Nous référençons un certain nombre
d'articles sur le Soudan |
2006
1er semestre
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2005
Selon l'Union africaine, le Soudan a bombardé des zones rebelles
La Tribune avec Reuters, 31 décembre 2006
Le Soudan a bombardé des positions rebelles dans la province du Darfour, au lendemain de la visite d'une délégation de l'Union africaine aux insurgés à l'issue de laquelle ils avaient réaffirmé leur engagement à respecter le cessez-le-feu, a rapporté dimanche l'organisation dans un communiqué. "Pour la première fois, je les ai rencontrés sur le terrain à Um Rai (dans le nord du Darfour) (...) et j'ai obtenu qu'ils s'engagent à respecter le cessez-le-feu", a déclaré Luke Aprezi, qui commande la Mission de l'Union africaine au Soudan. Cette rencontre a eu lieu voici deux jours et le gouvernement en a été informé, a-t-il précisé. "Malheureusement, (l'armée soudanaise) a bombardé la région et c'est comme si je les avais conduit dans cette zone pour qu'ils soient bombardés", a déploré Aprezi. Un accord de paix a été signé en mai entre le gouvernement de Khartoum et l'un des trois groupes rebelles engagés dans les pourparlers. De nombreuses autres factions s'y sont opposées et ont formé une nouvelle alliance militaire qui a relancé les hostilités contre les forces gouvernementales. Un groupe rebelle a confirmé qu'il y avait eu des bombardements dans le nord du Darfour ces deux derniers jours. Un porte-parole de l'armée a pour sa part indiqué que cette information n'était pas confirmée par Khartoum. Le Darfour, une province semi-aride grande comme la France , est le théâtre d'une guerre civile et d'exactions à grande échelle qui ont fait 200.000 morts et 2,5 millions de déplacés depuis février 2003.
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Kofi Annan confiant sur un déploiement de forces de l'ONU au Darfour
Jeune Afrique avec l'AFP, 28 décembre 2006
Le Conseil de sécurité de l'ONU s'est félicité mercredi du soutien apporté par le président soudanais Omar al-Béchir à un plan de paix pour le Darfour et Kofi Annan s'est montré optimiste sur un prochain déploiement de forces de l'ONU dans cette région de l'ouest du Soudan. "La lettre du président soudanais est pour l'instant positive", a dit le secrétaire général sortant de l'ONU, Kofi Annan, qui assistait à une réunion d'urgence du Conseil de sécurité sur le Darfour. "Il faudra tester le processus avec le Soudan. Nous en sommes à la phase I du déploiement. Nous aurons besoin de la coopération du gouvernement soudanais", a cependant ajouté M. Annan. Dans un texte adopté à l'issue de leur réunion, les 15 membres du Conseil de sécurité ont affirmé "leur volonté de continuer de coopérer étroitement avec l'Union africaine (UA) et de continuer à accorder leur priorité à la question" du Darfour. De son côté, le représentant américain à l'ONU, Alejandro Wolff, a affirmé à des journalistes que "si la lettre et les engagements" du président soudanais permettent le déploiement d'une force ONU-UA au Darfour "alors, en effet, ce sera une évolution bienvenue". Le président Béchir a affirmé son soutien à un plan de paix en trois phases pour le Darfour, sans dire clairement s'il acceptait ou non une force de 20.000 Casques bleus, dans une lettre à M. Annan rendue publique mardi par l'ONU. Dans cette missive remise samedi aux Nations unies, il affirme la disponibilité de son gouvernement "à débuter immédiatement" l'application du plan de paix pour le Darfour approuvé lors de réunions en novembre en Ethiopie et à Abuja au Nigeria. Ce plan est censé conduire à la création d'une force de paix mixte, formée de troupes de l'Union africaine et de l'ONU. Mais la lettre soudanaise ne répond pas aux questions de M. Annan, sur son format et sa direction. Dans une lettre adressée au dirigeant soudanais le 18 décembre, M. Annan lui indiquait que les plans de l'ONU tablaient sur une force conjointe d'au moins "17.300 membres militaires et 3.300 policiers civils". Un premier groupe de 43 conseillers militaires de l'ONU doit être déployé "cette semaine" au Darfour pour assister la Force africaine (Amis), a déclaré mardi à l'AFP le porte-parole de l'Amis, Noureddine Mezni. Ce déploiement fait partie de la mise en oeuvre du premier des trois volets du soutien logistique de l'ONU à l'Amis, convenu entre l'organisation internationale, l'Union africaine (UA) et le gouvernement soudanais, a-t-il précisé. Les conseillers vont porter l'uniforme militaire de leur pays d'origine avec un béret bleu de l'ONU et un brassard de l'Union africaine, selon lui. La guerre et ses conséquences au Darfour ont fait 200.000 morts en près de quatre ans et deux millions de déplacés, selon l'ONU, des chiffres que contestent les autorités soudanaises.
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Darfour, et si le pire était à venir ?
Jeune Afrique, 26 décembre 2006, par M Christophe Boisbouvier
Après la RD Congo et la Côte d'Ivoire en 2006, le Soudan sera presque à coup sûr, cette année, au coeur des débats africains du Conseil de sécurité de l'ONU. « À quoi bon envoyer des Casques bleus au Darfour si personne ne veut la paix? lance un conseiller de Kofi Annan. C'est comme si l'on appelait les pompiers tout en jetant de l'essence sur le brasier. » Le moins que l'on puisse dire est que l'entourage du secrétaire général sortant ne se berce pas d'illusions: « Les deux camps veulent la guerre. À Khartoum, les durs comme Nafi'e Ali Nafi'e l'emportent sur Ali Osman Taha et les modérés. Chez les rebelles, Khalil Ibrahim est poussé par son parent tchadien Idriss Déby Itno. » Une solution politique est-elle possible? Au mois de mai, la conférence d'Abuja a été un échec. Parce que seul le chef rebelle Minni Minawi a signé l'accord conclu. Du coup, ses collègues ont redoublé d'ardeur belliqueuse... « Après la paix, c'est encore pire qu'avant », constatent amèrement les habitants du Darfour. « Une conférence de ce type ne peut réussir qu'à deux conditions, estime un diplomate. Il faut que les présidents Béchir et Déby Itno se parlent. Et que tous les rebelles signent. » Salim Ahmed Salim, le médiateur de l'Union africaine, sait donc à quoi s'attendre. « Et si le pire était à venir? » soupire un haut fonctionnaire onusien, à New York. Le pire, ce serait la réaction en chaîne... La guerre en Somalie faisant tache d'huile... Depuis six mois, les Tribunaux islamiques et l'armée éthiopienne s'affrontent entre Mogadiscio et Baidoa. Les premiers sont soutenus par l'Érythrée, qui a une revanche à prendre sur l'Éthiopie depuis sa défaite militaire de 2000. Normal, si l'on peut dire... Le fait nouveau, c'est le rapprochement entre les gouvernements érythréen et soudanais. Au mois d'octobre, à Asmara, le second a fait la paix avec les deux mouvements rebelles de l'Est soutenus par le premier. Dès lors, plus rien ne s'oppose à une alliance entre les islamistes de Khartoum et de Mogadiscio contre l'Éthiopie proaméricaine. Conscient de la menace d'encerclement qui se dessine, Mélès Zenawi, le Premier ministre éthiopien, vient de recevoir à Addis-Abeba le général John P. Abizaid, du Central Command de l'armée américaine. Bien entendu, le pire n'est jamais sûr. Mais à New York, dans l'immeuble de verre de l'ONU, le ton est franchement désabusé: « Au Liberia ou en RD Congo, les conflits étant politiques, on finit toujours par trouver une solution. Mais en Afrique de l'Est, les enjeux sont de plus en plus idéologiques. Les islamistes d'un côté, les pro-Occidentaux de l'autre. Et ça change tout! »
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Annan optimiste pour une force hybride au Darfour
Jeune Afrique, 24 décembre 2006
Le secrétaire général sortant de l'ONU, Kofi Annan s'est déclaré optimiste quant à l'acceptation, par le président Omar El Beshir du Soudan, du déploiement d'une force hybride ONU-UA dans la région du Darfour, l'ouest de son pays en proie à des troubles. "Je suis également optimiste quant à un cessez-le-feu total dans la région du Darfour", a indiqué M. Annan, dans un communiqué rendu public vendredi par le porte-parole de l'ONU, Stéphane Dujarric, précisant que ces propos ont été tenus dans un discours d'adieu au Conseil de sécurité, vendredi. Selon M. Dujarric, le secrétaire général sortant de l'ONU a également dit au Conseil de sécurité que les rapports qu'il a reçu d'Ahmedou Ould-Abdallah (l'émissaire spécial de l'ONU au Darfour) l'ont encouragé à penser que l'ONU recevra ce week-end le feu vert du président El Beshir. "Ce feu vert sera pour un cessez-le-feu total, un effort renouvelé pour amener les deux parties dans le processus politique et le déploiement de la force hybride proposée de l'Union africaine afin de protéger la population", a ajouté M. Annan. Mais le patron de l'ONU a cependant averti qu'il était important d'attendre de voir la lettre de M. El Beshir, que M. Ould- Abdallah va apporter avec lui à son retour à New York la semaine prochaine. "Après tant de déceptions, je ne considère rien comme acquis. Ce que je sais est que le Conseil de sécurité va travailler avec compétence avec mon successeur, Ban Ki-moon sur cette crise et toutes les autres", a souligné M. Annan dans le communiqué. M. Ould-Abdallah avait été dépêché en début de semaine à Khartoum pour s'entretenir avec M. El Beshir et d'autres hauts responsables du gouvernement soudanais pour clarifier les détails des deux récents accords sur la manière de mettre fin aux souffrances au Darfour. Lors de la réunion de haut niveau du mois dernier sur le Darfour, qui s'est tenue dans la capitale éthiopienne, Addis-Abeba, l'ONU, l'UA et le Soudan avaient convenu que l'ONU apporterait un soutien supplémentaire à l'actuelle Mission de maintien de la paix de l'UA, dans le cadre d'un processus en trois étapes culminant sur une mission hybride ONU-UA. Cette force hybride doit compter 17.000 soldats et 3.000 policiers, contrairement à la mission actuelle de l'UA qui ne dispose que de 7.000 effectifs. M. Ould-Abdallah aurait eu une "réunion fructueuse", avec M. El Beshir à Khartou jeudi.
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Jeune Afrique, 24 décembre 2006, par Abdelaziz Sarroabi
Quinze anciens ministres des Affaires étrangères, parmi lesquels l'Américaine Madeleine Alliright, le Français Hubert Védrine et l'Allemand Joschka Fischer*, ont publié le 18 décembre dans le quotidien britannique Financial Times un texte commun consacré à la crise du Darfour. Ils y estiment que le gouvernement soudanais devra accepter avant la fin de l'année l'envoi dans la région d'une force de sécurité conjointe ONU-Union africaine, faute de quoi il le «paiera chèremen ». Cette force conjointe devra s'appuyer sur les troupes africaines déjà déployées au Darfour, auxquelles les Nations unies apporteront un soutien financier, logistique et autre afin d'imposer le respect de l'accord de paix conclu entre Khartoum et les rebelles. Des discussions sont en cours entre l'ONU et le gouvernement soudanais à propos de la mise en oeuvre de la résolution adoptée le 19 décembre par le Conseil de sécurité. Les quinze diplomates estiment que «le président Omar el-Béchir doit se convaincre que son intérêt est d'autoriser le déploiement d'une force internationale au Darfour, non en vue d'une occupation, mais pour des raisons humanitaires». Cette démarche est conforme au principe de la responsabilité des États dans la protection de leurs populations adopté l'an dernier, à l'unanimité, par l'ONU. Le texte envisage un certain nombre de sanctions qui pourraient être appliquées, de manière graduelle, au régime de Khartoum. D'abord: interdiction de voyager pour les responsables civils et militaires coupables de violations des droits de l'homme et gel de leurs avoirs à l'étranger. Ensuite: blocage du transfert des revenus du pétrole et embargo sur la vente d'équipements pétroliers. Enfin: gel des comptes bancaires à l'étranger de toute personne liée au parti au pouvoir à Khartoum, y compris les chefs de milice. Ces sanctions s'accompagneraient d'une accélération de l'enquête visant ceux qui ordonnent ou commettent «des crimes contre l'humanité » au Darfour. Dans l'ensemble, on peut juger ces dispositions plutôt mesurées. Mais l'une d'entre elles pose problème: le blocage des revenus pétroliers, qui reviendrait à priver les Soudanais, qu'ils soient du Nord, du Sud ou du Darfour, de leur principale source de revenus, aggraverait leur situation matérielle déjà effroyable et ne manquerait pas d'envenimer un peu plus la situation dans la région. Pour s'en convaincre, il suffit de se souvenir des conséquences des sanctions onusiennes contre Saddam Hussein.
*Les autres signataires sont australien, espagnol, luxembourgeois, canadien, turc, polonais, danois, néerlandais, mexicain, thaïlandais, belge et italien.
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Force ONU-UA au Darfour: un oui équivoque de Khartoum
Jeune Afrique avec l'AFP, 24 décembre 2006
Le Soudan a dit oui à une opération de paix de l'ONU et de l'Union africaine (UA) au Darfour mais sans accepter clairement des Casques bleus sur le terrain exigés par la communauté internationale. Cette position équivoque est contenue dans la réponse communiquée samedi à un envoyé de l'ONU, le Mauritanien Ahmadou Ould Abdallah, venu à Khartoum avec une requête du secrétaire général sortant de l'organisation Kofi Annan sur une force conjointe dans la région de l'ouest du Soudan en guerre civile. "On ne peut dévoiler la teneur (exacte) de la réponse avant qu'elle n'atteigne son destinataire qui est M. Annan", a déclaré le chef du département de la paix au ministère des Affaires étrangères, Sadek al-Mulki. Mais il a ajouté que "la réponse du gouvernement est une réponse favorable qui est de nature à préparer le terrain, à travers le soutien de l'ONU à la Force africaine, à une solution au conflit du Darfour". M. Mulki n'a toutefois pas indiqué clairement si la réponse soudanaise comporte une acceptation du déploiement de Casques bleus, au nombre de 20.000, sur le terrain comme l'exigent notamment les Etats-Unis. Certains responsables, cités par la presse, ont répété que le Soudan ne voulait qu'un soutien logistique de l'ONU à la Force africaine (Amis,) composée de 7.000 hommes, jugée inefficace car mal équipée et sous-financée. Ainsi, le ministre d'Etat aux Affaires étrangères Simmani al-Wassila, a affirmé au quotidien Akhbar al-Yom que le troisième volet du soutien logistique à l'Amis ne prévoyait que 150 à 200 Casques bleus, dont la mission se limiterait à conseiller les soldats africains. M. Annan tente d'obtenir un progrès sur ce dossier, avant de quitter ses fonctions début 2007, pour favoriser une solution au Darfour où la guerre et ses conséquences ont fait 200.000 victimes et 2 millions de déplacés en près de quatre ans, des chiffres contestés par Khartoum. Il avait dit récemment attendre un accord du Soudan sur la force conjointe samedi, tout en restant prudent. Il avait alors déclaré qu"'après tant de déceptions, je ne considère pas encore cela comme une chose faite". M. Annan a aussi espéré un cessez-le-feu total au Darfour, ce à quoi les autorités soudanaises ont répondu samedi en affirmant qu'elles n'étaient pas responsables des violences mais que ce sont les rebelles, non signataires de l'accord de paix d'Abuja en mai dernier, qui multiplient les attaques. Et à propos de rebelles, M. Mulki a espéré un effort conjoint de l'ONU et de l'UA pour les convaincre de s'asseoir à la table des négociations. Il a déclaré à ce propos que les émissaires de l'UA et de l'ONU sur la Darfour , respectivement Salem Ahmed Salem et Jan Eliasson, ancien ministre suédois des Affaires étrangères, étaient appelés à parvenir à "une même analyse sur les moyens de résoudre le conflit du Darfour et entament, dans les plus brefs délais, une médiation entre le gouvernement soudanais et les parties non-signataires de l'accord de paix". Les milieux politiques soudanais évoquent depuis des mois de nombreuses médiations, dont celles menées par l'Erythrée, pour convaincre les rebelles de jeter les armes et de négocier, mais rien ne s'est matérialisé jusqu'ici. Entre-temps, la violence n'a jamais cessé sur le terrain où samedi encore un policier a été tué et trois blessés dans une attaque armée attribuée à des "éléments non-identifiés" à Al-Facher, capitale du Darfour nord. En quatre ans, ce conflit a fait, selon l'ONU, plus de 200 000 morts et deux millions de déplacé, des chiffres contestés par Khartoum.
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L'Afrique de Est déstabilisée par les conflits soudanais et somalien
L'entrée en guerre de l'Éthiopie, directement impliquée dans les combats qui se déroulent - en Somalie, marque un palier dans l'écheveau des tensions qui déchirent l'Afrique de l'Est.
Le Figaro, 23 décembre 2006 par Patrick de Saint-Exupéry
Du Darfour, province soudanaise en bordure de l'Afrique centrale, à la mer Rouge, un pan du continent noir menace de se trouver emporté par des vagues d'affrontements qui, isolées au départ, pourraient finir par s'additionner. Lue jusqu'ici en Occident essentiellement à travers des grilles locales - qu'elles soient ethniques ou claniques - cette montée des tensions en Afrique de l'Est répond en fait à de réelles logiques politiques. Sur ces terres rudes, vastes et désertiques se joue une importante partie. De Khartoum à Mogadiscio, l'islam conquérant - dont la phase expansionniste fut interrompue, à la fin du XIXe siècle, par les Anglais qui mirent fin aux rêves nourris par le Mahdi - impose son agenda. Entamé dans les années 1990 lorsque Khartoum décida de donner asile à Oussama Ben Laden, alors proscrit d'Afghanistan, ce retour aux sources originelles s'amplifia à la faveur du désastre somalien. L'échec cinglant enregistré à Mogadiscio par des Marines américains venus sauver un peuple certes menacé de famine, mais toujours apte à prendre les armes contre «l'étranger» confirma ce mouvement.
La rupture du 11 septembre
Depuis ces deux moments, lentement mais sûrement, les tensions politiques n'ont cessé de s'accumuler. Jusqu'à atteindre un point de non-retour avec la rupture du 11 septembre. Khartoum, qui était en passe d'entériner un accord historique avec son sud chrétien, s'est alors trouvé à nouveau et d'un coup objet de toutes les suspicions, l'accueil réservé en d'autres temps à Oussama Ben Laden se trouvant brutalement transformé à la faveur de la «guerre antiterrorisme » en pièce à charge. Dans le même mouvement; les rebelles somaliens - opposés à un gouvernement soutenu par l'Occident mais tout en façade et sans le moindre ancrage local - réalisaient, eux, leur unité au nom de la lutte contre «l'étranger», c'est-à-dire au nom de l'islam, d'un islam devenu facteur de ralliement de par la guerre au terrorisme lancée par les États-Unis. Conscient de cette évolution, Washington tenta de lutter sur ces deux fronts: Contre Khartoum, lancé dans une vaste opération de reprise en main par la terreur de la province du Darfour en proie à des mouvements irrédentistes, les États-Unis montèrent les enchères. De façon outrancière. Le département d'État et plusieurs hauts responsables politiques américains parlèrent de « génocide » au Darfour tandis que de nombreux experts s'employaient, eux, à mettre en exergue les liens - alors dépassés - du Soudan avec la galaxie al-Qaida. Contre les islamistes somaliens, les États-Unis se mirent à bricoler d'improbables alliances formées d'obscurs chefs de guerre ralliés à coups de dollars et de livraisons contrôlées d'armes. Trop caricaturales, bricolées dans les couloirs du Pentagone et de la NSA (National Security Agency) en l'absence de toute appréhension de la réalité du terrain, ces deux tentatives de con tainment ont échoué. C'est pourquoi l'Éthiopie, alliée régionale de Washington, s'est trouvée contrainte ces derniers jours de s'impliquer directement sur le terrain somalien. De tradition chrétienne, opposée dans les années soixante à la Somalie sur la question de l'Ogaden, Addis cède à de vieux tropismes parce que Washington l'y encourage discrètement en coulisses. Il n'est pas gagné que ce pari-là mène à des résultats plus satisfaisants que les précédents.
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Il est encore temps d'agir pour sauver les populations du Darfour
Le Figaro, 22 décembre 2006, par Michaël Chetrit et Mahor Chiche *
« Seule une coalition énergique des démocraties occidentales permettra de libérer les populations du Darfour »
Après huit années à la tête des Nation unies et à la veille de son départ, Kofi nan a eu ces mots durs en évoquant le Darfour : a « Soixante ans après la libération des camps de la mort nazis, trente ans après le Cambodge, la promesse du « jamais plus" sonne creux» avant de préciser, en visant le régime de Khartoum: «Ils pourront avoir à répondre collectivement et individuellement pour ce qui est en train de se passer au Darfour». La régularité calculée des sévices commis par les milices janjawids, issues des tribus musulmanes « arabes », alliées du régime islamiste de Khartoum, à l'encontre des tribus musulmanes « africaines » contestataires de l'ouest du Soudan, a déjà provoqué une épuration ethnique qui a causé plus de 300 000 morts et 3 millions de déplacés. L'ONU a déjà voté six résolutions et qualifié les actes du régime soudanais de « crimes de guerre et de crimes contre l'humanité». Cependant, les efforts des Nations unies pour obtenir l'accord de Khartoum pour le déploiement de 17 000 Casques bleus en remplacement des 7 000 soldats de l'Union africaine demeurent vains. La situation est bloquée, et l'ONU ne pourra intervenir, car la Russie et surtout la Chine , partenaires économiques privilégiés du Soudan, sont opposées à toute intervention militaire de l'ONU. Pour sortir la région de la crise, il faut comprendre la véritable nature du régime soudanais.
Depuis dix-sept ans, la junte de Khartoum, issue d'un coup d'État en 1989 alors qu'elle ne recueillait que 10 % des voix aux élections sous la bannière des Frères musulmans, a attisé toutes les divisions, religieuses puis ethniques, pour écarter tour à tour les revendications des populations des régions périphériques délaissées du Soudan, qui réclamaient leur part des richesses du pays, et en particulier des dividendes de la manne pétrolière. Dès son accession au pouvoir, la dictature en poste à Khartoum a d'abord brandi le djihad pour intensifier la guerre contre le Sud-Soudan, animiste et chrétien, qui s'était révolté en 1983 suite à l'introduction de la charia et la suppression d'un statut d'autonomie obtenu par les armes en 1972; en jeu, les importants gisements de pétrole qui venaient d'être découverts dans le Sud. Cette première guerre causera près de 2 millions de morts en vingt ans. Un accord de Paix -factice- sera finalement signé en janvier 2005 avec le Sud-Soudan, censé organiser un partage des richesses et du pouvoir, et en 2010 un référendum sur l'autodétermination. Mais en 2003, les populations du Darfour qui avaient elles-mêmes été largement réquisitionnées dans la guerre contre le Sud, pressentant l'accord avantageux que Khartoum s'apprêtait à conclure sous la pression de la communauté internationale avec le Sud-Soudan, s'insurgèrent. Khartoum arma alors les nomades arabisés contre les cultivateurs noirs, en exploitant non seulement les dissensions pour le contrôle des terres - apparues entre nomades et cultivateurs suite aux terribles sécheresses des années 70 et 80 -, mais également le racisme antinoir. Le dénigrement dont sont victimes les ethnies africaines de la part des tribus arabisées est à replacer dans le contexte historique de la traite des Noirs transsaharienne menée par les Arabes depuis le Xe siècle. Cette traite a réduit au moins huit millions d'Africains en esclavage. Surtout, ces clivages ethniques ont été dangereusement exacerbés par le régime libyen à partir du mi lieu des années 70, avec l'objectif de prendre le contrôle du Tchad et du Soudan. La Libye avait en effet choisi le Darfour comme base arrière de sa Légion islamique, milice issue des tribus nomades soudanaises et tchadiennes, en poursuivant un projet de « Grand Sahel Panarabe ». À partir de 1985, en échange du financement de la guerre contre le Sud-Soudan, Khartoum laissa même la Libye s'installer au Darfour pour lui permettre d'attaquer le Tchad.
Pour arrêter l'épuration ethnique au Darfour, il n'y a plus d'autre voie que d'écarter le régime islamiste soudanais du pouvoir. Pour cela, il n'est ni envisageable de recourir à l'ONU, immobilisée par un double veto, ni pensable de continuer de se reposer sur la seule Union africaine, cantonnée au mieux à un rôle d'observateur. L'Union africaine, qui n'a jamais osé froisser Khartoum, ni condamner les massacres, est sous l'étroite dépendance des pays africains de la Ligue arabe. Pourtant, la convention internationale sur la prévention des crimes de génocide de 1948 engage nos démocraties à empêcher tout État d'in fliger «délibérément à un groupe des conditions de vie calculées pour amener sa destruction en totalité ou en partie». Aujourd'hui, le régime de Khartoum est honni de la très grande majorité de sa population, qu'il s'agisse des Africains ou des Arabes eux-mêmes. L'étroite classe dirigeante rebute à tel point qu'en juillet 2005, l 'arrivée du leader sudiste John Garang au poste de vice-premier ministre en application des accords de paix avec le Sud, avait été acclamée dans les rues de Khartoum. John Garang, mort dans un accident d'hélicoptère dans le mois qui a suivi son installation, luttait pour un nouveau Soudan, laïc, démocratique, et égalitaire. Il est temps de mettre fin à la dictature meurtrière de Khartoum. Il n'est possible de compter ni sur l'ONU, ni sur l'Union africaine. Seule une coalition énergique de nos démocraties permettra de libérer les populations du Soudan.
*Respectivement secrétaire national et président de l'association Sauver le Darfour (SLD)
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Le Soudan affirme avoir porté un coup aux rebelles du Darfour
Jeune Afrique, 21 décembre 2006
Le Soudan a affirmé jeudi avoir infligé aux rebelles leurs plus lourdes pertes en une seule opération depuis le début, en février 2003, du conflit du Darfour, en pleine mission d'un envoyé de l'ONU sur le maintien de la paix dans cette région troublée du pays. Dans un communiqué, l'armée soudanaise a indiqué avoir tué 200 rebelles en repoussant mercredi soir une attaque massive contre la ville de Kutum, dans le nord du Darfour, en déplorant quatre pertes et 20 blessés dans ses rangs. Ce chiffre est le plus important jamais annoncé par l'armée pour une seule opération contre les rebelles du Darfour depuis le début de la guerre civile dans cette région, il y a près de quatre ans. C'est la deuxième fois en cinq jours que l'armée soudanaise, qui n'annonce que rarement ses offensives, dit avoir fait face à des rebelles. Elle a affirmé qu'ils appartenaient au Front de salut national, coalition née ces derniers mois de groupes non signataires de l'accord de paix au Darfour. Le 17 décembre, elle a dit avoir repoussé une attaque de moindre envergure, dans la même zone du nord du Darfour, et affirmé avoir tué sept rebelles. Mais le responsable de la communication de la faction non signataire de l'accord de paix sur le Darfour du Mouvement de libération du Soudan (SLM), Ibrahim Ahmed Ibrahim, a démenti jeudi soir le chiffre de 200 rebelles tués, affirmant que seuls six étaient morts. "Le nombre des morts s'élève seulement à six", a-t-il déclaré à l'AFP depuis Londres, ajoutant que l'armée soudanaise avait "bombardé quatre villages". Dans son communiqué, publié jeudi par l'agence officielle Suna, l'armée adopte un ton triomphaliste. Elle souligne que les forces armées "se dresseront contre toute atteinte à la sécurité des citoyens". Les forces armées soudanaises ont repoussé l'attaque à 12 km au sud de la ville de Kutum, au niveau de la localité de Chak al-Nakhra, "tuant 200 éléments dont deux commandants, détruisant six canons et 18 véhicules et saisissant huit autres véhicules", selon l'armée. "Quatre soldats sont morts en martyrs et 20 ont été blessés", a-t-elle ajouté, affirmant que les rebelles s'étaient repliés devant les pertes subies. L'annonce de cette attaque est intervenue alors qu'un envoyé spécial du secrétaire général sortant de l'ONU Kofi Annan examinait avec les responsables soudanais la mise en oeuvre des soutiens de son organisation à la Force africaine (Amis) déjà en place au Darfour. L'émissaire, Ahmadou Ould Abdallah, a rencontré jeudi le président Omar el-Béchir, qui a promis de répondre par écrit à un message du M. Annan sur une opération "hybride" ONU-Amis au Darfour. Si le Soudan dit accepter les deux premières phases de ce plan agréé par l'Union africaine, il reste ambigu sur son troisième volet qui équivaudrait au déploiement d'une force conjointe dans cette région, où 200.000 personnes sont mortes du conflit et de ses conséquences humanitaires et 2 millions ont été déplacées selon l'ONU, des chiffres que conteste Khartoum. Les deux premières phases, d'un coût total de 77 millions de dollars, portent sur des soutiens logistiques et techniques à l'Amis, jugée inefficace avec ses 7.000 hommes mal équipés et sous-financés. Après la rencontre de l'envoyé de l'ONU avec le président Béchir, le chef du département de la paix au ministère des Affaires étrangères, Sadek al-Mukli, a déclaré que son pays acceptait le principe de la troisième phase, mais qu'il restait à fixer les effectifs qui seraient engagés en plus au Darfour. Le Soudan insiste pour que l'on ne sorte pas du cadre de l'accord de paix de 2005, signé par seulement une partie des rebelles, qui confie le maintien de la paix au Darfour à des forces africaines. Il veut également que le commandant de cette force soit africain.
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Les Etats-Unis posent un ultimatum au Soudan
Radio Lausanne, 21 décembre 2006
Le Soudan doit autoriser la visite d'une délégation de l'ONU au Darfour et accepter d'ici la fin de l'année le déploiement d'une force internationale dans la région, a déclaré mercredi l'émissaire spécial du président George Bush pour le Soudan. Dans le cas contraire, les Etats-Unis menacent de sanctions. Andrew Natsios a déclaré à la presse avoir fait passer ce message-là au président soudanais, Omar Hassan al Bachir, lors d'une visite ce mois-ci à Khartoum. Les autorités américaines se montrent de plus en plus irrités face au refus du Soudan d'autoriser un déploiement de casques bleus au Darfour, où plus de 200.000 personnes ont péri en près de quatre ans de guerre civile, depuis février 2003. Washington parle même de génocide dans cette région. "Nous avons dit aux Soudanais que nous devions faire avancer notre propre processus stratégique au sein du gouvernement américain et nous le ferons au début de l'année prochaine si nous ne constatons aucune forme de progrès entre aujourd'hui et la fin de l'année", a expliqué Natsios aux journalistes. Il a notamment demandé au Soudan d'autoriser une soixantaine de membres militaires et civils du personnel de l'ONU, actuellement au Khartoum, à se rendre au Darfour, et veut aussi que le gouvernement soudanais prenne l'engagement écrit de permettre le déploiement de plus de 10.000 casques bleus dans le cadre d'une force hybride à laquelle participeraient les hommes de l'Union africaine déjà sur le terrain. Si Natsios a refusé de dire ce que Washington pourrait décider au cas où le Soudan refuserait d'obtempérer d'ici la fin de l'année, les Etats-Unis et d'autres pays envisagent plusieurs possibilités, allant de l'interdiction de voyager pour les hauts responsables soudanais au gel d'avoirs et à la création d'une zone d'exclusion aérienne au-dessus du Darfour.
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Les regrets de Kofi Annan sur le Darfour et l'Irak
Le Figaro, New York Jean-Louis Turlin, 20 décembre 2006
Le secrétaire général donnait hier sa dernière conférence de presse avant son départ de l'ONU
C'était l'heure du bilan, hier pour Kofi Annan. À une question sur les principaux accomplissements, à ses yeux, de ses deux mandats, le secrétaire général sortant a cité en premier, lors de sa dernière conférence de presse à l'ONU, son action en faveur des droits de l'homme et de la responsabilité morale d'intervenir pour protéger les populations civiles. Il a mentionné, ensuite, la lutte contre les inégalités, « entre les États et à l'intérieur des États » , contre les maladies infectieuses et pour la défense de l'environnement.
Saluant le geste de l'Espagne, qui a promis lundi 700 millions de dollars pour l'aide au développement, soit « le don le plus grand jamais fait à ce jour par un pays, en vue des objectifs du millénaire à l'horizon 2015 » , Kofi Annan, qui quitte ses fonctions le 31 décembre, s'est attardé sur la tragique situation humanitaire dans la région du Darfour au Soudan, où il ne voit « aucun progrès » .
«Pétrole contre nourriture»
Kofi Annan a dit s'être entretenu pendant le week-end avec le président soudanais Omar el-Béchir, et il a annoncé l'envoi à Khartoum d'un émissaire « pour une dernière tentative d'obtenir une clarification de la part du gouvernement soudanais sur le déploiement d'une force de sécurité conjointe ONU-Union africaine » , dont il espère qu'il interviendra en début d'année. Le secrétaire général et son successeur, le Coréen Ban Ki-moon, ont aussi demandé ensemble à Jan Eliasson de « reprendre ses activités » , également au début de l'année, comme envoyé spécial sur la crise du Darfour et de cultiver « les canaux diplomatiques dans les capitales » . Interrogé sur la façon dont l'ONU a géré la crise sans, apparemment, tirer les leçons du génocide au Rwanda, il a reconnu avec franchise et regret qu'au Darfour « on aurait dû réagir plus vite » en envoyant des troupes avant que « la situation ne devienne beaucoup plus compliquée : on savait que celles de l'Union africaine ne seraient pas en mesure » d'arrêter les exactions.
Kofi Annan partira avec d'autres regrets. Le plus grand restera, affirme-t-il sans hésitation, son « incapacité d'empêcher la guerre en Irak » , suivie de la perte de son équipe dans l'attentat d'août 2003 contre les locaux de l'ONU à Bagdad. Il ne pouvait pas ne pas mentionner le scandale « Pétrole contre nourriture », en admettant le rôle de la mauvaise gestion onusienne mais en rejetant la majorité des responsabilités « dans les capitales » et du côté « des entreprises qui faisaient affaire avec Saddam Hussein » . « Tout le monde a des leçons à tirer de l'Irak, a-t-il conclu, mais tout le monde doit maintenant oeuvrer à stabiliser le pays, dans l'intérêt de la région et du monde. »
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Le Conseil de sécurité demande aux parties de faciliter la livraison immédiate de modules d'appui des Nations unies à la mission de l'Union africaine
Conformément aux accords d'Addis-Abeba et d'Abuja, il leur demande aussi de faciliter le déploiement d'une opération mixte au Darfour
À l'issue de consultations officieuses sur la situation au Darfour, le Président du Conseil de sécurité pour le mois de décembre, Nassir Abdulaziz Al-Nasser du Qatar, a fait cet après-midi, au nom des autres membres du Conseil, la déclaration suivante: Le Conseil de sécurité souscrit aux conclusions de la consultation de haut niveau d'Addis-Abeba sur la situation au Darfour, tenue le 16 novembre 2006, et au communiqué publié à l'issue de la soixante-sixième réunion du Conseil de sécurité et de paix de l'Union africaine, tenue le 30 novembre 2006. Le Conseil de sécurité accueille avec satisfaction le fait que le Gouvernement d'unité nationale se soit déclaré attaché aux conclusions et au communiqué. Le Conseil de sécurité appelle toutes les parties à appliquer sans délai les conclusions et le communiqué et, à cette fin, il leur demande de faciliter la livraison immédiate de modules d'appui légers et lourds des Nations Unies à la Mission de l'Union africaine au Soudan, conformément aux accords d'Addis-Abeba et d'Abuja, et une opération mixte au Darfour bénéficiant de l'appui technique et des structures et des systèmes de commandement et de contrôle fournis par les Nations Unies. Le Conseil de sécurité prie le Secrétaire général de le tenir régulièrement informé. Le Conseil de sécurité réaffirme qu'il est profondément préoccupé par la dégradation des conditions de sécurité au Darfour et ses répercussions dans la région. Il souligne qu'un règlement pacifique du conflit du Darfour suppose une démarche cohérente, avec des efforts concertés de toutes les parties, conformément à l'Accord de paix sur le Darfour, et aidera à rétablir la sécurité et la stabilité dans la région.
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Cri d'alarme de Roméo Dallaire, ancien commandant de la force de maintien de la paix de l'ONU lors du génocide rwandais en 1994
Roméo Dallaire souhaite que le Canada et la communauté internationale s'impliquent de façon beaucoup plus sérieuse au Darfour. À cette fin, le général à la retraite et sénateur vient de créer un groupe multipartite dont font partie des élus du Sénat et de la Chambre des communes. Ceux-ci tenteront d'influencer le gouvernement et la population canadienne, notamment en posant des questions en Chambre et en donnant des entrevues. « L'objectif est de prévenir les génocides, pas de ramasser les morceaux après. Nous devons mettre de la pression afin que notre pays prenne des actions à la mesure d'une puissance militaire moyenne, comme la nôtre. »
Un génocide toléré
Depuis 2003, le gouvernement soudanais, appuyé par de miliciens djandjawids, est engagé dans un conflit avec les rebelles du Darfour, une province de l'ouest du pays. Khartoum y mène une campagne de « purification ethnique » contre les populations appartenant aux mêmes groupes ethniques que les rebelles. Le conflit a jusqu'ici tué plus de 200 000 personnes et déplacé plus de 2 millions de civils. Khartoum refuse le déploiement de soldats de l'ONU, prétextant le respect de sa souveraineté. L'ONU n'a imposé, à ce jour, aucune sanction contre le Soudan. « En refusant l'aide d'une force de l'ONU pour protéger les Darfouriens, le gouvernement soudanais a pris la décision d'être un gouvernement génocidaire », dit M. Dallaire. En 2005, l 'Assemblée générale de l'ONU a accepté la doctrine de sécurité protégée, qui oblige la communauté internationale à intervenir dans un pays où un gouvernement abuse des droits de la personne, souligne M. Dallaire. « Alors que nous avons une occasion idéale de mettre cette doctrine en pratique, les divers gouvernements affirment qu'ils n'ont pas assez de troupes pour y aller », déplore le général à la retraite. M. Dallaire explique l'inaction des gouvernements occidentaux par l'absence d'intérêts stratégiques. « Au Darfour, tout comme au Rwanda, il n'y a que des êtres humains. Ces pays n'ont aucune valeur aux yeux des grandes puissances, dont le Canada, qui sont beaucoup plus intéressé par ce qui leur revient que par ce qu'ils peuvent donner à l'humanité. »
Traumatisé du Rwanda
Roméo Dallaire a commandé la force de maintien de la paix de l'ONU lors du génocide rwandais en 1994. Il a commencé à témoigner lundi devant le tribunal de l'ONU qui en juge les responsables. M. Dallaire témoigne par liaison vidéo à partir de Toronto, en raison du stress post-traumatique qu'il a subi lors du génocide et de son incapacité de se rendre en Tanzanie, où se déroule le procès. M. Dallaire a expliqué que le rôle de la force onusienne était de présider à « la formation d'un gouvernement d'unité nationale », ce qui avait été rendu impossible par l'assassinat du président rwandais Juvenal Habyarimana, dont l'avion a été abattu alors qu'il revenait dans la capitale, Kigali, le 6 avril 1994. Le président Habyarimana revenait à Kigali après avoir tenu des négociations de paix avec les rebelles tutsis. Le génocide a débuté la nuit même où l'avion s'est écrasé. 500 000 Rwandais - la plupart Tutsis et Hutus modérés - ont été massacrés en moins de 100 jours par des extrémistes hutus.
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Conséquences du conflit armé au Darfour sur le plan humanitaire
Dernier rapport des activités du CICR sur le terrain, 19 décembre 2006
Une des plus graves conséquences de la recrudescence des combats dans les trois États du Darfour depuis la fin de la saison des pluies a été l'augmentation du nombre de personnes déplacées de villages qui ont été attaqués ou qui se trouvent à proximité du lieu des combats. Une évaluation réalisée en novembre par une équipe du CICR basée au Darfour-Nord a révélé que des milliers de personnes qui avaient fui les régions situées au nord de la ville de Kutum (Darfour-Nord)au cours des deux mois précédents étaient maintenant largement dispersées. Beaucoup avaient trouvé refuge dans des régions plus reculées et d'autres étaient hébergées dans des villages éloignés. Des centaines de personnes avaient fait route vers les camps situés autour de Kutum. Au cours de ses visites sur le terrain au nord et à l'est de Kutum, l'équipe du CICR a rencontré des gens qui lui ont déclaré que leurs principales préoccupations étaient la sécurité, l'eau et les soins médicaux. Les délégués ont réparé dans l'urgence des points d'eau dans plusieurs villages, procédé à des évaluations sanitaires, entamé des recherches pour retrouver des proches dont on est sans nouvelles, et facilité le transfert de membres libérés des forces armées soudanaises. L'équipe chirurgicale de campagne du CICR a été déployée quatre fois en novembre, près des lignes de front, dans des régions reculées du Darfour-Nord, où il n'existe aucune autre structure médicale. Au cours d'une mission à la mi-novembre, l'équipe a opéré 27 blessés en l'espace de 20 heures, et ce, sans interruption, la première opération ayant débuté à 7 h 30 du matin et la dernière se terminant aux premières heures du jour suivant. Au total, elle a traité une quarantaine de combattants blessés des deux camps, ainsi que des civils. Les opérations ont eu lieu dans une école abandonnée, clairement signalée par l'emblème protecteur de la croix rouge. La présence de munitions non explosées dans les villages attaqués et les alentours fait peser une lourde menace tant sur les humains que sur les animaux. Toute personne qui touche une munition non explosée risque d'être tuée, au mieux mutilée, si l'engin explose. Les agences compétentes des Nations Unies ont été alertées et sont occupées à nettoyer les zones contaminées. Le CICR demande que des séances de prévention soient organisées de toute urgence dans les localités concernées, afin que les gens sachent comment éviter de tels risques.
Détérioration des conditions de sécurité
L'attaque perpétrée le 8 décembre, peu après minuit, contre une résidence du CICR à Kutum est le dernier d'une série d'incidents de sécurité qui ont perturbé les opérations du CICR au Darfour. On se souviendra que c'est aussi au Darfour-Nord, en août dernier, qu'un chauffeur du CICR a perdu la vie après avoir été enlevé. Ces dernières semaines, le climat de sécurité s'est progressivement détérioré pour les travailleurs humanitaires, en raison des vols de véhicules, du pillage des convois, du harcèlement généralisé et des attaques dirigées contre le personnel. Début décembre, un véhicule du Croissant-Rouge soudanais a été volé au Darfour-Ouest, et les deux membres du personnel qu'il transportait ont été enlevés. Heureusement, ils ont été libérés à quelque distance du lieu de l'enlèvement. On est toujours sans nouvelles du véhicule. Les motifs de l'attaque perpétrée contre la maison du CICR à Kutum ne sont pas connus. Une enquête est en cours. Les expatriés qui y sont normalement basés se trouvent provisoirement à El Fasher, d'où ils gèrent le bureau, avec le soutien du personnel recruté localement.
Combats à Malakal
Lorsque des combats ont éclaté, le 27 novembre, entre les soldats des forces armées soudanaises et les membres de l'Armée populaire de libération du Soudan ( Sudan People's Liberation Army, SPLA) à Malakal, ville du sud du Soudan, une équipe du CICR qui était sur place a offert ses services en tant qu'intermédiaire neutre aux deux camps. À la fin des combats, deux jours plus tard, les délégués se sont rendus sur les lignes de front pour enlever les dépouilles de 27 soldats de la SPLA qui se trouvaient dans des zones contrôlées par les forces armées soudanaises, la SPLA ne pouvant les enlever elle-même. Le CICR a aussi fourni du matériel de pansement à la SPLA , pour qu'elle puisse soigner ses blessés, et une assistance similaire à l'hôpital de Malakal, qui compte 400 lits. Les forces armées soudanaises n'ont pas accepté l'offre du CICR, l'informant qu'elles étaient en mesure de procéder à l'enlèvement de leurs morts et de soigner leurs blessés. En plus de l'aide apportée à l'enlèvement des corps, les volontaires du Croissant-Rouge soudanais ont distribué à la population des comprimés de chlore pour éviter une épidémie causée par l'eau. Les civils qui s'étaient réfugiés dans les villages voisins lorsque les combats avaient éclaté sont revenus dans la ville – qui heureusement n'a subi que peu de dégâts –, une fois le calme rétabli le 1er décembre. Ces affrontements à Malakal ont été les plus violents depuis que l'Accord de paix global entre la SPLA et le gouvernement du Soudan a été signé en janvier 2005. La situation reste tendue.
Lancement de l'appel 2007 du CICR en faveur du Soudan
Plusieurs programmes étant arrivés à terme en 2006, cela a permis au CICR de réduire de 40% son budget de l'année prochaine pour le Soudan. Cette opération reste toutefois la plus vaste des opérations menées par le CICR dans le monde entier, et ce, pour la quatrième année consécutive. Les programmes qui ont conduit à réduire le budget concernent notamment la remise de l'hôpital de campagne du CICR à Lokichokio (nord du Kenya) au gouvernement kenyan. L'hôpital a traité les blessés évacués pendant la longue guerre civile qui a ravagé le sud du pays. Les activités médicales et d'appareillage orthopédique qui ont eu lieu à Lokichokio ont été transférées à Juba. Les distributions de nourriture dans les camps de Gereida (Darfour-Sud) ont été confiées au Programme alimentaire mondial et à Action contre la faim à la fin du mois de juillet. Le CICR confiera aussi prochainement à d'autres agences ses programmes de distribution de produits alimentaires thérapeutiques et de complément, ainsi que son centre de soins de santé primaires à Gereida. De même, l'institution ne distribuera plus de vivres à grande échelle en 2007. Cette décision est fondée sur des évaluations approfondies réalisées sur le terrain et sur le suivi de la situation après les récoltes dans les zones accessibles du Darfour, dont certaines parties de Jebel Marra. Il en résulte, de l'avis du CICR, que le fait de donner aux gens des semences et des outils, d'une part, et d'autres articles qui leur permettent de se faire un revenu, d'autre part, est le meilleur moyen de compléter l'aide alimentaire fournie par d'autres agences. Le CICR contribuera aussi à diminuer la dépendance à l'assistance, surtout dans les régions où les récoltes ont bien donné. Même s'il réduit son aide alimentaire en 2007, le CICR ne sous-estime nullement les difficultés considérables auxquelles des centaines de milliers de Darfouri sont confrontés, surtout dans les régions où les mécanismes d'adaptation sont mis à rude épreuve en raison du climat de sécurité précaire qui y règne. C'est la raison pour laquelle le CICR continuera de se tenir prêt à intervenir en cas d'urgence l'année prochaine afin de pouvoir répondre aux besoins prioritaires des personnes touchées ou déplacées par le conflit armé, ou contraintes de s'enfuir de chez elles où que ce soit au Soudan. Comme en 2006, le CICR concentrera ses opérations de l'année à venir sur les communautés rurales, et plus particulièrement sur les personnes vivant dans des villages reculés des trois États du Darfour.
Activités menées en novembre
En procédant avec souplesse et en allant sur le terrain chaque fois et partout où la situation de sécurité le leur permettait, les membres du personnel du CICR ont pu mener à terme un nombre important d'activités dans les trois États du Darfour en novembre et début décembre. Mis à part les affrontements mentionnés à Malakal, le travail a aussi continué normalement dans les parties méridionale, orientale et centrale du Soudan.
En novembre, le CICR a mené les activités suivantes : -- installation ou réparation de 44 pompes manuelles dans 19 zones d'installation au Darfour-Sud et Darfour-Ouest ; -- réhabilitation de deux stations de distribution d'eau dans les villages d'Al Murmallah et de Joghana (Darfour-Sud) et remise de la station de l'hôpital de Kabkabiye (Darfour-Nord) ; -- nettoyage et réparation de deux puits peu profonds à Twail (Darfour-Sud) ; -- poursuite des travaux sur le réseau d'alimentation en eau de Zalingei afin d'améliorer l'approvisionnement de 17 000 personnes déplacées vivant dans deux camps et de 15 000 habitants de la ville ; -- poursuite des travaux dans l'ensemble du Soudan pour que les membres de familles dispersées par le conflit restent en contact, et ce, par l'échange de messages Croix-Rouge (courts messages personnels adressés à des proches que le conflit armé ne permet pas de joindre autrement). Plus de 1800 messages ont été recueillis et environ 1200 ont été distribués en novembre (plusieurs parmi les détenus visités au Darfour-Nord après les combats au nord et à l'est de Kutum ont envoyé des messages Croix-Rouge à leur famille) ; -- soutien continu des personnels de santé du CICR au programme élargi de vaccination du ministère de la Santé au Darfour-Nord et au Darfour-Sud ; -- soutien continu à l'hôpital universitaire de Juba, qui a admis 2450 patients pendant la période considérée, procédé à 500 opérations et soigné 2676 patients externes ; -- poursuite des travaux avec le centre d'appareillage de Juba ; -- soutien à une campagne de deux semaines prônant la vaccination du bétail dans les villages situés autour de Dar-es-Salaam (Darfour-Nord), campagne pendant laquelle 72 060 animaux ont été immunisés contre certaines grandes maladies telles que la septicémie hémorragique et le charbon bactéridien (dix spécialistes vétérinaires formés par le CICR ont inoculé le vaccin, avec deux techniciens vétérinaires travaillant en collaboration avec les autorités locales à El Fasher).
Informations complémentaires : Jessica Barry, CICR Khartoum, tél. : +249 9121 70576 Claudia McGoldrick, CICR Genève, tél. : +41 79 217 32 16
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Kofi Annan envoie un haut responsable de l'ONU à Khartoum
Nations Unies, New York, 19 décembre 2006
Après la conversation qu'il a eue ce week-end avec le président du Soudan, le Secrétaire général a décidé aujourd'hui d'envoyer à Khartoum Ahmedou Ould-Abdallah, haut responsable de l'ONU, pour clarifier les détails de l'accord conclu à Addis-Abeba le mois dernier sur le déploiement d'une force au Darfour. Ahmedou Ould-Abdallah cherchera à clarifier les termes du déploiement d'une force « hybride » Nations Unies-Union africaine pour protéger les populations du Darfour contre les exactions des milices et des groupes rebelles, a annoncé le porte-parole du Secrétaire général, Stéphane Dujarric, lors de son point de presse quotidien, au siège de l'ONU. Ahmedou Ould-Abdallah, de la Mauritanie , occupe depuis 2002 le poste de Représentant spécial du Secrétaire général pour l'Afrique de l'Ouest. Après l'accord conclu en Ethiopie entre les Nations Unies et le gouvernement du Soudan, plusieurs questions étaient restées en suspens quant à la création d'une force « hybride », et notamment des questions liées à sa taille et à son commandement. Le Secrétaire général avait annoncé le 17 novembre que le gouvernement du Soudan avait accepté le principe d'une force hybride « Nations Unies-Union africaine » ( dépêche du 17.11.06). Kofi Annan doit également s'entretenir aujourd'hui à New York avec les membres permanents du Conseil de sécurité sur la question du Darfour, réunion à laquelle son successeur Ban Ki-moon participera
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Soudan, le pays, accusé des pires exactions au Darfour et d'agressions chez ses voisins, fait l'objet de pressions de toute parts. Mais le noyau dur du pouvoir, l'un des plus opaques du continent, reste sourd et fait front.
Jeune Afrique, 19 décembre 2006
Le conflit continue au Darfour, dans l'ouest du Soudan. Il a même fait tache d'huile chez les voisins tchadien et centrafricain, qui accusent Khartoum de les déstabiliser par bandes rebelles interposées et font appel à l'aide de. la France. Mais le gouvernement soudanais, sous pression internationale depuis de longs mois pour accepter le déploiement de Casques bleus sur son territoire, à la place des forces africaines fait front. Malgré la résolution 1706 du Conseil de sécurité de l'ONU qui l'y invite. Mais comment convaincre l'un des régimes les plus secrets de la planète, l'un de ceux qui aiment tromper son monde au point de laisser penser que sa propre survie en dépend? Après son arrivée au pouvoir par un coup el-Béchir n'a pas hésité à mettre l'un des siens officiellement arrêter l'islamiste Hassan el-Tourabi pour rassurer le puissant voisin égyptien. En2001, quand Béchir a remis Tourabi en prison, cette fois pour de bon, il a réussi à faire croire aux Occidentaux que c'était un signe d'ouverture du régime. En réalité, le plus radical n'était peut-être pas celui qu'on croyait. En 1995, Tourabi s'était opposé au projet d'assassinat du président égyptien Hosni Moubarak, ce qui n'empêcha pas l'attentat d'Addis-Abeba. Aujourd'hui encore, en plein bras de fer à propos du Darfour, le régime parvient à garder la confiance des services secrets occidentaux. Le chef du National Security and Intelligence Service (NSIS), le général Salah Abdallah Gosh, est un interlocuteur privilégié de la CIA dans la lutte contre al-Qaïda: Depuis les années 1980, les islamistes soudanais aiment séduire, manipuler, infiltrer. Ils disent apprécier les méthodes de pouvoir d'un Blaise Compaoré au Burkina Faso. Et ils envient aux Français leurs réseaux maçonniques en Afrique. « Les islamistes soudanais fonctionnent comme une société secrète », commente un observateur de Khartoum. Alors qui gouverne au Soudan? Officiellement, Omar Hassan el-Béchir. Né en 1944 dans une famille modeste du village de Hosh Bonnaga, dans le nord, il est entré à l'académie militaire en 1960 et a combattu contre Israël en 1973 aux côtés de l'armée égyptienne. À la veille du putsch de 1989, il dirigeait une brigade de parachutistes. Autoproclamé président de la République en 1993, il est « élu » une première fois en 1996 puis en 2000. Après dix-sept ans de pouvoir, l'homme est resté d'un abord simple. Son bureau est accessible. Tous les vendredis, à la mosquée, il se mêle aux fidèles. Il jouit encore d'une certaine popularité. Mais Béchir n'est pas arrivé seul au pouvoir. En juin 1989, il a fait alliance avec les islamistes du Front national islamique (FNI) pour renverser le gouvernement élu de Sadek el-Mahdi. Chacun y a trouvé son compte. Les islamistes de Hassan el-Tourabi avaient besoin d'un bras armé. Les militaires du général Béchir cherchaient une base politique pour « légitimer » leur putsch. Le FNI était arrivé troisième aux législatives de 1986. Depuis dix-sept ans, l'alliance tient bon. L'armée occupe la plus haute fonction de l'État. Elle s'enrichit. Elle investit dans le secteur pétrolier et la finance, notamment à la Banque nationale d'Omdurman. Les islamistes, eux, occupent les ministères clés. En 1996, ils ont remplacé le FNI par le Parti du congrès national (PCN). Ils y ont fait entrer des dignitaires de l'époque Nimeiry et des chefs de tribus. Méthodiquement, ils étendent- leur contrôle sur tout le Nord-Soudan. En 1999, ce système bicéphale s'est grippé. Il a même failli exploser. Sans doute lassé de gouverner dans l'ombre, le vieux renard Hassan el-Tourabi s'en est pris au pouvoir du président Béchir. Il s'est prononcé en faveur de la primauté du parti sur l'État. Surtout, il a voulu donner aux députés la prérogative de destituer le chef de l'État. Ceux qui pensaient qu'Omar elBéchir n'était que le pantin des islamistes en ont été pour leurs frais. Béchir s'est rapproché des islamistes anti-Tourabi, notamment ceux qui étaient agacés par l'autoritarisme du « vieux ». Il a conclu un pacte avec un homme clé du régime, Ali Osman Taha. Né en 1948, Taha est le fils d'un modeste cheminot du nord du pays. D'abord juge, puis avocat, il a pris la tête du groupe parlementaire FNI jusqu'au putsch de 1989. Moins brillant que Tourabi mais plus méthodique, cet homme d'organisation, surnommé le « scorpion », est devenu, à partir de 1993, l 'un des « durs » de l'appareil sécuritaire du régime. En 1998, il a été nommé vice-président. Un an plus tard, il a conspiré avec Béchir contre Tourabi. En décembre 1999, le général Béchir a dissous l'Assemblée et suspendu la Constitution. Un putsch dans le putsch. À partir de cette date, la cohabitation est devenue plus harmonieuse entre les deux pôles du pouvoir. Ali Osman Taha négociait avec le rebelle sudiste John Garang. Omar el-Béchir signait. Mais le système s'est à nouveau grippé au lendemain de l'accord de paix de Naivasha, en janvier 2005. Du côté de Khartoum, le principal architecte de cet accord n'était autre que Taha. Celui-ci a donc cherché à faire entrer au gouvernement et au parti de jeunes cadres ouverts à un partage du pouvoir avec les anciens rebelles sudistes. Mais en septembre 2005, Béchir a pris le contre-pied de cette politique. Il a nommé dans le nouveau gouvernement d'union nationale de vieux fidèles très méfiants à l'égard de l'accord de paix avec le Sud. À commencer par le général Abdel Rahim Mohamed Hussein; en charge de la Défense. Au début de l'année 2006, les choses ont failli mal tourner entre Béchir et Taha. Le ministre de la Défense a commencé à purger l'armée des officiers proches de Taha. En représailles, ce dernier s'est procuré auprès des services de renseignements du général Gosh la liste des bénéficiaires des quotas pétroliers. Parmi les heureux élus figuraient deux frères du chef de l'État... En mars 2006, la querelle a pris un tour public. Un cousin du président Béchir, Tayeb Mustapha Abde1 Rahman, a attaqué le vice-président Taha sur un nouveau terrain, le Darfour. Il l'a accusé d'être prêt à y laisser venir des Casques bleus de l'ONU. Le 30 juin, Ali Osman Taha n'a pas assisté aux cérémonies d'anniversaire du coup d'État de 1989. Officiellement, il se reposait en Turquie avec sa famille. Beaucoup de Soudanais se sont dit: « C'est fini pour lui. » Aussitôt, le président Béchir a démenti la rumeur de disgrâce: « C'est une invention des médias. » Quelques jours plus tard, à son retour de vacances, Taha était accueilli à l'aéroport de Khartoum par le ministre de la Défense. Depuis, les relations semblent apaisées entre Béchir et Taha. Le 3 septembre, quelques jours après le vote de la résolution 1706 au Conseil de sécurité sur l'envoi de soldats onusiens au Darfour, Omar Hassan el-Béchir a surgi en pleine réunion du gouvernement pour annoncer qu'il rejetait ce texte et tout déploiement d'une telle force. Ali Osman Taha n'a pas bronché. En novembre, Taha et Béchir sont apparus à dix jours d'intervalle devant les journalistes d'une dizaine de grandes capitales à l'occasion de deux vidéoconférences de presse. Objectif: marteler la position anti-ONU au Darfour, et montrer qu'il n'y a pas la moindre divergence de vues entre le numéro un et le numéro deux du régime. La crise est-elle passée? Une chose est sûre. Aujourd'hui, les hommes de «l'entourage » deviennent des alliés précieux que chaque camp essaie de gagner à sa cause. Outre le ministre de la Défense , le camp Béchir semble pouvoir compter sur deux hommes à poigne. Tous deux sont conseillers à la présidence. Nafi'e Ali Nafi'e est un islamiste de la première heure. Au lendemain du putsch de 1989, il mena la répres sion contre les partisans dé Sadék e1-Mahdi. Après l'attentat manqué contre Hosni Moubarak, il fut mis au vert pendant quelques années pour calmer les Égyptiens. Aujourd'hui, il est de nouveau en cour. Quant à Majzoub el-Khalifa, c'est l'homme qui monte. En avril-mai derniers, il a dirigé la délégation gouvernementale aux négociations d'Abuja sur le Darfour. « Il est rigide », dit un participant à ces travaux. Du côté de Taha, on cultive de bonnes relations avec le général Gosh, le chef du tout-puissant service de renseignements NSIS. Mais Gosh peut-il prendre le risque de se couper de Béchir? Le «premier flic» du Soudan est sous pression. En mars dernier, il a été évacué à Londres à la suite d'un malaise cardiaque à Khartoum. Autre personnage pivot: Awad Ahmed el-Jaz, l'inamovible ministre de l'Énergie et des Minés. Un islàmiste qui a appris la gestion en Californie. L'opacité des comptes pétroliers, c'est lui. La redistribution des revenus du pétrole aux hommes du régime, c'est encore lui. Selon l'accord de Naivasha, les Soudanais doivent voter librement en 2009. Plus ces élections vont s'approcher, plus les militaires et les islamistes auront intérêt à consolider leur alliance. La compétition sera rude face aux deux grandes formations nordistes, le parti Oumma de l'ancien Premier ministre Sadek el-Mahdi et le Parti démocratique unioniste (PDU) des frères Mirghani. Et, bien entendu, face au Mouvement populaire de libération du Soudan (MPLS) du vice-président Salva Kiir, le successeur du défunt John Garang. Mais y aura-t-il élections? Fin novembre, une bataille rangée de trois jours entre une milice supplétive de l'armée et les forces du MPLS a causé la mort de plus de cent personnes à Malakal, à 700 kilomètres au sud de Khartoum. Au sud, la paix est fragile. Au Darfour, la guerre continue. Depuis dix-sept ans, le régime à deux têtes tient bon. Par temps calme, c'est assez facile. Les divergences de vues sont sans conséquence. Mais par gros temps?
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La première mesure humanitaire serait d'imposer politiquement un cessez-le-feu
Darfour : sortir du piège
Libération, par Pierre Lellouche député UMP de Paris 19 décembre 2006
La situation dramatique au Darfour a pris ces dernières semaines une dimension régionale nouvelle et particulièrement inquiétante. Au drame humain que vivent, depuis quatre ans déjà, trois millions de personnes déplacées à l'intérieur de cette région du Soudan, s'ajoute désormais le risque d'extension du conflit en direction de deux pays qui font partie de notre «pré carré» africain et où des forces françaises sont déployées : le Tchad et la République centrafricaine. Dans un territoire semi-désertique, grand comme la France et peuplé d'à peine 6 millions d'habitants, la moitié de la population a déjà été déplacée par la violence. Trois cent mille personnes ont été tuées, 300 000 autres sont en danger de mort, hors de toute atteinte de l'aide humanitaire. Plus de 1 million de déplacés vivent, survivent, dans des camps de réfugiés, véritables «villes» de 30 000 à 50 000 habitants, faites de branchages d'épineux, de torchis ou de simples feuilles de plastique. La détresse y est immense, comme j'ai pu le constater sur place lors d'une récente visite en compagnie du ministre des Affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy. A l'origine de ces souffrances, un conflit ubuesque : une guerre entre musulmans, entre Noirs, mais où une partie de la population revendique une appartenance arabe pour persécuter le reste de cette population misérable avec l'aide du gouvernement central de Khartoum. Par cynisme ou par lâcheté, la communauté internationale a détourné le regard, toutes ces dernières années, laissant les Africains «se débrouiller entre eux». Pour protéger la population des camps de réfugiés, c'est l'Union africaine qui a été mandatée. Elle a déployé 5 000 hommes, l'Amis (Mission de l'union africaine au Soudan), qui n'ont pas touché leur solde depuis au moins trois mois. Ils ne disposent ni de moyens de transport sérieux ni de moyens de transmission. Si ces soldats de l'Amis assurent une certaine sécurité dans les camps pendant la journée, passées six heures du soir, ce sont les milices arabes «jenjawids» qui y pénètrent régulièrement pour s'y livrer à leurs exactions habituelles : pillage de bétail, viols, exécutions. L'ampleur de ces violences, pires encore à l'extérieur des camps et le risque d'un génocide ont amené le Conseil de sécurité des Nations unies, à l'initiative des Etats-Unis et du Royaume-Uni, soutenus par la France , à adopter en août dernier la résolution 1706, qui prévoit de déployer au Darfour une force robuste de 20 000 hommes. Le problème, c'est que le régime soudanais, sans craindre de défier la communauté internationale, rejette violemment cette résolution et refuse toute présence d'une force d'interposition onusienne. Le président Omar el-Béchir n'y voit qu'un vaste complot américano-européen destiné à le renverser et ne tolérerait qu'une présence de forces de l'Union africaine. Il annonce même, pour le cas où les soldats de l'ONU viendraient à entrer au Soudan, envisager d'engager une guerre «pire encore qu'en Irak», tandis que son entourage menace d'inviter Oussama ben Laden à s'installer à nouveau au Soudan. L'une des nombreuses conséquences du fiasco irakien est de rendre extrêmement difficile l'idée généreuse d'une intervention humanitaire internationale contre un régime qui, pourtant, laisse massacrer toute une partie de sa population. L'ONU étant interdite de séjour au Soudan et dans la mesure où personne en Occident n'est prêt à mourir pour le Darfour ni à faire la guerre au régime de Khartoum, la communauté internationale s'est donc résolue au renouvellement pour six mois du mandat de l'Amis. Dans l'intervalle cependant, les combats font tâche d'huile à l'intérieur du Tchad et de la République centrafricaine, obligeant les forces françaises à intervenir sur le terrain. Une nouvelle fois, les démocraties occidentales, réduites à l'impuissance, se retrouvent prises au «piège de l'humanitaire» : faute de résoudre la racine des conflits, on tente d'en limiter un peu les effets sur les populations ; et afin de pouvoir continuer tant bien que mal à soulager la misère humaine, on s'abstient de critiquer trop ouvertement les régimes en place. Aujourd'hui, plus de 83 organisations non gouvernementales sont présentes au Darfour, avec 13 000 personnes qui viennent en aide quotidiennement à 1 million de réfugiés dans les camps. Mais leur action, depuis le vote de la résolution 1706, est devenue de plus en plus difficile : leurs personnels subissent toutes sortes de vexations de la part des autorités. Certaines d'entre elles ont eu des morts et ont subi des attaques. D'autres ont peur d'être chassées. Il est grand temps, à mes yeux, de changer de braquet et de résoudre les problèmes politiques posés. Car à quoi mène cette politique humanitaire, certes noble, certes indispensable, tout à l'honneur des jeunes volontaires qui prennent tous les risques pour venir en aide à ces malheureux, si rien n'est fait pour régler politiquement les problèmes ? Les enjeux sont immenses : au-delà du sort des populations, c'est la fracture entre islam traditionnel modéré et islam fondamentaliste qui se joue au Soudan, pays charnière entre l'Afrique et le Monde arabe. C'est aussi, en cas de poursuite de ce conflit, la remise en cause, à terme, de l'accord conclu à l'autre extrémité du pays avec la population chrétienne du Sud Soudan, avec à la clé le partage des ressources pétrolières de cette région. C'est enfin la certitude, de voir cette crise du Darfour s'étendre au Tchad et à la République centrafricaine, en fragilisant encore plus ces deux pays, déjà au bord de l'effondrement. Le renforcement logistique de l'AMIS n'est qu'un médiocre palliatif à court terme. Cette fois-ci, nous ne pourrons pas dire que «nous ne savions pas». Si, comme je le crois nécessaire, nous devons restaurer une dimension morale à notre politique étrangère, il est de notre responsabilité de faire en sorte que ce conflit ne se solde pas en centaines de milliers, voire en millions de victimes. Il importe de tout faire pour revitaliser les accords de paix d'Abuja signés en mai 2006, en essayant de les élargir aux groupes rebelles qui ont éclaté au cours des derniers mois et de faire en sorte que Khartoum accepte l'instauration d'un cessez-le-feu véritable, s'appliquant également à ses milices. La tâche n'est pas facile, mais elle est capitale : la première mesure humanitaire, c'est le cessez-le-feu. Il faut enfin oeuvrer, sans plus attendre, à une force d'interposition de l'ONU à la frontière avec le Tchad et la République centrafricaine, afin d'éviter la poursuite d'une déstabilisation qui menace toute la région.
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Darfour: des sanctions contre le Soudan
Quinze anciens ministres des affaires étrangères ont appelé à des sanctions sévères contre le Soudan si le président Omar Hassan al-Bachir n'accepte pas le déploiement effectif d'une force internationale de maintien de la paix dans le Darfour.
B.B.C. Afrique, 18 décembre 2006
L'ancienne secrétaire d'Etat américaine, Madeleine Albrigh,t fait partie des signataires de cet appel. Le document, qui a été publié dans le quotidien britannique du milieu des affaires, le Financial Times, dénote la déception de la communauté internationale, et des diplomates qui ont travaillé sur le dossier, depuis le déclenchement du conflit dans le Darfour, il y a trois ans. Les anciens ministres des affaires étrangères ont lancé un appel pour un dernier effort afin de convaincre le président Bachir à trouver une issue à ce problème avant la fin de l'année. Si le numéro un soudanais refuse, les anciens ministres proposent de le faire payer au "prix fort". Ils appellent notamment à une interdiction de voyage et un gel des biens de responsables soudanais. Les anciens ministres des affaires étrangères demandent, également, en cas de refus du Soudan d'autoriser le déploiement d'une force internationale de maintien de la paix, des mesures ciblant les revenus pétroliers du pays, et une intensification des enquêtes de la cour pénale internationale. Les diplomates, qui viennent de la Thaïlande , de la Turquie ainsi que de l'Europe et des Etats-Unis, soulignent que la situation dans le Darfour constitue un risque pour la paix en Afrique centrale, notamment en Centrafrique et au Tchad. En revanche, les anciens ministres des affaires étrangères ne mentionnent pas d'action militaire contre Khartoum .
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Droits de l'Homme: Khartoum prêt à collaborer avec une mission de l'ONU
Jeune Afrique , 18 décembre 2006
Le Soudan s'est dit prêt à collaborer avec une mission du Conseil des droits de l'Homme de l'ONU qui doit mener une enquête au Darfour, région de l'ouest du pays en guerre civile. Le ministre de la Justice , Mohammed Ali al-Mardhi, cité lundi par la presse, a indiqué que son pays avait donné son accord à une visite de la mission au Darfour et affirmé que son ministère allait "lever tous les obstacles" qui pourraient entraver son travail. M. Mardhi a ajouté que la mission, attendue dans les prochaines semaines, pourrait rencontrer toutes les parties concernées et visiter tout endroit au Darfour, où selon l'ONU, 200.000 personnes ont péri de la guerre et de ses conséquences depuis février 2003 en plus de 2 millions de déplacés. Le ministre, dont le pays conteste ces chiffres, a affirmé que "les autorités n'ont rien à cacher", tout en espérant voir la commission produire un rapport "équilibré". Les 47 Etats membres du Conseil des droits de l'Homme de l'ONU sont parvenus par consensus mercredi dernier à un accord sur l'envoi d'une mission d'experts pour "évaluer la situation des droits de l'Homme au Darfour". Ils ont décidé "d'envoyer une mission de haut niveau pour évaluer la situation des droits de l'Homme au Darfour et les besoins du Soudan à ce sujet, formée par cinq personnes hautement qualifiées, désignées par le président du Conseil (...) ainsi que par le Rapporteur spécial sur la situation des droits de l'homme au Soudan". Cette décision, un compromis, avait permis d'écarter l'envoi d'une mission politique composée de membres du Conseil, préconisée par l'Algérie au nom du groupe africain et critiquée par de nombreux pays et Kofi Annan, le secrétaire général de l'ONU.
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L'UA s'inquiète d'une aggravation de la situation au Darfour
L'Express avec Reuters, 16 décembre 2006L'Union africaine (UA) a fait état samedi d'une aggravation de la situation au Darfour, dans l'ouest du Soudan, due selon elle au retour de milices djandjaouid réarmées et à la détermination de Khartoum de recourir à la violence pour régler le conflit.
"La sécurité au Darfour se détériore rapidement, principalement à cause de la réémergence des milices djandjaouid", déplore l'organisation dans un communiqué. Ces milices arabes "semblent avoir été approvisionnées et réarmées et ont mené des activités odieuses en toute impunité au Darfour, en particulier dans les zones sous contrôle du gouvernement soudanais", souligne-t-elle. Depuis février 2003, le Darfour est le théâtre d'affrontements entre mouvements rebelles issus de la population noire et miliciens arabes djandjaouid mobilisés pour mater le soulèvement. Les affrontements ont fait 200.000 morts et 2,5 millions de déplacés. Le Conseil de séc |