soudanais a seulement indiqué, dimanche à Khartoum, que "le gouvernement (allait) évaluer s'il avait besoin ou non de l'assistance de forces étrangères, et pourrait décider de demander le déploiement (d'une force) de l'ONU" au Darfour. Mais, lundi à Rabat, Salah Eddine Ghazi, un conseiller du président soudanais, a tempéré ces propos en affirmant qu'il n'exist

ait "aucune justification politique ou base juridique" pour une telle intervention.

Ces tergiversations interviennent alors que la tension demeure vive au Darfour. Violemment pris à partie lundi, dans le camp de réfugiés de Kalma, Jan Egeland, le secrétaire général adjoint des Nations unies chargé des affaires humanitaires, a été contraint de fuir. Un traducteur soudanais de l'Union africaine a été tué et plusieurs personnes blessées lors des heurts.

Mai 2006

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Le Darfour est un des plus grands défis de l'ONU, affirme Kofi Annan

Nation Unies, New York, 9 mai 2006 

 

La protection des populations du Darfour et la mise en oeuvre de l'Accord d'Abuja sera un des plus grands défis posés à l'Organisation depuis la Somalie , le Rwanda et la Bosnie , a estimé Kofi Annan devant le Conseil de sécurité où il a appelé les donateurs à agir immédiatement.

S'il a félicité aujourd'hui le gouvernement du Soudan et le groupe rebelle qui a signé l'accord d'Abuja vendredi dernier

Lle Secrétaire général a rappelé que « le Darfour était  encore loin d'être en paix ».

Le Secrétaire général s'exprimait lors d'une réunion du Conseil de sécurité rassemblé au niveau ministériel pour une séance sur le Soudan.

Tout d'abord, « certains chefs rebelles n'ont toujours pas signé l'Accord », a souligné Kofi Annan, estimant que si la tragédie se poursuit, « l'histoire les jugera sévèrement ».

S'agissant du renforcement de la Mission de l'Union africaine au Soudan (MUAS), le Secrétaire général a indiqué que le Département des opérations de maintien de la paix de l'ONU avait déjà envoyé du personnel dans la région et que d'autres experts  partiraient dans les prochains jours.

Le renforcement de la MUAS devra se faire lors d'une « conférence des donateurs, probablement à Bruxelles, début juin », a dit le Secrétaire général, qui a appelé les donateurs à ne pas attendre la conférence pour « être très généreux ».

Quant à la future opération des Nations Unies au Darfour, « elle devra être bien plus importante que l'actuelle MUAS », a affirmé le Secrétaire général.

Kofi Annan a indiqué avoir écrit au président Bashir du Soudan pour lui demander son appui à l'équipe technique d'évaluation qui sera dépêchée sur le terrain.

Par ailleurs, le porte-parole du Secrétaire général a annoncé aujourd'hui que le Représentant spécial du Secrétaire général pour le Soudan, Jan Pronk, rencontrera demain des chefs tribaux du Nord Darfour, afin de poursuivre ses efforts visant à parvenir à une paix globale dans la région.

Jan Pronk doit aussi rencontrer le Wali (gouverneur) du Nord Darfour, avant de prendre l'avion pour le Sud Darfour où il aura des entretiens similaires, a dit le porte-parole.

«Le Représentant spécial a récemment signé l'Accord d'Abuja au nom de l'ONU et ses consultations visent à convaincre les divers acteurs au Darfour à soutenir l'accord de paix ».

En visite également au Darfour

Jan Egeland, Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d'urgence de l'ONU a appelé le gouvernement du Soudan à retirer une loi de nature à entraver l'activité des organisations non gouvernementales humanitaires.

Jan Egeland quittera demain pour le Tchad, où il visitera le camp de réfugiés de Djabal, à Goz Beida et où il rencontrera le gouverneur de Ouaddai.

 

Mai 2006

 

L'ennemi tchadien

Jeune Afrique, par Christophe Boisbouvier, 9 mai 2006

À cause du conflit au Darfour, plus rien ne va entre le chef de l'État soudanais et son homologue Idriss Déby Itno, qu'il a pourtant aidé à prendre le pouvoir à N'Djamena en 1990.

 

«El-Béchir traître », « el-Béchir sanguinaire », a scandé Idriss Déby Itno à chacun de ses meetings électoraux. Le président candidat manquait de challengeur pour la présidentielle du 3 mai. Il s'est trouvé un vrai adversaire au Soudan. Pour l'heure, Khartoum réagit avec flegme : « Le Soudan n'a rien à voir avec les combats tchado-tchadiens du mois dernier. » Mais les relations entre les deux pays sont rompues depuis le 14 avril. Qu'il est loin le temps où le jeune putschiste Omar el-Béchir aidait le colonel Déby à prendre le pouvoir, en 1990. Qu'il est incongru, aujourd'hui, le projet d'une autoroute Khartoum-N'Djamena lancé par les deux hommes en 1998. L'amitié a duré treize ans. Elle n'a pas résisté à la guerre civile au Darfour.

Celle-ci aurait pu épargner le Tchad. En 1992, une première révolte des Fours est violemment réprimée par le régime d'Omar el-Béchir sans que le conflit déborde au Tchad. Mais la nouveauté, en 2003, c'est que les Zaghawas du Darfour s'allient aux Fours contre le pouvoir de Khartoum. Or ces rebelles zaghawas ont de puissants cousins au Tchad. Depuis 1990, ils sont au pouvoir à N'Djamena. Dès le début des hostilités, des membres de la garde présidentielle tchadienne passent au Soudan, sans doute à l'insu de Déby Itno. Il est vrai que cette frontière a toujours été une passoire.

Autre source de conflit entre les deux pays : les Djandjawids. Dès 2003, le gouvernement soudanais utilise ces milices arabes à cheval pour réprimer l'insurrection au Darfour. Or de nombreux membres de ces milices sont en réalité des Arabes tchadiens. Ils ont été chassés de leurs terres par les Zaghawas du Tchad et se sont réfugiés au Darfour. Pour eux, l'occasion de revanche est trop belle.

Jusqu'en mai 2004, Idriss Déby Itno réussit à rester au-dessus de la mêlée et à se poser comme médiateur. Mais à cette date, il échappe de justesse à un complot ourdi par des officiers de son propre clan. Curieusement, il ne fait arrêter personne. Signe qu'il négocie. Désormais, il sera moins regardant sur les hommes de sa garde qui ouvrent leurs entrepôts d'armes et de munitions aux rebelles du Darfour. C'est d'ailleurs au même moment que commencent à s'estomper les critiques de ces rebelles zaghawas contre « Déby l'ingrat qui a oublié ce qu'on a fait pour lui en 1990 ».

Premier avertissement de Khartoum : les incursions de Djandjawids en territoire tchadien se multiplient. Puis, en 2005, le régime soudanais passe à la vitesse supérieure. Il décide de structurer et d'appuyer massivement la rébellion anti-Déby Itno qui sommeille sur son territoire depuis une dizaine d'années. Est-ce pour renverser Déby Itno ? Est-ce plutôt pour se servir de ces rebelles comme monnaie d'échange avec ceux que N'Djamena soutient dans le Darfour ? En tout cas, la manœuvre est vieille comme le Tchad. C'est à Nyala, au Sud-Darfour, que le Frolinat (Front de libération nationale du Tchad) a été créé… en 1966. Cette fois-ci, la base arrière est à El-Geneina, au Darfour occidental. À la tête du tout nouveau FUC (Front uni pour le changement démocratique), les Soudanais imposent leur homme de confiance, l'ancien capitaine tchadien Mahamat Nour. Comme beaucoup de Tamas de l'est du Tchad, il souffre du voisinage de la très puissante communauté zaghawa. Qui plus est, il a prêté main-forte aux Djandjawids.

Le 18 décembre dernier, le Soudan lâche les rebelles tchadiens sur la ville frontière d'Adré. Il ne choisit pas cette date au hasard. Le clan Déby Itno vient d'être affaibli par la défection des frères Erdimi. L'offensive peut réussir... Mais elle échoue. Le Tchad se déclare désormais « en état de belligérance » avec le Soudan. Et Idriss Déby Itno met en action un « contre-rebelle ». C'est le Zaghawa soudanais Mini Arko Minawi, chef de la principale tendance du MLS (Mouvement de libération du Soudan). Celui-ci participe à la bataille d'Adré contre Mahamat Nour. La suite est connue. Réconciliation de façade entre Béchir et Déby Itno le 8 février à Tripoli. Reprise des hostilités le 30 mars. Défaite in extremis des rebelles tchadiens aux portes de N'Djamena le 13 avril.

La rupture entre les frères ennemis est-elle définitive ? Pas sûr. Le président soudanais est un maître du double jeu. Le 21 mars, quelques jours avant le lancement de l'offensive rebelle sur N'Djamena, il a offert un droit de passage à l'armée tchadienne pour lui permettre de prendre à revers les rebelles zaghawas des frères Erdimi à Hadjer Marfaïn. Il est vrai que, aux yeux de Khartoum, ce ne sont pas les « bons » rebelles tchadiens. Le chef de l'État tchadien n'est pas moins pragmatique. Si une paix durable est signée au Darfour, Khartoum et N'Djamena n'hésiteront pas à sacrifier leurs alliés respectifs, Mahamat Nour et Mini Arko Minawi. Il reste que les deux régimes ne sont pas dans la même situation. Mahamat Nour peut atteindre N'Djamena. On voit mal Mini Arko Minawi marcher sur Khartoum. Surtout, après seize ans de règne, Idriss Déby Itno n'est pas seulement confronté à une rébellion au service du Soudan. Loin de là.

 

Mai 2006

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Darfour: appels aux rebelles pour signer l'accord de paix, heurts dans un camp

Jeune Afrique avec l'AFP, 9 mai 2006

Les Etats-Unis ont fait circuler lundi à l'Onu un projet de résolution pour accélérer le déploiement de Casques bleus au Darfour, tandis que l'Union européenne, l'Union africaine et le Soudan appelaient tous les rebelles à signer l'accord de paix d'Abuja.

En dépit de cet accord de paix signé vendredi entre le gouvernement soudanais et le principal groupe rebelle, des heurts se sont produits dans un camp de réfugiés, provoquant la mort d'un traducteur et l'évacuation du haut représentant de l'Onu, Jan Egeland.

Dimanche, à Khartoum, le ministère des Affaires étrangères soudanais avait indiqué que "le gouvernement (allait) évaluer s'il avait besoin ou non de l'assistance de forces étrangères et pourrait décider de demander le déploiement (d'une force) de l'Onu" au Darfour.

Fort de cette volte-face du Soudan qui n'exclut plus le déploiement de l'Onu au Darfour pour remplacer les soldats de l'Union africaine (UA), le président américain George W. Bush a annoncé lundi un projet de résolution à l'Onu. La secrétaire d'Etat Condoleezza Rice devait demander dès mardi au Conseil de sécurité de l'adopter pour "accélérer" le déploiement de Casques bleus au Darfour.

M. Bush a précisé qu'il avait appelé le président soudanais Omar al-Béchir, "pour le féliciter pour son travail pour l'accord (de paix) et demander à (son) gouvernement d'exprimer un soutien clair à une force de l'Onu". Selon des responsables américains toutefois, le gouvernement du Soudan ne s'est pas encore engagé de manière formelle dans ce sens.

A Rabat, un conseiller du président soudanais a souligné qu'il n'existait "aucune justification politique" pour que les Etats-Unis ou l'Onu interviennent dans l'affaire du Darfour. "Il n'y a aucune justification politique ou base juridique" pour une telle intervention, a dit ce conseiller, Salah Eddine Ghazi.

Le projet de résolution appelle Khartoum à coopérer pleinement et à autoriser une équipe technique de l'Onu à se rendre sur place pour évaluer les besoins d'une future force de l'Onu au Darfour.

Washington, qui accuse Khartoum et les milices arabes pro-gouvernementales djandjawid de génocide contre la population locale du Darfour, avait pesé de tout son poids pour arracher l'accord de paix, avec l'espoir que cela ouvrirait la voie au déploiement d'une force de l'Onu pour remplacer celle de l'UA.

L'accord de paix d'Abuja sur le Darfour a été signé entre le gouvernement soudanais et la faction majoritaire du principal groupe rebelle au Darfour, le Mouvement/Armée de libération du Soudan (SLM), pour mettre fin à une guerre civile qui a déchiré cette province de l'ouest du Soudan pendant trois ans.

Le Soudan doit commencer le 15 mai le désarmement des milices djandjawid, accusées d'exactions contre la population du Darfour, en application de l'accord de paix, selon un responsable soudanais.

L'autre rébellion, le Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM), a refusé l'accord, de même que la faction minoritaire du SLM dirigée par Abdel Wahid Mohammed Al-Nour.

L'Union européenne, l'Union africaine et le Soudan ont appelé à Vienne tous les rebelles à signer l'accord d'Abuja, estimant qu'il "ouvre la voie à une amélioration rapide de la situation humanitaire et sécuritaire sur le terrain, permettant (...) la restauration d'une paix et d'une réconcilation durables dans la région".

Le secrétaire général adjoint des Nations unies chargé des Affaires humanitaires, Jan Egeland, attendu à Khartoum pour plaider en faveur du déploiement d'une force de l'Onu au Darfour, a été contraint lundi de fuir un camp de réfugiés lors de heurts. Au cours des affrontements, un traducteur a été tué et plusieurs personnes ont été blessées.

Depuis trois ans, les combats dans cette région de l'ouest du Soudan ont fait jusqu'à 300.000 morts et plus de 2,4 millions de personnes déplacées ou réfugiées.

 

Mai 2006

Espoir au Darfour

Editorial du Monde, 9 mai 2006

Il est trop tôt pour dire si l'accord de paix partiel sur le Darfour, signé le 5 mai à Abuja (Nigeria), ramènera un semblant de calme dans cette vaste région négligée de l'Ouest soudanais ravagée depuis 2003 par l'un des conflits les plus violents de la planète, avec ses 180 000 morts et ses 2 millions de personnes déplacées.

Le texte n'a été paraphé que par les représentants de l'une des trois tendances rebelles qui réclament une meilleure répartition des richesses et luttent contre le nettoyage ethnique pratiqué par les milices arabes soutenues par le pouvoir de Khartoum. Il risque donc d'avoir un impact limité sur le terrain. D'autant que les milices janjawids en cause, non représentées aux négociations d'Abuja, ne se sentiront pas nécessairement liées par la signature du gouvernement soudanais.

Il reste que la conclusion de l'accord, au terme d'un marathon de cinq jours mené par le secrétaire d'Etat adjoint américain Robert Zoellick, là où vingt mois de négociations sous l'égide de l'Union africaine (UA) n'avaient mené à rien, témoigne d'un succès, même relatif, du volontarisme américain pour le Darfour.

Les Américains, embourbés en Irak et qui ont qualifié la situation au Darfour de "génocide" , ne peuvent pas se permettre d'être tenus pour responsables d'un nouveau scandale humanitaire. Les 15 000 marcheurs de la manifestation "Sauver le Darfour" à Washington, le 30 avril, la mobilisation hétéroclite de certains pans de la société américaine contre un "nouveau Rwanda" obligeaient l'administration Bush à obtenir rapidement un résultat affichable.

Après des mois d'atermoiements sans doute liés à la volonté de Washington de préserver le Soudan, partenaire dans la lutte contre le terrorisme, l'Amérique a montré qu'elle pouvait peser concrètement dans le sens de la paix. La crainte d'une contagion de la violence, concrétisée par les tentatives de déstabilisation du Tchad, où les Etats-Unis possèdent des intérêts pétroliers, a sans doute compté. L'accord d'Abuja a déjà produit un effet positif : Khartoum n'exclut plus le déploiement d'une force de l'ONU pour remplacer les soldats de l'UA impuissants à faire respecter le cessez-le-feu.

Mais la dynamique créée par l'accord pourrait n'être qu'un feu de paille si la communauté internationale le considérait comme une fin en soi. Si les pays riches venaient à oublier que les organisations humanitaires chargées de la survie des Darfouriens et prises en tenaille entre les intimidations de Khartoum et le pillage par les rebelles ont besoin d'un soutien actif. Déjà, le Programme alimentaire mondial s'est vu contraint de réduire de moitié ses rations faute de financement suffisant. Seule une mobilisation de longue haleine peut permettre de transformer l'espoir né à Abuja en perspective de paix concrète pour le Darfour.

 

Mai 2006

L'UA demande le soutien des casques bleus de l'ONU pour le maintien de la paix dans le Darfour

IRIN, Abuja, 9 mai 2006

Le commandant en chef des forces de la Mission de l'union africaine au Soudan (MUAS) a sollicité le déploiement rapide d'un important contingent de casques bleus de l'ONU dans la région instable du Darfour pour aider à la mise en œuvre de l'accord de paix signé la semaine dernière à Abuja, la capitale fédérale du Nigeria.

Cet accord historique, conclu entre la faction majoritaire d'un des trois groupes rebelles du Darfour et le gouvernement de Khartoum, en guerre depuis près de trois ans, prévoit le désarmement des rebelles et des milices Janjawid.

Mais compte tenu de l'insuffisance des troupes – moins de 7 000 hommes - de la MUAS déployées actuellement dans la région, le Major général Collins Ihekire a indiqué qu'un renforcement des effectifs militaires était nécessaire.

« Il y a 15 000 casques bleus au Liberia, alors que le Darfour est trois fois plus grand que ce pays – c'est pour cette raison que nous demandons à la Communauté internationale de tenir compte de cet aspect.

« Il faut renforcer les effectifs actuels en envoyant des forces de l'ONU. Désormais, la sécurité dans le Darfour est notre priorité à tous », a-t-il déclaré devant un groupe de journalistes.

La MUAS sera chargée du désarmement, du cantonnement et de la démobilisation des combattants rebelles. Quant aux milices Janjawid, elles seront désarmées par le gouvernement soudanais.

Après de longues séances de négociations menées la semaine dernière a Abuja, et après les concessions faites par Khartoum, la faction majoritaire du Mouvement/Armée de libération du Soudan (SLM/A), dirigée par Minni Minnawi, a cédé à la pression internationale et a accepté de signer, malgré quelques réserves, l'accord de paix censé mettre fin au conflit du Darfour. Toutefois, les deux autres factions du mouvement ont rejeté cet accord, exigeant plus de concessions de la part de Khartoum.

 

« Signez maintenant et laissez une chance à la paix », a lancé le Major général Ihekire à la faction rivale du Mouvement/Armée de libération du Soudan (SLM/A) dirigée par Abdul Wahid Mohamed el-Nur – membre de la plus grande tribu du Darfour, les Fur, un acteur incontournable dans la crise – et à la faction minoritaire, le Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM).

Selon la médiation de l'Union Africaine (UA), les deux factions rebelles ont jusqu'au 15 mai pour signer l'accord de paix obtenu après plus de deux ans de négociations à Abuja.

Lors de la cérémonie de signature, le Président nigérian Olusegun Obasanjo, dont le rôle a été déterminant dans les négociations, a exhorté les autres factions à revoir leurs positions.

« Nous poursuivrons les discussions avec ceux qui ont refusé de signer l'accord aujourd'hui pour comprendre la raison pour laquelle ils doivent consulter leurs populations avant de le signer ».

Quant aux conséquences éventuelles du refus des deux factions sur l'application de l'accord de paix, le Général Ihekire a déclaré: « Nous avons à l'œil tous ceux qui veulent la guerre et la poursuite des combats [et] nous accueillons favorablement la proposition d'envoyer des casques bleus de l'ONU car nous souhaitons le concours de toute la Communauté internationale ».

Jan Egeland, Secrétaire général adjoint chargé des Affaires humanitaires était en tournée dans la région le week-end dernier. Il a appelé au renforcement des forces africaines de maintien de la paix avant l'envoi d'une mission de l'ONU dans le Darfour, où les conditions de vie des déplacés se sont considérablement dégradées en raison de l'escalade de la violence.

« Un renforcement des forces de l'Union africaine est nécessaire pendant la période intérimaire », a déclaré M. Egeland, après avoir visité Gereida, une localité du Sud Darfour.

Le 10 mars dernier, l'UA avait prorogé le mandat de la MUAS jusqu'au 30 septembre, date à laquelle elle transférera le commandement des opérations à l'ONU. Toutefois, le gouvernement soudanais s'est opposé jusqu'ici au déploiement des casques bleus de l'ONU sur son territoire.

Selon les estimations de l'ONU, la crise du Darfour a touché près de 3,6 millions de personnes, dont 1,8 millions déplacés internes et quelque 200 000 soudanais, partis se réfugier au Tchad voisin. En outre, les combats entre l'armée soudanaise et les mouvements rebelles ont fait plus de 200 000 morts.

La signature vendredi de l'accord de paix d'Abuja, qui implique l'entrée en vigueur d'un nouveau cessez-le-feu, a connu un important rebondissement lorsqu'un groupe dissident de la faction minoritaire du SLM/A dirigée par el-Nur a choisi de rejoindre le camp de la paix. Ce groupe était dirigé par Abdulrahman Musa.

Le Président Obasanjo a qualifié la signature de l'accord de paix de « moment décisif » avant de déclarer: « C'est le triomphe d'une Afrique qui remplit son devoir, avec le soutien de la Communauté internationale ».

Mais, a-t-il ajouté, « sans une certaine ouverture d'esprit, une attitude positive et une bonne volonté, cet accord de paix ne vaudra pas plus que le document sur lequel il a été rédigé ».

 

Mai 2006

Jean Ziegler appelle les Etats Membres à financer le programme humanitaire de l'ONU

Nations Unies New York 9 mai 2006

Se déclarant «profondément préoccupé » par les réductions drastiques sur les rations alimentaires imposées à des millions de Soudanais à partir du mois de mai, le rapporteur spécial des Nations Unies sur le droit à l'alimentation, Jean Ziegler, a appelé aujourd'hui les Etats Membres à financer l'appel humanitaire de l'ONU.

« Des millions de personnes dans la région du Darfour et de l'Est du Soudan, déjà vulnérable en raison de l'insécurité et des déplacements, recevront désormais des rations quotidiennes de 1.050 kilocalories, ce qui est moins de la moitié du minimum quotidien requis de 2.100 kilocalories par personne », indique un communiqué publié aujourd'hui à Genève par le Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme ( HCDH ).

«C'est insuffisant pour se maintenir en bonne santé », précise le communiqué.

Le Programme alimentaire mondial (PAM) avait annoncé à la fin du mois d'avril qu'il était forcé de réduire drastiquement les rations alimentaires au mois de mai ( dépêche du 28.04.06).

L'agence des Nations Unies espérait ainsi que les stocks actuels pourraient durer plus longtemps durant la « saison de la faim », « c'est-à-dire la période entre juillet et septembre où les besoins sont les plus aigus en attendant la prochaine récolte ».

«Malgré les appels répétés aux donateurs, le PAM n'a reçu que 238 millions de dollars, soit 32% des 746 millions de dollars dont il a besoin », rappelle le communiqué du HCDH.

Le Rapporteur spécial a rappelé qu'aux termes du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels , les Etats parties ont l'obligation de répondre rapidement et de manière appropriée aux situations d'urgence humanitaire sur le territoire d'un Etat Membre des Nations Unies.

Jean Ziegler a en conséquence « requis des Etats Membres qu'ils remplissent immédiatement leurs obligations juridiques et qu'ils garantissent la mise en ?uvre du droit à l'alimentation des populations du Soudan, en étroite collaboration avec les autorités du pays ».

Le Représentant spécial a par ailleurs « appelé le gouvernement du Soudan à régler le problème de l'insécurité alimentaire à long terme dans le pays, en coopération avec les Nations Unies ».

 

Mai 2006

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Le business avant le génocide

Afrique Centrale, 9 mai 2006

La Chine a refusé mardi de se prononcer sur le projet de résolution américaine présenté à l'Onu par Washington pour accélérer le déploiement de Casques bleus au Darfour (ouest du Soudan) après la signature d'un accord de paix.

Interrogé sur cette initiative des Etats-Unis lors du point de presse régulier, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères Liu Jianchao n'a pas répondu directement, exprimant simplement la volonté de son pays de travailler en faveur de la paix dans cette province de l'ouest du Soudan dévastée par plus de trois ans de guerre civile.

" La Chine espère continuer à travailler avec la communauté internationale en faveur d'une paix globale dans la région du Darfour", a déclaré le porte-parole.

Ce dernier a souligné que la Chine disposait de 450 Casques bleus au sein du contingent de l'Onu déjà présent dans le Sud du Soudan.

Le projet de résolution américain prévoit l'élargissement du mandat de la Mission des Nations unies au Soudan (Minus) de 10.100 hommes, actuellement déployée dans le sud, pour lui permettre d'apporter un soutien à l'accord de paix d'Abuja signé par le gouvernement soudanais et la faction majoritaire du principal mouvement rebelle, notamment dans le domaine "de la protection des civils au Darfour".

Dans le passé, la Chine , qui est l'un des principaux acheteurs de pétrole soudanais et dispose d'un droit de veto comme membre permanent du Conseil de sécurité de l'Onu, a bloqué les tentatives de pression internationale sur le régime de Khartoum.

 

Mai 2006

 

Le Soudan n`exclut pas le déploiement d`une force de l`Onu au Darfour

Angola presse, 8 mai 2006

Le gouvernement soudanais n`exclut plus le déploiement d`une force de l`Onu au Darfour pour remplacer les soldats de l`Union africaine (UA), une volte-face après la signature de l`accord de paix avec le principal groupe rebelle

Entre-temps, le secrétaire général adjoint des Nations unies chargé des Affaires humanitaires, Jan Egeland, est arrivé dimanche au Darfour, marquant la première visite d`un responsable de l`ONU dans la province après la signature vendredi de l`accord d`Abuja.

"Le gouvernement va évaluer s`il a besoin ou non de l`assistance de forces étrangères et pourrait décider de demander le déploiement (d`une force) de l`Onu", a déclaré le porte-parole du ministre des Affaires étrangères, Jamal Ibrahim.

"Mais une telle décision relève des prérogatives du gouvernement (...). Ce qui est certain, c`est qu`il n`y aura pas de déploiement de forces étrangères au Soudan sans le consentement préalable du gouvernement", a-t-il souligné.

Ces déclarations marquent un net changement de position de la part de Khartoum, qui s`était opposé à l`envoi de forces non africaines au Darfour pour remplacer les troupes de l`UA.

 

Mai 2006

Human Rights Watch demande aux belligérants de cesser leurs attaques contre les humanitaires

Xinhuanet, Nairobi, 8 mai 2006

 

Le groupe international des droits de l'homme, Human Rights Watch (HRW), a appelé les parties en conflit dans la région du Darfour, au Soudan, de cesser leurs attaques contre les agences humanitaires et de faciliter l'accès aux civils ayant besoin d'assistance.

Dans un document publié le 7 mai, Human Rights Watch a appelé les belligérants à cesser leurs attaques contre les civils,dont les travailleurs humanitaires, et à immédiatement faciliter l'accès de l'assistance humanitaire aux civils. 

"Les parties en conflit doivent accorder l'accès aux travailleurs de l'aide humanitaire à ceux qui sont en besoin. La communauté internationale doit assurer la distribution de l'aide", indiqué Peter Takirambudde, le directeur pour l'Afrique du HRW, dans une déclaration. 

"Après trois ans d'attaques horribles, plus de 3 millions de personnes au Darfour dépendent de l'aide internationale pour survivre", a-t-il déclaré.

Le HRW, basé à New York, a favorablement accueilli l'accord de paix d'Abuja, signé par le gouvernement soudanais et le principal groupe des rebelles vendredi, comme un premier pas, mais il a averti que l'application serait le problème clef.

"L'application de l'accord et la garantie de la protection réelle et l'accès à l'aide humanitaire pour les civils resteront les priorités", a ajouté M. Takirambudde. 

"Les attaques sur les travailleurs humanitaires et l'obstruction délibérée de l'assistance humanitaire sont des crimes de guerre", a-t-il ajouté. 

Les humanitaires travaillent dur afin d'atteindre des centaines de milliers de civils ayant besoin de nourriture, d'eau, d'abris et de protection contre de nouvelles attaques au Darfour, a-t-il précisé et de conclure que les commandants rebelles au Darfour devraient donner instruction à leurs forces de protéger tous les civils, y compris les travailleurs humanitaires, ainsi que les approvisionnements destinés aux civils."

Selon le droit humanitaire international, les parties en conflit doivent autoriser les agences humanitaires à assister les civils, et les attaques sur les travailleurs humanitaires ou l'obstruction aux efforts relatifs pourraient constituer des crimes de guerre.

La déclaration du HRW est intervenue au moment où Jan Egelan, le responsable supérieur des affaires humanitaires de l'ONU, effectue une visite au Soudan, y compris le Darfour, un mois après que le gouvernement soudanais lui eut refusé l'autorisation d'entrer dans le pays.

Le HRW a indiqué, dans la déclaration, que la montée de la violence contre les travailleurs humanitaires, ainsi que les restrictions sur leurs efforts, faisaient partie d'une vague plus large d'attaques contre les civils et d'accrochages entre les belligérants dans l'ensemble du Darfour pour les 6 mois passés.

L'ONU a indiqué qu'il n'a pas accès ou qu'il a un accès limité à au moins 650.000 civils ayant besoin d'assistance.

 

Mai 2006

Darfour : un plan de paix délivré au forceps

Un accord a été signé par Khartoum et le principal groupe rebelle, mais son application reste incertaine.

Libération, par Virginie Gomez, 8 mai 2006

Le ouf de soulagement a résonné samedi d'Abuja à Washington. Après une semaine de tergiversations, soumis à une très forte pression internationale, le principal groupe rebelle a accepté de signer avec le gouvernement soudanais un plan de paix sur le Darfour. L'Union africaine, qui n'a pas ménagé sa peine durant les deux ans de pourparlers, avait échoué à convaincre les récalcitrants. Mardi, le secrétaire d'Etat adjoint américain Robert Zoellick a débarqué au Nigeria avec une mission : arracher l'accord de paix.

 

Enjeu. «Avec les manifestations et la mobilisation de plus en plus grande des étudiants, le Darfour devient pour nous un enjeu de politique intérieure» , confiait une source proche de la délégation américaine. Par l'intermédiaire de l'acteur George Clooney, qui est allé filmer avec son père les camps de déplacés, la question de l'inaction des autorités américaines a pris une ampleur sans précédent. En 2004, elles avaient accusé Khartoum de génocide. Depuis, la situation sur le terrain s'est aggravée. A ce jour, le conflit a fait au moins 180 000 morts et deux millions de déplacés.

Négociateur de la dernière chance, Robert Zoellick était d'autant plus motivé que, de source diplomatique, c'est lui qui avait poussé sur le devant de la scène Minni Minawi, leader de la principale faction du Mouvement de libération du Soudan (MLS).

Après avoir fait passer une nuit blanche à un bataillon de sommités africaines et occidentales, le jeune chef militaire a été convaincu par des arrangements sécuritaires de dernière minute. Les mesures prévoient l'intégration de 4 000 ex-combattants dans l'armée soudanaise et de 1 000 dans la police. 3 000 autres bénéficieront d'une formation.

L'accord oblige aussi le gouvernement soudanais à désarmer les jenjawids avant la démobilisation des rebelles. Ces milices arabes sont accusées de meurtres et de viols systématiques au Darfour. Récemment, Louise Harbour, haut commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, a reproché à Khartoum de minimiser l'ampleur de ces exactions. «Sans volonté politique, l'accord ne servira à rien» , analyse un responsable africain.

 

«Hors la loi». «Cette paix accouchée au forceps va nécessiter toute notre attention» , souligne Henri de Coignac, envoyé spécial de la France pour le Soudan. D'autant que «la méfiance entre les rebelles et le gouvernement se double d'une méfiance des rebelles entre eux. Le contexte est malsain pour l'application de l'accord» . L'arrivée d'une force de maintien de la paix onusienne n'est pas pour demain. Le rôle de la communauté internationale consiste d'abord à injecter les fonds nécessaires à la mise en place de l'autorité de transition du Darfour, et au renforcement de la force africaine. Ses 7 000 soldats déployés sur un territoire vaste comme la France ont été impuissants à faire respecter le cessez-le-feu conclu en 2004.

La défection de deux groupes rebelles, en passe d'être déclarés «hors-la-loi», n'augure rien de bon. Abdel Wahid al-Nour, chef de la deuxième faction du MLS, s'est attiré les foudres du président nigérian. Quant au Mouvement pour la justice et l'égalité (MJE), proche du leader islamiste Hassan al-Tourabi, il a rejeté l'accord. Peu influent militairement, le MJE a une vocation nationale et «l'accès à des fonds islamiques» , souligne un diplomate. En outre, le MJE, comme certains commandants de la faction Minawi, soutient le président tchadien Idriss Déby, lui même en butte à une rébellion soutenue par Khartoum. Reste à savoir si le rideau que la communauté internationale tente de tirer entre N'Djamena et Khartoum sera assez étanche.

 

Mai 2006

Voyage au cœur du pouvoir

Jeune Afrique - 7 mai 2006 - par Abdelaziz Barrouhi

Dix-sept ans après son arrivée à la tête de l'État, le président Omar Hassan el-Béchir est toujours là, malgré les conflits de tous ordres qui déchirent son pays et en dépit de l'inimitié de certains voisins. Qu'est-ce qui fait le secret de sa longévité ?


La volonté de Khartoum d'apposer sa signature au bas du projet d'accord de paix au Darfour élaboré par l'Union africaine (UA) et discuté en ce début de mai n'est pas surprenante. Elle se situe dans la droite ligne de celui, historique, qu'il a signé le 9 janvier 2005 avec le Mouvement populaire de libération du Soudan (MPLS) mettant fin à trente-neuf ans de guerre civile. Mais pas seulement. Le régime de Béchir craint par-dessus tout une internalisation du conflit du Darfour qui reviendrait à envisager l'envoi de Casques bleus onusiens sur le territoire soudanais. S'il a « toléré » une force d'interposition africaine, il n'est pas question de voir un corps expéditionnaire de l'Otan s'installer durablement au Darfour. Pour Khartoum, et s'il s'avère nécessaire de renforcer les Casques bleus africains, ce ne peut être que dans le cadre de l'ONU et seulement après la signature de l'accord de paix avec les rebelles, comme dans le cas du Sud.

Le palais présidentiel de type colonial britannique, sur les bords du Nil à Khartoum, n'a jamais gardé un locataire aussi longtemps. Le 30 juin prochain, Omar Hassan el-Béchir y fêtera ses dix-sept ans de pouvoir. Mais jamais on n'aurait pensé que le régime d'aujourd'hui serait à la fois si ressemblant et si différent de celui établi en 1989. Il a en fait eu au moins trois vies.

La première a duré une décennie : une dictature fondamentaliste sous l'influence de Hassan el-Tourabi, allié des militaires dans le coup d'État de juin 1989 et chef du Front national islamique (FNI). Cette époque est marquée par une véritable complémentarité entre le général Béchir, homme fort de la junte militaire, et Tourabi, grande figure de l'islamisme international. Résultat : interdiction des partis politiques, atteintes aux libertés publiques, rétablissement de la charia (la loi coranique) et rupture du dialogue avec les dirigeants de la rébellion sudiste. En quête de légitimité interne et internationale, Béchir sacrifie ses premiers compagnons, dissout la junte militaire et opère une véritable purge au sein de l'armée et des services secrets. Il se proclame président de la République en 1993. Le FNI, véritable machine électorale, lui a « arrangé » les élections présidentielle et législatives de 1996. En 1999, le chef de l'État constate que ses amis islamistes sont devenus plus encombrants qu'utiles. Pis : Tourabi, devenu président du Parlement, veut passer une loi donnant aux députés, qu'il contrôle, la prérogative de destituer le chef de l'État et de nommer un Premier ministre. Une intolérable trahison aux yeux de Béchir. Il envoie ses chars au Parlement, le dissout et fait arrêter Tourabi.

Le FNI se scinde en deux : les partisans de Béchir se retrouvent sous la bannière du Parti du congrès national (PCN), et ceux de Tourabi sous celle du Congrès populaire national (CPN). Une lutte féroce s'engage pour la conquête d'une opinion soudanaise fortement religieuse. C'est alors que commence la « deuxième vie » du régime de Béchir qui dure cinq ans (1999-2004). Cette fois-ci, il a avec lui des hommes sûrs qui ont choisi de le suivre plutôt que de demeurer aux côtés de Tourabi. Ils sont pour la plupart issus du socle fondamentaliste, mais plus modernes, plus pragmatiques et plus réalistes en matière de politique étrangère.

Le secret de la longévité du régime réside, en partie, dans le fait que ces hommes, nordistes, presque tous originaires de la vallée du Nil, sont tombés sous le charisme de Béchir, lui sont dévoués et sont restés soudés sur les intérêts permanents du régime, qu'ils soient à la tête de l'armée, des services de sécurité, du parti ou du gouvernement. C'est, dit-on, presque un club de type britannique. « Ils forment une classe politique qui est là pour durer », estime Ted Dagne, analyste au Congressional Research Service, à Washington.

Ali Osman Taha, âgé de 58 ans, émerge du lot et passe pour être le principal pilier, le numéro deux du régime et, peut-être même, le dauphin. Il a été le premier lieutenant de Béchir à avoir mené des pourparlers secrets avec des officiels américains pour normaliser les relations entre les deux pays, Washington ayant trouvé en lui un interlocuteur valable. Vice-président de la République et, à ce titre, politiquement en charge des affaires de sécurité nationale, ancien chef de la diplomatie, c'est lui qui a approché les diplomates américains basés au Kenya en 1995-1996 pour leur demander ce que Washington souhaitait pour rétablir les ponts, et c'est avec lui que l'expulsion d'Oussama Ben Laden du Soudan a été discutée.

Taha, né dans une famille modeste originaire du Nord, est issu de la société civile. Diplômé en droit, il a été juge (1972-1976), puis a ouvert un cabinet d'avocats. C'est à cette époque qu'il a connu Tourabi, alors magistrat, et qu'il l'a rejoint dans l'activisme politique avant de devenir son adjoint en 1985. Au lendemain du coup d'État de 1989, il disparaît de la vie politique pour se consacrer à son cabinet et à sa famille (sa femme, Fatma, est la cousine de Sadok el-Mahdi, chef du parti d'opposition Umma renversé par Béchir). Ce n'est qu'en 1993 qu'il revient sur le devant de la scène politique comme ministre de la Planification sociale, avant de prendre la tête de la diplomatie, puis de devenir conseiller présidentiel, puis vice-président après la mort de son prédécesseur dans un accident d'avion au Sud en 1998.

Le passé fondamentaliste de Taha ne le prédestinait pas particulièrement à être ouvert sur les rebelles du Sud, pour la plupart des chrétiens. Et pourtant, doté des pleins pouvoirs par Béchir, Taha a été avec John Garang l'architecte de l'accord de paix dans le Sud. Lorsque la crise du Darfour a éclaté, en 2003, c'est Taha que Béchir appelle après quelques mois de flottement pour éteindre l'incendie, et c'est encore lui qui y supervise les pourparlers avec les rebelles. Calme, patient, intellectuellement bien articulé, flexible dans les négociations et suffisamment apprécié des Américains. Illustration : lorsqu'à Abuja les rebelles ont persisté dans leur refus de signer l'accord de paix de l'UA, George W. Bush a personnellement téléphoné le 2 mai à Béchir pour le prier d'y renvoyer cet homme d'État doublé d'un talentueux réconciliateur pour amender le texte de l'accord de paix et le signer.

Autre homme puissant à Khartoum et interlocuteur apprécié à Washington : Salah Abdallah Gosh. Chef des services de sécurité, il a eu avec ses homologues américains des discussions à propos de Ben Laden, dont il était l'officier traitant avant de l'expulser. Après les attaques du 11 septembre 2001, il a été emmené par avion spécial à Washington pour y être « débriefé » par la CIA sur le réseau d'al-Qaïda. Rien d'étonnant alors que ses amis de Washington aient biffé son nom de la liste des Soudanais que des membres du Congrès américain voulaient poursuivre comme « criminels de guerre » à propos du Darfour.

Il y a aussi Mustapha Osman Ismail, formé dans une université britannique, successeur de Taha aux Affaires étrangères en 1998, avant de se retrouver conseiller présidentiel pour les affaires de la paix après avoir cédé son poste au Sudiste Lam Akol en 2005. Béchir apprécie ses qualités de communicateur. Diplomates et représentants des ONG étrangères l'ont surnommé « monsieur Sourire » ou « Face de bébé », ou encore, parfois, « l'Islamiste le plus huileux ».

Ghazi Salah Eddine Atabani, ex-professeur d'université, ministre d'État à la présidence en 1991, secrétaire général du Parlement en 1996 avant sa dissolution, ministre de la Culture et de l'Information en 1998, est ensuite devenu conseiller présidentiel. Venu dans les bagages de Tourabi, Atabani est un ancien de la Légion verte formé au milieu des années 1980 par le « Guide » libyen Mouammar Kaddafi. Il a traversé sans encombres les différentes convulsions connues par le régime et a survécu à toutes les purges. À une certaine époque, vers 1999-2000, il passait pour l'éminence grise de Béchir, à l'époque où ce dernier négociait le virage de l'après-Tourabi. Atabani a supervisé le dossier des négociations de paix avec le Sud de 2002 à septembre 2003, date à laquelle il a passé le témoin à Taha. Selon ses proches, il avait démissionné de ce rôle à la suite d'un désaccord avec la stratégie de négociations sur les arrangements de sécurité adoptée par le couple Béchir-Taha. Il demeure néanmoins fort influent au palais présidentiel.

On peut encore citer plusieurs hommes du cercle restreint, membres du club de Béchir. Le professeur Zoubeir Béchir Taha, un vétéran du mouvement fondamentaliste, ancien recteur de l'université de Khartoum, a modernisé le système éducatif lorsqu'il est devenu ministre des Sciences et de la Technologie. Il a ensuite été nommé ?à la tête du parti au pouvoir après ?la scission avec Tourabi et, depuis ?l'an dernier, il est ministre de l'Intérieur.

Tous ces hommes constituent le socle du régime, surtout depuis le virage en direction des États-Unis. Mais la sécheresse et les menaces de famine dans les années 1990 et, surtout, le démarrage, en 1999, de l'exploitation du pétrole vont changer la donne. Pour assurer la sécurité et la continuité de l'exploitation pétrolière, les plus réalistes dans l'entourage de Béchir plaident pour un réajustement de la politique du pays avec Washington, les États voisins, la rébellion, et l'opposition, dont les dirigeants en exil sont appelés à rentrer et à reprendre leurs activités. C'est ce qu'ont fait deux grandes figures de la vie politique soudanaise : Sadok el-Mahdi (Umma) et Ahmed al-Mirghani (Parti démocratique unioniste dirigé par son frère Osman al-Mirghani).

La bruyante rupture avec les islamistes, devenus source d'inquiétude depuis le 11 septembre 2001, s'avère insuffisante pour améliorer l'image du régime. Les pressions internationales se font si pressantes que Béchir convient que la solution militaire est inefficace face à la rébellion. La nécessité d'une solution politique impose de nouveaux contacts avec le leader sudiste, John Garang, soutenu par l'administration américaine, sous la pression des mouvements évangélistes. Le dialogue avec Washington permettrait, par ricochet, la normalisation des relations avec les pays voisins dont plusieurs, comme l'Ouganda, l'Éthiopie et l'Érythrée, sont très proches de John Garang.

Après avoir détruit une usine de médicaments près de Khartoum que leurs services de renseignements avaient prise pour une fabrique d'armes chimiques, les Américains finissent par comprendre, eux aussi, qu'ils ne peuvent pas mettre fin à la guerre dans le Sud, obtenir une coopération dans la lutte contre le terrorisme, sans dialoguer avec le régime de Béchir. Et c'est en mars 2001 que George W. Bush fait une ouverture et définit les trois objectifs dans les relations avec Khartoum : coopération dans la lutte antiterroriste ; arrêt de la politique soudanaise de déstabilisation de pays voisins ; négociation d'une paix juste avec la rébellion du Sud. Ainsi, en septembre 2001, Bush nomme l'ex-sénateur John Danforth comme son représentant spécial pour la paix au Soudan. Les négociations avec le MPLS peuvent commencer sous le « patronage » de Washington qui obtient plus de concessions de Khartoum qu'elle n'en demande aux rebelles du Sud.

C'est le 9 janvier 2005, jour de la signature du traité de paix entre le gouvernement central et le MPLS de John Garang, que la « troisième vie » du régime de Khartoum commence. L'application de cet accord est en train de transformer radicalement le régime pour, comme le disait Garang, construire un « Soudan nouveau » ou encore « la deuxième république ». Le pouvoir et les richesses sont partagés, de nouvelles institutions démocratiques sont mises en place tant au niveau régional que fédéral. En vertu de la Constitution provisoire, Béchir n'a plus les pleins pouvoirs ; la présidence est devenue collégiale avec l'entrée d'un premier vice-président de la République sudiste, dont l'accord est requis pour les décisions d'intérêt national, comme les nominations, la proclamation de l'état d'urgence, la déclaration de guerre, la convocation ou l'ajournement de la session du Parlement.

Le premier titulaire de ce poste a été Garang lui-même et, à sa mort, Salva Kiir, qui lui a succédé à la tête du MPLS. Au sein du Parlement transitoire - en attendant les élections prévues pour 2009 -, Béchir a vu ses pouvoirs relativement limités puisque son parti, le PCN, qui contrôlait la totalité de l'Hémicycle, n'occupe plus que 52 % des sièges, contre 28 % pour le MPLS et 20 % répartis entre les autres partis d'opposition du Nord ou du Sud. Le MPLS obtient aussi au moins 20 % des postes au sein de l'encadrement de l'administration fédérale, y compris dans la diplomatie avec la nomination, le 26 avril dernier, de 16 ambassadeurs originaires du Sud et pour la plupart établis aux États-Unis.

L'ancien mouvement rebelle est également représenté à la tête des services de sécurité et de l'armée fédérale. Dans le gouvernement d'unité nationale composé de 29 ministres, formé le 20 septembre 2005, le parti de Béchir détient 16 portefeuilles (dont deux pour des Sudistes), le MPLS 9 (dont celui des Affaires étrangères attribué à Lam Akol), le reste revenant à des factions nordiques. Et on compte quatre Sudistes parmi les 12 conseillers spéciaux du chef de l'État. Le Sud dispose enfin de son gouvernement autonome (dirigé par Salva Kiir), son armée, son Parlement, et perçoit la moitié des revenus du pétrole produit sur son territoire.

Autant de progrès dans la réalisation du « nouveau Soudan », qui incitent à moins parler du pouvoir de Béchir pour davantage mettre l'accent sur le régime fédéral tout court. Encore faudra-t-il que les accords de paix au Darfour puis dans l'Est, avec le Congrès Beja, soient signés et effectivement appliqués.

Mai 2006

Le Soudan n'exclut pas le déploiement d'une force de l'Onu au Darfour

Jeune Afrique, 7 mai 2006

Le gouvernement soudanais n'exclut plus le déploiement d'une force de l'Onu au Darfour pour remplacer les soldats de l'Union africaine (UA), une volte-face après la signature de l'accord de paix avec le principal groupe rebelle.

Entre-temps, le secrétaire général adjoint des Nations unies chargé des Affaires humanitaires,

Jan Egeland, est arrivé dimanche au Darfour, marquant la première visite d'un responsable de l'ONU dans la province après la signature vendredi de l'accord d'Abuja.

"Le gouvernement va évaluer s'il a besoin ou non de l'assistance de forces étrangères et pourrait décider de demander le déploiement (d'une force) de l'Onu", a déclaré le porte-parole du ministre des Affaires étrangères, Jamal Ibrahim.

"Mais une telle décision relève des prérogatives du gouvernement (...). Ce qui est certain, c'est qu'il n'y aura pas de déploiement de forces étrangères au Soudan sans le consentement préalable du gouvernement", a-t-il souligné.

Ces déclarations marquent un net changement de position de la part de Khartoum, qui s'était opposé à l'envoi de forces non africaines au Darfour pour remplacer les troupes de l'UA.

Fin février, le président soudanais, Omar al-Béchir, avait même averti que le Darfour serait un "cimetière" pour les troupes étrangères qui y seraient dépêchées sans l'accord du gouvernement.

Mais ces derniers jours, des responsables soudanais ont évoqué la possibilité d'un déploiement de forces onusiennes dans le cadre d'un accord de paix.

Il s'agit "d'un signe très encourageant, du premier résultat positif de l'accord de paix d'Abuja", a commenté l'ambassadeur américain à l'Onu, John Bolton.

Avant même la signature de l'accord, le gouverneur du Darfour-nord, Osman Youssef Kibir, avait affirmé que le gouvernement pourrait accepter qu'une force de l'Onu supervise l'application d'un accord de paix.

"Nous pensons que le déploiement de forces de l'Onu au Darfour après la conclusion d'un accord de paix peut servir de garantie à (son) application" avait-il déclaré la semaine dernière.

Dans un message audio qui lui est attribué, diffusé en avril par la chaîne Al-Jazira, Oussama ben Laden avait appelé à une guerre sainte au Darfour, en référence aux appels lancés par les Etats-Unis en faveur d'une force de l'Onu soutenue par l'Otan dans cette région.

Le gouvernement soudanais et la faction majoritaire du principal groupe rebelle au Darfour, le Mouvement/Armée de libération du Soudan (SLM), ont signé vendredi à Abuja un accord de paix pour mettre fin à une guerre civile qui a déchiré cette province de l'ouest du Soudan pendant trois ans.

L'autre rébellion, le Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM), a refusé l'accord, de même que la faction minoritaire du SLM dirigée par Abdel Wahid Mohammed Al-Nour.

Les rebelles, issus des tribus africaines majoritaires au Darfour, avaient pris les armes pour protester contre la marginalisation de leur province.

Les violences ont fait dans cette région de l'ouest du Soudan quelque 300.000 morts et laissé 2,4 millions de personnes sans abri depuis trois ans.

La force de paix au Darfour compte 7.000 hommes de l'UA et est déployée depuis 2004, mais elle n'a pas réussi à mettre un terme au bain de sang et connaît des problèmes financiers.

Quant à Jan Egeland, il a été accueilli à son arrivée à l'aéroport de Nyala, dans le Darfour-sud, par quelques manifestants qui protestaient contre "l'ingérence internationale" .

Mais M. Egeland a insisté sur la nécessité de pressions maximales pour prévenir une plus grande tragédie. "En ce moment, le Darfour est lentement en train de suffoquer, de mourir devant nos yeux", a-t-il déclaré à la BBC depuis la région.

"La moitié de la population est à présent devenue victime de la guerre (...). Le monde entier doit mettre la pression sur les deux parties", a dit M. Egeland, qui doit rencontrer lundi des responsables soudanais à Khartoum.

 

Mai 2006

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Le Soudan n'exclut pas le déploiement d'une force de l'Onu au Darfour

Jeune Afrique, 7 mai 2006

 

Le gouvernement soudanais n'exclut plus le déploiement d'une force de l'Onu au Darfour pour remplacer les soldats de l'Union africaine (UA), une volte-face après la signature de l'accord de paix avec le principal groupe rebelle.

Entre-temps, le secrétaire général adjoint des Nations unies chargé des Affaires humanitaires,

Jan Egeland, est arrivé dimanche au Darfour, marquant la première visite d'un responsable de l'ONU dans la province après la signature vendredi de l'accord d'Abuja.

"Le gouvernement va évaluer s'il a besoin ou non de l'assistance de forces étrangères et pourrait décider de demander le déploiement (d'une force) de l'Onu", a déclaré le porte-parole du ministre des Affaires étrangères, Jamal Ibrahim.

"Mais une telle décision relève des prérogatives du gouvernement (...). Ce qui est certain, c'est qu'il n'y aura pas de déploiement de forces étrangères au Soudan sans le consentement préalable du gouvernement", a-t-il souligné.

Ces déclarations marquent un net changement de position de la part de Khartoum, qui s'était opposé à l'envoi de forces non africaines au Darfour pour remplacer les troupes de l'UA.

Fin février, le président soudanais, Omar al-Béchir, avait même averti que le Darfour serait un "cimetière" pour les troupes étrangères qui y seraient dépêchées sans l'accord du gouvernement.

Mais ces derniers jours, des responsables soudanais ont évoqué la possibilité d'un déploiement de forces onusiennes dans le cadre d'un accord de paix.

Il s'agit "d'un signe très encourageant, du premier résultat positif de l'accord de paix d'Abuja", a commenté l'ambassadeur américain à l'Onu, John Bolton.

Avant même la signature de l'accord, le gouverneur du Darfour-nord, Osman Youssef Kibir, avait affirmé que le gouvernement pourrait accepter qu'une force de l'Onu supervise l'application d'un accord de paix.

"Nous pensons que le déploiement de forces de l'Onu au Darfour après la conclusion d'un accord de paix peut servir de garantie à (son) application" avait-il déclaré la semaine dernière.

Dans un message audio qui lui est attribué, diffusé en avril par la chaîne Al-Jazira, Oussama ben Laden avait appelé à une guerre sainte au Darfour, en référence aux appels lancés par les Etats-Unis en faveur d'une force de l'Onu soutenue par l'Otan dans cette région.

Le gouvernement soudanais et la faction majoritaire du principal groupe rebelle au Darfour, le Mouvement/Armée de libération du Soudan (SLM), ont signé vendredi à Abuja un accord de paix pour mettre fin à une guerre civile qui a déchiré cette province de l'ouest du Soudan pendant trois ans.

L'autre rébellion, le Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM), a refusé l'accord, de même que la faction minoritaire du SLM dirigée par Abdel Wahid Mohammed Al-Nour.

Les rebelles, issus des tribus africaines majoritaires au Darfour, avaient pris les armes pour protester contre la marginalisation de leur province.

Les violences ont fait dans cette région de l'ouest du Soudan quelque 300.000 morts et laissé 2,4 millions de personnes sans abri depuis trois ans.

La force de paix au Darfour compte 7.000 hommes de l'UA et est déployée depuis 2004, mais elle n'a pas réussi à mettre un terme au bain de sang et connaît des problèmes financiers.

Quant à Jan Egeland, il a été accueilli à son arrivée à l'aéroport de Nyala, dans le Darfour-sud, par quelques manifestants qui protestaient contre "l'ingérence internationale" .

Mais M. Egeland a insisté sur la nécessité de pressions maximales pour prévenir une plus grande tragédie. "En ce moment, le Darfour est lentement en train de suffoquer, de mourir devant nos yeux", a-t-il déclaré à la BBC depuis la région.

"La moitié de la population est à présent devenue victime de la guerre (...). Le monde entier doit mettre la pression sur les deux parties", a dit M. Egeland, qui doit rencontrer lundi des responsables soudanais à Khartoum.

 

Mai 2006

Célébrités et étudiants américains s'engagent contre le "génocide"

Le Monde, par Corine Lesnes, 7 mai 2006

 

Soixante-cinq mille personnes ont déjà joué au jeu vidéo sur le conflit soudanais appelé "Darfur is dying" ("le Darfour se meurt"). Le jeu a été lancé dimanche 30 avril à Washington, en marge de la manifestation "Sauver le Darfour", qui a rassemblé 15 000 personnes sur le Mall - la grande pelouse de la capitale -, dont l'acteur George Clooney, tout juste revenu du "terrain", où il avait tourné un documentaire avec son père, le journaliste Nick Clooney. L'idée du jeu est venue de la chaîne MTV U.

La télévision des campus a lancé un concours pour le meilleur "activiste digital" en coopération avec la Fondation Reebok pour les droits de l'homme et l'ONG, International Crisis Group. Darfur is dying a été conçu par une équipe de l'université de Californie du Sud. Le jeu consiste à se mettre à la place de réfugiés qui doivent aller chercher de l'eau au puits alors que les janjawids (miliciens arabes à la solde de l'armée soudanaise) rôdent à l'extérieur des camps. Une fois capturé, le joueur est invité à passer à l'action pour arrêter les criminels : il peut signer une pétition ou écrire à George Bush.

Les étudiants américains sont fortement mobilisés par ce que Washington a qualifié dès septembre 2004 de "génocide" . "Ils ont fait un travail incroyable pour porter la situation au Darfour sur la scène nationale , affirme Jason Rzepka, de MTV U. S'il y a une prise de conscience, c'est grâce aux jeunes." En Californie, les étudiants ont obtenu que les universités publiques retirent leurs investissements de toute compagnie implantée au Soudan. Dans un pays où les universités roulent sur l'or, ce mouvement, dit "de désinvestissement", est considéré comme l'un des moyens de pression les plus efficaces. Yale, Standford, Harvard et cinq autres établissements l'ont adopté. Depuis 1997, les entreprises américaines n'ont pas le droit de commercer avec le Soudan. Mais les firmes internationales le peuvent, et elles sont cotées à la Bourse de New York.

Les étudiants ont fait la liste des fonds de pension américains et des montants qu'ils ont investis dans des firmes européennes ou chinoises qui ont des échanges avec le Soudan. Ils réclament la suspension de ces investissements. Trois Etats (New Jersey, Oregon et Illinois) ont promulgué des lois allant dans ce sens. Dans douze autres, la législation est en cours d'examen.

La mobilisation aux Etats-Unis en faveur des populations du Soudan est ancienne. Au début, elle était surtout le fait d'évangéliques, soucieux de défendre les chrétiens du Sud contre le régime de Khartoum. Maintenant, elle rassemble une coalition d'élus noirs, d'activistes juifs, d'associations humanitaires et de jeunes qui ne veulent pas laisser passer un nouveau Rwanda, fût-ce "au ralenti". Des célébrités comme Angelina Jolie ou l'acteur Don Cheadle participent à la campagne. Le Prix Nobel de la paix Elie Wiesel était à la manifestation. Jeudi, la série télévisée "Urgences", regardée par 11 millions de téléspectateurs en moyenne, se déroulait non pas à Chicago, comme d'habitude, mais dans un hôpital de fortune du Darfour (reconstitué dans le Kalahari).

L'administration Bush est critiquée depuis des mois pour sa propension à se retrancher derrière l'ONU et l'Union africaine (UA), et soupçonnée de ménager le régime de Khartoum au nom de la coopération dans la lutte antiterroriste. La semaine dernière, le président a dépêché le numéro deux du département d'Etat, Robert Zoellick, pour forcer à la négociation. "Quand l'Amérique montre la voie" , se félicite le New York Times .

Mai 2006

Un accord de paix signé à l'arraché pour le Darfour

Le Monde, Philippe Bernard, 7 mai 2006

La paix globale n'est probablement pas pour demain au Darfour (Ouest du Soudan), en dépit de vingt mois de négociations sous l'égide de l'Union africaine (UA). L'accord de paix signé à l'arraché, vendredi 5 mai à Abuja (Nigeria), ne l'a été que par le gouvernement de Khartoum et par une faction, certes majoritaire, du principal mouvement rebelle à sa domination.

Sa signature, sous la pression internationale - particulièrement américaine -, après des mois de surplace, constitue cependant un tournant pour l'un des conflits les plus sanglants de la planète, aux conséquences déstabilisatrices pour l'Afrique sahélienne. L'accord va surtout contraindre le Soudan à accepter le remplacement des soldats de l'UA, impuissants à imposer le cessez-le-feu, par des casques bleus de l'ONU. Vendredi soir, Washington s'est félicité de ce "pas significatif" tout en prévenant que la violence au Darfour ne cesserait pas "du jour au lendemain ". De son côté l'organisation de défense des droits de l'homme Human Rights Watch soulignait l'acharnement du gouvernement soudanais contre les organisations humanitaires, dont les convois sont aussi attaqués par les rebelles.

Au sein du Mouvement de libération du Soudan (SLM) et de son armée (SLA), seule la branche conduite par Minni Minnawi a paraphé le texte. L'autre faction, minoritaire, dirigée par son rival Abdelwahid Mohammed Ahmed Al-Nour, longtemps seul leader de l'organisation, s'y est refusée. Tout comme un autre mouvement rebelle, le Mouvement pour l'égalité et la justice (JEM, islamiste). Ils estiment insuffisantes les concessions faites par Khartoum.

Le rejet de l'accord par une partie de la rébellion, qui réclame un autre partage du pouvoir et des richesses, laisse planer un sérieux doute quant à sa mise en oeuvre sur le terrain. "Personne ne doit être dupe, ce document ne vaudra même pas le papier sur lequel il est écrit si le bon esprit et la bonne attitude sont absents" , a averti le président nigérian Olusegun Obasanjo, hôte des négociations depuis leur ouverture, en août 2003. Les factions rebelles à la signature pourraient certes parier "sur les difficultés d'application de l'accord ou sur un éventuel rejet par la population d'une paix au forceps", analyse un négociateur. Il préfère toutefois mettre en avant "la forte attente populaire d'une fin des combats" .

L'accord d'Abuja entend tout à la fois, imposer la paix par le désarmement des belligérants, organiser la réinsertion des combattants, assurer une meilleure représentation des Darfouriens dans les administrations et les instances politiques, ainsi qu'un certain niveau d'investissement pour la reconstruction. La perspective d'un avenir pétrolier pour cette région déshéritée et le précédent du Sud-Soudan, qui vient d'arracher une part d'autonomie, n'ont cessé de peser sur le conflit.

Le texte attribue au Darfour, non pas le poste de vice-président du Soudan souhaité par les rebelles, mais une position de "conseiller spécial", quatrième personnage de l'Etat. Il ne tend pas à créer immédiatement une région unique du Darfour - divisée aujourd'hui en trois provinces - comme le revendiquent les rebelles, mais soumet ce choix à un référendum prévu en 2010, après des élections générales. A chaque échelon administratif et politique, un quota de postes réservé aux Darfouriens est instauré. Un fonds pour la reconstruction doté de 300 millions de dollars est créé.

Tandis que les rebelles doivent être progressivement désarmés et intégrés dans l'armée régulière, le document fait obligation à Khartoum, d'ici à octobre 2006, de "neutraliser, contrôler et désarmer" ses milices "janjawids" accusées d'atrocités.

Envoyé à Abuja le 1 er mai par Condoleezza Rice pour "secouer le cocotier" , Robert Zoellick, secrétaire d'Etat adjoint américain a exercé d'intenses pressions sur les rebelles pour parvenir à un accord dont la date limite de signature a été plusieurs fois repoussée. La présence de la ministre britannique du développement international, Hilary Benn, de représentants de l'Union européenne, de l'ambassadeur français, Henri de Coignac, aux côtés des dirigeants de l'UA et du président nigérian, tendaient au même but. Vendredi, les diplomates américains et britanniques ainsi que M. Obasanjo avaient, en tête à tête, tenté en vain de rallier les mouvements rétifs. Après le paraphe obtenu dans la soirée, ils ont répété que le texte restait ouvert à la signature.

Au Darfour, l'humanitaire cache l'inaction politique, Jan Egeland

La Libre Belgique , 06/05/2006

 

Le carnage au Darfour s'étend et balaye le travail indispensable des 14 000 agents humanitaires pour sauver des vies humaines. Fini les belles paroles, il faut d'urgence des actes pour renforcer la sécurité.

Secrétaire général adjoint des Nations unies aux affaires humanitaires et coordonnateur des secours, coordonnateur humanitaire de l'Onu, sur le Darfour

 

J'ai pour la première fois parlé du Darfour au Conseil de sécurité des Nations unies il y a deux ans, soulignant qu'il s'agissait d'une opération de nettoyage ethnique de la pire espèce. Aujourd'hui, je pourrais me contenter de reprendre de nombreux passages de mon exposé d'alors. L'effort le plus important qu'ait jamais entrepris la communauté mondiale en matière d'assistance humanitaire est gravement compromis par la situation actuelle. Si l'on veut éviter des pertes en vies humaines imminentes et massives, le gouvernement soudanais, les rebelles, les membres du Conseil de sécurité des Nations unies et les gouvernements donateurs doivent intervenir de toute urgence.

Le carnage au Darfour s'étend, débordant maintenant la frontière pour atteindre le Tchad. Deux cent mille autres personnes ont dû fuir au cours des quatre derniers mois seulement. Plus de 2 millions de personnes sont déplacées. Les milices, soutenues par le gouvernement, rôdent dans la région, ravageant tout sur leur passage; elles mènent une campagne de terreur, poursuivant une politique de la terre brûlée, tuant systématiquement les habitants et détruisant leurs moyens de subsistance en toute impunité. Les rebelles poursuivent leurs attaques contre les civils et contre les opérations humanitaires.

Nous disposons maintenant au Darfour de 14 000 agents humanitaires non armés, pour la plupart des Soudanais, mais les effectifs de l'Union africaine sur le terrain chargés de faire respecter un cessez-le-feu qui n'est pas observé dans une région aussi vaste que le Texas, ne représentent que la moitié de ce chiffre. En fait, comme en Bosnie il y a 10 ans, les secours humanitaires ont été l'une des seules interventions efficaces que la communauté mondiale ait organisées face à la barbarie au Darfour. Au lieu de soigner la plaie, le monde a préféré mettre un pansement sur une plaie béante.

Les pansements humanitaires sont bien évidemment indispensables pour sauver des vies humaines. Au cours des deux dernières années, nous avons fait des progrès considérables sur le front humanitaire. En 2004, nous n'avions que 230 agents humanitaires sur le terrain pour aider 350 000 personnes. Aujourd'hui, nous pouvons en aider 10 fois plus -soit la moitié de la population du Darfour. En oeuvrant ensemble, les organismes des Nations unies et les ONG ont réduit des deux tiers le nombre de morts parmi les personnes déplacées au Darfour par rapport à 2004, tout en réduisant de moitié les taux de malnutrition en 2005.

Aujourd'hui, toutefois, ces progrès, qui ont permis de sauver des vies, sont balayés par la violence croissante provenant de toutes les parties et par l'obstructionnisme renforcé auquel se livre le gouvernement soudanais. Ces deux facteurs limitent considérablement notre capacité d'atteindre les personnes qui ont besoin d'aide. En fait, ils pourraient contraindre à mettre un terme à l'effort humanitaire massif entrepris par la communauté mondiale au Darfour, compromettant la vie de millions de personnes.

Entre-temps, le financement de l'aide a pratiquement cessé. L'appui des donateurs en Europe et dans les Etats du Golfe diminue fortement. L'appel lancé par les Nations unies en vue de susciter un soutien permettant de sauver des vies humaines n'a pas permis d'obtenir 20 pc des fonds nécessaires. La semaine dernière, nous avons annoncé que nous serions bientôt contraints de réduire de moitié les rations alimentaires quotidiennes. De nouvelles réductions -entraînant de nouvelles pertes en vies humaines- suivront, si des ressources supplémentaires ne sont pas allouées d'urgence. Il est impératif que nous progressions sur tous les fronts -sécurité, accès humanitaire et engagement politique- afin d'empêcher que le nombre de morts au Darfour n'augmente de manière exponentielle.

Nous devons, en premier lieu, renforcer la sécurité pour la population du Darfour. Les forces de l'Union africaine, résolues mais en nombre insuffisant, doivent être renforcées d'urgence pendant cette période de transition afin de mieux protéger la population.

La protection de la population est aussi essentielle qu'urgente. Les agents humanitaires doivent également pouvoir aider toutes les personnes qui ont besoin d'aide sans craindre d'être enlevés, ou d'être victimes d'attaques armées, de vols de voiture occupée ou de harcèlement de la part des autorités. La situation actuelle est intolérable. Si elle se poursuit, les agents humanitaires seront contraints de partir, coupant un lien essentiel qui permet à des centaines de milliers de civils sans défense de survivre. Toutes les parties -le gouvernement, les milices et les rebelles- sont responsables des conditions de sécurité effroyables qui menacent la vie de la population du Darfour et rendent les efforts humanitaires de plus en plus difficiles.

Nous devons en deuxième lieu pouvoir atteindre toutes les personnes qui ont besoin d'aide. Malheureusement, dans ce domaine également, nous avons reculé par rapport aux progrès réalisés l'an dernier. L'accès humanitaire est maintenant plus difficile que jamais depuis le printemps de 2004. Dans les régions ouest et nord du Darfour, les agents humanitaires ne peuvent atteindre directement que 40 pc de la population et ce, en raison de l'insécurité croissante.

L'accès requiert également une meilleure coopération de la part du gouvernement soudanais et des groupes armés. Malheureusement, nous ne l'avons pas obtenue. Les agents humanitaires au Darfour sont confrontés à des menaces, à des actes d'intimidation et au cauchemar orwellien que constituent les restrictions bureaucratiques incessantes qui entravent notre capacité d'assister les personnes qui ont besoin d'aide. Le mois dernier, par exemple, l'une des principales ONG humanitaires, qui était chargée de gérer un camp de 90 000 personnes déplacées, a dû cesser ses activités. Le gouvernement soudanais supervise maintenant le camp directement. Inutile de dire que nous avons des raisons d'être gravement préoccupés en ce qui concerne la sécurité des résidents du camp, compte tenu du comportement passé du gouvernement s'agissant de la protection de ses propres citoyens.

L'aide humanitaire est indispensable pour sauver des vies humaines, mais il s'agit d'une démarche notoirement insuffisante face aux champs de carnage dans le monde entier. Des agents humanitaires non armés peuvent maintenir des personnes en vie aujourd'hui mais ils ne peuvent empêcher qu'elles soient assassinées ou violées ou qu'elles doivent quitter leur foyer demain. Il ne faut pas reproduire l'erreur tragique des «zones de sécurité» de Bosnie avant Srebrenica. L'humanitarisme ne devrait jamais servir à masquer l'inaction politique.

 

Et pourtant, c'est précisément ce qui se produit aujourd'hui au Darfour.

La population du Darfour doit d'urgence recevoir une aide beaucoup plus importante. Elle a besoin de protection et de paix, non pas simplement sur le papier, à Abuja, mais sur le terrain, dans chaque village. Enfin, elle a besoin que les Etats membres de l'Onu en Afrique, en Asie et dans le monde arabe -de même qu'à l'Ouest- fassent preuve d'autorité morale. Nous devons obtenir des actes, et pas simplement des paroles. Seule l'action aidera à sauver des vies aujourd'hui ou à instaurer la paix demain pour la population du Darfour. L'action seule mettant fin à une répétition du «plus jamais ça».

Mai 2006

Le gouvernement a l'obligation de désarmer les djanjawid, affirme Zoellick

L'Orient le Jour, Beyrouth, 6 mai 2006

 

Sous pression, Khartoum et la principale faction rebelle du Darfour signent l'accord de paix

 

Le gouvernement soudanais et la faction majoritaire du mouvement rebelle du Darfour ont signé hier à Abuja l'accord de paix dans cette province soudanaise présenté par la médiation de l'Union Africaine et la communauté internationale, a constaté un journaliste de l'AFP.

L'accord de paix sur le Darfour a été signé par la faction majoritaire du Mouvement/Armée de libération du Soudan (SLM) dirigée par Minni Minnawi et par le gouvernement soudanais, représenté par son négociateur en chef Magzoub al-Khalifa, lors d'une cérémonie à Aso Rock, le palais présidentiel nigérian.

En revanche, l'autre rébellion, le Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM), est restée campée sur ses positions de refus de cet accord de paix, de même que la faction minoritaire du SLM dirigée par Abdel Wahid Mohammad al-Nour. Le président du Nigeria, Olusegun Obasanjo, hôte des pourparlers intersoudanais depuis presque deux ans, et le président en exercice de l'Union africaine (UA) le Congolais Denis Sassou N'Guesso assistaient à cette cérémonie, ainsi que le médiateur en chef de l'UA, le Tanzanien Salim Ahmed Salim, a constaté l'AFP.

Les responsables de l'UA et les partenaires internationaux de la médiation ont eu toute la journée des consultations avec les délégués de Khartoum et des deux factions du SLM pour aboutir à cette ratification, qui intervient après deux ultimatums de la médiation.

La faction du SLM de M. al-Nour ne s'est pas encore exprimée sur son choix, alors que des bruits de couloirs faisaient état de son ralliement à la position de la faction majoritaire dans l'après-midi vendredi.

Le JEM, qui s'est refusé à retourner à la table des négociations hier, estime que le projet ne répond notamment pas à sa demande de faire du Darfour une seule région autonome au lieu des trois entités actuelles, qu'il qualifie de point «non négociable », a déclaré son négociateur en chef, Ahmad Tugod. Le secrétaire d'État adjoint américain, Robert Zoellick, qui a pris une part active à l'obtention de ce consensus, avait précisé peu avant la cérémonie de signature, que le texte fait également « obligation à Khartoum de désarmer et de neutraliser les djandjawid ». Les milices arabes progouvernementales djandjawid sont accusées des pires atrocités depuis le début de la guerre au Darfour il y a trois ans : viols, massacres de civils, pillages, qui ont poussé Washington a accuser Khartoum de « génocide ».

 

Mai 2006

La paix au Darfour progresse un petit peu

Libération avec Reuters,-5 mai 2006

 

Le principal mouvement rebelle est prêt à signer l'accord proposé par l'Union africaine et soutenu par les Etats-Unis et l'Union européenne • Une autre branche de la rébellion maintient ses exigences •

 

Le suspense continue à Abuja, au Nigeria, où d'intenses négociations sont menées depuis plus d'une semaine pour tenter d'arracher un accord de paix au Darfour (Soudan). Vendredi matin, le principal mouvement rebelle, le Mouvement/armée de libération du Soudan, qui a pris les armes, début 2003, dans cette province de l'ouest du Soudan contre le régime de Khartoum a indiqué qu'il était prêt à signer l'accord de paix proposé par l'Union africaine, et soutenu par les Etats-Unis et l'Union européenne. Tout comme le gouvernement soudanais. Mais une autre faction rebelle, le Mouvement pour l'égalité et la Justice , lui, refuse toujours de signer. Le MEJ exige un poste de vice-président, des réparations financières pour les victimes du conflit, ainsi que le versement de 6,5% du PNB soudanais à un fond de développement de la province.

Les Etats-Unis jouent un rôle de premier plan dans les pourparlers au Nigeria. Présent à Abuja, le numéro 2 du département d'Etat, Robert Zoellick, a amendé le document proposé par l'UA pour offrir aux rebelles des garanties supplémentaires sur leur intégration au sein de l'armée soudanaise et sur le désarmement des milices Jenjawids, accusées d'être responsables d'atrocités massives contre la population. En trois ans et demi, on estime que près de 300.000 personnes ont trouvé la mort au Darfour. Deux millions de personnes sont déplacées, et plus de 200.000 ont trouvé refuge au Tchad voisin.

La résolution du conflit au Darfour est considérée comme un test primordial pour l'Union africaine, qui s'est engagée à résoudre elle-même les problèmes sur le continent. Elle est d'autant plus urgente que le conflit a débordé sur le Tchad voisin, déstabilisant le régime du président Déby. Mais un éventuel accord de paix pourrait aussi inciter d'autres populations soudanaises, notamment dans l'est du pays, à se soulever contre le régime de Khartoum pour obtenir, à leur tour, des avantages économiques et politiques. En janvier 2005, les Etats-Unis étaient parvenus à arracher un accord de paix entre Khartoum et le Sud-Soudan, mettant fin à 22 ans de guerre.

 

Mai 2006

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La principale faction rebelle accepte l'accord de paix, selon l'UA

Jeune Afrique, avec AFP, 5 mai 2006

 

La principale faction rebelle du Darfour, le Mouvement/armée de libération du Soudan, dirigée par Minni Minnawi, a accepté vendredi à Abuja de ratifier l'accord de paix, a indiqué Noureddine Mezni, porte-parole de la médiation de l'Union Africaine (UA).

"Minni Minnawi du Mouvement/Armée de libération du Soudan (SLM) a accepté de signer l'accord de paix, bien qu'il ait exprimé des réserves sur le partage du pouvoir", a assuré M. Mezni.

Un porte-parole du SLM contacté par l'AFP à Abuja a confirmé l'accord de cette faction majoritaire des rebelles du Darfour.

"La dernière décision que nous avons prise est d'accepter la proposition de l'UA avec les nouveaux changements", a déclaré Self Eldin Haruon, porte-parole de la faction de M. Minnawi du SLM.

Il a toutefois confirmé qu'il restait des points à améliorer "sur le partage du pouvoir et les arrangements sécuritaires".

"Mais nous devons nous asseoir avec les autres du SLM et le JEM (Mouvement pour l'égalité et la Justice ) pour discuter", a-t-il ajouté soulignant que les trois factions rebelles "doivent trouver une position commune sinon il y aura des problèmes".

Le JEM et la faction Al Nur du SLM sont minoritaires, mais les rebelles avaient décidé d'agir aux négociations dans le cadre d'un front commun.

Dans la nuit de jeudi à vendredi, ces deux factions rebelles avaient annoncé qu'elles souhaitaient de nouveaux aménagements du projet d'accord de paix présenté par l'UA aux parties le 23 avril, alors que la communauté internationale et l'UA avaient déjà accordé des concessions, acceptées par Khartoum.

Jeudi, la présidence autrichienne de l'Union européenne (UE) avait pressé les rebelles de signer l'accord de paix, jugeant "irresponsable" un éventuel refus.

De son côté le secrétaire général adjoint de l'Onu pour les affaires humanitaires, Jan Egeland, a rappelé la catastrophe humanitaire du Darfour, alors que les violences contre les populations civiles n'ont pas cessé.

"Les populations du Darfour ont un besoin urgent d'aide humanitaire, mais bien plus, elles ont besoin de la paix, pas seulement d'un papier à Abuja, mais d'un accord appliqué sur le terrain jusque dans chaque village", a insisté M. Egeland.

Depuis trois ans, le conflit du Darfour et la crise humanitaire ont fait de 180.000 à 300.000 morts et 2,4 millions de déplacés et réfugiés, selon des estimations internationales

 

 

Mai 2006

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L'accord de paix en trois points

Le Figaro avec AFP, 5 mai 2006

Le désarmement : Une semaine après la signature de l'accord, le processus de désarmement doit commencer sous le contrôle de la force de paix de l'Union Africaine. Objectif : l'intégration des rebelles du Darfour dans les forces armées Soudanaises. La question du nombre de rebelles qui pourront être intégrés constituait l'une des pierres d'achoppement des dernières négociations. Tout comme l'épineuse interrogation autour des Djandjawids, ces milices accusées de la majorité des atrocités commises en deux ans de guerre civile. Ils sont placés sous la responsabilité de Khartoum, qui devra les désarmer.

Le partage du pouvoir : Il est « vital pour l'unité nationale », reconnaît l'accord, qui prévoit qu'il se fera « sur la base d'élections libres et transparentes », pour élire un gouvernement qui instaurera « le fédéralisme ». Les droits fondamentaux sont réaffirmés, dont la liberté de religion, l'une des causes du conflit. «La fonction publique, les forces armées nationales, la police et les services de renseignements doivent refléter à tous les niveaux une représentation équitable et juste de tous les citoyens, y compris ceux du Darfour», ajoute le texte. Mais pour l'instant, autre point de désaccord, les rebelles n'obtiennent pas de vice-présidence, et doivent se contenter d'un poste de « conseiller spécial » .

Référendum et aide financière :Un référendum doit être organisé rapidement. Il permettra aux populations du Darfour de choisir entre le maintien de l'organisation actuelle, qui divise le Darfour en trois régions et la création d'une province unique, souhaitée par les rebelles. Enfin, le texte affirme que « la réhabilitation et la reconstruction du Darfour est une priorité », et ordonne au gouvernement soudanais d'allouer 300 millions de dollars à la province du Darfour pour cette année, en plus de la dotation normale, et 200 millions supplémentaires pour les deux ans qui viennent.

Mai 2006

Darfour : la paix signée, avec des réserves

Le Figaro avec AFP, 5 mai 2006

 

La principale faction rebelle du Darfour a accepté l'accord négocié sous l'égide de l'Union africaine, après avoir dans un premier temps quitté la table des discussions. Les deux autres groupes rebelles de la région soudanaise ont eux annoncé vendredi matin qu'ils ne signeraient pas le plan soumis lors des pourparlers avec le gouvernement de Khartoum.

 

Abuja, la capitale nigériane, qui accueille les négociations entre rebelles et gouvernement soudanais pour régler le conflit du Darfour, a vécu vendredi une journée d'incertitudes. Après une rupture brutale des négociations au petit matin, le gouvernement soudanais et la principale faction rebelle du Darfour, le Mouvement/armée de libération du Soudan (ALS), dirigée par Mini Minawi, ont signé l'accord de paix , préparé par la médiation de l'Union Africaine et la communauté internationale.

«Minni Minawi a accepté de signer l'accord de paix, bien qu'il ait exprimé des réserves sur le partage du pouvoir», déclarait le porte-parole de l'Union africaine. En revanche, Abdelwahid Muhamed El Nur, qui dirige la faction minoritaire de l'ALS, a quitté la table des négociations en déclarant: «Nous n'allons pas signer». Un peu plus tôt, Ahmed Tugod, négociateur pour le Mouvement pour la justice et l'égalité (MJE), avait expliqué que les discussions achoppaient principalement sur l'exigence des rebelles d'obtenir le poste de second vice-président. «Nous avons décidé de ne pas le signer tant que des changements ne seront pas faits». Une position confirmée après l'annonce de la signature par l'ALS de Mini Minawi. Le porte-parole de ce dernier déclare la nécessité de l'unité de la rébellion. «Nous devons nous asseoir avec les autres pour discuter», a

 

«Le moment pour leurs dirigeants d'avancer et d'aider leur peuple»

 

«Nous avons fait comprendre aux rebelles que les gens meurent là-bas. Il faut qu'ils y pensent. C'est le moment pour leurs dirigeants d'avancer et d'aider leur peuple», a-t-il déclaré Robert Zoellick, le sous-secrétaire d'Etat américain, avant de lâcher : «Il y a de grandes occasions que de bons dirigeants peuvent saisir, mais c'est la direction de ces mouvements qui pose problème». En début d'après-midi, Zoellick montait la pression d'un cran: l'accord fait «obligation à Khartoum de désarmer les Djandjawid», ces milices utilisées par le gouvernement pour répandre la terreur dans la province. Une pierre dans le jardin des mouvements rebelles, auquel Zoellick adresse un autre message, celui de la normalisation. Il est temps «de conmmencer le processus d'intégration» de leurs troupes dans les forces de sécurité du Soudan, a précisé l'envoyé américain, avant de conclure : «l'accord crée aussi des opportunités politiques, donc les gens vont devoir décider s'ils veulent en faire partie ou non».

Le projet en passe d'être accepté a été mis au point avec l'aide de la diplomatie américaine. Il prévoit notamment l'intégration d'au moins 4.000 combattants des forces rebelles dans les rangs de l'armée soudanaise, et d'un millier d'autres dans la police. Mais la principale revendication des rebelles sur le statut du Darfour n'est toujours pas entendue. Ils réclament la réunion en une seule entité de cette zone frontalière du Tchad d'environ 500.000 km2 carrés et six millions d'habitants, actuellement découpée en trois régions.

 

La pression de la communauté internationale

 

Parallèlement aux efforts des partenaires internationaux (Etats-Unis, Grande-Bretagne, France, Canada, Ligue Arabe, Erythrée, Union européenne et Libye), l'UA avait organisé jeudi soir un «mini-sommet» exclusivement consacré à la question du Darfour. Le président en exercice de l'UA, le Congolais Denis Sassou N'Guesso, le président de la Commission de l'Union, le Malien Alpha Oumar Konaré, et le président nigérian Olusegun Obasanjo participaient à cette réunion, ainsi que Robert Zoellick et le ministre britannique du développement international, Hilary Benn.

Jeudi, la présidence autrichienne de l'Union européenne (UE) avait pressé les rebelles de signer l'accord de paix, jugeant «irresponsable» un éventuel refus. De son côté le secrétaire général adjoint de l'Onu pour les affaires humanitaires, Jan Egeland, a rappelé la catastrophe humanitaire du Darfour, alors que les violences contre les populations civiles n'ont pas cessé.

«Les populations du Darfour ont un besoin urgent d'aide humanitaire, mais bien plus, elles ont besoin de la paix, pas seulement d'un papier à Abuja, mais d'un accord appliqué sur le terrain jusque dans chaque village», insistait-il. Depuis trois ans, le conflit du Darfour et la crise humanitaire ont fait de 180.000 à 300.000 morts et 2,4 millions de déplacés et réfugiés.  

 

Mai 2006

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 Pékin, attiré par l'odeur de l'or noir  

Le Monde, Jean-Michel Bezat, 5 mai 2006

 

Devant 600 hôtes triés sur le volet, le 10 octobre 2003, le président tchadien, Idriss Déby, ouvrait la vanne d'un gisement pétrolier, consacrant l'entrée de son pays dans le club des producteurs d'or noir.

En 1999, après la mise au jour des gisements, il avait accepté des contreparties au financement international d'un oléoduc reliant ceux-ci aux côtes du Cameroun. Il promettait la transparence de la gestion des pétrodollars et leur juste répartition : 70 % aux secteurs prioritaires (santé, eau, éducation, développement rural...), 15 % au budget de l'Etat, 10 % à un fonds de réduction de la pauvreté, 5 % enfin revenant aux collectivités de la région pétrolifère de Doba. Mais, en janvier 2006, M . Déby rompait l'accord qui le liait à la Banque mondiale, entraînant la suspension des aides. Ayant détourné les revenus pétroliers, il a fini par transiger, fin avril, pour obtenir la reprise de certaines aides.

Les 200 000 barils de brut pompés chaque jour doivent rapporter 80 millions de dollars (près de 65 millions d'euros) par an au Tchad - la moitié du budget national. Mais le pétrole n'a pas fait reculer la misère. Les réserves (900 millions de barils) seront exploitées par deux compagnies américaines (ExxonMobil à 40 % et Chevron à 25 %) et la société malaise Petronas (35 %).

De possibles découvertes futures de gisements, plus au nord, intéressent la Chine. Pékin est accusé de soutenir la rébellion contre M. Déby. Déjà très implantée au Soudan voisin, la Chine est intéressée à ce que le pétrole tchadien ne soit pas seulement écoulé, comme actuellement, vers l'Atlantique, mais aussi, comme celui du Soudan, vers la mer Rouge, d'où il pourrait poursuivre sa route, par l'océan Indien, vers ses côtes.

 

Mai 2006

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Les conflits tchado-soudanais : enjeux régionaux et globaux

Le Monde, Jean-Philippe Rémy, 5 mai 2006

 

Après le Darfour, le Tchad ? En 2003, la guerre civile entamée dans l'ouest du Soudan menaçait de contaminer le Tchad, qui y jouait un rôle discret, mais prépondérant. Trois ans plus tard, le débordement du conflit semble se réaliser.

Le 13 avril, des rebelles tchadiens ayant leurs bases arrière au Soudan sont arrivés aux portes de N'Djamena. Leur Blitzkrieg a échoué, mais aux frontières du pays et à l'intérieur des groupes armés sont toujours sur le pied de guerre. Alors qu'au Tchad une élection présidentielle pratiquement vidée de son sens devrait conduire à la réélection d'Idriss Déby, mercredi 3 mai, des groupes rebelles basés au Soudan menacent d'attaquer à nouveau.

Après l'implosion du Darfour, le Tchad et le Soudan semblent à deux doigts d'entrer en guerre, déclenchant une onde de choc qui ébranlerait toute la région. Mais l'engrenage qui ferait de cette région de passage et de transit une nouvelle "diagonale du fou" des conflits africains n'est pas une fatalité.

 

Une crise profonde

Pour les régimes tchadiens, la menace vient généralement de l'est, particulièrement du Soudan, base arrière idéale pour se lancer à l'assaut du pays et du pouvoir, comme ce fut le cas d'Idriss Déby en 1990, parti du Darfour pour renverser Hissène Habré grâce à un soutien soudanais, français et libyen.

Cette fois, le Soudan est le seul à soutenir ouvertement les rebelles. Mais le problème du Tchad, loin de se limiter à des renversements d'alliance, est avant tout interne. Affecté par une grave maladie de foie qui exigerait une tempérance à laquelle il se refuse, Idriss Déby a vu sa base rétrécir au fil des ans, au point de n'être plus à la tête que d'un groupe ethnique divisé, les Zaghawas.

Le président tchadien, élu deux fois de façon contestée, a autoritairement fait modifier la Constitution afin de briguer un troisième mandat, avec pour effet de braquer contre lui une partie des barons du régime. Ceux-ci s'inquiètent de le voir se maintenir à la tête d'un Etat en plein délitement, au risque de tout perdre en cas de changement brutal de régime. C'est dans ce climat de crise intérieure qu'est intervenue la "régionalisation" de la crise au Darfour.

 

Le Darfour, abcès de fixation régional

Sous des apparences de guerre civile soudano-soudanaise - des rebelles appartenant à des ethnies dites "africaines" se battent contre l'armée et ses supplétifs janjawids, recrutés surtout parmi les tribus dites "arabes" -, des troubles à grande échelle dans l'ouest du Soudan ont pris, dès 2003, une dimension tchadienne. Une partie des rebelles soudanais de l'Armée de libération du Soudan (SLA), comme ceux du Mouvement pour l'égalité et la justice (JEM), ont bénéficié du soutien militaire du Tchad, en raison de solidarités à la fois ethniques et historiques.

Bon nombre de chefs rebelles du Darfour sont des Zaghawas, côté Soudan. Idriss Déby est leur débiteur historique depuis sa course au pouvoir. En 1989, conseiller militaire d'Hissène Habré, il avait été accusé de préparer un coup d'Etat avec deux responsables zaghawas. Seul à échapper à la mort parmi les conjurés, il n'avait dû son salut qu'à l'aide de Zaghawas du Darfour. Et c'est à partir du Darfour, avec un parrainage soudanais, qu'il avait lancé sa conquête du Tchad.

Lorsque la guerre civile a éclaté au Darfour en 2003, les solidarités claniques et historiques ont été réactivées. Les nationalités, dans ce contexte, sont devenues des concepts flottants. D'anciens officiers de la garde présidentielle d'Idriss Déby ont fait leur réapparition en commandants militaires dans la rébellion darfourienne, selon une source militaire française qui les avait... entraînés quelques années auparavant, avant de les retrouver lors d'une mission au Darfour.

Allié à Idriss Déby, Paris a d'abord apporté une aide ponctuelle et indirecte, qualifiée d' "humanitaire" , aux rebelles soudanais, notamment en évacuant en Transall des blessés du Darfour, rebelles de la SLA ou soldats tchadiens pêle-mêle. L'implication française est restée anecdotique mais a contribué à la dégradation des relations entre Paris et Khartoum, excellentes quelques années plus tôt.

partisan d'une solution militaire qui conduirait à l'écrasement du soulèvement darfourien par une politique de terre brûlée menée par les janjawids, les "cavaliers de l'Apocalypse" au Darfour, le Soudan devait couper les lignes d'approvisionnement de ses rebelles. Il a fait pression sur le président Déby pour que cessent livraisons d'armes et appui tactique. Celui-ci s'est exécuté, au moins en partie, sans pouvoir empêcher certains dignitaires du régime, dont son propre frère, de continuer à acheminer de l'aide au Darfour. Ses réticences lui ont aliéné une partie du groupe des Zaghawas.

A la même période, un obscur capitaine installé au Darfour, qui avait accompagné Idriss Déby dans sa prise du pouvoir en 1990 avant d'entrer en rébellion en 1994, attendait son heure. Mahamat Nour, responsable du groupe rebelle l'Alliance nationale de la résistance (ANR, dont le chef a rallié le régime de N'Djamena en 2003), s'était engagé aux côtés des janjawids. Appartenant à l'ethnie tama, très hostile aux Zaghawas, Nour a combattu les rebelles darfouriens de la SLA , en espérant bénéficier, en retour, de moyens pour attaquer le Tchad, comme il le déclarait au Monde dès janvier 2005.

Fort seulement de quelques centaines de combattants à l'origine, Nour avait l'avantage d'entretenir des relations avec les milieux d'affaires soudanais, notamment pétroliers, tout en revendiquant une participation comme mercenaire dans plusieurs guerres régionales. Dès 2003, les activités de ses hommes inquiétaient N'Djamena.

Cela a donné une raison de plus au Tchad d'intervenir indirectement au Darfour. En appuyant les rebelles darfouriens, N'Djamena pouvait aussi espérer se débarrasser de la menace Nour. Au Darfour, une petite guerre tchado-tchadienne a eu lieu, loin des regards. Elle portait en germe l'extension du conflit

 

Que cherche Khartoum ?

Pour Khartoum, résoudre le problème du Darfour est une urgence. Les pressions internationales se multiplient pour que le Soudan accepte le déploiement d'une force des Nations unies dans l'Ouest (parallèlement aux casques bleus déjà déployés au sud du Soudan). Il y est hostile, comme la Libye , qui ne souhaite pas voir son aire d'influence piétinée par des forces onusiennes. Ses dirigeants redoutent qu'une mission dotée d'un mandat robuste constitue une menace pour certains de ses responsables impliqués dans les atrocités au Darfour, qui pourraient avoir fait plus de 180 000 morts. Une résolution de l'ONU prévoit de déférer ces derniers devant la Cour pénale internationale (CPI). Paris, qui a joué un rôle important dans le vote de cette résolution, en 2005, est désormais à couteaux tirés avec Khartoum.

En portant la guerre au Tchad, le Soudan peut espérer déstabiliser la région au point de geler le déploiement de la mission de l'ONU, prévu pour octobre. Aucune des missions d'évaluation onusiennes qui devraient déjà être en cours n'a pu obtenir l'autorisation de se rendre au Darfour. Mais, en appuyant des rebelles tchadiens du Front uni pour le changement (FUC) et du Socle pour l'unité et le changement démocratique (SCUD), Khartoum a aussi provoqué une escalade aux conséquences imprévisibles. Les rebelles du Darfour, désormais, se sont installés côté Tchad, recrutent dans les camps de déplacés soudanais et, surtout, combattent aux côtés de l'armée tchadienne.

 

Quel est le rôle de la France ?

Le Tchad est un pivot dans la chaîne des alliés de Paris en Afrique. La France n'a donc pas ménagé son soutien à Idriss Déby. Depuis les "coups de semonce" tirés par des avions de chasse français près des colonnes rebelles, dans l'est du Tchad et à proximité de N'Djamena, à la communication de renseignements sur la progression des forces du FUC vers la capitale, le "coup de main" , selon une source militaire, a été sérieux.

"Quand on a vu que les rebelles avançaient, nous avons proposé au président (Déby) de lui envoyer des avions pour ramener à N'Djamena une partie de ses troupes, dont le gros était déployé à l'Est. Il nous a répondu qu'il pensait pouvoir tenir avec quelques centaines d'hommes dans la capitale. Et il s'est battu" , indique un responsable du dossier Tchad à Paris.

Sans franchir la ligne rouge qui l'amènerait à se battre, par groupes interposés, avec le Soudan, la France a opté, jusqu'ici, pour un soutien à Idriss Déby, que la même source qualifie d' "allié naturel" et de "seul garant contre la somalisation" du Tchad, dans le cas où une coalition rebelle prendrait le pouvoir. Certains responsables français croient même que la chute du président Déby pourrait, par "effet dominos" , entraîner celle d'autres de ses pays alliés régionaux, à commencer par le président Bozizé en Centrafrique, installé au pouvoir par des soldats tchadiens en mars 2003 avec la bénédiction de Paris. Ventre mou régional, ce pays est déjà victime de la multiplication des "coupeurs de route" qui pullulent entre lui, le Cameroun, le Tchad et le Darfour, où des rebelles s'implantent.

 

Un champ de bataille entre Etats-unis et Chine ?

Dans la région, la Chine est un nouveau venu aux vastes ambitions. Pékin joue là, comme ailleurs, l'avenir de ses approvisionnements en pétrole, un débouché pour ses produits et un point d'ancrage de son influence. Ces ambitions sont déjà réalisées au Soudan, où la China National Petroleum Corporation (CNPC) est majoritaire au consortium qui fait couler le pétrole dans le centre du pays, à un moment où Washington, viscéralement opposé au pouvoir de Khartoum, tente d'étouffer économiquement le régime du président Omar Al-Bachir. La Chine efface une partie de la facture de ses achats de pétrole au Soudan par des livraisons d'armes. Elle y a même ouvert plusieurs usines de matériel militaire.

Cela ne fait pas nécessairement de Mahamat Nour, le chef rebelle du FUC, une marionnette de Pékin, chargée de conquérir les champs pétrolifères tchadiens afin d'y contrer à la fois l'influence américaine et les relations diplomatiques avec Taïwan. D'ailleurs, de façon discrète, la CNPC est déjà présente dans l'exploration de champs pétrolifères près de Bongor, au sud de N'Djamena, associée à la compagnie canadienne Encana.

Mai 2006

 

Révolte dans un camp de déplacés au Darfour, rapporte l'UNMIS

All Africa Com, New York , 4 mai 2006

Quelque 2 500 personnes qui vivent dans le camp de Kalma au Darfour ont protesté contre la montée de l'insécurité, dénoncé l'échec de l'Union africaine à protéger les populations civiles et appelé au déploiement d'une force des Nations Unies sur le terrain, a rapporté aujourd'hui la Mission de l'ONU au Soudan.

La Mission des Nations Unies au Soudan (UNMIS selon son acronyme anglais), chargée d'appuyer l'accord de paix signé le 9 janvier 2005 entre le gouvernement et les rebelles du Sud, fait savoir que 2 500 « déplacées internes » ont protesté dans le camp de Kalma au Darfour, a informé Stéphane Dujarric, le porte-parole du Secrétaire général, dans son point de presse quotidien.

Le camp de Kalma est situé à côté de l'une des bases de la force de l'Union africaine (UA) qui a 7 000 soldats sur le terrain, a-t-il précisé.

« Les représentants du camp ont fait circuler une lettre dans laquelle ils se plaignent de l'insécurité croissante dans les camps. Ils mentionnent que les attaques à main armée et les viols continuent dans les camps. Ils dénoncent l'échec de l'UA à protéger les camps de déplacés et le manque d'assistance humanitaire », a indiqué le porte-parole.

« Ils appellent au déploiement immédiatement d'une force des Nations Unies et à une compensation pour leurs pertes », a-t-il ajouté.

Le camp de Kalma, le plus grand camp de réfugiés de la région du Darfour, était géré par une organisation non gouvernementale norvégienne, le Norwegian Refugee Council (NRC), jusqu'à son expulsion par le gouvernement soudanais au début du mois d'avril (dépêche du 5.04.06).

Le Coordonnateur des secours d'urgence des Nations Unies, Jan Egeland, avec exprimé sa consternation, rappelant que le NRC avait fait un excellent travail, selon ses partenaires humanitaires et les donateurs, mais aussi selon les autorités locales.

« Avec 90 000 réfugiés, ce camp souffrait d'une grave désorganisation et d'un taux de mortalité parmi les plus élevés du Darfour. Grâce au travail du NRC, et de ses partenaires, c'est maintenant un camp bien géré, avec tout le nécessaire et où les tensions sont gérées efficacement » avait ajouté le responsable de l'assistance humanitaire des Nations Unies.

Depuis lors, la situation s'est détériorée.

Le 11 avril dernier, le Conseil de sécurité avait donné son accord au déploiement d'une force des Nations Unies au Darfour, qui devra remplacer définitivement la force de l'Union africaine, d'ici au 30 septembre (dépêche du 11.05.06).

Mais le gouvernement du Soudan refuse pour l'instant à l'ONU l'envoi d'une mission préparatoire sur le terrain (dépêche du 26.04.06).

En visite au Soudan depuis de quatre jours, Louise Arbour, Haut Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, a par ailleurs rencontré des haut représentants du gouvernement soudanais à Khartoum, a annoncé Stéphane Dujarric.

La Haut Commissaire s'est déclaré préoccupée par une nouvelle loi qui impose de nouvelles restrictions aux organisations non gouvernementales.

Louise Arbour s'est aussi dit préoccupée par « la présence envahissante des membres des forces de sécurité du gouvernement et des services secrets, plus particulièrement dans la région du Darfour » qu'elle vient de visiter .

Elle a enfin demandé un meilleur accès aux centres de détention, y compris ceux tenus par les services de sécurité nationaux, pour les personnes chargées de suivre la situation des droits de l'homme dans le pays.

Le conflit entre les mouvements rebelles du Darfour et le gouvernement du Soudan a débuté en février 2003. Il a déjà provoqué la mort de près de 400.000 civils et le déplacement de plus de deux millions de personnes - dont 200.000 au Tchad.

Le 7e round de négociations des pourparlers d'Abuja pour un accord de paix au Darfour se poursuit.

 

Mai 2006

 

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Interview d'Al-Tourabi, le « pape noir de l'islamisme », ancien protecteur du chef d'Al-Qaeda : «  Ce que je sais de Ben Laden »

 

Le point, 4 mai 2006

 

L'ancienne éminence grise du régime soudanais, Hassan al-Tourabi, a accueilli Ben Laden de 1991 à 1996. « Le Point » l'a rencontré.

 

Propos recueillis à Khartoum par Christophe Deloire

C ela commence avec un tremblement de la voix, une excitation qui enfle avant d'éclater en un rire de bon coeur. Hassan al-Tourabi parle avec malice et un talent consommé pour les civilités. Qu'on le surnomme « le pape noir du terrorisme », le voilà qui glousse comme un bon camarade plutôt que de hurler au scandale. Cet homme toujours vêtu de blanc n'est peut-être pas d'une probité candide. Le rapport de la commission d'enquête américaine sur les attentats du 11 septembre 2001 lui consacre plusieurs pages. En résumé, en 1991, celui qui était l'éminence grise du régime de Khartoum avait proposé à Ben Laden de s'installer au Soudan. Jusqu'en 1996, depuis ce pays, Al-Qaeda fomenta ses premiers attentats antiaméricains, perpétrés en Arabie saoudite et au Yémen. Selon les rapporteurs américains, Al-Tourabi aurait favorisé les activités commerciales et djihadistes de Ben Laden pendant ces années.

Curieux parcours que celui de cet islamiste cultivé. Né en 1932 dans la classe moyenne, il a poursuivi ses études de droit en Grande-Bretagne et obtenu un doctorat à la Sorbonne en 1964, après plusieurs années passées en France. En 1983, procureur général du Soudan, il approuve l'instauration de la charia. Ministre de la Justice , il la fait appliquer. En 1989, il contribue à renverser le président élu, qui se trouve être son beau-frère, au profit d'un général sans expérience, Omar al-Bachir, aujourd'hui encore président du Soudan.

Sans fonction officielle, mais doté d'un puissant pouvoir de l'ombre, Al-Tourabi impose des idées tirées des doctrines islamistes. Le Soudan est alors mis au ban de la communauté internationale. En 1996, Al-Tourabi est élu président du Parlement, réélu en 1998, mais, deux ans plus tard, il tente de limiter les prérogatives du président et voilà son assemblée dissoute. Pendant cinq ans, il passera une partie de son temps en détention. Khartoum lui reproche notamment de soutenir les rebelles au Darfour. « Je suis juste pour la décentralisation », dit-il aujourd'hui. Al-Tourabi semble changer. A la tête d'un parti islamiste, le Congrès populaire, il vient de défendre le principe du mariage des femmes musulmanes avec des chrétiens et des juifs, et même d'affirmer que la femme est l'égale de l'homme et qu'elle peut prêcher. Si bien que, le 23 avril, le comité des théologiens musulmans a réclamé qu'il soit jugé pour apostasie. Ironie de l'histoire : autrefois, Al-Tourabi avait fait condamner à mort pour ce même grief un penseur musulman trop libéral à ses yeux.

C'est ce personnage sulfureux que Le Point a rencontré chez lui à Khartoum, quelques jours avant que Ben Laden se rappelle au bon souvenir du monde dans un message où il évoque le Soudan

 

Le Point : Comment êtes-vous entré en contact avec Oussama ben Laden ?

 

Hassan al-Tourabi : Il vivait dans mon quartier, à moins de 1 kilomètre d'ici. Il est venu me rendre visite, comme tant de personnes de passage au Soudan. Il était assis sur ce siège, dans cette pièce. Mais, vous savez, je ne reçois pas que des terroristes, aussi des businessmen, des agents secrets, des journalistes ! ( rires. )

 

Vous avez eu des liens étroits avec lui, si l'on en croit le rapport de la commission d'enquête américaine sur le 11 septembre 2001.

 

Non. Je l'ai seulement vu une fois ou deux. Comme sa famille était dans la construction, il voulait réaliser des investissements dans le secteur routier. Il avait un emploi du temps très chargé, on ne le voyait pas beaucoup. Il oeuvrait aussi dans l'agriculture et l'élevage. Ici, personne ne connaissait son visage. Il n'a jamais fait de discours public. Il a juste serré la main du président Al-Bachir devant une caméra de télévision, lors de l'inauguration d'une route que son entreprise avait construite, au nord de Khartoum. Et il s'était occupé aussi de l'aéroport de Port-Soudan.

 

De quoi parliez-vous avec lui ?

 

De l'Afghanistan, de la révolution algérienne, de la révolution française... Il m'a raconté comment les Américains entraînaient des hommes pour lui et le finançaient pendant la guerre d'Afghanistan.

 

Quelle impression vous a-t-il faite ?

J

Je ne dirais pas qu'il était stupide, mais je me suis dit qu'il n'était pas très ouvert d'esprit, qu'il n'avait pas de culture internationale. C'était un businessman, mais pas doté d'un talent d'organisateur. La preuve, c'est que pour le business d'Al-Qaeda il a besoin d'une assistance, celle des Egyptiens autour d'Al-Zawahiri. Il semblait quelqu'un de calme, qui ne vous ferait pas de mal.

 

Les Américains, pourtant, le traquaient déjà.

 

La plus grande folie des Américains et des Britanniques a été de faire pression pour que le Soudan l'expulse. S'ils avaient procédé autrement, tout cela n'aurait pas eu lieu.

 

Vous faites référence au 11 Septembre...

 

Je ne crois pas que Ben Laden soit responsable de tout ce qu'on lui attribue, et en tout cas pas des attentats à New York et Washington. Il peut avoir agi en Afrique de l'Est, dans son voisinage immédiat ; en outre, il avait des liens avec des mouvements somaliens. Mais les Etats-Unis, l'aviation, ce n'était pas son affaire. Ces attentats sont la conséquence de la culture américaine : les films de cow-boy, les films d'action, la violence, boum, boum, boum ( rires ). Ce n'est pas lui qui a entraîné ces gens.

 

Le moins que l'on puisse dire, c'est que lui-même, dans ses messages, ne conteste pas sa responsabilité.

 

Il donne des interviews, de manière opportuniste... Il n'est pas très différent des hommes politiques en Occident ! ( rires. )

 

Si vous l'aviez à nouveau en face de vous, que lui diriez-vous ?

 

Que je lui reproche d'avoir créé un état d'esprit, une ambiance de violence anti-occidentale. Or l'Occident retourne cette violence contre les musulmans, en Palestine, en Irak.

 

A votre avis, où se trouve-t-il ?

 

Probablement quelque part dans l'est de l'Afghanistan, où les Américains essaient de le capturer. Ils essaient d'infiltrer les tribus locales. Mais vous pouvez payer des tonnes d'or, les gens préfèrent mourir que de trahir.

 

Vous étonnez-vous qu'il tente d'incarner l'islam ?

 

Il est le leader de l'énergie, de l'action, une sorte de voiture sans chauffeur. Al-Zawahiri est un médecin. C'est un politique. Ben Laden, lui, parle de principes, de valeurs, de la religion.

 

Pourquoi est-il un mythe aujourd'hui ?

 

A cause de la presse. Il est populaire parce que les gens lisent les journaux. Ben Laden est toujours à la télévision. Vous voulez un conseil ? Rendez-lui une totale liberté. Si les Américains le tuaient, ils en feraient un martyr. Chez nous, le petit-fils du Mahdi, martyr au XIXe siècle, est toujours vénéré. Ben Laden est une sorte de Mahdi, en version internationale. Vous aussi, en France, vous avez des héros historiques, qui se transforment en légendes s'ils sont tués. Si Ben Laden pouvait aller et venir librement, il redeviendrait un politicien normal.

 

C'est inimaginable !

 

Vous détestez Ben Laden, les jeunes musulmans affichent donc son portrait. Je vous donne un exemple personnel. On me dit que maintenant mon portrait est dans certaines maisons en France, parce que des journaux ont écrit que j'étais « le pape noir de l'islamisme ». Je ne suis pas pape et je n'ai tué personne. En matière de pape, j'ai juste été reçu par Jean-Paul II au Vatican, en 1993.

 

Dans son édition du 19 janvier 2006, Le Point révélait que vous aviez présenté Oussama ben Laden au général Rondot, un important officier français du renseignement, en 1994.

 

Je n'aurais jamais présenté Ben Laden à un Français ou un Américain. Il n'a pas la même éducation. Il est impossible de communiquer avec de telles différences culturelles. Moi,je peux communiquer avec vous car j'ai fait mes études à Paris. Et je ne vois pas qui est Rondot.

 

Vous savez bien, c'est avec lui que vous avez négocié l'opération des services français qui ont récupéré le terroriste Carlos ici, à Khartoum, en 1994.

 

J'ai lu un livre sur Carlos avant même qu'il vienne au Soudan. Les services de sécurité avaient des contacts avec lui. Moi, je ne l'ai jamais rencontré et je n'ai jamais suggéré qu'il soit livré. Dans le livre qu'il a écrit en prison, il dit qu'il est très énervé contre moi, mais il se trompe.

 

Mais les autorités françaises ne cachent pas que vous les avez aidées à récupérer ce terroriste. Et vous-même le disiez il y a quelques années.

 

Les Français ont pensé que j'étais l'instigateur de cette opération. Ce n'est pas le cas. Les services de sécurité soudanais, ne pouvant tout de même pas lui donner un passeport diplomatique, voulaient qu'il quitte le pays.

 

Et vos relations avec Rondot ?

 

En fait, je me souviens de l'avoir rencontré une fois et une seule, alors que je me rendais en Espagne sur un vol Air France. J'ai fait escale à Paris, avant de prendre une correspondance pour Madrid. Un homme des services de sécurité est venu à ma rencontre et, plein de gratitude apparente, il m'a dit « merci » pour Carlos. Comme je devais monter dans un avion, j'ai eu peu de temps pour lui dire que je n'étais pas intervenu. Je crois que cet homme, c'était Rondot.

 

Récemment, vous avez évoqué sur une télévision arabe une tentative d'assassinat du président égyptien Hosni Moubarak en 1995, à Addis-Abeba, en Ethiopie. Selon le rapport américain, les auteurs, des Egyptiens, avaient trouvé refuge au Soudan et reçu l'aide de Ben Laden.

 

Je peux affirmer que des membres des services soudanais ont participé à cette opération.

 

Mais vous étiez à l'époque le mentor du président Al-Bachir.

 

Je n'avais pas le pouvoir que l'on me prêtait. Je n'ai été au courant qu'après. Quand des gens de divers pays sont venus me voir pour me demander si on pouvait assassiner leur président, je les ai toujours convaincus que c'était une mauvaise idée. Dans ce cas-là, le président a révoqué les membres des services impliqués, avant de les réintégrer quelque temps plus tard. Ils occupent aujourd'hui de hautes fonctions dans l'Etat. Entre-temps, d'autres sont morts dans des circonstances très étranges. ( Rires. )

 

Vous connaissiez le cerveau du premier attentat contre le World trade Center, en 1993...

 

J'ai rencontré le cheikh Omar Abdel Rahman fortuitement au Pakistan, lors de conférences, c'est tout.

 

Quels sont vos rapports avec les Etats-Unis ?

J

'ai eu des contacts avec tous les ambassadeurs américains, sauf l'actuel. Je suis allé aux Etats-Unis. Un jour, en 1992, j'ai été agressé à l'aéroport d'Ottawa, au Canada. Ils m'ont envoyé un spécialiste de karaté. Un ambassadeur européen m'a dit que c'était la CIA qui avait fait le coup. C'est arrivé en 1992.

 

Et avec la France ?

 

J'ai de bons rapports. Je suis souvent invité à l'ambassade. J'ai beaucoup fait pour la France. Pour que le français soit enseigné à l'université, pour accueillir des entreprises de construction et d'électricité, et cela sans toucher de commissions. Juste après le 11 septembre 2001, l 'ambassadeur de France a pris sa voiture, sans chauffeur, pour venir me voir. Il voulait prouver à ses collègues que j'étais fréquentable.

 

Lors d'une visite de Dominique de Villepin à Khartoum, quand il était ministre des Affaires étrangères, on vous a vu bavarder avec lui lors d'un cocktail à l'ambassade.

 

J'aime bien Villepin. C'est un gentleman. On a parlé de la présence de la France , du Darfour. Dommage qu'il ait des problèmes, ces temps-ci. Les Français sont étonnants. Ils ne sont pas d'un tempérament très stable.

 

Que pensez-vous de la loi française sur la laïcité à l'école ?

 

Quand vous êtes musulman, vous respectez Dieu. Et il est partout. Chez vous, l'Eglise est séparée du reste. Vous enfermez Dieu dans les églises. Si les musulmans sont une minorité, ils doivent se soumettre. S'il existe un jour un vote musulman, le président devra faire attention.

 

Vous connaissez, je crois, Tariq Ramadan, ce prédicateur suisse aujourd'hui très célèbre en France.

 

J'ai bien connu son père. J'avais l'habitude d'aller à Genève et je me rendais à la mosquée. Le fils est venu deux ou trois fois au Soudan, à des conférences. Il est possible d'avoir un dialogue avec lui.

 

Vous croyez au choc des civilisations théorisé par Samuel Huntington ?

 

Non. Les gens en Grande-Bretagne, en France, ne sont pas mauvais. Ils ont surtout une mauvaise conscience, en raison de ce qui s'est passé en Algérie, en Syrie, ou du temps des croisades.

 

Les caricatures danoises ont suscité des réactions violentes...

 

Ces dessins ne me heurtent pas, car je connais l'Europe. Mais je comprends les réactions. Et puis, le catholicisme n'était pas tolérant non plus. Si vous étiez protestant, vous risquiez beaucoup à une certaine époque, que je sache .

Mai 2006

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  Darfour : accord de paix en suspend

Le Figaro avec l'AFP, 4 mai 2006

 

Le médiateur en chef de l'Union africaine pour les pourparlers de paix intersoudanais sur le Darfour a accordé un nouveau délai de 48 heures aux parties en conflit pour poursuivre les négociations. De source non officielle, l'UA travaillerait sur une nouvelle mouture de l'accord de paix.

 

Un nouveau délai de 48 heures. Face au refus des rebelles du Darfour de signer le texte de l'accord de paix, les médiateurs de l'Union africaine (UA) n'ont pas eu d'autre choix cette nuit que de repousser, une fois encore, la fin de l'ultimatum, initialement prévue dimanche soir.

Les négociations se déroulent depuis deux ans à Abuja, la capitale nigérienne. L'enjeu est de taille : il s'agit de mettre fin à trois ans d'un conflit sanglant qui a provoqué la mort de 180.000 à 300.000 personnes et fait plus de deux millions de déplacés.

 

Les rebelles refusent l'accord

Si le gouvernement soudanais a accepté de signer l'accord rédigé par l'Union africaine, les rebelles refusent. Ce nouveau délai doit permettre, selon les médiateurs, « d'explorer ce qui peut encore être fait pour que les [différentes parties en conflit] adoptent et signent l'accord. « S'il n'y a toujours pas d'accord dans 48 heures, alors il nous faudra revoir la situation », a toutefois déclaré le médiateur en chef.

Les rébellions du Mouvement/Armée de libération du Soudan (SLM/A) et du Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM) rejettent le texte de l'UA. Objets du désaccord : le désarmement des milices arabes pro-gouvernementales djandjawids, les compensations pour les populations victimes de la guerre et les modalités de partage du pouvoir et des richesses.

Selon deux Soudanais proches des négociations, un nouvel accord de paix serait en préparation. Les médiateurs de l'UA apporteraient des modifications significatives au texte initial, pour répondre aux exigences des rebelles.

Un porte-parole du gouvernement a par ailleurs déclaré que le Soudan semblait prêt à faire des concessions aux rebelles, notamment en augmentant le nombre de rebelles qui seraient intégrés dans ses organes de sécurité, ainsi qu'un désarmement plus rapide de la milice accusée de s'en être prise à la population civile du Darfour.

 

Mobilisation internationale

Les représentants de la communauté internationale, dont le numéro deux du Département d'Etat américain, Robert Zoellick, ont commencé mercredi matin une réunion à Abuja avec la médiation de l'UA. « Cette réunion vise à s'assurer que toutes les parties signent l'accord de paix, présenté par la médiation le 23 avril », a expliqué le porte-parole de l'UA.

Mardi, la mobilisation internationale a été très importante à Abuja, notamment avec l'arrivée de Robert Zoellick et de la ministre britannique du développement international, Hilary Benn. Les deux ministres ont rencontré séparément la médiation, puis les différentes parties en conflit. « Ces réunions visaient à réduire le fossé qui existe entre le gouvernement soudanais et les mouvements » rebelles, a expliqué le médiateur en chef de l'UA.

Le gouvernement de Khartoum, que Washington accuse de « génocide » au Darfour, refuse l'idée du déploiement d'une force onusienne, défendue par les Etats-Unis. La Maison-Blanche demande aussi l'implication de la communauté internationale comme garante de l'accord et de sa mise en œuvre. La semaine dernière, le Conseil de sécurité de l'Onu a adopté une résolution pour sanctionner des acteurs soudanais importants de la crise au Darfour.

Mai 2006

 

Le Darfour attend toujours un accord de paix

Le Figaro, 3 mai 2006, Patrick de Saint-Exupéry

Les négociations engagées au Nigeria se prolongent. Les désaccords persistent entre les groupes rebelles et les représentants de Khartoum.

Après trois ans d'un long et violent conflit, peut-être une lueur d'espoir. Mais, nonobstant quelques signes encourageants, rien n'était encore joué hier et les négociations de paix sur le Darfour engagées à Abuja (Nigeria) semblaient devoir se prolonger pour un à deux jours.

Enjeu des discussions en cours : la signature d'un accord de paix entre Khartoum et les mouvements rebelles du Darfour. Dans un premier temps, les parties en conflit devaient se prononcer sur l'accord avant le 30 avril à minuit. Les deux principaux groupes rebelles ayant, in extremis, annoncé leur refus, tandis que Khartoum faisait part de son acceptation du texte, les négociations – menées sous les auspices du chef de l'Etat nigérian, Olusegun Obasanjo, du président en exercice de l'UA, le Congolais Denis Sassou N'Guesso, et du président de la Commission de l'UA, Alpha Omar Konaré – ont été prolongées au moins jusqu'à aujourd'hui.

 

Délégation américaine de haut rang

Loin de renoncer, la communauté internationale et l'Union africaine (UA) se sont entendues pour maintenir une forte pression. Une délégation américaine de haut rang, conduite par le numéro deux du Département d'Etat, Robert Zoellick, est ainsi arrivée dans la nuit de lundi à Abuja. Peu après, le ministre britannique du Développement international, Hilary Benn, débarquait à son tour dans la capitale administrative du Nigeria. Hier, enfin, le ministère français des Affaires étrangères annonçait avoir dépêché à Abuja un envoyé spécial, l'ambassadeur Henri de Coignac, chargé de «soutenir les efforts de la médiation de l'Union africaine» que Paris appuie «sans réserves».

Washington est, de loin, la capitale la plus en pointe sur le dossier du Darfour. Pour les Etats-Unis, la politique de répression et de déplacement de population dans la province soudanaise s'assimile à un «génocide», une qualification qui n'a pas été admise par une commission d'enquête de l'ONU ayant préféré retenir les griefs de «crimes contre l'humanité» et de «crimes de guerre» à l'encontre de Khartoum.

Le président George Bush est intervenu à plusieurs reprises sur le dossier et lors d'une récente conversation téléphonique avec le président soudanais, Omar el-Béchir, ce dernier lui aurait fait part de sa détermination de parvenir à un accord de paix.

Dimanche dernier, alors que des dizaines de milliers de manifestants accompagnés de plusieurs vedettes défilaient à Washington aux cris de «Sauvez le Darfour, maintenant», la secrétaire d'Etat américaine, Condoleezza Rice, avait pointé du doigt l'attitude de la Chine et de la Russie , soupçonnées de préserver, aux noms de leurs intérêts, les autorités soudanaises menacées de sanctions.

La guerre qui oppose depuis trois ans au Darfour des mouvements rebelles africains aux milices arabes de Khartoum, surnommées les «Djandjawids», a fait plus de 180 000 morts et deux millions de déplacés. Ce conflit, ayant peu à peu pris une ampleur régionale, menace également d'emporter le Tchad dans la tourmente.

Mai 2006

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Aux Etats-Unis, le Darfour suscite une forte solidarité

La Croix , Stéphanie Fontenoy, 3 mai 2006

 

La situation au Darfour est devenue un enjeu important pour l'opinion publique américaine. Une mobilisation lancée, à l'origine, par des organisations religieuses.

 

Le secrétaire d'Etat adjoint américain Robert Zoellick est arrivé hier tôt au Nigeria pour tenter d'arracher un accord dans les négociations de paix qui réunissent le gouvernement soudanais et les mouvements rebelles. Les Etats-Unis montrent ainsi leur sensibilité à un conflit qui mobilise une partie croissante de l'opinion publique américaine. Dimanche dernier, ils étaient plusieurs dizaines de milliers à manifester dans 17 villes du pays pour exiger davantage d'implication de leur pays afin de stopper les massacres. A Washington, entre 10000 et 15000 manifestants, accompagnés de quelques célébrités, ont brandi des pancartes sur lesquelles on pouvait lire « Plus jamais ça », en référence au génocide du Rwanda et à la Shoah.

Dans la multitude, les protestataires portaient la calotte, le turban, le foulard, la kippa la casquette de base-ball ou le bandana : ils étaient activistes religieux, étudiants des universités ou défenseurs des droits de l'homme. « L'activisme autour de la crise du Darfour vient en bonne partie d'un mouvement contre les persécutions antichrétiennes né au milieu des années 1990 », explique Allen Hertzke, spécialiste des rapports entre religion et politique étrangère américaine à l'Université d'Oklaoma. D'après lui, ce mouvement, lancé par les évangéliques, pèse sur le Congrès, qui a adopté en 1998 une loi faisant de la liberté de culte et de conscience un  « objectif central » de la politique étrangère américaine. C'est dans ce contexte aussi qu'a été adoptée en 2002 une loi, le Sudan Peace Act , qui visait à faire pression sur Khartoum.

La coalition Save Darfur, qui a déjà fait parvenir un demi-million de cartes postales de sensibilisation au président Bush, regroupe 160 organisations, majoritairement religieuses, dans une mosaïque inattendue où se mêlent juifs libéraux et évangéliques conservateurs, défenseurs des droits de l'homme athées et militants de la droite chrétienne. Les Eglises évangéliques, actives auprès des chrétiens persécutés lors de la guerre dans le sud du Soudan, réaffirment ici leurs préoccupations pour des victimes qui sont, pour l'essentiel, des musulmans. Les associations juives dénoncent ce que le gouvernement Bush avait qualifié de génocide en septembre 2004. Enfin, les Eglises noires affichent leur solidarité envers une population africaine persécutée.

« L'administration cherche à donner une réponse à ce mouvement, partiellement en raison des revendications de l'électorat évangélique », affirme Allen Hertzke. Mais les analystes soulignent encore l'importante contribution des étudiants qui tentent d'attirer l'attention sur ce qui est considéré outre-Atlantique comme le premier génocide du XXI° siècle. « Les étudiants sont résolus à ne pas voir se répéter les échecs du gouvernement et des Nations unies qui n'ont pas pu empêcher le génocide au Rwanda  », déclare Roberta Cohen, experte du Soudan à la Brookings Institution de Washington, un organisme de recherche indépendant. «  Pour trouver une telle mobilisation chez eux, il faut remonter au mouvement anti-apartheid des années 1980 aux Etats-Unis.

 

Mai 2006

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L'aide des États-Unis au peuple soudanais

All Africa com, Washington , 3 Mai 2006

L'aide des États-Unis au peuple soudanais

Le président Bush et son gouvernement sont résolus à mettre fin à la violence et à fournir une assistance aux populations qui souffrent au Darfour. Les États-Unis sont le premier donateur mondial au Soudan, puisqu'ils fournissent plus de 86 % des produits alimentaires distribués par le Programme alimentaire mondial et qu'ils ont contribué à hauteur de plus de 1,3 milliard de dollars à la satisfaction des besoins humanitaires, de reconstruction et de maintien de la paix tant au Darfour que dans d'autres régions du Soudan.

Le président Bush et ses hauts collaborateurs travaillent sans relâche à mettre fin au génocide au Darfour. Les États-Unis Å"uvrent notamment en faveur de l'application des dispositions de l'Accord de paix global et du développement des institutions gouvernementales du Sud-Soudan dans le cadre de leur promotion de la paix, de la stabilité et de la transformation démocratique. Ils contribuent à réduire la mortalité et à aider plus de 3,5 millions de personnes qui subissent des actes de violence et des privations au Darfour.

 

L'appui des États-Unis aux pourparlers de paix au Darfour

- Les États-Unis soutiennent vigoureusement les négociations de paix qui se tiennent à Abuja (Nigeria) avec la médiation de l'Union africaine, entre le gouvernement d'unité nationale du Soudan et les mouvements rebelles du Darfour.

- Un accord de paix définitif demeure la meilleure solution à long terme pour assurer la paix et la réconciliation au Darfour.

- Les États-Unis accueillent favorablement le récent projet de texte de négociation parrainé par l'Union africaine et demandent aux parties de rechercher un règlement politique sous l'égide de l'Union africaine et du Conseil de sécurité des Nations unies dans les meilleurs délais.

 

L'aide des États-Unis en matière de maintien de la paix

- La Mission de l'Union africaine au Soudan (AMIS) qui a débuté en juillet 2004 s'est renforcée progressivement et compte aujourd'hui quelque 7.300 soldats de la force de protection, observateurs militaires, policiers civils et personnel civil d'appoint au Darfour.

- Les États-Unis ont construit et continuent d'aider à maintenir 34 camps de l'AMIS, à entretenir leurs véhicules et leur matériel de communication, à former des troupes nigérianes et, en coopération avec l'OTAN, ont aidé à aéroporter des troupes rwandaises et à former des officiers de rang supérieur et moyen de l'Union africaine.

- La contribution des États-Unis se monte à environ 220 millions de dollars depuis 2004 et une rallonge a été demandée pour l'année budgétaire 2006 afin de continuer de financer l'AMIS.

- Les États-Unis soutiennent un rôle accru de l'OTAN en matière d'assistance à l'AMIS, notamment pour qu'elle améliore sa capacité de planification des opérations et de logistique, ainsi qu'en matière de ponts aériens.

- Dans le Sud-Soudan, les États-Unis ont contribué à hauteur de 132 millions de dollars à l'opération de maintien de la paix de l'ONU au Soudan (UNMIS) durant l'année budgétaire 2005, et à hauteur de 113 millions de dollars jusqu'ici durant l'année budgétaire 2006.

 

Les interventions des États-Unis à l'ONU

- Les États-Unis ont été le fer de lance des activités du Conseil de sécurité des Nations unies relatives au Soudan et au Darfour, prenant l'initiative de prôner une transition rapide de l'AMIS à une force plus étoffée de maintien de la paix de l'ONU, ainsi que l'a réclamée l'Union africaine et que l'a notée le Conseil de sécurité dans sa Résolution 1663.

- Les États-Unis veulent que les auteurs du génocide soient punis et soutiennent l'application efficace de sanctions ciblées. Ils ne se sont pas opposés à ce que le Conseil de sécurité confie au Tribunal pénal international le jugement des crimes et atrocités commis au Darfour.

- Sous l'impulsion des États-Unis, le Conseil de sécurité a adopté des sanctions au titre de la Résolution 1591 contre quatre personnes responsables de crimes odieux contre le peuple du Darfour.

- Les États-Unis approuvent le déploiement en cours de forces de maintien de la paix de l'ONU au Sud-Soudan et appuient leur extension rapide au Darfour.

 

Mai 2006

 

Darfour: propositions américaines pour parvenir à un accord

Jeune Afrique, 3 mai 2006

 

La médiation américaine aux pourparlers intersoudanais d'Abuja a proposé mercredi une version modifiée de l'accord de paix de l'Union africaine (UA) sur le Darfour, signe de la mobilisation internationale pour arracher un compromis entre belligérants d'ici à jeudi minuit.

Cette nouvelle version de l'accord a été bien accueillie par la principale rébellion de la province soudanaise du Darfour (ouest), le Mouvement/Armée de libération du Soudan (SLM/A).

La délégation de Khartoum a pour sa part indiqué à l'AFP qu'elle était en train d'étudier cette version amendée.

Les Américains "tentent de combler le fossé entre le gouvernement et les mouvements (rebelles), spécialement au niveau des arrangements sécuritaires", a déclaré à l'AFP Abdulrahman Zuma, porte-parole de la délégation du gouvernement soudanais.

Il a toutefois refusé de parler de "concessions" aux demandes rebelles, insistant sur le fait que les consultations sont en cours.

"Nous nous attendons à ce que quelque chose de bon sorte de cette nouvelle initiative", a-t-il ajouté, expliquant que les propositions américaines portent sur "le désarmement des Djandjawids et l'intégration des forces rebelles à l'armée nationale".

Les représentants de l'UA ne veulent pas entendre parler de "renégociation" "mais si les parties s'accordent sur des modifications, nous les prendrons en compte", a indiqué à l'AFP le porte-parole de l'UA, Noureddine Mezni.

Les représentants de la communauté internationale, dont le numéro 2 du Département d'Etat américain, Robert Zoellick, et le ministre britannique du développement international, Hilary Benn, ont eu mercredi matin une réunion avec les médiateurs de l'UA.

Le président en exercice de l'UA, le congolais Denis Sassou N'Guesso, est arrivé mercredi en début de soirée à Abuja pour appuyer la médiation. Le Malien Alpha Oumar Konaré, est également attendu.

Canada, France, Union Européenne, Ligue Arabe, Libye et Erythrée sont aussi au nombre des partenaires internationaux de la médiation.

La secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice a appelé mercredi toutes les parties à profiter de cette mobilisation internationale "pour parvenir à un accord de paix et creuser les fondations sur lesquelles la violence prendra fin".

Mercredi, Khartoum a tenté de passer en force en annonçant que la délégation gouvernementale avait signé l'accord: "Pour nous c'est terminé. Nous avons déjà signé l'accord la nuit dernière. Il ne peut donc plus y avoir de pressions sur nous", a déclaré son porte-parole Abdulrahman Zuma.

Le porte-parole de l'UA, M. Mezni a rétorqué que le paraphe soudanais ne valait pas signature officielle du document.

Le Sénat américain a alloué mercredi une enveloppe de 60 millions de dollars censée financer l'envoi de Casques bleus dans cette région de l'ouest du Soudan, et a voté la création d'un poste d'émissaire spécial.

Le Danemark s'est pour sa part déclaré prêt à participer à une force internationale au Darfour si l'Onu le lui demande.

Depuis trois ans, le conflit au Darfour a fait entre 180.000 et 300.000 morts et plus de deux millions de déplacés.

 

Mai 2006

L'UA exhorte les rebelles du Darfour à signer l'accord de paix  

IRIN, Abuja, 3 mai 2006

 

Les médiateurs de l'Union africaine (UA) ont prolongé mardi soir de 48 heures les négociations organisées à Abuja, la capitale du Nigeria, pour la conclusion d'un accord de paix entre les principaux protagonistes de la crise du Darfour, au Soudan.

Le sous-secrétaire d'Etat américain Robert Zoellick et la Secrétaire d'Etat britannique au développement international, Hilary Benn, qui étaient présents dans la capitale nigériane, ne sont pas parvenus à convaincre les groupes de rebelles du Darfour de signer mardi, avant minuit - date limite fixée par les médiateurs la conclusion d'un accord de paix -, le document de 85 pages représentant l'accord de paix rédigé par les médiateurs

Le chef d'Etat congolais et Président en exercice de l'UA, Denis Sassou-Nguesso, ainsi qu'une importante délégation de hauts responsables africains sont attendus mercredi à Abuja pour peser de tout leur poids sur les négociations afin de parvenir à un accord avant la fin de la journée, a indiqué l'UA.

Si le gouvernement de Khartoum s'est dit prêt à parapher ce document, les rebelles de l'Armée de libération du Soudan (SLA) et le Mouvement pour la justice et l'équité (JEM) le rejettent et maintiennent leurs exigences concernant le partage du pouvoir et la répartition des richesses.

Pour la première fois mardi, les délégués du SLA sont arrivés en tenue militaire à la conférence d'Abuja pour faire comprendre que les pourparlers s'enlisaient et qu'il était temps de s'en aller.

« Pour nous, ces pourparlers ont échoué. Si nous sommes encore ici aujourd'hui, c'est seulement parce que nos supérieurs ont demandé qu'on poursuive les négociations. Je suis prêt à rentrer », a lancé un délégué du SLA sous couvert de l'anonymat.

« Et si nous ne parvenons pas à un bon compromis, cela signifie que nous nous battrons sur le terrain pour faire valoir nos revendications. C'est le moins qu'on puisse attendre de nous », a-t-il ajouté.

Quelque 200 000 Soudanais ont fui les combats dans le Darfour pour trouver refuge dans des camps de réfugiés installés à l'est du Tchad. Pour le Secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, la crise du Darfour est la pire crise humanitaire survenue dans le monde.

Selon les statistiques des Nations unies, les combats entre l'armée soudanaise et les rebelles du Darfour ont fait plus de 200 000 victimes.

Les rebelles accusent Khartoum de marginaliser et de persécuter les habitants du Darfour et de soutenir les milices Janjawid qui s'en prennent aux populations civiles, notamment aux femmes et aux enfants ; des allégations que le gouvernement soudanais nie catégoriquement.

 

Mai 2006

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  Les négociations sur le Darfour restent incertaines

La Croix , Laurent d'Ersu, 2 mai 2006

 

Un délai supplémentaire de 48 heures a été accordé dimanche soir aux négociateurs réunis au Nigeria, après que les rebelles du Darfour ont refusé de signer l'accord de paix proposé par l'Union africaine.

 

D'ultimes négociations sur le Darfour ont commencé hier à Abuja (Nigeria). Le médiateur en chef de l'Union africaine, Salim Ahmed Salim, a annoncé qu'il prolongeait les négociations intersoudanaises de 48 heures au-delà de la limite de dimanche à minuit qui avait été fixée à l'origine. Ce délai supplémentaire, décidé sur requête du chargé d'affaires américain au Soudan, doit servir à convaincre les rebelles du Darfour de se rallier au texte de 96 pages, moyennant des tractations de dernière minute. Le gouvernement de Khartoum s'est, pour sa part, dit « prêt à signer » le projet d'accord. Toutefois, des observateurs ont noté que cette acceptation n'était intervenue qu'après que le refus des rebelles eut été confirmé.

Dimanche, les deux principaux groupes rebelles darfouriens, le Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM) et le Mouvement de libération du Soudan (MLS) avaient annoncé qu'ils refusaient de signer l'accord de paix, le jugeant « déséquilibré ». «  Nous n'allons pas signer cet accord. Nous ne signerons qu'un accord qui inclura toutes nos demandes, sûrement pas celui-là », a déclaré Saifaldin Haruon porte-parole du MLS. Les rebelles reprochent au projet d'accord soumis par les médiateurs de l'Union africaine de ne pas répondre à leurs principales exigences : un poste de vice-président issu du Darfour et davantage d'autonomie pour cette région du Soudan. Quand la rébellion demande que les trois provinces du Darfour soient immédiatement réunies en une région unique par décret présidentiel, avant confirmation par référendum. Khartoum souhaiterait attendre l'issue d'une consultation populaire. La médiation a donc proposé la mise en place d'une autorité de transition aux larges compétences, en attendant un futur referendum.

L'exigence des rebelles d'obtenir un poste de vice-président – à l'image de ce qu'avaient obtenu les Soudanais du Sud – est jugée problématique par l'Union africaine, justement parce que cela risquerait de créer un déséquilibre dans le règlement de ce précédent conflit. L'Union africaine a donc proposé de créer un poste de « conseiller spécial  » auprès du président, qui aurait, selon Salim Ahmed Salim, « tous les attributs d'un vice-président excepté le titre ».

Le projet d'accord de paix prévoit aussi l'augmentation du nombre de députés représentant le Darfour et la nomination par les mouvements rebelles d'un gouvernement et de deux vice-gouverneurs.

Le chapitre de la reconstruction et de l'indemnisation des réfugiés et déplacés semble faire consensus, moyennant le déblocage prévu de 300 millions de dollars (237 millions d'euros) en 2006 et 200 millions de dollars (158 millions d'euros) respectivement pour 2007 et 2008.

Il en va autrement du désarmement et de la démobilisation, qui semble être le principal point d'achoppement. L'accord propose un processus de cinq mois divisé en trois phases, prévoyant le désarmement concomitant des milices arabes progouvernementales djandjawids et des combattants rebelles, une partie de ces derniers devant être intégrés dans l'armée nationale soudanaise.

Les Etats-Unis ont été particulièrement actifs dans la négociation sur ce chapitre, à travers leur chargé d'affaires à Khartoum qui a lui-même discuté avec les rebelles pendant quatre heures dimanche. Toutefois, les mouvements rebelles ont demandé hier que le texte soit plus clair sur le désarmement des djandjawids ainsi que sur les modalités de partage du pouvoir et des richesses.

Le problème du désarmement est d'autant plus crucial qu'il ne peut être envisagé sans la supervision d'une force internationale. Or, les 7000 hommes de la force d'observation de l'Union africaine ont montré leur incapacité à faire respecter les divers cessez-le-feu déjà signés, et la mise en place d'un contingent de casques bleus de l'ONU se heurte à l'opposition de Khartoum et au manque de pays contributeurs en troupes. Sous l'œil des groupes de pression américain (lire ci-dessous) l'administration Bush a centré sa stratégie au Darfour sur les négociations d'Abuja, et leur échec constituerait un revers important. Dimanche, le sous-secrétaire d'Etat américain Robert Zoellick a «  exhorté les parties à conclure un accord immédiatement ».

 

Repères

 

Une région dévastée par trois ans de conflits

 

Le Darfour, théâtre d'une guerre civile depuis février 2003, est une vaste région désertique de l'ouest du Soudan, frontalière du Tchad, de la Libye et de la République Centrafricaine. Elle est majoritairement peuplée par des populations musulmanes.

 

Trois tribus principales sont installées au Darfour : les Fours (qui ont donné son nom au Darfour), les Massalites et les Zaghawas. Peuplé aujourd'hui d'environ six millions d'habitants, le Darfour a constitué un Sultanat indépendant jusqu'en 1917, avant d'être incorporé au Soudan.

 

La rébellion dans le Darfour est menée depuis 2003 par le Mouvement/Armée de libération du Soudan (SLM/A) et le Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM). Les rebelles réclament plus d'autonomie pour leur région et un partage équitable des ressources surtout pétrolières.

 

Les combats opposent ces deux mouvements aux troupes gouvernementales appuyées par des milices arabes, les djandjawids, accusées de nombreuses exactions contre les populations d'origine africaine.

La guerre et la grave crise humanitaire qui a suivi ont fait entre 180 000 et 300 000 morts, et 2,4 millions de déplacés et de réfugiés. L'Union africaine a déployé une force de 7000 hommes au Darfour, chargée de contrôler le respect du cessez-le-feu signé en 2004, mais régulièrement violé de part et d'autre.

Mai 2006

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Les Etats-Unis se mobilisent contre les massacres du Darfour, Une marche pour mobilisation des consciences

Afrik-com, par Joan Tilouine, 2 mai 2006

Des milliers de manifestants se sont rassemblés, ce dimanche, à Washington pour exhorter les Etats-Unis et les Nations Unies à mettre un terme à la crise du Darfour au Soudan. Face aux exactions commises par la junte de Khartoum sur les habitants four de l'Ouest-Soudan, une poignée d'indignés, appuyés par de nombreuses célébrités, ont choisi de descendre dans la rue pour dénoncer ce qu'ils qualifient de "génocide".

 

« Save the Darfur now". Quelques dizaines de milliers d'américains c'étaient donnés rendez-vous à Washington, et dans une quinzaine d'autres villes, ce dimanche, pour dénoncer les sombres vicissitudes des habitants du Darfour depuis maintenant trois années et lancer un appel à la paix. Dans la foule massée devant le capitole, siège du parlement fédéral, quelques personnalités s'étaient jointes au cortège pour prêter main forte au mouvement. L'objectif étant d'interpeller les Gouvernements du monde entier, et alerter l'opinion publique. "Si nous nous soucions du Darfour, le monde s'en souciera. Si nous témoignons, le monde saura. Si nous agissons, le monde suivra", a déclaré le sénateur démocrate Barack Obama. A noter que pour l'occasion, progressistes et démocrates ont laissé de côté leurs luttes politiques, pour faire chorus.

La situation de l'Ouest soudanais préoccupe, interpelle, indigne. Un des acteurs les plus engagés d'Hollywood, M. George Clooney, de retour d'un voyage dans la région, accompagné de son père journaliste, tire la sonnette d'alarme au sujet du " premier génocide du 21e siècle". Sous une tornade d'applaudissements, la star a lancé un message à tous les pouvoirs politiques. Mobilisation, tel est le mot d'ordre. "Car si nous ne nous mettons pas au travail aujourd'hui, plusieurs milliers de personnes seront mortes". Cessons le mutisme, place à l'action. Ces manifestations en constituent la première phase. " Nous n'avons pas arrêté l'Holocauste, nous n'avons pas arrêté le Cambodge, nous n'avons pas arrêté le Rwanda, mais celui-ci nous pouvons l'arrêter ", a prévenu Nick Clooney, confiant sur l'impact de la mobilisation.

 

Cette marche pour la paix agira-t-elle sur les relations américano-soudanaises ?

Le congrès américain et l'administration Bush avaient déjà exprimé leurs préoccupations quant à la situation du Darfour. Il y a deux ans, le Président américain s'était prononcé sur la question et avait lui aussi usé du terme - d'ailleurs contesté - de "génocide". Washington vient de geler tous mouvements financiers avec Khartoum. Notamment ceux destinés à Gaffar Mohamed El Assan, responsable des forces gouvernementales du Soudan depuis 2004, de connivence avec les chefs des milices arabes Janjawids. Ces milices armées, au service de Khartoum, propagent la violence dans la région massacrant les villageois Four. Ceux-ci réclament, entre autre, une répartition équitable du pouvoir et des richesses. Ce conflit éthnico-politique a déjà causé entre 180 000 et 300 000 morts et a forcé à l'exil près de deux millions de réfugiés. George W. Bush a apporté son soutien personnel aux manifestations de dimanche, jugeant positif que des " citoyens réclament au monde de s'unir avec les Etats-Unis pour agir de manière concrète". A contrario, l'ambassade du Soudan à Washington a condamné les mobilisations, estimant qu'elles pourraient entraver le processus de paix en cours. Pour le moment les négociations entre le gouvernement soudanais et les rebelles du Darfour pataugent. Raison pour laquelle l'Union africaine a réitéré un nouveau report de 24 heures pour trouver un accord.

 

Mai 2006

 

Intense activité diplomatique à quelques heures de l'expiration de la date-butoir pour un accord de paix au Darfour

Nouvel Observateur avec AP, Abuja, par Bachir Adigun, 2 mai 2006

Des diplomates de haut rang américain et britannique se sont joints mardi à Abuja aux pourparlers de paix sur le Darfour pour tenter de parvenir à un accord de paix entre les rebelles et le gouvernement soudanais avant minuit, date-limite fixée par les médiateurs de l'Union africaine.

Robert Zoellick, numéro deux du département d'Etat, et Hilary Benn, secrétaire britannique au Développement international, effectuaient des navettes diplomatiques pour rapprocher les points de vue et proposer des solutions de compromis, selon la délégation américaine dans la capitale nigériane.

De son côté, la France a dépêché à Abuja un envoyé spécial, l'ambassadeur Henri de Coignac, pour soutenir les efforts de médiation de l'UA, qu'elle affirme appuyer "sans réserves".

Reste qu'un accord semblait encore lointain, comme l'a confirmé Calfaddin Aroun, représentant du Mouvement de libération du Soudan. "Il n'y a pas encore de solution", a-t-il déclaré, avertissant que le groupe rebelle pourrait quitter les discussions en cours.

L'Union africaine, dont la médiation dure depuis maintenant deux ans, avait initialement fixé à dimanche la date-butoir pour la conclusion de ces efforts de paix, avant de prolonger les pourparlers de 48 heures après le rejet par les rebelles de sa proposition d'accord.

Ces derniers réclamaient notamment un poste de vice-président issu du Darfour et davantage d'autonomie pour cette région du Soudan, deux revendications que ne respectait pas le projet d'accord.

Des responsables de l'UA laissaient toutefois entendre mardi soir qu'un nouveau prolongement de deux jours pourrait être décidé si des progrès se faisaient jour entre les parties.

L'UA a par ailleurs demandé à cinq chefs d'Etat africains de s'assurer qu'un accord puisse être accepté par toutes les parties, selon l'ambassadeur du Congo auprès des Nations unies, Basile Ikouebe, dont le pays préside actuellement l'organisation panafricaine.

M. Ikouebe a précisé que les dirigeants du Congo, de l'Afrique du Sud, du Nigeria, du Sénégal et de l'Egypte étaient attendus jeudi à Abuja pour rencontrer les participants aux négociations.

"S'il y a accord, ces cinq chefs d'Etat parraineront cette entente au nom de l'Union africaine; et s'il n'y a pas d'accord, ils se retrouveront directement impliqués et soutiendront les efforts des médiateurs", a déclaré l'ambassadeur devant la presse au siège de l'ONU à New York.

Le président américain George W. Bush a appelé lundi soir son homologue soudanais Omar al-Bachir lundi soir pour lui exprimer sa préoccupation devant la crise humanitaire au Darfour et sa volonté que la paix y soit rétablie sans plus tarder.

Le gouvernement de Khartoum et les rebelles du Mouvement pour la justice et l'égalité et du Mouvement de libération du Soudan s'emploient à mettre fin à un conflit qui a fait en trois ans au moins 180.000 morts et deux millions de personnes déplacées. Mais parallèlement aux discussions d'Abuja, les combats se poursuivaient, chacun essayant d'élargir son contrôle territorial avant la conclusion d'un éventuel cessez-le-feu.

Mai 2006

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Rice envoie son adjoint pour aider à faire la paix au Darfour

Reuters, Washington, par Sue Pleming, 2 mai 2006

La secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice a envoyé lundi son adjoint Robert Zoellick à Abuja pour aider les négociations de paix sur le Darfour et a estimé qu'il était temps de "bouger les lignes" et de constituer une force de paix internationale pour la province soudanaise.

Zoellick aura pour mission d'aider les médiateurs de l'Union africaine à dégager un accord sur le Darfour.

L'UA, qui avait donné jusqu'à dimanche aux rebelles du Darfour et au gouvernement soudanais pour parvenir à un accord, a prolongé ce délai de 48 heures et Washington espère que l'intervention de Zoellick permettra de sortir de l'impasse.

"Le président est vraiment convaincu de la nécessité de trouver un accord, de la nécessité de constituer une force de sécurité robuste, une force de casques bleus (de l'Onu) capable de protéger les peuples innocents du Darfour", a déclaré Condoleezza Rice.

Dimanche, des dizaines de milliers de personnes ont manifesté aux Etats-Unis contre le "génocide en cours au Darfour" en exigeant une plus grande implication des Etats-Unis dans les efforts de résolution de cette crise.

"Franchement, il faut bouger un peu les lignes, secouer la bureaucratie et faire comprendre qu'il ne sert à rien d'attendre davantage pour mettre sur pied une force de sécurité robuste", a dit Rice aux journalistes.

 

Départ de Taha

Les chances de percée paraissaient néanmoins minces lundi avec le départ d'Abuja, lundi, du vice-président soudanais Ali Osman Mohamed Taha. Selon un diplomate, Taha ne pense pas que les dirigeants des rebelles souhaitent des discussions approfondies.

Sean McCormack, le porte-parole du département d'Etat, a invité pour sa part le gouvernement soudanais à renvoyer à Abuja un représentant de haut rang, ajoutant que si des progrès ont été enregistrés, des questions essentielles restent à régler.

"Les Etats exhortent les mouvements rebelles du Darfour à se concentrer sur les quelques questions essentielles qui empêchent de parvenir à un règlement. Toutes les parties doivent faire un effort concentré pour saisir cette chance de paix", a-t-il dit.

A Abuja, Zoellick rencontrera le président nigérian Olusegun Obasanjo ainsi que des responsables de la mission de l'Union africaine au Soudan afin de discuter de la dégradation des conditions de sécurité au Darfour.

Une force africaine de 7.000 hommes s'efforce de maintenir la paix dans cette région, de la taille de la France. Les Etats-Unis et nombre de leurs alliés souhaiteraient que des forces des Nations unies renforcent celles de l'Union africaine, mais Khartoum s'y oppose jusqu'ici.

Zoellick, qui doit partir lundi soir pour Abuja, sera accompagné de Jendayi Frazer, secrétaire d'Etat adjoint chargé des Affaires africaines, et de Roger Winter, représentant spécial du département d'Etat pour le Soudan.

Mai 2006

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L'accord de paix sur le Darfour dans une passe dangereuse

Reuters Abuja , par Estelle Shirbon, 1 er mai 2006

Les chances d'adoption d'un accord de paix pour le Darfour paraissent faibles malgré le délai supplémentaire de 48 heures accordé par les médiateurs de l'Union africaine au gouvernement soudanais et aux deux mouvements rebelles en conflit avec lui.

Les médiateurs ont pris leur décision après l'expiration, dimanche soir, d'un ultimatum fixé par l'UA pour que les parties adverses acceptent le projet d'accord, fruit de deux années de négociations.

Mais le vice-président soudanais Ali Osman Mohamed Taha a quitté lundi Abuja, la capitale nigériane où avaient lieu les pourparlers. Arrivé il y a trois semaines, il y avait eu des entretiens en tête à tête qui avaient suscité l'espoir d'une issue positive.

Un diplomate suivant de près les discussions a dit que Taha était reparti parce que ses derniers entretiens avec les dirigeants rebelles lui avaient donné l'impression qu'ils refusaient d'en venir aux questions substantielles.

"Ses réunions d'hier avec les mouvements (rebelles) ont été très négatives. Ils étaient vraiment insultants à l'égard du gouvernement", a souligné le diplomate en se disant "déprimé".

Les rebelles, divisés en deux mouvements et trois factions, ont soulevé des objections sur des questions concernant la sécurité, le partage du pouvoir et la répartition des richesses, les trois domaines clés du projet d'accord proposé par l'UA.

Selon les médiateurs de l'organisation panafricaine, les rebelles insistent pour que certaines de leurs revendications - dont l'attribution d'un poste de vice-président à un responsable du Darfour et la création d'un nouveau gouvernement régional - soient satisfaites intégralement, ce qui est jugé impossible.

 

Capital de sympathie entamé

"Je crois que les chances sont très minces (...) Je ne pense pas que les mouvements comprennent qu'ils ont laissé passer leur grande chance (...) Minni n'a plus qu'à se rendre compte que la partie est terminée", déclare-t-on de source diplomatique en faisant allusion à Minni Arcua Minnawi, dirigeant de la faction principale de l'Armée de libération du Soudan (SLA).

L'accord du groupe de Minni est jugé déterminant pour tout compromis parce qu'il contrôle les forces les plus nombreuses sur le terrain. Le chef de l'autre faction de la SLA , Abdel Wahed Mohammed al Nour, est isolé. Quant au petit Mouvement pour la justice et l'égalité (Jem), les diplomates le présentent comme le plus intransigeant des trois.

Le nouveau délai accordé aux parties en conflit avait été demandé par les Etats-Unis, qui jugeaient possible de débloquer les discussions sur deux points clés - le désarmement des milices arabes djandjaouids et l'intégration des forces rebelles dans l'armée soudanaise - par des concessions mutuelles.

Le projet d'accord de paix exige du gouvernement soudanais qu'il procède au désarmement des djandjaouids utilisés par Khartoum contre les rebelles et accusés de graves exactions contre les populations civiles.

Cette disposition pose problème au gouvernement soudanais car de nombreuses milices tribales au Darfour ont une certaine légitimité auprès de leurs communautés. Et le Soudan ne veut pas être celui qui aura à les désarmer. Par ailleurs, se pose la question de la vérification de ce désarmement.

Les rebelles demandent par ailleurs que certains des leurs soient intégrés aux forces de sécurité régulières. Ils ont dénoncé le fait que le projet de plan de paix de l'UA ne réponde pas pleinement à cette demande.

Le gouvernement du Soudan avait annoncé dimanche qu'il était prêt à signer le projet d'accord, mais le Jem et une faction de la SLA ont indiqué ensuite qu'ils ne signeraient pas ce texte si leurs exigences n'étaient pas satisfaites intégralement. Khartoum a ainsi endossé une attitude constructive, alors que les rebelles ont entamé leur capital de sympathie.

Les rebelles ont pris les armes début 2003 au Darfour en accusant le gouvernement central à dominante arabe de délaisser les populations noires de la région.

Le conflit du Darfour a fait des dizaines de milliers de morts et plus de deux millions de réfugiés. Les différentes parties ont continué à se battre malgré la trêve conclue en 2004, selon l'UA, qui a déployé 7.000 soldats de la paix dans la province.

Mai 2006

Quarante-huit heures de plus pour forger une paix au Darfour

Reuters, Abuja, 1 er mai 2006

 

Les médiateurs de l'Union africaine ont décidé lundi, après l'expiration d'un ultimatum dimanche soir, d'accorder 48 heures supplémentaires aux différentes parties impliquées dans la guerre au Darfour pour accepter un projet d'accord de paix soumis par l'UA.

Ce délai avait été demandé par les Etats-Unis, qui considèrent qu'il peut permettre de débloquer les négociations sur deux points clés: le désarmement des milices djandjaouids et l'intégration des forces rebelles dans l'armée soudanaise.

"Nous allons arrêter les montres pendant les prochaines 48 heures pour que les différentes parties saisissent cette chance de s'engager", a dit Salim Ahmed Salim, le chef des médiateurs de l'UA.

Deux mouvements rebelles du Darfour avaient fait savoir dimanche qu'ils ne signeraient pas sous sa forme actuelle l'accord de paix, jetant le doute sur les négociations menées depuis deux ans pour juguler un conflit qui a fait des dizaines de milliers de victimes.

Le projet d'accord de paix exige du gouvernement soudanais qu'il procède au désarmement des milices arabes djandjaouids utilisées par Khartoum contre les rebelles et accusées de graves exactions contre les populations civiles.

Cette disposition pose problème au gouvernement soudanais car de nombreuses milices tribales au Darfour ont une certaine légitimité auprès de leurs communautés. Et le Soudan ne veut pas être celui qui aura à les désarmer. Par ailleurs, se pose la question de la vérification de ce désarmement.

 

"Agaçant" de négocier avec les rebelles

Les rebelles demandent par ailleurs que certains des leurs soient intégrés aux forces de sécurité régulières. Ils ont dénoncé le fait que le projet de plan de paix de l'UA ne réponde pas pleinement à cette demande.

Des diplomates estiment qu'un accord de paix passera nécessairement par des concessions des deux côtés.

L'Union africaine (UA) avait donné aux parties adverses jusqu'à dimanche minuit (23h00 GMT) pour conclure les pourparlers, en faisant savoir qu'elle excluait de reprendre des négociations complètes sur le projet de règlement.

Le gouvernement du Soudan avait annoncé dans la journée qu'il était prêt à signer le projet d'accord de paix, mais l'une des factions de l'Armée de libération du Soudan (SLA) a annoncé qu'elle ne signerait pas ce texte si ses exigences n'étaient pas satisfaites intégralement.

Des observateurs estiment toutefois que les rebelles ont peu à gagner d'un rejet de la proposition de l'UA.

Le projet d'accord est le résultat de laborieuses négociations sur trois domaines clés - sécurité, partage du pouvoir et répartition des richesses - qui durent depuis près de deux ans alors que le conflit n'a cessé de s'aggraver.

"Nous devons négocier pour obtenir un consensus sur ces questions", a déclaré Minni Arcua Minnaoui, dirigeant d'une faction de la SLA. Il s'est dit optimiste quant aux possibilités de trouver un accord dans les 48 heures supplémentaires accordées.

 

"Premier génocide du 21 ème siècle"

Mais la prise de décision est difficile au sein du camp rebelle, divisé en deux mouvements et trois factions.

"Franchement, il a été agaçant de traiter avec vous", a déclaré Salim en plénière. "Le processus d'Abuja vous a apporté une forme de reconnaissance. Si vous repartiez d'Abuja sans accord, il ne faudrait plus compter sur la même reconnaissance".

Plusieurs milliers d'Américains - emmenés par des dirigeants religieux, des artistes et des hommes politiques - ont participé à une marche à Washington pour exhorter leur gouvernement à mettre fin au "génocide" du Darfour.

"Le Darfour mérite de vivre. Nous sommes son seul espoir", a déclaré à la foule le prix Nobel de la paix Elie Wiesel, survivant de l'Holocauste nazi. Le sénateur démocrate de l'Illinois Barack Obama et l'acteur George Clooney sont de ceux qui ont également pris la parole.

"Si nous détournons la tête en espérant que tout cela va ça s'arrêter. Et bien ce sont eux qui vont tous disparaître, une génération entière, et nous devrons être jugés par l'histoire", a déclaré aux journalistes Clooney, qui a visité le Darfour la semaine dernière pour y tourner un documentaire.

"Il s'agit du premier génocide du 21e siècle", a-t-il ajouté.

Khartoum a utilisé les milices djandjaouids pour écraser l'insurrection. Les rebelles ont pris les armes début 2003 au Darfour en accusant le gouvernement central à dominante arabe de délaisser les populations noires de la région.

Le conflit du Darfour, territoire de l'Ouest soudanais grand comme la France , a fait des dizaines de milliers de morts et plus de deux millions de réfugiés. Le Tchad voisin dénonce pour sa part un rôle déstabilisateur de Khartoum sur son territoire.

Les différentes parties ont continué à se battre malgré la trêve conclue en 2004, selon l'UA, qui a déployé 7.000 soldats de la paix dans la province.

 

Mai 2006

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Une coopération bien étrange

Africa Confidential, 1 er mai 2006

Le rapprochement entre les services de renseignements occidentaux et le régime islamique de Khartoum bloque toute action décisive contre les instigateurs et les auteurs des atrocités au Darfour, où plus de 300.000 civils ont été tués depuis 2003. Selon nos informations, lors de réunions de haut niveau à Londres, Paris et Washington en décembre 2005, des agents des services secrets britanniques, de la CIA américaine et de la Direction Générale de la Sécurité Extérieure (France) ont plaidé contre la mise en accusation des responsables soudanais pour crimes de guerre au Darfour.

Les agents des services de renseignement ont assisté aux réunions en compagnie de conseillers juridiques et ont affirmé que les 22 noms figurant sur la liste du groupe d'experts des Nations unies, à la demande du Conseil de sécurité, poseraient « d'insurmontables problèmes » en terme de capacité d'enquête et de faisabilité des poursuites. Ils ont dénoncé le fait que les deux responsables soudanais généralement considérés comme responsables des massacres au Darfour, le vice-président Ali Osman Taha et le directeur des services de renseignement, le général Salah Abdullah « Gosh », ne figurent pas sur la liste rendue publique.

Trois des quatre hommes auxquels le Conseil de sécurité de l'ONU a imposé des sanctions le 25 avril figurent sur la liste de l'ONU, le général Jaafar Mohamed el Hassan, le commandant de la région militaire de l'ouest, le « colonel » Jibril (connu au Tchad sous le prénom de Djibrine) Abdel Karim Bari « Tek » (dit « Badri » sur la liste de l'ONU) du National Movement for Reform,( en fait Reform and Development, décrit comme groupe « rebelle » mais inspiré par Khartoum , accusé d'attaquer les troupes de l'Union africaine ; Adam Yagoub Shant, un commandant de la Sudan Liberation Army (accusé d'avoir attaqué un convoi gouvernemental). Le quatrième est le chef tribal Um Jalul Musa Hilal Musa, qui a vanté les exploits de ses combattants (les Janjaweed ) devant Human Rights Watch et des journalistes.

Salah Gosh entretient depuis un an des relations de plus en plus étroites avec la CIA et le SIS britannique, si étroites qu'ils ont risqué la réprobation publique en le faisant venir à Washington et Londres pour un debriefing. L'argument selon lequel la coopération en matière de renseignement est vitale dans la «guerre contre le terrorisme » paraît étrange à la lumière des déclarations faites par le leader d'Al Quaida Usama ben Laden le 23 avril dernier, qui suit la ligne de Khartoum et impute la guerre tribale du Darfour à une rébellion » occidentale et en fait le prélude à une « occupation occidentale »  contre laquelle il appelle les Moudjahidines à lutter. Le régime d'Ali Osman a accueilli Sheikh Usama en 1992-96 mais affirme désormais avoir remis aux services secrets occidentaux des renseignements vitaux le concernant. Il est donc curieux que Bin Laden apporte un tel soutien aux efforts déployés par Ali Osman dans le Darfour.

 

Mai 2006
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