Le Soudan dans la Presse

Nous référençons un certain nombre d'articles sur le Soudan
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Avril 2006

 

Nouvel Observateur
30 avril 2006

Ultimatum pour trouver un accord de paix repoussé de 48 heures

Nouvel Observateur
30 avril 2006

Les rebelles rejettent le projet d'accord

Presse Canadienne
30 avril 2006

Environ 15.000 personnes manifestent devant la Maison Blanche

Nouvel Observateur
30 avril 2006

Des milliers de personnes se rassemblent à Washington pour le Darfour

R-F-I-actualités
30 avril 2006

Darfour : Mission robuste

Nouvel Observateur
30 avril 2006

Khartoum accepte le projet d'accord sur le Darfour, les rebelles toujours réservés

Xinhuanet
29 avril 2006

L'ONU lance le programme d'entraînement pour les forces de l'UA au Darfour

Nations Unies New-York
28 avril 2006

Jan Pronk exhorte les rebelles du Darfour à mettre fin aux attaques

L'Express
28 avril 2006

Le PAM contraint à réduire ses rations alimentaires au Soudan

Zénit, Rome
27 avril 2006

Le Cardinal Wako, archevêque de Khartoum appelle au pardon et à la réconciliation

IRIN, Abuja
26 avril 2006

L'UA élabore et présente son projet de paix pour le Darfour

Human Rights Watch
26 avril 2006

De nouvelles attaques soulignent la nécessité de sanctions supplémentaires et d'une force de protection

All-African-com
26 avril 2006

Le Conseil de sécurité impose pour a première fois des sanctions à quatre Soudanais

Afrik-com
23 avril 2006

Coup d'Etat au Tchad : la Chine impliquée

Inter prese service
25 avril 2006

Développement : mettre en place les premières routes bitumées « depuis la création du monde »

Libération
25 avril 2006

L'ombre de Pékin sur le conflit Tchad - Soudan : Pour faire main bas e sur le pétrole, la Chine est soupçonnées de soutenir Khartoum

Nations Unies New York
25 avril 2005

Louise Arbour, Haut Commissaire aux Droits de l'homme en visite au Darfour, à la fin de la semaine

Libération
24 avril 2006

« Des diables à cheval portant un fusil »

Xinhuanet
24 avril 2006

L'USAID reprend ses activités au Soudan après plus d'une décennie

Libération-Afrique
23 avril 2006

Paix et justice au Darfour : les droits des victimes pris en otage

Libre Belgique
23 avril 2006

Ben Laden réapparaît pour attaquer l'Occident sur le Hamas et le Darfour

Le Monde
23 avril 2006

Les déclarations de Oussama Ben Laden rejetées au Soudan

Nouvel Observateur
23 avril 2006

Tchad : un rebelle prisonnier évoque une alliance entre rebelles tchadiens et centrafricains soutenus par le Soudan

La Croix
23 avril 2006

Ben Laden réapparaît sur Al Jazira

Angola presse
22 avril 2006

L'Italie stimule les opérations humanitaires du PAM au Soudan

Nouvel Observateur
21 avril 2006

Le Soudan refuse de délivrer des visas pour une mission de l'ONU

Angola presse
21 avril 2006

La Libye débloque 4,5 millions pour les réfugiés soudanais

Libération
20 avril 2006

Tchad Darfour : l'imbroglio

Nouvel Observateur
20 avril 2006

Mort de John Garang : l'enquête soudanaise conclut à un accident

Xinhuanet
19 avril 2006

Le Soudan demande un report de la visite de l'équipe d'évaluation de l'ONU

Le Monde
19 avril 2006

N'Djamena rompt des relations avec le Soudan

Le Figaro
18 avril 2006

Après « l'agresseur soudanais », N'Djamena vilipende l'Union Africaine

Le Figaro
18 avril 2006

N'Djamena joue l'apaisement , mais continue d'accuser le Soudan

Nations Unies New York
18-avril 2006

Soudan/Tchad : Kofi Annan inquiet des tensions entre les deux pays

Angola presse
18 avril 2006

Une erreur de pilotage à l'origine de l'accident fatal à Garang

Jeune Afrique
17 avril 2006

Le Darfour face à une nouvelle crise après ma rupture Soudan/Tchad

L'Express
17 avril 2006
La tension entre le Tchad et le Soudan menace le travail du HCR
Le Figaro
17 avril 2006
Le Tchad, enjeu d'une bataille à trois
Agence russe
17 avril 2006
Un groupe aérien russe participera à l'opération de paix au Soudan (ministre)
Le Figaro
16 avril 2006
Le pape prie pour la paix dans le monde
Le Figaro
16 avril 2006
Darfour : le Tchad quitte la table des négociations, inquiétude pour les réfugiés
Nouvel Observateur
15 avril 2006
Les Etats-Unis appellent au dialogue entre le Tchad et le Soudan
Reuters
14 avril 2006
Le Tchad rompt ses relations avec Khartoum et ferme sa frontière
Le Figaro
15 avril 2006

Idriss Déby menace le Soudan et la Banque mondiale

Le Figaro
15 avril 2006
Le Tchad rompt avec le Soudan
La Croix
15 avril 2006
Le Tchad soupçonné de vouloir utiliser ses pétrodollars pour faire la guerre
Libération
14 avril 2006
Tchad-Soudan, le torchon brûle
Libération
14 avril 2006
Une séquelle de la guerre au Darfour
Les enjeux de la crise se situent dans le Soudan voisin, qui soutient les rebelles.
Le Figaro
14 avril 2006
N'Djamena rompt ses relations diplomatiques avec le Soudan
Le Figaro
14 avril 2006
La guerre du Darfour aux origines de la révolte tchadienne
Human Right Watch
13 avril 2006
Tchad : l'offensive rebelle présente le risque de représailles ethniques

PAM
12 avril 2006

Le PAM salue l'aide du Royaume-Uni à la reconstruction des routes au Soudan
IRIN
11 avril 2006
Echec de l'UA dans la relance des pourparlers sur le Darfour
ONU
07 avril 2006
Darfour : le nettoyage ethnique et les crimes contre l'humanité doivent inciter la communauté internationale à agir
Union européenne
06 avril 2006
Déclaration de l'Union européenne sur l'accès des opérations humanitaires au Darfour
Nouvel observateur
06 avril 2006
Appel de l'ONU en faveur du Darfour
Afrique centrale info
06 avril 2006
Les élus américains se mobilisent
AFP
06 avril 2006
La vie des Soudanaises gâchée par l'excision
Xinhua net
05 avril 2006
L'Egypte est prête à envoyer des observateurs au Darfour
PAM
05 avril 2006
Soudan : hausse de la scolarisation grâce à la distribution de repas
ONU
05 avril 2006
Darfour : l'ONU déplore l'obstruction du Soudan
L'orient le jour
05 avril 2006

Le Darfour au centre d'un sommet entre Moubarak et al-Bachir

AFP
05 avril 2006
Soudan: l'enquête sur la mort de Garang conclut à une erreur du pilote
Libération
04 avril 2006
L'Onu empêchée au Soudan
Amesty International
04 avril 2006
Soudan - poursuite du blocus de l'aide humanitaire
AFP
03 avril 2006

Le Soudan empêche Jan Egeland (Onu) d'aller au Darfour et à Khartoum

IRIN
01 avril 2006
Après les nouvelles attaques dans l'Est du Tchad, le gouvernement tchadien accuse le Soudan

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Darfour: Ultimatum pour trouver un accord de paix repoussé de 48 heures

Le Nouvel Observateur, Abuja, 30 avril 2006

Les médiateurs de l'Union africaine (UA) chargés des négociations entre les rebelles du Darfour et le gouvernement soudanais ont annoncé dimanche que les pourparlers seraient prolongés de 48 heures, jusqu'à mardi minuit.

L'ultimatum pour trouver un accord de paix expirait dimanche soir, alors que les rebelles avaient rejeté plus tôt le projet d'accord soumis par les médiateurs, que le gouvernement soudanais se disait en revanche "prêt à signer".

Selon les rebelles du Mouvement pour la justice et l'égalité et du Mouvement de libération du Soudan, cet accord ne répondait pas à leurs principales exigences (un poste de vice-président issu du Darfour et davantage d'autonomie pour cette région du Soudan). Ils critiquent aussi ses modalités d'application. AP

Avril 2006

Darfour: les rebelles rejettent le projet d'accord

Nouvel Observateur, Abuja 30 avril 2006

Les rebelles soudanais ont rejeté dimanche soir le projet d'accord de paix pour le Darfour au moment même où expirait l'ultimatum fixé par les médiateurs de l'Union africaine et alors que le gouvernement soudanais s'était dit "prêt à signer" le document.

Ahmed Hussein, porte-parole des rebelles, a estimé que le projet d'accord soumis par les médiateurs de l'UA était, en l'état, "déséquilibré" et a exigé que des changements y soient apportés. "Nous n'allons pas le signer comme il est", a-t-il déclaré dans un communiqué.

Ahmed Hussein, porte-parole du Mouvement pour la justice et l'égalité, l'une des deux principales factions rebelles, a dit parler au nom des deux groupes. Auparavant, l'autre groupe, le Mouvement de libération du Soudan, avait réclamé davantage de temps.

De son côté, Noureddine Mezni, porte-parole de l'UA, a confirmé que l'ultimatum pour parvenir à un accord expirait ce dimanche soir, mais a précisé qu'un accord partiel pouvait ouvrir la voie à d'autres options. "La médiation ne va pas changer le document ou rouvrir les négociations à cette heure tardive", a dit M. Mezni. "Toutefois, si les parties se mettaient d'accord entre elles sur une quelconque partie de ce document, nous nous en accommoderions." Il n'a pas fourni plus de détails sur cette proposition.

Les rebelles reprochent au projet d'accord soumis par les médiateurs de l'UA de ne pas répondre à leurs principales exigences (un poste de vice-président issu du Darfour et davantage d'autonomie pour cette région du Soudan). Ils critiquent aussi ses modalités d'application. AP

Avril 2006

Environ 15 000 personnes manifestent devant la Maison Blanche

Presse Canadienne , Montréal - _Le 30 avril 2006

Environ 15 000 personnes manifestent devant la Maison Blanche à Washington pour exiger du gouvernement américain qu'il intervienne dans la crise du Darfour au Soudan.

On demande notamment que l'administration Bush envoie des casques bleus dans cette région pour soutenir la force internationale, dirigée par l'Union africaine.

Cette manifestation d'aujourd'hui (dimanche) coincide avec la date butoire, fixée en soirée, pour que les négociations sur le Darfour, qui se déroulent à Abuja au Nigéria, aboutissent sur un accord de paix.

Le gouvernement soudanais a officiellement confirmé aujourd'hui être "prêt à signer" le projet d'accord soumis par les médiateurs de l'Union africaine, mais les rebelles ont toujours des réserves.

Les manifestants veulent aussi que George W. Bush nomme un émissaire spécial qui pourrait rassembler divers pays afin d'augmenter la pression sur le Soudan pour que celui-ci mette fin à ce que certains commencent à appeler "le génocide du Darfour".

Selon l'Organisation des nations unies, le conflit dans ce pays a fait jusqu'à maintenant 400 000 morts et près de trois millions de personnes ont dû s'expatrier, notamment au Tchad voisin.

Avril 2006

Des milliers de personnes se rassemblent à Washington pour le Darfour

Nouvel Observateur, Washington, 30 avril 2006

Des milliers de personnes ont participé à un rassemblement à Washington dimanche pour exhorter le président américain George W. Bush et le Congrès à agir pour mettre fin au génocide au Darfour.

Plusieurs membres du Congrès et célébrités ont participé au rassemblement, dont l'acteur George Clooney, qui vient de rentrer d'un séjour au Darfour, province de l'ouest du Soudan. Accompagné de son père Nick, ancien journaliste de télévision, Clooney y a interviewé des familles dans des camps de réfugiés. Selon lui, les politiques américaine et onusienne au Darfour sont un échec.

"Ceci est en fait le premier génocide du 21e siècle, mais il y a un espoir: vous tous", a-t-il déclaré à la foule sur le National Mall, entre le Capitole et le Mémorial de Lincoln dans la capitale américaine.

Les organisateurs attendaient 10 à 15.000 personnes dimanche. Plusieurs rassemblements similaires ont eu lieu aux Etats-Unis ce week-end.

Un réfugié présent à Washington dimanche, Hassan Cober, qui a affirmé avoir été contraint de quitter le Soudan et sa famille, dont plusieurs membres ont été tués ou violés, a souligné l'urgence.

Les Etats-Unis et les Nations unies "doivent aller au Darfour aujourd'hui, pas demain, car ce qui se passe est un désastre", a-t-il déclaré.

Participaient également au rassemblement le prix Nobel de la Paix Elie Wiesel, le sénateur démocrate Barack Obama et la présidente du groupe démocrate à la Chambre des représentants, Nancy Pelosi.

Un rabbin de Boston, Or Rose, membre des Séminaristes juifs pour la justice, a expliqué dimanche que "la motivation personnelle pour nombre d'entre nous est l'Holocauste".

"Etant données notre histoire et notre expérience, nous ressentons l'obligation de nous lever et de nous exprimer", a déclaré le rabbin Rose.

Depuis le début du conflit au Darfour en 2003, au moins 180.000 personnes ont été tuées et deux millions déplacées. Le conflit oppose les Janjawid -à la solde de Khartoum et accusées de commettre des atrocités sur les populations noires- aux rebelles du Darfour.

Dimanche, les rebelles ont refusé de signer un projet d'accord de paix soumis par des médiateurs de l'Union africaine. Ces derniers ont annoncé tôt lundi, heure française, que les négociations avaient été prolongées de 48 heures.

Avril 2006

Mission robuste

R.F.I., Philippe Leymarie, 30 avril 2006

Ce dimanche était la date limite fixée par la communauté internationale pour l'adoption d'un accord global chargé de ramener la paix au Darfour. Un conflit où sont impliqués l'Union africaine, l'Onu, l'Otan... et Oussama Ben Laden. Le Darfour, à l'est du Soudan, frontalier du Tchad, théâtre d'un nouveau génocide.

Trois ans de conflit, 200 000 morts, 2 millions de déplacés... beaucoup de médecins au chevet du malade pour peu de résultats. Et l'incendie menace de s'étendre à tout le Soudan (encore fragile, malgré la résolution du conflit au Sud) ainsi qu'au Tchad ou en Centrafrique.

L'Union africaine fait ce qu'elle peut pour réunir autour d'une table le gouvernement de Karthoum et les mouvements rebelles. Sa force de paix, sur le terrain (7 000 hommes) manque de moyens, notamment logistiques, en dépit d'une aide « technique » de pays membres de l'Otan, pour l'acheminement aérien de ses effectifs et du matériel.

Comment aller plus loin sur le plan militaire, puisque le volet politique ne semble pas mûr ? D'abord il s'agit de renforcer ce qui existe, avec des renforts pour le contingent africain et l'Otan qui, à la demande de l'Union africaine, envisage l'envoi d'équipes spécialisées dans les domaines du commandement, du contrôle, des communications, du renseignement et, bien sûr, de la logistique, pour aider les Africains à planifier les opérations pendant cette période transitoire. Il s'agit de rendre la force de l'Union africaine « plus robuste ».

Pas question cependant pour l'Otan de troupes au sol, mais une plus grande présence de «conseillers» sur le terrain. Quelques centaines d'officiers sont prévus, y compris peut-être des Américains, ce qui serait une première. Pas question non plus de «rôle-cadre» comme les Français l'avaient assumé au Congo en 2003 et comme les Allemands s'apprêtent à le faire cette année, dans ce même pays.

Des discussions délicates entre les pays-membres tournent autour du «calibrage» de la mission, pour éviter d'avoir l'air d'imposer la présence de l'Otan dans la région... Cela risque d'être difficile vu que les autorités soudanaises sont hostiles, par principe, à l'envoi de forces de paix non-africaines sur leur territoire. Par ailleurs, dans une réapparition médiatique, le terrible Oussama Ben Laden a dénoncé ce qu'il considère comme la nouvelle «main mise» de l'Occident sur un pays musulman. L'envoi de «conseillers» serait en tout cas moins voyant et moins «agressif» que l'envoi de troupes armées ou la fourniture de patrouilles aériennes pour protéger les troupes de l'Union africaine(UA) ou empêcher le bombardement des villages du Darfour.

Dans une deuxième phase, l'UA n'étant pas encore prête pour les grandes missions de paix, il s'agirait, d'ici la fin de l'année, de remplacer ses unités par une force de Casques bleus encore plus robuste, car plus imposante, avec ses 12 000 hommes, mieux armée et très mobile. Disposant d'un soutien aérien cette force internationale serait davantage épaulée puisqu'elle continuerait à bénéficier du soutien de l'Otan déjà mis en oeuvre au profit de la force africaine.

Mais là, beaucoup reste à faire, à commencer par obtenir l'accord politique des Soudanais alors que l'Onu vient de sanctionner un des patrons de leur armée. Il faudrait aussi entamer un processus de «génération de force», trouver les pays contributeurs de troupes, financer le tout, définir les règles d'engagement... pendant que la Chine pointe à nouveau son nez dans la région et que Ben Laden, du fond de sa grotte, appelle à une « guerre prolongée » au Darfour, pour en chasser les fameux «croisés».

Avril 2006

Khartoum accepte le projet d'accord sur le Darfour, les rebelles toujours réservés

Nouvel Observateur avec A.P. par Bachir Adigun , 3 0 avril 2006

Le gouvernement soudanais a officiellement confirmé dimanche être "prêt à signer" le projet d'accord de paix pour le Darfour soumis par les médiateurs de l'Union africaine. Mais les discussions se poursuivaient alors que l'ultimatum expirait dans la soirée, les rebelles ayant eux toujours des réserves.

D'ultimes tractations allaient donc bon train à Abuja (Nigeria), au jour de l'ultimatum fixé par les médiateurs de l'UA pour aboutir, après deux ans de pourparlers de paix et sept sessions de négociations sans résultats, alors que le cessez-le-feu signé en avril 2004 est largement ignoré. Mercredi, les médiateurs avaient présenté leur projet d'accord, réclamant aux parties de rendre leur avis d'ici dimanche.

"Le gouvernement confirme sa volonté d'accepter officiellement ce document et sa volonté de le signer", a déclaré Magzoub El-Khalif, chef de la délégation de Khartoum.

Mais un porte-parole des rebelles faisait en revanche part de leur insatisfaction: "Nous avons des réserves sur le projet d'accord", a souligné Ahmed Hussein, du Mouvement pour la justice et l'égalité. L'autre faction importante de la rébellion, le Mouvement de libération du Soudan, a demandé le report de la date-butoir.

Le porte-parole du l'UA Norredine Mezni estimait pour sa part qu'un accord partiel pouvait être signé. "Les médiateurs ne vont pas modifier le document ou rouvrir la négociation à cette heure tardive. Mais les parties tombent d'accord sur une quelconque partie du texte, nous leur donnerons satisfaction", a-t-il déclaré.

Ce texte, présenté mardi aux parties et diffusé mercredi, note que le Darfour, région de l'ouest soudanais, grande comme la France , a été "historiquement privé de tout" et a terriblement souffert de la guerre.

Les médiateurs proposent un vote d'ici 2010 pour déterminer la création d'une unique entité géographique à la place des actuels trois Etats composant le Darfour. Une disposition qui rappelle celle contenue dans l'accord de paix qui a mis fin, en janvier dernier, à une guerre de plus de 21 ans au Sud-Soudan.

Ils appellent à la création d'un fonds de réhabilitation et au versement de compensations aux habitants de la région, et demandent au président soudanais d'inclure parmi ses principaux conseillers un spécialiste du Darfour nommé par la rébellion.

Le projet appelle également au désarmement des janjawid, ces milices tribales arabes semant terreur et violence chez les villageois du Darfour, et que Khartoum dément toujours soutenir. Il réclame également l'intégration de certains rebelles dans l'armée soudanaise.

Le conflit larvé qui régnait depuis de longues années au Darfour, autour du contrôle de la terre et de l'eau, a éclaté en guerre ouverte en février 2003. Deux mouvements rebelles issus des ethnies noires du Darfour ont alors pris les armes contre le régime militaro-islamiste de Khartoum, qui a lui armé des supplétifs. Depuis lors, plus de 180.000 personnes sont mortes et plus de trois millions d'autres ont été chassées de chez elles. Le conflit menace également de s'étendre, avec l'implication du Tchad voisin, qui héberge des centaines de milliers de réfugiés et accuse Khartoum d'ingérence.

Malgré la situation catastrophique au Darfour, théâtre de la plus grave crise humanitaire en cours sur la planète, le Programme alimentaire mondial (PAM) de l'ONU va devoir réduire de moitié son aide, ramenant à mille calories par jour les rations alimentaires fournies à quelque trois millions de réfugiés, faute de fonds, les donateurs traînant les pieds.

Pour la première fois depuis l'adoption en mars 2005 d'une résolution autorisant toute une série de mesures (gel des avoirs financiers, interdiction de déplacement) à l'encontre de personnes violant les droits de l'Homme au Darfour, le Conseil de sécurité de l'ONU vient d'approuver des sanctions envers quatre individus impliqués dans le conflit: un ancien commandant de l'armée de l'air dans la région, un chef janjawid de la tribu des Jalul (nord du Darfour), et deux commandants rebelles.

Enfin, la mobilisation contre le génocide au Darfour bat son plein aux Etats-Unis, avec des manifestations tout le week-end: l'acteur et réalisateur George Clooney, qui revient de la région, devait notamment y prendre la parole.

Avril 2006

L'ONU lance le programme d'entraînement pour les forces de l'UA au Darfour

Xinhuanet, Al Fasher , 29 avril 2006

La mission de l'Union africaine au Soudan (AMIS) a dit samedi que l'ONU avait lancé un  programme pour entraîner une force de maintien de la paix  africaine qui compte 7 300 soldats dans la région du Darfour,  ouest du Soudan en proie au conflit. 

S'adressant lors d'une cérémonie à al-Fasher, un responsable de  la commission de l'Union africaine (UA), a déclaré que ce  programme visait à entraîner les forces avec les standards et les  normes internationaux dans leur mission au Darfour. 

Hassan Gibril, représentant spécial intérimaire de la présidence de la commission de l'UA, a indiqué que le programme  d'entraînement élargira manifestement la perspective professionnelle des observateurs militaires, de la police civile  et des fores de protection qui comptent conjointement sur la  restauration de paix et de sécurité au Darfour. 

Les soldats de maintien de la paix de l'UA ont été déployés dans trois états du Darfour pour surveiller l'application de l'accord  de cessez-le-feu humanitaire, qui a été signé par le gouvernement  soudanais et les mouvements rebelles de Darfour à N'Djamena,  capitale tchadienne en avril 2004. 

Toutes les agences de l'ONU opérant au Soudan prendront part au  programme. 

A l'heure actuelle, des agences de l'ONU, dont le Fonds des  Nations unies pour la population, le haut commissariat des Nations unies pour les droits de l'homme, le Fonds des Nations unies pour  l'enfance ainsi que la mission de l'ONU au Soudan, ont des  opérations au Soudan. 

"C'est la première fois que toutes les agences au Soudan se sont réunies pour exécuter une seul tâche", a indiqué un membre du  programme de l'ONU pour le développement (PNUD), qui est  responsable pour l'organisation et la coordination du programme  d'entraînement à l'agence Xinhua

Avril 2006

Jan Pronk exhorte les rebelles du Darfour à mettre fin aux attaques

Nations Unies, New York, 28 avril 2006

Le Représentant du Secrétaire général pour le Soudan, Jan Pronk, a exhorté aujourd'hui les rebelles du Darfour à mettre fin aux attaques perpétrées contre les travailleurs humanitaires, sous peine de suspendre les efforts de secours sur le terrain jusqu'au rétablissement de conditions de sécurité acceptables.

Selon un communiqué de la Mission des Nations Unies au Soudan ( UNMIS ) publié aujourd'hui à Khartoum, des membres d'organisations non gouvernementales et d'institutions des Nations Unies opérant dans la région du nord Darfour ont été la cible d'attaques continues et de harcèlement par des groupes armés.

Plusieurs informations indiquent que nombre de ces attaques ont été commises par les factions de l'Armée de libération du Soudan (SLA), indique le communiqué.

Des vols à main armée et des détournements de véhicules ont mis en danger les travailleurs humanitaires qui prêtent assistance à plus de 450 000 personnes vulnérables dans la région, affirme l'UNMIS.

Jan Pronk fait savoir que si ces actes ne cessent pas immédiatement, les Nations Unies et leurs partenaires seront contraints de suspendre leurs efforts de secours sur place jusqu'au rétablissement de conditions de sécurité acceptables.

Les rebelles du Darfour - Armée de libération du Soudan (SLA) et Mouvement pour la justice et l'égalité (MJE) - réclament plus d'autonomie et demandent un partage plus équitable des ressources du pays, notamment pétrolières.

Le conflit qui a démarré en février 2003 a déjà provoqué la mort de 400.000 civils et le déplacement de plus de deux millions de personnes.

Avril 2006

Le PAM contraint à réduire ses rations alimentaires au Soudan

L'Express, 28 avril 2006

Le Programme alimentaire mondial (PAM) annonce qu'il va réduire de moitié les rations alimentaires distribuées à plus de six millions de Soudanais, dont la moitié vivant au Darfour, en raison d'un manque important de fonds.

De nombreux pays donateurs semblent s'être lassés de venir en aide aux victimes du conflit du Darfour, en cours depuis février 2003, bien que des signes donnent à penser que la malnutrition progresse parmi les habitants des camps de personnes déplacés, a indiqué l'agence onusienne.

Le PAM précise qu'il réduit de moitié ses rations à partir du mois de mai, les faisant passer de 2.100 à 1.050 calories par personne et par jour.

"C'est l'une des décisions les plus difficiles que nous ayons jamais prises. Les habitants du Darfour n'ont-ils pas déjà assez souffert? N'ajoutons-nous pas l'insulte à la blessure?" s'est interrogé le directeur exécutif du PAM, James Morris.

Le PAM n'a reçu que 238 millions de dollars cette année, soit 32% des 746 millions qu'il avait demandés pour le Soudan. Les Etats-Unis sont le principal donateur, avec 188 millions de dollars. L'Italie est le seul grand pays d'Europe à avoir répondu à l'appel du PAM, pour l'instant, cette année (1,2 million de dollars).

L'Unicef, le fonds des Nations unies pour l'enfance, a déjà signalé une augmentation du taux de malnutrition au Darfour cette année

Avril 2006

Soudan: le cardinal Wako appelle au pardon et à la réconciliation

ZENIT, Rome, 27 avril 2006

L'archevêque catholique de Khartoum demande à tous les chrétiens et les personnes de bonne volonté qui ont souffert pendant la guerre civile soudanaise qui vient à peine de prendre fin, de trouver le courage de pardonner à ceux qui les ont blessés.

Dans son message pascal, le cardinal Gabriel Zubeir Wako affirme que de nombreux soudanais portent encore dans leur propre corps et dans leur cœur les cicatrices de la guerre violente conclue de manière officielle l'an dernier.

« L'année dernière nous avons célébré la Pâque du pardon et de la réconciliation. Comme Jésus, nous portions encore avec nous et en nous, les cicatrices de nombreuses années de guerre, d'oppression et de misère, de frustration, de colère et de rancœur. Cette année nous devrons nous pousser à aller plus loin sur la voie du pardon et de la réconciliation », déclare le cardinal Wako dans le message publié par l'Agence catholique africaine CISA.

Le pardon et la réconciliation, affirme-t-il, sont des actes de courage et de liberté. « Notre société, nos communautés et nos familles sont très marquées par la cruauté, la violence, la vengeance, le tribalisme, la corruption, l'égoïsme et l'indifférence à l'égard des pauvres et des faibles », a-t-il souligné.

« Nous avons besoin de personnes courageuses et véritablement libres, qui ont délibérément choisi d'aller à contre-courant pour répandre les semences de la compréhension et de l'amitié au sein de notre peuple » poursuit-il.

Le cardinal Wako a ensuite exhorté les chrétiens a fixer leur regard sur le Seigneur Ressuscité, qui est devant eux et dont le corps est marqué du signe des clous et de la lance.

« A l'origine de ces signes se trouvent des personnes, dont certaines pourraient être qualifiées de très respectables. Elles ont été cruelles, injustes, inhumaines, arrogante, ignorantes, et sont vraiment mauvaises, sans aucune crainte de Dieu ou de respect pour les êtres humains. Vous pourriez vouloir décrire les personnes qui vous ont blessé, ou peut-être vous-mêmes, en des termes semblables » a dit le prélat.

Dans son corps lacéré, Jésus avait un cœur qu'aucun de ses tortionnaires ne pouvait atteindre, a dit le cardinal. « Ce cœur est resté ce qu'il a toujours été. Un cœur plein de bonté, de compassion, de miséricorde et d'amour infini ».

« Ce cœur nous demande de transmettre a tous ceux qui nous ont porté préjudice, la prière qu'il a offerte pour ceux qui le crucifiaient : ‘Père, pardonne-leur car ils ne savent ce qu'ils font' (Lc 23, 24) », a-t-il conclu.

Avril 2006

Nigeria – Soudan : l'UA élabore et présente son projet de paix pour le Darfour

IRIN, Abuja, 26 avril 2006

 

Un avant-projet de protocole d'accord de paix visant à mettre un terme aux trois années de conflit dans la région du Darfour, au Soudan, a été élaboré par les médiateurs de l'Union africaine (UA),cinq jours avant la fin des négociations prévue le 30 avril.

Ce document de 85 pages a été présenté à Abuja, la capitale nigériane, après près de deux ans de pourparlers stériles entre le gouvernement soudanais et les deux groupes rebelles du Darfour.

Selon l'ONU, la crise du Darfour est la plus grave crise humanitaire que connaît le monde, et depuis le début du conflit, en 2002, plus de 180 000 personnes sont mortes et deux millions d'autres ont été déplacées.

Le plan de paix de l'UA prévoit qu'un ressortissant du Darfour occupe les fonctions de « directeur de cabinet du président », le quatrième poste le plus important de la Présidence. Cette proposition permettra de sortir de l'impasse dans laquelle se trouvent les parties en conflit, depuis que les rebelles revendiquent un poste de vice-président.

Il comprend également quelques compromis pour résoudre le contentieux concernant le partage du pouvoir, des richesses et la sécurité.

L'avant-projet a été présenté mardi soir aux représentants des deux groupes rebelles, le Mouvement/Armée de libération du Soudan (SLM/A) et le Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM), et du gouvernement soudanais.

La semaine dernière, Idriss Déby, le président tchadien, a déclaré que le conflit Darfour est la cause de l'instabilité du Tchad, où les combattants rebelles ont récemment intensifié leur campagne contre son gouvernement, et a demandé l'intervention de à la communauté internationale.

Selon les groupes rebelles, les populations du Darfour sont marginalisées et persécutées par les milices janjawid soutenues par les autorités de Khartoum. Le cessez-le-feu conclu entre le gouvernement et les mouvements rebelles en avril 2004 a été violé à plusieurs reprises, indique les Nations unies.

Mardi, le Conseil de sécurité de l'ONU a imposé un gel des avoirs et une interdiction de voyage à l'encontre de quatre soudanais qui constituent « une menace pour la région ».

Il s'agit de Gafar Mohammed Elhassan, commandant des forces armées soudanaises de la région militaire de l'Ouest, Musa Hilal, chef de la Tribu janjawid Jalul du Nord Darfour, Adam Yacub Shant, commandant de l'Armée de libération soudanaise (ALS), et Gabril Abdul Kareem Badri, commandant du Mouvement national pour la réforme et le développement, deux mouvements rebelles du Darfour.

Avril 2006

De nouvelles attaques soulignent la nécessité de sanctions supplémentaires et d'une force de protection

L'offensive gouvernementale menace les civils du Darfour

Human Rights Watch, 26 avril 2006

 

«Les nouvelles attaques de Khartoum contre des civils montrent que le Conseil de sécurité doit bouger rapidement sur la question d'une force de protection des Nations unies au Darfour. »

Peter Takirambudde, directeur de la division Afrique à Human Rights Watch

 

Le gouvernement soudanais a lancé une nouvelle offensive militaire au Sud Darfour qui met gravement en danger les civils, a déclaré aujourd'hui Human Rights Watch.

 

L'attaque du 24 avril contre un village situé en territoire sous contrôle des rebelles a été menée de façon non sélective, avec un avion Antonov et des hélicoptères de combat, en violation totale du droit de la guerre. Cette attaque a déplacé des milliers de civils qui avaient trouvé refuge sur place. L'attaque s'est produite juste une semaine avant la date limite du 30 avril sur la fin des négociations de paix à Abuja au Nigeria. Deux autres villages dans la région ont également été attaqués au cours des 10 derniers jours. Le 25 avril, le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté une résolution qui a inscrit quatre ressortissants soudanais impliqués dans le conflit armé sur la liste des personnes à sanctionner, leur interdisant les voyages à l'étranger et gelant leurs avoirs.

« Les nouvelles attaques de Khartoum contre des civils montrent que le Conseil de sécurité doit bouger rapidement sur la question d'une force de protection des Nations unies au Darfour, » a déclaré Peter Takirambudde, directeur de la division Afrique à Human Rights Watch. « Ces attaques montrent également que les sanctions, si elles sont bienvenues, ne frappent probablement pas assez fort – ni assez haut – et que les civils vont continuer à en payer le prix. » .

L'attaque du 24 avril contre le village de Joghana semble s'inscrire dans une offensive gouvernementale plus vaste au Sud Darfour, dans le but apparemment de consolider le territoire avant la date limite du 30 avril fixée par l'Union africaine pour conclure les négociations de paix. La région située à 110 kilomètres au sud est de la capitale du Sud Darfour, Nyala, est depuis longtemps une zone explosive, opposant le gouvernement et les milices Janjaweed à deux groupes rebelles. Les groupes rebelles se sont aussi parfois opposés les uns aux autres à cet endroit. Toutes les parties ont contribué à la polarisation ethnique du conflit et au déplacement massif des populations dans la région.

Selon les récits de témoins, les forces du gouvernement et les milices ont commencé à attaquer Joghana à 7 heures du matin le 24 avril. Les civils qui ont fui la ville ont affirmé qu'un avion Antonov et deux hélicoptères de combat avaient été utilisés et que l'Antonov avait largué des bombes qui ont tué des civils. Le nombre de morts et de blessés n'a cependant pas pu être vérifié.

Des milliers de personnes déplacées vivaient à Joghana, sous contrôle du groupe rebelle de l'Armée de libération du Soudan (SLA), après avoir fui de préalables attaques contre leurs villages. Joghana est situé à environ 10 kilomètres de Greida, une autre ville sous contrôle du SLA où au moins 80 000 personnes déplacées ont cherché refuge.

« Si le gouvernement soudanais poursuit cette offensive alors Greida sera certainement la prochaine cible, » a déclaré Takirambudde. « Les civils là-bas, en particulier ceux qui sont de la même ethnie que les groupes rebelles, pourraient se retrouver très exposés. »

Les groupes rebelles – le SLA et le Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM) – ont tous les deux été très actifs dans la région de Greida au cours de l'année écoulée en dépit de la demande de l'Union africaine d'un retrait des forces SLA de la ville de Greida où les forces de l'Union africaine ont une base.

La localisation stratégique de Greida, sur la route principale de Nyala au sud de Buram, a fait de cette ville et des villages environnants, un point de fixation pour des accrochages armés au cours des six derniers mois. Depuis novembre 2005, Human Rights Watch a recueilli des récits sur une douzaine d'attaques, d'ampleur variable, menées par les milices soutenues par le gouvernement contre des villages situés autour de Greida. Au cours de ces attaques, des milliers de civils ont été déplacés et ont perdu le cheptel qui leur restait ainsi que d'autres biens. Les forces rebelles auraient attaqué d'autres villages de la région en représailles. Depuis janvier 2006, des témoins ont signalé la présence massive de milices pro-gouvernementales autour de la ville et début mars 2006, au moins 60 villages autour de Greida ont essuyé des attaques.

L'offensive du gouvernement soudanais contre Joghana et les villages environnants s'apparente à des opérations antérieures au Sud Darfour, fin 2004 lorsque des responsables soudanais avaient affirmé « nettoyer la route » autour de Nyala pour des raisons de sécurité alors qu'ils menaient en fait une offensive brutale contre les populations civiles vivant dans des régions stratégiquement importantes sous contrôle SLA.

L'opération actuelle avait été préalablement très clairement planifiée et coordonnée. Human Rights Watch a appris de sources crédibles que les responsables du gouvernement soudanais avaient récemment informé la mission de l'U.A. au Darfour de leur intention de « nettoyer la route » de Nyala à Buram.

« Il ne s'agit pas d'une attaque menée au hasard, » a déclaré Takirambudde. « Ceci est le résultat de mois de préparation par les responsables soudanais et de coordination avec les milices. »

Comme dans d'autres régions du Darfour, les responsables soudanais ont exacerbé les tensions ethniques locales en continuant à recruter, soutenir et utiliser des milices ethniques dans la région de Greida. Les autorités soudanaises dont Al Haj Atta Al Mannar, le wali ou gouverneur du Sud Darfour, ont mis en place de soi-disant mécanismes de réconciliation, censés apaiser les tensions ethniques à Greida. Mais ces efforts, notamment l'installation de responsables de milices bien connus responsables de crimes de guerre dans les comités de réconciliation, représentent la poursuite de la politique du gouvernement soudanais qui construit des alliances militaires sur une base ethnique, sans se préoccuper de leur impact nocif sur les relations inter-ethniques.

Le gouverneur du Sud Darfour est un personnage clef dans le réseau des alliances de milices soutenues par le gouvernement au Sud Darfour, comme l'a décrit le rapport de Human Rights Watch de décembre 2005, « Impunité inébranlable : responsabilité gouvernementale dans les crimes internationaux commis au Darfour ».

« Les responsables locaux, comme le gouverneur du Sud Darfour, ont joué un rôle clef dans la stratégie soudanaise visant à déchirer le Darfour, » a déclaré Takirambudde. « Leurs noms doivent s'ajouter à la liste des Nations unies des personnes à sanctionner et ils doivent faire l'objet d'une enquête pour le rôle qu'ils ont joué en soutenant et coordonnant les attaques contre les civils. »

La Chine , la Russie et le Qatar se sont abstenus de voter la résolution du Conseil de sécurité du 25 avril imposant des sanctions à quatre ressortissants soudanais, prétextant qu'une telle action pourrait interférer avec les négociations de paix de l'U.A. en cours au Nigeria. Les quatre personnes, dont deux commandants rebelles, le responsable Janjaweed le plus connu, Musa Hillal et un ancien officier de l'armée de l'air, n'ont plus le droit de se déplacer à l'étranger et leurs avoirs sont gelés. Parmi ces quatre personnes, aucune n'est un responsable de haut rang impliqué dans les négociations, ni un gouverneur ou ministre fédéral impliqué dans de graves abus.  

Pour consulter le rapport de décembre 2005, « Impunité inébranlable : responsabilité gouvernementale dans les crimes internationaux commis au Darfour », veuillez consulter :   http://hrw.org/reports/2005/darfur1205/  

Avril 2006

Sudan: Le Conseil de sécurité impose pour la première fois des sanctions à quatre Soudanais

All Africa , Nations Unies ( New York ), 26 Avril 2006

Malgré l'opposition de principe de la Chine et de la Russie , le Conseil de sécurité a décidé d'imposer, pour la première fois aujourd'hui, des sanctions individuelles - gel des avoirs et interdiction de voyager - à quatre Soudanais accusés de menacer le processus de paix ou de commettre des atrocités au Darfour.

Adoptée par 12 voix pour, la résolution 1672 (2006) du Conseil de sécurité « décide que tous les Etats doivent mettre en oeuvre les mesures spécifiées dans le paragraphe 3 de la résolution 1591 (2005) » à quatre individus de nationalité soudanaise - un membre de l'administration, deux chefs rebelles et un dirigeant de milice soutenue par le gouvernement.

Les quatre individus sont d'un côté un membre de l'armée soudanaise, le général Gafar Mohammed Elhassan, Commandant des forces armées soudanaises de la Région militaire de l'Ouest, et un chef janjaouite, le Sheikh Musa Hilal, chef de la Tribu Jalul du Nord Darfour.

De l'autre côté, sont visés deux chefs rebelles du Darfour : Adam Yacub Shant, Commandant de l'Armée de libération soudanaise (ALS), et Gabril Abdul Kareem Badri, Commandant du Mouvement national pour la réforme et le développement.

Le paragraphe 3 de la résolution 1991, adoptée le 29 mars 2005, prévoit des sanctions individuelles contre « toute personne qui, d'après le Comité créé [ ] fait obstacle au processus de paix, constitue une menace pour la stabilité au Darfour et dans la région, viole le droit international humanitaire ou le droit international relatif aux droits de l'homme ou commet d'autres atrocités ».

 

Les sanctions prévues par la résolution 1591 sont le gel des avoirs et l'interdiction de voyager.

 

Demandé par les Etats-Unis et soutenu notamment par le Royaume-Uni et la France , le texte a été adopté par 12 voix « pour ». Trois pays se sont abstenus : la Russie et la Chine - membres permanents du Conseil de sécurité - et le Qatar - membre non permanent, ce dernier ayant estimé que les preuves n'étaient pas concluantes.

Quant à la Chine et à la Russie , elles ont exprimé de nouveau leur réticences face aux sanctions à l'approche de la date butoir fixée au 30 avril pour la conclusion d'un accord sur le Darfour (dépêche du 17.04.06).

« Il ne fait aucun doute que la violation des normes internationales, y compris du droit international humanitaire, ne devrait pas demeurer impunie, mais parallèlement nous pensons que le cycle actuel de pourparlers à Abuja doit se terminer par la signature par la partie soudanaise d'un accord avant le 30 avril, comme cela a été défini par l'Union africaine », a déclaré le Représentant de la Fédération de Russie, Andrey Denisov, en explication de vote.

« Selon nous, il y a un risque que l'adoption de cette résolution pourrait avoir une incidence négative sur les perspectives de conclusion d'un accord de paix dans les délais prévus. Par là même, cela ne contribuera pas aux efforts menés par la communauté internationale pour instaurer la stabilité et de la paix au Darfour », a-t-il expliqué.

L'issue des pourparlers d'Abuja a aussi été invoquée par Wang Gangya, Représentant de la Chine , qui assume la présidence du Conseil de sécurité au mois d'avril. D'une manière plus générale, la Chine s'est dite contre le principe des sanctions. « Il faut recourir aux sanctions en dernier ressort et avec prudence », a-t-il affirmé.

« Nous estimons que le vote d'aujourd'hui constitue une première étape importante pour permettre au Conseil de sécurité de s'acquitter de ses responsabilités conformément à plusieurs résolutions adoptées sur le Darfour », a déclaré de son côté l'ambassadeur des Etats-Unis, John Bolton.

Interrogé par la presse, à l'issue de la séance, sur l'opposition russe et chinoise, le représentant des Etats-Unis a estimé que si ces deux pays avaient voulu s'opposer aux sanctions elles auraient pu utiliser leur veto, et que leur abstention correspondait à un acquiescement. Il a rappelé que l'unanimité n'était pas juridiquement requise au Conseil de sécurité.

Interrogé sur le fait que les sanctions pourraient entraver le processus d'Abuja, Jean-Marc de la Sablière , ambassadeur de la France , a estimé qu'au contraire « elles devraient pouvoir le soutenir ».

- Retransmission du point de presse de l'ambassadeur de la France [8mins]

Le septième round de négociations entre le gouvernement du Soudan et les rebelles du Darfour - Armée/Mouvement de Libération du Soudan (A/MLS) et Mouvement pour la Justice et l'Egalité (MJE) - a débuté à Abuja le 9 avril dernier.

L'Union africaine et le Conseil de sécurité avaient fixé au 30 avril la date butoir pour trouver un accord au Darfour, déjà attendu pour le mois de janvier dernier (dépêche du 13.04.06).

C'est la première fois que le Conseil de sécurité décide d'imposer des sanctions individuelles au Darfour depuis l'adoption de la résolution 1591.

Le conflit a débuté en février 2003. Il a déjà provoqué la mort de près de 400.000 civils et le déplacement de plus de deux millions de personnes. Le gouvernement est accusé d'avoir armé les milices arabes « janjaouites » qui terrorisent les populations noires du Darfour.

Avril 2006

Coup d'Etat au Tchad : la Chine impliquée !

L'Afrique rencontre-t-elle un nouveau démon ?

Afrik-Com, , par Khaled Elraz, 23 avril 2006

 

Les rivalités des puissances post-coloniales étaient jusque là le lot commun de tous les pays d'Afrique de l'Ouest frappés par la bénédiction, ou plutôt la malédiction, du pétrole. Des zones d'influence françaises ou américaines, on pouvait presque dire, au cours de la dernière décennie, qu'elles devenaient plutôt des zones de pompage... L'actuel Président de l'Union Africaine, Denis Sassou-Nguesso, aurait beaucoup à raconter sur ces entrecroisements d'intérêts pétroliers.

L'actuelle déstabilisation dont le Tchad fait l'objet semble bien la conséquence prévisible de son accession au rang de nation pétrolière. La surprise, c'est que la déstabilisation n'est pas l'oeuvre des puissances accoutumées du fait : c'est désormais la Chine qui signe son arrivée sur le continent en tant que puissance prédatrice.

S'est-on suffisamment tôt avisé que le leader du FUC, Mahamat Nour, aurait (d'après Le Journal du Dimanche daté du 23 avril 2006)" travaillé dans le passé au Soudan pour une société chinoise et pétrolière" ? Toujours est-il que ses hommes ont bien reçu au Soudan, à la veille de leur offensive contre le Tchad, un fort appui en matériel et en munitions, livré par des fournisseurs chinois : mitrailleuses 14,5mm chinoises, 4x4 Toyota achetées dans le Golfe par une société chinoise, etc...

L'islamique Soudan est aujourd'hui l'un des bons fournisseurs de pétrole de la Chine , à un moment où la croissance économique accélérée de ce pays-continent lui impose de trouver sans cesse plus d'hydrocarbures à brûler... Or 25% des importations pétrolières chinoises proviennent aujourd'hui d'Afrique, dont une bonne partie du Soudan.

D'où la tentation, rapide, d'élargir au Tchad voisin une zone d'influence et de chalandise bien établie. D'où le réflexe, lamentable, d'utiliser au profit d'intérêts pétroliers bien compris la déstabilisation en cours du Président Idriss Déby Itno pour imposer par la force un dirigeant ami, qui serait d'autant plus ouvert aux demandes chinoises qu'il leur serait redevable de son accession au pouvoir.

Décidément, les vieux démons de l'Afrique font mieux que se réveiller : ils font des émules, et voici donc qu'une nouvelle génération de fauteurs de Coups d'Etat va se lever à l'Est ! Gare... La démocratie est décidément le seul combat viable pour le continent. Pour construire son développement et le faire profiter de ses propres ressources. La démocratie et le droit, toujours et toujours à défendre.

Avril 2006

Développement - Soudan : Mettre en place les premières routes bitumées ''depuis la création du monde''

Inter presse service, Johannesburg, Moyiga Nduru , 25 avril 2006

Depuis près de deux décennies, des agences d'aide larguent par avion des vivres au Sud-Soudan à cause du mauvais état des routes dans cette région -dévastée par plus de deux décennies de guerre civile.

 

''C'est catastrophique. Le sud était extrêmement sous-développé avant la guerre. La guerre a détruit tout'', a déclaré à IPS, Peter Smerdon du Programme alimentaire mondial (PAM) dans un entretien téléphonique depuis la capitale kényane -- Nairobi.

''Les communautés sont coupées du monde. Il est difficile d'atteindre certaines de ces communautés. Le déminage et les routes vont, par conséquent, aider les gens à se déplacer dans le pays'', a-t-il souligné. Toutefois, ceci va probablement prendre quelque temps, à cause du manque de financement. Selon le PAM, son programme de réparation des routes et de déminage d'urgence avec 3.000 kilomètres des principales voies de transport au Soudan, nécessitant 183 millions de dollars, est confronté à une pénurie de quelque 70 millions de dollars. ''Depuis la fin de 2003, le PAM a reconstruit environ 1.400 kilomètres de routes, réparé des ponts et des caniveaux, et enlevé et détruit quelque 200.000 pièces d'artillerie'', indique un communiqué de l'agence, publié le 12 avril.

''Si des contributions suffisantes sont faites, le PAM ouvrira en fin de compte toute la région et il serait possible de conduire des frontières sud du Soudan à (la capitale) Khartoum et de continuer jusqu'en Egypte pour la première fois en une génération'', ajoute le communiqué.

Malgré les obstacles, les progrès sont déjà visibles avec l'initiative de réparation des routes.

''Par exemple, aller de Yei à Juba (environ 160 kilomètres ) en voiture prenait deux jours. Maintenant, vous pouvez vous y rendre en voiture en trois heures et demie'', a noté Smerdon. Les autorités soudanaises affirment qu'elles tiennent également à l'ouverture des voies.

''Aucun développement significatif ne peut avoir lieu sans un bon réseau routier dans le Sud-Soudan. La politique du gouvernement est de construire des routes modernes qui relieront différentes parties du Sud-Soudan entre elles, et les relieront également au monde extérieur'', a déclaré au parlement de la région, Salva Kiir, premier vice-président du Soudan et chef du gouvernement dans le sud, le 10 avril.

Le Sud-Soudan a obtenu l'autonomie aux termes de l'accord de paix qui a mis fin à la guerre civile l'année dernière -- et votera pour dire si oui ou non il veut faire sécession en 2011. La longue guerre, provoquée par des différences religieuses et ethniques, s'est déroulée en grande partie entre le gouvernement islamique à Khartoum, et le Mouvement/Armée populaire de libération du Soudan (SPLM/A) dans le sud.

Kiir a indiqué que le Sud-Soudan envisageait de construire une ligne de chemin de fer pour relier Juba, la capitale de la région, au port de Mombasa au Kenya, dans l'océan Indien, soit par l'Ouganda soit par l'ouest du Kenya.

''Nous discutons également avec la République démocratique du Congo (RDC) de la liaison de Juba-Yei-Lasu avec Kisangani (la principale ville dans l'est de la RDC ) pour avoir accès à l'Atlantique et ouvrir ses marchés (de la RDC ) au Sud-Soudan'', a ajouté Kiir.

Rebecca Nyandeng, veuve du fondateur du SPLM/A, John Garang, a été nommée ministre des Transports et des Routes lorsque Kiir a succédé à Garang.

Le chef de file du SPLM/A est mort dans un crash d'avion alors qu'il revenait de l'Ouganda voisin en juillet de l'année dernière -- trois semaines seulement après avoir pris ses fonctions au sein de la nouvelle administration du Soudan. Connaissant l'état des routes du Sud-Soudan, Garang avait coutume de dire qu'il n'y avait jamais eu de voies bitumées dans la région ''depuis la création du monde''.

Le plus grand casse-tête de Nyandeng sera le déminage, un héritage mortel de divers conflits nord-sud. Toutefois, moins de mines ont été posées au cours de la première guerre, qui a éclaté en 1955 et pris fin en 1972, que durant le conflit qui s'est achevé l'année dernière.

Entre 500.000 et deux millions de mines terrestres ont été posées au Soudan, selon MineTech International, une société de déminage basée en Grande-Bretagne qui opère au Soudan. La firme souligne que ceci fait de ce pays d'Afrique de l'est l'une des dix nations les plus minées au monde, limitant considérablement les activités des agences internationales d'aide.

Le 'United Nations Mine Action Office' (Bureau des Nations Unies pour l'action contre les mines), créé en 2003 pour coordonner tous les programmes liés aux mines au Soudan, estime que 155 communautés et 4.270 kilomètres carrés de terre sont menacés dans le Sud-Soudan des suites de ces armes.

Les mines ont été laissées aussi bien par les rebelles que par les forces gouvernementales. Alors que les anciens rebelles du SPLM/A ont posé des mines anti-char pour empêcher les troupes gouvernementales soudanaises d'atteindre des territoires sous son contrôle, les forces gouvernementales ont planté des mines autour des villes de garnison pour éloigner les rebelles.

Les mines constituent une menace aussi bien pour les hommes que pour les animaux.

Le travail de Nyandeng est rendu difficile également par les activités de la tristement célèbre Armée de résistance du seigneur (LRA), un groupe rebelle ougandais qui recrute des enfants par la force afin qu'ils servent comme combattants -- et mutile ses victimes. La LRA opérait à partir du Sud-Soudan.

En novembre 2005, la LRA a tué deux démineurs -- un Irakien et un collègue soudanais -- forçant la Fondation suisse d'action contre la mine à suspendre temporairement ses opérations dans le Sud-Soudan.

On craint que les activités de la LRA n'affectent le retour de plus de trois millions de personnes déplacées dans le nord et 500.000 réfugiés en Ouganda, au Kenya, en Ethiopie et en RDC voisins, qui désirent rentrer chez eux.

Avril 2006

L'ombre de Pékin sur le conflit Tchad-Soudan

Pour faire main basse sur le pétrole, la Chine est soupçonnée de soutenir Khartoum.

Libération, par Christophe Ayad , 25 avril 2006

La guerre civile au Tchad est-elle un conflit entre grandes puissances pour le pétrole ? La question est ouvertement posée depuis que Pékin est accusé d'avoir aidé et armé les rebelles du Front uni pour le changement (FUC), lesquels ont effectué un raid sanglant dans la capitale tchadienne le 13 avril. Aidé par la France, Idriss Déby a repoussé la menace au prix de violents combats.

 

Réfugiés. Pour le président tchadien, le FUC n'est que le bras armé du Soudan, qui chercherait à mettre en place à N'Djamena un régime moins favorable aux rebelles du Darfour. Ces derniers, en guerre ouverte avec Khartoum depuis trois ans, utilisent souvent le Tchad, où sont installés 200 000 réfugiés soudanais du Darfour, comme base arrière. De sources concordantes, le soutien soudanais à la rébellion tchadienne est avéré, tout comme celui du Tchad à la rébellion du Darfour. Si cette guerre entre voisins par rébellions interposées n'est pas une surprise, quel intérêt Pékin aurait-il à livrer des armes et des 4 x 4 au FUC, comme l'affirme la dernière édition du Journal du Dimanche, citant une source soudanaise anonyme ?

C'est qu'en fait se déroule un immense Kriegspiel au coeur de l'Afrique pour le contrôle de l'or noir. Pékin importe déjà 10 % de ses importations de pétrole du Soudan, où les Chinois contrôlent, avec les Malaisiens, une bonne part de la production, qui est passée, depuis la semaine dernière, à 500 000 barils par jour. Ce pétrole est exporté en Chine par Port-Soudan, via un oléoduc construit... par la Chine. En échange, Pékin a octroyé un important prêt en aide budgétaire directe à Khartoum et a toujours «couvert» le Soudan au Conseil de sécurité de l'ONU, opposant la menace d'un veto à des sanctions pour les exactions commises au Darfour ou à un embargo total sur les armes.

En finançant les rebelles du FUC, Pékin lorgnerait le pétrole tchadien (200 000 b/j), extrait dans le sud du pays par un consortium américano-malaisien et évacué vers les Etats-Unis par le port camerounais de Kribi, dans le golfe de Guinée. Un gouvernement plus favorable à N'Djamena pourrait octroyer des permis pétroliers et autoriser la jonction entre le sud du Tchad et le Soudan par oléoduc pour inverser le flux de l'or noir. La Chine s'intéresserait même au sous-sol du Darfour, qui pourrait recéler des hydrocarbures. La guerre entre Washington et Pékin aurait donc déjà commencé, dans les sables africains...

Niveau. Si personne ne conteste cette analyse géopolitique, reste à savoir le niveau d'implication de Pékin. «Il n'existe pour l'instant aucune preuve de l'implication du gouvernement chinois», explique un responsable français, qui fait aussi remarquer que Pékin n'a probablement pas apprécié que le Tchad reconnaisse Taïwan.

Cet engagement chinois serait une première, d'autant que Pékin ne veut pas d'un conflit frontal avec la France en Afrique. Il n'est pas exclu, en revanche, qu'une compagnie privée pétrolière chinoise ait des accointances avec les rebelles tchadiens. Les Chinois ont déjà soutenu des opérations de nettoyage ethnique dans les zones pétrolières du Sud-Soudan. Plus probablement, la Chine a laissé faire son allié soudanais, qui produit des armes ­ sous licence chinoise ­ et les livre au FUC. Jusqu'ici, Pékin n'a jamais eu à se plaindre des initiatives de Khartoum.

Avril 2006

Louise Arbour en visite au Darfour à la fin de la semaine

Nations Unies, New York, 25 avril 2006

  Un mois après que le gouvernement du Soudan a refusé l'entrée de son pays au responsable des affaires humanitaires des Nations Unies, Louise Arbour, Haut Commissaire aux droits de l'homme, devrait pouvoir effectuer à partir de dimanche une visite au Soudan, y compris au Darfour où les meurtres, les viols et les déplacements forcés continuent, a annoncé un porte-parole.

« Les détails de sa mission seront donnés plus tard dans la journée au Bureau du Haut Commissaire pour les droits de l'homme (OHCHR) », a précisé M. Randhawa, porte-parole du Bureau, lors d'un point de presse aujourd'hui au Palais des Nations à Genève.

Début avril, le gouvernement soudanais avait refusé d'autoriser la visite au Darfour de Jan Egeland, Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires( dépêche du 03.04.06 et dépêche du 04.04.06).

Au cours de sa visite d'une semaine au Soudan, la Haut Commissaire devrait se rendre à Khartoum, la capitale, dans la région du Darfour et à Juba, au Sud Soudan, où un accord de paix global signé en janvier 2005 a mis fin à deux décennies de guerre entre le gouvernement et les rebelles.

Louise Arbour est actuellement en visite en Afrique de l'Est. Elle s'est rendue en Ethiopie, en Somalie et sera demain au Kenya.

La Haut Commissaire s'était déjà rendue au Darfour une première fois en septembre 2004.

Depuis sa dernière visite, elle a réalisé deux rapports - l'un centré sur la violence sexuelle à l'encontre des femmes et l'autre sur la situation des droits de l'homme en général.

Cette nouvelle visite aura pour objet de voir comment les choses ont évolué sur le terrain.

Selon le Conseiller spécial du Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme pour la prévention des génocides, Juan Mendez, qui s'était rendu au Darfour en septembre 2005, la situation au Darfour a empiré depuis un an ( dépêche du 07.04.06).

« Dans le sud du Darfour, les milices continuent leurs opérations de nettoyage, village après village », avait dénoncé, encore une fois fin mars, devant le Conseil de sécurité, Jan Pronk, représentant du Secrétaire général pour le Soudan ( dépêche du 21.03.06).

Le rapport de la Commission d'enquête sur les violations des droits de l'homme perpétrées au Soudan avait confirmé en février 2005 que le gouvernement soudanais et les milices « janjaouites » avaient commis des crimes contre l'humanité ( dépêche du 01.02.05).

Dans son rapport, la Commission d'enquête rappelait que « les forces gouvernementales soudanaises et les milices avaient commis des attaques indiscriminées, notamment le meurtre de civils, des actes de torture, des disparitions forcées, la destruction de villages, le viol et d'autres formes de violence, de pillage et de déplacement forcé, dans tout le Darfour »

Le conflit entre les mouvements rebelles du Darfour et le gouvernement du Soudan a débuté en février 2003. Il a déjà provoqué la mort de près de 400.000 civils et le déplacement de plus de deux millions de personnes. Le gouvernement est accusé d'avoir armé les milices arabes « janjaouites » qui terrorisent les populations noires du Darfour.

Avril 2006

«Des diables à cheval portant un fusil»

Les miliciens jenjawids, qui sévissaient jusqu'alors au Darfour, terrorisent l'est du Tchad, où 50 000 villageois ont dû quitter leurs terres.

 

Libération, 24 avril 2006, par Stéphanie Braquehais et Goz Beïda

Assis en tailleur sur une natte devant de fragiles baraquements en paille, une trentaine de chefs de village attendent fiévreusement l'arrivée du sultan de Goz Beïda. Dans cette localité de l'est du Tchad à 100 kilomètres de la frontière avec le Soudan, la population a doublé depuis un mois. Près de 10 000 villageois tchadiens ont parcouru des dizaines de kilomètres pour se réfugier ici, victimes d'attaques répétées et violentes de ceux qu'ils nomment tous «jenjawids», ces miliciens armés et à cheval venus du Soudan. Ces attaques qui avaient auparavant lieu au Darfour débordent de plus en plus à l'intérieur du Tchad, créant de vastes mouvements de population. Le Haut-Commissariat aux réfugiés dénombre 50 000 déplacés à l'est du Tchad à ce jour ; 6 000 villageois tchadiens ont même demandé refuge au Darfour, qui est pourtant en proie à la guerre civile.

Errance. Lorsque le sultan prend place sur une chaise, chaque chef en boubou poussiéreux ou déchiré vient le saluer avec respect. «Nous allons devoir à nouveau vous déplacer dans cinq villages que nous avons choisis pour vous, annonce Seïd Brahim Mustafa. Ici, l'eau est rare. Il n'y a qu'un seul forage pour 20 000 réfugiés soudanais.» Les visages se rembrunissent. «Nous errons depuis cinquante jours à pied ou à dos d'âne. Nous avons perdu nos terres, nos maisons, notre bétail. Nous voilà enfin installés, et vous voulez encore nous faire partir», gémit un chef local.

Depuis les attaques des rebelles tchadiens du Front uni pour le changement (FUC), arrivés aux portes de la capitale le 13 avril, la situation dans l'est du pays reste très confuse. Chaque jour, l'hôpital de Goz Beïda voit arriver des blessés par balle. La semaine dernière, trois attaques ont eu lieu au même moment que les combats à N'Djamena. «Ils sont d'abord venus voler nos vaches et nos chameaux», explique un jeune éleveur dont l'estomac, traversé par une balle, est tenu par un vaste pansement. Les jenjawids sont revenus les jours suivants, alors que les villageois tentaient d'enterrer une soixantaine de morts.

Pour beaucoup, ils sont des alliés des rebelles tchadiens qui tentent de renverser le régime d'Idriss Déby. S'il est vrai que le chef du FUC, Mahamat Nour, est largement soutenu par le Soudan qui arme depuis de longues années des milices appelées jenjawids, il est très difficile de déterminer leurs liens véritables. «Ce sont des diables à cheval portant un fusil, explique le sultan Seïd Brahim. Ils viennent du Soudan ou du Tchad et profitent de la confusion laissée par le passage des rebelles, de l'absence des forces tchadiennes pour terroriser et piller, comme ils l'ont toujours fait au Soudan.»

Enfants-soldats. Le dernier rapport de Human Rights Watch, en février, alertait sur les risques de débordement du conflit au Darfour sur le Tchad. N'Djamena de son côté accuse Khartoum de tenter de déstabiliser le pays et d'armer massivement les rebelles tchadiens. De fait, à El-Geneina, au Darfour, ils s'affichent publiquement avec les miliciens ou les militaires soudanais, qui se chargent de la logistique et de leur armement.

Face à ces menaces, le régime tchadien ne reste pas inactif et s'est récemment allié avec les rebelles soudanais du Darfour, le MLS et le MJE, créés en 2003, pour lutter contre les rebelles du FUC. A Adré, une localité frontalière avec le Soudan, les rebelles soudanais bénéficient d'un appui de l'armée tchadienne et ont pignon sur rue. Selon la Ligue tchadienne des droits de l'homme, ils ont même recruté massivement dans les camps de réfugiés à l'est du pays, à la mi-mars, pour le compte de l'armée tchadienne. Des enfants soudanais de 12 à 15 ans seraient ainsi entraînés pour aller se battre. Même chose côté FUC, qui recrute à tour de bras au Soudan, avec l'aide des autorités, des «soldats» dont le visage enfantin ne laisse guère de doutes sur leur âge. Présentant à la presse des prisonniers rebelles après les combats de N'Djamena, Idriss Déby a évoqué ces «enfants soudanais» pour nier l'existence d'une rébellion tchadienne. Pour lui, la guerre n'est pas intérieure, mais contre Khartoum.

«Guerre larvée». Il a annoncé la rupture des relations avec le Soudan, qui garde un silence obstiné et nie les accusations tchadiennes. «Une situation de guerre larvée qui ne doit pas cacher une réalité : contrairement à ce qu'a dit le président Déby, les têtes de la rébellion du FUC sont bien tchadiennes, constituées d'officiers qui dénoncent une armée clanique et un Etat prévaricateur», commente un officier tchadien. Le Tchad, miné de l'intérieur, n'en a pas fini avec une rébellion déterminée à saboter l'élection présidentielle, maintenue coûte que coûte le 3 mai.

Avril 2006

L'USAID reprend ses activités au Soudan après plus d'une décennie

Xinhuanet, 25 avril 2006

L'Agence américaine pour le développement international (USAID) a annoncé la réouverture de sa mission au Soudan fermée il y a 15 ans, pour mettre en oeuvre son programme d'aide au peuple soudanais, selon une déclaration  reçue lundi à Nairobi. 

L'USAID a indiqué dans la déclaration que le personnel de sa mission se trouverait à Khartoum, capitale du Soudan, et dans la ville de Juba (sud), et maintiendrait également une présence dans  a région instable du Darfour.

La mission de l'USAID au Soudan a été fermée en 1992 après que les sanctions adoptées par le Congrès américain eurent mis fin à l'aide américaine pour le développement.

L'aide de l'USAID au Soudan, l'un des plus grands bénéficiairesde son aide dans le monde, était inférieure à 150 millions de dollars en 2003 et a atteint plus de 855 millions de dollars en 2005.

Le Soudan, le plus grand pays d'Afrique, est devenu la plus importante priorité de l'administration Bush en Afrique, et le programme d'aide au Soudan est le plus grand et le plus important en Afrique subsaharienne, ajoute la déclaration.

Avril 2006

Paix et justice au Darfour : les droits des victimes pris en otage

Libération Afrique, La ligue des Droits de l'Homme , 23 avril 2006

Alors que la situation des droits de l'Homme est toujours plus alarmante au Darfour, la FIDH et son organisation affiliée SOAT (Organisation soudanaise contre la torture) condamnent l'opposition des autorités soudanaises à l'intervention de forces onusiennes et appellent les autorités soudanaises à coopérer activement avec la Cour pénale internationale (CPI), un an après sa saisine par le Conseil de sécurité des Nations unies sur la situation au Darfour.

 

Le Conseil de sécurité des Nations unies a décidé par la résolution 1663 (2006) du 24 mars 2006 de proroger le mandat de la Mission des Nations unies au Soudan (UNMIS) aux côtés de la Mission de l'Union africaine au Soudan (MUAS), jusqu'au 24 septembre 2006, et donne mandat au Secrétaire général des Nations unies de négocier avec les parties concernées le passage de la MUAS à une opération des Nations unies.

Si cette résolution, adoptée à l'unanimité, rend compte de la volonté des Nations unies de demeurer activement saisies de la situation au Darfour, la FIDH et SOAT s'inquiètent du refus réitéré par le gouvernement soudanais, avant et pendant le Sommet de la Ligue des Etats arabes qui s'est tenu du 28 au 30 mars 2006 à Karthoum, d'un déploiement d'une force internationale se substituant aux troupes de l'Union africaine. Les dirigeants arabes ont apporté leur soutien au Soudan, en affirmant le rejet de tout intervention onusienne, tout en s'engageant à financer les troupes de l'Union africaine pendant 6 mois, à partir d'octobre 2006. Quant à l'Union africaine, en principe disposée à un tel transfert, elle se trouve face à l'hostilité de Karthoum et au souci de ne pas présenter un échec pour sa première mission de maintien de la paix.

Tout en considérant les efforts entrepris par la MUAS pour faire appliquer le cessez-le-feu, la FIDH et SOAT considèrent que ce transfert onusien s'impose constatant la persistence des graves violations des droits de l'homme et du droit international humanitaire au Darfour.

Par conséquent, la FIDH et SOAT appellent le gouvernement du Soudan à prendre acte de la résolution du Conseil de sécurité et permettant le transfert des forces africaines à celles des Nations unies.

Par ailleurs, la FIDH et SOAT appellent le Conseil de sécurité à clarifier les termes du mandat qu'il entend confier aux forces internationales, pour inclure - sous l'autorité du chapitre VII de la Charte des Nations unies - la nécessaire protection des populations civiles et la coopération avec les organes de la Cour pénale internationale.

L'absence de volonté du Soudan de régler le conflit au Darfour est également attestée par l'impunité consacrée aux auteurs des crimes les plus graves perpétrés dans la région. La FIDH et SOAT publient un rapport intitulé «  La Cour pénale internationale et le Soudan : accès à la justice et droits des victimes », qui présente les interventions de la société civile et des représentants des autorités nationales à l'occasion d'un séminaire organisé les 2 et 3 octobre 2005, à Khartoum sur la lutte contre l'impunité au Darfour et les conséquences de la saisine de la CPI par le Conseil de sécurité. A cette occasion, la société civile insistait déjà sur l'importance d'un accès effectif à la justice des victimes de crimes contre l'humanité, de génocide et de crimes de guerre devant les juridictions nationales et internationale et recommandait aux autorités soudanaises non seulement une étroite coopération avec la Cour , mais également un engagement ferme du gouvernement dans la lutte contre l'impunité au niveau national, conformément au principe de complémentarité [ 1 ].

Pourtant, le tribunal spécial pour le Darfour, créé en juin 2005 pour juger des crimes de guerre commis dans cette région, n'a ni la volonté, ni la capacité de répondre aux attentes des victimes et de la société civile.

Aussi, face à l'aggravation de la situation au Darfour et la défaillance du système judiciaire soudanais, la FIDH et SOAT considèrent que l'intervention des forces des Nations unies aux côtés de la justice internationale qu'incarne la CPI , est la seule solution viable pour contribuer effectivement à mettre un terme aux graves violations des droits de l'Homme et du droit international humanitaire qui heurtent la communauté internationale dans son ensemble.

Avril 2006

Ben Laden réapparaît pour attaquer l'Occident sur le Hamas et le Darfour

La Libre Belgique , 23 avril 2006

 

Le chef du réseau terroriste Al-Qaïda, Oussama ben Laden, a dénoncé la mise à l'écart par les pays occidentaux du gouvernement palestinien dirigé par le Hamas et appelé à «une guerre de longue durée» dans la province soudaine du Darfour, dans un enregistrement sonore diffusé dimanche par Al-Jazira et qui lui est attribué.

Si l'authenticité de cet enregistrement est confirmée, il s'agirait du premier message depuis le 19 janvier du chef d'Al-Qaïda, dont le sort suscite de très nombreuses hypothèses.

Selon la chaîne satellitaire qatariote, l'auteur de ce message audio a aussi appelé à un boycott des produits américains et de ceux des pays européens qui se sont solidarisés avec le Danemark dans l'affaire des caricatures du prophète Mahomet et réclamé la remise des auteurs de ces dessins à Al-Qaïda.

«Leur rejet du Hamas après sa victoire aux élections (...) confirme que leur guerre est une guerre de croisés et de sionistes contre les musulmans» , a déclaré la voix attribuée à ben Laden à propos des pays occidentaux.

Les Etats-Unis et les pays de l'Union européenne ont suspendu toute aide directe à l'Autorité palestinienne, désormais gouvernée par le Hamas à la suite de sa victoire aux élections du 25 janvier, le mouvement islamiste refusant de renoncer à la violence, de reconnaître le droit à l'existence de l'Etat d'Israël et d'accepter les accords conclus par l'OLP avec l'Etat hébreu.

S'il s'est déjà souvent prononcé sur le conflit israélo-palestinien, c'est, en revanche, apparemment la première fois que ben Laden -- s'il s'agit bien de lui -- évoque la situation au Soudan et le conflit qui ensanglante la province du Darfour, où des milices arabes soutenues par le régime islamiste de Khartoum combattent des tribus africaines.

Les exactions perpétrées par ces milices ont amené la communauté internationale à accuser le régime soudanais de «génocide». «J'appelle les moujahidines et leurs partisans au Soudan et dans ses alentours, y compris dans la péninsule arabique, à se préparer avec tout ce qui est nécessaire à une guerre de longue durée contre les voleurs croisés dans l'ouest du Soudan» , c'est-à-dire au Darfour, a lancé l'auteur de ce message.

Ben Laden a longtemps vécu au Soudan, qu'il a quitté à la fin des années 90 pour se réfugier en Afghanistan, alors dirigé par le régime fondamentaliste des taliban. Par ailleurs, selon la télévision satellitaire qatariote, qui a rapporté ces propos, mais ne les a pas diffusés, la voix attribuée à ben Laden est également intervenue dans l'affaire des caricatures du prophète Mahomet publiées par un journal danois et plusieurs autres publications européennes.

D'après al-Jazira, cette voix a ainsi appelé les musulmans à «poursuivre leur campagne de soutien au prophète en élargissant le boycott aux Etats-Unis et aux pays européens qui se sont solidarisés avec le Danemark» et demandé «que ceux qui ont nui au prophète soient remis à Al-Qaïda».

Il a, à ce propos, précisé qu'une requête similaire avait été faite en 2001 par les Etats-Unis à la milice des taliban «pour que leur soit remis ben Laden» après les attentats du 11-Septembre, toujours selon la télévision qatariote.

La parution de dessins satiriques du Prophète dans le quotidien danois Jyllands-Posten, en septembre, avait soulevé au début de l'année de violentes manifestations dans les pays musulmans et entraîné un boycott des produits danois.

Al Jazira a également affirmé que l'auteur de ce message avait défendu l'idée d'un choc de civilisations entre le monde musulman et l'Occident et s'en était vivement pris au roi Abdallah d'Arabie saoudite pour avoir renié un tel choc.

Selon la télévision satellitaire qatariote, cette voix a vivement critiqué le souverain saoudien pour sa dénégation de l'idée d'un choc de civilisations et «ses énormes tromperies, car le choc existe dans la pratique (à l'initiative) de la civilisation occidentale contre la civilisation musulmane».

En février, le souverain saoudien avait condamné l'idée d'un choc des civilisations, à la suite de la polémique née de la publication de ces caricatures de Mahomet en Europe, et appelé les intellectuels musulmans à favoriser le dialogue et la compréhension.

Avril 2006

Les déclarations de Oussama Ben Laden rejetées au Soudan

Le Monde , 23. avril 2006

Désignés par Oussama Ben Laden comme les cibles d'une "guerre de croisade" lancée par les Occidentaux contre l'islam, le Hamas et des responsables soudanais ont réagi de manière différente.

Isolé par la communauté internationale, victime selon Ben Laden d' "une guerre de croisés et de sionistes contre les musulmans" , le Hamas a adressé "une nouvelle mise en garde" aux dirigeants européens et américains. "Si le siège de l'Occident continue contre le Hamas, ainsi que la politique de la famine contre le peuple palestinien, cela créera plus de tensions dans la rue palestinienne et dans la rue arabe. C'est ce que Ben Laden a exprimé en parlant de croisade" , a affirmé le porte-parole du Hamas Sami Abou Zohri. "Les propos d'Oussama Ben Laden reflètent ses propres positions, qui sont différentes de celles du Hamas" , a cependant souligné le porte-parole.

De leur côté, les représentants d'un des deux principaux mouvements de rébellion soudanais du Darfour ont rejeté dimanche les déclarations du chef d'Al-Qaïda, qui promet "une guerre de longue durée contre les voleurs croisés dans l'ouest du Soudan" , une référence au conflit du Darfour qui oppose depuis 2003 les troupes gouvernementales et des milices qui leur sont alliées à des rebelles revendiquant un meilleur partage des richesses.

"Aucun lien avec la réalité au Darfour"

"Ces déclarations n'ont aucun lien avec la réalité au Darfour. Ben Laden continue à prêcher la théorie du complot américano-sioniste alors que le véritable problème a été créé par le gouvernement de Khartoum, qui est un gouvernement musulman qui tue des musulmans" , indique, dimanche, le porte-parole du Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM), Ahmed Husseini, en ajoutant que de tels propos "encouragent le régime de Khartoum à persister dans son injustice"" .

De même, du côté du ministère des affaires étrangères soudanais, on estime que "le Soudan n'est pas concerné par de telles déclarations" . La crise du Darfour est "un problème interne que nous cherchons à régler dans le cadre de l'Union africaine (UA)" , a-t-il ajouté.

Avril 2006

Tchad: un rebelle prisonnier évoque une alliance entre rebelles tchadiens et centrafricains, soutenue par le Soudan

Nouvel Observateur, par Tom Maliti, 23.avril 2006

 

Un rebelle fait prisonnier lors de l'attaque il y a dix jours contre la capitale du Tchad a affirmé samedi qu'il appartenait à un groupe de 1.000 insurgés centrafricains qui s'est allié aux rebelles tchadiens, et que leur tentative de renverser le gouvernement tchadien était appuyée par le Soudan voisin.

L'attaque du 13 avril dernier a fait au moins 350 morts, la plupart parmi les rebelles. Vendredi, l'Union africaine (UA) a dépêché une délégation au Tchad pour vérifier les allégations de N'Djamena selon lesquelles le Soudan a joué un rôle dans cette opération.

Le président tchadien Idriss Déby a affirmé cette semaine que le Soudan souhaitait déstabiliser l'ensemble de la région pour contrôler, à terme, toute l'Afrique sub-saharienne. Dans le même temps, des informations circulaient sur un rassemblement d'opposants centrafricains dans la province occidentale soudanaise du Darfour, frontalière du Tchad et de la Centrafrique.

N'Djamena accuse depuis longtemps le Soudan d'appuyer la rébellion dans l'est du Tchad. Khartoum affirme de son côté que le Tchad soutient la rébellion au Darfour.

Avant la visite de la délégation de l'UA dans la prison où sont détenus quelque 200 rebelles capturés suite à l'attaque du 13 avril, le Centrafricain Adoum Rakiss a affirmé à l'Associated Press que son groupe s'était allié, il y a cinq mois, aux rebelles tchadiens du Front uni pour le changement démocratique (FUCD). Il a affirmé lors de cet entretien qu'il s'était rendu à Khartoum avec des leaders rebelles tchadiens pour obtenir une aide financière des autorités soudanaises.

Il a également affirmé que les armes utilisées lors de l'attaque contre N'Djamena venaient de Chine, où les rebelles tchadiens détiennent des contacts. Rakiss a dit ignorer si ces armes avaient été fournies par les autorités chinoises où si elles avaient été exportées illégalement.

Ces informations ne pouvaient être confirmées par d'autres sources. Des porte-paroles des rebelles du FUCD ne pouvaient être joints dans l'immédiat.

Avril 2006

Ben Laden réapparaît sur Al-Jazira

La Croix, 23 avril 2006

 

Le chef d'Al-Qaïda, Oussama ben Laden, a dénoncé la mise à l'écart par les Occidentaux du gouvernement palestinien du Hamas et appelé à "une guerre de longue durée" au Darfour (Soudan), dans une cassette diffusée dimanche 23 avril par la télévision Al-Jazira et qui lui est attribuée

Leur rejet du Hamas après sa victoire aux élections (...) confirme que leur guerre est une guerre de croisés et de sionistes contre les musulmans", a déclaré la voix attribuée à Ben Laden à propos des pays occidentaux, dans un enregistrement audio diffusée dimanche 23 avril par Al-Jazira.

Les Etats-Unis et les pays de l'Union européenne ont suspendu toute aide directe au gouvernement du Hamas, le mouvement islamiste refusant de renoncer à la violence, de reconnaître Israël ainsi que les accords israélo-palestiniens passés.

Le Hamas s'est distancié de ces déclarations. "Les propos de Ben Laden reflètent ses propres positions, qui sont différentes de celles du Hamas", a déclaré le porte-parole du groupe Sami Abou Zohri.

 

Ben Laden a évoqué l'affaire des caricatures de Mohammed

 

S'il s'est déjà souvent prononcé sur le conflit israélo-palestinien, c'est en revanche, apparemment la première fois que Ben Laden évoque la situation au Soudan et le conflit qui ensanglante la province du Darfour, où des milices soutenues par le régime de Khartoum combattent des tribus africaines.

"J'appelle les moujahidines et leurs partisans au Soudan et dans ses alentours (...) à se préparer avec tout ce qui est nécessaire à une guerre de longue durée contre les voleurs croisés dans l'ouest du Soudan", c'est-à-dire au Darfour, a lancé l'auteur de ce message. Ben Laden a longtemps vécu au Soudan, d'où il a été expulsé en 1996, puis s'est réfugié en Afghanistan, alors dirigé par les talibans.

"Le Soudan n'est pas concerné par de telles déclarations", a affirmé le porte-parole du ministère des affaires étrangères, Jamal Mohammed Ibrahim. Un des deux principaux mouvements rebelles du Darfour, le Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM), a aussi rejeté les déclarations de Ben Laden.

Par ailleurs, selon Al-Jazira, la voix attribuée à Ben Laden a également évoqué l'affaire des caricatures de Mohammed publiées par un journal danois et plusieurs autres journaux européens. Il aurait appelé les musulmans à "poursuivre leur campagne de soutien au prophète en élargissant le boycottage aux Etats-Unis et aux pays européens qui se sont montrés solidaires du Danemark" et demandé "que ceux qui ont nui au Prophète soient remis à Al-Qaida".

 

Les chefs d'Al-Qaida sont en fuite, selon Washington

 

La parution de dessins satiriques du Prophète avait soulevé début 2006 de violentes manifestations dans les pays musulmans et entraîné un boycottage des produits danois.

Al-Jazira a aussi affirmé que l'auteur de ce message avait défendu l'idée d'un choc de civilisations entre le monde musulman et l'Occident et s'en était vivement pris au roi Abdallah d'Arabie saoudite. Selon la télévision, il a vivement critiqué le souverain saoudien pour sa dénégation, en février, de l'idée d'un choc de civilisations et "ses énormes tromperies, car le choc existe dans la pratique (à l'initiative) de la civilisation occidentale contre la civilisation musulmane".

Si l'authenticité de la cassette en est confirmée, il s'agira du premier message depuis le 19 janvier du chef d'Al-Qaida, dont le sort suscite de nombreuses hypothèses.

La Maison Blanche, pour qui cet enregistrement est authentique, a estimé que les chefs d'Al-Qaida sont en fuite, mais "sous pression". "Nous continuons la lutte contre l'ennemi à l'étranger et, en le faisant, nous leur rendons difficile de planifier et comploter contre l'Amérique", a déclaré le porte-parole de la Maison Blanche, Scott McClellan, qui accompagne le président George W. Bush pour une visite d'une base navale à Twentynine Palms, en Californie

Avril 2006

L`Italie stimule les opérations humanitaires du PAM au Soudan

Angola presse, 22 avril 2006

Le Programme alimentaire mondial (PAM) s`est félicité d`un don de l`Italie de 1,2 million de dollars US pour les opérations d`urgence de l`agence au Soudan, où plus de 6,1 millions de personnes ont besoin d`une aide alimentaire cette année.

Le PAM a déclaré dans un communiqué jeudi que l`aide alimentaire d`urgence était destinée aux familles déplacées et aux personnes affectées par le conflit dans la région du Darfour de l`ouest du Soudan, ainsi qu`aux personnes vivant dans les Régions du Sud, de l`Est et de Three (les anciennes zones de transition du pays).

"Jusqu`à présent, les opérations d`aide alimentaire ont souffert de la lenteur de l`arrivée des fonds des donateurs, alors qu`il y a une pénurie des contributions en espèces qui pourraient être utilisées pour le transport des denrées alimentaires", selon l`agence de l`ONU.

"Nous sommes extrêmement reconnaissants pour la nature de ce don de l`Italie et pour le fait qu`il soit arrivé à temps", a déclaré Ramiro Lopes da Silva, le directeur régional du PAM pour le Soudan.

"Cette contribution a permis d`envoyer 1.000 tonnes de vivres à ceux qui ont besoin d`une aide urgente".

Alors que l`Accord de paix global de 2005 pour mettre fin à la guerre dans le Sud a marqué un tournant décisif pour le Soudan, les populations ont toujours besoin d`une aide alimentaire, a indiqué le PAM, en insistant sur la nécessité urgente pour la communauté internationale de continuer à soutenir les Soudanais.

"A long terme, le Soudan pourra produire suffisamment de vivres pour toute sa population, mais la réalisation de cet objectif prendra du temps", a souligné M. Lopes da Silva

Avril 2006

Le Soudan refuse de délivrer des visas pour une mission de l'Onu

Nouvel Observateur avec Reuters, 21 avril 2006

Le Soudan a refusé de délivrer des visas pour une mission d'évaluation militaire de l'Onu visant à préparer le déploiement d'une force de paix des Nations unies dans le Darfour, annonce un porte-parole de l'Onu.

Le gouvernement de Khartoum n'a pas accepté jusqu'ici que des soldats de l'Onu viennent grossir les rangs de la force de maintien de la paix de l'Union africaine déployée actuellement dans la région pour s'opposer aux exactions qu'y commettent des miliciens arabes dits Djandajouids.

Mais des responsables soudanais ont fait savoir qu'ils envisageraient cette possibilité après la conclusion d'un accord de paix avec les rebelles du Darfour, en cours de négociation à Abuja, au Nigeria.

Salim Ahmed Salim, médiateur en chef de l'UA aux négociations d'Abuja, réunissant des représentants du gouvernement soudanais et de deux groupes rebelles du Darfour, a déclaré mardi au Conseil de sécurité qu'il espérait la signature d'un accord de cessez-le-feu d'ici le 30 avril tout en reconnaissant que des obstacles demeuraient.

Hedi Annabi, secrétaire général adjoint de l'Onu chargé des missions de maintien de la paix, s'est rendu cette semaine à Khartoum et s'est entretenu avec le président Omar Hassan al-Bachir et d'autres responsables soudanais de l'envoi d'une mission de paix de l'Onu dans le Darfour.

"Ils ont estimé qu'il n'était pas approprié d'envoyer une mission d'évaluation dans le Darfour avant la fin du processus d'Abuja", a déclaré un porte-parole de l'Onu, Stéphane Dujarric. "Les Soudanais nous l'ont clairement fait savoir."

Mais Dujarric a souligné que les préparatifs se poursuivaient et que les différentes options envisagées pour cette force de l'Onu dans le Darfour seraient présentées au Conseil de sécurité.

Avril 2006

La Libye débloque 4,5 millions pour les réfugiés soudanais

Angola Presse, 21 avril 2006

La Libye a débloqué la somme de 6,1 millions de dinars (4,5 millions de dollars) pour aider à nourrir les 2,7 millions de personnes vivant dans la province soudanaise du Darfour et les 200,000 Soudanais réfugiés à l`est du Tchad.

Le directeur régional adjoint du Programme alimentaire mondial (PAM) pour le Soudan, Bradley Guerrant, s`est félicité mercredi de cette contribution libyenne et a exprimé sa reconnaissance à la Libye pour ce précieux soutien.

"Ce don intervient à un moment où les donneurs se font de plus en plus rares et nos opérations risquent de souffrir de cette grave pénurie de ressources", a-t-il ajouté.

Le geste libyen fait suite à la hausse des prix du carburant intervenue l`année dernière lors de l`opération de transport aérien de vivres initiée par le PAM durant la saison des pluies dans l`ouest du Soudan.

A cette période, les voies d`accès au Darfour étaient impraticables et les pénuries alimentaires s`étaient exacerbées, surtout pour les populations touchées par le conflit.

La Libye a accepté de payer la différence afin de permettre au PAM de poursuivre cette opération vitale

Avril 2006

Tchad, Darfour: l'imbroglio

Libération, par Jacques Amalric, 20 avril 2006

Certains problèmes n'ont que de mauvaises solutions. Tel est sans doute le cas du Tchad, indépendant depuis 1960, mais dont aucun président ne peut espérer se maintenir au pouvoir sans l'accord de Paris. Grand comme trois fois la France , peu peuplé, fractionné entre ethnies aux appartenances religieuses différentes et qui ne songent qu'à accaparer le pouvoir central, le Tchad n'a rien d'un Etat-nation. Il est le produit du partage colonial franco-britannique. Ses frontières quasi virtuelles tranchent dans le vif de mêmes groupes ethniques. D'où un chassé-croisé de rébellions et d'alliances tactiques, attisées tant par les convoitises panarabiques de la Libye de Khadafi que par la volonté du Soudan de favoriser l'installation à N'Djamena d'un pouvoir sinon favorable à ses intérêts, du moins compréhensif. Comment oublier que c'est à partir du Soudan, avec son aide et l'appui de Paris et Washington, que le Gorane Hissène Habré a délogé de N'Djamena en 1982 le Toubou Goukouni Weddeye? Et qu'Idriss Déby, l'actuel président du Tchad, a procédé en 1990 de même , avec l'appui des services français, pour mettre en fuite Habré ?

Deux événements relativement récents ont encore envenimé la situation, menaçant d'éclatement le Tchad, qui vit depuis quarante ans sous un régime ultraautoritaire mal «tempéré» par des coups d'Etat successifs.

Le premier événement, c'est la répression dont est victime depuis trois ans au Darfour soudanais l'ethnie africaine (et sédentaire) des Zaghawas, qui a fait déjà plus de deux cent mille victimes et deux millions de déplacés (dont deux cent mille réfugiés qui croupissent dans des camps installés au Tchad), menée par des milices arabes (et nomades) armées par le gouvernement de Khartoum. L'enjeu du conflit, aggravé par la sécheresse, est le contrôle des terres occupées traditionnellement par les populations sédentaires. Problème: l'ethnie zaghawa, également présente dans l'est du Tchad, est aussi celle du président Idriss Déby, lequel est soupçonné par le Soudan de laisser certains de ses proches alimenter la rébellion. Mais, d'un autre côté, il est avéré que des Arabes tchadiens ont participé et participent toujours à la répression des Zaghawas soudanais. Parmi ceux-ci, l'un des chefs de l'opposition militaire à Idriss Déby, le capitaine Mahamat Nour, dont les hommes, partis du Soudan, armés et motorisés par Khartoum, ont tenté en vain de s'emparer de N'Djamena, le 13 avril.

Le deuxième événement qui a contribué à brouiller encore les cartes tchadiennes a été, il y a plusieurs années, la découverte de pétrole dans le sud du Tchad. La recherche de cette manne, dans un des pays les plus pauvres et les plus corrompus du monde, a fait voler en éclats des alliances forcément fragiles. Ainsi, trop gourmands à ses yeux, Idriss Déby a écarté plusieurs de ses conseillers et proches parents, pourtant membres de son ethnie, qui ont aujourd'hui rejoint une opposition hétéroclite regroupée au sein d'un Front uni pour le changement, créé en 2003 sous les auspices de Khartoum. Mais pour l'instant, une partie des recettes dues aux 160 000 barils par jour acheminés vers le golfe de Guinée, via un pipeline qui traverse le Cameroun, est bloquée par la Banque mondiale pour non-respect par Idriss Déby de son engagement d'en consacrer une partie aux infrastructures, à l'enseignement et à un système de santé.

Sans approuver pour autant le secret qui entoure l'action de la France au Tchad, on peut comprendre l'embarras dans lequel se retrouve Paris au Tchad, alors que se poursuit le cauchemar ivoirien. Il est clair que N'Djamena serait tombé il y a quinze jours, ou même avant, sans la présence et l'action des 1 350 soldats français et des six avions de chasse Mirage stationnés dans le pays. C'est grâce aux renseignements recueillis par les Mirage et transmis aux autorités tchadiennes que l'offensive des rebelles a pu être repoussée. Et sans doute le soutien actif au régime est-il allé plus loin que quelques tirs de semonce. L'engrenage, aux côtés d'un président aussi corrompu que discrédité et qui n'a pas hésité à faire réécrire la Constitution pour se faire attribuer un troisième mandat lors d'une présidentielle fictive toujours prévue pour le 3 mai, n'en reste pas moins menaçant.

Désormais, on risque d'assister à une course de vitesse entre N'Djamena et Paris d'un côté, Khartoum de l'autre. Les dirigeants soudanais veulent marquer des points contre la rébellion zaghawa, et obtenir la dispersion des camps de réfugiés au Tchad, avant que la communauté internationale ne soit capable de mettre en oeuvre la décision du Conseil de sécurité visant à remplacer les 7 000 observateurs de l'Union africaine déployés au Darfour par une force de sécurité plus nombreuse et dotée d'armes lourdes et de moyens logistiques plus efficaces. Pour souligner leur volonté de ne pas transiger, ils viennent d'interdire l'accès au Darfour, où les massacres continuent, au directeur des affaires humanitaires des Nations unies, Jan Egeland.

Avril 2006

Mort de John Garang: l'enquête soudanaise conclut à un accident

Nouvel Observateur, 20 avril 2006

Le crash d'hélicoptère qui avait coûté la vie le 30 juillet dernier à John Garang, ex-patron de la rébellion sudiste et vice-président du Soudan, est accidentel, a conclu mercredi l'enquête officielle soudanaise.

Garang, qui avait été nommé vice-président quelques semaines plus tôt après avoir signé un accord de paix historique mettant fin au conflit du sud Soudan, est mort en rentrant d'Ouganda à bord d'un hélicoptère du président Yoweri Museveni, son camarade de lutte et ami de longue date.

Sa mort avait entraîné des manifestations à Khartoum au cours desquelles au moins 130 personnes avaient été tuées.

La commission d'enquête "n'a trouvé aucune preuve d'action criminelle", a déclaré l'ancien vice-président Abel Alier, chef de cette enquête qui aura duré huit mois. Aucun acte de sabotage de l'hélicoptère n'a ainsi été découvert.

Mardi, la commission d'enquête ougandaise avait elle aussi à une origine accidentelle. Au total, 14 personnes avaient trouvé la mort dans le crash

Avril 2006

Le Soudan demande un report de la visite de l'équipe d'évaluation de l'ONU

Xinhuatnet, New York, 19 avril 2006

Le gouvernement  soudanais a demandé un report de la visite au Darfour de la  mission d'évaluation de l'ONU, a indiqué mercredi le porte-parole  de l'ONU, Stéphane Dujarric. 

M. Dujarric a précisé aux journalistes que le Soudan avait fait savoir à Hedi Annabi, Secrétaire général adjoint pour les  opérations de maintien de la paix, que ce n'était pas le bon  moment pour une visite de la mission de l'ONU au Darfour. 

"Le gouvernement a décidé que le travail de la mission  d'évaluation devrait attendre jusqu'à ce que le processus de paix  d'Abuja soit terminé", a ajouté le porte-parole. 

Il a indiqué que le plan d'urgence de l'ONU pour le déploiement éventuel d'une force de l'ONU au Darfour continuait et que la  décision du gouvernement soudanais n'allait pas empêcher le  département du maintien de la paix de présenter différentes  options de déploiement au Conseil de sécurité la semaine prochaine. 

Le Conseil pour la paix et la sécurité de l'Union africaine (UA) a accepté le mois dernier que les Nations unies prennent la relève de sa mission de maintien de la paix au Darfour, dans l'ouest du  Soudan, à la fin du mois de septembre. 

Les Nations unies préparent des plans de déploiement et  prévoyaient d'envoyer une mission d'évaluation sur le terrain pour travailler avec l'UA.

Avril 2006

N'Djamena rompt ses relations avec le Soudan

Le Monde, N'Djamena , 19 avril 2006

A peine éloigné le bruit des armes dans la capitale du Tchad, c'est par un violent discours contre le régime du Soudan voisin que le président Idriss Déby a répliqué, samedi 15 avril, au surlendemain de l'assaut manqué de la rébellion.

Faisant huer par des milliers de fidèles "le traître Al-Bachir" - le président soudanais, responsable, selon lui, de l' "agression barbare" de jeudi -, le chef de l'Etat a fustigé la "surdité" de la communauté internationale à l'égard de son pays, "point essentiel pour la stabilité de l'Afrique subsaharienne" .

Son discours a constitué le morceau de choix d'une "marche patriotique" réunissant quelque 3 000 personnes, dont la ferveur appuyée et les youyous relevaient d'une "spontanéité" très organisée.

Véhiculés par le parti présidentiel, équipés de T-shirts à son effigie, les jeunes participants ont acclamé l'hommage aux "forces de sécurité, qui ont évité au pays de tomber dans un indescriptible chaos" promis par les "forces du mal à la solde de Khartoum" .

La manifestation avait aussi des allures de meeting du "candidat Déby" à l'élection présidentielle du 3 mai. Le scrutin, en dépit du climat de crainte et d'instabilité qui règne, en particulier dans le sud du pays, reste programmé.

Mais le principal destinataire du message du chef de l'Etat tchadien était la "communauté internationale" , qu'il a exhortée à "prendre ses responsabilités pour régler le plus rapidement possible la crise du Darfour en plaçant (cette région) sous mandat de l'ONU" et en "intervenant militairement pour sauver les populations, qui subissent le pire génocide de la part du président Al-Bachir" . Dimanche, le président soudanais a répondu qu'il n'avait "aucun intérêt à l'instabilité du Tchad" .

Abcès de fixation

  Pour les deux pays, dont les populations sont partagées entre ethnies considérées comme "arabes" et "noires", le conflit du Darfour (ouest du Soudan, frontalier du Tchad) est devenu un abcès de fixation qui menace de déstabiliser la région.

D'un côté, les Tchadiens soutiennent la rébellion des Noirs du Darfour en lutte pour une meilleure répartition des richesses et largement composée de Zaghawas, l'ethnie du président Déby.

De l'autre, les Soudanais arment une partie de la rébellion tchadienne, qui a prêté main-forte aux milices arabes responsables de la sanglante répression au Darfour.

La chute du régime Déby permettrait à Khartoum non seulement d'étendre son influence à l'Ouest, mais de couper les rebelles du Darfour de leurs bases arrière en territoire tchadien.

Soucieux de donner une dimension internationale à une crise exacerbée par le raid de jeudi, le président tchadien a non seulement annoncé la rupture des relations diplomatiques avec le Soudan, mais a aussi menacé d'expulser les 200 000 réfugiés du Darfour présents dans l'est du pays, et de couper la production pétrolière pour obtenir de la Banque mondiale qu'elle lève la sanction de blocage qui frappe les revenus pétroliers tchadiens. Evoquant "l'agression soudanaise" , le Tchad s'est en outre retiré, dimanche à Abuja, au Nigeria, des négociations de paix sur le Darfour.

Si les armes utilisées pour l'assaut et les véhicules flambant neufs qui ont foncé sur N'djamena sont véritablement d'origine soudanaise, comme le soulignent des observateurs, Idriss Déby doit néanmoins faire face à une autre rébellion, antisoudanaise celle-là, puisqu'elle émane de Zaghawas, membres de son propre clan, insatisfaits de la répartition des revenus pétroliers. L'échec du raid, manifestement mal préparé, met à l'épreuve les fractures des "anti-Déby".

Un site Internet proche d'une des innombrables mouvances rebelles s'en prend à une "équipée sauvage sans plan, sans coordination, sans perspective" . Selon divers témoignages, les jeunes assaillants qui ont pris d'assaut N'Djamena étaient si mal renseignés qu'ils ont pilonné l'Assemblée nationale, croyant s'en prendre au palais présidentiel.

Philippe Bernard

Avril 2006

Après l'« agresseur soudanais », N'Djamena vilipende l'Union africaine

Le Figaro avec AFP, 18 avril 2006

Après avoir accusé le Soudan de réarmer les rebelles du Front uni pour le changement, le Tchad a fermement mis en cause mardi la posture attentiste de l'Union africaine dans la crise qui secoue le pays.

Après le chef de la diplomatie tchadienne lundi, c'est bel et bien le chef de l'Etat lui-même, Idriss Deby, qui a fait entendre sa voix pour dénoncer le rôle présumé de Khartoum dans le réarmement et la reconstitution des forces rebelles du Front uni pour le changement (Fuc). Dès vendredi, N'Djamena avait rompu ses relations diplomatiques avec ce voisin honni de longue date. «Au moment où je vous parle, le régime de Khartoum est en train de rafler des jeunes du Darfour (...) pour les enrôler de force et les diriger contre le Tchad», a ainsi affirmé

Craintes d'une « nouvelle boucherie »

Lundi, son ministre des Affaires étrangères avait ouvertement accusé les Soudanais «de reconstituer une nouvelle armée», après la défaite subie jeudi par les rebelles aux portes de N'Djamena, leur reprochant de « préparer une nouvelle boucherie».

Cela fait plusieurs mois que le Tchad accuse le Soudan de fomenter en sous-main les raids menés sur son territoire par les rebelles. Une accusation que réfutent catégoriquement les autorités soudanaises comme les insurgés du Fuc.

Pourtant, la thèse d'une implication du Soudan dans une tentative de «déstabilisation» de son voisin tchadien ne fait plus guère de doutes, selon plusieurs pays témoins de cette crise.

Très diplomatique, Washington a ainsi fait savoir dès lundi soir au président soudanais Omar el-Béchir que tout appui aux rebelles tchadiens serait désormais considéré comme «inacceptable». Le chef d'Etat soudanais continue pour sa part à marteler que son pays n'a « aucun intérêt à l'instabilité au Tchad ».

Si le département d'Etat américain affirme n'avoir pas encore « abouti à des conclusions définitives» sur l'implication du Soudan, un diplomate s'exprimant sous couvert de l'anonymat estime que Khartoum est probablement impliqué.

 

Contre une « politique de l'autruche » de l'UA

 

Dans ce climat délétère entre les deux pays ennemis, le président Deby a dénoncé mardi l'attentisme de l'Union africaine (UA). «Je regrette que l'UA fasse une politique de l'autruche qui ménage la chèvre et le chou», a-t-il déclaré lors de sa conférence de presse. «L'UA doit condamner l'agression du régime de Khartoum (...) de la manière la plus ferme, la plus claire et la plus dynamique possible», a-t-il ajouté.

Le président en proie à la rébellion du Fuc s'est entretenu mardi avec un émissaire du président de la Commission de l'UA. La veille, il avait également reçu un représentant de la Libye , qui a par ailleurs offert ses services de médiateur entre les deux pays. Une entremise de l'UA et de la Libye avait permis la signature le 8 février à Tripoli d'un accord, jamais appliqué, dans lequel Tchad et Soudan s'interdisaient de mener des activités hostiles à l'autre.

 

Vers un règlement de la crise avec la Banque mondiale

Avant la fin du mois, le sous-secrétaire d'Etat américain chargé des Affaires africaines, Donald Yamamoto, devrait par ailleurs se rendre au Tchad, pour tenter de dénouer le conflit qui oppose ce pays à la Banque mondiale (BM) sur l'exploitation de son pétrole des gisements de Doba. Cette instance présidée l'Américain Paul Wolfowitz, avait sommé samedi de débloquer les redevances tirées de son exploitation du pétrole sous peine de d'arrêter sa production pétrolière de 200.000 barils par jour, dès mardi.

Après les accrochages rapportés ce week-end dans la région de Sahr, dans le sud du pays, le calme semblait avoir pris le dessus. Le président a d'ailleurs répété que l'armée contrôlait « l'ensemble du territoire ». «Nos unités à la frontière de la Centrafrique et du Tchad poursuivent les fuyards. Nous sommes à la fin de notre opération. D'ici demain, les fuyards seront rattrapés (...) le calme et la stabilité vont revenir dans le pays», a-t-il poursuivi.

Toutefois, le pouvoir tchadien redoute un nouvel embrasement du conflit, à l'approche des élections présidentielles du 3 mai prochain, maintenues coûte que coûte par le président -candidat Deby. De leur côté, les rebelles du Fuc ont d'ores et déjà annoncé leur intention de «tout faire pour empêcher l'élection».

Avril 2006

N'Djamena joue l'apaisement, mais continue d'accuser le Soudan

Le Figaro, avec AFP et Reuters, 18 avril 2006

S'il renouvelle ses accusations contre Khartoum, le président Idriss Déby a accepté lundi la proposition de médiation américaine dans son litige avec la Banque mondiale portant sur l'exploitation de son pétrole et s'est engagé à ne pas expulser les 200 000 réfugiés du Darfour. Un émissaire de l'Union africaine est arrivé à la mi-journée dans la capitale tchadienne

 

N'Djamena calme le jeu, sauf avec le Soudan. Après un week-end d'escalade verbale avec le voisin soudanais et la Banque mondiale, le président Déby a annoncé lundi deux mesures promptes à rassurer la communauté internationale. Mais son ministre des Affaires étrangère continue d'accuser Khartoum d'être derrière la rébellion.

 

Médiation américaine sur l'enjeu pétrolier

 

Le gouvernement tchadien a d'abord annoncé avoir accepté une offre de médiation américaine dans son litige avec la Banque mondiale portant sur l'exploitation de son pétrole des gisements de Doba. N'Djamena a confirmé dans le même temps son intention annoncée dimanche soir de reporter de deux semaines son ultimatum à la Banque mondiale, présidée l'Américain Paul Wolfowitz. Elle l'avait sommée samedi de débloquer les redevances tirées de son exploitation du pétrole sous peine de d'arrêter sa production pétrolière de 200.000 barils par jour, dès mardi.

La Banque mondiale, qui a financé la construction de l'oléoduc acheminant l'«or noir» de Doba au terminal camerounais de Kribi, a gelé depuis cinq mois les avoirs pétroliers tchadiens. Elle a pris cette mesure en rétorsion à la décision du gouvernement du président Idriss Déby de revenir en décembre 2005 sur son engagement de verser 10% des revenus de l'«or noir» à un «fonds pour les générations futures», préférant financer des dépenses immédiates, probablement militaires. Reste maintenant à savoir si la concertation pourra aboutir, et quelles en seront les conséquences sur le conflit naissant avec Khartoum. En jeu, le sort des 200 000 soudanais fuyant le conflit du Darfour, réfugiés depuis plus d'un an du côté tchadien de la frontière.

 

N'Djamena rassure sur le sort des réfugiés du Darfour

 

Le président Déby s'est également engagé lundi à ne pas mettre à exécution sa menace d'expulsion de ces populations. Le Haut Commissaire des Nations unies pour les réfugiés (HCR), Antonio Guterres a indiqué s'être entretenu avec le chef d'Etat tchadien, qui lui «a réaffirmé qu'il respecterait les principes internationaux» concernant leur accueil.

L'inquiétude quant à leur sort avait grandi vendredi, quand le gouvernement avait brandi la menace d'expulsion, annoncée pour fin juin, suite à l'attaque des rebelles du Front uni pour le changement (Fuc) sur la capitale N'Djamena. Finalement repoussé, l'assaut rebelle a entrainé la rupture des relations diplomatiques entre le Tchad et le Soudan, Déby les accusant de soutenir le Fuc. Co-médiateur des négociations de paix inter-soudanaises sur le Darfour, le président tchadien veut enrayer le recrutement de réfugiés par les rebelles dans les camps, moyennant finances ou par la contrainte.

«Le HCR en appelle à la communauté internationale pour faire tout son possible afin de ramener au plus vite la paix et la sécurité au Darfour, ce qui est essentiel pour la stabilité de la région toute entière», a appelé Antonio Guterres. Pour que ne s'aggrave pas encore davantage le bilan d'un conflit qui a fait, depuis février 2003, 300 000 morts et plus de deux millions de déplacés.

 

Pression maintenue sur Khartoum

 

En revanche, N'Djamena continue lundi de hausser le ton, face à l'attitude du Soudan. A la mi-journée, le ministre tchadien des Affaires étrangères Ahmat Allami a accusé Khartoum d'être «en train de reconstituer une nouvelle armée» rebelle pour attaquer le Tchad après l'échec jeudi de l'offensive du Fuc.

«La colonne venue du Soudan que l'on a repoussée s'est éparpillée à travers tout le territoire. Ces éléments éparpillés cherchent à tout prix à regagner le Soudan», a-t-il poursuivi, avant de conclure : «On est à leur recherche, le ratissage se poursuit mais il n'y a plus de force constituée qui menace le territoire».

Selon des militaires tchadiens, des colonnes de rebelles du Fuc ont été repérées ce week-end dans la région de Sarh, à 500 km au sud de N'Djamena, et prises en chasse par un hélicoptère de l'armée.

 

Arrivée d'un émissaire de l'Union africaine

 

A la mi-journée, l'ambassadeur spécial de l'Union africaine(UA) a aterri à N'Djamena, pour porter à Idriss Déby un message du président Alpha Oumar Konaré, dont la teneur n'a pas été divulguée. Abdoulkader Touré doit rencontrer mardi le chef de l'Etat tchadien, succédant au Libyen Ali Abdelsalem, secrétaire chargé des affaires de l'intégration africaine, qui s'est entretenu dimanche avec les hauts dignitaires du régime en place. «Nous lui avons apporté les preuves de l'implication soudanaise», s'est contenté de déclarer le ministre tchadien des Affaires étrangères Ahmat Allami.

Jeudi, l'UA avait condamné «fermement» les «attaques perpétrées par des mouvements rebelles au Tchad, qui constituent une tentative inacceptable de renversement du gouvernement en place par des moyens anticonstitutionnels». Avec l'UA, la Libye a participé à une médiation qui avait permis la signature le 8 février à Tripoli d'un accord dans lequel Tchad et Soudan s'interdisaient mutuellement d'entretenir des rébellions sur leur territoire respectif ou de mener des activités hostiles à l'autre.

Avril 2006

Soudan/Tchad : Kofi Annan inquiet des tensions entre les deux pays

Nations Unies, New York, 18 avril 2006

 

A l'issue d'un déjeuner de travail avec les membres du Conseil de sécurité, le Secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, a estimé aujourd'hui que la situation à la frontière du Tchad et du Soudan était « vraiment inquiétante », souhaitant une intervention régionale pour apaiser les tensions.

« J'ai pu m'entretenir au téléphone ce week-end avec le président Idriss Déby, j'ai aussi parlé avec le président de l'Union africaine (UA) et la Secrétaire d'Etat américaine afin de voir ce qui pouvait être fait », a précisé le Secrétaire général, lors d'une rencontre avec la presse aujourd'hui au siège de l'ONU à New York.

Kofi Annan a aussi fait référence à la lettre que le ministre des affaires étrangères tchadien lui a adressée et dans laquelle il accuse le Soudan « d'agression ».

Le Soudan est accusé de réarmer les rebelles du Front Uni pour le Changement démocratique (FUC) qui veulent renverser le régime en place depuis 16 ans au Tchad.

« Il faut se rappeler que les deux pays se sont réunis récemment sous l'égide de l'UA à Tripoli où ils ont signé un accord qu'on essaie maintenant de réactiver, de faire respecter », a ajouté le Secrétaire général.

Dans une déclaration à la presse, le Conseil de sécurité a exhorté jeudi dernier les gouvernements du Soudan et du Tchad à respecter l'accord adopté le 10 mars dernier par le Conseil de paix et de sécurité de l'UA.

«Il est important que les pays de l'UA, tous les pays de la région et la communauté internationale dans son ensemble maintiennent la pression pour éviter une escalade », a affirmé Kofi Annan.

«Avec les pays de la région, nous essayons de calmer les tensions car les choses sont suffisamment mauvaises au Darfour. S'il y a une escalade au Tchad, on risque de déstabiliser la région dans son ensemble et notamment la République Centrafricaine », a-t-il prévenu.

La brutale répression de la rébellion au Darfour, région du Soudan à la frontière du tchadienne, a provoqué le déplacement de plus de 200.000 Soudanais à l'est du Tchad. Le conflit qui oppose depuis trois ans les rebelles aux milices Janjaouites, soutenues par Khartoum, a augmenté les tensions entre les deux gouvernements.

« Il faut se méfier de l'effet domino que l'on a vu notamment dans la région des Grands Lacs », a encore dit le Secrétaire général.

Kofi Annan s'est par ailleurs félicité du fait que « le Haut Commissaire pour les réfugiés avait réussi à convaincre le président Deby de ne pas expulser les réfugiés soudanais du Tchad ». « Cette question semble réglée pour l'instant », a-t-il espéré.

Dans une conversation téléphonique avec le Haut Commissaire pour les réfugiés, António Guterres, le président du Tchad s'est engagé hier soir à ne pas refouler les 200.000 réfugiés soudanais du Darfour, après avoir menacé de les expulser.

Jeudi dernier, le Secrétaire général avait condamné « toute tentative de prise du pouvoir par la force » au Tchad.

Kofi Annan s'était aussi déclaré « fortement troublé » par l'aggravation de la situation sécuritaire au Tchad, résultant des combats entre les forces gouvernementales et les combattants rebelles.

Les rebelles du FUC ainsi que d'autres mouvements, retranchés dans l'est pays, ont intensifié leurs actions en vue de l'élection présidentielle du 3 mai prochain.

Arrivé au pouvoir en 1990, le président Idriss Déby entend briguer un troisième mandat, après avoir fait adopter en juin dernier par référendum une révision de la Constitution rendant possible sa candidature

Avril 2006

Une erreur de pilotage à l`origine de l`accident fatal à Garang

Angola Presse, 18 avril 2006

 

Une erreur de pilotage est à l`origine de l`accident d`hélicoptère qui a coûté la vie, en juillet 2005, à l`ancien vice-président soudanais et leader du Mouvement/armée de libération du Sud Soudan (SPLA/M), John Garang, indique un rapport du gouvernement soudanais.

Treize autres personnes ont également péri dans le crash de l`hélicoptère militaire du président ougandais, Yoweri Museveni, qui ramenait une délégation du SPLA/M dans le sud du Soudan.

"Nous avons découvert que le pilote volait à trop basse altitude à cause du mauvais temps", a déclaré le ministre ougandais du Transport, des Travaux et des Communications, John Nasaira.

"Nous avons besoin d`un peu de temps pour comprendre pourquoi le pilote volait à trop basse altitude dans une région montagneuse", a-t-il ajouté au cours d`une conférence de presse.

M. Garang est décédé quelques semaines après avoir été investi au poste de premier vice-président du Soudan suite aux accords de paix entre le SPLA/M et le gouvernement soudanais.

Avril 2006

Le Darfour face à une nouvelle crise après la rupture Soudan/Tchad

Jeune Afrique avec A.F.P. 17 avril 2006

Le Darfour, dévasté par trois ans de guerre et de famine, se trouve exposé à une nouvelle crise après la détérioration des relations entre le Tchad et le Soudan et le retrait de N'Djamena du processus d'Abuja.

La délégation tchadienne a annoncé dimanche qu'elle se retirait des négociations de paix sur le Darfour à Abuja (Nigeria) entre Khartoum et les rébellions soudanaises, à la suite de la décision du président Tchadien Idriss Deby de rompre les relations diplomatiques avec le Soudan.

"Il ne sert à rien de jouer les médiateurs alors que nous sommes victimes de l'agression soudanaise jusqu'à N'Djamena. On ne peut pas être partie à un conflit et assurer une médiation", a déclaré le ministre tchadien des Affaires étrangères, Ahmat Allami.

Cette décision est intervenue quelques jours après l'assaut des rebelles tchadiens du Front uni pour le changement (Fuc) sur N'Djamena. Le Tchad a accusé le Soudan de financer et d'armer ces rebelles, ce que Khartoum dément, rétorquant que le régime tchadien appuie les rébellions du Darfour.

Le Tchad était jusqu'ici le co-médiateur avec l'Union africaine (UA) des pourparlers de paix entre Khartoum et les rébellions soudanaises du Darfour.

Le retrait de l'un des principaux médiateurs dans les pourparlers d'Abuja porte un coup sérieux à ce processus de paix déjà fragile, ont affirmé des sources diplomatiques.

"Nous avons perdu un médiateur central, qui jouait un rôle crucial entre les rebelles et Khartoum", a reconnu un diplomate africain sous couvert d'anonymat.

Les rebelles du Darfour ont également regretté la perte de l'un de leurs principaux alliés et averti des conséquences néfastes de cette décision sur la situation au Darfour (ouest du Soudan), en proie depuis 2003 à une guerre qui a fait 300.000 morts et plus de deux millions de déplacés.

"Le Tchad a beaucoup d'influence sur toutes les questions liées au Darfour et l'absence de ce médiateur risque d'aggraver la situation", a affirmé Ahmad Hussein, représentant du Mouvement pour la justice et l'égalité (MJE), l'un des négociateurs pour les rebelles à Abuja.

Selon lui, si M. Deby reste au pouvoir au Tchad, le Darfour risque de se transformer en champ de bataille entre les régimes tchadien et soudanais, et s'il est renversé, le Soudan aura le champ libre pour poursuivre sa répression sanglante de la rébellion au Darfour.

"Nous ne voulons pas que le Darfour se transforme en champ de bataille où se règlent les conflits régionaux parce que notre peuple souffre énormément" a-t-il souligné. Il a appelé la communauté internationale à soutenir le processus de paix pour éviter que la région ne plonge dans le chaos.

Le gouvernement soudanais, qui a nié toute implication dans l'assaut des rebelles, a regretté la décision tchadienne de rompre les liens diplomatiques avec le Soudan.

"Il est regrettable que le Tchad rompe ses relations avec le Soudan", a affirmé le porte-parole du ministère soudanais des affaires étrangères, Jamal Ibrahim.

Selon James Smith, directeur de l'ONG britannique Aegis Trust, active dans la prévention des génocides, "cette dernière crise avec le Tchad indique que la communauté internationale n'a pas pris au sérieux la question de la sécurité au Darfour".

Ecartant l'éventualité d'une confrontation militaire directe entre le Tchad et le Soudan, M. Smith a estimé que "le gouvernement soudanais continuera probablement à soutenir les rebelles au Tchad et le gouvernement Tchadien apportera son soutien au SLA (Sudan Liberation Army)", l'un des principaux mouvements rebelles au Darfour.

Il a néanmoins estimé que le processus d'Abuja pourrait se poursuivre même après le retrait du Tchad, "car le choix du Tchad comme co-médiateur n'était pas très pertinent, étant donné qu'il est partie au conflit."

Abdallah Adam Khatir, analyste au Darfour, partage ce diagnostic, soulignant que les pourparlers d'Abudja "ont beaucoup avancé et qu'ils se tiennent sous l'égide d'organisations régionales et internationales".

Avril 2006

La tension entre le Tchad et le Soudan menace le travail du HCR

Les Nations unies ont dit craindre lundi que la décision de N'Djamena de fermer la frontière avec le Soudan empêche l'acheminement de l'aide humanitaire aux 400.000 personnes déplacées vivant dans des camps au Darfour

L'Express, 17 avril 2006

Le président tchadien, Idriss Déby, a bouclé vendredi la frontière et rompu les relations diplomatiques avec le Soudan à la suite de l'assaut avorté lancé la veille contre la capitale tchadienne par des rebelles qu'il dit soutenus par Khartoum.

Il a également menacé d'expulser les 200.000 réfugiés du Darfour hébergés dans des camps en territoire tchadien si l'Onu n'était pas en mesure de garantir d'ici au 30 juin la sécurité dans ce territoire de l'Ouest soudanais en proie à la violence depuis début 2003.

Si le gouvernement tchadien a fait depuis machine arrière et promis au Haut commissariat des Nations unies pour les Réfugiés (HCR) que "les réfugiés ne seraient pas refoulés et que le Tchad respecterait ses engagements internationaux", la réaction de Déby à la tentative de renversement de son pouvoir a accentué la pression sur la communauté internationale pour qu'elle règle le conflit au Darfour.

Chaque mois, quelque 6.000 tonnes de vivres sont convoyées par camions de Libye au Darfour via le Tchad pour subvenir aux besoins des quelque 400.000 habitants de cette région qui ont fui leurs foyers en raison des violences mais sont restés au Soudan.

"Si la frontière est fermée, nous ne serons peut-être plus en mesure d'acheminer ces vivres", a déclaré à Reuters Etienne Labande, qui dirige les opérations du Programme alimentaire mondial des Nations unies (Pam) dans l'est du Tchad.

Un convoi à destination d'El Geneïna, dans l'ouest du Darfour, a d'ores et déjà quitté la Libye , a-t-il ajouté, sans savoir s'il serait autorisé à franchir la frontière entre le Tchad et le Soudan.

La situation n'est pas encore critique puisque les camps de déplacés ont constitué des réserves. Mais ces stocks, prévient-il, ne sont pas illimités.

 

L'inquiétude des réfugiés

Le président tchadien Idriss Déby a réaffirmé dimanche soir au haut commissaire aux réfugiés Antonio Gutteres que ceux-ci ne seraient pas refoulés et que le Tchad respecterait ses engagements internationaux.

Mais les responsables du HCR prennent au sérieux la menace d'expulsion de Déby, qui a fait état de ses inquiétudes quant à la difficulté d'assurer la sécurité à la fois des réfugiés et des ONG qui leur viennent en aide.

Affaibli par une série de complots et une vague de désertions dans les rangs de son armée, Déby est candidat à un troisième mandat lors de l'élection présidentielle théoriquement prévue pour le 3 mai. Qualifiant le Soudan de force déstabilisatrice dans la région, il réclame que le Darfour soit placé sous mandat de l'Onu et que le régime de Khartoum soit soumis à des sanctions.

"Le gouvernement veut que la communauté internationale condamne le Soudan et les réfugiés peuvent être utilisés à cette fin comme un élément de la négociation", souligne Claire Bourgeois, qui dirige le HCR dans l'Est tchadien.

L'ultimatum de Déby s'est répandu via les radios parmi les douze camps de réfugiés installés dans l'est du Tchad. Si les camps tchadiens venaient à fermer, la République centrafricaine offrirait la plus proche solution de repli au sud. Mais le climat de violence qui y règne a vu des milliers de Centrafricains se réfugier au Tchad. Au nord, la Libye est à dix jours de camion.

"Les réfugiés sont naturellement inquiets. A Farchana, certains ont voulu organiser une manifestation", rapporte la directrice régionale du HCR.

Avant même les menaces de N'Djamena, des rumeurs de déménagement des camps couraient parmi les 200.000 Soudanais réfugiés au Tchad qui craignent, en s'éloignant de plus 50 km de la frontière d'être coupés des membres de leur famille vivant toujours au Darfour.

Avril 2006

Le Tchad, enjeu d'une bataille à trois

Le Figaro, 17 avril 2006, Patrick de Saint-Exupéry

Paris, Washington et Pékin rivalisent d'influence dans la crise tchadienne avec un oeil sur les ressources pétrolières du pays.

Une partie de poker menteur est en cours au Tchad. L'enjeu : le contrôle de ce pays pauvre au coeur de l'Afrique, surnommé le «porte-avions du désert». Autour de la table, trois gros joueurs. Premier intervenant, Paris, qui a aidé le président Idriss Déby à parvenir au pouvoir en 1990, dispose de ses capacités militaires déployées au travers du dispositif «Epervier» – 1 200 hommes, 6 avions de combat Mirage, des avions de transport et des hélicoptères. Paris peut aussi, grâce à son influence sur l'Afrique de l'Ouest et le golfe de Guinée, faire intervenir d'autres joueurs en deuxième rideau.

 

Deuxième participant : les Etats-Unis. Sans capacité militaire au Tchad, ils sont, en revanche, maîtres des finances du pays. Par deux biais. Aujourd'hui dirigée par Paul Wolfowitz, la Banque mondiale (BM) est le principal financier de la mise en exploitation du champ de pétrole tchadien de Doba (150 000 barils par jour). Quant à la major américaine Exxon, elle en est l'opérateur.

 

Troisième et dernier acteur, le plus effacé et le plus discret aussi, la Chine. Elle n'intervient qu'indirectement, mais avec un effet de levier considérable puisque son appui régional n'est autre que le Soudan. Les deux pays sont liés par des accords commerciaux : Khartoum vend près de 85% de sa production pétrolière à Pékin qui, en retour, a accordé des licences de production d'armes et des fournitures militaires importantes.

 

Quand au pot, c'est-à-dire l'enjeu de la partie, il varie selon les acteurs. Vu de Pékin, la visée est géostratégique : il s'agit de relier d'un trait le golfe de Guinée à la ville de Port-Soudan afin d'inverser les flux de pétrole qui, au lieu de quitter l'Afrique par l'Atlantique, pourraient alors être acheminés par pipeline jusqu'à la mer Rouge où ils seraient chargés à destination, bien sûr, de Pékin. «Prenez une carte, dit un officiel. Regardez les oléoducs. Il ne manque qu'un tronçon Tchad-Soudan pour que ce projet soit réalisable.»

 

Vu de Washington, l'enjeu est de conserver une partie du flux d'or noir embarqué à partir du golfe de Guinée, c'est-à-dire l'Atlantique, à destination des Etats-Unis. Accessoirement, Exxon entend bien préserver sa production tchadienne, prometteuse puisqu'en l'espace de 2 ans elle lui a rapporté 4,7 milliards de dollars.

 

Pour Paris, il s'agit de ne pas laisser le Tchad tomber en des mains incontrôlables. Il s'agit également de faire la preuve qu'il peut exister une véritable politique de la France en Afrique.

 

C'est là où l'on en arrive aux événements qui se sont déroulés jeudi dernier. D'importants combats se sont déroulés dans N'Djamena à la suite de l'arrivée nocturne d'une colonne de rebelles venus de l'Est. Les affrontements ont été violents. Ils ont fait de 200 à 400 morts au moins et plusieurs centaines de blessés.

 

Piège tendu aux rebelles ?

 

Que de tels combats se soient déroulés dans la capitale a été interprété comme un signe de faiblesse du pouvoir, d'autant plus qu'à plusieurs reprises ces derniers temps les autorités avaient fait savoir qu'elles avaient déjoué complots et trahisons.

 

Sur place cependant, de nombreux éléments semblent indiquer que, bien loin d'avoir menacé les autorités, les rebelles seraient tombés dans un piège. «Nous savions, deux jours avant la journée de jeudi, ce qui allait se passer», confie un expatrié. «Si nous l'avions voulu, dit un officiel, nous aurions pu arrêter cette colonne à des centaines de kilomètres de N'Djamena et cela dans la plus totale discrétion.» Paris ne cache pas, en effet, avoir mis à disposition des autorités tchadiennes les moyens de renseignement dont dispose «Epervier». Ceux-ci permettaient d'observer au jour le jour la progression de la colonne d'une soixantaine de pick-up et du petit millier de rebelles. «La vérité, poursuit un expatrié, est que les rebelles n'ont pas dû ouvrir leur chemin sur N'Djamena. Ils ont été poussés sur la capitale et contraints de s'y replier.»

 

Paradoxal, ce récit correspond aux témoignages recueillis. Tous font état de la confusion des rebelles qui, arrivés dans la capitale, étaient incapables de s'y diriger. «Ils sont arrivés par l'est et ont demandé le palais, dit un témoin. Les gens ne savaient pas de quel palais ils parlaient et leur ont indiqué le plus proche, celui de l'Assemblée nationale. Les rebelles s'y sont rendus en croyant qu'il s'agissait de la présidence. La garde républicaine les attendait, avec des blindés.» Rebelles en fuite ou civils soupçonnés de sympathie avec la rébellion ont été arrêtés.

 

Avec l'appui de Paris, le pouvoir a immédiatement lancé la contre-offensive politique, sur trois axes : dénonciation du Soudan, accusé de «génocide» au Darfour ; critique d'une communauté internationale accusée de fermer les yeux sur la présence de 200 000 réfugiés soudanais au Tchad ; enfin, demande de déblocage – sous peine d'interruption demain de la production pétrolière – des revenus de l'or noir tchadien (de l'ordre de 320 millions de dollars) bloqués depuis trois mois sur instruction de la Banque mondiale. Au poker, cela s'appelle faire tapis. Pour l'heure, Paris et Idriss Déby se frottent les mains. Mais la mise est toujours sur la table.

Avril 2006

Un groupe aérien russe participera à l'opération de paix au Soudan (ministre)

Agence russe, 17 avril 2006

Un groupe aérien russe se rendra au Soudan d'ici trois jours pour participer à l'opération de maintien de la paix sous l'égide de l'ONU, a indiqué le vice-premier ministre russe et ministre de la Défense , Sergueï Ivanov, lors du conseil des ministres lundi.

"Je suis presque certain que l'opération ne s'achèvera pas cette année", a-t-il ajouté.

La Russie envisage d'envoyer au Soudan 117 militaires et quatre hélicoptères de transport et de combat Mi- 8, a précisé M. Ivanov.

Les Nations unies financent l'opération, mais dans le cadre des ententes intervenues au sein du G8, la Russie se propose d'acheminer dans le pays des tentes, des cuisines de campagne et des couvertures pour la population soudanaise, a encore ajouté le ministre.

Le Conseil de sécurité de l'ONU a adopté à l'unanimité, le 24 mars 2006, la résolution 1663 sur la Mission de maintien de la paix des Nations unies au Soudan. Ce texte prolonge pour six mois le mandat de la Mission des Nations unies au Sud-Soudan (MINUS).

A l'heure actuelle, 14 observateurs militaires russes et 19 officiers de la police civile font partie de la Mission des Nations unies au Soudan.

Avril 2006

Le pape prie pour la paix dans le monde

Le Figaro avec l'A.F.P., 16 avril 2006,

Benoît XVI a appelé dimanche à la recherche d'une «convivialité pacifique» entre les peuples, les cultures et les religions du monde avec une mention particulière pour le Darfour et le Proche-Orient, dans son message au monde à l'occasion de Pâques.

 

…..Benoît XVI a lancé un cri d'alarme en faveur des populations du Darfour «qui s'enfoncent dans une dramatique situation humanitaire», et a évoqué de nombreux peuples d'Afrique (grands Lacs, corne de l'Afrique, Côte d'Ivoire, Ouganda et Zimbabwe), «qui aspirent à la réconciliation, à la justice et au développement». ….

Avril 2006

Darfour : le Tchad quitte la table des négociations, inquiétude pour les réfugiés

Le départ dimanche de la délégation tchadienne fait suite à la rupture des relations diplomatiques avec le voisin soudanais, accusé de soutenir la rébellion. L'incertitude demeure sur l'avenir des 200 000 réfugiés soudanais du Darfour, installés dans des camps à la frontière

Le Figaro, 16 avril 2006

Après avoir rompu les relations diplomatiques avec Khartoum, le président tchadien Idriss Deby s'en est pris samedi personnellement à son homologue soudanais Omar El Béchir, qu'il a accusé de «génocide» au Darfour et qualifié de «traître». «Je demande à toutes les grandes puissances, à l'Union africaine, aux Nations unies, à l'Union européenne, aux Etats libres épris de paix et de justice d'intervenir militairement pour sauver les populations du Darfour qui subissent le pire génocide de la part du président Béchir de Khartoum», a déclaré M. Deby lors d'un rassemblement de soutien à N'Djamena.

«Il appartient à la communauté internationale de prendre toutes ses responsabilités pour régler le plus rapidement possible la crise du Darfour en mettant le Darfour sous mandat onusien», a poursuivi le chef de l'Etat tchadien devant plusieurs milliers de partisans.

Véritable casus belli entre N'Djamena et Khartoum depuis trois ans, la crise du Darfour est considérée par le régime tchadien comme la principale source de déstabilisation de son pays, et les camps de réfugiés soudanais installés dans l'est de son territoire comme l'un des «réservoirs» des rebelles du Front uni pour le changement (Fuc) qui veulent le renverser.

 

Ultimatum

 

Une représentante du Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) à N'Djamena, Ana Liria-Franch, a confirmé des cas de recrutements par les rebelles dans les camps, moyennant finances ou par la contrainte. Dans ce climat d'hostilité croissante entre les deux pays, la menace brandie par le président Deby d'expulser ces réfugiés inquiète de plus en plus, même si elle semble concrètement difficile à exécuter. Le Premier ministre tchadien Pascal Yoadimnadji a réitéré l'ultimatum samedi en donnant «jusqu'à fin juin 2006» à la communauté internationale pour leur trouver d'autres pays d'accueil.

Le représentant du secrétaire général de l'Onu au Soudan Jan Pronk a averti le Tchad qu'une telle mesure violerait le droit humanitaire international, alors que le HCR s'est déclaré, par la voix de sa représente à N'Djamena «très inquiet». Dès vendredi, les Etats-Unis avaient jugé «inacceptable» l'ultimatum du chef de l'Etat tchadien. Lors de son meeting samedi, le président Deby a une nouvelle fois accusé le Soudan de soutenir les rebelles, qualifiés cette fois de «mercenaires envoyés par Béchir le traître».

 

«Mercenaires européens»

 

Des propos immédiatement démentis par le Fuc lui-même, qui a en retour accusé le Tchad de recruter des rebelles soudanais du Darfour ainsi que des «mercenaires européens».

Dans une première réaction, le président Béchir a rétorqué samedi soir n'avoir «aucun intérêt à l'instabilité au Tchad», accusant en retour N'Djamena d'être responsable de l'insécurité à la frontière. Khartoum «n'a aucun intérêt à l'instabilité au Tchad», a affirmé M. Béchir, samedi soir, cité par l'agence de presse officielle Suna. M. Béchir a affirmé que le Soudan respectait toujours l'accord de paix signé le 8 février sous l'égide de la Libye entre Khartoum et N'Djamena, dans lequel les deux pays s'interdisaient mutuellement d'entretenir sur leur territoire des rébellions ou de mener des activités hostiles à l'autre. Le président soudanais a en outre accusé le Tchad d'être responsable de l'insécurité à la frontière, estimant que «son échec à envoyer des représentants à un comité de sécurité chargé de superviser la frontière bloquait l'application de l'accord».

 

«Agitation» dans le sud

 

Trois jours après la «bataille de N'Djamena», qui a vu l'armée loyaliste repousser les troupes rebelles aux portes de la capitale, la situation militaire semblait calme dans le pays.

Toutefois, des informations non confirmées par les autorités tchadiennes font état depuis deux jours d'une certaine «agitation» dans le sud du pays, notamment autour de la ville de Sarh ( 500 km au sud-est de N'Djamena), située à moins de 150 km à l'est des puits de pétrole de Doba. Des colonnes rebelles ont été signalées autour de Sarh, où le ministère français de la Défense a indiqué avoir transporté jeudi et vendredi par avion des renforts d'une quarantaine de soldats de l'armée nationale tchadienne.

Avril 2006

Les Etats-Unis appellent au dialogue entre le Tchad et le Soudan

Nouvel Observateur, avec l'AP), 15 avril 2006

 

Le Département d'Etat américain a critiqué la suspension par le Tchad de ses relations diplomatiques avec le Soudan, et a pressé les deux pays de régler leurs différends par le dialogue.

"Notre pensons que plus il y a de moyens de communication, mieux c'est" a déclaré le porte-parole du Département d'Etat, Sean McCormack.

Il a précisé qu'il n'était pas en mesure de confirmer les propos des dirigeants tchadiens, selon lesquels le Soudan serait derrière les attaques rebelles qui auraient fait des centaines de victimes dans la capitale N'Djamena.

Si de telles actions "avaient été de quelle façon que ce soit instiguées, provoquées ou aidées par le gouvernement du Soudan, alors nous trouverions cela très dérangeant", a-t-il commenté.

Sean McCormack a également déclaré que de l'annonce de la fermeture par le Tchad de sa frontière avec le Soudan suscitait de "grandes inquiétudes" quant à l'accès et la sécurité des centaines de milliers de réfugiés qui fuient la guerre civile au Darfour et se dirigent vers le Tchad.

"Nous appelons le gouvernement du Tchad à maintenir ses responsabilités et fournir sa protection aux réfugiés, comme le lui intiment les engagements internationaux et des Nations Unies", a ajouté McCormack.

Avril 2006

Le Tchad rompt ses relations avec Khartoum et ferme sa frontière

Reuters, N'Djamena, 14 avril 2006, par Daniel Flynn

Au lendemain du raid avorté des rebelles contre N'Djaména, le Tchad a rompu ses relations diplomatiques avec son voisin soudanais, qu'il accuse d'avoir recruté et armé les insurgés.

"Nous avons pris la décision de rompre nos relations diplomatiques avec le Soudan aujourd'hui et de procéder à la fermeture de notre frontière" commune, a dit le président Idriss Déby.

"Il est faux de dire qu'il y a une rébellion", a-t-il affirmé. "Il n'y a aucune rébellion contre le Tchad, c'est le gouvernement soudanais qui a programmé la déstabilisation du Tchad".

L'armée tchadienne est parvenue à repousser l'assaut de jeudi qui a fait une centaine de morts et quelque 200 blessés, selon les chiffres officiels. Mais les cadres de la rébellion ont promis de poursuivre leur mouvement.

L'attaque de N'Djaména a constitué le raid le plus audacieux des rebelles, qui veulent la chute de Déby, au pouvoir depuis 16 ans, et l'annulation de la présidentielle du 3 mai, au cours de laquelle le président briguera un nouveau mandat.

Cette opération surprise a placé en état d'alerte les 1.200 militaires français basés au Tchad. Des appareils français ont effectué des vols de reconnaissance pour repérer les colonnes rebelles et ont même effectué des tirs de sommation.

LES PRISONNIERS MONTRES A LA PRESSE

Le ministre tchadien de l'Administration territoriale, le général Mahamat Ali Abdallah Nassour, a présenté les rebelles comme des mercenaires soudanais et tchadiens recrutés par Khartoum.

Le gouvernement tchadien accuse de longue date le Soudan de financer cette rébellion qui utiliserait le Darfour pour base arrière. Khartoum dément en exigeant des preuves de N'Djamena.

Vendredi, le gouvernement tchadien a exhibé devant la presse rassemblée sur la place de l'Indépendance, à N'Djaména, quelque 160 insurgés capturés la veille.

Les prisonniers, en tenue de camouflage souvent débraillée, avaient l'air abattu pour la plupart. L'un d'entre était blessé au bras. Un autre s'est subitement évanoui.

Un des prisonniers s'est présenté comme étant un policier soudanais de 31 ans dont les parents seraient tchadiens.

Mahamat Ali Mahamat a affirmé qu'il avait reçu 500.000 francs CFA (923 dollars) pour combattre avec les rebelles. Il a ajouté qu'il était entré au Tchad pour la première fois il y a trois semaines et qu'il était passé à la rébellion en raison d'une situation sociale difficile.

 

Ultimatum pour le Darfour

 

Le gouvernement a en outre présenté 14 véhicules militaires endommagés pour certains, équipés pour d'autres de mitrailleuses et qui ont été saisis jeudi.

De son côté, Idriss Déby a exigé le règlement du conflit au Darfour soudanais, qu'il a présenté comme un élément déstabilisant pour son pays.

"Il appartient a la communauté internationale d'ici au mois de juin de trouver une solution a la crise du Darfour, et de faire repartir les réfugiés dans leur pays", a dit le président.

Des milliers d'habitants du Darfour ont fui les exactions commises dans leur région pour se réfugier en zone tchadienne.

"Nous ne pouvons pas mettre en jeu la sécurité de nos citoyens et sécuriser leurs réfugiés, donc il appartiendra après juin à la communauté internationale de trouver un autre pays d'accueil à tous ces réfugiés", a ajouté Déby.

La capitale demeurait très calme vendredi. Le trafic a toutefois un peu repris, les rues étaient moins désertes que la veille et quelques magasins étaient ouverts.

Mais les rebelles ne se sont pas avoués vaincus.

Albissaty Saleh Allazam, un porte-parole du Front uni pour le changement démocratique (Fuc), a déclaré sur les ondes de RFI que l'offensive de jeudi avait échoué aux portes de la capitale et que la ville finirait par tomber.

Mais le général Nassour a affirmé que les troupes tchadiennes liquidaient les rebelles en fuite. Le gouvernement a par ailleurs annoncé avoir repoussé jeudi une seconde offensive, contre la ville d'Adré.

Idriss Déby, qui a pris le pouvoir en 1990, a fait savoir que l'élection aurait lieu comme prévu le 3 mai. Il sera confronté à quatre candidats, qui sont tous liés à son gouvernement. L'opposition a décidé de boycotter le scrutin.

Les adversaires de Déby mettent en cause son autoritarisme et l'accusent de corruption. Son autorité a été affaiblie ces derniers temps par de nombreuses désertions au sein de l'armée.

Avril 2006

Idriss Déby menace le Soudan et la Banque mondiale

Le figaro avec AFP, 15 avril 2006

 

Le président tchadien a qualifié samedi son homologue soudanais de «traître» et annonce ne plus exporter son pétrole si la Banque mondiale ne suspend pas le gel de ses avoirs financiers. Les rebelles réfutent tout soutien du Soudan et accuse le régime en place d'avoir recruté des mercenaires européens et des combattants du Darfour, où l'inquiétude grandit quant au sort des réfugiés.

 

Deux jours après la victoire de l'armée sur les rebelles devant N'Djamena, le calme est revenu au Tchad. Même si l'avenir du régime du président Idriss Deby Itno, qui a annoncé la rupture des relations diplomatiques avec le Soudan voisin, reste très incertain. Le président tchadien, qui accuse le Soudan se soutenir les rebelles du Front uni pour le changement (Fuc) ayant mené l'assaut contre la capitale tchadienne, a violemment critiqué samedi son homologue soudanais Omar al-Béchir, qu'il a accusé de «génocide» au Darfour et qualifié de «traître».

«Je demande à toutes les grandes puissances, à l'Union africaine, aux Nations unies, à l'Union européenne, aux Etats libres épris de paix et de justice d'intervenir militairement pour sauver les populations du Darfour qui subissent le pire génocide de la part du président Béchir de Khartoum», a déclaré M. Deby lors d'un rassemblement de soutien dans la capitale N'Djamena.

 

Les rebelles nient tout soutien du Soudan

«Suite aux accusations très graves lancées à l'encontre du Soudan par Idriss Deby, nous réfutons catégoriquement l'ingérence des pays voisins». Les représentants à Paris du Fuc ont tenu à réfuter les accusations du président Déby. Ce dernier a annoncé vendredi la rupture des relations diplomatiques avec Khartoum et le chargé d'affaires soudanais dispose de cinq jours pour quitter le pays.

«Nous sommes indépendants vis-à-vis du Soudan comme de tout autre pays étranger», ajoutent les opposants en assurant que leur mouvement «est un soulèvement populaire». Le Fuc accuse en outre le régime tchadien d'avoir «recruté des éléments de l'opposition armée du Darfour», région de l'ouest du Soudan où un conflit armé opposent depuis 2003 les milices djandjawids pro-Khartoum à des groupes rebelles dont fait partie l'ethnie Zaghawa de M. Deby.

«Pour preuve, nous avons capturé plusieurs prisonniers de la rébellion armée au Darfour, dont le MJE (Mouvement pour la justice et l'égalité) et le MLS (Mouvement de libération du Soudan)», affirment le Fuc. Il accuse aussi le président Deby d'avoir «recruté, par le biais de l'ancien gendarme français Paul Barril, des mercenaires européens qui sont en partance pour la capitale à partir de Bangui (la capitale de la Centrafrique)». Ils affirment également que les prisonniers rebelles présentés vendredi par les autorités tchadiennes aux médias dans l'est du Tchad, théâtre de combats jeudi près de la frontière soudanaise, sont «en fait des populations civiles».

 

Nulle intention de s'en prendre à la France

«Par ailleurs, la résistance n'a nullement l'intention de s'en prendre aux intérêts de la France ou aux Français installés au Tchad. Notre objectif est seulement l'éviction du président Deby qui a trahi son peuple», poursuit le texte. La France, qui maintient quelque 1.200 militaires dans son ancienne colonie, est accusée par le Fuc de soutenir «aveuglément» le président Deby et d'être directement intervenue pour contrer l'offensive rebelle. Des accusations formellement démenties par le ministère français de la Défense.

 

Inquiétude quant au Darfour

Sujet de préoccupation grandissant, la menace brandie vendredi par le chef de l'Etat tchadien d'expulser les 200.000 réfugiés soudanais installés dans l'est du Tchad si une solution n'était pas trouvée au conflit dans la province soudanaise du Darfour. Le Premier ministre Pascal Yoadimnadji a précisé samedi que N'Djamena donnait «jusqu'à fin juin 2006» à la communauté internationale pour leur trouver d'autres pays d'accueil. Les Etats-Unis ont jugé «inacceptable» l'ultimatum du chef de l'Etat tchadien et appelé «le gouvernement du Tchad à respecter ses engagements pour fournir une protection à ces réfugiés», selon les termes du porte-parole du département d'Etat Sean McCormack.

 

Ultimatum à la Banque mondiale

Par ailleurs, le gouvernement du président Déby menace samedi de ne plus exporter son pétrole si la Banque mondiale ne suspend pas le gel de ses avoirs sur un compte bancaire à Londres. Dans un communiqué, le porte-parole du gouvernement précise que cette suspension entrera en vigueur mardi. Cette mesure fait suite à une réunion d'urgence tard vendredi soir entre Idriss Déby et ses ministres après l'attaque de la rébellion jeudi.

Le Tchad a commencé à exporter son or noir via le Cameroun depuis 2004 par le biais d'un oléoduc financé par la Banque mondiale. Mais N'Djamena a dénoncé l'entente conclue avec l'organisation qui permettait de réserver une partie des rentrées pétrolières pour financer la réduction de la pauvreté. En rétorsion, la Banque mondiale a gelé ses avoirs pétroliers.

Un consortium conduit par Exxon Mobil a exporté 133 millions de barils du Tchad entre octobre 2003 et décembre 2005, selon les chiffres de la Banque mondiale. Le Tchad, qui perçoit 12,5% de royalties sur chaque baril exporté, a touché 307 millions de dollars. Et menace donc de fermer le robinet du pétrole (200.000 barils par jour) s'il ne récupérait pas 100 millions de ses pétrodollars bloqués.

 

Attaque contre la presse

Samedi matin, un journaliste tchadien travaillant pour la BBC a été roué de coups à N'Djamena par des soldats tchadiens, qui l'ont ensuite emmené vers une destination inconnue, selon le vice-président de la Fédération internationale des droits de l'Homme (FIDH).

«René Djillah était en train de faire un reportage dans le quartier Moursal (dans le sud de la capitale tchadienne, ndlr) lorsque des militaires sont arrivés en pick-up, l'ont pris et l'ont tabassé», a rapporté Dobian Assingar, également ancien président de la Ligue tchadienne des droits de l'Homme (LTDH). «Nous n'avons plus aucune nouvelle de lui depuis ce matin», a poursuivi M. Assingar sur la foi des récits de plusieurs témoins de la scène. Journaliste à la radio nationale tchadienne, René Djillah assure depuis plusieurs années la correspondance pour la radio publique britannique dans la capitale tchadienne.

 

Calme revenu dans la capitale, combats à l'Est

D'importants effectifs militaires étaient toujours déployés samedi matin dans N'Djamena, quarante-huit heures après les combats qui ont permis aux troupes fidèles au président Deby de repousser l'offensive des rebelles du Fuc sur la capitale. Si la situation militaire semblait stabilisée à N'Djamena et à Adré, à 800 kilomètres plus à l'est le long de la frontière soudanaise, où de violents combats se sont déroulés jeudi, la situation militaire restait toujours incertaine à l'intérieur du pays.\( Al'issue de la bataille de N'Djamena, les rebelles du Fuc ont affirmé n'avoir effectué qu'un «repli tactique». Et, comme le faisait remarquer un diplomate sous couvert de l'anonymat, ils pourraient très bien «se réorganiser et reprendre le combat».

Avril 2006

Le Tchad rompt avec le Soudan

Le Figaro, (avec l'AFP), 15 avril 2006

La crise est latente depuis de nombreux mois entre les deux voisins.

Le raid de jeudi sur la capitale tchadienne a cristallisé les tensions.

 

L'escalade militaire continue entre Khartoum et N'Djamena. Hier, le président tchadien Idriss Déby a annoncé la rupture des relations diplomatiques avec le Soudan et la fermeture de la frontière. L'officialisation de la brouille n'a pas vraiment surpris, tant la tension était montée ces derniers mois entre les deux voisins. Le raid avorté des rebelles du Front uni pour le changement (FUC) contre la capitale tchadienne, jeudi, n'était que le dernier et le plus spectaculaire épisode du bras de fer que se livrent les deux pays. «Il est faux de dire qu'il y a une rébellion», - a affirmé Déby pour justifier sa décision. Selon lui, « c'est le gouvernement soudanais qui a programmé la déstabilisation du Tchad». Comme « preuves », le gouvernement tchadien a exhibé hier devant la presse des 4 x 4 et des armes saisies aux insurgés ainsi que quelque 160 prisonniers capturés lors de l'attaque et présentés comme des mercenaires soudanais. Hier, le Soudan, qui a toujours nié toute implication, n'avait pas réagi à ces accusations.

 

Internationalisation de la crise

Après les violents combats de jeudi, N'Djamena avait retrouvé hier un visage presque normal. L'armée tchadienne semble être parvenue à repousser l'assaut des combattants de la rébellion. Non sans mal. Selon les chiffres officiels, les affrontements auraient fait une centaine de morts et quelque 200 blessés. Les cadres du FUC, tout en confirmant avoir opéré « un repli tactique», ont promis de continuer leur mouvement. Une menace qui semble prise très au sérieux Pour le pouvoir en place à N'Djamena, l'audacieux rezzou des rebelles, qui veulent la chute de Déby, au pouvoir depuis 16 ans, et l'annulation de la présidentielle du 3 mai, a représenté une très sérieuse alerte.

De son côté, Paris a placé en état d'alerte les 1200 soldats français basés au Tchad et des appareils français ont effectué des vols de reconnaissance pour repérer les colonnes rebelles. Mais la France semble surtout soucieuse de ne pas se laisser entraîner militairement dans ce conflit. Hier,.l'Elysée a indiqué que la France « condamne les tentatives de coup d'Etat», et «continue de suivre la situation très attentivement». Mais, pour autant, assure un haut responsable français, « la posture prise par la France depuis plusieurs semaines consiste à ne jamais risquer de se retrouver prisonnier du soutien qu'on apporterait à Idriss Déby».

Le président tchadien, contesté et affaibli ces derniers temps par de nombreuses désertions au sein de l'armée, semble décidé à jouer l'internationalisation de la crise. Jeudi, il a obtenu une ferme condamnation de l'offensive militaire rebelle auprès de l'ONU. Idriss Déby a également réclamé le règlement du conflit au Darfour soudanais, qu'il présente comme un élément déstabilisant pour son pays: «Il appartient à la communauté internationale, d'ici au mois de juin, de trouver une solution à la crise du Darfour». Il exige également que les quelque 200 000 habitants du Darfour réfugiés au Tchad soient évacués à cette date. «Nous ne pouvons pas mettre en jeu la sécurité de nos citoyens pour sécuriser les réfugiés», a-t-il expliqué.

Avril 2006

Le Tchad soupçonné de vouloir utiliser ses pétrodollars pour faire la guerre

La Croix avec l'A.F.P. 15 avril 2006

L'ultimatum lancé à la Banque mondiale et aux compagnies pétrolières par le gouvernement tchadien, qui menace de fermer son robinet de brut pour récupérer ses pétrodollars, illustre son besoin urgent de financer la guerre contre la rébellion, estiment les critiques du régime.

Brandie vingt-quatre heures à peine après les violents combats qui ont permis à l'armée tchadienne de repousser l'offensive des rebelles du Front uni pour le changement (Fuc) devant N'Djamena, la menace du président Idriss Deby Itno n'a pas surpris les observateurs du dossier pétrole.

"Il est clair que le gouvernement a un besoin urgent d'argent pour faire face à la menace de la rébellion", estime Gilbert Maoundonodji, du Groupe de monitoring du projet pétrole (Gramp-tc), une ONG tchadienne qui milite pour que la manne pétrolière bénéficie à la population. "Dès le début, nous avons expliqué que le gouvernement voulait disposer des ressources pétrolières à sa guise, notamment pour acheter des armes", ajoute-t-il.

"Le nord, l'est et le sud du pays brûlent, le gouvernement est étouffé sous la pression de la rébellion. Deby utilise ce chantage parce qu'il n'a pas d'autre choix pour sauver ce qui reste de son régime", renchérit le député d'opposition Ngarlejy Yorongar.

En annonçant sa décision de stopper sa modeste production de pétrole (200.000 barils par jour) à partir du 18 avril faute d'avoir remis la main sur son magot bloqué, le gouvernement n'a pas caché l'urgence de sa situation. Mais il a démenti tout lien avec les événements des derniers jours.

"Cela n'a rien à voir avec la situation militaire", a assuré le ministre des droits de l'Homme Abderamane Djasnabaille. "Nous avons un besoin d'argent urgent pour résoudre les problèmes sociaux du pays (...) j'ai visité l'hôpital de N'Djamena hier, il n'est pas normal que ceux qui défendent la République soient couchés par terre", a-t-il plaidé.

La Banque mondiale a ordonné en janvier le blocage des revenus pétroliers tchadiens placés sur un compte bancaire britannique, après la décision de N'Djamena de modifier unilatéralement une loi sur la gestion des revenus pétroliers parrainée par l'institution internationale.

Cette révision a notamment supprimé un fonds pour les générations futures sur lequel étaient bloqués 10% des revenus pétroliers du pays et annulé la plupart des clauses qui lui imposaient de les affecter en priorité à des projets de réduction de la pauvreté.

Environ 25 millions de dollars sont bloqués sur le compte de la Citibank et le consortium américano-malaisien Esso Chad, qui extrait le brut tchadien, retient depuis le début de cette "guerre du pétrole" 80 millions de dollars supplémentaires qui devaient être versés au Tchad.

Malgré les négociations engagées depuis des semaines pour dénouer la crise, le Tchad bute sur une Banque mondiale inflexible. Pris à la gorge, le président Deby a donc décidé de jouer son va-tout.

"Cette décision montre que le Tchad ne veut pas le dialogue et que sa stratégie consiste à pousser la Banque mondiale hors du pays", analyse Gilbert Maoundonodji. "J'espère qu'elle ne va pas tomber dans ce piège", poursuit-il, "cela ferait voler en éclats tous les mécanismes qu'elle tente d'instaurer ailleurs pour favoriser la bonne gouvernance".

"Il ne faut surtout pas céder au chantage de ce pouvoir aux abois, qui a perdu toute légitimité", estime aussi Delphine Djiraïbé, présidente d'une association tchadienne de défense des droits de l'Homme.

"Il faut au contraire que la communauté internationale, et notamment la France , prenne ses responsabilités pour contraindre Deby à s'asseoir à une table et à mettre en place un dialogue national", ajoute-t-elle. "Cette crise est politique, et ne sera réglée que par le dialogue".

Avril 2006

Tchad-Soudan, le torchon brûle

Le Tchad a rompt ses relations diplomatiques avec son voisin soudanais, accusé d'être derrière le raid sanglant dans N'Djamena.

Libération, par Christophe Ayad, 14 avril 2006 

Le Tchad a rompu aujourd'hui toute relation diplomatique avec son voisin soudanais, qu'il accuse d'avoir recruté et armé les insurgés qui ont effectué un raid sanglant dans N'Djamena hier matin. «Nous avons pris la décision de rompre nos relations diplomatiques avec le Soudan aujourd'hui et de procéder à la fermeture de notre frontière, a dit le président Idriss Déby. Il est faux de dire qu'il y a une rébellion. Il n'y a aucune rébellion contre le Tchad, c'est le gouvernment soudanais qui a programmé la déstabilisation du Tchad.» N'Djaména accuse de longue date Khartoum de financer les rebelles du FUC qui utiliserait le Darfour pour base arrière. Khartoum dément en exigeant des preuves. Parmi les rebelles prisonniers présentés aujourd'hui par le régime Déby, l'un d'entre eux s'est présenté comme un policier soudanais de 31 ans dont les parents seraient tchadiens.

Idriss Déby a exigé le règlement du conflit au Darfour soudanais, qu'il a présenté comme un élément déstabilisant pour son pays. «Il appartient a la communauté internationale d'ici au mois de juin de trouver une solution a la crise du Darfour, et de faire repartir les réfugiés dans leur pays», a-t-il demandé. Quelque 200 000 réfugiés soudanais, essentiellement des Africains (Four, Zaghawa, Birgit, Masalit, etc.) ont fui les exactions de l'arme et des milices arabes [les Jenjawids] au Darfour, pour s'installer au Tchad. La présence de ces réfugiés au Tchad et les passages incessants de la frontière par les rebelles du Darfour – parmi lesquels les Zaghawa sont très nombreux – a incité Khartoum à mettre sur pied une contre-rébellion au Tchad.

Avril 2006

Une séquelle de la guerre au Darfour
Les enjeux de la crise se situent dans le Soudan voisin, qui soutient les rebelles.

Libération, 14 avril 2006 par Christophe Ayad

 

Les événements qui se déroulent au Tchad sont étroitement liés à la guerre civile qui sévit dans la province soudanaise du Darfour.

Qui sont les rebelles ?

La rébellion anti-Déby comporte deux groupes principaux. Le Socle pour le changement, l'unité et la démocratie (Scud) regroupe des Zaghawas, le groupe ethnique de Déby. Et est dirigé par les frères Timam et Tom Erdimi, anciens conseillers et parents du Président, qui lui reprochent de les avoir évincés de l'armée et privés de la manne pétrolière. Leur but est de perpétuer la domination des Zaghawas, minoritaires et détestés par les autres ethnies. L'autre mouvement rebelle, le Front uni pour le changement (FUC), est dirigé par un capitaine en rupture de ban, Mahamat Nour, de l'ethnie Tama. Apparentés aux Arabes, les Tamas sont en lutte avec les Zaghawas au Tchad. Ce conflit s'est transposé ces dernières années au Darfour, en proie, depuis février 2003, à une guerre civile. Le pouvoir central, allié aux Arabes locaux, combat une rébellion d'obédience africaine, juste de l'autre côté de la frontière orientale tchadienne.

 

Qui les soutient et pourquoi ?

D'après des sources concordantes, le Soudan équipe et héberge les rebelles tchadiens, notamment en véhicules flambant neufs et en armes légères, produites sous licence chinoise. Le chef du FUC a longuement séjourné à Khartoum.

Le Soudan, en proie au Darfour à une rébellion dans laquelle les Zaghawas soudanais jouent un rôle prépondérant, instrumentalise les Arabes tchadiens pour démanteler les bases arrière, au Tchad, des rebelles du Darfour. Les autorités soudanaises reprochent à Idriss Déby de ne pas avoir assez fait pour empêcher les Zaghawas de passer la frontière. Autre objectif de Khartoum : disperser les camps au Tchad, où 200 000 réfugiés du Darfour croupissent dans des conditions misérables, ce qui en fait un vivier de recrutement idéal pour la rébellion. Khartoum est d'autant plus pressé que le Conseil de sécurité de l'ONU a adopté le principe d'une mission de maintien de la paix au Darfour, en remplacement de la mission de l'Union africaine qui s'est montrée inefficace à stopper les exactions.

Des rumeurs d'un soutien libyen aux rebelles circulent, pour l'instant sans aucune preuve. La Libye du colonel Kadhafi a en effet un vieux compte à régler avec la France au Tchad. C'est notamment à cause du dispositif Epervier qu'elle a échoué à annexer le nord du Tchad dans les années 80. Kadhafi, qui a troqué le rêve panarabe pour une chimérique présidence des «Etats-Unis d'Afrique», ne perd jamais une occasion de fustiger ce qui reste de «l'empire» français sur le continent.

Quel scénario pour l'après-Déby ?

Très divisés par des querelles de leadership, les rebelles n'ont qu'un but commun : en finir avec l'actuel président. «Le risque, analyse un diplomate français, c'est qu'après Déby le Tchad devienne une Somalie bis.» Etant donné la fragmentation extrême de la mosaïque ethnique et religieuse tchadienne, aucun groupe n'émerge clairement. Après quinze ans de relative stabilité due à la poigne de fer d'Idriss Déby, le Tchad risque de retourner à ses vieux démons des années 70 et 80, avec d'incessants coups d'Etat et une quasi-partition du pays, voire de la capitale. Paris, qui a systématiquement ignoré la société civile, déplore aujourd'hui l'absence d'alternative. La manne pétrolière, qui coule depuis l'an dernier (200 000 barils par jour), n'a fait qu'aiguiser les appétits. Même si la redevance perçue par le Tchad est gelée sur un compte à Londres par la Banque mondiale, le Tchad devrait percevoir cette année 600 millions d'euros rien qu'en impôts payés par les compagnies exploitantes, principalement américaines. Une fortune, à l'échelle d'un des pays les plus pauvres de la planète...

Avril 2006

N'Djamena rompt ses relations diplomatiques avec le Soudan

Le Figaro (avec AFP et AP), 14 avril 2006,

Alors que la guerre des communiqués sur les affrontements de jeudi à N'Djamena continue entre le gouvernement et les rebelles du Fuc, le président Deby annonce la rupture de ses relations diplomatiques avec le Soudan, soupçonné de téléguider la rébellion.

 

«Nous avons pris la décision aujourd'hui de rompre nos relations diplomatiques avec le Soudan et de procéder à la fermeture de nos frontières». Idriss Deby Itno a annoncé sa décision devant des centaines de personnes vendredi à N'Djamena. Le chef d'Etat tchadien n'a aucun doute. Il a mainte fois répété ses accusations envers le régime de Karthoum. Sa déclaration d'intention s'accompagne de mesures drastiques. Il a d'ors et déjà annoncé la fermeture de ses frontières, et ordonné l'expulsion de tous les diplomates soudanais.

Sur le plan humanitaire, les relations se déteriorent également. Deby menace de chasser du Tchad les quelque 200 000 réfugiés soudanais qui ont fui le Darfour, si la communauté internationale ne l'aide pas à stopper ce qu'il appelle les « tentatives du Soudan de déstabiliser son gouvernement » avant le mois de juin. « La communauté internationale est restée sourde et muette sur la situation entre le Soudan et le Tchad. Elle doit cerner la situation, et comprendre que assez, c'est assez », a-t-il ajouté à l'issue d'une réunion extraordinaire de son gouvernement.

 

"Soutien logistique" de la France

Plus tôt dans la matinee, la situation à N'Djamena s'est éclaircie. « Victoire totale » selon le gouvernement, « repli tactique » pour les rebelles du Front uni pour le changement, qui affirment se trouver à 40 kilomètres de la ville. Vendredi matin, signe d'un retour au calm, les commerces ont pu rouvrir et les 430 élèves du lycée français ont repris les cours.

Le bilan humain des combats se précise également. Le ministre de la Défense Bichara Issa Djadallah a annoncé vendredi que les combats jeudi dans la ville d'Adré, à 800 km à l'est de N'Djamena sur la frontière soudanaise, avaient fait 150 morts, 200 blessés et 200 prisonniers dans les rangs du Fuc. «C'est fini, leur compte est déjà réglé», a-t-il affirmé. Des sources humanitaires sont moins avantageuses pour l'armée. Jeudi soir, 5 morts et une soixantaine de blessés avaient été recensés à l'hôpital de la ville, dont une large majorité de soldats «loyalistes». A N'Djamena, le décompte des victimes est plus flou. Outre la dizaine de cadavre exposée devant l'Assemblée Nationale lors de déclarations d'officiels tchadiens, des sources humanitaires évoquent plusieurs morts et au moins 250 blessés. Le gouvernement tchadien assure quant à lui avoir capturé 271 rebelles, et évoque un total de 350 victimes, chiffre qui inclue loyalistes, rebelles et civils. Reste qu'aucune information indépendante n'est disponible sur la situation militaire du reste du pays.

La France a cette fois pris les devants en annonçant elle-même que des soldats tchadiens avaient été transportés par l'aviation française, en vertu du « soutien logistique accordé par la France au Tchad » par un accord de coopération militaire de 1976. Un C-160 aurait effectué deux transports, soit une quarantaine de soldats plus de l'armement léger, à destination de Sahr, à 500 km de la capitale et une centaine de kilomètres de la frontière centrafricaine. Le gouvernement tchadien craint en effet de voir se développer dans cette région du pays une nouvelle offensive du Fuc.

Avril 2006

La guerre du Darfour aux origines de la révolte tchadienne

Le conflit de l'ouest du Soudan déstabilise le président Déby.

Le Figaro, 14 avril 2006, par Pierre Prier

Idriss Déby le savait : un jour, les 4 x 4 Toyota des rebelles déferleraient du Soudan, fonçant dans le désert de l'Est. C'est le chemin qu'il avait lui-même emprunté en 1990 pour renverser son prédécesseur Hissène Habré. Réfugié au Soudan, il avait pu y préparer son attaque avec l'aide des membres de son ethnie, les Zaghawas, installés ou réfugiés de l'autre côté de la frontière. Hier, le ministre des Affaires étrangères tchadien, Ahmat Allami, a accusé le Soudan de vouloir répéter l'histoire en ayant «programmé une agression».

Cette «programmation» ne peut être démontrée, mais il est certain que le Soudan ne verrait pas d'un mauvais oeil le remplacement de son ancien protégé. En décembre dernier, N'Djamena s'était déclaré «en état de belligérance» avec Khartoum. La cause en est la guerre du Darfour, cette grande province de l'ouest du Soudan qui vit depuis plus de deux ans une guerre civile entre groupes «africains», qui réclament une meilleure répartition des richesses nationales, et milices «arabes» soutenues par le gouvernement soudanais.

Le Tchad n'a pu se tenir à l'écart de cette guerre des pauvres. La frontière ne représente qu'une ligne artificielle au milieu des ethnies. Et les Zaghawas, la tribu d'Idriss Déby, sont très présents dans les deux principaux mouvements rebelles soudanais. Le conflit déborde régulièrement dans les deux sens. Idriss Déby, officiellement désigné comme médiateur au début du conflit, s'est vite trouvé dans une position intenable. Une fronde familiale, dirigée par l'un de ses frères, lui a vite reproché de ne pas défendre ses frères zagahwas en lutte contre Khartoum.

Ce n'était pas le seul grief. Sa famille n'avait pas digéré la loi inspirée par la Banque mondiale mettant sous tutelle des revenus pétroliers. Des tentatives de coups d'Etat ont eu lieu. Idriss Déby a fini par ouvrir les entrepôts d'armes de la garde présidentielle aux rebelles, puis par laisser partir des soldats et des officiers faire le coup de feu. Et par abroger la «loi pétrole». Le président tchadien s'est ensuite cherché des alliances avec des pays comme le Centrafrique, le Gabon ou le Congo-Brazzaville.

 

Cinquième colonne

 

Déby s'est vite trouvé pris entre deux feux. Les milices arabes soudanaises attaquaient les camps du Tchad où s'entassent quelque 200 000 réfugiés «africains» du Darfour. Le gouvernement de Khartoum lui reprochait son implication dans le conflit. Déby accusait à son tour Khartoum de vouloir le déstabiliser. Les Arabes tchadiens, parents de ceux d'en face, se voyaient soupçonnés de représenter une cinquième colonne.

Le Soudan, agacé, a ouvert les bras aux mouvements anti-Déby. L'appui du Soudan et du Tchad à leurs mouvements armés respectifs ne fait guère de doute. En janvier dernier, au grand embarras du régime, l'un des dirigeants du FUC, Abdullahi Abdel Karim, a donné une interview depuis la capitale soudanaise, en plein sommet africain. Et l'un des mouvements rebelles soudanais, le MJE, comptant de nombreux Zagahwas dans ses rangs, a repris hier à son compte les accusations tchadiennes contre le Soudan.

Le Soudan est secondé par la Libye , le voisin du Nord, qui considère le Tchad comme son arrière-cour et pratique dans ce cas de figure une solidarité «arabe». Les hauts responsables libyens ne cachent plus leur désir de voir Déby renversé. L'alliance militaire floue installée au Soudan rassemble des mécontents de toutes origines, y compris parmi ses alliés et sa famille, unis par un même désir de le voir partir. La question du Darfour n'est plus que le décor d'une rébellion aux multiples facettes, qui pense l'heure venue de renverser le chef de l'Etat par la force, comme ce fut si souvent le cas au Tchad.

Avril 2006

Tchad : l'offensive rebelle présente le risque de représailles ethniques

Les parties en conflit doivent protéger tous les civils

Human Right Watch, New York , 13 avril 2006

Le gouvernement tchadien, les groupes rebelles et leurs partisans à Khartoum doivent garantir que leurs forces ne s'attaquent pas à des civils ou à des groupes ethniques, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui. Des rebelles cherchant à évincer le président tchadien Idriss Déby sont entrés dans N'Djamena, la capitale, dans la matinée du 13 avril.

Parmi les civils en danger se trouvent les 200 000 réfugiés soudanais qui vivent dans des camps dans la partie est du Tchad, où les combats se poursuivent le long de la frontière. Sont également en danger les membres du groupe ethnique des Zaghawa, une minorité transfrontalière au Tchad et au Soudan qui a fait l'objet des attaques du gouvernement soudanais et de ses milices “Janjawid” au Darfour.  

“Les commandants rebelles et gouvernementaux doivent ordonner à leurs troupes de protéger tous les civils, quelle que soit leur appartenance ethnique,” a déclaré Peter Takirambudde, directeur executif de la division Afrique à Human Rights Watch. “S'attaquer à des civils et prendre pour cible des groupes ethniques sont des actes défendus par les lois de la guerre.”  

Le droit international humanitaire, et en particulier le Protocole II aux Conventions de Genève sur les conflits armés internes, que le Tchad a ratifié en 1997, interdit tant aux forces armées gouvernementales qu'aux groupes rebelles de mener des attaques contre des civils et de menacer des personnes sur la base de leur appartenance ethnique. L'Article 13 stipule que “les populations civiles et les individus civils doivent bénéficier d'une protection générale contre les dangers découlant d'opérations militaires” et “ne doivent pas faire l'objet d'attaques. Les actes ou menaces de violence dont le principal objectif est de répandre la terreur parmi la population civile sont interdits.”  

La principale offensive contre N'Djamena semble être menée par une coalition rebelle tchadienne, le Front Unique pour le Changement Démocratique au Tchad (FUC), basée au Darfour voisin et soutenue par le gouvernement soudanais.  

L'offensive sur la capitale a jusqu'ici largement contourné les camps de réfugiés dans la partie est du Tchad. Cependant, si les rebelles tchadiens alliés avec Khartoum prennent le contrôle de la région frontalière, les camps de réfugiés peuvent être vulnérables aux attaques des milices Janjawid soutenues par le gouvernement soudanais, qui ont lancé des raids transfrontaliers de plus en plus fréquents au cours des derniers mois.  

“La crise interne du Tchad est étroitement liée au conflit du Darfour,” a affirmé Takirambudde. “La communauté internationale doit mettre Khartoum en garde qu'il sera tenu pour responsable en cas d'abus commis contre des civils par ses partisans.”  

Le Président Idriss Déby, qui a pris le pouvoir grâce à un coup d'état militaire lancé depuis le Darfour en 1990, est membre du groupe ethnique des Zaghawa, tout comme de nombreux membres du groupe rebelle du Darfour, l'Armée/Mouvement de Libération du Soudan (SLA/M). Autrefois allié du gouvernement soudanais, Déby doit faire face à une opposition nationale croissante ces six derniers mois, y compris de la part de personnes appartenant à son propre clan des Zaghawa.  

A l'intérieur du Soudan, le gouvernement soudanais a attaqué particulièrement les Zaghawa au Darfour et dans les médias, utilisant son contrôle sur les médias pour les accuser de vouloir une “grande terre Zaghawa” et attisant ainsi contre eux les autres groupes ethniques.  

“L'instabilité au Tchad présente le risque de nouvelles représailles ethniques au Tchad et au Darfour,” a déclaré Takirambudde. “Etant donné les liens avec le Darfour, les membres de l'ethnie Zaghawa peuvent être particulièrement en danger.”

Les relations entre le Tchad et le Soudan se sont profondément détériorées à la fin de 2005. Les rebelles du Darfour utilisaient depuis longtemps la partie est du Tchad comme base logistique de ravitaillement et recevaient le soutien d'officiers tchadiens. En décembre, les rebelles tchadiens abrités par le gouvernement soudanais au Darfour ont attaqué des bases militaires à l'Est du Tchad.  

En février, les Soudan et le Tchad ont accepté de normaliser les relations et ont autorisé 100 contrôleurs militaires de l'Union Africaine à patrouiller leur frontière commune. Les contrôleurs de l'Union Africaine ont à peine commencé à se déployer.  

Human Rights Watch a décrit en février l'augmentation des attaques menées au Tchad contre des civils depuis le Darfour dans “Le Darfour saigne : les récentes violations transfrontalières au Tchad.” Human Rights Watch a publié des rapports depuis 2004 détaillant les crimes contre l'humanité, “le nettoyage ethnique,” et les crimes de guerre commis par les forces gouvernementales soudanaises contre des civils au Darfour.  

Avril 2006

Le PAM salue l'aide du Royaume-Uni à la reconstruction des routes au Soudan

NU- New York , PAM, 12 avril 2006

 

Le Programme alimentaire mondial a salué aujourd'hui une donation de 8,7 millions de dollars de la part de l'agence de développement international du Royaume-Uni en faveur d'un gigantesque projet de reconstruction des routes au Sud Soudan.

«Le PAM reconstruit plus de 3.000 kilomètres de routes dans la région du Sud-Soudan, ravagée par la guerre, pour plus de 183 millions de dollars», indique l'agence des Nations Unies dans un communiqué publié aujourd'hui à Khartoum.

«Deux décennies de luttes entre le Nord et le Sud, qui se sont achevée l'année dernière, ont presque totalement détruit le réseau routier du sud du pays».

«S'il reçoit des contributions suffisantes, le PAM pourrait en fin de compte ouvrir la région tout entière et il pourrait être possible de conduire de la frontière sud du Soudan jusqu'à Khartoum et puis jusqu'en Egypte, pour la première fois en une génération».

Toutefois, le projet souffre à l'heure actuelle d'un déficit de financement de 70 millions de dollars, déplore le PAM.

La donation du gouvernement britannique nous permettra de continuer pendant un certain temps seulement, a affirmé le directeur régional du PAM pour le Soudan, Ramiro Lopes da Silva, qui souligne qu'à l'approche de la saison des pluies, l'agence sera en mesure de faire certaines interventions urgentes qui laisseront les voies stratégiques ouvertes.

Avril 2006

Echec de l'UA dans la relance des pourparlers sur le Darfour

Le conflit du Darfour a fait près de 2 millions de déplacés

IRIN, Abuja, le 11 avril 2006

Après deux jours de négociations, menées sous la médiation du chef d'Etat congolais et Président en exercice de l'Union africaine, Sassou Nguesso, les protagonistes de la crise du Darfour se sont séparés sans qu'aucun progrès n'ait été réalisé pour mettre fin au conflit qui secoue la région depuis plus de trois ans.

Le septième round des pourparlers engagés entre les autorités de Khartoum, le Mouvement/Armée de libération du Soudan (SLM/A) et le Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM) se poursuivra à Abuja, la capitale nigériane, bien qu'aucun résultat significatif n'ait été enregistré jusqu'à présent.

En 2004, les parties en conflit avaient signé un accord de cessez-le-feu qui n'a pratiquement jamais été respecté. Le mois dernier, l'Union Africaine (UA) a exigé des deux belligérants qu'ils concluent un accord global avant fin avril sur les questions de la sécurité, du partage des pouvoirs et du partage des richesses.

Dans un communiqué publié dimanche, M. Sassou Nguesso a loué les efforts des représentants du SLM/A, du JEM et du vice- président soudanais, Ali Osman Taha, qui, selon lui, illustrent « la volonté de toutes les parties en conflit dans la crise du Darfour de trouver un accord ».

Les pourparlers « ont révélé l'ampleur, la complexité et la délicatesse des questions en jeu et souligné la détermination de toutes les parties à conclure les négociations le plus rapidement possible».

Le conflit du Darfour a éclaté en 2003 avec le mouvement insurrectionnel lancé par le JEM et le SLA/M contre le gouvernement de Khartoum, composé majoritairement d'Arabes, pour mettre fin à ce qu'ils considèrent comme l'abandon et l'oppression des populations noires du Darfour, une région semi-désertique aussi grande que la France. Le gouvernement soudanais a répondu en apportant son soutien à une milice arabe connue sous le nom de Janjawid.

Selon les estimations des agences humanitaires, plus de 180 000 personnes ont été tuées et près de deux millions d'habitants ont été obligés de quitter leurs maisons en raison des attaques systématiques des Janjawid. Et vendredi dernier, Juan Mendez, le conseiller spécial du secrétaire général des Nations unies pour la prévention des génocides, a déclaré à New York que la situation au Darfour ne cesse de se dégrader.

Avril 2006

Darfour : le nettoyage ethnique et les crimes contre l'humanité doivent inciter la communauté internationale à agir

New York , 7 avril 2006  

 

L'expert de l'ONU sur la prévention du génocide a alerté une fois de plus aujourd'hui sur la situation au Darfour, où les nettoyages ethniques, les crimes contre l'humanité et les crimes de guerre commis doivent inciter la communauté internationale à agir, alors que la situation sur le terrain empire depuis un an.

« Aujourd'hui nous commémorons le 12ème anniversaire du génocide au Rwanda. Et alors que l'on se souvient des victimes dont le nombre s'élève à près d'un million, il faut aussi se souvenir que la communauté internationale n'a rien fait pour prévenir ce génocide », a déclaré aujourd'hui le Conseiller spécial du Secrétaire général pour la prévention du génocide, Juan Mendez.

« Cette journée doit donc servir à réitérer nos engagements », a-t-il estimé lors d'une conférence de presse au siège de l'ONU à New York. 

«La création de mon Bureau est un acte d'autocritique de la communauté internationale pour n'avoir par agi. La résolution 1366 (2001) du Conseil de sécurité reconnaît cet échec et demande au Secrétaire général de lui référer les situations qui risquent de dégénérer en génocide et de proposer des mesures pour les prévenir. »

C'est le rôle de mon bureau d'alerter et de suivre ces situations à travers le monde, a rappelé Juan Mendez, précisant que ses travaux étaient basés sur la Convention de 1948 pour la prévention et la répression du crime de génocide ».

Au plan juridique, l'obligation de prévenir et de punir le génocide fait partie du droit international. Néanmoins, « j'ai été impressionné lorsque les Etats Membres réunis pour le mondial ont adopté dans leur document final le principe de la responsabilité de protéger les populations vulnérables, non seulement contre le génocide mais aussi contre les crimes de guerre, le nettoyage ethnique et les crimes contre l'humanité», a-t-il affirmé.

C'est dans ce contexte que Juan Mendez a appelé à mettre en ouvre ces engagements, notamment au Darfour.

« J'ai visité le Darfour deux fois. A chaque fois j'ai présenté des recommandations, qui ont été transmises au Conseil de sécurité, à savoir premièrement assurer la  protection physique des populations civiles, notamment grâce à des contingents armés, deuxièmement apporter une assistance humanitaire, troisièmement briser le cycle de l'impunité et enfin apporter un soutien au processus de paix ».

« Dans ces quatre domaines la communauté internationale a pris des mesures, mais elles sont insuffisantes », a déclaré Juan Mendez, pour qui la question de la protection devient critique puisque la situation empire.

« Elle est pire qu'il y a six mois. Et sûrement pire qu'il y a un an alors qu'ont éclaté de nouveaux affrontements entre le gouvernement et les rebelles et entre rebelles ». 

En écho aux appels du Secrétaire général, le Conseiller spécial a exhorté les Etats Membres à financer et à équiper de façon adéquate la force de l'ONU appelée à être déployée au Darfour pour remplacer la Mission de l'Union africaine au Soudan (MUAS).

Il s'est aussi déclaré « déçu que l'on ait laissé la MUAS agir sans les moyens nécessaires, alors que son budget était dès le départ en déficit de 200 millions de dollars ».

« Le gouvernement soudanais a joué depuis des mois avec les autorisations qu'il a données à la MUAS , restreignant les réserves en carburants, imposant l'interdiction d'importer les véhicules blindés attribués à la MUAS , imposant l'interdiction d'entraîner le personnel au Darfour, ce qui oblige l'Union africaine à faire sortir le personnel du pays pour l'entraîner », a-t-il précisé.

Exhorté par les journalistes à qualifier la situation au Darfour de génocide, Juan Mendez a indiqué que ce n'était pas son rôle.

« Ce serait même en contradiction avec mon mandat qui me l'interdit », a-t-il dit, rappelant que son rôle était la prévention et que si les conditions du génocide étaient déjà réunies, cela signifierait que la prévention a échoué.

« Il est clair que des crimes contre l'humanité, des activités de nettoyage ethnique et des crimes de guerre » ont eu lieu au Darfour. « Tout cela devrait suffire à alerter la communauté internationale », a-t-il insisté, rappelant que « la communauté internationale est obligée légalement d'agir en cas de crimes contre l'humanité et de nettoyage ethnique, pas seulement de génocide ».

« Notamment, la convention contre le génocide elle-même impose l'obligation de prévenir ces situations, avant qu'elles ne soient qualifiées de génocide », ce qui signifie que juridiquement tous ses signataires sont en violation de leurs engagements pour leur inaction au Soudan. 

« Le nombre de victimes estimé au Darfour se trouve entre 100.000 et 400.000 morts, ce qui est en soi inacceptable », a rappelé Juan Mendez.

Cette semaine, Jan Egeland, Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d'urgence de l'ONU a énoncé l'interdiction de visiter la région que lui a imposé le gouvernement soudanais.

« L'obstruction à ma visite au Soudan est symptomatique d'un gouvernement qui refuse de nous aider à prêter assistance à sa propre population, alors qu'il y a de plus en plus d'insécurité et de violence », avait déclaré Jan Egeland lors d'un entretien à la radio de l'ONU, où il a rappelé qu'il était en mission au nom du Secrétaire général.

Le Conseiller spécial a par ailleurs indiqué que le Darfour n'était pas la seule situation suivie par son bureau, « même si c'est celle qui occupe la plus grande partie de notre temps », citant celle la République démocratique du Congo (RDC) et, en réponse à une question, la situation des populations en Tchétchénie, en Ingushie et en Ossétie. 

« Mais dans ces derniers cas nous n'avons pas encore d'observations à formuler », a-t-il conclu.

Avril 2006

Déclaration de l'Union européenne sur l'accès des opérations humanitaires au Darfour

Union Européenne, 6 avril 2006

 

L'Union européenne constate avec préoccupation que, ces derniers jours, des représentants de la communauté internationale et, tout récemment, le Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires des Nations unies, M. Jan Egeland, n'aient pas été autorisés par le gouvernement soudanais à se rendre au Darfour.

La situation humanitaire au Darfour requiert une action soutenue de la part de la communauté internationale. Le Secrétaire général adjoint M. Egeland a un rôle crucial à jouer à cet égard.

L'Union européenne est déterminée à fournir un appui et un financement adéquats aux activités humanitaires. Elle rappelle que toutes les parties concernées devraient garantir un accès sans entrave aux acteurs humanitaires sur le terrain. Le gouvernement du Soudan se doit de collaborer avec les Nations unies et les organisations non gouvernementales, et nous l'invitons instamment à agir de la sorte avec toutes les organisations d'aide humanitaire présentes au Darfour.

La Bulgarie et la Roumanie , pays en voie d'adhésion, la Croatie * et l'ancienne République yougoslave de Macédoine*, pays candidats, l'Albanie, la Bosnie-Herzégovine et la Serbie- Monténégro , pays du processus de stabilisation et d'association et candidats potentiels, l'Islande, le Liechtenstein et la Norvège , pays de l'AELE membres de l'Espace économique européen, ainsi que l'Ukraine et la République de Moldavie se rallient à la présente déclaration.

* La Croatie et l'ancienne République yougoslave de Macédoine continuent à participer au processus de stabilisation et d'association

Avril 2006

Appel de l'ONU en faveur du Darfour

Nouvel Observateur, 6 avril 2006

 

Les Nations unies appellent la communauté internationale à faire "pression" sur le Soudan pour qu'il laisse les ONG "travailler librement" au Darfour.

Quelques jours après l'ordre des autorités soudanaises, donné à une ONG norvégienne, de cesser toutes ses activités au Darfour, notamment dans le plus grand camp de réfugiés de la région, le secrétaire général adjoint des Nations unies chargé des Affaires humanitaires, Jan Egeland, a appelé mercredi 5 avril la communauté internationale à faire "pression" sur le Soudan pour qu'il laisse les ONG "travailler librement".

"Nous ne pouvons pas tenir tête à des gouvernements qui nous chassent ou qui attaquent des civils dont nous nous occupons", a déclaré à Paris Jan Egeland, qui avait accusé la veille les autorités soudanaises de l'empêcher de se rendre au Darfour (ouest du Soudan).

"C'est pourquoi nous avons besoin d'un soutien politique plus fort des dirigeants du monde et de davantage de pression (sur le Soudan) de la part des pays africains, arabes, européens, nord-américains, asiatiques", a-t-il ajouté lors d'un entretien au téléphone.

L'ONG norvégienne Conseil national pour les Réfugiés (NRC) "est en train de partir du Darfour au moment où je vous parle", a dit Jan Egeland, en soulignant que "tout le monde doit maintenant comprendre que l'heure de vérité a sonné pour le Darfour".

Des responsables soudanais ont signifié à des représentants du NRC l'ordre de mettre fin immédiatement à toutes les activités de l'ONG dans la région déchirée par une guerre civile depuis trois ans.

Outre la gestion du camp Kalma, le NRC assurait localement la distribution de nourriture auprès d'environ 50.000 personnes déplacées et fournissait un enseignement à 16.000 enfants.

 

Défendre le libre accès des ONG

Pour Jan Egeland, "ce qui est désormais en jeu, c'est le libre accès des organisations humanitaires aux populations en zone de conflit conformément au droit humanitaire" international.

"Nous voyons de plus en plus de signes (montrant) que nos partenaires sur le terrain ne sont pas en mesure de travailler librement pour les déplacés et la population civile", a souligné Jan Egeland, en précisant que NRC avait sous sa responsabilité "une opération de grande envergure".

Jan Egeland, qui a participé mercredi à Paris à une réunion des ministres du Développement des pays donateurs de l'Organisation pour la coopération et le développement économique (OCDE, 30 pays parmi les plus riches), les a appelés à respecter leurs engagements concernant l'aide au Darfour.

"J'ai rappelé que nous avions bénéficié d'une aide suffisante au Soudan l'année dernière : elle n'est pas suffisante cette année", a-t-il dit.

 

Déjà 300.000 morts

Jan Egeland, qui s'était vu refuser lundi l'accès à Khartoum et au Darfour par les autorités soudanaises, est attendu au Kenya jeudi où il lancera un appel pour les pays d'Afrique de l'Est frappés par la sécheresse.

La guerre au Darfour, qui a commencé il y a trois ans, oppose des milices appuyées par les forces de Khartoum à des rebelles qui demandent une distribution plus équitable des richesses. Ce conflit, qui s'accompagne d'une grave crise humanitaire, a fait près de 300.000 morts et 2,4 millions de déplacés et réfugiés, selon des estimations internationales.

 

Adoption d'un projet de loi aux USA

La Chambre des représentants américaine a adopté mercredi 5 avril un projet de loi demandant à l'administration Bush de nommer un envoyé spécial pour le Soudan et le Darfour, de soutenir l'intervention des forces de l'Union africaine (UA), en lui permettant d'imposer des sanctions. Dans ce texte adopté à une écrasante majorité de 416 voix contre 3, la Chambre estime que "la communauté internationale, y compris l'Onu, l'Otan, l'Union européenne et les Etats-Unis doivent mobiliser immédiatement assez de ressources politiques, militaires et financières pour appuyer l'expansion de la mission de l'UA" visant à enrayer le "génocide" au Darfour. Le texte demande également de supprimer toute aide américaine aux pays violant l'embargo sur les armes à destination du Soudan, et renforce le régime de sanctions déjà en place. Le Congrès est déjà intervenu à plusieurs reprises en faveur du Soudan ces derniers mois, et la Chambre avait décidé il y a trois semaines d'augmenter de 50 millions de dollars les fonds de soutien aux opérations de maintien de la paix au Darfour.

Le Sénat a pour sa part plaidé dans une résolution adoptée il y a un mois pour l'envoi de troupes de l'Otan au Darfour.

Avril 2006

Les élus américains se mobilisent

Afrique Centrale Info, 6 avril 2006

 

La Chambre des représentants américaine a adopté mercredi un projet de loi demandant à l'administration Bush de nommer un envoyé spécial pour le Soudan et le Darfour, de soutenir l'intervention des force de l'Union africaine (UA), en lui permettant d'imposer des sanctions.

Dans ce texte adopté à une écrasante majorité de 416 voix contre 3, la Chambre estime que "la communauté internationale, y compris l'ONU, l'OTAN, l'Union européenne et les Etats-Unis doivent mobiliser immédiatement assez de ressources politiques, militaires et financières pour appuyer l'expansion de la mission de l'UA" visant à enrayer le "génocide" au Darfour.

Le texte demande également de supprimer toute aide américaine aux pays violant l'embargo sur les armes à destination du Soudan, et renforce le régime de sanctions déjà en place.

Ce vote a coïncidé avec l'arrivée à Washington d'un ancien esclave soudanais, Simon Deng, au terme d'une marche de quelque 450 km depuis New York.

"Simon met un visage sur la souffrance humaine au Soudan, chaque pas qu'il a franchi a été un pas supplémentaire pour la liberté d'un autre être humain", a commenté le révérend Keith Roderick, un des parrains de cette opération.

Le Congrès est déjà intervenu à plusieurs reprises en faveur du Soudan ces derniers mois, et la Chambre avait décidé il y a trois semaines d'augmenter de 50 millions de dollars les fonds de soutien aux opérations de maintien de la paix au Darfour.

Le Sénat a pour sa part plaidé dans une résolution adoptée il y a un mois pour l'envoi de troupes de l'Otan au Darfour.

Province occidentale du Soudan, le Darfour est le théâtre depuis trois ans d'une guerre civile et d'une grave crise humanitaire, qui ont fait près de 300.000 morts, selon des estimations internationales, et 2,4 millions de déplacés et réfugiés.

Depuis 2004, l 'UA a déployé 7.000 hommes au Darfour. Mais l'action de cette force a été entravée par le manque de moyens.

Avril 2006

La vie des Soudanaises gâchée par l'excision

Agence France Presse, 6 avril 2006

 

Ilham ne peut retenir ses larmes quand elle raconte l'histoire de sa soeur Eglal, six ans, qui a saigné à mort après son excision par une sage-femme soudanaise traditionnelle dans les années 1980.

Aujourd'hui encore, les petites Soudanaises sont victimes de cette ancienne tradition appelée par les organisations de défense des droits de l'Homme "mutilation génitale".

Le 6 décembre 2005, Inaam Abdel Wahab, 4 ans, décède des suites d'une infection sévère. Une autopsie menée par un médecin consciencieux révèle que la victime a été excisée.

Les visages d'Eglal et d'Inaam sont le symbole d'une campagne contre l'excision menée par des Soudanaises qui en ont elles-mêmes souffert.

Ilham raconte que ses trois jeunes soeurs ont subi une excision collective. "Cinq femmes ont cloué Eglal sur la table. Elle a saigné sans arrêt", poursuit la jeune femme, âgée de neuf ans à l'époque.

Les trois fillettes ont subi la forme la plus sévère d'excision, où les organes sexuels externes sont coupés et l'ouverture vaginale est recousue.

Quelque 82% des Soudanaises ont subi cette forme d'excision, alors qu'en général 90% des femmes du pays sont excisées (sur une population de 40 millions de personnes), selon une étude du Fonds des Nations unies pour l'enfance (Unicef) de 2004.

Les défenseurs des droits de la femme veulent l'interdiction de toutes les formes d'excision.

"Nous sommes opposées à cette pratique de façon générale (...) Les femmes décèdent de tous types d'excision", affirme la militante Nahed Jabrallah, membre du Réseau soudanais pour l'abolition des mutilations génitales féminines, formé en 2002.

Selon elle, les excisions causent de nombreuses complications de santé. "Nous avons le taux le plus élevé de décès pendant l'accouchement: 509 morts pour 100.000 cas".

"Une femme excisée ne connaît jamais la satisfaction sexuelle totale", ajoute-t-elle.

L'infibulation, qui consiste à recoudre l'ouverture vaginale pour ne laisser qu'un petit passage pour l'urine et les règles, cause de grandes douleurs aux femmes lors d'une relation sexuelle ou d'un accouchement.

Mais cela ne semble pas importuner les hommes de ce pays, l'un des 28 Etats africains où l'excision est pratiquée.

"De nombreux hommes pensent que rétrécir l'ouverture vaginale augmente leur propre plaisir sexuel", explique l'activiste Thouraya Ibrahim, 34 ans.

Pour d'autres, cette intervention protège les femmes des "vices" sexuels en limitant leur désir.

Les mères insistent pour imposer l'excision à leurs filles "car elles-mêmes ont grandi dans une culture dominée par les hommes" et ignorent souvent les dangers médicaux de cette intervention, ajoute Mme Ibrahim.

En plus des retombées physiques, l'excision laisse un fort impact psychologique sur les femmes.

"J'avais cinq ans. J'étais terrifiée pendant que deux ou trois femmes me tenaient ferme", raconte une Soudanaise, âgée d'une trentaine d'années.

"La sage-femme qui a fait l'opération a presque 80 ans maintenant. Je refuse de la regarder dans les yeux quand je la croise", poursuit-elle sous le couvert de l'anonymat.

Une autre quadragénaire assure qu'elle ne peut pas pardonner à sa mère de ne pas l'avoir protégée de l'excision. "Maman pensait qu'elle était déjà en avance sur son temps parce qu'elle m'a épargné l'infibulation", raconte-t-elle.

Elle a subi une ablation du clitoris à 10 ans.

La loi soudanaise semble en régression sur la question.

Une interdiction de l'infibulation remontant à 1946 avait été élargie en 1974 aux autres méthodes, mais elle n'a jamais été appliquée.

En 1983, un amendement à la loi pénale a annulé cette interdiction et un autre en 1991, mené par le régime islamiste actuel, a ignoré la question.

Une fatwa publiée en mai 2005 recommande l'ablation du clitoris. Elle a été récemment publiée sur des brochures et des affiches distribuées dans des endroits publics, selon le journaliste Zouhair al-Sarraj.

 

Avril 2006

L'Egypte est prête à envoyer des observateurs au Darfour

Xinhuanet, 5 avril 2006

 

Egypte a annoncé mardi qu'elle  était prête à envoyer des observateurs au Darfour, dans l'ouest du Soudan, pour soutenir les forces de maintien de la paix de l'Union africaine (UA). 

Le ministre égyptien des Affaires étrangères, Ahmed Aboul Gheit, a indiqué aux journalistes que son pays était prêt à envoyer des  observateurs civils et militaires rejoindre les forces de l'UA  pour surveiller l'application de l'accord de cessez-le-feu au  Darfour. 

Toutefois, l'Egypte est opposée au déploiement de forces arabes au Darfour en l'absence d'un accord de paix, a précisé M. Gheit à  l'issue d'entretiens entre le président égyptien Hosni Moubarak et le président soudanais Omar al-Bachir. 

"Les forces arabes devraient être envoyées dans le cadre d'un  accord de paix signé par les parties belligérantes au Darfour", a  déclaré M. Gheit, faisant référence à une décision du Sommet arabe demandant aux pays arabes d'envoyer des troupes au Darfour et  d'apporter une aide financière à la mission de l'UA. 

Il a indiqué que M. Moubarak avait réitéré le soutien du Caire  à la résolution pacifique de la crise du Darfour à travers les  négociations actuelles entre le gouvernement soudanais et les  groupes rebelles. 

M. Moubarak est arrivé mardi à Khartoum pour une visite  surprise, quelques jours après le sommet arabe, tenu les 28 et 29  mars dans la capitale soudanaise, auquel il n'a pas assisté. 

Le Soudan a obtenu le soutien des pays arabes dans son  opposition à une relève de l'ONU après la fin de la mission de  l'UA au Darfour le 30 septembre.

Avril 2006

Soudan : hausse de la scolarisation grâce à la distribution de repas

Nations Unies Rome, Pam, 2006-04-05

Le Programme des Nations Unies pour l'alimentation a salué aujourd'hui le soutien apporté par les gouverneurs de trois Etats du Soudan à la distribution de repas dans les écoles.

La fourniture d'un repas quotidien dans les écoles améliore le taux de scolarisation. L'objectif du Programme alimentaire mondial (PAM) est de doubler le nombre de repas distribués dans les écoles pour le porter à un million dans tout le pays, indique l'agence des Nations Unies dans un communiqué publié aujourd'hui à Rome.

Les autorités locales participent à l'effort en apportant leur soutien notamment pour le transport.

Selon le PAM, le Soudan a actuellement un taux de scolarisation parmi les plus faibles du monde, à hauteur de 20 %.

« C'est une idée très simple, et qui marche », souligne le directeur régional du PAM, Ramiro Lopes da Silva. Dans l'Etat du Kordofan du Nord, le taux de scolarisation a par exemple augmenté de 71 % en 12 mois dans les écoles participant à ce programme du PAM. Dans l'Etat du Kassal, où la scolarisation des filles est traditionnellement très faible, leur scolarisation est passée de 15 à 28 % en 2005.

Les Etats du Kordofan du nord, du Kassala et de la Mer rouge ont renouvelé leur engagement dans ce programme et se sont engagé à l'étendre. Le Kordofan du sud devrait suivre dans cette voie.

La distribution de repas s'accompagne de mise en place de « jardins scolaires », qui permettent d'enseigner des techniques agricoles aux enfants, tout en améliorant la variété des repas et l'équilibre nutritionnel.

« Malheureusement, les donateurs de la communauté internationale ont été réticents à s'engager cette année » a regretté Lopes da Silva. Les opérations du PAM au Soudan sont sous-financées. « Si nous devons tirer une croix sur ces opérations faute de financement, c'est sur l'avenir que nous tirons une croix » a averti le représentant du PAM

Avril 2006

Darfour : l'ONU déplore l'obstruction du Soudan

Les États-Unis expriment leur inquiétude au sujet du traitement par le Soudan du sous-secrétaire général aux affaires humanitaires de l'ONU.

Par Judy Aita, Correspondante du « Washington File »

New York (Nations unies) - Le secrétaire général de l'Organisation des Nations unies, M. Kofi Annan, va demander au président du Soudan, M. Omar el-Béchir, les raisons du refus de son pays de laisser un haut responsable de l'ONU se rendre au Darfour, a indiqué un porte-parole de cette institution le 4 avril.

En effet, les autorités soudanaises ont empêché le sous-secrétaire général aux affaires humanitaires de l'ONU, M. Jan Egeland, d'effectuer comme prévu une visite au Darfour le 3 avril. Le 4 avril, elles l'ont également empêché de survoler cette région alors qu'il devait se rendre dans des camps de réfugiés situés au Tchad.

M. Egeland a déclaré à la presse qu'il pensait que le gouvernement soudanais ne voulait pas qu'il voie ce qui se passait au Darfour, en particulier les nouvelles attaques que les milices djandjawids avaient lancées contre la population civile. Ces attaques ont causé le déplacement de quelque 200.000 personnes. Les forces gouvernementales et les djandjawids harcèlent le personnel des organismes d'aide, et la situation s'est considérablement aggravée, a-t-il dit.

À l'heure actuelle, l'aide humanitaire au Soudan atteint 1,5 milliard de dollars par an.

À Washington, le porte-parole adjoint du département d'État, M. Adam Ereli, a qualifié les nouveaux événements de « profondément inquiétants ». « Nous les considérons avec une grande inquiétude », a-t-il dit à la presse le 3 avril.

« Le fait est que des innocents continuent de mourir au Darfour à cause de la violence et des maladies et de la sous-alimentation qu'elle entraîne. Il existe au Darfour des besoins criants sur le plan humanitaire qu'il faut satisfaire, et c'est pourquoi il est si difficile de comprendre pourquoi un gouvernement peut refuser de laisser un haut responsable de l'ONU apporter des secours à une région pour qu'il puisse venir en aide à ses habitants.

« Cette décision constitue certainement un mauvais signe au sujet de la position du gouvernement soudanais relative à l'aide humanitaire et à la coopération avec la communauté internationale pour régler le problème du Darfour. »

Le 4 avril, le Conseil de sécurité a été informé à huis clos de la situation. Il s'agit du désaccord le plus grave entre l'ONU et le gouvernement soudanais depuis que cette institution a commencé de se préparer à prendre la relève des 7.000 soldats de l'Union africaine qui assurent actuellement le maintien de la paix au Darfour. Cette force de l'Union africaine n'est cependant pas assez importante ni assez mobile pour protéger tous les habitants du Darfour.

Le représentant permanent de la Chine , M. Wang Guangya, qui assure la présidence du Conseil de sécurité pour le mois d'avril, a déclaré que les membres de ce conseil avaient prévu plusieurs séances d'information sur le Darfour tout au long du mois, notamment une avec M. Egeland dès son retour au siège de l'ONU.

Il a déclaré à la presse : « Tous les membres du Conseil de sécurité partagent les inquiétudes du secrétaire général. Ils demandent à toutes les parties, y compris le gouvernement soudanais, de coopérer davantage avec les missions importantes de l'ONU. »

En mars, le Conseil de sécurité a prorogé jusqu'en septembre le mandat de la Mission des Nations unies au Soudan. Dans la résolution qu'il a adoptée à cet effet, le Conseil de sécurité charge le secrétaire général d'accélérer les préparatifs nécessaires à l'envoi d'une force de maintien de la paix au Darfour et de lui soumettre des mesures concrètes à cet effet d'ici au 24 avril.

Les États-Unis sont le premier fournisseur mondial d'aide humanitaire au Darfour et ils apportent un soutien à la mission de l'Union africaine. En outre, des officiers américains aident l'ONU à préparer sa prochaine mission de maintien de la paix au Darfour.

Avril 2006

Le Darfour au centre d'un sommet entre Moubarak et al-Bachir

L'Orient-Le Jour, Beyrouth, 5 avril 2006

 

Les présidents égyptien et soudanais, Hosni Moubarak et Omar al-Bachir, ont discuté hier de la crise au Darfour (ouest du Soudan) en voie d'internationalisation, au lendemain d'un incident diplomatique entre Khartoum et un responsable de l'ONU. L'Égypte s'est dite prête à augmenter le nombre de ses observateurs, travaillant dans le cadre de la force de l'Union africaine (UA) déployée au Darfour, a déclaré le ministre égyptien des Affaires étrangères, Ahmad Aboul Gheit, à l'agence officielle SUNA. Des pourparlers de paix intersoudanais sont en cours à Abuja sous l'égide de l'UA pour tenter de mettre fin au conflit du Darfour, qui a fait depuis février 2003 près de 300 000 morts et 2,4 millions de déplacés et réfugiés, selon des estimations internationales. Cette guerre oppose des milices appuyées par les forces de Khartoum à des rebelles exigeant une distribution plus équitable des richesses.

 

La visite inopinée de M. Moubarak à Khartoum intervient au lendemain d'un accroc entre le régime soudanais et le secrétaire général adjoint de l'ONU chargé des Affaires humanitaires, Jan Egeland, qui s'est vu refuser une visite au Darfour. M. Egeland « n'a pas été empêché de visiter le Darfour. Nous lui avons juste demandé de remettre la visite à cause du ressentiment populaire à l'égard de l'ONU qui cherche à déployer des forces étrangères au Darfour », a déclaré à l'AFP un responsable du ministère soudanais de l'Information, Bakri Mulah. En outre, les autorités soudanaises ont interdit hier à l'avion de Jan Egeland de survoler le Darfour pour se rendre au Tchad, a annoncé à l'AFP le responsable onusien. Il a dénoncé l'attitude de Khartoum qui fait, selon lui, délibérément « obstruction » à ses efforts pour attirer l'attention de la communauté internationale sur la situation de la population du Darfour et des Soudanais réfugiés au Tchad.

Avril 2006

Soudan: l'enquête sur la mort de Garang conclut à une erreur du pilote

Agence France Presse, 5 avril 2006

La commission d'enquête officielle sur le crash de l'hélicoptère dans lequel est mort l'ancien vice-président soudanais John Garang le 30 juillet 2005 a conclu à une erreur du pilote, a affirmé mercredi un membre de cette commission internationale

 

Le rapport final a été soumis au président soudanais Omar el-Béchir mardi soir et pourrait être officiellement publié le 14 avril, a déclaré Siraj al-Dine Hamid à des journalistes.

L'insistance du pilote à utiliser des méthodes visuelles de pilotage par mauvais temps est l'une des principales causes du crash, a-t-il précisé.

"L'avion volait à basse altitude et le pilote appliquait des méthodes visuelles au lieu d'utiliser les instruments de bord alors qu'il faisait sombre et que le temps était mauvais et nuageux", a poursuivi M. Hamid.

Le manque d'organisation adéquate, la faible connaissance de la zone et l'échec du pilote et du co-pilote à prendre les bonnes décisions par mauvais temps sont parmi les facteurs ayant contribué au crash, a ajouté M. Hamid.

Quatorze personnes avaient trouvé la mort lorsque l'hélicoptère présidentiel ougandais de fabrication russe s'était écrasé dans une région montagneuse au sud du Soudan.

Citant les nombreux crashes dans lesquels des responsables militaires sont morts ces dernières années, beaucoup des partisans de M. Garang avaient accusé le président soudanais d'avoir fomenté son assassinat, mais le rapport a exclu un acte criminel.

John Garang est mort à peine quelques jours après s'être déplacé à Khartoum pour assumer les fonctions de vice-président. Il était la figure emblématique de l'accord de paix de janvier 2005, qui a mis fin à 21 ans de guerre civile entre le nord et le sud.

Le rapport de la commission devait être officiellement publié il y a plusieurs mois. La commission a été présidée par l'ancien vice-président soudanais Abel Alier et les boîtes noires ont été analysées en Russie.

M. Hamid a précisé que le rapport final devait encore recevoir l'aval des gouvernements soudanais et ougandais avant d'être publié

Avril 2006

L'Onu empêchée au Soudan

Libération, 04 avril 2006 

Un membre de la tribu soudanaise des Mundari, accueille le sous-secrétaire des Nations unies, Jan Egeland, près de Bor, lundi, au sud du Soudan. Le responsable des affaires humanitaires de l'Onu a déclaré que le gouvernement soudanais l'avait empêché de se rendre au Darfour pour qu'il ne se rende pas compte de la pauvreté extrême qui frappe cette province de l'ouest du pays en proie à une guerre civile depuis le début de 2003. «J'ai été empêché de me rendre au Darfour-Sud et au Darfour-occidental, et l'on m'a également dit que je ne serais pas le bienvenu à Khartoum», a dit Egeland à Reuters lors d'une visite dans le sud du pays. Le gouvernement soudanais a nié avoir interdit cette visite, affirmant avoir demandé son report, «car le moment n'est pas propice».

Cette visite a pour objet d'évaluer l'opération humanitaire au Sud-Soudan ainsi qu'au Darfour, dont le fonctionnement s'élève à près de 1,5 milliard de dollars par an. Le Conseil de sécurité a prorogé vendredi 24 mars la Mission des Nations unies au Soudan (UNMIS).

Le conflit entre les mouvements rebelles du Darfour et le gouvernement a débuté en février 2003. Il a déjà provoqué la mort de près de 100.000 civils et le déplacement de plus de deux millions de personnes.

Avril 2006

Soudan - poursuite du blocus de l'aide humanitaire

Amnesty International, 4 avril 2006

Déclaration publique

Amnesty International condamne les récentes actions du gouvernement soudanais - notamment le blocage hier 3 avril de la visite du sous-secrétaire général des Nations unies Jan Egeland - visant à faire obstruction à l'aide humanitaire au Darfour. La multiplication de ces actions au cours de ces derniers mois bafoue les accords passés entre le gouvernement du Soudan et les Nations unies, ainsi que les dispositions du Protocole humanitaire d'Abuja et de l'Accord de cessez-le-feu humanitaire de N'Djamena.

Ce mardi 4 avril, la Commission des affaires humanitaires de Nyala, dans le Darfour-Sud, a informé le Norwegian Refugee Council (NRC) , une organisation non gouvernementale (ONG) internationale travaillant à Camp Kalma, que son « accord de coopération » ne serait pas renouvelé et qu'il devait retirer tout son personnel international du Darfour-Sud. Aucune raison n'a été donnée à l'appui de cette décision. Le NRC joue un rôle vital dans la coordination de toutes les activités de secours à Camp Kalma, où il aide environ 95 000 personnes déplacées internes dans ce camp.

Le refus de renouveler le mandat du NRC et l'expulsion de son personnel international sont les dernières mesures en date prises par le gouvernement, qui multiplie depuis quelques mois les actes d'intimidation et de harcèlement à l'égard des travailleurs humanitaires dans le Darfour. Les délais d'obtention et le retrait des permis de voyager et des visas de sortie des personnels humanitaires sont à nouveau utilisés comme moyens d'obstruction à l'arrivée de l'aide internationale au Darfour, déjà mise en péril par l'insécurité régnant dans le pays et les attaques perpétrées contre les personnels humanitaires.

Cet état de fait n'affecte pas seulement les ONG internationales. En mars, Amnesty International a fait part de son inquiétude après la suspension de l'Organisation pour le développement social du Soudan (SUDO, Sudan Social Development Organisation ), une ONG nationale.

Le 13 mars 2006, la SUDO a reçu l'ordre de la Commission des affaires humanitaires de fermer ses bureaux à El Geneina, capitale de l'État du Darfour occidental et Zalingei, dans l'État du Darfour occidental. La Commission des affaires humanitaires a ordonné à la SUDO de cesser toutes ses opérations et de lui remettre les clés de ses bureaux, centres médicaux et centres d'alimentation thérapeutique, ainsi que les clés de ses véhicules. Les comptes bancaires de la SUDO , pour ses bureaux de Zalingei et El Geneina, ont été gelés. La Commission des affaires humanitaires a justifié la fermeture des bureaux de la SUDO et la suspension de ses opérations sur le terrain en déclarant que l'Organisation pour le développement social du Soudan avait violé la loi sur la Commission de l'aide humanitaire. Toutefois, malgré les demandes répétées d'explication de la part de la SUDO , la Commission des affaires humanitaires n'a jamais précisé quelles dispositions et paragraphes de la loi avaient été violés. L'ordre de suspension a, depuis, été levé pour le bureau de Zalingei, mais celui d'El Geneina est toujours fermé.

Un autre motif de préoccupation, susceptible de donner une base légale à l'obstruction de l'action humanitaire des ONG dans tout le Soudan mais plus particulièrement au Darfour, est la promulgation d'une nouvelle loi réglementant l'action des ONG.

Le 20 février 2006, les membres du parlement ont voté la Loi 2006 sur l'organisation du travail bénévole et humanitaire , qui remplacera la Loi sur la Commission de l'aide humanitaire. La promulgation de cette loi imposera des restrictions importantes et injustifiées à l'action des ONG présentes au Soudan. La loi accorde en effet au gouvernement un pouvoir de décision considérable en ce qui concerne l'autorisation et la réglementation des activités des ONG au Soudan ; certaines de ses dispositions bafouent le droit à la liberté d'association, contenu dans les traités internationaux relatifs aux droits humains auxquels le Soudan est État partie, et dans la Constitution nationale de transition du Soudan. Toutefois, le président n'a pas signé la loi qui n'est donc pas encore entrée en vigueur.

Particulièrement préoccupante pour les ONG travaillant dans le Darfour est la section 5(f) de la loi exigeant une « non-ingérence des organisations étrangères et nationales dans les affaires intérieures du Soudan, dans la mesure où cela empièterait sur la souveraineté du pays ». « L'ingérence internationale dans les affaires intérieures » est évoquée de longue date par le gouvernement pour justifier les restrictions apportées au travail des ONG présentes dans des zones sensibles, pour les empêcher de dénoncer les violations des droits humains dont elles sont témoins sur le terrain. Il est inquiétant, surtout pour les ONG travaillant dans le Darfour, que cette disposition ait été inscrite dans la nouvelle loi.

Au cours du conflit dans le Darfour, le gouvernement n'a cessé de répéter qu'il s'engageait à faciliter un accès sans entrave aux organisations humanitaires. Le Protocole humanitaire d'Abuja, signé en novembre 2004, prévoit dans son article 1 sur la « Liberté d'accès et de mouvement » :

« Nous (le gouvernement, le Mouvement de libération du Soudan et le Mouvement pour la justice et l'égalité) nous engageons à laisser librement passer les organisations humanitaires et à permettre l'accès des travailleurs humanitaires aux populations dans le besoin dans le Darfour. »

Cet engagement a été réaffirmé récemment en avril 2005 par l'Accord de cessez-le-feu humanitaire de N'Djamena, dont l'article 8 prévoit que les parties s'engagent à faciliter la fourniture d'aide humanitaire et s'emploient à créer des conditions favorables à l'acheminement de secours d'urgence aux personnes déplacées et autres victimes civiles de la guerre et cela, où qu'elles se trouvent dans la région du Darfour.

Enfin, selon le secrétaire générale des Nations unies Kofi Annan, le gouvernement a indiqué qu'il renouvellerait le Moratoire sur les restrictions à l'égard de toutes les activités humanitaires au Darfour jusqu'en décembre 2007 (Rapport du secrétaire général sur le Soudan, mars 2006).

 

Le moratoire « élimine tous les autres obstacles au travail humanitaire, à savoir :

- suspension des restrictions aux visas des opérateurs humanitaires et liberté de circulation de tout le personnel chargé de l'aide dans l'ensemble du Darfour ;

- autorisation de l'enregistrement temporaire immédiat des organisations non gouvernementales par une simple procédure de notification que le Bureau de coordination des affaires humanitaires (OCHA) offrira d'administrer pour le compte des organisations, l'enregistrement définitif se faisant dans un délai de quatre-vingt-dix jours ;

- suspension de toutes les restrictions à l'importation et à l'utilisation de tous les équipements, véhicules de transport, aéronefs et matériel de communication des opérateurs humanitaires. »

Amnesty International appelle également le gouvernement du Soudan à :

- se conformer à ses engagements répétés de cesser toute obstruction à l'aide humanitaire. Les retards inutiles ainsi que le retrait souvent non justifié de permis de voyager et de visas de sortie doivent cesser. La fermeture et la suspension illégales d'organisations humanitaires doivent également être stoppées.

Amnesty International appelle aussi le président du Soudan à :

- ne pas signer la Loi sur l'organisation du travail humanitaire et bénévole (2006) tant que toutes les dispositions non conformes aux normes internationales relatives à la liberté d'association et à la Constitution nationale de transition du Soudan n'auront pas été amendées.

Avril 2006

Le Soudan empêche Jan Egeland (Onu) d'aller au Darfour et à Khartoum

Agence France Presse , Juba, 03 avril 2006

 

Le secrétaire général adjoint des Nations unies chargé des Affaires humanitaires, Jan Egeland, s'est vu refuser l'accès à Khartoum et au Darfour (ouest du Soudan) en guerre civile depuis trois ans, alors qu'il disposait d'un visa en règle, a-t-on appris lundi auprès de l'Onu.

"M. Egeland a été informé qu'il n'était pas le bienvenu au Darfour et à Khartoum", a déclaré la porte-parole du Bureau de coordination des affaires humanitaires de l'Onu (Ocha), Dawn Elizabeth, qui voyage avec M. Egeland.

"Nous avions un visa (soudanais) nous autorisant à voyager au Darfour, mais quelque chose ne va visiblement pas", a-t-elle ajouté.

M. Egeland devait se rendre au Darfour lundi, avant d'avoir des entretiens à Khartoum avec des responsables soudanais. Il "avait pris rendez-vous il y a plusieurs semaines pour des discussions avec le ministère des Affaires étrangères", a-t-elle précisé.

"Cela met en évidence les problèmes auxquels les opérations humanitaires sont confrontées au Darfour", a ajouté Mme Elizabeth.

La veille, M. Egeland avait affirmé que le travail de l'Onu au Darfour était "paralysé" par la violence persistante dans cette région.

Selon des sources de l'Onu, le gouvernement soudanais a pris ces mesures "pour empêcher M. Egeland de voir la situation après un récent regain de violence au Darfour".

Dans un communiqué à Khartoum, la Mission des Nations unies au Soudan (UNMIS) a protesté contre le refus du gouvernement soudanais d'autoriser M. Egeland à se rendre au Darfour.

"L'UNMIS regrette la décision du gouvernement du Soudan de ne pas vouloir accueillir" M. Egeland, a indiqué la Mission , selon laquelle le gouverneur du Darfour-sud est "strictement opposé à la visite" du responsable onusien.

Les autorités soudanaises n'avaient pas encore réagi en soirée à cette affaire.

La guerre au Darfour oppose des milices appuyées par les forces de Khartoum à des rebelles exigeant une distribution plus équitable des richesses. Le conflit, s'accompagnant d'une grave crise humanitaire, a fait près de 300.000 morts et 2,4 millions de déplacés et réfugiés, selon des estimations internationales.

L'Union africaine dispose d'une force de paix d'environ 7.000 hommes au Darfour, mais a donné le 10 mars son accord de principe pour transférer cette force à l'Onu. Le Conseil de sécurité de l'Onu a appelé en mars à une accélération des préparatifs pour ce transfert auquel Khartoum est hostile.

M. Egeland se trouvait lundi en fin d'après-midi dans le sud du Soudan, où il poursuivait sa tournée africaine, a précisé Mme Elizabeth.

Il devait se rendre à Rumbek, l'une des principales villes de la région pour y rencontrer le premier vice-président soudanais Salva Kiir et chef de l'ancienne rébellion sudiste, le Mouvement populaire pour la libération du Soudan (SPLA).

Dimanche, M. Egeland avait affirmé que le gouvernement soudanais lui avait interdit d'atterrir avec son propre avion à Juba, l'obligeant à prendre un vol commercial au départ d'Entebbe (Ouganda), ce qui avait retardé son arrivée de six heures.

Le 29 mars, la ministre suédoise déléguée à la Coopération , Carin Jämtin, avait aussi été empêchée de se rendre au Darfour, selon le ministère suédois des Affaires étrangères.

Lundi, les autorités soudanaises ont également refusé de reconduire le mandat de l'organisation non-gouvernementale norvégienne Conseil national pour les réfugiés (NRC) à la tête du principal camp de réfugiés au Darfour qui abrite 100.000 personnes, a annoncé le NRC.

Avril 2006

Après les nouvelles attaques dans l'Est du Tchad, le gouvernement tchadien accuse le Soudan

IRIN, N'Djamena, le 1 er avril 2006

 

Les violents combats qui se sont déroulés dans l'Est du Tchad entre l'armée tchadienne et des forces rebelles, qui bénéficieraient du soutien du Soudan voisin, ont fait des dizaines de morts, dont le chef d'Etat-major de l'armée de terre, le Général Abakar Youssouf Mahamat Itno, ont annoncé vendredi les autorités tchadiennes.

Le gouvernement a accusé le Soudan d'être à l'origine des accrochages de jeudi, indiquant que des groupes armés et des miliciens janjawid soudanais ont lancé une attaque contre les positions des soldats de l'armée tchadienne, près de la frontière avec la région instable du Darfour, provoquant le déplacement de milliers de civils.

Les travailleurs humanitaires présents dans la région ont exprimé leur inquiétude face à cette violence qui pourrait gravement compromettre l'aide humanitaire apportée à plus de 250 000 réfugiés soudanais et déplacés tchadiens.

Selon le ministre tchadien des Affaires étrangères, Ahmad Allam-mi, des miliciens Janjawid et des « mercenaires tchadiens » ont attaqué des localités proches des villes d'Ade et de Moudeina.

Vendredi, le ministre de l'Administration du territoire Mahamat Ali Abdallah Nassour a, au cours d'un point de presse dans la capitale N'djamena, déclaré que les forces gouvernementales avaient « repoussé vigoureusement » l'attaque des assaillants. Le gouvernement a déploré la mort du chef d'Etat-major de l'armée de terre qui était le neveu du Président Idriss Déby, a-t-il ajouté.

Dix soldats tchadiens ont été tués et une cinquantaine d'autres blessés, au cours des combats qui aurait fait une centaine de morts chez les assaillants, a indiqué M. Allam-mi, qui a ajouté que les rebelles se seraient enfuis vers le Soudan, le nombre de blessés dans leur rang n'étant pas connu.

Dans le communiqué de presse qu'il a fait paraître sur Internet, le groupe rebelle du Front uni pour le changement démocratique indique que 400 soldats gouvernementaux ont été tués, ont été fait prisonniers ou ont déserté.

S'adressant à la communauté internationale pour qu'elle appelle Khartoum à faire preuve de retenue dans la région, Allam-mi a déclaré:

« Nous demandons à la Communauté internationale, au Président en exercice de l'Union africaine (UA), M. Denis Sassou Nguesso, au Président de la Commission de l'UA, M. Alpha Oumar Konaré et au Guide libyen, Muammar Gaddafi, d'appeler le Soudan à respecter ses engagements ».

« Nous dénonçons fermement cette violation de l'accord signé par le Tchad et le Soudan en Libye le 8 février 2006 », par lequel le Soudan s'engageait à contrôler les milices janjawid et les rebelles tchadiens, a-t-il indiqué.

C'est la deuxième fois ce mois-ci que le gouvernement tchadien accuse publiquement le Soudan d'avoir violé cet accord en autorisant des incursions de rebelles à partir du territoire soudanais.

Le Président tchadien Idriss Deby et son homologue soudanais Umar al-Bashir s'étaient rencontrés en Libye en février dernier. A cette occasion, els deux chefs d'Etat avaient pris une série de mesures pour rétablir la paix dans la région en interdisant notamment toute activité de forces rebelles sur leur territoire respectif.

Selon un analyste, les incidents de jeudi indiquent bien qu'il y a de sérieux problèmes au sein de l'armée tchadienne qui a enregistré depuis octobre dernier des vagues successives de désertions de soldats et d'officiers supérieurs.

« Le fait que le chef d'Etat-major de l'armée de terre ait été si exposé souligne que les structures de commandement doivent déjà être sérieusement ébranlées », a confié Chris Melville, spécialiste Afrique à Global Insight, un groupe de réflexion basé à Londres.

Les récentes attaques font des milliers de déplacés et menacent l'action des organisations humanitaires

Le gouvernement dit que les récents incidents ont contraint près de 4 000 civils tchadiens à fuir leurs domiciles. Ils s'ajoutent aux 30 000 civils qui ont été déplacés à la suite des incursions répétées dans l'Est du Tchad.

« La population de cette région a toujours été victime de ces mercenaires tchadiens et des milices soudanaises », a déclaré M. Allam-mi.

L'Est du Tchad a souvent été le théâtre de violence liée à la guerre dans la région du Darfour, à la frontière soudanaise, où des groupes rebelles tchadiens se sont installés ces derniers mois.

Selon les agences humanitaires, il est difficile d'évaluer le nombre de civils tchadiens déplacés à la suite des récents incidents dans la région Est du Tchad – qui accueille déjà près de 207 000 réfugiés soudanais -, mais à en croire un travailleur humanitaire présent dans la région, aux moins 25 000 Tchadiens auraient fui leurs domiciles.

Pour des raisons de sécurité, une équipe de travailleurs humanitaires s'est récemment retirée de la ville d'Ade, a indiqué Nicolai Panke, responsable adjoint de la délégation du Comité international de la Croix rouge au Tchad.

« Nous avions à Ade une équipe qui participait à la construction et à la réparation de puits. Par mesure de précaution, nous avons dû la faire partir jeudi », a-t-il précisé, expliquant qu'aucun travailleur humanitaire n'avait été menacé, mais que le renforcement de la présence militaire dans la région ces derniers jours avait suscité quelques inquiétudes.

Selon un collaborateur de l'agence des Nations unies pour les réfugiés (HCR), les récents incidents n'ont pas bloqué la poursuite des actions humanitaires. Toutefois, une extension du conflit à d'autres régions du Tchad pourrait poser problème.

« Aucune agence des Nations unies ou organisation humanitaire n'a été contrainte d'évacuer son personnel de ses zones d'opérations, parce que jusqu'ici, le conflit touche une région assez éloignée », a fait remarquer Matthew Conway, le chargé d'information du HCR présent à Abéché, dans l'Est du Tchad.

« Mais si la situation évoluait, et si le conflit se déplaçait vers l'ouest, les Nations unies et les agences humanitaires partenaires s'inquiéteraient pour le bien-être des réfugiés soudanais, des déplacés tchadiens et des centaines des travailleurs humanitaires qui ne ménagent aucun effort pour aider ces populations ».

Avril 2006
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