Le Soudan dans la Presse
Nous
référençons un certain nombre d'articles sur
le Soudan
en laissant la responsabilité du contenu à leurs
auteurs
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2006
2005
1er semestre 2005
Décembre 2005
Regain de violence au Darfour
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La région, déjà meurtrie par un nettoyage ethnique,
connaît de nouvelles tensions, sans que la communauté internationale
manifeste l’intention d’agir. Les pays voisins commencent à intervenir
dans la guerre civile.
L’Humanité, 31 décembre 2005
« La menace de l’anarchie totale se rapproche. » Cette
phrase de Kofi Annan date de la mi-novembre, mais elle traduit bien l’inquiétude
du secrétaire général de l’ONU devant la dégradation,
depuis la fin de l’été, de la situation au Darfour,
province de l’Ouest soudanais, où une campagne de violence à caractère
ethnique menée par le gouvernement et ses milices en 2003-2004
a causé 300 000 morts et le déplacement de plus d’un
million de personnes. « Les choses se sont compliquées,
nous n’avons plus à faire à une simple opposition
entre d’un côté le gouvernement et les djindjawids
et de l’autre les rebelles darfouriens », résume Jérôme
Larché, responsable de la mission « Soudan » de Médecins
du monde. Le Mouvement de libération du Soudan (SLM), l’un
des deux groupes armés qui ont lancé début 2003
l’offensive contre le pouvoir central, a explosé en deux
factions, accroissant sur le terrain la mobilisation des troupes et la
multiplication des accrochages. Au terme de nombreuses médiations,
le SLM est arrivé uni aux négociations entamées
en fin novembre avec le gouvernement. Mais « la division du SLM
est profonde, car les deux groupes ethniques qu’elle oppose, les
Four et les Zaghawa, n’ont pas d’intérêts communs »,
souligne Marc Lavergne, géographe au CNRS. Par ailleurs, un troisième
groupe rebelle, le MNRD, apparu en cours de conflit et sans doute en
partie instrumentalisé par le Tchad, mène lui aussi des
actions militaires. Autre source d’inquiétude, la présence
de groupes armés tchadiens opposés au président
Déby qui, depuis quelque temps, redoublent d’activité à la
frontière entre les deux pays, avec le risque souligné par
l’ONU de voir « les liens ethniques transfrontaliers conduire à une
internationalisation du conflit ». À ces mouvements rebelles,
s’ajoute la multiplication des actes de banditisme. Quant à la
guerre menée par le gouvernement soudanais et les milices djindjawids
pour nettoyer la région des civils sédentaires, elle n’a
plus le caractère massif qu’elle a eu en 2003-2004, mais
elle continue. Groupes de djindjawids qui rôdent autour des camps
de réfugiés, offensives sur des villages isolés,
intrusion de militaires dans les camps, viols de femmes par des éléments
de l’armée ont repris à une moindre échelle.
Ainsi, le 20 décembre dernier, l’ONU a encore déploré le
meurtre de 20 civils et la destruction d’un village par un groupe
d’environ 500 djindjawids. Rien que ces dernières semaines,
ces violences ont drainé au moins 20 000 nouveaux déplacés
sur les routes.
Ce regain de violence ne semble inquiéter personne. Il est loin
l’été 2004, quand l’administration américaine,
en pleine campagne électorale, brandissait à la face du
monde le terme « génocide » et quand le Conseil de
sécurité multipliait les résolutions et les menaces
de sanctions contre le gouvernement soudanais. Comme l’a noté un
journaliste du Weekly Standard, lors de son voyage début novembre
au Soudan, Robert Zoellick, vice-secrétaire d’État
américain, a préféré qualifier le conflit
de « guerre tribale ». La version utilisée dès
le départ par Khartoum pour camoufler ses responsabilités.
L’impossibilité de se rendre au Darfour faite à la
Cour pénale internationale, pourtant dotée pour la première
fois de son histoire d’un mandat émanant d’une résolution
du Conseil de sécurité, n’a suscité que de
vagues protestations verbales. Les pays occidentaux semblent se satisfaire
de laisser la mission de l’Union africaine gérer la situation
sur le terrain. Mais avec un peu moins de 7 000 hommes pour un territoire
grand comme la France, au lieu des 13 000 prévus, celle-ci, devenue à son
tour en octobre cible d’attaques, peine à avoir une présence
efficace. Non seulement elle manque de fonds, mais Khartoum multiplie
les obstacles. Après avoir imposé un test antisida à tous
les soldats de l’UA, le gouvernement soudanais a empêché pendant
des mois la livraison de véhicules blindés, finalement
survenue mi-novembre. L’avenir est aussi un sujet d’inquiétude.
Mi-décembre, l’UA a lancé un cri d’alarme signalant
que malgré les dons déjà effectués, elle
n’avait pas assez de fonds pour continuer sa mission au-delà du
moi de mars. Ce qui n’a pas empêché le Congrès
américain de refuser d’allouer les 50 millions de dollars
demandés pour l’UA par l’administration Bush. Si elle était
confirmée, la tenue en fin janvier à Khartoum du prochain
sommet de l’UA, et la possible attribution de sa présidence
au Soudan, conduisent de plus à mettre en doute la volonté politique
de l’organisation.
Khartoum peut donc se frotter les mains. Pour ne pas risquer la déstabilisation
du pays, et permettre l’application des accords signés l’année
dernière, après près de vingt ans de guerre, entre
le gouvernement et les rebelles du Sud Soudan, la communauté internationale
semble avoir abandonné les populations du Darfour. Le rôle
central des plus hautes autorités du pays dans la campagne de
nettoyage ethnique menée dans la région est encore récemment
détaillé dans un rapport de l’organisation Human
Rights Watch, mais cela n’y change rien. Preuve de cette volonté de
ménager le régime, la liste de 50 responsables d’exactions,
dans laquelle doivent figurer des membres du gouvernement, n’a
jamais été rendue publique. Et personne ne semble vouloir
qu’elle le soit.
Camille Bauer
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Décembre 2005
Soudan: 50 ans d'indépendance, marqués
par des guerres et des dictatures
| AMI, Mauritanie, 31 décembre 2005
Khartoum, 31 décembre 2005 - Le Soudan va célébrer dimanche
le jubilé de son indépendance, cinquante ans marqués par
les guerres et les dictatures, depuis la fin du condominium égypto-britannique
sur le pays, le 1er janvier 1956.
Le pays a connu environ quarante ans de régimes militaires et seulement
dix ans de démocratie, marqués par des querelles partisanes et
des agitations sociales. A l'occasion de cet anniversaire, le président
Omar Hassan el-Béchir doit s'adresser samedi à la nation.
Dès sa création, le Soudan, dominé par les Arabo-musulmans
au nord, a dû se battre pour maintenir son intégrité territoriale
contestée par diverses ethnies africaines au sud et à l'ouest.
Immédiatement après 1956, une guerre civile éclate dans
le Sud, animiste et chrétien, en faveur d'un État distinct.
Pendant les premières années de l'indépendance, le Soudan
bénéficie d'un régime parlementaire dirigé par
le chef du Parti national unioniste, Ismaïl al-Azhary, allié au
parti El-Oumma.
Mais en 1958, l'armée porte au pouvoir le général Ibrahim
Abboud, renversé en octobre 1964, à la suite d'émeutes
populaires. La chute du régime militaire permet le rétablissement
provisoire de la démocratie.
En mai 1969, le colonel Jaafar al-Nemeyri s'empare du pouvoir. Il va demeurer
16 ans à la tête de l'Etat, survivant à plusieurs tentatives
de coups d'Etat.
Le règne de Nemeyri est marqué par la répression. Il ordonne
des milliers d'arrestations et fait exécuter des opposants, parmi lesquels
Joseph Garang, l'ancien ministre des Affaires du Sud, et le secrétaire
général du Parti communiste, considéré alors comme
le plus puissant d'Afrique, Abd el-Khaleq Mahjoub.
L'économie connaît une crise grave en raison d'une lourde dette
publique et de la hausse continue du coût de la vie qui fait fondre la
monnaie locale.
Le Soudan connaît aussi dix ans de paix sous Nemeyri, qui négocie
un cessez-le-feu avec les sécessionnistes du Sud, conduits par le mouvement
Anya-Nya, et leur accorde l'autonomie en 1972.
Mais les Sudistes se rebellent de nouveau en 1983, refusant le découpage
de leur région en trois provinces et l'entrée en vigueur de la
charia. Ils s'unissent autour du colonel John Garang contre Khartoum.
Le colonel Nemeyri est renversé en avril 1985 à la suite d'un
soulèvement populaire, alors qu'il se trouve aux Etats-Unis pour des
examens médicaux.
Après une période de transition, la démocratie est rétablie.
Sadeq el-Mahdi, chef de file du parti El-Oumma, est élu Premier ministre
en 1986.
La guerre avec le Sud s'intensifie et la situation économique s'aggrave
en raison notamment des ravages de la famine et des crues exceptionnelles du
Nil.
En juin 1989, le général Omar Hassan el-Béchir prend la
tête d'un régime militaire islamiste qui réprime durement
l'opposition.
En janvier 2005, un accord de paix est signé entre Khartoum et la rébellion
sudiste, mettant fin à une guerre qui a fait 1,5 million de morts et
4 millions de déplacés et réfugiés.
Mais entre-temps, un autre conflit éclate, au Darfour, dans l'ouest
du pays. Depuis février 2003, des groupes rebelles d'ethnies noires
s'opposent à Khartoum, allié à des milices arabes.
Le conflit a fait entre 180.000 et 300.000 morts et déplacé plus
de deux millions de personnes. Il s'agit selon l'Onu de la "plus grande
tragédie humanitaire au monde".
L'est du pays s'est également soulevé contre Khartoum pour protester
contre sa marginalisation.
Malgré l'entrée en production des champs pétroliers du
sud, qui couvrent la consommation locale et permettent l'exportation de près
de 300.000 barils-jour, le Soudan est considéré comme un des
pays les plus pauvres de la planète.
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Décembre 2005
Le président soudanais s'engage à maintenir
l'unité de son pays
| Xinhuanet, Khartoum, 31 décembre 2005
Le président soudanais Omar el-Bashir s'est engagé samedi à maintenir
l'unité de son pays à tout prix.
Dans un discours prononcé à la nation à l'occasion du
50e anniversaire de l'indépendance du Soudan, M. Bashir a réaffirmé la
volonté du gouvernement d'appliquer l'accord de paix qui a mis fin à plus
de deux décennies de guerre civile.
«
Nous sommes fermement déterminés à appliquer ce dont nous
avons convenu jusqu'à ce que l'unité devienne un choix attirant
pour la population du nord et du sud" du pays, a-t-il indiqué.
M. Bashir a fait remarquer que le Soudan avait un rôle à jouer
dans la région arabe et sur le continent africain, soulignant que son
pays s'engageant à approfondir la coopération afro-arabe dans
les domaines politique et économique.
Le gouvernement soudanais fera ses efforts pour assurer un succès complet
d'un sommet africain en janvier 2006 et d'un sommet arabe deux mois plus tard,
qui doivent se dérouler à Khartoum, a-t- il ajouté.
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Décembre 2005
Dix réfugiés soudanais tués au
Caire
| Libération, avec AFP et Reuteurs, 30 décembre 2005-
Dix personnes sont mortes écrasées vendredi matin lors de l'évacuation
par la police anti-émeutes égyptienne d'environ 3.000 réfugiés
et demandeurs d'asile soudanais qui campaient depuis trois mois devant les
bureaux de l'Onu
Ils ne voulaient pas rentrer chez eux, au Soudan. Ils étaient plusieurs
milliers de réfugiés à camper depuis trois mois devant
des bureaux de l'Onu dans un quartier huppé du Caire. Vendredi matin,
la police anti-émeutes égyptienne est intervenue manu militari
pour les déloger du petit parc où ils s'étaient installés.
Dans la bousculade qui s'en est suivie, des dizaines de personnes ont été piétinées.
Bilan : dix morts, dont plusieurs enfants et personnes âgées,
une vingtaine d'autres blessées. Vingt-trois policiers égyptiens
ont également été blessés dans la bagarre.
D'après les témoins et les journalistes sur place, les policiers
ont voulu forcer les réfugiés soudanais, parmi lesquelles des
dizaines de femmes et enfants, à monter dans des bus garés non
loin de là. Résistance, panique dans la foule. «Ils veulent
nous tuer», a crié l'un d'eux. «Nos demandes sont légitimes,
c'est notre droit de manifester ici, le seul droit que nous ayons», a
continué l'homme, cité par l'AFP.
Quelques heures auparavant, les autorités égyptiennes avaient
tenté, en vain, de persuader les protestataires de quitter les lieux.
Depuis fin septembre, ils sont environ trois mille à réclamer
le statut de réfugié politique et le droit d'immigrer vers un
pays étranger. Déboutés par le Haut Commissariat de l'Onu
pour les réfugiés (HCR), ils demandent qu'on les aide à s'installer
aux Etats-Unis, au Canada ou en Australie.
Mais l'Onu considère que sa mission ne consiste pas à favoriser
l'immigration pour raisons économiques. Pour le HCR, ces Soudanais chassés
par la guerre doivent à présent retourner dans leur pays. Après
vingt-et-un ans de guerre civile, un accord de paix a été signé au
début de l'année entre le gouvernement de Khartoum et la rébellion
du sud. Même si rien n'est réglé au Darfour, dans l'ouest
du pays, où les violences contre les civils continuent. Le rapatriement
des premiers volontaires au retour a commencé le 19 décembre
dans le sud- Soudan. Au total, le conflit a provoqué le déplacement
de quelque quatre millions de Soudanais.
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Décembre 2005
Déserteurs et rebelles s'allient contre le
régime tchadien
| L’Express, 30 décembre 2005,
Des groupes rebelles tchadiens opposés au président Idriss Déby
ont annoncé avoir formé une alliance militaire pour tenter de
le renverser, accentuant la pression sur le régime de N'Djaména
qui accuse le Soudan de soutenir les insurgés.
Ces huit groupes, dont l'un est constitué de déserteurs de l'armée
tchadienne et dont un autre a attaqué ce mois-ci la ville d'Adré, à la
frontière soudanaise, ont décidé de mettre en commun leurs
effectifs et leurs armes pour "débarrasser le Tchad de la dictature
d'Idriss Déby", selon un communiqué conjoint.
"
Chaque groupe avait ses forces, ses hommes, ses matériels (...) Maintenant,
on va unir tout", a déclaré par téléphone à Reuters
Abdullahi Abdel Karim, porte-parole du Rassemblement pour la démocratie
et la liberté (RDL).
Confirmant le communiqué conjoint, qui a aussi été diffusé sur
des sites internet relatifs au Tchad, Abdel Karim a dit que la nouvelle alliance,
baptisée "Front uni pour le changement démocratique",
avait été formée au cours d'une réunion tenue du
26 au 28 décembre à Modeina, dans l'est du Tchad.
Elle doit être dirigée par le capitaine Mahamat Nour, du RDL,
dont les forces ont attaqué Adré le 18 décembre. Le gouvernement
de N'Djamena a dit avoir repoussé cette attaque en infligeant de lourdes
pertes aux rebelles, mais le RDL affirme avoir effectué un repli tactique
et préparer d'autres opérations.
L'alliance rebelle paraît représenter une menace insurrectionnelle
grandissante pour Déby, ancien cadre de l'armée tchadienne arrivé au
pouvoir après avoir lui-même lancé une rébellion
armée contre le régime de Hissène Habré à partir
de l'est du pays.
Désertions
Depuis l'attaque du 18 décembre, Déby accuse le Soudan d'appuyer
les rebelles, ce que Khartoum dément.
"
Déby cherche un bouc émissaire" parce qu'il voit maintenant
l'opposition se renforcer, a déclaré Abdel Karim à Reuters. "Notre
problème est un problème tchadien."
Abdel Karim a assuré que la nouvelle alliance pouvait mobiliser "non
moins de 10.000 hommes", mais il n'existe aucune évaluation fiable
des effectifs réels de la rébellion.
Après avoir survécu l'an dernier à une mutinerie, Déby
a dû faire face cette année à une série de désertions
des rangs de l'armée. La dernière a concerné en septembre
un groupe baptisé "Socle pour le changement, l'unité nationale
et la démocratie" (Scud), qui fait également partie de l'alliance
anti-Déby.
En butte aux désertions et aux trahisons intérieures, le président
tchadien est de surcroît menacé par les retombées du conflit
qui ravage la région soudanaise du Darfour.
"
Son régime est vulnérable", a confié à Reuters
Suliman Baldo, directeur du programme Afrique de l'International Crisis Group,
en ajoutant qu'une lutte semblait déjà se profiler dans le camp
de Déby pour prendre la relève.
Déby appartient au groupe ethnique Zaghawa, établi au Tchad et
au Soudan. Après la révolte de 2003 au Darfour contre le gouvernement
arabe de Khartoum, des Zaghawas soudanais ont été au nombre des
Africains pris pour cibles par des milices arabes au service de Khartoum.
Déby a procédé à un remaniement à la tête
des forces armées en novembre, deux jours après l'attaque de
bases militaires à N'Djamena. En octobre, il avait dissous sa Garde
républicaine et mis sur pied une unité spéciale pour sa
sécurité personnelle
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Décembre 2005
Dix morts dans l'évacuation de réfugiés
soudanais
|
Edicom, Le Caire, 30 décembre, 2005 - Au moins dix réfugiés
soudanais ont été tués lors de l'évacuation
par la police de centaines de Soudanais qui campaient devant des bureaux
de l'ONU au Caire. Ceux-ci exigeaient d'être transférés
vers des pays tiers.
Quelque 2000 policiers anti-émeutes, selon des témoins,
sont intervenus à l'aube pour disperser les centaines de Soudanais
qui campaient depuis plus de trois mois devant le Haut Commissariat de
l'ONU pour les réfugiés (HCR), dans un petit parc de la
place Mustapha Mahmoud, dans le quartier de Mohandessin.
«Il y a eu une panique qui a fait trente blessés chez les manifestants.
Ils ont été immédiatement transportés à l'hôpital
où dix d'entre eux sont décédés», a indiqué le
ministère égyptien de l'intérieur dans un communiqué. «La
plupart» des victimes sont «âgées ou jeunes»,
a-t-il précisé.
Le chef des services ambulanciers locaux, qui a requis l'anonymat, a de son
côté affirmé que vingt corps avaient été acheminés
dans des centres médicaux.
Les manifestants dénonçaient les mauvais traitement dont ils
ont fait l'objet en Egypte et réclamaient que le HCR revienne sur les
demandes d'asile qu'il a rejetées et qu'il les installe à l'étranger.
L'agence a proposé de leur fournir davantage d'aide mais a refusé de
les installer dans des pays tiers.
La plupart des Soudanais ont été conduits dans un camp militaire, à Tora
Balad, à quelque trente kilomètres au sud de la capitale. Environ
30 000 réfugiés soudanais sont enregistrés en Egypte mais
des sources officieuses avancent que la population migrante est de deux millions.
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Décembre 2005
Les civils au Darfour paient un prix intolérablement élevé (ONU)
| New York (Nations unies), 29 décembre 2005 (XINHUANET) -- Un
dernier rapport du secrétaire général de l'ONU souligne
que les civils au Darfour paient un prix intolérablement élevé à cause
de l'aggravation de la situation depuis septembre.
"
Les civils continuent à payer un prix intolérablement élevé en
raison des assauts récurrents des parties en conflit, de la reprise
de la tactique de la 'terre brûlée' par les milices et de
l'action militaire massive du gouvernement", déplore le secrétaire
général dans son rapport au Conseil de sécurité sur
la situation au Darfour.
"
Les attaques à grande échelle contre des civils continuent,
les groupes armés poursuivent leur pratiques de viols contre les
femmes et les jeunes filles, de plus en plus de villages sont brûlés,
et des milliers de personnes sont forcées de quitter leur logement",
indique le rapport.
Dans le rapport, le secrétaire général fait par
ailleurs état de l'urgence de la situation concernant les attentes
des populations civiles.
"
Nous approchons de la fin de l'année 2005, la deuxième
année complète du conflit au Darfour, nous devons reconnaître
que les besoins les plus pressants des millions de personnes touchées
par la guerre resteront sans réponse, notamment en ce qui concerne
leur protection et leur sécurité", a-t-il insisté.
Le secrétaire général a de nouveau invité le
gouvernement soudanais à prendre des mesures décisives
pour palier à ces échecs manifestes. "Toutes les atrocités
commises au Darfour doivent être condamnées dans les plus
bref délais", a-t-il ajouté.
Il a exhorté enfin à accroître par tous les moyens
possible le soutien apporté à la mission de l'Union africaine
au Soudan (MUAS) et aux efforts de protection des populations dans toute
la région.
Jeudi, le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) avait publié son
rapport, rappelant que "chaque jour, plus de 3 millions d'enfants
sont affectés par le conflit en cours au Darfour, où ils
sont particulièrement vulnérables à la malnutrition, à la
maladie et à la violence".
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Décembre 2005
Sauver le Tchad
| Cameroon Tribune (Yaoundé) 29 Décembre 2005
Ndzinga Amougou
Conformément à la devise selon laquelle l'offensive constitue
la meilleure attaque, le chef de l'Etat tchadien, Idriss Deby qui considère
que son pays est désormais en état " de belligérance " avec
le voisin soudanais, a rapidement pris les devants pour mettre tout le monde
de son côté et isoler au maximum son adversaire.
C'est en tout cas ainsi que l'on peut expliquer l'offensive diplomatique qu'il
vient d'engager non seulement envers l'Union Africaine (UA), mais aussi envers
la Communauté économique et monétaire de l'Afrique Centrale
(CEMAC) et même l'Organisation de la conférence islamique (OCI).
Après l'attaque le 18 décembre dernier de la ville frontalière
d'Adré par des bandes rebelles venues du Soudan, le Tchad est convaincu
plus que jamais que Khartoum non seulement abrite mais soutient aussi militairement
les opposants à son régime. Un rapport très complet à ce
sujet a d'ailleurs été remis avant-hier au président de
l'UA, le chef de l'Etat nigérian Olusegun Obasanjo.
L'attaque du 18 décembre n'est que le dernier épisode du long
feuilleton des mauvaises relations qui depuis l'année dernière
ternissent les relations entre les deux pays et qui a atteint son point culminant
le 7 avril 2005 lors d'une attaque du village de Madayoun dans l'est du pays
par des assaillants venus du Soudan. Le président Deby avait alors accusé les
djandjawids, les milices arabes soudanaises d'avoir fait le coup.
Depuis cette époque le chef de l'Etat tchadien fait face à une
méchante loi des séries. Après les défections d'officiers
et des militaires de la garde républicaine, membres de son ethnie, les
Zaghawas, il a encore dû faire face au départ de trois piliers
du régime, les frères jumeaux Tom et Tidane Erdimi, neveux du
président, et le colonel Ali Orozi. Avec plusieurs de leurs hommes,
ils ont rallié le Socle pour le Changement, l'Unité et le Démocratie
(SCUD). Si l'on y ajoute la démission du chef de l'Etat-major, le général
Seby Aguid passé lui aussi à la rebellion, on comprend tout de
suite que la situation est potentiellement explosive chez notre voisin du nord,
et qu'on ne peut pas attribuer tous les malheurs du Tchad au seul Soudan. On
ne peut donc que se réjouir en apprenant qu'une commission d'enquête
de l'Union Africaine sera mise sur pied pour étudier en profondeur ce
différend qui oppose deux pays qui ont toujours vécu en bonne
intelligence, et qui appartiennent tous les deux aux mêmes organisations
internationales. C'est ainsi que nos ancêtres réglaient leurs
différends, par le dialogue et la concertation et non par les armes
|
Décembre 2005
L’Union africaine ne doit pas donner de gages à Khartoum
!
| Par Simone Dumoulin, Jacques Julliard, Bernard Kouchner, Jacky Mamou
Dominique Sopo*
Le Figaro, 28 décembre 2005
Le prochain sommet de l'Union Africaine est annoncé en janvier à Khartoum
au Soudan. La candidature d'Omar el-Béchir, le président
soudanais, est évoquée pour diriger l'organisation africaine.
Ce n'est une bonne nouvelle ni pour les populations qui ont subi les
violations massives des droits de l'homme au Soudan ni pour ce continent.
Le régime de Khartoum a été mis en place d'une manière
illégitime en 1989 après un coup d'Etat militaire des partisans
du Front islamiste national. Pourtant quelques mois auparavant ce courant
politique n'avait, recueilli les suffrages que de 9 % des électeurs
lors des élections. Omar el-Béchir a alors interrompu le
processus de paix et prolongé la guerre opposant Khartoum aux
chrétiens et aux animistes du Sud auxquels il voulait imposer
la charria. Deux millions de personnes ont été tués
dans ce conflit, un million d'autres s'est réfugié dans
les pays voisins. Beaucoup de jeunes sudistes ont été capturés
et réduits en esclavage. L'armée et les milices gouvernementales
ont été accusées de crimes de guerre et contre l'humanité par
les défenseurs des droits de l'homme.
Les populations Noubas ont été exterminées en masse
et les survivants chassés de chez eux. Les Nuers et les Dinkas
des régions pétrolifères du Haut-Nil ont été décimés.
Khartoum avait été alors accusé de génocide
par les défenseurs des droits de l'homme.
Pendant que la communauté internationale se réjouissait
des pourparlers de paix entre la rébellion sudiste et le gouvernement
de Khartoum, un petit groupe armé, l'Armée de libération
du Soudan (SLA), a attaqué des positions gouvernementales pour
demander, non pas l'indépendance de la région, mais une
meilleure prise en compte de ses besoins.
Une répression d'une brutalité extrême s'est abattue
sur les populations des ethnies africaines, Fours, Massalits ou Zaghawas.
Kofi Annan avait alors évoqué « l'enfer sur terre ».
En quelques mois les milices de certaines tribus arabes nomades coordonnées
avec l'armée et notamment ses moyens aériens, ont fait
mourir 300 000 personnes et chassé de leurs terres près
de 3 millions d'autres.
Les viols des femmes et des fillettes sont utilisés comme une
arme de terreur contre les populations. Une enquête des Nations
unies avait conclu à des crimes de guerre et des crimes contre
l'humanité. La Cour pénale internationale a été saisie
par le Conseil de sécurité et une instruction judiciaire
est en cours concernant 51 dirigeants soudanais dont on ne connaît
pas les noms.
L'ONU après maintes résolutions condamnant Khartoum et
lui demandant de faire cesser les tourments sur les civils, a délégué aux
troupes de l'Union africaine, l'Amis, un mandat d'observation. Son plus
haut responsable au Soudan, Baba Gan Kungibe a dénoncé non
seulement le fait que les véhicules de l'armée soudanaise
soient peints en blanc comme ceux de l'Amis, mais aussi que les attaques
contre les civils continuent.
Faut-il dans ces conditions accorder au Soudan le prestige d'accueillir
le sommet de l'Union africaine ? Comment tenir une réunion si
importante dans un pays qui est accusé de complicité de
crimes contre l'humanité ? Quel message veut donc envoyer l'Union
africaine en se réunissant dans un pays dont le gouvernement continue à poursuivre
ce que le secrétaire général-adjoint de l'ONU, Jan
Egelland, a nommé une « purification ethnique » ?
Qui pourrait comprendre que le Conseil de sécurité ait
exhorté lors de plusieurs résolutions, mais sans succès,
le gouvernement soudanais à désarmer les milices et que
ce dernier soit ainsi honoré ?
Le comble serait atteint si la candidature du président soudanais
pour mener aux destinées de l'organisation africaine devait être
retenue. Les troupes africaines d'observation seraient alors sous commandement
d'un des protagonistes du conflit et seraient empêchées
d'agir. Le médiateur pour la paix serait le principal responsable
des horreurs commises contre les civils.
C'est absurde !
De plus la liste des accusés des crimes de guerre et de crimes
contre l'humanité au Darfour n'est pas connue pour l'instant.
Il n'est pas impossible dans ces conditions que le président soudanais
lui-même ou des responsables de son entourage soient inculpés
! C'est ce que vient d'ailleurs de demander Human Rights Watch. Quelle
crédibilité pourrait alors avoir l'Unité africaine
si elle était dirigée par une pareille équipe ?
Dans le protocole relatif à la création d'un Conseil de
paix et de sécurité, adopté à Durban le 9
juillet 2002, l'Unité africaine s'est engagée à respecter « l'état
de droit, les droits fondamentaux de l'homme et des libertés,
le respect du caractère sacré de la vie humaine ainsi que
le Droit international humanitaire » (article 4). Depuis longtemps
le gouvernement du Soudan viole d'une manière massive et systématique
ces droits.
Ce même document « recommande l'intervention de l'Union africaine
dans un Etat membre dans certaines circonstances graves à savoir
les crimes de guerre, le génocide et les crimes contre l'humanité » (article
7).
Ce sont justement ces circonstances qui ont conduit l'envoi de troupes
de l'Amis au Soudan.
Les gouvernements africains sont souverains dans leurs choix. Mais tous
les amis de l'Afrique, tous les partisans des droits de l'homme sont
convaincus qu'une partie importante se joue là. Si Khartoum était
désigné et qu'Omar el-Béchir était choisi,
un voile de honte recouvrirait l'Union africaine. Il est encore temps
d'y réfléchir!
* Respectivement présidente de Vigilance-Soudan, historien-journaliste,
ancien chef de la Mission de l'ONU au Kosovo, président du collectif
Urgence-Darfour, et président de SOSracisme.
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Décembre 2005
Tchad-Soudan : Obasanjo, président en exercice
de l'UA, rencontre le président Deby et l'émissaire soudanais
Abuja, le 28 décembre 2005 (IRIN)
Le chef d’Etat nigérian et président en exercice de l’Union
africaine (UA), Olusegun Obasanjo, a rencontré mardi le président
tchadien Idriss Deby pour tenter de désamorcer la crise entre le Tchad
et le Soudan voisin.
Cette rencontre intervient après que les autorités tchadiennes
aient déclaré qu’elles étaient en “état
de belligérance ” avec le Soudan, un pays qu’elles tiennent
pour responsable de l’attaque lancée contre la ville frontalière
d’Adré.
La visite de M. Deby – invité dans la ferme de M. Obasanjo située
dans le sud-ouest du Nigeria – a coïncidé avec celle de l’envoyé spécial
soudanais, a indiqué le porte-parole du président nigérian,
Remi Oyo.
« En sa qualité de président en exercice de l’UA, M.
Obasanjo a rencontré séparément M. Idriss Deby et l’envoyé spécial
du président soudanais, et a abordé avec eux le différend
opposant les deux Etats voisins », a expliqué le porte-parole.
Le Tchad et le Soudan s’accusent mutuellement depuis quelques temps de
soutenir des mouvements rebelles. Récemment, le Tchad a accusé le
Soudan d’être responsable de l’attaque du 18 décembre
contre la localité d’Adré, à l’Est du Tchad.
Lundi, le président Deby avait déclaré lors d’un
point de presse à Ndjaména, la capitale, que le gouvernement
soudanais préparait de nouvelles attaques contre le territoire tchadien
et que plus de 50 véhicules militaires soudanais étaient massés à El-Geneina,
dans la région ouest du Darfour.
M. Deby a fait ces révélations après avoir entretenu le
président centrafricain Francois Bozizé de la situation avec
le Soudan qui, selon le chef d’Etat tchadien, « constitue une menace
pour la sous-région ».
« Il n’est pas exclu que le gouvernement de Khartoum répète
encore une autre agression contre le Tchad », a déclaré M.
Deby. « C’est ce qu’il est en train de préparer à El-Geneina ».
« C’est bien une inquiétude, pas seulement pour le Tchad,
mais pour tous les pays voisins du Soudan », a ajouté M. Deby.
Et pour le président Bozizé, « tout ce qui se passe ou
qui touche le Tchad a des répercussions sur la République Centrafricaine ».
Une délégation de l’UA a séjourné le week-end
dernier à N’djamena avant de continuer au Soudan.
Au cours d’un point de presse, le ministre tchadien de la Communication,
Moussa Doumgor, a appelé la Communauté des Etats Sahélo-Sahariens
(CEN SAD), la Communauté économique et monétaire des Etats
d’Afrique centrale à condamner le Soudan qui, selon lui, a armé, équipé et
encadré les colonnes qui ont attaqué Adre, « à bord
de Toyota flambant neufs avec des armes lourdes livrées quelques jours
plus tôt par le ministre soudanais de la Défense ».
Le Tchad, à plusieurs reprises, a indiqué qu’il exercerait
son droit poursuite au-delà de ses frontières. Après l’attaque
de la localité d’Adré, les forces tchadiennes auraient
poursuivi les rebelles jusqu’en territoire soudanais et y auraient détruit
certaines de leurs bases.
Ancien officier de l’armée, le président Deby fait face
actuellement à des dissensions au sein des forces armées tchadiennes.
Depuis octobre dernier, il tente de contrôler les groupes de soldats
qui ont déserté l’armée pour rejoindre les mouvements
rebelles implantés dans l’Est du pays où, près de
200 000 hommes, femmes et enfants ayant fui la région du Darfour, au
Soudan, vivent dans des camps de réfugiés.
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Décembre 2005
Accord entre le gouvernement soudanais et les Lions
libres
| Jeune Afrique, 27 décembre 2005
Le gouvernement soudanais et l'Organisation des Lions libres de l'est
du Soudan ont annoncé lundi à Tripoli, en présence
du guide Mouammar Kadhafi, être parvenus à un accord à l'issue
de leurs pourparlers qui se sont déroulés du 24 au 25 décembre
dans la capitale libyenne.
Le guide Mouammar Kadhafi, parrain des négociations, a reçu
le procès-verbal de cet accord au cours de l'audience qu'il a
accordée lundi aux délégations des deux parties.
La délégation du gouvernement soudanais était conduite
par le secrétaire aux Relations étrangères du Congrès
national soudanais, Kamel Abid, tandis que celle de l'Organisation des
Lions libres était dirigée par le président de l'organisation
et secrétaire général du Front de l'est du Soudan,
Al-Mabrouk Moubarak Salim.
Les participants à l'audience ont loué la sagesse du leader
Kadhafi, son assistance et ses efforts soutenus en faveur de l'instauration
de la paix et de la garantie de la sécurité et de la stabilité dans
tous les pays de l'Union africaine (UA) en général et au
Soudan en particulier.
Ils ont exprimé leur profonde joie pour la réussite de
ces pourparlers et leur aboutissement à cet accord conclu dans
une ambiance de fraternité et de responsabilité grâce à la
volonté permanente du leader Kadhafi dans le suivi et le parrainage
de ces discussions
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Décembre 2005
Obasanjo rencontre des délégations du
Soudan et du Tchad à propos du Darfour
| Jeune-afrique-27 décembre 2005
Le président nigérian Olusegun Obasanjo a rencontré séparément
mardi des délégations du Soudan et du Tchad au sujet de la crise
au Darfour, dans l'ouest du Soudan, ont rapporté mardi les médias
locaux.
L'agence de presse officielle du Nigeria a indiqué que les réunions
tenues à huis clos avaient apparemment porté sur les efforts
pour résoudre la crise au Darfour.
La délégation soudanaise était dirigée par Mustafa
Osman, Conseiller spécial du président soudanais qui était
venu transmettre un message spécial du président Omar el-Bachir.
La délégation tchadienne était menée par le président
du Tchad Idris Derby, qui a protesté contre les récentes attaques
commises sur son territoire par des rebelles qui viendraient du Soudan lors
d'une rencontre avec des journalistes à l'issue de sa réunion
avec M. Obasanjo qui est également président de l'Union africaine
(UA).
M. Derby a estimé que le Soudan ne devrait pas être autorisé à "organiser
la prochaine réunion du sommet extraordinaire de l'UA à Khartoum",
qui est prévue pour les 23 et 24 janvier.
Les négociations pour résoudre la crise au Darfour se poursuivent à Abuja
depuis plus de six mois mais les attaques contre la population continuent.
Les troubles au Darfour continuent à affecter la paix et la stabilité dans
le nord du Tchad, où plus de 300 000 victimes de la crise au Sud Soudan
sont réfugiées.
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Décembre 2005
La crise du régime tchadien menace de dégénérer
en guerre avec le Soudan
| Le Monde, 27 décembre 2005
Des rebelles du Rassemblement pour la démocratie et les libertés
(RDL) prisonniers des troupes gouvernementales tchadiennes, le 19 décembre, à Adré,
près de la frontière du Soudan. La diplomatie régionale
redouble d’efforts pour éviter un conflit armé entre le
Tchad et le Soudan après l’annonce à N’Djamena ,
le 23 décembre , qu’il se considère « en état
de belligérance » avec Khartoum. L’Organisation de la conférence
islamique a annoncé , lundi 26 décembre , la création
d’une mission de médiation. L’attaque d'Adré, le
18 décembre, par des rebelles venus du Soudan, est à l’origine
de la réaction de N’Djamena. Le Capitaine Mahamat Nour, qui dirige
le RDL, veut renverser le président tchadien Idriss Déby. La
France est « particulièrement attentive » a indiqué le
Quai d’Orsay.
Eviter un conflit armé entre le Tchad et le Soudan : pour désamorcer,
ces derniers jours, la tension croissante entre les deux Etats voisins, la
diplomatie régionale redouble d'efforts.
Lundi 26 décembre, l'Organisation de la conférence islamique
(OCI) a annoncé la création d'une mission de médiation
censée régler le "différend passager (entre N'Djamena
et Khartoum) par la voie fraternelle et pacifique, à travers le dialogue
constructif et la négociation". Quelques jours plus tôt,
c'était l'Union africaine (UA) qui avait dépêché une
délégation dans la capitale du Tchad, puis dans celle du Soudan,
avec pour objectif d'"essayer de normaliser les relations entre les deux
pays".
La dégradation, constante depuis 2004, des relations tchado-soudanaises
a connu une brusque accélération, vendredi 23 décembre,
après l'annonce par le gouvernement tchadien qu'il se considérait "en état
de belligérance avec le Soudan". "Les amis du Tchad doivent
le soutenir par tous les moyens dans cette épreuve", avait ajouté le
porte-parole du gouvernement. Lundi, le président tchadien, Idriss Déby,
a à nouveau sonné l'alarme en affirmant "ne pas exclure
que le gouvernement de Khartoum lance une autre agression contre le Tchad",
en vue de le "déstabiliser".
L'attaque, le 18 décembre, de la ville frontière tchadienne d'Adré,
dans l'extrême est du pays, par des rebelles venus du Soudan tout proche,
a déclenché les accusations de N'Djamena. Mené par des
Tamas — une ethnie opposée à celle des Zaghawas, à laquelle
appartient le président Déby — soutenus par des déserteurs
de l'armée tchadienne, l'assaut contre Adré s'est soldé par
un échec.
Les services de renseignement tchadiens avaient eu vent du projet et N'Djamena
avait transféré des renforts sur place. La mauvaise préparation
de l'attaque a fait le reste. Une partie des assaillants s'est dispersée
sur place ; les autres auraient trouvé refuge au Soudan.
Mais davantage que l'attaque proprement dite, c'est la personnalité du
chef rebelle qui a cristallisé la réaction tchadienne. Le chef
des assaillants, le capitaine Mahamat Nour, créateur du Rassemblement
pour la démocratie et les libertés (RDL), n'a jamais caché que,
pour atteindre son objectif — "renverser le tyran Déby",
comme il l'avait confié au Monde en janvier 2004 —, il était
prêt à s'allier au régime soudanais et à mettre
ses troupes au service de Khartoum pour réprimer la rébellion — soudanaise
celle-là — qui sévit dans la région du Darfour,
dans l'ouest du Soudan. Ce qu'il a fait.
Jusqu'à présent, Khartoum a réagi avec modération
aux accusations du régime tchadien. Les autorités soudanaises
ont, certes, accusé les Tchadiens d'avoir traversé la frontière à la
recherche des combattants du RDL, mais sans jeter d'huile sur le feu. "Nous
souhaitons la mise en place de patrouilles frontalières conjointes",
a assuré, samedi, le secrétaire d'Etat aux affaires étrangères,
Al-Salmani Ouassilah. "Nous ignorons pourquoi ils sont sortis du cadre
bilatéral pour faire des déclarations menaçantes",
a-t-il ajouté.
Fin de régne
L'explication est probablement à rechercher du côté des
luttes de pouvoir à N'Djamena, où règne une atmosphère
de fin de règne liée aux incertitudes sur la santé du
président Déby. C'est à l'intérieur même
du clan présidentiel des Zaghawas, riches de plusieurs sous-ethnies,
que la lutte est la plus rude. Craignant d'être évincés
du pouvoir avec la disparition d'Idriss Déby, certains Zaghawas ont
choisi de se lancer, d'ores et déjà, à la conquête
du pouvoir.
C'est ainsi que, courant octobre, a été créé, dans
l'Est du pays, un mouvement armé dénommé Socle pour le
changement, l'unité nationale et la démocratie (SCUD), animé par
Tom Erdimi... ancien directeur de cabinet du président Déby et
ex-coordinateur national du projet pétrole. Neveu du président
et ancien pilier du régime, aujourd'hui installé aux Etats-Unis,
Tom Erdimi veut "faire partir Déby".
Les violentes diatribes antisoudanaises de N'Djamena visent probablement à contraindre
la communauté internationale à s'impliquer dans ce qui n'est
en fait qu'une crise interne du régime tchadien. La France, qui dispose
sur place d'une présence militaire (renforcée il y a une dizaine
de jours) et d'une communauté de quelque 3 000 personnes, est sans doute
la première visée par l'appel au secours d'Idriss Déby. "La
France est particulièrement attentive à l'évolution de
la situation au Tchad. Elle suit avec attention la mission de médiation
(...) de l'Union africaine et soutient l'appel au calme lancé par le
secrétaire général de l'OCI", s'est borné à commenter,
lundi, le Quai d'Orsay.
Vendredi, le chef d'état-major des armées françaises,
le général Henri Bentegeat, se trouvait à N'Djamena. La
France s'emploie par tous les moyens, y compris auprès de ceux qui apportent
un soutien, quel qu'il soit, aux différentes parties, à faire
en sorte que la situation ne dégénère pas, fait-on valoir à Paris.
Jean-Pierre Tuquoi
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Décembre 2005
Le Soudan doit jouer un rôle moteur pour juguler
la crise tchado-soudanaise
| Tchad-info, 26 décembre 2005
La délégation de l’Union Africaine(UA) est arrivée à Khartoum
pour avoir des entretiens avec les autorités soudanaises : au
menu du débat : la montée des tensions vives entre le Tchad
et le Soudan. Dans un point de presse, le chef de la délégation
de l'UA, Papa Ghana Kanfibi s'est déclaré satisfait de
la position apaisante et sage des autorités soudanaises qui démentent
toute implication de leur pays dans les affaires intérieures du
Tchad, alors que le Président tchadien Idriss Déby n’a
pas cessé de les accuser d’avoir entretenu la rébellion
tchadienne sur leur territoire. Pour le Ministre des Affaires Etrangères,
M.Al-Semani Al-Wasila qui s'est longuement entretenu avec la délégation
de l'UA, . l'attaque de la ville d'Adré par le RDL, est la suite
logique des désertions de l'armée tchadienne et par conséquent,
c'est une affaire purement tchado-tchadienne. "C'est un conflit
tribal puisque le régime tchadien en lui même est tribal",
martèlent les autorités soudanaises. L’agitation
de l’épouvantail soudanais par le Président tchadien
Idriss Déby, poursuit un double objectif : premièrement,
c’est une tentative d’internationaliser le conflit afin d’appeler
au secours l’UA ; secondo, contraindre l’institution africaine à aller
sur le terrain des médiations, ce qui permet au Président
tchadien de gagner du temps par rapport à sa rébellion
intérieure.".Comme l’a si bien résumé un
expert français, ayant requis l’anonymat auprès d’un
journal soudanais : « c'est une bonne stratégie de dissimuler
ses problèmes internes »
A l’issue de sa sortie de ses entretiens avec les autorités
soudanaises, le chef de la délégation de l'UA, Papa Ghana
Kanfibi, a indiqué que la crise tchado-soudanaise est une affaire
purement africaine qui devrait trouver un règlement dans le cadre
de l'UA. Dans la foulée, la délégation de l'UE est
arrivée à Khartoum samedi matin après avoir eu des
entretiens à N’Djaména avec les autorités
tchadiennes.
Pour monter la pression d’un cran, le gouvernement tchadien s'est
dit vendredi "en état de belligérance avec le Soudan" voisin,
qu'il rend responsable d’être derrière l'attaque du
RDL à Adré le 18 décembre 2005.
Interrogé par un journaliste de la BBC, M. Laouna Gong Raoul,
le chargé des relations diplomatiques du RDL (opposition tchadienne)
a catégoriquement démenti un soutien quelconque du gouvernement
soudanais. " Nous récupérons des armes et des munitions
dans nos différents accrochages avec l'armée tchadienne",
a déclaré Laona au journaliste de la BBC.
Plusieurs pays ont exprimé leur inquiétude concernant
la tension tchado-soudanaise. Le Ministre égyptien des Affaires
Etrangères, Ahmat AboulKhez, a appelé les deux pays a résoudre
leur crise par le dialogue.
Isolé et secoué par des désertions de l'armée
tchadienne, le Président tchadien Idriss Deby cherche désespérément à rassembler
les Tchadiens autour de lui, en évoquant la menace d’une
agression étrangère. Khartoum de son côté,
accuse les soldats de l’armée tchadienne de traverser la
frontière pour commettre des vols et exactions en territoire soudanais..
Le ministre soudanais des Affaires Etrangères a même déclaré que
des avions militaires tchadiens ont violé l’espace aérien
de son pays, allusion de toute évidence aux quatre vieux hélicoptères,
qui constituent l’unique arsenal des forces de frappes aériennes
tchadiennes, dont trois, ont été récemment abattus
par les rebelles du RDL.
Il apparaît évident que la situation des mouvements rebelles
tchadiens sur le front Est, contraints d’opérer des replis
tactiques sur le territoire soudanais, devient de nos jours de plus en
plus difficile. Le durcissement de la position des autorités soudanaises à leur égard
d’une part, les contre-offensives des forces gouvernementales tchadiennes
contre leurs positions de l’autre, fragilisent leur dynamique de
lutte.
Ce qui n’a pas manqué de faire réagir M. Ahmat Yacoub,
chargé par le RDL d’organiser le service de Communication: "Je
ne comprends pas pourquoi le Soudan est incapable de reconnaître
qu'il existe bel et bien sur son territoire des milliers des réfugiés
et opposants tchadiens? Les soudanais doivent reconnaître cela
et proposer une médiation afin de rechercher une solution pacifique
au Tchad", a-t-il déclaré en substance.
S'agissant du renforcement du dispositif français au Tchad et
de la visite du chef d'Etat major français, Alwihda a écrit
que la France donne l'impression qu'elle apporte un soutien à un
Président lâché par son peuple. Certains observateurs
interrogés par l’AFP, estiment que Idriss Deby est tenté d’“ internationaliser ” ses
problèmes intérieurs afin de mobiliser ses alliés
extérieurs (dont la France ) autour de lui...Un universitaire
interrogé par la même AFP renchérit en disant que ‘la
logique voudrait que les forces militaires françaises stationnées
dans la région soutiennent les forces loyalistes, mais il y a
un risque de mettre le doigt dans un engrenage. Si la situation est mal
gérée, un enlisement est possible. Or la France a des intérêts
au Tchad, mais pas vitaux
Lors d'une réunion tenue jeudi, Ahmat Yacoub a conseillé à la
direction du RDL d'éviter toute déclaration tapageuse par
rapport à la politique tchadienne de la France. Dans un document
rédigé en français et en arabe, distribué samedi
aux différentes chancelleries, pour expliquer les objectifs de
lutte de l’opposition, le chargé de la Communication du
RDL, a notamment déclaré : « Dans la phase actuelle
où le pouvoir clanique d’Idriss Déby, est réellement
en péril, la France est dans son droit de se poser des questions
sur la pérennité de ses intérêts non sans
moins importants au Tchad. Mais cela n’autorise nullement l’opposition
tchadienne à des excès de propos ».
La France cherche à débusquer les intentions de Washington
et de Tripoli qui n’ont pas ouvertement condamné ni le Soudan
ni les attaques rebelles sur la ville d’ Adré.
Le gouvernement tchadien pour sa part, ne comprend pas le positionnement
des USA et de la Libye face à ce que Idriss Déby qualifie “ d’ingérences
soudanaises dans les affaires intérieures du Tchad ”
La France craint pour sa part, que ces pays ne profitent de la crise
au Tchad pour la déloger de ce pays.
Un haut responsable du RDL déclare à Alwihda qu’aujourd’hui
l’opposition plurielle tchadienne est désormais mure et
n’a nullement l’intention de remettre en cause les relations
historiques tissées avec la France.
Le RDL, explique ce responsable, a pour priorité de créer
très rapidement les conditions d’une compétition
politique sereine, transparente, apaisée et démocratique.
En cas d’effondrement du régime, la France, longtemps “ faiseuse
de rois ” au Tchad, n’a pas vraiment de “ champion ” pour
remplacer Idriss Deby qui a pris le pouvoir en 1990. Il est donc probable
qu’“ on va laisser faire la nature ”, explique un universitaire
français, au journal algérien Alwatan du 25 décembre.
En conclusion, quelques soient les conditions, le président Idriss
Déby est sous une tempête où il est contraint de
quitter le navire du pouvoir clanique qui chavire ; et il va de la responsabilité de
la communauté internationale, surtout la France, les pays voisins
du Tchad et l'UA d'intervenir avant qu'il ne soit trop tard pour aider
le Tchad à amorcer un changement en douceur.
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Décembre 2005
Le Tchad accuse le Soudan de soutenir une rébellion
| La Croix, 26 décembre 2005
L’Union africaine a envoyé ce week-end une délégation
au Tchad et au Soudan pour tenter de désamorcer les tensions entre les
deux pays voisins. Ndjamena rend le Soudan responsable de l’attaque de
la localité tchadienne d’Adré (ans l’est du pays)
le 18 décembre, menée par des rebelles du Rassemblement pour
la démocratie et la justice (RDL) alliés à des déserteurs
de l’armée tchadienne, basés de l’autre côté de
la frontière. « Le Tchad est aujourd’hui en état
de belligérance avec le Soudan. Les amis du Tchad doivent le soutenir
par tous les moyens dans cette épreuve », a déclaré le
porte-parole du gouvernement, Hourmadji Moussa Doumgor. « Nous démentons
(….) tout engagement dans les affaires intérieures tchadiennes »,
a rétorqué un porte-parole du ministère soudanais des
affaires étrangères. « Nous ne sommes pas pour une quelconque
escalade avec le Tchad », a-t-il affirmé.
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Décembre 2005
Des observateurs militaires burundais pour le Soudan
| Jeune Afrique, 25 décembre 2005
Un groupe de dix officiers burundais devait quitter Bujumbura dimanche en
début d'après-midi à destination du Darfour, au Soudan,
dans le cadre d'une mission internationale de maintien de la paix, a-t-on appris
auprès de l'état-major général de l'armée
burundaise.
Le groupe d'observateurs militaires burundais est mandaté par l'Union
africaine (UA) et doit rester au Soudan pour une période initiale de
six mois, selon les mêmes sources.
L'évènement est de taille pour les militaires burundais qui sortent
de plus d'une décennie de guerre civile pour aussitôt exporter
la paix en terre étrangère.
Les heureux élus au prestigieux statut d'observateurs militaires internationaux
partent également avec une bonne expérience dans le maintien
de la paix et ne devraient pas se sentir dépaysés outre mesure
pour avoir longtemps côtoyé des milliers de Casques bleus de l'Opération
des Nations unies au Burundi (ONUB
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Décembre 2005
Deux morts dans un accident d'avion au Soudan
Jeune Afrique, 25 décembre 2005
Un avion utilisé par l'Union africaine pour le transport de personnel
s'est écrasé samedi soir dans la région du Darfour, tuant
deux pilotes à bord, a affirmé dimanche l'UA dans un communiqué.
L'avion Andonov 28, fabriqué en Russie, a décollé à Zalinge,
dans l'Etat du Darfour de l'Ouest et se dirigeait vers El-Fasher, une autre
ville importante dans la région. A part les deux pilotes, un Ukrainien
et un Moldavien, il n'y a personne à bord, selon le communiqué.
Une enquête est en cours pour déterminer la cause de l'accident.
L'agence de presse officielle soudanaise a rapporté, citant une source
de l'UA, qu'une panne technique pourrait être à l'origine de l'accident.
Environ 6000 soldats de l'UA sont actuellement déployé dans la
région du Darfour, dans l'ouest du Soudan, pour le maintien de la paix
dans la région
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Décembre 2005
Des femmes renforcent les pourparlers du Darfour
| Joyce Mulama
Inter Press Service , 24 décembre 2005
Mariam Abdalla Omar s'est faite une réputation à la fois
de combattante et d'artisan de la paix dans la région agitée
de l'ouest du Soudan, le Darfour
La brave femme de 55 ans marche en boitant sensiblement. Le handicap
n'est pas congénital, il a été causé par
une balle qui a lui a transpercé la jambe droite alors qu'elle
combattait des milices arabes soutenues par le gouvernement. Les milices,
dénommées janjaweed, ou cavaliers, ont attaqué des
villages où vivent des Africains de peau noire comme Omar.
Des groupes de défense de droits de l'Homme ont accusé les
milices de brûler des huttes, détruire des cultures, violer
des femmes, voler du bétail et massacrer ceux dont la couleur
de la peau ne ressemble pas à la leur.
''J'ai rejoint le mouvement rebelle et j'ai appris à tirer. J'ai
pris les armes et tiré sur l'ennemi en me cachant dans la brousse
touffue. Ce n'était pas facile. J'ai également reçu
des balles à l'occasion'', a déclaré Omar à IPS,
en montrant sa jambe qui porte de profondes blessures de balles.
Comme la plupart des combattants du Darfour, Omar a une raison valable
qui l'a amenée à rejoindre la rébellion. ''La colère
m'a poussée à devenir un soldat rebelle. L'armée
a tailladé au couteau tout le corps de mon mari avant de le tuer.
Je suis devenue veuve et je devais m'occuper de nos cinq enfants et de
huit autres enfants dont les parents - tous des proches à moi
- ont été massacrés par l'armée'', a-t-elle
déclaré, alors que des larmes coulaient sur ses joues.
Omar, qui a été arrêtée plusieurs fois par
des agents de sécurité, s'est retrouvée hors de
prison. ''Je n'allais pas abandonner si rapidement. Je ne pouvais pas
laisser la pensée de la mort de mon mari disparaître si
facilement. J'ai donc continué la lutte et plus je combattais,
plus je risquais d'être arrêtée'', a-t-elle dit, entonnant
un chant de guerre.
Commandant du Mouvement/Armée de libération du Soudan (SLM/A),
l'un des deux mouvements rebelles combattant l'armée et son allié,
le janjaweed, au Darfour, Omar ne parle plus de guerre. Elle fait campagne
pour la paix. ''Nous sommes ici pour la paix et nous voulons une paix
véritable. Nous avons fait tout ce chemin pour chercher la paix.
La paix vaut mieux que la guerre'', a-t-elle dit à IPS à Abuja,
au Nigeria, la semaine dernière.
Le conflit du Darfour a commencé en 2003 lorsque le SLM/A et le
Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM) ont pris les
armes pour lutter contre leur marginalisation par le gouvernement. La
guerre a déplacé environ deux millions de personnes à l'intérieur
du Darfour et plus de 200.000 autres ont fui vers le Tchad voisin, selon
les Nations Unies. Aucun chiffre clair n'existe sur le nombre de décès
dus à la guerre, mais selon des statistiques informelles, environ
300.000 personnes sont mortes depuis 2003.
Omar est l'une des quatre femmes choisies par le SLM/A pour faire partie
de son équipe aux pourparlers qui ont démarré le
21 novembre. Maintenant à leur septième round, les discussions
se déroulent à Abuja depuis l'année dernière.
Les négociations, entre le gouvernement du Soudan et les deux
groupes rebelles, sont facilitées par l'Union africaine (UA).
La participation des femmes aux pourparlers de paix est historique. Ce
n'était pas le cas lors des précédents rounds de
discussions. Leur implication fait suite à un appel de Salim Ahmed
Salim, l'envoyé spécial de l'UA pour les pourparlers de
paix sur le Darfour, demandant à toutes les parties d'inclure
des femmes dans leurs délégations. Salim a lancé cet
appel durant le sixième round des négociations qui s'est
déroulé à Abuja entre le 15 septembre et le 20 octobre.
Le JEM a amené cinq femmes et le régime islamique de Khartoum
a choisi deux femmes comme membres de sa délégation. ''Toutes
les parties ont inclus des femmes dans ce round des pourparlers et c'est
un bon signe. Nous espérons que les questions des droits des femmes
ne seront pas foulées aux pieds et qu'elles figureront dans l'accord
final qui sera acceptable pour toutes les parties'', a dit à IPS à Abuja,
Sam Ibok, chef de l'équipe de médiation de l'UA.
En plus de ces femmes, il y avait 15 activistes de genre du Darfour qui
ont fait le voyage sur Abuja le 9 décembre pour débattre
des questions affectant les femmes qui pourraient être abordées
aux pourparlers. Les femmes, qui ne sont associées à aucune
des parties en conflit devraient présenter leurs recommandations
aux pourparlers cette semaine. Elles ont été envoyées à Abuja
par le Fonds des Nations Unies pour la femme (UNIFEM).
''C'est pour montrer au monde que les femmes du Darfour ne sont pas des
victimes, mais qu'elles font partie du processus qui doit conduire à la
paix. C'est une histoire positive des femmes du Darfour cherchant à trouver
une paix durable même si elles ont été très
affectées par la guerre'', a déclaré Nyaradzai Gumbonzvanda,
directrice régionale de l'UNIFEM pour la Corne de l'Afrique et
l'Afrique orientale.
Au cours du présent round des négociations, les délégués
discutent des questions clés comme le partage des richesses et
du pouvoir, ainsi que des questions de sécurité. Les femmes
déléguées sont particulièrement préoccupées
par l'insécurité au Darfour.
''Il faut que les deux parties signent d'urgence un cessez-le-feu général,
qui serait entièrement appliqué pour s'assurer que les
civils, en particulier les femmes, sont protégés. Les femmes
sont violées à l'intérieur et en dehors des camps
lorsqu'elles vont chercher du bois ou puiser de l'eau'', a noté Neimat
Adam Ahmadi du SLM/A.
Selon Ahmadi, qui apporte son soutien aux victimes de viol au Darfour,
au moins dix cas de viol sont rapportés chaque jour. Les statistiques
augmentent à chaque attaque des parties en conflit, a-t-elle affirmé.
Les belligérants du Darfour ont continué à s'attaquer
et à attaquer des civils en dépit d'un cessez-le-feu fragile
signé en novembre 2004.
Des appels sont également lancés pour inclure des femmes
dans la force de protection de l'UA, qui a pour mandat de surveiller
les violations des droits. ''Nous voulons que les femmes fassent partie
de la communauté de protection. Les femmes seraient plus promptes à prendre
note de toutes les violations et ceci minimiserait les abus des droits
de l'Homme contre les civils, en particulier les femmes. Les femmes ont
payé le plus lourd tribut à la guerre au Darfour'', a souligné Halima
Hasaballa, l'une des femmes de la délégation gouvernementale.
La mission de l'UA au Soudan (AMIS) compte environ 7.000 soldats qui,
selon des analystes, est trop petite pour surveiller le Darfour, un territoire
qui a la taille de la France.
Alors que grandit l'espoir d'une paix durable au Darfour, on ne sait
toujours pas quand les tueries s'arrêteront. ''Les pourparlers
de paix ne sont jamais courts, ils prennent toujours du temps. Si vous
obtenez la paix rapidement, elle ne durera pas. Il vaut mieux prendre
du temps et négocier une paix durable'', a noté Ibok.
|
Décembre 2005
Darfour négociations: accord sur l'agenda en
cinq point pour la sécurité
| Xinhuanet, 24 décembre 2005
Le gouvernement soudanais et les groupes rebelles dans la province ouest soudanaise
du Darfour se sont mis d'accord sur un agenda en cinq point pour discuter du
problème épineux de la sécurité, selon un communiqué publié samedi
par le médiateur des négociations, l'Union Africaine (UA).
"
La Commission sur le cessez-le-feu et la sécurité, une des trois
organisations chargées de pourparlers de paix intersoudanais sur le
conflit à Darfour, a adopté un agenda en cinq point lors d'une
scéance plénière vendredi" à Abuja, capitale
nigériane, a indiqué le communiqué.
Cet agenda comprend "les principes généraux, les arrangements
sécuritaires pour renforcer l'application du cessez le feu humanitaire,
un cessez-le-feu global et les arrangements sécuritaires définitifs,
la réintégration sociale et un calendrier pour l'application",
a ajouté le communiqué.
L'envoyé spécial de l'UA et médiateur en chef, Salim Ahmed
Salim, a exprimé sa joie sur une réalisation importante de la
commission par l'adoption d'un agenda en cinq point et invité également
les parties à placer l'intérêt du peuple avant tout autre
considération, a affirmé le communiqué.
"
Ce n'est que le commencement des discussions sérieuses entre les parties",
a estimé M. Salim selon le communiqué, ajoutant que ces pourparlers
sont toujours difficiles, mais la volonté des parties pour réaliser
la paix doit être déterminée.
"
Nous souhaitons que cette session aboutisse à des résultats concrets,
et à mon avis, c'est faisable", a-t-il souligné.
Parallèlement, "les parties (gouvernement et les groupes rebelles)
ont réaffirmé leur engagement sur les accords et les protocoles
déjà signés et exprimé qu'ils sont prêts
pour avancer et trouver une solution durable de la situation déplorable à Darfour",
a précisé le communique.
Le 7ème round de pourparlers intersoudanais s'est ouvert le 29 novembre à Abuja,
après que le Mouvement de Libération du Soudan eut surmonté les
divisions de la direction.
|
Décembre 2005
Le Tchad est en «état de belligérance» avec
le Soudan
| Le devoir du Québec et Reuters, 24 et 25 décembre 2005
N'Djamena -- Le Tchad s'est dit «en état de belligérance» avec
le Soudan hier à la suite d'attaques lancées sur son territoire
par des rebelles armés, selon N'Djamena, par les autorités
de Khartoum.
«Le Tchad est aujourd'hui en état de belligérance avec le
Soudan», annonce un communiqué du gouvernement tchadien, qui qualifie
le président soudanais Omar Hassan al-Bachir d'«ennemi du Tchad».
«Le gouvernement demande au peuple tchadien de se mobiliser contre cette
agression soudanaise», ajoute-t-il. Le ministre tchadien des Affaires étrangères,
Ahmat Allam-Mi, a déclaré que l'ambassadeur du Soudan à N'Djamena
avait été convoqué hier au ministère, où il
s'est fait remettre une note énumérant les agressions soudanaises
contre le Tchad.
«Nous avons demandé que le Soudan cesse toutes ses agressions contre
notre pays et lui avons dit que le Tchad ne nourrit aucun sentiment belliqueux
contre le Soudan», a précisé le ministre.
Le Tchad accuse son voisin d'avoir appuyé deux attaques contre la ville
d'Adré, à la frontière entre les deux pays, menées
le
18 décembre par les rebelles du Rassemblement pour la démocratie
et la liberté (RDL), mouvement formé récemment, qui cherche à renverser
le président Idriss Deby.
Les autorités de N'Djamena disent avoir repoussé les assauts,
tué environ 300 combattants ennemis et détruit leurs bases sur
le sol soudanais.
«Le gouvernement soudanais [...] a pris l'initiative d'attaquer le Tchad,
le 18 décembre 2005, en armant, en équipant et en encadrant les
colonnes qui ont attaqué Adré à bord de Toyota flambant
neuves avec des armes lourdes livrées quelques jours plus tôt par
le ministre soudanais de la Défense», poursuit le communiqué gouvernemental.
Le Tchad avait exhorté la veille le Conseil de sécurité des
Nations unies à tout faire pour éviter une extension du conflit
de la zone frontalière et du Darfour, où Khartoum fait selon
lui appel au RDL pour combattre ses propres rebelles.
N'Djamena s'est félicité hier de la condamnation des attaques
d'Adré par des pays étrangers comme la France et invite l'Union
africaine et les organisations régionales à faire de même.
|
Décembre 2005
Reprise des pourparlers sur le Darfour : le Conseil
réitère ses injonctions au gouvernement et aux forces rebelles
| Nations Unies, 22 décembre 2005
Le Conseil de sécurité s'est félicité hier dans
une déclaration présidentielle de l'ouverture, à Abuja
(Nigéria), de la septième série des pourparlers de paix
intersoudanais sur le Darfour, réitérant son appel à cesser
immédiatement les affrontements et condamnant les attaques au Tchad.
Le Conseil a aussi prorogé le mandat des experts chargés de suivre
l'application des sanctions.
En adoptant à l'unanimité la résolution 1651 (2005), le
Conseil de sécurité a décidé hier de proroger jusqu'au
29 mars 2006 le mandat du Groupe d'experts créé en application
de la résolution 1591, qui est chargé de surveiller les sanctions
sur les armes, les déplacements et les avoirs financiers imposées
aux individus et entités non gouvernementales opérant dans la
région du Darfour.
Par ailleurs, dans une déclaration présidentielle prononcée
hier au nom de ses quinze membres, le président du Conseil de sécurité a
salué « l'ouverture, à Abuja (Nigéria), de la septième
série des pourparlers de paix intersoudanais sur le Darfour placés
sous l'égide de l'Union africaine », et exprimé sa gratitude à l'Union
africaine, à la communauté internationale et aux autres donateurs.
Le Conseil s'est dit « encouragé par la participation active de
représentants de tous les groupes invités du Mouvement/Armée
de libération du Soudan et du Mouvement pour la justice et l'égalité,
ainsi que de membres du Mouvement populaire de libération du Soudan
en tant que composante du Gouvernement d'unité nationale, et exhorte
tous les participants à poursuivre leur coopération avec la Mission
de l'Union africaine au Soudan (MUAS) et la Mission des Nations Unies au Soudan
(UNMIS selon son acronyme anglais) ».
«
Le Conseil demande à toutes les parties au conflit d'honorer leurs engagements
de conclure un accord de paix juste et global sans plus tarder. Il exige de
toutes les parties qu'elles renoncent à la violence et mettent fin aux
atrocités sur le terrain, en particulier celles commises contre des
civils, notamment les femmes et les enfants, les travailleurs humanitaires
et les membres des forces internationales de maintien de la paix », indique
aussi la Déclaration.
«
Le Conseil rappelle les injonctions qu'il a lancées, dans ses récentes
résolutions, au Gouvernement soudanais et aux forces rebelles, ainsi
qu'à d'autres groupes armés, afin qu'ils tiennent pleinement
leurs engagements ».
«
Il exige, en particulier, que le Mouvement/Armée de libération
du Soudan, le Mouvement pour la justice et l'égalité et le Gouvernement
mettent immédiatement fin à la violence, se conforment à l'Accord
de cessez-le-feu de N'Djamena, lèvent les obstacles au processus de
paix et coopèrent pleinement avec la Mission de l'Union africaine, et
que le Gouvernement désarme et contrôle les milices. Il exige également
que les responsables de violations des droits de l'homme et du droit international
humanitaire soient immédiatement traduits en justice ».
Le Conseil a par ailleurs rappelé « sa crainte que la persistance
de la violence au Darfour n'ait des conséquences néfastes pour
la région, en particulier pour la sécurité du Tchad ».
«
C'est pourquoi il condamne avec fermeté les attaques récemment
menées par des éléments armés à l'intérieur
du Tchad, notamment l'attaque lancée le 19 décembre 2005 contre
des positions de l'armée nationale tchadienne dans la ville d'Adré,
et appuie les efforts visant à réduire les tensions à la
frontière », indique la Déclaration (voir notre dépêche
du 21 décembre 2005 sur le message du Secrétaire général).
Interrogé hier, lors de sa conférence de presse de fin d'année,
sur la situation au Darfour, le Secrétaire général a estimé que « la
seule façon d'avoir une stabilité à long terme au Darfour
et au Soudan » serait de donner une nouvelle impulsion aux négociations
en cours à Abuja (voir notre dépêche du 22 décembre
2005).
«
Le gouvernement lui-même a fixé une date, la fin décembre,
pour obtenir un accord sur le Darfour avec les rebelles. Mais au rythme actuel
je ne pense pas que l'on va pouvoir respecter cette date », a-t-il affirmé.
«
Ce qui est important, pourtant, c'est que la pression soit maintenue, tant
sur le Gouvernement que sur les rebelles, pour qu'ils parviennent à un
accord. La situation est très difficile et je pense que l'ONU devra
agir de façon beaucoup plus active, en passant par le Conseil. Et l'année
prochaine je pense qu'il sera nécessaire que le Conseil agisse et fasse
quelque chose », a souligné Kofi Annan.
|
Décembre 2005
Reprise des pourparlers sur le Darfour : le Conseil
de Sécurité réitère ses injonction au gouvernement
et aux forces rebelles
|
Nations Unies, New York, 22 décembre 2005
Le Conseil de sécurité s'est félicité hier
dans une déclaration présidentielle de l'ouverture, à Abuja
(Nigéria), de la septième série des pourparlers
de paix intersoudanais sur le Darfour, réitérant son appel à cesser
immédiatement les affrontements et condamnant les attaques au
Tchad. Le Conseil a aussi prorogé le mandat des experts chargés
de suivre l'application des sanctions.
En adoptant à l'unanimité la <" http://www.un.org/Docs/journal/asp/ws.asp?m=S/RES/1651
(2005)">résolution 1651 (2005), le Conseil de sécurité a
décidé hier de proroger jusqu'au 29 mars 2006 le mandat
du Groupe d'experts créé en application de la résolution
1591, qui est chargé de surveiller les sanctions sur les armes,
les déplacements et les avoirs financiers imposées aux
individus et entités non gouvernementales opérant dans
la région du Darfour.
Par ailleurs, dans une déclaration présidentielle prononcée
hier au nom de ses quinze membres, le président du Conseil de
sécurité a salué « l'ouverture, à Abuja
(Nigeria), de la septième série des pourparlers de paix
inter-soudanais sur le Darfour placés sous l'égide de l'Union
africaine », et exprimé sa gratitude à l'Union africaine, à la
communauté internationale et aux autres donateurs.
Le Conseil s'est dit « encouragé par la participation active
de représentants de tous les groupes invités du Mouvement/Armée
de libération du Soudan et du Mouvement pour la justice et l'égalité,
ainsi que de membres du Mouvement populaire de libération du Soudan
en tant que composante du Gouvernement d'unité nationale, et exhorte
tous les participants à poursuivre leur coopération avec
la Mission de l'Union africaine au Soudan (MUAS) et la Mission des Nations
Unies au Soudan (<"http://www.unmis.org/english/en-main.htm">UNMIS
selon son acronyme anglais) ».
«
Le Conseil demande à toutes les parties au conflit d'honorer leurs
engagements de conclure un accord de paix juste et global sans plus tarder.
Il exige de toutes les parties qu'elles renoncent à la violence
et mettent fin aux atrocités sur le terrain, en particulier celles
commises contre des civils, notamment les femmes et les enfants, les
travailleurs humanitaires et les membres des forces internationales de
maintien de la paix », indique aussi la Déclaration.
«
Le Conseil rappelle les injonctions qu'il a lancées, dans ses
récentes résolutions, au Gouvernement soudanais et aux
forces rebelles, ainsi qu'à d'autres groupes armés, afin
qu'ils tiennent pleinement leurs engagements ».
«
Il exige, en particulier, que le Mouvement/Armée de libération
du Soudan, le Mouvement pour la justice et l'égalité et
le Gouvernement mettent immédiatement fin à la violence,
se conforment à l'Accord de cessez-le-feu de N'Djamena, lèvent
les obstacles au processus de paix et coopèrent pleinement avec
la Mission de l'Union africaine, et que le Gouvernement désarme
et contrôle les milices. Il exige également que les responsables
de violations des droits de l'homme et du droit international humanitaire
soient immédiatement traduits en justice ».
Le Conseil a par ailleurs rappelé « sa crainte que la persistance
de la violence au Darfour n'ait des conséquences néfastes
pour la région, en particulier pour la sécurité du
Tchad ».
«
C'est pourquoi il condamne avec fermeté les attaques récemment
menées par des éléments armés à l'intérieur
du Tchad, notamment l'attaque lancée le 19 décembre 2005
contre des positions de l'armée nationale tchadienne dans la ville
d'Adré, et appuie les efforts visant à réduire les
tensions à la frontière », indique la Déclaration
(voir notre dépêche http://www.un.org/apps/newsFr/storyF.asp?NewsID=11588&Cr=annan&Cr1=soudan" du
21 décembre 2005 sur le message du Secrétaire général).
Interrogé hier, lors de sa conférence de presses de fin
d’année :
<
http://www.un.org/News/fr-press/docs/2005/SGSM10280.doc.htm> sur la
situation au Darfour, le Secrétaire général a estimé que « la
seule façon d'avoir une stabilité à long terme au
Darfour et au Soudan » serait de donner une nouvelle impulsion
aux négociations en cours à Abuja (voir notre dépêche
du 22 décembre 2005 :
http://www.un.org/apps/newsFr/storyF.asp?NewsID=11592&Cr=Annan&Cr1=ONU"
« Le gouvernement lui-même a fixé une date, la fin
décembre, pour obtenir un accord sur le Darfour avec les rebelles.
Mais au rythme actuel je ne pense pas que l'on va pouvoir respecter cette
date », a-t-il affirmé.
«
Ce qui est important, pourtant, c'est que la pression soit maintenue,
tant sur le Gouvernement que sur les rebelles, pour qu'ils parviennent à un
accord. La situation est très difficile et je pense que l'ONU
devra agir de façon beaucoup plus active, en passant par le Conseil.
Et l'année prochaine je pense qu'il sera nécessaire que
le Conseil agisse et fasse quelque chose », a souligné Kofi
Annan.
Veuillez consulter le site du Centre de nouvelles ONU pour plus d'information
http://www.un.org/french/newscentre/
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Décembre 2005
Au Tchad, que fait paris ?
L’Humanité, 22 décembre 2005
Environ mille soldats français sont encore présents au Tchad,
où Paris possède une base militaire. Dans le passé, ces
soldats sont intervenus pour maintenir le pouvoir en place. Encore à l’été 2004,
plusieurs centaines d’entre eux ont été déployés
le long de la frontière tchado-soudanaise, officiellement pour empêcher
les attaques contre les camps de réfugiés installés au
Tchad, officieusement pour empêcher les incursions des opposants tchadiens
depuis le Soudan voisin. Cette fois, Paris semble divisé sur l’attitude à adopter.
Certains semblent d’accord avec Khartoum pour remplacer Déby quand
d’autres, toujours hantés par l’idée d’une
menace anglo-saxonne sur le pré carré, continuent de soutenir
mordicus le dictateur vieillissant.
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Décembre 2005
Au moins 300 morts dans les combats contre une rébellion
venue du Darfour.
| N'Djamena écrase l'offensive des rebelles au Tchad
par Stéphanie Braquehais
Libération, 21 décembre 2005
Les portes des salles de soins ne cessent de s'ouvrir et de se fermer
dans le couloir de l'hôpital d'Adré, ville tchadienne
frontalière avec le Soudan. La chaleur de la mi-journée
ne semble pas accabler les femmes qui viennent apporter de la nourriture
aux blessés de guerre. Des soldats tchadiens, kalachnikov à l'épaule
et chèche jaune autour du visage, viennent visiter leurs camarades
blessés lors des combats de dimanche. «Les plus violents
depuis deux ans», raconte un militaire. Les rebelles tchadiens
venus du Darfour soudanais ont attaqué à l'aube, puis à nouveau
vers 15 heures. Depuis quarante-huit heures, le bilan n'a cessé d'être
revu à la hausse par les autorités tchadiennes. D'une
centaine de morts, on est passé à 300, dont une dizaine
seulement côté gouvernement.
Déstabiliser.
Cette zone du Tchad connaît, depuis plusieurs semaines, des escarmouches
imputées par N'Djamena à un nouveau mouvement rebelle,
le Rassemblement pour la liberté et la démocratie (RDL).
Selon le Tchad, ce mouvement est soutenu par le Soudan qui cherche à déstabiliser
le régime du président Idriss Déby, dominé par
les Zaghawas. Or, cette tribu, à cheval sur les deux pays, est
en guerre au Darfour avec le pouvoir central soudanais.
Depuis le début de la guerre au Darfour, en février 2003,
le président soudanais et son homologue tchadien ne cessent de
s'accuser mutuellement de soutenir des rébellions, respectivement
arabe et zaghawa. En avril, le Tchad avait déjà accusé le
Soudan d'armer 3 000 rebelles tchadiens au Darfour, prêts à lancer
l'assaut contre N'Djamena. Quelques heures après le début
des combats de dimanche, le Tchad s'est empressé de réitérer
ses griefs, se réservant un «droit de poursuite sur le territoire
soudanais».
Au lendemain des affrontements d'Adré, le général
Alifa Weddeye, qui commande les opérations militaires, s'est rendu
sur le théâtre des combats avec quelques journalistes dont
celui de Libération. Des Jeep calcinées par des tirs d'obus
jonchent la brousse desséchée. Des dizaines de cadavres
de rebelles, déchaussés, gisent dans l'herbe. Certains
portent un uniforme de l'armée tchadienne avec l'écusson
bleu jaune et rouge du drapeau national. Un fin turban rouge noué autour
de la tête est censé les différencier des forces
gouvernementales et signale leur appartenance à la rébellion
du RDL. Un corps ensanglanté gît au pied du mur d'enceinte
protégeant la résidence du préfet d'Adré,
dont les fenêtres donnent sur la frontière, située à seulement
quelques mètres. «Un déserteur», assène
un colonel de l'armée tchadienne.
Désertions.
Les autorités locales affirment avoir fait plus d'une vingtaine
de prisonniers. Aux journalistes, on en exhibe onze, apeurés et
habillés en civil. Certains se disent soudanais. «Je vendais
du sucre pour survivre, et puis on m'a proposé d'être chauffeur.
J'ai accepté, mais je ne savais pas que je travaillais pour la
rébellion», avance l'un d'eux. Un autre avoue avoir déserté la
garnison tchadienne d'Adré il y a six jours pour obéir à son «patron»,
un commandant ayant rejoint la vague de désertions qui dure depuis
début octobre.
Les commerçants n'ont pas cessé leurs allées et
venues vers la frontière, mais ils sont désormais escortés
par une ou deux Jeep remplies de militaires. «Tout le monde est
armé», confie un habitant. Adré est un poste stratégique
: «Si Adré tombe, c'est la ligne droite vers Abéché.» Le
dispositif a été renforcé de manière impressionnante.
A la tombée de la nuit, on aperçoit des sentinelles tapies
derrière un rocher sur une colline. Sur la route, à la
sortie d'Adré, des véhicules camouflés de l'armée
française provenant du détachement français d'Abéché ont
aussi été prépositionnés.
Réfugiés.
Un millier de soldats français sont présents au Tchad dans
le cadre de l'opération «Epervier». Depuis deux ans,
ils effectuent des tournées frontalières, officiellement
pour protéger l'est du Tchad qui accueille plus de 200 000 réfugiés
du Darfour. «Officieusement, pour empêcher la chute du régime
Déby», estime un opposant tchadien. Ces dernières
semaines, le dispositif a été nettement renforcé,
y compris par des éléments français dépêchés
depuis Libreville, au Gabon.
|
Décembre 2005
L’armée tchadienne repousse des rebelles
venus du Soudan
| Le Monde 21 décembre 2005
Notre correspondant, Jean-Philippe Rémy
Alors que le Tchad traverse une période de crise aigüe, l’attaque
d’une ville frontière, dans l’extrême est du pays,
par des rebelles venus du Soudan voisin, aggrave les tensions entre ces deux
pays. La ville d’Adré a été attaquée, dimanche
18 décembre, par des hommes du capitaine Mahamat Nour, auxquels s’étaient
joints des déserteurs de l’armée tchadienne.
Le capitaine Nour, membre de l’ethnie Tama, opposée aux Zaghawas
du président Idriss Déby depuis sa prise de pouvoir, est un ancien
membre de l’Alliance nationale de la résistance (ANR). Il déclarait
au Monde, en janvier 2004, « faire la guerre depuis 10 ans » dans
différents pays d’Afrique centrale, jusqu’au Congo, en attendant
de « renverser le tyran Déby ». Pour cela, il comptait sur
l’appui du Soudan, obtenu en échange de la participation de ses
troupes, plusieurs centaines d’hommes, dans la répression sanglante
menée par Khartoum contre les rebelles et la population du Darfour.
Courant 2004, il avait tenté, en vain, de fédérer d’autres
groupes armés tchadiens disséminés entre le Tchad, le
Darfour et la République Centrafricaine. Fin octobre, il avait formé le
rassemblement pour la démocratie et les libertés (RDL), évinçant
au passage le responsable de l’ANR, chargé de la branche politique,
Mahamat Abbos Sileck, arrêté par les services de sécurité soudanais.
Dans le jeu trouble auquel se livrent le Tchad et le Soudan, qui entretiennent
des groupes rebelles opposés à leur voisin, quitte à les
utiliser comme monnaie d’échange, l’attaque du RDL avait-elle
une chance d’ouvrir un front sur le sol tchadien ? L’opération,
selon des sources rebelles tchadiennes, était mal préparée,
alors que la garnison d’Adré venait d’être renforcée
avec des troupes et des blindés légers. L’attaque du RDL
et de ses alliés, dimanche, n’a jamais menacé sérieusement
la ville. Un hélicoptère de l’armée tchadienne s’est
embrasé au sol et l’explosion consécutive de ses munitions
a blessé plus d’hommes que les combats des heures précédentes – deux
roquettes atteignant l’hôpital par hasard.
Après l’échec de la prise d’Adré, une partie
des hommes du RDL, s’est disséminée dans les environs,
certains se repliant au Soudan, où l’armée tchadienne,
exerçant son « droit de poursuite », les a combattus à nouveau
dimanche soir. Lundi, le ministre tchadien des affaires étrangères,
Ahmat Allami, a déclaré à des diplomates à N’Djamena
que les rebelles du RDI, étaient « entretenus et équipés
comme une composante de l’armée soudanaise ». Le Soudan
a démenti tout soutien aux rebelles tchadiens.
Jean-Philippe Rémy
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Décembre 2005
Plus d'un million d'enfants du Darfour n'ont pas accès à l'aide
| Télévision suisse romande, Khartoum, 20 décembre
2005
Plus d'un million d'enfants n'ont pas accès à l'aide au
Darfour, dans l'ouest du Soudan, selon un rapport du Fonds des Nations
unies pour l'enfance (Unicef) publié mardi. Ils souffrent de malnutrition,
de maladies et subissent des violences.
"Chaque jour, plus de 3 millions d'enfants sont affectés
par le conflit" dans cette région ravagée par une
guerre civile depuis 2003, note l'agence de l'ONU. Selon elle, 1,25 million
d'enfants n'accèdent pas à l'aide en raison de l'insécurité et
du fait que les agences d'aide n'arrivent pas à les atteindre,
contre 1,75 millions qui ont accès aux services de base.
En présentant ce rapport, le représentant de l'Unicef au Soudan,
Ted Chaiban, a lancé un appel aux rebelles du Darfour et aux autorités
de Khartoum qui négocient à Abuja (Nigeria). Il les a pressés
de trouver une solution rapide à ce conflit qui a fait entre 180 000
et 300 000 victimes et deux millions de réfugiés.
"
Les enfants du Darfour méritent de tirer les dividendes de la paix comme
c'est le cas pour les enfants du nord et du sud", a-t-il dit en référence à l'accord
de paix conclu en janvier par Khartoum et les ex-rebelles sudistes. Ce traité a
mis fin 21 ans de guerre civile entre le nord arabo-musulman et le sud chrétien
et animiste.
Déclenché en février 2003, le conflit au Darfour oppose
des groupes rebelles noirs, le Mouvement de libération du Soudan (SLM)
et le Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM), luttant pour
un partage plus équitable des richesses et du pouvoir, aux autorités
de Khartoum et aux milices arabes qui leur sont alliées
|
Décembre 2005
Le pouvoir tchadien menacé par la rébellion
| Le Figaro, 20 décembre 2005
De violents combats ont eu lieu à la frontière soudanaise et
le président Déby est de plus en plus isolé. Paris se
dit « vigilant ».
Une fois de plus, l’histoire du Tchad semble hésiter entre révolution
de palais et rezzou des confins. Aujourd’hui, c’est de la frontière
soudanaise que monte le bruit des armes. Les combats, depuis dimanche, y auraient
fait plus de 100 morts.
Selon les autorités tchadiennes, l’assaut sur la localité d’Adré a été mené par
des rebelles venus du Soudan. Les attaquants seraient des déserteurs
de l’armée tchadienne alliés aux rebelles du Rassemblement
pour la démocratie et la liberté (RDL), un des nombreux groupes
opérant aujourd’hui dans l’est du Tchad.. N’Djamena,
immédiatement, a montré Khartoum du doigt, tenu pour « entièrement
responsable de l’attaque menée depuis son territoire ».
Et l’armée tchadienne a usé d’un « droit de
poursuite » au Soudan, avant de se replier. Depuis plusieurs mois, les
accusations croisées entre les deux pays font rage. N’Djamena
accuse Khartoum d’offrir refuge aux rebelles tandis que le Soudan reproche
au Tchad de mener des opérations militaires sur son sol.
Fin de règne
Ces affrontements, les plus sérieux depuis longtemps , interviennent
dans une atmosphère de fin de règne au Tchad. Et ils pourraient
sonner le début de l’offensive finale contre le régime
d’Idriss Déby. Depuis quelques mois, les désertions se
sont multipliées. Et il s’agit des Zaghawas l’ethnie du
président, le cœur même du pouvoir. Ces hommes ont notamment
formé un mouvement qui se veut aussi percutant que le missile auquel
il emprunte son acronyme, le Scud (Socle pour le changement, l’unité nationale
et la démocratie).
Le groupe, sanctuarisé dans l’est du pays, est dirigé par
deux anciens barons du régime et neveux du président, les jumeaux
Erdimi. Ancien directeur de cabinet du président, chargé du dossier
pétrole Tom Erdimi, était « M. Or Noir » du régime.
Timane Erdimi, lui, était «M; Or Blanc », puisqu’il
avait la haute main sur le coton. Tom Erdimi a quitté le pays après
le coup d’Etat de mai 2004. Il s’est alors rendu aux Etats-Unis,
pays où il avait déjà été formé aux
affaires pétrolières. Ce qui pousse certains à penser
que le consortium pétrolier américano-malésien emmené par
Exxon ne verrait pas d’un mauvais œil leur accession au pouvoir.
Mais d’autres mouvements s’agitent dans l’est du pays, au
premier rang desquels le groupe du capitaine Mahamat Nour (Alliance nationale
de résistance, ANR) dont le RDI, auteur de l’attaque d’Adré,
est une émanation. Tous ont en commun de souhaiter la chute d’Idriss
Déby. Mais les rebelles du RDI et d’autres groupes ne veulent
pas d’un marché de dupes, qui verrait le pouvoir passer des Zaghawas à d’autres
Zaghawas ; Vont-ils faire alliance et s’expliquer ensuite ? Ou partir
en ordre dispersé à la conquête du pouvoir ?
Une chose est sûre, le dernier carré autour du président
Déby est mince. Le président – très malade- « n’est
plus soutenu que par son sous-sous-clan » , commente un diplomate. Il
a dû dissoudre la garde présidentielle et s’entourer d’officiers
sudistes dont on peut s’interroger sur la loyauté si les choses
tournent mal.
A Paris, on se dit « extrêmement vigilant ». Quelque 1 100
soldats et six Mirage F 1 sont déployés au Tchad dans le cadre
du dispositif « Epervier ». « Au cas où », le
dispositif français a été renforcé à Abéché et
N’Djamena. La ligne française est « le soutien au président élu ».
Mais, suivant le cours des évènements, on peut aussi imaginer
que « l’on regarde la nature faire son œuvre »,commentait
hiernun observateur.
Tous les regards sont aujourd’hui tournés vers les marches soudanaises,
d’où Hissen Habré puis Idriss Déby avaient lancé leurs
marches victorieuses sur N’Djamena. « Chez nous, les vainqueurs
viennent toujours de l’est », aime-t-on dire au Tchad.
Arnaud de La Grange
|
Décembre 2005
Tchad : Le gouvernement tchadien accuse le Soudan
après l'attaque d'Adré
| Le président Idriss Deby, fait face à une opposition au sein de
l'armée
Abéché, le 19 décembre 2005 (IRIN) - Le président
tchadien Idriss Deby a accusé le Soudan voisin d’avoir couvert
l’attaque lancée ce week-end contre une ville frontalière
et revendiqué le droit de poursuite des assaillants en territoire soudanais.
Selon le gouvernement tchadien, quelque 100 personnes – pour la plupart
des assaillants – sont mortes la contre-offensive des forces gouvernementales
pour repousser une attaque lancée à l’aube dimanche matin
contre les camps militaires d’Adre, à la frontière orientale
du Tchad avec le Soudan.
« Le gouvernement tchadien tient les autorités soudanaises pour
responsables de l’attaque de ce matin orchestrée depuis son territoire »,
a déclaré le ministre tchadien de la Communication, Hourmadji Moussa
Doumgor.
« Les forces gouvernementales tchadiennes vont utiliser maintenant leur
droit de poursuite pour écarter toute autre menace » contre la ville
frontalière d’Adre, a-t-il ajouté.
Le correspondant d’IRIN dans la ville orientale d’Abeche, a plus
de 600 kilomètres à l’Est de la capitale Ndjaména
et à 150 kilomètres d’Adre, a confirmé qu’une
attaque a eu lieu, sans pouvoir précisé le nombre de victimes.
Le gouvernement soudanais a nié toute implication dans l’attaque.
Les opposants au pouvoir de M. Deby sont issus des rangs de l’armée
tchadienne, où de nombreuses désertions ont été enregistrées
ce mois-ci, et tous exigent la démission du président.
Les déserteurs ont rejoint les rangs des rebelles opérant dans
la région Est du pays d’où ils lancent des attaques contre
les camps militaires des loyalistes et sur N’djamena, la capitale.
Selon le gouvernement tchadien, l’attaque de ce week-end a été organisée
par un groupe de déserteurs qui a rejoint le nouveau mouvement rebelle
du Rassemblement pour la démocratie et la liberté.
M. Deby appartient au groupe ethnique des Zaghawas. Il a perdu la confiance
des officiers tchadiens du même groupe ethnique que lui pour n’avoir
pas soutenu les populations zaghawas qui combattent au Darfour le pouvoir soudanais
et les milices qui l’appuie.
Le conflit du Darfour a éclaté en février 2003 lorsque
les rebelles et des combattants zaghawas ont pris les armes pour lutter contre
la « discrimination et l’oppression » du gouvernement soudanais.
Des centaines de milliers de réfugiés soudanais se sont installés
dans la région Est du Tchad et selon les autorités tchadiennes,
les rebelles sont recrutés dans les camps de réfugiés.
Le septième round des pourparlers de paix visant à résoudre
le conflit du Darfour a démarré le mois dernier à Abuja,
la capitale fédérale du Nigeria, mais les revendications des
représentants des rebelles exigeant la vice-présidence ont plongé les
négociations dans une impasse.
|
Décembre 2005
Les viols ont pris une proportion alarmante et menacent
gravement la survie des familles.
| Dans ce conflit, le viol est devenu une véritable arme de guerre
La Croix, 15 décembre 2005
Le conflit au Darfour est en train de « redevenir une crise oubliée »,
s’alarme Jérôme Larché, responsable de la mission
Soudan pour Médecins du Monde (MDM). Et ce, malgré les déclarations
du secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, le
8 décembre et du haut commissaire aux réfugiés de l’ONU,
Antonio Guterres, deux jours plus tôt, appelant à se mobiliser
autour du sort des réfugiés.
Le conflit au Darfour semble avoir perdu son intensité ces derniers
mois, mais la situation des réfugiés n’a jamais été aussi
grave. La situation des femmes, notamment, est préoccupante. Le viol
constitue aujourd’hui une menace grave et est utilisé par les « djandjawids »,
ces milices composées de pasteurs nomades arabophones, comme une véritable
arme de guerre. « Lorsque les femmes vont au champ, chercher du bois
ou de l’eau, elles ont peur », affirme Danièle Coquoz,
responsable de la délégation en France du Comité International
de la Croix Rouge (CICR). Elles ont peur du viol, mais peut-être plus
encore « des conséquences du viol : le rejet ou l’impossibilité de
se marier ».
Un homme ne prendra pas une femme si elle n’est pas vierge dans cette
société traditionnelle. Mais la victime de viol risque plus
encore si elle tente d’introduire une plainte. Car elle doit faire
la preuve qu’elle n’était pas consentante. Si elle y échoue
elle risque d’être accusée d’adultère, un
crime passible de la peine de mort au Soudan.
Un exemple rapporté par Elsa le Pennec, « officier des droits
de l’homme » au Darfour pour les Nations Unies, revenue récemment
de mission, illustre la triste situation. Une adolescente est blessée
en juin 2005, à la suite d’un viol collectif près d’un
camp de réfugiés, aux alentours d’Al-Fachir (centre du
Darfour). Sortie de l’hôpital, elle se rend avec les enquêteurs
sur les lieux de l’agression. Ceux-ci ne trouvant pas de preuves du
crime, concluent que les blessures sont dues au terrain et au temps. Malgré cela,
et sans doute devant l’absurdité de cette conclusion, la procédure
continue. Il s’avère alors que le viol a été commis
par des militaires. La jeune fille est soumise à une confrontation
directe avec 300 soldats pour tenter de désigner ses agresseurs. L’enquête
est ensuite transmise aux autorités militaires et se prolonge sans
réel espoir d’aboutir. Les femmes sont devenues, depuis le début
des hostilités, le point d’équilibre des familles en
l’absence des hommes. Ces viols risquent de déstructurer gravement
les clans du Darfour.
Gaëtan Du Roy
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Décembre 2005
Le pouvoir soudanais à nouveau accusé au
Darfour
| Une organisation humanitaire rend un rapport accablant pour le régime
de Khartoum
La Croix 15 décembre 2005
La pression monte contre le gouvernement soudanais au sujet de son implication
dans les atrocités au Darfour. Alors que le procureur de la Cour pénale
internationale (CPI) doit rendre aujourd’hui au Conseil de Sécurité de
l’ONU des progrès de son enquête, l’organisation de
défense des droits de l’homme Human Right Watch (HRW) a rendu
public hier un rapport accablant pour le régime de Khartoum. « Le
gouvernement soudanais, au plus haut niveau de sa hiérarchie, est responsable
des abus systématiques et de grande ampleur commis au Darfour »,
estime l’organisation, qui s’appuie sur de nombreux témoignages
ainsi que sur des documents internes au pouvoir soudanais. Le document détaille
des liens hiérarchiques entre l’armée soudanaise et les
redoutables milices djandjawids, « dont les membres ont été recrutés
par le gouvernement via des réseaux informels de personnes proches du
pouvoir en place, d’anciens militaires et de responsables de tribus nomades. »
HRW affirme que « le pillage et la destruction des villages étaient
non seulement excusés par les responsables du gouvernement mais qu’ils étaient
méthodiquement organisés, les soldats et les membres des milices étant
autorisés à s’emparer des terres, du cheptel et d’autres
biens civils ». Le rapport désigne notamment le président
Omar Al Béchir, le second vice-président du Soudan Ali Osman
Taha et le ministre de la défense Abduraheem Hussein parmi les personnes
qui organiseraient les violences au Darfour. Ces personnes « devraient
faire l’objet d’une enquête pour crimes contre l’humanité et
crime de guerre », estime l’organisation.
Intitulé Impunité inébranlable, le rapport souligne d’ailleurs
le « bilan désastreux du gouvernement en matière de recherche
des responsabilités pour les crimes commis ». Malgré l’annonce
de plusieurs initiatives, notamment une « enquête nationale » sur
ces crimes, aucun responsable civil ou militaire d’envergure n’a
jusqu’ici été poursuivi. A l’échelon international,
en attendant une probable prise en charge du dossier par la CPI, de nombreuses
voix dénoncent l’inaction du comité des sanctions de l’ONU,
mis en place en mars 2005. Censé visé les responsables de violations
des droits de l’homme, ce comité inerte est montré du doigt
au sein même de l’ONU, à l’image d’un autre,
sur la Côte d’Ivoire, présidé par le même diplomate
grec.
Dans le même temps, la mission de l’Union africaine au Darfour,
forte de 7000 hommes tend à s’essouffler. « Nous avons du
mal à soutenir cette mission dans la durée », notamment
faute de financements assurés au-delà de mars 2006, a reconnu
la semaine dernière à Paris le commissaire chargé de la
paix et la sécurité à l’Union africaine, Saïd
Djinnit. Ce dernier s’est toutefois montré plutôt optimiste
sur les négociations actuellement en cours à Abuja (Nigeria)
entre les protagonistes de la crise. Mais une rumeur vient brouiller les cartes
: l’Union africaine, qui tiendra son prochain sommet en janvier à Khartoum,
envisagerait d’élire à sa tête Omar Al Béchir.
Ce qui serait « se moquer du monde », a estimé hier HRW.
Laurent D’Ersu
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Décembre 2005
Un nouvel oléoduc inauguré au Soudan
Xinhuanet, 10 décembre 2005
Un nouvel oléoduc a été inauguré samedi pour
transporter du pétrole depuis Al-Galli raffinerie à Port-Soudan
dans l'est.
Le premier vice-président soudanais Salva Kiir Mayardit, qui a inauguré le
projet, a indiqué que le Soudan a fait ses efforts pour utiliser
ses ressources en faveur du développement en vue d'empêcher
la recrudescence de conflits dans le pays.
Il a promis de surmonter tous les obstacles en développant l'industrie
pétrolière au Soudan, appelant à réaliser la
paix dans la région de Darfour dans l'ouest et dans l'est afin de
préparer le terrain pour le développement.
L'oléoduc long de 741 km, (avec 12 inches de diamètre soit
30,48 cms) qui coûte 194 millions de dollars, transportera dans une
première étape 825 000 tonnes de pétrole et 2,5 millions
de tonnes durant la seconde étape avant 2011.
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Décembre 2005
Nigeria – Soudan : Les nouvelles exigences des
rebelles bloquent les pourparlers de paix
| Irin, Abuja, 8 décembre 2005 - Les nouvelles conditions posées
par les mouvements rebelles exigeant entre autres la vice-présidence,
compliquent encore plus le bon déroulement les pourparlers de
paix entamés à Abuja, la capitale du Nigeria, et censés
mettre fin au conflit du Darfour, au Soudan.
Selon Ahmed Hussein, le porte-parole du Mouvement/armée de libération
du Soudan (SLM/A) et le Mouvement pour la justice et l’Egalité (JEM), « c’est
le minimum que les Darfouriens exigent ».
En plus de la vice-présidence, les rebelles veulent revenir aux
frontières de 1956, année de l’indépendance
du Soudan, pour englober Karal al-Thoum, Al-A’Troon et Wa’hat
al-Sharafi, des régions rattachées au Soudan dans les années
1990.
« Ces régions ont été découpées sans
que les populations du Darfour et les institutions qui les représentent
ne soit consultées », a déclaré M. Hussein.
Ce septième round des pourparlers de paix avait suscité beaucoup
d’espoir, puisque pour la première fois, les deux groupes rebelles
présentaient un front commun.
Les nouvelles revendications du SLM/A et du JEM ont été soumises
aux médiateurs de l’Union africaine (UA).
La délégation du gouvernement soudanais a refusé de répondre
aux demandes des rebelles et suggéré la constitution de petites
commissions « pour tenter de réduire les différends »,
a déclaré son porte-parole, Umar Rahama.
Le porte-parole de l’UA, Nourredinne Mezni, a indiqué que les
médiateurs étudiaient les propositions des rebelles et espéraient
trouver un compromis.
Après plusieurs mois de négociations entre les rebelles et le
gouvernement soudanais, aucun accord acceptable n’a été trouvé pour
mettre un terme à ce conflit qui a fait plus de 180 000 morts et contraint
quelque 2 millions de personnes à l’exode.
Le conflit oppose les forces gouvernementales soudanaises et leurs milices
arabes aux mouvements rebelles du Darfour qui luttent pour mettre fin à ce
qu’ils considèrent comme l’abandon et l’oppression
des populations de la région. Pour l’ONU, ce conflit est la pire
crise humanitaire de l’histoire.
Reconnaissant que peu de progrès avaient été réalisés
lors des pourparlers - qui ont repris le 29 novembre -, la Mission des Nations
unies au Soudan (MINUS) a annoncé mardi que Jan Pronk, le représentant
spécial des Nations unies pour le Soudan, se rendrait à Abuja
dans les prochains jours.
Selon un communiqué de la MINUS, M. Pronk tentera de relancer « le
processus de négociations en cours qui ne semble pas progresser aussi
rapidement qu’on l’aurait souhaité, afin qu’un accord
soit conclu avant la fin de l’année ».
La semaine dernière, le Darfour a connu une recrudescence de la violence.
La MINUS a rapporté de nombreux actes de banditisme, des pillages, des
combats interethniques et des affrontements entre les rebelles du SLM/A et
des tribus, ainsi que des menaces et des agressions sur les personnels de l’ONU
et des organisations non gouvernementales présentes sur le terrain.
Avant de s’envoler dimanche pour Abuja, M. Pronk fera une tournée
des troupes de l’ONU déployées dans le sud du Soudan.
|
Décembre 2005
Le Secrétaire général des Nations
unies de nouveau gravement préoccupé par la détérioration
de la situation au Darfour
|
Nations Unies, New York, 8 décembre 2005
Gravement préoccupé par la détérioration
de la situation au Darfour, en proie à un conflit depuis plus
de trois ans qui a provoqué le déplacement de plus de 2
millions de personnes, le Secrétaire général a demandé à nouveau,
aujourd'hui, à toutes les parties de respecter leurs accords ainsi
que les dispositions du droit international humanitaire.
«
La Mission des Nations Unies au Soudan (MINUS) fait état d'actes
de banditisme, de pillages, d'affrontements entre tribus, d'accrochages
entre des rebelles du Mouvement de libération du Soudan et des
tribus, d'attaques à l'encontre des civils - dont la destruction
de puits, qui sont essentiels à leur subsistance, et l'expulsion
forcée de milliers de personnes de leur foyer, qui s'ajoutent
aux deux millions de déplacés existants - ainsi que l'augmentation
continue du nombre d'attaques et de vols commis à l'encontre des
travailleurs humanitaires », a indiqué le Secrétaire
général dans un message transmis le 8 décembre
<"
http://www.un.org/News/fr-press/docs/2005/SGSM10253.doc.htm>
En conséquence, le Secrétaire général demande à nouveau à toutes
les parties de « respecter leurs accords ainsi que les dispositions
du droit international humanitaire ».
Il les exhorte également à « faire des efforts sérieux
en vue de parvenir à un règlement politique dans le cadre
des pourparlers de paix d'Abuja avant la fin de l'année ».
Il exhorte enfin le Conseil de sécurité et la communauté des
donateurs à « suivre attentivement la situation au Darfour,
et à réaliser tout ce qui est possible afin d'assister
et de renforcer la Mission de l'Union africaine déployée
sur le terrain ».
A l'occasion du lancement d'un nouveau cycle de pourparlers à Abuja,
le Secrétaire général a appelé, le 29 novembre
dernier, les parties à négocier un accord global et à mettre
fin aux atrocités perpétrées depuis plus de trois
ans au Darfour par les forces rebelles et gouvernementales, provoquant
le déplacement de près de 2 millions de personnes (voir
notre la dépêche du 29 novembre 2005
<"
http://www.un.org/apps/newsFr/storyF.asp?NewsID=11468&Cr=Soudan&Cr1=annan"> d
|
Décembre 2005
Nigeria – Soudan : Les
nouvelles exigences des
rebelles bloquent les pourparlers de paix
| Irin, Abuja, 8 décembre 2005
Les nouvelles conditions posées par les mouvements rebelles exigeant
entre autres la vice-présidence, compliquent encore plus le bon
déroulement les pourparlers de paix entamés à Abuja,
la capitale du Nigeria, et censés mettre fin au conflit du Darfour,
au Soudan.
Selon Ahmed Hussein, le porte-parole du Mouvement/armée de libération
du Soudan (SLM/A) et le Mouvement pour la justice et l’Egalité (JEM), « c’est
le minimum que les Darfouriens exigent ».
En plus de la vice-présidence, les rebelles veulent revenir aux
frontières de 1956, année de l’indépendance
du Soudan, pour englober Karal al-Thoum, Al-A’Troon et Wa’hat
al-Sharafi, des régions rattachées au Soudan dans les années
1990.
« Ces régions ont été découpées sans
que les populations du Darfour et les institutions qui les représentent
ne soit consultées », a déclaré M. Hussein.
Ce septième round des pourparlers de paix avait suscité beaucoup
d’espoir, puisque pour la première fois, les deux groupes rebelles
présentaient un front commun.
Les nouvelles revendications du SLM/A et du JEM ont été soumises
aux médiateurs de l’Union africaine (UA).
La délégation du gouvernement soudanais a refusé de répondre
aux demandes des rebelles et suggéré la constitution de petites
commissions « pour tenter de réduire les différends »,
a déclaré son porte-parole, Umar Rahama.
Le porte-parole de l’UA, Nourredinne Mezni, a indiqué que les
médiateurs étudiaient les propositions des rebelles et espéraient
trouver un compromis.
Après plusieurs mois de négociations entre les rebelles et le
gouvernement soudanais, aucun accord acceptable n’a été trouvé pour
mettre un terme à ce conflit qui a fait plus de 180 000 morts et contraint
quelque 2 millions de personnes à l’exode.
Le conflit oppose les forces gouvernementales soudanaises et leurs milices
arabes aux mouvements rebelles du Darfour qui luttent pour mettre fin à ce
qu’ils considèrent comme l’abandon et l’oppression
des populations de la région. Pour l’ONU, ce conflit est la pire
crise humanitaire de l’histoire.
Reconnaissant que peu de progrès avaient été réalisés
lors des pourparlers - qui ont repris le 29 novembre -, la Mission des Nations
unies au Soudan (MINUS) a annoncé mardi que Jan Pronk, le représentant
spécial des Nations unies pour le Soudan, se rendrait à Abuja
dans les prochains jours.
Selon un communiqué de la MINUS, M. Pronk tentera de relancer « le
processus de négociations en cours qui ne semble pas progresser aussi
rapidement qu’on l’aurait souhaité, afin qu’un accord
soit conclu avant la fin de l’année ».
La semaine dernière, le Darfour a connu une recrudescence de la violence.
La MINUS a rapporté de nombreux actes de banditisme, des pillages, des
combats interethniques et des affrontements entre les rebelles du SLM/A et
des tribus, ainsi que des menaces et des agressions sur les personnels de l’ONU
et des organisations non gouvernementales présentes sur le terrain.
Avant de s’envoler dimanche pour Abuja, M. Pronk fera une tournée
des troupes de l’ONU déployées dans le sud du Soudan.
|
Décembre 2005
Le Secrétaire général des Nations
Unies de nouveau gravement préoccupé par la détérioration
de la situation au Darfour
|
United Nations (New York), All Africa Com, 8 décembre 2005
Gravement préoccupé par la détérioration
de la situation au Darfour, en proie à un conflit depuis plus
de trois ans qui a provoqué le déplacement de plus de 2
millions de personnes, le Secrétaire général a demandé à nouveau,
aujourd'hui, à toutes les parties de respecter leurs accords ainsi
que les dispositions du droit international humanitaire.
«
La Mission des Nations Unies au Soudan (MINUS) fait état d'actes
de banditisme, de pillages, d'affrontements entre tribus, d'accrochages
entre des rebelles du Mouvement de libération du Soudan et des
tribus, d'attaques à l'encontre des civils - dont la destruction
de puits, qui sont essentiels à leur subsistance, et l'expulsion
forcée de milliers de personnes de leur foyer, qui s'ajoutent
aux deux millions de déplacés existants - ainsi que l'augmentation
continue du nombre d'attaques et de vols commis à l'encontre des
travailleurs humanitaires », a indiqué le Secrétaire
général dans un message transmis aujourd'hui par son porte-parole.
En conséquence, le Secrétaire général demande à nouveau à toutes
les parties de « respecter leurs accords ainsi que les dispositions
du droit international humanitaire ».
Il les exhorte également à « faire des efforts sérieux
en vue de parvenir à un règlement politique dans le cadre
des pourparlers de paix d'Abuja avant la fin de l'année ».
Il exhorte enfin le Conseil de sécurité et la communauté des
donateurs à « suivre attentivement la situation au Darfour,
et à réaliser tout ce qui est possible afin d'assister
et de renforcer la Mission de l'Union africaine déployée
sur le terrain ».
A l'occasion du lancement d'un nouveau cycle de pourparlers à Abuja,
le Secrétaire général a appelé, le 29 novembre
dernier, les parties à négocier un accord global et à mettre
fin aux atrocités perpétrées depuis plus de trois
ans au Darfour par les forces rebelles et gouvernementales, provoquant
le déplacement de près de 2 millions de personnes (voir
notre dépêche du 29 novembre 2005)
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Décembre 2005
Des groupes de défense de droits recommandent
une action de l'ONU au Soudan
Julia Spur
Nations Unies, Inter Press Service, 2 décembre 2005 - Des autorités
soudanaises et des chefs rebelles du Darfour ont entamé une septième
série de pourparlers de paix mardi à Abuja, au Nigeria,
au moment où des militants des droits de l'Homme intensifiaient
les pressions sur les Nations Unies pour que des sanctions soient prises à l'encontre
du gouvernement à Khartoum.
Les discussions ont été retardées pendant une semaine
pour permettre la médiation entre les deux chefs du principal
groupe rebelle, l'Armée de libération du Soudan (SLA),
qui revendiquent tous les deux la présidence du mouvement. Les
deux chefs rebelles ont accepté de prendre part aux pourparlers
et l'Union africaine (UA) les a emmenés par avion à Abuja,
où le septième round de discussions parrainées par
l'UA s'est ouvert.
Six précédents rounds ont débouché sur très
peu de choses si ce n'est une déclaration de principes entre les
deux principaux groupes rebelles du Darfour et le gouvernement. Des observateurs
ont affirmé qu'ils voyaient très peu d'espoir de succès
pour ce round après une scission à la tête de la
SLA au début du mois d'octobre. Mais l'UA espère toujours
des avancées.
Une déclaration publiée par le Conseil de paix et de sécurité de
l'UA a indiqué que l'UA ''étudiera des mesures appropriées
futures, y compris des sanctions, à prendre contre toute partie
qui sapera ou constituera un obstacle au processus de paix au Darfour''.
La semaine dernière, le représentant spécial du
secrétaire général de l'ONU -- Kofi Annan -- pour
le Soudan, Jan Pronk, s'est rendu dans le pays pour rencontrer différents
groupes impliqués dans le conflit. Il espérait que les
deux chefs de la SLA prendraient part aux pourparlers à Abuja.
La priorité était d'obtenir un accord avec une signature
''qui signifie quelque chose'', a-t-il déclaré. Pronk a
délivré un message aux deux leaders de la SLA, affirmant
: ''vous devez vous rencontrer pour négocier pour le bien de votre
peuple''.
Mais des activistes des droits de l'Homme notent que la situation humanitaire
au Darfour ne s'est pas améliorée au cours du mois d'octobre,
et exhortent les Nations Unies à prendre des sanctions contre
le gouvernement soudanais, qui n'est pas parvenu à désarmer
les milices, à mettre fin à l'impunité et à protéger
les civils.
''La protection des civils ne s'est pas du tout améliorée
malgré les nombreuses résolutions votées au Conseil
de sécurité'', a déclaré Georgette Gagnon,
directrice adjointe de la Division Afrique de Human Rights Watch, dans
un point de presse à l'ONU.
Ensemble avec Sali Mahmoud Osman, un avocat de 'Sudan Organisation Against
Torture' (Organisation contre la torture au Soudan), qui travaille avec
des victimes de violations des droits de l'Homme dans la région
en proie aux troubles, Gagnon a parlé de la situation actuelle
au Darfour et du rôle de l'ONU pour mettre fin au conflit.
Osman estime que la situation au Darfour ne s'est pas améliorée
parce que les résolutions n'ont pas été mises en œuvre.
''C'est la chose la plus importante. Sans la mise en œuvre, il apparaît
que la communauté internationale n'est pas sérieuse à propos
de la situation'', a-t-il dit à IPS.
Osman a demandé aux Etats-Unis et à d'autres membres du
Conseil de sécurité de mettre fin à ce qu'il a décrit
comme une ''impasse'' dans le processus de sanctions. Il a critiqué trois
membres -- la Chine, la Russie et l'Algérie -- pour avoir bloqué les
tentatives du Conseil de sécurité de prendre des sanctions
contre le gouvernement de Khartoum ou les milices soutenues par le gouvernement.
''La Chine, la Russie et l'Algérie ne se soucient pas beaucoup
de la situation humanitaire au Darfour'', a souligné osman.
Human Rights Watch et lui se focalisent sur d'autres membres puissants
du Conseil de sécurité, comme les Etats-Unis et la Grande-Bretagne,
pour prendre le contrôle du plan et s'assurer que les trois Etats
membres ne bloqueront pas les sanctions.
Les Etats membres devraient également condamner l'éventualité que
le Soudan prenne la présidence de l'Union africaine en janvier,
selon les activistes.. ''Nous croyons fermement que cela ne devrait pas
arriver'', a affirmé Gagnon. ''En fin de compte, la décision
revient à l'Union africaine elle-même''.
Plus tôt en novembre, les directeurs des divisions Afrique et Washington
de Human Rights Watch ont envoyé une lettre ouverte au sous-secrétaire
d'Etat américain Robert Zoellick, qui a récemment rencontré différentes
factions du conflit au Kenya.
La lettre exhortait Zoellick à exiger la coopération totale
du gouvernement soudanais avec des agences étrangères de
surveillance et d'aide, et demandait au gouvernement de démontrer
son attachement aux droits de l'Homme et à la paix à travers
des actions plutôt que des mots.
''Nous vous exhortons à faire en sorte que le gouvernement américain
joue le rôle principal au Conseil de sécurité de
l'ONU en produisant une résolution à cet effet'', indiquait
la lettre.
Osman veut également qu'on recentre l'attention sur le Darfour.
''Il devrait y avoir une augmentation de la prise de conscience. Certains
pensent que parce qu'il n'y a pas d'attaques massives, c'est la fin de
l'histoire, mais ce n'est pas le cas'', a-t-il dit à IPS.
Le génocide continue toujours, ajoute-t-il. Et même si l'ONU
a fait quelque chose de très bien et d'important, ''l'ONU ne devrait
pas laisser le Darfour hors de l'écran radar'', a-t-il souligné.
Pendant le conflit qui dure presque trois ans au Soudan, des dizaines
de milliers de personnes ont été tuées et plus de
deux millions ont été contraintes de quitter leurs maisons.
Le tout dernier rapport du secrétaire général Annan
sur le Darfour indique que des éléments critiques d'une
approche coordonnée en faveur de la paix dans la région
devraient inclure non seulement la réconciliation des factions,
mais également des consultations entre l'équipe de médiation
de l'UA et les parties soudanaises sur une commission de partage de pouvoir
pour la région.
|
Décembre 2005
Novembre 2005
Reprise des négociations de paix sur le Darfour
mardi à Abuja
| Jeune Afrique, 28 novembre 2005
Les parties au sanglant conflit du Darfour entament mardi à Abuja,
au Nigeria, le septième round de négociations de paix visant à parvenir à un
accord de paix, a annoncé lundi à Addis-Abeba la Commission de
l'Union africaine (UA).
La Commission, qui joue le rôle de médiateur dans les négociations
inter-soudanaises sur le Darfour avec le soutien de la communauté internationale,
précise que les représentants du gouvernement d'unité nationale
du Soudan ainsi que le Mouvement justice et égalité (MJE) et
le Mouvement/Armée de libération du Soudan (SLM/A) y prendront
part.
Les co-médiateurs tchadiens, les facilitateurs nigérians et libyens
de même que les représentants des partenaires internationaux de
l'UA sont aussi attendus à ces assises visant à ramener la paix
dans cette partie de l'ouest du Soudan déchirée depuis trois
ans par la guerre.
Depuis la fin du dernier round, le 20 octobre dernier, des efforts ont été déployés
par la médiation et les partenaires internationaux de l'UA pour surmonter
les divisions au niveau du leadership du SLM/A, indique la Commission dans
le communiqué.
A cet égard, elle explique que diverses initiatives ont été prises,
particulièrement par les Etats-Unis, le Tchad, la Libye et l'Erythrée
avec le soutien de l'Union africaine.
Le principal médiateur de l'UA, le Tanzanien Salim Ahmed Salim, s'est
félicité de ces efforts et a exprimé sa satisfaction de
l'arrivée à Abuja, pour les besoins de ces négociations,
des leaders rivaux du SLM/A, Abdul Waheed Al-Nur et Mini Minawi Arkoi.
"
C'est l'espoir de l'émissaire spécial, de la Médiation
de l'UA ainsi que des partenaires internationaux que ce round sera décisif
comme l'ont affirmé les parties à la fin du sixième round",
souligne la Commission.
Le conflit du Darfour, qui a éclaté en février 2003, a
provoque la mort d'environ 180.000 personnes et entraîné le déplacement
de quelque 2 millions d'hommes, femmes et enfants.
|
Novembre 2005
Le Tchad et le Soudan convenus de régler leurs
différends
par le
dialogue
Jeune Afrique 28 novembre 2005
Les partis au pouvoir au Soudan et au Tchad sont convenus dimanche de régler
leurs différends par le dialogue, a-t-on appris lundi de source officielle
de N'Djamena.
Ces deux pays s'accusent mutuellement de violer la souveraineté de leur
territoire.
"
La retenue et le recours aux mécanismes du dialogue et de la coopération
devraient être utilisés pour régler les incompréhensions",
indique un communiqué commun du parti du Congrès national (CN),
au pouvoir à Khartoum, et du Mouvement patriotique du Salut (MPS), au
pouvoir à N'Djamena.
Le Soudan a dénoncé récemment plusieurs violations de
sa frontière terrestre et de son espace aérien par l'armée
tchadienne. Le Tchad avait menacé de poursuivre en territoire soudanais
des militaires tchadiens mutinés passés dans la région
du Darfour, frontalière du Tchad.
Le Tchad avait déjà accusé à la mi-novembre son
voisin soudanais de vouloir le déstabiliser et d'utiliser ces mutins
tchadiens aux côtés de ses troupes pour combattre les rebelles
du Darfour.
Fin septembre, au moins 75 personnes, dont 55 civils, avaient été tuées
dans un village tchadien proche de la frontière soudanaise dans l'attaque
menée, selon les autorités tchadiennes et des témoins,
par des miliciens arabes djandjawids venus du Soudan
|
Novembre 2005
La transition au Soudan (3/3)
Les rebelles de la LRA ont traversé la frontière pour aller trouver
refuge au Soudan.
| Ils y ont trouvé le soutien du régime islamique de Khartoum
La Croix 25 novembre 2005
L’Ouganda a fait déborder sa guerre civile dans le sud
du Soudan
Juba (correspondance spéciale)
Entassés les uns sur les autres dans une vieille Toyota tout
terrain, les passagers ne parlent pas. Ils regardent droit devant eux.
Plusieurs embuscades ont eu lieu depuis le mois de septembre sur cette
route en terre défoncée qui relie la frontière ougandaise à Juba,
capitale du sud du Soudan. Les rebelles de l’Armée de résistance
du Seigneur (LRA) un mouvement ougandais, peuvent attaquer à tout
moment. Ils opèrent par petits groupes d’hommes de femmes
et d’enfants et manquent rarement leurs cibles.
La route entre Yei et Juba a été officiellement rouverte à la
circulation en septembre dernier, après avoir été déminée
par les Nations Unies. C’était un des premiers signes concrets
de l’accord de paix signé en janvier entre le Mouvement
de libération des peuples du Soudan et le régime de Khartoum.
Cette route est importante pour le sud du Soudan. Elle ouvre cette région
longtemps enclavée aux marchés d’Afrique de l’Est
et la libère ainsi des pressions de Khartoum. Mais sa réouverture
a coïncidé avec un changement d’opérations des
rebelles de la LRA. Autrefois confinés à la rive droite
du Nil, ils opèrent désormais également sur sa rive
gauche. L’armée ougandaise fait état de leur présence
depuis septembre jusqu’en République démocratique
du Congo.
Ces dernières semaines, les rebelles ont de nouvelles cibles :
les démineurs et les humanitaires expatriés. Leur objectif
semble être de freiner la reprise du trafic routier et l’aide
humanitaire dans le sud du Soudan. « Ils sont armés par
Khartoum, cela ne fait aucun doute. Khartoum a signé la paix avec
nous à contrecoeur », déclare Georges Reak, représentant
du Mouvement de libération des peuples du Soudan à Kampala.
Mais Khartoum affirme avoir cessé tout soutien à ce groupe
rebelle.
La LRA est apparue dans le nord de l’Ouganda dans la foulée
de la prise de pouvoir par les armes de Yoweri Museveni en 1986. Au début
des années 1990, l’armée ougandaise appliqué la
politique de la terre brûlée, chassant des centaines de
milliers de personnes de leurs villages pour les rassembler dans des
camps de déplacés gardés par l’armée
et approvisionnés par la communauté internationale. L’objectif était
d’isoler les rebelles de leur base de recrutement. Aujourd’hui
encore, plus d’un million et demi de personnes vivent dans ces
camps. Une génération a ainsi été déracinée
;
Isolés, les rebelles de LRA ont traversé la frontière
pour aller trouver refuge au Soudan. Ils y ont trouvé le soutien
du régime islamique de Khartoum, soucieux d’affaiblir la
SPLA, branche armée du Mouvement de libération des peuples
du Soudan, qui était, elle, entraînée et armée
par l’Ouganda. Pour remplacer leurs morts, les rebelles se sont
mis à attaquer les villages et à kidnapper les enfants,
souvent transformés en soldat. Plus de 30.000 enfants ont ainsi été kidnappés
depuis dix ans, selon l’organisation des Nations Unies pour l’enfance
(Unicef).
En 2001, après les attentats de New York, les Etats-Unis ont qualifiés
la LRA d’organisation terroriste. Sous la pression internationale,
Khartoum a dû officiellement lui ôter tout soutien. Deux
ans plus tard, l’armée ougandaise a de son côté reçu
l’autorisation de la poursuivre jusque sur le territoire soudanais.
Depuis, un vaste territoire situé entre Juba, le Kenya et l’Ouganda
est devenu un no man’s land y compris pour les agents de l’ONU.
La population de Juba n’ose plus se rendre à plus de 10
kilomètres de la ville vers le sud. Paradoxalement, les rebelles
de la LRA y évoluent au vu et au su de l’armée ougandaise.
Ils brûlent et pillent des villages, enlèvent des enfants.
A Khartoum, la presse s’émeut de la présence de l’armée
ougandaise, qui a fait déborder la guerre civile ougandaise dans
le sud du pays. Mais pour la SPLA, qui est confrontée à de
nombreuses désertions et dont la plupart des cadres préparent
l’indépendance du sud du Soudan, l’armée ougandaise
et un allié indispensable. La présence de la LRA est devenue
un prétexte idéal pour permettre à l’armée
ougandaise d’y rester déployée et de soutenir ainsi
les indépendantistes locaux. Utilisés pour les basses œuvres
des uns et des autres, les rebelles ougandais se retrouvent ainsi malgré eux
impliqués dans un conflit qui les dépasse largement.
En septembre dernier, la jeune Cour pénale internationale de La
Haye a émis les premiers mandats d’arrêts de son existence.
Ils visent Joseph Kony, le chef des rebelles de la LRA, accusé de
crimes contre l’humanité ainsi que quatre de ses associés.
Ces inculpations ont mis fin aux tentatives de négociations de
paix menées en Ouganda avec ces rebelles par Betty Bigombe, une
ancienne ministre. Si les pourparlers reprennent, ce sera à travers
la médiation de la SPLA, un signe de plus que la guerre civile
ougandaise est devenue aussi un problème pour le Soudan.
Adrien de MUN
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Novembre 2005
La Transition au Soudan (2/3)
Un remorqueur relie Juba à Kosti, du Sud vers le Centre, parcours qui
fut longtemps périlleux
| Le Soudan au fil du Nil des marécages au désert
La Croix 24 novembre 2005-11-28
Juba, Kosti (Soudan) Correspondance spéciale
Les sirènes du Tabaldia, un solide remorqueur, retentissent deux fois
et c’est l’effervescence sur le port de Juba, dans le sud du Soudan
.Les passagers se bousculent sur la passerelle en bois qui relie le bateau à la
rive boueuse. Les uns portent leur lit, d’autres tirent des chèvres,
un homme transporte un vieux professeur dans ses bras.
L’embarcation est constituée d’un remorqueur et de trois
péniches, l’une étant aménagée pour recevoir
des passagers. Les cabines de premières classe sont au rez-de-chaussée
: quatre mètres carrés, un lit superposé et un ventilateur.
Les autres passagers s’installent en plein air au premier étage
et dorment sur leurs lits ou à même le sol. Les chèvres
vont où bon leur semble, tandis que l’unique vache est attachée
sur le pont avant. Destination : Kosti, à 1436 km en aval. Il faudra
une semaine de navigation.
Les 12 membres d’équipage et les 11 militaires chargés
de protéger l’embarcation sont tous des musulmans du Nord, sauf
William, un Dinka de Bor, le fief de son ethnie. Etant le seul chrétien,
il est indispensable : il peut conduire l’embarcation durant la prière.
William a le don de distinguer les crocodiles et les hippopotames se nichant
dans la muraille de papyrus de cinq mètres de haut, qui borde le bras étroit
dans lequel s’est engagé le Tabaldia. Plus loin, il aperçoit
des lions.
Peu après avoir quitté Juba, le cortège entre dans l’immense
marécage du Sud, le plus grand du monde. En dessous gît le pétrole
tant convoité par les acteurs du conflit qui a ravagé le sud
du Soudan pendant vingt-et-un ans, jusqu’aux accords de paix signés
en janvier dernier. Le Tabaldia mettra cinq jours pour le traverser. Le capitaine
Ahmed Abdel Aziz porte quatre profondes cicatrices rituelles sur ses joues.
A60 ans, dont quarante-six ans de navigation, il connaît tous les pièges
du Nil : ses bas fonds, ses bras qui se perdent dans les marécages et
ses tribus belliqueuses. En 1997, il a eu la jambe gauche traversée
par une balle lors d’une embuscade, alors qu’il était à la
barre. « Durant la guerre, il fallait trois mois pour aller de Juba à Kosti,
raconte-t-il. On s’arrêtait tous les trois jours pour laisser les
militaires ratisser devant nous. Quand on était attaqué, on avait
un seul mot d’ordre : avancer ; c’est comme cela que j’ai été blessé ;
ce jour-là, beaucoup sont morts. On ne s’est pas arrêté et
j’ai gardé cette balle dans ma jambe durant deux mois. »
L’embarcation progresse difficilement à travers les marécages.
Les papyrus étendent leur masse mouvante jusqu’à l’horizon.
Le remorqueur croise des pêcheurs qui habitent dans des cabanes ou n’ont
pour seul abri qu’une moustiquaire.
Au bout de trois jours de navigation, apparaît Bor, lieu de naissance
du défunt chef sudiste John Garang. C’est un grand village plutôt
qu’une petite ville. Les maisons sont dissimulées par de hauts
murs de papyrus séchés. De magnifiques vaches blanches décorées
de tissus multicolores sont poussées par de jeunes hommes ceints de
peaux de léopard et recouverts de cendres qui viennent offrir ce bétail
en dansant au père d’une jeune fille pour la marier. « La
vache ici, est l’alpha et l’oméga. Les habitants n’ont
qu’un souci, en posséder », explique William.
Encore deux jours, et la merde papyrus fait place aux roseaux. Le Sud et son
immensité végétale s’éloignent. Le Nil s’élargit.
Le bateau arrive à Malakal, à 600 km de Juba. C’est la
première ville munie d’un vrai quai. L’activité est
intense. Les passagers descendent faire des courses.
A 800 km en aval, Kosti est la destination finale du Tabaldia. Le port est
une importante position militaire gouvernementale. Des orgues de Staline, des
tanks et des mitrailleuses pointent leurs canons vers le fleuve. Ici commence
le réseau routier, qui tire ses ramifications sur un territoire semi-aride.
Des hommes enturbannés accompagnent sous un soleil de plomb des troupeaux
de chèvres et de vaches. Le long de la route de nombreuses carcasses
d’animaux témoignent des longues périodes de sécheresse.
Le sud du Soudan et ses marécages sont déjà loin.
Adrien de Mun
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Novembre 2005
Le pouvoir du Tchadien Déby est menacé par
les mutineries
| Le Monde 22 novembre 2005 (le-monde-2005-11-22)
Nairobi, correspondant
Jamais, en seize ans de pouvoir, le président tchadien Idriss
Déby n'a semblé aussi menacé. Depuis la tentative
de coup d'Etat de mai 2004, impliquant son entourage direct, le régime
est entré dans une période de turbulences, accentuées
par les problèmes de santé du chef de l'Etat.
Courant octobre, un groupe de militaires appartenant au "clan" présidentiel
a fait défection et s'est installé à l'extrême
est du pays, entre Tchad et Darfour soudanais. Au nombre de quelques
dizaines, selon le pouvoir, de quelques centaines, selon son chef, Yaya
Dillo Djerou, les mutins sont basés "dans les grottes" d'un
massif montagneux frontalier entre le Tchad et le Darfour soudanais.
Ils peuvent compter sur des stocks d'armes et de munitions retirés
des armureries depuis un an, ainsi que sur le soutien d'ex-rebelles tchadiens
installés au Darfour qui ont combattu parmi les janjawids (miliciens
arabes instrumentalisés par le régime soudanais dans la
guerre contre les tribus africaines) et attendent l'occasion pour porter
la guerre au Tchad et prendre la route de la capitale, N'Djamena.
Jusqu'ici, le président Déby a échoué à mater
le mouvement, pour des raisons familiales. Rançon de la phagocytose
de l'élite tchadienne par la famille présidentielle, des
oncles et des neveux se trouvent désormais dans chaque camp et
refusent de s'entre-tuer. Le président Déby s'est donc
trouvé dans l'obligation de remanier son armée, limogeant
son chef d'état-major, un proche parent, pour le remplacer par
un Sudiste. Dans ce contexte de déréliction familiale,
de nombreux groupes armés en sommeil, au Tchad comme à l'étranger,
tissent des liens, depuis plusieurs semaines, avec les mutins, comme
avec des conspirateurs au sein des forces armées, qui se dissimulent
de moins en moins et se retrouvent jusqu'au sein de l'état-major.
Attaque à N’Djamena
L'attaque, le 14 novembre, de deux camps de l'armée tchadienne,
dont l'un en plein centre de la capitale, a montré l'existence
de complicités entre assaillants et troupes régulières.
Quelques jours plus tôt, le président Déby avait
limogé l'ensemble de sa garde républicaine, remplacée
par une nouvelle unité.
C'est dans ce contexte de crise que le gouvernement a décidé,
le 8 novembre, de rompre ses engagements avec la Banque mondiale, qui
avait financé la part tchadienne dans le projet de construction
d'un pipeline entre les champs pétrolifères de Doba, dans
le sud du pays, et Kribi, sur la côte camerounaise.
Depuis 2003, les recettes et dividendes du pétrole sont distribués
selon une formule unique. En échange de son engagement financier,
la Banque mondiale avait obtenu que 10 % des recettes soient placées
sur un compte séquestre, "à destination des générations
futures". Le reste de la cagnotte pétrolière devait être
affecté, pour 80 %, au financement de secteurs comme la santé et
l'éducation.
Cette répartition vertueuse, unique au monde dans le secteur pétrolier,
a vécu. Les 31,7 millions d'euros destinés aux "générations
futures" devraient être affectés au Trésor pour
utilisation immédiate, tandis que la sécurité fait
désormais figure de nouvelle priorité. La Banque mondiale
espère encore être "en négociations" avec
le gouvernement tchadien, selon Marco Mantovanelli, l'un des porte-parole
de l'institution à Washington, qui, "tout en reconnaissant
les difficultés financières actuelles du Tchad", dénonce
les "faiblesses fondamentales dans la gestion des finances".
A N'Djamena, le représentant de la Banque mondiale ne risque pas
de régler le problème. Hasard ou pas, il est accusé de
harcèlement sexuel par l'une de ses secrétaire et se trouve "en
congé".
Jean-Philippe Rémy
|
Novembre 2005
Le Soudan veut juger lui-même les suspects de
crimes de guerre au Darfour
| Jeune Afrique, 22 novembre 2005
Le ministre soudanais de la Justice, Mohammed Ali-al-Mardi, a réitéré lundi
l'insistance de son gouvernement pour juger les suspects de crimes de guerre
au Darfour dans le pays même.
Dans un communiqué de presse, M. al-Mardi a souligné que les
organes de justice soudanais étaient honnêtes, neutres et compétents
et que le gouvernement soudanais était sérieux, capable et disposé à juger
ceux qui sont suspectés d'avoir commis des crimes de guerre dans la
région ouest du Darfour.
Il a cité un récent jugement dans lequel deux soldats soudanais
ont été condamnés à être pendus après
avoir été reconnus coupables d'avoir tué un civil au Darfour.
M. al-Mardi a rejeté toute ingérence de la cour pénale
internationale (CPI) de la Haye.
Il a réaffirmé que son gouvernement a intensifié ses efforts
pour lutter contre la violence envers les femmes.
Le Conseil de sécurité de l'ONU a adopté une résolution
en mars demandant aux autorités soudanaises de soumettre à la
CPI les accusés de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité dans
la région du Darfour, dans l'ouest du Soudan.
Le gouvernement soudanais a considéré cette résolution
comme une intervention dans ses affaires intérieures
|
Novembre 2005
Un pas vers la paix, dix pas
vers le désastre
| Courrier International, 22 novembre 2005
Sous l'impulsion des Nations unies, de l'administration américaine
et de l'Union africaine, les autorités soudanaises et les groupes rebelles
du Darfour sont engagés dans un processus de paix. Une embellie diplomatique
qui fait apparemment long feu.
La réunion organisée samedi 19 novembre entre les deux factions
rivales du principal groupe rebelle du Darfour (une région de l'ouest
du Soudan), le Mouvement de libération du Soudan (SLM), n'a pas abouti à la
réconciliation souhaitée par l'administration américaine
ainsi que par l'Union africaine (UA). Cette rencontre, qui a eu lieu à El-Facher
(capitale du Darfour du Nord), s'est d'ailleurs déroulée en présence
du représentant de l'UA au Soudan et de l'adjointe de la secrétaire
d'Etat américaine chargé des Affaires africaines, Jendayi Frazer,
actuellement en visite au Soudan. « Les dissensions internes au sein
du SLM risquent en effet de compromettre la reprise des pourparlers de paix
entre les groupes rebelles et le gouvernement de Khartoum », rapporte
Asharq Al-Awsat.
Le SLM est menacé d'éclatement après l'élection
le 3 novembre au poste de président du mouvement, du chef de sa branche
armée, Mani Arko Minawi, considéré comme tenant d'une
ligne dure. Son élection a immédiatement été récusée
par les partisans du président fondateur Abdel Wahid Mohamed Nour. "Cette
lutte de pouvoir assombrit les perspectives de succès des négociations
de paix d'Abuja (Nigeria). D'ailleurs, la septième session de ces pourparlers,
qui devait s'ouvrir lundi 21 novembre, a été reportée
de quelques jours", poursuit le quotidien saoudien édité à Londres.
Selon le porte-parole de l'UA, Nureddin Mezni, ce report a été décidé "pour
des raisons logistiques". Un autre groupe rebelle, le Mouvement pour la
justice et l'égalité (JEM), est lui aussi partie prenante des
négociations d'Abuja, précise Asharq Al-Awsat.
"
Le SLM et le JEM sont entrés en rébellion en février 2003
contre le gouvernement central et les janjawid, milices arabes alliées
aux autorités de Khartoum. Les groupes rebelles du Darfour appartiennent à des
ethnies noires et revendiquent un meilleur partage des richesses et une plus
grande autonomie politique. Selon les Nations unies, ce conflit a déjà causé au
moins 200 000 morts et chassé de leurs villages plus de 2 millions de
personnes", rappelle de son côté The Washington Post. Cependant,
si le SLM n'arrive pas à s'unir pour présenter un front commun,
les divisions au sein des groupes rebelles pourraient aboutir à une
multiplication des groupes armés, ce qui rendrait impossible toute solution
politique au Darfour. D'ailleurs, "les Nations unies ainsi que l'administration
américaine, qui avaient au départ imputé la responsabilité de
l'effusion du sang au gouvernement soudanais et aux janjawid, font actuellement
le constat d'une situation chaotique largement due aux violences déclenchées
par les factions rebelles".
Pour illustrer son propos, le quotidien américain rappelle l'enlèvement,
début octobre, de 38 membres de la mission de maintien de la paix au
Darfour, mise en place il y a un an sous les auspices de l'Union africaine.
Les otages ont finalement été libérés, mais l'UA
a accusé un groupe dissident du JEM d'être à l'origine
de l'enlèvement. A la même période, deux soldats nigérians
ont été tués dans une embuscade contre une unité de
la force africaine, poursuit le journal. "Sur le terrain, les soldats
de la force de maintien de la paix attendent toujours afin d'être équipés
de gilets pare-balles et ils manquent d'hélicoptères pour aller
vérifier les informations concernant le déroulement des combats
dans la région."
Le même état des lieux est dressé par The Christian Science
Monitor, qui regrette "la décision prise début novembre
par une commission de la Chambre des représentants [américaine]
de supprimer une aide de 50 millions de dollars [42 millions d'euros] destinée
aux forces de l'Union africaine". Les forces de maintien de la paix au
Darfour déployées par l'UA comptent actuellement à peine
5 000 soldats, bien loin des 12 500 prévus au départ. Des soldats
pris entre deux feux, car aussi bien le gouvernement que les rebelles se permettent
régulièrement de violer le cessez-le-feu qu'ils ont signé,
poursuit le journal.
"
Les troupes de maintien de la paix sont en train de perdre le contrôle
parce qu'elles ne possèdent pas les équipements nécessaires
et que leurs effectifs restent insuffisants. Par ailleurs, elles sont prises
elles-mêmes pour cible." Ainsi, poursuit le quotidien américain,
après avoir connu une légère amélioration durant
l'été dernier, la situation au Darfour se dégrade à nouveau,
le nombre des déplacés est en augmentation et l'aide alimentaire
est détournée par les rebelles. "Quand des donateurs comme
les Etats-Unis ne respectent pas leurs engagements à soutenir les forces
de l'UA, les groupes humanitaires se découragent et se voient obligés
d'abandonner leur travail pour des raisons de sécurité."
Hoda Saliby
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Novembre 2005
Une résolution sur les droits de l'homme au
Soudan bloquée à l'Onu
Nations Unies, New York -24 novembre 2005
L'Assemblée générale des Nations unies a adopté mercredi
une motion de procédure qui a bloqué un débat sur
un projet de résolution proposé par l'Union européenne
et exprimant des inquiétudes sur la situation des droits de l'homme
au Soudan. La motion de non-action, présentée par les 53
membres du groupe africain, a été adoptée par 85 voix
contre 79, avec 12 abstentions. Le texte du projet de l'UE visait à exprimer
l'inquiétude de l'Assemblée devant "le prolongement
de la crise humanitaire au Darfour et le récent regain de violences
perpétrées par toutes les parties engagées dans ce
conflit". Il déplorait également "le constant climat
d'impunité dans la région du Darfour, en particulier en ce
qui concerne la violence à l'encontre des femmes et des filles".
L'ambassadeur britannique à l'Onu, Emyr Jones Parry, a regretté que
l'Assemblée générale ait "renoncé à prendre
ses responsabilités".
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Novembre 2005
Soudan : menace d'anarchie totale au Darfour, alerte
Kofi Annan
Nations Unies, New York, 22 novembre 2005
Dans son dernier rapport sur le Darfour, le Secrétaire général
prévient que « la menace de l'anarchie totale se rapproche, en particulier
au Darfour-Ouest, où les seigneurs de guerre, les bandits et les milices
se montrent de plus en plus agressifs ».
«
L'intensification redoutable de la violence au Darfour sévit maintenant
depuis deux mois. Elle compromet gravement l'acheminement de l'aide humanitaire,
fait des morts parmi la population civile et le personnel de la Mission de l'Union
africaine au Soudan (MUAS) et assombrit de nouveau les perspectives de retour
des personnes déplacées dans certaines zones. Des villageois ont
dû s'enfuir à nouveau de leurs foyers, dans certains cas pour la
deuxième ou la troisième fois », a déclaré le
Secrétaire général dans son dernier rapport mensuel sur
la situation au Darfour, publié hier.
«
L'aggravation de la situation ne pourra être empêchée que
par la consolidation rapide des progrès accomplis lors de la 6e série
de pourparlers à Abuja. Il faut absolument apporter une solution politique
au problème et, pour y parvenir, les Soudanais et la communauté internationale
doivent coordonner leurs efforts en vue d'atteindre deux objectifs précis »,
affirme-t-il.
Si la fréquence et l'intensité des attaques directes entre le Mouvement/Armée
de libération du Soudan (SLM/A) et les forces gouvernementales ont diminué par
rapport au mois précédent, des accrochages sérieux ont été signalés,
indique le Secrétaire général dans son rapport.
«
Le SLM/A et le gouvernement continuent de faire preuve d'un mépris constant à l'égard
de la lettre et de l'esprit des accords de cessez-le-feu qu'ils ont signés »,
regrette-t-il.
«
Durant le mois écoulé, explique-t-il, les milices ont également
attaqué des villages. Dans un cas particulièrement atroce, elles
ont attaqué, le 23 octobre, le village Four de Tama (Darfour-Sud), faisant
parmi les civils des douzaines de morts et un plus grand nombre encore de blessés ».
«
La violence actuelle a entraîné de nouveaux déplacements
de populations civiles dans les camps » et « les agriculteurs ne
cessent également d'être harcelés par des milices et des
groupes de nomades », constate par ailleurs le rapport.
La montée de la violence contre les populations civiles au Darfour a durement
touché les enfants. Durant le mois d'octobre, plusieurs d'entre eux ont été tués
ou enlevés dans la région. De plus, toutes les parties continuent
de recruter des enfants soldats. Les enfants participent aux hostilités
dans le Darfour-Nord, affirme le rapport du Secrétaire général.
La Mission des Nations Unies au Soudan (UNMIS selon son acronyme anglais) a aussi
continué de recueillir chaque semaine des informations sur des actes de
violence grave perpétrés contre des femmes et des jeunes filles.
Le problème de la violence sexuelle a été particulièrement
alarmant au Darfour-Ouest où l'UNMIS a enregistré 9 cas de viols,
4 tentatives de viol et 8 agressions.
Sur la question du processus de paix, la 6e série de pourparlers de paix
intersoudanais sur le Darfour, tenue à Abuja, s'est terminée le
20 octobre après des semaines de négociations ardues organisées,
par l'Union africaine, entre le gouvernement et les deux principaux mouvements
rebelles - SLM/A et JEM.
Lors de la dernière séance, les parties se sont engagées,
dans le communiqué commun qu'elles ont adopté, à ce que
la prochaine série de pourparlers, a commencé hier, soit « décisive ».
Bien que les pourparlers n'aient pas avancé autant qu'on l'avait espéré,
un certain nombre de faits positifs ont été enregistrés
durant les négociations, malgré la poursuite de la violence au
Darfour, conclut le Secrétaire général.
Le porte-parole du Secrétaire général, Stéphane Dujarric,
lors de son point de presse quotidien, au siège de l'ONU, à New
York, a indiqué aujourd'hui que le Représentant spécial
du Secrétaire général pour le Soudan, Jan Pronk, se rendait
au Darfour demain pour des consultations avec les chefs de l'Armée/Mouvement
de libération du Soudan, dans la perspective des négociations de
paix sur le Darfour qui reprennent à Abuja la semaine prochaine.
Voir note dépêche du 20 octobre sur le précédent rapport
du Secrétaire général
|
Novembre 2005
Soudan : l'ONU enquête sur l'attaque de six
villages au Sud-Darfour
| Nations Unies, New York, 10 novembre 2005 –
La Mission des Nations Unies au Soudan mène une enquête sur des
attaques qui auraient été menées contre six villages,
brûlés au Sud-Darfour, par près de 1.500 hommes cavaliers à cheval
et à dos de chameau.
Outre la Mission des Nations Unies au Soudan (UNMIS), « l'Union africaine,
(UA) qui a été informée, mène aussi une enquête »,
a déclaré la porte-parole adjointe du Secrétaire général,
Marie Okabe, lors de son point de presse quotidien, au siège de l'ONU à New
York.
La porte-parole a indiqué par ailleurs que le Représentant spécial
du Secrétaire général pour le Soudan, Jan Pronk, avait émis
des protestations auprès du ministère des Affaires étrangères
du Soudan concernant des brutalités à l'égard de membres
d'un groupe d'expert des Nations Unies chargés de surveiller l'embargo
sur les armes établi par le Conseil de sécurité.
Jan Pronk a indiqué avoir reçu des garanties sur le fait que
la mission du groupe d'experts ne serait pas entravée.
Le Conseil de sécurité avait décidé le 29 mars,
par la résolution 1591 (2005), adoptée par 12 voix pour et 3
abstentions (Algérie, Chine et Fédération de Russie),
d'ajouter de nouvelles sanctions à l'embargo sur les armes prévu
par la résolution 1556 du 30 juillet 2004 visant spécifiquement
les belligérants au Darfour, après avoir constaté le « défaut
par le gouvernement soudanais, le Mouvement/Armée de libération
du Soudan (SLM/A) et le Mouvement pour la justice et l'égalité,
parties au conflit du Darfour, d'honorer leurs engagements » (voir notre
dépêche du 30 mars 2005).
|
Novembre 2005
Annan appelle à un accord-cadre pour la paix
au Darfour d'ici la fin de l'année
| Jeune Afrique, 21 novembre 2005
Compte tenu de la violence continue dans la région du Darfour
dans l'ouest du Soudan, le secrétaire général de
l'ONU, Kofi Annan, a appelé lundi la communauté internationale
et les Soudanais à assurer qu'un accord-cadre de paix soit négocié à Abuja,
la capitale nigériane, d'ici la fin de l'année.
"
Une nouvelle détérioration de la situation ne pourra être évitée
que par la consolidation rapide du processus adopté lors du 6ème
cycle de négociations tenu à Abuja", a déclaré M.
Annan dans son dernier rapport mensuel présenté au Conseil
de sécurité.
Pour réaliser une solution politique, les Soudanais et la communauté internationale
doivent travailler afin de jeter une base pour un 7ème cycle de
négociations de paix à Abuja qui sera le dernier cycle
de négociations, a indiqué M. Annan.
"
Il est crucial qu'un accord-cadre de paix soit conclu avant la fin de
l'année", a-t-il souligné, en ajoutant: "Deuxièmement,
il est impératif qu'en coordination avec les diverses parties
soudanaises, la communauté internationale commence immédiatement à planifier
le programme et l'assistance nécessaires pour assurer une application
réussie de tout accord de paix conclu à la table des négociations à Abuja".
Les éléments critiques d'une approche coordonnée
doivent inclure le règlement des différends au sein du
Mouvement/Armée de libération du Soudan (SLM/A) qui a pris
de sérieux engagements avec les forces du gouvernement en octobre,
a martelé M. Annan.
Dans le même temps, il a déclaré que l'équipe
de médiation de l'Union africaine et les différentes parties
soudanaises doivent intensifier leurs consultations sur une commission
du partage du pouvoir proposée pour Khartoum et les rebelles.
"
Les négociations en dehors de ce cadre, duquel sont exclus certaines
des parties, ne pourront jamais conduire à des accords durables",
a averti M. Annan.
Le conflit au Darfour, qui a éclaté début 2003,
a déjà tué des dizaines de milliers de personnes
et fait déplacer plus d'1,8 millions d'autres. Le Darfour, avoisinant
le Tchad, est une zone appauvrie et isolée, dans l'ouest du Soudan,
et d'une dimension similaire à celle de la France.
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Novembre 2005
Au Soudan, M. Zoellick inaugure
un nouveau consulat
des États-Unis à Juba
Département d’Etat des Etats-Unis (Washington)
18 Novembre 2005
Washington - L'ouverture du nouveau consulat des États-Unis à Juba
(Soudan) est un jalon important sur la route de la paix dans ce pays,
a déclaré le secrétaire d'État adjoint des États-Unis,
M. Robert Zoellick, lors d'une conférence de presse tenue le 11
novembre à l'issue de son inauguration. Ce consulat servira notamment
de siège régional à la mission de l'USAID.
Le premier vice-président soudanais, M. Salva Kiir, qui participait
aussi à la conférence de presse, a estimé qu'il
s'agissait effectivement d'un « très grand pas en avant » en
vue « d'assurer la coopération et l'appui des États-Unis
au processus de paix au Soudan et en particulier à la feuille
de route du Soudan méridional ».
Il a déclaré que la présence de ce consulat permettrait
de maintenir beaucoup plus facilement un contact quotidien avec les autorités
américaines, pour les informer de l'état d'avancement de
l'Accord global de paix (CPA). Juba est le siège du gouvernement
récemment installé au Soudan méridional.
Selon M. Zoellick, l'activité économique au consulat se
concentrera à long terme sur le développement de la partie
méridionale du Soudan. Dans l'immédiat, elle a trait, surtout, à la
construction routière.
M. Kiir a dit que ses entretiens avec M. Zoellick avaient porté sur
la recherche d'une solution à la crise du Darfour ainsi qu'à l'application
du CPA, laquelle semblait avoir perdu de son importance aux yeux de la
communauté internationale « qui pense que la question pressante
du jour est celle du Darfour ».
M. Zoellick a convenu que le Darfour était le point de mire, et
que cela se comprenait, mais que les parties en cause feraient « une
grosse erreur » s'ils laissaient l'attention se détourner
de la nécessité cruciale « de travailler avec le
gouvernement du Soudan méridional et ensuite avec le gouvernement
d'unité nationale dans le cadre du processus de paix ».
Il a signalé d'ores et déjà des effets salutaires
des perspectives de paix dans la région, notamment l'ouverture
de certains marchés et la baisse de certains prix alimentaires, « si
bien que les gens commencent à voir les retombées positives
de la paix ».
«
Nous essayons d'améliorer le dispositif de santé, d'aider à construire
des écoles et à renforcer la formation des enseignants,
et d'étoffer le système de télécommunications.
Il y a beaucoup à faire, mais nous devons d'abord récolter
les bénéfices du dur labeur des négociations de
paix », a déclaré M. Zoellick.
Interrogé au sujet de la question des sanctions appliquées
au Soudan, le haut responsable américain a déclaré : « Fondamentalement,
nous devons démontrer que les conditions ayant conduit à l'application
de ces sanctions ont changé. C'est l'une des raisons pour lesquelles
j'ai insisté, à Khartoum, sur le fait qu'après avoir
signé le CPA, il fallait que tout le monde applique le CPA. »
Il a indiqué que les sanctions relevaient d'un triple motif :
atténuer la lutte Nord-Sud, combattre le terrorisme et alléger
les souffrances au Darfour. Il a ajouté qu'il avait bien signifié à toutes
les parties qu'il fallait « régler chacun de ces problèmes
pour supprimer les sanctions. Et nous devons les régler non seulement
sur le papier mais dans les faits. »
«
Si je suis venu ici quatre fois, c'est afin d'inciter les parties à réparer
leurs relations et d'aider un Soudan unifié et en paix à progresser
en tant que membre de la communauté internationale. »
Il a ajouté qu'il avait laissé entendre au président
Omar Hassan Bashir et au vice-président Ali Osman Taha qu'ils
auraient intérêt, tous deux, à appuyer le retrait
des forces gouvernementales de Juba et à faciliter le retour des
populations déplacées du Sud, ce qui pourrait se faire
en partie grâce à la réparation du réseau
ferroviaire.
«
Un bon point de départ serait donc de permettre l'apport de matériel
de chemin de fer. Mais pour ce faire, nous devons savoir que le but sera
le retrait des troupes et le retour des populations déplacées. »
Si les partenaires au sein du gouvernement d'unité nationale arrivent à développer
une approche commune, les États-Unis pourraient examiner la situation
et offrir peut-être quelques exceptions si cela devait servir l'objectif
commun de paix. « Mais à la base, nous devons démontrer
que les conditions ayant conduit à l'application de ces sanctions
ont changé».
«
En ce qui concerne les sanctions dues au terrorisme, il y a eu quelque
ajustement au niveau de la catégorisation du Soudan sur la question
de savoir s'il coopérait dans ce domaine. Cet ajustement provient
de ce que nous apprécions le fait d'avoir obtenu une bonne coopération
du Soudan dans le domaine de la lutte antiterroriste », a déclaré M.
Zoellick.
Durant son séjour au Soudan, M. Zoellick s'est également
rendu à Khartoum et au Darfour.
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Novembre 2005
Les États-Unis prônent
l'application
de l'accord de paix
| Déposition de la secrétaire d'État adjointe pour
les affaires africaines devant la sous-commission de la Chambre sur l'Afrique
Par Jim Fisher-Thompson - Rédacteur du « Washington File »,
4 novembre 2005
Washington - Lorsqu'il s'agit d'œuvrer pour la paix au Soudan,
a expliqué la secrétaire d'État adjointe aux affaires
africaines, Mme Jendayi Frazer, la stratégie consiste à entretenir
des rapports réguliers entre les membres du nouveau gouvernement
d'unité nationale du Soudan et les hauts responsables du gouvernement
américain, jusqu'au vice-président Richard Cheney, et à se
rendre souvent sur le terrain.
L'idée, a-t-elle expliqué le 1er novembre lors d'une déposition
devant la sous-commission de la Chambre des représentants chargée
de l'Afrique, est « de maintenir l'élan en ce qui concerne
la mise en œuvre de l'accord de paix global et de résoudre
la crise au Darfour grâce à une diplomatie « engagée » de
la part des principaux membres du gouvernement des États-Unis.
«
Le président Bush a été le premier chef d'État à dénoncer
publiquement la violence et les atrocités commises au Darfour
en 2004 », a rappelé Mme Frazer aux membres de la sous-commission,
ajoutant que les États-Unis avaient été le premier
pays à demander au Conseil de sécurité des Nations
unies de prendre des mesures et qu'ils avaient accordé 160 millions
de dollars pour aider à financer la mission de maintien de la
paix de l'Union africaine au Darfour.
Les États-Unis sont sur la bonne voie et leur stratégie
progresse, a-t-elle affirmé. « Nous estimons que nous avons
les outils en place pour maintenir l'élan », et faire en
sorte que les parties œuvrent pour ne pas faire dérailler
l'accord de paix et négocier la fin du conflit au Darfour, a-t-elle
souligné.
Ancien professeur à l'université Harvard, Mme Frazer, qui était
conseillère pour les affaires africaines auprès du Conseil
national de sécurité avant d'être nommée ambassadrice
des États-Unis en Afrique du Sud, n'a assumé que très
récemment ses fonctions de responsable du bureau Afrique au département
d'État.
Pour elle, le pouvoir de transformation associé aux commissions
et institutions qui découleront de l'accord de paix seront les
véritables garants du partage du pouvoir et de la richesse qui
garantira la paix pour l'ensemble du Soudan.
Le parti au pouvoir à Khartoum, le Parti national du Congrès,
et le Mouvement populaire de libération du Soudan (MPLS) ont signé l'accord
de paix global le 9 janvier, mettant ainsi fin à 20 années
de guerre civile entre le nord majoritairement musulman et le sud qui
ne l'est pas. Le gouvernement d'unité nationale qui en a résulté a
assumé ses fonctions le 9 juillet. Des pourparlers se tiennent
actuellement sous les auspices des États-Unis à Abuja (Nigeria)
en vue de trouver une solution au conflit du Darfour, qui a commencé au
début de 2003.
Les États-Unis maintiennent la communication avec le gouvernement
de Khartoum
Pour Mme Frazer, les entretiens qu'elle a eu le 1er novembre avec le
vice-président, M. Richard Cheney, avec la secrétaire d'État,
Mme Condoleezza Rice, et avec le premier vice-président du gouvernement
d'unité nationale du Soudan, M. Salva Kiir, également chef
du Mouvement populaire de libération du Soudan (MPLS), et l'importante
conversation téléphonique qu'a eue le secrétaire
d'État adjoint, M. Robert Zoellick, avec le deuxième vice-président
du Soudan, M. Ali Osman Taha, membre du Parti national du Congrès,
sont deux exemples des outils figurant à l'arsenal diplomatique
des États-unis.
Selon Mme Frazer, M. Taha a indiqué durant sa conversation avec
M. Zoellick, que le président du Soudan, M. Oumar Hassan Ahmad
al-Bashir, aurait officiellement annoncé le 1er novembre la création
de plusieurs importantes commissions, préconisées dans
l'accord de paix global.
À
propos des déplacements de hauts fonctionnaires américains
au Soudan, Mme Frazer a rappelé qu'elle s'y était rendue
en octobre et que M. Zoellick doit partir sous peu pour une visite officielle
dans la région. Ces deux personnalités s'étaient
déjà rendues au Soudan au cours des six derniers mois.
Mme Frazer a également mentionné la récente nomination
de M. Cameron Hume, diplomate chevronné qui parle parfaitement
l'arabe, au poste de chargé d'affaires auprès de l'ambassade
des États-Unis à Khartoum. Interrogée sur la différence
entre le rôle que jouera M. Hume et celui que joue le représentant
spécial de M. Zoellick au Soudan, M. Roger Winter, Mme Frazer
a expliqué que la présence de M. Hume sera plus régulière,
qu'elle sera « permanente » et « quotidienne »,
alors que celle de M. Winter sera plus « itinérante ».
Elle a indiqué que des observateurs américains avaient
assisté aux pourparlers sur le Darfour qui se sont tenus à Abuja,
qui se sont conclus en juillet avec la signature d'une déclaration
de principe, un résultat qu'elle a qualifié de « modeste ».
D'autres pourparlers se sont terminés le 20 octobre, mais leurs
résultats ont été, de l'avis de Mme Frazer, « décevants ».
Les États-Unis continuent à exercer des pressions pour
que le gouvernement du Soudan contrôle les djandjawids
Le fait que M. Hume soit nommé aux fonctions de chargé d'affaires
ne représente par une normalisation des relations entre les États-unis
et le gouvernement de Kharthoum, qu'ils tiennent toujours pour responsable
de la violence commise au Darfour par les djandjawids, a-t-elle souligné.
«
Nous continuons à dire clairement que la responsabilité du
gouvernement du Soudan, maintenant gouvernement d'unité nationale,
est à la fois de cesser son appui aux djandjawids et d'œuvrer
activement pour qu'ils cessent leurs activités et en même
temps maintenir la discipline de ses propres forces », a-t-elle
expliqué.
Quelque 400.000 personnes seraient déjà mortes au Darfour
selon le président de la commission, M. Chris Smith (républicain
du New-Jersey) et, a fait observer Mme Frazer, « une très
grande détermination anime notre stratégie vis-à-vis
du Darfour. Durant l'année budgétaire, nous avons fourni
plus de 650 millions de dollars, principalement sous forme d'aide humanitaire,
en appui à la mission de l'Union africaine, et plus de 450 mililons
de dollars au titre de la reconstruction et de l'aide humanitaire pour
d'autres régions du Soudan.
À
propos de l'aide, Mme Frazer s'est dite préoccupée par
le fait que le gouvernement de Kharthoum ne fasse pas parvenir rapidement
les fournitures humanitaires aux réfugiés du Darfour, une
préoccupation réitérée par M. Zoellick dans
sa conversation téléphonique avec M. Taha.
Le gouvernement américain, a-t-elle indiqué, continue aussi à faire
pression sur le gouvernement de Khartoum pour qu'il accepte les 105 véhicules
blindés offerts par le gouvernement du Canada afin d'appuyer la
force de l'Union africaine, mais jusqu'ici seulement 35 véhicules
ont été autorisés.
À
la question que lui posait M. Donald Payne, représentant démocrate
du New-Jersey, de savoir si l'Agence des États-unis pour le développement
international (USAID) comptait ouvrir une mission permanente au Soudan,
Mme Frazer a répondu que l'USAID était en train de construire
un bâtiment à Juba, dans le sud du pays et envisageait d'y
installer son opération d'aide au Soudan qui est actuellement
entreprise de Nairobi (Kenya). « Tout un éventail d'activités
appuiera le gouvernement du Sud-Soudan à partir de cet endroit »,
a-t-elle expliqué.
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Novembre 2005
Octobre 2005
La dramatique division des factions rebelles soudanaises
| Par Gareth Evans* et Sulliman Baldo**
Le Figaro, 20 octobre 2005
Le Darfour continue son chemin de souffrances encore bien loin de la paix.
C’est maintenant le Mouvement de Libération du Soudan (SLM), la
force rebelle dominante au Darfour, qui apparaît de plus en plus comme
un obstacle à la paix.
Le SLM bloque tout progrès dans les négociations en cours à Abuja,
la capitale nigérianne. Le mouvement est non seulement secoué par
des disputes intestines entre ses chefs qui l’affaiblissent, mais certaines
de ses actions sanglantes, comme les attaques contre les convois humanitaires
et les affrontements armés avec son rival, le mouvement pour la justice
et l’égalité (JEM), ont ruiné son crédit
politique à la table des négociations. L’insécurité reste
omniprésente sur le terrain malgré le déclin de la violence à grande échelle,
qui régnait entre le gouvernement et les deux groupes rebelles.
Le gouvernement soudanais ne respecte toujours pas ses engagements répétés
pour neutraliser son bras armé allié, les Janjawids, responsables
des massacres de milliers de civils. Le maintien du statu quo actuel n’est
certainement pas la réponse à l’insécurité qui
prévaut au Darfour ni à la stabilité de la région
sur un plus long terme.
La structure politique fragile du mouvement rebelle SLM a été complètement
dépassée par l’expansion rapide de sa structure et les
divisions personnelles entre les dirigeants, particulièrement le président
Abdel Wahed et le secrétaire général Minnawi. Ces altercations
ont dégénéré en divisions tribales de plus en plus
prononcées entre les tribus Four, Zaghawa et Massalit. Les efforts d’unification
du mouvement sont restés vains. Le degré d’animosité personnelle
qui existe entre les leaders est probablement la cause de cet échec.
A moins que ces dissensions ne soient dépassées, il y a peu de
chance pour que réussissent les pourparlers de paix d’Abuja.
Divisés comme ils le sont, les rebelles soudanais n’auront aucune
chance d’obtenir les concessions politiques qu’ils exigent aux
négociations de paix en cours au Nigeria sous l’égide de
l’Union africaines (UA). Par ailleurs, la fragmentation du mouvement
SLM pourrait aboutir à une solution incomplète.
Entre temps, le gouvernement de Khartoum, fidèle à ses pratiques,
exploite et exacerbe les divisions tribales pour repousser un règlement
politique. Il évite de la sorte que des pressions internationales puissent
mettre en cause son rôle dans l’échec des pourparlers de
paix. Dans ce cas, le régime soudanais va impunément regagner
un semblant d’autorité au Darfour par le biais d’une série éparpillée
d’arrangements locaux avec certaines tribus et les factions rebelles.
Frustrée par les divisions internes des mouvements armés, la
communauté internationale pourrait préférer la stabilité immédiate
et fragile à une solution globale. Cette solution devrait triter sur
le long terme, les causes initiales de la crise du Darfour qui a coûté des
centaines de milliers de morts et deux millions de réfugiés.
Cependant, les efforts d’unification du Mouvement de libération
sont toujours en cours. S’il agit rapidement dans le sens de son unification,
une solution globale peut toujours se concrétiser. Plusieurs étapes
sont vitales pour commencer ce processus d’unification dès que
possible.
- Les chefs rebelles devront définir une position et des demandes politiques
communes lors des négociations de paix menées par l’UA.
- Le retour d’exil de Minni a été très bien accueilli
sur le terrain. La communauté internationale doit faire pression sur
Abdel Wahid pour l’encourager à revenir. Les chefs rebelles ne
peuvent diriger diriger le mouvement efficacement et avoir la maitrise sur
les troupes tout en étant déconnectés de la réalité du
terrain.
- Une conférence générale doit se tenir dans les plus
brefs délais afin d’élaborer un consensus relatif à la
structure du mouvement et à la distribution des compétences politiques.
Des mesures doivent être prises pour restaurer le commandement et le
contrôle des militaires et, par conséquent, pour mettre fin au
banditisme.
- Le communauté internationale devra encourager la tenur de cette conférence
en apportant un appui logistique en termes de transports et d’aide alimentaire
tout en assurant la sécurité.
- La communauté internationale, incluant l’UA, l’UE, les
Nations unies, les Etats-Unis, les pays voisins et les donneurs bilatéraux,
devra mieux coordonner son action vis-à-vis des mouvements rebelles
du Darfour afin d’éviter que les diverses factions rebelles ne
montent les acteurs externes les uns contre les autres à travers leur
soutien à une faction plutôt qu’à une autre.
- Il est de même inconcevable pour la communauté internationale
de repousser continuellement les pourparlers de paix d’Abuja au gré des
desiderata des factions rebelles et en fonction du rythme de leurs disputes.
Les enjeux sont énormes pour le SLM et pour la population du Darfour,
dispersée dans des camps à l’ouest du Soudan et au Tchad.
Avec les déplacements massifs de population et les destructions qui
ont eu lieu au Darfour, le Mouvement pour la libération du Soudan doit
impérativement assumer se représentativité des civils
en détresse et agir en conséquence, laissant de côté les
querelles personnelles.
- * Gareth Evans,Président exécutif de l’International
Crisis Group, ancien ministre australein des Affaires étrangères
- ** Suliman Baldo, Directeur du programme Afrique à l’International
Crisis Group.
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Octobre 2005
Khartoum doit résoudre la crise du Darfour
|
Par Javier Solana *
Le Figaro, 20 octobre 2005
La stabilité n'est pas acquise, en dépit de l'accord de
paix Nord-Sud signé le 9 janvier à Nairobi, qui est un événement
majeur. La paix est revenue au Sud après plus de vingt années
de guerre fratricide. Un gouvernement d'union nationale, comprenant les
anciens rebelles sudistes du Mouvement populaire de libération
du Soudan (MPLS), a été constitué le 19 septembre.
Mais cela ne suffit pas encore. Le nouveau gouvernement de Khartoum doit
se comporter comme un véritable gouvernement d'union nationale.
Or je ne suis pas sûr que ce soit le cas aujourd'hui. J'ai appelé les
représentants de l'ex-mouvement rebelle, notamment Salva Kiir,
premier vice-président du Soudan, à continuer dans la voie
tracée par John Garang, décédé le 30 juillet,
de construire un nouveau Soudan, uni et démocratique. L'objectif
du processus de paix ne peut pas être la sécession du Sud.
Ce serait une catastrophe pour l'ensemble de la région. Pour l'éviter,
il faut construire le Soudan démocratique que les Soudanais appellent
de leurs voeux.
Cette stabilité est d'autant moins acquise qu'a éclaté,
en 2003, la crise du Darfour. C'est une crise grave. Des crimes contre
l'humanité et des crimes de guerre y ont été commis.
Le nouveau gouvernement de Khartoum a la responsabilité de la
résoudre. Il est illusoire de penser qu'il existe une solution
militaire. La seule solution est politique. La paix doit être négociée à Abuja,
dans le cadre fixé par l'Union africaine. J'appelle le nouveau
gouvernement de Khartoum à élaborer, sans tarder, une position
commune pour Abuja. J'appelle le Mouvement populaire de libération
du Soudan à parler aux rebelles. J'appelle les mouvements rebelles,
qui prétendent défendre les intérêts des populations
civiles du Darfour, à venir négocier de bonne foi à Abuja.
A défaut, je crains que la guerre dans le Darfour n'emporte le
gouvernement d'union nationale de Khartoum, remette en question la paix,
chèrement acquise, au Sud, et ne soit à l'origine d'une
crise régionale allant de N'Djamena à Asmara, comme me
l'a dit le président Déby, à N'Djamena, à mon
retour du Soudan.
La stabilité du Soudan est en effet fondamentale pour la stabilité de
l'ensemble du continent africain. Après l'Angola, demain la République
démocratique du Congo, le retour à la normale au Soudan
permettrait de constituer, autour de l'Afrique du Sud et du Nigeria,
l'ossature d'une nouvelle Afrique pacifiée et prospère.
Le Soudan, j'en suis convaincu, a la capacité d'être une
locomotive parmi d'autres pour l'Afrique : c'est le plus grand pays du
continent. Son potentiel est énorme : son agriculture, ses ressources
en eau, son pétrole. Mais la grande force du Soudan reste son
peuple : bien formé, compétent. Les ingénieurs et
les juristes soudanais font le bonheur des pays du Golfe, les musiciens
et les écrivains soudanais irradient toute la région.
Surtout, le Soudan a la capacité d'être un exemple tant
pour l'Afrique que pour le monde arabe. C'est un pays métis, à la
fois arabe et africain. Ses 572 peuples se sont toujours définis
comme soudanais. C'est aussi un pays métis en termes religieux
: animistes, musulmans et chrétiens ont toujours su cultiver la
tolérance. C'est enfin un pays qui a déjà connu
la démocratie.
Ainsi, le Soudan, pays carrefour, entre mondes arabe et africain, entre
islam et chrétienté, peut devenir un laboratoire de coexistence
et de tolérance, et peut cultiver la démocratie Voilà pourquoi
la communauté internationale a l'obligation de rester mobilisée
sur le Soudan. Nous devons continuer à nous engager et conserver
une exigence de résultat : l'Union européenne, bien entendu,
présente sur tous les fronts, politique, économique et
humanitaire, qui a déjà mobilisé 570 millions d'euros
et qui soutient, dans le Darfour même, les efforts de la force
d'observation de l'Union africaine avec, entre autres, des officiers
européens – policiers et militaires – présents
sur le terrain ; l'Union européenne, qui agit encore pour convaincre
les rebelles du Darfour de venir négocier à Abuja ; les
Etats-Unis, qui jouent un rôle fondamental au Soudan et avec lesquels
nous devons continuer de travailler ; les Nations unies bien sûr,
qui sont en train de déployer une importante force d'observation
au Sud.
Nous avons besoin de toutes les bonnes volontés, mobiliser le
monde arabe, notamment l'Egypte et l'Arabie saoudite. Enfin, et surtout,
nous devons soutenir l'action de l'Union africaine, qui réalise
sur le terrain un travail considérable, et qui cherche à assurer
un règlement durable de la crise du Darfour. C'est pourquoi la
collaboration en cours, dans le Darfour, entre l'Union européenne
et l'Union africaine, dont j'estime qu'elle est exemplaire, est si importante
qu'elle augure bien de nos rapports dans le futur sur d'autres théâtres
africains.
* Haut représentant de l'Union européenne pour la politique étrangère
et la sécurité commune (Pesc)
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Octobre 2005
Un envoyé des Nations unies n'a pas été autorisé à présenter
son rapport sur le Darfour
L’Express, 11 octobre 2005
Juan Mendez, conseiller spécial du secrétaire général
Kofi Annan pour la prévention des génocides, devait présenter
hier au Conseil de sécurité les résultats d'une
visite d'une semaine effectuée au Darfour, une région de
l'ouest du Soudan ravagée par la guerre civile. L'ambassadeur
des Etats-Unis à l'Onu, John Bolton, rejoint par la Chine, l'Algérie
et la Russie, s'y est opposé. Il a estimé que le conseil
ferait mieux de "parler des mesures qu'il peut prendre pour faire
quelque chose contre l'aggravation de la situation", mais sans faire
lui-même de propositions à ce sujet.
Juan Mendez a malgré présenté ses conclusions à la
presse, selon lesquelles les autorités soudanaises n'agissent
pas assez pour prévenir les violations systématiques des
droits de l'homme, susceptibles de déboucher sur des cas de génocide,
crimes contre l'humanité ou crimes de guerre. Il a également
accusé Khartoum de refuser de coopérer avec le procureur
de la Cour pénale internationale.
Regain de violence
Depuis deux ans, au Darfour, des mouvements rebelles luttent contre
les janjawids, les milices arabes soutenues par le gouvernement central.
La région a connu un regain de violence ces dernières semaines.
Kofi Annan a menacé de suspendre l'aide humanitaire, à la
suite des meurtres et enlèvements perpétués contre
les forces de maintien de la paix de l'Union africaine. 38 de ses membres,
qui avaient été enlevés par des rebelles, ont été libérés
hier.
Selon les organisations internationales, la guerre au Darfour a fait
depuis février 2003 entre 180 000 et 300 000 morts et provoqué le
déplacement de 2,6 millions de person
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Octobre 2005
Des parlementaires américains forment un comité spécial
sur le Soudan
| United States Department of State (Washington, DC)
26 Octobre 2005
Jim Fisher-Thompson
Washington, DC
All Africa presse
Jim Fisher-Thompson, Washington, DC
Ce groupe veut maintenir le feu des projecteurs sur l'accord de paix
et le Darfour.
Récemment, des parlementaires ont créé un nouveau « Groupe
sur le Soudan », et ce fait à lui seul illustre l'importante croissante
que les hommes politiques américains attachent à l'Afrique. Ce
groupe de législateurs s'ajoute aux quelque 180 comités spéciaux
ou « caucus » qui, au sein du Congrès, s'intéressent à des
questions spécifiques ou d'actualité telles que les services de
police, les techniques médicales, l'Internet, la faim ou encore les affaires étrangères.
Le 19 octobre, jour de la première réunion du « Groupe sur
le Soudan », le représentant Frank Wolf (républicain de Virginie),
qui a participé à la création du groupe avec les représentants
Donald Payne (démocrate du New Jersey), Michael Capuano (démocrate
du Massachusetts) et Tom Tancredo (républicain du Colorado), a accordé une
interview par téléphone au « Washington File ».
La mission de ce groupe, a indiqué M. Wolf, est de « donner une
tribune aux membres du Congrès pour qu'ils puissent débattre et
faire progresser la politique des États-Unis à l'égard du
Soudan ».
«
Il ne faut pas perdre de vue le Soudan, surtout maintenant que l'Accord général
de paix, qui a mis fin à vingt ans de combats entre le Nord et le Sud,
a été signé, et à cause de la violence qui se poursuit
au Darfour », a dit M. Wolf qui était présent avec l'ancien
secrétaire d'État, M. Colin Powell, à la signature de
l'accord de paix, le 9 janvier, au Soudan.
«
Il est important que nous continuions à suivre la mise en place de l'accord
de paix, afin de garantir sa pérennité. Cela veut dire qu'il nous
faut appuyer la force de maintien de la paix de l'ONU qui est déployée
dans le sud du Soudan et renforcer la force de l'Union africaine déployée
au Darfour », a-t-il souligné.
Interrogé à propos des initiatives du gouvernement Bush au Soudan,
M. Wolf a répondu : « Personnellement, je pense que le président
a fait un travail remarquable en ce qui concerne le Soudan. D'après mes
connaissances du travail lié à l'accord de paix accompli par le
président et l'ancien secrétaire d'État Powell, j'étais
prêt à les nommer tous les deux pour le Prix Nobel de la paix. »
L'intérêt que porte le président Bush à la situation
au Soudan ne fait donc aucun doute et la secrétaire d'État, Mme
Condoleezza Rice, s'est pour sa part rendue à Khartoum en juillet ; elle
a visité le camp Abu Shouk à Al Fashar où elle a exhorté le
gouvernement soudanais à prendre des mesures pour faire cesser la violence
contre les femmes se trouvant dans les camps de réfugiés.
Le secrétaire d'État adjoint, M. Robert Zoellick, a lui aussi
fait plusieurs voyages au Soudan.
Depuis 2003, le gouvernement américain a consacré 1,9 milliard
de dollars à l'aide humanitaire et à l'aide au développement
au Soudan. En 2005, plus de 500 millions de dollars d'aide humanitaire ont été alloués
au Darfour et aux camps de réfugiés établis au Tchad, pays
voisin, et une aide alimentaire d'urgence supplémentaire d'une valeur
de 240 millions de dollars a été demandée pour 2006.
Ã
- propos du Darfour, où M. Wolf s'est rendu à plusieurs reprises
pour y visiter les camps de réfugiés, ce dernier a expliqué : « On
ne peut guère tomber plus bas dans la vie. » Il a fait remarquer
qu'étant donné que beaucoup de villages avaient été incendiés,
la violence avait maintenant cessé mais les gens affluaient vers les camps
de réfugiés du Darfour et du Tchad.
Lors d'une réception organisée après la première
réunion du « Groupe sur le Soudan », M. Tancredo, très ému,
a déclaré : « Je vous en fais la promesse : toutes nos journées
sont encombrées par des centaines de questions, mais celle du Soudan ne
sera pas écartée. »
Il a précisé que l'un des rôles principaux du Groupe sur
le Soudan sera d'exercer des pressions pour que l'Accord de paix ne déraille
pas et pour que la violence cesse au Darfour.
Le 4 octobre, le porte-parole du département d'État, M. Sean McCormack,
avait publié un communiqué exhortant toutes les parties à cesser
immédiatement la violence au Darfour, à observer le cessez-le-feu
qu'elles avaient signé à N'Djamena (Tchad) et à respecter
les résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU ainsi que
les clauses des protocoles qu'elles avaient signés antérieurement à Abuja
(Nigeria).
M. Wolf s'est déclaré confiant que le public américain continuerait à appuyer
le niveau actuel d'aide humanitaire et d'aide au développement à l'Afrique
malgré la série de catastrophes naturelles qui a récemment
frappé les États-unis et causé des milliards de dollars
de dégâts. « Je sais que c'est important pour le gouvernement
Bush et pour un grand nombre de membres du Congrès », a-t-il affirmé.
Et d'ajouter : « Je sais aussi que le nouveau président de la sous-commission
africaine, M. Chris Smith, (républicain du New Jersey), est très
attaché à l'Afrique. Chris est allé au Darfour il n'y a
pas très longtemps. Il est très dynamique et s'intéresse
vivement à ces questions (...) Je n'ai donc pas le sentiment que l'on
va oublier les Africains. Je pense que le vif intérêt que le Congrès
porte à l'Afrique ne s'atténuera pas. »
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Octobre 2005
Soudan :
Détérioration alarmante de la situation au Darfour selon un rapport
de l’ONU
Nations Unies, New York, Oct 20 2005
Dans son dernier rapport sur le Darfour, le Secrétaire général
dénonce la 'détérioration alarmante' de la situation
en matière de sécurité et dénonce l'appui du
gouvernement soudanais aux milices tribales qui sèment la terreur
en violation des résolutions du Conseil de sécurité qui
demandent le désarmement des milices et leur jugement par les autorités
du pays.
«
Le mois de septembre a été marqué par une détérioration
alarmante de la situation en matière de sécurité dans
les trois États du Darfour », déclare le Secrétaire
général dans son dernier
<"
http://www.un.org/Docs/journal/asp/ws.asp?m=S/2005/650">rapport
mensuel sur la situation au Darfour, rendu public aujourd'hui.
Au cours de la période considérée, la fréquence
et l'intensité des actes de violence commis par les forces gouvernementales,
les milices tribales et les mouvements armés -- en particulier le
Mouvement/Armée de libération du Soudan (SLM/A) -- ont atteint
un niveau sans précédent depuis janvier 2005 aussi bien au
Darfour-Nord qu'au Darfour-Sud, indique Kofi Annan.
«
Le banditisme et l'anarchie ont été les principales causes
de l'insécurité au Darfour-Ouest en septembre », ajoute-t-il.
Les actions du gouvernement sont « troublantes ». Il y a des
preuves que « les forces gouvernementales ont déclenché certains
des incidents » et que « les milices tribales ont opéré avec
l'appui du gouvernement », affirme-t-il
«
Ces attaques ont été confirmées par le chef de la
MUAS, Baba Gana Kingibe, qui a annoncé lors d'une conférence
de presse tenue le 1er octobre que les Forces armées du Soudan avaient
effectué des « opérations offensives coordonnées » avec
les milices tribales à quatre reprises depuis le 18 septembre »,
précise-t-il.
Le SLM/A et les milices tribales doivent également assumer une part
de responsabilité pour la détérioration de la sécurité dans
la mesure où ces groupes ont lancé un nombre important d'attaques,
remarque-t-il.
Pour le Secrétaire général, il est clair que le gouvernement
et le SLM/A ne respectent pas les engagements qu'ils ont pris dans l'Accord
de cessez-le-feu d'avril 2004, les Protocoles humanitaires et sécuritaires
de novembre 2004 et la Déclaration de principes pour la solution
du conflit au Darfour de juillet 2005.
«
L'appui continu du gouvernement aux milices tribales [.] ont également
montré clairement qu'il ne respectait pas les résolutions
du Conseil de sécurité et les obligations qui lui sont faites
de désarmer, démobiliser et traduire en justice lesdites
milices », ajoute-t-il.
Sur le plan de la protection des civils, les nouvelles ne sont pas bonnes. « De
nombreuses personnes déplacées qui étaient retournées
dans leur village d'origine ont été déplacées à nouveau
et forcées de se réfugier dans des camps à la suite
des attaques délibérées lancées sur des villages
par les milices », indique le Secrétaire général.
«
En septembre, la recrudescence de la violence dirigée contre la
population civile a causé des dizaines de milliers de déplacés
parmi la population civile », rappelle Kofi Annan.
«
Alors que ces nouveaux déplacements se produisent, le gouvernement
ne réagit pas avec suffisamment de détermination pour protéger
les droits des personnes déplacées qui retournent dans leur
village pour la saison agricole et trouvent leurs terres occupées
par des nomades », observe-t-il.
«
Il y a toujours de nombreuses informations concernant des personnes attaquées
qui ne veulent pas en informer la police, soit parce qu'elles savent d'expérience
que cela ne sert à rien, soit parce qu'elles ont peur des représailles »,
déplore-t-il.
D'autres informations inquiétantes indiquent que, pendant le mois
de septembre, il y a eu une augmentation du nombre d'attaques contre des
femmes à l'intérieur et à l'extérieur des camps.
«
Au camp de Kalma, dans le Darfour-Sud, une soixantaine d'attaques contre
des femmes ont été signalées en une semaine à peine.
Il continue aussi à y avoir des cas de viol au Darfour-Ouest. En
outre, les cas de violence sexuelle concernent un très grand nombre
de filles de moins de 18 ans », rapporte le Secrétaire général.
«
Une étude publiée en juillet 2005 par le Haut Commissariat
des Nations Unies aux droits de l'homme concernant 230 cas de violence
sexuelle et à l'égard des femmes a permis de constater que
30 % des victimes étaient des filles âgées de moins
de 18 ans; d'autres études indiquent même un pourcentage plus élevé »,
précise-t-il.
«
Je suis profondément préoccupé par le fait que les
pratiques de violence sexuelle à l'égard des enfants entraveront
les perspectives de coexistence pacifique au Darfour pendant de nombreuses
années », prévient-il.
Sur le plan humanitaire, on dénombrait au 1er septembre, quelque
3,3 millions d'habitants du Darfour qui avaient besoin d'aide humanitaire,
les populations résidentes représentant 45 % de l'ensemble
des sinistrés au Darfour, dont à ce jour 1,8 million de personnes
déplacées.
«
La montée du banditisme sur les principales routes du Darfour a
sérieusement entravé les secours, empêchant le personnel
humanitaire et les vivres d'atteindre certaines populations sinistrées »,
note le Secrétaire général.
Concernant la Mission de l'Union africaine, « le déploiement
du personnel de la MUAS a repris le 19 septembre, après une pause
de trois semaines due à des pénuries de carburant pour les
avions de la Mission au niveau local ».
À
la fin de la période considérée, la Mission comprenait
une force de protection comptant 4 100 militaires, ainsi que 634 observateurs
militaires, 862 policiers et des fonctionnaires recrutés sur le
plan international.
L'élargissement de la Mission pour atteindre l'effectif total autorisé de
6 171 militaires et 1 586 policiers devrait s'achever à la fin d'octobre.
«
Je reste gravement préoccupé par le fait qu'en dépit
de la générosité des donateurs, la MUAS ne reçoit
toujours pas l'appui et, en particulier, le financement, dont elle a besoin
pour pouvoir s'acquitter efficacement de son mandat », regrette Kofi
Annan.
«
La Mission continue de jouer un rôle essentiel pour améliorer
la sécurité au Darfour et doit recevoir une aide internationale
pour poursuivre sa tâche, étant donné, notamment, que
la situation dans la région à cet égard n'a fait qu'empirer »,
rappelle-t-il.
«
La recrudescence de la violence au Darfour est particulièrement
inquiétante et risque de compromettre le succès des pourparlers
de paix d'Abuja » qui ont repris le 15 septembre dernier, a conclu
le Secrétaire général.
«
Les événements de septembre témoignent du refus persistant
du gouvernement ou de son incapacité à refréner les
milices tribales armées, sans parler de leur désarmement ».
«
Enfin, il est clair que la MUAS aura besoin d'une aide supplémentaire
de la communauté internationale pour accélérer ses
projets d'expansion qui sont plus que nécessaires. Afin de réaliser
son plein potentiel et de prévenir des attaques du type de celles
qui ont été rapportées en septembre, la MUAS doit être
intégralement déployée aussi rapidement que possible,
tant sur le plan du personnel que des équipements ».
Dans une déclaration présidentielle, le Conseil de sécurité a
condamné, le 13 octobre denier, les attaques intervenues dernièrement
au Darfour, rappelé au gouvernement du Soudan son engagement de
désarmer les milices et exigé des autorités et des
rebelles qu'ils coopèrent avec les forces de l'Union africaine,
déployées dans la région pour protéger la population
(voir notre <"http://www.un.org/apps/newsFr/searchF.asp">dépêche
du 13 octobre 2005).
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Octobre 2005
Nous ne sommes toujours pas à l’abri
d’un génocide au Darfour, affirme Juan Mendez
| Nations Unies, New York, 11 octobre 2005
Juan Mendez, Conseiller spécial pour la prévention des
génocides, a rendu compte hier à la presse de sa dernière
visite au Darfour où il a constaté que la situation s'était
gravement détériorée et que les populations n'étaient
toujours pas à l'abri d'un génocide ou « d'un deuxième
génocide », alors que certains membres du Conseil de sécurité ont
refusé de l'écouter.
S'exprimant d'abord sur la question de la protection des civils, Juan
Mendez, Conseiller spécial du Haut Commissariat aux droits de
l'homme pour la prévention des génocides, a souhaité rappeler
hier, lors d'une conférence de presse donnée à New
York, « deux épisodes sans précédent dans
la région », « deux attaques intervenues dans des
camps de personnes déplacées, l'une au Darfour Ouest, l'autre
au Darfour Nord », causant la mort d'une trentaine de civils dans
les deux cas.
«
Dans le premier cas, les assaillants sont entrés dans les camps à cheval.
Dans l'autre, ils sont arrivés avec des camions appartenant à l'armée
soudanaise », a précisé Juan Mendez.
«
Jusqu'à maintenant, la situation dans ces camps était dangereuse,
les femmes étaient violées si elles en sortaient, il y
avait beaucoup d'abus à l'intérieur, mais il n'y avait
eu aucune attaque massive contre des civils », a-t-il insisté.
«
Il y a une escalade de la violence contre les civils », a-t-il
constaté à l'issue d'une visite de cinq jours sur le terrain.
Sur le plan de l'assistance humanitaire, a continué le Conseiller
pour la prévention des génocides, beaucoup de progrès
ont été réalisés depuis un an. Mais, a-t-il
nuancé, au cours des deux derniers mois, il a été très
difficile pour les organisations non gouvernementales d'apporter de l'aide
aux populations et, plus particulièrement, dans le Darfour Ouest.
«
On a compté 12 attaques contre le personnel humanitaire au cours
des deux derniers mois », a-t-il indiqué.
Face à l'impunité qui continue de prévaloir au Darfour,
Juan Mendez a tenu à rappeler que pour tous les Etats, la coopération
avec la Cour pénale internationale n'était plus une question
de choix.
Depuis que le Conseil de sécurité a renvoyé l'affaire à la
CPI, chaque Etat a l'obligation de coopérer avec la Cour, a-t-il
rappelé.
Le Conseil de sécurité avait en effet voté le 31
mars dernier la (2005) résolution 1593 qui saisit la CPI des crimes
contre l'humanité commis au Darfour.
«
Le gouvernement du Soudan, qui fait comme s'il n'avait pas besoin de
la CPI, a mis en place ses propres tribunaux. Nous observons les premiers
jugements, rendus par la cour spéciale que le gouvernement soudanais
a créé, et nous sommes très déçus
par le fait que cette cour traite d'affaires complètement secondaires,
qui n'ont rien à voir avec ce qui s'est passé pendant le
pic du conflit en 2003-2004 », a rapporté le Conseiller.
Concernant le processus de paix, Juan Mendez a regretté que les
représentants de toutes les communautés ne soient pas présents
lors des pourparlers qui ont repris à Abuja le 15 septembre denier
et qu'il n'y ait pas de distinction faite entre ceux qui ont perpétré les
atrocités et les autres.
Répondant à une question sur le refus de plusieurs membres
du Conseil de sécurité - Etats-Unis, Russie, Chine et Algérie
-- d'entendre le compte rendu de sa visite, le Conseiller a déclaré qu'il était
rentré de sa mission avec un message urgent, qu'il avait remis
un rapport au Secrétaire général, qu'il lui avait
dit qu'il souhaitait exposer la situation au Conseil de sécurité et
que le Secrétaire général avait soumis sa demande
aux membres du Conseil.
Juan Mendez a expliqué que les recommandations de son rapport étaient
dans la même ligne que celles qu'il avait faites au Secrétaire
général un an plus tôt, à l'issue de sa première
visite au Darfour.
Dans son rapport, le Conseiller recommande notamment de renforcer la
présence de l'Union africaine (UA) sur le terrain en lui donnant
véritablement les moyens d'agir, à savoir les hommes, le
matériel et l'argent nécessaire pour opérer sur
le terrain.
Il faut aussi lui donner un mandat plus précis, mieux définir
là où les hommes de l'UA qui sont censés protéger
les civils du Darfour doivent se poster. « Le mandat n'est pour
l'instant pas assez précis », a-t-il regretté.
«
Nous demandons à l'UA de mener une tâche qui est impossible à remplir
si nous ne l'aidons pas plus », a-t-il encore dit.
Il faut aussi renforcer la pression sur le gouvernement du Soudan pour
qu'il cesse de restreindre la liberté de mouvement des troupes
de l'UA.
Il en va donc, selon Juan Mendez, à la fois de la responsabilité du
gouvernement du Soudan mais aussi de la communauté internationale.
A un journaliste qui lui demandait pourquoi il avait émis des
recommandations similaires alors que la situation s'était détériorée
depuis lors, ce qui montrait que les recommandations n'étaient
forcément les bonnes, le Conseiller a rappelé que grâce à certaines
des recommandations déjà mises en ouvre, des développements
favorables étaient intervenus au cours de l'année.
Il a aussi dit que la majorité des recommandations n'avaient pas été appliquées
et que c'est pourquoi les choses n'avaient pas fonctionné comme
souhaité.
En septembre 2004, Juan Mendez avait rendu compte au Conseil de la situation,
après avoir effectué une visite avec Louise Arbour, Haut
Commissaire au droits de l'homme, et émis un certain nombre de
recommandations pour éviter que le situation ne se détériore
pas.
«
A l'heure actuelle, nous ne sommes pas près d'empêcher un
génocide ou d'empêcher qu'il ne se reproduise de nouveau,
selon le point de vue que l'on adopte », a déclaré Juan
Mendez, faisant référence au fait que pour certains --
le gouvernement américain notamment -, il y a eu génocide
au Darfour -- et que pour d'autres, les preuves d'un génocide
ne sont pas rassemblées.
«
Nous pourrions non pas arriver à une situation similaire à celle
du Rwanda mais retourner à la situation qui prévalait au
Darfour en 2003-2204, ce qui est suffisamment grave », a-t-il encore
affirmé.
Concernant le Darfour, le Secrétaire général avait
demandé à la Commission d'enquête internationale
sur les violations des droits de l'homme perpétrées au
Soudan de déterminer s'il y avait eu génocide au Darfour.
Après avoir mené une enquête minutieuse, la Commission
avait conclu à de graves violations des droits de l'homme mais
elle n'a pas pu déterminer l'intention de détruire tout
ou partie d'une communauté définie par sa race ou religion.
Elle a renvoyé cette question à la CPI, a-t-il précisé.
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Octobre 2005
Violences au Darfour :
condamnation du Secrétaire
général et du Conseil de Sécurité
| Nations Unies, New York, 11 octobre 2005
Après l'Envoyé de l'ONU au Soudan, le Secrétaire
général puis le Conseil de sécurité, dans
une déclaration à la presse de son président, ont
condamné hier le regain de violence au Darfour, dont les plus
récentes sont le fait de deux groupes rebelles.
Le Secrétaire général s'est déclaré hier
profondément préoccupé par le regain de violence
au Darfour, condamnant en particulier avec la plus grande fermeté l'assassinat
de trois Casques bleus et de deux entrepreneurs affiliés à la
Mission de l'Union africaine au Soudan (MUAS), ainsi que l'enlèvement
d'autres personnels de la MUAS, indique le
http://www.un.org/News/fr-press/docs/2005/SGSM10152.doc.htm le message
transmis le 2p0 octobre par son porte-parole.
«
La volonté manifeste de prendre celle-ci pour cible est totalement
inacceptable. Le Secrétaire général rappelle aux
parties que la MUAS est une force impartiale déployée pour
assister les populations de la région et les parties au conflit »,
souligne la déclaration.
Dans son message, Kofi Annan lance un appel au Gouvernement soudanais
et aux mouvements rebelles pour qu'ils apportent leur aide pour faire
traduire en justice les responsables de ces actes (voir, sur la question,
notre dépêche <http://www.un.org/apps/newsFr/storyF.asp?NewsID=11190&Cr=soudan&Cr1=darfour> du
10 octobre 2005 sur la déclaration du Représentant spécial
du Secrétaire général pour le Soudan, Jan Pronk).
«
Le Secrétaire général rappelle au Gouvernement qu'il
assume en dernière instance la responsabilité de protéger
les Casques bleus et les travailleurs humanitaires ». Il « appelle
les autorités soudanaises et les groupes rebelles à prendre
des mesures immédiates pour stabiliser la situation au Darfour
et en même temps à prendre part sérieusement aux
pourparlers d'Abuja, en vue de parvenir aussitôt que possible à un
règlement politique du conflit ».
A cette condamnation se sont joints hier les membres du Conseil de sécurité.
Le président du Conseil de sécurité pour le mois
d'octobre, Mihnea Ioan Motoc, ambassadeur de la Roumanie, prenant la
parole devant la presse, a indiqué que les « membres du
Conseil de sécurité condamnaient conjointement la récente
reprise de la violence au Darfour et ont exprimé leur préoccupation à cet égard »
Le Conseil de sécurité a entendu hier, lors d'une séance à huis
clos, un exposé sur le Darfour de Hedi Annabi, Sous-Secrétaire
général aux opérations de maintien de la paix.
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Octobre 2005
Libération de 36 membres de l'Union africaine enlevés
au Darfour
Le Nouvel Observateur, 10 octobre 2005
Khartoum (AP) -- Les rebelles ont libéré 36 membres de
l'Union africaine enlevés au Darfour, dans l'ouest du Soudan,
a annoncé lundi un porte-parole de l'UA
Par contre, deux membres de l'équipe, son responsable sénégalais
et un interprète, sont toujours retenus en otage, a précisé Nouredinne
Mezni, porte-parole de l'UE à Khartoum.
"
Nous faisons tout notre possible pour sécuriser leur libération",
a ajouté M. Mezni. Les 36 otages ont été libérés
tard dimanche.
Le haut commandant militaire de l'UA s'est rendu dans la région
de Tiné, près de la frontière avec le Tchad, afin
de négocier la libération des deux derniers otages, a indiqué le
porte-parole de l'Union africaine.
L'UA devait se tenir une session d'urgence lundi soir afin d'évoquer
la déterioration de la situation au Darfour, a expliqué l'envoyé spécial
de l'organisation au Darfour. Deux soldats nigérians de la mission
de l'Union africaine au Darfour ont été tués samedi
dernier dans une attaque qui aurait été menée par
l'Armée populaire de libération du Soudan (SPLA).
A l'occasion de cette réunion, l'UE va tenter de trouver des solutions
pour mettre un terme à la violence au Darfour, a déclaré Baba
Gana Kinhibe à l'AP.
"
La communauté internationale devrait s'alarmer après ces événements
parce que la situation échappe à tout contrôle",
a-t-il prévenu. AP
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Octobre 2005
Konaré accuse les rebelles d'avoir tué des soldats
de l'AMIS
Jeune Afrique, 10 octobre 2005
Le président de la Commission de l'Union africaine (UA), Alpha
Oumar Konaré, a accusé l'Armée de libération
du Soudan (SLA) de commettre des atrocités contre le personnel
de la Mission africaine au Soudan (AMIS), tout en faisant part de son
intention de saisir le Conseil de sécurité des Nations
unies de la question.
Il a également indiqué que la SLA, l'un des groupes rebelles
basés dans le Darfour, une région de l'ouest du Soudan
ravagée par la guerre, est responsable de l'assassinat, la semaine
dernière, de trois membres du contingent nigérian déployé dans
le cadre de l'AMIS.
De même, deux chauffeurs civils recrutés par le PAE, l'un
des fournisseurs de l'AMIS, avaient été tués au
cours de la même embuscade intervenue dans le Secteur 2, à Nyala.
En outre, M. Konaré a exigé la libération immédiate
des 18 membres de l'AMIS enlevés dans le Secteur 5, celui de Tine,
par des éléments contrôlés par un certain
Mohammed Saleh.
M. Konaré a souligné que la Commission de l'UA était
déterminée à saisir le Conseil de paix et de sécurité et
le Conseil de sécurité des Nations unies de ces incidents
ainsi que de la détérioration de la situation sécuritaire
dans le Darfour, pour la prise des mesures appropriées.
Le communiqué rendu public par la Commission de l'UA affirme que
le président condamne sans réserve ces assassinats et tient
la SLA responsable de ces actes vicieux et atroces.
M. Konaré a réitéré son appel au gouvernement
du Soudan pour convaincre ce dernier à coopérer pleinement
avec l'AMIS, en particulier en ce qui concerne le déploiement
des équipements nécessaires au renforcement de l'efficacité de
la Mission.
Il a appelé les autorités de Khartoum à diligenter
leur action pour ce qui est de la délivrance des autorisations
diplomatiques pour le déploiement de l'ensemble des 105 véhicules
blindés de transport de troupes, indispensables pour assurer la
sécurité du personnel de l'AMIS et des populations civiles
du Darfour.
M. Konaré a exhorté toutes les parties à respecter
pleinement les engagements qu'elles ont souscrits en vertu de l'Accord
de cessez-le-feu de N'Djamena et des accords suivants et à s'abstenir
de tout acte susceptible de remettre en cause les efforts de paix dans
le Darfour.
Compte tenu des attaques récurrentes contre le personnel de l'AMIS,
le président a décidé de dépêcher une
mission de haut niveau dans le Darfour afin d'apporter un appui aux dirigeants
de l'AMIS et à l'ensemble de son personnel, indique encore le
communiqué.
Cependant, le président de la Commission de l'UA a fait part de
sa profonde tristesse et présenté ses condoléances
aux familles endeuillées, aux gouvernements respectifs ainsi qu'au
PAE, pour ces pertes.
Il a également réaffirmé, tout en leur renouvelant
sa confiance, son soutien entier à la direction de l'AMIS ainsi
qu'à tout son personnel, pour leurs efforts inlassables et leur
dévouement à la cause de la paix dans le Darfour.
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Octobre 2005
L`UA prête à prouver l`attaque de l`armée
soudanaise au Darfour
Angola-presse-7 octobre 2005
Khartoum - La Mission de l`Union africaine au Soudan (AMIS) se dit prête à publier
les preuves photographiques de l`implication des forces de sécurité soudanaises
dans les attaques survenues la semaine dernière dans la région
du Darfour.
Le gouvernement de Khartoum a nié les accusations de l`UA selon
lesquelles, il a coordonné les raids de la milice arabe Djandjawid,
qui ont tué près de 40 villageois en violation du cessez-le-feu
signé entre le gouvernement et les rebelles du Darfour.
L`UA dispose de 5 600 soldats chargés de contrôler un cessez-le
feu précaire au Darfour.
Baba Gana Kingibe, chef de la Mission de l`UA au Soudan, qui avait porté ces
accusations ce week-end, a été cité jeudi par les
médias de Khartoum réaffirmant que toutes les parties au
conflit violaient le cessez-le-feu.
"Nous avons rendu compte de ce que nous avons vu. L`information
que nous avons reçu des gens sur le terrain indique que des hélicoptères
de combat (du gouvernement soudanais) ont été observé à deux
endroits différents du Darfour" a dit M. Kingibe. "Nous
avons des images et des photos. Nous ne faisons pas une accusation de
cette nature, aussi graves, sans détenir de preuves. S`il le faut
nous sommes prêts à les montrer" a-t-il ajouté.
Par ailleurs, le Tchad a ordonné la fermeture de son Consulat
général dans la ville frontalière de Geneina au
Darfour, suite à des informations faisant état d`attaques,
la semaine dernière, contre des civils dans un village tchadien,
attribués aux Djandjawids.
Le gouvernement de Khartoum et les deux groupes rebelles qui s`affrontent
au Darfour depuis février 2003, négocient, sous l`égide
de l`UA, à Abuja, la capitale du Nigeria.
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Octobre 2005
Le médiateur de l'UA dénonce le regain de violence
au Darfour
Jeune Afrique, l’Intelligent, - 5 octobre 2005
Le médiateur principal de l'Union africaine (UA) pour les négociations
sur le Darfour, Salim Ahmed Salim, a déclaré que le regain
de violence dans cette région n'était pas de bon augure
pour les négociations de paix se déroulant dans la capitale
fédérale nigériane, Abuja.
"
Je trouve indéfendable et inacceptable qu'à un moment où nous
avons un cadre pour une solution politique au conflit au Darfour qu'il
y ait des éléments sans scrupules qui tiennent absolument à semer
la désolation et à traumatiser davantage le peuple du Darfour
qui souffre déjà", a déclaré M. Salim.
Le sixième round des négociations sur le Darfour, qui s'est
ouvert à Abuja il y a plus de deux semaines, réuni le gouvernement
soudanais, le Mouvement/Armée de libération du Soudan (SLM/A)
et le Mouvement pour la justice et l'égalité (MJE).
Les parties ont consacré les deux dernières semaines à des
ateliers centrés sur les questions essentielles en souffrance,
le partage du pouvoir, le partage des richesses et la sécurité.
M. Salim a déclaré ne pas pouvoir comprendre le massacre
de civils innocents et la destruction des maisons et du tissu social
de la région du Darfour alors que les principaux protagonistes
se trouvent à Abuja.
Il a appelé tous ceux qui sont impliqués dans ces actes à y
mettre fin immédiatement, se demandant pourquoi des vies innocentes
devaient être perdues alors qu'il y avait un cadre à Abuja
pour un règlement négocié du conflit.
"
Nous croyons et nous espérons qu'Abuja et le mois sacré du
Ramadan seront utilisés pour l'instauration de la confiance pour
le début d'une ère de paix au Darfour", a dit le médiateur
de l'UA.
"
Nous souhaitons une détermination claire à faire de l'actuel
round des négociations une étape décisive. A partir
d'aujourd'hui, nous voulons un nouveau tournant décisif",
a déclaré le porte-parole du gouvernement soudanais, Majzoub
el Khalifa.
Le principal négociateur du SLM/A, Abulrahman Musa, a exprimé l'espoir
que les membres de la communauté internationale répondent
aux attentes et tentent de mettre fin aux souffrances des populations
alors que son homologue du MJE, Ahmed Tugod, a invité toutes les
parties à entamer les négociations dans la bonne foi.
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Octobre 2005
La diplomatie à l'épreuve du regain de violences
au Darfour
Le Monde, 3 octobre 2005
La violence qui sévit au Darfour est en train de gagner le Tchad,
pays voisin de la vaste province de l'ouest soudanais. Le 26 septembre,
une attaque contre le village tchadien de Madayoun a fait 75 victimes,
pour l'essentiel des civils, selon le dernier bilan publié vendredi
30 septembre. Les témoignages recueillis sur place et les déclarations
du président tchadien, Idriss Déby, laissent peu de doute
sur l'identité des agresseurs. Ce sont des janjawids, des miliciens
soudanais à la solde de l'armée soudanaise. Jusqu'à présent,
les autorités de Khartoum sont restées silencieuses face
aux accusations de N'Djamena.
En revanche, les réactions sont nombreuses dans la communauté internationale,
d'autant qu'une autre attaque, qualifiée de "sans précédent" par
le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés
(HCR), a eu lieu, mercredi 28 septembre, contre un camp du nord-ouest
du Darfour. Trente-quatre personnes auraient été tuées.
Qu'elle vienne du secrétaire général des Nations
unies, Kofi Annan, de l'Union africaine (UA) ou de l'Union européenne
(UE), la condamnation des violences est assortie d'une recommandation
: faire en sorte, malgré tout, que se poursuivent les pourparlers
de paix, qui ont repris à la mi-septembre à Abuja, au Nigeria,
entre les mouvements rebelles du Darfour et les autorités soudanaises
Les organisations internationales ont également évité jusqu'ici
de mettre en cause nommément les janjawids. "Une enquête
est en cours", a déclaré un porte-parole de l'UA.
Les janjawids renvoient à l'histoire mouvementée du Darfour,
une province dépourvue de richesses et laissé en déshérence
par Khartoum, où cohabitent des éleveurs et des nomades
(6 millions de personnes au total). Tous sont musulmans, mais certaines
tribus sont "arabes" et d'autres, qui se prolongent au Tchad, "africaines".
Celles-ci réunissent plutôt des cultivateurs ; celles-là des
nomades.
Depuis les grandes famines des années 1980, synonyme de raréfaction
des ressources, les affrontements entre "Arabes" et "Africains" sont
récurrents. Des guerres locales ont même eu lieu, mais dans
l'indifférence de la communauté internationale.
Autonomie réelle
La situation a changé en 2001 lorsque, à la suite d'incidents
impunis, les tribus "africaines" ont été convaincues
que les tribus "arabes" et les milices janjawids qui en sont
issues pratiquaient une politique de "nettoyage ethnique" avec
l'appui des forces armées de Khartoum. D'où, à partir
de 2003, la création de deux mouvements de résistance,
le Front de libération du Darfour dirigé par un avocat,
Mohamed Nour, et le Mouvement pour la justice et l'égalité (MJE)
du docteur Ibrahim Khalil. Et une escalade de la violence qui aurait
fait, selon des sources très contradictoires, entre 30 000 et
400 000 morts. L'ONU parle de 180 000 victimes, non compris les deux
millions de réfugiés entassés dans des camps pris
en charge par les agences de l'ONU.
Les deux mouvements ne réclament pas l'indépendance du
Darfour, mais la fin de la marginalisation économique de la région,
séparée entre trois provinces, et une autonomie réelle.
C'est l'objet principal des négociations qui se déroulent
depuis des mois sous l'égide de l'Union africaine, mais sans avoir
jusqu'ici véritablement progressé.
L'implication de la communauté internationale plusieurs milliers
de soldats de l'ONU et de l'UA sont sur place et des Américains
dans un conflit qui menace de déstabiliser aujourd'hui le Tchad
est la meilleure chance de parvenir à une paix véritable.
Un autre facteur encourageant est la nouvelle donne politique qui prévaut à Khartoum.
La fin de la guerre civile dans le sud du Soudan après vingt et
un ans de conflit a débouché fin septembre sur la création
d'un gouvernement d'union nationale qui ne peut être indifférent à la
dégradation de la situation au Darfour.
Soucieux de ne plus être considéré comme un paria
par la communauté internationale, Khartoum a d'autant plus intérêt à négocier
une solution au Darfour que, sur les marches orientales du Soudan, un
autre foyer de dissidence existe soutenu cette fois par l'Erythrée,
le pays frontalier.
La principale menace que font peser les rebelles est d'interrompre les
exportations de pétrole de Port-Soudan, la principale source de
devises du pays. Une seconde raffinerie doit être construite et
permettre, d'ici à trois ans, un doublement des exportations de
pétrole brut (300 000 barils/jour aujourd'hui). Il est donc vital
pour Khartoum de ne pas perdre le contrôle de la zone. Selon certaines
sources, le régime soudanais a déployé dans cette
région trois fois plus de troupes qu'au Darfour.
Jean-Pierre Tuquoi
"
Il faut impérativement résoudre le conflit -au Darfour-
dans un délai raisonnable, sinon il faut craindre que cette guerre
ne devienne comme celle des Grands Lacs. Elle pourrait déborder
et mettre à mal la stabilité de toute la sous-région" ,
estime le président tchadien, Idriss Déby, dans l'édition
de samedi 1er octobre du Figaro .
"Ce conflit a déjà eu des répercussions pour
nous, comme pour tous les pays voisins. Nous avons été les
premiers, avant que la communauté internationale et l'Union africaine
se réveillent, à nous inquiéter de cette guerre.
Nous l'avons longtemps gérée seuls, avec l'aide de la France.
C'est un sujet très sensible pour nous. En plus des morts, [nous]
devons supporter 250 000 réfugiés", ajoute le chef
de l'Etat tchadien, qui séjourne actuellement en France.
|
Octobre 2005
Visite très encadrée chez des gouverneurs soudanais
sûrs de leur bon droit
Le Monde , 2 octobre 2005
Al Fasher, Nyala (ouest du Soudan), de notre envoyé spécial,
Jean-Pierre Tuquoi)
« La communauté internationale exagère l'importance
des rebelles [au Darfour] et leur prête plus d'influence qu'ils
n'en ont. Ils sont moins de 10 000. La paix s'impose peu à peu
et les personnes déplacées regagnent leurs villages. Les
autorités respectent les droits de l'homme. Tout le monde est égal
devant la loi. Il n'y a ni purification ethnique ni génocide au
Darfour." Osman Mohammed Kibir n'est pas du genre à afficher
des états d'âme. Gouverneur de l'immense province du Darfour
nord, ce général a été envoyé à Al-Fasher,
il y a près de deux ans, pour reprendre la situation en main après
une audacieuse opération qui avait permis, en avril 2003, aux
rebelles de l'Armée de libération du Soudan (ALS) de prendre
brièvement le contrôle de la capitale de la région.
Depuis, l'ordre règne à Al-Fasher et le gouverneur, en
recevant, fin septembre, une poignée de journalistes étrangers,
fait montre d'une assurance qu'aucune question ne peut entamer. Enfoncé dans
un large fauteuil, des bouquets de fleurs artificielles posés
devant lui, le général répond tranquillement aux
représentants du "premier pouvoir dans le monde" .
La sécurité dans la province ? "Malgré des
vols de bétail et de voitures, et la présence de quelques "coupeurs
de route"", elle est globalement assurée depuis la signature
d'un cessez-le-feu [en avril 2004]. Mais les dissensions entre les deux
mouvements rebelles nous créent quelques problèmes." Le
sort des quelque 2 millions de déplacés sur une population évaluée à 6
millions comptabilisés par les organisations non gouvernementales
au Darfour ? "Ils ont commencé à retourner chez eux."
Les liens entre les militaires soudanais et les "janjawids",
ces miliciens coupables d'exactions contre les populations civiles ? "Les
janjawids sont des brigands qui écument la région depuis
toujours. L'armée n'a jamais été à leurs
côtés ; elle les combat."
Le général gouverneur a sa grille de lecture des événements
du Darfour. Là où la communauté internationale dénonce
une politique programmée d'élimination de tribus "africaines" du
sud et du centre du Darfour par des tribus "arabes" soutenues
par le régime, le représentant de Khartoum voit une querelle
banale entre nomades et sédentaires, qui a éclaté en
2000 avant de dégénérer. La création de l'ALS
n'aurait été, selon le gouverneur, qu'un instrument pour
attirer l'attention des médias étrangers, politiser le
conflit et en faire porter la responsabilité au régime.
Et pour les journalistes qui n'auraient pas bien compris la leçon,
le gouverneur a prévu un dossier de presse exhaustif. Il y est
longuement question des "efforts du gouvernement pour une solution
pacifique" , mais guère des exactions commises par les troupes
gouvernementales et leurs alliés.
Vaines promesses
Dans ce Soudan où le pouvoir en place depuis seize ans restreint
les déplacements des médias, M. Kibir avait promis aux
journalistes qu'ils pourraient travailler librement à Al-Fasher,
que les portes de l'un des trois camps de déplacés leur
seraient ouvertes, bref, qu'ils pourraient "toucher de près
la réalité". De fait, le programme officiel parlait
d'une "visite" à Al-Fasher.
Ce n'étaient que vaines promesses. La visite du campement de toiles
et de ses 50 000 déplacés s'est résumée en
fait à une traversée rapide des lieux sous bonne escorte.
Et les "discussions" à un entretien dépourvu
d'intérêt avec le directeur des lieux.
Quant à rencontrer des représentants d'ONG, cela s'est
vite révélé impossible : la "visite" du
camp avait été opportunément reprogrammée
un vendredi, jour de repos hebdomadaire au Soudan.
Aurait-on davantage de chances à quelques centaines de kilomètres
de là, à Niyala, la capitale de la province du Darfour
sud ? Pas davantage. Niyala est pourtant la "vitrine" de la
crise humanitaire qui sévit au Darfour. Près de 250 000
personnes, dont une majorité de femmes et d'enfants, s'y entassent
dans des camps de réfugiés, selon les autorités.
De Kofi Annan, le secrétaire général des Nations
unies, à Colin Powell, l'ancien secrétaire d'Etat américain,
aucune personnalité étrangère en visite au Darfour
ne peut faire l'économie d'une visite de quelques heures à Nyala.
Les Nations unies y ont déployé toutes leurs agences, douze
au total.
Les ONG ne sont pas en reste. Quarante d'entre elles ont pignon sur
rue dans la zone (sans compter une dizaine d'ONG soudanaises). Une concentration
jamais vue de mémoire de travailleur humanitaire. "Avec une
personne déplacée pour trois habitants le Darfour est une
crise humanitaire sans équivalent" , commente, plus tard, à Khartoum,
la chef de mission d'une ONG.
Ce n'est pas la vision du gouverneur de la province du Darfour sud.
Sur le même mode que son homologue d'Al-Fasher, Ata Al-Manan préfère
mettre l'accent sur "l'amorce de retour des réfugiés" que
contestent les organisations humanitaires sur place et sur "l'amélioration
de la situation sur le terrain militaire du fait de la réconciliation
entre tribus" .
Le gouverneur Al-Manan est conscient que des crimes ont été commis
au Darfour. Il a entendu parler "par la presse" de l'existence
d'une liste de 51 personnes, dont une majorité de responsables
du régime, susceptibles d'être poursuivies devant la Cour
pénale internationale (CPI). Mais il dit tout ignorer des noms
qui y figurent. Lui-même ne sait pas s'il est l'un des 51 suspects...
ce qui, vérification faite, n'est pas le cas.
"Si j'en fais partie, j'irai me présenter devant la justice
soudanaise. Elle est capable de traiter ces questions. Pas besoin d'aller
devant une cour étrangère", conclut le gouverneur.
La "visite" au Darfour était terminée avant même
d'avoir commencé.
|
Octobre 2005
TCHAD Un raid sans doute mené par des miliciens soudanais
a fait 75 morts
Les violences du Darfour débordent des frontières
Le Figaro, 1er octobre 2005 (le-figaro-2005-10-01)
Le conflit dans le territoire soudanais du Darfour menace chaque jour
un peu plus le voisin tchadien. Lundi, un raid mené contre Madayoun,
un village planté à quelques kilomètres de la frontière,
a fait soixante-quinze morts, dont 55 parmi les éleveurs locaux.
Les affrontements, qui ont ensuite opposé l'armée tchadienne
et des cavaliers armés, en tenue militaire, ont fait 17 morts
dans les rangs des assaillants et trois parmi les soldats. Selon les
autorités tchadiennes, les responsables de ce raid, l'un des plus
sanglants depuis le début des affrontements, seraient les Djandjawids,
des miliciens soudanais arabes, qui combattent aux côtés
du gouvernement. Mercredi soir, les djandjawids auraient tenté une
autre incursion près du même village, tirant quelques rafales
d'armes automatiques avant d'être mis en retraite par l'armée
tchadienne.
Mais les observateurs, qui préfèrent «rester prudents»,
estiment que les auteurs de ces tueries pourraient aussi être de
simples pillards. «Toutes les hypothèses sont ouvertes»,
explique l'un d'eux. Reste que l'an dernier des attaques similaires avaient
dangereusement fait monter la tension entre N'Djamena et Khartoum. En
août 2004, pour mettre y un terme, la France, qui dispose d'une
base d'un millier d'hommes au Tchad, avait déployé quelque
200 soldats le long de la frontière. Jusqu'à lundi dernier,
l'opération avait permis de rétablir un calme relatif.
Pour Paris, ce retour des violences dans l'Est tchadien au moment même
où l'on évoque le départ des troupes françaises
du pays tombe mal. Dans un entretien au Figaro, le président tchadien
Idriss Déby évoque ce retrait et son inquiétude
de voir le conflit au Darfour déstabiliser l'ensemble de la région
************
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Octobre 2005
Le président tchadien commente le retrait évoqué par
Paris de la force Epervier
Idriss Déby : «Nous avons toujours besoin des soldats français»
Propos recueillis par Tanguy Berthemet
Le Figaro. – La France a laissé entendre qu'elle pourrait
réorganiser ses bases militaires en Afrique et redéployer
ailleurs les 1 000 hommes stationnés au Tchad. Est-ce une décision
que vous avez sollicitée ?
Idriss Déby. – Je ne suis pas au courant de ce retrait.
Je n'ai pas été informé. Mais, en tout état
de cause, si la France choisit de retirer ses troupes du Tchad, nous
ne pouvons pas nous opposer à la décision d'un Etat souverain.
Mais il ne faut pas oublier non plus qu'Epervier n'est pas venu au Tchad
par un hasard de l'histoire. Ce dispositif est arrivé à la
demande du Tchad pour défendre les frontières héritées
de la colonisation. Je n'ai jamais remis en cause cette présence.
C'est vrai que certains Etats africains l'ont fait. Pas le Tchad. Je
ne vois pas la force militaire française comme une force d'occupation.
Le Figaro - Si ce départ était confirmé, vous y
verriez un facteur de risque pour votre pays ?
I. D. - Je n'ai pas à donner d'avis sur une situation qui n'est
pas d'actualité. Mais le gouvernement tchadien n'a pas jusqu'à aujourd'hui
changé d'avis par rapport à sa première démarche.
Si nous n'avons pas demandé le départ des soldats français,
c'est que nous en avons toujours besoin.
Le Figaro - Vous pensez aux risques de débordement du conflit
au Darfour ?
I. D - Bien sûr. La semaine dernière, au moins 36 villageois
ont été tués (NDLR : le bilan a depuis été revu à la
hausse), au Tchad, par des hommes armés que vous appelez les djandjawidsqui
avaient franchi la frontière. On ignore les raisons de ce massacre,
mais nous sommes certains qu'il s'agit d'un acte des djandjawids. Ce
conflit a donc déjà des répercussions pour nous
comme pour tous les pays voisins. Nous avons été les premiers,
avant que la communauté internationale et l'Union africaine ne
se réveillent, à nous inquiéter de cette guerre.
Nous l'avons longtemps gérée seul avec l'aide de la France.
C'est un sujet très sensible pour nous. En plus des morts, les
populations locales tchadiennes doivent supporter 250 000 réfugiés
qui font peser un vrai risque alimentaire et environnemental sur la région.
Le Figaro - Que suggérez-vous pour le Darfour ?
I. D. - Il faut impérativement résoudre ce conflit dans
un délai raisonnable sinon il faut craindre que cette guerre ne
devienne comme celle des Grands Lacs. Elle pourrait déborder et
mettre à mal la stabilité de toute la sous-région.
J'ai bon espoir que nous trouvions un accord.
Le Figaro - C'est d'autant plus urgent que la situation sociale au Tchad,
où l'on constate un appauvrissement, est mauvaise...
I.D. - Vous dites que le Tchad s'appauvrit. Je ne le crois pas. Le problème
est que le pays n'a pas de ressources suffisantes pour son fonctionnement.
Nos finances servent aux salaires et au service de la dette. Avant, des
aides extérieures nous servaient à faire l'appoint. Mais
depuis deux ans, nous ne recevons plus rien car nous produisons du pétrole.
Les populations, qui, en dépit de pétrole, ne voient pas
la pauvreté reculer, ne comprennent pas. Elles ont raison. Mais
on nous impose de n'utiliser cette rente pétrolière que
dans des investissements physiques dans les domaines de la santé,
de l'éducation, du développement rural.
Le Figaro - Un rapport récent dénonce quand même
des détournements de la manne pétrolière vers d'autres
fins.
I. D. - Je ne l'ai pas lu. Le partage de la richesse pétrolière
a été convenu en 1988 par mes prédécesseurs.
Le Tchad n'y gagne que des miettes. Nous souhaitons une renégociation
de la convention qui nous lie aux compagnies pétrolières.
Nous voulons entrer dans la production sans attendre. J'aimerais que
les pays auxquels ces compagnies appartiennent (NDLR : les Etats-Unis
et la Malaisie) le comprennent aussi.
******
|
Octobre 2005
La diplomatie à l'épreuve du regain de violences
au Darfour
| Le Monde, 2 et 3 octobre 2005
La violence qui sévit au Darfour est en train de gagner le Tchad, pays
voisin de la vaste province de l'ouest soudanais. Le 26 septembre, une attaque
contre le village tchadien de Madayoun a fait 75 victimes, pour l'essentiel
des civils, selon le dernier bilan publié vendredi 30 septembre. Les
témoignages recueillis sur place et les déclarations du président
tchadien, Idriss Déby, laissent peu de doute sur l'identité des
agresseurs. Ce sont des janjawids, des miliciens soudanais à la solde
de l'armée soudanaise. Jusqu'à présent, les autorités
de Khartoum sont restées silencieuses face aux accusations de N'Djamena.
En revanche, les réactions sont nombreuses dans la communauté internationale,
d'autant qu'une autre attaque, qualifiée de "sans précédent" par
le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR),
a eu lieu, mercredi 28 septembre, contre un camp du nord-ouest du Darfour.
Trente-quatre personnes auraient été tuées.
Qu'elle vienne du secrétaire général des Nations unies,
Kofi Annan, de l'Union africaine (UA) ou de l'Union européenne (UE),
la condamnation des violences est assortie d'une recommandation : faire en
sorte, malgré tout, que se poursuivent les pourparlers de paix, qui
ont repris à la mi-septembre à Abuja, au Nigeria, entre les mouvements
rebelles du Darfour et les autorités soudanaises
Les organisations internationales ont également évité jusqu'ici
de mettre en cause nommément les janjawids. "Une enquête
est en cours", a déclaré un porte-parole de l'UA.
Les janjawids renvoient à l'histoire mouvementée du Darfour,
une province dépourvue de richesses et laissé en déshérence
par Khartoum, où cohabitent des éleveurs et des nomades (6 millions
de personnes au total). Tous sont musulmans, mais certaines tribus sont "arabes" et
d'autres, qui se prolongent au Tchad, "africaines". Celles-ci réunissent
plutôt des cultivateurs ; celles-là des nomades.
Depuis les grandes famines des années 1980, synonyme de raréfaction
des ressources, les affrontements entre "Arabes" et "Africains" sont
récurrents. Des guerres locales ont même eu lieu, mais dans l'indifférence
de la communauté internationale.
Autonomie réelle
La situation a changé en 2001 lorsque, à la suite d'incidents
impunis, les tribus "africaines" ont été convaincues
que les tribus "arabes" et les milices janjawids qui en sont issues
pratiquaient une politique de "nettoyage ethnique" avec l'appui des
forces armées de Khartoum. D'où, à partir de 2003, la
création de deux mouvements de résistance, le Front de libération
du Darfour dirigé par un avocat, Mohamed Nour, et le Mouvement pour
la justice et l'égalité (MJE) du docteur Ibrahim Khalil. Et une
escalade de la violence qui aurait fait, selon des sources très contradictoires,
entre 30 000 et 400 000 morts. L'ONU parle de 180 000 victimes, non compris
les deux millions de réfugiés entassés dans des camps
pris en charge par les agences de l'ONU.
Les deux mouvements ne réclament pas l'indépendance du Darfour,
mais la fin de la marginalisation économique de la région, séparée
entre trois provinces, et une autonomie réelle. C'est l'objet principal
des négociations qui se déroulent depuis des mois sous l'égide
de l'Union africaine, mais sans avoir jusqu'ici véritablement progressé.
L'implication de la communauté internationale plusieurs milliers de
soldats de l'ONU et de l'UA sont sur place et des Américains dans un
conflit qui menace de déstabiliser aujourd'hui le Tchad est la meilleure
chance de parvenir à une paix véritable.
Un autre facteur encourageant est la nouvelle donne politique qui prévaut à Khartoum.
La fin de la guerre civile dans le sud du Soudan après vingt et un ans
de conflit a débouché fin septembre sur la création d'un
gouvernement d'union nationale qui ne peut être indifférent à la
dégradation de la situation au Darfour.
Soucieux de ne plus être considéré comme un paria par
la communauté internationale, Khartoum a d'autant plus intérêt à négocier
une solution au Darfour que, sur les marches orientales du Soudan, un autre
foyer de dissidence existe soutenu cette fois par l'Erythrée, le pays
frontalier.
La principale menace que font peser les rebelles est d'interrompre les exportations
de pétrole de Port-Soudan, la principale source de devises du pays.
Une seconde raffinerie doit être construite et permettre, d'ici à trois
ans, un doublement des exportations de pétrole brut (300 000 barils/jour
aujourd'hui). Il est donc vital pour Khartoum de ne pas perdre le contrôle
de la zone. Selon certaines sources, le régime soudanais a déployé dans
cette région trois fois plus de troupes qu'au Darfour.
Jean-Pierre Tuquoi
"
Il faut impérativement résoudre le conflit -au Darfour- dans
un délai raisonnable, sinon il faut craindre que cette guerre ne devienne
comme celle des Grands Lacs. Elle pourrait déborder et mettre à mal
la stabilité de toute la sous-région" , estime le président
tchadien, Idriss Déby, dans l'édition de samedi 1er octobre du
Figaro .
"Ce conflit a déjà eu des répercussions pour nous,
comme pour tous les pays voisins. Nous avons été les premiers,
avant que la communauté internationale et l'Union africaine se réveillent, à nous
inquiéter de cette guerre. Nous l'avons longtemps gérée
seuls, avec l'aide de la France. C'est un sujet très sensible pour nous.
En plus des morts, [nous] devons supporter 250 000 réfugiés",
ajoute le chef de l'Etat tchadien, qui séjourne actuellement en France.
|
"Le Tchad ne peut pas espérer sortir indemne de
la crise"
| Roland Marchal, chargé de recherche
au CNRS et rédacteur en chef de la revue "Politique africaine"
Le Monde , 2 octobre 2005
Comment analysez-vous l'attaque menée au Tchad, le 26 septembre,
par des miliciens "janjawids ?
Ces janjawids [miliciens arabes] portaient des uniformes de l'armée
soudanaise au moment de l'attaque. Or le gouvernement s'est engagé,
depuis l'été 2004, à les démobiliser. Pourquoi
ne pas l'avoir fait ? Et, puisqu'ils portaient des uniformes, qui les
commande ? Les chefs de l'armée soudanaise ? Quant à savoir
pourquoi certains ont décidé d'exporter les violences au
Tchad, il faut peut-être y voir une réponse à l'amélioration
des relations entre Idriss Déby[le président tchadien]
et l'un des deux mouvements rebelles du Darfour, le Mouvement pour la
justice et l'égalité (MJE). Peut-être a-t-on voulu
punir Idriss Déby ? Quoi qu'il en soit, il est clair que le Tchad
ne peut pas espérer sortir indemne de la crise au Darfour. Les
troubles vont s'exporter chez lui.
Pourquoi parlez-vous d'amélioration des relations entre M. Déby
et le MJE ?
Au départ, lors des négociations de paix entre les autorités
de Khartoum et les rebelles du Darfour, sous les auspices de l'Union
africaine, la neutralité d'Idriss Déby n'avait cessé d'être
contestée par les deux mouvements rebelles, qui l'accusaient d'être
trop proches de Khartoum. Or aujourd'hui les rebelles n'expriment ce
genre de critique.
Le Tchad est-il menacé de déstabilisation ?
En 2004, il y a eu plusieurs tentatives de coup d'Etat au Tchad, dont
une, au printemps, qui a manqué d'emporter le président.
Mais, si l'on peut craindre une déstabilisation, elle viendra,
me semble-t-il, de l'intérieur du régime. L'ambiance est
délétère à N'Djamena, avec un chef de l'Etat
qui a tout verrouillé en termes de pouvoirs. L'autre inconnue
porte sur le comportement de l'ethnie du président, les Zaghawas,
face au conflit au Darfour. Les Zaghawas sont présents au Tchad
et au Darfour, où ils constituent une bonne part des appareils
militaires des deux groupes armés qui combattent Khartoum.
Le régime de Khartoum ne va-t-il pas être tenté de
jouer la carte anti-Déby ?
En avril 2005, le président tchadien avait accusé Khartoum
d'armer et d'organiser 3 000 de ses opposants au Darfour pour faire pression
sur lui et l'amener à pratiquer une politique encore plus favorable
aux intérêts soudanais. On en est resté là.
Idriss Déby veut sans doute conserver de bonnes relations avec
Khartoum, mais il doit aussi composer avec une partie des Zaghawas qui
soutiennent les mouvements rebelles du Darfour. Or les Zaghawas sont
des pièces maîtresses dans l'appareil militaire et sécuritaire
d'Idriss Déby.
Au Nigeria, Khartoum négocie avec les mouvements rebelles un
plan de paix. Croyez-vous à un possible accord ?
Il faut bien comprendre que la situation se dégrade, y compris
sur le plan diplomatique. Les mouvements rebelles, dont le plus important,
l'Armée de libération du Soudan (ALS), sont aujourd'hui
désorganisés, et donc incapables de mener des négociations
véritables. C'est un frein à une solution négociée.
Par ailleurs, sur le terrain, les services de renseignement militaires
soudanais n'ont pas vraiment changé de politique. Ils continuent à armer, à encadrer
les janjawids. Loin de se stabiliser, l'insécurité grandit
au Darfour. Certes, nous n'assistons plus aux affrontements de 2003 et
de 2004, mais à un banditisme et à une constellation d'incidents
qui empêchent toute normalisation.
Avec quelle issue, en fin de compte ?
Il y a des éléments encourageants : l'installation d'un
gouvernement d'unité nationale à Khartoum, il y a une dizaine
de jours ; l'implication du nouveau vice-président, Salva Kiir
; et la volonté de la communauté internationale de peser
davantage sur les négociations de paix d'Abuja. On devrait avancer.
Dans la partie est du Soudan, un autre foyer de déstabilisation
existe. Pensez-vous qu'il constitue une menace pour le régime
?
Le conflit dans l'est du Soudan est né de revendications anciennes,
comme au Darfour. Il tire aussi ses racines de la volonté de l'Erythrée
de ne pas être marginalisée dans le nouvel ordre régional.
L'Erythrée, aujourd'hui, se voit comme un pays encerclé par
des Etats hostiles. Les Erythréens, en aidant les rebelles de
l'est du Soudan, veulent montrer qu'ils sont indispensables à l'instauration
d'une paix véritable dans ce pays.
Au total, l'impression se dégage d'un pays miné par des
problèmes d'intégration. Le Soudan vous apparaît-il
comme un Etat viable, malgré tout ?
Au-delà des crises, il ne faut pas sous-estimer ce qui lie les
Soudanais entre eux et ce qui les distingue des autres pays de la région.
On ne sort pas d'une guerre civile aussi longue vingt et un ans pour
le sud du Soudan en un jour. Un sentiment national soudanais qui dépasse
les clivages ethniques demeure possible. La paix, fragile, est là.
Le processus politique aussi. Je suis optimiste pour la suite.
Propos recueillis par J.-P. T.
|
Visite très encadrée chez des gouverneurs soudanais
sûrs de leur bon droit
Le Monde , 2 octobre 2005
Al Fasher, Nyala (ouest du Soudan), de notre envoyé spécial,
Jean-Pierre Tuquoi)
« La communauté internationale exagère l'importance
des rebelles [au Darfour] et leur prête plus d'influence qu'ils
n'en ont. Ils sont moins de 10 000. La paix s'impose peu à peu
et les personnes déplacées regagnent leurs villages. Les
autorités respectent les droits de l'homme. Tout le monde est égal
devant la loi. Il n'y a ni purification ethnique ni génocide au
Darfour." Osman Mohammed Kibir n'est pas du genre à afficher
des états d'âme. Gouverneur de l'immense province du Darfour
nord, ce général a été envoyé à Al-Fasher,
il y a près de deux ans, pour reprendre la situation en main après
une audacieuse opération qui avait permis, en avril 2003, aux
rebelles de l'Armée de libération du Soudan (ALS) de prendre
brièvement le contrôle de la capitale de la région.
Depuis, l'ordre règne à Al-Fasher et le gouverneur, en
recevant, fin septembre, une poignée de journalistes étrangers,
fait montre d'une assurance qu'aucune question ne peut entamer. Enfoncé dans
un large fauteuil, des bouquets de fleurs artificielles posés
devant lui, le général répond tranquillement aux
représentants du "premier pouvoir dans le monde" .
La sécurité dans la province ? "Malgré des
vols de bétail et de voitures, et la présence de quelques "coupeurs
de route"", elle est globalement assurée depuis la signature
d'un cessez-le-feu [en avril 2004]. Mais les dissensions entre les deux
mouvements rebelles nous créent quelques problèmes." Le
sort des quelque 2 millions de déplacés sur une population évaluée à 6
millions comptabilisés par les organisations non gouvernementales
au Darfour ? "Ils ont commencé à retourner chez eux."
Les liens entre les militaires soudanais et les "janjawids",
ces miliciens coupables d'exactions contre les populations civiles ? "Les
janjawids sont des brigands qui écument la région depuis
toujours. L'armée n'a jamais été à leurs
côtés ; elle les combat."
Le général gouverneur a sa grille de lecture des événements
du Darfour. Là où la communauté internationale dénonce
une politique programmée d'élimination de tribus "africaines" du
sud et du centre du Darfour par des tribus "arabes" soutenues
par le régime, le représentant de Khartoum voit une querelle
banale entre nomades et sédentaires, qui a éclaté en
2000 avant de dégénérer. La création de l'ALS
n'aurait été, selon le gouverneur, qu'un instrument pour
attirer l'attention des médias étrangers, politiser le
conflit et en faire porter la responsabilité au régime.
Et pour les journalistes qui n'auraient pas bien compris la leçon,
le gouverneur a prévu un dossier de presse exhaustif. Il y est
longuement question des "efforts du gouvernement pour une solution
pacifique" , mais guère des exactions commises par les troupes
gouvernementales et leurs alliés.
Vaines promesses
Dans ce Soudan où le pouvoir en place depuis seize ans restreint
les déplacements des médias, M. Kibir avait promis aux
journalistes qu'ils pourraient travailler librement à Al-Fasher,
que les portes de l'un des trois camps de déplacés leur
seraient ouvertes, bref, qu'ils pourraient "toucher de près
la réalité". De fait, le programme officiel parlait
d'une "visite" à Al-Fasher.
Ce n'étaient que vaines promesses. La visite du campement de toiles
et de ses 50 000 déplacés s'est résumée en
fait à une traversée rapide des lieux sous bonne escorte.
Et les "discussions" à un entretien dépourvu
d'intérêt avec le directeur des lieux.
Quant à rencontrer des représentants d'ONG, cela s'est
vite révélé impossible : la "visite" du
camp avait été opportunément reprogrammée
un vendredi, jour de repos hebdomadaire au Soudan.
Aurait-on davantage de chances à quelques centaines de kilomètres
de là, à Niyala, la capitale de la province du Darfour
sud ? Pas davantage. Niyala est pourtant la "vitrine" de la
crise humanitaire qui sévit au Darfour. Près de 250 000
personnes, dont une majorité de femmes et d'enfants, s'y entassent
dans des camps de réfugiés, selon les autorités.
De Kofi Annan, le secrétaire général des Nations
unies, à Colin Powell, l'ancien secrétaire d'Etat américain,
aucune personnalité étrangère en visite au Darfour
ne peut faire l'économie d'une visite de quelques heures à Nyala.
Les Nations unies y ont déployé toutes leurs agences, douze
au total.
Les ONG ne sont pas en reste. Quarante d'entre elles ont pignon sur
rue dans la zone (sans compter une dizaine d'ONG soudanaises). Une concentration
jamais vue de mémoire de travailleur humanitaire. "Avec une
personne déplacée pour trois habitants le Darfour est une
crise humanitaire sans équivalent" , commente, plus tard, à Khartoum,
la chef de mission d'une ONG.
Ce n'est pas la vision du gouverneur de la province du Darfour sud.
Sur le même mode que son homologue d'Al-Fasher, Ata Al-Manan préfère
mettre l'accent sur "l'amorce de retour des réfugiés" que
contestent les organisations humanitaires sur place et sur "l'amélioration
de la situation sur le terrain militaire du fait de la réconciliation
entre tribus" .
Le gouverneur Al-Manan est conscient que des crimes ont été commis
au Darfour. Il a entendu parler "par la presse" de l'existence
d'une liste de 51 personnes, dont une majorité de responsables
du régime, susceptibles d'être poursuivies devant la Cour
pénale internationale (CPI). Mais il dit tout ignorer des noms
qui y figurent. Lui-même ne sait pas s'il est l'un des 51 suspects...
ce qui, vérification faite, n'est pas le cas.
"Si j'en fais partie, j'irai me présenter devant la justice
soudanaise. Elle est capable de traiter ces questions. Pas besoin d'aller
devant une cour étrangère", conclut le gouverneur.
La "visite" au Darfour était terminée avant même
d'avoir commencé.
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TCHAD: Un raid sans doute mené par des miliciens
soudanais a fait 75 morts
Les violences du Darfour débordent des frontières
Le Figaro, 1er octobre 2005
Le conflit dans le territoire soudanais du Darfour menace chaque jour
un peu plus le voisin tchadien. Lundi, un raid mené contre Madayoun,
un village planté à quelques kilomètres de la frontière,
a fait soixante-quinze morts, dont 55 parmi les éleveurs locaux.
Les affrontements, qui ont ensuite opposé l'armée tchadienne
et des cavaliers armés, en tenue militaire, ont fait 17 morts
dans les rangs des assaillants et trois parmi les soldats. Selon les
autorités tchadiennes, les responsables de ce raid, l'un des plus
sanglants depuis le début des affrontements, seraient les Djandjawids,
des miliciens soudanais arabes, qui combattent aux côtés
du gouvernement. Mercredi soir, les djandjawids auraient tenté une
autre incursion près du même village, tirant quelques rafales
d'armes automatiques avant d'être mis en retraite par l'armée
tchadienne.
Mais les observateurs, qui préfèrent «rester prudents»,
estiment que les auteurs de ces tueries pourraient aussi être de
simples pillards. «Toutes les hypothèses sont ouvertes»,
explique l'un d'eux. Reste que l'an dernier des attaques similaires avaient
dangereusement fait monter la tension entre N'Djamena et Khartoum. En
août 2004, pour mettre y un terme, la France, qui dispose d'une
base d'un millier d'hommes au Tchad, avait déployé quelque
200 soldats le long de la frontière. Jusqu'à lundi dernier,
l'opération avait permis de rétablir un calme relatif.
Pour Paris, ce retour des violences dans l'Est tchadien au moment même
où l'on évoque le départ des troupes françaises
du pays tombe mal. Dans un entretien au Figaro, le président tchadien
Idriss Déby évoque ce retrait et son inquiétude
de voir le conflit au Darfour déstabiliser l'ensemble de la région
************
Le président tchadien commente le retrait évoqué par
Paris de la force Epervier
Idriss Déby : «Nous avons toujours besoin des soldats français»
Propos recueillis par Tanguy Berthemet
Le Figaro. – La France a laissé entendre qu'elle pourrait
réorganiser ses bases militaires en Afrique et redéployer
ailleurs les 1 000 hommes stationnés au Tchad. Est-ce une décision
que vous avez sollicitée ?
Idriss Déby. – Je ne suis pas au courant de ce retrait.
Je n'ai pas été informé. Mais, en tout état
de cause, si la France choisit de retirer ses troupes du Tchad, nous
ne pouvons pas nous opposer à la décision d'un Etat souverain.
Mais il ne faut pas oublier non plus qu'Epervier n'est pas venu au Tchad
par un hasard de l'histoire. Ce dispositif est arrivé à la
demande du Tchad pour défendre les frontières héritées
de la colonisation. Je n'ai jamais remis en cause cette présence.
C'est vrai que certains Etats africains l'ont fait. Pas le Tchad. Je
ne vois pas la force militaire française comme une force d'occupation.
Le Figaro - Si ce départ était confirmé, vous y
verriez un facteur de risque pour votre pays ?
I. D. - Je n'ai pas à donner d'avis sur une situation qui n'est
pas d'actualité. Mais le gouvernement tchadien n'a pas jusqu'à aujourd'hui
changé d'avis par rapport à sa première démarche.
Si nous n'avons pas demandé le départ des soldats français,
c'est que nous en avons toujours besoin.
Le Figaro - Vous pensez aux risques de débordement du conflit
au Darfour ?
I. D - Bien sûr. La semaine dernière, au moins 36 villageois
ont été tués (NDLR : le bilan a depuis été revu à la
hausse), au Tchad, par des hommes armés que vous appelez les djandjawidsqui
avaient franchi la frontière. On ignore les raisons de ce massacre,
mais nous sommes certains qu'il s'agit d'un acte des djandjawids. Ce
conflit a donc déjà des répercussions pour nous
comme pour tous les pays voisins. Nous avons été les premiers,
avant que la communauté internationale et l'Union africaine ne
se réveillent, à nous inquiéter de cette guerre.
Nous l'avons longtemps gérée seul avec l'aide de la France.
C'est un sujet très sensible pour nous. En plus des morts, les
populations locales tchadiennes doivent supporter 250 000 réfugiés
qui font peser un vrai risque alimentaire et environnemental sur la région.
Le Figaro - Que suggérez-vous pour le Darfour ?
I. D. - Il faut impérativement résoudre ce conflit dans
un délai raisonnable sinon il faut craindre que cette guerre ne
devienne comme celle des Grands Lacs. Elle pourrait déborder et
mettre à mal la stabilité de toute la sous-région.
J'ai bon espoir que nous trouvions un accord.
Le Figaro - C'est d'autant plus urgent que la situation sociale au Tchad,
où l'on constate un appauvrissement, est mauvaise...
I.D. - Vous dites que le Tchad s'appauvrit. Je ne le crois pas. Le problème
est que le pays n'a pas de ressources suffisantes pour son fonctionnement.
Nos finances servent aux salaires et au service de la dette. Avant, des
aides extérieures nous servaient à faire l'appoint. Mais
depuis deux ans, nous ne recevons plus rien car nous produisons du pétrole.
Les populations, qui, en dépit de pétrole, ne voient pas
la pauvreté reculer, ne comprennent pas. Elles ont raison. Mais
on nous impose de n'utiliser cette rente pétrolière que
dans des investissements physiques dans les domaines de la santé,
de l'éducation, du développement rural.
Le Figaro - Un rapport récent dénonce quand même
des détournements de la manne pétrolière vers d'autres
fins.
I. D. - Je ne l'ai pas lu. Le partage de la richesse pétrolière
a été convenu en 1988 par mes prédécesseurs.
Le Tchad n'y gagne que des miettes. Nous souhaitons une renégociation
de la convention qui nous lie aux compagnies pétrolières.
Nous voulons entrer dans la production sans attendre. J'aimerais que
les pays auxquels ces compagnies appartiennent (NDLR : les Etats-Unis
et la Malaisie) le comprennent aussi.
******
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Septembre 2005
Attaque arabe sanglante contre des
réfugiés
au Darfour
| L’Express, 29 septembre 2005
Vingt-neuf réfugiés noirs du Darfour ont été tués
et une dizaine d'autres grièvement blessés lors d'une attaque
sans précédent de leur camp par des cavaliers arabes, a annoncé jeudi
le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR
C'est la première fois, selon le HCR, qu'un camp de réfugiés
est attaqué depuis que la rébellion de Noirs de cette province
occidentale du Soudan contre le gouvernement islamique de Khartoum a éclaté il
y a deux ans, entraînant le déplacement de deux millions de civils.
Entre 200 et 250 cavaliers arabes à cheval ou à dos de chameau
ont attaqué mercredi soir le camp d'Aro Charow, à 15 km au nord
de Saleah, dans le nord-ouest du Darfour, qui abrite entre 4.000 et 5.000 réfugiés.
Selon le HCR, ces nomades, que le gouvernement de Khartoum est accusé d'encourager
et d'armer, ont détruit environ 80 abris de fortune, soit un quart de
la capacité d'hébergement du camp.
Les réfugiés ont fui le camp pour les environs, que le HCR considère
comme encore moins sûrs.
Le village voisin de Gosmeina aurait aussi été attaqué et
incendié mais on ignore le bilan de cette attaque, a fait savoir le
HCR en exprimant sa "grave préoccupation" devant la tournure
prise par les événements au Darfour.
Après l'attaque du camp d'Aro Show, le haut commissaire pour les réfugiés,
Antonio Guterres, a rappelé au gouvernement soudanais qu'il était
de sa responsabilité de maintenir la sécurité dans cette
région "pour tous ses citoyens".
"
Tant que l'insécurité persiste, la communauté internationale
ne pourra pas apporter l'aide qui fait si cruellement défaut à des
centaines de milliers de gens", a-t-il déclaré au siège
genevois du HCR.
Mercredi, le responsable des opérations humanitaires de l'Onu au Darfour,
Jan Egeland, avait fait état d'un accroissement des violences dans la
région et n'avait pas exclu que les Nations unies y suspendent leurs
activités
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Septembre 2005
Normalisation islamique dans les villages noubas
Courrier International 28 septembre 2005
Révélée au monde dans les années 1970 par les spectaculaires
photos de Leni Riefenstahl, la culture nouba est désormais en voie de
disparition. (Reportage)
Neüezürcher Zeitung, Zurich (extraits)
Pour la première fois de son histoire, le village nouba de Fungor compte
un bâtiment dont les murs sont en brique et le toit en tôle, Il
s'agit d'une mosquée, qui a été financée par de
riches Arabes du Nord, afin que les Noubas, longtemps considérés
comme d’irréductibles infidèles, puissent devenir de bons;
musulmans.
Avant les début de la guerre civile, en 1983, les habitants des monts
Nouba avaient soulevé l'intérêt des chercheurs, photographes
et touristes occidentaux. C'étaient des Africains "exotiques",
dont la culture particulière se manifestait extérieurement par
un extraordinaire culte du, corps. Ils connurent le sommet de leur célébrité avec
les recueils de photographies de Leni Riefenstahl, l'ancienne cinéaste
du IIIe Reich, dont ils relancèrent ainsi la carrière.
Des dix groupes noubas, ceux de Kao, Niaro et Fungor (qu'on appelle les Noubas
du Sud-Est) étaient les plus remarquables : ils ornaient leur corps
nu de peintures spectaculaires, exécutaient de superbes danses et se
livraient à des joutes sans égales. A la fin cite de la guerre
civile, il ne restait rien de tout cela. La culture nouba a totalement disparu
- avec d'immenses conséquences sociales, économiques et politiques.
Le -village de Fungor est à cet égard représentatif de
la situation des quelque 2 millions de personnes que compte l'ethnie nouba.
Imposition de la loi islamique aux Noubas
Des dix groupes noubas, ceux de Kao, Niaro cet Fungor sont aujourd'hui des
villages musulmans de 6000 habitants. On y vit comme dans le centre du Soudan.
Les hommes qui jadis allaient nus -- les peintures corporelles et la coiffure
indiquaient leur classe d'âge -, portent aujourd'hui la tunique soudanaise.
Et les; femmes, qui affichaient autrefois leur degré de maturité par
des cicatrices rituelles et leur appartenance clanique par des peintures
ocre, s'enveloppent aujourd'hui chastement de voiles de couleur. Les Noubas étaient
célèbres chez les ethnologues pour la structure particulière
de leur société. Leurs liens de parenté étaient
en effet bilinéaires (chaque personne appartenait à la fois à un
clan paternel et à un clan maternel), ce qui avait des effets sur
le choix d'un conjoint, les relations sexuelles, la propriété et
l’organisation du travail. Les affaires communes étaient gérées
par un conseil des anciens. On parlait aussi, à leur sujet, d'une
société sans classes.
Chose intéressante, l'islam pratiqué par les Noubas du Sud-Est,
convertis de fraîche date, semble plus strict que celui des autres habitants
de la région, qui appartiennent souvent depuis longtemps à cette
confession. Les danses et les joutes qu’on voit parfois chez ces derniers,
même si les participants sont vêtus, sont plus dans l’esprit
d’un islam à l’africaine, coloré, que les injonctions
des imams de Fungor interdisant aux femmes de danser et de chanter.-
Le mode de vie particulier des Noubas du Sud-Est était déjà menacé bien
avant la guerre civile, que ce soit par l’intensification des relations
avec leurs voisins ou par les contacts avec les fonctionnaires du gouvernement,
les marchands et les touristes. Il irritait nombre de musulmans. Une école
coranique s’était même ouverte à Niaro au milieu
des années 1970, dans le but affiché de le changer de fond en
comble – sans succès marquant, à l’époque.
La guerre civile a fait son arrivée dans les monts Nouba en 1985, lorsque
les rebelles de l’Armée populaire de libération du Soudan
(SPLA) s’y sont installés, offrant au gouvernement l’occasion
de détruire le mode de vie traditionnelle des Noubas. Les villages construits à flanc
de colline furent anéantis et les habitants tués, chassés
ou regroupés dans des villages sévèrement contrôlés.
La majorité des groupes noubas s’était déjà convertis
depuis longtemps mais ils découvrirent que le fait d’être
musulman ne leur offrait aucune protection. La guerre civile s’est déroulée
de façon différente à Kao, Niaro et Fungor : les trois
villages furent d’abord attaqués par les rebelles et recherchèrent
la protection du gouvernement. Ce sont pratiquement les seuls villages noubas
dont les habitants n’ont pas été déplacés.
Les armes se sont tues dans les monts Nouba depuis les accords de cessez-le-feu
signés il y a trois ans au Bürgenstock, en Suisse. Un traité de
paix plus général a été conclu début 2005
entre la SPLA et le régime de Khartoum : il prévoit l’application
de la charia et refuse au Noubas le droit- qu’ils avaient réclamé -
de se prononcer par referendum sur la nature de leurs liens avec le gouvernement
central de Khartoum. Par la même occasion, il a été décidé que
l’Etat du Kordofan méridional (dont font partie les territoires
noubas) serait dirigé pendant les trois prochaines années par
un gouvernement de la SPLA, étant entendu qu’il serait ensuite
remplacé par un représentant du régime islamiste.
Le système d’autorité a été bouleversé
Avec l’arrivée à Kadugli, la capitale de l’Etat,
d’un gouverneur nommé par la SPLA, les Noubas du Sud-Est risquent
d’être confrontés à une autorité qui ne sera
pas nécessairement bienveillante à leur égard. Ils ont
donc désormais tout intérêt à prendre contact avec
les anciens rebelles. Une délégation d’une trentaine de
villageois de Kao, Niaro et Fungor se sont rendus auprès d’Abdel
Aziz Al-Hilu , le commandant de la SPLA (pour les Monts Noubas), à son
quartier général de Lwere, pour lui demander, entre autres, l’envoi
de troupes de la SPLA dans leurs villages. Les accords de paix interdisent
toutefois aux anciens rebelles de déployer des soldats sur de nouvelles
positions.
La demande des Noubas s’explique par le fait que des affrontements armés
se sont produits à la fin de l’année dernière avec
des nomades arabes – pour la première fois depuis des générations.
Jusqu’à présent, les nomades hawazmas et les Noubas coexistaient
en paix pour leur profit à tous. Les Noubas échangeaient les
produits de leurs récoltes contre le beurre et les bêtes des nomades.
Ce sont les évènements du Darfour qui ont indirectement provoqués
le conflit. La guerre qui fait rage dans cette province y a rendu impossible
la récolte de la gomme arabique et fait grimper les prix en flèche
dans le reste du Soudan ; un sac de 50 kilos rapporte dans les 100 dollars
dans les monts Noubas - c’est la première fois que les Noubas
reçoivent un prix correct pour leurs produits. Mais les nomades sont
eux aussi impliqués dans cette activité. Un groupe de jeunes
Arabes a un jour récolté en douce de la gomme arabique appartenant
aux Noubas. Ces derniers se sont défendus et les Hawazmas ont abattu
huit jeunes gens de Fungor.
Un détachement de soldats et de policiers s’est certes installé dans
l’école de Fungor, qui a dû interrompre ses cours. Pour
les gens du village, les troupes sont là afin de les empêcher
de « rendre une petite visite » aux nomades, entendez par là :
de se venger. Ce déploiement de troupes a beau constituer une violation
des accords d’armistice, il permet au moins au différend avec
les Hawazmas de ne pas dégénérer en massacre.
Si cette confrontation prend les Noubas de court, c’est entre autres
parce que le système d’autorité traditionnel a été complètement
bouleversé : les anciens n’ont plus leur mot à dire, et
ce sont désormais les chefs dépendant du régime arabe
qui prennent les décisions. Fungor est en outre affecté par un
conflit de générations : avec la disparition de leur religion
et de leurs traditions, les anciens, qui, réunis en conseil, décidaient
jadis de tout, ont perdu leur rôle de source de sagesse, d’expérience
et de respect. Ce sont les jeunes sortis de l’école qui mènent
désormais la barque. Certains mouvements du sud du Soudan s’efforcent
d »obtenir la création d’une House of Nationalities (Chambre
des minorités) qui donnerait aux chefs de tribu un rôle à jouer
dans le système politique. Ils pourraient ainsi faire entendre leurs
voix contre le gouvernement central et la SPLA. Et tenter de résoudre
des problèmes de voisinage qui étaient jadis réglés
par les chefs des groupes concernés. Mais ce mécanisme ne marcherait
pas pour les Noubas du Sud-Est : ils n’ont jamais eu de chef de tribu
et ont toujours considéré avec suspicion les ambitions personnelles.
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Septembre 2005
Avec les rebelles du Darfour
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Soudan. L’Armée de libération du Soudan (ALS) poursuite
sa lutte contre le régime de Khartoum et ses milices. Désertée
par la population civile, la province du Darfour n’est plus qu’une
terre de désolation. Un enjeu mineur pour lequel la communauté internationale
a bien du mal à se mobiliser.
Jeune Afrique, n°2332 du 18 au 24 septembre 2005
Textes et photos de Thomas Dandois, envoyé spécial
Le décor n’est que sable et terre aride à perte
de vue. Seuls le bruit des moteurs et le grincement des essieux perturbent
le silence du désert. Deux vieux 4x4 rouillés s’avancent
avec, à leur bord, une douzaine de jeunes hommes armés
jusqu’aux dents. Ce sont des patrouilleurs de l’Armée
de libération du Soudan (ALS), de retour à leur base après
plusieurs jours de mission. Ils ont sillonné la zone sous contrôle
rebelle avec ordre de prêter main forte aux rares civils qui restent
en cas d’agression des Djandjawids. Pas d’incidents à déclarer
pour cette fois. Malgré les cessez-le-feu successifs signés
depuis deux ans, des échanges de tirs se produisent régulièrement
dans le secteur de Furawya, au nord du Darfour, à 150 km de la
frontière tchadienne. Les combattants descendent de voiture Certains
ont encore des traits d’enfants, les plus jeunes n’ont guère
plus de 16 ans. La plupart ont les yeux injectés de sang et sentent
l’alcool. L’un d’eux, un peu plus âgé,
s’approche en faisant de grands gestes avec son couteau dans une
main et sa mitraillette, dans l’autre, comme pour terrasser un
ennemi invisible. Il n’attend pas les questions pour raconter son
histoire : « Je sais que je vais mourir, mais je n’ai pas
peur de la mort . Je veux me battre pour mes droits et pour les droits
des gens de ce pays. Presque toute ma famille est morte à cause
des Djandjawids. Voilà pourquoi je me bats », scande-t-il
entre deux crachats. Derrière lui, les plus jeunes sourient en
silence en écoutant le discours bien rôdé de leur
aîné.
Chacun retourne ensuite à ses quartiers. Dans cette base arrière
de l’ALS, on compte une soixantaine de huttes, qui abritent environ
500 hommes. La plupart sont à leur poste, à des cheek-points
ou en patrouille. Les chefs, les porte-parole et les commandants sont
là.
Kabila est un membre de la branche politique du mouvement rebelle Il
arrive tout juste de D’jamena et va passer deux mois avec les troupes.
Lorsqu’on lui parle d’indépendance pour le Darfour,
il sourit : « Nous ne voulons pas de scission, nous voulons juste
plus de pouvoir pour les Africains du Darfour ; une sorte d’autonomie.
Nous voulons les mêmes droits que les autres régions du
Soudan », explique-t-il d’une voix posée, presque
dans un murmure. « Si le gouvernement soudanais d’Omar el-Béchir
accepte de reconnaître nos droits, s’il accepte aussi le
retour de tous les réfugiés dans leurs villages en les
indemnisant, s’il fait punir les criminels de guerre Djandjhawids
et les militaires, alors nous pouvons envisager de déposer les
armes et de signer une paix définitive ».
A ses côtés, le commandant Djibril acquiesce. Il a perdu
sept frères le même jour dans un combat terrible. Avant
de rejoindre la rébellion, il avait déjà affronté les
Djandjawids treize fois lorsque ceux-ci tentaient de lui voler son bétail
; Pas d’idéologie, ni de politique pour lui; « Je
laisse la négociation aux chefs. Moi, je dirige mes hommes en
fonction des ordres que je reçois », explique-t-il en pointant
du doigt son téléphone satellite Thuraya. Puis il se lève
et va faire sa prière sur un tapis orienté en direction
de La Mecque. Les rebelles sont musulmans, comme leurs ennemis. Le conflit
du Darfour n’est pas religieux. Il est ethnique entre les Africains
sédentaires et les arabes nomades.
Adam Altigani est le porte-parole des rebelles de la zone de Furawya.
Cet ancien professeur a rejoint la rébellion il y a deux ans. « J’ai
des choses à vous montrer, explique-t-il en enroulant lentement
son chèche blanc autour de sa tête. Vous devez absolument
voir ça ! » Accompagné de deux hommes en armes, il
monte en voiture, met le cap au nord. Quelques kilomètres plus
loin, il s’arrête dans un amas de ruines, un village, sans
doute, autrefois. Chaque maison a été méthodiquement
saccagée et incendiée. Le dispensaire et l’école
n’ont pas été épargnés. « Ce
sont les Djandjawids et le gouvernement d’Omar el-Béchir
qui ont fait cela, enrage-t-il. Je suis en colère quand je vois
tous ces ravages car ce sont les civils qui en ont été victimes.
A l’époque, il n’y avait pas de base rebelle dans
le secteur ». Comme pour prouver que le gouvernement central a
participé au massacre, Omar se dirige vers l’extérieur
du village où une bombe n’a pas explosé. L’engin
fait environ 1,50 m de long et n’a pu être largué que
depuis un avion de l’armée régulière. « Cette
bombe est de fabrication russe. C’est la signature du gouvernement
d’Omar el-Béchir », explique-t-il. Les Djandjawids
n’ont pu agir seuls. Le gouvernement les a armés pendant
des années pour contrer la rébellion. Toutes ces traces
encore visibles aujourd’hui confirment les témoignages des
réfugiés. Depuis deux ans, ils racontent les mêmes
histoires de bombardements et de tueries Des attaques minutieusement
coordonnées.
Dans les rues du village, pourtant, pas de signes de massacres. Adam
Omar nous emmène à moins de 5km dans ce qu’il appelle
la « Montagne du génocide ». Il faut monter une centaine
de mètres pour commencer à voir les premiers bouts de tissus
et les os éparpillés un peu partout. « Ce sont des
restes de corps humains », précise Adam sur un ton monocorde.
Un peu plus loin, on trouve des squelettes entiers, cinq en tout. En
différents endroits, des crânes, des fémurs. Tout
semble indiquer qu’une trentaine de personnes ont trouvé la
mort ici. « C’étaient des civils qui fuyaient les
bombardements. Ils ont été rattrapés et massacrés
sur place », raconte Adam, puis il pointe du doigt un amas de terre
d’où sortent quelques bouts de tissus. « Là-dessous,
il doit y avoir d’autres cadavres. Au début, ils ont probablement
voulu les enterrer pour dissimuler les preuves aux yeux du monde. Mais
ensuite, ils ne se sont même plus donné cette peine ».
Une fois encore, les témoignages des réfugiés semblent
se confirmer. Adam cite ensuite d’autres villages : « Abogamara,
Goz Nesm, Tawuila, Jerjeza… » Au loin, le bruit des véhicules
tout terrain résonne. Les groupes de jeunes rebelles partent de
nouveau en patrouille pour plusieurs jours. Autour d’eux, un paysage
aride s’étire à perte de vue. Un domaine de désolation.
Au Sud-Soudan, les partisans de John Garang se sont battus pendant plus
de vingt ans pour un territoire recélant du pétrole et
des richesses. Ici, même si certains parlent de pétrole,
il n’y a pas d’enjeu économique apparent, aucune promesse
de fortune à venir. Juste une guerre oubliée par le reste
du monde.
Milices contre rébellions
La région s’est enflammée en 2003, avec l’apparition
de l’Armée/Mouvement pour la libération du Soudan
(A/MLS) et du Mouvement pour la justice et l’égalité (MJE),
composés des combattants des ethnies zaghawa, massalit et four,
minorités noires du Darfour. Ces deux formations ont décidé de
lutter, les armes à la main, contre la marginalisation politique,
l’abandon économique et la discrimination raciste à leur
encontre. Les Djandjawids – littéralement ceux qui attaquent à cheval
- milices issues de groupes arabes nomades, vandalisaient depuis des
années les pâturages et les cultures de la région.
Au fil du temps, devant l’indifférence du pouvoir, les communautés
locales se sont organisées en groupes d’autodéfense.
Au lieu de jouer, a minima, la neutralité, Khartoum a officialisé son
soutien aux agresseurs. Le conflit s’est alors radicalisé.
De plus en plus de jeunes du Darfour se sont engagés dans l’insurrection
aux côtés de l’A/MLS et du MJE. De son côté,
le gouvernement a recruté, payé et armé 20.000 Djandjawids
supplémentaires, qui mènent maintenant des opérations
conjointes avec l’armée régulière.
Valéry Thorin
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Septembre 2005
Le Soudan se dote d'un gouvernement d'union nationale
Le Monde du 23 septembre 2005
La tâche s'est révélée nettement plus rude
qu'escompté, mais elle a finalement été menée à bien
: le Soudan s'est doté, pour la première fois de son
histoire, d'un gouvernement d'union nationale conformément à l'accord
de paix conclu en janvier entre le régime de Khartoum et les
anciens rebelles sudistes du SPLM (Mouvement populaire de libération
du Soudan).
Annoncée mardi 20 septembre à la télévision,
la composition du gouvernement qui devait prêter serment jeudi
et entrer en fonction dans la foulée a été saluée
par le chef de l'Etat, le maréchal Omar Al-Bachir, comme un " événement
de bon augure" et un signe de la volonté des Soudanais
d'"établir la paix et de consolider l'unité nationale".
Conséquence de l'arrivée des anciens rebelles au gouvernement,
celui-ci devient pléthorique pour un pays de 35 millions d'habitants.
Il est composé de 29 ministres, 33 ministres adjoints, auxquels
viennent s'ajouter les conseillers du chef de l'Etat une douzaine qui
ont rang de ministre.
Les accords signés en janvier entre Khartoum et le SPLM avaient
fixé au 9 août la formation du gouvernement d'union nationale.
C'était compter sans la mort, dans un accident d'hélicoptère,
fin juillet, du chef de la rébellion, le colonel John Garang,
et sans les querelles entre ennemis d'hier pour obtenir ou conserver
les portefeuilles stratégiques.
De ce point de vue, le parti du Congrès national, qui contrôlait
l'ancien gouvernement, a réussi à conserver les ministères "de
souveraineté" : l'intérieur, les finances et la
défense. Au moins aussi important, il n'a pas lâché le
ministère de l'énergie, devenu stratégique car
pourvoyeur de devises maintenant que le Soudan est devenu, grâce
aux provinces du Sud, un pays producteur de brut non négligeable.
En comparaison, le SPLM est bien doté quantitativement (10 ministères
lui reviennent), mais les portefeuilles dont il hérite sont
d'une importance stratégique moindre : éducation, transport,
commerce extérieur... L'exception concerne les affaires étrangères,
qui échoient à un Sudiste, mais le nouveau titulaire
risque de se heurter à l'entourage du chef de l'Etat.
C'est fort de ce succès que le maréchal Omar Al-Bachir
a ouvert, mercredi matin, en grande pompe dans la capitale, une conférence
régionale consacrée à la lutte antiterroriste.
Elle réunit les chefs des services de renseignement et de sécurité des
pays d'Afrique de l'Est et du Centre, mais la liste des participants
n'a pas été fournie à la presse. Le programme
détaillé des deux journées de la conférence
(mercredi et jeudi) n'a pas davantage été dévoilé.
Succinct, le texte, distribué à la presse arabophone,
portait en tête la mention "top secret".
De leur côté, la Chine, l'Arabie saoudite et l'Algérie
ont envoyé des observateurs ainsi que la Grande-Bretagne et
les Etats-Unis. Même discrète, cette présence occidentale
ne manque pas d'étonner si l'on se souvient que le régime
islamiste soudanais figure sur la liste des Etats accusés d'aider
le terrorisme et qu'il est très critiqué en raison des
graves violations des droits de l'homme perpétrées dans
la province du Darfour, où un autre conflit a éclaté il
y a plus de deux ans.
En réalité, un tournant diplomatique est en train de
s'opérer entre le régime soudanais et les Américains.
Il avait été amorcé avec la venue au printemps
dernier à Washington du chef des services de renseignement soudanais,
le général Salah Abdullah Gosh.
Lors de la cérémonie d'ouverture de la conférence,
le général Gosh était à la droite du président
Al-Bachir, qui lui a tressé des couronnes au cours d'une brève
intervention. Or, ce même général Gosh figure en
bonne position sur la liste de 51 personnes dressée par la commission
d'enquête internationale des Nations unies sur les atrocités
au Darfour. A ce titre, le chef des services de renseignement est susceptible
d'être traduit devant le Tribunal pénal international.
Jean-Pierre Tuquoi
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Septembre 2005
Darfour: Khartoum promet la paix sans rien faire pour
Des négociations ont repris la semaine dernière à Abuja,
au Nigeria, entre le pouvoir central et la rébellion qui commence à se
morceler.
Par Christophe AYAD
Libération, 22 septembre 2005
La paix au Darfour d'ici à la fin de l'année ? C'est l'objectif
du nouveau gouvernement d'union nationale, le premier de l'histoire du
Soudan, qui doit prêter serment jeudi. Des pourparlers ont repris
la semaine dernière à Abuja, au Nigeria, sous l'égide
de l'Union africaine. Après deux ans et demi de guerre civile
entre Arabes (au pouvoir) et tribus africaines, le conflit dans l'immense
province occidentale du Soudan est arrivé à une sorte de
statu quo. Le pouvoir central, allié aux tribus arabes locales
dont les milices Jenjawids ont combattu aux côtés de l'armée,
contrôle les grandes villes et les grands axes. Ses avions lui
assurent une supériorité militaire. Mais Khartoum ne peut
plus lancer d'offensive majeure comme en décembre-janvier derniers, à cause
de la pression internationale et de la présence des observateurs
militaires de l'Union africaine.
Bastion assiégé.
Après ses succès initiaux, la guérilla a été très
affaiblie par les contre-offensives gouvernementales. Son bastion du
djebel Marra est assiégé et attaqué quotidiennement.
Plus inquiétant, la guérilla, au départ divisée
en deux grands groupes, se morcelle : si le Mouvement pour la justice
et l'égalité (MJE), contrôlé par des proches
de l'opposant islamiste Hassan al-Tourabi, reste relativement structuré,
le Mouvement de libération du Soudan (MLS) est de plus en plus
tiraillé entre ses composantes four et zaghawa, les deux grandes
tribus africaines qui le composent... Khartoum attise les dissidences
en sous-main. Résultat : les chefs locaux sont de plus en plus
tentés par le banditisme et n'obéissent plus à la
direction politique. En pleines négociations, une faction du MLS
a ainsi attaqué et pris la ville de Cheiria, affirmant avoir tué 80
soldats.
Malgré ces dissensions internes, la population reste largement
favorable à la guérilla. De 180 000 à 300 000 personnes
ont été tuées en deux ans et demi ; plus de 2 millions
d'autres ont été déplacées, soit un sur trois
; 200 000 réfugiés ont fui au Tchad voisin. La quasi-totalité des
victimes de cette guerre de purification ethnique sont africaines.
Intellectuel respecté au sein de la communauté four et
proche de la guérilla, Osman Abdallah (1) accuse l'Etat d'avoir
mené «une politique organisée pour chasser les tribus
africaines de leurs terres et du pouvoir local». Cela ne date pas
de la guerre : «A partir de 1992, les Africains ont été exclus
des emplois dans la fonction publique, la police, la justice, l'armée...
Ici, tout le monde se sent marginalisé. Quand on va à Khartoum
[la capitale], on dit "je vais au Soudan".»
Appât du gain.
Le recrutement de la guérilla reflète bien cet éloignement. «La
rébellion a beaucoup enrôlé de jeunes diplômés
qui ne trouvent aucun débouché dans l'Etat. Ils n'ont jamais
mis les pieds à Khartoum, mais ont accès à la radio
ondes courtes et à la télévision par satellite.
Pour eux, la capitale, c'est aussi loin que Dubaï ou Nouakchott.»
Face à une armée démotivée et mal entraînée,
ce recrutement de diplômés, disciplinés et bien formés,
a valu à la guérilla des succès initiaux. «Quand
la guerre a éclaté, en février 2003, la rébellion
a saisi beaucoup d'armes, de munitions et de véhicules. La réaction
du pouvoir a été terrible. Khartoum a préféré recourir
aux milices arabes, les Jenjawids.» Dans ce conflit, l'appât
du gain est très fort : «Les tribus arabes en ont profité pour
s'approprier des terres. Les Arabes ont été manipulés
par leurs politiciens : on leur a dit qu'ils pouvaient tuer, razzier,
violer, en toute impunité.»
De politique et territorial, le conflit a pris une tournure de plus en
plus ethnique. «Si la guerre se poursuit, les jeunes, qui auront
grandi dans les camps de déplacés où la vie est
très misérable, vont finir par rejoindre la rébellion»,
met en garde Osman Abdallah. Ces derniers mois, le gouvernement est tiraillé entre
deux attitudes contradictoires. D'un côté, il voudrait démanteler
les camps, possible vivier de la guérilla et point d'ancrage de
la communauté internationale, qui a profité de l'urgence
humanitaire pour intervenir au Darfour. Et de l'autre il est devenu l'otage
des tribus arabes qui se sont approprié les terres des déplacés.
Pour Osman Abdallah, la solution passe par un changement d'attitude radical
du pouvoir central, qui «s'est toujours conduit comme un mercenaire
vis-à-vis de sa propre population» : «C'est une logique
de colonisation intérieure. Nous voulons passer d'une soumission
totale à la marginalisation. Ce serait déjà bien.»
(1) Pour le protéger, le nom a été modifié
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Septembre 2005
Darfour les oubliés du monde
| Jeune Afrique, n°2331, du 11 au 17 septembre 2005
Texte de Thomas Dandois, envoyé spécial.
Les premières lueurs du jour, répandent une lumière blanche
sur les tentes brunies par les pluies. Au pied d’un arbre, un homme assis
sur une natte prépare le thé. Son regard encore embué se
perd dans le vide, bercé par le ronron de l’eau frémissante.
Plus loin, un enfant joue. Il tire derrière lui une gamelle en fer blanc
en guise de voiture et fait des « vroum-vroum » pour imiter le
bruit des 4x4 des ONG. Derrière lui, trois femmes équipées
de longues bêches partent aux champs. En chemin, elles croisent un autre
groupe de femmes qui reviennent de la corvée d’eau à dos
de mulet. Rouge, jaune, vert, les couleurs des boubous éclatent dans
ce paysage de terre et de ciel pastel. Le jour se lève sur le camp de
Bredjin, à quelques kilomètres de la frontière soudanaise, à l’est
du Tchad. Les réfugiés sont arrivés ici en masse il y
a plus d’un an, fuyant l’horreur et la mort du Darfour. Là-bas,
les Djendjawids, ces miliciens arabes et nomades, pillent les fermes, incendient
les villages, violent les femmes et massacrent les civils avec la bénédiction
et parfois même le soutien de l’armée soudanaise. C’est
en tout cas ce que racontent les réfugiés. Ils sont près
de 30.000 aujourd’hui à Bredjin et 200.000 au total au Tchad.
Ils attendent, entassés le long de la frontière, le jour où ils
pourront rentrer chez eux.
Souleiman, comme presque tous ses voisins, a parcouru 200 kilomètres à pied
pour se mettre à l’abri derrière la frontière tchadienne
.Il a fuit la route avec ses deux femmes et ses trois enfants. Au Darfour,
il avait deux maisons, ici, il a deux tentes écrasées par la
chaleur et les vents. « J’étais un homme riche, vous savez,
explique-t-il fièrement. Aujourd’hui, il faut faire avec ce qu’on
l’on nous donne. La saison des pluies nous complique la vie encore un
peu plus . L’eau entre partout parce que les tentes sont usées.
Nous pataugeons souvent dans la boue.
Cet ancien aide-soignant n’a rien oublié de son petit village
au Darfour. Soixante familles y vivaient tant bien que mal de l’agriculture
et de l’élevage. Mais un jour, il y a environ un an, ils ont dû fuir.
Le bruit du gros porteur Antonov a déchiré le ciel et le pire
est arrivé. « Ils nous ont d’abord envoyé des bombes
par avion. Elles explosaient partout, les gens criaient, hurlaient de peur.
Nous avons essayé de fuir mais le village était cerné par
les Djendjawids et les militaires de l’armée régulière
soudanaise. Ils tiraient sur les fuyards. Une trentaine de personnes ont été massacrées.
Des hommes, des femmes et surtout des enfants parce qu’ils courent moins
vite et sont moins résistants », soupire-t-il, assis à l’ombre
d’un abri fait de branchages et de bois mort. Aucune colère n’émane
de lui, ni de sa voix, ni de ses gestes. Il semble résigné.
Ce jour-là, Souleiman doit se rendre au poste médical installé dans
le camp. Son œil gauche est boursouflé et, depuis quelque temps,
il voit double. Un infirmier l’a ausculté, mais a préféré prendre
l’avis de Gary, un chirurgien américain qui collabore avec MSF
France. Chaque semaine, Gary fait le déplacement depuis Adre, à 70
km, où se trouve le seul hôpital de la région. Sous une
bâche verte, portant le sigle de l’UNHCR (Haut Commissariat pour
les Réfugiés des Nations Unies) il enchaîne les consultations.
En cinq minutes, il diagnostique un kyste : « Rien d’alarmant,
mais il vaut mieux opérer », explique-t-il lentement en anglais à son
patient. Rendez-vous est pris pour une intervention la semaine suivante. Pour
subir une opération, il faut se rendre à Adre. Une ambulance
tout-terrain passera chercher les patients. Ils arriveront en trois heures,
si les wadis le permettent. Ces rivières spontanées formées
par la pluie bloquent régulièrement les routes de juin à septembre.
L’hôpital d’Adre assure les soins médicaux de trois
camps. Dans la cour du bâtiment, les familles attendent. On vient là par
dizaines, à pied ou en bus, pour rendre visite aux malades. Ibrahim
et son frère Amat Issard, tous deux réfugiés du Darfour
boivent un thé rouge en attendant leur petit frère.
L’histoire de leur exode ressemble à toutes les autres. Les mêmes
récits de bombardements. Les mêmes agressions. Amat montre à qui
veut bien les regarder les traces de balles dans sa jambe, sinistre souvenir
des Djandjawids. La plaie a cicatrisé depuis. « Ce ne sont plus
des balles ou autres blessures de guerre qui nous posent problème aujourd’hui.
Mais nous avons beaucoup de troubles intestinaux et gastriques. Les diarrhées
sont monnaie courante, à cause des problèmes d’eau et d’hygiène»,
explique Gary, le masque sur le nez en plein milieu d’une opération
de la vésicule. C’est la troisième intervention de la matinée.
Simple routine. « Depuis plusieurs mois, la situation est à peu
près stabilisée. Il y a deux mois, un groupe d’une trentaine
de personnes est arrivé. Depuis, le flux s’est tari », note
Jean-Marie Garelli, coordinateur technique du HCR à Abéché.
Pour un membre d’une association humanitaire, en mission précédemment
au Darfour, si la situation se stabilise, ce n’est pas parce que les
choses s’arrangent, bien au contraire. « Tous les villages sont
vides aujourd’hui au Darfour, raconte-t-il. S’il n’arrive
plus de nouveaux réfugiés, c’est parce qu’il n’y
a plus personne. Ils ont presque tous quitté leur maison pour se mettre à l’abri.
Imaginez une zone grande comme la France avec des villages entièrement
vides. Les massacres et les combats ont fait 200.000 morts. Au Tchad, 200.000
personnes vivent dans les camps de réfugiés. Et au Darfour, on
compte 1,8 million de déplacés. Ce qui se passe là-bas
est une véritable horreur. Et le gouvernement de Khartoum n’a
qu’une idée en tête : cacher les massacres. C’est
le négationnisme le plus total ».
Au camp de Mile, près de Guéréda, à un jour de
route au nord tout donne à croire que les réfugiés vont
rester ici encore longtemps. La vie s’organise comme dans un village.
Un peu partout, des centres sociaux en briques ont été érigés.
A l’intérieur, des femmes tissent des chapeaux, des sacs et des
boubous qui seront ensuite mis en vente. Deux cents mètres plus loin,
ce sont les hommes qui reçoivent une formation pour fabriquer des djellabas.
.Les réfugiés se sont remis au travail. Les anciens donnent des
conseils aux plus jeunes. Ces vêtements, Abbas les vendra dans son échoppe
sur le marché. Avec quelques bouts de bois et des morceaux de tissus,
il a monté son petit magasin. Un peu plus loin, ses amis forgerons recyclent
en meubles les boîtes de conserve distribuées par les ONG. Comme
tous les jours vers midi, ils se retrouvent pour écouter les informations
de la radio officielle de Khartoum. Comme d’habitude, les nouvelles ne
sont pas bonnes. Le speaker soudanais répète que la situation
au pays n’est pas stable et que la sécurité des réfugiés
qui souhaiteraient rentrer n’est toujours pas assurée. « Ce
qu’ils disent est sans doute vrai. Mais de toute façon, ça
les arrange de nous savoir ici. Ils ne veulent pas de nous au Darfour »,
s’emporte Abbas.
Malgré le danger et les avertissements des médias, Adam Narja
Halif, un chef de zone, a traversé la frontière pour retrouver
une partie de sa famille. Lors des attaques du gouvernement et des Djendjawids,
chacun a fui de son coté. Il est alors parti avec sa femme, ses enfants,
quelques frères et cousins. Mais son père, sa mère et
les autres ont été dispersés. Pendant des mois, Adam n’a
pu retrouver le sommeil. « De les savoir encore là-bas, me rendait
malade. Alors, je suis retourné les chercher », explique-t-il.
En septembre 2004, il se décide à partir. Ce voyage lui prend
un mois et demi. Le jour, il se cache. La nuit, il profite de l’obscurité pour
avancer et parcourir les 400 km qui le séparent d’Auburum, son
village natal, au nord-Darfour. Rapidement, cette quête des siens devient
la route de l’horreur. Dans presque tous les hameaux qu’il traverse
il voit des cadavres d’hommes, de femmes et d’enfants abandonnés,
sans la moindre sépulture. Les oiseaux et la chaleur écrasante
se chargent de les faire disparaître peu à peu. Comme pour conforter
son incroyable récit, Adam précise : « Abruk, Aboro, Adar,
Ablie…Dans tous ces villages, j’ai vu les mêmes scènes.
Il y en a partout. La mort est partout ».Après plusieurs semaines,
Adam a trouvé un peu de réconfort. Presque tous les siens ont
survécu. Ils vivent à présent dans des campa de déplacés
et sont sous la protection – toute relative- des organisations non gouvernementales.
Faute d’avoir pu les convaincre de le suivre jusqu’au Tchad, Adam
a passé trois mois avec eux. Un séjour pendant lequel il a pu
mesurer les dangers que courent les déplacés qui s’aventurent
hors des camps simplement pour chercher du bois. Les femmes sont agressées,
molestées ou tuées. « Le viol a été utilisé comme
une arme de guerre au Darfour, conforme Jean-Marie Garelli, du HCR. Heureusement,
celles qui sont victimes de ce genre de sévices ne sont pas rejetées
par les leurs, comme c’est parfois le cas dans d’autres pays d’Afrique.
Ici, lorsqu’une femme est violée par les Djendjawids, elle est
plutôt considérée comme une martyre.
Depuis qu’il est de retour au Tchad, Adam a toujours la peur au ventre
pour sa famille. Et les images de ce qu’il a vu sur la route continuent
de le hanter. Mais il garde espoir de réunir un jour les siens au Darfour.
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Septembre 2005
Difficile accouchement d’un gouvernement unifié
| La Lettre de l’Océan Indien, 17 septembre 2005
La répartition exacte des portefeuilles entre le gouvernement sortant
et les anciens rebelles du Sudan People’s Liberation Movement (SPLM)
de feu John Garang constitue toujours un point de blocage qui retarde la création
d’un gouvernement d’action nationale (GUN) à Khartoum. Les
représentants du SPLM devraient obtenir les affaires étrangères,
la santé, l’environnement, le secrétariat général
du gouvernement, l’éducation supérieure, le commerce extérieur,
les transports, les investissements internationaux. Les ministères de
la défense, des finances, de l’intérieur, de l’énergie,
de la justice, des routes et ponts, des ressources naturelles, de l’administration
locale, de l’aide humanitaire reviendraient au gouvernement sortant.
Mais trois difficultés retardent un consensus : les réticences
de certains sudistes à devenir ministres à Khartoum, un désaccord
mineur sur le choix du ministre des affaires étrangères et surtout
un blocage sérieux sur le portefeuille de l’énergie.
Blocage. Le nœud des négociations pour la mise en place du GUN
repose sur le contrôle du ministère de l’énergie.
Le SPLM voulait initialement l’obtenir mais a dû céder devant
l’intransigeance du ministre sortant Awad Ahmed al-Jaz, qui entend conserver
son portefeuille. Il y a une semaine, une solution de compromis semblait possible
pour mettre un terme à cette querelle. Le portefeuille reviendrait à al-Jaz
et en contrepartrie le SPLM obtiendrait les postes de vice-ministre et de secrétaire
permanent du ministère de l’énergie. En outre, tous les
contrats existants entérinés par ce ministère seraient
passés au crible. Toutefois, cette solution proposée par les
modérés du parti gouvernemental a été repoussée
par les « durs » du même camp dont al-Jaz. Une des raisons
de leur refus réside dans le fait que le vice-ministre proposé par
le SPLM était Lam Akol. Cet ancien professeur de l’Université de
Khartoum, parlant parfaitement arabe, opposant à Garang après
1991, ministre à Khartoum entre 1997 et 2001, est à la fois combatif
et sans complexes. Il serait sans doute à même de s’entourer
d’experts étrangers pour auditer les recettes énergétiques
du pays.
Juba ou Khartoum : Nombre de dirigeants du SPLM ne sont pas très emballés à l’idée
d’être nommés ministres à Khartoum et préféreraient
de loin un poste similaire au Sud Soudan. A tel point que lors d’une
réunion au Sud Soudan, le nouveau leader du SPLM et vice-président
du pays, Salva Kiir, a dû se fâcher contre ces réticences.
Les responsables du SPlM craignent, s’ils sont nommés au gouvernement
de Khartoum, de s’y retrouver isolés dans un environnement hostile,
d’autant plus que peu de fonctionnaires sudistes semblent prêts à les
suivre à Khartoum. En outre, ils ont conscience que l’argent des
donateurs va surtout affluer au Sud Soudan et que s’ils se trouvent en
poste à Khartoum cette manne risque de leur passer sous le nez. Car
le cumul des fonctions n’est pas possible et Riek Machar a ainsi retiré sa
participation au Parlement national pour pouvoir se consacrer à son
poste de vice-président du gouvernement su Sud Soudan.
Futurs ministres :Le régime de Khartoum n’est guère enthousiaste à l’idée
de la nomination de Deng Alor comme ministre des affaires étrangères
proposée par le SPLM. Deng Alor lui parait en effet ne pas avoir l’envergure
pour « représenter » le Soudan car, ancien secrétaire
particulier de Garang et Dinka Bor comme lui, il n’est plus au centre
de la nouvelle répartition du pouvoir au sein de l’ex-guerilla
sudiste autour de Salva Kiir. Arabisant et formé au Caire, il est en
outre capable de jouer un jeu diplomatique indépendant, notamment envers
les Américains qu’il connaît bien. Ce qui est de nature à inquiéter
les actuels dirigeants de Khartoum. Parmi les autres responsables du SPLM,
dont les noms ont été proposés pour occuper un poste ministériel à Khartoum,
figurent l’ancien chef militaire de la région Sud du Nil Bleu,
Malik Agar Ayrue et Abd-el-Azziz al-Hilew son ex-adjoint qui est maintenant
responsable de l’implantation du SPLM au Nord du pays. Pagan Amun pourrait
devenir secrétaire général du Gun. Edward Abyyel Lino,
actuel directeur de Nile Petroleum (société pétrolière
créée au Sud Soudan par le SPLM) pourrait faire partie du Gun,
tout comme Peter Nyokok (juriste en Allemagne), Milol Raskich et Hama Jagud.
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Septembre 2005
L'UA optimiste pour un règlement à l'amiable
au Darfour
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Xinhuanet, Abuja, 16 septembre 2005 -- Alors que se poursuit à Abuja
le sixième round de pourparlers pour résoudre la crise
du Darfour au Soudan, sous sa médiation, l'Union africaine (UA)
s'est dite optimiste sur le fait que ce round pourrait être le
dernier, a indiqué vendredi un responsable à Abuja.
"
D'après les discours entendus la nuit dernière (jeudi)
de tous les acteurs de cette crise, on peut être confiant que toutes
les questions seront résolues lors du round actuel", a dit
Sam Ibok, chef de l'équipe de médiation africaine.
"
La population du Darfour souffre et il est réconfortant de voir
que toutes les parties sont inquiètes de cette évolution,
et qu'elles souhaitent une résolution définitive du problème",
a-t-il ajouté.
M. Ibok a indiqué que les dirigeants des différentes délégations,
celle du gouvernement soudanais et celle des rebelles, ont convenu que
le problème pouvait être résolu par des moyens politiques.
"
Il est bon qu'ils soient conscients de la futilité de l'option
militaire. Quel que soit le nombre de gens que vous tuez, vous devrez
toujours tôt ou tard revenir à la table des négociations
pour discuter la paix", a-t-il dit.
Les discussions ont été déclarées ouvertes
jeudi soir et doivent continuer par des ateliers qui prépareront
les participants pour un plan global.
Le représentant spécial de l'UA au Soudan, le Nigérian
Baba Gana Kingibe, s'exprimant lors de la cérémonie d'ouverture,
a souligné l'urgence de la situation au Darfour qui n'est "pas
encourageante".
"
Les discussions doivent prendre connaissance de la situation au Darfour,
où des millions de personnes ont été déplacées,
des milliers ont été tuées et de nombreuses autres
ont été sujettes victimes d'intimidations, de pillages,
de viols et de souffrances indescriptibles", a-t-il dit.
Il a appelé à une résolution rapide des questions
d'autorité au sein de l'un des groupes rebelles, la SLA, pour éviter
de perturber les discussions.
Le secrétaire permanent nigérian aux Affaires étrangères
Nkem Wadibia-Anyanwu, qui représente le ministre, a appelé les
participants à progresser rapidement vers une résolution
des questions majeures.
Spécifiquement, il les a appelé à résoudre
les questions du partage du pouvoir et des richesses ainsi que des dispositions
de sécurité.
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Septembre 2005
Darfour: ouverture du dernier round de négociation
pour la paix
| Suisse Romande, 15 septembre 2005
ABUJA - L'Union africaine (UA) a ouvert à Abuja, la capitale du Nigeria,
ce qu'elle espère être le dernier round de négociations
de paix entre le gouvernement soudanais et les rebelles du Darfour. Cette région
est en proie à une guerre civile meurtrière.
Des représentants du régime de Khartoum et des deux principaux
groupes rebelles, le Mouvement justice et égalité (JEM) et le
Mouvement pour la libération du Soudan" (SLM), assistent aux discussions.
Mais le SLM n'est représenté que par une de ses factions, conduite
par Abdul Wahid Mohammed al-Nur.
Une autre frange du SLM, dirigée par le secrétaire général
du groupe Mani Arko Minawi, refuse de prendre part aux négociations
car des discussions internes au SLM doivent avoir lieu plus tard en septembre.
De précédents rounds de discussions, financées par l'UA,
ont permis des avancées limitées, chaque partie accusant l'autre
de rompre le cessez-le-feu convenu, mais l'UA et les représentants soudanais
se sont dits convaincus que ces derniers pourparlers mèneront à une
avancée politique.
Le Darfour est depuis février 2003 le théâtre d'une guerre
civile, qui a fait entre 180 000 et 300 000 morts, selon les estimations, et
provoqué le déplacement de 2,6 millions de personnes.
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Septembre 2005
Une pénurie de kérosène freine
les activités du PAM au Soudan
| Angola-Presse, Dakar, 14 septembre 2005 - Le programme alimentaire mondial
(PAM) a révélé ce mardi qu`une pénurie de kérosène
dans sa plate-forme aérienne d`El Obeid a réduit de moitié ses
capacités à acheminer et à larguer par voie aérienne
l`aide alimentaire au Soudan au plus fort de la disette, ce qui réduit
de moitié les distributions de vivres pour le sud de ce pays.
Cette pénurie de kérosène JetA1 est la raison majeure
pour laquelle le PAM n`a distribué au mois d`août que 1.678
tonnes de vivres en avion à partir d`El Obeid en direction du Sud
alors que l`objectif était de 11.692 tonnes.
Le PAM avait prévu en août de distribuer 20.700 tonnes de vivres à 1,3
million de personnes au Sud Soudan, par voie maritime, aérienne et
routière. Mais à la fin de ce mois, seules 10.600 tonnes de
vivres avaient atteint 128 centres de distribution - soit 51 pour cent des
distributions prévues pour le mois - essentiellement à partir
de Lokichoggio dans le nord-ouest du Kenya et par la route via Kampala, la
capitale ougandaise.
"
Cela ne pouvait pas tomber à pire moment pour la population du Soudan",
a déploré Ramiro Lopes da Silva, le directeur pays du PAM.
Les ravitaillements en JetA1 se faisaient rares même avant que le Soudan
ne ferme en juillet sa raffinerie de Khartoum pour cause de maintenance.
Cette pénurie combinée à la lenteur des distributions
de carburant, à l`insuffisance des camions- citernes, à un
stockage limité et à une forte demande a empêché le
PAM de combler le déficit.
"
C`est une tragédie pour des centaines de milliers de personnes, a
fait remarquer M. Lopes da Silva.
"
Acheminer les vivres par voie aérienne est relativement coûteux,
mais la saison des pluies, l`absence de routes dans le sud mais aussi l`arrivée
tardive des fonds offerts par les donateurs ayant écourté le
prépositionnement des vivres, nous obligent à avoir recours à l`acheminement
et au parachutage par voie aérienne", a-t-il ajouté.
La raffinerie de Khartoum est la seule du Soudan à produire du JetA1.
L`insuffisance des contributions et l`arrivée tardive des fonds des
donateurs pour l`opération d`urgence du PAM en faveur du Sud ont rendu
impossible le prépositionnement des vivres par voie terrestre avant
la saison des pluies.
En août dernier, Action contre la Faim, partenaire du PAM, a signalé l`augmentation
des cas de malnutrition sévère dans son centre d`alimentation
thérapeutique à Wau, dans l`ouest de la région de Bahr
El Ghazal.
Alors que les camps pour personnes déplacées internes de la
zone ont reçu des distributions de vivres régulières
depuis avril, le paludisme et la diarrhée sont considérés
comme deux facteurs contribuant à l`augmentation de la malnutrition.
Plus de 1100 enfants sont considérés comme sévèrement
malnutris.
En dépit des appels urgents, le travail vital effectué par
le PAM dans le nord du Bahr El Ghazal et dans d`autres localités du
Sud est compromis par une grave pénurie de fonds.
Jusqu`en mai, l`Opération d`urgence du PAM en direction des régions
Sud, Est et dans les zones de transition du Soudan n`avaient perçu
que 26 pour cent des financements dont elles avaient besoin pour nourrir
3,2 millions de personnes en 2005.
A ce jour, l`Opération d`urgence en faveur du Sud, de l`Est et des
zones de transition enregistre un déficit de 41 pour cent soit 124
millions de dollars.
Les dons de vivres "en nature" peuvent prendre quatre mois pour
atteindre le Sud Soudan - un territoire grand comme la France
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Septembre 2005
Davantage de femmes aux pourparlers de paix et au
gouvernement
Joyce Mulama
Inter Presse Service (IPS), Nairobi, 13 sep 2005 –
Une rencontre dans la capitale kényane, Nairobi, a mis l'accent
sur la nécessité de donner aux femmes soudanaises davantage
de voix au chapitre dans les affaires politiques de leur pays, si le
Soudan doit réaliser les Objectifs du millénaire pour le
développement (OMD) adoptés aux Nations Unies
Alors qu'un accord de paix a été signé en janvier
mettant fin à plus de deux décennies de guerre civile au
Sud-Soudan, la région du Darfour, dans l'ouest, continue d'être
ravagée par un conflit entre le gouvernement et les rebelles de
l'Armée de libération du Soudan (SLA), et le Mouvement
pour la justice et l'égalité (MJE). Les pourparlers de
paix pour le Darfour, parrainés par l'Union africaine, devraient
reprendre le 15 septembre dans la capitale nigériane, Abuja.
''Il est difficile de réaliser des progrès sur les OMD
tant que d'importants efforts pour mettre fin au conflit dans le Darfour
ne seront pas accomplis. Toutefois, il est important que les femmes prennent
part aux négociations en faveur de la paix au Darfour, aux côtés
des autres parties, à Abuja'', a déclaré Nyaradzai
Gumbonzvanda, directrice régionale de programme en Afrique de
l'est pour le Fonds des Nations Unies pour la femme (UNIFEM). ''Ce sont
les femmes qui ont assumé la responsabilité de la promotion
de la réconciliation et de la guérison au niveau local.
Ce sont les femmes qui reçoivent les réfugiés et
les ex-combattants durant la guerre. Les femmes devraient être à la
table de négociations à Abuja, ceci conformément à la
résolution 1325 du Conseil de sécurité de l'ONU'',
a-t-elle noté à la rencontre de Nairobi, qui s'est déroulée
vendredi. La réunion s'est focalisée sur la mise en œuvre
des OMD au Soudan. La résolution 1325, votée le 31 octobre
2000, marque la première tentative du conseil de s'attaquer aux
conséquences spécifiques de la guerre sur les femmes --
et au rôle qu'elles jouent pour mettre fin au conflit.
Les combats au Darfour ont commencé au début de 2003, où la
SLA et le MJE ont lancé des attaques pour protester contre la
négligence présumée de la région par le gouvernement.
Les autorités ont riposté en ciblant les groupes ethniques
Fur, Masalit et Zaghawa, dont les rebelles tireraient un soutien. Khartoum
est également accusé de soutenir des militants arabes connus
sous le nom de ''janjaweed'' (cavaliers) dans des raids contre des membres
de ces groupes ethniques. Environ 300.000 personnes auraient été tuées
dans le conflit du Darfour, et plus de deux millions déplacées.
L'année dernière, l'administration américaine a
déclaré que les événements dans la région
constituaient un génocide.
Les combats au Sud-Soudan ont entraîné un déplacement
beaucoup plus important. Environ quatre millions de personnes auraient été contraintes
de quitter leurs maisons, tandis que plus de deux millions d'autres ont
perdu la vie durant le conflit entre le gouvernement et les rebelles
du Mouvement/Armée populaire de libération du Soudan (SPLM/A).
La région a été également détruite
par la guerre à bien des égards : elle manque de routes
bitumées, d'eau potable, d'écoles et d'hôpitaux.
''Le Sud-Soudan, et en particulier les femmes qui sont les plus affectées,
ont d'urgence besoin d'aide financière pour reconstruire même
les infrastructures les plus élémentaires'', a déclaré Gumbonzvanda.
''Nous espérons que les Fonds spéciaux de plusieurs donateurs,
destinés à la reconstruction du Sud-Soudan, auront une
politique d'ouverture où des femmes peuvent entrer facilement
et avoir accès aux ressources''.
A une rencontre tenue en avril dans la capitale norvégienne, Oslo,
des donateurs avaient promis de mobiliser 7,8 milliards de dollars pour
financer la reconstruction au Soudan, avec un montant substantiel de
cette somme destiné au Sud.
''L'éducation est la première priorité. Jusqu'à présent,
nos enfants étudient sous des arbres -- mais comment pouvez-vous
avoir l'éducation s'il n'y a pas d'écoles?'', a demandé Mary
Abiong, présidente de l'Association nationale des femmes du Sud-Soudan
-- qui fait partie de la 'Commission for Women, Gender and Child Welfare
for Southern Sudan' (Commission pour les femmes, le genre et le bien-être
des enfants du Sud-Soudan) du SPLM/A. ''Nous avons besoin d'écoles
aussi bien pour nos enfants que pour nos adultes. Un grand nombre d'adultes,
la plupart des femmes, sont analphabètes'', a-t-elle ajouté.
Selon un rapport 2004 du 'New Sudan Centre for Statistics and Evaluation'
(Centre des statistiques et d'évaluation du Nouveau Soudan) et
du Fonds des Nations Unies pour l'enfance, les taux d'analphabétisme
des adultes au Sud-Soudan en 2001 s'élevaient à 88 pour
cent pour les femmes, et 63 pour cent pour les hommes. L'étude était
intitulée 'Vers une ligne de base : Les meilleures estimations
des indicateurs sociaux pour le Sud-Soudan'. Le Centre des statistiques
et d'évaluation du Nouveau Soudan fait également partie
du SPLM/A, qui a combattu pour l'autodétermination religieuse
et politique dans le sud.
Keziah Layinwa Nicodemus, présidente de la Commission femmes et
genre du SPLM/A, s'est réjouie des quotas sur la représentation
politique pour les femmes - mais a prévenu que ceci pourrait ne
pas être tenu pour acquis.
''On nous a octroyé 25 pour cent de siègesàdans
la constitution du Sud-Soudan. Mais nous devons faire pression pour que
cela devienne une réalité. Le Soudan est un pays d'hommes
et nous devons travailler dur avec le soutien de la communauté internationale
pour former nos femmes à être des leaders'', a-t-elle déclaré.
''Nous avons besoin de plus de femmes pour avoir une base forte en vue
de proposer des lois qui traitent de la question de la violence à l'égard
des femmes, qui nous a affectées durant la guerre civile de 21
ans, et est toujours en train d'affecter des femmes dans la guerre en
cours au Darfour''.
Selon un rapport publié plus tôt cette année par
Amnesty International, l'organisation de défense des droits, le
viol a été utilisé comme une arme de guerre au Darfour.
''Les forces armées et des membres de milices ont violé des
milliers de femmes et des dizaines de milliers de femmes ont souffert
d'une autre violence et de déplacement forcé dans le conflit
au Darfour'', a noté le document, qui a évalué globalement
l'état des droits de l'Homme. ''Des femmes ont été violées
au cours des attaques et enlevées souvent pour être des
esclaves sexuels pendant des jours ou des mois. Des femmes continuaient
d'être violées en dehors des camps pour personnes déplacées'',
a-t-il ajouté.
La rencontre de Nairobi vient en prélude à une importante
conférence de l'ONU, qui se tiendra du 14 au 16 septembre à New
York.
Le Sommet international des Nations Unies débattra de la réforme
de l'institution mondiale, et des progrès réalisés
en vue de l'accomplissement des OMD -- convenus par des dirigeants de
la planète au Sommet du millénaire en 2000.
Au nombre des huit objectifs, figurent la réduction de moitié de
l'extrême pauvreté et de la faim, la réalisation
de l'éducation primaire universelle, la promotion de l'égalité de
genre -- et la réduction de la mortalité infantile et maternelle.
En outre, ils cherchent à combattre la maladie, à promouvoir
un environnement durable et à développer des partenariats
pour s'attaquer à des questions comme les pratiques commerciales
peu équitables.
La date limite pour la réalisation des OMD est 2015.
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Septembre 2005
Mort de John Garang : La piste de l'assassinat
confortée
Senegal-presse Dakar, 12 septembre 2005
Sur la foi de la boîte noire de l'appareil, les conversations
enregistrées prouvent que rien d'anormal n'avait été signalé jusqu'au
moment du crash. La thèse de défaillances techniques semble
ainsi céder devant l'hypothèse d'un attentat.
Le crash de l'hélicoptère de fabrication russe dans lequel
l'ex-Premier vice-président soudanais a été tué en
juillet dernier, ne semble pas avoir été causé par
des défaillances techniques, a rapporté la presse, citant
un expert russe qui enquête sur les raisons de cet accident. M.
Garang, le fondateur et leader de l'Armée/Mouvement de libération
du peuple du Soudan (Spla/M) et quatorze autres personnes ont été tués
le 30 juillet, quand l'hélicoptère présidentiel
ougandais de marque Mi-172 qui les transportait de l'Ouganda vers le
Sud Soudan, s'est écrasé. Plusieurs Sud-Soudanais estiment
que M. Garang a été assassiné et rejettent la version
officielle initiale attribuant le crash au mauvais temps.
«
L'hélicoptère en lui-même ne présentait aucun
problème technique» a déclaré Rudolf Temurazov,
le directeur de la sécurité technique de la Commission
de l'aviation inter-Etats basé à Moscou, cité par
les quotidiens de samedi de Khartoum. «L'hélicoptère était
en bon état» a-t-il affirmé. On rappelle qu'une équipe
internationale enquête actuellement sur les facteurs qui ont conduit à l'accident
du 30 juillet dans lequel M. Garang a été tué à bord
d'un hélicoptère présidentiel ougandais fourni par
son hôte, le président Yoweri Museveni. Des émeutes
meurtrières ont éclaté entre les Soudanais du Nord
et du Sud, faisant 90 victimes après que le gouvernement de Khartoum
eut officiellement annoncé la disparition tragique de M. Garang.
Ce qui a poussé Khartoum à mettre sur pied, une commission
nationale, incluant des experts internationaux, pour enquêter sur
le crash.
Selon l'expert russe, une des boîtes noires de l'hélicoptère
qui enregistre les conversations dans le cockpit, a été retrouvée
en bon état, alors que l'autre, qui enregistre les données
techniques, a été détruite dans le crash. M. Temurazov
a refusé de donner les détails des conversations enregistrées à bord
de l'hélicoptère endommagé. Il a révélé que
des commentaires en quatre langues différentes ont été enregistrés
par la boîte noire.
La conclusion des enquêteurs selon laquelle une défaillance
technique n'est pas à l'origine du crash est basée sur
le fait que la conversation dans le cockpit entre le pilote et le répartiteur
avait eu lieu en anglais et était «normale» jusqu'au
moment du crash et ne contenait aucune suggestion de problème
technique. M. Temurazov a refusé de spéculer sur les causes
de l'accident, mais a souligné que les conditions météorologiques
dans la région n'étaient pas bonnes quand il est survenu.
Toutes les données et conclusions figurant dans le rapport d'enquête
du Russe - y compris l'enregistrement du contenu de l'enregistreur de
vol - ont été transmises aux autorités en Ouganda,
au Soudan et au Kenya, qui ont joué des rôles majeurs dans
cette enquête internationale, a indiqué M. Temurazov. Les
quotidiens ont aussi annoncé que l'épave de l'hélicoptère
qui a été trouvé dans la Montagne de Zuria, au Sud
Soudan, sera bientôt ramenée en Ouganda. «Nous procédons à l'analyse
technique des voix dans le cockpit et des systèmes des données
de vols et d'autres éléments. Nous finalisons la transcription
des informations retrouvées et allons bientôt ramener l'épave
en Ouganda», a indiqué une source proche de la commission,
citée par les quotidiens de Khartoum. «Des experts de l'aéronautique
de l'Ouganda, du Soudan, de l'Armée de libération du peuple
soudanais, des Etats-Unis et du Kenya ont rencontré nos collègues
russes pour étudier les débris de l'appareil, afin de déterminer
les causes du crash, seulement six minutes avant son arrivée à sa
destination finale. Nous avons déjà certains indices»,
a ajouté cette source.
Par ailleurs, le successeur de M. Garang et Premier vice-président
Salva Kiir s'est déclaré satisfait de l'enquête actuellement
en cours sur le crash de l'hélicoptère. M. Kiir, qui conduisait
une délégation en Ouganda pour des entretiens avec le président
Museveni, a été cité pour avoir déclaré être «satisfait
de la progression de l'enquête». Mais à la veille
de l'inhumation de M. Garang dans la ville du Sud de Yei, M. Museveni
avait déclaré à l'assistance éplorée,
que la mort de son ami de longue date pouvait être le résultat
d'un acte de sabotage ou de terrorisme. Cette déclaration avait
irrité le gouvernement de Khartoum.
Le Spla/M de M. Garang a lutté contre le gouvernements successifs
du nord à majorité arabe pendant plus de deux décennies,
pour réclamer une plus grande autonomie pour le Sud-Soudan, dont
les habitants sont principalement des chrétiens et des animistes.
Le leader rebelle était retourné à Khartoum en juillet
dernier, après la signature d'un accord de paix à Nairobi,
au Kenya, le 09 janvier 2005
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Septembre 2005
Soudan: la Commission alloue 15 millions d’euros aux
victimes du conflit au Darfour
(Union-europeenne-2005-09-09)
La Commission européenne a débloqué une enveloppe
supplémentaire de 15 millions d’euros d’aide humanitaire
pour aider les victimes de la crise durable qui secoue la région
soudanaise du Darfour. Cette somme permettra aux partenaires de continuer
de fournir aux victimes un soutien alimentaire et nutritionnel, un abri,
l'accès à l'eau potable et aux installations sanitaires,
ainsi que des soins d'urgence, et d’offrir une protection aux civils
vulnérables.
Cette aide transitera par ECHO, le service d'aide humanitaire de la
Commission européenne, placé sous la responsabilité du
commissaire Louis Michel. Ce dernier a commenté ainsi cette décision: «Alors
que le Darfour s’éloigne peu à peu des feux de l’actualité,
il est essentiel d’empêcher qu’il rejoigne les rangs
des crises «oubliées». La Commission européenne
s’engage à fournir une aide humanitaire au Darfour aussi
longtemps que la région en aura besoin et nous exhortons les autres
donateurs à agir de même. Un soupçon d’espoir
est né au Soudan, qui encourage actuellement certaines personnes
déplacées du fait du conflit à regagner leurs domiciles.
La Commission insiste sur le fait que ces retours doivent s’effectuer
dans un cadre sécurisé et sur la base du volontariat, afin
de garantir que le Soudan demeure sur la voie de la paix».
Plus d’un tiers de la population du Darfour (2,5 millions de personnes)
est touché par cette crise durable, dont 1,8 million de personnes
déplacées au Soudan et 200 000 réfugiés au
Tchad. Malgré l’effet positif de la présence des
troupes de l’Union africaine dans la région, la situation
demeure sinistre et confuse. L'insécurité atteint des niveaux élevés,
les violations des droits de l'homme perpétrées à l'encontre
de civils se poursuivent, tandis que les actes de banditisme et de harcèlement
du personnel des agences humanitaires se multiplient.
La présente décision contribuera à satisfaire certains
besoins humanitaires parmi les plus pressants, dans une région
démunie de services médicaux, privée d’approvisionnement
en eau, frappée par des pénuries alimentaires consécutives à de
mauvaises récoltes et qui abrite des camps surpeuplés.
Les financements annoncés permettront de continuer à mener
des activités visant à sauver les vies de personnes totalement
dépendantes de l’aide humanitaire. Cette enveloppe porte à 113
millions d’euros le montant total mobilisé par ECHO en faveur
des personnes vulnérables du Darfour depuis le début de
la crise, en février 2003. ECHO reste engagé sur l’ensemble
du territoire du Soudan et surveille également avec une grande
vigilance la situation au sud et à l’est du pays. Au total,
ce sont 152 millions d’euros qui ont été débloqués
par la Commission pour l’aide humanitaire au Soudan (Darfour compris)
depuis 2004.
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Septembre 2005
Darfour ou la guerre du futur
David Morse
Le Temps, Genève, 7 septembre 2005
Une guerre du futur a lieu actuellement dans une immense région
désertique de l'est de l'Afrique, au Soudan. Les armes elles-mêmes
ne sont pas futuristes. Les pistolets au laser ou les armées de
robots qui peuplent les récits de science-fiction n'ont pas cours
ici; pas plus que les drones Predator dirigés par satellite ou
tout autre système d'armement de haute technologie à la
pointe de l'arsenal moderne.
Non, cette guerre est menée à coups de kalachnikovs, de
matraques et de couteaux. Dans la région du Darfour, à l'ouest
du Soudan, les tactiques de prédilection sont les incendies et
les pillages, la castration et le viol – perpétrés
par des milices arabes* à dos de chameau ou de cheval. Les technologies
les plus sophistiquées sont, d'une part, les hélicoptères
utilisés par le gouvernement soudanais pour soutenir les milices
lorsqu'elles attaquent des villages et, d'autre part, une tout autre
arme: les sismographes dont se servent les compagnies pétrolières
pour dresser la carte des gisements de pétrole qui se trouvent à des
dizaines de mètres sous la surface du sol. [...]
C'est une guerre des ressources, menée par des suppléants,
impliquant de grandes puissances dont les économies sont basées
sur la croissance, luttant pour un réservoir limité de
ressources [...]
Le Darfour n'est qu'une partie d'une crise plus large causée par
le pétrole dans le nord de l'Afrique. Environ 300 à 400
Darfouriens meurent chaque jour. Pourtant le message transmis par nos
médias est que nous, Américains, ne «pouvons rien
faire» pour empêcher cette tragédie humaine, alors
même que nous faisons le plein de nos SUV (Sport Utility Vehicle)
avec la vie de ces gens. [...]
Le pétrole encourage le génocide au Darfour. Le pétrole
inspire la politique de l'administration Bush à l'égard
du Soudan et du reste de l'Afrique. Et le pétrole est susceptible
de plonger le Soudan et ses voisins dans le chaos. [...]
Les membres du gouvernement soudanais de Khartoum préfèrent
expliquer les massacres au Darfour comme une vieille rivalité entre
tribus de pâtres nomades du nord et fermiers africains noirs du
sud. Ils nient toute responsabilité dans les milices et affirment
ne pas pouvoir les contrôler, même s'ils continuent à les
entraîner, à les armer et à les payer. Ils minimisent
leur idéologie islamiste, alors qu'ils soutenaient Oussama Ben
Laden et cherchaient à imposer le fondamentalisme islamique au
Soudan et ailleurs. Au lieu de cela, ils se présentent comme des
pragmatiques se battant pour maintenir l'union d'un pays pauvre et arriéré;
tout ce dont ils ont besoin c'est davantage d'aide économique
de l'Occident et la fin des sanctions commerciales imposées par
les Etats-Unis en 1997, lorsque le président Clinton avait ajouté le
Soudan à la liste des Etats soutenant le terrorisme. Le Darfour,
selon eux, est une anomalie gênante qui disparaîtra avec
le temps.
Il est vrai que les rivalités ethniques et le racisme jouent un
rôle dans le conflit actuel au Darfour. Dans le contexte plus large
de la guerre civile au Soudan, néanmoins, le Darfour n'est pas
une anomalie, c'est une extension de ce conflit. Le véritable
déclencheur du conflit Nord-Sud est devenu évident après
que Chevron a découvert du pétrole dans le Sud-Soudan en
1978. La traditionnelle lutte pour l'eau à la lisière du
Sahara s'est transformée en une bataille bien différente.
Le gouvernement de Khartoum à majorité arabe a redessiné les
frontières juridictionnelles du Soudan pour exclure les réserves
de pétrole de la juridiction du sud. C'est ainsi qu'a commencé la
guerre civile Nord-Sud qui dure depuis vingt et un ans. Puis le conflit
s'est déplacé au sud, s'enfonçant profondément
dans le pays, dans des régions plus humides qui forment les sources
du Nil et se trouvent loin de la lutte historique pour l'eau.
Les oléoducs, les stations de pompage, les sources et autres infrastructures
principales sont devenues des cibles pour les rebelles du sud qui voulaient
un partage de la nouvelle richesse minière du pays, dont une grande
partie se trouvait sur des terres qu'ils avaient longtemps occupées.
John Garang, chef de l'Armée de libération du peuple soudanais
(ALPS), déclara que ces installations étaient des objectifs
de guerre légitimes. Pendant un certain temps, les compagnies
pétrolières fuirent le conflit, mais dans les années
1990 elles commencèrent à revenir. Les compagnies chinoises
et indiennes étaient particulièrement agressives, effectuant
une grande partie de leurs forages derrière des périmètres
délimités par des monticules de terre et protégés
par des troupes contre les attaques des rebelles. C'est un oléoduc
chinois vers la mer Rouge qui fut le premier à amener du pétrole
soudanais sur le marché international.
Le régime islamiste a utilisé les tensions ethniques, raciales
et économiques dans sa stratégie pour réquisitionner
la richesse pétrolière du pays. La guerre a provoqué environ
deux millions de morts, surtout au sud – essentiellement dues à la
famine, lorsque les forces gouvernementales ont refusé l'accès
aux camps aux organisations humanitaires. Quatre millions de Soudanais
sont sans abri. Le régime a d'abord essayé d'imposer la
charia ou la loi islamique au sud majoritairement chrétien et
animiste. Khartoum a cependant renoncé à cette exigence
selon les termes du Traité de paix signé en janvier dernier.
Le sud devait être autorisé à fonctionner selon sa
propre loi civile, qui incluait des droits pour les femmes; et dans six
ans, les populations du sud pourraient choisir par plébiscite
si elles souhaitaient se séparer ou rester au sein d'un Soudan
unifié. Les revenus du pétrole, de la plus haute importance,
seraient divisés entre Khartoum et le territoire contrôlé par
l'ALPS. Selon un accord de partage du pouvoir, le leader de l'ALPS John
Garang serait nommé vice-président du Soudan aux côtés
du président Omar al-Bashir.
Le Darfour a été exclu de ce traité. Dans un sens,
le traité – négocié avec l'aide des Etats-Unis – a été signé au
détriment du Darfour, une région desséchée
grande comme la France, peu peuplée mais riche en pétrole
[...]
Avec la signature du traité en janvier dernier, et la perspective
de stabilité pour une grande partie du Soudan dévasté par
la guerre, de nouvelles études sismographiques ont été entreprises
par les compagnies pétrolières en avril. Ces études
ont eu pour effet de doubler les réserves de pétrole estimées
au Soudan, les portant à au moins 563 millions de barils. Et cela
pourrait être beaucoup plus. Khartoum affirme qu'elles pourraient
se monter à cinq milliards de barils. Cela reste dérisoire
comparé aux 674 milliards de barils de réserves de pétrole
avérées que possèdent les six pays du golfe Persique – l'Arabie
saoudite, l'Irak, les Emirats arabes unis, le Koweït, l'Iran et
le Qatar. La seule modicité des réserves du Soudan en dit
long sur le besoin désespéré des nations industrialisées
de s'emparer de ressources de pétrole alternatives.
La course au pétrole cause des ravages au Soudan. Le pétrole
rapporte environ un million de dollars par jour à Khartoum, le
montant exact que le gouvernement dépense en armes – des
hélicoptères et des bombardiers russes, des tanks polonais
et chinois, des missiles iraniens. Ainsi, le pétrole alimente
le génocide au Darfour à tous les niveaux. C'est dans ce
contexte qu'il faut comprendre le Darfour et, avec lui, l'Afrique tout
entière. [...]
Le Soudan est aujourd'hui le septième plus grand producteur de
pétrole en Afrique après le Nigeria, la Libye, l'Algérie,
l'Angola, l'Egypte et la Guinée équatoriale. [...]
Au Soudan, les routes et les ponts construits par les firmes pétrolières
ont été utilisés pour attaquer des villages avant
cela isolés. La plus grande compagnie pétrolière
canadienne, Talisman, est actuellement poursuivie parce qu'elle aurait
aidé les forces gouvernementales soudanaises à faire sauter
une église et tuer ses chefs religieux pour dégager la
région et laisser place aux oléoducs et au forage. Sous
la pression publique au Canada, Talisman a vendu ses avoirs au Soudan.
Lundin Oil AB, une compagnie suédoise, s'est retirée sous
des pressions similaires exercées par des groupes de défense
des droits de l'homme. [...]
En juin dernier, après la nouvelle exploration sismographique
au Soudan et avec le nouveau traité de paix prévoyant un
partage du pouvoir sur le point d'être appliqué, Khartoum
et l'ALPS ont signé des accords pétroliers en rafale avec,
entre autres, des compagnies chinoises, indiennes, britanniques et malaisiennes.
Cette frénésie permet d'expliquer l'attitude schizophrénique
de l'administration Bush à l'égard du Soudan. D'un côté,
le secrétaire d'Etat Colin Powell a déclaré en septembre
2004 que son gouvernement avait décidé que ce qui se passait
au Darfour était un «génocide» – ce qui
semble n'avoir été qu'une déclaration pré-électorale
destinée à amadouer les chrétiens conservateurs,
qui ont beaucoup de missions en Afrique. De l'autre côté,
non seulement le président est resté muet sur le Darfour
après son élection, mais son administration a discrètement
milité contre le «Darfour Peace and Accountability Act» au
Congrès. Ce projet de loi prévoit de renforcer la force
de maintien de la paix de l'Union africaine et d'imposer de nouvelles
sanctions à Khartoum, y compris déférer des fonctionnaires
devant la Cour pénale internationale (que l'administration abhorre).
La Maison-Blanche, sapant les efforts du Congrès pour arrêter
le génocide, cherche à nouer des relations plus étroites
avec Khartoum sous prétexte que le régime» coopère à la
guerre contre le terrorisme «. [...]
Au lieu de défendre le Darfour, le président n'a pas pipé mot
et a laissé le soin à la secrétaire d'Etat Condoleezza
Rice d'expliquer au mieux sa politique d'apaisement avec Khartoum.
Le 8 juillet, le leader de l'ALPS, John Garang, a prêté serment
comme vice-président du Soudan devant une foule de six millions
de Soudanais exultants. [...]
L'avenir du Soudan n'avait jamais semblé plus radieux. Garang était
un dirigeant charismatique et énergique qui souhaitait un Soudan
uni. Trois semaines plus tard, Garang a été tué dans
un accident d'hélicoptère. Lorsque la nouvelle de sa mort
s'est répandue, de violentes émeutes ont éclaté à Khartoum
et à Juba, la capitale du Sud-Soudan. Des hommes armés
de fusils et de matraques parcouraient les rues, mettant le feu aux voitures
et aux immeubles. Cent trente personnes ont été tuées,
des milliers blessées.
Aucun acte criminel n'a été découvert dans la mort
de Garang à l'heure où j'écris ces lignes. L'hélicoptère
s'est écrasé, au milieu de la pluie et du brouillard, sur
un terrain montagneux. Cependant les soupçons sont légion.
L'ALPS et les membres du gouvernement appellent au calme jusqu'à ce
qu'une équipe d'experts internationaux puisse enquêter sur
le crash. Ce désastre rappelle de façon bien trop sinistre
l'accident d'avion, en 1994, dans lequel a péri le président
rwandais Juvenal Habyarimana, qui essayait de mettre en œuvre un
accord de partage du pouvoir entre Hutus et Tutsis. Ce crash a déclenché le
génocide rwandais.
La signification de la mort de Garang pour le Soudan n'est pas claire.
La nouvelle paix était déjà précaire. Son
successeur désigné, Salva Kiir Mayardit, semble moins attaché à un
Soudan uni.
L'impact potentiel d'une reprise de la guerre n'est nulle part plus menaçant
que dans les camps de réfugiés – quatre millions
de personnes déplacées, éloignées de leurs
maisons pendant la guerre civile Nord-Sud, plusieurs centaines de milliers
entassées dans des camps à la lisière de Khartoum
ou des ghettos des environs. Plus à l'ouest, au Darfour et au
Tchad, vivent encore 2,5 millions de personnes déplacées
dans la précarité de camps de fortune, dans des abris bricolés
avec du plastique et des bâtons, les Janjaweed les empêchent
de retourner dans leurs villages et ils dépendent entièrement
de l'aide extérieure.
*David Morse est un journaliste américain indépendant et
un analyste politique dont les articles et les essais sont parus dans «Dissent», «Esquire», «Friends
Journal», «The Nation», «The New York Times Magazine», «The
Progressive Populist», «Salon», etc. Son roman «The
Iron Bridge» (Harcourt Brace, 1998) prédisait une série
de guerres du pétrole dans les vingt premières années
du XXIe siècle
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Septembre 2005
Le Soudan et le PNUD lancent le projet des OMD
Angola-presse, 6 septembre 2005
Khartoum, Soudan, 06/09 - Le gouvernement de Khartoum et le Programme
des Nations unies pour le développement (PNUD) ont lancé,
dimanche, un programme conjoint contre la faim, les maladies, l`analphabétisme
et les autres obstacles au développement auxquels le Soudan est
confronté.
"
Nous avons le plaisir d`annoncer la mise en oeuvre de ces projets de
développement à la suite de la signature de l`accord de
paix qui va nous mener à un Etat-providence", a déclaré le
président Omar Hassan El Beshir à l`occasion du lancement
d`un rapport mixte rédigé par le ministère soudanais
de la Coopération internationale et le PNUD, en soulignant les
mesures prises pour la réalisation des Objectifs du millénaire
pour le développement (OMD).
Le gouvernement de Khartoum et l`Armée/Mouvement de libération
du Soudan (SPLA/M) basé dans le Sud, ont signé un accord
de paix majeur en janvier pour mettre fin à deux décennies
d`une guerre civile qui a fait plus de deux millions de victimes, mais
le pays est toujours en proie à des conflits ethniques dans la
région de l`Ouest du Darfour et à l`Est.
Lors de la cérémonie de dimanche, à laquelle ont
assisté des responsables du gouvernement et du SPLA/M, M. Beshir
a déclaré que le Soudan pouvait désormais consacrer
ses ressources à l`amélioration de ses conditions économiques
et sociales, en mettant l`accent sur la lutte contre la pauvreté.
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Septembre 2005
Le Soudan à l’aube d’un retour en arrière
Quebec-alternatives-2 septembre 2005
par : Catherine PAPPAS
Le 30 juillet, la mort « accidentelle » de John Garang,
leader emblématique du Soudan-Sud, moins d’un mois après
son investiture comme vice-président du Soudan, plonge le pays
dans une période de violents affrontements intercommunautaires
qui opposent les populations négro-africaines aux Arabes. Et voilà que
l’angoisse de la reprise de l’une des plus longues guerres
civiles de notre époque ressurgit.
Quelques jours après la mort du chef sudiste, nous avons reçu
cette lettre d’une amie soudanaise, Gihan, décrivant l’atmosphère
régnant au lendemain des émeutes qui ont éclaté dans
la capitale :
«
Jusqu’ici, Khartoum, siège du pouvoir central, avait réussi à commander
une guerre à distance, demeurant ainsi à l’écart
des affrontements armés qui avaient déchiré le Sud.
Au fi l des ans, l’arrivée massive des déplacés
de la guerre avait bouleversé les données démographiques
de la capitale et créé une fragile, mais tolérante,
mosaïque ethnique et religieuse, où églises et mosquées
cohabitaient presque sans heurts. Comme un microcosme, mêlant urbains
et ruraux, Africains et Arabes, villas et bidonvilles, Khartoum refl était
la diversité et les contrastes du pays, le plus vaste du continent.
Outre quelques groupes qui en tiraient profi t, les Soudanais, toutes
ethnies confondues, souhaitaient la fi n de cette guerre commencée à la
veille de l’Indépendance. »
De bien fragiles espoirs
C’est le 9 janvier dernier, à Nairobi, capitale du Kenya,
que le gouvernement de Khartoum et le Mouvement populaire pour la libération
du Soudan (MPLS - ex-rebelles sudistes) ont signé des accords
de paix historiques mettant fi n à la guerre civile qui oppose
le Nord arabo-musulman au Sud chrétien animiste.
Six mois plus tard, la mise sur pied du gouvernement intérimaire
d’unité nationale et d’un gouvernement du Soudan-Sud
a marqué le début d’une période de transition
de six ans, à l’issue de laquelle les sudistes doivent choisir
par référendum entre l’unité ou l’indépendance.
Première pierre de l’édifi cation politique du nouveau
Soudan, une Constitution établit les modalités de partage
des richesses entre les deux régions, la nature des rapports entre
la religion et l’État, le principe de la diversité ethnique
du pays et le droit à l’autodétermination des populations
du Sud, afi n de briser une longue tradition de domination du Nord. L’entente
accorde également au chef sudiste la vice-présidence du
Soudan et un droit de veto sur les décisions de l’actuel
chef d’État, Omar Hassan Al-Bashir.
Mais les incidents qui ont suivi la mort de John Garang révèlent à la
fois la fragilité du processus de paix et les faiblesses de ce
projet unifi cateur. Selon plusieurs analystes, les confl its qui traversent
le Soudan depuis si longtemps, la politique de division pratiquée
par l’administration coloniale britannique et la répression
par les régimes dictatoriaux qui se sont succédés
après l’Indépendance sont autant de facteurs qui
expliquent le désordre permanent dans lequel le pays est enfoncé.
La démocratisation, la reconstruction et la réconciliation
des diverses communautés semblent lointaines. D’autant plus
que l’exploitation des ressources du pétrole a littéralement
jeté de l’huile sur le feu, puisqu’elle engendre des
revenus immenses que les diverses élites, principalement celle
qui contrôle le gouvernement de Khartoum, veulent monopoliser.
En l’absence d’un projet alternatif à cette crise
politique, la mort du principal architecte du processus de paix risque
de plonger le pays dans une nouvelle période d’incertitude
et d’instabilité. Unique signataire de l’accord de
paix au nom du Soudan-Sud, Garang, issu de la tribu Dinka de Bor, la
plus in- Les confl its qui traversent le Soudan depuis si longtemps,
la politique de division pratiquée par l’administration
coloniale britannique et la répression par les régimes
dictatoriaux qui se sont succédés après l’Indépendance
sont autant de facteurs qui expliquent le désordre permanent dans
lequel le pays est enfoncé. fl uente de la région, ne faisait
pas l’unanimité parmi la trentaine de mouvements politiques
et armés du Sud, qui contestaient sa représentativité.
Mais il était l’un des seuls à promouvoir l’unité nationale
au sein d’une fédération. Visionnaire, il réclamait
l’égalité de tous les citoyens - Arabes et Africains,
musulmans, chrétiens et animistes - dans un Soudan unifié.
Cette nouvelle embûche à la paix aura inévitablement
des répercussions sur les laissés-pour-compte des accords
de Nairobi : les victimes de la guérilla de la province du Darfour
où perdure, depuis 2003, un confl it meurtrier, alors que les
deux principaux mouvements rebelles de l’Est du pays menacent de
reprendre la lutte armée.
Car les crises que traverse actuellement le Soudan ne se résument
pas à la lutte Nord- Sud ni à une opposition Arabes contre
Africains, comme il est trop souvent écrit. Elles opposent davantage
un centre à ses périphéries où vivent des
populations qui ont été longtemps marginalisées
par les régimes successifs.
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Septembre 2005
L'Union africaine suspend le déploiement de troupes
au Darfour
Le Nouvel Observateur, 2 septembre 2005
ADDIS ABABA, Ethiopie (AP) -- L'Union africaine a suspendu le déploiement
de soldats de maintien de la paix au Darfour, dans l'ouest du Soudan,
pour près de trois semaines en raison d'une pénurie de
carburant et de pluies torrentielles, a-t-on appris vendredi de source
officielle.
L'organisation prévoyait de renforcer la mission de maintien de
la paix avec le déploiement de plus de 7.000 soldats et policiers
avant la fin du mois de septembre. Mais après la suspension du
programme, qui doit reprendre le 19 septembre, ce déploiement
ne sera pas achevé avant le 22 octobre, selon un communiqué de
l'ambassadeur Ki Doulaye Corentin, chef de la Darfur Integrated Taskforce
(DITF).
Environ 5.500 soldats, observateurs militaires et policiers sont actuellement
déployés au Darfour pour superviser le cessez-le-feu. La
pénurie de carburant est due à la fermeture pour réparation
de la principale raffinerie de Khartoum. Par ailleurs, des pluies torrentielles
s'abattent sur la région, rendant les routes impraticables et
empêchant la construction de casernes.
Le conflit du Darfour a débuté en février 2003.
Les rebelles avaient alors pris les armes pour lutter contre la discrimination
pratiquée à l'encontre des tribus africaines par le pouvoir
arabe de Khartoum. Le régime est accusé d'avoir lancé les
milices arabes, les janjawid, contre les populations civiles, pillant,
violant, massacrant et brûlant. Au moins 180.000 personnes sont
mortes depuis le début du conflit. AP
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Septembre 2005
Deux ans et demi de guerre civile
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Libération, 1er septembre 2005
La guerre civile au Darfour a éclaté en février
2003 lorsqu'un groupe rebelle, le Mouvement de libération du Soudan
(MLS), a pris les armes contre le pouvoir central de Khartoum, reprochant
au gouvernement de marginaliser cette région grande comme la France
et peuplée de 7 millions d'habitants. Le MLS a rapidement été rejoint
par le Mouvement pour la justice et l'égalité (MJE), une
formation d'obédience islamiste, proche de l'opposant Hassan al-Tourabi.
La réaction gouvernementale a été terrible, Khartoum
n'hésitant pas à armer des milices arabes, les Jenjawids.
La guerre a pris un tour ethnique, Arabes contre Africains, toute la
population du Darfour étant musulmane. Mais si on peut parler
de «nettoyage ethnique» et de «crimes contre l'humanité»,
la thèse d'un génocide au Darfour, défendue par
Washington, est beaucoup plus contestée. Ce conflit a causé de
180 000 à plus de 300 000 morts, selon les estimations, et a entraîné le
déplacement de 2,3 millions d'habitants, dont 200 000 réfugiés
au Tchad voisin.
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Septembre 2005
Août 2005
Salva Kiir, nommé vice-président du Soudan,
s’engage à poursuivre le processus de réconciliation
Le Monde, 13 août 2005 ( Jean-Philippe Rémy)
La prestation de serment du successeur de John Garang a eu lieu sans
faste jeudi à Khartoum.
La capitale soudanaise reste marquée par les violences qui ont
suivi la mort du chef sudiste.
Dans le jour finissant, Salva Kiir est entré discrètement
dans Khartoum, pour la première fois depuis vingt-deux ans. Dès
le lendemain matin,j jeudi 11 août, le nouveau chef de l’ex-rébellion
du Sud du Soudan depuis le décès, le 30 juillet, dans un
accident d’hélicoptère, de John Garang, son leader
historique, a prêté serment au palais présidentiel
devenant le vice-président du pays.
La cérémonie a été réduite à sa
plus simple expression. Les troubles déclenchées par l’annonce
de John Garang, le 1er août ont fait officiellement 130 morts dans
le pays, douchant les espoirs de voir s’instaurer rapidement la
paix.
En prêtant serment, Salva Kiir s’est engagé à « préserver
l’unité et la souveraineté du Soudan dans son système
décentralisé », tout en avertissant que l’accord
qui a mis fin à la guerre et instauré une période
de transition de six ans au terme de laquelle les Soudanais du Sud pourrait
décider, par référendum, s’ils souhaitent
faire sécession d’avec le Nord, « n’est pas
un lit de roses ».
En témoignent les rues de Khartoum où, pour la seconde
journée consécutive, des soldats, portant pour certains
le casque lourd, sont restés alignés sur la plupart des
grands axes.
La liesse débridée qui avait accompagnée l’arrivée
de John Garang, un mois plus tôt, n’est plus de mise. Les
traces des violences récentes ont pratiquement été effacées
avant la prestation de serment de Salva Kiir, mais imprègnent
encore les esprits.
Circulant en ville dans son véhicule tout-terrain, Mudawi Al-Turabi,
responsable d’un des principaux partis politiques du Nord, le Parti
démocratique unioniste (PDU) plonge sa main dans sa boite à gants
et en sort un pistolet 9 mm chromé flambant neuf. « C’est
bien la première fois de ma vie que je me sens obligé de
porter une arme à Khartoum, soupire-t-il. J’ai aussi installé un
AK (fusil d’assaut [fusil d’assaut kalachnikow] sur la terrasse
de la maison, pour que ma femme puisse se défendre si je ne suis
pas là ».
De fait, Khartoum regorge d’armes et, dans de nombreux quartiers
de la ville, les nordistes se sont organisés en milices. « Avec
la levée de l’état d’urgence, certains sudistes
se sont peut-être dit que Khartoum était une ville où tout était
possible. Mais la défense des quartiers a été organisée
par des civils et le message est passé. Il y a eu des morts, c’est
regrettable, mais maintenant, on peut s’asseoir autour d’une
table et parler », conclut Mudawi Al-Turabi.
Du côté de l’ex-rébellion comme du Parti du
congrès national (NCP) du président Omar Al-Bachir, la
volonté de calmer les esprits est manifeste. Mais le chemin à parcourir
pour apaiser le Soudan est long. En prêtant serment Salva Kiir
a promis de « créer une atmosphère » pour rendre
l’union avec le Nord « attirante » pour les sudistes.
Une ambition qui fait grincer Ghazi Salahuddin Atabani. L’ancien
conseiller pour les négociations de paix du président Al-Bachir,
désormais à la tête d’un centre d’analyse
politique, s’interroge : « Cinquante and après l’indépendance,
on se demande encore comment faire pour rendre le Nord attractif pour
les sudistes ? Tout est déséquilibré, dans cette
conception. On ne demande pas leur avis aux populations du Nord, que
cela concerne portant ».
Après la prestation de serment, un gouvernement d’union
nationale doit être rapidement constitué. Puis le gouvernement
de la région du Sud devra être nommé à son
tour, pour que l’argent du pétrole comme à lui être
versé. Ainsi prendront vie les institutions de transition. Mais
les sudistes sont déchirés ^par de graves dissensions.
Des milices et des factions pro gouvernementales n’ont pas encore
fait la paix avec l’ex-rébellion. Aldo Deng, important chef
traditionnel pro gouvernemental de l’ethnie Dinka (celle de John
Garand et de Salva Kiir) pour la région d’Aweil, se dit
favorable au nouveau premier vice-président : « Je le connais
depuis des années et je sais qu’avec lui, bien plus qu’avec
John Garang, nous allons pouvoir faire la paix avec tous nos frères
du Sud ».
Dans l’immédiat, le Soudan tente de sortir de son isolement
et de profiter d’une embellie économique portée par
la production du pétrole. Mudawi Al-Turabi explique « Nous étudions
le système mis en place par les Sud-Africains pour intégrer
les Noirs dans l’économie. Il nous faut créer une
classe moyenne de gens du Sud dans ce pays ».
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Août 2005
Août 2005
Le Chef de l’ex-rébellion soudanaise, John Garang,
a été inhumé à Juba
Le Monde 9 août 2005, Jean Philippe Rémy
Le dirigeant sudiste, tué le 30 juillet dans un accident d’hélicoptère,
a reçu l’hommage de ses compagnons d’armes et de ses
anciens ennemis du gouvernement de Khartoum dans la « capitale » du
Sud qu’il n’avait jamais pu prendre au cours de vingt et
une année de guerre.
Juba (Sud du Soudan) de notre envoyé spécial
Chantant, pleurant, criant sa douleur, une foule court en cadence, poing
levé, pour accompagner un homme jusqu’à sa tombe.
Trempés par des ruisseaux de larmes et de sueur, au rythme de
leur pas, combien sont-ils à être venus jusqu’à Juba,
la ville principale du Sud du Soudan, dire adieu à John Garang,
le chef de la rébellion sudiste, tué dans un accident
d’hélicoptère une semaine plus tôt ? Nul
ne le sait, et nul ne s’en préoccupe. Samedi 6 août,
l’heure n’est pas au compte mais à l’effusion
brutale.
Dans cette ville de dénuement où le peu de circulation
se fait sur deux roues, des motos se frayent un chemin aux abords du
cortège étiré sur plusieurs kilomètres, arborant
des drapeaux noirs qui claquent dans le vent de la course. Les rues,
entre la cathédrale protestante où vient d’être
rendu un dernier hommage « officiel » à John Garang
et le mausolée où il doit être mis en terre par les
siens, sont aussi bondés de soldats de deux armées, celle
de la rébellion du Sud et celle du gouvernement du Nord, qui viennent
seulement de cesser de se faire la guerre.
Les irréductibles ennemis de la veille se côtoient pour
la première fois et, doigt sur la gâchette veille à la « sécurité » générale
en se jetant des regards durs. En janvier, John Garang avait signé un
accord de paix historique avec le gouvernement soudanais. Il avait été investi,
le 9 juillet premier vice-président du pays.
John Garang de Mabior a reçu les derniers hommages officiels en
présence de nombreuses délégations, de dignitaires
de Khartoum et de représentants des Eglises qui ont soutenu la
rébellion pendant des années. La veuve du chef de l’Armée
/Mouvement de libération des peuples du Soudan (SPLA/M), ses enfants,
des responsables religieux, le président soudanais Omar Al-Bachir,
précédé par des centaines d’hommes des forces
spéciales, le nouveau chef de l’ex-rébellion, Salva
Kiir, tous ont appelé à la poursuite du processus de paix
et à « l’unité » du pays.
Statut d’exception
La paix toute neuve, en effet semble bien fragile. Pour mettre leur chef
en terre, les troupes de la SPLA ont fait, l’avant-veille, leur
première entrée dans Juba, défendue jusqu’ici
par u ne garnison de 40.000 hommes de l’armée de Khartoum.
L’étrangeté explosive de la situation n’a échappée à personne.
Juba, principale ville du Sud du Soudan, est aussi la seule, tout au
long de vingt et une année de guerre, à n’être
jamais tombée même brièvement, aux mains des rebelles
de John Garang, dont les offensives se sont toujours brisées sur
les défenses de cette enclave gouvernementale en plein Sud.
Juba a subi dans sa chair ce statut d’exception. Transformée
en garnison surarmée pendant deux décennies, ravitaillée
par un pont aérien ou par le Nil, la ville a longtemps vécu
dans l’atmosphère confinée d’une sorte de prison
pour Sudistes, où tout se détériorait peu à peu.
John Garang y repose finalement après avoir été,
pendant trois semaines, premier vice-président du Soudan, numéro
deux d’un régime qui avait été son ennemi
pendant deux décennies. La ville, selon son vœu et les dispositions
de cet accord, doit devenir la capitale de la région autonome
du Sud pour une durée de six ans.
Sans se laisser distancer par le cercueil du défunt leader de
la rébellion, placé sur le plateau d’un camion, Raymond
Ton, 21 ans, qui a déjà marché deux jours depuis
Yei, une autre ville du Sud, pour participer à ce dernier hommage,
regarde les maisons délabrées, les jardins envahis par
les herbes et s’étonne : « John Garang a passé vingt
et un ans dans la brousse et vingt et un jours dans un palais présidentiel.
Je vois Juba pour la première fois, et je me demande comment cela
va pouvoir devenir notre capitale. Cette ville est complètement
abîmée ».
Non loin du mausolée en forme d’étoile que des dizaines
de volontaires ont tenté d’édifier, vaille que vaille,
en trois jours, et qui inachevé, dresse vers le ciel des poutrelles
attendant encore une couche de peinture, des monceaux de douilles d’obus
rouillent dans les herbes.
Alors que la chaleur lourde de la fin d’après midi semble
brouiller jusqu’aux sons, le cercueil de John Garang est descendu
dans la petite crypte au béton encore humide. Quelques instants
après la fin de la cérémonie, la pluie se met à tomber.
La foule d’égaye sous les trombes d’eau, et Juba peut
retourner à ses tourments.
L’annonce de la mort de John Garang, le 1er août , avait
enflammé la vile. Moses Modi, ce jour-là n’a pas
hésité. Dès le matin, l’étudiant a
fait partie de ceux qui ont attaqué les « Arabes »,
dénomination générale, au Sud, des Nordistes. Deux
marchés de la ville, dont les magasins et les échoppes étaient
surtout tenus par des « Arabes » ont été pillés,
puis réduits en cendres qui ont fumé pendant trois jours.
« Ces gens sont nos ennemis »
«
Quand les gens de Juba ont entendu la nouvelle de la mort de leur héros,
ils ont eu leur cœur brisé. A Juba, on attendait l’arrivée
de John Garang depuis le début de la guerre, en 1972. Tout le
monde a pensé qu’il avait été tué par
le gouvernement et nous nous sommes attaqués, par vengeance, à ses
complices, les Arabes », raconte-t-il. Dix-huit personnes ont été tuées.
Les Nordistes de la ville, depuis ont été évacués
vers Khartoum par des avions spéciaux du gouvernement.
Assis devant une minuscule échoppe tenue par un ami « sudiste »,
Peter Bernaba hausse les épaule et commente : « Depuis l’indépendance,
il y a cinquante ans, on a toujours vécu sous le règne
de la torture à Juba, nous les Sudistes. Cette blessure est là pour
longtemps. Ces gens sont nos ennemis, avec ou sans accord de paix ».
En conclusion, il renouvelle ce souhait, ressassé à chaque
coin de rue en ville : « Nous ne demandons qu’une chose :
que le Sud fasse sécession. C’est seulement quand nous serons
séparés des gens du Nord que nous pourrons devenir de bons
voisins ».
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Août 2005
Le temps presse pour le processus de paix nord-sud
Salva Kiir devra prouver sa capacité à assumer le traité conclu
par John Garang à Khartoum
Le Monde, 9 août 2005, Jean-Philippe Rémy
Une chose fait cruellement défaut à Salva Kiir : le temps.
A peine désigné comme successeur de John Garang, chef de
guerre sudiste tué le 30 juillet dans un accident d’hélicoptère,
le général rebelle est venu s’installer, samedi 7
août, à Juba, dans le Sud du Soudan.
La ville doit devenir la capitale de la partie méridionale du
pays, érigée en région autonome à la suite
d’un accord de paix historique signé en janvier par John
Garang. Mais il sera impossible à Salva Kiir de s’y arrêter
longtemps. Pour ne pas abandonner un instant le processus de paix signé en
janvier par John Garang après vingt et une années de guerre,
Salva Kiir devra rejoindre Khartoum dans les plus brefs délais,
afin d’y prêter serment et devenir premier vice-président,
numéro deux du régime.
Cette cérémonie n’est que le prélude à une
série d’étapes successives qui, toutes semblent urgentes.
Un gouvernement d’unité nationale doit être constitué ;
côte à côte, l’ex-rébellion et le pouvoir
de Khartoum doivent aussi travailler à la mise en application
de l’accord de paix global dans ses multiples facettes.
Le temps presse car la mort de John Garang a déjà montré les
risques de dérapage. La colère des Sudistes, à l’annonce
de sa disparition, a aussitôt dégénéré en émeutes
dirigées contre les Nordistes en plusieurs points du pays, faisant
officiellement plus de 300 morts, essentiellement à Khartoum.
Or l’une des difficultés de fond du processus tient à la
manière dont les négociations ont été menées
au Kenya. Sur la fin, lors des ultimes étapes, cruciales, les
discussions ont eu lieu presque constamment en tête à tête
entre John Garang et le vice-président soudanais de l’époque,
Ali Osmane Taha. L’entente entre les deux hommes, inattendue, avait été complète,
au point de leur permettre d’imposer à leurs camps respectifs
des concessions difficilement envisageables a priori, avec comme effet
secondaire de donner naissance à un accord fait « sur mesures » pour
John Garang et sa manière d’envisager l’avenir du
Soudan. Comment, à présent, Salva Kiir va-t-il parvenir à se
glisser dans ce costume qui n’a pas été taillé pour
lui.
L’autre difficulté tient à la personnalité même
du nouveau leader sudiste. Après John Garang, paradoxe vivant,
qui dirigeait la rébellion comme sa propriété personnelle
mais était, dans le même temps porteur d’une vision
puissante pour l’ensemble du Soudan, qu’il entendait réformer
complètement, Salva Kiir représente, lui, la revendication
sudiste.
Crises potentielles
John Garang nourrissait des aspirations nationales, songeant de toute évidence à devenir
un jour, envers et contre tout, le premier président sudiste soudanais.
Son arrivée à Khartoum, en août, l’avait sans
doute conforté dans cette idée. « Il avait commencé à bénéficier
d’une popularité étonnante parmi une partie de l’élite
nordiste, des universitaires aux syndicalistes », note une source
diplomatique. Le temps a manqué pour savoir s’il lui aurait été possible
de capitaliser sur ce début de mutation de chef de guerre en chef
de parti politique susceptible de diriger demain le pays.
A l’inverse, Salva Kiir incarne à la perfection les aspirations
profondes des Sudistes. Ces derniers, dans leur écrasante majorité,
aspirent à la sécession. Si John Garang avait commencé à avoir
son aura nationale et sa popularité s’étendre jusqu’au
Nord, la personnalité de Salva Kiir semble le préparer à l’opposé.
Cela au demeurant, ne présente pas que des inconvénients.
Alors que John Garang, chef historique de la rébellion n’avait
conservé sa mainmise sur celle-ci qu’en y faisant régner
une discipline de fer qui avait même à deux doigts de broyer
Salva Kiir, en novembre 2004, coupable d’avoir pris la tête
d’une fronde, ce dernier de son côté, bénéfice
d’une véritable popularité parmi les siens.
L’observation vaut aussi pour sa réputation dans le Sud.
Salva Kiir devrait se trouver bien mieux placé que John Garang
pour être en mesure de régler les conflits Sud-Sud, qui
menacent de dégénérer en affrontements.
Dans l’immédiat, deux crises potentielles menacent déjà l’accord
de paix. A Abyei, dans la zone intermédiaire entre Nord et Sud,
la délimitation des frontières, en cours, suscite une montée
des tensions. A Bentiu, dans la zone pétrolifère, des tensions
sont également apparues entre les troupes de la SPLA et des milices
sudistes.
Deux tests qui vont demander l’intervention, dans les brefs délais,
du nouveau premier vice-président soudanais.
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Août 2005
Profil de Salva Kiir, le successeur
Le Monde 9 août 2005, Jean-Philippe Rémy
Il était rare de l’apercevoir sans son chapeau de brousse.
Une façon pour le général Salva Kiir Mayardit de
rappeler l’origine de ses galons, conquis sur les fronts de la
guerre entre le Nord et le Sud du Soudan. Le vétéran a
vu son destin s’accélérer lorsque après la
mort de John Garang il a été désigné, le
1er août, pour lui succéder à la tête de l’ex-rébellion
sudiste.
Agé d’une cinquantaine d’années, Salva Kiir
est, comme John Garang, membre de l’ethnie Dinka. De grande taille,
portant une barbe florissante et des scarifications sur le front, il
a été militaire et numéro deux, jusqu’à la
mort de John Garang, de l’Armée/Mouvement de libération
des peuples du Soudan (SPLA/M). Il a toujours semblé écrasé par
l’ombre de son chef. Cela dissimulait son influence, réelle,
sur l’aile militaire de la rébellion.
Salva Kiir incarne l’élan des origines de la SPLA. Il prend
les armes dès les années 1960, au sein de la première
rébellion sudiste, Anyanya. Lorsque les accords d’Addis
Abeba sont signés entre le pouvoir et les chefs de l’Anyanya,
il fait partie des guérilleros intégrés dans l’armée
soudanaise. En 1983, quant la guerre reprend, avec la formation de la
SPLA, Salva Kiir fait partie des pères fondateurs de la rébellion.
Il s’y taille une réputation d’homme d’action.
Anthony Kpandu, qui a passé des années à ses côtés
en brousse et vient de devenir son directeur de cabinet se souvient d’un « chef ». « Il était
merveilleux. Il nous a menés vers de grandes victoires, dans les
situations les plus difficiles, notamment dans le Nil bleu du Sud ».
Cette région a été le théâtre de combats
très durs.
Grâce à son influence et à sa popularité auprès
des responsables du Sud, Salva Kiir a également remporté d’autres
victoires. Il est parvenu à discipliner, dans les années
1990, le Bahr el-Ghazal alors que cette région échappait
de plus en plus à John Garang en raison des dissensions internes.
Il a fait ses armes de négociateur en menant l délégation
de la SPLA dans le cycle de pourparlers qui ont conduit à la signature
du protocole de Machakos, au Kenya, en 2002. Ce texte jetait les bases
du futur accord de paix et, surtout, fixait les règles de l’accès à l’indépendance
du Sud, qui sera soumis par référendum à sa population
après six ans de transition.
Cela sera-t-il suffisant pour tenir, face aux pièges qui l’attendent à Khartoum,
lorsqu’il aura prêté serment en tant que vice-président
? Peut-être Salva Kiir, libéré de l’ombre de
son chef tutélaire, se révélera-t-il alors.
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Août 2005
Le chef du mouvement sudiste a été enterré samedi
L’avenir opaque du Soudan après Garang
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Le Figaro, 8 août 2005, Pierre Prier
Plus de dix mille personnes ont porté en terre le corps du dirigeant
sudiste John Garang, samedi, à Juba, la nouvelle capitale du Sud.
Sur le cercueil de Garang, mort il y a une semaine dans le crash d’un
hélicoptère appartenant au président ougandais Yoweri
Museveni, le président soudanais Omar el-Béchir, a promis
au successeur de Garang, Salva Kiir, « d’appliquer à la
lettre » l’accord de paix signé en janvier à Nairobi
et qui avait mis fin à vingt ans de guerre civile entre le Nord
arabe et le Sud négro-africain.
En vertu de cet accord, Garang, chef militaire et politique du SPLA/M
(Armée/Mouvement de libération du Soudan), était
devenu à la fois le chef de la nouvelle région autonome
du Sud Soudan et le premier vice-président du Soudan, le ays le
plus vaste du continent africain.
Plusieurs chefs d’Etat africains étaient présents,
mais pas celui de l’Ouganda, pourtant impliqué dans le conflit
et sa résolution. Yoweri Museveni avait préféré rouler
la veille plus de mille kilomètres en voiture pour saluer le corps
de Garang, alors exposé dans la ville sudiste de Yei. Il avait
jeté le trouble en « n’excluant aucune hypothèse » pour
expliquer le crash de son propre hélicoptère. Ces remarques
ont provoqué la colère du gouvernement soudanais, qui craint
de voir alimenter les rumeurs de sabotage de l’appareil, causes
d’émeutes sanglantes à Khartoum et dans d’autres
villes.
Museveni ne pouvait sans doute pas anticiper sur les résultats
de l’enquête qu’il a ordonnée en Ouganda, mais
ses déclarations ont renforcé le malaise. Sur la tombe
de John Garang, le président soudanais Omaq el-Béchir a
pour sa part promis la transparence sur les raisons du crash. Une enquête
internationale indépendante est en cours.
Mais sans attendre ces conclusions, les Soudanais d’interrogent
sur l’avenir d’une paix fragile. John Garang enterré les
ennuis commencent : comment remplace un homme qui était pratiquement
le seul de son mouvement à s’être reconverti de chef
politique en chef militaire ? Son successeur, à qui l’on
prête au mieux un rôle de coordinateur, saura-t-il comment
traiter avec les milices arabes pro-gouvernementales qui ravageaient
les villages noirs ?
A la veille de son entrée à Khartoum, Garang avait échoué.
Salva Kiir saura-t-il gérer le Sud Soudan, désormais semi-autonome
qui doit recevoir la moitié des revenus pétroliers, soit
environ 2,5 milliards de dollars au cours actuel ? Le Soudan attend en
outre de voir se déverser les milliards promis par les donateurs
américains et européens. Or, les cadres manquent cruellement,
et les chefs locaux du SPLA se sont jusqu’ici signalés par
leurs talents de prédateurs que par leurs qualités d’administrateurs.
La disparition de Garang obère encore plus l’issue de la
période d’autonomie. Dans six ans, les sudistes devront
choisir par référendum entre l’indépendance
ou l’unité. Garang doté d’une vraie vision
politique, était unioniste. Mais nombre de responsables du SPLA
et beaucoup de jeunes sudistes qui n’ont connu que la guerre rêvent
maintenant d’indépendance. Ilsq y sont encouragés
par l’attitude ambiguë des parrains occidentaux du processus
de paix, qui vont subventionner un Sud doté d’ores et déjà de
son propre drapeau, de son armée, d’une justice indépendante
et de son propre système bancaire.
Au Nord également, le débat sur l’indépendance
couve. Certains, parmi lesquels des membres de la famille du pr& |