Le Soudan dans la Presse

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2006

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Novembre 2006

Le Figaro
30 novembre 2006

Dominique de Villepin au Tchad : la France à nouveau impliquée dans un conflit africain

Le Monde
30 novembre 2006

Darfour: le Conseil des droits de l'homme convoqué en session extraordinaire

Le Monde
26 novembre 2006

Des rebelles venus du Soudan lancent une offensive dans l'est du Tchad

Le Figaro Magazine
25 novembre 2006

Darfour : la France tente de dénouer l'imbroglio

Le Monde
24.novembre 2006

Luis Moreno Ocampo, procureur de la Cour pénale internationale
"Notre enquête au Darfour est pratiquement terminée"

Le Monde
24 novembre 2006

Vaste offensive des forces soudanaises et de leurs milices

Le Figaro
24 novembre 2006

Une publicité inédite pour une cause humanitaire

Le Figaro
24 novembre 2006

La guerre au Darfour déstabilise l'Afrique
Le conflit, après avoir embrasé l'est du Tchad gagne la Centrafrique

Le Figaro
24 novembre 2003

Paris envoie des renforts en Centrafrique

Le Figaro
24 novembre 2006

La guerre a repris dans la province soudanaise, où errent quelque 225 000 personnes

Le Figaro
24 novembre 2006

Marc Lavergne : ''Il y a un double jeu de la communauté internationale

Le Figaro
24 novembre 2006

Le conflit meurtrier du Darfour fait tache d'huile en Afrique

Radio Canada
24 novembre 2006

Soudan sur la sellette

Le Figaro
24 novembre 2006

Pourquoi Washington n'a pas réussi à imposer l'ONU

Le Monde
23 novembre 2006

Darfour : le procureur de la CPI a assez de preuves pour des inculpations

Nouvel Observateur 23 novembre 2006

La cour pénale internationale prête à lancer des poursuites pour crimes contre l'humanité au Darfour

Nations Unies
23 novembre 2006

Darfour : Jan Egeland exhorte le Conseil de sécurité à prendre ses responsabilités

L'Express
22 novembre 2006

L'Onu accuse le Soudan de renforcer la crise au Darfour s

Le Monde
21 novembre 2006

Béchir mardi en Libye pour un mini-sommet africain

Le Monde
21 novembre 2006

Le Tchad intervient militairement en Centrafrique

Le Figaro
20 novembre 2006

La terrible responsabilité du gouvernement soudanais,

Le Figaro
20 novembre 2006

Darfour : ce que nous devons faire contre l'horreur absolue, par Philippe Douste-Blazy

Le Figaro
18 novembre 2006

Le conflit du Darfour déborde en Centrafrique

Le Figaro
18 novembre 2006

Kofi Annan annonce une force Afrique-ONU

Le Monde
17 novembre 2006

La crise du Darfour, qui se propage au Tchad et à la Centrafrique , risque d'embraser la région

Le Monde
16 novembre 2006

Au Darfour, les soldats africains de la MUAS manquent de moyens

Le Monde
16 novembre 2006

En "état d'urgence", le Tchad craint la contagion des tueries du Darfour

Le Monde
15 novembre 2006

Roland Marchal, chercheur du Centre d'études et de recherches internationales (CERI) à Paris

"Au Tchad, les risques d'une déstabilisation durable sont plus élevés aujourd'hui "

Le Parisien
15 novembre 2006

Sept questions sur le Darfour

Le Figaro
15 novembre 2006

La France redoute un débordement du conflit soudanais

Le Parisien
15 novembre 2006

Le drame oublié des réfugiés du Darfour

 

Le Figaro
15 novembre 2006

Darfour : le Tchad décrète l'état d'urgence

Le Parisien
15 novembre 2006

Dans le camp de Kutum avec les réfugiés

Le Monde
15 novembre 2006

Le Tchad demande à l'UA une force tchado-soudanaise à sa frontière

Jeune Afrique
14 novembre 2006

Crise du Darfour: prochaine mission de l'ONU au Tchad et en Centrafrique

Le Monde 
14 novembre 2006

La France s'inquiète d'une contagion du conflit du Darfour

Le Monde
14 novembre 2006

La rébellion progresse au nord de la Centrafrique

Le Figaro
11 novembre 2006

Le pétrole conforte le pouvoir soudanais

Agence France Presse 10 novembre 2006

Darfour: des Casques bleus mettraient de l'huile sur le feu, selon des ONG

Zenit
10 novembre 2006

La communauté internationale soutient la corruption au Soudan, affirme le cardinal Gabriel Zubeir Wako

La Croix
9 novembre 2006

Darfour, les yeux fermés sur un génocide

Afrique Centrale presse
1 er novembre 2006

La Chine au secours de Khartoum

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Dominique de Villepin au Tchad : la France à nouveau impliquée dans un conflit africain

Le Figaro, par de Patrick de Saint-Exupéry, 30 novembre 2006

 

Dominique de Villepin se rend au Tchad à la veille de la date anniversaire de la prise du pouvoir du président tchadien Idriss Déby, maître du pays depuis le 1 er  décembre 1990. Sa présence, quelques heures durant, à N'Djamena lui permettra de découvrir une capitale à l'allure de redoute.

Le Tchad est depuis des mois balayé par une crise importante. Le 13 avril dernier, une colonne rebelle est parvenue à atteindre la périphérie de la capitale où, attendue, elle s'est fait décimer. Les troubles n'ont dès lors cessé de s'étendre. D'importants mouvements des rébellions tchadiennes ont, le week-end dernier, attisé le sentiment de fragilité de la capitale. Protégée depuis plusieurs jours par un double cercle concentrique de troupes, N'Djamena s'est transformée en bastion aux abords placés sous la surveillance permanente des troupes françaises du dispositif « Épervier ».

À cette première redoute, physique, il faut en ajouter une seconde, historique. Le Tchad est un bastion de la France en Afrique. Militairement, le pays est souvent désigné comme « le porte-avions français du désert ». Quant à son histoire récente, elle se confond avec celle de la France. Les expéditions militaires Voulet-Chanoine, Gentil et Foureau-Lamy (1885-1900) furent le symbole de la pénétration française en Afrique équatoriale. En décidant le 21 mai 1900 de baptiser le petit village de Kokoto du nom de Fort-Lamy, Émile Gentil marqua une présence qui, jamais, ne se démentira. Depuis cette date, la France et ses soldats n'ont cessé d'arpenter la géographie tourmentée de ce pays immense.

Des querelles de sultans de la préindépendance à l'opération « Épervier » en passant par les révoltes de la colonie, l'épopée de la France libre à laquelle le Tchad s'est rallié le premier, la prise en otage de Françoise Claustre, l'assassinat du commandant Galopin, la mise en place de l'opération Manta, Paris fut toujours un acteur de premier plan.

C'est avec l'aide de la France et l'accord de Washington que le Gorane Hissène Habré, parti du Soudan, a délogé de N'Djamena en 1982 le Toubou Goukouni Weddeye. C'est également sous le contrôle de Paris que le Zaghawa Idriss Déby, également parti du Soudan, mit en fuite Hissène Habré en 1990.

Cet accompagnement politique fut soutenu depuis l'indépendance de 1960 par d'importants programmes de coopération. Qui ne donnèrent guère de résultats : le Tchad est, aujourd'hui, classé 173 e sur 179 au palmarès du développement humain réalisé par les Nations unies. Paris eut, en revanche, une prémonition. Dès les années 1950, les frères Schlumberger prospectèrent les immensités tchadiennes. Ils n'eurent, et avec eux la France , pas de chance. Un permis exclusif de prospection pétrolière fut attribué en 1969 à la société américaine Conoco. Quatre ans plus tard, les premiers gisements étaient découverts dans le bassin du lac Tchad.

Depuis, l'or noir est devenu une donnée essentielle à la compréhension géopolitique de ce pays miséreux mais situé au coeur de l'Afrique. La production a démarré en 2004. Elle atteint maintenant quelque 200 000 barils par jour. Pour l'écouler, un oléoduc reliant le Tchad aux côtes camerounaises a été construit.

Partie prenante du consortium créé en accord avec les autorités tchadiennes afin de procéder à l'extraction de l'or noir, les Américains en ont récemment été éjectés. Absent jusqu'ici, Paris apprécierait sans nul doute que la France , ancienne puissance tutélaire, trouve sa place dans le même consortium. Bien éloignée du Tchad mais avide de ressources énergétiques, la Chine est, elle, soupçonnée de vouloir s'introduire par Soudan interposé. Pékin aurait deux objectifs : augmenter ses approvisionnements alors que ses achats de pétrole soudanais représentent déjà 10 % de sa consommation, réorienter l'oléoduc tchadien, ce qui, si le flux était inversé, permettrait de faire couler le pétrole du golfe de Guinée jusqu'à la mer Rouge.

Cette conjonction d'intérêts stratégico-politiques s'est nouée en pleine crise du Darfour. Depuis 2003, en cette province soudanaise bordant le Tchad, Khartoum s'efforce par une politique de terreur de réduire des mouvements de rébellion qui furent d'abord locaux. Les affrontements, nourris par des afflux d'armes et d'argent, ont pris de l'ampleur. 200 000 personnes au moins ont péri au Darfour, deux millions de personnes ont été déplacées. La ­guerre s'est élargie. S'est peu à peu transformée en affrontements de type ethnique, Arabes contre Noirs africains.

Débordant du Soudan, elle a fini par gagner le Tchad. Ses répercussions dans un pays à l'allure de mosaïque ethnique où tout fonctionne sur le principe du clan y furent fortes. D'ethnie zaghawa, c'est-à-dire tchadienne, soudanaise et non arabe, le président Idriss Déby, déjà confronté au jeu d'influences sur la question pétrolière, se trouva brutalement fragilisé alors que les siens se divisaient entre pro-Soudanais et anti-Soudanais.

Fort d'un troisième mandat obtenu en 2006, avec des scores à faire pâlir d'envie, le chef de l'État tchadien se mit donc à jouer plusieurs cartes. Toutes en rupture. Il brisa les relations pétrolières avec les Américains qui bloquaient tout accès à des ressources financières devenues indispensables pour l'achat d'armes. Il rompit avec le Soudan qu'il accusa de visées hégémoniques. Il renoua, en revanche, avec la Chine. Et s'efforça de mettre Paris dans sa poche : «  La France , remercia-t-il, est le seul pays à avoir condamné de la manière la plus ferme l'agression au Tchad. »

Naturellement méfiant, Idriss Déby ne se fait toutefois guère d'illusions. Comment oublier les précédents de Goukouni Weddeye et Hissène Habré, lâchés sans le moindre état d'âme par Paris ? De Dominique de Villepin, venu par « amitié » , il attend donc des gages. Des gages difficiles à donner à un homme usé par seize années de pouvoir absolu.

« Le Tchad est, aujourd'hui, classé 173 e sur 179 au palmarès du développement humain réalisé par les Nations unies ».

 

Novembre 2006

Darfour: le Conseil des droits de l'homme convoqué en session extraordinaire

Le Monde, 30 novembre 2006

 

Le Conseil des droits de l'homme de l'ONU tiendra dans les quinze jours une session extraordinaire sur le conflit dans la région soudanaise du Darfour à la suite d'une demande conjointe de l'Union européenne et des Etats africains, a-t-on appris jeudi de source diplomatique à Genève.

La session, dont la durée prévue est d'une journée, devrait avoir lieu entre les 11 et 13 décembre, ont indiqué des diplomates.

La demande a été signée par 28 des 47 Etats membres du Conseil, a précisé à l'AFP un porte-parole de l'ONU, Rolando Gomez. Un tiers des Etats membres, soit 16 signatures, sont requises pour la convocation d'une telle session.

Un total de 48 Etats --membres du Conseil et observateurs-- ont apporté leur soutien à la requête, dont le groupe des Etats africains, a fait valoir un porte-parole de la délégation française qui en a été le premier promoteur.

" La France se réjouit de l'esprit de dialogue et de coopération entre différents groupes d'Etats qui a abouti à la convocation de cette session", a-t-il commenté.

"La requête (pour une session spéciale sur le Darfour) a été transmise au président du Conseil des droits de l'homme", l'ambassadeur du Mexique Luis Alfonso De Alba, qui "l'annoncera ce (jeudi) après-midi", a précisé M. Gomez.

Le secrétaire général de l'ONU Kofi Annan a demandé mercredi au Conseil d'organiser d'urgence une session extraordinaire sur le Darfour, estimant que sa crédibilité était en jeu.

"Des atrocités continuent à être commises quotidiennement" au Darfour, a renchéri mercredi le Haut commissaire aux droits de l'homme Louise Arbour en mettant en cause directement les autorités soudanaises. "Le gouvernement du Soudan et les milices qui lui sont associées (...) continuent d'être responsables des violations les plus graves des droits de l'homme et du droit humanitaire", a-t-elle dénoncé.

Mardi, le Conseil a adopté, par 25 voix contre 11 et 10 abstentions, une résolution du groupe africain sur le Darfour qui évite de mentionner le rôle du gouvernement soudanais dans ce conflit. Les Etats européens ne sont pas parvenus à faire adopter des amendements qui auraient appelé directement Khartoum à protéger ses populations.

Province de l'ouest du Soudan, le Darfour est le théâtre d'une guerre civile et d'une grave crise humanitaire depuis février 2003. Selon l'ONU, le conflit et ses conséquences ont fait plus de 200.000 morts et 2 millions de déplacés.

 

Novembre 2006

Des rebelles venus du Soudan lancent une offensive dans l'est du Tchad

Le Monde, N'Djamena, du 26 novembre 2006 par Jean-Philippe Rémy

 

Jamais depuis la montée de la menace rebelle au Tchad une attaque n'avait semblé aussi prévisible. Samedi matin 25 novembre, des tirs nourris étaient entendus dans le centre de la ville d'Abéché, à 700 kilomètres à l'est de la capitale, N'Djamena.

Depuis près de deux semaines, une offensive était jugée imminente. Sur le sol soudanais, non loin de la frontière tchadienne, des regroupements d'hommes et de véhicules avaient lieu dans les camps de rebelles.

Dans certains de ces points de concentration, comme à Djuguma, au sud du Darfour, on comptabilisait jusqu'à deux cents véhicules, l'unité de mesure des guerres dans la région, en l'espèce des pick-up Toyota Landcruisers à l'arrière desquels sont montés des armes antiaériennes, des lance-roquettes ou des mitrailleuses. Des livraisons d'armes et de munitions par le gouvernement soudanais ont eu lieu en grande quantité.

Jeudi soir, les troupes de l'Union des forces pour la démocratie et le développement (UFDD), dirigées par le général Mahamat Nouri, ont commencé à traverser la frontière en plusieurs points. Un seul accrochage a eu lieu, au sud de la ville d'Adré, avec des membres d'une milice locale, les Toroboros, supplétifs de l'armée tchadienne.

Vendredi soir, les rebelles de l'UFDD avaient avancé de près de 100 kilomètres à l'intérieur du Tchad. Une colonne de quatre-vingts véhicules environ avançait en direction de l'ouest, après avoir contourné la ville de Goz-Beïda. Ils s'étaient dispersés pour tenter d'échapper aux avions militaires français qui photographient leurs positions, à la demande des autorités tchadiennes.

Plus au nord, les rebelles du Rassemblement des forces démocratiques (RaFD), des frères Tom et Timane Erdimi, étaient aussi en train de faire mouvement. Ils auraient jusqu'à quarante véhicules chargés d'armes et d'hommes.

Le soir, le colonel Hassaballah, un responsable de l'UFDD, avait juste le temps de dire : "On fait mouvement, on a reçu ordre de fermer les Thurayas (téléphones satellites) pour ne pas se faire repérer."

Quant à Mahamat Nouri, il désignait encore cette incursion par le nom de "patrouilles" , signifiant qu'aucun combat n'avait encore eu lieu, mais promettait des affrontements dans les plus brefs délais. Il se plaignait aussi : "Nos patrouilles sont systématiquement surveillées par les avions français." Lors d'une percée en octobre, l'UFDD avait tiré un missile sol-air contre un avion français.

Côté tchadien, des renforts avaient été envoyés les jours précédents vers les principaux points de défense, essentiellement les villes de Mongo et d'Abéché, verrous de N'Djamena. Dans la capitale, des convois de pick-up Landcruisers flambant neufs prenaient la route, chargés d'hommes armés jusqu'aux dents et portant déjà des gris-gris protecteurs pour le combat.

Montrant sur la carte les mouvements des différents groupes rebelles, une source militaire tchadienne commentait : "C'est sérieux." Une confrontation majeure entre les rebelles et l'armée tchadienne, qui ont consacré la saison des pluies, désormais terminée, à s'équiper et à recruter, est attendue.

Fin octobre, une première percée de l'UFDD avait permis au mouvement de faire la preuve de sa maîtrise du terrain. Rebroussant chemin et poursuivis par les forces gouvernementales, les rebelles avaient tendu une embuscade à l'armée à Hadjer Meram, un massif montagneux entouré de marécages. Les combats, sanglants, s'étaient achevés sur une défaite des troupes de N'Djamena.

 

Novembre 2006

Darfour : la France tente de dénouer l'imbroglio

Le Figaro Magazine, 25 novembre 2006, par Valérie Dupont et Jean-Christophe Rufin*

 

La diplomatie française propose de renégocier des accords de paix pour juguler le désastre humanitaire

 

Sur le tarmac du petit aéroport d'el-Fasher, Philippe Douste-Blazy monte à bord d'un hélicoptère russe mis à sa disposition par l'Union africaine. Le costume de ville a cédé sa place à la saharienne, les cheveux disciplinés volent au vent, mais surtout c'est l'émotion palpable du médecin que l'on retient. Il sait qu'il se rend dans les entrailles du Darfour, là où des milliers de déplacés vivent chaque jour l'inacceptable : le manque de nourriture, d'eau, de sécurité et, bien sûr, de dignité. Il est facile de critiquer, de se moquer, mais il faut y aller. Et lorsqu'il dit à certains déplacés : «Vous êtes dans mon coeur», nous sommes loin des petites phrases de campagne électorale. Au Darfour, il n'y a pas de place pour les faux-semblants.

Dans cette province ouest du Soudan se déroule une des pires tragédies humaines de ce début de XXIe siècle. Elle a déjà causé environ 200 000 morts, selon les sources les plus fiables. Elle a déplacé des populations en masse : près de 2 millions de réfugiés, répartis dans près de 200 camps. Elle condamne à la désolation une région immense peuplée de 5 millions de personnes. Ces chiffres sont, au sens propre, inimaginables. Il faut avoir vu le dénuement et la souffrance de ces enfants et de ces femmes, traumatisés par les massacres qui ont détruit leurs villages, malnutris, malades, abandonnés, pour mesurer le caractère atroce de cette tragédie. La première urgence était de le faire savoir au monde, à une époque où les désastres africains ne font plus guère recette dans les médias. La brutalité des images a tout de même permis de transpercer un peu le mur de l'indifférence. Le monde entier, aujourd'hui, sait. Le Darfour est la plus médiatisée des guerres oubliées.

Cela n'éclaire pas pour autant sur la seule question qui compte : comment mettre fin à cette horreur ?

Il faut d'abord aider, bien sûr. Les ONG présentes sur le terrain ont accompli un énorme travail de «mise en survie» de ces populations martyres. Mais l'action caritative n'est pas suffisante. Pire, elle peut être un paravent pour faire croire qu'on a agi, alors que rien n'est réglé. Les violences continuent, les réfugiés affluent toujours. Il y a urgence à trouver une solution politique et diplomatique. Mais là, c'est une autre affaire.

Il est facile de faire l'état des lieux du conflit. Il est autrement plus difficile de se prononcer sur ses causes et de démêler l'écheveau des responsabilités. Que se passe-t-il vraiment au Darfour ? S'agit-il d'une lutte entre nomades et sédentaires ? Entre Arabes et Noirs ? La cause première est-elle une rébellion qu'un gouvernement a réprimée pour préserver l'unité du pays, ou, au contraire, est-ce l'attitude brutale et discriminatoire du pouvoir central qui a provoqué la naissance d'une révolte armée dans cette province ? Dès que l'on aborde le fond de la question, les avis divergent. Querelles de spécialistes ? Certainement pas.

Selon l'idée que l'on se fait des causes et des mécanismes de ce conflit, on ne recommande pas les mêmes solutions. Or les remèdes que certains préconisent pourraient bien s'avérer pires que le mal.

Au Darfour, plus que partout ailleurs, les idées claires sont des idées fausses. Prenons tout de même le risque de simplifier. On peut résumer les attitudes face à ce conflit en deux grandes tendances assez radicalement opposées.

D'un côté, on trouve ceux pour qui le drame du Darfour est clairement un génocide organisé par le gouvernement central de Khartoum. Proche des Frères musulmans, très minoritaire dans le pays, le régime du président al-Bachir défendrait les intérêts de la composante dite «arabe» (quoique de peau sombre) de la population, et plus particulièrement de la minorité issue des riches plaines centrales au confluent des deux Nils. Après les accords signés avec le Sud-Soudan (à majorité chrétienne et animiste), le président Bachir et sa clique s'inquiètent de devoir partager le pouvoir avec des non-musulmans et des «Noirs». L'élimination des sédentaires du Darfour répondrait ainsi à un plan systématique élaboré par le pouvoir. L'extermination des cultivateurs sédentaires serait l'occasion pour al-Bachir de mettre la main sur les terres de la région et d'y installer ses fidèles. Sur fond d'intérêt économique et de calcul politique, le gouvernement soudanais aurait ainsi ni plus ni moins organisé un «nettoyage ethnique» à grande échelle. Son exécution a été confiée aux sinistres nomades guerriers qu'on appelle les Janjawids, pillant et tuant, avec l'appui logistique de l'armée soudanaise. Le Congrès des Etats-Unis est allé jusqu'à parler de génocide. Face à un tel projet d'extermination, les rébellions armées au Darfour peuvent être regardées avec bienveillance comme des actes de légitime défense.

Ceux qui ont la conviction que le régime de Khartoum est seul responsable du drame recommandent très logiquement de faire peser sur lui tous les moyens coercitifs dont dispose la communauté internationale. Un embargo sur les armes a été établi par l'ONU, et il s'étend au gouvernement soudanais lui-même. Des sanctions individuelles ciblées ont été décrétées contre les auteurs de crimes graves. Sous de fortes pressions internationales, un accord de cessez-le-feu a été conclu en mai dernier. Afin de mettre en oeuvre ces accords sur le terrain, l'ONU a voté en août une résolution prévoyant le déploiement de 22 000 Casques bleus, en remplacement de la force de l'Union africaine présente sur place.

Ce déploiement est catégoriquement refusé par al-Bachir, qui y voit une tentative de «recolonisation du pays». L'insistance que l'Administration Bush a mise à imposer la création de cette force onusienne n'est sans doute pas pour rien dans le sentiment du gouvernement soudanais qu'il existe derrière tout cela un «agenda caché». Pour les fondamentalistes au pouvoir à Khartoum, les Casques bleus seraient en réalité le moyen utilisé par les Etats-Unis pour les déstabiliser, dans le cadre de leur guerre contre le terrorisme.

 

Une guerre civile ?

 

Cette option «dure» conduit inéluctablement à une confrontation directe avec le régime de Khartoum. Dans le cas où des Casques bleus seraient déployés contre son gré, cette confrontation pourrait prendre un caractère militaire. Le président Bachir est allé jusqu'à menacer d'un «nouvel Irak». Or le Soudan n'est dépourvu ni de richesses (pétrolières) ni d'amitiés (intéressées). Russes et Chinois seraient certainement à ses côtés si le bras de fer actuel tournait à la crise ouverte.

Face à cette ligne intransigeante, essentiellement anglo-américaine, se dessine une deuxième attitude qui repose sur une autre analyse de la situation.

La diplomatie française tente de la faire avancer. Des raisons d'intérêt géopolitique (éviter une déstabilisation des pays francophones) sont certainement déterminantes. Mais il faut y ajouter l'implication personnelle, par conviction profonde, de Philippe Douste-Blazy. Nous l'avons nettement senti, en l'accompagnant pendant le voyage qu'il a effectué en Egypte, à Khartoum et au Darfour, du 11 au 13 novembre dernier.

 

Une autre lecture de la situation est en effet possible et c'est elle qui sous-tend la position de la France. Cette lecture rejoint les préoccupations de nombreuses ONG présentes sur le terrain, contraintes à la discrétion pour des raisons de sécurité, mais inquiètes de la tournure prise par le débat.

 

Pour elles, le terme de génocide est inapproprié et dangereux (comme l'a établi aussi une commission d'enquête de l'ONU). Le Darfour est avant tout une guerre civile, c'est-à-dire le résultat d'actions meurtrières menées par plusieurs parties. Certes, la responsabilité du gouvernement soudanais est extrêmement lourde dans le déclenchement du conflit, des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité, commis. Toutefois, s'il a ouvert la boîte de Pandore, le président Bachir n'est plus nécessairement en mesure de la refermer. Il y a aujourd'hui une multiplicité d'acteurs dans la crise du Darfour, et la plupart d'entre eux se rendent malheureusement coupables d'exactions d'une extrême gravité. Les milices Janjawids, créatures de Khartoum à l'origine, agissent de plus en plus pour leur propre compte, conformément à leurs intérêts. Les mouvements de rébellion darfouriens sont aujourd'hui divisés en huit factions rivales. La plupart de ces acteurs n'ont pas été associés à l'accord de cessez-le-feu de mai dernier ou le rejettent.

 

Soutenir l'union africaine

 

La priorité n'est donc pas d'imposer au forceps la mise en place d'un mauvais accord ; ce qu'il faut d'abord, c'est le renégocier. La diplomatie française appelle au retour de toutes les parties à la table de négociation. On peut d'autant mieux accepter de mettre de côté, pour l'instant, la question des Casques bleus que la force militaire de l'Union africaine est un outil concret dont n'ont pas été exploitées toutes les possibilités. Tant pour le Darfour que pour l'ensemble du continent, il est particulièrement important de donner sa chance à cette première expérience de maintien de la paix régionale. Plutôt que de mettre en place à grands frais des Casques bleus (surtout s'ils doivent se retrouver englués dans une guerre longue...), mieux vaut faire un effort pour financer un véritable instrument africain de maintien de la paix. La question des Casques bleus n'est pas pour autant évacuée. Mais le rôle que le chef de la diplomatie française souhaite leur voir jouer serait plutôt la surveillance des frontières avec le Tchad et la RCA. L'expérience du Liberia ou du Rwanda montre qu'en Afrique existe un fort risque de débordement transfrontalier des conflits et de déstabilisation de toute une région.

La France n'a pas un poids politique suffisant pour imposer à elle seule ces solutions. Il reste que, dans l'impasse où se sont mis eux-mêmes les défenseurs de la ligne dure, l'initiative française peut servir à cristalliser une nouvelle attitude internationale. Pendant son escale au Caire, Philippe Douste-Blazy a obtenu l'assurance que l'Egypte influencerait dans ce sens l'attitude de la Ligue arabe.

Ce grand jeu peut paraître dérisoire et trop «diplomatique» au regard des drames humains qui se vivent chaque jour sur le terrain. Mais la solution est à ce prix.

Car au Darfour, l'urgence est double : il y a d'abord celle d'agir, pour que la paix revienne et que les innocents cessent de souffrir. Mais il y a aussi celle d'éviter des erreurs qui pourraient aggraver le sort de ceux que l'on se propose de soulager.

 

* Ecrivain, président d'honneur d'Action contre la faim.

 

Novembre 2006

Luis Moreno Ocampo, procureur de la Cour pénale internationale

"Notre enquête au Darfour est pratiquement terminée"

 

Le Monde, 24.novembre 2006

 

Le Procureur de la Cour pénale internationale présentera son rapport le 12 décembre devant le Conseil de sécurité des Nations unies

 

Les 104 Etats parties au traité de Rome instituant en 2002 la Cour pénale internationale (CPI), chargée de juger les responsables de génocide, de crimes contre l'humanité et de crimes de guerre, ont débuté, jeudi 23 novembre, leur cinquième session annuelle. Trois enquêtes - en République démocratique du Congo (RDC), en Ouganda et au Darfour - sont en cours. Pour l'heure, un seul accusé, le chef de milice congolais Thomas Lubanga est incarcéré.

Vous avez été saisi le 31 mars 2005 par le Conseil de sécurité pour enquêter sur le Darfour. Etes-vous prêt à engager des poursuites ?

Notre première enquête est pratiquement terminée. Aujourd'hui, nous vérifions si des poursuites contre les personnes que nous visons ont été engagées au niveau national, puisque la Cour n'intervient que lorsque les Etats ne sont pas capables ou pas disposés à poursuivre. Nous espérons avoir ces informations au début du mois de décembre. Après, nous engagerons une procédure. Je ne peux pas aujourd'hui donner de preuves, ou de noms, mais l'affaire recoupera des crimes de viols, de persécutions, de tortures, la destruction de propriétés, des transferts forcés... Autant de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité, dont nous démonterons le mécanisme et mettrons à plat le système. Le 12 décembre, je serai devant le Conseil de sécurité pour présenter mon rapport sur le Darfour.

Pour quelle raison menez-vous vos investigations en dehors du Darfour ?

Nous ne pouvons pas, pour des raisons de sécurité, protéger les témoins au Darfour. Donc nous avons décidé de conduire nos enquêtes à l'extérieur. Mais nous avons mené 70 missions dans 17 pays différents et recueillis plus d'une centaine de témoignages. La majorité (...) sont des témoins directs. Louise Arbour (le haut-commissaire aux droits de l'homme des Nations unies) a expliqué que certains témoins qu'elle a pu rencontrer au Darfour ont été, ensuite, harcelés ou emprisonnés.

En Ouganda, nous avons conduit notre enquête en dix mois. En République démocratique du Congo, cela a été plus compliqué. En aucun cas nous ne pouvons exposer les témoins. Dans une situation de guerre, il faut interroger les témoins et les protéger. C'est impossible au Darfour.

Quatre commandants de l'Armée de résistance du Seigneur (LRA) en Ouganda, recherchés par la CPI , sont toujours en fuite. Sans force de police propre, de quelle coopération disposez-vous aujourd'hui ?

L'Ouganda, la RDC et le Soudan ont exprimé leur volonté de coopérer. La LRA a d'ailleurs dû fuir sa base arrière au Soudan sud et installer son quartier général à la frontière congolaise. Depuis, les crimes commis au nord de l'Ouganda ont baissé ; la perte de leur asile a conduit la LRA à engager des négociations, qui ont abouti à un accord en août. Nous devons mener cette affaire à son terme mais, d'ores et déjà, nous pouvons mesurer l'impact de la justice. Cette affaire montre que les mandats d'arrêt de la CPI peuvent contribuer à prévenir les atrocités.

Pourquoi n'avez-vous ouvert aucune enquête depuis que vous avez été saisi par la République centrafricaine fin 2004 ?

Nous avons conduit une mission sur place cette année et continuons de recevoir des informations. Nous disposons de rapports très sérieux faisant état de centaines de viols, davantage que d'assassinats. Tout ce que je peux dire, c'est que nous analysons plusieurs situations dans le monde, et que nous ouvrirons une nouvelle enquête avant la fin de l'année.

Propos recueillis par Stéphanie Maupas

 

Novembre 2006

 

Vaste offensive des forces soudanaises et de leurs milices

Le Monde, N'Djamena, 24 novembre 2006

 

Jamais, depuis début 2004, le Darfour n'avait subi d'attaques d'une telle ampleur de la part des forces armées soudanaises, appuyées par les milices passées à la postérité de l'horreur sous le nom de janjawids.

Il y a trois ans, une grande offensive, commencée fin 2003, avait déplacé 2,5 millions d'habitants, qui s'entassent encore, à ce jour, dans des camps. Les combats avaient alors provoqué la mort d'environ 200 000 personnes. Depuis, la situation militaire est restée figée, jusqu'au lancement d'une nouvelle offensive.

Les quelque 30 000 soldats amenés en renfort, essentiellement dans le nord du Darfour, et les milices recrutées massivement dans toute la région, sont entrés en action. Depuis plusieurs semaines, des attaques ont été menées dans le secteur de Jebel Moun, près de la frontière tchadienne, bastion de l'un des mouvements rebelles du Darfour, le Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM).

Le modèle en est connu : des miliciens fondent sur les villages, brûlent, pillent et tuent, dans le but de chasser la population, tout en menant conjointement des attaques contre les rebelles aux côtés des forces gouvernementales régulières. A présent, des attaques similaires ont lieu dans cinq zones différentes. "On brûle dix à quinze villages à la fois, ces jours-ci" , s'émeut une source onusienne.

L'un des axes principaux de l'offensive se trouve dans la région de Birmaza, dans le nord du Darfour. C'est là que devait avoir lieu, dimanche 19 novembre, une grande conférence de réunification des commandants des factions du Mouvement de libération du Soudan (SLM), l'autre organisation rebelle darfourienne. Cette conférence, pour Khartoum, est inacceptable. Outre qu'elle risque, à brève échéance, de renforcer les troupes rebelles, elle est aussi soutenue, discrètement, par la communauté internationale.

Or Khartoum a parié sur les divisions de la rébellion et sur une "solution militaire" , selon un observateur. Une "pacification" par les armes a pour objectif de faire la démonstration de l'inutilité d'une force des Nations unies, dont le déploiement, prévu par la résolution 1706 du Conseil de sécurité votée le 31 août, devait amener plus de 20 000 casques bleus au Darfour. Khartoum s'oppose formellement à ce déploiement, jugé menaçant pour la solidité du pouvoir central, au point que le président soudanais, Omar Al-Bachir, a appelé sa population au "djihad" contre les membres d'une force internationale.

 

Observateurs impuissants

 

La question devrait rester suspendue jusqu'au 31 décembre, date à laquelle prendra fin le mandat de la force de l'Union africaine au Darfour (MUAS). Les hommes de la MUAS , faute de moyens et d'un mandat approprié, sont cantonnés au rôle d'observateurs impuissants de la dégradation de la situation.

Le 1 er janvier 2007, ils devraient être remplacés par une force qui reste à définir. Les Nations unies ont proposé la création d'une force "hybride" sur la base de la MUAS , à laquelle s'adjoindraient d'importants moyens onusiens. Les termes de ce mélange restent à définir.

Le calendrier est donc serré pour Khartoum. Le gouvernement dispose d'un mois pour brûler le Darfour et faire son choix parmi les treize initiatives concurrentes, certaines confidentielles, pour trouver une solution à la crise. La dernière en date, lancée conjointement par la Libye et l'Egypte, s'oppose au déploiement onusien, qualifié par le colonel Kadhafi de nouveau "colonialisme" .

Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne étudient depuis plusieurs semaines, à un niveau technique, les possibilités de frappes aériennes contre des objectifs militaires soudanais. Ils ont donné jusqu'au 31 décembre au Soudan pour trouver une solution à la crise.

 

Novembre 2006

 

Une publicité inédite pour une cause humanitaire

Le Figaro, 24 novembre 2006, par Tanguy Berthemet

 

La publicité n'est pas passée inaperçue. Lundi, sur une pleine page d'un quotidien français, une association nommée « Urgence Darfour  » interpellait Ségolène Royal sur ses intentions pour résoudre la crise qui secoue la province soudanaise.

 

Une démarche à la fois coûteuse et parfaitement inédite en France.

 

« Nous ne sommes pourtant qu'un collectif d'associations et de personnalités qui cherchent à arrêter les massacres au Darfour » , explique le président d'Urgence Darfour, Jacky Mamou, visiblement satisfait de l'effet produit. « Mais nous n'avons aucun fonds » , précise-t-il.

 

S elon lui, la publicité a vu le jour « à l'aide d'un carnet d'adresses et de publicitaires connus » . Et d'assurer que le collectif français ne doit pas être confondu avec « la coalition américaine»Save the Darfur*, qui dispose d'un important budget publicitaire et monte des campagnes internationales » .

 

Les deux groupes sont cependant en contact et poursuivent le même objectif : une intervention des Casques bleus au Darfour­.

 

« Je pense que la protection internationale armée des populations civiles est la seule solution au moment où le champ d'intervention des organisations humanitaires se réduit par la seule faute du gouvernement soudanais. »

 

Reste que l'achat massif d'espaces publicitaires ne semble pas faire l'unanimité, même au sein de la coalition Save the Darfur. Beaucoup d'associations membres s'étonnent des sommes ainsi dépensées, alors même que l'argent manque pour mener certaines opérations humanitaires sur le terrain.

 

Novembre 2006

La guerre au Darfour déstabilise l'Afrique

Le conflit, après avoir embrasé l'est du Tchad gagne la Centrafrique

 

Le figaro, 24 novembre 2006

 

La guerre civile opposant rebelles noirs et milices arabes progouvernementales dans la province du Darfour, au Soudan, est en passe de déstabiliser toute la région. Après le Tchad, c'est la Centrafrique qui est menacée.

La France a annoncé hier l'envoi de 100 soldats supplémentaires à Bangui pour épauler les forces armées centrafricaines. Le Tchad, confronté à des attaques d'insurgés sur sa frontière, a prolongé l'état d'urgence.

Au Darfour même, où le conflit a déjà coûté la vie à 200 000 personnes, les combats s'intensifient de nouveau. Des centaines de milliers de civils, fuyant les violences, errent sans assistance. La communauté internationale, divisée, peine à imposer une force d'interposition.

 

 

Paris envoie des renforts en Centrafrique

 

Le Figaro 24 novembre 2006

 

La France a déployé ces derniers jours une centaine d'hommes supplémentaires en Centrafrique. Ce renforcement a été décidé pour faire face à la dégradation de la situation. La Centrafrique fait face à une rébellion armée, qui progresse vers le sud-ouest du pays. Le pays est déstabilisé par le conflit du Darfour, au Soudan voisin. Les troupes françaises assistent l'armée centrafricaine pour aider à la stabilisation de leur pays. Paris entretient par ailleurs, une force aérienne et terrestre permanente d'un millier d'hommes au Tchad.

 

Novembre 2006

 

La guerre a repris dans la province soudanaise, où errent quelque 225 000 personnes

Le Figaro 24 novembre 2006, par Tanguy Berthemet à Kutum

 

L'Union africaine, sans l'appui de l'ONU, peine à stabiliser une région dévastée par près de quatre années de guerre.

 

« On a l'impression d'être dans un mauvais western. On est isolés dans un petit poste avancé, entourés d'ennemis, et on attend l'arrivée de la cavalerie, qui ne vient pas. » Le soldat sud-africain n'en dira pas plus. Avec une poignée de ses compatriotes, ce grand gaillard s'échine depuis plus d'un an à protéger Kutum, une petite cité plantée au milieu du désert au nord du Darfour. Une mission aussi impossible pour lui que pour les 7 000 autres hommes de la Mission de l'union africaine (Amis), déployés dans cette province de l'ouest du Soudan ravagée par trois ans de guerre civile. Autour de Kutum et partout dans la région les combats et les massacres de civils se poursuivent presque quotidiennement. Le Darfour menace de sombrer dans le chaos, sous les yeux d'une communauté internationale impuissante.

Le colonel Richard Lourens, commandant sud-africain du secteur, ne l'ignore pas : « La situation s'est détériorée. Nous manquons de matériel et de renseignements pour être efficaces. Nous avons aussi besoin rapidement de renforts pour protéger les réfugiés et ne pas perdre définitivement leur confiance. » À Kutum, ils sont près de 24 000 dans le seul camp de Kassab, entassés dans un dédale de cases en boue séchée. Dans les regards se lit la peur qui n'a jamais quitté ces villageois noirs, arrivés à pied durant l'année 2004, en fuyant les tueries dans les campagnes et les incendies de villages. La sécurité, qu'ils recherchaient en ville, demeure toute relative. Les djandjawids, ces miliciens arabes recrutés et armés par le gouvernement de Khartoum, rôdent.

« Ils sont à moins de cinq kilomètres du camp, assure un employé d'une organisation humanitaire qui apporte vivres et soins aux réfugiés de Kassab. Ils viennent la nuit, ils pillent, harcèlent les réfugiés, avant de repartir tranquillement. Obéissent-ils à des ordres ? Tout ce que l'on sait, c'est que le nombre des attaques ne cesse d'augmenter depuis deux mois. » Des rezzous auxquels les chefs du camp n'essaient même plus de s'opposer. « Que peut-on faire ? Tout ce que l'on veut, c'est un peu de sécurité pour vivre un peu mieux » , glisse l'un d'eux. La paix, il n'y croit plus.

 

Un calcul funeste

 

Il semble loin, le 5 mai dernier. Ce jour-là, à Abuja, au Nigeria, le gouvernement soudanais et le principal groupe insurgé noir, le Mouvement de libération du Soudan (MLS), dirigé par Mini Minawi, signaient un accord de paix. Cet accord, obtenu à l'arraché et sous la pression de la communauté internationale, prévoit un cessez-le-feu, un désarmement des belligérants, des compensations pour certaines victimes de guerre et un poste à Khartoum pour l'ex-leader rebelle. Mais nul ne prête alors attention à l'hostilité d'un groupe minoritaire, le Mouvement pour la justice et l'égalité (MJE), qui refuse de se joindre à un accord qu'il qualifie d' « insuffisant » . « Ce texte fut la première grave erreur commise par les médiateurs internationaux. Tout le monde savait que c'était une cote mal taillée, très favorable aux intérêts gouvernementaux. Mais l'idée était qu'une fois le texte adopté chacun finirait par s'y rallier », rappelle un fonctionnaire de l'ONU.

Le calcul se révélera funeste. Minée par des ambitions personnelles, la rébellion, loin de rendre les armes, se déchire. Les rivalités, aiguisées par les autorités de Khartoum, tournent à l'affrontement armé entre factions. Le Darfour ne compte désormais pas moins de huit groupes rebelles plus ou moins antagonistes. Dans les camps de réfugiés, les divisions autour de l'accord avivent les tensions entre les communautés. « Le gouvernement a manipulé tous les acteurs pour diviser et mieux régner. Cela rend de nouvelles négociations et leur intégration à l'accord initial très complexes, car les rébellions n'ont que rarement des revendications claires, si ce n'est l'opposition au gouvernement », avoue un diplomate.

Dès l'été, le Front de rédemption nationale (FRN), une alliance de plusieurs groupes tout juste formée, reprenait la lutte contre Khartoum, enflammant le nord du Darfour. « Nous avons vu la situation se dégrader très rapidement. Des combats ont éclaté, aussi violents qu'au début du conflit mais sans que l'on sache s'ils étaient le fait de luttes entre groupes, d'actions de bandits ou d'offensives de l'armée », assure-t-on chez Médecins sans frontières.

 

Le 6 juillet, une attaque contre des villages supposés acquis au FRN fait 71 tués et 103 blessés. On recense également 39 femmes violées. Le raid, sans doute oeuvre de djandjawids, en annonce d'autres tout aussi meurtriers. Selon le programme alimentaire mondial, quelque 225 000 personnes errent aujourd'hui sans la moindre aide, à la merci des miliciens.

Conscientes des risques de voir le Darfour imploser, les Nations unies tentent d'étouffer cette résurgence des violences. Sous la houlette de Washington, le Conseil de sécurité adopte, le 31 août, une résolution qui prévoit le déploiement de 20 600 Casques bleus et policiers au Darfour. Une initiative que rejette brutalement le président soudanais, Omar el-Béchir. « Ce fut la seconde erreur de la communauté internationale. La menace ne fonctionne pas avec ce gouvernement. Les tenants de la ligne dure qui prônent une solution militaire au conflit sont revenus en cour » , affirme encore le fonctionnaire de l'ONU. De fait, Khartoum accélère dès lors l'envoie de militaires dans la province rebelle. Près de 20 000 hommes sont massés essentiellement autour d'el-Fasher, la capitale du Darfour.

 

«Une machine infernale»

 

Mais l'offensive contre le FNR s'est soldée par un cuisant échec. « L'armée a perdu deux batailles avec des pertes très importantes. Le moral de l'armée gouvernementale au nord Darfour est très bas » , écrit Jan Pronk, le représentant spécial de Kofi Annan. En réponse, Khartoum n'hésite pas à remobiliser et à réarmer les milices janjawids, les dotant de voitures et de lance- roquettes. Des groupes auraient été entraînés puis intégrés à l'armée régulière. La semaine dernière, Jar el-Neby, commandant du NRF, a dénoncé deux attaques menées conjointement par l'armée et les milices arabes. L'Union africaine a condamné ces assauts, en confirmant que « la guerre au Darfour a repris » .

Mais, aux yeux d'un diplomate européen, le plus inquiétant est ailleurs : « Le gouvernement est en train d'armer et de mobiliser des tribus arabes qui étaient jusqu'alors restées neutres au nom d'une lutte pour»l'arabité* contre l'Occident et ses alliés noirs. Si nous ne trouvons pas un moyen d'arrêter cette dérive, la confrontation tournera en un affrontement racial qui se répandra dans toute la région. Le gouvernement soudanais lui-même sera incapable d'enrayer cette machine infernale. ».

 

Novembre 2006

Marc Lavergne : ''Il y a un double jeu de la communauté internationale"

Le Figaro, 24 novembre 2006, Propos recueillis par Tanguy Berthemet

 

Marc Lavergne, directeur de recherche au CNRS, est un spécialiste du monde arabe et de la Corne de l'Afrique.

 

Le Figaro. - À quoi attribuez-vous l'impuissance de la communauté internationale au Darfour ?

 

Marc LAVERGNE.- C'est une question de volonté. Il est difficile de concevoir une opération militaire internationale dans une région éloignée, enclavée, et sans grand intérêt stratégique, surtout si elle doit se faire contre l'avis des autorités locales. On peut se poser la question du double jeu de la communauté internationale qui vote des résolutions qu'elle sait impossibles à appliquer. Par ailleurs, le Soudan n'est pas un pays isolé. Il a beaucoup d'amis, notamment dans le monde musulman, au nom de l'antiaméricanisme. Mais il peut aussi compter au sein du Conseil de sécurité sur le soutien de la Chine et de la Russie. C'est l'une des raisons pour laquelle aucune des résolutions prises depuis trois ans à l'encontre du Soudan n'a eu le moindre effet sur le terrain.

 

Comment cette crise a-t-elle pu à ce point dégénérer ?

 

Cette affaire aurait pu être réglée beaucoup plus tôt si, jusqu'à la mi- 2004, l 'ONU et les États-Unis n'avaient pas voulu ignorer la situation au Darfour pour protéger les négociations et l'accord entre Khartoum et le sud du Soudan. Or, avant cette date, le gouvernement soudanais bombardait et tuait des populations civiles au vu et au su de tous. La plupart des 200 000 à 300 000 victimes du conflit sont d'ailleurs mortes à ce moment-là et les camps étaient déjà pleins. Après il était trop tard.

 

C'est donc, au départ, un aveuglement volontaire...

 

On n'a pas voulu s'interroger sur la réalité du gouvernement soudanais. Ce pouvoir est celui d'une petite minorité d'islamistes et de militaires qui, se prétendant d'origine arabe, se considèrent comme supérieurs et dominent les autres communautés. Au Darfour, il a écrasé une fourmi avec un marteau, incendiant des dizaines de milliers de villages, car la révolte qui réclamait un meilleur partage des richesses le menaçait dans ses fondements. Il s'agissait d'éviter la contagion à d'autres provinces.

 

Pensez-vous que les Casques blancs de l'Union africaine, soutenus par les Nations unies, soient en mesure de protéger les populations ?

 

L'Union africaine n'est qu'un pis-aller ! L'ONU s'est déchargée de ses devoirs sur l'Amis, la Mission de l'organisation africaine. Le Soudan était de son côté prêt à accepter l'Union africaine, car, même avec l'aide d'experts de l'ONU, elle demeurera relativement inefficace. Cette inefficacité n'est d'ailleurs pas tellement liée à un manque de matériel, ou de professionnalisme. Certains contingents, notamment les Rwandais et les Sud-Africains s'acquittent très bien de leur tâche. Le problème est financier. Il a des « pertes en charge ». La majorité des soldats n'a pas été payée depuis trois mois, ils ne sont donc pas motivés.

 

Évoquez-vous la corruption ?

 

Très clairement. L'Union européenne, qui finance la plus grande part de l'Amis, a effectué un audit sur ce sujet. Ses résultats sont restés secrets...

 

Novembre 2006

Le conflit meurtrier du Darfour fait tache d'huile en Afrique

Le Figaro, 24 novembre 2006, par Tanguy Berthemet

 

La guerre civile dans l'ouest du pays, après avoir embrasé l'est du Tchad, déstabilise la République centrafricaine.

 

La guerre du Darfour déstabilise chaque jour un peu plus les États voisins du Soudan donnant à cette guerre civile une dimension de crise régionale. Au nom de l'« arabité », le gouvernement de Khartoum arme et mobilise désormais des tribus arabes pour lutter contre les mouvements rebelles noirs et leurs supposés alliés occidentaux. Derrière les Américains, la communauté internationale est toujours impuissante à arrêter un conflit qui aurait déjà causé la mort de 200 000 personnes depuis son déclenchement en février 2003.

Après le Tchad, c'est la Centrafrique qui se trouve entraînée bien malgré elle dans le conflit. Le 30 octobre dernier, l'Union des forces démocratiques pour le rassemblement (UFDR), un groupe jusqu'alors inconnu s'emparait de Birao, une ville du nord de la Centrafrique. Dans les jours suivants, cette rébellion, composée de Centrafricains et de Tchadiens, poursuivait son offensive s'approchant à moins de 600 kilomètres de la capitale, Bangui. François Bozizé, le président centrafricain, dénonçait « une agression caractérisée » et accusait le Soudan de soutenir l'insurrection. Khartoum a démenti. Sans convaincre. Plusieurs sources militaires assurent que l'UDFR, qui fait courir un danger mortel au très faible régime de Bangui, s'est formé au Darfour.

Paris, lié à Bangui par un accord de défense, est rapidement intervenu (voir ci-dessous) . La France entend soutenir les efforts tchadiens. Dès le 17 novembre, le président Idriss Déby avait ordonné le déploiement de plusieurs centaines d'hommes chez son voisin centrafricain. Une mesure qui vise à épauler un allié, mais aussi à sécuriser sa frontière sud, au moment où le Tchad doit lui-même faire face à d'importantes rébellions à l'Est.

Tout comme Bangui, N'Djamena accuse Khartoum d'être le parrain de ces groupes et notamment du dernier né, l'Union des forces pour la démocratie et le développement (UFDD). Placé sous les ordres du général Mahamat Nouri, un ancien ministre de la Défense tchadien ayant fait défection au printemps dernier, l'UFDD est nettement plus crédible et puissante que les précédentes oppositions armées à Idriss Déby. Elle disposerait de plus de 2000 hommes et de 250 véhicules dans les environs de Foro-Burunga, au Darfour.

 

Mini sommet à Tripoli

 

Le Soudan nie pourtant toute implication et désigne le Tchad comme le fauteur de guerre. Dans les faits, les deux pays soutiennent des mouvements insurgés sur le territoire de leur voisin. Pour tenter de calmer les tensions, un mini sommet entre les présidents Omar el-Béchir, Idriss Déby et François Bozizé a été organisé, mardi à Tripoli, sous les auspices de Mouammar Kadhafi. À l'issue de cette réunion, le chef d'État tchadien a expliqué que « l'espoir était grand » de voir les choses s'améliorer. Un optimisme qui laisse sceptique. « Rien n'a été décidé pour trouver une solution à la guerre du Darfour, souligne un spécialiste . Or c'est la matrice de tous les autres conflits dans la région. ».

 

Novembre 2006

Soudan sur la sellette

Radio Canada, 24 novembre 2006

 

Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme a dénoncé vendredi une attaque de l'armée soudanaise lancée le 11 novembre dernier contre la localité de Sirba, dans la province du Darfour.

L'offensive, qualifiée de délibérée, a fait 11 morts et 8 blessés, rappelle le Haut-Commissariat. Une centaine d'habitations ont été incendiées, et du bétail et des biens auraient été volés.

L'Union africaine avait fait état de cette attaque le 13 novembre, en parlant d'un bilan de 30 à 40 morts. L'organisation avait accusé les djandjawids, ces miliciens soutenus par le gouvernement soudanais, d'avoir commis ces exactions.

Khartoum affirmait avoir répliqué à une attaque de rebelles contre un convoi de l'armée. Le Haut-Commissariat de l'ONU répond qu'aucune preuve de cette attaque n'a été trouvée.

La porte-parole du Haut-Commissariat a rappelé que rien ne justifiait l'ampleur de l'opération soudanaise, même s'il s'agissait d'une réplique à une attaque. La destruction de biens civils est interdite par le droit international humanitaire, souligne le Haut-Commissariat.

 

Novembre 2006

 

Pourquoi Washington n'a pas réussi à imposer l'ONU

Le Figaro, 24 novembre 2006, par Alain Barluet

 

Obnubilés par le drame humanitaire, les États-Unis ont échoué à engager une politique efficace vis-à-vis du régime de Khartoum.

 

Fortement mobilisée depuis trois ans sur le dossier du Darfour, la diplomatie américaine n'est pas parvenue, jusqu'à présent, à imposer une solution négociée dans cette région de l'ouest du Soudan où la guerre civile et la crise humanitaire ont déjà fait de 200 000 à 300 000 morts et 2,5 millions de déplacés. Les tergiversations du régime de Khartoum sur les modalités de la force «  hybride  » entre l'ONU et l'Union africaine ne sont que la dernière illustration des difficultés de Washington pour dégager la voie à une force internationale réellement capable d'enrayer ce drame humanitaire.

Selon les experts de plusieurs think thanks américains, les raisons de cet échec tiennent à la fois à l'«  inadéquation  » de la stratégie américaine et à la façon dont les acteurs régionaux, en premier lieu le président soudanais Omar el-Béchir, ont réussi à jouer d'une situation complexe pour prévenir le déploiement d'une force militaire plus solide que celle de l'Union africaine (7 000 hommes actuellement).

 

Mobilisation médiatique

 

D'emblée, la mobilisation de l'opinion américaine, massive et très médiatisée grâce à des stars comme George Clooney, aura paradoxalement contribué à entraîner la diplomatie américaine sur une mauvaise voie, quelque part entre l'émotion et l'agressivité, estiment des observateurs outre-Atlantique. « Les manifestations en faveur d'une intervention militaire conduite par les Américains au Darfour ont été une diversion utopique qui n'a mené nulle part » , écrivaient Stephen Morrison et Chester Crocker, du Centre international d'études stratégiques (CSIS), au début de novembre dans le Washington Post . « Les slogans ne font pas une bonne politique étrangère » , poursuivaient ces deux spécialistes, en appelant Washington à quitter les «  postures  » pour prendre des initiatives mettant au pied du mur, de manière réaliste, le gouvernement de Khartoum sur les questions clés du conflit : l'application du cessez-le-feu, la protection des couloirs d'accès humanitaires, l'établissement d'une force «  hybride  » ONU/UA robuste, le lancement d'une démilitarisation des groupes armés, l'ouverture d'un dialogue politique au Darfour.

Rien de tout cela n'a été tenté, déplorent ces experts, qui soulignent que, jusqu'à la mi-2004, Washington et l'ONU ont privilégié les négociations entre Khartoum et le Sud-Soudan, au détriment du Darfour où la violence se déchaînait déjà.

Le secrétaire d'État Colin Powell avait pourtant fait monter la pression en qualifiant de «  génocide  » les tueries du Darfour. Mais la communauté internationale ne l'a pas suivi. Le 31 janvier 2005, une enquête de l'ONU a dénoncé des crimes contre l'humanité, estimant cependant que Khartoum « n'a pas poursuivi de politique de génocide » . Après l'argument fumeux des armes de destructions massives invoquées par Washington pour intervenir en Irak, la crédibilité américaine était-elle émoussée au Darfour ? Et après 2003 comment les États-Unis auraient-ils pu intervenir dans un pays musulman ? s'interrogent aujourd'hui les spécialistes du dossier. Un tel projet se heurtait de surcroît aux contraintes liées à l'immensité d'un territoire éloigné, grand comme la France , et à des difficultés politiques considérables - autant d'obstacles qui continuent à prévaloir. Dans ces conditions, résume avec dépit un humanitaire, « qui voudrait mourir pour le Darfour ? ».

 

Un allié dans la guerre contre le terrorisme

 

De son côté, le président Omar el-Béchir utilise habilement ses cartes. Il connaît l'intérêt qu'a Washington à conserver des relations avec son pays pour mener la guerre contre le terrorisme. En effet, le Soudan a, un temps, hébergé Oussama Ben Laden, et certains membres du régime ont transmis aux Américains des informations sur al-Qaida. Karthoum a aussi su exploiter les divisions de la communauté internationale. « Bush a échoué à opposer à el-Béchir un front uni incluant les Arabes et les Africains » , estimait récemment Michael J. Gerson, un ancien collaborateur du président américain.

Mais la Chine et la Russie demeurent les meilleurs atouts de Khartoum. «  La Chine détient 40 % des compagnies pétrolières opérant au Soudan, retire de celui-ci 7 % de sa consommation d'or noir et lui vend des armes tout comme la Russie  » , relève Princeton Lyman, un analyste du Council on Foreign Relations . « Ces deux pays ont ralenti tous les efforts du Conseil de sécurité pour exercer une réelle pression sur le Soudan » , souligne-t-il.

 

Novembre 2006

  Darfour : le procureur de la CPI a assez de preuves pour des inculpations

Le Monde, 23 novembre 2006

 

Le procureur de la Cour pénale internationale (CPI) Luis Moreno Ocampo a indiqué jeudi à La Haye qu'il avait pratiquement terminé son enquête sur le Darfour et avait assez d'éléments de preuves pour lancer prochainement des inculpations.

Il a toutefois fait preuve de prudence, en expliquant vouloir d'abord évaluer le travail du tribunal spécial mis en place en 2005 par le Soudan.

"En nous basant sur une évaluation circonstanciée et approfondie de toutes les preuves recueillies, nous avons été capable d'identifier les incidents les plus graves et certaines des personnnes qui peuvent être considérées comme les plus responsables criminelllement", a déclaré M. Moreno Ocampo dans un discours à l'ouverture de la 5e session annuelle des Etats partie (ASP) ayant ratifié la CPI.

Il a précisé que parmi ces crimes figuraient la persécution, la torture, le viol et le meurtre.

M. Moreno Ocampo a toutefois suscité les critiques d'organisations non-gouvernementales, dont près de 200 participent à l'ASP, en précisant qu'avant de lancer une procédure il voulait évaluer le travail du tribunal spécial mis en place en 2005 par le gouvernement soudanais, ce qui pourrait être fait d'ici le mois prochain.

La CPI , premier tribunal permanent chargé de juger les crimes de guerre, crimes contre l'humanité et génocide, peut agir si une juridiction nationale ne le peut ou ne le veut.

"Le procureur dit qu'il veut attendre de voir ce que ce tribunal va faire : il n'a rien fait!", s'est exclamé Richard Dicker, responsable de la justice internationale pour l'organisation de défense des droits de l'homme Human Rights Watch (HRW), qui a publié en juin un rapport intitulé "Manque de conviction".

Ce tribunal spécial "a été créé pour éviter des procès devant la CPI ", a-t-il assuré. Elle n'a en fait jugé que des crimes ordinaires, des vols ou de la détention d'objets volés. Cela ne reflète pas l'immense étendue des crimes au Darfour!"

Mercredi, le coordinateur des affaires humanitaires de l'ONU, Jan Egeland, a averti le Conseil de sécurité que le conflit au Darfour pouvait "sombrer dans une spirale incontrôlable" et conduire à une escalade dans la région.

Selon les Nations unies, quelque 200.000 personnes ont péri de la guerre et de ses conséquences et 2,5 millions d'autres ont été déplacées depuis 2003.

 

Novembre 2006

 

La cour pénale internationale prête à lancer des poursuites pour crimes contre l'humanité au Darfour

Nouvel Observateur avec l' AP et Mike Corder , 23 novembre 2006

 

La cour pénale internationale pourrait lancer prochainement des poursuites pour crimes contre l'humanité et crimes de guerre contre plusieurs suspects soupçonnés de meurtres, de viols et d'actes de tortures commis au Darfour, dans l'ouest du Soudan, a annoncé jeudi le procureur du tribunal Luis Moreno-Ocampo.

"Sur la base d'un examen minutieux et attentif des preuves réunies, nous avons été en mesure d'identifier les incidents les plus graves et certains de ceux qui peuvent être considérés comme les plus criminellement responsables", a annoncé le procureur devant des représentants des pays qui ont ratifié la création de la cour pénale.

Moreno-Ocampo n'a précisé ni le nom ni le nombre des personnes visées par ces accusations. Il n'a pas non plus détaillé les atrocités sur lesquelles ses services ont enquêté. Selon lui, il existe des preuves de meurtres, de viols, de torture, d'attaques délibérées contre les civils, de persécutions et d'expulsions par la force.

En trois ans d'affrontements entre les rebelles noirs et les troupes gouvernementales, soutenues par les terribles milices arabes, les Janjaweed, plus de 200.000 personnes ont été tuées et quelque 2,5 millions d'habitants ont dû fuir.

Mercredi, le secrétaire général adjoint de l'ONU aux affaires humanitaires Jan Egeland avait dénoncé la détérioration de la situation humanitaire. Il a affirmé que les milices arabes et les rebelles se sont réarmés et ont renforcé leurs attaques, recommencé à piller et à brûler des villages dans la région.

Moreno-Ocampo a expliqué que ses enquêteurs ont mené 70 missions dans 17 pays différents pour interroger une centaine de témoins et de victimes et réunir des preuves. Mais ils ne se sont pas rendus au Darfour en raison des violences.

Selon un rapport commandé par le gouvernement soudanais, de "graves violations des droits de l'Homme" y ont été commises "par toutes les parties" entre 2003 et 2004. Les Janjaweed, parfois appuyés par l'armée soudanaise se sont rendus coupables de meurtres, conclut ce texte, a dit Moreno-Ocampo.

Le procureur devra désormais établir si les autorités soudanaises font preuve de bonne volonté pour enquêter sur ces faits, ce qui sera fait au début du mois de décembre. Si ce n'est pas le cas, il soumettra son dossier aux juges de la cour qui pourront décider d'ouvrir des poursuites.

 

Novembre 2006

 

Darfour : Jan Egeland exhorte le Conseil de sécurité à prendre ses responsabilités

Nations unies, New York , 23 novembre 2006

 

Le Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires, Jan Egeland, a exhorté aujourd'hui le Conseil de sécurité et la communauté internationale dans son ensemble à prendre ses responsabilités pour protéger les populations civiles du Darfour où 4 millions de personnes ont maintenant besoin d'une assistance humanitaire.

« L'échec du gouvernement soudanais à protéger ses propres citoyens, y compris dans les zones où les rebelles ne sont pas présents, est scandaleux. De même que l'échec de la communauté internationale à assumer ses responsabilités, un an après l'engagement pris par les leaders du monde entier de protéger les civils quand les gouvernements y échouent », a déclaré le Secrétaire général adjoint devant le Conseil de sécurité.

Jan Egeland était venu présenter aux membres du Conseil de sécurité les conclusions de sa visite au Darfour effectuée la semaine dernière pour évaluer la situation sur le terrain, dépêche du 20.11.06.

Alors qu'un accord sur le déploiement d'une mission mixte de l'Union africaine et des Nations Unies semble avoir été conclu jeudi dernier, à l'occasion de la réunion de haut niveau d'Addis-Abeba, le Secrétaire général adjoint a fait état d'un contraste frappant entre la volonté affichée au niveau diplomatique et la réalité qu'il a constatée en personne sur le terrain, souligne un communiqué de l'ONU et une dépêche du 17.11.06.

L'armement des miliciens se poursuit, au mépris des résolutions du Conseil de sécurité, de même que le recrutement d'enfants et d'adolescents dans les camps de personnes déplacées, a affirmé Egeland.

Les attaques et les actes de banditisme commis par les miliciens ont rendu 95% de toutes les routes du Darfour impraticables par les personnels des Nations Unies et des ONG.  Par conséquent, de plus en plus de camps de réfugiés sont coupés d'une assistance véritable, voire de toute assistance, a-t-il expliqué.

« Les forces gouvernementales, les miliciens, les groupes rebelles, et un nombre important de groupes armés tchadiens errent librement à l'intérieur des camps, semant la terreur et la peur », a-t-il encore déploré.

Le Darfour est aujourd'hui le théâtre de la plus vaste opération humanitaire du monde, avec près de 14 000 employés locaux et internationaux déployés dans la région. Ce personnel humanitaire doit faire face aux quatre millions de personnes qui nécessitent aujourd'hui une aide d'urgence dans la région, dont deux millions sont des personnes déplacées.

Les gens y meurent au rythme d'environ 10 000 par mois, toutes causes confondues, y compris des attaques perpétrées par les miliciens, qui répandent la terreur dans les camps et dans les villages.

Si cette opération humanitaire, la plus importante au monde, venait à échouer, la spirale s'aggraverait au-delà de toute mesure, a prévenu Jan Egeland.

Le moratoire sur les restrictions aux opérations humanitaires reste en vigueur au Darfour, et devrait être prolongé, mais n'est absolument pas respecté sur le terrain, a-t-il encore dénoncé.

Jan Egeland avait du écourter sa visite au Darfour, les autorités soudanaises ne l'ayant pas autorisé à y circuler librement. Il lui avait été interdit de se rendre dans quatre des six localités qu'il avait choisies afin d'évaluer en personne la situation humanitaire sur place la dépêche du 17.11.06.

 

Novembre 2006

 

L'Onu accuse le Soudan de renforcer la crise au Darfour

L'Express avec Reuters, 22 novembre 2006

 

Jan Egeland, secrétaire général adjoint de l'Onu chargé des Affaires humanitaires, a accusé mercredi le Soudan d'entraver de manière délibérée les efforts humanitaires au Darfour, d'attaquer des villages et d'armer des milices chargées de combattre les rebelles de cette région de l'ouest du Soudan.

 

Il a invité les membres du Conseil de sécurité à contacter immédiatement les dirigeants soudanais ainsi qu'à exercer des pressions sur les fournisseurs d'armes des rebelles.

"Les prochaines semaines pourraient être décisives pour notre lien vital avec plus de trois millions de personnes", a déclaré Egeland. "Cette période pourrait bien constituer la dernière occasion pour ce Conseil, pour le gouvernement du Soudan, pour l'Union africaine, pour les rebelles et pour chacun d'entre nous d'éviter une catastrophe humanitaire d'une ampleur bien plus grande que celle dont nous sommes d'ores et déjà témoins au Darfour."

De retour du Soudan, le coordonnateur des efforts humanitaires de l'Onu a dénoncé les atrocités commises au Darfour, théâtre d'une escalade des combats, de massacres, de pillages et de viols.

Le conflit qui a éclaté en février 2003 entre des rebelles issus des populations noires et le gouvernement appuyé par des milices arabes a fait plus de 200.000 morts et 2,5 millions de déplacés.

Selon Egeland, quatre millions de personnes ont un besoin urgent d'aide humanitaire. Elles étaient un million deux ans auparavant.

"L'échec est celui du gouvernement dans son absence de volonté de protéger ses propres citoyens plutôt que d'alimenter le conflit, celui des rebelles dans leur refus de se joindre au cessez-le-feu", a dit Egeland.

Ces problèmes sont aggravés par "le mur d'obstacles administratifs que le gouvernement a lentement mais sûrement rebâti à la fois à Khartoum et au Darfour", a-t-il insisté.

 

Novembre 2006

 

Béchir mardi en Libye pour un mini-sommet africain

Le Monde, 21 novembre 2006

 

Le président soudanais Omar el-Béchir se rend mardi à Tripoli pour un sommet avec les chefs d'Etat de Libye, d'Egypte et de Centrafrique, a annoncé l'agence officielle soudanaise Suna.

L'agence, qui n'annonce pas de participation tchadienne, n'a pas précisé les sujets qui seront à l'ordre du jour de ce sommet qui intervient en pleine tension entre le Soudan et ses voisins tchadien et centrafricain.

Auparavant, les médias soudanais avaient indiqué que M. Béchir allait se rendre mardi à Tripoli pour des entretiens les dirigeants libyens sur la tension entre son pays et le Tchad.

La visite a été précédée dimanche par une conversation téléphonique entre M. Béchir et le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi sur "l'application de l'accord de Tripoli sur une normalisation des relations entre le Soudan et le Tchad", a affirmé le quotidien Al-Rai al-Aam.

La tension n'a cessé de monter ces dernières semaines entre Khartoum et N'Djamena qui accuse le Soudan d'implication dans les troubles que connaît l'est du Tchad, limitrophe du Darfour soudanais en guerre civile.

La Libye a repris début novembre sa médiation entre le Tchad et le Soudan. Le régime de Kadhafi avait été l'artisan de la réconciliation, le 8 août, entre les deux voisins, qui s'accusent mutuellement depuis des années de tentatives de déstabilisation.

Les présidents tchadien Idriss Deby Itno et centrafricain François Bozizé ont accusé le Soudan d'avoir agressé leurs pays, après des opérations menées par des rebelles sur leurs territoires. Khartoum a démenti.

Les rebelles tchadiens de l'Union des forces pour la démocratie et le développement (UFDD) ont repris fin octobre leurs opérations contre le régime de N'Djamena en occupant deux villes dans l'est du pays, où de violents combats les ont opposés à l'armée gouvernementale.

En Centrafrique, des rebelles mal identifiés ont pris le 27 octobre la ville de Birao, dans le nord-est du pays, au terme de combats qui ont fait plusieurs morts dans les deux camps.

 

Novembre 2006

 

Le Tchad intervient militairement en Centrafrique

Des « conseillers militaires » français devraient assister l'armée centrafricaine, alliée des troupes de N'Djamena, contre une rébellion installée dans le nord-ouest de la RCA

 

Le Monde, N'Djamena, par Jean-Philippe Rémy, 21-11-2006

 

Nouveau signe de la dimension régionale de la crise qui menace les pays voisins du Darfour, le Tchad s'est lancé dans une intervention militaire en République centrafricaine (RCA). Menacé par une rébellion à ses frontières et confronté à des troubles dans l'Est, le gouvernement tchadien a déjà instauré l'état d'urgence dans sept régions du pays et dans la capitale, N'Djamena, pour la première fois depuis 1963.

Pour expliquer cette mesure, et le déploiement de troupes tchadiennes en Centrafrique, le ministre de la justice, Abderrahmane Djasnabaille, a rappelé, dimanche 19 novembre, que « les intérêts vitaux du Tchad [étaient] menacés » et qu'il lui fallait être « solidaire » de son voisin du Sud.

Cette solidarité relève de l'urgence, alors que des groupes rebelles se sont éta blis dans un chapelet (le points le long des frontières soudanaises, et centrafricaines et menacent d'ouvrir conjointement. plusieurs fronts. En réponse, le Tchad, qui vient de recevoir d'importantes livraisons de matériel militaire, not amment en provenance de Libye, tente donc de reprendre le contrôle de son « ventre mou » et continue d'accuser le Soudan d'être le parrain de ses ennemis.

Plusieurs centaines d'hommes, selon une source militaire tchadienne, sont en cours de déploiement en Centrafrique, appuyés par des véhicules blindés. Parallèlement, des troupes tchadiennes devraient être dirigées vers le No rd-Est pour y attaquer la zone contrôlée l'Union des forces démocratiques pour le rassemblement` (UFDR), en tentant de les prendre en tenaille avec le concours des troupes centrafricaines - globalement passives depuis que l'UFDR a pris le contrôle de la petite ville de Birao et de sa longue piste d'atterrissage, la seule de la région, le 30 octobre - et des troupes de la FOMUC , une force régionale de 380 hommes (Tchad-Gabon-Congo).

La France , liée à la Centrafrique par des accords de défense, devrait appuyer le dispositif tchado-centrafricain en apportant une aide logistique, des éléments de renseignement et, indique-t-on de bonne source à Paris, des « conseillers militaires armés». Leur nombre n'a pas été précisé.

 

Mission de l'ONU

 

Au sein de l'UFDR se trouvent, côte à côte, des Centrafricains et des «libéra teurs » tchadiens ayant combattu aux côtés de l'actuel président, François Bozizé, lorsque celui-ci a pris le pouvoir par les armes, le 15 mars 2003, au terme d'une opération lancée depuis son exil de N'Djamena. Les «  libérateurs » , condottiere jamais récompensés, se sont retournes contre leurs anciens employeurs tchadiens et centrafricains.

La zone qu'ils contrôlent, avec leurs alliés, dans le nord-ouest de la RCA , est donc un corridor que les rebelles tchadiens pourraient emprunter pour attaquer leur pays depuis le Soudan.

C'est dans ce contexte qu'une mission de planification des Nations unies devait arriver au Tchad, mardi, puis se rendre en RCA pour y étudier les conditions d'un éventuel déploiement d'une force internationale. L'idée, développée à l'origine pour assurer la protection des camps de réfugiés soudanais au Tchad, avait été reprise, sur initiative française pour « sauver le soldat Déby », selon une source onusienne, grâce à une extension de la mission des Nations unies au Darfour, destinée à empêcher les chassés-croisés de rebelles dans la région. Mais le gouvernement tchadien a fait savoir qu'il s'opposait à cette idée, lui préférant l'hypothèse du déploiement d'une force tchado-soudanaise à la frontière, dont les effectifs pourraient se monter à 2 000 hommes, en affirmant se refuser à une « intervention étrangère » au Darfour dont la base arrière serait au Tchad, une idée fortement inspirée par la Libye , nouvel allié de N'Djamena.

 

Novembre 2006

 

La terrible responsabilité du gouvernement soudanais,

par Reed Brody et Leslie Lefkow, porte-parole de Human Rights Watch, et chercheuse pour la division Afrique de cette organisation..

 

Le Figaro, 20 novembre 2006

 

« Les intérêts pétroliers chinois au Soudan, les ventes d'armes russes à Khartoum, la solidarité panarabique expliquent la mollesse de l'ONU ».

 

Djebel Mun, Bandikao, Sirba. Des attaques brutales contre ces localités viennent s'ajouter au carnage en cours au Darfour et au Tchad.

Le 29 octobre, plus de 50 personnes, dont 26 enfants, ont été tuées à Djebel Mun, dans l'ouest du Darfour, par les milices janjawids soutenues par Khartoum. Le 4 novembre, une attaque lancée contre le village tchadien de Bindakao par des nomades tchadiens a fait 57 victimes. Le 11 novembre, 70 personnes ont péri ou ont été blessées à Sirba, dans l'ouest du Darfour, victimes « d'éléments supposés être des janjawids », selon les termes mêmes de l'Union africaine.

Ces massacres visaient des ethnies différentes des deux côtés de la frontière entre le Tchad et le Soudan et leurs responsables n'agissaient pas de concert. Pourtant, une donnée les unit : ils ont tous été rendus possibles par l'absence criante d'action de la communauté internationale pour protéger des populations cibles d'agressions délibérées (dans le cas du Darfour) ou carrément abandonnées (dans le cas du Tchad) par leurs propres gouvernements.

Depuis plus de trois ans, hélas, le conflit au Darfour con­tinue de voir se perpétrer certaines des pires atrocités de notre époque. On assiste en outre à la prolifération d'affrontements entre des groupes armés alliés à N'Djamena et à Khartoum autour d'une zone frontalière désormais de plus en plus instable.

Les victimes de ces dernières attaques viennent s'ajouter aux 200 000 personnes qui ont déjà péri dans le conflit. Les survivants s'ajoutent, eux, aux plus de deux millions de personnes déplacées dépendantes de l'aide humanitaire internationale, aide dont l'acheminement est de plus en plus précaire du fait des risques et obstacles croissants que rencontrent les organismes humanitaires dans la région. Plus d'une dizaine de travailleurs humanitaires ont en effet été tués au Darfour cette année. De même, les organisations présentes dans la région sont aujourd'hui confrontées au barrage du gouvernement soudanais, mélange de harcèlement, d'intimidation et d'obstruction bureaucratique.

La responsabilité de cette terrible situation incombe bien sûr, en premier lieu, au gouvernement soudanais qui a armé les janjawids et a poursuivi une campagne d'agression contre certaines populations civiles, campagne fondée sur l'appartenance ethnique. Mais il est clair que ce sont les divisions au sein de la communauté internationale et son manque de volonté politique qui permettent aujourd'hui à Khartoum de continuer de perpétrer ces crimes en toute impunité, au vu et au su du monde entier.

Les intérêts pétroliers chinois au Soudan, les ventes d'armes russes à Khartoum, la solidarité panarabique - tout cela explique pourquoi les États membres de l'ONU n'ont pas fait fermement pression sur le gouvernement soudanais.

Les civils tchadiens voient maintenant ce même cauchemar arriver à leur porte, et ils sont inquiets. Ils sont au moins 70 000 à avoir déjà fui la région est du Tchad cette année, à cause des attaques de plus en plus nombreuses des milices soudanaises et tchadiennes. Et si le débordement du Darfour n'est qu'un des facteurs de la situation politique instable du Tchad, il est clair que les ingérences militaires et politiques des acteurs du conflit du Darfour attisent des tensions déjà latentes au Tchad.

En août, après deux années de paroles et peu d'actes, le Conseil de sécurité de l'ONU a autorisé le déploiement de plus de 20 000 hommes pour remplacer les 7 000 membres mal équipés et débordés de la force de l'Union africaine au Darfour. Le Conseil de sécurité a donné à la force de l'ONU un mandat fort de protection des civils, mais a conditionné le déploiement au consentement soudanais. Or, comme c'était à prévoir, la Chine , la Russie et le Qatar se sont abstenus de voter, et le gouvernement soudanais a immédiatement rejeté la force, tout comme il avait rejeté toute tentative de mettre fin aux exactions commises au Darfour.

Après trois mois de négociations infructueuses, et alors que le gouvernement soudanais accélérait son offensive militaire au Darfour, l'ONU a convoqué, le 16 novembre dernier, des pourparlers à Addis-Abeba afin de discuter d'une nouvelle force « hybride » UA-ONU. Le résultat des pourparlers n'est pas encore clair mais si une force doit être efficace, elle doit se déployer immédiatement avec des troupes et une puissance militaire suffisantes, ainsi qu'un mandat fort pour protéger les civils et pour contrôler et faire appliquer l'embargo sur les armes au Darfour.

La France et d'autres nations clés doivent accroître les pressions sur Khartoum, non seulement pour faire accepter les troupes de l'ONU, mais aussi pour trouver une solution politique durable au conflit, y compris avec le Tchad, et ainsi mettre un terme à la manipulation des tensions ethniques faite par le gouvernement soudanais. Le but est, in fine, d'assurer un environnement sûr pour que les personnes déplacées puissent rentrer chez elles.

Tous ces objectifs exigent davantage qu'une force internationale : ils exigent une pression unifiée et soutenue face à l'intransigeance de Khartoum. Cette pression doit comprendre le recours à des sanctions ciblées, comprenant le gel des avoirs et des interdictions de voyager contre le président Omar al-Bashir et son c