Le Soudan dans la Presse

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2006

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Novembre 2006

Le Figaro
30 novembre 2006

Dominique de Villepin au Tchad : la France à nouveau impliquée dans un conflit africain

Le Monde
30 novembre 2006

Darfour: le Conseil des droits de l'homme convoqué en session extraordinaire

Le Monde
26 novembre 2006

Des rebelles venus du Soudan lancent une offensive dans l'est du Tchad

Le Figaro Magazine
25 novembre 2006

Darfour : la France tente de dénouer l'imbroglio

Le Monde
24.novembre 2006

Luis Moreno Ocampo, procureur de la Cour pénale internationale
"Notre enquête au Darfour est pratiquement terminée"

Le Monde
24 novembre 2006

Vaste offensive des forces soudanaises et de leurs milices

Le Figaro
24 novembre 2006

Une publicité inédite pour une cause humanitaire

Le Figaro
24 novembre 2006

La guerre au Darfour déstabilise l'Afrique
Le conflit, après avoir embrasé l'est du Tchad gagne la Centrafrique

Le Figaro
24 novembre 2003

Paris envoie des renforts en Centrafrique

Le Figaro
24 novembre 2006

La guerre a repris dans la province soudanaise, où errent quelque 225 000 personnes

Le Figaro
24 novembre 2006

Marc Lavergne : ''Il y a un double jeu de la communauté internationale

Le Figaro
24 novembre 2006

Le conflit meurtrier du Darfour fait tache d'huile en Afrique

Radio Canada
24 novembre 2006

Soudan sur la sellette

Le Figaro
24 novembre 2006

Pourquoi Washington n'a pas réussi à imposer l'ONU

Le Monde
23 novembre 2006

Darfour : le procureur de la CPI a assez de preuves pour des inculpations

Nouvel Observateur 23 novembre 2006

La cour pénale internationale prête à lancer des poursuites pour crimes contre l'humanité au Darfour

Nations Unies
23 novembre 2006

Darfour : Jan Egeland exhorte le Conseil de sécurité à prendre ses responsabilités

L'Express
22 novembre 2006

L'Onu accuse le Soudan de renforcer la crise au Darfour s

Le Monde
21 novembre 2006

Béchir mardi en Libye pour un mini-sommet africain

Le Monde
21 novembre 2006

Le Tchad intervient militairement en Centrafrique

Le Figaro
20 novembre 2006

La terrible responsabilité du gouvernement soudanais,

Le Figaro
20 novembre 2006

Darfour : ce que nous devons faire contre l'horreur absolue, par Philippe Douste-Blazy

Le Figaro
18 novembre 2006

Le conflit du Darfour déborde en Centrafrique

Le Figaro
18 novembre 2006

Kofi Annan annonce une force Afrique-ONU

Le Monde
17 novembre 2006

La crise du Darfour, qui se propage au Tchad et à la Centrafrique , risque d'embraser la région

Le Monde
16 novembre 2006

Au Darfour, les soldats africains de la MUAS manquent de moyens

Le Monde
16 novembre 2006

En "état d'urgence", le Tchad craint la contagion des tueries du Darfour

Le Monde
15 novembre 2006

Roland Marchal, chercheur du Centre d'études et de recherches internationales (CERI) à Paris

"Au Tchad, les risques d'une déstabilisation durable sont plus élevés aujourd'hui "

Le Parisien
15 novembre 2006

Sept questions sur le Darfour

Le Figaro
15 novembre 2006

La France redoute un débordement du conflit soudanais

Le Parisien
15 novembre 2006

Le drame oublié des réfugiés du Darfour

 

Le Figaro
15 novembre 2006

Darfour : le Tchad décrète l'état d'urgence

Le Parisien
15 novembre 2006

Dans le camp de Kutum avec les réfugiés

Le Monde
15 novembre 2006

Le Tchad demande à l'UA une force tchado-soudanaise à sa frontière

Jeune Afrique
14 novembre 2006

Crise du Darfour: prochaine mission de l'ONU au Tchad et en Centrafrique

Le Monde 
14 novembre 2006

La France s'inquiète d'une contagion du conflit du Darfour

Le Monde
14 novembre 2006

La rébellion progresse au nord de la Centrafrique

Le Figaro
11 novembre 2006

Le pétrole conforte le pouvoir soudanais

Agence France Presse 10 novembre 2006

Darfour: des Casques bleus mettraient de l'huile sur le feu, selon des ONG

Zenit
10 novembre 2006

La communauté internationale soutient la corruption au Soudan, affirme le cardinal Gabriel Zubeir Wako

La Croix
9 novembre 2006

Darfour, les yeux fermés sur un génocide

Afrique Centrale presse
1 er novembre 2006

La Chine au secours de Khartoum

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Dominique de Villepin au Tchad : la France à nouveau impliquée dans un conflit africain

Le Figaro, par de Patrick de Saint-Exupéry, 30 novembre 2006

 

Dominique de Villepin se rend au Tchad à la veille de la date anniversaire de la prise du pouvoir du président tchadien Idriss Déby, maître du pays depuis le 1 er  décembre 1990. Sa présence, quelques heures durant, à N'Djamena lui permettra de découvrir une capitale à l'allure de redoute.

Le Tchad est depuis des mois balayé par une crise importante. Le 13 avril dernier, une colonne rebelle est parvenue à atteindre la périphérie de la capitale où, attendue, elle s'est fait décimer. Les troubles n'ont dès lors cessé de s'étendre. D'importants mouvements des rébellions tchadiennes ont, le week-end dernier, attisé le sentiment de fragilité de la capitale. Protégée depuis plusieurs jours par un double cercle concentrique de troupes, N'Djamena s'est transformée en bastion aux abords placés sous la surveillance permanente des troupes françaises du dispositif « Épervier ».

À cette première redoute, physique, il faut en ajouter une seconde, historique. Le Tchad est un bastion de la France en Afrique. Militairement, le pays est souvent désigné comme « le porte-avions français du désert ». Quant à son histoire récente, elle se confond avec celle de la France. Les expéditions militaires Voulet-Chanoine, Gentil et Foureau-Lamy (1885-1900) furent le symbole de la pénétration française en Afrique équatoriale. En décidant le 21 mai 1900 de baptiser le petit village de Kokoto du nom de Fort-Lamy, Émile Gentil marqua une présence qui, jamais, ne se démentira. Depuis cette date, la France et ses soldats n'ont cessé d'arpenter la géographie tourmentée de ce pays immense.

Des querelles de sultans de la préindépendance à l'opération « Épervier » en passant par les révoltes de la colonie, l'épopée de la France libre à laquelle le Tchad s'est rallié le premier, la prise en otage de Françoise Claustre, l'assassinat du commandant Galopin, la mise en place de l'opération Manta, Paris fut toujours un acteur de premier plan.

C'est avec l'aide de la France et l'accord de Washington que le Gorane Hissène Habré, parti du Soudan, a délogé de N'Djamena en 1982 le Toubou Goukouni Weddeye. C'est également sous le contrôle de Paris que le Zaghawa Idriss Déby, également parti du Soudan, mit en fuite Hissène Habré en 1990.

Cet accompagnement politique fut soutenu depuis l'indépendance de 1960 par d'importants programmes de coopération. Qui ne donnèrent guère de résultats : le Tchad est, aujourd'hui, classé 173 e sur 179 au palmarès du développement humain réalisé par les Nations unies. Paris eut, en revanche, une prémonition. Dès les années 1950, les frères Schlumberger prospectèrent les immensités tchadiennes. Ils n'eurent, et avec eux la France , pas de chance. Un permis exclusif de prospection pétrolière fut attribué en 1969 à la société américaine Conoco. Quatre ans plus tard, les premiers gisements étaient découverts dans le bassin du lac Tchad.

Depuis, l'or noir est devenu une donnée essentielle à la compréhension géopolitique de ce pays miséreux mais situé au coeur de l'Afrique. La production a démarré en 2004. Elle atteint maintenant quelque 200 000 barils par jour. Pour l'écouler, un oléoduc reliant le Tchad aux côtes camerounaises a été construit.

Partie prenante du consortium créé en accord avec les autorités tchadiennes afin de procéder à l'extraction de l'or noir, les Américains en ont récemment été éjectés. Absent jusqu'ici, Paris apprécierait sans nul doute que la France , ancienne puissance tutélaire, trouve sa place dans le même consortium. Bien éloignée du Tchad mais avide de ressources énergétiques, la Chine est, elle, soupçonnée de vouloir s'introduire par Soudan interposé. Pékin aurait deux objectifs : augmenter ses approvisionnements alors que ses achats de pétrole soudanais représentent déjà 10 % de sa consommation, réorienter l'oléoduc tchadien, ce qui, si le flux était inversé, permettrait de faire couler le pétrole du golfe de Guinée jusqu'à la mer Rouge.

Cette conjonction d'intérêts stratégico-politiques s'est nouée en pleine crise du Darfour. Depuis 2003, en cette province soudanaise bordant le Tchad, Khartoum s'efforce par une politique de terreur de réduire des mouvements de rébellion qui furent d'abord locaux. Les affrontements, nourris par des afflux d'armes et d'argent, ont pris de l'ampleur. 200 000 personnes au moins ont péri au Darfour, deux millions de personnes ont été déplacées. La ­guerre s'est élargie. S'est peu à peu transformée en affrontements de type ethnique, Arabes contre Noirs africains.

Débordant du Soudan, elle a fini par gagner le Tchad. Ses répercussions dans un pays à l'allure de mosaïque ethnique où tout fonctionne sur le principe du clan y furent fortes. D'ethnie zaghawa, c'est-à-dire tchadienne, soudanaise et non arabe, le président Idriss Déby, déjà confronté au jeu d'influences sur la question pétrolière, se trouva brutalement fragilisé alors que les siens se divisaient entre pro-Soudanais et anti-Soudanais.

Fort d'un troisième mandat obtenu en 2006, avec des scores à faire pâlir d'envie, le chef de l'État tchadien se mit donc à jouer plusieurs cartes. Toutes en rupture. Il brisa les relations pétrolières avec les Américains qui bloquaient tout accès à des ressources financières devenues indispensables pour l'achat d'armes. Il rompit avec le Soudan qu'il accusa de visées hégémoniques. Il renoua, en revanche, avec la Chine. Et s'efforça de mettre Paris dans sa poche : «  La France , remercia-t-il, est le seul pays à avoir condamné de la manière la plus ferme l'agression au Tchad. »

Naturellement méfiant, Idriss Déby ne se fait toutefois guère d'illusions. Comment oublier les précédents de Goukouni Weddeye et Hissène Habré, lâchés sans le moindre état d'âme par Paris ? De Dominique de Villepin, venu par « amitié » , il attend donc des gages. Des gages difficiles à donner à un homme usé par seize années de pouvoir absolu.

« Le Tchad est, aujourd'hui, classé 173 e sur 179 au palmarès du développement humain réalisé par les Nations unies ».

 

Novembre 2006

Darfour: le Conseil des droits de l'homme convoqué en session extraordinaire

Le Monde, 30 novembre 2006

 

Le Conseil des droits de l'homme de l'ONU tiendra dans les quinze jours une session extraordinaire sur le conflit dans la région soudanaise du Darfour à la suite d'une demande conjointe de l'Union européenne et des Etats africains, a-t-on appris jeudi de source diplomatique à Genève.

La session, dont la durée prévue est d'une journée, devrait avoir lieu entre les 11 et 13 décembre, ont indiqué des diplomates.

La demande a été signée par 28 des 47 Etats membres du Conseil, a précisé à l'AFP un porte-parole de l'ONU, Rolando Gomez. Un tiers des Etats membres, soit 16 signatures, sont requises pour la convocation d'une telle session.

Un total de 48 Etats --membres du Conseil et observateurs-- ont apporté leur soutien à la requête, dont le groupe des Etats africains, a fait valoir un porte-parole de la délégation française qui en a été le premier promoteur.

" La France se réjouit de l'esprit de dialogue et de coopération entre différents groupes d'Etats qui a abouti à la convocation de cette session", a-t-il commenté.

"La requête (pour une session spéciale sur le Darfour) a été transmise au président du Conseil des droits de l'homme", l'ambassadeur du Mexique Luis Alfonso De Alba, qui "l'annoncera ce (jeudi) après-midi", a précisé M. Gomez.

Le secrétaire général de l'ONU Kofi Annan a demandé mercredi au Conseil d'organiser d'urgence une session extraordinaire sur le Darfour, estimant que sa crédibilité était en jeu.

"Des atrocités continuent à être commises quotidiennement" au Darfour, a renchéri mercredi le Haut commissaire aux droits de l'homme Louise Arbour en mettant en cause directement les autorités soudanaises. "Le gouvernement du Soudan et les milices qui lui sont associées (...) continuent d'être responsables des violations les plus graves des droits de l'homme et du droit humanitaire", a-t-elle dénoncé.

Mardi, le Conseil a adopté, par 25 voix contre 11 et 10 abstentions, une résolution du groupe africain sur le Darfour qui évite de mentionner le rôle du gouvernement soudanais dans ce conflit. Les Etats européens ne sont pas parvenus à faire adopter des amendements qui auraient appelé directement Khartoum à protéger ses populations.

Province de l'ouest du Soudan, le Darfour est le théâtre d'une guerre civile et d'une grave crise humanitaire depuis février 2003. Selon l'ONU, le conflit et ses conséquences ont fait plus de 200.000 morts et 2 millions de déplacés.

 

Novembre 2006

Des rebelles venus du Soudan lancent une offensive dans l'est du Tchad

Le Monde, N'Djamena, du 26 novembre 2006 par Jean-Philippe Rémy

 

Jamais depuis la montée de la menace rebelle au Tchad une attaque n'avait semblé aussi prévisible. Samedi matin 25 novembre, des tirs nourris étaient entendus dans le centre de la ville d'Abéché, à 700 kilomètres à l'est de la capitale, N'Djamena.

Depuis près de deux semaines, une offensive était jugée imminente. Sur le sol soudanais, non loin de la frontière tchadienne, des regroupements d'hommes et de véhicules avaient lieu dans les camps de rebelles.

Dans certains de ces points de concentration, comme à Djuguma, au sud du Darfour, on comptabilisait jusqu'à deux cents véhicules, l'unité de mesure des guerres dans la région, en l'espèce des pick-up Toyota Landcruisers à l'arrière desquels sont montés des armes antiaériennes, des lance-roquettes ou des mitrailleuses. Des livraisons d'armes et de munitions par le gouvernement soudanais ont eu lieu en grande quantité.

Jeudi soir, les troupes de l'Union des forces pour la démocratie et le développement (UFDD), dirigées par le général Mahamat Nouri, ont commencé à traverser la frontière en plusieurs points. Un seul accrochage a eu lieu, au sud de la ville d'Adré, avec des membres d'une milice locale, les Toroboros, supplétifs de l'armée tchadienne.

Vendredi soir, les rebelles de l'UFDD avaient avancé de près de 100 kilomètres à l'intérieur du Tchad. Une colonne de quatre-vingts véhicules environ avançait en direction de l'ouest, après avoir contourné la ville de Goz-Beïda. Ils s'étaient dispersés pour tenter d'échapper aux avions militaires français qui photographient leurs positions, à la demande des autorités tchadiennes.

Plus au nord, les rebelles du Rassemblement des forces démocratiques (RaFD), des frères Tom et Timane Erdimi, étaient aussi en train de faire mouvement. Ils auraient jusqu'à quarante véhicules chargés d'armes et d'hommes.

Le soir, le colonel Hassaballah, un responsable de l'UFDD, avait juste le temps de dire : "On fait mouvement, on a reçu ordre de fermer les Thurayas (téléphones satellites) pour ne pas se faire repérer."

Quant à Mahamat Nouri, il désignait encore cette incursion par le nom de "patrouilles" , signifiant qu'aucun combat n'avait encore eu lieu, mais promettait des affrontements dans les plus brefs délais. Il se plaignait aussi : "Nos patrouilles sont systématiquement surveillées par les avions français." Lors d'une percée en octobre, l'UFDD avait tiré un missile sol-air contre un avion français.

Côté tchadien, des renforts avaient été envoyés les jours précédents vers les principaux points de défense, essentiellement les villes de Mongo et d'Abéché, verrous de N'Djamena. Dans la capitale, des convois de pick-up Landcruisers flambant neufs prenaient la route, chargés d'hommes armés jusqu'aux dents et portant déjà des gris-gris protecteurs pour le combat.

Montrant sur la carte les mouvements des différents groupes rebelles, une source militaire tchadienne commentait : "C'est sérieux." Une confrontation majeure entre les rebelles et l'armée tchadienne, qui ont consacré la saison des pluies, désormais terminée, à s'équiper et à recruter, est attendue.

Fin octobre, une première percée de l'UFDD avait permis au mouvement de faire la preuve de sa maîtrise du terrain. Rebroussant chemin et poursuivis par les forces gouvernementales, les rebelles avaient tendu une embuscade à l'armée à Hadjer Meram, un massif montagneux entouré de marécages. Les combats, sanglants, s'étaient achevés sur une défaite des troupes de N'Djamena.

 

Novembre 2006

Darfour : la France tente de dénouer l'imbroglio

Le Figaro Magazine, 25 novembre 2006, par Valérie Dupont et Jean-Christophe Rufin*

 

La diplomatie française propose de renégocier des accords de paix pour juguler le désastre humanitaire

 

Sur le tarmac du petit aéroport d'el-Fasher, Philippe Douste-Blazy monte à bord d'un hélicoptère russe mis à sa disposition par l'Union africaine. Le costume de ville a cédé sa place à la saharienne, les cheveux disciplinés volent au vent, mais surtout c'est l'émotion palpable du médecin que l'on retient. Il sait qu'il se rend dans les entrailles du Darfour, là où des milliers de déplacés vivent chaque jour l'inacceptable : le manque de nourriture, d'eau, de sécurité et, bien sûr, de dignité. Il est facile de critiquer, de se moquer, mais il faut y aller. Et lorsqu'il dit à certains déplacés : «Vous êtes dans mon coeur», nous sommes loin des petites phrases de campagne électorale. Au Darfour, il n'y a pas de place pour les faux-semblants.

Dans cette province ouest du Soudan se déroule une des pires tragédies humaines de ce début de XXIe siècle. Elle a déjà causé environ 200 000 morts, selon les sources les plus fiables. Elle a déplacé des populations en masse : près de 2 millions de réfugiés, répartis dans près de 200 camps. Elle condamne à la désolation une région immense peuplée de 5 millions de personnes. Ces chiffres sont, au sens propre, inimaginables. Il faut avoir vu le dénuement et la souffrance de ces enfants et de ces femmes, traumatisés par les massacres qui ont détruit leurs villages, malnutris, malades, abandonnés, pour mesurer le caractère atroce de cette tragédie. La première urgence était de le faire savoir au monde, à une époque où les désastres africains ne font plus guère recette dans les médias. La brutalité des images a tout de même permis de transpercer un peu le mur de l'indifférence. Le monde entier, aujourd'hui, sait. Le Darfour est la plus médiatisée des guerres oubliées.

Cela n'éclaire pas pour autant sur la seule question qui compte : comment mettre fin à cette horreur ?

Il faut d'abord aider, bien sûr. Les ONG présentes sur le terrain ont accompli un énorme travail de «mise en survie» de ces populations martyres. Mais l'action caritative n'est pas suffisante. Pire, elle peut être un paravent pour faire croire qu'on a agi, alors que rien n'est réglé. Les violences continuent, les réfugiés affluent toujours. Il y a urgence à trouver une solution politique et diplomatique. Mais là, c'est une autre affaire.

Il est facile de faire l'état des lieux du conflit. Il est autrement plus difficile de se prononcer sur ses causes et de démêler l'écheveau des responsabilités. Que se passe-t-il vraiment au Darfour ? S'agit-il d'une lutte entre nomades et sédentaires ? Entre Arabes et Noirs ? La cause première est-elle une rébellion qu'un gouvernement a réprimée pour préserver l'unité du pays, ou, au contraire, est-ce l'attitude brutale et discriminatoire du pouvoir central qui a provoqué la naissance d'une révolte armée dans cette province ? Dès que l'on aborde le fond de la question, les avis divergent. Querelles de spécialistes ? Certainement pas.

Selon l'idée que l'on se fait des causes et des mécanismes de ce conflit, on ne recommande pas les mêmes solutions. Or les remèdes que certains préconisent pourraient bien s'avérer pires que le mal.

Au Darfour, plus que partout ailleurs, les idées claires sont des idées fausses. Prenons tout de même le risque de simplifier. On peut résumer les attitudes face à ce conflit en deux grandes tendances assez radicalement opposées.

D'un côté, on trouve ceux pour qui le drame du Darfour est clairement un génocide organisé par le gouvernement central de Khartoum. Proche des Frères musulmans, très minoritaire dans le pays, le régime du président al-Bachir défendrait les intérêts de la composante dite «arabe» (quoique de peau sombre) de la population, et plus particulièrement de la minorité issue des riches plaines centrales au confluent des deux Nils. Après les accords signés avec le Sud-Soudan (à majorité chrétienne et animiste), le président Bachir et sa clique s'inquiètent de devoir partager le pouvoir avec des non-musulmans et des «Noirs». L'élimination des sédentaires du Darfour répondrait ainsi à un plan systématique élaboré par le pouvoir. L'extermination des cultivateurs sédentaires serait l'occasion pour al-Bachir de mettre la main sur les terres de la région et d'y installer ses fidèles. Sur fond d'intérêt économique et de calcul politique, le gouvernement soudanais aurait ainsi ni plus ni moins organisé un «nettoyage ethnique» à grande échelle. Son exécution a été confiée aux sinistres nomades guerriers qu'on appelle les Janjawids, pillant et tuant, avec l'appui logistique de l'armée soudanaise. Le Congrès des Etats-Unis est allé jusqu'à parler de génocide. Face à un tel projet d'extermination, les rébellions armées au Darfour peuvent être regardées avec bienveillance comme des actes de légitime défense.

Ceux qui ont la conviction que le régime de Khartoum est seul responsable du drame recommandent très logiquement de faire peser sur lui tous les moyens coercitifs dont dispose la communauté internationale. Un embargo sur les armes a été établi par l'ONU, et il s'étend au gouvernement soudanais lui-même. Des sanctions individuelles ciblées ont été décrétées contre les auteurs de crimes graves. Sous de fortes pressions internationales, un accord de cessez-le-feu a été conclu en mai dernier. Afin de mettre en oeuvre ces accords sur le terrain, l'ONU a voté en août une résolution prévoyant le déploiement de 22 000 Casques bleus, en remplacement de la force de l'Union africaine présente sur place.

Ce déploiement est catégoriquement refusé par al-Bachir, qui y voit une tentative de «recolonisation du pays». L'insistance que l'Administration Bush a mise à imposer la création de cette force onusienne n'est sans doute pas pour rien dans le sentiment du gouvernement soudanais qu'il existe derrière tout cela un «agenda caché». Pour les fondamentalistes au pouvoir à Khartoum, les Casques bleus seraient en réalité le moyen utilisé par les Etats-Unis pour les déstabiliser, dans le cadre de leur guerre contre le terrorisme.

 

Une guerre civile ?

 

Cette option «dure» conduit inéluctablement à une confrontation directe avec le régime de Khartoum. Dans le cas où des Casques bleus seraient déployés contre son gré, cette confrontation pourrait prendre un caractère militaire. Le président Bachir est allé jusqu'à menacer d'un «nouvel Irak». Or le Soudan n'est dépourvu ni de richesses (pétrolières) ni d'amitiés (intéressées). Russes et Chinois seraient certainement à ses côtés si le bras de fer actuel tournait à la crise ouverte.

Face à cette ligne intransigeante, essentiellement anglo-américaine, se dessine une deuxième attitude qui repose sur une autre analyse de la situation.

La diplomatie française tente de la faire avancer. Des raisons d'intérêt géopolitique (éviter une déstabilisation des pays francophones) sont certainement déterminantes. Mais il faut y ajouter l'implication personnelle, par conviction profonde, de Philippe Douste-Blazy. Nous l'avons nettement senti, en l'accompagnant pendant le voyage qu'il a effectué en Egypte, à Khartoum et au Darfour, du 11 au 13 novembre dernier.

 

Une autre lecture de la situation est en effet possible et c'est elle qui sous-tend la position de la France. Cette lecture rejoint les préoccupations de nombreuses ONG présentes sur le terrain, contraintes à la discrétion pour des raisons de sécurité, mais inquiètes de la tournure prise par le débat.

 

Pour elles, le terme de génocide est inapproprié et dangereux (comme l'a établi aussi une commission d'enquête de l'ONU). Le Darfour est avant tout une guerre civile, c'est-à-dire le résultat d'actions meurtrières menées par plusieurs parties. Certes, la responsabilité du gouvernement soudanais est extrêmement lourde dans le déclenchement du conflit, des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité, commis. Toutefois, s'il a ouvert la boîte de Pandore, le président Bachir n'est plus nécessairement en mesure de la refermer. Il y a aujourd'hui une multiplicité d'acteurs dans la crise du Darfour, et la plupart d'entre eux se rendent malheureusement coupables d'exactions d'une extrême gravité. Les milices Janjawids, créatures de Khartoum à l'origine, agissent de plus en plus pour leur propre compte, conformément à leurs intérêts. Les mouvements de rébellion darfouriens sont aujourd'hui divisés en huit factions rivales. La plupart de ces acteurs n'ont pas été associés à l'accord de cessez-le-feu de mai dernier ou le rejettent.

 

Soutenir l'union africaine

 

La priorité n'est donc pas d'imposer au forceps la mise en place d'un mauvais accord ; ce qu'il faut d'abord, c'est le renégocier. La diplomatie française appelle au retour de toutes les parties à la table de négociation. On peut d'autant mieux accepter de mettre de côté, pour l'instant, la question des Casques bleus que la force militaire de l'Union africaine est un outil concret dont n'ont pas été exploitées toutes les possibilités. Tant pour le Darfour que pour l'ensemble du continent, il est particulièrement important de donner sa chance à cette première expérience de maintien de la paix régionale. Plutôt que de mettre en place à grands frais des Casques bleus (surtout s'ils doivent se retrouver englués dans une guerre longue...), mieux vaut faire un effort pour financer un véritable instrument africain de maintien de la paix. La question des Casques bleus n'est pas pour autant évacuée. Mais le rôle que le chef de la diplomatie française souhaite leur voir jouer serait plutôt la surveillance des frontières avec le Tchad et la RCA. L'expérience du Liberia ou du Rwanda montre qu'en Afrique existe un fort risque de débordement transfrontalier des conflits et de déstabilisation de toute une région.

La France n'a pas un poids politique suffisant pour imposer à elle seule ces solutions. Il reste que, dans l'impasse où se sont mis eux-mêmes les défenseurs de la ligne dure, l'initiative française peut servir à cristalliser une nouvelle attitude internationale. Pendant son escale au Caire, Philippe Douste-Blazy a obtenu l'assurance que l'Egypte influencerait dans ce sens l'attitude de la Ligue arabe.

Ce grand jeu peut paraître dérisoire et trop «diplomatique» au regard des drames humains qui se vivent chaque jour sur le terrain. Mais la solution est à ce prix.

Car au Darfour, l'urgence est double : il y a d'abord celle d'agir, pour que la paix revienne et que les innocents cessent de souffrir. Mais il y a aussi celle d'éviter des erreurs qui pourraient aggraver le sort de ceux que l'on se propose de soulager.

 

* Ecrivain, président d'honneur d'Action contre la faim.

 

Novembre 2006

Luis Moreno Ocampo, procureur de la Cour pénale internationale

"Notre enquête au Darfour est pratiquement terminée"

 

Le Monde, 24.novembre 2006

 

Le Procureur de la Cour pénale internationale présentera son rapport le 12 décembre devant le Conseil de sécurité des Nations unies

 

Les 104 Etats parties au traité de Rome instituant en 2002 la Cour pénale internationale (CPI), chargée de juger les responsables de génocide, de crimes contre l'humanité et de crimes de guerre, ont débuté, jeudi 23 novembre, leur cinquième session annuelle. Trois enquêtes - en République démocratique du Congo (RDC), en Ouganda et au Darfour - sont en cours. Pour l'heure, un seul accusé, le chef de milice congolais Thomas Lubanga est incarcéré.

Vous avez été saisi le 31 mars 2005 par le Conseil de sécurité pour enquêter sur le Darfour. Etes-vous prêt à engager des poursuites ?

Notre première enquête est pratiquement terminée. Aujourd'hui, nous vérifions si des poursuites contre les personnes que nous visons ont été engagées au niveau national, puisque la Cour n'intervient que lorsque les Etats ne sont pas capables ou pas disposés à poursuivre. Nous espérons avoir ces informations au début du mois de décembre. Après, nous engagerons une procédure. Je ne peux pas aujourd'hui donner de preuves, ou de noms, mais l'affaire recoupera des crimes de viols, de persécutions, de tortures, la destruction de propriétés, des transferts forcés... Autant de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité, dont nous démonterons le mécanisme et mettrons à plat le système. Le 12 décembre, je serai devant le Conseil de sécurité pour présenter mon rapport sur le Darfour.

Pour quelle raison menez-vous vos investigations en dehors du Darfour ?

Nous ne pouvons pas, pour des raisons de sécurité, protéger les témoins au Darfour. Donc nous avons décidé de conduire nos enquêtes à l'extérieur. Mais nous avons mené 70 missions dans 17 pays différents et recueillis plus d'une centaine de témoignages. La majorité (...) sont des témoins directs. Louise Arbour (le haut-commissaire aux droits de l'homme des Nations unies) a expliqué que certains témoins qu'elle a pu rencontrer au Darfour ont été, ensuite, harcelés ou emprisonnés.

En Ouganda, nous avons conduit notre enquête en dix mois. En République démocratique du Congo, cela a été plus compliqué. En aucun cas nous ne pouvons exposer les témoins. Dans une situation de guerre, il faut interroger les témoins et les protéger. C'est impossible au Darfour.

Quatre commandants de l'Armée de résistance du Seigneur (LRA) en Ouganda, recherchés par la CPI , sont toujours en fuite. Sans force de police propre, de quelle coopération disposez-vous aujourd'hui ?

L'Ouganda, la RDC et le Soudan ont exprimé leur volonté de coopérer. La LRA a d'ailleurs dû fuir sa base arrière au Soudan sud et installer son quartier général à la frontière congolaise. Depuis, les crimes commis au nord de l'Ouganda ont baissé ; la perte de leur asile a conduit la LRA à engager des négociations, qui ont abouti à un accord en août. Nous devons mener cette affaire à son terme mais, d'ores et déjà, nous pouvons mesurer l'impact de la justice. Cette affaire montre que les mandats d'arrêt de la CPI peuvent contribuer à prévenir les atrocités.

Pourquoi n'avez-vous ouvert aucune enquête depuis que vous avez été saisi par la République centrafricaine fin 2004 ?

Nous avons conduit une mission sur place cette année et continuons de recevoir des informations. Nous disposons de rapports très sérieux faisant état de centaines de viols, davantage que d'assassinats. Tout ce que je peux dire, c'est que nous analysons plusieurs situations dans le monde, et que nous ouvrirons une nouvelle enquête avant la fin de l'année.

Propos recueillis par Stéphanie Maupas

 

Novembre 2006

 

Vaste offensive des forces soudanaises et de leurs milices

Le Monde, N'Djamena, 24 novembre 2006

 

Jamais, depuis début 2004, le Darfour n'avait subi d'attaques d'une telle ampleur de la part des forces armées soudanaises, appuyées par les milices passées à la postérité de l'horreur sous le nom de janjawids.

Il y a trois ans, une grande offensive, commencée fin 2003, avait déplacé 2,5 millions d'habitants, qui s'entassent encore, à ce jour, dans des camps. Les combats avaient alors provoqué la mort d'environ 200 000 personnes. Depuis, la situation militaire est restée figée, jusqu'au lancement d'une nouvelle offensive.

Les quelque 30 000 soldats amenés en renfort, essentiellement dans le nord du Darfour, et les milices recrutées massivement dans toute la région, sont entrés en action. Depuis plusieurs semaines, des attaques ont été menées dans le secteur de Jebel Moun, près de la frontière tchadienne, bastion de l'un des mouvements rebelles du Darfour, le Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM).

Le modèle en est connu : des miliciens fondent sur les villages, brûlent, pillent et tuent, dans le but de chasser la population, tout en menant conjointement des attaques contre les rebelles aux côtés des forces gouvernementales régulières. A présent, des attaques similaires ont lieu dans cinq zones différentes. "On brûle dix à quinze villages à la fois, ces jours-ci" , s'émeut une source onusienne.

L'un des axes principaux de l'offensive se trouve dans la région de Birmaza, dans le nord du Darfour. C'est là que devait avoir lieu, dimanche 19 novembre, une grande conférence de réunification des commandants des factions du Mouvement de libération du Soudan (SLM), l'autre organisation rebelle darfourienne. Cette conférence, pour Khartoum, est inacceptable. Outre qu'elle risque, à brève échéance, de renforcer les troupes rebelles, elle est aussi soutenue, discrètement, par la communauté internationale.

Or Khartoum a parié sur les divisions de la rébellion et sur une "solution militaire" , selon un observateur. Une "pacification" par les armes a pour objectif de faire la démonstration de l'inutilité d'une force des Nations unies, dont le déploiement, prévu par la résolution 1706 du Conseil de sécurité votée le 31 août, devait amener plus de 20 000 casques bleus au Darfour. Khartoum s'oppose formellement à ce déploiement, jugé menaçant pour la solidité du pouvoir central, au point que le président soudanais, Omar Al-Bachir, a appelé sa population au "djihad" contre les membres d'une force internationale.

 

Observateurs impuissants

 

La question devrait rester suspendue jusqu'au 31 décembre, date à laquelle prendra fin le mandat de la force de l'Union africaine au Darfour (MUAS). Les hommes de la MUAS , faute de moyens et d'un mandat approprié, sont cantonnés au rôle d'observateurs impuissants de la dégradation de la situation.

Le 1 er janvier 2007, ils devraient être remplacés par une force qui reste à définir. Les Nations unies ont proposé la création d'une force "hybride" sur la base de la MUAS , à laquelle s'adjoindraient d'importants moyens onusiens. Les termes de ce mélange restent à définir.

Le calendrier est donc serré pour Khartoum. Le gouvernement dispose d'un mois pour brûler le Darfour et faire son choix parmi les treize initiatives concurrentes, certaines confidentielles, pour trouver une solution à la crise. La dernière en date, lancée conjointement par la Libye et l'Egypte, s'oppose au déploiement onusien, qualifié par le colonel Kadhafi de nouveau "colonialisme" .

Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne étudient depuis plusieurs semaines, à un niveau technique, les possibilités de frappes aériennes contre des objectifs militaires soudanais. Ils ont donné jusqu'au 31 décembre au Soudan pour trouver une solution à la crise.

 

Novembre 2006

 

Une publicité inédite pour une cause humanitaire

Le Figaro, 24 novembre 2006, par Tanguy Berthemet

 

La publicité n'est pas passée inaperçue. Lundi, sur une pleine page d'un quotidien français, une association nommée « Urgence Darfour  » interpellait Ségolène Royal sur ses intentions pour résoudre la crise qui secoue la province soudanaise.

 

Une démarche à la fois coûteuse et parfaitement inédite en France.

 

« Nous ne sommes pourtant qu'un collectif d'associations et de personnalités qui cherchent à arrêter les massacres au Darfour » , explique le président d'Urgence Darfour, Jacky Mamou, visiblement satisfait de l'effet produit. « Mais nous n'avons aucun fonds » , précise-t-il.

 

S elon lui, la publicité a vu le jour « à l'aide d'un carnet d'adresses et de publicitaires connus » . Et d'assurer que le collectif français ne doit pas être confondu avec « la coalition américaine»Save the Darfur*, qui dispose d'un important budget publicitaire et monte des campagnes internationales » .

 

Les deux groupes sont cependant en contact et poursuivent le même objectif : une intervention des Casques bleus au Darfour­.

 

« Je pense que la protection internationale armée des populations civiles est la seule solution au moment où le champ d'intervention des organisations humanitaires se réduit par la seule faute du gouvernement soudanais. »

 

Reste que l'achat massif d'espaces publicitaires ne semble pas faire l'unanimité, même au sein de la coalition Save the Darfur. Beaucoup d'associations membres s'étonnent des sommes ainsi dépensées, alors même que l'argent manque pour mener certaines opérations humanitaires sur le terrain.

 

Novembre 2006

La guerre au Darfour déstabilise l'Afrique

Le conflit, après avoir embrasé l'est du Tchad gagne la Centrafrique

 

Le figaro, 24 novembre 2006

 

La guerre civile opposant rebelles noirs et milices arabes progouvernementales dans la province du Darfour, au Soudan, est en passe de déstabiliser toute la région. Après le Tchad, c'est la Centrafrique qui est menacée.

La France a annoncé hier l'envoi de 100 soldats supplémentaires à Bangui pour épauler les forces armées centrafricaines. Le Tchad, confronté à des attaques d'insurgés sur sa frontière, a prolongé l'état d'urgence.

Au Darfour même, où le conflit a déjà coûté la vie à 200 000 personnes, les combats s'intensifient de nouveau. Des centaines de milliers de civils, fuyant les violences, errent sans assistance. La communauté internationale, divisée, peine à imposer une force d'interposition.

 

 

Paris envoie des renforts en Centrafrique

 

Le Figaro 24 novembre 2006

 

La France a déployé ces derniers jours une centaine d'hommes supplémentaires en Centrafrique. Ce renforcement a été décidé pour faire face à la dégradation de la situation. La Centrafrique fait face à une rébellion armée, qui progresse vers le sud-ouest du pays. Le pays est déstabilisé par le conflit du Darfour, au Soudan voisin. Les troupes françaises assistent l'armée centrafricaine pour aider à la stabilisation de leur pays. Paris entretient par ailleurs, une force aérienne et terrestre permanente d'un millier d'hommes au Tchad.

 

Novembre 2006

 

La guerre a repris dans la province soudanaise, où errent quelque 225 000 personnes

Le Figaro 24 novembre 2006, par Tanguy Berthemet à Kutum

 

L'Union africaine, sans l'appui de l'ONU, peine à stabiliser une région dévastée par près de quatre années de guerre.

 

« On a l'impression d'être dans un mauvais western. On est isolés dans un petit poste avancé, entourés d'ennemis, et on attend l'arrivée de la cavalerie, qui ne vient pas. » Le soldat sud-africain n'en dira pas plus. Avec une poignée de ses compatriotes, ce grand gaillard s'échine depuis plus d'un an à protéger Kutum, une petite cité plantée au milieu du désert au nord du Darfour. Une mission aussi impossible pour lui que pour les 7 000 autres hommes de la Mission de l'union africaine (Amis), déployés dans cette province de l'ouest du Soudan ravagée par trois ans de guerre civile. Autour de Kutum et partout dans la région les combats et les massacres de civils se poursuivent presque quotidiennement. Le Darfour menace de sombrer dans le chaos, sous les yeux d'une communauté internationale impuissante.

Le colonel Richard Lourens, commandant sud-africain du secteur, ne l'ignore pas : « La situation s'est détériorée. Nous manquons de matériel et de renseignements pour être efficaces. Nous avons aussi besoin rapidement de renforts pour protéger les réfugiés et ne pas perdre définitivement leur confiance. » À Kutum, ils sont près de 24 000 dans le seul camp de Kassab, entassés dans un dédale de cases en boue séchée. Dans les regards se lit la peur qui n'a jamais quitté ces villageois noirs, arrivés à pied durant l'année 2004, en fuyant les tueries dans les campagnes et les incendies de villages. La sécurité, qu'ils recherchaient en ville, demeure toute relative. Les djandjawids, ces miliciens arabes recrutés et armés par le gouvernement de Khartoum, rôdent.

« Ils sont à moins de cinq kilomètres du camp, assure un employé d'une organisation humanitaire qui apporte vivres et soins aux réfugiés de Kassab. Ils viennent la nuit, ils pillent, harcèlent les réfugiés, avant de repartir tranquillement. Obéissent-ils à des ordres ? Tout ce que l'on sait, c'est que le nombre des attaques ne cesse d'augmenter depuis deux mois. » Des rezzous auxquels les chefs du camp n'essaient même plus de s'opposer. « Que peut-on faire ? Tout ce que l'on veut, c'est un peu de sécurité pour vivre un peu mieux » , glisse l'un d'eux. La paix, il n'y croit plus.

 

Un calcul funeste

 

Il semble loin, le 5 mai dernier. Ce jour-là, à Abuja, au Nigeria, le gouvernement soudanais et le principal groupe insurgé noir, le Mouvement de libération du Soudan (MLS), dirigé par Mini Minawi, signaient un accord de paix. Cet accord, obtenu à l'arraché et sous la pression de la communauté internationale, prévoit un cessez-le-feu, un désarmement des belligérants, des compensations pour certaines victimes de guerre et un poste à Khartoum pour l'ex-leader rebelle. Mais nul ne prête alors attention à l'hostilité d'un groupe minoritaire, le Mouvement pour la justice et l'égalité (MJE), qui refuse de se joindre à un accord qu'il qualifie d' « insuffisant » . « Ce texte fut la première grave erreur commise par les médiateurs internationaux. Tout le monde savait que c'était une cote mal taillée, très favorable aux intérêts gouvernementaux. Mais l'idée était qu'une fois le texte adopté chacun finirait par s'y rallier », rappelle un fonctionnaire de l'ONU.

Le calcul se révélera funeste. Minée par des ambitions personnelles, la rébellion, loin de rendre les armes, se déchire. Les rivalités, aiguisées par les autorités de Khartoum, tournent à l'affrontement armé entre factions. Le Darfour ne compte désormais pas moins de huit groupes rebelles plus ou moins antagonistes. Dans les camps de réfugiés, les divisions autour de l'accord avivent les tensions entre les communautés. « Le gouvernement a manipulé tous les acteurs pour diviser et mieux régner. Cela rend de nouvelles négociations et leur intégration à l'accord initial très complexes, car les rébellions n'ont que rarement des revendications claires, si ce n'est l'opposition au gouvernement », avoue un diplomate.

Dès l'été, le Front de rédemption nationale (FRN), une alliance de plusieurs groupes tout juste formée, reprenait la lutte contre Khartoum, enflammant le nord du Darfour. « Nous avons vu la situation se dégrader très rapidement. Des combats ont éclaté, aussi violents qu'au début du conflit mais sans que l'on sache s'ils étaient le fait de luttes entre groupes, d'actions de bandits ou d'offensives de l'armée », assure-t-on chez Médecins sans frontières.

 

Le 6 juillet, une attaque contre des villages supposés acquis au FRN fait 71 tués et 103 blessés. On recense également 39 femmes violées. Le raid, sans doute oeuvre de djandjawids, en annonce d'autres tout aussi meurtriers. Selon le programme alimentaire mondial, quelque 225 000 personnes errent aujourd'hui sans la moindre aide, à la merci des miliciens.

Conscientes des risques de voir le Darfour imploser, les Nations unies tentent d'étouffer cette résurgence des violences. Sous la houlette de Washington, le Conseil de sécurité adopte, le 31 août, une résolution qui prévoit le déploiement de 20 600 Casques bleus et policiers au Darfour. Une initiative que rejette brutalement le président soudanais, Omar el-Béchir. « Ce fut la seconde erreur de la communauté internationale. La menace ne fonctionne pas avec ce gouvernement. Les tenants de la ligne dure qui prônent une solution militaire au conflit sont revenus en cour » , affirme encore le fonctionnaire de l'ONU. De fait, Khartoum accélère dès lors l'envoie de militaires dans la province rebelle. Près de 20 000 hommes sont massés essentiellement autour d'el-Fasher, la capitale du Darfour.

 

«Une machine infernale»

 

Mais l'offensive contre le FNR s'est soldée par un cuisant échec. « L'armée a perdu deux batailles avec des pertes très importantes. Le moral de l'armée gouvernementale au nord Darfour est très bas » , écrit Jan Pronk, le représentant spécial de Kofi Annan. En réponse, Khartoum n'hésite pas à remobiliser et à réarmer les milices janjawids, les dotant de voitures et de lance- roquettes. Des groupes auraient été entraînés puis intégrés à l'armée régulière. La semaine dernière, Jar el-Neby, commandant du NRF, a dénoncé deux attaques menées conjointement par l'armée et les milices arabes. L'Union africaine a condamné ces assauts, en confirmant que « la guerre au Darfour a repris » .

Mais, aux yeux d'un diplomate européen, le plus inquiétant est ailleurs : « Le gouvernement est en train d'armer et de mobiliser des tribus arabes qui étaient jusqu'alors restées neutres au nom d'une lutte pour»l'arabité* contre l'Occident et ses alliés noirs. Si nous ne trouvons pas un moyen d'arrêter cette dérive, la confrontation tournera en un affrontement racial qui se répandra dans toute la région. Le gouvernement soudanais lui-même sera incapable d'enrayer cette machine infernale. ».

 

Novembre 2006

Marc Lavergne : ''Il y a un double jeu de la communauté internationale"

Le Figaro, 24 novembre 2006, Propos recueillis par Tanguy Berthemet

 

Marc Lavergne, directeur de recherche au CNRS, est un spécialiste du monde arabe et de la Corne de l'Afrique.

 

Le Figaro. - À quoi attribuez-vous l'impuissance de la communauté internationale au Darfour ?

 

Marc LAVERGNE.- C'est une question de volonté. Il est difficile de concevoir une opération militaire internationale dans une région éloignée, enclavée, et sans grand intérêt stratégique, surtout si elle doit se faire contre l'avis des autorités locales. On peut se poser la question du double jeu de la communauté internationale qui vote des résolutions qu'elle sait impossibles à appliquer. Par ailleurs, le Soudan n'est pas un pays isolé. Il a beaucoup d'amis, notamment dans le monde musulman, au nom de l'antiaméricanisme. Mais il peut aussi compter au sein du Conseil de sécurité sur le soutien de la Chine et de la Russie. C'est l'une des raisons pour laquelle aucune des résolutions prises depuis trois ans à l'encontre du Soudan n'a eu le moindre effet sur le terrain.

 

Comment cette crise a-t-elle pu à ce point dégénérer ?

 

Cette affaire aurait pu être réglée beaucoup plus tôt si, jusqu'à la mi- 2004, l 'ONU et les États-Unis n'avaient pas voulu ignorer la situation au Darfour pour protéger les négociations et l'accord entre Khartoum et le sud du Soudan. Or, avant cette date, le gouvernement soudanais bombardait et tuait des populations civiles au vu et au su de tous. La plupart des 200 000 à 300 000 victimes du conflit sont d'ailleurs mortes à ce moment-là et les camps étaient déjà pleins. Après il était trop tard.

 

C'est donc, au départ, un aveuglement volontaire...

 

On n'a pas voulu s'interroger sur la réalité du gouvernement soudanais. Ce pouvoir est celui d'une petite minorité d'islamistes et de militaires qui, se prétendant d'origine arabe, se considèrent comme supérieurs et dominent les autres communautés. Au Darfour, il a écrasé une fourmi avec un marteau, incendiant des dizaines de milliers de villages, car la révolte qui réclamait un meilleur partage des richesses le menaçait dans ses fondements. Il s'agissait d'éviter la contagion à d'autres provinces.

 

Pensez-vous que les Casques blancs de l'Union africaine, soutenus par les Nations unies, soient en mesure de protéger les populations ?

 

L'Union africaine n'est qu'un pis-aller ! L'ONU s'est déchargée de ses devoirs sur l'Amis, la Mission de l'organisation africaine. Le Soudan était de son côté prêt à accepter l'Union africaine, car, même avec l'aide d'experts de l'ONU, elle demeurera relativement inefficace. Cette inefficacité n'est d'ailleurs pas tellement liée à un manque de matériel, ou de professionnalisme. Certains contingents, notamment les Rwandais et les Sud-Africains s'acquittent très bien de leur tâche. Le problème est financier. Il a des « pertes en charge ». La majorité des soldats n'a pas été payée depuis trois mois, ils ne sont donc pas motivés.

 

Évoquez-vous la corruption ?

 

Très clairement. L'Union européenne, qui finance la plus grande part de l'Amis, a effectué un audit sur ce sujet. Ses résultats sont restés secrets...

 

Novembre 2006

Le conflit meurtrier du Darfour fait tache d'huile en Afrique

Le Figaro, 24 novembre 2006, par Tanguy Berthemet

 

La guerre civile dans l'ouest du pays, après avoir embrasé l'est du Tchad, déstabilise la République centrafricaine.

 

La guerre du Darfour déstabilise chaque jour un peu plus les États voisins du Soudan donnant à cette guerre civile une dimension de crise régionale. Au nom de l'« arabité », le gouvernement de Khartoum arme et mobilise désormais des tribus arabes pour lutter contre les mouvements rebelles noirs et leurs supposés alliés occidentaux. Derrière les Américains, la communauté internationale est toujours impuissante à arrêter un conflit qui aurait déjà causé la mort de 200 000 personnes depuis son déclenchement en février 2003.

Après le Tchad, c'est la Centrafrique qui se trouve entraînée bien malgré elle dans le conflit. Le 30 octobre dernier, l'Union des forces démocratiques pour le rassemblement (UFDR), un groupe jusqu'alors inconnu s'emparait de Birao, une ville du nord de la Centrafrique. Dans les jours suivants, cette rébellion, composée de Centrafricains et de Tchadiens, poursuivait son offensive s'approchant à moins de 600 kilomètres de la capitale, Bangui. François Bozizé, le président centrafricain, dénonçait « une agression caractérisée » et accusait le Soudan de soutenir l'insurrection. Khartoum a démenti. Sans convaincre. Plusieurs sources militaires assurent que l'UDFR, qui fait courir un danger mortel au très faible régime de Bangui, s'est formé au Darfour.

Paris, lié à Bangui par un accord de défense, est rapidement intervenu (voir ci-dessous) . La France entend soutenir les efforts tchadiens. Dès le 17 novembre, le président Idriss Déby avait ordonné le déploiement de plusieurs centaines d'hommes chez son voisin centrafricain. Une mesure qui vise à épauler un allié, mais aussi à sécuriser sa frontière sud, au moment où le Tchad doit lui-même faire face à d'importantes rébellions à l'Est.

Tout comme Bangui, N'Djamena accuse Khartoum d'être le parrain de ces groupes et notamment du dernier né, l'Union des forces pour la démocratie et le développement (UFDD). Placé sous les ordres du général Mahamat Nouri, un ancien ministre de la Défense tchadien ayant fait défection au printemps dernier, l'UFDD est nettement plus crédible et puissante que les précédentes oppositions armées à Idriss Déby. Elle disposerait de plus de 2000 hommes et de 250 véhicules dans les environs de Foro-Burunga, au Darfour.

 

Mini sommet à Tripoli

 

Le Soudan nie pourtant toute implication et désigne le Tchad comme le fauteur de guerre. Dans les faits, les deux pays soutiennent des mouvements insurgés sur le territoire de leur voisin. Pour tenter de calmer les tensions, un mini sommet entre les présidents Omar el-Béchir, Idriss Déby et François Bozizé a été organisé, mardi à Tripoli, sous les auspices de Mouammar Kadhafi. À l'issue de cette réunion, le chef d'État tchadien a expliqué que « l'espoir était grand » de voir les choses s'améliorer. Un optimisme qui laisse sceptique. « Rien n'a été décidé pour trouver une solution à la guerre du Darfour, souligne un spécialiste . Or c'est la matrice de tous les autres conflits dans la région. ».

 

Novembre 2006

Soudan sur la sellette

Radio Canada, 24 novembre 2006

 

Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme a dénoncé vendredi une attaque de l'armée soudanaise lancée le 11 novembre dernier contre la localité de Sirba, dans la province du Darfour.

L'offensive, qualifiée de délibérée, a fait 11 morts et 8 blessés, rappelle le Haut-Commissariat. Une centaine d'habitations ont été incendiées, et du bétail et des biens auraient été volés.

L'Union africaine avait fait état de cette attaque le 13 novembre, en parlant d'un bilan de 30 à 40 morts. L'organisation avait accusé les djandjawids, ces miliciens soutenus par le gouvernement soudanais, d'avoir commis ces exactions.

Khartoum affirmait avoir répliqué à une attaque de rebelles contre un convoi de l'armée. Le Haut-Commissariat de l'ONU répond qu'aucune preuve de cette attaque n'a été trouvée.

La porte-parole du Haut-Commissariat a rappelé que rien ne justifiait l'ampleur de l'opération soudanaise, même s'il s'agissait d'une réplique à une attaque. La destruction de biens civils est interdite par le droit international humanitaire, souligne le Haut-Commissariat.

 

Novembre 2006

 

Pourquoi Washington n'a pas réussi à imposer l'ONU

Le Figaro, 24 novembre 2006, par Alain Barluet

 

Obnubilés par le drame humanitaire, les États-Unis ont échoué à engager une politique efficace vis-à-vis du régime de Khartoum.

 

Fortement mobilisée depuis trois ans sur le dossier du Darfour, la diplomatie américaine n'est pas parvenue, jusqu'à présent, à imposer une solution négociée dans cette région de l'ouest du Soudan où la guerre civile et la crise humanitaire ont déjà fait de 200 000 à 300 000 morts et 2,5 millions de déplacés. Les tergiversations du régime de Khartoum sur les modalités de la force «  hybride  » entre l'ONU et l'Union africaine ne sont que la dernière illustration des difficultés de Washington pour dégager la voie à une force internationale réellement capable d'enrayer ce drame humanitaire.

Selon les experts de plusieurs think thanks américains, les raisons de cet échec tiennent à la fois à l'«  inadéquation  » de la stratégie américaine et à la façon dont les acteurs régionaux, en premier lieu le président soudanais Omar el-Béchir, ont réussi à jouer d'une situation complexe pour prévenir le déploiement d'une force militaire plus solide que celle de l'Union africaine (7 000 hommes actuellement).

 

Mobilisation médiatique

 

D'emblée, la mobilisation de l'opinion américaine, massive et très médiatisée grâce à des stars comme George Clooney, aura paradoxalement contribué à entraîner la diplomatie américaine sur une mauvaise voie, quelque part entre l'émotion et l'agressivité, estiment des observateurs outre-Atlantique. « Les manifestations en faveur d'une intervention militaire conduite par les Américains au Darfour ont été une diversion utopique qui n'a mené nulle part » , écrivaient Stephen Morrison et Chester Crocker, du Centre international d'études stratégiques (CSIS), au début de novembre dans le Washington Post . « Les slogans ne font pas une bonne politique étrangère » , poursuivaient ces deux spécialistes, en appelant Washington à quitter les «  postures  » pour prendre des initiatives mettant au pied du mur, de manière réaliste, le gouvernement de Khartoum sur les questions clés du conflit : l'application du cessez-le-feu, la protection des couloirs d'accès humanitaires, l'établissement d'une force «  hybride  » ONU/UA robuste, le lancement d'une démilitarisation des groupes armés, l'ouverture d'un dialogue politique au Darfour.

Rien de tout cela n'a été tenté, déplorent ces experts, qui soulignent que, jusqu'à la mi-2004, Washington et l'ONU ont privilégié les négociations entre Khartoum et le Sud-Soudan, au détriment du Darfour où la violence se déchaînait déjà.

Le secrétaire d'État Colin Powell avait pourtant fait monter la pression en qualifiant de «  génocide  » les tueries du Darfour. Mais la communauté internationale ne l'a pas suivi. Le 31 janvier 2005, une enquête de l'ONU a dénoncé des crimes contre l'humanité, estimant cependant que Khartoum « n'a pas poursuivi de politique de génocide » . Après l'argument fumeux des armes de destructions massives invoquées par Washington pour intervenir en Irak, la crédibilité américaine était-elle émoussée au Darfour ? Et après 2003 comment les États-Unis auraient-ils pu intervenir dans un pays musulman ? s'interrogent aujourd'hui les spécialistes du dossier. Un tel projet se heurtait de surcroît aux contraintes liées à l'immensité d'un territoire éloigné, grand comme la France , et à des difficultés politiques considérables - autant d'obstacles qui continuent à prévaloir. Dans ces conditions, résume avec dépit un humanitaire, « qui voudrait mourir pour le Darfour ? ».

 

Un allié dans la guerre contre le terrorisme

 

De son côté, le président Omar el-Béchir utilise habilement ses cartes. Il connaît l'intérêt qu'a Washington à conserver des relations avec son pays pour mener la guerre contre le terrorisme. En effet, le Soudan a, un temps, hébergé Oussama Ben Laden, et certains membres du régime ont transmis aux Américains des informations sur al-Qaida. Karthoum a aussi su exploiter les divisions de la communauté internationale. « Bush a échoué à opposer à el-Béchir un front uni incluant les Arabes et les Africains » , estimait récemment Michael J. Gerson, un ancien collaborateur du président américain.

Mais la Chine et la Russie demeurent les meilleurs atouts de Khartoum. «  La Chine détient 40 % des compagnies pétrolières opérant au Soudan, retire de celui-ci 7 % de sa consommation d'or noir et lui vend des armes tout comme la Russie  » , relève Princeton Lyman, un analyste du Council on Foreign Relations . « Ces deux pays ont ralenti tous les efforts du Conseil de sécurité pour exercer une réelle pression sur le Soudan » , souligne-t-il.

 

Novembre 2006

  Darfour : le procureur de la CPI a assez de preuves pour des inculpations

Le Monde, 23 novembre 2006

 

Le procureur de la Cour pénale internationale (CPI) Luis Moreno Ocampo a indiqué jeudi à La Haye qu'il avait pratiquement terminé son enquête sur le Darfour et avait assez d'éléments de preuves pour lancer prochainement des inculpations.

Il a toutefois fait preuve de prudence, en expliquant vouloir d'abord évaluer le travail du tribunal spécial mis en place en 2005 par le Soudan.

"En nous basant sur une évaluation circonstanciée et approfondie de toutes les preuves recueillies, nous avons été capable d'identifier les incidents les plus graves et certaines des personnnes qui peuvent être considérées comme les plus responsables criminelllement", a déclaré M. Moreno Ocampo dans un discours à l'ouverture de la 5e session annuelle des Etats partie (ASP) ayant ratifié la CPI.

Il a précisé que parmi ces crimes figuraient la persécution, la torture, le viol et le meurtre.

M. Moreno Ocampo a toutefois suscité les critiques d'organisations non-gouvernementales, dont près de 200 participent à l'ASP, en précisant qu'avant de lancer une procédure il voulait évaluer le travail du tribunal spécial mis en place en 2005 par le gouvernement soudanais, ce qui pourrait être fait d'ici le mois prochain.

La CPI , premier tribunal permanent chargé de juger les crimes de guerre, crimes contre l'humanité et génocide, peut agir si une juridiction nationale ne le peut ou ne le veut.

"Le procureur dit qu'il veut attendre de voir ce que ce tribunal va faire : il n'a rien fait!", s'est exclamé Richard Dicker, responsable de la justice internationale pour l'organisation de défense des droits de l'homme Human Rights Watch (HRW), qui a publié en juin un rapport intitulé "Manque de conviction".

Ce tribunal spécial "a été créé pour éviter des procès devant la CPI ", a-t-il assuré. Elle n'a en fait jugé que des crimes ordinaires, des vols ou de la détention d'objets volés. Cela ne reflète pas l'immense étendue des crimes au Darfour!"

Mercredi, le coordinateur des affaires humanitaires de l'ONU, Jan Egeland, a averti le Conseil de sécurité que le conflit au Darfour pouvait "sombrer dans une spirale incontrôlable" et conduire à une escalade dans la région.

Selon les Nations unies, quelque 200.000 personnes ont péri de la guerre et de ses conséquences et 2,5 millions d'autres ont été déplacées depuis 2003.

 

Novembre 2006

 

La cour pénale internationale prête à lancer des poursuites pour crimes contre l'humanité au Darfour

Nouvel Observateur avec l' AP et Mike Corder , 23 novembre 2006

 

La cour pénale internationale pourrait lancer prochainement des poursuites pour crimes contre l'humanité et crimes de guerre contre plusieurs suspects soupçonnés de meurtres, de viols et d'actes de tortures commis au Darfour, dans l'ouest du Soudan, a annoncé jeudi le procureur du tribunal Luis Moreno-Ocampo.

"Sur la base d'un examen minutieux et attentif des preuves réunies, nous avons été en mesure d'identifier les incidents les plus graves et certains de ceux qui peuvent être considérés comme les plus criminellement responsables", a annoncé le procureur devant des représentants des pays qui ont ratifié la création de la cour pénale.

Moreno-Ocampo n'a précisé ni le nom ni le nombre des personnes visées par ces accusations. Il n'a pas non plus détaillé les atrocités sur lesquelles ses services ont enquêté. Selon lui, il existe des preuves de meurtres, de viols, de torture, d'attaques délibérées contre les civils, de persécutions et d'expulsions par la force.

En trois ans d'affrontements entre les rebelles noirs et les troupes gouvernementales, soutenues par les terribles milices arabes, les Janjaweed, plus de 200.000 personnes ont été tuées et quelque 2,5 millions d'habitants ont dû fuir.

Mercredi, le secrétaire général adjoint de l'ONU aux affaires humanitaires Jan Egeland avait dénoncé la détérioration de la situation humanitaire. Il a affirmé que les milices arabes et les rebelles se sont réarmés et ont renforcé leurs attaques, recommencé à piller et à brûler des villages dans la région.

Moreno-Ocampo a expliqué que ses enquêteurs ont mené 70 missions dans 17 pays différents pour interroger une centaine de témoins et de victimes et réunir des preuves. Mais ils ne se sont pas rendus au Darfour en raison des violences.

Selon un rapport commandé par le gouvernement soudanais, de "graves violations des droits de l'Homme" y ont été commises "par toutes les parties" entre 2003 et 2004. Les Janjaweed, parfois appuyés par l'armée soudanaise se sont rendus coupables de meurtres, conclut ce texte, a dit Moreno-Ocampo.

Le procureur devra désormais établir si les autorités soudanaises font preuve de bonne volonté pour enquêter sur ces faits, ce qui sera fait au début du mois de décembre. Si ce n'est pas le cas, il soumettra son dossier aux juges de la cour qui pourront décider d'ouvrir des poursuites.

 

Novembre 2006

 

Darfour : Jan Egeland exhorte le Conseil de sécurité à prendre ses responsabilités

Nations unies, New York , 23 novembre 2006

 

Le Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires, Jan Egeland, a exhorté aujourd'hui le Conseil de sécurité et la communauté internationale dans son ensemble à prendre ses responsabilités pour protéger les populations civiles du Darfour où 4 millions de personnes ont maintenant besoin d'une assistance humanitaire.

« L'échec du gouvernement soudanais à protéger ses propres citoyens, y compris dans les zones où les rebelles ne sont pas présents, est scandaleux. De même que l'échec de la communauté internationale à assumer ses responsabilités, un an après l'engagement pris par les leaders du monde entier de protéger les civils quand les gouvernements y échouent », a déclaré le Secrétaire général adjoint devant le Conseil de sécurité.

Jan Egeland était venu présenter aux membres du Conseil de sécurité les conclusions de sa visite au Darfour effectuée la semaine dernière pour évaluer la situation sur le terrain, dépêche du 20.11.06.

Alors qu'un accord sur le déploiement d'une mission mixte de l'Union africaine et des Nations Unies semble avoir été conclu jeudi dernier, à l'occasion de la réunion de haut niveau d'Addis-Abeba, le Secrétaire général adjoint a fait état d'un contraste frappant entre la volonté affichée au niveau diplomatique et la réalité qu'il a constatée en personne sur le terrain, souligne un communiqué de l'ONU et une dépêche du 17.11.06.

L'armement des miliciens se poursuit, au mépris des résolutions du Conseil de sécurité, de même que le recrutement d'enfants et d'adolescents dans les camps de personnes déplacées, a affirmé Egeland.

Les attaques et les actes de banditisme commis par les miliciens ont rendu 95% de toutes les routes du Darfour impraticables par les personnels des Nations Unies et des ONG.  Par conséquent, de plus en plus de camps de réfugiés sont coupés d'une assistance véritable, voire de toute assistance, a-t-il expliqué.

« Les forces gouvernementales, les miliciens, les groupes rebelles, et un nombre important de groupes armés tchadiens errent librement à l'intérieur des camps, semant la terreur et la peur », a-t-il encore déploré.

Le Darfour est aujourd'hui le théâtre de la plus vaste opération humanitaire du monde, avec près de 14 000 employés locaux et internationaux déployés dans la région. Ce personnel humanitaire doit faire face aux quatre millions de personnes qui nécessitent aujourd'hui une aide d'urgence dans la région, dont deux millions sont des personnes déplacées.

Les gens y meurent au rythme d'environ 10 000 par mois, toutes causes confondues, y compris des attaques perpétrées par les miliciens, qui répandent la terreur dans les camps et dans les villages.

Si cette opération humanitaire, la plus importante au monde, venait à échouer, la spirale s'aggraverait au-delà de toute mesure, a prévenu Jan Egeland.

Le moratoire sur les restrictions aux opérations humanitaires reste en vigueur au Darfour, et devrait être prolongé, mais n'est absolument pas respecté sur le terrain, a-t-il encore dénoncé.

Jan Egeland avait du écourter sa visite au Darfour, les autorités soudanaises ne l'ayant pas autorisé à y circuler librement. Il lui avait été interdit de se rendre dans quatre des six localités qu'il avait choisies afin d'évaluer en personne la situation humanitaire sur place la dépêche du 17.11.06.

 

Novembre 2006

 

L'Onu accuse le Soudan de renforcer la crise au Darfour

L'Express avec Reuters, 22 novembre 2006

 

Jan Egeland, secrétaire général adjoint de l'Onu chargé des Affaires humanitaires, a accusé mercredi le Soudan d'entraver de manière délibérée les efforts humanitaires au Darfour, d'attaquer des villages et d'armer des milices chargées de combattre les rebelles de cette région de l'ouest du Soudan.

 

Il a invité les membres du Conseil de sécurité à contacter immédiatement les dirigeants soudanais ainsi qu'à exercer des pressions sur les fournisseurs d'armes des rebelles.

"Les prochaines semaines pourraient être décisives pour notre lien vital avec plus de trois millions de personnes", a déclaré Egeland. "Cette période pourrait bien constituer la dernière occasion pour ce Conseil, pour le gouvernement du Soudan, pour l'Union africaine, pour les rebelles et pour chacun d'entre nous d'éviter une catastrophe humanitaire d'une ampleur bien plus grande que celle dont nous sommes d'ores et déjà témoins au Darfour."

De retour du Soudan, le coordonnateur des efforts humanitaires de l'Onu a dénoncé les atrocités commises au Darfour, théâtre d'une escalade des combats, de massacres, de pillages et de viols.

Le conflit qui a éclaté en février 2003 entre des rebelles issus des populations noires et le gouvernement appuyé par des milices arabes a fait plus de 200.000 morts et 2,5 millions de déplacés.

Selon Egeland, quatre millions de personnes ont un besoin urgent d'aide humanitaire. Elles étaient un million deux ans auparavant.

"L'échec est celui du gouvernement dans son absence de volonté de protéger ses propres citoyens plutôt que d'alimenter le conflit, celui des rebelles dans leur refus de se joindre au cessez-le-feu", a dit Egeland.

Ces problèmes sont aggravés par "le mur d'obstacles administratifs que le gouvernement a lentement mais sûrement rebâti à la fois à Khartoum et au Darfour", a-t-il insisté.

 

Novembre 2006

 

Béchir mardi en Libye pour un mini-sommet africain

Le Monde, 21 novembre 2006

 

Le président soudanais Omar el-Béchir se rend mardi à Tripoli pour un sommet avec les chefs d'Etat de Libye, d'Egypte et de Centrafrique, a annoncé l'agence officielle soudanaise Suna.

L'agence, qui n'annonce pas de participation tchadienne, n'a pas précisé les sujets qui seront à l'ordre du jour de ce sommet qui intervient en pleine tension entre le Soudan et ses voisins tchadien et centrafricain.

Auparavant, les médias soudanais avaient indiqué que M. Béchir allait se rendre mardi à Tripoli pour des entretiens les dirigeants libyens sur la tension entre son pays et le Tchad.

La visite a été précédée dimanche par une conversation téléphonique entre M. Béchir et le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi sur "l'application de l'accord de Tripoli sur une normalisation des relations entre le Soudan et le Tchad", a affirmé le quotidien Al-Rai al-Aam.

La tension n'a cessé de monter ces dernières semaines entre Khartoum et N'Djamena qui accuse le Soudan d'implication dans les troubles que connaît l'est du Tchad, limitrophe du Darfour soudanais en guerre civile.

La Libye a repris début novembre sa médiation entre le Tchad et le Soudan. Le régime de Kadhafi avait été l'artisan de la réconciliation, le 8 août, entre les deux voisins, qui s'accusent mutuellement depuis des années de tentatives de déstabilisation.

Les présidents tchadien Idriss Deby Itno et centrafricain François Bozizé ont accusé le Soudan d'avoir agressé leurs pays, après des opérations menées par des rebelles sur leurs territoires. Khartoum a démenti.

Les rebelles tchadiens de l'Union des forces pour la démocratie et le développement (UFDD) ont repris fin octobre leurs opérations contre le régime de N'Djamena en occupant deux villes dans l'est du pays, où de violents combats les ont opposés à l'armée gouvernementale.

En Centrafrique, des rebelles mal identifiés ont pris le 27 octobre la ville de Birao, dans le nord-est du pays, au terme de combats qui ont fait plusieurs morts dans les deux camps.

 

Novembre 2006

 

Le Tchad intervient militairement en Centrafrique

Des « conseillers militaires » français devraient assister l'armée centrafricaine, alliée des troupes de N'Djamena, contre une rébellion installée dans le nord-ouest de la RCA

 

Le Monde, N'Djamena, par Jean-Philippe Rémy, 21-11-2006

 

Nouveau signe de la dimension régionale de la crise qui menace les pays voisins du Darfour, le Tchad s'est lancé dans une intervention militaire en République centrafricaine (RCA). Menacé par une rébellion à ses frontières et confronté à des troubles dans l'Est, le gouvernement tchadien a déjà instauré l'état d'urgence dans sept régions du pays et dans la capitale, N'Djamena, pour la première fois depuis 1963.

Pour expliquer cette mesure, et le déploiement de troupes tchadiennes en Centrafrique, le ministre de la justice, Abderrahmane Djasnabaille, a rappelé, dimanche 19 novembre, que « les intérêts vitaux du Tchad [étaient] menacés » et qu'il lui fallait être « solidaire » de son voisin du Sud.

Cette solidarité relève de l'urgence, alors que des groupes rebelles se sont éta blis dans un chapelet (le points le long des frontières soudanaises, et centrafricaines et menacent d'ouvrir conjointement. plusieurs fronts. En réponse, le Tchad, qui vient de recevoir d'importantes livraisons de matériel militaire, not amment en provenance de Libye, tente donc de reprendre le contrôle de son « ventre mou » et continue d'accuser le Soudan d'être le parrain de ses ennemis.

Plusieurs centaines d'hommes, selon une source militaire tchadienne, sont en cours de déploiement en Centrafrique, appuyés par des véhicules blindés. Parallèlement, des troupes tchadiennes devraient être dirigées vers le No rd-Est pour y attaquer la zone contrôlée l'Union des forces démocratiques pour le rassemblement` (UFDR), en tentant de les prendre en tenaille avec le concours des troupes centrafricaines - globalement passives depuis que l'UFDR a pris le contrôle de la petite ville de Birao et de sa longue piste d'atterrissage, la seule de la région, le 30 octobre - et des troupes de la FOMUC , une force régionale de 380 hommes (Tchad-Gabon-Congo).

La France , liée à la Centrafrique par des accords de défense, devrait appuyer le dispositif tchado-centrafricain en apportant une aide logistique, des éléments de renseignement et, indique-t-on de bonne source à Paris, des « conseillers militaires armés». Leur nombre n'a pas été précisé.

 

Mission de l'ONU

 

Au sein de l'UFDR se trouvent, côte à côte, des Centrafricains et des «libéra teurs » tchadiens ayant combattu aux côtés de l'actuel président, François Bozizé, lorsque celui-ci a pris le pouvoir par les armes, le 15 mars 2003, au terme d'une opération lancée depuis son exil de N'Djamena. Les «  libérateurs » , condottiere jamais récompensés, se sont retournes contre leurs anciens employeurs tchadiens et centrafricains.

La zone qu'ils contrôlent, avec leurs alliés, dans le nord-ouest de la RCA , est donc un corridor que les rebelles tchadiens pourraient emprunter pour attaquer leur pays depuis le Soudan.

C'est dans ce contexte qu'une mission de planification des Nations unies devait arriver au Tchad, mardi, puis se rendre en RCA pour y étudier les conditions d'un éventuel déploiement d'une force internationale. L'idée, développée à l'origine pour assurer la protection des camps de réfugiés soudanais au Tchad, avait été reprise, sur initiative française pour « sauver le soldat Déby », selon une source onusienne, grâce à une extension de la mission des Nations unies au Darfour, destinée à empêcher les chassés-croisés de rebelles dans la région. Mais le gouvernement tchadien a fait savoir qu'il s'opposait à cette idée, lui préférant l'hypothèse du déploiement d'une force tchado-soudanaise à la frontière, dont les effectifs pourraient se monter à 2 000 hommes, en affirmant se refuser à une « intervention étrangère » au Darfour dont la base arrière serait au Tchad, une idée fortement inspirée par la Libye , nouvel allié de N'Djamena.

 

Novembre 2006

 

La terrible responsabilité du gouvernement soudanais,

par Reed Brody et Leslie Lefkow, porte-parole de Human Rights Watch, et chercheuse pour la division Afrique de cette organisation..

 

Le Figaro, 20 novembre 2006

 

« Les intérêts pétroliers chinois au Soudan, les ventes d'armes russes à Khartoum, la solidarité panarabique expliquent la mollesse de l'ONU ».

 

Djebel Mun, Bandikao, Sirba. Des attaques brutales contre ces localités viennent s'ajouter au carnage en cours au Darfour et au Tchad.

Le 29 octobre, plus de 50 personnes, dont 26 enfants, ont été tuées à Djebel Mun, dans l'ouest du Darfour, par les milices janjawids soutenues par Khartoum. Le 4 novembre, une attaque lancée contre le village tchadien de Bindakao par des nomades tchadiens a fait 57 victimes. Le 11 novembre, 70 personnes ont péri ou ont été blessées à Sirba, dans l'ouest du Darfour, victimes « d'éléments supposés être des janjawids », selon les termes mêmes de l'Union africaine.

Ces massacres visaient des ethnies différentes des deux côtés de la frontière entre le Tchad et le Soudan et leurs responsables n'agissaient pas de concert. Pourtant, une donnée les unit : ils ont tous été rendus possibles par l'absence criante d'action de la communauté internationale pour protéger des populations cibles d'agressions délibérées (dans le cas du Darfour) ou carrément abandonnées (dans le cas du Tchad) par leurs propres gouvernements.

Depuis plus de trois ans, hélas, le conflit au Darfour con­tinue de voir se perpétrer certaines des pires atrocités de notre époque. On assiste en outre à la prolifération d'affrontements entre des groupes armés alliés à N'Djamena et à Khartoum autour d'une zone frontalière désormais de plus en plus instable.

Les victimes de ces dernières attaques viennent s'ajouter aux 200 000 personnes qui ont déjà péri dans le conflit. Les survivants s'ajoutent, eux, aux plus de deux millions de personnes déplacées dépendantes de l'aide humanitaire internationale, aide dont l'acheminement est de plus en plus précaire du fait des risques et obstacles croissants que rencontrent les organismes humanitaires dans la région. Plus d'une dizaine de travailleurs humanitaires ont en effet été tués au Darfour cette année. De même, les organisations présentes dans la région sont aujourd'hui confrontées au barrage du gouvernement soudanais, mélange de harcèlement, d'intimidation et d'obstruction bureaucratique.

La responsabilité de cette terrible situation incombe bien sûr, en premier lieu, au gouvernement soudanais qui a armé les janjawids et a poursuivi une campagne d'agression contre certaines populations civiles, campagne fondée sur l'appartenance ethnique. Mais il est clair que ce sont les divisions au sein de la communauté internationale et son manque de volonté politique qui permettent aujourd'hui à Khartoum de continuer de perpétrer ces crimes en toute impunité, au vu et au su du monde entier.

Les intérêts pétroliers chinois au Soudan, les ventes d'armes russes à Khartoum, la solidarité panarabique - tout cela explique pourquoi les États membres de l'ONU n'ont pas fait fermement pression sur le gouvernement soudanais.

Les civils tchadiens voient maintenant ce même cauchemar arriver à leur porte, et ils sont inquiets. Ils sont au moins 70 000 à avoir déjà fui la région est du Tchad cette année, à cause des attaques de plus en plus nombreuses des milices soudanaises et tchadiennes. Et si le débordement du Darfour n'est qu'un des facteurs de la situation politique instable du Tchad, il est clair que les ingérences militaires et politiques des acteurs du conflit du Darfour attisent des tensions déjà latentes au Tchad.

En août, après deux années de paroles et peu d'actes, le Conseil de sécurité de l'ONU a autorisé le déploiement de plus de 20 000 hommes pour remplacer les 7 000 membres mal équipés et débordés de la force de l'Union africaine au Darfour. Le Conseil de sécurité a donné à la force de l'ONU un mandat fort de protection des civils, mais a conditionné le déploiement au consentement soudanais. Or, comme c'était à prévoir, la Chine , la Russie et le Qatar se sont abstenus de voter, et le gouvernement soudanais a immédiatement rejeté la force, tout comme il avait rejeté toute tentative de mettre fin aux exactions commises au Darfour.

Après trois mois de négociations infructueuses, et alors que le gouvernement soudanais accélérait son offensive militaire au Darfour, l'ONU a convoqué, le 16 novembre dernier, des pourparlers à Addis-Abeba afin de discuter d'une nouvelle force « hybride » UA-ONU. Le résultat des pourparlers n'est pas encore clair mais si une force doit être efficace, elle doit se déployer immédiatement avec des troupes et une puissance militaire suffisantes, ainsi qu'un mandat fort pour protéger les civils et pour contrôler et faire appliquer l'embargo sur les armes au Darfour.

La France et d'autres nations clés doivent accroître les pressions sur Khartoum, non seulement pour faire accepter les troupes de l'ONU, mais aussi pour trouver une solution politique durable au conflit, y compris avec le Tchad, et ainsi mettre un terme à la manipulation des tensions ethniques faite par le gouvernement soudanais. Le but est, in fine, d'assurer un environnement sûr pour que les personnes déplacées puissent rentrer chez elles.

Tous ces objectifs exigent davantage qu'une force internationale : ils exigent une pression unifiée et soutenue face à l'intransigeance de Khartoum. Cette pression doit comprendre le recours à des sanctions ciblées, comprenant le gel des avoirs et des interdictions de voyager contre le président Omar al-Bashir et son cercle proche de conseillers et de ministres. Il est urgent de les contraindre à revoir immédiatement leur politique de violence au Darfour.

Notre manque d'action n'est pas de l'impuissance, c'est bien, comme au Rwanda et à Srebrenica, un mélange d'aveuglement et de lâcheté. Voulons-nous vraiment que l'histoire se répète indéfiniment ?

 

Novembre 2006

Darfour : ce que nous devons faire contre l'horreur absolue, par Philippe Douste-Blazy

Par Philippe Douste-Blazy, ministre des Affaires étrangères.

 

« Ni la France ni la communauté internationale ne souhaitent la sécession du Darfour ou le démantèlement de l'administration soudanaise »

 

Le Figaro, 20 novembre 2006

 

Darfour : 250 000 personnes assassinées, deux millions et demi de personnes, soit un tiers de la population, déplacées à l'intérieur du pays ou réfugiées dans le Tchad voisin. Comme l'a dit le président de la République devant l'Assemblée générale des Nations unies le 19 septembre dernier : « Un crime contre l'humanité se prépare. » Face à la montée des risques politique et géostratégique, j'ai voulu me rendre dans cette région névralgique pour la stabilité du monde, à la charnière du monde arabe et du monde africain.

Le constat est terrible. Il l'est d'autant plus qu'autour des Nations unies les pays de bonne volonté tout comme les ONG n'ont cessé de se mobiliser. La France a versé, à titre bilatéral et multilatéral, 76 millions d'euros en faveur des populations civiles du Darfour. 13 agences des Nations unies, 84 ONG, 14 000 travailleurs humanitaires réalisent au quotidien, sur le terrain, dans des conditions de sécurité précaires, un remarquable travail. Je salue le courage de ces hommes et de ces femmes que j'ai rencontrés, à El Fasher comme à l'intérieur du camp de Koutoum.

Devant l'horreur absolue, il incombe à chacun d'entre nous, à la place qui est la sienne, de renforcer son action. La France , quant à elle, ne saurait se résoudre simplement à témoigner. Rien ne serait pire que de laisser croire que, face à la violence, la force compassionnelle des mots et la force médiatique des images suffisent. Ce n'est pas ma conception de la politique étrangère, ni l'idée que je me fais du rôle et de la voix de la France dans le monde.

J'ai souhaité rencontrer, en Égypte puis au Soudan, ceux qui sont prêts à nous aider dans la recherche d'une solution durable. Cette visite a été l'occasion d'entretiens approfondis, au Caire d'abord, avec le président Moubarak, puis au Soudan, où j'ai rencontré le président Béchir et mon homologue, mais aussi des représentants des Nations unies, de l'Union africaine et des ONG.

Aujourd'hui, tout porte à croire que nous sommes à un moment clé. Pour la première fois depuis février 2003, le gouvernement soudanais n'écarte plus la possibilité d'accueillir sur son territoire une force internationale. Je rappelle que la résolution 1706 du Conseil de sécurité a autorisé le déploiement d'une force des Nations unies, mais le refus durable des autorités soudanaises imposait de rechercher une formule immédiatement applicable sur le terrain. C'est pourquoi j'ai proposé, le 12 novembre à Khartoum, une solution intermédiaire qui permettrait de renforcer l'efficacité de l'action de l'Amis - la force de l'Union africaine - sur le territoire soudanais, tout en respectant la souveraineté de ce pays.

Sous-équipée, l'Amis reste démunie pour mener à bien une mission censée couvrir l'équivalent de la superficie de la France. Le renforcement de l'Amis par la logistique des Nations unies représenterait un progrès important pour l'efficacité des troupes et donc pour la protection des populations civiles.

Khartoum est certes souverain mais il doit être responsable et donner une suite positive à cette idée de force mixte. Dans le même temps, pour remédier à la catastrophe humanitaire, l'aide internationale doit se poursuivre et son acheminement être facilité. Dès le 16 novembre, la réunion d'Addis-Abeba, organisée sous l'égide de Kofi Annan et où la France était présente, a pu commencer à tracer les lignes d'une telle action de la communauté internationale.

Un autre risque réside dans l'extension, déjà entamée, du conflit au Tchad et en République centrafricaine. Le Soudan ne peut que redouter une déstabilisation à ses frontières. Je l'ai souligné auprès du président Béchir : aujourd'hui, la sécurité doit être renforcée au Darfour, mais aussi aux frontières entre le Soudan et ces deux pays africains francophones.

La France compte sur la capacité des autorités soudanaises à accepter, aux frontières de leur pays, une présence internationale susceptible d'aider au retour de la stabilité dans cette zone. Cette présence est cruciale si nous voulons éviter que la violence ne se propage et gagne peu à peu les pays voisins. C'est pourquoi nous nous sommes engagés à assurer, grâce à notre présence militaire dans la région, un environnement fiable propre à faciliter le déploiement de cette mission.

L'éclatement du Soudan serait une catastrophe, non seulement pour l'Afrique, mais aussi pour le reste du monde. Ni la France ni la communauté internationale ne souhaitent la sécession du Darfour ou le démantèlement de l'administration soudanaise. Notre seul objectif est l'apaisement politique de la crise et la stabilité régionale. Cela passe d'abord par l'extension de l'accord politique d'Abuja à un maximum de signataires. La France , pour sa part, est prête à se mobiliser pour faciliter de nouveaux pourparlers.

Plus que jamais, face à la crise du Darfour, chacun a sa part de responsabilité. Il ne s'agit pas d'imposer un schéma venu d'ailleurs, mais bien de parvenir, par le dialogue, à une solution responsable dans l'intérêt de tous. C'est ce que la France , sous l'impulsion du président de la République , a toujours souhaité. C'est à cette condition que nous pourrons progresser sur la voie d'une paix restaurée qui est d'abord, pour les populations civiles victimes, la promesse de retrouver une dignité et une sécurité trop longtemps oubliées.

 

Novembre 2006

 

Le conflit du Darfour déborde en Centrafrique

Le Figaro, avec l'A.F.P., 18 novembre 2006

 

Le président centrafricain François Bozizé a dénoncé « une violation de son territoire par une rébellion extérieure ». Le Tchad a proposé son aide sous forme d'envoi de troupes.

 

Les ravages nés de la crise du Darfour gagnent. Cantonnée jusqu'ici, et avec difficulté, à l'immense territoire désertique du Darfour, la guerre opposant les autorités de Khartoum aux rebelles de la province de l'ouest déborde de plus en plus du champ clos soudanais. Au point de menacer le fragile équilibre de la région.

Signe de l'agitation des esprits et des fortes inquiétudes, le Tchad a proposé hier d'envoyer des troupes en République centrafricaine. Objectif affiché de l'opération : se porter au secours du chef de l'État centrafricain, François Bozizé, proche du président tchadien Idriss Déby, en l'aidant à contrer une rébellion implantée dans le nord du Centrafrique et soutenue, selon N'Djamena, par le Soudan.

De passage à Bruxelles, le président centrafricain n'a pas évoqué la proposition d'aide du Tchad, mais a confirmé les accusations portées par N'Djamena. « Mon pays, a-t-il dit, fait face depuis maintenant quinze jours à une agression caractérisée par la violation de son intégrité territoriale (...) par une bande d'assaillants non identifiés qui veulent nous imposer une rébellion de l'extérieur » . Selon lui, le Soudan soutiendrait ces rebelles.

Pays le plus touché par les conséquences de la crise du Darfour, le Tchad est également le plus en pointe dans ses prises de position. Dans un discours devant le Parlement, le premier ministre a appelé la population du pays à la « mobilisation générale contre la guerre généralisée imposée par le gouvernement soudanais » . Selon lui, le Tchad est victime d'incursions de « soldats soudanais » , le long de sa frontière est. Ces incursions auraient fait, depuis la fin octobre, plus de 400 morts dans la zone Goz Beïda. Les violences entre tribus arabes et non arabes se sont développées dans la région tchadienne du Ouaddaï après une première vague d'affrontements dans la région du Salamat qui avait déjà fait plus d'une centaine de morts.

 

Crise humanitaire

 

Président de l'Union africaine (UA) et proche de Paris, qui ne cache pas sa préoccupation, Denis Sassou Nguesso s'était déclaré favorable, voici quelques jours, au déploiement d'une force internationale à la frontière entre le Soudan, le Tchad et la République centrafricaine. « Nous pensons, a-t-il affirmé au sortir d'un entretien avec Jacques Chirac, qu'il est dangereux de voir la situation au Darfour s'étendre et risquer de déstabiliser le Tchad et la RCA.  »

À Genève, le haut commissaire de l'ONU aux Droits de l'homme, Louise Arbour est montée au créneau afin de demander une « action immédiate » pour prévenir une catastrophe humanitaire au Tchad. « Une action doit être menée immédiatement pour arrêter une crise humanitaire qui frapperait de plein fouet le sud-est du Tchad » , a-t-elle dit. Voici quelques jours, le haut commissariat des Nations unies aux Réfugiés (HCR) a réclamé le déploiement d'une force internationale de protection au Tchad. Depuis le début des dernières violences, 7 000 Tchadiens ont fui leurs foyers. Le pays abrite déjà plus de 200 000 réfugiés venus du Darfour.

 

Novembre 2006

 

Kofi Annan annonce une force Afrique-ONU

Le Figaro avec Tanguy Berthemet, 18 novembre 2006

 

La dramatique question de la paix au Darfour, enlisée depuis des mois, vient de connaître une timide avancée. «  Le Soudan a accepté le principe d'une force hybride  », a annoncé jeudi le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan. Ce nouveau contingent, chargé de mettre un terme aux combats dans la province soudanaise, se composerait «  en majorité » de soldats de l'Union africaine (UA), qui dispose déjà de 7 000 hommes sur place. Ils seraient soutenus par une forte logistique de l'ONU.

L'annonce, faite à l'issue d'une réunion de crise au siège de l'UA à Addis-Abeba, n'est pas une surprise. Elle apparaît plutôt comme une solution de compromis après le refus brutal du gouvernement soudanais d'accepter des troupes de l'ONU sur son sol. Dès septembre, Khartoum avait d'ailleurs suggéré un renforcement de la mission africaine. Et de l'aveu même de Kofi Annan, tout est loin d'être résolu. «   Il reste à régler la question des effectifs et des responsables de haut niveau de l'opération » , a admis le secrétaire général. Des points qui ne sont pas anodins.

 

Grand écart

 

En Éthiopie, l'ambassadeur du Soudan à l'ONU, Abdalmahmoud Mohamad, a déjà grincé des dents : «  L'ONU souhaite l'envoi de 17 000 hommes, ce qui est un nombre très élevé. Nous pensons plutôt à 11 000 ou 12 000. » Mais c'est la question du commandement de la future mission qui soulève le plus de difficultés. Les bailleurs de fonds, qui devront soutenir financièrement la future mission dont le budget est estimé à un milliard de dollars, souhaitent que les Nations unies assurent la direction des opérations. Une hypothèse que le président soudanais Omar el-Béchir a toujours rejetée. Or, explique un diplomate, plus que circonspect, «  C'est une question cruciale. Si la direction devait être confiée à l'Union africaine, ce serait une grande première, car jamais l'ONU ne s'est placée sous le commandement d'une autre organisation.  »

«  Il est évident que le gouvernement soudanais cherche avant tout à gagner du temps pour promouvoir une solution militaire. Il y a un grand écart entre les échanges polis d'Addis-Ababa et ce qui se passe sur le terrain » , s'énerve un responsable d'une organisation humanitaire. De fait, tout au long de la semaine, le Darfour a connu un regain de violences et de combats qui ne semblent pas devoir s'arrêter.

Hier, une organisation caritative allemande annonçait ainsi avoir évacué dix-huit de ses collaborateurs présents à Birmaza, en raison de craintes pour leur sécurité. Le directeur de ce programme au Darfour, Jörg Heinrich, soulignait que « le préalable à une solution est d'abord un cessez-le-feu accepté par les différentes parties au conflit » .

 

Novembre 2006

 

La crise du Darfour, qui se propage au Tchad et à la Centrafrique , risque d'embraser la région

Le Monde , N'Djamena Jean-Philippe Rémy, 17 novembre 2006

 

Jusqu'où l'onde de choc de la crise au Darfour risque-t-elle de se propager ? D'une guerre civile entamée début 2003, le conflit menace à présent de se muer en conflagration régionale, embrasant pour commencer deux pays voisins, le Tchad et la République centrafricaine. Les raisons de cette contamination, initialement, sont d'ordre mécanique.

Le conflit entre rebelles et forces gouvernementales soudanaises qui a éclaté au Darfour début 2003 a été, dès l'origine, une guerre "sans frontières" impliquant le Tchad. De hauts responsables du pouvoir, y compris des membres de la famille du président tchadien Idriss Déby, se sont engagés aux côtés des groupes rebelles du Darfour, en raison notamment de solidarités familiales ou claniques.

Selon une recette éprouvée dans la région, le Soudan a répondu par la réciproque, offrant à des rebelles tchadiens armes et bases arrière sur son sol, avec l'appui de son armée, et menaçant de les "lâcher" sur le Tchad, à l'assaut d'un régime fragilisé. Ces alliances croisées ont favorisé le pourrissement de la situation.

Au Tchad, l'implication dans la guerre au Darfour est un "véritable gouffre qui engloutit des milliards (de francs CFA, des millions d'euros) " , note un bon connaisseur du pays. Les rebelles darfouriens ont ouvert des "centres de recrutement volontaires" à proximité des camps de réfugiés soudanais au Tchad, et assurent le contrôle de tronçons de la frontière soudanaise pour le compte des forces de N'Djamena, en nombre insuffisant.

Au Soudan, le conflit menace l'accord de paix avec la rébellion du sud du pays, conclu dans l'autre "grande guerre" soudanaise achevée en janvier 2005.

En Centrafrique, la contamination a déjà dépassé le stade des menaces. Depuis octobre, de nouveaux groupes rebelles ont fait leur apparition dans le nord du pays. Alliés à leurs homologues tchadiens parrainés par le Soudan, ils leur offrent le contrôle d'un couloir pour entrer au Tchad, depuis le Soudan, par le "ventre mou" de la Centrafrique. Le président centrafricain, François Bozizé, arrivé au pouvoir avec le soutien militaire d'Idriss Déby, a beau souhaiter se tenir à l'écart de troubles qui pourraient l'emporter, les règles imparables de la logique des alliances croisées régionales ne lui ont pas laissé le choix de la neutralité.

C'est dans ce contexte que se profilent, à présent, plusieurs vagues d'offensives. Au Soudan, l'armée régulière, appuyée par des milices recrutées au sein des tribus arabes, a déjà entamé des assauts contre les rebelles darfouriens, qui se sont renforcés militairement au cours des deux années passées.

Conjointement, des rebelles tchadiens menacent de passer à l'attaque, selon des sources concordantes. Récemment, les plus importants de ces groupes tchadiens ont largement recruté et ont été équipés par le Soudan en matériel flambant neuf, véhicules, armes, munitions et moyens de communication.

Parallèlement, un autre type de contamination menace la région. Plus subtil, et plus insidieux, il a trait à une particularité du conflit au Darfour. Alors que les causes de la guerre dans la région de l'Ouest soudanais sont multiples, et entrecroisées, une "lecture" des affrontements s'est diffusée, qui explique tous les problèmes par des antagonismes entre "tribus arabes" et "ethnies négro-africaines" . Ce schéma néglige un grand nombre de facteurs de tensions, mais il a le charme pervers de la facilité d'emploi.

Au Tchad, des attaques de villages, assorties de massacres qui ont fait plusieurs centaines de morts depuis le début du mois de novembre, semblent porter la "marque" des campagnes de terre brûlée menées par les miliciens janjawids du Darfour, sans qu'il soit encore possible d'identifier leurs auteurs avec certitude.

Sur ce modèle, les observateurs redoutent l'activation d'une "prophétie auto-réalisatrice" qui ferait succomber à un modèle artificiel d'antagonismes entre "tribus arabes" et "ethnies négro-africaines" la bande sahélienne, qui court depuis les rivages de l'Atlantique, en Mauritanie, jusqu'à la mer Rouge. "Le risque est réel de voir les pays du Sahel tomber dans ce type d'affrontements les uns après les autres comme des dominos. Raison de plus pour stabiliser le Tchad, qui peut faire barrage contre la contamination" , assure un observateur.

Comme une répétition de ce scénario catastrophe, plusieurs dizaines de milliers d'Arabes tchadiens installés au Niger ont été à deux doigts d'être expulsés, après des affrontements avec des communautés locales. A la suite de pressions régionales, les expulsions ont été suspendues.

Mais depuis, des jeunes des tribus arabes du Niger sont recrutés par la rébellion tchadienne... au Darfour.

 

Novembre 2006

  Au Darfour, les soldats africains de la MUAS manquent de moyens

Le Monde Al Fasher, avec Nathalie Nougayrède, 16 novembre 2006

 

Comment sauver le Darfour ? Dans ce camp de réfugiés de Kassab, près de Koutoum, sur les plateaux désertiques de Marra qui s'étendent au nord de cette région du Soudan ravagée par la guerre depuis 2003, les limites de l'action de la communauté internationale sont d'une cruelle évidence. Plus de 23 000 personnes déplacées sont amassées là, dans des cahutes de terre séchée couvertes de bâches plastifiées, guère protégées des attaques de bandes armées.

Une force militaire d'observation, la Mission de l'Union africaine au Soudan (MUAS), a certes été déployée au Darfour depuis 2004, mais ses 7 000 soldats disposent de moyens fort restreints. Pas assez d'hélicoptères, ni d'équipements de communication, des soldes versées avec retard, et des livraisons de carburants qui dépendent d'une société fournissant également l'armée soudanaise, ce qui introduit une dangereuse dépendance pour ces troupes censées agir en toute autonomie pour prévenir les violences.

"La nuit, nous ne pouvons pas rester dans le camp , constate un officier égyptien de la MUAS , c'est trop dangereux. Nous rentrons à notre base le soir vers 18 heures." C'est précisément la nuit, racontent les réfugiés, que surviennent attaques et tueries. Circulant le long des pistes de terre ocre dans leurs véhicules blindés, les hommes de la MUAS en sont réduits à jouer les figurants dans un conflit qui a sombré dans une complexité inextricable, et étend ses ramifications aux pays voisins.

Les groupes de rebelles auxquels le gouvernement soudanais et ses milices supplétives arabes, les janjawids, livrent un combat féroce, consistant essentiellement à s'en prendre aux populations civiles, se sont scindés en une multitude de factions qui n'hésitent pas à batailler entre elles pour la rapine et les pillages. Le processus politique qui avait abouti, en mai, à un accord entre les autorités de Khartoum et l'une des entités rebelles, est en lambeaux.

 

Regroupement des janjawids

 

Paris plaide pour une relance du processus politique au Darfour et pour un renforcement de la MUAS , face au refus de Khartoum d'autoriser le déploiement d'une force de l'ONU. C'était le message du ministre des affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy, lors d'une tournée en Egypte et au Soudan, du 11 au 13 novembre.

Sur le terrain, chacun fait valoir ses observations. Le gouverneur du Darfour accuse "une partie de la communauté internationale" de concevoir des "projets cachés" de renversement de régime. La représentante de la Mission des Nations unies au Darfour, Cate Steains, s'inquiète d'un regroupement des janjawids, en vue d'une nouvelle offensive. Les responsables de la MUAS se plaignent de leur manque de logistique.

Des réfugiés de Kassab, assis en tailleur sous un arbre dans leurs longues tuniques blanches, font remarquer que "la communauté internationale observe, c'est bien, mais nous continuons de subir souffrance sur souffrance" .

 

Novembre 2006

 

En "état d'urgence", le Tchad craint la contagion des tueries du Darfour

Depuis deux semaines , dans le Salamat et l'Ouaddaï, à l'est du pays, des villages ont subi des attaques de cavaliers en uniformes, appuyés par des groupes en 4x4.

 

Le Monde, par Jean-Philippe Rémy, 16 novembre 2006

 

Pendant toute la journée, mardi 14 novembre, les habitants de N'Djamena ont débattu de la question de savoir si un couvre-feu devait, oui ou non, être instauré à minuit. Dans le doute, ils sont allés se coucher, attendant mercredi pour voir entrer en application, dans la capitale tchadienne et dans sept régions, l'état d'urgence annoncé lundi au sortir d'un conseil des ministres extraordinaire.

Cet état d'urgence prévoit le renforcement des pouvoirs des responsables de la sécurité, le contrôle de la circulation des biens et des personnes et instaure une forme de censure. Son entrée en vigueur, mardi, a été présentée par le gouvernement comme une mesure exceptionnelle, destinée à mettre fin aux violences graves, accompagnées d'atrocités, commises, depuis le début novembre, par des milices mal identifiées, dans l'est du pays.

"C'est l'exportation du drame du Darfour au Tchad" , assure Hourmadji Moussa Doumgor, ministre de la communication et porte-parole du gouvernement. "L'insécurité dans cette zone a pris une ampleur catastrophique. On compte déjà près de 400 morts. Il fallait donc donner les pleins pouvoirs aux services de sécurité."

Depuis le début du mois de novembre, des villages des régions du Salamat et du Ouaddaï, notamment autour de Goz-Beïda, ont subi des attaques de cavaliers en uniformes, appuyés par des groupes en 4 × 4. Un grand flou entoure encore leur identité exacte, comme celle de leurs commanditaires, mais déjà des responsables tchadiens affirment voir une reproduction des massacres du Darfour voisin, résumés schématiquement sous la forme d'attaques de "miliciens de tribus arabes" contre des tribus "négro-africaines" .

Si les ressorts de ces troubles sont encore mal compris, il semble établi qu'ils menacent de se transposer à N'Djamena, où des membres des différentes communautés impliquées dans des affrontements, ou victimes de massacres, ont organisé des collectes de fonds et de véhicules pour les envoyer aux groupes d'autodéfense locaux qui se constituent dans l'est.

 

Menaces sur Abéché

 

Jusqu'à présent, les forces régulières tchadiennes, dont le plus gros est déployé dans l'est du pays, n'ont pas affronté les miliciens. Un important détachement, envoyé récemment dans les alentours de Goz-Beïda, a été contraint de quitter les lieux pour se rendre en toute urgence à Abéché, de crainte d'une attaque de rebelles contre la grande ville de la région.

Car le véritable péril, pour le pouvoir du président Idriss Déby, est constitué par des groupes rebelles, à commencer par l'Union des forces pour la démocratie et le développement (UFDD) de Mahamat Nouri, qui menacent à nouveau de passer à l'attaque depuis leurs bases du Tchad ou du Soudan voisin.

Fin octobre, les hommes de l'UFDD avaient fait une percée de plusieurs jours en territoire tchadien avant d'entraîner les forces régulières lancées à leur poursuite dans une embuscade, aux confins de la frontière soudanaise, "menée de main de maître" , selon une source militaire tchadienne, et qui s'est soldée par d'importantes pertes militaires.

 

Novembre 2006

 

"Au Tchad, les risques d'une déstabilisation durable sont plus élevés aujourd'hui"

Roland Marchal, chercheur du Centre d'études et de recherches internationales (CERI) à Paris

Le Monde avec l'AFP, 15 novembre 2006

 

Selon le chercheur Roland Marchal, du Centre d'études et de recherches internationales (CERI) à Paris, le Tchad et le Centrafrique sont menacés de déstabilisation par un débordement du conflit du Darfour. Il souligne également l'incapacité de la France et des Occidentaux à prévenir une régionalisation de la crise.

 

Les violences dans l'est du Tchad entre Arabes et non-Arabes sont-elles un signe tangible d'un débordement du conflit du Darfour ?

 

Il y a déjà eu des affrontements importants dans le passé. Personne alors ne les avait liés à la situation soudanaise. Ce qui a changé avec le conflit au Darfour et la crise de régime au Tchad, c'est que certaines populations dans l'Est sont armées par le président tchadien Idriss Déby, que certains se disent qu'ils peuvent régler des comptes maintenant que les forces armées tchadiennes sont tétanisées par les mouvements rebelles. Il est aussi devenu très facile et peu onéreux de s'approvisionner en armes et en munitions, car celles qui sont offertes par Khartoum ou N'Djamena peuvent être revendues. Et on peut aussi, pour régler des rivalités locales, les réinscrire dans le contexte du Darfour pour faire des alliances.

 

Peut-on considérer que les régimes tchadien et soudanais se livrent une guerre par milices et rebelles interposés ?

 

Oui, et cela depuis l'automne 2005 lorsque Mahamat Nour (le chef du groupe rebelle du Front uni pour le changement démocratique – FUC –, qui a mené une offensive ratée contre la capitale tchadienne, N'Djamena, en avril) et ses amis ont été autorisés à utiliser leurs camps au Darfour pour mener des attaques contre le Tchad.

Cette décision soudanaise a été prise sur la base d'une réévaluation du rôle de Déby et de ses proches dans le conflit au Darfour : d'un côté ils recevaient de l'argent de Khartoum pour affaiblir les mouvements darfouriens, de l'autre ils aidaient ces derniers ou acceptaient de voir leur territoire utilisé comme sanctuaire.

Au Tchad, les risques d'une déstabilisation durable sont plus élevés aujourd'hui. L'UFDD, l'Union des forces pour la démocratie et le développement (un nouveau groupe rebelle) ne paraît pas qualitativement mieux préparée que le FUC, mais ce groupe – évidemment soutenu par Khartoum – bénéficie du fait que de nombreux partisans du régime tchadien ne voient plus très bien pourquoi ils combattent, et tendent à monnayer leur soutien au jour le jour.

 

La France , qui soutient militairement le Tchad et le Centrafrique, et la communauté internationale,ont-elles réagi à temps ?

 

La France n'a pas voulu voir le caractère régional de la guerre au Darfour. Elle n'a réagi sur sa gravité qu'au moment où elle a vu Déby déstabilisé, et s'est mise dans la pire des situations : crier "Déby ou le chaos" à un moment où le chaos était là.

En Centrafrique, la communauté internationale, notamment les Etats-Unis, porte une responsabilité très grande à cause d'une indifférence totale jusqu'en 2006 sur le drame quotidien des populations. Le comportement de l'ONU a été particulièrement affligeant. Aujourd'hui, on voit une déstabilisation qui ne peut être réduite simplement au débordement de la crise au Darfour, mais il n'y a pas d'action internationale : on laisse le Centrafrique en tête à tête avec la France et cela ne pourra pas produire une bonne solution.

 

Novembre 2006

 

Sept questions sur le Darfour

La Parisien , par Philippe Duval, 15 novembre 2006

 

1 - Qu'est ce que le Darfour ?

Située dans l'ouest du Soudan, cette province, aussi grande que la France , est peuplée d'environ six millions de personnes, essentiellement noires et sédentaires vivant de l'agriculture et d'activités pastorales, dans un pays (cinq fois plus grand que la France ) de 34 millions d'habitants majoritairement arabes, et nomades quand ils ne sont pas urbanisés. Depuis 2003, cette région, oubliée du pouvoir central de Khartoum, est la proie d'une rébellion qui a trouvé des encouragements dans la réussite politique d'une autre rébellion (vingt ans de guerre et deux millions de morts), celle des chrétiens noirs du sud du pays, qui ont arraché un accès immédiat au pouvoir et une promesse d'indépendance.

 

2 - Existe-t-il un conflit religieux ?

Les protagonistes du conflit, noirs comme arabes, sont musulmans. Comme partout en Afrique, les Noirs qui se sont ral­liés à la religion musulmane la pratiquent avec une bonne dose : d'animisme, qui reste le fond commun religieux africain, et sont rétifs à l'application des préceptes fondamentalistes (charia, interdiction de l'alcool, voile des femmes). En réalité, le conflit est le révélateur d'un réel antagonisme entre le monde noir et le monde arabe qui se propage déjà au Tchad voisin (où l'état d'urgence vient d'être décrété en raison d'affrontements de ce type), au Niger, au Mali et en Mauritanie, deux pays sous la menace de bandes islamistes radicales venues d'Algérie qui sévis sent dans lé sud du Sahara. Philippe Douste-Blazy et le président égyptien Moubarak, qui se sont rencontrés dimanche au Caire, ont évoqué ce risque grandissant de confrontation entre Arabes et Noirs.

 

3 – Combien de victimes ?

Les Nations unies estiment que le tiers de la population du Darfour (deux millions de per­sonnes) a été déplacée et que le conflit a fait deux cent mille morts depuis trois ans. Des chiffres contes­tés par le gouverneur du Darfour du Nord qui, se basant sur un rapport de l'Unicef portant sur la mortalité infantile et le taux, de criminalité, soutient « que la situation humani­taire est en train de s'améliorer ». Un militaire français, qui affirme. avoir enquêté de longs mois sur, place, évoque un nombre de « soixante-dix mille morts ».

 

4 - Est-ce un génocide ?

Au contraire des Américains qui ont qualifié les massacres au Darfour de « génocide » (destruction méthodique d'un groupe ethnique), les Européens qualifient les exactions commises par l'armée soudanaise et les milices arabes de « crimes contre l'humanité » passibles des juridictions internationales: En ajoutant que si génocide il `y a, les Américains ont un devoir d'intervention immédiate pour mettre fin.

 

5 - Les populations sont-elles secourues ?

«Les combats changent d'endroits tous les jours. II est donc impossible d'établir des couloirs humanitaires pour venir en aide aux déplacés», constate Christophe, un humanitaire canadien. Résultat, ajoute-t-il, «il y a des gens qui n'ont pas reçu d'aide alimentaire depuis des mois ». Les ONG présentes sur place, scandinaves, anglaises, américaines, espagnoles et de rares françaises comme Enfants du monde sont hostiles à un déploiement massif de forces onusiennes qui radicaliserait l'action des belligérants. Enfin les récoltes vivrières de l'année ne seront pas aussi catastrophiques que prévu.

 

6 - La force africaine est-elle efficace ?

Composée de huit mille hommes venus de multiples pays du continent noir, elle est censée s'interposer entre les belligérants. En fait, ses soldats, dépourvus de moyens de reconnaissance et de moyens de transport aérien efficaces, ne font que des patrouilles diurnes. «Nous nous sommes fait tirer dessus», raconte Ndao; un Sénégalais. «Les viols, on nous en a signalé. On a enquêté mais on n'en a jamais constaté. Ça arrivé peut-être 1a nuit», ajoute-t-il. Les soldats de la paix africains n'ont pas reçu leur solde de cinq cents dollars depuis plusieurs mois, faute d'un financement des donateurs internationaux.

 

7 - Quelles troupes pour sécuriser la région ?

La France propose une force «hybride », avec des troupes africaines et une forte logistique et un commandement onusien: Et aussi la sécurisation des frontières avec la Centrafrique et lé Tchad (l'armée française est présente dans ces deux pays), où le conflit Noirs-Arabes est en train de se propager. Mais sans un accord de paix général au Darfour, «on n'arrivera à rien », note un diplomate français.

 

Novembre 2006

 

La France redoute un débordement du conflit soudanais

Le Figaro, 15 novembre 2006 avec Tanguy Berthemet

 

Le chef de la diplomatie française a proposé de renforcer la mission de l'Union africaine pour sortir de la crise.

 

Le conflit du Darfour menace de déborder des frontières soudanaises. La visite à Khartoum dimanche et lundi du ministre des Affaires étrangères Philippe Douste-Blazy, a pris une tournure grave. Au printemps, le Darfour, cette vaste province à l'ouest du Soudan où trois années de guerre civile ont déjà causé la mort de 200 000 personnes et forcé près de 2 millions d'autres à fuir, semblait sur la voie de la paix. Mais l'espoir a volé en éclats. La région menace désormais de sombrer dans le chaos et d'entraîner dans sa chute la République centrafricaine et le Tchad voisins. Depuis plusieurs mois, les attaques de rebelles tchadiens basés au Darfour se sont multipliées.

La menace planant sur ces deux anciennes colonies françaises avec lesquelles Paris entretient des liens « proches » a poussé la France à s'engager sur la question du Darfour, où elle s'était jusqu'alors montrée discrète. «   La guerre qui ravage cette région est une urgence humanitaire majeure avec un risque de déstabilisation de toute la région. Il nous faut trouver rapidement une issue qui nous convienne en accord avec le gouvernement soudanais », a souligné Philippe Douste-Blazy, à l'issue d'une rencontre avec le président soudanais Omar el-Béchir. Une façon d'écarter l'arrivée à court terme de Casques bleus au Darfour.

Le 31 août dernier, le Conseil de sécurité de l'ONU avait pourtant voté, avec le soutien de la France , une résolution décidant l'envoi de 20 600 soldats de la paix au Soudan. Un déploiement catégoriquement rejeté par Khartoum. «   Le vote de cette résolution a été une très grave erreur, car la menace ne fonctionne pas sur le gouvernement soudanais. Les autorités ont, au contraire, renforcé leur répression. Nous sommes maintenant dans une dangereuse situation de blocage », estime aujourd'hui un haut fonctionnaire de l'ONU.

 

Pas de moyens pour l'Amis

 

Pour tenter de sortir de l'impasse, le ministre français a proposé, en lieu et place de Casques bleus, de renforcer « sensiblement » la mission de l'Union africaine (Amis). Environ 7 000 soldats africains sont déjà stationnés au Darfour. Mais ces hommes, faute de moyens logistiques et financiers et d'un mandat clair, n'ont pu enrayer la machine à tuer au Soudan. «   Le renforcement de l'Amis avec des troupes africaines, mais aussi avec une aide en matériel de l'ONU, pourrait en faire un outil très efficace », affirme Philippe Douste-Blazy. Khartoum, qui avait déjà évoqué cette hypothèse, semble prêt à se rallier à cette solution. Tout comme Washington.

Mais Paris n'entend pas s'arrêter là et souhaite également le déploiement de Casques bleus au Tchad et en Centrafrique. «   Pour éviter que le conflit se généralise, il est important de poster des forces des deux côtés de la frontière », insiste-t-on au Quai d'Orsay. Le gouvernement soudanais, qui ne cache ni son soutien aux rebelles tchadiens ni son hostilité au régime du président tchadien Idriss Déby, voit d'un mauvais oeil cette initiative. Quant à l'Union africaine, elle se prononcera au cours d'un sommet demain en Éthiopie.

 

Novembre 2006

Darfour : le Tchad décrète l'état d'urgence

Le Figaro avec AFP, Reuters, 15 novembre 2006

 

L'Union africaine, Paris et Washington s'inquiètent des risques de contagion après les affrontements dans l'est du pays.

 

A quelques jours d'importantes réunions sur le Darfour à l'Union africaine (UA), le poison de la crise s'étend au Tchad et en Centrafrique, deux pays qui, proches de la France , s'efforcent tant bien que mal de juguler la contagion.

Confronté à une brutale montée des affrontements dans l'Est, le gouvernement tchadien a annoncé lundi la mise en place de l'état d'urgence. Dans une déclaration à la nation, le premier ministre de N'Djamena a justifié cette décision en expliquant que « dans les régions du Salamat, du Ouaddaï et du Wadi Fira » , des affrontements intercommunautaires mettent « en péril la cohésion nationale » . Accusant le gouvernement soudanais de « vouloir exporter le conflit interne du Darfour sur le territoire tchadien » , les autorités tchadiennes ont donc décidé d'imposer l'état d'urgence dans plusieurs provinces et la capitale, ainsi que la censure préalable sur l'ensemble des médias.

Ces dispositions ont été vivement critiquées par l'opposition qui les a jugées « disproportionnées » . Le Haut Commissariat aux réfugiés (HCR) a, en revanche, relayé les inquiétudes formulées par N'Djamena : « Nous redoutons que ces hostilités dégénèrent et échappent à tout contrôle pour menacer tout le sud-est du Tchad » , a affirmé dans un communiqué l'organisation onusienne.

Faute de moyens, les autorités centrafricaines se sont, elles, contentées de gesticuler. Confronté à une instabilité permanente, le gouvernement du président Bozizé a tout comme son voisin tchadien réclamé le déploiement d'une force internationale de maintien de la paix pour assurer la sécurité des frontières. Arrivé au pouvoir en 2003 avec l'aide d'Idriss Deby, François Bozizé fait face en son pays aux rebelles de l'Union démocratique des forces pour le rassemblement (UDFR).

 

Soutien de Paris

 

Le Tchad, comme la Centrafrique , bénéficie du soutien de Paris. Liée avec N'Djamena par un accord de coopération militaire, la France maintient depuis 1986 le dispositif « Épervier » (1 100 hommes) appuyé par des Mirage F-1. Paris procure également aide tactique et soutien logistique à Bangui : 200 soldats français sont sur place, et un avion de transport militaire C- 130 a été dépêché dans la fragile république.

Sur le fond, les autorités françaises plaident actuellement pour la mise en place d'une force internationale sur les frontières soudanaises. Elles bénéficient de l'appui du président de la commission de l'Union africaine (UA). Dans une interview à la Croix , Alpha Omar Konaré met en garde contre un « risque de conflit régional »  : « Ce qui est certain, dit-il, c'est que l'Union africaine ne peut continuer seule de la façon actuelle (...) La nature du conflit dépasse les capacités que nous avons aujourd'hui sur le terrain » .

Washington qui a depuis peu renoncé à déployer des Casques bleus au Darfour s'est déclaré « préoccupé » par la situation : « C'est indubitablement une source d'inquiétude, et nous surveillons cela de très près » , a affirmé un porte-parole du département d'État.

 

Novembre 2006

 

 

Le drame oublié des réfugiés du Darfour

Le Parisien , par Philippe Duval, 15 novembre 2006

 

Khartoum, ses mosquées, ses islamistes, sa charia, ses Chinois qui font des grands travaux avec l'argent du pétrole (500 000 barils par jour)... Depuis qu'elle a abrité Oussama ben Laden dans les années 1990, la capitale soudanaise, située au confluent du Nil Bleu et du Nil Blanc, est réputée pour être le cheval de Troie des radicaux musulmans au coeur de l'Afrique. Même si Omar El Bachir, arrivé au pouvoir par un coup d'Etat en 1989 et «légalisé» président en 1996, s'est débarrassé d'Hassan El Tourabi, le chef spirituel du Front national islamique, le mentor de Ben Laden surnommé le «pape de l'islamisme», le Soudan accumule logiquement les sanctions internationales en raison de son rôle de boutefeu régional. D'abord pour avoir refusé de livrer des personnes suspectées d'avoir commis un attentat manqué contre le président Moubarak, le voisin égyptien du nord Dès 1997, Bill Clinton, alors président des Etats-Unis, impose un embargo commercial américain au pays. Et, depuis 2004, Khartoum est dans le collimateur des Nations unies en raison des massacres perpétrés par l'armée soudanaise et les milices pro-gouvernementales Djandjawids dans la région rebelle du Darfour : embargo sur les armes, menaces de sanctions individuelles ciblées et saisine de la Cour pénale internationale.

Bachir, qui a réussi à signer un accord de paix avec la rébellion des chrétiens du sud, soutenus par les Américains, n'en finit plus de faire face à des contestations armées. A l'ouest dans le Darfour depuis 2003 où la rébellion se divise en de multiples mouvements concurrents, et aussi à l'est au bord de la mer Rouge. Bref, son pouvoir fait eau de toutes parts.

 

Force interafricaine

 

Pour trouver un peu de grâce auprès de la communauté internationale, le président soudanais invoque désormais par l'intermédiaire de son chef de sécurité un argument massue : « après Bachir, le déluge islamique ». C'est le discours musclé qui est servi à Philippe Douste-Blazy; au cours d'un entretien de 90 minutes. «Ça a été chaud», commente sobrement Pierre Lellouche, le député LTMP de Paris qui a assisté à l'échange. Persuadé d'être victime, sur la question du Darfour, d'un double complot, d'abord «médiatique» et ensuite «anglo-américain», ce qui ne laisse pas insensible la rue arabe, l'homme fort de Khartoum refuse le déploiement de vingt mille casques bleus en remplacement de la Force interafricaine actuellement sur place. Avec la menace de réserver au contingent onusien un accueil «irakien» s'il met les pieds au Darfour. Ce qui rend la résolution onusienne d'inspiration américaine inapplicable. D'autant plus que Washington a rapidement annoncé qu'elle n'enverrait aucune troupe sur place.

Agissant en franc-tireur au nom de la diplomatie française, Douste-Blazy tente, face à Bachir, de sauver les meubles onusiens. En le pressant de trouver un accord de paix avec les mouvements rebelles du Darfour, d'accepter le déploiement de casques bleus le long des frontières avec la Centrafrique et le Tchad, deux pays d'influence française riverains du Darfour, et de permettre le renforcement, avec des moyens logistiques des Nations unies, de la Force interafricaine avec des moyens logistiques des Nations unies. Bachir, qui ne veut voir aucun casque bleu sur son territoire, accepte cependant l'arrivée d'observateurs de l'ONU. II participera aussi demain à une conférence internationale sur le Darfour avec Kofi Annan et les représentants des grandes puissances. «Il faut aller au plus vite à un accord politique et qu'on arrête les exactions», martèle Douste­Blazy.

 

Novembre 2006

 

 

Darfour : le Tchad décrète l'état d'urgence

Le Figaro avec AFP, Reuters, 15 novembre 2006

 

L'Union africaine, Paris et Washington s'inquiètent des risques de contagion après les affrontements dans l'est du pays.

 

A quelques jours d'importantes réunions sur le Darfour à l'Union africaine (UA), le poison de la crise s'étend au Tchad et en Centrafrique, deux pays qui, proches de la France , s'efforcent tant bien que mal de juguler la contagion.

Confronté à une brutale montée des affrontements dans l'Est, le gouvernement tchadien a annoncé lundi la mise en place de l'état d'urgence. Dans une déclaration à la nation, le premier ministre de N'Djamena a justifié cette décision en expliquant que « dans les régions du Salamat, du Ouaddaï et du Wadi Fira » , des affrontements intercommunautaires mettent « en péril la cohésion nationale » . Accusant le gouvernement soudanais de « vouloir exporter le conflit interne du Darfour sur le territoire tchadien » , les autorités tchadiennes ont donc décidé d'imposer l'état d'urgence dans plusieurs provinces et la capitale, ainsi que la censure préalable sur l'ensemble des médias.

Ces dispositions ont été vivement critiquées par l'opposition qui les a jugées « disproportionnées » . Le Haut Commissariat aux réfugiés (HCR) a, en revanche, relayé les inquiétudes formulées par N'Djamena : « Nous redoutons que ces hostilités dégénèrent et échappent à tout contrôle pour menacer tout le sud-est du Tchad » , a affirmé dans un communiqué l'organisation onusienne.

Faute de moyens, les autorités centrafricaines se sont, elles, contentées de gesticuler. Confronté à une instabilité permanente, le gouvernement du président Bozizé a tout comme son voisin tchadien réclamé le déploiement d'une force internationale de maintien de la paix pour assurer la sécurité des frontières. Arrivé au pouvoir en 2003 avec l'aide d'Idriss Deby, François Bozizé fait face en son pays aux rebelles de l'Union démocratique des forces pour le rassemblement (UDFR).

 

Soutien de Paris

 

Le Tchad, comme la Centrafrique , bénéficie du soutien de Paris. Liée avec N'Djamena par un accord de coopération militaire, la France maintient depuis 1986 le dispositif « Épervier » (1 100 hommes) appuyé par des Mirage F-1. Paris procure également aide tactique et soutien logistique à Bangui : 200 soldats français sont sur place, et un avion de transport militaire C- 130 a été dépêché dans la fragile république.

Sur le fond, les autorités françaises plaident actuellement pour la mise en place d'une force internationale sur les frontières soudanaises. Elles bénéficient de l'appui du président de la commission de l'Union africaine (UA). Dans une interview à la Croix , Alpha Omar Konaré met en garde contre un « risque de conflit régional »  : « Ce qui est certain, dit-il, c'est que l'Union africaine ne peut continuer seule de la façon actuelle (...) La nature du conflit dépasse les capacités que nous avons aujourd'hui sur le terrain » .

Washington qui a depuis peu renoncé à déployer des Casques bleus au Darfour s'est déclaré « préoccupé » par la situation : « C'est indubitablement une source d'inquiétude, et nous surveillons cela de très près » , a affirmé un porte-parole du département d'État.

 

Novembre 2006

 

 

Dans le camp de Kutum avec les réfugiés

Le Parisien, par Philippe Duval 15 novembre 2006

 

Où est le ministre ? » Surgi de derrière une colline à bord d'un pick-up, remplis d'hommes en armes, un militaire barbu interroge les cinq Français qui attendent au milieu du désert dans le nord du Darfour l'arrivée d'un 4 x 4 de militaires de la force d'interposition africaine chargés de les transporter à Kutum, l'un des plus grands camps de déplacés de 1a région. Philippe Douste-Blazy, le chef du Quai d'Orsay, qui vient de débarquer d'un hélicoptère Mi-8, piloté par deux Slaves, a déjà embarqué, avec sa garde rapprochée, vers le camp de Kutum. Le barbu n'appartient pas à une des trois fa ctions rebelles qui se disputent le contrôle du Darfour. Mais à la police soudanaise. Ses hommes, kalachnikov à la ceinture; forment un étrange équipage avec leurs habits bleus et leur casque anti-émeute à la visière relevée. L'un d'eux porte un lourd manteau en feutre.

On - attendait un 4 x 4, il en arrive trois, avec deux blindés de la force africaine, manifestement prévus pour escorter -le ministre. Les Français embarquent dans l'un des véhicules.

Le pilote, un Ghanéen, saisi du désir de semer le pick-up de la police soudanaise, fonce à tombeau ouvert sur la piste défoncée, laissant loin derrière lui les deux blindés. Philippe Douste-Blazy, qui a arraché la veille l'autorisation -de visiter Kutum après un entretien de 90 minutes avec le président soudanais Omar el-Béchir, arpente déjà le camp où 23 000 per­ sonnes s'entassent depuis trois ans.

 

Des villages incendiés

 

Des enfants et des femmes la tête recouverte de foulards colorés regardent passer le cortège ministériel. Ils sont étrangement silencieux Les gamins ont tous des chaussures au pied et sont habillés pauvrement mais correctement. Ils sortent de carrés parfaitement délimités par des murs de torchis. Le toit des cases est recouvert de bâches en plastique. Autour de la pompe à eau où le ministre s'arrête brièvement l'atmosphère est moins lourde: Un adolescent souriant s'affaire à remplir des bidons à la chaîne. Sur la place de ce qui est devenu au fil des mois un vrai village; des marchandes ont étalé des tomates; des oignons; des courgettes, des arachides. «Les .Djandjawids sont à cinq kilomètres d'ici», prévient un membre de la sécurité. Trois cents miliciens arabes pro gouvernementaux, qui se déplacent à dos de cha meau, ont attaqué deux jours plus tôt un village situé à une centaine de kilomètres à l'ouest Ils ont incendié une centaine de cases, emporté le bétail et tué au moins trente-deux personnes.

Douste-Blazy a maintenant rendez-vous sous l'arbre à palabres avec une dizaine de «sages» du camp qui ont reconstitué, au milieu des déplacés, les structures d'un village africain. «Vous êtes dans notre coeur et on ne vous oubliera pas», lance le chef de la diplomatie française assis en tailleur sur une natte. Avant de les engager à exposer «leurs problèmes »

 

Douste Blazy sous surveillance

 

«Les exécutions; les humiliations, les passages à tabac n'ont pas cessé. On veut la sécurité », se plaint le chef du village. Au même moment, les policiers soudanais casqués - font irruption dans l'enclos où le ministre tient sa réunion. Leur pick-up a fini par les transporter dans le camp et ils tiennent manifestement à montrer, par leur présence, que le Darfour reste un territoire soudanais. Et aussi à écouter les plaintes des habitants du camp qui, en d'autres circonstances, ont été bastonnés après avoir exprimé leurs doléances auprès des Blancs:

«On s'en va», ordonne aussitôt Douste­Blazy. Son entourage se plaint aussi de la pré sence d'un Américain qui le suit comme son ombre depuis son entrée dans le camp: L'homme, installé ici depuis trois ans sous couvert d'une entreprise de logistique, est soupçonné d'être un agent de renseignement à la solde de Washington. Les policiers soudanais, l'Américain espion; les soldats de la force africaine, anglophones et francophones du Sénégal, du Kenya, d'Afrique du Sud, du Gabon, de Mauritanie, du Ghana qui s'agitent dans tous les sens, donnent au lieu un air de cour des miracles. Sous l'oeil des déplacés qui assistent au spectacle en continuant à se tenir cois. Douste-Blazy rembarque dans le MI-8 qui 1e ramène à El Fasher; la ville principale de la ré gion, où l'attend un Fokker-50 de location à destination de Khartoum, la capitale: Sur le tar mac, un MI-24 de l'armée soudanaise atterrit Ce redoutable hélicoptère d'attaque, de fabrication russe, revient de mission. « No photo », ordonne un militaire soudanais.

 

Novembre 2006

 

 

Le Tchad demande à l'UA une force tchado-soudanaise à sa frontière

Le Monde, 15 novembre 2006

 

Le gouvernement tchadien a demandé mercredi à l'Union africaine (UA) d'aider au "déploiement sans délai d'une force tchado-soudanaise" à la frontière entre les deux pays en dénonçant "une volonté programmée de déstabilisation" du Tchad par le Soudan, a-t-on appris à l'UA.

"Le gouvernement du Soudan, à travers une crise savamment orchestrée, est parvenu à exporter la crise du Darfour au Tchad", selon un communiqué des autorités tchadiennes à l'UA dont l'AFP a obtenu une copie à Addis Abeba, siège de l'organisation.

"Depuis le 4 novembre 2006, des affrontements intercommunautaires se multiplient dans toutes nos régions frontalières avec le Soudan, et sont, curieusement, le fait des mêmes communautés qui se livrent à la politique de la terre brûlée au Darfour contre certaines communautés non armées", accuse le texte transmis au Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l'UA qui l'a examiné mercredi.

Se référant également aux troubles en Centrafrique et dénonçant "la volonté de déstabilisation programmée du Tchad et de la sous-région d'Afrique Centrale par le Soudan aux fins d'y instaurer des régimes pro-soudanais", le Tchad demande à l'UA de l'accompagner pour le "déploiement sans délai d'une force tchado-soudanaise de 2.000 hommes, à raison de 1.000 par pays, pour la sécurisation des frontières communes".

Le Tchad demande également "la mise en place sans délai d'une force civile et 250 à 300 gendarmes et policiers ressortissants des pays africains et/ou membres de l'Organisation de la conférence islamique (OCI) pour assurer la sécurité des camps de réfugiés au Tchad".

Le chef de la diplomatie française Philippe Douste-Blazy a proposé le week-end dernier le déploiement d'une force internationale aux frontières du Tchad et de la Centrafrique avec leur voisin soudanais, mais cette idée n'a reçu qu'un accueil réservé à Khartoum.

Dans un communiqué publié mercredi à N'Djamena, le gouvernement tchadien affirme de son côté qu'il "aurait souhaité que le ministre français des Affaires étrangères discute préalablement de la question avec lui pour obtenir son accord avant de faire une telle proposition".

Selon ce texte, le Tchad préfère la mise en place d'une "force mixte de surveillance et de sécurité", conformément à des accords signés en février et en août par les deux pays voisins mais jamais appliqués.

Cette force mixte serait composée de soldats tchadiens et soudanais, avec un commandement tournant et des quartiers généraux à Abéché, dans l'est du Tchad, et à el-Geneina, dans l'ouest du Soudan, a précisé à l'AFP un haut responsable tchadien.

Le secrétaire général de l'ONU Kofi Annan, arrivé mercredi en fin de journée à Addis Abeba, doit y mener jeudi des consultations "à haut niveau" sur la province soudanaise du Darfour afin de "faire avancer de manière décisive le processus de paix".

 

Novembre 2006

 

Crise du Darfour: prochaine mission de l'ONU au Tchad et en Centrafrique

Jeune Afrique avec l'AFP, 14 novembre 2006

 

Une mission de l'ONU doit partir prochainement pour le Tchad et la République centrafricaine afin d'évaluer les besoins pour protéger les réfugiés ou personnes déplacées du fait du conflit au Darfour voisin, a indiqué mardi un haut responsable de l'ONU.

"Elle devrait être sur le terrain en début de semaine prochaine", a déclaré à la presse le chef des opérations de maintien de la paix de l'ONU, Jean-Marie Guéhenno, alors que la régionalisation redoutée de la crise du Darfour semble se concrétiser.

Le principe de l'envoi de cette mission d'évaluation avait été annoncé dès le 27 octobre par M. Guéhenno. Mais depuis, l'instabilité a augmenté dans la région des "trois frontières", aux confins du Soudan, du Tchad et de la Centrafrique , qui sombre chaque jour un peu plus dans la violence.

Selon une source onusienne, M. Guéhenno a déclaré mardi, lors d'une déposition devant le Conseil de sécurité, qu'on assiste dans la région à "une détérioration significative de la situation dans la région".

Le 27 octobre, il avait indiqué que l'ONU examinait "comment une opération de paix pourrait empêcher la tragédie du Darfour de s'étendre en une tragédie encore plus grande au Tchad et en Centrafrique".

De source onusienne, on indique cependant que le Tchad a récemment fait savoir à l'ONU qu'il ne souhaitait pas que son territoire serve de base arrière à une "intervention" internationale au Darfour.

Selon cette source, N'djamena a suggéré que l'ONU apporte plutôt un soutien au Tchad sous la forme d'une force internationale civile, composée de gendarmes provenant de pays africains sélectionnés par le Tchad, pour sécuriser les camps de réfugiés et assurer leur neutralité.

Le président du Congo et président en exercice de l'Union africaine (UA), Denis Sassou Nguesso, s'est déclaré mardi favorable au déploiement d'une force internationale à la frontière entre le Soudan, le Tchad et la République centrafricaine pour éviter une extension de la crise du Darfour.

Une telle idée vient d'être proposée par le chef de la diplomatie française Philippe Douste-Blazy lors d'un voyage en Egypte et au Soudan, mais a reçu un accueil réservé de la part de Khartoum.

Le conflit au Darfour, région de l'ouest du Soudan où sévit une guerre civile et une grave crise humanitaire depuis février 2003, a débordé au Tchad voisin ainsi qu'en République centrafricaine, où des réfugiés ont afflué.

L'ONU estime à plus de 200.000 les réfugiés soudanais au Tchad et à plus de 50.000 les Tchadiens frontaliers déplacés dans leur pays du fait du débordement du conflit. Les chiffres concernant la Centrafrique ne sont pas connus.

Les autorités du Tchad ont décrété lundi l'état d'urgence sur l'essentiel du territoire, pour tenter d'enrayer une vague de violences intercommunautaires qui a fait plus de 300 morts depuis deux semaines dans l'est tchadien.

Le régime du président Idriss Deby, dont le pouvoir est contesté par des rebelles, a mis ces tueries sur le compte d'une "stratégie globale" du gouvernement soudanais pour "déstabiliser le Tchad".

En Centrafrique, des rebelles ont pris le 30 octobre la ville de Birao, dans le nord-est du pays frontalier du Tchad et du Soudan, avant de progresser vers le sud-ouest. Le président François Bozizé, allié de son homologue tchadien, a lui aussi incriminé Khartoum.

 

Novembre 2006

 

 

La France s'inquiète d'une contagion du conflit du Darfour

Le Monde Nathalie Nougayrède, 14 novembre 2006

 

La France tente de prendre l'initiative diplomatique dans la crise du Darfour, avec comme souci d'empêcher que la guerre dans cette région de l'ouest du Soudan, où quelque 300 000 personnes ont trouvé la mort depuis 2003, entraîne une déstabilisation du Tchad et de la Centrafrique , deux pays voisins avec lesquels Paris entretient d'étroites relations.

Le ministre français des affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy, a effectué, dimanche 12 novembre, une visite à Khartoum, où il a soumis au président soudanais, Omar Al-Bachir, l'idée du déploiement d'une force onusienne aux frontières du Soudan avec le Tchad et la Centrafrique. Ces deux pays sont confrontés à un regain d'incursions menées par des rebelles en provenance du Darfour. Le dirigeant soudanais a accueilli la proposition d'un déploiement frontalier avec réserve, se déclarant prêt à accepter de simples "observateurs" .

La perspective d'une présence militaire onusienne à ces frontières reste incertaine, reconnaît-on de source française. Le consentement du régime tchadien, notamment, n'est pas acquis, en raison de ses liens avec les tribus zaghawas présentes de part et d'autre de la délimitation avec le Darfour. En outre, le rôle que les troupes françaises stationnées au Tchad et en Centrafrique seraient amenées à jouer dans un éventuel dispositif frontalier n'a pas été précisé.

L'entretien du chef de la diplomatie française avec Omar Al-Bachir s'est déroulé dans une ambiance assez tendue. Le dirigeant soudanais s'est lancé dans une longue invective contre le "complot" dont il se sent l'objet de la part des Etats-Unis et de "certaines organisations" juives. Son chef des services de renseignement s'en est pris, de son côté, aux efforts de la Cour pénale internationale (CPI), chargée d'enquêter sur les exactions au Darfour. Le leitmotiv des dirigeants soudanais est que toute présence onusienne au Darfour s'inscrirait, à leurs yeux, dans un objectif de "changement de régime" à Khartoum poursuivi par l'administration américaine. La délégation française a tenu à assurer M. Bachir que pareil dessein était exclu et que la souveraineté du pays serait respectée.

 

Une force "hybride"

 

L'initiative française intervient au moment où tout espoir semble enterré de voir mise en oeuvre la résolution de l'ONU votée le 31 août. Celle-ci prévoyait le déploiement d'une force onusienne au Darfour pour mettre fin aux tueries. Face au refus persistant du régime soudanais, les Occidentaux révisent leurs ambitions à la baisse et se concentrent sur une solution de rechange susceptible d'être acceptée par Khartoum : la mise en place d'une "MUAS (Mission de l'Union africaine au Soudan) plus" , dotée de plus de moyens et disposant éventuellement d'une logistique onusienne.

M. Douste-Blazy a parlé à ce sujet d'une force "hybride" et "robuste" , suggérant, en outre, qu'elle soit placée sous commandement de l'ONU, mais il s'est heurté sur ce dernier point à une nette réticence des Soudanais.

Avant de se rendre à Khartoum, le ministre français a fait étape, samedi, au Caire, où il a été reçu par le président égyptien, Hosni Moubarak. Ce dernier a souligné que toute action internationale au Darfour devait impérativement passer par un consentement de Khartoum. Une réunion internationale sur le Darfour est prévue à Addis-Abeba le 16 novembre, en présence du secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan.

 

Novembre 2006

 

 

La rébellion progresse au nord de la Centrafrique

Le Monde, avec Jean-Pierre Tuquoi, 14 novembre 2006

 

La stabilité de la Centrafrique est de nouveau menacée. Dans le nord de ce pays très pauvre, des rebelles se sont emparés, vendredi 10 novembre, après des combats, de la ville d'Ouadda-Djalle. Fin octobre, ils avaient déjà pris Birao, localité proche de la frontière avec le Tchad et le Soudan.

L'origine des assaillants - entre 100 et 200 combattants -, l'identité de leur chef et les soutiens extérieurs dont ils disposent ne sont pas clairs. Dans leurs rangs figureraient des militaires tchadiens cherchant à déstabiliser le régime d'Idriss Déby, des proches de l'ex-président centrafricain Ange-Félix Patassé, chassé du pouvoir en 2003 par l'actuel président François Bozizé, et des éléments soudanais.

L'un des rebelles, le capitaine Saboune, joint par téléphone, a assuré vouloir poursuivre l'offensive militaire pour mettre fin à la mauvaise gestion et à la corruption du régime en place à Bangui, la capitale. Pour les autorités centrafricaines les rebelles viennent du Soudan, en qui ils ont trouvé un allié. Les dirigeants soudanais démentent toute implication.

Chef d'une armée dépourvue de moyens et dont l'efficacité est souvent critiquée, le président Bozizé n'a pas la capacité de reconquérir les villes perdues, éloignées de 700 kilomètres de la capitale.

Le chef de l'Etat a demandé l'aide des troupes françaises stationnées à Bangui. Elle lui a été refusée. L'appui de Paris n'ira pas au-delà de la fourniture de moyens logistiques et de matériels. Formée pour l'essentiel de Tchadiens, de Congolais et de Gabonais, la force militaire africaine installée en Centrafrique depuis 2005 pour sécuriser le pays a également été sollicitée. Elle pourrait être engagée dans la reconquête des villes, avec l'aide logistique de la France.

 

Novembre 2006

 

Le pétrole conforte le pouvoir soudanais

Le Figaro avec Tanguy Berthemet, 11 novembre 2006

 

La capitale soudanaise profite de sa nouvelle richesse, à un millier de kilomètres du Darfour.

 

La Haute Tour ressemble à un gros oeuf de verre et d'acier posé au bord du Nil. Dans quelques mois, l'Hôtel Fatah ouvrira ses portes et offrira aux Soudanais sa piscine couverte, ses bars, ses salles de remise en forme. Un luxe occidental, inimaginable il y a peu encore.

 

Déjà les habitants de Khartoum se pressent pour goûter aux prémices de cette modernité internationale sous les climatiseurs extérieurs de l'Ozone Café, aux tables du restaurant-Internet Le solitaire, ou sous les voûtes du nouveau centre commercial. Dans les allées déambulent des familles riches et des jeunes hilares cintrés dans des pantalons griffés, made in Dubaï. Khartoum n'est qu'à un millier de kilomètres des malheurs du Darfour. Mais c'est un autre univers. La ville est trop absorbée par ses multiples chantiers de construction et ses artères engorgées de voitures pour se préoccuper du conflit. « Cette histoire de guerre est exagérée par les Occidentaux pour maintenir le Soudan dans la pauvreté et piller ses richesses , s'agace Ali Ousman Ibrahim, un étudiant qui sirote un jus de fruits à l'Ozone. Mais cela ne marche pas. 

 

L'économie soudanaise, gonflée par les pétrodollars, connaît un véritable boum. La croissance a affiché 8,2 % en 2005 et devrait atteindre 10 à 12 % cette année. Le produit intérieur brut est passé de 14,6 milliards de dollars en 2001 à 36 milliards, selon les estimations du Fonds monétaire international (FMI). L'embargo américain, censé étouffer le Soudan, cède de toutes parts. Attirés par l'odeur de l'or noir, la Chine , la Malaisie , l'Inde et les pays du Golfe ont accouru. « Le pétrole est le moteur du démarrage soudanais », affirme Rachad Ousman, un cadre du Dal Group, l'un des plus importants conglomérats industriels du pays. La production reste certes modeste : officiellement, 500 000 barils jour. Mais cela suffit pour insuffler l'argent frais nécessaire.

 

La Chine , premier partenaire

 

Limiter au seul pétrole cette prospérité soudaine serait cependant une erreur. « Les islamistes qui détiennent une grande part du pouvoir sont des gens très fins, très éduqués et pragmatiques qui connaissent les rouages du libéralisme », insiste, anonymement, une politologue arabe de Khartoum. Quelques ajustements suggérés par le FMI ont su séduire les financiers du Golfe, et des Soudanais expatriés trop heureux de revenir au pays. Les investissements étrangers au Soudan ont bondi de 120 millions de dollars en 2000 à 2,3 milliards aujourd'hui.

 

Ce léger embourgeoisement n'a pas pour autant poussé le régime policier à plus de mansuétude. « Khartoum n'est qu'une vitrine. L'argent reste dans la capitale et rien ne va en province où il n'y a pas de routes, pas d'écoles, pas d'eau. La seule chose décentralisée, c'est la pauvreté », affirme Alfred Taban, directeur du quotidien Khartoum Monitor . Selon l'ONG International Crisis Group (ICG), les affaires sont en grande partie entre les mains des proches du pouvoir ou de l'appareil sécuritaire, à travers un jeu complexe de sociétés écrans. « Tout est terriblement opaque. Il est même impossible de connaître la production pétrolière exacte ou les revenus qui en découlent », souligne la politologue.

 

Le gouvernement qui touche enfin les fruits de l'exercice du pouvoir semble moins enclin que jamais à le partager. Et il possède désormais les moyens d'affirmer sa volonté. « Il est évident que sans argent il aurait été moins arrogant vis-à-vis de l'ONU et des États-Unis et n'aurait pas pu refuser aussi facilement l'arrivée de Casques bleus  », analyse Alfred Taban. Appuyé sur une opinion arabe très hostile aux Occidentaux, le très impopulaire gouvernement soudanais a même réussi en engageant ce bras de fer à regagner un peu de crédit aux yeux des siens. Mais les pétrodollars permettent surtout de poursuivre la coûteuse guerre contre les rebelles du Darfour. La construction d'une usine d'armes et de munitions assure aux soldats soudanais et à leurs alliés un approvisionnement régulier.

 

Khartoum, devenu puissance pétrolière, s'est également gagné de puissants alliés. À commencer par la Chine. Première partenaire - et de loin - du Soudan, Pékin, peu regardant sur le respect des droits de l'homme, soutient presque sans condition le régime. «  La Chine est présente dans presque tous les grands projets qu'elle finance le plus souvent avec des prêts très avantageux », indique un diplomate. Le pari tenté par le président soudanais Omar Hassan al-Bachir fait pourtant grincer des dents. À Khartoum, les hommes d'affaires commencent discrètement à s'inquiéter des pressions croissantes occidentales. « Il faut rapidement trouver les moyens d'une vraie réconciliation au Darfour , glisse un financier. L'économie, la sécurité et la politique sont très liées et finissent toujours par s'influencer ».

 

Au moins 200 000 morts au Darfour

 

Le rêve de voir rapidement des Casques bleus au Darfour est passé. «  Actuellement, l'arrivée de troupes de l'ONU est impensable , regrette un diplomate. Le 31 août dernier, le Conseil de sécurité de l'ONU a pourtant voté l'envoi de 20 000 soldats et policiers pour sécuriser la vaste province de l'ouest du Soudan. Mais les autorités soudanaises regimbent. « S'ils viennent, le Darfour sera pire que l'Irak » , a assuré le président Omar el-Béchir. Khartoum suggère de renforcer ta mission de l'Union africaine, forte aujourd'hui de 11 000 hommes, mais que son sous-équipement a jusqu'à présent rendu inefficace. Les Etats-Unis, principaux promoteurs de la résolution d'août dernier, ne semblent pas se satisfaire d'une telle proposition. « La situation apparaît depuis bloquée » , commente un fonctionnaire de l'Union africaine. Au Darfour, la guerre déjà responsable de 200 000 morts et de 2,5 millions de déplacés, se poursuit. Khartoum

qui a envoyé au moins 10 000 hommes supplémentaires dans ta province semble décidé à repasser à l'offensive. « On ne voit pas très bien ce que cela pourrait changer », commente, amer, un employé d'une ONG. «  Le gouvernement soudanais a les mains libres pour faire ce que bon lui semble».

 

Novembre 2006

 

Darfour: des Casques bleus mettraient de l'huile sur le feu, selon des ONG

Agence France Presse, 10 novembre 2006

 

Des ONG internationales implantées au Darfour, de plus en plus limitées dans leurs actions par le regain de violence, assurent que le déploiement de 20.000 Casques bleus, souhaité notamment par l'ONU et les Etats-Unis, risquerait de mettre un peu plus d'huile sur le feu au Soudan.

En mai a été signé un accord de paix censé pacifier cette province grande comme la France , en proie à une guerre civile depuis 2003. Mais depuis, dans le nord, le long de la frontière tchadienne (ouest), ou encore dans le centre, la violence n'a cessé de croître entre gouvernement et insurgés, parmi les rebelles eux-mêmes, et aussi contre les étrangers.

La plupart des acteurs humanitaires ont dû réduire leurs activités, laissant des dizaines de milliers de personnes sans assistance.

"C'est à s'arracher les cheveux", témoigne Jérôme Larcher, responsable de la mission Soudan chez Médecins du Monde (MDM). Il évoque des équipes prises "entre deux feux" ou victimes d'"actes de banditisme". Chez Médecins sans frontières (MSF), on déplore les "passages à tabac" et "assassinats" qui accompagnent "le rançonnage des organisations de secours".

L'accord de paix, imposé par la communauté internationale "pistolet sur la tempe" selon plusieurs experts, a en réalité été signé par le gouvernement et une seule faction, ce qui a entraîné des divisions au sein de l'insurrection et "la défiance des populations (des camps, ndlr) vis-à-vis des acteurs internationaux", souligne Fabrice Weissman, directeur de recherche chez MSF.

"Paradoxalement, à la suite de l'accord de paix, il y a eu un regain de violence. Il n'y avait pas eu de combats durs pendant un an, en 2005, et maintenant cela a repris", confirme Philippe Conraud, un des spécialistes du Soudan chez Action contre la faim (ACF).

Or, pour protéger les civils en séparant les belligérants, le Conseil de sécurité de l'ONU a adopté une résolution le 31 août, réclamant le déploiement de 20.000 Casques bleus, en remplacement des quelque 7.000 soldats sous-équipés déployés par l'Union africaine (UA).

Khartoum refuse ce déploiement, y voyant une tentative occidentale de recoloniser son pays.

Les ONG occidentales aussi sont nombreuses à exprimer des doutes sur l'efficacité du dispositif, même si elles préfèrent le faire sous couvert de l'anonymat.

"La plupart des gens qui travaillent au Darfour sont sceptiques. Le risque, c'est que le déploiement de Casques bleus se traduise par une plus grande insécurité et une diminution de l'assistance" aux civils, dit le responsable d'une ONG française, estimant qu'à ce stade "il est difficile d'évaluer les bénéfices d'une telle opération".

"On risque une +somalisation+. Les clans vont se ressouder contre un ennemi extérieur", craint-il.

"On va direct au clash", prédit aussi le spécialiste d'une autre organisation française, estimant que des milices, encouragées par le gouvernement, pourraient s'en prendre frontalement à ces soldats de la paix.

"Il y aura plus d'affrontements, sans doute aussi contre les troupes de l'ONU, les travailleurs humanitaires et les gens dans les camps", s'alarme encore la représentante d'une ONG européenne jointe dans la région.

"On promet au Darfour que son salut va venir d'une opération internationale à laquelle personne ne croit", résume Fabrice Weissman, de MSF.

S'il reste des ONG pour soutenir ce déploiement, beaucoup ont donc une préférence pour un renforcement des moyens de la mission de l'UA ou, tout simplement, un retour à la table de négociations avant toute opération internationale.

 

Novembre 2006

 

La communauté internationale soutient la corruption au Soudan, affirme le cardinal Gabriel Zubeir Wako

Zenit, Rome, 10 novembre 2006

 

«On est en train de remettre des millions de dollars à un gouvernement corrompu », a récemment déclaré le cardinal Gabriel Zubeir Wako à l' Aide à l'Eglise en Détresse (AED).

L'archevêque de Khartoum estime que ces fonds sont ainsi perdus et qu'ils auraient dû être confiés à des personnes responsables et préparées pour faire véritablement face aux besoins de la population.

« Qui sait vraiment à qui l'Eglise vient en aide au Soudan ? Qui voit la souffrance de l'Eglise et ce qu'on lui a enlevé ? Nous demandons que l'Eglise soit respectée et que l'on ait confiance en elle, car elle aide vraiment la population », a-t-il ajouté.

Le cardinal a précisé que des centaines de milliers de réfugiés sont toujours dans l'impossibilité de rentrer chez eux, dans le sud du Soudan, malgré l'accord de paix du 9 janvier 2005.

« Ce n'est pas l'Etat, mais l'Eglise qui se charge de ces personnes oubliées de tous, et qui vivent dans des conditions inhumaines, tout près de la capitale du Soudan. C'est pour cette raison que la communauté internationale doit soutenir l'Eglise, qui même si elle est une Eglise qui souffre, fait tout son possible pour soulager la misère des personnes », a observé le cardinal Zubeir Wako.

« Les musulmans eux-mêmes en sont conscients, a-t-il poursuivi. Nous avons subi pendant plusieurs dizaines d'années la situation que traverse aujourd'hui la population au Darfour ».

Exprimant sa préoccupation devant le manque de volonté d'intervention, de la part de la communauté internationale, le cardinal a ajouté : « Ils continueront à négocier ou garderont le silence, pour déclarer ensuite que le problème est résolu ».

 

Novembre 2006

 

Darfour, les yeux fermés sur un génocide

Desmond Tutu, Ancien évêque anglican du Cap, prix Nobel de la paix en1983

 

Au Darfour, deux millions de personnes ont subi un nettoyage ethnique depuis 2003, les femmes et les jeunes filles sont systématiquement victimes de viols et de tortures au quotidien.

Dans les camps de réfugiés il y a le choléra. La violence se déverse de l'autre côté de la frontière sur le Tchad. Tut ceci sans que l'on y prête attention ou que l'on fasse quoi que ce soit*.

 

La Croix , 9 novembre 2006

 

Voici un fait troublant concernant l'Afrique: les génocides africains tendent à se produire loin des caméras de télévision. Presque un million de personnes ont été tuées au Rwanda en 1994; deux millions de personnes sont mortes dans le sud du Soudan ces vingt dernières années et quatre millions en République démocratique du Congo depuis 1997. Ces chiffres sont ahurissants, pourtant passé un certain temps, il ne leur était guère consacré plus d'un centimètre de colonne ou d'une minute d'antenne.

Lors du 10e anniversaire du génocide rwandais, il a été question de ne plus. jamais permettre que des civils innocents soient massacrés en toute impunité: Mais pendant que les politiciens déploraient l'inaction de la communauté internationale, un autre génocide africain était en cours.

Dans notre monde où l'actualité fonctionne par cycles de vingt-quatre heures, on ne peut pas en vouloir à ceux qui pensent que le Darfour n'a jamais existé: La politique du gouvernement soudanais qui consiste à bloquer l'accès des médias et des organisations humanitaires à l'ouest du pays s'est avérée payante.

Au Darfour, deux millions de personnes ont subi un nettoyage ethnique depuis 2003, les femmes et les jeunes filles sont systématiquement victimes de viols et de tortures au quotidien. Dans les camps de réfugiés, il y a le choléra. La violence se déversé de l'autre côté de la frontière sur le Tchad. Tout ceci sans que l'on y prête attention ou que l'on fasse quoi que. ce soit.

Le Programme alimentaire mondial (PAM) a prévenu que 224000 personnes sont

coupées de l'aide alimentaire au Darfour et ceux que le PAM peut atteindre reçoivent des rafions inférieures au minimum quotidien requis. Le banditisme, les forces armées soudanaises et leurs milices mandataires, les djandjawids, ont intensifiés leurs attaques sur les civils et des travailleurs humanitaires ont été tués en dépit de l'accord de paix signé récemment

Cet été, après trente jours de guerre entre Israël et le Hezbollah et un millier de morts, la communauté internationale est intervenue et a envoyé des casques bleus.

Après plus de trois ans et près de 200 000 morts au Darfour,- on ne sait toujours pas si un – contingent des Nations unies sera envoyé. Nous, les Africains, en concluons qu'il y a deux poids, deux mesures . quand on considère notre continent.

Septembre a été marqué par la journée mondiale d'action pour le Darfour. Du Cap à Londres et de Moscou à New York des citoyens préoccupés se sont demandé pourquoi les résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies sur le Darfour ne sont toujours pas appliquées. Nous sommes toujours en attente d'une zone d'exclusion aérienne, de sanctions envers les commanditaires du génocide et de renvois devant le Tribunal pénal international (TPI): Pas étonnant que Khartoum refuse l'accès aux soldats de la paix de l'ONU.

Septembre a également été marqué par le premier anniversaire de l'adoption par l'ONU du principe de la «Responsabilité de protéger». Selon ce document, la communauté internationale devrait laisser de côté ses intérêts égocentriques et agir pour empêcher les génocides et les nettoyages ethniques.

Dans la pratique, on terrorise et on massacre toujours en toute impunité au Darfour. L'ONU a reconnu que le Darfour était la pire crise humanitaire du monde à ce jour, mais n'a pas exercé de pressions assez fortes sur le gouvernement du Soudan pour faire accepter une force internationale de maintien de la paix.

En attendant, dans une course aux excuses pour justifier l'abandon du Darfour, les experts se plongent dans les livres d'histoire à la recherche de preuves de « haines tribales ou ethniques ancestrales » sur lesquelles s'appuyer pour expliquer la «sauvagerie» des génocides africains (comme si cela n'était pas arrivé au coeur même de l'Europe il y a soixante ans).

Nous devrions nous méfier de ceux qui prétendent que le nettoyage ethnique des civils sans défense est en fait une guerre civile. Car cela sous-entend: «Ces personnes exotiques sont toutes aussi mauvaises les unes que les autres. » Comment pouvons-nous envisager de mettre nos soldats en danger quand il n'y a aucune partie à défendre?

On justifie aussi notre inaction de la manière suivante: «La situation est bien plus compliquée que ce que vous autres, idéalistes, laissez - entendre. , » Au Darfour, disent-ils, on ne peut pas partager la population en agresseurs arabes et victimes noires.

C'est vrai, il y a des mariages interethniques et des problèmes fon­damentaux au sujet de la propriété terrienne et de la pénurie d'eau due au changement de climat. Mais ceux qui s'identifient comme . étant des Africains noirs sont tués par d'autres qui les qualifient de race inférieure non autorisée à vivre sur sa terre d'origine. Quatre-vingt-dix pour cent des villages d'Africains noirs du Darfour ont été détruits.

Encore un autre fait troublant pour l'Afrique : plusieurs de nos nations ont été maudites par leur richesse minérale naturelle. Le Darfour a le malheur d'être situé dans un pays qui a de grandes réserves de pétrole. La Chine , la France et la Russie , tous membres du Conseil de sécurité de l'ONU, font des affaires avec: le gouvernement du- Soudan et-elles sont peu disposées à compromettre leurs rapports commerciaux.

En 2001, Tony Blair a déclaré que s'il y avait un autre « Rwanda », la Grande-Bretagne serait en devoir d'agir. La Grande-Bretagne a l'immense mérite d'être le pays le plus généreux au monde en ce qui concerne l'aide humanitaire au Darfour. Son gouvernement devrait également appeler la communauté internationale à être plus ferme dans son action contre le génocide.

Il y a quelques années, un homme politique américain avait déclaré que si ses électeurs l'avaient submergé d'appels lui demandant de faire quelque chose pour le Rwanda, il aurait été forcé d'agir.

S'il vous plaît, priez pour le -Darfour aujourd'hui. Et agissez: demandez à vos élus de réclamer une force significative de l'ONU avec un mandat efficace pour protéger les civils au Darfour. «Pas de vraie foi sans les actes» (saint Jean 2,26).

 

Copyright 2006 Desmond Tutu. Tous droits réservés: Publié dans Sunday Times le 17 septembre 2006, Londres. Texte modifié.

 

Novembre 2006

 

La Chine au secours de Khartoum

Afrique Centrale presse, 1 er novembre 2006

 

L'ouverture du Soudan sur l'Asie et en particulier la Chine a payé: l'économie est en plein boom grâce

aux revenus pétroliers et Khartoum table sur le soutien de Pékin pour continuer à refuser une force de l'ONU au Darfour, province en proie à la guerre civile. 

L'inspirateur de cette ouverture, l'ancien ministre des Affaires étrangères et actuel conseiller présidentiel, Moustapha Osmane Ismaïl, s'en félicite aujourd'hui, à quelques jours du sommet économique Chine-Afrique à Pékin.

Cette "politique était la bonne car elle nous a permis d'extraire le pétrole, de le transformer et d'acquérir de la technologie", estime le haut responsable, cité cette semaine par la presse soudanaise.

"Nous avons ainsi réussi à détourner l'embargo américain", ajoute-t-il, en référence aux sanctions de Washington sans cesse renouvelées.

Au milieu des années 1990, les Chinois ont pris la relève de firmes américaines et canadiennes qui prospectaient à la recherche d'hydrocarbures dans le plus vaste pays d'Afrique. L'insécurité, en raison de la guerre avec le Sud, et les pressions de leurs gouvernements les avaient poussées à partir.

En 1996, la compagnie China National Petroleum Corp. (CNPC) crée un consortium avec la compagnie nationale soudanaise et des firmes malaisienne et indienne, le Greater Nile Petroleum Operating Co. Elle en détient 40%.

En août 1999, la première cargaison de pétrole soudanais est exportée à Singapour et depuis, la CNPC , compagnie d'Etat d'un pays assoiffé de sources d'énergie, domine l'industrie pétrolière soudanaise.

Le Soudan produit actuellement environ 500.000 barils par jour, exportés essentiellement vers la Chine , devenue au fil des projets le premier partenaire commercial du pays.

"En 2005, le montant des exportations vers la Chine a atteint 3,4 milliards de dollars (mds USD) et celui de nos importations 1,3 mds USD, soit l'essentiel de notre commerce international", a indiqué à l'AFP un haut responsable du ministère du Commerce extérieur, Abdel Aziz Abou Taleb.

" La Chine est notre principal partenaire commercial et le plus gros investisseur dans le secteur pétrolier", a ajouté ce responsable, dont les services estiment à 7 mds USD le montant de ces investissements.

Le Soudan, dont les réserves sont estimées à 563 millions de barils de brut, reste largement inexploré. Sans compter des réserves de gaz qui ne sont pas négligeables.

La manne pétrolière a servi à relancer l'économie du pays, qui dépendait de l'agriculture, créant un véritable boom. Le taux de croissance a atteint 8% en 2005 et doit avoisiner sinon dépasser un taux à deux chiffres, selon différentes estimations.

En dépit des critiques d'organisations internationales de défense des droits de l'Homme, selon lesquelles les recettes pétrolières servent à acheter des armes dans un pays qui continue à faire face à des rébellions, le visage de Khartoum, où de nombreux projets d'infrastructure sont réalisés, a été transformé ces dernières années, selon des résidents étrangers.

L'immobilier connaît une hausse vertigineuse dans la capitale où vivent au moins 6 millions de personnes sur une population estimée entre 30 et 40 millions d'âmes.

Dans le climat de relations privilégiées avec la Chine , Khartoum table sur l'influence de Pékin au Conseil de sécurité de l'ONU pour empêcher l'envoi de Casques bleus dans le Darfour (ouest), où les Etats-Unis parlent de génocide de populations africaines par des milices pro-gouvernementales, les djandjawids.

L'ambassadeur soudanais en Chine, Merghani Mohammed Saleh, n'a cessé de rappeler les liens étroits avec Pékin dans la presse soudanaise avant le déplacement du chef de l'Etat, Omar el-Béchir, pour participer au sommet Chine-Afrique.

 

Novembre 2006

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