Le Soudan dans la Presse

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2006

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2005

1er semestre

2ème semestre


janvier 2006

FAO
30 janvier 2006
Soudan: 40 millions de dollars pour le relèvement agricole
ONU
27 janvier 2006
Darfour : le Secrétaire général de l’ONU appelle toutes les parties à cesser les hostilités
ONU
27 janvier 2006
Aucune amélioration de la situation des droits de l’homme au Soudan, selon le rapport du HCDH
Libération
26 janvier 2006
Le président tchadien ne lâche pas prise
Isolé, affaibli, Déby multiplie pourtant les bras de fer avec le Soudan, la Banque mondiale...
ONU
25 janvier 2006
Darfour : le Conseil de sécurité sur la sellette affirme Kofi Annan

Afrique Centrale info
24 janvier 2006

Peu de chances que le Soudan obtienne la présidence en 2007 (US)
ONU
24 janvier 2006
Conseil de Sécurité : Le Darfour au bord d’une véritable catastrophe, prévient Antonio Guterres
Wachington file
13 janvier 2006
Les Nations unies évoquent l'aggravation de la situation au Darfour
La Croix
24 janvier 2006
L’Union africaine se cherche un président à Khartoum
Afrique Centrale Info
24 janvier 2006
Sassou président !
Afrique Centrale Info
24 janvier 2006
Peu de chances que le Soudan obtienne la présidence en 2007 (US)
Le Figaro
23 janvier 2006
L'Union africaine joue sa crédibilité au Soudan

L'Express
22 janvier 2006

Le Soudan veut présider l'Union africaine au sommet de Khartoum
BBC Afrique
22 janvier 2006
Soudan: Khartoum veut présenter un visage souriant
Afrique Centrale Info
22 janvier 2006
Omar el-Béchir joue la modestie
Le Monde
22 janvier 2006
Lettre ouverte au président de l’Union africaine

Angola Press
20 janvier 2006

La Banque mondiale encourage l`investissement au Sud Soudan
Human rights watch
19 janvier 2006
Note d'information à l'intention des Etats membres de l'Union africaine
Xinhuanet
19 janvier 2006
L'Union africaine déçue par la lenteur des progrès dans les pourparlers sur le Darfour
CECC
19 janvier 2006
Canada: Appel des responsables religieux en faveur du Soudan
Al Ahram
18 janvier 2006
Soudan . L'Union africaine, ... appelle l'Onu au secours
Jeune Afrique
17 janvier 2006
La DA s'oppose à l'accession du Soudan à la présidence de l'UA
All Africa
17 janvier 2006
Un accord historique ouvre la voie aux retours organisés vers le Sud-Soudan
Jeune Afrique
16 janvier 2006
Sommet de Khartoum : les Soudanais privés de pub
Le Monde
15 janvier 2006
Le calvaire des Soudanais du Caire continue, selon une note de l'ONU
Jeune Afrique
15 janvier 2006
Quel président pour l'UA ?

Le Figaro
13 janvier 2006

Revenus pétroliers tchadiens
Le Figaro
13 janvier 2006
Offensive de l'armée soudanaise contre des rebelles
Le Figaro
13 janvier 2006
Tchad : Idriss Déby de plus en plus fragilisé
Xinhuanet
13 janvier 2006
L'ONU discute de son éventuelle participation au maintien de la paix au Darfour
Jeune Afrique
12 janvier 2006
L'UA se félicite du rôle des femmes dans la paix au Darfour
Jeune Afrique
12 janvier 2006
La mission de l'UA au Darfour confrontée à un besoin d'argent
IRIN
10 janvier 2006
Les pourparlers de paix du Darfour s’enlisent
Jeune Afrique
10 janvier 2006
Darfour : l'ONU appelle à accélérer les négociations de paix
La Croix
10 janvier 2006
Salva Kiir : en panne de stratégie au sud du Soudan
Le monde
09 janvier 2006
Fuir le Soudan pour mourir en Egypte
Le Monde
09 janvier 2006
A Genève l’embarras du HCR, après la tragédie des réfugiés soudanais au Caire le 30 décembre 2005
L'Humanité
09 janvier 2006
La paix au Soudan, un an après
Jeune Afrique
08 janvier 2006
Bilan : Que reste-t-il de l’accord de paix signé à Nairobi en janvier 2005 ?
Jeune Afrique
08 janvier 2006
Tchad – Soudan : Ces dictateurs qui nous fatiguent
Jeune Afrique
08 janvier 2006
Frères ennemis
L'Express
05 janvier 2006
La guerre civile menace l'Est du Soudan, selon un rapport du ICG
Le Figaro
05 janvier 2006
L’Egypte durcit le ton contre les réfugiés soudanais
Jeune Afrique
05 janvier 2006
Les chefs d'Etat de la CEMAC solidaires du Tchad
ONU
05 janvier 2006
Soudan : l'insécurité menace l'application des accords de paix
La Croix
04 janvier 2006
La tension monte entre le Tchad et le Soudan
Xinhua net
03 janvier 2006
L'UA compte convoquer une réunion d'urgence spéciale sur la crise Tchad-Soudan
Tchad Info
03 janvier 2006
Soudan: Le Gouvernement tchadien accuse le Soudan de vouloir embraser la sous-région à partir du Tchad
Jeune Afrique
02 janvier 2006
Obasanjo convoque un mini sommet sur la crise Tchado-soudanaise
Jeune Afrique
01 janvier 2006
Darfour: le président Obasanjo reçoit le médiateur en chef de l'UA
Le Monde
01 janvier 2006
Au Caire, l’évacuation forcée de réfugiés soudanais tourne à la tragédie.
Xinhuanet
01 janvier 2006
Un émissaire de l'UA consulte le Nigeria sur les négociations de paix au Darfour
L'Express
01 janvier 2006

Le Soudan célèbre 50 ans d'indépendance malgré ses déchirements

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Soudan: 40 millions de dollars pour le relèvement agricole

Conditions d’une paix durable: aide humanitaire et développement à long terme

30 janvier 2006, Rome – La FAO a lancé un appel aujourd’hui pour 40 millions de dollars en faveur des activités de secours et de relèvement agricoles au Soudan en 2006, soulignant que l’aide humanitaire doit être associée à une assistance au développement à plus long terme si l’on veut garantir une paix durable dans le pays.
L’appel fait partie du Plan de travail 2006 pour le Soudan, qui énonce les activités à entreprendre par l’ONU et ses partenaires dans le pays durant l’année.

Soutien à l’agriculture
“ Le rôle de la FAO est particulièrement crucial vu l’importance de l’agriculture dans le pays”, souligne Mme Anne M. Bauer, Directrice de la Division FAO des Opérations d’urgence et de la réhabilitation.
L’agriculture demeure le pilier de l’économie soudanaise, assurant 45 pour cent du PIB. Quelque 87 pour cent de la population - dont la grande majorité pratique l’agriculture de subsistance dans des systèmes pluviaux traditionnels vulnérables à la sécheresse et aux ennemis des cultures - dépendent de l’agriculture pour leur sécurité alimentaire et leurs moyens d’existence.
“ Des décennies d’insécurité et le manque d’accès aux services sociaux de base ont affaibli les moyens d’existence, accru les niveaux de pauvreté, réduit les opportunités économiques et éducatives et entraîné des taux élevés de malnutrition”, indique Mme Bauer.
“ Il est fondamental d’aider les rapatriés à se réinstaller sur leurs terres. Il faut leur garantir du matériel et des services adéquats pour la reprise de leurs activités, qu’il s’agisse d’agriculture, d’élevage ou de pêche.”

Assurer une paix durable
En dépit des progrès accomplis en 2005, dont un accord de paix qui a mis fin à plus de 20 ans de guerre civile, les besoins humanitaires du Soudan pour 2006 sont énormes.
Compte tenu du conflit en cours au Darfour, du risque d’une mauvaise récolte dans certaines parties de Bahr el Ghazal et du Nil Supérieur, du retour de centaines de milliers de Soudanais déplacés et d’autres besoins humanitaires, les secours sont primordiaux pour alléger les souffrances du peuple soudanais.
Cette année, la FAO et ses partenaires fourniront des secours à 5,52 millions de personnes dans tout le pays, dont 2,5 millions au Darfour et 680 000 rapatriés du conflit Nord-Sud. Ils poursuivront leur aide dans d’autres zones sortant de décennies de combats.
L’aide humanitaire proposée par la FAO pour le Soudan en 2006 comprend la distribution de semences et d’outils, de matériel de pêche et de médicaments vétérinaires à des centaines de milliers de familles agricoles vulnérables, en particulier des rapatriés et des personnes déplacées à l’intérieur du pays, ainsi que la coordination générale de l’assistance agricole dans le pays.
“ L’octroi de fonds dans les plus brefs délais est essentiel pour lancer les activités à temps”, affirme Mme Bauer.

L’aide humanitaire ne suffit pas à elle seule
Mais, ajoute-t-elle, l’aide humanitaire à elle seule n’est pas suffisante pour asseoir le développement dont dépendra une paix durable.
“ La FAO et ses partenaires doivent mettre à profit l’aide humanitaire pour lancer un processus de développement à long terme, capital pour l’avenir du Soudan”, fait-elle remarquer.
Dans le secteur agricole, ceci comporte l’introduction de nouvelles techniques, notamment la formation à des méthodologies améliorées de livraison de services communautaires de santé animale, d’agro-alimentaire et de multiplication locale des semences.
Le soutien au régime foncier est un autre thème important, car les différends sur la terre et les droits de propriété sont une cause fondamentale de conflits dans le pays. La FAO s’efforce de mobiliser des fonds pour aider le Gouvernement à tous les niveaux à promouvoir une gestion des terres à long terme, responsable et décentralisée.
En outre, l’accent doit être mis sur le renforcement des capacités opérationnelles du Ministère de l’agriculture et des ressources animales.
“ Les programmes de la FAO se concentrent non seulement sur la fourniture de biens matériels mais aussi sur le renforcement des connaissances et des aptitudes des populations vulnérables afin qu’elles soient en mesure de mieux affronter les chocs futurs”, selon Mme Bauer.

Contact:
Teresa Buerkle - Relations médias, FAO
teresamarie.buerkle@fao.org
(+39) 06 570 56146 - (+39) 348 14 16 671

Janvier 2006

Darfour : le Secrétaire général de l’ONU appelle toutes les parties à cesser les hostilités

Nations Unies, New York, 27 janvier 2006

Préoccupé par le regain considérable de violence dans la région de Jebel Marra, au Darfour, en particulier par les violents combats observés dans les zones de Golo et de Shearia, le Secrétaire général a appelé toutes les parties à cesser immédiatement les hostilités.
« Le Secrétaire général est profondément préoccupé par le regain considérable de violence dans la région de Jebel Marra, au Darfour, en particulier par les violents combats observés dans les zones de Golo et de Shearia, qui ont contraint les agences humanitaires à quitter les lieux », indique un message transmis aujourd'hui par son porte-parole.
Dans son message, le Secrétaire général a aussi condamné « l'attaque perpétrée à Golo par les forces de l'Armée de libération du Soudan et appelle toutes les parties à cesser immédiatement les hostilités ».
Il a enfin réitéré « son appel à toutes les parties au conflit pour qu'elles respectent les accords et les dispositions du droit humanitaire international ».
« Seul un règlement négocié permettra de trouver une solution durable à ce conflit », a insisté le Secrétaire général.
Dans une tribune publiée hier dans le « Washington Post », le Secrétaire général affirmait que la dégradation de la situation au Darfour est telle que le passage d'une force de l'Union africaine à une opération des Nations Unies est désormais inévitable.
Kofi Annan appelait le Conseil de sécurité, jugé « sur la sellette », à « rapidement prendre une décision ferme » (voir notre dépêche du 25 janvier 2006.

Janvier 2006

Aucune amélioration de la situation des droits de l’homme au Soudan, selon le rapport du HCDH

Nations Unies, New York, 27janvier 2006

Un an après la signature de l'Accord de paix global entre le gouvernement soudanais et les rebelles sudistes qui devait garantir les libertés fondamentales, la situation des droits de l'homme ne s'est pas améliorée au Soudan, a dénoncé le Haut Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme (HCDH) dans un rapport publié aujourd'hui.
« Les efforts destinés à améliorer la situation des droits de l'homme au Soudan restent éloignés des engagements pris, à la suite de la signature, il y a un an, de l'accord de paix », a estimé aujourd'hui le HCDH, dans un communiqué publié à Genève, à l'occasion de la parution d'un rapport sur l'évolution de la situation des droits de l'homme au cours des six derniers mois.
« Les efforts destinés à améliorer la situation sur le terrain restent éloignés des espoirs soulevés. Même si certaines réformes requièrent encore du temps pour être appliquées et pourront apporter des changements positifs dans un futur proche, d'autres initiatives n'ont été que superficiellement mises en oeuvre et de manière inadéquate », déplore le HCDH.
« Ceci est particulièrement vrai au Darfour, souligne le Haut Commissariat, où l'Accord de paix global, la constitution intérimaire et d'autres mesures politiques positives ont été ombragées par un système judiciaire inefficace, un conflit qui se poursuit et les nombreuses violations des droits l'homme ».
« A Khartoum, les allégations de torture par la Sécurité nationale, les Services de renseignement militaires les fonctionnaires de police ont été rapportés », accuse encore le rapport.
« L'absence de garanties de procès justes aussi bien que les conditions de détention inhumaines sont source de graves préoccupations », ajoute le communiqué.
Les conclusions du rapport sont basées sur des enquêtes menées sur le terrain et des informations collectées auprès des victimes, des témoins et des autorités gouvernementales.
Le rapport contient des recommandations pour « aider le gouvernement du Soudan à mettre fin à la culture de l'impunité qui règne dans le pays » et notamment à « mettre en place un système judiciaire à la fois suffisamment financé et véritablement réformé ».
Le HCDH appelle aussi le gouvernement soudanais « à cesser les attaques contre les civils » dans la région du Darfour et « à désarmer les milices » janjaouites qui commettent les pires atrocités.
Dans une tribune publiée mercredi dans le « Washington Post », le Secrétaire général affirmait que la dégradation de la situation au Darfour est telle que le passage d'une force de l'Union africaine à une opération des Nations Unies est désormais inévitable.
Kofi Annan appelait le Conseil de sécurité, jugé « sur la sellette », à « rapidement prendre une décision ferme » (dépêche du 25 janvier 2006).
Notre stratégie de paix a échoué au Darfour », avait affirmé, le 13 janvier dernier, le représentant spécial du Secrétaire général pour le Soudan, Jan Pronk.
Devant le Conseil de sécurité, Jan Pronk plaidait aussi pour le déploiement d'une force « beaucoup plus importante » dans la région du Darfour, qui serait « en mesure de prévenir les attaques contre les civils et de désarmer les milices janjaouites » (voir notre dépêche du 13 janvier 2006)
L'Accord de paix global, qui mettait fin à 21 de guerre civile entre le gouvernement et la rébellion sudiste, avait été signé le 9 janvier 20005 à Nairobi. La guerre civile a fait au total 1,5 millions de morts.

Janvier 2006

Le président tchadien ne lâche pas prise
Isolé, affaibli, Déby multiplie pourtant les bras de fer avec le Soudan, la Banque mondiale...

Libération, 26 janvier 2006, par Stéphanie Braquehais

N'Djamena de notre correspondante


« J'ai peur que nos frères refusent de se battre pour Déby.» Cet ancien compagnon de route du président tchadien est un colonel désabusé sur le régime d'Idriss Déby. Ses craintes reflètent l'atmosphère de tension et d'incertitude qui règne depuis plusieurs mois dans le pays. Confronté à une dizaine de mouvements rebelles installés à la frontière avec le Soudan, le président tchadien, arrivé au pouvoir en 1990 après avoir chassé Hissène Habré, paraît plus isolé que jamais.
«Idriss Déby a été trahi par ses plus proches parents, des éléments de son propre clan qui cherchent à le renverser, analyse un diplomate. Le roi est nu.» Depuis octobre, des désertions en série au sein de l'armée ont accompagné l'entrée en rébellion de plusieurs têtes pensantes du régime, telles que les frères Erdimi, anciens directeurs de cabinet civils à la présidence. «Ils ont bâti le régime actuel, en ont profité et réclament maintenant au Président une part encore plus grande du gâteau», poursuit-il.

«Rien à perdre.»
Lâché par son clan, acculé de toutes parts, y compris sur le plan social tant les caisses de l'Etat sont vides, gravement malade, «Déby n'a plus rien à perdre et ira jusqu'au bout pour sauver son régime», estiment plusieurs observateurs. Il s'est lancé dans une série de bras de fer risqués. Sur le plan international, il accuse le Soudan d'abriter les rebelles tchadiens au Darfour et de les armer, afin de mobiliser la communauté internationale non sur un péril intérieur mais sur un conflit entre deux pays. De son côté, il a parrainé la réconciliation des deux mouvements rebelles du Darfour, brouillés de longue date.
Le président tchadien entend aussi jouer sur la division des opposants. Chaque mouvement est fondé sur une communauté ethnique qui rend peu probable une union durable entre Arabes, Zaghawas, Toubous au nord, et Saras au Sud. Pour beaucoup, le péril le plus probable se situe en réalité du côté de ses propres parents, ceux qui l'entourent et qui n'ont pas encore quitté le pays. «Seuls des Zaghawas peuvent prendre le risque de s'en prendre à sa personne pour précipiter les événements», lâche un opposant.
Autre bras de fer d'envergure, le clash avec la Banque mondiale sur le pétrole. Paul Wolfowitz, son président, a décrété le gel de tous les programmes, pour un montant de 124 millions de dollars, estimant que le Tchad n'avait pas respecté ses engagements sur la gestion des revenus, en modifiant une loi qui devait servir de modèle. Le Tchad était en effet le premier pays à devoir gérer ses revenus dans la transparence.
Au moment où les mouvements sociaux se multiplient, à cause des arriérés de salaires et de pensions, Déby a tout intérêt à se poser en victime de la Banque mondiale. De l'avis unanime, la sanction est très sévère pour le Tchad au regard des sommes en jeu.

Guerre civile.
Si Déby joue son va-tout, c'est aussi parce qu'il est considéré par beaucoup, notamment la France, comme le seul capable de tenir encore le pays et de lui éviter une sanglante guerre civile. Lors de son passage, le chef d'état-major français Henri Bentégeat a déclaré que Paris s'opposait à une «prise de pouvoir par les armes». Le dispositif Epervier, qui compte plus d'un millier d'hommes au Tchad, a été renforcé. Matériel, renseignement aérien, soutien logistique, les soldats français sont très présents à l'est du pays, avec un détachement important à Abéché, ultime place forte avant N'Djamena. «Cet appui sans condition à Déby est une manière de choisir son camp et ne pas risquer de s'embourber comme en Côte-d'Ivoire», observe un spécialiste.

Janvier 2006

Darfour : le Conseil de sécurité sur la sellette affirme Kofi Annan

Nations Unies, New York,25 Janvier 2006

La dégradation de la situation au Darfour est telle que le passage d'une force de l'Union africaine à une opération des Nations Unies est désormais inévitable, affirme aujourd'hui le Secrétaire général dans une tribune au Washington Post où il appelle le Conseil de sécurité à « rapidement prendre une décision ferme ».
« Je voudrais pouvoir dire aujourd'hui que tous les efforts accomplis [.] ont porté leurs fruits, que le Darfour est en paix et sur la voie du relèvement ». « Hélas, il n'en est rien », déclare le Secrétaire général dans une tribune sur la situation au Darfour, publiée aujourd'hui dans le quotidien américain « The Washington Post ».
« Dans beaucoup de parties du Darfour, les meurtres et les viols continuent et les gens fuient par milliers. Il y a aujourd'hui 2 millions de déplacés et 3 millions de personnes, soit la moitié de la population du Darfour, ne survivent que grâce à l'aide internationale. Bien des endroits deviennent trop dangereux pour que les agents humanitaires puissent s'y aventurer », rappelle Kofi Annan.
« Les pourparlers de paix sont encore loin d'aboutir. Le Tchad a accusé le Soudan d'armer des rebelles sur son territoire et les combats menacent de s'y étendre », prévient-il.
« Malgré un manque chronique de fonds, les troupes de l'Union africaine sur le terrain font tout leur possible. La population se sent plus en sécurité quand elles sont présentes », rapporte-t-il.
« Mais, déplore le Secrétaire général, elles sont trop peu nombreuses - 5.000 soldats et 2.000 policiers et observateurs militaires pour un territoire de la taille du Texas. Elles n'ont ni le matériel, ni le mandat qu'il leur faudrait pour protéger les gens qui sont en danger ou faire appliquer un cessez-le-feu que les rebelles, les Janjaouid et les forces gouvernementales soudanaises enfreignent désormais régulièrement ».
« Le Conseil de sécurité se trouve ainsi mis sur la sellette. La Charte des Nations Unies lui attribue la principale responsabilité du maintien de la paix et de la sécurité internationales », souligne Kofi Annan.
« Qui plus est, en septembre dernier, tous les membres de l'Organisation ont, pour la première fois, reconnu l'existence d'une responsabilité de protéger les populations contre le génocide, le nettoyage ethnique, les crimes de guerre et les crimes contre l'humanité, s'engageant par la même occasion à agir, par l'intermédiaire du Conseil, quand les autorités nationales ne le font pas », rappelle-t-il (voir notre dépêche du 17 septembre 2005).
« Le passage d'une force de l'Union africaine à une opération des Nations Unies au Darfour est désormais inévitable. Pour que la transition se déroule bien, le Conseil de sécurité doit rapidement prendre une décision ferme », estime-t-il.
« Cela étant dit, il ne faudrait surtout pas s'imaginer qu'il suffira, pour régler la crise, de placer l'actuelle mission de l'Union africaine sous le drapeau de l'ONU », prévient le Secrétaire général.
« La nouvelle opération devra avoir un mandat clair et vigoureux qui l'autorise à protéger ceux qui sont en danger, en recourant à la force si nécessaire, et disposer des moyens de le faire. Il faudra donc qu'elle soit plus étoffée, plus mobile et nettement mieux équipée que la MUAS. Les pays qui ont les moyens militaires nécessaires doivent être prêts à les déployer », explique Kofi Anann.
« Il faudrait des mois à l'ONU pour déployer une telle opération. En attendant, la mission de l'Union africaine doit être maintenue et renforcée. Il ne peut absolument pas y avoir de solution de continuité, ni d'affaiblissement de la force actuelle. En mai de l'année dernière, l'Union africaine et l'ONU ont organisé une conférence à Addis-Abeba afin de réunir des fonds et des moyens logistiques pour la MUAS. Une conférence de suivi est prévue pour le 20 février », précise-t-il.
L'opération de secours doit également se poursuivre, à grande échelle, et les fonds nécessaires doivent être dégagés pour que les habitants du Darfour continuent de recevoir de l'eau salubre, des vivres et d'autres articles de première nécessité, affirme le Secrétaire général.
Enfin, et surtout, « des pressions plus fortes doivent être exercées sur les parties -- les groupes rebelles autant que le gouvernement -- pour qu'elles respectent le cessez-le-feu et s'engagent à participer aux pourparlers d'Abuja avec un réel sens de l'urgence », ajoute Kofi Annn.
« Les atermoiements actuels sont inacceptables. Ils coûtent des vies chaque jour. Les négociateurs ont une responsabilité personnelle qu'il convient de leur rappeler », insiste-t-il.
« Ce qui est clair, c'est que dans le meilleur des cas, la force qui sera envoyée au Darfour, quelle qu'elle soit, n'offrira qu'une sécurité temporaire aux habitants de la région. Seul un accord politique entre leurs dirigeants pourra leur apporter la sécurité à long terme et donner aux 2 millions d'entre eux qui ont dû chercher refuge ailleurs la possibilité de rentrer chez eux», conclut-il.
Hier, le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, António Guterres, a prévenu le Conseil de sécurité de l'imminence d'une « catastrophe encore bien plus grande » au Darfour, si des mesures énergiques n'étaient pas prises rapidement par la communauté internationale.
António Guterres a appelé au renforcement immédiat du soutien aux forces de l'Union africaine et à une pression politique accrue pour parvenir à un accord de paix dans le cadre des pourparlers d'Abuja (voir notre dépêche du 24 janvier 2006).
« Notre stratégie de paix a échoué au Darfour », a affirmé, le 13 janvier dernier, le représentant spécial du Secrétaire général pour le Soudan, Jan Pronk.
Devant le Conseil de sécurité, Jan Pronk a plaidé pour le déploiement d'une force « beaucoup plus importante » dans la région, qui serait « en mesure de prévenir les attaques contre les civils et de désarmer les milices janjaouites », responsables des pires atrocités (voir notre dépêche du 13 janvier 2006).

Janvier 2006

Peu de chances que le Soudan obtienne la présidence en 2007 (US)

Afrique Centrale Info, 24 janvier 2006

Le Soudan ne devrait pas présider l'Union africaine (UA) en 2007 à moins qu'il ne mette fin à la guerre dans sa province du Darfour (ouest), a déclaré mardi à Khartoum une responsable du gouvernement américain.
Les dirigeants africains ont finalement désigné mardi le Congo, au dernier jour du sommet de Khartoum, pour diriger l'UA cette année, s'engageant toutefois à en confier pour 2007 la direction au Soudan, dont la candidature était très controversée.
" Nous espérons voir une amélioration de la situation au Darfour, qu'il y ait un accord de paix, cette décision aujourd'hui (sur la présidence de l'UA) pourrait créer une opportunité pour que cela ait lieu," a déclaré la secrétaire d'Etat adjointe aux Affaires africaines, Jendayi Frazer (premier plan sur la photo).
" Si cela continue comme maintenant, en 2007 je doute très sérieusement que le Soudan puisse être président de l'UA," a poursuivi la principale conseillère du président George Bush pour les affaires africaines.
La candidature du Soudan à la présidence de l'organisation des 53 pays africains a échoué en raison du conflit au Darfour, où l'UA a déployé une force de paix de 7000 hommes sans parvenir à mettre un terme à un conflit qui a causé de 180.000 à 300.000 morts depuis 2003.
Mme Frazer a salué la nomination du président congolais, Denis Sassou Nguesso comme président en exercice pour 2006 comme une "très bonne chose pour l'UA".
Lors d'une rencontre avec le nouveau président de l'UA, elle a indiqué l'avoir assuré du "soutien américain pour l'UA".

Janvier 2006

Conseil de Sécurité : Le Darfour au bord d’une véritable catastrophe, prévient Antonio Guterres

New York, Jan 24 2006

Le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, António Guterres, a prévenu aujourd'hui le Conseil de sécurité de l'imminence d'une «catastrophe encore bien plus grande», si des mesures énergiques n'étaient pas prises rapidement par la communauté internationale, dans la région du Darfour au Soudan.
« La violence et le sentiment d'impunité - jamais complètement tenus en échec - règnent de nouveau au Darfour. Les travailleurs humanitaires voient leur accès aux personnes déplacées et à ceux qu'ils tentent d'aider régulièrement interrompu», a déclaré aujourd'hui António Guterres, directeur du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés lors d'une séance publique du Conseil de sécurité.
L'insécurité s'est maintenant étendue par delà la frontière avec le Tchad. Vendredi dernier, des rebelles armés ont ainsi kidnappé plusieurs représentants gouvernementaux et attaqué le village de Guéréda, où l'agence des Nations Unies pour les réfugiés s'occupe de plus de 25.000 réfugiés soudanais, a rappelé António Guterres.
« La situation des réfugiés au Tchad et au Soudan est probablement la plus grave et la plus complexe des crises humanitaires dans le monde », a-t-il affirmé.
Quelque 200.000 réfugiés soudanais se trouvent actuellement au Tchad après avoir fui les affrontements au Darfour.
« La communauté internationale pourrait être confrontée à une catastrophe au Darfour», a prévenu le Haut Commissaire. «L'éviter nécessitera des mesures énergiques et l'engagement total de l'Union africaine et des Nations Unies. Si nous échouons - si aucune protection physique n'est garantie à ceux qui ont besoin d'aide - nous prenons le risque d'une catastrophe bien plus grande que ce que nous avons vu jusqu'à présent», a-t-il affirmé.
António Guterres a réclamé en conséquence, lors d'une conférence de presse à l'issue de la séance du Conseil de sécurité, un renforcement immédiat du soutien aux forces de l'Union africaine et une pression politique accrue pour parvenir à un accord de paix dans le cadre des pourparlers d'Abuja.
Estimant que « notre stratégie de paix a échoué au Darfour », Jan Pronk, Représentant spécial du Secrétaire général pour le Soudan, avait plaidé, le 13 janvier dernier devant le Conseil de sécurité, pour le déploiement d'une force « beaucoup plus importante » dans la région, qui serait « en mesure de prévenir les attaques contre les civils et de désarmer les milices janjaouites », responsables des pires atrocités.
António Guterres a ajouté devant le Conseil qu'il était convaincu que la situation à l'est du Soudan, bien que largement passée sous silence, se «dégradait régulièrement», elle aussi.
Le Haut Commissaire a prévenu que les derniers développements sur place étaient étroitement liés à la situation tendue entre l'Ethiopie et l'Erythrée voisines. Au cours de la dernière année, plusieurs milliers de nouveaux réfugiés érythréens ont fui vers le Soudan et l'Ethiopie, a-t-il indiqué, ajoutant que « toute détérioration des relations entres ces deux [pays] présentait un risque réel de déplacement massif de populations ».
António Guterres a aussi exprimé son inquiétude quant à la situation au Sud- Soudan, où un accord de paix a été signé il y a un an. Bien que des dizaines de milliers de réfugiés et de déplacés internes aient commencé à rentrer, la situation reste « fragile », a-t-il dit.
Si les réfugiés ont exprimé en masse leur désir de rentrer chez eux, «au Sud Soudan, il n'existe que 14 kilomètres de route goudronnée, presque aucune école et aucun hôpital et l'administration publique est extrêmement rare sur le terrain» a-t-il souligné, appelant à la mise en place immédiate d'un «soutien économique et politique massif - sans attendre que chaque chose soit mise en place et que toutes les conditions réglementaires soient remplies ».
Le Haut Commissaire a par ailleurs passé en revue la situation en République démocratique du Congo (RDC), d'où se sont enfuies près de 20.000 personnes pour traverser la frontière ougandaise la semaine dernière, en Côte d'Ivoire, où les bureaux du HCR ont été attaquées la semaine passée et, enfin, en République centrafricaine, où la prolifération de bandes armées et l'état général d'anarchie au nord ont forcé des milliers de personnes à s'enfuir au Tchad ou au Cameroun.
L'incapacité d'assurer une transition sans heurt pour passer de l'urgence au développement «figure parmi les échecs les plus récurrents de la communauté internationale», a rappelé en outre António Guterres, qui a salué la décision récente de créer une Commission de consolidation de la paix, indiquant qu'il s'agissait de l'un des événements les « plus marquants» de 2005.
« Trop peu de l'attention et des ressources de la communauté internationale sont généralement allouées à la reconstruction des sociétés qui ont été dévastées par la guerre et la violence », a-t-il fait remarquer.
Le Haut Commissaire a enfin appelé à la protection du droit d'asile, face aux maux du populisme et de l'intolérance et réclamé des mesures énergiques et concertées contre la traite d'êtres humains et les passeurs.
« L'intolérance promue par le populisme, tant en politique que dans les médias, conduit le public à voir le terrorisme, les problèmes de sécurité et les questions d'asile et de migration comme étant parallèles », a-t-il déploré.
Il s'agit là de l'un des plus importants défis auxquels est aujourd'hui confronté le HCR, a-t-il conclu.

Janvier 2006

Les Nations unies évoquent l'aggravation de la situation au Darfour


L'amélioration de la sécurité y est impérative, affirme le secrétaire général.

Par Judy Aita , Correspondante du « Washington File »

La détérioration de la situation au Darfour a une fois de plus été placée en priorité à l'ordre du jour international alors que le Conseil de sécurité de l'ONU, le secrétaire général, M. Kofi Annan, et l'Union africaine se penchent sur les moyens de protéger et de secourir les quelque 3 millions de personnes piégées par les combats incessants entre les rebelles et les forces parrainées par le gouvernement.
Les assassinats, les viols et l'insécurité générale au sein de la population de civils déplacés se poursuivent, a indiqué M. Annan, et la situation a obligé les Nations unies à retirer de la région certains de ses effectifs et coupé l'accès de l'ONU à bien des gens dans le besoin.
« Il n'y a pas très longtemps, nous donnions à manger à un million de personnes et les yeux du monde entier étaient fixés sur la situation ; aujourd'hui, nous donnons à manger à trois millions de personnes, risquons d'avoir à le faire pendant encore un an, et rien n'est mentionné sus les premières pages des journaux », a fait valoir M. Annan le 12 janvier, après s'être entretenu à huis clos avec les quinze membres du Conseil de sécurité.
Soulignant qu'aussi bien les rebelles que le gouvernement violaient l'accord de cessez-le-feu et perpétraient des attaques contre la population du Darfour, M. Annan a expliqué : « Ce qu'il convient de faire, c'est trouver le moyen d'améliorer immédiatement la sécurité, en collaboration avec les forces de l'Union africaine, et d'apporter un appui logistique et financier pour que la sécurité sur le terrain soit renforcée. Il nous faut relancer le processus de paix à Abuja car ce n'est qu'à la table de négociations que sera trouvée la solution à long terme. »
Le Conseil de sécurité a prévu de tenir, le 13 janvier, des réunions à huis clos et des réunions publiques concernant le Darfour.
Il importe également que la communauté internationale insiste auprès du gouvernement soudanais pour qu'il honore son engagement de protéger son propre peuple et d'apporter son concours aux secours humanitaires, a dit M. Annan, ajoutant que les rebelles, pour leur part, devaient prendre au sérieux les négociations de paix qui se tiennent à Abuja (Nigeria).
L'Union africaine a laissé entendre, le 12 janvier, que les ressources de sa force de maintien de la paix qui se trouve actuellement au Darfour seront taries au mois de mars, mais qu'elle était prête à maintenir cette force dans la province pendant 9 à 12 mois supplémentaires à condition que la communauté internationale fournisse les ressources et l'appui logistique adéquats.
La communauté internationale, a insisté M. Annan, ne peut pas laisser la situation empirer sans rien faire.
En septembre 2005, à l'occasion du Sommet mondial de l'ONU, une résolution a été adoptée reconnaissant que la communauté internationale a la responsabilité de protéger les populations du génocide, des crimes de guerre, de la purification ethnique et des crimes contre l'humanité. Le Darfour, a souligné M. Annan, est un « défi » à cet engagement.
Selon le secrétaire général, l'un des moyens de renforcer la protection serait d'organiser une conférence des donateurs semblable à celle tenue en mai 2005 pour encourager l'apport d'aide à l'Union africaine. Un autre serait de remplacer, à la fin de son mandat, la force de l'Union africaine par une force de Casques bleus de l'ONU plus importante, plus énergique et plus mobile. Il a fait remarquer que d'une façon comme d'une autre, l'Union africaine aurait besoin d'argent et de soutien passé le mois de mars, en attendant que les Nations unies soient en mesure de prendre sa place.
Cette force de maintien de la paix serait différente de celle actuellement déployée au Darfour. Il lui faudra inclure des soldats autres qu'Africains. Et à ce sujet, il faudra que le gouvernement soudanais, qui a indiqué son opposition à la présence de soldats de la paix venant de pays autres qu'Africains, coopère avec les Nations unies.
« C'est un vaste territoire. Quelle que soit la force qui s'y trouvera, elle devra être plus mobile, avoir un appui tactique aérien, des hélicoptères et la capacité de réagir rapidement. Nous aurons besoin d'équipements très sophistiqués et d'assistance », a dit M. Annan.

Janvier 2006

L’Union africaine se cherche un président à Khartoum

Nomination : La candidature controversée du président soudanais à la tête de l’UA devrait se régler aujourd’hui.

La Croix, 24 janvier 2006

Le sommet de l'Union africaine s'est ouvert hier à Khartoum en présence d'une trentaine de dirigeants des 53 pays membres. Le programme de ces deux jours s'annonçait chargé et conflictuel. D'abord, trouver un nouveau président à cette organisation panafricaine pour remplacer le Nigérian Olusegun Obasanjo, en poste depuis 2004. Or il n’y a pas d’autre candidat déclaré que le président soudanais El Bechir Omar Hassan, hôte du sommet
Cette candidature n’est pas souhaitée par l'ensemble des pays de l’UA car l’organisation est engagée depuis 2004 dans une mission de rétablissement de la paix au Darfour, dans l’ouest du Soudan. Une force de 7000 hommes est actuellement déployée pour essayer de mettre un terme à la guerre civile qui ravage depuis février 2003 cette région grande comme la France. Si le président soudanais devait reprendre la présidence de l’UA, il serait évidemment considéré comme juge et partie dans ce conflit qui, en trois ans, a fait plus de 180000 morts et deux millions de personnes déplacées.
Un haut responsable soudanais a déclaré, hier; que le Soudan était prêt à retirer candidature si elle devait provoquer la division. Le seul chef d'État à s'être déclaré ouvertement contre cette candidature est le président tchadien Idriss Deby, accusant son voisin soudanais de soutenir une rébellion qui tente de le renverser. Plusieurs dirigeants de pays d'Afrique de l'Ouest ont aussi confié en privé leur hostilité à une présidence du Soudanais. En revanche, ce dernier aurait le soutien des pays d'Afrique de l'Est, ainsi que de l'Egypte et du Zibabwe.
L'alternative à Omar E1 Béchir pourrait être le président congolais Denis Sassou Nguesso, possible candidat de consensus pour éviter un vote ou bien
la reconduction d'Olusegun Obasanjo. Mais selon un ministre africain, le président du Congo Brazzaville n'a pas l'intention d'être candidat contre le Soudanais.
Cette question épineuse risque d'éclipser nombre d'autres sujets graves dont 1'UA devait traiter durant ce sommet de deux jours. Outre la question de la crise en Côte d'Ivoire, les dirigeants africains ont aussi à régler le sort de l'ancien président tchadien Hissène Habré, dont la justice belge a demandé l'extradition. Exilé au Sénégal depuis 1990, celui que les ONG de défense des droits de l'homme surnomment le « Pinochet africain » a, jusqu'ici, réussi à échapper à la justice.
Mais le 25 novembre dernier, les juges sénégalais de la cour d'appel de Dakar se sont déclarés incompétents et ont préféré s'en remettre à l'Union africaine pour trancher cette question. L'ancien président tchadien est inculpé en Belgique de complicité de crimes contre l'humanité, et serait responsable de la mort d'au moins 1208 personnes.
« Si l'Union africaine dit non à la Belgique, il faut qu'elle dise oui à un procès pour Hissène Habré en Afrique et adopte une feuille de route pour que ce procès ait effectivement lieu», a déclaré Reed Brody, juriste et responsable de l'ONG Human Rights Watch qui coordonne la campagne de soutien aux victimes. La décision est attendue aujourd’hui.

Catherine Rebuffel

Janvier 2006

Sassou président !

Afrique Centrale Info, 24 janvier 2006

Le président congolais Denis Sassou Nguesso a été désigné mardi par consensus pour un an président de l’Union Africaine (UA) au sommet de Khartoum, a annoncé le porte-parole de la présidence congolaise, Firmin Ayessa.
Le Soudan exercera cette responsabilité en 2007 a par ailleurs affirmé à la presse le porte-parole du ministère soudanais des affaires étrangères, Gamal Ibrahim.
M. Ayessa a par ailleurs précisé que le président sortant de l’UA, le président nigérian Olusegun Obasanjo, resterait en charge du dossier du Darfour, la province ouest du Soudan, ravagée par la guerre depuis trois ans
Il a encore indiqué que le président Nguesso conduisait déjà la réunion en cours des présidents africains, avant que ne soit annoncée sa désignation en séance plénière du sommet.
Sur l’engagement pris au sommet de Khartoum de confier la présidence au Soudan l’année prochaine, le ministre gabonais des affaires étrangères a affirmé qu’il n’était pas assorti de conditions.
" Quand les Africains promettent, ils tiennent leur promesse" a-t-il dit alors que d’autres diplomates ont affirmé que le Soudan s’était engagé à en faveur de la paix au Darfour, sa province ouest, ravagé par un conflit sanglant, à régler son différend avec le Tchad, son voisin.
D’ici là, le Soudan, le pays hôte du sommet, a obtenu la vice-présidence de 53 pays de l’UA, a affirmé la porte-parole de l’UA, Habiba Mejri Sheikh

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Qui est Denis Sassou Nguesso ?

Le président congolais Denis Sassou Nguesso, 62 ans, désigné mardi pour un an à la présidence de l’Union Africaine (UA), est un militaire rompu à la politique et à la diplomatie, qui a déjà dirigé entre 1986 et 1987 la défunte Organisation de l’unité africaine (OUA).
Aux commandes de son pays de 1979 à 1992 et depuis la victoire de ses troupes dans la guerre civile en octobre 1997, le général Sassou Nguesso y a acquis une solide expérience du pouvoir, une habileté politique reconnue ainsi qu’un goût prononcé pour les questions panafricaines.
Grand, la mâchoire carrée, souvent décrit comme autoritaire, mélangeant volontiers humour et sarcasme, ce père d’une famille nombreuse porte la moustache et préfère les élégants costumes-cravates et les bijoux en or au treillis qu’il a remisé depuis longtemps.
Né en 1943 dans le département de la Cuvette (nord) d’une famille paysanne, Denis Sassou Nguesso s’est engagé en 1961 dans l’armée congolaise. Dès lors, l’histoire personnelle du jeune officier parachutiste va souvent croiser celle, troublée et violente, de son pays.
De 1963 jusqu’à son arrivée au sommet de l’Etat en 1979, il est impliqué dans divers renversements de chefs d’Etat.
Pragmatique bien que cofondateur en 1969 d’un Parti congolais du travail (PCT) marxiste-léniniste, Denis Sassou Nguesso réussit, sitôt président, à mettre à exécution un plan de développement régional qui dote le Congo de près de 1.000 km de routes et de ponts.
Sur le plan africain, il entretient alors des relations privilégiées avec les dirigeants de différents mouvements de libération nationale et avec le pouvoir marxiste angolais, tout en conservant des liens étroits avec la France dont il reste un relais important en Afrique.
Porté à la tête de l’OUA en 1986, Sassou Nguesso sort le Congo de l’isolement diplomatique dans lequel l’avait plongé son orientation marxiste. Il en profite également pour contribuer à la création d’ensembles économiques sous-régionaux en Afrique et parcourt les capitales occidentales pour plaider le traitement de la dette de l’Afrique.
En 1988 à Brazzaville, il parvient à réunir pour la première fois face à face à Brazzaville des représentants de l’Angola et du régime d’apartheid sud-africain, qui soutient alors activement les rebelles angolais de l’Unita (Union nationale pour l’indépendance totale de l’Angola), pour discuter de la paix en Afrique australe.
Il tisse également un réseau de relations avec ses pairs d’Afrique francophone. Il entretient notamment des liens privilégiés avec le Gabonais Omar Bongo Ondimba, doyen en exercice des chefs d’Etats africains, dont il est devenu le beau-père depuis le mariage de ce dernier avec sa fille Edith Lucie en 1990.
Lors des premières élections pluralistes organisées en 1992, il perd toutefois le pouvoir au profit de Pascal Lissouba. Sur fond de contestation des différents scrutins qui suivent la présidentielle, le Congo va s’enfoncer dans un cycle de violences.
En 1997, à l’issue de cinq mois de guerre civile qui ont permis, avec le soutien décisif de l’armée angolaise, à ses miliciens de vaincre ceux de M. Lissouba, le général Sassou Nguesso reprend les rênes du pouvoir.
Un nouveau conflit, marqué par des exactions contre les populations, éclate fin 1998, que remportent une nouvelle fois les forces du général Sassou Nguesso, toujours avec l’appui de l’Angola.
En 2002, il légitime son pouvoir acquis militairement en remportant une présidentielle boycottée par les principaux dirigeants de l’opposition et entreprend de redorer le blason du Congo par une intense activité diplomatique.
Il préside notamment depuis 2004 la Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale (CEEAC). Le Congo est également depuis janvier et pour deux ans membre non permanent du Conseil de sécurité de l’Onu.

Janvier 2006

Peu de chances que le Soudan obtienne la présidence en 2007 (US)

Afrique Centrale Info, 24 janvier 2006

Le Soudan ne devrait pas présider l'Union africaine (UA) en 2007 à moins qu'il ne mette fin à la guerre dans sa province du Darfour (ouest), a déclaré mardi à Khartoum une responsable du gouvernement américain.
Les dirigeants africains ont finalement désigné mardi le Congo, au dernier jour du sommet de Khartoum, pour diriger l'UA cette année, s'engageant toutefois à en confier pour 2007 la direction au Soudan, dont la candidature était très controversée.
" Nous espérons voir une amélioration de la situation au Darfour, qu'il y ait un accord de paix, cette décision aujourd'hui (sur la présidence de l'UA) pourrait créer une opportunité pour que cela ait lieu," a déclaré la secrétaire d'Etat adjointe aux Affaires africaines, Jendayi Frazer (premier plan sur la photo).
" Si cela continue comme maintenant, en 2007 je doute très sérieusement que le Soudan puisse être président de l'UA," a poursuivi la principale conseillère du président George Bush pour les affaires africaines.
La candidature du Soudan à la présidence de l'organisation des 53 pays africains a échoué en raison du conflit au Darfour, où l'UA a déployé une force de paix de 7000 hommes sans parvenir à mettre un terme à un conflit qui a causé de 180.000 à 300.000 morts depuis 2003.
Mme Frazer a salué la nomination du président congolais, Denis Sassou Nguesso comme président en exercice pour 2006 comme une "très bonne chose pour l'UA".
Lors d'une rencontre avec le nouveau président de l'UA, elle a indiqué l'avoir assuré du "soutien américain pour l'UA".

 

Janvier 2006

L'Union africaine joue sa crédibilité au Soudan

Le régime de Khartoum souhaite prendre la tête de l'Union africaine mais sa candidature divise l'organisation qui est réunie dans la capitale soudanaise.

Le Figaro, 23 janvier 2006, Tanguy Berthemet, envoyé spécial

Les Chefs d’Etat de l'Union africaine se réunissent aujourd'hui et demain en sommet au Soudan. Organiser une telle réunion à Khartoum était un pari risqué. Il se révèle explosif. L'UA, fondée en 2002 sur les cendres de l'Organisation de l'unité africaine (OUA), avait précisément pour objectif de faire oublier les errements de son ancêtre et de gagner la confiance de la planète en prônant la démocratie, la paix et la bonne gouvernance.

Aux prises avec une guerre civile dans sa province ouest du Darfour, accusé de crimes de guerre, le régime islamique soudanais, incarne la plus mauvaise face du continent. Mais le pire est désormais à craindre. Le Soudan a annoncé qu'il briguerait la succession du leader nigérian Olusegun Obasanjo au poste de président de l'UA. «Nous sommes parfaitement qualifiés pour occuper la présidence qui doit revenir à un pays d'Afrique de l'Est, comme l'exige le principe de la présidence tournante et nous connaissons très bien les problèmes africains», a insisté le vice-ministre soudanais des Affaires étrangères Alsamani Lilwasila. Et d'évoquer «la tradition» non écrite selon laquelle «l'hôte d'un sommet assume ensuite automatiquement la présidence».

Mais la candidature a provoqué une bronca. «C'est une gifle pour les centaines de milliers de victimes de ce gouvernement au Darfour», affirme Reed Brody de Human Rights Watch. «Ce serait grotesque», tranche un ambassadeur occidental. Certains diplomates africains, anonymement, ne cachent pas non plus leur embarras. Difficile en effet d'imaginer le président soudanais Omar el-Béchir négociant les conditions de paix au Darfour avec le médiateur officiel, le président de l'Union africaine Omar el-Béchir.

Difficile également de concevoir que l'organisation puisse progresser avec à sa tête un Etat totalement discrédité. La plupart des membres de l'Union européenne n'entretiennent que des relations minimales avec Khartoum. Les Etats-Unis, pour leur part, ont inscrit le Soudan, qui a hébergé pendant près de cinq ans Oussama Ben Laden, sur la liste des «Etats voyous» soutenant le terrorisme et maintiennent contre lui des sanctions économiques et financières. Le Sénat américain a même qualifié de «génocide» les tueries perpétrées au Darfour contre des civils «africains» par les Djandjawids, des milices arabes soutenues par le gouvernement.

«Le pire des choix»

Or, l'Union africaine, dotée d'un budget squelettique – 129 millions de dollars pour 53 pays –, a désespérément besoin d'une aide extérieure pour assurer son développement. «Le Soudan est sans doute le pire des choix en Afrique. Une présidence soudanaise décrédibiliserait totalement l'Union. Cela ruinerait les années d'efforts pour imposer l'organisation auprès des chancelleries occidentales et des organismes internationaux», assure l'ONG International Crisis Group (ICG).

Conscients des risques, les chefs d'Etat africains ont désormais deux jours pour trouver une solution acceptable par tous et éviter une crise ouverte. Depuis plusieurs semaines, en coulisse, le président de commission de l'Union, Alpha Oumar Konaré, s'active à trouver une issue à la crise. La tâche d'autant plus délicate que le président est officiellement désigné par consensus. L'hypothèse la plus simple, forcer le Soudan à renoncer à ses ambitions, apparaît difficile. Le président Béchir a cependant expliqué hier que la réussite du sommet primait sur la question de la présidence. Certains tentaient donc de promouvoir une autre candidature, en se rangeant discrètement derrière un improbable sauveur : le Congo de Denis Sassou N'Guesso. De leurs côtés, les pays d'Afrique de l'Ouest semblaient militer pour une nouvelle prolongation du mandat d'Olusegun Obasanjo.

Ce combat des chefs a peu à peu fait oublier l'ordre du jour officiel du sommet. De gros dossiers s'empilent pourtant sur les tables : l'avenir de la mission de maintien de la paix des soldats de l'UA au Darfour et le cas Hissène Habré. La Belgique a inculpé pour «crimes contre l'humanité» l'ancien dictateur tchadien, réfugié au Sénégal, et réclame son extradition. En novembre dernier, la justice sénégalaise s'est déclarée incompétente. Le président Abdulaye Wade a alors confié à ses pairs africains la charge de trancher cette question délicate.

«Toute cette affaire de présidence est ridicule», s'agace Alfred Taban, directeur du quotidien Khartoum Monitor. «On perd du temps qui pourrait être mieux utilisé. Tant que l'Union n'aura pas décidé de se choisir son «Bruxelles» pour se réunir, cette querelle stérile resurgira.»

 

Janvier 2006

Le Soudan veut présider l'Union africaine au sommet de Khartoum

L’Express, 22 janvier 2006

La question de la présidence de l'Union africaine (UA) jette une ombre sur le sommet annuel de l'organisation qui s'ouvre lundi à Khartoum sur fond de violences dans la province soudanaise du Darfour

Le Soudan, accusé d'atteintes aux droits de l'homme, souhaite prendre la relève du Nigeria à la tête de l'UA au cours du sommet de deux jours qu'il accueille cette semaine. Par tradition, la présidence revient au pays hôte.
Mais l'idée de la confier au Soudan est critiquée par des organismes de défense des droits de l'homme faisant valoir qu'elle saboterait les efforts de démocratisation de l'UA, et par des pays africains soucieux d'améliorer l'image du continent.
" Nous ambitionnons seulement le succès de cette conférence", a assuré dimanche à Reuters le ministre soudanais de l'Information, al Zawahi Ibrahim Malik, laissant entendre que Khartoum mettait quelque peu en sourdine sa volonté de présider l'organisation panafricaine.
" Nous estimons que s'il y a une chance pour que le Soudan obtienne la présidence de la prochaine session de l'Union africaine, le Soudan est en droit de la saisir. Sinon, tant pis", a ajouté le ministre.

Pressions sur Khartoum

Alors que les dirigeants africains arrivaient dimanche à Khartoum, la sécurité d'Etat soudanaise est intervenue dans une réunion de groupes de défense des droits de l'homme locaux et internationaux et y a arrêté une cinquantaine de délégués.
Selon des témoins, des agents ont exigé de voir l'ordre du jour et ont tenté de saisir des ordinateurs. Les journalistes ont été sommés de se retirer et leurs matériel d'enregistrement a été confisqué.
Le Soudan se prévaut du soutien de pays d'Afrique du Nord et orientale, mais des diplomates notent que des Etats du sud, de l'ouest et du centre du continent ont tenté en coulisse d'obtenir que Khartoum se désiste, quitte peut-être à ce que le Nigeria continue à exercer la présidence de l'UA.
Samedi, des responsables soudanais avaient affirmé que leur pays ne se désisterait pas et avait le droit d'exercer la prochaine présidence. Mais Malik a déclaré dimanche que le Soudan s'inclinerait si des chefs d'Etat le lui demandaient.
Selon des délégués africains et autres, il semble à présent très peu probable que Khartoum obtienne la présidence de l'UA. L'organisation a été mise sur pied en 2002 pour favoriser la démocratie, les droits de l'homme et le développement sur l'ensemble du continent africain.
" La seule nouvelle, ici, c'est ce qui n'aura pas lieu, autrement dit que (le président soudanais Omar Hassan) al Bachir n'aura pas la présidence", a déclaré un diplomate occidental.
Quelque 7.000 soldats africains sous commandement de l'UA sont déployés au Darfour pour y superviser un cessez-le-feu très relatif, et l'UA parraine des pourparlers organisés au Nigeria pour tenter de mettre fin au conflit.

Janvier 2006

Soudan: Khartoum veut présenter un visage souriant

BBC Afrique, 22 janvier 2006

A Khartoum, où se tient le sommet de l'Union africaine cette semaine, les autorités soudanaises ont employé les grands moyens pour rendre la ville plus attrayante, espérant qu'un accueil souriant contribuera à masquer les ravages de la guerre, de la pauvreté, et des violations des droits de l'homme dans le pays. Jonah Fisher, de la BBC, est sur place, et décrit les effets de cette gigantesque opération de chirurgie esthétique urbaine.

Pour le gouvernement soudanais, ce sommet offre une chance de redorer quelque peu le blason du pays aux yeux de ses partenaires en Afrique. Le premier problème qui s'est posé était simple: comment accueillir décemment quarante chefs d'états? Ces derniers n'étaient attendus, certes, que pour un séjour de 48 h, mais il fallait leur trouver un logement. Or, Khartoum n'a qu'un seul hôtel de luxe, dans un état médiocre.
Un "village" présidentiel a donc été construit à la hâte sur les bords du Nil bleu. Quarante villas orangées, protégées par un important dispositif de sécurité, entourent une piscine. L'architecture des bâtiments est d'inspiration arabe, mais c'est vers l'Europe que les autorités se sont tournées pour mettre les dernières touches à l'ensemble.

"Ce qu'il y a de mieux"

La compagnie hôtelière française Accor a équipé chaque villa de tous les conforts - postes de télévision grand écran, literie de luxe - le tout importé d'Europe. De quoi satisfaire le président le plus exigeant à la fin d'une journée de travaux. Armand Vargas, un des responsables d'Accor chargés de l'opération, est formel: "nous avons acheté ce qu'il y a de mieux".
Ce "village" présidentiel est à 6 km du centre de conférences choisi pour accueillir les débats du sommet. Le long de la route qui les sépare, des jardins luxuriants ont été plantés, des bâtiments vétustes repeints, et des grands panneaux publicitaires ont été érigés pour masquer les chantiers de construction.
Personne ne se hasarde à dire combien tout cela a coûté...

Pour et contre

Un étudiant de Khartoum, Ahmed Mohammed, se réjouit. "Ce sommet nous a apporté des nouvelles routes, des nouveaux bâtiments, de fort belles choses" dit-il, "nous en sommes très fiers".
Son enthousiasme n'est pas partagé par tous les Soudanais, il s'en faut. Jak Mahmoud, du Nord-est du pays, est cinglant: " le gouvernement veut tout simplement faire de la frime, mais les villes soudanaises ne sont pas toutes comme ça: il suffit de sortir de Khartoum pour voir la pauvreté des gens". Pour lui, "ce n'est pas comme ça qu'il faut dépenser de l'argent".
Mais pour le gouvernement soudanais, le but est simple: "nous investissons pour changer l'image de marque du Soudan" déclare Jamal Ibrahim, porte-parole du gouvernement, à la BBC. "C'est une bonne occasion pour nous de montrer que nous sommes un pays qui émerge après avoir connu de nombreux problèmes, de nombreux conflits, et qui tourne la page. Bien sûr que cela coûte de l'argent".

La crise du Darfour

Tout a été fait pour que les dirigeants africains soient logés confortablement. Mais le sommet ne sera pas toujours de tout repos pour le chef de l'état soudanais, Omar Al-Bashir. Les discussions sur la crise dans le Darfour pourraient s'avérer difficiles pour lui. Depuis trois ans, les violences dans cette région du Soudan, et les moyens d'y remédier, ont été un des principaux casse-têtes de l'Union africaine. Et maintenant, la mission de maintien de la paix déployée sur place par l'organisation commence à manquer de fonds, et son travail risque d'être confié à l'ONU. Or, le gouvernement soudanais est vivement opposé à une telle éventualité.

Question de crédibilité

De plus, si on s'en tient aux précédents historiques, le président Bashir doit prendre la présidence (tournante) de l'organisation. Or, son gouvernement a été rendu responsable de nombreuses atrocités au Darfour, et les groupes de défense des droits de l'homme s'indignent à l'idée de le voir devenir président de l'Union.
Une cinquantaine de groupes africains ont signé une lettre dans laquelle ils se disent convaincus qu'une présidence soudanaise "porterait un préjudice sérieux à la crédibilité de l'UA, ainsi qu'à l'autorité de ses institutions".
Egalement à l'ordre du jour: le sort de l'ancien dirigeant tchadien, Hissène Habré, surnommé par certains le "Pinochet africain". Un tribunal en Belgique réclame son extradition, pour meurtre et torture de dizaines de milliers d'opposants politiques quand il était au pouvoir, durant les années 80.
Le Sénégal, où l'ancien président tchadien réside actuellement, a proposé la mise sur pied d'un tribunal africain pour le juger.

Un sommet-test

L'Union africaine, rappelons-le, a été créée en 2002, remplaçant l'ancienne Organisation de l'unité africaine (OUA), qui était fort critiquée.
Et ce sommet à Khartoum est une sorte de test pour l'UA, qui a une chance de montrer qu'elle n'est pas un simple forum pour les dirigeants africains, mais qu'elle est capable de faire face sérieusement aux problèmes de l'Afrique.

Janvier 2006

Omar el-Béchir joue la modestie

Afrique Centrale info - 22 janvier 2006

Le président soudanais Omar el-Béchir a fait dimanche profil bas face au tollé suscité par sa candidature à la tête de l’Union africaine (UA), à la veille de l’ouverture du sommet africain de Khartoum.
" Le Soudan est intéressé au succès du sommet africain", a affirmé le président Béchir cité par l’agence soudanaise SUNA, ajoutant que "ceci est plus important que tout, y compris la présidence de l’UA par le Soudan".
S’exprimant pour la première fois sur la question de sa candidature controversée, il s’est déclaré favorable à laisser l’actuel président de l’UA, le dirigeant nigérian Olesugun Obasanjo, en charge du problème du Darfour.
La perspective de voir le général Omar el-Béchir, 62 ans, arrivé au pouvoir en 1989 par un putsch soutenu par les islamistes, prendre la présidence de la jeune Union africaine a provoqué un tollé en Afrique et dans le monde.
Des dizaines d’ONG ont protesté contre le fait que le Soudan devienne juge et partie, dénonçant sa responsabilité dans la guerre qui ensanglante depuis trois ans, le Darfour, sa province ouest, où de 180.000 à 300.000 personnes sont mortes.
Mais pour le président soudanais, tout cela doit être placé dans le contexte d’un "complot contre le Soudan", a-t-il dit, mettant implicitement en cause les Etats-Unis, seulement évoqués comme "une grande et influente puissance".
Il récuse les critiques d’Amnesty International ou l’organisation américaine des droits de l’Homme, Human Rights Watch (HRW), des "centres qui ont déclaré la guerre au Soudan", a-t-il dit, mais qui "sont sans effet sur nous".
" Il serait fortement inopportun qu’un gouvernement responsable de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité - et c’est le cas du gouvernement soudanais au Darfour - préside l’Union Africaine", a estimé HRW.
Evoquant un "conflit d’intérêt", la secrétaire d’Etat adjointe américaine aux Affaires africaines, Jendayi Frazer, a jugé "très problématique" une présidence de Khartoum alors que l’UA a déployé une force de paix de 7.000 hommes au Darfour.
Washington avait accusé le pouvoir du président Béchir et les milices arabes pro-gouvernementales Djandjawids de "génocide" au Darfour, dont la population est à majorité noire, suscitant la protestation de Khartoum.
M. Béchir a par ailleurs annoncé dimanche l’adhésion du Soudan au Mécanisme africain d’évaluation par les pairs (MAEP) - lancé en février 2004 par le Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD) - qui est un système d’évaluation collégiale de la bonne gouvernance en Afrique.
" Il est inutile de dire que mon gouvernement s’engage fermement à assumer ses responsabilités pour sauvegarder et soutenir les droits de l’Homme" a lancé le président Béchir en annonçant cette décision lors d’une réunion du MAEP.
Il aussi a réaffirmé que Khartoum poursuit ses "efforts pour résoudre le conflit du Darfour par le dialogue et les négociations". Les pourparlers intersoudanais d’Abuja, au Nigeria, sont restés jusqu’à présent stériles.
Le Soudan est placé sur la liste américaine des pays soutenant le terrorisme et a accueilli dans les années 1990 Oussama ben Laden, le chef du réseau terroriste Al-Qaïda. Les sanctions avaient été maintenues en novembre 2005.
Mais Washington a salué la coopération de Khartoum dans la guerre contre le terrorisme depuis les attaques du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis. Le président avait fait arrêté son ex-mentor politique, l’islamiste Hassan Tourabi, libéré en juin dernier

Janvier 2006

Lettre ouverte au président de l’Union africaine

Le Monde, 22 janvier 2006

Son Excellence Olusegun Obasanjo, Président de l’Union Africaine
Excellence,
Nous sommes profondément préoccupés par la tenue du prochain sommet de l’Union Africaine à Khartoum fin janvier 2006. Le choix d’y tenir une réunion si importante nous paraît problématique pour l’image de l’Union Africaine. Encore bien plus sérieux à nos yeux, il est question que le Président soudanais Omar el Béchir soit élu Président de l’Union Africaine. Ce serait une très grave décision.
La Commission d’enquête des Nations Unies a dressé une liste de 51 personnalités, dont les noms sont à ce jour tenus secrets, qu’elle tient pour responsable des exactions au Darfour. La Cour Pénale Internationale, dont la saisine s’est faite par le Conseil de Sécurité, enquête elle-même sur l’imputabilité de ces crimes. Il n’est pas impossible que des proches d’Omar el Béchir ou lui-même soient inquiétés. Ce serait catastrophique pour l’Union Africaine s’il en était le Président.
En effet le gouvernement soudanais a été l’objet d’accusations extrêmement graves pour sa politique au Darfour, de la part du Conseil de Sécurité de l’ONU, lors de plusieurs résolutions. Des accusations de crimes de guerre et de crimes contre l’Humanité ont été sérieusement étayées. Le gouvernement soudanais n’a pas dissout les milices « arabes » janjawid, qui, en coordination avec l’armée soudanaise, s’attaquent aux populations civiles « africaines », utilisent le viol des femmes comme arme de terreur, tuent, brûlent villages et récoltes, pillent le bétail., et continuent de harceler les civils. Ces horreurs ont conduit à plus de 300.000 morts, près de 3 millions de déplacés et 200 000 réfugiés dont une grande partie survit dans des camps grâce à l’aide internationale. Tous ces faits sont largement documentés par d’innombrables rapports et témoignages, dont au premier chef, malgré leur discrétion, ceux de l’Union Africaine.
Vous savez mieux que personne les immenses difficultés d’observation que rencontre la Mission de l’Union Africaine au Soudan (AMIS) qui sont liées pour une grande part aux obstacles à leur action déployés par le régime soudanais. Alors que les violences continuent contre les civils, nous pensons que le mandat actuel des troupes d’AMIS ne leur permet pas d’être suffisamment efficaces. C’est pourquoi nous pensons que le Conseil de Sécurité des Nations unies devrait maintenant, dans le cadre du Chapitre VII de sa Charte, octroyer un mandat de protection des populations civiles au Darfour.
D’autre part comment peut-on envisager dans ces conditions que les troupes d’AMIS, censées être neutres, soient commandées par le chef d’un des deux camps en présence ? Une présidence soudanaise réduirait à néant le sérieux du travail que l’Union Africaine a fait au Darfour sous votre direction. Les soldats de l’Union, tués par Khartoum, seraient-ils morts pour rien ?
Quelle crédibilité pourraient avoir les pourparlers de paix déjà si difficiles, entre les rebelles du Darfour et le gouvernement soudanais, tenus sous l’égide d’une Union Africaine présidée par le Soudan ?
A ces difficultés s’ajoute aujourd’hui la tension entre le Tchad et le Soudan dans cette même région.
Bien entendu, Excellence, les Africains sont souverains dans leurs choix. Cependant c’est le devoir des amis de l’Afrique et des personnes attachées aux droits de l’homme de vous faire part de leurs préoccupations.
Nous vous prions de bien vouloir agréer, Excellence, l’assurance de notre très haute considération.

Collectif Urgence Darfour - www.urgencedarfour.org

Janvier 2006

La Banque mondiale encourage l`investissement au Sud Soudan

Angola-Press, Nairobi , 20 janvier 2006

La Banque mondiale va aider les entreprises locales et étrangères souhaitant investir dans la région sud du Soudan, ravagée par 21 années de guerre civile, a annoncé un communiqué officiel de l`institution à Nairobi.
Magdi Amin, éminent spécialiste du développement du secteur privé, a déclaré jeudi que la Banque mondiale était en train de développer un programme sur le secteur privé pour le Sud Soudan ainsi qu`un cadre stratégique qui abordera les questions tels que le droit bancaire, l`enregistrement des entreprises.
M. Amin, qui a rencontré le ministre de l`Industrie et du Commerce du Kenya Mukhisa Kituyi, a estimé qu`en raison du manque de moyens dont souffre le Sud Soudan à l`heure actuelle pour gérer les échanges et le commerce, la Banque mondiale a décidé d`aider les firmes à s`installer dans cette vaste région.
Khartoum et les rebelles sud soudanais ont scellé un accord politique le 9 janvier 2005 à Nairobi, ayant donné naissance à un gouvernement sud soudanais semi-autonome, à côté du gouvernement d`unité nationale formé à Khartoum, pour gérer cette vaste région durant une période intérimaire de six ans.
Ledit accord reconnaît également le système bancaire islamique à travers le pays, mais comprend des dispositions relatives aux pratiques bancaires contemporaines appliquées au Sud Soudan et prévoit la création d`une commission séparée pour créer de nouveaux billets de banques, entre autres.
M. Amin a par ailleurs dit que l`intervention de la Banque mondiale était essentielle car les autorités soudanaises mettaient encore en place les différentes structures administratives.
Pour sa part, le ministre kényan a salué la décision de la Banque mondiale, et admis qu`il existait "un besoin urgent" de protéger la région du Sud Soudan de "l`anarchie capitaliste" et de soutenir la paix soudanaise durement acquise par une croissance économique durable.
" Pour que la paix dure au Soudan, elle doit être soutenue par des opportunités économiques durables", a souligné M. Kituyi.
Le gouvernement kényan a ouvert un bureau de liaison au Soudan pour coordonner les activités de ses entrepreneurs souhaitant s`installer au Soudan.

Janvier 2006

 

Note d'information à l'intention des Etats membres de l'Union africaine

[Sixième Sommet de l'Union africaine, 23-24 janvier 2006]
Une note d’information de Human Rights Watch
Au Sixième Sommet de l'Union africaine (U.A.) qui se tiendra à Khartoum les 23 et 24 janvier, Human Rights Watch appelle l'Assemblée des Chefs d'Etat et de gouvernement africains à placer la protection des civils et les poursuites à l'encontre des violateurs des droits humains en tête des points prioritaires à l'ordre du jour. A cet égard et avec tout le respect qu'elle lui doit, Human Rights Watch souhaiterait attirer l'attention de l'Assemblée sur deux questions: l'éventuelle élection du président soudanais Omar El Bashir à la présidence de l'Union africaine et l'extradition par le Sénégal de l'ex-dirigeant tchadien Hissène Habré sous l'inculpation de crimes graves commis en violation du droit international.
Si les Etats membres de l'Union africaine devaient choisir le Soudan pour assumer la présidence de l'Union africaine en 2006, nous estimons que cette décision porterait sérieusement et irrémédiablement atteinte à la crédibilité et à l'avenir de l'U.A. Il serait fortement inopportun qu'un gouvernement responsable de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité —et c'est le cas du gouvernement soudanais au Darfour—préside l'Union africaine. La capacité de celle-ci à agir en organe de médiation neutre au Soudan se verrait sérieusement compromise si elle avait à sa tête un pays impliqué dans un conflit pour lequel l'Union africaine mène des pourparlers de paix.

Permettre au dirigeant soudanais de devenir président de l'U.A. équivaudrait à envoyer un message extrêmement négatif aux civils du Darfour, où l'U.A. joue un rôle crucial en matière de protection, et à la population de l'Afrique en général. En tant qu'institution soucieuse de promouvoir les droits humains, comme le stipule l'article 3 de son acte constitutif, l'Union africaine ferait preuve d'une énorme hypocrisie en choisissant à sa présidence un pays complice de crimes contre l'humanité et de crimes de guerre.

M. Habré a été inculpé par un juge belge pour son rôle présumé dans des milliers d'assassinats politiques, des actes systématiques de torture et des crimes perpétrés contre différents groupes ethniques au Tchad; la Belgique a réclamé son extradition au Sénégal. Le Président sénégalais Wade a demandé à l'Union africaine d'émettre une recommandation à propos de la “juridiction compétente” pour juger M. Habré. Human Rights Watch estime que la Belgique constitue l'option la plus concrète, la plus réaliste et la plus appropriée pour garantir la justice et elle prie instamment l'Union africaine de recommander au Sénégal qu'il extrade M. Habré vers la Belgique. Une telle recommandation émanant des Etats membres de l'U.A. indiquerait clairement que l'Union africaine s'emploie à faire triompher l'Etat de droit et la justice, qu'elle oblige les responsables d'atrocités à rendre des comptes et qu'elle prend des mesures importantes pour lutter contre l'impunité sur le continent.

Le Soudan à la présidence de l'Union africaine en 2006

Problèmes sur le plan des droits humains
La Mission de l'Union africaine au Soudan (AMIS) est la mission de maintien de la paix et d'observation du cessez-le-feu la plus ambitieuse que l'Union africaine ait entreprise à ce jour. Près de 7.000 soldats et policiers provenant de pays africains sont présents au Darfour avec pour mandat de protéger les civils contre les crimes commis par les milices “janjawids” alignées sur le gouvernement soudanais, et souvent accompagnées ou soutenues par les forces gouvernementales soudanaises, ainsi que par les rebelles de l'Armée/Mouvement de libération du Soudan (M/ALS) et le Mouvement pour la Justice et l'Egalité (MJE). Les forces de l'AMIS sont composées de soldats et de policiers du Nigeria, d'Afrique du sud, du Rwanda, du Sénégal, du Botswana, du Mozambique, du Ghana et d'autres pays.

Pour les forces de l'U.A., la protection des civils a un coût. Quatre soldats nigérians ont été tués en octobre, probablement par des milices alignées sur le gouvernement, lors de l'attaque d'un convoi placé sous leur protection au Darfour Sud. Le 6 janvier, un soldat sénégalais a été tué dans l'exercice de ses fonctions au Darfour occidental.

L'Union africaine a de bonnes raisons d'être fière de ces forces et de son engagement à entreprendre une opération militaire extrêmement ardue: protéger des civils dans une vaste région disposant de peu d'infrastructures. Le défi est de taille: quelque deux millions de civils ont été déplacés par la force et soumis à la terreur dans des camps au Darfour, tandis qu'1,3 million d'autres (soit au total plus de la moitié de la population darfourienne) ont été profondément affectés par les trois années de conflit et par la destruction et le pillage de leurs fermes, de leurs habitations et de leur bétail.

A de nombreuses reprises, le gouvernement soudanais a fait obstacle à l'opération de l'U.A. Pendant des mois, il a refusé d'autoriser l'importation de véhicules de transport de troupes (PAC) donnés à l'AMIS pour améliorer la protection des civils et de ses forces. Le gouvernement soudanais, ses milices et les membres des mouvements rebelles font déjà l'objet d'une enquête menée par la Cour Pénale Internationale. Selon des dizaines d'investigations portant sur les violations du cessez-le-feu et réalisées par l'AMIS en vertu de l'accord de cessez-le-feu humanitaire d'avril 2004, le gouvernement soudanais est responsable de nombreux crimes commis directement ou par le biais de ses milices janjawids, qu'il a incorporées aux milices gouvernementales, à la police et à d'autres services en uniforme opérant au Darfour. Les rapports de l'AMIS relèvent qu'il a déployé des hélicoptères de combat soudanais et autres équipements aériens ainsi que des troupes contre des civils au Darfour pas plus tard qu'en décembre 2005, en violation des engagements qu'il a pris auprès de l'Union africaine.

Aujourd'hui, le Soudan cherche à obtenir la présidence de l'Union africaine. Si le Sommet de l'U.A. venait à choisir le Président Omar El Bashir, la crédibilité et l'avenir de l'U.A. s'en trouveraient sérieusement et irrémédiablement mis à mal et l'opération de l'AMIS serait radicalement compromise. L'image de rectitude et d'objectivité que l'Union africaine souhaite projeter serait remise en question et sa crédibilité en tant qu'instance neutre de médiation au Darfour serait ternie. Vu son attitude d'obstruction et le non-respect de ses engagements envers l'Union africaine, les Nations Unies et d'autres, il est probable que si le Président El Bashir venait à assumer la présidence de l'U.A., le gouvernement soudanais ferait obstacle à tout effort visant à poursuivre les discussions ou à intervenir au Darfour. Il n'est absolument pas souhaitable que l'une des parties à un cessez-le-feu dirige l'institution responsable de surveiller ce cessez-le-feu ou qu'elle assume une quelconque responsabilité sur le plan de la gestion de la force africaine mise sur pied pour superviser les parties et protéger les civils contre les crimes commis par ladite partie au regard du droit international. La situation étant ce qu'elle est, il serait extrêmement inopportun que l'Union africaine choisisse le président soudanais pour occuper sa plus haute fonction.

Recommandation à l'Union africaine
• Choisir un candidat acceptable pour la présidence de l'U.A. et veiller à ce que le Président soudanais Omar El Bashir ne soit pas élu président de l'U.A. au sommet de janvier 2006.

Janvier 2006

L'Union africaine déçue par la lenteur des progrès dans les pourparlers sur le Darfour

Xinhuanet, Lagos, 19 janvier 2006

L'Union africaine (UA) a exprimé sa déception sur la lenteur des progrès dans les pourparlers de paix visant à mettre fin à trois ans d'affrontements dans la région du Darfour dans l'ouest du Soudan.
Le chef de l'équipe de médiation à ces pourparlers, Sam Ibok, a fait part mercredi de cette déception aux délégués du gouvernement soudanais et des deux groupes rebelles du Darfour, lors d'entretiens séparés, indique un communiqué de l'UA.
" M. Ibok a exprimé clairement aux parties soudanaises la déception du Conseil de paix et de sécurité de l'Union Africaine et du Conseil de sécurité des Nations unies, sur la lenteur des progrès réalisés jusqu'à présent", selon le communiqué.
" Il a souligné que le round actuel de discussions avait été caractérisé par le manque de flexibilité, les soupçons et l'absence d'un niveau minimal de confiance", ajoute-t-il.
M. Ibok a également appelé "les parties soudanaises à envisager la manière dont ce mois de janvier pourrait être mis à profit pour amener réellement les discussions vers un succès".
L'envoyé de l'UA au Darfour Salim Ahmed Salim a décrit ces négociations, qui ont lieu depuis novembre dernier à Abuja, capitale du Nigeria, comme "d'une lenteur troublante et insupportable", en présentant son rapport devant le Conseil de sécurité le 13 janvier.
" M. Salim a proposé entre autres choses, que tous les efforts possibles soient exercés afin de garantir l'efficacité de l'accord de cessez-le-feu humanitaire et des institutions mises en place pour veiller à ce cessez-le-feu", indique le communiqué.
" Il a ajouté que des sanctions soigneusement ciblées devraient être imposées à ceux qui violent le cessez-le-feu ou freinent les négociations, et que les parties soudanaises devraient être encouragées à aborder les négociations d'une manière plus déterminée", a-t-il ajouté.
Le conflit au Darfour, qui oppose le gouvernement soudanais aux rebelles de l'Armée/Mouvement de libération du Soudan et du Mouvement de la Justice et de l'Egalité, a fait de nombreux morts depuis son début en février 2003, et chassé de leur foyer plus d'un million d'autres personnes.
Lors des précédents rounds de négociation, l'UA a assuré la médiation d'un accord de cessez-le-feu fragile, et a tenté de trouver une solution durable, mais sans parvenir à un accord substantiel jusqu'à présent.

Janvier 2006

Canada: Appel des responsables religieux en faveur du Soudan

Lettre aux responsables politiques

Ottawa (Canada) 19 janvier 2006

Les dirigeants religieux du Canada demandent aux dirigeants politiques du pays d’inscrire le Darfour « en tête des priorités » de leur programme politique international, indique le site de la conférence des évêques du Canada (www.cecc.ca).

Les dirigeants religieux du Canada adressent en effet aux chefs des partis politiques du pays une lettre leur demandant d’inscrire le Darfour en tête de leur programme politique international.

La signature du message par les dirigeants de traditions religieuses diverses du Canada témoigne de l’envergure de l’appui accordé à la participation énergique du pays aux efforts d’établissement de la paix au Soudan, souligne le site.

La lettre dit en effet : « A titre de représentants de diverses traditions religieuses du Canada, nous félicitons le Gouvernement canadien pour son importante contribution aux démarches humanitaires et aux opérations de secours en faveur du Darfour, au Soudan, et pour le soutien qu’il a apporté aux efforts de la Mission de l’Union africaine au Soudan afin d’assurer la sécurité de sa population. Les croyants du Canada manifestent depuis de nombreuses années leur solidarité avec celle-ci en œuvrant en partenariat et en collaboration avec elle ».

Les responsables religieux soulignent en outre que « les Canadiens et les Canadiennes espèrent que leurs dirigeants politiques continueront de prendre les mesures unilatérales, bilatérales et multilatérales nécessaires pour protéger les communautés menacées, travailler avec audace et courage, aux côtés d’autres hommes et femmes, à résoudre le conflit et à redonner aux Darfouriens un climat de paix et de sécurité ».

Ils concluent : « Nous prions donc instamment le Gouvernement, en ce moment où la crise s’engage dans sa quatrième année, d’inscrire le Darfour en tête de ses priorités en matière de politique internationale et de prendre les mesures nécessaires pour y rendre à tous la paix et la sécurité. Profondément préoccupés par la situation actuelle, nous vous pressons de faire tout en votre pouvoir pour venir en aide à la population souffrante et vulnérable de cette région du Soudan ».

Janvier 2006

Soudan . L'Union africaine, ... appelle l'Onu au secours

Al-Ahram Hebdo Mercredi 18 janvier, 2006 - Numéro 593 Soudan .

L'Union africaine, médiateur dans la crise du Darfour, propose d'y déployer une force de l'Onu. Soutenue par Kofi Annan et la rébellion, cette idée est rejetée par Khartoum.

L'UA appelle l'Onu au secours

L'idée du déploiement d'une force de l'Onu au Darfour, dans l'ouest du Soudan, en proie à un conflit meurtrier, fait son chemin, malgré l'opposition de Khartoum. Ce refus intervient alors que le Soudan doit accueillir les 23 et 24 janvier un sommet de l'Union Africaine (UA) et pourrait prendre la présidence de cette organisation parrainant les négociations de paix avec les rebelles du Darfour. Tandis que Khartoum tentait d'affirmer son droit de choisir qui serait en charge des opérations de maintien de la paix, l'UA a averti le Soudan qu'il serait tenu de respecter une décision de l'organisation africaine permettant un déploiement des forces de l'Onu.

Craignant davantage d'internationalisation du conflit et de pressions occidentales, Khartoum a jugé « prématurée » la proposition de l'Onu. Le ministre soudanais des Affaires étrangères, Lam Akol, a affirmé samedi dans une conférence de presse qu'elle doublonnerait avec la force de paix de l'UA, l'Amis. « La force de l'UA fait un bon boulot. La seule chose dont elle manque, c'est l'argent. Si l'Onu est sérieuse en croyant faire un bon boulot au Darfour, pourquoi ne donne-t-elle pas l'argent à l'UA ? », a-t-il déclaré. D'après lui, l'UA a besoin de 160 millions de dollars pour mener sa mission jusqu'à la fin 2006. « Une telle proposition remet en question la capacité de l'UA à mener à bien sa mission, ainsi que la capacité des Africains à résoudre leurs problèmes. Il est regrettable que certains pays africains soutiennent cette nouvelle tendance », a affirmé le ministère des Affaires étrangères dans un communiqué. En revanche, le Soudan a proposé dimanche la formation d'une force tripartite comprenant ses propres troupes, celles des mouvements rebelles et de l'Union africaine pour maintenir la paix au Darfour.

Les mouvements rebelles, favorables à la prise de relais par les troupes de l'Onu, sont susceptibles de rejeter violemment la proposition du gouvernement soudanais. Ils ont par contre favorablement accueilli la proposition de l'UA. « Nous voulons une force avec un mandat fort et précis, qui puisse protéger les civils face aux (milices progouvernementales) djandjawids et aux forces gouvernementales, et mettre en application les résolutions du Conseil de sécurité de l'Onu », a dit Ahmad Hussein, porte-parole du Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM). Le président Omar Al-Béchir « et son gouvernement criminel sont partie prenante du problème au Darfour, qui est la priorité de l'UA. Comment l'UA peut-elle tenir son sommet à Khartoum ? », a déploré M. Hussein. « Si Béchir devient président de l'UA, nous refuserons qu'elle joue le rôle de médiateur dans les négociations », a-t-il prévenu. Le JEM et l'autre mouvement rebelle du Darfour, le Mouvement de libération du Soudan (SLM), mènent avec le gouvernement des pourparlers de paix à Abuja, sous l'égide de l'UA.

Selon un haut responsable de l'UA, « le Soudan devra accepter la décision du Conseil de paix et de sécurité » de l'organisation panafricaine sur la force de paix. Le vice-président de la commission de l'UA, Patrick Mazimhaka, a ajouté que l'UA pouvait « intervenir pour stabiliser une situation », mais n'avait pas « les ressources pour une mission de maintien de la paix à long terme, cette responsabilité revient aux Nations-Unies ». L'UA a déployé en 2004 au Darfour sa première mission de maintien de la paix, qui compte quelque 7 800 personnes, en majorité des militaires, sans mettre un terme au conflit. « Jusqu'à présent, aucun engagement n'a été pris par nos partenaires pour financer la mission (de l'UA) après mars 2006 », affirme un rapport de l'UA publié jeudi, proposant de passer le relais à l'Onu. L'Amis est financée essentiellement par l'Union européenne, les Nations-Unies et les Etats-Unis. Elle coûte 17 millions de dollars par mois.

Réagissant au rapport du président de la commission de l'UA, Alpha Omar Konarée, le secrétaire général de l'Onu, Kofi Annan, a indiqué envisager de déployer une force de réaction rapide, disposant d'un soutien aérien tactique, pour prendre le relais de l'Amis. Son envoyé spécial au Soudan, Jan Pronk, a appelé de son côté au déploiement au Darfour d'une nouvelle force de maintien de la paix suffisamment puissante pour décourager les attaques contre les civils et désarmer les milices responsables d'atrocités. Il a estimé que cette force devrait rester sur place au moins trois ou quatre ans après la signature d'un accord de paix et avoir un financement garanti. Selon lui, elle devrait être appuyée par un système de sanctions pour les mouvements de troupes non autorisés, les livraisons d'armes et contre les personnes responsables des violences. Un comité d'experts a recommandé un gel d'avoirs financiers et une interdiction de voyager contre des personnes jugées responsables du blocage du processus de paix et d'incitations à la violence, conformément à une mesure votée l'an dernier par le Conseil de sécurité mais non encore appliquée.

Déclenché en février 2003, le conflit au Darfour oppose des groupes rebelles noirs, luttant pour un partage plus équitable des richesses et du pouvoir, aux autorités de Khartoum et aux milices arabes djandjawids qui lui sont alliées. Le conflit a fait près de 300 000 morts et plus de deux millions de déplacés.

Hicham Mourad

Janvier 2006

La DA s'oppose à l'accession du Soudan à la présidence de l'UA

Jeune Afrique, 17 janvier 2006

L'Alliance démocratique (DA), le principal parti d'opposition sud-africain, demande au gouvernement de "faire tout ce qui est en son pouvoir pour mettre fin à la situation inadmissible" où le Soudan assumera la présidence de l'Union africaine (UA).
Le Soudan accueille du 23 au 24 janvier le sommet des chefs d'Etat de l'UA et a des chances d'assumer la présidence de l'organisation continentale. Mais selon des sources diplomatiques, l'UA a modifié ses règles pour empêcher que les nations hôtes deviennent automatiquement président du sommet.
Ces sources en veulent pour preuve le dernier sommet organisé à Syrte, en Libye, où ce pays d'Afrique du Nord ne s'est pas vu décerner la présidence et le Nigeria a continué à diriger l'Union jusqu'au sommet de Khartoum prévu la semaine prochaine.
Dans un communiqué rendu public lundi, la DA rappelle que les organisations gouvernementales et non-gouvernementales avaient accusé le gouvernement soudanais de violations flagrantes des droits humains, par conséquent son accession à la présidence de l'UA "saperait gravement" la crédibilité de l'Union et "enlèverait toute crédibilité à son engagement à protéger les droits humains".
" La situation des droits humains au Darfour (Soudan) est la pire dans le monde. Le gouvernement du Soudan est l'une des parties à un conflit qui a vu 300.000 personnes tuées et 2 millions d'autres déplacées de force. C'est sur la base de ces violations graves des droits de l'Homme que le Conseil de sécurité de l'ONU a saisi la Cour pénale internationale", a fait remarquer la DA.
Le parti d'opposition insiste sur le fait que l'Afrique du Sud doit par conséquent prendre ses distances par rapport à toute position de la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC) qui se traduirait par un soutien au Soudan comme candidat à la présidence de l'UA.
" Si l'Afrique du Sud soutient quand même le Soudan, ceci confirmerait l'impression qu'elle est l'amie des parias du monde - tels que les gouvernements du Zimbabwe et du Soudan", a souligné la DA.
" Le gouvernement sud-africain doit assurer à la population qu'elle ne va en aucun cas soutenir le Soudan", a-t-il ajouté.

Janvier 2006

Un accord historique ouvre la voie aux retours organisés vers le Sud-Soudan

All Africa-com, New York, (N-U), 17 janvier 2006

Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) a signé, jeudi dernier, le premier des sept accords tripartites - HCR, Soudan, Kenya - qui ouvrira la voie, au cours du premier semestre 2006, au retour vers le Sud-Soudan de près de 70.000 réfugiés.
Cet accord a été signé à Nairobi, avec gouvernements du Soudan et du Kenya, un an et trois jours après l'Accord de paix global (APG), également signé dans la capitale kenyane, qui a mis fin à 21 ans de guerre civile entre le Nord et le Sud du Soudan, indique un communiqué du (HCR) publié jeudi dernier.
« C'est à la fois très symbolique et tout à fait approprié d'avoir choisi le Kenya pour signer le premier accord tripartite pour le Sud-Soudan, étant donné le rôle fondamental que ce pays a joué pour la paix au Sud-Soudan », a déclaré Jean-Marie Fakhouri, directeur des opérations du HCR pour le Soudan.
« Cela permet d'envoyer un message aux communautés réfugiées installées dans d'autres pays et de leur dire qu'un an après la signature de l'APG, il est temps de songer sérieusement à rentrer », ajoute-t-il.
Le HCR prévoit d'aider quelque 70.000 réfugiés - dont 10.000 au Kenya. Au total, quelque 550.000 réfugiés originaires du Sud-Soudan vivent dans les pays voisins, auxquels s'ajoutent au moins 5 millions de Soudanais déplacés dans leur propre pays. Selon les dernières estimations, quelque 70.000 à 80.000 réfugiés sont rentrés l'année dernière au Sud-Soudan par leurs propres moyens.
L'accord tripartite signé jeudi stipule les rôles et les obligations de chacun des trois partenaires pour aider les réfugiés sud-soudanais à rentrer du Kenya.
« Les trois parties sont tombées d'accord, par exemple, pour que tout retour se fasse sur une base volontaire, et le Soudan a promis que le rapatriement des réfugiés se ferait dans la sécurité et la dignité. Le Kenya s'est engagé à garantir les droits des réfugiés qui décident de rester sur place pour le moment », explique le communiqué.
Cet accord doit être suivi par des accords tripartites avec d'autres pays d'asile. Selon Jean-Marie Fakhouri, l'accord avec la République démocratique du Congo devrait être signé fin janvier et suivi par un accord avec la République centrafricaine.
Ces accords devraient aussi encourager les pays donateurs à financer les opérations de rapatriement, a espéré le HCR.
En 2005, le HCR n'a reçu que 42 millions de dollars pour les opérations au Soudan sur les 76 millions demandés. Pour 2006, les besoins sont estimés à 63 millions de dollars.

Janvier 2006

Sommet de Khartoum : les Soudanais privés de pub

Jeune Afrique, 16 janvier 2006

Le Département d’Etat consulte-t-il régulièrement afriquecentrale.info. En tout cas les autorités US sont sur la même longueur d’ondes. "Il n'est pas nécessaire ni automatique que le président (soudanais Omar) Béchir devienne président de l'Union Africaine parce que la réunion se tient à Khartoum" a déclaré la secrétaire d'Etat adjointe aux Affaires africaines, Jendayi Frazer (photo) à Washington.

La tenue du sommet de l'Union africaine à Khartoum les 23 et 24 janvier suscite le mécontentement des organisations des droits de l'Homme et des opposants au régime soudanais, accusé de génocide au Darfour.

Seul dirigeant africain à s'être publiquement exprimé sur le sujet, le président tchadien Idriss Deby, qui accuse Khartoum de soutenir des déserteurs tchadiens et de mener des opérations militaires au Tchad, a déclaré mardi qu'un "pays avec plus de deux millions de personnes déplacées ne mérite pas d'accueillir le sommet de l'UA".

" La situation au Darfour rend évidemment les choses très problématiques, particulièrement si on doit assumer la présidence de l'UA alors que l'UA a une mission de maintien de la paix au Darfour: il y a là un petit conflit d'intérêt", a noté Mme Frazer.

" Mais c'est en fait une affaire interne que l'Union Africaine doit régler au niveau le plus élevé et je crois qu'il y a des consultations en ce moment", a-t-elle conclu.

Nous indiquions la semaine passée que l’UA cherchait une solution de réchange. Plusieurs options existent. La première consiste à garder le président Obasanjo à la tête de l’organisation pour une durée de 12 mois. La seconde consiste à élire un nouveau boss qui n’appartiennent pas à l’Afrique de l’ouest.

Le nom qui revient le plus souvent est celui du président congolais, Denis Sassou Nguesso. A son actif, le retour à la stabilité dans son pays, des actions de médiation dans la région (RDC, notamment) et le mérite d’être l’auteur d’une proposition adoptée en janvier 2005 par l’Union africaine et intitulée : Pacte de non-agression et de défense commune de l’Union africaine.

A Khartoum, les officiels qui souhaitaient se servir du prochain sommet comme une vitrine destinée à séduire l’opinion publique internationale déchantent

Janvier 2006

Le calvaire des Soudanais du Caire continue, selon une note de l'ONU

Disparitions, suicide, viol, rumeurs de vols d’organes, menaces soudanaises : un document du HCR, obtenu par « le Monde » se révèle accablant pour l’Egypte.

Le Monde, 15 janvier 2005, Le Caire, Cécile Hennion, envoyée spéciale

Depuis l'évacuation meurtrière par la police du camp de réfugiés soudanais du Caire, la nuit du 30 décembre 2005, "l'ambiance en Egypte reste tendue. [La presse] lance des accusations quotidiennes contre le Haut Commissariat pour les réfugiés (HCR) des Nations unies et le gouvernement égyptien persiste à déclarer qu'il n'a agi que "sous pression du HCR. Une session spéciale du Parlement, prévue le 17 janvier, sera consacrée à l'affaire des réfugiés soudanais, les députés Frères musulmans réclament une enquête. Douze organisations égyptiennes des droits de l'homme ont adressé des demandes similaires..."
L'introduction de cette note, datée du 10 janvier et émanant du HCR en Egypte, montre le malaise qui s'est emparé du bureau onusien. Le document, destiné à rester confidentiel, a été rédigé par Astrid Van Genderen Stort, porte-parole onusienne en mission au Caire et spécialiste du dossier. "Au sein du HCR, confie Mme Van Genderen Stort, contactée par téléphone, nous faisons notre autocritique. Par ailleurs, l'Egypte est signataire de la Convention de 1951 qui la soumet à des obligations. Mais tant que les faits ne sont pas établis, cela ne sert à rien de s'accuser les uns les autres. Si la polémique ne s'apaise pas, si l'enquête locale n'est pas concluante, le HCR fera appel à un comité d'enquête international et indépendant."
L'opacité entourant le déroulement de l'opération policière, l'absence de bilan crédible sur le nombre de victimes, parallèlement au manque de communication du HCR, a mis à mal l'image de ce dernier. Dans un article intitulé "Le massacre du Caire", le Boston Globe avance le chiffre de 265 morts (contre 26 selon les sources égyptiennes) et se livre à une critique acerbe du comportement du HCR.
Face à ces attaques, le bureau onusien du Caire a ouvert une enquête sur le sort des 2 000 Soudanais expulsés du camp et va aider leurs familles (à hauteur de 300 livres égyptiennes, soit 45 euros). Mais la tâche est rude. "Les Soudanais ont peur pour leurs morts, note le document. Des incisions profondes laissées par les autopsies ont suscité la crainte de vol d'organes." "Il s'agit peut-être d'une rumeur, précise Mme Van Genderen Stort, mais le HCR prend cette affaire au sérieux. Nous voulons une copie des rapports d'autopsie ou examiner les corps."
Le 5 janvier, le ministère des affaires étrangères égyptien a fini par autoriser les visites d'une prison de femmes, d'une autre prison et d'un camp militaire où sont enfermés les hommes. Mais le délai d'un mois réclamé par le HCR est refusé. Les résultats de l'enquête et les recommandations de l'ONU doivent être déposés au plus tard le 15 janvier. "Malgré de nombreuses requêtes, établit la note du HCR, nous n'avons jamais reçu de liste précisant le nombre initial des détenus, de ceux qui ont été relâchés et de ceux qui sont encore emprisonnés. Nous avons pu visiter 627 personnes (hommes, femmes et enfants), soit un chiffre qui ne correspond pas aux "650 Soudanais illégaux mentionnés par le gouvernement. Notre plus grande inquiétude concerne les disparus."
Pour interroger les prisonniers, 21 agents de l'ONU ont été mis à contribution. Leur premières découvertes sont accablantes. "Les équipes du HCR ont été informées du suicide d'un Soudanais. Ses amis disent qu'il était traumatisé après son arrestation. Il ne cessait de répéter qu'il pensait avoir écrasé et tué des enfants [la plupart des victimes ont péri étouffées.] L'homme s'est donné la mort en utilisant la corde qui servait de ceinture à son pantalon." Un cas de "viol avéré dans une prison" est également reporté. "Au fur et à mesure des visites du HCR, les Soudanais en détention sont de plus en plus impatients et malheureux, indique la note du HCR. Leur seul désir est d'être libérés. Beaucoup croient que leur sort est entre nos mains et que nous avons poussé le gouvernement à les déloger. Les déclarations du Caire selon lesquelles celui-ci collabore à l'enquête n'arrange pas les choses. Des femmes ont commencé une grève de la faim, ce qui a valu à l'une d'elles d'être battue par son garde."
Si les visites du HCR ne soulagent pas, d'autres sèment la panique chez des réfugiés qui ont quitté le Soudan pour échapper au régime de Khartoum. "L'ambassade du Soudan a effectué des visites, à deux reprises, avant même le HCR, pointe le document. Elle a collecté des informations et pris des photos des détenus. Cela a affolé les détenus. Certains ont déclaré avoir reçu des menaces." "C'est le point le plus délicat, explique Mme Van Genderen Stort. Ces visites sont déplacées." Khartoum doit rester à l'écart : telle est la première recommandation qui devait être faite, dimanche 15 janvier, aux autorités égyptiennes, suivie de celles, déjà formulées, de libérer femmes et enfants, et de patienter avant de prononcer des exclusions.

Janvier 2006

Quel président pour l'UA ?

Jeune Afrique, 15 janvier 2006

Plus que la tenue du sommet de l'organisation à Khartoum, c'est l'éventuel choix du chef de l'État soudanais à sa tête qui fait débat

Depuis l'éclatement de « l'affaire Hissein Habré », on pensait que l'extradition vers la Belgique de l'ex-dictateur tchadien installé au Sénégal serait au coeur des discussions du VIe sommet ordinaire des chefs d'État de l'Union africaine (UA), qui se tiendra à Khartoum les 23 et 24 janvier. La question passera finalement au second plan. C'est, en réalité, à un dilemme bien plus grave que les États membres de l'Union devront trouver une solution. Un enjeu fondamental qui pourrait bien décider de l'avenir de leur organisation, de son fonctionnement et de sa crédibilité : ils devront déterminer qui peut, qui doit, qui saura assumer la présidence en exercice de l'UA.
Davantage que la tenue du sommet dans la capitale soudanaise, c'est la nomination d'un nouveau président qui met aujourd'hui les Africains au pied du mur. Il avait été souligné, à Addis-Abeba, en juillet 2004, que l'accueil du sommet par le pays hôte ne faisait pas de lui le futur président en exercice de l'institution. Cette automaticité, coutume assumée sous la défunte Organisation de l'unité africaine (OUA), n'est pas inscrite dans les statuts, encore moins dans les jeunes traditions de l'UA. Ainsi la conférence des chefs d'État avait-elle confié la fonction au Nigérian Olusegun Obasanjo, il y a deux ans et demi ; ainsi l'avait-elle reconduit en juillet 2005 à Syrte (Libye), pour six mois.
C'est bien ce message qu'Alpha Oumar Konaré, le président de la Commission de l'Union, s'acharne à faire passer dans nombre de capitales africaines depuis le mois de décembre. Officiellement en visite à Libreville, Brazzaville, Abuja, Luanda, Tripoli, Pretoria ou Paris pour évoquer l'ordre du jour, il a, en réalité, tenté de rassembler les troupes autour de cette simple et dure réalité : l'Afrique est suffisamment marginalisée sur la scène internationale pour qu'on ne la mette pas davantage en danger.
Selon lui, un président en exercice de l'UA doit être une personnalité incarnant un certain nombre d'idéaux qui correspondent aux ambitions que s'était fixées l'organisation lors de sa création en 2002, à Durban. Celle, notamment, de devenir un outil politique au service du continent, fondé sur les principes de démocratie et de bonne gouvernance. En clair, les chefs d'État devront choisir celui qui, parmi eux, pourra raisonnablement occuper cette fonction-là, afin d'éviter qu'Omar Hassan el-Béchir, le chef de l'État soudanais, remporte la mise.
Des voix, de Paris à Washington en passant par Bruxelles, se sont déjà élevées pour marquer leur désapprobation. Selon Suliman Baldo, directeur Afrique de Crisis Group, « si le Soudan présidait, l'UA gaspillerait inutilement les bonnes dispositions acquises à son égard dans les chancelleries occidentales et ferait une très grave erreur ».
L'UA n'a, de fait, que peu de marge de manoeuvre, car ses moyens dépendent, pour beaucoup, du bon vouloir des bailleurs de fonds. Le gardien de l'Union ne saura, en aucun cas, se passer de leur soutien financier, politique et moral. Le non-respect des droits de l'homme peut, depuis la convention de Lomé, amener l'Union européenne (UE) à serrer les cordons de la bourse. C'est elle qui finance l'essentiel de la force de maintien de la paix de l'UA. Or c'est justement au Darfour que le Conseil de paix et de sécurité de l'UA (CPS) a envoyé sa première opération d'observation de cessez-le-feu. Omar el-Béchir en viendrait-il à présider l'organisation, « les troupes africaines d'observation seraient alors sous commandement d'un des protagonistes du conflit et seraient empêchées d'agir », affirment entre autres Simone Dumoulin, présidente de l'ONG Vigilance Soudan, et Bernard Kouchner, dans une tribune publiée dans le quotidien français Le Figaro. « Le médiateur pour la paix serait le principal responsable des horreurs commises contre les civils. C'est absurde ! »
Le secrétaire d'État soudanais aux Affaires étrangères a beau assurer que le Nigeria, aujourd'hui hôte des négociations sur le Darfour, resterait l'unique médiateur des pourparlers, les États-Unis et l'Europe ne l'entendent pas de cette oreille. D'autant que, outre le Darfour, où la situation est « explosive » selon l'ONU, le Soudan fait également face à de nouveaux troubles dans l'Est et, depuis la mort de John Garang en juillet, dans le Sud. Les relations avec son voisin tchadien s'enveniment de jour en jour. Depuis l'attaque de la localité tchadienne d'Abré, le 18 décembre, Idriss Déby se considère « en état de belligérance » avec le Soudan, et fait tout pour qu'il ne soit pas l'hôte du sommet de l'UA, encore moins son futur président. Il a appelé ses frères d'Afrique centrale au secours, a rendu visite au « Guide » libyen et a demandé aux autorités de l'UA de délocaliser la réunion.
La cristallisation est telle autour de la personne du président soudanais qu'à la veille de l'ouverture du sommet de Khartoum, les chefs d'État ne peuvent plus tergiverser. Certes, ils avaient tous accepté, il y a un an, de faire le voyage au Soudan. Béchir avait promis à l'époque de mettre fin à la crise du Darfour. Pour soutenir ses efforts de réconciliation avec le Sud-Soudan, pour célébrer avec lui le cinquantième anniversaire de l'indépendance de son pays, ses pairs avaient fini, à la suite de longues palabres, par accepter son invitation. Ils étaient alors peu nombreux à penser sérieusement que la question se poserait de lui donner aussi la présidence en exercice de l'UA. L'appétit venant en mangeant, Béchir en a vu clairement les avantages et mis de grands moyens au service de sa diplomatie pour les persuader de lui accorder, une fois encore, leur confiance.
Alpha Oumar Konaré - qui joue là la crédibilité de l'organisation - multiplie lui aussi les consultations pour que les chefs d'État refusent la présidence du pays des deux Nils, encore considéré par les États-Unis comme « sponsorisant le terrorisme » et sanctionné, de facto, par l'Europe. Bref, il faut lui trouver une alternative susceptible de représenter l'Afrique partout où elle doit être entendue, du Conseil de sécurité de l'ONU aux tours de table des institutions de Bretton Woods ou du Club de Paris.
Alpha Oumar Konaré est allé sonder les candidats potentiels et leurs soutiens. À Libreville, Omar Bongo Ondimba, qui semble s'investir plus que jamais dans les affaires internes depuis sa récente réélection, pourrait préférer voir son voisin, Denis Sassou Nguesso, prendre la tête de l'UA. Konaré était d'ailleurs à Brazzaville le 5 janvier et doit retourner dans la région à l'occasion de l'investiture du dirigeant gabonais prévue le 19 janvier. Nul doute qu'en marge des cérémonies, la question sera encore débattue.
La nomination du Congolais aurait l'heur de satisfaire un certain nombre de ses pairs, prêts à confier la barre à l'Afrique centrale en raison d'une rotation régionale souhaitée. L'Afrique de l'Ouest vient en effet d'assumer un an et demi de présidence, et les deux premiers mandats avaient échu à l'Afrique australe. Le Sud-Africain Thabo Mbeki, qui, à bien des égards, répond aux critères souhaités, pourrait prétendre aux fonctions si sa médiation en Côte d'Ivoire n'était sujette à caution et si la domination de son pays sur le continent n'agaçait pas déjà suffisamment les autres capitales africaines.
Une présidence congolaise, à défaut de trouver une autre solution providentielle, pourrait également éviter d'avoir recours à la dernière alternative : une deuxième prolongation du mandat d'Olusegun Obasanjo.
Cette éventualité a évidemment été étudiée. Statutairement, rien ne l'empêche. Mais, outre qu'elle ne rencontre pas l'assentiment des trois autres grandes puissances continentales (l'Afrique du Sud, l'Égypte et l'Algérie), elle inciterait la communauté internationale à se demander s'il n'y a, décidément, qu'un seul homme, parmi 53 chefs d'État, capable d'assumer la présidence de l'UA.
Quoi qu'il en soit, même si, le 23 janvier, Olusegun Obasango passe le flambeau à un successeur, la décision aura été trop tardive pour que ce dernier ait le loisir de bien préparer sa présidence. L'incertitude qui plane actuellement sur les organes et le fonctionnement de l'UA est dommageable à son efficacité. Dans un futur proche, elle ne pourra faire l'économie d'une réflexion sur ses statuts et les modalités qui définissent la présidence tournante. Le flou actuel, censé apporter flexibilité et concertation aux autorités, est au contraire source de difficultés. Bientôt âgée de 4 ans, il est temps que l'UA entre dans sa période de maturité.

Janvier 2006

Revenus pétroliers tchadiens

Les pétrodollars tchadiens étaient déposés sur ce compte de la CityBank de Londres depuis 2003.

Le Figaro, 13 janvier 2006, Sixtine Léon-Dufour

La rupture est consommée entre le Tchad et la Banque mondiale. Hier soir, l'ancien faucon de la Maison-Blanche, Paul Wolfowitz, aujourd'hui à la tête de l'institution internationale, a fait bloquer le compte de la CityBank à Londres sur lequel sont placés les pétrodollars tchadiens depuis 2003. Cette mesure fait suite au gel des prêts, pour un montant de 124 millions de dollars, annoncé il y a une semaine par la Banque mondiale. «Une conséquence logique», estime-t-on à la CityBank, du bras de fer qui oppose N'djamena à l'institution de Washington depuis un mois.
Car en modifiant à son profit la loi dite «001», unique au monde, censée encadrer la gestion des revenus pétroliers, le président Idriss Déby s'est mis dans une position délicate vis-à-vis des bailleurs de fonds internationaux. Adopté en 1999, sous la pression de la Banque mondiale, ce texte imposait, entre autres, que 10% de ces fonds soient réservés à la lutte contre la pauvreté. Mais, les caisses de l'Etat étant vides, Déby, au plus mal politiquement, en a décidé autrement. En dépit des menaces.Avant hier, le président tchadien a approuvé définitivement la nouvelle mouture de cette loi, votée par le Parlement le 29 décembre dernier, se laissant donc la possibilité de mettre immédiatement la main sur 30 millions de dollars. Voire plus, si on inclut d'autres recettes, comme celles directement versées par les compagnies pétrolières.

«Les pétrodollars génèrent de la corruption»

Et pourtant. Cela devait être un cas d'école. Un exemple pour l'Afrique. Pour une fois, la manne pétrolière allait enfin profiter aux populations démunies, servir le développement d'un continent englué dans la pauvreté. En agissant de la sorte, Déby a fait voler en éclat les derniers espoirs de conjurer ce qu'il convient d'appeler la «malédiction de l'or noir». Et l'affaire, bien embarrassante pour la Banque mondiale, lui a valu un concert de critiques.Pour les ONG, une telle dérive était prévisible. L'institution n'a fait, selon elles, qu'entretenir la corruption, ainsi «qu'un dictateur notoire». Les mesures prises équivalent tout au plus «à une petite tape sur la main», s'insurge Nancy Bridsall, présidente du Center for Global Devlopment, un think-tank américain.

Plus largement, cette affaire met en lumière les limites des institutions internationales lorsqu'il s'agit de pays pétroliers. «Les pétrodollars génèrent plus de corruption que d'emplois. Cela sape la mise en place de systèmes de droits de propriété, affaiblit les autorités locales et autres institutions politiques, dont une économie a besoin pour réussir», poursuit Nancy Bridsall. Sans que ni la Banque mondiale ni le FMI – le «cas tchadien» l'atteste – ne puissent réellement s'y opposer.

«Cette gabegie doit les conduire à revoir leur stratégie de réduction de la pauvreté. Sinon d'autres cas similaires se présenteront», explique Ian Gary, spécialiste des industries extractives chez Oxfam US. Il n'empêche. Avec ce dernier coup de poing sur la table, la Banque mondiale peut entraîner dans son sillage d'autres bailleurs de fonds. Anne 0. Krueger, directrice générale adjointe du FMI, a d'ailleurs déclaré approuver «complètement la mesure prise par la Banque mondiale». Et se réserve, implicitement, le droit de faire de même.

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P.S La manne pétrolière
Le Figaro, 13 janvier 2006

Investissements. L'oléoduc Doba-Kribi, long de 1 100 km, a coûté 3,7 milliards de dollars, plus gros investissement de la Banque mondiale en Afrique.
Exploitation. Depuis 2003, le Tchad a exporté 118 millions de barils, ce qui lui a déjà rapporté 400 millions de dollars.
Revenus. Pour les 25 prochaines années, le pays devrait toucher entre 2 et 6 milliards de dollars, l'équivalent annuellement de la moitié du budget de l'État.
Production. 200 000 barils par jour
Réserves. Elles sont estimées à 900 millions de barils.

Janvier 2006

Offensive de l'armée soudanaise contre des rebelles

Le Figaro, 13 janvier 2006

L'armée soudanaise aurait lancé hier des attaques contre un groupe de rebelles de l'Est, dans la région de Hamesh Koreb, à l'est du pays. Environ 3 000 soldats soudanais, appuyés par quatre chars, se sont déployés à Hamesh Koreb et ont donné l'ordre aux hommes du Mouvement populaire de libération du Soudan (SPLM) de partir. «C'est un acte d'agression, c'est une violation très dangereuse de l'accord de paix», a déclaré le porte-parole de ces derniers, le général Elias Waya Nyipuocs. Il y a un an, le gouvernement de Khartoum et le SPLM ont signé un traité de paix mettant fin à 21 ans de guerre civile. D'après le texte, le SPLM aurait dû retirer ses troupes de Hamesh Koreb au 9 janvier. Selon plusieurs ONG, le retrait des troupes rebelles mènerait à une nouvelle catastrophe humanitaire.

Janvier 2006

Tchad : Idriss Déby de plus en plus fragilisé

Afrique Multiples défections, rébellion dans l'est du pays, grave crise sociale : face à une situation de plus en plus préoccupante, le président Déby tente de réagir. Sans grand succès pour l'instant.

Le Figaro, 13 janvier 2006, Tanguy Berthemet

Le pouvoir tchadien n'a jamais paru aussi faible. Menacé par une rébellion à l'est plus ou moins soutenue par le Soudan, par de multiples défections dans son entourage et par une grave crise sociale, le président Idriss Déby cherche un second souffle. «Il se retrouve un peu dans la situation d'Hissène Habré au début de 1990», résume Mamouth Nahour-N'Gawara, un vieil opposant au leader tchadien. Plus que tout autre, Déby est à même de mesurer l'ampleur de la menace. En décembre de cette année-là, le dictateur Habré avait fini par être chassé de N'Djamena par une colonne de mutins en armes surgie du Soudan voisin sous la direction d'Idriss Deby.

Ce dernier a donc décidé de réagir. En guise de symbole de sa détermination, le président remisait son costume civil pour remettre son uniforme. Puis, il y a trois semaines, il contre-attaquait. N'Djamena se déclarait «en état de belligérance» avec le Soudan. Khartoum était officiellement accusé d'abriter et d'armer les rebelles du rassemblement pour la démocratie et la liberté (RDL). Ce mouvement dirigé par Mahmat Nour mène régulièrement des rezzous contre les villes frontalières tchadiennes. N'Djamena ne pardonne pas non plus à son voisin d'accueillir le Socle pour le changement l'unité et la démocratie (Scud), un groupe composé pour l'essentiel de soldats déserteurs Zaghawas, la propre ethnie d'Idriss Déby. L'annonce récente de l'alliance entre ces deux mouvements a été violemment dénoncée par l'homme fort tchadien comme un nouveau mouvement hostile coordonné par le voisin.

Mais cette colère tchadienne n'est restée pour beaucoup qu'une façade. «Personne n'ignore que l'alliance entre le Scud et le RDL, deux groupes que tout oppose, est impossible. En fait, Déby cherchait à internationaliser la crise pour se trouver des soutiens», explique un opposant. Reste que la manoeuvre n'a rencontré qu'un succès limité. Invités le 4 janvier dernier à N'Djamena pour un sommet extraordinaire, certains chefs d'État de la Communauté économique et monétaire d'Afrique centrale (Cemac) ont bien accepté de se déplacer. Le communiqué final condamne certes «toute tentative de déstabilisation» du Tchad. Mais il évite prudemment de citer le Soudan. Le voyage effectué par Déby le week-end dernier à Tripoli ne lui offrira pas plus de garantie de la part d'une grande puissance locale. Quant à la France, soutien fidèle du pouvoir tchadien, elle se fait désormais discrète.

«La France en spectatrice»
L'ancienne métropole assure suivre «avec la plus grande attention» la situation. Ainsi, les troupes françaises stationnées au Tchad ont-elles été renforcées. «Il ne s'agit que d'un mouvement destiné à la protection des ressortissants», explique-t-on à Paris. «La France s'est placée en spectatrice, détaille un analyste local. Comme l'Union africaine, elle fera tout pour éviter une guerre civile qui risque de déstabiliser toute la région. Mais elle n'agira pas juste pour sauver Déby.»

Le président Tchadien a donc été contraint de revenir à plus de prudence. Mardi, il se disait prêt à renouer avec les Soudanais sous conditions. Les Tchadiens exigent notamment l'arrêt des raids contre leurs territoires et des compensations pour les «614 morts» recensés lors de ces affrontements. De son côté, les Soudanais se sont dits ouverts à la discussion. Reste que l'apaisement actuel risque d'être de courte durée. «On sait aussi que les problèmes du Tchad proviennent surtout d'une crise intérieure. Il a des contestations au sein de l'armée. Les gens s'appauvrissent et veulent voir partir ce pouvoir clanique et oppressif», affirme Ibni Oumar Mahamat Saleh, ancien ministre de Déby aujourd'hui responsable d'une coordination d'oppositions. Dans l'atmosphère de fin de règne de N'Djamena, les élections présidentielles prévues au printemps risquent d'être très délicates.

Janvier 2006

L'ONU discute de son éventuelle participation au maintien de la paix au Darfour

Xinhuanet, New York, 13 janvier 2006 –

Le secrétaire général de l'ONU Kofi Annan et les membres du Conseil de sécurité ont discuté jeudi de la participation de l'ONU à la mission de maintien de la paix dans la région du Darfour, au Soudan.
" D'après ce que je sais, l'Union africaine (UA) a des ressources jusqu'en mars", a indiqué à la presse M. Annan, suite au déjeuner mensuel avec les envoyés des 15 membres du Conseil de sécurité.
" Nous avons discuté de l'éventuelle implication de l'ONU, mais bien-sûr, cela signifie que nous ne pourrons nous impliquer que lorsque le mandat de l'Union africaine aura pris fin et nous sommes en discussion avec elle", a-t-il dit.
M. Annan a signalé que le dirigeant de l'UA, l'ancien président malien Alpha Oumar Konare, se rendrait à New York ou rencontrerait des responsables de l'ONU ailleurs pour discuter des détails de la possible participation de l'ONU au Darfour.
Lors d'une réunion ministérielle de l'UA sur la question du Darfour jeudi matin, M. Konare a indiqué que la mission de l'UA au Soudan (AMIS) serait maintenue pour une nouvelle période de 9 à 12 mois si la communauté donatrice lui accordait les ressources nécessaires et le soutien logistique.
La communauté internationale doit considérer d'autres options, dont la possibilité de travail de l'ONU avec l'UA sur le Darfour, a ajouté M. Annan.
Depuis plus d'un an, le Conseil de sécurité a cherché à mettre fin au conflit civil au Darfour, où depuis trois ans, des affrontements entre deux groupes rebelles locaux et les troupes du gouvernement ont fait des dizaines de milliers de morts et 1,7 million de déplacés.
Le conseil a imposé un embargo sur les armes, le gel des avoirs et l'interdiction de voyage sur les belligérants au Darfour, et a soumis les atrocités commises dans cette région à la Cour pénale internationale

Janvier 2006

L'UA se félicite du rôle des femmes dans la paix au Darfour

Jeune Afrique, 12 janvier 2006

Les femmes de la région occidentale du Soudan, le Darfour, sont en train de soutenir le processus de paix parrainé par l'Union africaine à travers leur présence aux négociations de paix dans la capitale nigériane, Abuja, se félicite un rapport publié jeudi par la Commission de l'Union africaine.
" Les femmes ont initié un dialogue constructif et ont travaillé ensemble pour produire une plate-forme commune sur le genre pour les femmes du Darfour", a déclaré le président de la Commission de l'Union africaine, Alpha Oumar Konaré, à l'occasion de la 45éme session du Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l'UA.
Dans son rapport sur la situation en cours au Darfour, M. Konaré a noté que des efforts ont été déployés pour bâtir et entretenir la confiance entre les femmes et les différentes parties.
Il a fait remarquer devant le CPS que la Commission de l'UA a entrepris un certain nombre d'initiatives destinées à s'attaquer à l'aspect genre dans le conflit et renforcer la participation des femmes dans les pourparlers de paix inter-soudanais.
" Cela conformément à la Déclaration solennelle des chef d'Etat de l'UA de 2004 sur l'égalité des sexes en Afrique, le Protocole de l'UA à la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples relatif aux droits des femmes de 2003, et la Résolution 1325 du Conseil de sécurité de l'ONU sur les femmes, la paix et la sécurité de 2000", a déclaré M. Konaré.
Avec l'aide du Fonds de développent pour les femmes de l'ONU (UNIFEM), une équipe de soutien au genre composée de 20 femmes en provenance du Darfour s'est rendu à Abuja pour soutenir le processus de paix.
Ce groupe qui était composé d'économistes, d'avocates, de travailleuses de la santé, de parlementaires, de ministres, de professeurs et des femmes travaillant dans les camps de personnes déplacées, a séjourné pendant 20 jours dans la capitale nigériane depuis décembre 2005.
M. Konaré a salué le rôle joué par les femmes au Darfour, indiquant qu'elles sont non seulement des victimes de la guerre, mais des agents actifs compte tenu de leur contribution significative pour arriver à une solution durable du conflit, ajoutant que cela a révélé une autre dimension du Darfour.
Toutefois, les femmes sont appelées à s'impliquer davantage dans le processus de paix pour faire en sorte que leurs préoccupations soient reflétées dans l'accord de paix définitif.
Le conflit du Darfour qui a éclaté en février 2003 a fait quelques 200.000 morts et déplacé deux millions de personnes.
L'UA qui dispose d'une force de maintien de la paix au Darfour est en train d'arbitrer les négociations de paix à Abuja.

Janvier 2006

La mission de l'UA au Darfour confrontée à un besoin d'argent

Jeune Afrique, 12 janvier 2006

La mission renforcée de l'Union africaine pour le maintien de la paix au Darfour, Ouest du Soudan, peut être paralysée par un manque chronique de fonds, selon le président de la Commission de l'Union africaine, Alpha Oumar Konaré.
Dans un rapport présentée à la 45ème session du Conseil de paix et de sécurité de l'UA, M. Konaré a déclaré que "cette présence renforcée a indiscutablement eu un impact positif sur la situation obtenue sur le terrain", mais le financement est toutefois une contrainte majeure".
Passant en revue les opérations de la Mission de l'UA au Soudan (AMIS) durant les dernières années, le patron de l'UA a noté que la mission a besoin d'un budget de 252,4 millions de dollars pour les opérations qui se dérouleront du 1er juillet 2005 au 30 juin 2006, mais n'a reçu que 65,4 millions de dollars à la fin du mois d'octobre 2005.
Selon lui, les fonds reçus dans le cadre du renforcement de l'AMIS sont également épuisés et cette situation a eu pour conséquence l'arrêt du paiement des indemnités des observateurs militaires de l'UA.
" L'expérience de l'AMIS a montré les difficultés à monter des opérations de soutien de la paix de grande envergure pour une longue période sans sources de financement fiables", a-t-il expliqué.
Le déficit concerne des promesses estimées à 312,7 millions, notamment des contributions en nature faites à l'occasion d'une conférence organisée le 26 mai 2005 à Addis-Abeba.
Un récent accord de contribution entre l'UA et l'Union européenne a jugulé la crise financière en rendant disponible 70 millions d'euros (84 millions de dollars) sur les fonds de la Facilité de paix en Afrique.
M. Konaré a en outre déclaré que quelque 12,03 millions de dollars américains sont attendus du Canada pour l'achat de kérosène et le logement de la police civile.
Pendant ce temps, le Royaume-Uni a donné 6 millions de dollars pour l'achat de kérosène et la France va débourser 1 million de dollars pour couvrir les autres dépenses relatives aux opérations.
Ces contributions estimées à 103,03 millions de dollars couvriront beaucoup de dépenses de la mission telles que les salaires, les indemnités et autres, a déclaré M. Konaré.
Mais 4,6 millions de dollars additionnels seront toujours nécessaires pour couvrir d'autres lignes budgétaires et soutenir la mission jusqu'au 31 mars 2006.
M. Konaré a remercié les partenaires de l'UA pour leur soutien logistique qui a permis de transporter les soldats et autres membres du personnel au Darfour et aider à maintenir la mission.
Les pays de l'OTAN et de l'UE ont assuré le transport aérien de trois bataillons du Nigeria et trois du Rwanda, un du Sénégal et une compagnie de la Gambie.
Ces partenaires assureront aussi le transport des soldats durant la rotation prévue entre les mois de février et avril 2006.
Alpha Oumar Konaré a également rendu hommage aux pays membres de l'UA qui ont pris part à la mission en envoyant des soldats ou des policiers et pour leur engagement et leur sacrifice

Janvier 2006

Les pourparlers de paix du Darfour s’enlisent

IRIN, Abuja, 10 janvier 2006

Les pourparlers de paix au Darfour ont été suspendus pour une semaine afin de respecter un congé musulman, selon les médiateurs, alors que la situation sécuritaire s'aggrave et que les protagonistes ne parviennent pas à s’entendre sur les clés du partage des pouvoirs.
Les représentants officiels de l’Union africaine (UA) ont suspendu les pourparlers de paix à Abuja dimanche afin de permettre aux délégués musulmans du gouvernement soudanais et des deux mouvements rebelles de célébrer les festivités de l’Eid el-Kebir.
Les discussions devraient reprendre le 15 janvier, ont déclaré les médiateurs.
Ces derniers avaient espéré que ce septième round de pourparlers entre les autorités de Khartoum, le Mouvement/Armée de libération du Soudan (SLM/A) et le Mouvement pour la justice et l’égalité (Jem), qui a démarré au mois de novembre, résoudrait un conflit vieux de trois ans.
Mais ils ont admis que le seul résultat tangible était le maintien du dialogue entre les deux parties.
« Cela fait plus d’un mois que nous sommes ici, mais je ne peux même pas dire que l’on ait progressé. C’est très lent”, a déclaré en fin de semaine à la presse Sam Ibok, l’un des représentants de l’UA.
Mettant pour la première fois leurs différents de côté, les deux groupes rebelles ont présenté un front commun, demandant la création d’un nouveau poste de vice-président qui reviendrait à quelqu’un du Darfour. Mais le gouvernement soudanais a catégoriquement rejeté cette option, proposant, au mieux, une position de conseiller spécial auprès du président Omar el-Bashir.
En plus de la vice-présidence, les rebelles veulent également élargir la région, qui avait été amputée de certains territoires dans le passé.
Ces deux points ayant conduit les négociations dans une impasse qui dure depuis des semaines, le médiateur de l’UA a déclaré qu’ils avaient été abandonnés pour le moment.
Un autre sujet de négociations concerne le partage des richesses et les questions sécuritaires, mais certains délégués ont affirmé que tout progrès dans ces deux domaines seraient insignifiants sans un accord de partage des pouvoirs. Selon M. Ibok, les opinions divergent également sur ces questions.
Le blocage des pourparlers n’a pas permis d’améliorer la situation sécuritaire au Darfour, qui continue d’empirer.
Vendredi, la dernière violation du cessez le feu a tué l’un des 6 000 hommes chargés, par l’UA, du maintien de la paix dans la région. Les médiateurs affirment que la crise entre le Soudan et le Tchad risque de provoquer une escalade des tensions et de porter préjudice au processus de paix au Darfour.
Le JEM et le SLA/M ont pris les armes contre Khartoum début 2003 pour mettre fin à ce qu’ils considèrent comme l’abandon et l’oppression des populations noires du Darfour, une région semi-désertique aussi grande que la France. Le gouvernement soudanais a répondu en apportant son soutien à une milice arabe connue sous le nom de Janjawid.
Selon les estimations des agences humanitaires, plus de 180 000 personnes ont été tuées et près de deux millions d’habitants ont été obligés de quitter leurs maisons en raison des attaques systématiques des Janjawid.
La semaine dernière, les Nations unies ont déclaré le Darfour une zone à haut risque et réduit l’effectif de son personnel dans la zone.

 

Janvier 2006

Darfour : l'ONU appelle à accélérer les négociations de paix

Jeune Afrique, 10 janvier 2006

L'envoyé de l'ONU au Soudan, Jan Pronk, qui a effectué une visite de trois jours (du 5 au 7 janvier) à Abuja, au Nigeria, a exhorté les parties à accélérer les pourparlers de paix sur le Darfour afin de conclure les négociations à Abuja.
A Abuja, Jan Pronk a discuté avec les différentes parties, les médiateurs et les observateurs internationaux des progrès des pourparlers de paix sur le Darfour, indique un communiqué de la Mission des Nations Unies au Soudan (Unmis) publié lundi à Khartoum.
A l'issue de rencontres avec l'ensemble des parties prenantes, dont les mouvements rebelles et la délégation du gouvernement soudanais, il a prié les parties d'accélérer la vitesse des négociations afin de faire "en sorte que la septième série de négociations soit la dernière".
Il a aussi demandé un réalignement des priorités dans les négociations de façon à se concentrer davantage sur l'obtention d'un accord rapide concernant les problèmes de sécurité dans la région.
Selon l'Unmis, la situation sécuritaire dans l'ouest du Darfour reste explosive suite à l'embuscade perpétrée contre un convoi de l'Union africaine (UA), dans laquelle un soldat de l'UE a été tué et quatre autres blessés.
Le 7 janvier, l'envoyé spécial de l'ONU et le ministre soudanais des Affaires étrangères ont mené ensemble à Khartoum une réunion du Mécanisme conjoint d'application (JIM) de la déclaration commune publiée le 4 juillet 2004.
Par cette déclaration, le gouvernement soudanais s'engageait à désarmer les Djandjawids, milices qui sont accusées d'avoir pris une part majeure dans les attaques lancées contre certaines ethnies du Darfour, et tous les autres groupes armés illégaux.

Janvier 2006

Salva Kiir : en panne de stratégie au sud du Soudan

La Croix 10 janvier 2006

Il y a un an , John Garang leader des rebelles du Soudan du Sud signait un accord historique avec Khartoum, mettant fin à vingt et un ans de guerre civile. Tué dans un accident d’hélicoptère le 30 juillet, il a été remplacé par Salva Kiir, ex-numéro deux, qui ne semble pas e mesure d’empêcher l’enlisement de l’accord.

Le 9 janvier 2005, le régime islamiste du président soudanais Omar Al Béchir et les rebelles du Sud, dirigés par leur leader historique John Garang, signaient à Khartoum un accord de paix historique. Un an plus tard, Salva Kiir a bien du mal à assurer la relève de ce dernier, mort accidentellement il y a six mois. Agé de 54 ans, Salva Kiir était un compagnon depuis le début ayant fondé avec lui l’Armée de libération des peuples du Soudan (SPLA). Comme lui, il est originaire de l’ethnie dinka. Grand , barbu, souvent coiffé d’un chapeau de brousse, portant des scarifications sur le front, il a pris les armes dès les années 1960, au sein de la première rébellion sudiste, Anyanya.
Lorsque la guerre reprend en 1983, il en est, s’y taillant une réputation d’homme d’action. Très populaire parmi ses troupes et auprès des responsables du Sud, « général Kiir », devenu numéro deux du SPLA, remporte plusieurs victoires qui renforcent sont influence. Comme celle du Bahr-El-Gazal dans les années 1990, alors que cette région échappait de plus en plus au leader John Garang. C’est encore lui qui mène la délégation du SPLA pour négocier ce qui aboutira au protocole de Machakos, au Kenya en 2002. Ce texte jetait les bases du futur accord de paix et, surtout fixait les règles de l’accès à l’indépendance du Sud, qui sera soums par référendum à sa population dans cinq ans.
Aujourd’hui et depuis le 1er août 2005, Salva Kiir a en charge l’application de l’accord signé il y a un an. Mais il n’a ni la flamboyance, ni l’aisance de John Garang. Le 11 août, il a prêté serment comme premier vice-président du Soudan devenant le second dignitaire du pays après le président Omar Al Béchir. Depuis des commissions mixtes ont été créées, et un gouvernement d’union nationale intégrant le Congrès national au pouvoir et les ex-rebelles du SPLM, a prêté serment e 22 septembre. Mais rien n’avance. Plus militaire que politique, Salva Kiir a du mal à s’imposer. Davis Mozersky, analyste au centre de recherche international Crisis Group (ICG), s’inquiète de « l’effort systématique de la part du Congrès national pour retarder l’application du traité ». Pour lui, cela signifie reculer le plus possible le moment d’organiser des élections démocratiques et éviter un vrai partage équitable de la ressource pétrolière du Sud.

Catherine Rebuffel

 

Janvier 2006

Fuir le Soudan pour mourir en Egypte

Le Monde des 8 et 9 janvier 2006

La tragédie des réfugiés du Caire : Le 30 décembre 2005, l’évacuation d’un camp de Soudanais a tourné au drame. Retrouvés sur les lieux, les papiers des exilés racontent la répression dans leur pays et l’indifférence de l’ONU.

Le Caire :

Près d’une semaine après l’évacuation meurtrière des réfugiés soudanais au Caire, le 30 décembre 2005, par la police égyptienne, les Soudanais n’en finissent pas de compter leurs morts.
Dans l’hôpital Qasr el-Eini, situé non loin de la place Moustapha-Mahmoud, où avait,été planté le camp, Willie pleure sa mère tuée par des coups de matraque portés à la tête. La main menottée au bord du lit d’un petit garçon émerge des couvertures. Il est mort le 2 janvier, personne n’est venu le réclamer.
Aujourd’hui le bilan officiel atteint 27 morts, principalement des enfants, des femmes et des vieillards. Un chiffre que l’on pourrait « au moins doubler », d’après les médecins de Qasr-el-Eini, qui refusent de décliner leur identité. Achraf Milad, avocat spécialisé dans les affaires de réfugiés, avançait, jeudi 5 janvier, le chiffre de 156 morts : il tient ce chiffre d’une cellule de crise montée par des soudanais raflés par la police puis libérés, qui a effectué un recensement dans les morgues, où eux seuls ont accès. Les journalistes et les ONG ont été empêchés d’y entrer, parfois par des cordons de policiers. Le vrai bilan demeurera peut-être un mystère.
Le jour de l’intervention policière, Tareq Abdel Razek, responsable des 6.000 hommes qui ont « nettoyé » le camp a déposé la plainte n° 9975 auprès du procureur général. Il jjstifie ce qu’il appelle des « accrochages ». Il accuse les soudanais de l’avoir attaqué, lui et ses hommes ; de l’avoir provoqué en « dansant » sous l’emprise de l’alcool lorsque la police tentait d’évacuer pacifiquement le camp. Quelques jours plus tard, l’officier s’excusait publiquement à la télévision.
Pourquoi Le Caire a-t-il pris des mesures aussi radicales ? Selon Me Milad, le Haut Commissariat pour les réfugiés (HCR) des Nations unies en Egypte est partiellement coupable. « En refusant de prendre en compte les demandes des réfugiés, explique-t-il, et déclarant qu’il n’était pas responsable des Soudanais illégaux, le HCR a donné le feu vert à une intervention de la police égyptienne qui n’hésite jamais à faire un usage excessif de la force ».
Après leur arrestation, les réfugiés ont été transportés dans des camps militaires. Beaucoup ont ensuite été « libérés » à Assiout, Alexandrie, voire dans le désert qui borde Madinat-Cita October (La Ville du 6-octobre). Adam Mohammed Adam, originaire du Darfour raconte :
« Un général nous a rassemblés devant la prison et mis dans des bus. Nous avons beaucoup roulé jusqu’à un endroit désertique, avec une montagne. Débarqués par groupe de cinq, nous avons marché longtemps avant de trouver une ville et un bus pour Le Caire ».
Adam avait la chance d’avoir conservé ses papiers. Ceux qui n’en ont plus sont interdits d’accès au Caire. Les églises sont devenues des refuges improvisées pour une population qui, désormais, ne possède plus rien, même plus d’identité. Des enfants ont été séparés de leur famille et vivent cachés, dans la peur de se faire à nouveau déloger.

Dans les monceaux de détritus laissés dans la panique de l’évacuation forcée, Le Monde a récupéré plusieurs kilos de documents personnels : passeports, permis de conduire, dossiers et lettres de demande d’asile. Nul ne sait si leurs propriétaires sont vivants. S’ils auraient acceptés que leur histoire soit publiée. Ils sont tous enregistrés auprès du HCR, mais par sécurité, seuls leurs prénoms sont ici indiqués. La totalité des documents a été remis à une église du Caire qui tente de regrouper les familles.
Isamël est né en 1975 à Omdurman, près de Khartoum. Il travaillait à l’hôpital Al-Chaab, où il avait intégré l’Union des infirmiers soudanais. Le 15 août 2004, il organise une collecte d’argent pour les sinistrés du Darfour. « J’ai été arrêté par des policiers, écrit Ismaël. Ils m’ont mis en joe, bandé les yeux et emmené dans un endroit inconnu. Ils m’ont accusé de financer les terroristes du Darfour, de collaborer avec l’Occident et d’être un agent du Mouvement de libération du Soudan. J’ai démenti. Alors ils m’ont battu à coups de pied, de bâton et de tuyau. J’ai été déshabillé, torturé à des endroits sensibles pendant vingt jours. J’ai été libéré après avoir signé un document m’ordonnant de quitter mon travail, de ne pratiquer aucune profession médicale, de me taire et de me rendre au bureau de la sécurité de Khartoum chaque semaine, j’étais un homme mort. Les policiers m’ont ensuite montré des cadavres coupés en morceaux. J’avais peur pour ma famille et j’étais chétif. Je me suis enfui et (…)je suis arrivé au Caire le 7 octobre 2004. Je refuse de rentrer au Soudan, car je sais le sort qui m’attend ».
Ahmed, lui est architecte, nubien, né en 1962 à Kadugli (250 kilomètres du Sud du Darfour). Il a fui après quatorze jours de détention et est arrivé au Caire le 2 mars 2002. « Le 15 février 2003, écrit-il, ma famille a été interrogée par la sécurité de Khartoum. Fin mars, mon cousin Alsadiq a été arrêté et soumis à différents types de tortures qui l’ont hémiplégique. (…) Si je rentre au Soudan, la sécurité m’exécutera. »
Stefan, un chrétien de la tribu Nuer, est né à Akoba en 1975. Il vivait de la vente de culture et d’élevage. « Mes problèmes ont commencé avec la guerre civile, en 1989, quand le gouvernement a attaqué mon village de Landken. J’ai été déplacé, tandis que ma sœur a été enlevé par un militaire haut gradé. J’ai été prévenu que toute tentative de la voir ou de lui parler signifierait ma mort ».
En 2005, le 25 septembre, la police l’arrête, « [Après un jong séjour en isolement], « il m’ont torturé avec des c^bles électriques et des aiguilles. (…) Monnez et mes oreilles saignaient et je vomissais du sang. Le 16 janvier, j’ai été libéré après avoir été forcé de signer un document m’interissant de quitter Khartoum et d’entrer dans les églises. Ils m’ot obligés à verser une somme mensuelle aux « guerriers saints de l’islam » et de changer mon nom en Ahmed Abdallah ». Stefan s’est enfui en Egypte le 29 octobre 2004.
Le sit-in des réfugiés du Caire avait débuté le 29 septembre 2005. Le camp comptait entre 1500 et 3000 personnes, des chrétiens pour la plupart, mais aussi des musulmans. Les cahiers d’écoliers, les livres, les lettres en anglais, en français ou arabe jonchent encore le sol.
Dans un cahier couvert de notes décrivant les difficultés du camp –le froid, le manque de nourriture, « la nécessité de ne pas provoquer la police égyptienne »- une main anonyme a exprimé le sentiment des réfugiés avant leur évacuation : « Nous respectons le Haut Commissariat pour les réfugiés, mais nous n’avons plus confiance dans leurs représentants au Caire. Ils n’ont pas précisé la date à laquelle nos demandes seront examinées (…) Nous ne partirons pas d’ici, car c’est un endroit sûr. Nous demandons à être envoyés dans n’importe quel pays capable de protéger nos enfants de la négligence dont nous avons souffert. Dans ce camp, plusieurs d’entre nous sont déjà morts. Au nom de nos morts, nous n’abandonnerons pas nos droits. Nous refuserons d’être une proie facile ».

Cécile Hennion

Janvier 2006

A Genève l’embarras du HCR, après la tragédie des réfugiés soudanais au Caire le 30 décembre 2005-

Le Monde des 8 et 9 janvier 2006

Depuis la mort d’au moins 27 réfugiés et demandeurs d’asile soudanais, le 30 décembre 2005 au Caire, le Haut Commissariat pour les réfugiés (HCR) des Nations unies est resté plutôt discret. Sur le site internet de ‘agence onusienne, au chapitre « Actualités », on trouve difficilement trace de la tragédie. Seuls deux communiqués officiels ont été mis en ligne. L directeur du HCR, Antonio Guterres, s’y dit « profondément choqué et attristé par les tragiques événements ».
Contactée vendredi 6 janvier au Caire où elle se trouve en mission au HCR , Astrid Van Genderen Stort, porte parole de l’organisation onusienne spécialiste du dossier, reconnaît, à demi-mot qu’en cette période de fêtes la communication n’a peut-être pas été suffisante.
Mais elle estime que le bureau du HCR au Caire, qui compte cinquante employés, a rempli sa mission et « a jusqu’au bout tenté de trouver une issue pacifique à une situation qui s’est fortement dégradée dès la mi-décembre ». la responsabilité des morts incombant, selon elle, aux autorités égyptiennes qui étaient chargées de l’ordre public. Si le HCR n’a pas demandé l’ouverture d’une enquête, ajoute-elle, toute initiative indépendante est la bienvenue.
Mme Van Genderen Stort rappelle que dans le parc Moustafa Mahmoud, les Soudanais , au nombre de 1500 à 3000 selon des sources diverses, installés dans des abris de fortune, avaient des statuts différents. Certains étaient des réfugiés, d’autres –une majorité- détenaient la carte jaune des demandeurs d’asile qui donne droit à une aide médicale et scolaire. Les autres avaient été déboutés de leurs demandes. Mais tous avaient une revendication principale : être transférés dans d’autres pays, afin d’échapper à des conditions de vie misérables en Egypte.

Survivants emprisonnés
« Durant trois mois, nous avons tenté de leur faire comprendre que cette demande était irréaliste. Le HCR donne des recommandations, et c’est aux Etats sollicités d’accepter. Et encore faut-il que es gens ne puissent vivre dans leur pays d’aile », explique Astrid Van Genderen Stort, qui rappelle que l’Egypte abrite entre 2 à 3 millions de Sudanais , dont seulement 27000 enregistrés auprès du HCR. Selon elle, le bureau du HCR au Caire est toujours resté « disponible pour analyser la situation. Nous avons passé des centaines d’heures à essayer de trouver une solution ».
Le 17 décembre, un accord est même signé. Les représentants des Soudanais s’engagent à lever leur sit-in , alors que e HCR accepte de réexaminer tous les dossiers. Cas par Cas. Mais parmi les protestataires, une division éclate, faisat capoter l’accord, explique la porte-parole du HCR. Les contacts ne sont plus qu’informels, des « menaces orales » contre le personnel du HCR sont proférés et la situation sanitaire se dégrade. C’est durant cette période que HCR demande aux autorités égyptiennes de prendre des « mesures appropriées et pacifiques ».
Mais le 30 décembre, à l’aube c’est l’évacuation sanglante. Le HCR avait-il été averti de cet « assaut » ? Mme Van Genderen Stort affirme que non. Sous le choc, l’agence onusienne tente de reprendre les choses en main.
Depuis, c’est la course contre la montre pour éviter que 650 Soudanais détenus dans trois prisons du Caire –les autres manifestants ayant été libérés- ne soient pas renvoyés dans leurs pays d’origine. Le Caire aurait d’abord accepté, selon le HCR, avant de tenir des propos contradictoires. L’agence onusienne a désormais jusqu’à dimanche 8 janvier, 10 heures, pour vérifier le statut des personnes concernées.

Agathe Duparc

Janvier 2006

La paix au Soudan, un an après

L’Humanité, 9 janvier 2006

Khartoum . Le 9 janvier 2005, le gouvernement soudanais avait signé un accord avec les rebelles du Sud mettant fin à plus de vingt ans de guerre civile et suscitant un vent d’espoir, retombé depuis

Un an après la signature d’un accord de paix entre le gouvernement soudanais et le mouvement rebelle du sud du pays, l’Armée de libération du peuple soudanais (SPLA), l’heure n’est plus aux illusions. L’enthousiasme qui avait accompagné la cérémonie de ratification mettant fin à une guerre qui, en vingt ans, avait fait près de 2 millions de morts et le double de déplacés, a été balayé par les difficultés d’application. Le partage du pouvoir entre le gouvernement et le SPLA prévu par l’accord a connu des ratés. Le Parti du congrès national (NCP), le mouvement islamiste au pouvoir depuis le coup d’État de 1989, est parvenu à conserver les ministères clés de l’Économie, de l’Énergie et des Mines, de la Défense et de l’Intérieur. Pire, selon certains experts, il continue, via une sorte d’administration parallèle, à contrôler les ministères officiellement dirigés par le SPLA. Une situation à laquelle ce dernier, désormais surtout concentré sur la perspective de l’indépendance de la région autonome du Sud, semble s’être résolu.Avec la mort début août dans un accident d’hélicoptère du dirigeant historique du mouvement, John Garang, la vision du « Nouveau Soudan », dans lequel le SPLM aurait oeuvré pour une transformation démocratique de l’ensemble du Soudan en faveur de toutes les régions marginalisées, a perdu de l’ampleur. Désormais, la nouvelle direction du SPLM semble surtout préparer le référendum d’autodétermination du Sud qui, selon les accords de janvier 2005, doit avoir lieu à l’issue d’une période transitoire de six ans.La main mise du NCP sur le pétrole et l’économie met également en péril l’accord signé entre les deux parties sur le partage des richesses. Selon ce dernier, « les revenus pétroliers provenant des puits du Sud seront partagés à 50-50 » entre Khartoum et le Sud Soudan. Un partage essentiel pour un Sud pauvre et dénué d’infrastructures, qui va devoir faire face au retour de centaines de milliers de réfugiés. Pourtant, selon certaines sources, le gouvernement du Sud Soudan n’a pour l’heure reçu qu’un dixième des sommes dues.Et sur le terrain, les signes inquiétants s’accumulent. Au Sud, des affrontements intercommunautaires dans la région de l’Equatoria sont venus récemment rappeler les difficultés à gérer le retour des réfugiés et la cohabitation de groupes traumatisés par la guerre. Par ailleurs, les anciennes milices sudistes, bras armé du gouvernement dans sa guerre contre le SPLA, continuent de constituer une menace dans la mesure où un grand nombre d’entre elles n’ont toujours pas entamé le processus d’intégration à l’armée nationale ou au SPLA, qui aurait dû s’achever aujourd’hui. Enfin et surtout, dans sa lutte d’influence avec le Sud, le gouvernement continue de refuser une quelconque contestation de sa domination sur le Nord. Sa politique répressive de toute contestation a plongé le Darfour, à l’ouest, dans un conflit qui a fait autour de 300 000 morts et 2 millions de déplacés tandis que l’est du pays, agité par les mêmes revendications que le Darfour, menace à son tour de sombrer dans le chaos.

Camille Bauer

Janvier 2006

Bilan : Que reste-t-il de l’accord de paix signé à Nairobi en janvier 2005 ?

Jeune Afrique, 8-14 janvier 2006

Sud-Soudan, un an après

Lundi 9 janvier 2006. Un an jour pour jour après la signature à Nairobi d’un compromis historique entre le gouvernement de Khartoum et les anciens rebelles sudistes de l’Armée populaire pour la libération du Soudan (APLS), la feuille de route tracée par les ex-ennemis jurés a été respectée. Pourtant, la disparition brutale de John Garang, chef de file de l’APLS et artisan des négociations, avait un moment fait craindre le pire. Face aux violentes émeutes déclenchées par le décès du leader charismatique, survenu le 30 juillet 2005 dans un accident d’hélicoptère, nombre d’observateurs s’étaient empressés d’enterrer le processus de paix et de prédire la reprise de l’un des conflits les plus longs et les plus meurtriers du continent.
Mais, une fois n’est pas coutume, le calme n’a pas tardé à revenir, grâce en partie à la désignation unanime de Salva Kiir Mayardit, ex-lieutenant de Garang, à la tête de l’Apls.
Il avait fallu deux ans et demi de tractations, et la pression constante des Etats-Unis, pour parvenir à l’accord de paix global ouvrant la voie au partage du pouvoir et de la manne pétrolière. Le 8 juillet 2005, John Garang goûte enfin le fruit de sa victoire lors de son retour triomphal dans la capitale soudanaise pour y être nommé vice-président. Deux mois et demi plus tard, le 22 septembre, le premier gouvernement d’union nationale voit le jour sans le mythique chef rebelle. Comme convenu, les Sudistes obtiennent plusieurs portefeuilles, dont celui des Affaires Etrangères, et Salva Kiir succède à Garang au poste de vice-président. Un pas supplémentaire est franchi le 22 octobre : un gouvernement autonome sud-soudanais s’établit dans la ville de Juba, principal bastion des forces armées de Khartoum pendant la guerre. Tout un symbole.
Au terme d’une période transitoire de six ans, un referendum d’autodétermination scellera l’avenir du pays le plus étendu du continent, qui célèbre cette année le 50èmeanniversire de son existence. Les habitants du Sud pourront alors choisir l’unité ou l’indépendance. Mais pour l’instant, l’heure est à la reconstruction. Les stigmates de la guerre, qui a fait du Sud-Soudan un des endroits les plus pauvres de la planète, seront longs à effacer. Seuls 500.000 réfugiés – sur les 4 millions estimés par l’ONU - ont pris le chemin du retour. La région demeure dépourvue d’infrastructures, d’électricité, de système sanitaire, et près des trois-quarts de la population n’a toujours pas accès à l’eau courante. Sur les 4,5 milliards de dollars d’aide internationale promis en avril dernier par les bailleurs de fonds, seuls 130 millions ont été versés Mais le gouvernement autonome dispose également de la moitié des revenus de l’or noir, dont la production a atteint 500.000 barils par jour à la fin 2005. Seul le développement permettra un retour durable à la paix. En espérant que les rivalités tribales qui refont surface depuis la mort de Garang ne conduisent pas à une nouvelle guerre civile Sud-Sud, alors que la violence déchire toujours le Darfour et demeure sous-jacente à la frontière éthiopienne.

Alexandra Singh-Pauliat

Janvier 2006

Tchad – Soudan : Ces dictateurs qui nous fatiguent

Jeune Afrique, 8-14 janvier 2006

La prochaine Conférence des chefs d’Etat de l’Union Africaine est prévue les 23 et 24 janvier, à Khartoum, au Soudan. Le lieu de ce rendez-vous bisannuel avait été décidé lors du sommet d’Abuja, en janvier 2005, quand le général Omar Hassan el-Béchir, le président soudanais avait conjuré ses pairs de choisir sa capitale afin que « l’Afrique tout entière célèbre le cinquantenaire de l’indépendance » de son pays. Pour émouvoir encore davantage l’assistance, celui-ci s’était fendu d’un « Votre accord constituerait un appui considérable pour accélérer le processus de paix au Sud-Soudan ».
Le pays des deux Nils avait pourtant beaucoup de choses à se faire pardonner avant d’obtenir une telle reconnaissance. Principal soutien aux islamistes maghrébins, ex-terre d’asile des terroristes Carlos et Oussama Ben Laden, le Soudan est, par ailleurs, soupçonné d’avoir commandité une tentative d’assassinat contre le président égyptien Hosni Moubarak, en 1995…à l’occasion d’un sommet de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) ! En accédant à Abuja, à la demande de Béchir, les chefs d’Etat africains n’ont malheureusement pas tenu compte de ce passif.

Idriss Deby, ancien seigneur de guerre, est, lui, arrivé au pouvoir en décembre 1990, après avoir pris les armes contre l’ex-dictateur Hissein Habré dont il fut le chef d’état-major. Ses troupes étaient alors basées au Soudan. Quinze ans plus tard, le voilà lui-même contesté par une rébellion constituée de certains de ses anciens subordonnés qui le harcèlent à partir du territoire…soudanais. Appelant à la mobilisation, il déclare son pays « en situation de belligérance ». Et convoque ses pairs d’Afrique centrale ou envoie ses émissaires sillonner les capitales du continent pour faire reporter le sommet de l’UA, afin d’un obtenir la délocalisation. De son côté, le Soudan proteste et affirme son innocence, tout en maintenant son aide aux insurgés tchadiens.
Toutes ces gesticulations de dictateurs vieillissants ne seraient que pathétiques si elles ne donnaient lieu à une multitude de drames humains. Et ne remettaient en question l’entreprise de modernisation et de démocratisation des instances africaines. Sommet ou pas, guerre ou paix, l’UA est toujours l’otage de dictatures d’un autre âge.

Cherif Ouazani


Janvier 2006

Frères ennemis

Tchad-Soudan. Le président Idriss Déby accuse Khartoum de chercher à déstabiliser son régime en soutenant la rébellion qui sévit dans l’est du pays.

Jeune Afrique, 8-14 janvier 2006

Drôle de réveillon à la télévision tchadienne. A minuit, le 31 décembre, Idriss Deby apparaît en treillis au mess des officiers de N’Djamena. Souriant, détendu, il plaisante avec ses frères d’armes et l’une de ses épouses, Hinda, vêtue d’une veste militaire et d’une casquette très seyante. Puis il s’adresse à la nation. Pour la première fois depuis son arrivée au pouvoir il y a quinze ans, il présente ses vœux en uniforme.
Pour ses opposants, c’est un aveu. Idriss Deby tombe le costume civil, renoue avec son passé militaire et révèle la vraie nature de son régime. Pour ses partisans, au contraire, c’est le signal d’un sursaut. Deby bat le rappel des troupes avant les batailles à venir contre les rebelles de l’Est. En tout cas, le président tchadien saisit l’occasion du nouvel an pour s’en prendre à son voisin, le Soudan. Il l’accuse « d’abriter, d’entretenir et d’armer des mercenaires ».
C’est l’attaque, le 18 décembre dernier de la localité tchadienne d’Adré, près de la frontière soudanaise, qui a déclenché la crise entre les deux pays. Ce jour là, deux colonnes motorisées rebelles tchadiens du Rassemblement pour la démocratie et les libertés (RDI) de Mahamat Nour tentent de s’emparer de la ville frontière. Ils sont repoussés et laissent une centaine de morts sur le terrain. Mais la violence de l’assaut en dit long sur la détermination et les capacités des rebelles.
Le 23 décembre, le gouvernement tchadien affirme : « Nous sommes en état de belligérance avec le Soudan ». Quatre jours plus tard, Idriss Deby se rend au Nigeria chez le président en exercice de l’Union Africaine (UA), Olusegun Obasanjo. Il lui présente un mémorandum de huit pages. Y figurent des photos sur lesquelles le chef rebelle, Mahamat Nour, pose au côté du chef de l’état soudanais, Omar el Béchir. Le lendemain, 27 décembre, le gouvernement soudanais dément catégoriquement tout lien avec les rebelles tchadiens.
« Les accusations tchadiennes sont absurdes, et le président Deby cherche simplement à détourner l’attention des problèmes intérieurs auxquels il est confronté », lance le secrétaire d’état soudanais aux Affaires étrangères, Samani Ouassiylah. « Il s’agit d’une mutinerie dans l’armée tchadienne. Tout le monde le sait. Nous ne voulons pas être impliqués ». Et le porte parole soudanais d’ajouter, l’air de rien ; « S’il y avait des mouvements de troupes soudanaises ou de rebelles tchadiens au Darfour, ils ne manqueraient pas d’être repérés par les 6.000 hommes de la force de paix de l’Union africaine déployés dans cette province ».
Le démenti ne calma pas Idriss Deby. Au contraire. Le chef de l’état tchadien se lance dans une croisade contre la tenue du prochain sommet de l’UA à Khartoum, les 23 et 24 janvier, et, surtout, contre l’éventuelle élection d’Omar-el-Béchir à la présidence de l’organisation panafricaine. L’UA tente de calmer le jeu. Elle envoie même une délégation à N’Djamena et à Khartoum. Sans résultat. Le Nigérian Olusegun Obasanjo et le libyen Mouammar Kaddafi essaient alors d’organiser une rencontre, Deby et el-Béchir à Tripoli le 4 janvier. Objectif : tout mettre sur la table et vider la querelle. Le Soudanais est d’accord. Pas le Tchadien. « Je ne veux pas le voir », dit-il à l’un de ses interlocuteurs. Comme s’il voulait faire un pied de nez aux partisans de l’apaisement, Idriss Deby invite le même jour à N’Djamena les chefs d’Etat de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac). Il veut une condamnation en bonne et due forme du Soudan. Il ne l’obtient pas. Venus à N’Djamena, le Gabonais Omar Bongo Ondimba, le Congolais Denis Sassou Nguesso et le Centrafricain François Bozizé condamnent avec fermeté « toute tentative de déstabilisation » du Tchad. Mais szns citer nommément le Soudan. Le soutien est mesuré. Quant au sommet de Khartoum, le communiqué final n’en dit mot. On voit donc mal comment Deby pourrait en empêcher la tenue.
Le Soudan soutient-il les rebelles tchadiens ? Fantasme ou réalité ? Pour les opposants au régime, c’est un faux problème. « La crise actuelle est totalement tchado-tchadienne. Chercher un bouc émissaire, comme le fait Deby est une fuite en avant », dit l’ancien directeur de cabinet, Tom Erdimi, qui a fait défection en novembre dernier. « Rien n’est venu corroborer que le Soudan serait à l’origine du basculement de tous ces cadres et simples citoyens dans la contestation armée du pouvoir », affirme la coordination de l’opposition animée à N’Djamena par Ibni oumar Mhamat Saleh. En clair, les braises ne viennent pas du Soudan. Reste à savoir si ce pays souffle dessus ou non…
Sur le plan militaire, il est certain que les auteurs de l’offensive du 18 décembre sur Adré ne sont pas tombés du ciel. D’autant que l’armée soudanaise dispose d’une solide base opérationnelle à El-Geneino, à seulement une quarantaine de kilomètres de là. Au vu du reportage de la chaîne de télévision Al Jazira auprès du RDL, « à la frontière entre le Soudan et le Tchad », les rebelles tchadiens possèdent de nombreux véhicules tout-terrain et de nombreuses armes neuves. N’Djamena est d’ailleurs persuadé que ce reportage, diffusé le 2 janvier, a été réalisé avec l’assentiment de Khartoum. Un opposant tchadien confie : « Sans la neutralité bienveillante des autorités soudanaises, on n’aurait pas la même liberté de manoeuvre ». Il est donc probable que les rebelles circulent librement entre El-Geneina et la frontière.
Sur le plan politique, il est également probable que la main de Khartoum n’est pas loin du Front uni pour le changement démocratique (Fuc). Cette nouvelle alliance regroupe notamment les déserteurs zaghawas du Socle pour le changement, l’unité nationale et la démocratie (Scud) et le RDL, de Mahamar Nour. C’est d’ailleurs ce dernier qui préside le Front. Pour les autorités soudanaises, il présente l’avantage de ne pas être lui-même zaghawa. Il est originaire d’une autre ethnie de l’est du Tchad, les Tamas. Aux yeux de Khartoum, les Zaghawas sont suspects. Ce sont leurs frères qui combattent dans le Darfour au sein des mouvements rebelles soudanais. Mahamar Nour, lui, est « sûr ». Les Soudanais lui donnent refuge depuis une dizaine d’années. Longtemps, ils l’ont retenu dans ses intentions belliqueuses. Mais après la création d’une rébellion zaghawa en octobre 2005, ils lui ont sans doute lâché la bride. Il a ainsi pris l’ascendant sur les autres rebelles tchadiens. ..
Pour autant, ces accointances ne prouvent pas que Khartoum a choisi pour de bon le camp des rebelles. « Je ne pense pas que Béchir souhaite la chute de Deby, car il craint plus le vide politique après Deby qu’autre chose »., dit une source autorisée à Paris, qui privilégie la thèse d’une armée soudanaise largement autonome où les services de renseignements et les milices agissent localement à l’insu du pouvoir central : « Après tout, trois ans après l’insurrection en Côte d’Ivoire, on ne sait toujours pas si le coup est parti de la présidence burkinabé, ou d’individus agissant au Burkina pour leur propre compte ». D’autres observateurs avancent la thèse d’un régime soudanais très opportuniste, qui se sert des rebelles tchadiens comme monnaie d’échange afin d’obliger N’Djamena à rompre définitivement avec les rebelles soudanais du Darfour.
Derrière ce bras de fer entre le Soudan et le Tchad se profile un conflit beaucoup plus lourd de conséquences. Une éventuelle confrontation entre populations arabes et noires. Cela s’est déjà produit en 2003-2004, au Darfour. Quelque 200.000 personnes, des ethnies four, massalit et zaghawa, ont été chassées de leurs villages par les milices arabes djanjawids. Elles sont aujourd’hui réfugiés dans l’Est du Tchad. Visiblement les autorités soudanaises ne font rien pour les aider à rentrer chez elles. Nettoyage ethnique ? En tout cas, la déstabilisation du Tchad ne peut que retarder la solution du problème. Sans doute le président de la Commission de l’UA, Alpha Oumar Konaré, avait-il cette question à l’esprit quand il a déclaré : « Nous avons une situation très difficile au Darfour. Si aujourd’hui il doit s’y ajouter des complications entre le Tchad et le Soudan, cela va être une catastrophe ».

Christophe Boisbouvier

 

Janvier 2006

La guerre civile menace l'Est du Soudan, selon un rapport du ICG

L’Express, 5 janvier 2006

Le différend entre Khartoum et les rebelles de l'est du Soudan pourrait dégénérer en une guerre civile aux effets dévastateurs pour la population civile soudanaise, juge l'International Crisis Group (ICG).

Un an après la conclusion d'une paix pour le Sud-Soudan entre le Mouvement populaire de libération du Soudan (MPLS) et le gouvernement soudanais, le Soudan demeure le théâtre d'une guerre civile au Darfour et d'un conflit larvé dans l'Est.
A en croire l'ICG, le retrait prévu de 3.000 combattants du MPLS ce mois-ci de zones aux mains des rebelles du Front de l'est a pris du retard et pourrait être reporté à mars.
Lorsque les combattants du MPLS seront partis, une lutte risque de s'engager pour le contrôle de l'est du pays, poumon économique. L'inconnue est selon l'ICG la façon dont Khartoum va alors réagir.
" On peut craindre le pire, vu la brutalité dont a fait preuve le gouvernement dans sa gestion de la rébellion au Darfour, dans le Sud et dans les monts Nuba", a déclaré David Mozersky, un expert de l'ICG, en présentant jeudi un rapport sur l'Est du Soudan.
" Je pense qu'ils auront pour politique de prendre pour cibles les civils qu'ils considèrent complices des rebelles."
Si les rebelles ne sont que 2.000, ils ont selon Mozersky la capacité de perturber l'activité économique de la zone, au niveau de Port Soudan, seul port du pays, de l'oléoduc acheminant le brut soudanais ou des mines d'or.
Une guerre ne manquerait en outre pas d'avoir de graves conséquences pour les livraisons d'aide humanitaire pour des populations durement touchées.
Selon l'ICG, il appartient au SPLM d'effectuer une médiation entre les rebelles de l'est, ses anciens alliés, et le gouvernement central. Des négociations sont prévues ce mois-ci en Libye

 

Janvier 2006

L’Egypte durcit le ton contre les réfugiés soudanais

Le Figaro, 5 janvier 2006

Après la mort de 27 personnes la semaine dernière dans une intervention policière, Le Caire annonce l’expulsion de 650 demandeurs d’asile.

Le Caire

En annonçant hier l’expulsion imminente de 650 réfugiés soudanais, l’Egypte a confirmé qu’elle entendait utiliser jusqu’au bout la manière forte pour résoudre le problème des demandeurs d’asile. Dans la nuit de jeudi à vendredi, 27 soudanais, dont de nombreux enfants, avaient trouvé la mort dans une bousculade après une intervention brutale de la police égyptienne. Les forces de l’ordre entendaient déloger plusieurs milliers de personnes qui campaient depuis trois mois devant le bureau cairote du Haut Commissariat pour les réfugiés (HCR), dans le quartier résidentiel et commerçant de Mohandessine, sur la rive ouest du Nil.
Les soudanais étaient rassemblés en ce lieu symbolique dans l’espoir de faire pression sur l’organisme des Nations Unies pour qu’il reconsidère sa décision de geler certaines procédures de relocalisation dans des pays occidentaux. Beaucoup de réfugiés du Sud-Soudan ne font en effet que transiter par l’Egypte, parfois pendant plusieurs années, touchant des pensions onusiennes en attendant d’obtenir l’asile politique dans des pays comme les Etats-Unis, le Canada ou l’Australie. L’Egypte hébergerait ainsi près d’un million de Soudanais.
Racisme
Mais, depuis les accords de paix signés entre le gouvernement soudanais et la rébellion sudiste il y a un an, les réfugiés craignent de devoir rentrer au Soudan contre leur gré, malgré la poursuite des violences, notamment au Darfour, ou d’être contraints de rester en Egypte, où ils se disent victimes de racisme et de mauvais traitements.
Le HCR a en effet rejeté ces derniers mois de nombreuses demandes d’asile. Il a proposé de fournir davantage d’aide aux réfugiés soudanais, mais il a expliqué ne plus être en mesure de les installer dans des pays tiers.
C’est cette situation qui a poussé des centaines d’entre eux, pour la plupart chrétiens du Sud-Soudan, à s’installer dans des conditions sanitaires plus que précaires dans un petit parc situé devant la mosquée Moustapha Mahmoud, l’un des principaux lieux de prière des musulmans du Caire, notamment pendant l’Aïd-el-Kébir, qui sera fêté lundi prochain. Un évènement qui a peut-être pesé dans la décision des autorités égyptiennes. « Nous avons été patients assez longtemps », se justifiaient hier un officiel égyptien sous couvert d’anonymat.
La semaine dernière, après trois mois de tergiversations, plusieurs milliers de policiers anti-émeutes ont cerné le parc en pleine nuit. Les forces de l’ordre ont dispersé les manifestants à coups de canon à eau et de matraque. Plus de 2000 soudanais ont été arrêtés et transférés dans des camps en dehors du Caire. Les autorités égyptiennes ont justifié leur action par le « refus d’obtempérer » et la « réaction violente » des réfugiés. Les Nations Unies ont de leur côté dénoncé un « usage excessif et sans justification de la force ».
Inquiétude du HCR
Hier, le HCR s’est également inquiété de l’expulsion annoncée de 650 réfugiés arrêtés la semaine dernière, en appelant les autorités égyptiennes « à ne pas expulser ces personnes et à permettre au HCR d’accéder aux camps où ils sont détenus », afin de pouvoir vérifier leur statut. Selon le gouvernement égyptien, il s’agirait « d’immigrants illégaux ou de réfugiés qui ont violé les règles de sécurité ». Mais, selon les organisations égyptiennes des droits de l’homme, la plupart de ces personnes auraient perdu leurs papiers pendant l’évacuation de leur campement de fortune. Pour les ONG, les expulsions sont donc « en contradiction avec le principe de non-rapatriement forcé de la convention de Genève de 1951 », qui régit le statut international des réfugiés, et « une violation flagrante du droit international ». Hier, les autorités égyptiennes ne semblaient cependant pas prêtes à fléchir.

Tangi Salaün

 

Janvier 2006

Les chefs d'Etat de la CEMAC solidaires du Tchad

Jeune Afrique, 5 janvier 2006

Les chefs d'Etat de la Communauté économique des Etats d'Afrique Centrale(CEMAC) ont condamné mercredi soir à N'Djamena, toute tentative de déstabilisation du Tchad, a constaté la PANA, sur place.
A la clôture d'un sommet extraordinaire dans la capitale tchadienne, les chefs d'Etat de la CEMAC ont aussi exprimé leur soutien au président Idriss Déby.
Auparavant, quelque temps avant la clôture du sommet, le président tchadien avait réitéré son accusation contre le Soudan qui, selon lui, recruterait et entretiendrait des mercenaires pour déstabiliser le Tchad.
Idriss Déby a également rappelé les "incursions meurtrières" des "Djandjawids" dans son pays faisant plus de 600 morts avec des milliers de têtes de bétail emportés.
" Cette tentative de déstabilisation savamment orchestrée par le Soudan, vise à exporter délibérément le conflit du Darfour dans la sous-région dont le Tchad et la République centrafricaine sont les premières victimes", a affirmé Idriss Déby.
Le président tchadien a souhaité que le Darfour, dont la crise est à l'origine de toute cette situation, soit mis sous mandat onusien et que ses populations réfugiées au Tchad retournent chez elles le plus rapidement possible.
Par ailleurs, le président Déby a fait remarquer que le Soudan n'est pas indiqué pour accueillir le prochain sommet de l'Union africaine qui se tiendra les 23 et 24 janvier prochain.
" En tout état de cause, l'Afrique toute entière et la CEMAC en particulier, ne sauraient admettre que le président Omar El Béchir soit le prochain président de l'Union africaine", a-t-il ajouté.
Même si la déclaration finale n'a pas insisté sur ces derniers points, le président Déby a eu le soutien actif de ses pairs du Gabon, du Congo, de la RCA et des représentants camerounais et équato-guinéen

 

Janvier 2006

Soudan : l'insécurité menace l'application des accords de paix

Centre de nouvelles de l’ONU, New York, 5 janvier 2006

L'insécurité au Sud-Soudan et au Darfour risque de compromettre les efforts internationaux visant à aider ces zones à passer du stade des secours à celui du relèvement, affirme le dernier rapport de l'ONU sur le Soudan, qui déplore que les parties aux conflits du Darfour et de l'est du Soudan soient toujours incapables de parvenir à un accord politique.
« Le processus de paix est sur la bonne voie, mais l'application de l'Accord de paix global continue de susciter de graves préoccupations », indique le Secrétaire général dans son dernier rapport sur le Soudan au Conseil de sécurité, qui fait le point de la situation dans le pays depuis le 12 septembre 2005.
« Les relations entre le Parti du congrès national et le Mouvement populaire de libération du Soudan (MPLS) [issu de la rébellion du Sud-Soudan] se développent mais la méfiance persiste des deux côtés », précise le rapport qui rappelle que « les parties doivent savoir qu'il n'y a pas d'autre option que le cadre de l'Accord de paix global, qui doit être mis en œuvre sérieusement et intégralement » (voir sur l'Accord signé à Naivasha, notre dépêche du 31 décembre 2004).
Illustrant les points les plus épineux de la mise en œuvre de l'Accord, le rapport cite d'abord l'application de la décision de la Commission du tracé de la frontière dans la zone d'Abyei et la création du Conseil exécutif de la zone. « D'autres ont trait à des questions sociales profondément enracinées relatives à l'administration de la capitale nationale et à la détermination et à la répartition des recettes pétrolières », explique le rapport.
« En outre, le Conseil de défense commun doit être mis en place aussitôt que possible. Ces questions et d'autres doivent être résolues conformément à l'Accord de paix global et à la priorité qui consiste à rendre l'unité attrayante pour le peuple du Sud-Soudan ».
S'agissant par ailleurs de l'action des Nations Unies au Soudan, le rapport préconise de « tout mettre en œuvre pour achever le déploiement rapide de l'ensemble du personnel militaire et civil complémentaire de la Mission des Nations Unies au Soudan (UNMIS selon son acronyme anglais) ».
« Les retards en matière de déploiement entravent la capacité de la Mission à s'acquitter efficacement de son mandat dans des secteurs importants de la zone de cessez-le-feu », déplore le Secrétaire général.
« Au Sud-Soudan, si le renforcement des capacités doit revêtir une importance primordiale, la sécurité est également devenue une question de plus en plus préoccupante », poursuit-t-il.
« Je prie instamment le Gouvernement d'unité nationale et le Gouvernement du Sud-Soudan de prendre les mesures voulues pour faire face au problème de l'insécurité dans la région et protéger la population civile et le personnel des Nations Unies et des organisations non gouvernementales qui travaille dans les zones où opèrent la l'Armée de résistance du Seigneur [Lord's Resistance Army, (LRA), groupe armé connu pour ses activités sanguinaires dans le nord de l'Ouganda] et d'autres groupes armés. Parallèlement, le Gouvernement du Sud-Soudan nouvellement installé devrait encourager la poursuite de la réconciliation dans l'ensemble de la région », affirme le Secrétaire général.
S'agissant du Darfour, « la sécurité sur le terrain doit être améliorée d'urgence et la recherche d'une paix politique durable, y compris un cessez-le-feu permanent, doit être intensifiée », souligne le rapport.
« La septième série de négociations d'Abuja doit se poursuivre assidûment jusqu'à ce qu'un accord soit conclu » préconise le rapport qui appelle à mettre en place une « stratégie à plus long terme pour une paix et un développement durables dans la région ».
A cet égard, le Représentant spécial du Secrétaire général pour le Soudan, Jan Pronk, a déploré hier lors d'une conférence de presse la lenteur des progrès de ces négociations, se déclarant déçu que l'objectif de parvenir à un accord avant la fin de l'année 2005 n'ait pas été réalisé, a informé le porte-parole du Secrétaire général, Stéphane Dujarric, lors de son point de presse quotidien, au siège de l'ONU, à New York.
« Le gouvernement et les mouvements rebelles doivent œuvrer en vue d'un règlement rapide et coopérer pleinement avec la Mission de l'Union africaine au Soudan (MUAS). Ceux qui continuent d'entraver le règlement pacifique du conflit doivent savoir qu'ils devront en répondre », prévient le Secrétaire général.
« Par ailleurs, l'aide humanitaire doit être accrue et sa fourniture assurée sans entrave. Le gouvernement doit être conscient que c'est une responsabilité qu'il partage avec la communauté internationale ».
Dans l'est du Soudan, le retrait de l'APLS [Armée populaire de libération du Soudan] de la région de Hameshkoreib risque de créer un vide du pouvoir. Compte tenu des tensions qui existent actuellement entre l'Érythrée et l'Éthiopie, les organisations non gouvernementales pourraient avoir du mal à poursuivre l'aide humanitaire qu'elles fournissent à cette région à travers l'Érythrée, déplore le rapport.
« Je prie donc instamment les dirigeants du Front Est de faciliter une évaluation de la situation sécuritaire et humanitaire de la région de façon à permettre un accès humanitaire à partir du Soudan », exhorte Kofi Annan.
Il est surtout important que les parties engagent des entretiens directs sur la situation dans l'est du pays et produisent un accord politique sans attendre. Compte tenu de la fluidité de la situation sur le terrain, « l'ONU devra maintenir une présence multifonctionnelle dans l'est du Soudan, notamment des observateurs militaires des Nations Unies et des éléments de protection des forces, au-delà de la date limite du 9 janvier 2006 fixée dans l'Accord de paix global pour le redéploiement de l'APLS ».
En dernière analyse, affirme le Secrétaire général, « la paix au Soudan est indivisible et ne peut fleurir dans une partie du pays si elle est balbutiante dans une autre. Les parties aux pourparlers de paix d'Abuja doivent saisir cette occasion pour négocier sérieusement et en toute bonne foi ».
« De même, le Front Est doit négocier sans plus tarder avec le Gouvernement d'unité nationale une solution politique au conflit dans la région. Le MPLS et le Parti du congrès national doivent continuer de travailler ensemble, s'employer à associer toutes les parties et faire preuve de transparence, afin qu'un véritable gouvernement d'unité nationale assure efficacement la direction du pays et prenne des mesures à l'encontre des nombreux fauteurs de troubles qui sont capables de faire dérailler le processus de paix ».
« La communauté internationale devrait, à son tour, honorer ses engagements et les principaux partenaires devraient ensemble s'employer à exercer une influence politique maximale et apporter une aide pratique et financière pour influer sur tous les aspects du processus de paix ».
« Si tous les donateurs doivent jouer leur rôle et contribuer à la réalisation de l'objectif commun consistant à aider les populations soudanaises à parvenir à la paix qu'elles méritent tant, la responsabilité des progrès incombe en dernier ressort aux parties soudanaises et à leurs dirigeants qui doivent répondre à leurs populations de l'exécution fidèle de leurs engagements », conclut le rapport.
La prochaine réunion du Conseil de sécurité sur le Soudan est prévue pour le 13 janvier (voir notre dépêche du 4 janvier 2006 sur le programme de travail du Conseil de sécurité).

 

Janvier 2006

La tension monte entre le Tchad et le Soudan

La Croix, 4 janvier 2006

Le gouvernement tchadien accuse Khartoum de vouloir orchestrer un putsch contre le président Idriss Deby.

Lundi soir, le gouvernement tchadien a accusé le gouvernement soudanais de « recruter des mercenaires pour attaquer le Tchad et embraser la sous-région ». La semaine dernière déjà, le Tchad s’était déclaré en « état de belligérance » avec le Soudan; à la suite de l’attaque le 18 décembre contre la ville d’Adré, à la frontière soudano-tchadienne, par des groupes de rebelles tchadiens qu’il accuse Khartoum de soutenir.
En s’est prenant directement et publiquement au gouvernement soudanais, le président tchadien Idriss Deby escompte sans doute une intervention de la communauté internationale, afin de court-circuiter les menaces de rébellions internes, qui ne cessent de s’amplifier depuis 2004.
Tout est parti de l’annonce, en novembre 2003, par le Mouvement patriotique du Salut (MPS), parti fondé par le président Deby, d’une révision de la Constitution, afin de permettre à celui-ci de se représenter à l’élection présidentielle en 2006. Craignant une « présidence à vie » d’Idriss Deby, voire une transmission dynastique du pouvoir à son fils Ibrahim, âgé de 28 ans, le clan « zaghawa » auquel appartient Idriss Deby se craquelle de toutes parts.
Une première tentative d’éliminer celui qui ne veut pas céder sa place avorte en mai 2004. Les gardes zaghawas, qui envisageaient d’assassiner Idriss Deby ont été dénoncés et arrêtés. La seconde tentative remonte à octobre 2005. Cette fois, les dissidents zaghawas ont pris le maquis au Soudan – tout comme Idriss Deby en 1989 - dans la montagne du Djebel Marra. Ils ont fondé le Scud (Socle pour le changement, l’unité nationale et la démocratie), dont l’homme fort est Tom Erdimi, qui avec son frère jumeau Timane a fait défection. Neveu et ancien directeur de cabinet du président, Tom Erdimi était chargé du dossier pétrole, et son frère Timane du dossier coton. Tom Erdimi avait quitté le Tchad après la tentative de putsch manqué de mai 2004.
L’attaque – ratée – contre la ville d’Adré ; est due, elle, à l’initiative de déserteurs de l’armée, dirigés par le capitaine Mahamat Nour (Alliance nationale de résistance, ANR), associé aux rebelles du Rassemblement pour la démocratie et la liberté (RDL), qui, eux, appartiennent à l’ethnie tama, opposée aux zaghawas. Autant dire qu’ils sont nombreux – et pas forcément unis – à poursuivre le même objectif.
Pour l’heure, l’Union africaine a lancé une médiation entre le Tchad et le Soudan, aussitôt imitée par l’Organisation de la Conférence islamique (OCI). La France, qui compte une communauté de 3000 ressortissants au Tchad, vient de renforcer son dispositif militaire Epervier, notamment à Abéché dans l’est du Tchad tout en suivant avec attention les deux médiations.
Aujourd’hui doit se tenir à N’Djamena, un sommet extraordinaire des chefs d’Etat de la Communauté économique et monétaire des Etats de l’Afrique centrale. Les présidents gabonais Bongo et congolais Sassou Nguesso ont envoyé une mission discrète auprès des rebelles de Scud pour essayer de trouver une solution politique au conflit.

Catherine Rebuffel


Repères

L’arrivée au pouvoir d’Idriss Deby

1952 : naissance d’Idriss Deby, fils d’un berger près de Fada, dans le nord est du pays. Il va au lycée à Abéché et Bongor, puis suit une école de pilotage en France.

1979 : de retour au Tchad, le sergent Deby se rallie aux forces armées du Nord d’Hissène Habré.

1982 : Il dirige avec succès une opération sur N’Djamena à partir du Soudan et devient chef d’Etat major d’Hissène Habré, après que celui-ci a conquis le pouvoir.

1985 : Hissène Habré se méfie de lui et l’envoie à l’Ecole de guerre de Paris, puis le nomme conseiller à la présidence.

1989 : Idriss Deby et son cousin Dja mous s’enfuient pour échapper à la prison. Deby s’en sort vivant et se lance, depuis le Soudan à la conquête du pouvoir, auquel il parvient en décembre 1990.

 

Janvier 2006

L'UA compte convoquer une réunion d'urgence spéciale sur la crise Tchad-Soudan

Xinhuanet, 3 janvier 2005

Lagos, 3 janvier 2005 - Le président nigérian Olusegun Obasanjo convoquera une réunion d'urgence spéciale de dirigeants africains pour discuter de la crise entre le Tchad et le Soudan, a rapporté mardi l'agence de presse officielle nigériane, citant une source proche de M. Obasanjo.
Oluremi Oyo, haut assistant spécial du président Obasanjo chargé des médias, a fait savoir que cette réunion d'une journée devrait avoir lieu mercredi à Tripoli, la capitale de la Libye.
M. Obasanjo a rencontré lundi à Ota, sa ville natale, Ousmane Mansur, un émissaire du dirigeant libyen Mouammar Khaddafi. Cet émissaire a transmis à M. Obasanjo, également président de l'Union africaine (UA), un message concernant l'attaque du 18 décembre à Adre, ville située dans le nord du Tchad, par des rebelles provenant du Soudan.
Selon M. Oyo, le président Obasanjo a invité des chefs d'Etat africains, y compris ceux du Tchad et du Soudan, à participer à cette réunion.
La prochaine réunion devrait recevoir et débattre du rapport de la commission spéciale de l'UA sur les différends entre le Tchad et le Soudan. Cette commission a été mise en place après les attaques.
Le président tchadien Idris Derby s'était rendu au Nigeria le 27 décembre pour rendre visite à son homologue nigérian, avec lequel il a évoqué les attaques de rebelles.
M. Derby a indiqué que son pays n'accepterait pas le fait que le prochain sommet extraordinaire de l'UA se déroule les 23 et 24 janvier à Khartoum, la capitale soudanaise.

 

Janvier 2006

Soudan: Le Gouvernement tchadien accuse le Soudan de vouloir embraser la sous-région à partir du Tchad

Tchad-info-3 janvier 2005

Dans un communiqué du 02 janvier 2006, le Ministre de la Communication et de la Culture, Porte-parole du Gouvernement a tenu à informer l’opinion nationale et internationale des intentions réelles du régime de Khartoum de vouloir déstabiliser le Tchad.
" Après la double attaque d’Adré du 18 décembre 2005 qui a permis à l’Armée nationale tchadienne de récupérer du matériel prouvant de manière claire l’implication du Soudan, poursuit le communiqué, le Gouvernement de Oumar Hassan El-Bechir dans sa logique d’embraser la sous région à partir du Tchad, continue de recruter des mercenaires, de réorganiser les aventuriers mis en déroute par les forces Armées nationales en mettant à leur disposition des moyens financiers et matériels conséquents pour venir attaquer notre pays ".
Le Porte-parole du Gouvernement précise que " pour mettre en application ce plan machiavélique, plusieurs membres du Gouvernement Soudanais se sont relayés ces derniers jours à El Geneïna, localité soudanaise située à 35 km d’Adré, pour créer le soi-disant Rassemblement des mouvements politico-militaires qui n’est en réalité qu’un regroupement de mercenaires à la solde du Gouvernement de Khartoum.
Il fait valoir que " nonobstant la volonté maintes fois réitérée du Gouvernement tchadien de privilégier les relations séculaires de fraternité et de bon voisinage avec la République sœur du Soudan, le régime de Khartoum s’obstine dans sa logique de destruction du Tchad ".
En conclusion, le Porte-parole du Gouvernement affirme : " soucieux de préserver la paix dans la sous région, le Gouvernement de la République du Tchad interpelle l’Union Africaine et la Communauté internationale dans son ensemble, à prendre leur responsabilité pour éviter à la sous région des épreuves aux conséquences incalculables.

 

Janvier 2006

Obasanjo convoque un mini sommet sur la crise Tchado-soudanaise

Jeune Afrique, 2 janvier 2006 (jeune –afrique-2006-01-02)

Le chef de l'Etat nigérian et président en exercice de l'Union africaine (UA), Olusegun Obasanjo, a convoqué d'urgence un mini sommet continental sur la crise entre le Tchad et le Soudan, a déclaré le porte-parole de la présidence nigériane, Mme Remi Oyo.
Citée lundi par la presse locale, Mme Oyo a précisé que cette rencontre d'un jour se tiendra mercredi à Tripoli, la capitale libyenne, indiquant que le président Obasanjo a invité un certain nombre de chefs d'Etat, notamment ceux des pays frontaliers avec le Tchad et le Soudan.
Elle a affirmé que la décision du président Obasanjo fait suite à son entretien avec un envoyé du leader libyen, Ousmane Mansur porteur d'un message du guide de la Révolution libyenne sur l'attaque perpétrée le 18 décembre à la ville d'Adre, dans le nord du Tchad, par des rebelles venus du Soudan.
Les chefs d'Etat devraient recevoir et se prononcer sur le rapport spécial du comité de l'UA sur le différend opposant le Tchad et le Soudan.
Le président tchadien, Idriss Deby, était à Ota le 27 décembre pour se plaindre auprès du président Obasanjo, demandant même que le sommet de l'UA prévu en janvier à Khartoum soit organisé dans un autre pays.

 

Janvier 2006

Darfour: le président Obasanjo reçoit le médiateur en chef de l'UA

Jeune Afrique, 1er janvier 2006 (jeune-afrique-2006-01-01)

Le président nigérian, Olusegun Obasanjo, également président en exercice de l'Union Africaine (UA), a reçu samedi le médiateur des pourparlers de paix intersoudanais, Salim Ahmed Salim, selon un communiqué de l'UA parvenu à l'AFP.
" Salim Ahmed Salim a été reçu en audience le 31 décembre, par le président Obasanjo dans la ferme présidentielle d'Otta", à proximité de Lagos, indique le texte.
" Pendant la réunion qui a duré plus d'une heure, l'envoyé spécial de l'UA pour le Soudan, a mis le président Obasanjo au courant dans le détail sur l'évolution du 7ème round des négociations de paix sur le conflit du Darfour", ajoute le texte.
Les deux hommes ont "aussi discuté du mini-sommet de l'UA (sur le Darfour) qui doit se dérouler en Libye le 4 janvier 2006 et auquel M. Salim a été invité".
Le 7ème round de négociation sur le Darfour se tient à Abuja, la capitale fédérale du Nigeria, sous l'égide de l'UA entre les mouvements rebelles du Darfour et le gouvernement de Khartoum.

Janvier 2006

 

Au Caire, l’évacuation forcée de réfugiés soudanais tourne à la tragédie.

Des réfugiés soudanais défient les policiers égyptiens, vendredi 30 décembre au Caire

Le Monde, 1er janvier 2006

C’est comme si un ouragan avait frappé la place Moustafa-Mahmoud, à deux pas du centre ville du Caire, dans le quartier chic et tranquille de Mohandessin. L’évacuation forcée par la police égyptienne de 1500 réfugiés soudanais, la nuit du 30 décembre, s’est soldée par au moins 23 morts et par un nombre inconnu de blessés parmi les réfugiés, et a transformé la place en un champ dévasté. Ou en une décharge publique sur laquelle s’affairent les gamins des rues du Caire, à la recherche du moindre objet à sauver : une montre, des chaussures, des ustensiles de cuisine…Une dizaine de policiers laissent faire, le regard impassible, avant le nettoyage final. Il ne reste déjà presque plus rien du camp et de ses habitants soudanais, qui réclamaient, depuis le 29 septembre, le droit d’asile dans n’importe quel autre pays que le leur.
Les Egyptiens, habitués à ne pas être informés quand il s’agit de violences commises sur leur territoire, ont appris leur départ par la télévision, avec des reportages sur les policiers blessés, « suite à l’attaque de réfugiés ivres qui leur ont jeté des bouteilles d’alcool ».
Face à cette situation, le calme et la retenue des forces de l’ordre ont été louées par toutes les chaînes nationales. Les habitants de Mohandissen qui vivaient à proximité de ce lieu insalubre et redoutaient l’apparition de « maladies épidémiques » sont soulagés. Mais le sort des familles embarquées par la police reste un mystère. « Les journalistes, les avocats, les organisations non gouvernementales font face à un blocus total de l’information, se désole Achraf Milad, avocat dédié à la cause des réfugiés. Nous sommes soumis à l’opacité la plus totale, les contacts que nous avions avec les responsables soudanais du camp ont été rompus. Il est impossible d’aider ces gens ou de savoir ce qu’ils sont devenus ».
Selon plusieurs témoignages concordants d’ambulanciers et de témoins oculaires, les forces de l’ordre sont intervenues vendredi, avant la prière de l’aube. Les réfugiés encerclés et matraqués se sont repliés au centre de la place, jusqu’à y périr d’étouffement. « Au petit matin, j’ai compté beaucoup de corps inanimés, raconte Laura Maxwell, membre de l’Observatoire civil pour les droits des citoyens en Egypte. Certains étaient couverts de sang, mais la plupart gisaient sans blessure apparente. Il était impossible de savoir s’ils étaient morts ou inconscients ». Ahmed Mansour, médecin en chef de l’hôpital Oum el Masriyine, explique que neuf Soudanais sont arrivés morts à son établissement, asphyxiés pour la plupart, ainsi que quelques policiers légèrement blessés.

Journalistes malvenus
Dans tous les autres hôpitaux visités, la langue de bois règne : « nous n’avons reçu aucun Soudanais » ; « des blessés sont venus, mais sont repartis pour une destination inconnue »…De manière générale, les journalistes y sont malvenus. Seul un médecin accepta de témoigner, sous le couvert de l’anonymat, qu’il a « accompagné des bus de réfugiés blessés à destination du camp militaire de Dachour », au sud du Caire. Selon des information, non confirmés, d’autres Soudanais ont été transportés dans la prison de Tora, et dans postes de police de la capitale. Difficile de comprendre pourquoi l’accès principal à la morgue centrale du Caire a été fermée à la circulation. Cinquante policiers casqués et parés de boucliers anti-émeute barrent l’entrée de l’établissement. « Nous sommes là au cas où », explique un officier. Impossible de rencontrer le responsable de l morgue. Sous couvert de « source sécuritaire », l’officier accepte de donner le dernier bilan : 23 morts, dont 10 enfants, 7 femmes et 6 hommes, « tous anonymes ». Selon lui, les corps pourront être visités par les familles en quête d’un proche disparu par le biais de l’ambassade du Soudan. Mais l’on voit mal comment les demandeurs d’asile politique iraient s’adresser aux représentants du régime de Khartoum qu’ils cherchent à fuir par tous les moyens.
« Ils finiront dans les cimetières de charité, réservés aux morts non identifiés quelque que soit leur religion, pense l’avocat Achraf Milad. Les Soudanais, présents en Egypte légalement ou illégalement, ne vont pas prendre le risque d’une confrontation, même verbale, avec la police. Quand on voit la « scène du crime », les effets personnels qui y a ont été abandonnés ; il est impossible d’admettre la version selon laquelle les policiers seraient intervenus après avoir essayé de négocier ». « La présence des réfugiés en plein centre du Caire constituait un problème sanitaire réel pour les autorités ajoute-t-il. Mais leur emprisonnement ne règle rien. Que deviendront-il à leur sortie ? Désormais ils ont tout perdu. Le problème n’a été qu’amplifié ».
Au mileu des détritus qui jonchent la place Moustafa Mahmoud, les orphelins du Caire n’ont laissé que les objets sans valeur à leurs yeux : les albums de photos des familles enfouis sous des couvertures humides, des lettre personnelles, des diplômes, des passeports déchirés, des lettre de demande d’asile adressées à l’Australie, aux Etats-Unis ou au Canada, pleines de témoignages de torture par le régime soudanais, des cahiers couverts de notes où les réfugiés décrivent leurs difficultés –le froid, le manque de nourriture, la « nécessité de pas provoque la police égyptienne ».

Cécile Hennion

Janvier 2006

 


Un émissaire de l'UA consulte le Nigeria sur les négociations de paix au Darfour

Xinhuanet, Lagos - 31 décembre 2005 - Le médiateur en chef de l'Union africaine pour les négociations de paix au Darfour, Salim Ahmed Salim, a rencontré samedi le président nigérian Olusegun Obasanjo dans son ferme dans le sud du Nigeria, a rapporté l'agence de presse officielle nigériane.
M. Salim a informé M. Obasanjo, également président de l'UA, des progrès faits jusqu'ici dans les négociations de paix, selon le reportage.
Les négociations de paix au Darfour se tiennent depuis plus d'un an à Abuja, au Nigeria, avec la participation des représentants du gouvernement soudanais et des groupes rebelles au Darfour, dans l'ouest du Soudan.
M. Obasanjo avait rencontré séparément mardi des délégations du Soudan et du Tchad au sujet de la crise au Darfour. La délégation soudanaise était dirigée par Mustafa Osman, Conseiller spécial du président soudanais qui était venu transmettre un message spécial du président Omar el-Bachir.
La délégation tchadienne était menée par le président du Tchad Idris Derby, qui a protesté contre les récentes attaques commises sur son territoire par des rebelles qui viendraient du Soudan lors d'une rencontre avec des journalistes à l'issue de sa réunion avec M. Obasanjo qui est également président de l'Union africaine (UA).
M. Derby a estimé que le Soudan ne devrait pas être autorisé à "organiser la prochaine réunion du sommet extraordinaire de l'UA à Khartoum", qui est prévue pour les 23 et 24 janvier.
Janvier 2006

 


Le Soudan célèbre 50 ans d'indépendance malgré ses déchirements

L’Express, 1er janvier 2006,

Le Soudan célèbre dimanche le cinquantenaire de son indépendance, mais d'aucuns se demandent si le pays, agité par des rébellions dans l'Ouest comme dans l'Est, et en pleine tension diplomatique avec le Tchad, peut se permettre de faire la fête à pareil moment

Un accord de paix conclu le 9 janvier dernier avec les rebelles du Sud a cependant permis au Soudan de mettre fin à la plus ancienne guerre civile du continent africain.
Les habitants du Sud, qui s'estimaient marginalisés depuis la fin de la domination anglo-égyptienne en 1956, réclamaient davantage d'autonomie de la part du gouvernement islamiste de Khartoum.
" Les 50 années écoulées ne nous ont rien apporté, donc le point de départ pour nous est désormais le 9 janvier (...) Je considère cela comme le début de l'indépendance du Soudan", déclare Rebecca Garang, veuve de l'ancien chef rebelle sudiste John Garang.
Depuis la signature de l'accord de paix, l'Onu a déployé plus de 10.000 casques bleus et la communauté internationale s'est engagée à fournir 4,5 milliards de dollars pour la reconstruction du Sud.
L'apaisement de la situation dans cette région n'a cependant pas ouvert une période de stabilité et de développement au Soudan.
Tout comme les habitants du Sud, les rebelles du Darfour, dans l'Ouest, et ceux de l'est du pays ne se sentent guère concernés par les célébrations du cinquantenaire de l'indépendance, qui comprendront notamment une session extraordinaire du parlement et un défilé à Khartoum.

Frontières arbitrairement dessinées

Certains reprochent aux anciens colons britanniques d'avoir installé durablement au pouvoir les tribus arabes qui vivent le long du Nil, dans un pays aux frontières arbitrairement dessinées.
" Tous les présidents depuis l'indépendance sont issus des trois tribus du Centre, nous avons toujours été tenus à l'écart", accuse Abdel Wahed Mohamed el Nour, responsable de l'un des principaux mouvements rebelles du Darfour.
Depuis février 2003, le conflit au Darfour, région grande comme la France à la frontière du Tchad, a fait des dizaines de milliers de morts et plus de deux millions de déplacés. Des rebelles tchadiens utilisent en outre cette zone comme base arrière pour leurs actions contre le régime d'Idriss Déby, ce qui a accru les tensions entre les deux pays.
Plus de 11.000 travailleurs humanitaires oeuvrent au Darfour, où l'Union africaine a déployé plus de 6.000 soldats de maintien de la paix. En outre, la Cour pénale internationale a ouvert une enquête sur des crimes de guerre présumés.
" Nous battons le record du nombre d'armées présentes dans un seul pays", remarque Hassan al Tourabi, l'un des représentants de l'opposition islamiste. "Vous appelez ça l'indépendance?"
" (Le Soudan) subit la présence d'armées étrangères, bénéficie d'une aide étrangère, est menacé de sanctions étrangères et par la justice étrangère", énumère-t-il. "Le Soudan est-il vraiment indépendant après tant d'années de prétendue indépendance?"
Pour Tourabi toutefois, un demi-siècle ne suffit pas à corriger les méfaits du colonialisme.
" C'est de notre faute, ce ne serait pas juste de rejeter la responsabilité sur l'Histoire", juge-t-il.

Janvier 2006
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