Le Soudan dans la Presse

Nous référençons un certain nombre d'articles sur le Soudan
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2006

2005

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Septembre
Octobre
Novembre
Décembre

1er semestre 2005


Décembre 2005

L'Humanité
31 décembre 2005
Regain de violence au Darfour
AMI Mauritanie
31 décembre 2005
Soudan: 50 ans d'indépendance, marqués par des guerres et des dictatures
Xinhuanet
31 décembre 2005
Le président soudanais s'engage à maintenir l'unité de son pays
Libération
30 décembre 2005
Dix réfugiés soudanais tués au Caire
L'Express
30 décembre 2005
Déserteurs et rebelles s'allient contre le régime tchadien
Edicom
30 décembre 2005
Dix morts dans l'évacuation de réfugiés soudanais
Xinhuanet
29 décembre 2005
Les civils au Darfour paient un prix intolérablement élevé (ONU)
Cameroun Tribune
29 décembre 2005
Sauver le Tchad
Le Figaro
28 décembre 2005
L’Union africaine ne doit pas donner de gages à Khartoum !
IRIN
28 décembre 2005
Tchad-Soudan : Obasanjo, président en exercice de l'UA, rencontre le président Deby et l'émissaire soudanais
Jeune Afrique
27 décembre 2005
Accord entre le gouvernement soudanais et les Lions libres
Jeune Afrique
27 décembre 2005
Obasanjo rencontre des délégations du Soudan et du Tchad à propos du Darfour
Le Monde
27 décembre 2005
La crise du régime tchadien menace de dégénérer en guerre avec le Soudan
Tchad Info
26 décembre 2005
Le Soudan doit jouer un rôle moteur pour juguler la crise tchado-soudanaise
La Croix
26 décembre 2005
Le Tchad accuse le Soudan de soutenir une rébellion
Jeune Afrique
25 décembre 2005
Des observateurs militaires burundais pour le Soudan
Jeune Afrique
25 décembre 2005
Deux morts dans un accident d'avion au Soudan
Inter Presse Service
24 décembre 2005
Des femmes renforcent les pourparlers du Darfour
Xinhuanet
24 décembre 2005
Darfour négociations: accord sur l'agenda en cinq point pour la sécurité
Le devoir du Québec
24 décembre 2005
Le Tchad est en «état de belligérance» avec le Soudan
ONU
22 décembre 2005
Reprise des pourparlers sur le Darfour : le Conseil réitère ses injonctions au gouvernement et aux forces rebelles
ONU
22 décembre 2005
Reprise des pourparlers sur le Darfour : le Conseil de Sécurité réitère ses injonction au gouvernement et aux forces rebelles
L'Humanité
22 décembre 2005
Au Tchad, que fait paris ?
Libération
21 décembre 2005
Au moins 300 morts dans les combats contre une rébellion venue du Darfour.
Le Monde
21 décembre 2005
L’armée tchadienne repousse des rebelles venus du Soudan
Télévision Suisse Romande
20 décembre 2005
Plus d'un million d'enfants du Darfour n'ont pas accès à l'aide
Le Figaro
20 décembre 2005
Le pouvoir tchadien menacé par la rébellion
IRIN
19 décembre 2005
Tchad : Le gouvernement tchadien accuse le Soudan après l'attaque d'Adré
La Croix
15 décembre 2005
Les viols ont pris une proportion alarmante et menacent gravement la survie des familles.
La Croix
15 décembre 2005
Le pouvoir soudanais à nouveau accusé au Darfour
Xinhuanet
10 décembre 2005
Un nouvel oléoduc inauguré au Soudan
IRIN
08 décembre 2005
Nigeria – Soudan : Les nouvelles exigences des rebelles bloquent les pourparlers de paix
ONU
08 décembre 2005
Le Secrétaire général des Nations unies de nouveau gravement préoccupé par la détérioration de la situation au Darfour
Irin
08 décembre 2005
Nigeria – Soudan : Les nouvelles exigences des rebelles bloquent les pourparlers de paix
All Africa Com
08 décembre 2005
Le Secrétaire général des Nations Unies de nouveau gravement préoccupé par la détérioration de la situation au Darfour
Inter Press Service
2 décembre 2005
Des groupes de défense de droits recommandent une action de l'ONU au Soudan
Début de page

Regain de violence au Darfour

La région, déjà meurtrie par un nettoyage ethnique, connaît de nouvelles tensions, sans que la communauté internationale manifeste l’intention d’agir. Les pays voisins commencent à intervenir dans la guerre civile.

L’Humanité, 31 décembre 2005

« La menace de l’anarchie totale se rapproche. » Cette phrase de Kofi Annan date de la mi-novembre, mais elle traduit bien l’inquiétude du secrétaire général de l’ONU devant la dégradation, depuis la fin de l’été, de la situation au Darfour, province de l’Ouest soudanais, où une campagne de violence à caractère ethnique menée par le gouvernement et ses milices en 2003-2004 a causé 300 000 morts et le déplacement de plus d’un million de personnes. « Les choses se sont compliquées, nous n’avons plus à faire à une simple opposition entre d’un côté le gouvernement et les djindjawids et de l’autre les rebelles darfouriens », résume Jérôme Larché, responsable de la mission « Soudan » de Médecins du monde. Le Mouvement de libération du Soudan (SLM), l’un des deux groupes armés qui ont lancé début 2003 l’offensive contre le pouvoir central, a explosé en deux factions, accroissant sur le terrain la mobilisation des troupes et la multiplication des accrochages. Au terme de nombreuses médiations, le SLM est arrivé uni aux négociations entamées en fin novembre avec le gouvernement. Mais « la division du SLM est profonde, car les deux groupes ethniques qu’elle oppose, les Four et les Zaghawa, n’ont pas d’intérêts communs », souligne Marc Lavergne, géographe au CNRS. Par ailleurs, un troisième groupe rebelle, le MNRD, apparu en cours de conflit et sans doute en partie instrumentalisé par le Tchad, mène lui aussi des actions militaires. Autre source d’inquiétude, la présence de groupes armés tchadiens opposés au président Déby qui, depuis quelque temps, redoublent d’activité à la frontière entre les deux pays, avec le risque souligné par l’ONU de voir « les liens ethniques transfrontaliers conduire à une internationalisation du conflit ». À ces mouvements rebelles, s’ajoute la multiplication des actes de banditisme. Quant à la guerre menée par le gouvernement soudanais et les milices djindjawids pour nettoyer la région des civils sédentaires, elle n’a plus le caractère massif qu’elle a eu en 2003-2004, mais elle continue. Groupes de djindjawids qui rôdent autour des camps de réfugiés, offensives sur des villages isolés, intrusion de militaires dans les camps, viols de femmes par des éléments de l’armée ont repris à une moindre échelle. Ainsi, le 20 décembre dernier, l’ONU a encore déploré le meurtre de 20 civils et la destruction d’un village par un groupe d’environ 500 djindjawids. Rien que ces dernières semaines, ces violences ont drainé au moins 20 000 nouveaux déplacés sur les routes.

Ce regain de violence ne semble inquiéter personne. Il est loin l’été 2004, quand l’administration américaine, en pleine campagne électorale, brandissait à la face du monde le terme « génocide » et quand le Conseil de sécurité multipliait les résolutions et les menaces de sanctions contre le gouvernement soudanais. Comme l’a noté un journaliste du Weekly Standard, lors de son voyage début novembre au Soudan, Robert Zoellick, vice-secrétaire d’État américain, a préféré qualifier le conflit de « guerre tribale ». La version utilisée dès le départ par Khartoum pour camoufler ses responsabilités. L’impossibilité de se rendre au Darfour faite à la Cour pénale internationale, pourtant dotée pour la première fois de son histoire d’un mandat émanant d’une résolution du Conseil de sécurité, n’a suscité que de vagues protestations verbales. Les pays occidentaux semblent se satisfaire de laisser la mission de l’Union africaine gérer la situation sur le terrain. Mais avec un peu moins de 7 000 hommes pour un territoire grand comme la France, au lieu des 13 000 prévus, celle-ci, devenue à son tour en octobre cible d’attaques, peine à avoir une présence efficace. Non seulement elle manque de fonds, mais Khartoum multiplie les obstacles. Après avoir imposé un test antisida à tous les soldats de l’UA, le gouvernement soudanais a empêché pendant des mois la livraison de véhicules blindés, finalement survenue mi-novembre. L’avenir est aussi un sujet d’inquiétude. Mi-décembre, l’UA a lancé un cri d’alarme signalant que malgré les dons déjà effectués, elle n’avait pas assez de fonds pour continuer sa mission au-delà du moi de mars. Ce qui n’a pas empêché le Congrès américain de refuser d’allouer les 50 millions de dollars demandés pour l’UA par l’administration Bush. Si elle était confirmée, la tenue en fin janvier à Khartoum du prochain sommet de l’UA, et la possible attribution de sa présidence au Soudan, conduisent de plus à mettre en doute la volonté politique de l’organisation.

Khartoum peut donc se frotter les mains. Pour ne pas risquer la déstabilisation du pays, et permettre l’application des accords signés l’année dernière, après près de vingt ans de guerre, entre le gouvernement et les rebelles du Sud Soudan, la communauté internationale semble avoir abandonné les populations du Darfour. Le rôle central des plus hautes autorités du pays dans la campagne de nettoyage ethnique menée dans la région est encore récemment détaillé dans un rapport de l’organisation Human Rights Watch, mais cela n’y change rien. Preuve de cette volonté de ménager le régime, la liste de 50 responsables d’exactions, dans laquelle doivent figurer des membres du gouvernement, n’a jamais été rendue publique. Et personne ne semble vouloir qu’elle le soit.

Camille Bauer

Décembre 2005


Soudan: 50 ans d'indépendance, marqués par des guerres et des dictatures

AMI, Mauritanie, 31 décembre 2005

Khartoum, 31 décembre 2005 - Le Soudan va célébrer dimanche le jubilé de son indépendance, cinquante ans marqués par les guerres et les dictatures, depuis la fin du condominium égypto-britannique sur le pays, le 1er janvier 1956.
Le pays a connu environ quarante ans de régimes militaires et seulement dix ans de démocratie, marqués par des querelles partisanes et des agitations sociales. A l'occasion de cet anniversaire, le président Omar Hassan el-Béchir doit s'adresser samedi à la nation.
Dès sa création, le Soudan, dominé par les Arabo-musulmans au nord, a dû se battre pour maintenir son intégrité territoriale contestée par diverses ethnies africaines au sud et à l'ouest.
Immédiatement après 1956, une guerre civile éclate dans le Sud, animiste et chrétien, en faveur d'un État distinct.
Pendant les premières années de l'indépendance, le Soudan bénéficie d'un régime parlementaire dirigé par le chef du Parti national unioniste, Ismaïl al-Azhary, allié au parti El-Oumma.
Mais en 1958, l'armée porte au pouvoir le général Ibrahim Abboud, renversé en octobre 1964, à la suite d'émeutes populaires. La chute du régime militaire permet le rétablissement provisoire de la démocratie.
En mai 1969, le colonel Jaafar al-Nemeyri s'empare du pouvoir. Il va demeurer 16 ans à la tête de l'Etat, survivant à plusieurs tentatives de coups d'Etat.
Le règne de Nemeyri est marqué par la répression. Il ordonne des milliers d'arrestations et fait exécuter des opposants, parmi lesquels Joseph Garang, l'ancien ministre des Affaires du Sud, et le secrétaire général du Parti communiste, considéré alors comme le plus puissant d'Afrique, Abd el-Khaleq Mahjoub.
L'économie connaît une crise grave en raison d'une lourde dette publique et de la hausse continue du coût de la vie qui fait fondre la monnaie locale.
Le Soudan connaît aussi dix ans de paix sous Nemeyri, qui négocie un cessez-le-feu avec les sécessionnistes du Sud, conduits par le mouvement Anya-Nya, et leur accorde l'autonomie en 1972.
Mais les Sudistes se rebellent de nouveau en 1983, refusant le découpage de leur région en trois provinces et l'entrée en vigueur de la charia. Ils s'unissent autour du colonel John Garang contre Khartoum.
Le colonel Nemeyri est renversé en avril 1985 à la suite d'un soulèvement populaire, alors qu'il se trouve aux Etats-Unis pour des examens médicaux.
Après une période de transition, la démocratie est rétablie. Sadeq el-Mahdi, chef de file du parti El-Oumma, est élu Premier ministre en 1986.
La guerre avec le Sud s'intensifie et la situation économique s'aggrave en raison notamment des ravages de la famine et des crues exceptionnelles du Nil.
En juin 1989, le général Omar Hassan el-Béchir prend la tête d'un régime militaire islamiste qui réprime durement l'opposition.
En janvier 2005, un accord de paix est signé entre Khartoum et la rébellion sudiste, mettant fin à une guerre qui a fait 1,5 million de morts et 4 millions de déplacés et réfugiés.
Mais entre-temps, un autre conflit éclate, au Darfour, dans l'ouest du pays. Depuis février 2003, des groupes rebelles d'ethnies noires s'opposent à Khartoum, allié à des milices arabes.
Le conflit a fait entre 180.000 et 300.000 morts et déplacé plus de deux millions de personnes. Il s'agit selon l'Onu de la "plus grande tragédie humanitaire au monde".
L'est du pays s'est également soulevé contre Khartoum pour protester contre sa marginalisation.
Malgré l'entrée en production des champs pétroliers du sud, qui couvrent la consommation locale et permettent l'exportation de près de 300.000 barils-jour, le Soudan est considéré comme un des pays les plus pauvres de la planète.

Décembre 2005


Le président soudanais s'engage à maintenir l'unité de son pays

Xinhuanet, Khartoum, 31 décembre 2005

Le président soudanais Omar el-Bashir s'est engagé samedi à maintenir l'unité de son pays à tout prix.
Dans un discours prononcé à la nation à l'occasion du 50e anniversaire de l'indépendance du Soudan, M. Bashir a réaffirmé la volonté du gouvernement d'appliquer l'accord de paix qui a mis fin à plus de deux décennies de guerre civile.
« Nous sommes fermement déterminés à appliquer ce dont nous avons convenu jusqu'à ce que l'unité devienne un choix attirant pour la population du nord et du sud" du pays, a-t-il indiqué.
M. Bashir a fait remarquer que le Soudan avait un rôle à jouer dans la région arabe et sur le continent africain, soulignant que son pays s'engageant à approfondir la coopération afro-arabe dans les domaines politique et économique.
Le gouvernement soudanais fera ses efforts pour assurer un succès complet d'un sommet africain en janvier 2006 et d'un sommet arabe deux mois plus tard, qui doivent se dérouler à Khartoum, a-t- il ajouté.

Décembre 2005


Dix réfugiés soudanais tués au Caire

Libération, avec AFP et Reuteurs, 30 décembre 2005-

Dix personnes sont mortes écrasées vendredi matin lors de l'évacuation par la police anti-émeutes égyptienne d'environ 3.000 réfugiés et demandeurs d'asile soudanais qui campaient depuis trois mois devant les bureaux de l'Onu

Ils ne voulaient pas rentrer chez eux, au Soudan. Ils étaient plusieurs milliers de réfugiés à camper depuis trois mois devant des bureaux de l'Onu dans un quartier huppé du Caire. Vendredi matin, la police anti-émeutes égyptienne est intervenue manu militari pour les déloger du petit parc où ils s'étaient installés. Dans la bousculade qui s'en est suivie, des dizaines de personnes ont été piétinées. Bilan : dix morts, dont plusieurs enfants et personnes âgées, une vingtaine d'autres blessées. Vingt-trois policiers égyptiens ont également été blessés dans la bagarre.
D'après les témoins et les journalistes sur place, les policiers ont voulu forcer les réfugiés soudanais, parmi lesquelles des dizaines de femmes et enfants, à monter dans des bus garés non loin de là. Résistance, panique dans la foule. «Ils veulent nous tuer», a crié l'un d'eux. «Nos demandes sont légitimes, c'est notre droit de manifester ici, le seul droit que nous ayons», a continué l'homme, cité par l'AFP.
Quelques heures auparavant, les autorités égyptiennes avaient tenté, en vain, de persuader les protestataires de quitter les lieux. Depuis fin septembre, ils sont environ trois mille à réclamer le statut de réfugié politique et le droit d'immigrer vers un pays étranger. Déboutés par le Haut Commissariat de l'Onu pour les réfugiés (HCR), ils demandent qu'on les aide à s'installer aux Etats-Unis, au Canada ou en Australie.
Mais l'Onu considère que sa mission ne consiste pas à favoriser l'immigration pour raisons économiques. Pour le HCR, ces Soudanais chassés par la guerre doivent à présent retourner dans leur pays. Après vingt-et-un ans de guerre civile, un accord de paix a été signé au début de l'année entre le gouvernement de Khartoum et la rébellion du sud. Même si rien n'est réglé au Darfour, dans l'ouest du pays, où les violences contre les civils continuent. Le rapatriement des premiers volontaires au retour a commencé le 19 décembre dans le sud- Soudan. Au total, le conflit a provoqué le déplacement de quelque quatre millions de Soudanais.

Décembre 2005


Déserteurs et rebelles s'allient contre le régime tchadien

L’Express, 30 décembre 2005,

Des groupes rebelles tchadiens opposés au président Idriss Déby ont annoncé avoir formé une alliance militaire pour tenter de le renverser, accentuant la pression sur le régime de N'Djaména qui accuse le Soudan de soutenir les insurgés.


Ces huit groupes, dont l'un est constitué de déserteurs de l'armée tchadienne et dont un autre a attaqué ce mois-ci la ville d'Adré, à la frontière soudanaise, ont décidé de mettre en commun leurs effectifs et leurs armes pour "débarrasser le Tchad de la dictature d'Idriss Déby", selon un communiqué conjoint.
" Chaque groupe avait ses forces, ses hommes, ses matériels (...) Maintenant, on va unir tout", a déclaré par téléphone à Reuters Abdullahi Abdel Karim, porte-parole du Rassemblement pour la démocratie et la liberté (RDL).
Confirmant le communiqué conjoint, qui a aussi été diffusé sur des sites internet relatifs au Tchad, Abdel Karim a dit que la nouvelle alliance, baptisée "Front uni pour le changement démocratique", avait été formée au cours d'une réunion tenue du 26 au 28 décembre à Modeina, dans l'est du Tchad.
Elle doit être dirigée par le capitaine Mahamat Nour, du RDL, dont les forces ont attaqué Adré le 18 décembre. Le gouvernement de N'Djamena a dit avoir repoussé cette attaque en infligeant de lourdes pertes aux rebelles, mais le RDL affirme avoir effectué un repli tactique et préparer d'autres opérations.
L'alliance rebelle paraît représenter une menace insurrectionnelle grandissante pour Déby, ancien cadre de l'armée tchadienne arrivé au pouvoir après avoir lui-même lancé une rébellion armée contre le régime de Hissène Habré à partir de l'est du pays.

Désertions

Depuis l'attaque du 18 décembre, Déby accuse le Soudan d'appuyer les rebelles, ce que Khartoum dément.
" Déby cherche un bouc émissaire" parce qu'il voit maintenant l'opposition se renforcer, a déclaré Abdel Karim à Reuters. "Notre problème est un problème tchadien."
Abdel Karim a assuré que la nouvelle alliance pouvait mobiliser "non moins de 10.000 hommes", mais il n'existe aucune évaluation fiable des effectifs réels de la rébellion.
Après avoir survécu l'an dernier à une mutinerie, Déby a dû faire face cette année à une série de désertions des rangs de l'armée. La dernière a concerné en septembre un groupe baptisé "Socle pour le changement, l'unité nationale et la démocratie" (Scud), qui fait également partie de l'alliance anti-Déby.
En butte aux désertions et aux trahisons intérieures, le président tchadien est de surcroît menacé par les retombées du conflit qui ravage la région soudanaise du Darfour.
" Son régime est vulnérable", a confié à Reuters Suliman Baldo, directeur du programme Afrique de l'International Crisis Group, en ajoutant qu'une lutte semblait déjà se profiler dans le camp de Déby pour prendre la relève.
Déby appartient au groupe ethnique Zaghawa, établi au Tchad et au Soudan. Après la révolte de 2003 au Darfour contre le gouvernement arabe de Khartoum, des Zaghawas soudanais ont été au nombre des Africains pris pour cibles par des milices arabes au service de Khartoum.
Déby a procédé à un remaniement à la tête des forces armées en novembre, deux jours après l'attaque de bases militaires à N'Djamena. En octobre, il avait dissous sa Garde républicaine et mis sur pied une unité spéciale pour sa sécurité personnelle

Décembre 2005


Dix morts dans l'évacuation de réfugiés soudanais

Edicom, Le Caire, 30 décembre, 2005 - Au moins dix réfugiés soudanais ont été tués lors de l'évacuation par la police de centaines de Soudanais qui campaient devant des bureaux de l'ONU au Caire. Ceux-ci exigeaient d'être transférés vers des pays tiers.
Quelque 2000 policiers anti-émeutes, selon des témoins, sont intervenus à l'aube pour disperser les centaines de Soudanais qui campaient depuis plus de trois mois devant le Haut Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR), dans un petit parc de la place Mustapha Mahmoud, dans le quartier de Mohandessin.
«Il y a eu une panique qui a fait trente blessés chez les manifestants. Ils ont été immédiatement transportés à l'hôpital où dix d'entre eux sont décédés», a indiqué le ministère égyptien de l'intérieur dans un communiqué. «La plupart» des victimes sont «âgées ou jeunes», a-t-il précisé.
Le chef des services ambulanciers locaux, qui a requis l'anonymat, a de son côté affirmé que vingt corps avaient été acheminés dans des centres médicaux.
Les manifestants dénonçaient les mauvais traitement dont ils ont fait l'objet en Egypte et réclamaient que le HCR revienne sur les demandes d'asile qu'il a rejetées et qu'il les installe à l'étranger. L'agence a proposé de leur fournir davantage d'aide mais a refusé de les installer dans des pays tiers.
La plupart des Soudanais ont été conduits dans un camp militaire, à Tora Balad, à quelque trente kilomètres au sud de la capitale. Environ 30 000 réfugiés soudanais sont enregistrés en Egypte mais des sources officieuses avancent que la population migrante est de deux millions.

Décembre 2005


Les civils au Darfour paient un prix intolérablement élevé (ONU)

New York (Nations unies), 29 décembre 2005 (XINHUANET) -- Un dernier rapport du secrétaire général de l'ONU souligne que les civils au Darfour paient un prix intolérablement élevé à cause de l'aggravation de la situation depuis septembre.
" Les civils continuent à payer un prix intolérablement élevé en raison des assauts récurrents des parties en conflit, de la reprise de la tactique de la 'terre brûlée' par les milices et de l'action militaire massive du gouvernement", déplore le secrétaire général dans son rapport au Conseil de sécurité sur la situation au Darfour.
" Les attaques à grande échelle contre des civils continuent, les groupes armés poursuivent leur pratiques de viols contre les femmes et les jeunes filles, de plus en plus de villages sont brûlés, et des milliers de personnes sont forcées de quitter leur logement", indique le rapport.
Dans le rapport, le secrétaire général fait par ailleurs état de l'urgence de la situation concernant les attentes des populations civiles.
" Nous approchons de la fin de l'année 2005, la deuxième année complète du conflit au Darfour, nous devons reconnaître que les besoins les plus pressants des millions de personnes touchées par la guerre resteront sans réponse, notamment en ce qui concerne leur protection et leur sécurité", a-t-il insisté.
Le secrétaire général a de nouveau invité le gouvernement soudanais à prendre des mesures décisives pour palier à ces échecs manifestes. "Toutes les atrocités commises au Darfour doivent être condamnées dans les plus bref délais", a-t-il ajouté.
Il a exhorté enfin à accroître par tous les moyens possible le soutien apporté à la mission de l'Union africaine au Soudan (MUAS) et aux efforts de protection des populations dans toute la région.
Jeudi, le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) avait publié son rapport, rappelant que "chaque jour, plus de 3 millions d'enfants sont affectés par le conflit en cours au Darfour, où ils sont particulièrement vulnérables à la malnutrition, à la maladie et à la violence".

Décembre 2005


Sauver le Tchad

Cameroon Tribune (Yaoundé) 29 Décembre 2005

Ndzinga Amougou

Conformément à la devise selon laquelle l'offensive constitue la meilleure attaque, le chef de l'Etat tchadien, Idriss Deby qui considère que son pays est désormais en état " de belligérance " avec le voisin soudanais, a rapidement pris les devants pour mettre tout le monde de son côté et isoler au maximum son adversaire.
C'est en tout cas ainsi que l'on peut expliquer l'offensive diplomatique qu'il vient d'engager non seulement envers l'Union Africaine (UA), mais aussi envers la Communauté économique et monétaire de l'Afrique Centrale (CEMAC) et même l'Organisation de la conférence islamique (OCI). Après l'attaque le 18 décembre dernier de la ville frontalière d'Adré par des bandes rebelles venues du Soudan, le Tchad est convaincu plus que jamais que Khartoum non seulement abrite mais soutient aussi militairement les opposants à son régime. Un rapport très complet à ce sujet a d'ailleurs été remis avant-hier au président de l'UA, le chef de l'Etat nigérian Olusegun Obasanjo.
L'attaque du 18 décembre n'est que le dernier épisode du long feuilleton des mauvaises relations qui depuis l'année dernière ternissent les relations entre les deux pays et qui a atteint son point culminant le 7 avril 2005 lors d'une attaque du village de Madayoun dans l'est du pays par des assaillants venus du Soudan. Le président Deby avait alors accusé les djandjawids, les milices arabes soudanaises d'avoir fait le coup.
Depuis cette époque le chef de l'Etat tchadien fait face à une méchante loi des séries. Après les défections d'officiers et des militaires de la garde républicaine, membres de son ethnie, les Zaghawas, il a encore dû faire face au départ de trois piliers du régime, les frères jumeaux Tom et Tidane Erdimi, neveux du président, et le colonel Ali Orozi. Avec plusieurs de leurs hommes, ils ont rallié le Socle pour le Changement, l'Unité et le Démocratie (SCUD). Si l'on y ajoute la démission du chef de l'Etat-major, le général Seby Aguid passé lui aussi à la rebellion, on comprend tout de suite que la situation est potentiellement explosive chez notre voisin du nord, et qu'on ne peut pas attribuer tous les malheurs du Tchad au seul Soudan. On ne peut donc que se réjouir en apprenant qu'une commission d'enquête de l'Union Africaine sera mise sur pied pour étudier en profondeur ce différend qui oppose deux pays qui ont toujours vécu en bonne intelligence, et qui appartiennent tous les deux aux mêmes organisations internationales. C'est ainsi que nos ancêtres réglaient leurs différends, par le dialogue et la concertation et non par les armes

Décembre 2005


L’Union africaine ne doit pas donner de gages à Khartoum !

Par Simone Dumoulin, Jacques Julliard, Bernard Kouchner, Jacky Mamou Dominique Sopo*

Le Figaro, 28 décembre 2005

Le prochain sommet de l'Union Africaine est annoncé en janvier à Khartoum au Soudan. La candidature d'Omar el-Béchir, le président soudanais, est évoquée pour diriger l'organisation africaine. Ce n'est une bonne nouvelle ni pour les populations qui ont subi les violations massives des droits de l'homme au Soudan ni pour ce continent.
Le régime de Khartoum a été mis en place d'une manière illégitime en 1989 après un coup d'Etat militaire des partisans du Front islamiste national. Pourtant quelques mois auparavant ce courant politique n'avait, recueilli les suffrages que de 9 % des électeurs lors des élections. Omar el-Béchir a alors interrompu le processus de paix et prolongé la guerre opposant Khartoum aux chrétiens et aux animistes du Sud auxquels il voulait imposer la charria. Deux millions de personnes ont été tués dans ce conflit, un million d'autres s'est réfugié dans les pays voisins. Beaucoup de jeunes sudistes ont été capturés et réduits en esclavage. L'armée et les milices gouvernementales ont été accusées de crimes de guerre et contre l'humanité par les défenseurs des droits de l'homme.
Les populations Noubas ont été exterminées en masse et les survivants chassés de chez eux. Les Nuers et les Dinkas des régions pétrolifères du Haut-Nil ont été décimés. Khartoum avait été alors accusé de génocide par les défenseurs des droits de l'homme.
Pendant que la communauté internationale se réjouissait des pourparlers de paix entre la rébellion sudiste et le gouvernement de Khartoum, un petit groupe armé, l'Armée de libération du Soudan (SLA), a attaqué des positions gouvernementales pour demander, non pas l'indépendance de la région, mais une meilleure prise en compte de ses besoins.
Une répression d'une brutalité extrême s'est abattue sur les populations des ethnies africaines, Fours, Massalits ou Zaghawas. Kofi Annan avait alors évoqué « l'enfer sur terre ». En quelques mois les milices de certaines tribus arabes nomades coordonnées avec l'armée et notamment ses moyens aériens, ont fait mourir 300 000 personnes et chassé de leurs terres près de 3 millions d'autres.
Les viols des femmes et des fillettes sont utilisés comme une arme de terreur contre les populations. Une enquête des Nations unies avait conclu à des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité. La Cour pénale internationale a été saisie par le Conseil de sécurité et une instruction judiciaire est en cours concernant 51 dirigeants soudanais dont on ne connaît pas les noms.
L'ONU après maintes résolutions condamnant Khartoum et lui demandant de faire cesser les tourments sur les civils, a délégué aux troupes de l'Union africaine, l'Amis, un mandat d'observation. Son plus haut responsable au Soudan, Baba Gan Kungibe a dénoncé non seulement le fait que les véhicules de l'armée soudanaise soient peints en blanc comme ceux de l'Amis, mais aussi que les attaques contre les civils continuent.
Faut-il dans ces conditions accorder au Soudan le prestige d'accueillir le sommet de l'Union africaine ? Comment tenir une réunion si importante dans un pays qui est accusé de complicité de crimes contre l'humanité ? Quel message veut donc envoyer l'Union africaine en se réunissant dans un pays dont le gouvernement continue à poursuivre ce que le secrétaire général-adjoint de l'ONU, Jan Egelland, a nommé une « purification ethnique » ?
Qui pourrait comprendre que le Conseil de sécurité ait exhorté lors de plusieurs résolutions, mais sans succès, le gouvernement soudanais à désarmer les milices et que ce dernier soit ainsi honoré ?
Le comble serait atteint si la candidature du président soudanais pour mener aux destinées de l'organisation africaine devait être retenue. Les troupes africaines d'observation seraient alors sous commandement d'un des protagonistes du conflit et seraient empêchées d'agir. Le médiateur pour la paix serait le principal responsable des horreurs commises contre les civils.
C'est absurde !
De plus la liste des accusés des crimes de guerre et de crimes contre l'humanité au Darfour n'est pas connue pour l'instant. Il n'est pas impossible dans ces conditions que le président soudanais lui-même ou des responsables de son entourage soient inculpés ! C'est ce que vient d'ailleurs de demander Human Rights Watch. Quelle crédibilité pourrait alors avoir l'Unité africaine si elle était dirigée par une pareille équipe ?
Dans le protocole relatif à la création d'un Conseil de paix et de sécurité, adopté à Durban le 9 juillet 2002, l'Unité africaine s'est engagée à respecter « l'état de droit, les droits fondamentaux de l'homme et des libertés, le respect du caractère sacré de la vie humaine ainsi que le Droit international humanitaire » (article 4). Depuis longtemps le gouvernement du Soudan viole d'une manière massive et systématique ces droits.
Ce même document « recommande l'intervention de l'Union africaine dans un Etat membre dans certaines circonstances graves à savoir les crimes de guerre, le génocide et les crimes contre l'humanité » (article 7).
Ce sont justement ces circonstances qui ont conduit l'envoi de troupes de l'Amis au Soudan.
Les gouvernements africains sont souverains dans leurs choix. Mais tous les amis de l'Afrique, tous les partisans des droits de l'homme sont convaincus qu'une partie importante se joue là. Si Khartoum était désigné et qu'Omar el-Béchir était choisi, un voile de honte recouvrirait l'Union africaine. Il est encore temps d'y réfléchir!

* Respectivement présidente de Vigilance-Soudan, historien-journaliste, ancien chef de la Mission de l'ONU au Kosovo, président du collectif Urgence-Darfour, et président de SOSracisme.

Décembre 2005


Tchad-Soudan : Obasanjo, président en exercice de l'UA, rencontre le président Deby et l'émissaire soudanais


Abuja, le 28 décembre 2005 (IRIN)

Le chef d’Etat nigérian et président en exercice de l’Union africaine (UA), Olusegun Obasanjo, a rencontré mardi le président tchadien Idriss Deby pour tenter de désamorcer la crise entre le Tchad et le Soudan voisin.
Cette rencontre intervient après que les autorités tchadiennes aient déclaré qu’elles étaient en “état de belligérance ” avec le Soudan, un pays qu’elles tiennent pour responsable de l’attaque lancée contre la ville frontalière d’Adré.
La visite de M. Deby – invité dans la ferme de M. Obasanjo située dans le sud-ouest du Nigeria – a coïncidé avec celle de l’envoyé spécial soudanais, a indiqué le porte-parole du président nigérian, Remi Oyo.
« En sa qualité de président en exercice de l’UA, M. Obasanjo a rencontré séparément M. Idriss Deby et l’envoyé spécial du président soudanais, et a abordé avec eux le différend opposant les deux Etats voisins », a expliqué le porte-parole.
Le Tchad et le Soudan s’accusent mutuellement depuis quelques temps de soutenir des mouvements rebelles. Récemment, le Tchad a accusé le Soudan d’être responsable de l’attaque du 18 décembre contre la localité d’Adré, à l’Est du Tchad.
Lundi, le président Deby avait déclaré lors d’un point de presse à Ndjaména, la capitale, que le gouvernement soudanais préparait de nouvelles attaques contre le territoire tchadien et que plus de 50 véhicules militaires soudanais étaient massés à El-Geneina, dans la région ouest du Darfour.
M. Deby a fait ces révélations après avoir entretenu le président centrafricain Francois Bozizé de la situation avec le Soudan qui, selon le chef d’Etat tchadien, « constitue une menace pour la sous-région ».
« Il n’est pas exclu que le gouvernement de Khartoum répète encore une autre agression contre le Tchad », a déclaré M. Deby. « C’est ce qu’il est en train de préparer à El-Geneina ».
« C’est bien une inquiétude, pas seulement pour le Tchad, mais pour tous les pays voisins du Soudan », a ajouté M. Deby.
Et pour le président Bozizé, « tout ce qui se passe ou qui touche le Tchad a des répercussions sur la République Centrafricaine ».
Une délégation de l’UA a séjourné le week-end dernier à N’djamena avant de continuer au Soudan.
Au cours d’un point de presse, le ministre tchadien de la Communication, Moussa Doumgor, a appelé la Communauté des Etats Sahélo-Sahariens (CEN SAD), la Communauté économique et monétaire des Etats d’Afrique centrale à condamner le Soudan qui, selon lui, a armé, équipé et encadré les colonnes qui ont attaqué Adre, « à bord de Toyota flambant neufs avec des armes lourdes livrées quelques jours plus tôt par le ministre soudanais de la Défense ».
Le Tchad, à plusieurs reprises, a indiqué qu’il exercerait son droit poursuite au-delà de ses frontières. Après l’attaque de la localité d’Adré, les forces tchadiennes auraient poursuivi les rebelles jusqu’en territoire soudanais et y auraient détruit certaines de leurs bases.
Ancien officier de l’armée, le président Deby fait face actuellement à des dissensions au sein des forces armées tchadiennes. Depuis octobre dernier, il tente de contrôler les groupes de soldats qui ont déserté l’armée pour rejoindre les mouvements rebelles implantés dans l’Est du pays où, près de 200 000 hommes, femmes et enfants ayant fui la région du Darfour, au Soudan, vivent dans des camps de réfugiés.

Décembre 2005


Accord entre le gouvernement soudanais et les Lions libres

Jeune Afrique, 27 décembre 2005

Le gouvernement soudanais et l'Organisation des Lions libres de l'est du Soudan ont annoncé lundi à Tripoli, en présence du guide Mouammar Kadhafi, être parvenus à un accord à l'issue de leurs pourparlers qui se sont déroulés du 24 au 25 décembre dans la capitale libyenne.
Le guide Mouammar Kadhafi, parrain des négociations, a reçu le procès-verbal de cet accord au cours de l'audience qu'il a accordée lundi aux délégations des deux parties.
La délégation du gouvernement soudanais était conduite par le secrétaire aux Relations étrangères du Congrès national soudanais, Kamel Abid, tandis que celle de l'Organisation des Lions libres était dirigée par le président de l'organisation et secrétaire général du Front de l'est du Soudan, Al-Mabrouk Moubarak Salim.
Les participants à l'audience ont loué la sagesse du leader Kadhafi, son assistance et ses efforts soutenus en faveur de l'instauration de la paix et de la garantie de la sécurité et de la stabilité dans tous les pays de l'Union africaine (UA) en général et au Soudan en particulier.
Ils ont exprimé leur profonde joie pour la réussite de ces pourparlers et leur aboutissement à cet accord conclu dans une ambiance de fraternité et de responsabilité grâce à la volonté permanente du leader Kadhafi dans le suivi et le parrainage de ces discussions

Décembre 2005


Obasanjo rencontre des délégations du Soudan et du Tchad à propos du Darfour

Jeune-afrique-27 décembre 2005

Le président nigérian Olusegun Obasanjo a rencontré séparément mardi des délégations du Soudan et du Tchad au sujet de la crise au Darfour, dans l'ouest du Soudan, ont rapporté mardi les médias locaux.
L'agence de presse officielle du Nigeria a indiqué que les réunions tenues à huis clos avaient apparemment porté sur les efforts pour résoudre la crise au Darfour.
La délégation soudanaise était dirigée par Mustafa Osman, Conseiller spécial du président soudanais qui était venu transmettre un message spécial du président Omar el-Bachir.
La délégation tchadienne était menée par le président du Tchad Idris Derby, qui a protesté contre les récentes attaques commises sur son territoire par des rebelles qui viendraient du Soudan lors d'une rencontre avec des journalistes à l'issue de sa réunion avec M. Obasanjo qui est également président de l'Union africaine (UA).
M. Derby a estimé que le Soudan ne devrait pas être autorisé à "organiser la prochaine réunion du sommet extraordinaire de l'UA à Khartoum", qui est prévue pour les 23 et 24 janvier.
Les négociations pour résoudre la crise au Darfour se poursuivent à Abuja depuis plus de six mois mais les attaques contre la population continuent.
Les troubles au Darfour continuent à affecter la paix et la stabilité dans le nord du Tchad, où plus de 300 000 victimes de la crise au Sud Soudan sont réfugiées.

Décembre 2005


La crise du régime tchadien menace de dégénérer en guerre avec le Soudan

Le Monde, 27 décembre 2005

Des rebelles du Rassemblement pour la démocratie et les libertés (RDL) prisonniers des troupes gouvernementales tchadiennes, le 19 décembre, à Adré, près de la frontière du Soudan. La diplomatie régionale redouble d’efforts pour éviter un conflit armé entre le Tchad et le Soudan après l’annonce à N’Djamena , le 23 décembre , qu’il se considère « en état de belligérance » avec Khartoum. L’Organisation de la conférence islamique a annoncé , lundi 26 décembre , la création d’une mission de médiation. L’attaque d'Adré, le 18 décembre, par des rebelles venus du Soudan, est à l’origine de la réaction de N’Djamena. Le Capitaine Mahamat Nour, qui dirige le RDL, veut renverser le président tchadien Idriss Déby. La France est « particulièrement attentive » a indiqué le Quai d’Orsay.

Eviter un conflit armé entre le Tchad et le Soudan : pour désamorcer, ces derniers jours, la tension croissante entre les deux Etats voisins, la diplomatie régionale redouble d'efforts.
Lundi 26 décembre, l'Organisation de la conférence islamique (OCI) a annoncé la création d'une mission de médiation censée régler le "différend passager (entre N'Djamena et Khartoum) par la voie fraternelle et pacifique, à travers le dialogue constructif et la négociation". Quelques jours plus tôt, c'était l'Union africaine (UA) qui avait dépêché une délégation dans la capitale du Tchad, puis dans celle du Soudan, avec pour objectif d'"essayer de normaliser les relations entre les deux pays".
La dégradation, constante depuis 2004, des relations tchado-soudanaises a connu une brusque accélération, vendredi 23 décembre, après l'annonce par le gouvernement tchadien qu'il se considérait "en état de belligérance avec le Soudan". "Les amis du Tchad doivent le soutenir par tous les moyens dans cette épreuve", avait ajouté le porte-parole du gouvernement. Lundi, le président tchadien, Idriss Déby, a à nouveau sonné l'alarme en affirmant "ne pas exclure que le gouvernement de Khartoum lance une autre agression contre le Tchad", en vue de le "déstabiliser".
L'attaque, le 18 décembre, de la ville frontière tchadienne d'Adré, dans l'extrême est du pays, par des rebelles venus du Soudan tout proche, a déclenché les accusations de N'Djamena. Mené par des Tamas — une ethnie opposée à celle des Zaghawas, à laquelle appartient le président Déby — soutenus par des déserteurs de l'armée tchadienne, l'assaut contre Adré s'est soldé par un échec.
Les services de renseignement tchadiens avaient eu vent du projet et N'Djamena avait transféré des renforts sur place. La mauvaise préparation de l'attaque a fait le reste. Une partie des assaillants s'est dispersée sur place ; les autres auraient trouvé refuge au Soudan.
Mais davantage que l'attaque proprement dite, c'est la personnalité du chef rebelle qui a cristallisé la réaction tchadienne. Le chef des assaillants, le capitaine Mahamat Nour, créateur du Rassemblement pour la démocratie et les libertés (RDL), n'a jamais caché que, pour atteindre son objectif — "renverser le tyran Déby", comme il l'avait confié au Monde en janvier 2004 —, il était prêt à s'allier au régime soudanais et à mettre ses troupes au service de Khartoum pour réprimer la rébellion — soudanaise celle-là — qui sévit dans la région du Darfour, dans l'ouest du Soudan. Ce qu'il a fait.
Jusqu'à présent, Khartoum a réagi avec modération aux accusations du régime tchadien. Les autorités soudanaises ont, certes, accusé les Tchadiens d'avoir traversé la frontière à la recherche des combattants du RDL, mais sans jeter d'huile sur le feu. "Nous souhaitons la mise en place de patrouilles frontalières conjointes", a assuré, samedi, le secrétaire d'Etat aux affaires étrangères, Al-Salmani Ouassilah. "Nous ignorons pourquoi ils sont sortis du cadre bilatéral pour faire des déclarations menaçantes", a-t-il ajouté.

Fin de régne
L'explication est probablement à rechercher du côté des luttes de pouvoir à N'Djamena, où règne une atmosphère de fin de règne liée aux incertitudes sur la santé du président Déby. C'est à l'intérieur même du clan présidentiel des Zaghawas, riches de plusieurs sous-ethnies, que la lutte est la plus rude. Craignant d'être évincés du pouvoir avec la disparition d'Idriss Déby, certains Zaghawas ont choisi de se lancer, d'ores et déjà, à la conquête du pouvoir.
C'est ainsi que, courant octobre, a été créé, dans l'Est du pays, un mouvement armé dénommé Socle pour le changement, l'unité nationale et la démocratie (SCUD), animé par Tom Erdimi... ancien directeur de cabinet du président Déby et ex-coordinateur national du projet pétrole. Neveu du président et ancien pilier du régime, aujourd'hui installé aux Etats-Unis, Tom Erdimi veut "faire partir Déby".
Les violentes diatribes antisoudanaises de N'Djamena visent probablement à contraindre la communauté internationale à s'impliquer dans ce qui n'est en fait qu'une crise interne du régime tchadien. La France, qui dispose sur place d'une présence militaire (renforcée il y a une dizaine de jours) et d'une communauté de quelque 3 000 personnes, est sans doute la première visée par l'appel au secours d'Idriss Déby. "La France est particulièrement attentive à l'évolution de la situation au Tchad. Elle suit avec attention la mission de médiation (...) de l'Union africaine et soutient l'appel au calme lancé par le secrétaire général de l'OCI", s'est borné à commenter, lundi, le Quai d'Orsay.
Vendredi, le chef d'état-major des armées françaises, le général Henri Bentegeat, se trouvait à N'Djamena. La France s'emploie par tous les moyens, y compris auprès de ceux qui apportent un soutien, quel qu'il soit, aux différentes parties, à faire en sorte que la situation ne dégénère pas, fait-on valoir à Paris.

Jean-Pierre Tuquoi

Décembre 2005


Le Soudan doit jouer un rôle moteur pour juguler la crise tchado-soudanaise

Tchad-info, 26 décembre 2005

La délégation de l’Union Africaine(UA) est arrivée à Khartoum pour avoir des entretiens avec les autorités soudanaises : au menu du débat : la montée des tensions vives entre le Tchad et le Soudan. Dans un point de presse, le chef de la délégation de l'UA, Papa Ghana Kanfibi s'est déclaré satisfait de la position apaisante et sage des autorités soudanaises qui démentent toute implication de leur pays dans les affaires intérieures du Tchad, alors que le Président tchadien Idriss Déby n’a pas cessé de les accuser d’avoir entretenu la rébellion tchadienne sur leur territoire. Pour le Ministre des Affaires Etrangères, M.Al-Semani Al-Wasila qui s'est longuement entretenu avec la délégation de l'UA, . l'attaque de la ville d'Adré par le RDL, est la suite logique des désertions de l'armée tchadienne et par conséquent, c'est une affaire purement tchado-tchadienne. "C'est un conflit tribal puisque le régime tchadien en lui même est tribal", martèlent les autorités soudanaises. L’agitation de l’épouvantail soudanais par le Président tchadien Idriss Déby, poursuit un double objectif : premièrement, c’est une tentative d’internationaliser le conflit afin d’appeler au secours l’UA ; secondo, contraindre l’institution africaine à aller sur le terrain des médiations, ce qui permet au Président tchadien de gagner du temps par rapport à sa rébellion intérieure.".Comme l’a si bien résumé un expert français, ayant requis l’anonymat auprès d’un journal soudanais : « c'est une bonne stratégie de dissimuler ses problèmes internes »

A l’issue de sa sortie de ses entretiens avec les autorités soudanaises, le chef de la délégation de l'UA, Papa Ghana Kanfibi, a indiqué que la crise tchado-soudanaise est une affaire purement africaine qui devrait trouver un règlement dans le cadre de l'UA. Dans la foulée, la délégation de l'UE est arrivée à Khartoum samedi matin après avoir eu des entretiens à N’Djaména avec les autorités tchadiennes.
Pour monter la pression d’un cran, le gouvernement tchadien s'est dit vendredi "en état de belligérance avec le Soudan" voisin, qu'il rend responsable d’être derrière l'attaque du RDL à Adré le 18 décembre 2005.

Interrogé par un journaliste de la BBC, M. Laouna Gong Raoul, le chargé des relations diplomatiques du RDL (opposition tchadienne) a catégoriquement démenti un soutien quelconque du gouvernement soudanais. " Nous récupérons des armes et des munitions dans nos différents accrochages avec l'armée tchadienne", a déclaré Laona au journaliste de la BBC.

Plusieurs pays ont exprimé leur inquiétude concernant la tension tchado-soudanaise. Le Ministre égyptien des Affaires Etrangères, Ahmat AboulKhez, a appelé les deux pays a résoudre leur crise par le dialogue.

Isolé et secoué par des désertions de l'armée tchadienne, le Président tchadien Idriss Deby cherche désespérément à rassembler les Tchadiens autour de lui, en évoquant la menace d’une agression étrangère. Khartoum de son côté, accuse les soldats de l’armée tchadienne de traverser la frontière pour commettre des vols et exactions en territoire soudanais.. Le ministre soudanais des Affaires Etrangères a même déclaré que des avions militaires tchadiens ont violé l’espace aérien de son pays, allusion de toute évidence aux quatre vieux hélicoptères, qui constituent l’unique arsenal des forces de frappes aériennes tchadiennes, dont trois, ont été récemment abattus par les rebelles du RDL.

Il apparaît évident que la situation des mouvements rebelles tchadiens sur le front Est, contraints d’opérer des replis tactiques sur le territoire soudanais, devient de nos jours de plus en plus difficile. Le durcissement de la position des autorités soudanaises à leur égard d’une part, les contre-offensives des forces gouvernementales tchadiennes contre leurs positions de l’autre, fragilisent leur dynamique de lutte.
Ce qui n’a pas manqué de faire réagir M. Ahmat Yacoub, chargé par le RDL d’organiser le service de Communication: "Je ne comprends pas pourquoi le Soudan est incapable de reconnaître qu'il existe bel et bien sur son territoire des milliers des réfugiés et opposants tchadiens? Les soudanais doivent reconnaître cela et proposer une médiation afin de rechercher une solution pacifique au Tchad", a-t-il déclaré en substance.

S'agissant du renforcement du dispositif français au Tchad et de la visite du chef d'Etat major français, Alwihda a écrit que la France donne l'impression qu'elle apporte un soutien à un Président lâché par son peuple. Certains observateurs interrogés par l’AFP, estiment que Idriss Deby est tenté d’“ internationaliser ” ses problèmes intérieurs afin de mobiliser ses alliés extérieurs (dont la France ) autour de lui...Un universitaire interrogé par la même AFP renchérit en disant que ‘la logique voudrait que les forces militaires françaises stationnées dans la région soutiennent les forces loyalistes, mais il y a un risque de mettre le doigt dans un engrenage. Si la situation est mal gérée, un enlisement est possible. Or la France a des intérêts au Tchad, mais pas vitaux

Lors d'une réunion tenue jeudi, Ahmat Yacoub a conseillé à la direction du RDL d'éviter toute déclaration tapageuse par rapport à la politique tchadienne de la France. Dans un document rédigé en français et en arabe, distribué samedi aux différentes chancelleries, pour expliquer les objectifs de lutte de l’opposition, le chargé de la Communication du RDL, a notamment déclaré : « Dans la phase actuelle où le pouvoir clanique d’Idriss Déby, est réellement en péril, la France est dans son droit de se poser des questions sur la pérennité de ses intérêts non sans moins importants au Tchad. Mais cela n’autorise nullement l’opposition tchadienne à des excès de propos ».

La France cherche à débusquer les intentions de Washington et de Tripoli qui n’ont pas ouvertement condamné ni le Soudan ni les attaques rebelles sur la ville d’ Adré.
Le gouvernement tchadien pour sa part, ne comprend pas le positionnement des USA et de la Libye face à ce que Idriss Déby qualifie “ d’ingérences soudanaises dans les affaires intérieures du Tchad ”
La France craint pour sa part, que ces pays ne profitent de la crise au Tchad pour la déloger de ce pays.
Un haut responsable du RDL déclare à Alwihda qu’aujourd’hui l’opposition plurielle tchadienne est désormais mure et n’a nullement l’intention de remettre en cause les relations historiques tissées avec la France.
Le RDL, explique ce responsable, a pour priorité de créer très rapidement les conditions d’une compétition politique sereine, transparente, apaisée et démocratique.

En cas d’effondrement du régime, la France, longtemps “ faiseuse de rois ” au Tchad, n’a pas vraiment de “ champion ” pour remplacer Idriss Deby qui a pris le pouvoir en 1990. Il est donc probable qu’“ on va laisser faire la nature ”, explique un universitaire français, au journal algérien Alwatan du 25 décembre.

En conclusion, quelques soient les conditions, le président Idriss Déby est sous une tempête où il est contraint de quitter le navire du pouvoir clanique qui chavire ; et il va de la responsabilité de la communauté internationale, surtout la France, les pays voisins du Tchad et l'UA d'intervenir avant qu'il ne soit trop tard pour aider le Tchad à amorcer un changement en douceur.

Décembre 2005


Le Tchad accuse le Soudan de soutenir une rébellion

La Croix, 26 décembre 2005

L’Union africaine a envoyé ce week-end une délégation au Tchad et au Soudan pour tenter de désamorcer les tensions entre les deux pays voisins. Ndjamena rend le Soudan responsable de l’attaque de la localité tchadienne d’Adré (ans l’est du pays) le 18 décembre, menée par des rebelles du Rassemblement pour la démocratie et la justice (RDL) alliés à des déserteurs de l’armée tchadienne, basés de l’autre côté de la frontière. « Le Tchad est aujourd’hui en état de belligérance avec le Soudan. Les amis du Tchad doivent le soutenir par tous les moyens dans cette épreuve », a déclaré le porte-parole du gouvernement, Hourmadji Moussa Doumgor. « Nous démentons (….) tout engagement dans les affaires intérieures tchadiennes », a rétorqué un porte-parole du ministère soudanais des affaires étrangères. « Nous ne sommes pas pour une quelconque escalade avec le Tchad », a-t-il affirmé.

Décembre 2005


Des observateurs militaires burundais pour le Soudan

Jeune Afrique, 25 décembre 2005

Un groupe de dix officiers burundais devait quitter Bujumbura dimanche en début d'après-midi à destination du Darfour, au Soudan, dans le cadre d'une mission internationale de maintien de la paix, a-t-on appris auprès de l'état-major général de l'armée burundaise.
Le groupe d'observateurs militaires burundais est mandaté par l'Union africaine (UA) et doit rester au Soudan pour une période initiale de six mois, selon les mêmes sources.
L'évènement est de taille pour les militaires burundais qui sortent de plus d'une décennie de guerre civile pour aussitôt exporter la paix en terre étrangère.
Les heureux élus au prestigieux statut d'observateurs militaires internationaux partent également avec une bonne expérience dans le maintien de la paix et ne devraient pas se sentir dépaysés outre mesure pour avoir longtemps côtoyé des milliers de Casques bleus de l'Opération des Nations unies au Burundi (ONUB

Décembre 2005


Deux morts dans un accident d'avion au Soudan


Jeune Afrique, 25 décembre 2005

Un avion utilisé par l'Union africaine pour le transport de personnel s'est écrasé samedi soir dans la région du Darfour, tuant deux pilotes à bord, a affirmé dimanche l'UA dans un communiqué.
L'avion Andonov 28, fabriqué en Russie, a décollé à Zalinge, dans l'Etat du Darfour de l'Ouest et se dirigeait vers El-Fasher, une autre ville importante dans la région. A part les deux pilotes, un Ukrainien et un Moldavien, il n'y a personne à bord, selon le communiqué.
Une enquête est en cours pour déterminer la cause de l'accident. L'agence de presse officielle soudanaise a rapporté, citant une source de l'UA, qu'une panne technique pourrait être à l'origine de l'accident.
Environ 6000 soldats de l'UA sont actuellement déployé dans la région du Darfour, dans l'ouest du Soudan, pour le maintien de la paix dans la région

Décembre 2005


Des femmes renforcent les pourparlers du Darfour

Joyce Mulama

Inter Press Service , 24 décembre 2005

Mariam Abdalla Omar s'est faite une réputation à la fois de combattante et d'artisan de la paix dans la région agitée de l'ouest du Soudan, le Darfour

La brave femme de 55 ans marche en boitant sensiblement. Le handicap n'est pas congénital, il a été causé par une balle qui a lui a transpercé la jambe droite alors qu'elle combattait des milices arabes soutenues par le gouvernement. Les milices, dénommées janjaweed, ou cavaliers, ont attaqué des villages où vivent des Africains de peau noire comme Omar.
Des groupes de défense de droits de l'Homme ont accusé les milices de brûler des huttes, détruire des cultures, violer des femmes, voler du bétail et massacrer ceux dont la couleur de la peau ne ressemble pas à la leur.
''J'ai rejoint le mouvement rebelle et j'ai appris à tirer. J'ai pris les armes et tiré sur l'ennemi en me cachant dans la brousse touffue. Ce n'était pas facile. J'ai également reçu des balles à l'occasion'', a déclaré Omar à IPS, en montrant sa jambe qui porte de profondes blessures de balles.
Comme la plupart des combattants du Darfour, Omar a une raison valable qui l'a amenée à rejoindre la rébellion. ''La colère m'a poussée à devenir un soldat rebelle. L'armée a tailladé au couteau tout le corps de mon mari avant de le tuer. Je suis devenue veuve et je devais m'occuper de nos cinq enfants et de huit autres enfants dont les parents - tous des proches à moi - ont été massacrés par l'armée'', a-t-elle déclaré, alors que des larmes coulaient sur ses joues.
Omar, qui a été arrêtée plusieurs fois par des agents de sécurité, s'est retrouvée hors de prison. ''Je n'allais pas abandonner si rapidement. Je ne pouvais pas laisser la pensée de la mort de mon mari disparaître si facilement. J'ai donc continué la lutte et plus je combattais, plus je risquais d'être arrêtée'', a-t-elle dit, entonnant un chant de guerre.
Commandant du Mouvement/Armée de libération du Soudan (SLM/A), l'un des deux mouvements rebelles combattant l'armée et son allié, le janjaweed, au Darfour, Omar ne parle plus de guerre. Elle fait campagne pour la paix. ''Nous sommes ici pour la paix et nous voulons une paix véritable. Nous avons fait tout ce chemin pour chercher la paix. La paix vaut mieux que la guerre'', a-t-elle dit à IPS à Abuja, au Nigeria, la semaine dernière.
Le conflit du Darfour a commencé en 2003 lorsque le SLM/A et le Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM) ont pris les armes pour lutter contre leur marginalisation par le gouvernement. La guerre a déplacé environ deux millions de personnes à l'intérieur du Darfour et plus de 200.000 autres ont fui vers le Tchad voisin, selon les Nations Unies. Aucun chiffre clair n'existe sur le nombre de décès dus à la guerre, mais selon des statistiques informelles, environ 300.000 personnes sont mortes depuis 2003.
Omar est l'une des quatre femmes choisies par le SLM/A pour faire partie de son équipe aux pourparlers qui ont démarré le 21 novembre. Maintenant à leur septième round, les discussions se déroulent à Abuja depuis l'année dernière. Les négociations, entre le gouvernement du Soudan et les deux groupes rebelles, sont facilitées par l'Union africaine (UA).
La participation des femmes aux pourparlers de paix est historique. Ce n'était pas le cas lors des précédents rounds de discussions. Leur implication fait suite à un appel de Salim Ahmed Salim, l'envoyé spécial de l'UA pour les pourparlers de paix sur le Darfour, demandant à toutes les parties d'inclure des femmes dans leurs délégations. Salim a lancé cet appel durant le sixième round des négociations qui s'est déroulé à Abuja entre le 15 septembre et le 20 octobre.
Le JEM a amené cinq femmes et le régime islamique de Khartoum a choisi deux femmes comme membres de sa délégation. ''Toutes les parties ont inclus des femmes dans ce round des pourparlers et c'est un bon signe. Nous espérons que les questions des droits des femmes ne seront pas foulées aux pieds et qu'elles figureront dans l'accord final qui sera acceptable pour toutes les parties'', a dit à IPS à Abuja, Sam Ibok, chef de l'équipe de médiation de l'UA.
En plus de ces femmes, il y avait 15 activistes de genre du Darfour qui ont fait le voyage sur Abuja le 9 décembre pour débattre des questions affectant les femmes qui pourraient être abordées aux pourparlers. Les femmes, qui ne sont associées à aucune des parties en conflit devraient présenter leurs recommandations aux pourparlers cette semaine. Elles ont été envoyées à Abuja par le Fonds des Nations Unies pour la femme (UNIFEM).
''C'est pour montrer au monde que les femmes du Darfour ne sont pas des victimes, mais qu'elles font partie du processus qui doit conduire à la paix. C'est une histoire positive des femmes du Darfour cherchant à trouver une paix durable même si elles ont été très affectées par la guerre'', a déclaré Nyaradzai Gumbonzvanda, directrice régionale de l'UNIFEM pour la Corne de l'Afrique et l'Afrique orientale.
Au cours du présent round des négociations, les délégués discutent des questions clés comme le partage des richesses et du pouvoir, ainsi que des questions de sécurité. Les femmes déléguées sont particulièrement préoccupées par l'insécurité au Darfour.
''Il faut que les deux parties signent d'urgence un cessez-le-feu général, qui serait entièrement appliqué pour s'assurer que les civils, en particulier les femmes, sont protégés. Les femmes sont violées à l'intérieur et en dehors des camps lorsqu'elles vont chercher du bois ou puiser de l'eau'', a noté Neimat Adam Ahmadi du SLM/A.
Selon Ahmadi, qui apporte son soutien aux victimes de viol au Darfour, au moins dix cas de viol sont rapportés chaque jour. Les statistiques augmentent à chaque attaque des parties en conflit, a-t-elle affirmé.
Les belligérants du Darfour ont continué à s'attaquer et à attaquer des civils en dépit d'un cessez-le-feu fragile signé en novembre 2004.
Des appels sont également lancés pour inclure des femmes dans la force de protection de l'UA, qui a pour mandat de surveiller les violations des droits. ''Nous voulons que les femmes fassent partie de la communauté de protection. Les femmes seraient plus promptes à prendre note de toutes les violations et ceci minimiserait les abus des droits de l'Homme contre les civils, en particulier les femmes. Les femmes ont payé le plus lourd tribut à la guerre au Darfour'', a souligné Halima Hasaballa, l'une des femmes de la délégation gouvernementale.
La mission de l'UA au Soudan (AMIS) compte environ 7.000 soldats qui, selon des analystes, est trop petite pour surveiller le Darfour, un territoire qui a la taille de la France.
Alors que grandit l'espoir d'une paix durable au Darfour, on ne sait toujours pas quand les tueries s'arrêteront. ''Les pourparlers de paix ne sont jamais courts, ils prennent toujours du temps. Si vous obtenez la paix rapidement, elle ne durera pas. Il vaut mieux prendre du temps et négocier une paix durable'', a noté Ibok.

Décembre 2005


Darfour négociations: accord sur l'agenda en cinq point pour la sécurité

Xinhuanet, 24 décembre 2005

Le gouvernement soudanais et les groupes rebelles dans la province ouest soudanaise du Darfour se sont mis d'accord sur un agenda en cinq point pour discuter du problème épineux de la sécurité, selon un communiqué publié samedi par le médiateur des négociations, l'Union Africaine (UA).
" La Commission sur le cessez-le-feu et la sécurité, une des trois organisations chargées de pourparlers de paix intersoudanais sur le conflit à Darfour, a adopté un agenda en cinq point lors d'une scéance plénière vendredi" à Abuja, capitale nigériane, a indiqué le communiqué.
Cet agenda comprend "les principes généraux, les arrangements sécuritaires pour renforcer l'application du cessez le feu humanitaire, un cessez-le-feu global et les arrangements sécuritaires définitifs, la réintégration sociale et un calendrier pour l'application", a ajouté le communiqué.
L'envoyé spécial de l'UA et médiateur en chef, Salim Ahmed Salim, a exprimé sa joie sur une réalisation importante de la commission par l'adoption d'un agenda en cinq point et invité également les parties à placer l'intérêt du peuple avant tout autre considération, a affirmé le communiqué.
" Ce n'est que le commencement des discussions sérieuses entre les parties", a estimé M. Salim selon le communiqué, ajoutant que ces pourparlers sont toujours difficiles, mais la volonté des parties pour réaliser la paix doit être déterminée.
" Nous souhaitons que cette session aboutisse à des résultats concrets, et à mon avis, c'est faisable", a-t-il souligné.
Parallèlement, "les parties (gouvernement et les groupes rebelles) ont réaffirmé leur engagement sur les accords et les protocoles déjà signés et exprimé qu'ils sont prêts pour avancer et trouver une solution durable de la situation déplorable à Darfour", a précisé le communique.
Le 7ème round de pourparlers intersoudanais s'est ouvert le 29 novembre à Abuja, après que le Mouvement de Libération du Soudan eut surmonté les divisions de la direction.

Décembre 2005


Le Tchad est en «état de belligérance» avec le Soudan

Le devoir du Québec et Reuters, 24 et 25 décembre 2005

N'Djamena -- Le Tchad s'est dit «en état de belligérance» avec le Soudan hier à la suite d'attaques lancées sur son territoire par des rebelles armés, selon N'Djamena, par les autorités de Khartoum.
«Le Tchad est aujourd'hui en état de belligérance avec le Soudan», annonce un communiqué du gouvernement tchadien, qui qualifie le président soudanais Omar Hassan al-Bachir d'«ennemi du Tchad».
«Le gouvernement demande au peuple tchadien de se mobiliser contre cette agression soudanaise», ajoute-t-il. Le ministre tchadien des Affaires étrangères, Ahmat Allam-Mi, a déclaré que l'ambassadeur du Soudan à N'Djamena avait été convoqué hier au ministère, où il s'est fait remettre une note énumérant les agressions soudanaises contre le Tchad.
«Nous avons demandé que le Soudan cesse toutes ses agressions contre notre pays et lui avons dit que le Tchad ne nourrit aucun sentiment belliqueux contre le Soudan», a précisé le ministre.
Le Tchad accuse son voisin d'avoir appuyé deux attaques contre la ville d'Adré, à la frontière entre les deux pays, menées le
18 décembre par les rebelles du Rassemblement pour la démocratie et la liberté (RDL), mouvement formé récemment, qui cherche à renverser le président Idriss Deby.
Les autorités de N'Djamena disent avoir repoussé les assauts, tué environ 300 combattants ennemis et détruit leurs bases sur le sol soudanais.
«Le gouvernement soudanais [...] a pris l'initiative d'attaquer le Tchad, le 18 décembre 2005, en armant, en équipant et en encadrant les colonnes qui ont attaqué Adré à bord de Toyota flambant neuves avec des armes lourdes livrées quelques jours plus tôt par le ministre soudanais de la Défense», poursuit le communiqué gouvernemental.
Le Tchad avait exhorté la veille le Conseil de sécurité des Nations unies à tout faire pour éviter une extension du conflit de la zone frontalière et du Darfour, où Khartoum fait selon lui appel au RDL pour combattre ses propres rebelles.
N'Djamena s'est félicité hier de la condamnation des attaques d'Adré par des pays étrangers comme la France et invite l'Union africaine et les organisations régionales à faire de même.

Décembre 2005


Reprise des pourparlers sur le Darfour : le Conseil réitère ses injonctions au gouvernement et aux forces rebelles

Nations Unies, 22 décembre 2005

Le Conseil de sécurité s'est félicité hier dans une déclaration présidentielle de l'ouverture, à Abuja (Nigéria), de la septième série des pourparlers de paix intersoudanais sur le Darfour, réitérant son appel à cesser immédiatement les affrontements et condamnant les attaques au Tchad. Le Conseil a aussi prorogé le mandat des experts chargés de suivre l'application des sanctions.
En adoptant à l'unanimité la résolution 1651 (2005), le Conseil de sécurité a décidé hier de proroger jusqu'au 29 mars 2006 le mandat du Groupe d'experts créé en application de la résolution 1591, qui est chargé de surveiller les sanctions sur les armes, les déplacements et les avoirs financiers imposées aux individus et entités non gouvernementales opérant dans la région du Darfour.
Par ailleurs, dans une déclaration présidentielle prononcée hier au nom de ses quinze membres, le président du Conseil de sécurité a salué « l'ouverture, à Abuja (Nigéria), de la septième série des pourparlers de paix intersoudanais sur le Darfour placés sous l'égide de l'Union africaine », et exprimé sa gratitude à l'Union africaine, à la communauté internationale et aux autres donateurs.
Le Conseil s'est dit « encouragé par la participation active de représentants de tous les groupes invités du Mouvement/Armée de libération du Soudan et du Mouvement pour la justice et l'égalité, ainsi que de membres du Mouvement populaire de libération du Soudan en tant que composante du Gouvernement d'unité nationale, et exhorte tous les participants à poursuivre leur coopération avec la Mission de l'Union africaine au Soudan (MUAS) et la Mission des Nations Unies au Soudan (UNMIS selon son acronyme anglais) ».
« Le Conseil demande à toutes les parties au conflit d'honorer leurs engagements de conclure un accord de paix juste et global sans plus tarder. Il exige de toutes les parties qu'elles renoncent à la violence et mettent fin aux atrocités sur le terrain, en particulier celles commises contre des civils, notamment les femmes et les enfants, les travailleurs humanitaires et les membres des forces internationales de maintien de la paix », indique aussi la Déclaration.
« Le Conseil rappelle les injonctions qu'il a lancées, dans ses récentes résolutions, au Gouvernement soudanais et aux forces rebelles, ainsi qu'à d'autres groupes armés, afin qu'ils tiennent pleinement leurs engagements ».
« Il exige, en particulier, que le Mouvement/Armée de libération du Soudan, le Mouvement pour la justice et l'égalité et le Gouvernement mettent immédiatement fin à la violence, se conforment à l'Accord de cessez-le-feu de N'Djamena, lèvent les obstacles au processus de paix et coopèrent pleinement avec la Mission de l'Union africaine, et que le Gouvernement désarme et contrôle les milices. Il exige également que les responsables de violations des droits de l'homme et du droit international humanitaire soient immédiatement traduits en justice ».
Le Conseil a par ailleurs rappelé « sa crainte que la persistance de la violence au Darfour n'ait des conséquences néfastes pour la région, en particulier pour la sécurité du Tchad ».
« C'est pourquoi il condamne avec fermeté les attaques récemment menées par des éléments armés à l'intérieur du Tchad, notamment l'attaque lancée le 19 décembre 2005 contre des positions de l'armée nationale tchadienne dans la ville d'Adré, et appuie les efforts visant à réduire les tensions à la frontière », indique la Déclaration (voir notre dépêche du 21 décembre 2005 sur le message du Secrétaire général).
Interrogé hier, lors de sa conférence de presse de fin d'année, sur la situation au Darfour, le Secrétaire général a estimé que « la seule façon d'avoir une stabilité à long terme au Darfour et au Soudan » serait de donner une nouvelle impulsion aux négociations en cours à Abuja (voir notre dépêche du 22 décembre 2005).
« Le gouvernement lui-même a fixé une date, la fin décembre, pour obtenir un accord sur le Darfour avec les rebelles. Mais au rythme actuel je ne pense pas que l'on va pouvoir respecter cette date », a-t-il affirmé.
« Ce qui est important, pourtant, c'est que la pression soit maintenue, tant sur le Gouvernement que sur les rebelles, pour qu'ils parviennent à un accord. La situation est très difficile et je pense que l'ONU devra agir de façon beaucoup plus active, en passant par le Conseil. Et l'année prochaine je pense qu'il sera nécessaire que le Conseil agisse et fasse quelque chose », a souligné Kofi Annan.

Décembre 2005


Reprise des pourparlers sur le Darfour : le Conseil de Sécurité réitère ses injonction au gouvernement et aux forces rebelles

Nations Unies, New York, 22 décembre 2005

Le Conseil de sécurité s'est félicité hier dans une déclaration présidentielle de l'ouverture, à Abuja (Nigéria), de la septième série des pourparlers de paix intersoudanais sur le Darfour, réitérant son appel à cesser immédiatement les affrontements et condamnant les attaques au Tchad. Le Conseil a aussi prorogé le mandat des experts chargés de suivre l'application des sanctions.
En adoptant à l'unanimité la <" http://www.un.org/Docs/journal/asp/ws.asp?m=S/RES/1651 (2005)">résolution 1651 (2005), le Conseil de sécurité a décidé hier de proroger jusqu'au 29 mars 2006 le mandat du Groupe d'experts créé en application de la résolution 1591, qui est chargé de surveiller les sanctions sur les armes, les déplacements et les avoirs financiers imposées aux individus et entités non gouvernementales opérant dans la région du Darfour.
Par ailleurs, dans une déclaration présidentielle prononcée hier au nom de ses quinze membres, le président du Conseil de sécurité a salué « l'ouverture, à Abuja (Nigeria), de la septième série des pourparlers de paix inter-soudanais sur le Darfour placés sous l'égide de l'Union africaine », et exprimé sa gratitude à l'Union africaine, à la communauté internationale et aux autres donateurs.
Le Conseil s'est dit « encouragé par la participation active de représentants de tous les groupes invités du Mouvement/Armée de libération du Soudan et du Mouvement pour la justice et l'égalité, ainsi que de membres du Mouvement populaire de libération du Soudan en tant que composante du Gouvernement d'unité nationale, et exhorte tous les participants à poursuivre leur coopération avec la Mission de l'Union africaine au Soudan (MUAS) et la Mission des Nations Unies au Soudan (<"http://www.unmis.org/english/en-main.htm">UNMIS selon son acronyme anglais) ».
« Le Conseil demande à toutes les parties au conflit d'honorer leurs engagements de conclure un accord de paix juste et global sans plus tarder. Il exige de toutes les parties qu'elles renoncent à la violence et mettent fin aux atrocités sur le terrain, en particulier celles commises contre des civils, notamment les femmes et les enfants, les travailleurs humanitaires et les membres des forces internationales de maintien de la paix », indique aussi la Déclaration.
« Le Conseil rappelle les injonctions qu'il a lancées, dans ses récentes résolutions, au Gouvernement soudanais et aux forces rebelles, ainsi qu'à d'autres groupes armés, afin qu'ils tiennent pleinement leurs engagements ».
« Il exige, en particulier, que le Mouvement/Armée de libération du Soudan, le Mouvement pour la justice et l'égalité et le Gouvernement mettent immédiatement fin à la violence, se conforment à l'Accord de cessez-le-feu de N'Djamena, lèvent les obstacles au processus de paix et coopèrent pleinement avec la Mission de l'Union africaine, et que le Gouvernement désarme et contrôle les milices. Il exige également que les responsables de violations des droits de l'homme et du droit international humanitaire soient immédiatement traduits en justice ».

Le Conseil a par ailleurs rappelé « sa crainte que la persistance de la violence au Darfour n'ait des conséquences néfastes pour la région, en particulier pour la sécurité du Tchad ».
« C'est pourquoi il condamne avec fermeté les attaques récemment menées par des éléments armés à l'intérieur du Tchad, notamment l'attaque lancée le 19 décembre 2005 contre des positions de l'armée nationale tchadienne dans la ville d'Adré, et appuie les efforts visant à réduire les tensions à la frontière », indique la Déclaration (voir notre dépêche http://www.un.org/apps/newsFr/storyF.asp?NewsID=11588&Cr=annan&Cr1=soudan" du 21 décembre 2005 sur le message du Secrétaire général).
Interrogé hier, lors de sa conférence de presses de fin d’année :
< http://www.un.org/News/fr-press/docs/2005/SGSM10280.doc.htm> sur la situation au Darfour, le Secrétaire général a estimé que « la seule façon d'avoir une stabilité à long terme au Darfour et au Soudan » serait de donner une nouvelle impulsion aux négociations en cours à Abuja (voir notre dépêche du 22 décembre 2005 :
http://www.un.org/apps/newsFr/storyF.asp?NewsID=11592&Cr=Annan&Cr1=ONU"

« Le gouvernement lui-même a fixé une date, la fin décembre, pour obtenir un accord sur le Darfour avec les rebelles. Mais au rythme actuel je ne pense pas que l'on va pouvoir respecter cette date », a-t-il affirmé.
« Ce qui est important, pourtant, c'est que la pression soit maintenue, tant sur le Gouvernement que sur les rebelles, pour qu'ils parviennent à un accord. La situation est très difficile et je pense que l'ONU devra agir de façon beaucoup plus active, en passant par le Conseil. Et l'année prochaine je pense qu'il sera nécessaire que le Conseil agisse et fasse quelque chose », a souligné Kofi Annan.

Veuillez consulter le site du Centre de nouvelles ONU pour plus d'information http://www.un.org/french/newscentre/

Décembre 2005


Au Tchad, que fait paris ?

L’Humanité, 22 décembre 2005

Environ mille soldats français sont encore présents au Tchad, où Paris possède une base militaire. Dans le passé, ces soldats sont intervenus pour maintenir le pouvoir en place. Encore à l’été 2004, plusieurs centaines d’entre eux ont été déployés le long de la frontière tchado-soudanaise, officiellement pour empêcher les attaques contre les camps de réfugiés installés au Tchad, officieusement pour empêcher les incursions des opposants tchadiens depuis le Soudan voisin. Cette fois, Paris semble divisé sur l’attitude à adopter. Certains semblent d’accord avec Khartoum pour remplacer Déby quand d’autres, toujours hantés par l’idée d’une menace anglo-saxonne sur le pré carré, continuent de soutenir mordicus le dictateur vieillissant.

Décembre 2005


Au moins 300 morts dans les combats contre une rébellion venue du Darfour.

N'Djamena écrase l'offensive des rebelles au Tchad

par Stéphanie Braquehais

Libération, 21 décembre 2005


Les portes des salles de soins ne cessent de s'ouvrir et de se fermer dans le couloir de l'hôpital d'Adré, ville tchadienne frontalière avec le Soudan. La chaleur de la mi-journée ne semble pas accabler les femmes qui viennent apporter de la nourriture aux blessés de guerre. Des soldats tchadiens, kalachnikov à l'épaule et chèche jaune autour du visage, viennent visiter leurs camarades blessés lors des combats de dimanche. «Les plus violents depuis deux ans», raconte un militaire. Les rebelles tchadiens venus du Darfour soudanais ont attaqué à l'aube, puis à nouveau vers 15 heures. Depuis quarante-huit heures, le bilan n'a cessé d'être revu à la hausse par les autorités tchadiennes. D'une centaine de morts, on est passé à 300, dont une dizaine seulement côté gouvernement.

Déstabiliser.
Cette zone du Tchad connaît, depuis plusieurs semaines, des escarmouches imputées par N'Djamena à un nouveau mouvement rebelle, le Rassemblement pour la liberté et la démocratie (RDL). Selon le Tchad, ce mouvement est soutenu par le Soudan qui cherche à déstabiliser le régime du président Idriss Déby, dominé par les Zaghawas. Or, cette tribu, à cheval sur les deux pays, est en guerre au Darfour avec le pouvoir central soudanais.
Depuis le début de la guerre au Darfour, en février 2003, le président soudanais et son homologue tchadien ne cessent de s'accuser mutuellement de soutenir des rébellions, respectivement arabe et zaghawa. En avril, le Tchad avait déjà accusé le Soudan d'armer 3 000 rebelles tchadiens au Darfour, prêts à lancer l'assaut contre N'Djamena. Quelques heures après le début des combats de dimanche, le Tchad s'est empressé de réitérer ses griefs, se réservant un «droit de poursuite sur le territoire soudanais».
Au lendemain des affrontements d'Adré, le général Alifa Weddeye, qui commande les opérations militaires, s'est rendu sur le théâtre des combats avec quelques journalistes dont celui de Libération. Des Jeep calcinées par des tirs d'obus jonchent la brousse desséchée. Des dizaines de cadavres de rebelles, déchaussés, gisent dans l'herbe. Certains portent un uniforme de l'armée tchadienne avec l'écusson bleu jaune et rouge du drapeau national. Un fin turban rouge noué autour de la tête est censé les différencier des forces gouvernementales et signale leur appartenance à la rébellion du RDL. Un corps ensanglanté gît au pied du mur d'enceinte protégeant la résidence du préfet d'Adré, dont les fenêtres donnent sur la frontière, située à seulement quelques mètres. «Un déserteur», assène un colonel de l'armée tchadienne.

Désertions.
Les autorités locales affirment avoir fait plus d'une vingtaine de prisonniers. Aux journalistes, on en exhibe onze, apeurés et habillés en civil. Certains se disent soudanais. «Je vendais du sucre pour survivre, et puis on m'a proposé d'être chauffeur. J'ai accepté, mais je ne savais pas que je travaillais pour la rébellion», avance l'un d'eux. Un autre avoue avoir déserté la garnison tchadienne d'Adré il y a six jours pour obéir à son «patron», un commandant ayant rejoint la vague de désertions qui dure depuis début octobre.
Les commerçants n'ont pas cessé leurs allées et venues vers la frontière, mais ils sont désormais escortés par une ou deux Jeep remplies de militaires. «Tout le monde est armé», confie un habitant. Adré est un poste stratégique : «Si Adré tombe, c'est la ligne droite vers Abéché.» Le dispositif a été renforcé de manière impressionnante. A la tombée de la nuit, on aperçoit des sentinelles tapies derrière un rocher sur une colline. Sur la route, à la sortie d'Adré, des véhicules camouflés de l'armée française provenant du détachement français d'Abéché ont aussi été prépositionnés.

Réfugiés.
Un millier de soldats français sont présents au Tchad dans le cadre de l'opération «Epervier». Depuis deux ans, ils effectuent des tournées frontalières, officiellement pour protéger l'est du Tchad qui accueille plus de 200 000 réfugiés du Darfour. «Officieusement, pour empêcher la chute du régime Déby», estime un opposant tchadien. Ces dernières semaines, le dispositif a été nettement renforcé, y compris par des éléments français dépêchés depuis Libreville, au Gabon.

Décembre 2005


L’armée tchadienne repousse des rebelles venus du Soudan

Le Monde 21 décembre 2005

Notre correspondant, Jean-Philippe Rémy

Alors que le Tchad traverse une période de crise aigüe, l’attaque d’une ville frontière, dans l’extrême est du pays, par des rebelles venus du Soudan voisin, aggrave les tensions entre ces deux pays. La ville d’Adré a été attaquée, dimanche 18 décembre, par des hommes du capitaine Mahamat Nour, auxquels s’étaient joints des déserteurs de l’armée tchadienne.
Le capitaine Nour, membre de l’ethnie Tama, opposée aux Zaghawas du président Idriss Déby depuis sa prise de pouvoir, est un ancien membre de l’Alliance nationale de la résistance (ANR). Il déclarait au Monde, en janvier 2004, « faire la guerre depuis 10 ans » dans différents pays d’Afrique centrale, jusqu’au Congo, en attendant de « renverser le tyran Déby ». Pour cela, il comptait sur l’appui du Soudan, obtenu en échange de la participation de ses troupes, plusieurs centaines d’hommes, dans la répression sanglante menée par Khartoum contre les rebelles et la population du Darfour.
Courant 2004, il avait tenté, en vain, de fédérer d’autres groupes armés tchadiens disséminés entre le Tchad, le Darfour et la République Centrafricaine. Fin octobre, il avait formé le rassemblement pour la démocratie et les libertés (RDL), évinçant au passage le responsable de l’ANR, chargé de la branche politique, Mahamat Abbos Sileck, arrêté par les services de sécurité soudanais.
Dans le jeu trouble auquel se livrent le Tchad et le Soudan, qui entretiennent des groupes rebelles opposés à leur voisin, quitte à les utiliser comme monnaie d’échange, l’attaque du RDL avait-elle une chance d’ouvrir un front sur le sol tchadien ? L’opération, selon des sources rebelles tchadiennes, était mal préparée, alors que la garnison d’Adré venait d’être renforcée avec des troupes et des blindés légers. L’attaque du RDL et de ses alliés, dimanche, n’a jamais menacé sérieusement la ville. Un hélicoptère de l’armée tchadienne s’est embrasé au sol et l’explosion consécutive de ses munitions a blessé plus d’hommes que les combats des heures précédentes – deux roquettes atteignant l’hôpital par hasard.
Après l’échec de la prise d’Adré, une partie des hommes du RDL, s’est disséminée dans les environs, certains se repliant au Soudan, où l’armée tchadienne, exerçant son « droit de poursuite », les a combattus à nouveau dimanche soir. Lundi, le ministre tchadien des affaires étrangères, Ahmat Allami, a déclaré à des diplomates à N’Djamena que les rebelles du RDI, étaient « entretenus et équipés comme une composante de l’armée soudanaise ». Le Soudan a démenti tout soutien aux rebelles tchadiens.

Jean-Philippe Rémy

Décembre 2005


Plus d'un million d'enfants du Darfour n'ont pas accès à l'aide

Télévision suisse romande, Khartoum, 20 décembre 2005
Plus d'un million d'enfants n'ont pas accès à l'aide au Darfour, dans l'ouest du Soudan, selon un rapport du Fonds des Nations unies pour l'enfance (Unicef) publié mardi. Ils souffrent de malnutrition, de maladies et subissent des violences.

"Chaque jour, plus de 3 millions d'enfants sont affectés par le conflit" dans cette région ravagée par une guerre civile depuis 2003, note l'agence de l'ONU. Selon elle, 1,25 million d'enfants n'accèdent pas à l'aide en raison de l'insécurité et du fait que les agences d'aide n'arrivent pas à les atteindre, contre 1,75 millions qui ont accès aux services de base.
En présentant ce rapport, le représentant de l'Unicef au Soudan, Ted Chaiban, a lancé un appel aux rebelles du Darfour et aux autorités de Khartoum qui négocient à Abuja (Nigeria). Il les a pressés de trouver une solution rapide à ce conflit qui a fait entre 180 000 et 300 000 victimes et deux millions de réfugiés.
" Les enfants du Darfour méritent de tirer les dividendes de la paix comme c'est le cas pour les enfants du nord et du sud", a-t-il dit en référence à l'accord de paix conclu en janvier par Khartoum et les ex-rebelles sudistes. Ce traité a mis fin 21 ans de guerre civile entre le nord arabo-musulman et le sud chrétien et animiste.
Déclenché en février 2003, le conflit au Darfour oppose des groupes rebelles noirs, le Mouvement de libération du Soudan (SLM) et le Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM), luttant pour un partage plus équitable des richesses et du pouvoir, aux autorités de Khartoum et aux milices arabes qui leur sont alliées

Décembre 2005


Le pouvoir tchadien menacé par la rébellion

Le Figaro, 20 décembre 2005

De violents combats ont eu lieu à la frontière soudanaise et le président Déby est de plus en plus isolé. Paris se dit « vigilant ».

Une fois de plus, l’histoire du Tchad semble hésiter entre révolution de palais et rezzou des confins. Aujourd’hui, c’est de la frontière soudanaise que monte le bruit des armes. Les combats, depuis dimanche, y auraient fait plus de 100 morts.
Selon les autorités tchadiennes, l’assaut sur la localité d’Adré a été mené par des rebelles venus du Soudan. Les attaquants seraient des déserteurs de l’armée tchadienne alliés aux rebelles du Rassemblement pour la démocratie et la liberté (RDL), un des nombreux groupes opérant aujourd’hui dans l’est du Tchad.. N’Djamena, immédiatement, a montré Khartoum du doigt, tenu pour « entièrement responsable de l’attaque menée depuis son territoire ».
Et l’armée tchadienne a usé d’un « droit de poursuite » au Soudan, avant de se replier. Depuis plusieurs mois, les accusations croisées entre les deux pays font rage. N’Djamena accuse Khartoum d’offrir refuge aux rebelles tandis que le Soudan reproche au Tchad de mener des opérations militaires sur son sol.

Fin de règne
Ces affrontements, les plus sérieux depuis longtemps , interviennent dans une atmosphère de fin de règne au Tchad. Et ils pourraient sonner le début de l’offensive finale contre le régime d’Idriss Déby. Depuis quelques mois, les désertions se sont multipliées. Et il s’agit des Zaghawas l’ethnie du président, le cœur même du pouvoir. Ces hommes ont notamment formé un mouvement qui se veut aussi percutant que le missile auquel il emprunte son acronyme, le Scud (Socle pour le changement, l’unité nationale et la démocratie).
Le groupe, sanctuarisé dans l’est du pays, est dirigé par deux anciens barons du régime et neveux du président, les jumeaux Erdimi. Ancien directeur de cabinet du président, chargé du dossier pétrole Tom Erdimi, était « M. Or Noir » du régime. Timane Erdimi, lui, était «M; Or Blanc », puisqu’il avait la haute main sur le coton. Tom Erdimi a quitté le pays après le coup d’Etat de mai 2004. Il s’est alors rendu aux Etats-Unis, pays où il avait déjà été formé aux affaires pétrolières. Ce qui pousse certains à penser que le consortium pétrolier américano-malésien emmené par Exxon ne verrait pas d’un mauvais œil leur accession au pouvoir.
Mais d’autres mouvements s’agitent dans l’est du pays, au premier rang desquels le groupe du capitaine Mahamat Nour (Alliance nationale de résistance, ANR) dont le RDI, auteur de l’attaque d’Adré, est une émanation. Tous ont en commun de souhaiter la chute d’Idriss Déby. Mais les rebelles du RDI et d’autres groupes ne veulent pas d’un marché de dupes, qui verrait le pouvoir passer des Zaghawas à d’autres Zaghawas ; Vont-ils faire alliance et s’expliquer ensuite ? Ou partir en ordre dispersé à la conquête du pouvoir ?
Une chose est sûre, le dernier carré autour du président Déby est mince. Le président – très malade- « n’est plus soutenu que par son sous-sous-clan » , commente un diplomate. Il a dû dissoudre la garde présidentielle et s’entourer d’officiers sudistes dont on peut s’interroger sur la loyauté si les choses tournent mal.
A Paris, on se dit « extrêmement vigilant ». Quelque 1 100 soldats et six Mirage F 1 sont déployés au Tchad dans le cadre du dispositif « Epervier ». « Au cas où », le dispositif français a été renforcé à Abéché et N’Djamena. La ligne française est « le soutien au président élu ». Mais, suivant le cours des évènements, on peut aussi imaginer que « l’on regarde la nature faire son œuvre »,commentait hiernun observateur.
Tous les regards sont aujourd’hui tournés vers les marches soudanaises, d’où Hissen Habré puis Idriss Déby avaient lancé leurs marches victorieuses sur N’Djamena. « Chez nous, les vainqueurs viennent toujours de l’est », aime-t-on dire au Tchad.

Arnaud de La Grange

Décembre 2005


Tchad : Le gouvernement tchadien accuse le Soudan après l'attaque d'Adré

Le président Idriss Deby, fait face à une opposition au sein de l'armée

Abéché, le 19 décembre 2005 (IRIN) - Le président tchadien Idriss Deby a accusé le Soudan voisin d’avoir couvert l’attaque lancée ce week-end contre une ville frontalière et revendiqué le droit de poursuite des assaillants en territoire soudanais.
Selon le gouvernement tchadien, quelque 100 personnes – pour la plupart des assaillants – sont mortes la contre-offensive des forces gouvernementales pour repousser une attaque lancée à l’aube dimanche matin contre les camps militaires d’Adre, à la frontière orientale du Tchad avec le Soudan.
« Le gouvernement tchadien tient les autorités soudanaises pour responsables de l’attaque de ce matin orchestrée depuis son territoire », a déclaré le ministre tchadien de la Communication, Hourmadji Moussa Doumgor.
« Les forces gouvernementales tchadiennes vont utiliser maintenant leur droit de poursuite pour écarter toute autre menace » contre la ville frontalière d’Adre, a-t-il ajouté.
Le correspondant d’IRIN dans la ville orientale d’Abeche, a plus de 600 kilomètres à l’Est de la capitale Ndjaména et à 150 kilomètres d’Adre, a confirmé qu’une attaque a eu lieu, sans pouvoir précisé le nombre de victimes.
Le gouvernement soudanais a nié toute implication dans l’attaque.
Les opposants au pouvoir de M. Deby sont issus des rangs de l’armée tchadienne, où de nombreuses désertions ont été enregistrées ce mois-ci, et tous exigent la démission du président.
Les déserteurs ont rejoint les rangs des rebelles opérant dans la région Est du pays d’où ils lancent des attaques contre les camps militaires des loyalistes et sur N’djamena, la capitale.
Selon le gouvernement tchadien, l’attaque de ce week-end a été organisée par un groupe de déserteurs qui a rejoint le nouveau mouvement rebelle du Rassemblement pour la démocratie et la liberté.
M. Deby appartient au groupe ethnique des Zaghawas. Il a perdu la confiance des officiers tchadiens du même groupe ethnique que lui pour n’avoir pas soutenu les populations zaghawas qui combattent au Darfour le pouvoir soudanais et les milices qui l’appuie.
Le conflit du Darfour a éclaté en février 2003 lorsque les rebelles et des combattants zaghawas ont pris les armes pour lutter contre la « discrimination et l’oppression » du gouvernement soudanais.
Des centaines de milliers de réfugiés soudanais se sont installés dans la région Est du Tchad et selon les autorités tchadiennes, les rebelles sont recrutés dans les camps de réfugiés.
Le septième round des pourparlers de paix visant à résoudre le conflit du Darfour a démarré le mois dernier à Abuja, la capitale fédérale du Nigeria, mais les revendications des représentants des rebelles exigeant la vice-présidence ont plongé les négociations dans une impasse.

Décembre 2005


Les viols ont pris une proportion alarmante et menacent gravement la survie des familles.

Dans ce conflit, le viol est devenu une véritable arme de guerre

La Croix, 15 décembre 2005

Le conflit au Darfour est en train de « redevenir une crise oubliée », s’alarme Jérôme Larché, responsable de la mission Soudan pour Médecins du Monde (MDM). Et ce, malgré les déclarations du secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, le 8 décembre et du haut commissaire aux réfugiés de l’ONU, Antonio Guterres, deux jours plus tôt, appelant à se mobiliser autour du sort des réfugiés.
Le conflit au Darfour semble avoir perdu son intensité ces derniers mois, mais la situation des réfugiés n’a jamais été aussi grave. La situation des femmes, notamment, est préoccupante. Le viol constitue aujourd’hui une menace grave et est utilisé par les « djandjawids », ces milices composées de pasteurs nomades arabophones, comme une véritable arme de guerre. « Lorsque les femmes vont au champ, chercher du bois ou de l’eau, elles ont peur », affirme Danièle Coquoz, responsable de la délégation en France du Comité International de la Croix Rouge (CICR). Elles ont peur du viol, mais peut-être plus encore « des conséquences du viol : le rejet ou l’impossibilité de se marier ».
Un homme ne prendra pas une femme si elle n’est pas vierge dans cette société traditionnelle. Mais la victime de viol risque plus encore si elle tente d’introduire une plainte. Car elle doit faire la preuve qu’elle n’était pas consentante. Si elle y échoue elle risque d’être accusée d’adultère, un crime passible de la peine de mort au Soudan.
Un exemple rapporté par Elsa le Pennec, « officier des droits de l’homme » au Darfour pour les Nations Unies, revenue récemment de mission, illustre la triste situation. Une adolescente est blessée en juin 2005, à la suite d’un viol collectif près d’un camp de réfugiés, aux alentours d’Al-Fachir (centre du Darfour). Sortie de l’hôpital, elle se rend avec les enquêteurs sur les lieux de l’agression. Ceux-ci ne trouvant pas de preuves du crime, concluent que les blessures sont dues au terrain et au temps. Malgré cela, et sans doute devant l’absurdité de cette conclusion, la procédure continue. Il s’avère alors que le viol a été commis par des militaires. La jeune fille est soumise à une confrontation directe avec 300 soldats pour tenter de désigner ses agresseurs. L’enquête est ensuite transmise aux autorités militaires et se prolonge sans réel espoir d’aboutir. Les femmes sont devenues, depuis le début des hostilités, le point d’équilibre des familles en l’absence des hommes. Ces viols risquent de déstructurer gravement les clans du Darfour.

Gaëtan Du Roy

Décembre 2005


Le pouvoir soudanais à nouveau accusé au Darfour

Une organisation humanitaire rend un rapport accablant pour le régime de Khartoum

La Croix 15 décembre 2005

La pression monte contre le gouvernement soudanais au sujet de son implication dans les atrocités au Darfour. Alors que le procureur de la Cour pénale internationale (CPI) doit rendre aujourd’hui au Conseil de Sécurité de l’ONU des progrès de son enquête, l’organisation de défense des droits de l’homme Human Right Watch (HRW) a rendu public hier un rapport accablant pour le régime de Khartoum. « Le gouvernement soudanais, au plus haut niveau de sa hiérarchie, est responsable des abus systématiques et de grande ampleur commis au Darfour », estime l’organisation, qui s’appuie sur de nombreux témoignages ainsi que sur des documents internes au pouvoir soudanais. Le document détaille des liens hiérarchiques entre l’armée soudanaise et les redoutables milices djandjawids, « dont les membres ont été recrutés par le gouvernement via des réseaux informels de personnes proches du pouvoir en place, d’anciens militaires et de responsables de tribus nomades. »
HRW affirme que « le pillage et la destruction des villages étaient non seulement excusés par les responsables du gouvernement mais qu’ils étaient méthodiquement organisés, les soldats et les membres des milices étant autorisés à s’emparer des terres, du cheptel et d’autres biens civils ». Le rapport désigne notamment le président Omar Al Béchir, le second vice-président du Soudan Ali Osman Taha et le ministre de la défense Abduraheem Hussein parmi les personnes qui organiseraient les violences au Darfour. Ces personnes « devraient faire l’objet d’une enquête pour crimes contre l’humanité et crime de guerre », estime l’organisation.
Intitulé Impunité inébranlable, le rapport souligne d’ailleurs le « bilan désastreux du gouvernement en matière de recherche des responsabilités pour les crimes commis ». Malgré l’annonce de plusieurs initiatives, notamment une « enquête nationale » sur ces crimes, aucun responsable civil ou militaire d’envergure n’a jusqu’ici été poursuivi. A l’échelon international, en attendant une probable prise en charge du dossier par la CPI, de nombreuses voix dénoncent l’inaction du comité des sanctions de l’ONU, mis en place en mars 2005. Censé visé les responsables de violations des droits de l’homme, ce comité inerte est montré du doigt au sein même de l’ONU, à l’image d’un autre, sur la Côte d’Ivoire, présidé par le même diplomate grec.
Dans le même temps, la mission de l’Union africaine au Darfour, forte de 7000 hommes tend à s’essouffler. « Nous avons du mal à soutenir cette mission dans la durée », notamment faute de financements assurés au-delà de mars 2006, a reconnu la semaine dernière à Paris le commissaire chargé de la paix et la sécurité à l’Union africaine, Saïd Djinnit. Ce dernier s’est toutefois montré plutôt optimiste sur les négociations actuellement en cours à Abuja (Nigeria) entre les protagonistes de la crise. Mais une rumeur vient brouiller les cartes : l’Union africaine, qui tiendra son prochain sommet en janvier à Khartoum, envisagerait d’élire à sa tête Omar Al Béchir. Ce qui serait « se moquer du monde », a estimé hier HRW.

Laurent D’Ersu

Décembre 2005


Un nouvel oléoduc inauguré au Soudan

Xinhuanet, 10 décembre 2005
Un nouvel oléoduc a été inauguré samedi pour transporter du pétrole depuis Al-Galli raffinerie à Port-Soudan dans l'est.
Le premier vice-président soudanais Salva Kiir Mayardit, qui a inauguré le projet, a indiqué que le Soudan a fait ses efforts pour utiliser ses ressources en faveur du développement en vue d'empêcher la recrudescence de conflits dans le pays.
Il a promis de surmonter tous les obstacles en développant l'industrie pétrolière au Soudan, appelant à réaliser la paix dans la région de Darfour dans l'ouest et dans l'est afin de préparer le terrain pour le développement.
L'oléoduc long de 741 km, (avec 12 inches de diamètre soit 30,48 cms) qui coûte 194 millions de dollars, transportera dans une première étape 825 000 tonnes de pétrole et 2,5 millions de tonnes durant la seconde étape avant 2011.

Décembre 2005


Nigeria – Soudan : Les nouvelles exigences des rebelles bloquent les pourparlers de paix

Irin, Abuja, 8 décembre 2005 - Les nouvelles conditions posées par les mouvements rebelles exigeant entre autres la vice-présidence, compliquent encore plus le bon déroulement les pourparlers de paix entamés à Abuja, la capitale du Nigeria, et censés mettre fin au conflit du Darfour, au Soudan.
Selon Ahmed Hussein, le porte-parole du Mouvement/armée de libération du Soudan (SLM/A) et le Mouvement pour la justice et l’Egalité (JEM), « c’est le minimum que les Darfouriens exigent ».
En plus de la vice-présidence, les rebelles veulent revenir aux frontières de 1956, année de l’indépendance du Soudan, pour englober Karal al-Thoum, Al-A’Troon et Wa’hat al-Sharafi, des régions rattachées au Soudan dans les années 1990.
« Ces régions ont été découpées sans que les populations du Darfour et les institutions qui les représentent ne soit consultées », a déclaré M. Hussein.
Ce septième round des pourparlers de paix avait suscité beaucoup d’espoir, puisque pour la première fois, les deux groupes rebelles présentaient un front commun.
Les nouvelles revendications du SLM/A et du JEM ont été soumises aux médiateurs de l’Union africaine (UA).
La délégation du gouvernement soudanais a refusé de répondre aux demandes des rebelles et suggéré la constitution de petites commissions « pour tenter de réduire les différends », a déclaré son porte-parole, Umar Rahama.
Le porte-parole de l’UA, Nourredinne Mezni, a indiqué que les médiateurs étudiaient les propositions des rebelles et espéraient trouver un compromis.
Après plusieurs mois de négociations entre les rebelles et le gouvernement soudanais, aucun accord acceptable n’a été trouvé pour mettre un terme à ce conflit qui a fait plus de 180 000 morts et contraint quelque 2 millions de personnes à l’exode.
Le conflit oppose les forces gouvernementales soudanaises et leurs milices arabes aux mouvements rebelles du Darfour qui luttent pour mettre fin à ce qu’ils considèrent comme l’abandon et l’oppression des populations de la région. Pour l’ONU, ce conflit est la pire crise humanitaire de l’histoire.
Reconnaissant que peu de progrès avaient été réalisés lors des pourparlers - qui ont repris le 29 novembre -, la Mission des Nations unies au Soudan (MINUS) a annoncé mardi que Jan Pronk, le représentant spécial des Nations unies pour le Soudan, se rendrait à Abuja dans les prochains jours.
Selon un communiqué de la MINUS, M. Pronk tentera de relancer « le processus de négociations en cours qui ne semble pas progresser aussi rapidement qu’on l’aurait souhaité, afin qu’un accord soit conclu avant la fin de l’année ».
La semaine dernière, le Darfour a connu une recrudescence de la violence. La MINUS a rapporté de nombreux actes de banditisme, des pillages, des combats interethniques et des affrontements entre les rebelles du SLM/A et des tribus, ainsi que des menaces et des agressions sur les personnels de l’ONU et des organisations non gouvernementales présentes sur le terrain.
Avant de s’envoler dimanche pour Abuja, M. Pronk fera une tournée des troupes de l’ONU déployées dans le sud du Soudan.

Décembre 2005


 

Le Secrétaire général des Nations unies de nouveau gravement préoccupé par la détérioration de la situation au Darfour

Nations Unies, New York, 8 décembre 2005

Gravement préoccupé par la détérioration de la situation au Darfour, en proie à un conflit depuis plus de trois ans qui a provoqué le déplacement de plus de 2 millions de personnes, le Secrétaire général a demandé à nouveau, aujourd'hui, à toutes les parties de respecter leurs accords ainsi que les dispositions du droit international humanitaire.
« La Mission des Nations Unies au Soudan (MINUS) fait état d'actes de banditisme, de pillages, d'affrontements entre tribus, d'accrochages entre des rebelles du Mouvement de libération du Soudan et des tribus, d'attaques à l'encontre des civils - dont la destruction de puits, qui sont essentiels à leur subsistance, et l'expulsion forcée de milliers de personnes de leur foyer, qui s'ajoutent aux deux millions de déplacés existants - ainsi que l'augmentation continue du nombre d'attaques et de vols commis à l'encontre des travailleurs humanitaires », a indiqué le Secrétaire général dans un message transmis le 8 décembre
<" http://www.un.org/News/fr-press/docs/2005/SGSM10253.doc.htm>
En conséquence, le Secrétaire général demande à nouveau à toutes les parties de « respecter leurs accords ainsi que les dispositions du droit international humanitaire ».
Il les exhorte également à « faire des efforts sérieux en vue de parvenir à un règlement politique dans le cadre des pourparlers de paix d'Abuja avant la fin de l'année ».
Il exhorte enfin le Conseil de sécurité et la communauté des donateurs à « suivre attentivement la situation au Darfour, et à réaliser tout ce qui est possible afin d'assister et de renforcer la Mission de l'Union africaine déployée sur le terrain ».
A l'occasion du lancement d'un nouveau cycle de pourparlers à Abuja, le Secrétaire général a appelé, le 29 novembre dernier, les parties à négocier un accord global et à mettre fin aux atrocités perpétrées depuis plus de trois ans au Darfour par les forces rebelles et gouvernementales, provoquant le déplacement de près de 2 millions de personnes (voir notre la dépêche du 29 novembre 2005
<" http://www.un.org/apps/newsFr/storyF.asp?NewsID=11468&Cr=Soudan&Cr1=annan"> d

 

Décembre 2005


Nigeria – Soudan : Les nouvelles exigences des rebelles bloquent les pourparlers de paix

Irin, Abuja, 8 décembre 2005

Les nouvelles conditions posées par les mouvements rebelles exigeant entre autres la vice-présidence, compliquent encore plus le bon déroulement les pourparlers de paix entamés à Abuja, la capitale du Nigeria, et censés mettre fin au conflit du Darfour, au Soudan.
Selon Ahmed Hussein, le porte-parole du Mouvement/armée de libération du Soudan (SLM/A) et le Mouvement pour la justice et l’Egalité (JEM), « c’est le minimum que les Darfouriens exigent ».
En plus de la vice-présidence, les rebelles veulent revenir aux frontières de 1956, année de l’indépendance du Soudan, pour englober Karal al-Thoum, Al-A’Troon et Wa’hat al-Sharafi, des régions rattachées au Soudan dans les années 1990.
« Ces régions ont été découpées sans que les populations du Darfour et les institutions qui les représentent ne soit consultées », a déclaré M. Hussein.
Ce septième round des pourparlers de paix avait suscité beaucoup d’espoir, puisque pour la première fois, les deux groupes rebelles présentaient un front commun.
Les nouvelles revendications du SLM/A et du JEM ont été soumises aux médiateurs de l’Union africaine (UA).
La délégation du gouvernement soudanais a refusé de répondre aux demandes des rebelles et suggéré la constitution de petites commissions « pour tenter de réduire les différends », a déclaré son porte-parole, Umar Rahama.
Le porte-parole de l’UA, Nourredinne Mezni, a indiqué que les médiateurs étudiaient les propositions des rebelles et espéraient trouver un compromis.
Après plusieurs mois de négociations entre les rebelles et le gouvernement soudanais, aucun accord acceptable n’a été trouvé pour mettre un terme à ce conflit qui a fait plus de 180 000 morts et contraint quelque 2 millions de personnes à l’exode.
Le conflit oppose les forces gouvernementales soudanaises et leurs milices arabes aux mouvements rebelles du Darfour qui luttent pour mettre fin à ce qu’ils considèrent comme l’abandon et l’oppression des populations de la région. Pour l’ONU, ce conflit est la pire crise humanitaire de l’histoire.
Reconnaissant que peu de progrès avaient été réalisés lors des pourparlers - qui ont repris le 29 novembre -, la Mission des Nations unies au Soudan (MINUS) a annoncé mardi que Jan Pronk, le représentant spécial des Nations unies pour le Soudan, se rendrait à Abuja dans les prochains jours.
Selon un communiqué de la MINUS, M. Pronk tentera de relancer « le processus de négociations en cours qui ne semble pas progresser aussi rapidement qu’on l’aurait souhaité, afin qu’un accord soit conclu avant la fin de l’année ».
La semaine dernière, le Darfour a connu une recrudescence de la violence. La MINUS a rapporté de nombreux actes de banditisme, des pillages, des combats interethniques et des affrontements entre les rebelles du SLM/A et des tribus, ainsi que des menaces et des agressions sur les personnels de l’ONU et des organisations non gouvernementales présentes sur le terrain.
Avant de s’envoler dimanche pour Abuja, M. Pronk fera une tournée des troupes de l’ONU déployées dans le sud du Soudan.

Décembre 2005


Le Secrétaire général des Nations Unies de nouveau gravement préoccupé par la détérioration de la situation au Darfour

United Nations (New York), All Africa Com, 8 décembre 2005

Gravement préoccupé par la détérioration de la situation au Darfour, en proie à un conflit depuis plus de trois ans qui a provoqué le déplacement de plus de 2 millions de personnes, le Secrétaire général a demandé à nouveau, aujourd'hui, à toutes les parties de respecter leurs accords ainsi que les dispositions du droit international humanitaire.
« La Mission des Nations Unies au Soudan (MINUS) fait état d'actes de banditisme, de pillages, d'affrontements entre tribus, d'accrochages entre des rebelles du Mouvement de libération du Soudan et des tribus, d'attaques à l'encontre des civils - dont la destruction de puits, qui sont essentiels à leur subsistance, et l'expulsion forcée de milliers de personnes de leur foyer, qui s'ajoutent aux deux millions de déplacés existants - ainsi que l'augmentation continue du nombre d'attaques et de vols commis à l'encontre des travailleurs humanitaires », a indiqué le Secrétaire général dans un message transmis aujourd'hui par son porte-parole.
En conséquence, le Secrétaire général demande à nouveau à toutes les parties de « respecter leurs accords ainsi que les dispositions du droit international humanitaire ».
Il les exhorte également à « faire des efforts sérieux en vue de parvenir à un règlement politique dans le cadre des pourparlers de paix d'Abuja avant la fin de l'année ».
Il exhorte enfin le Conseil de sécurité et la communauté des donateurs à « suivre attentivement la situation au Darfour, et à réaliser tout ce qui est possible afin d'assister et de renforcer la Mission de l'Union africaine déployée sur le terrain ».
A l'occasion du lancement d'un nouveau cycle de pourparlers à Abuja, le Secrétaire général a appelé, le 29 novembre dernier, les parties à négocier un accord global et à mettre fin aux atrocités perpétrées depuis plus de trois ans au Darfour par les forces rebelles et gouvernementales, provoquant le déplacement de près de 2 millions de personnes (voir notre dépêche du 29 novembre 2005)

Décembre 2005


Des groupes de défense de droits recommandent une action de l'ONU au Soudan

Julia Spur

Nations Unies, Inter Press Service, 2 décembre 2005 - Des autorités soudanaises et des chefs rebelles du Darfour ont entamé une septième série de pourparlers de paix mardi à Abuja, au Nigeria, au moment où des militants des droits de l'Homme intensifiaient les pressions sur les Nations Unies pour que des sanctions soient prises à l'encontre du gouvernement à Khartoum.
Les discussions ont été retardées pendant une semaine pour permettre la médiation entre les deux chefs du principal groupe rebelle, l'Armée de libération du Soudan (SLA), qui revendiquent tous les deux la présidence du mouvement. Les deux chefs rebelles ont accepté de prendre part aux pourparlers et l'Union africaine (UA) les a emmenés par avion à Abuja, où le septième round de discussions parrainées par l'UA s'est ouvert.
Six précédents rounds ont débouché sur très peu de choses si ce n'est une déclaration de principes entre les deux principaux groupes rebelles du Darfour et le gouvernement. Des observateurs ont affirmé qu'ils voyaient très peu d'espoir de succès pour ce round après une scission à la tête de la SLA au début du mois d'octobre. Mais l'UA espère toujours des avancées.
Une déclaration publiée par le Conseil de paix et de sécurité de l'UA a indiqué que l'UA ''étudiera des mesures appropriées futures, y compris des sanctions, à prendre contre toute partie qui sapera ou constituera un obstacle au processus de paix au Darfour''.
La semaine dernière, le représentant spécial du secrétaire général de l'ONU -- Kofi Annan -- pour le Soudan, Jan Pronk, s'est rendu dans le pays pour rencontrer différents groupes impliqués dans le conflit. Il espérait que les deux chefs de la SLA prendraient part aux pourparlers à Abuja.
La priorité était d'obtenir un accord avec une signature ''qui signifie quelque chose'', a-t-il déclaré. Pronk a délivré un message aux deux leaders de la SLA, affirmant : ''vous devez vous rencontrer pour négocier pour le bien de votre peuple''.
Mais des activistes des droits de l'Homme notent que la situation humanitaire au Darfour ne s'est pas améliorée au cours du mois d'octobre, et exhortent les Nations Unies à prendre des sanctions contre le gouvernement soudanais, qui n'est pas parvenu à désarmer les milices, à mettre fin à l'impunité et à protéger les civils.
''La protection des civils ne s'est pas du tout améliorée malgré les nombreuses résolutions votées au Conseil de sécurité'', a déclaré Georgette Gagnon, directrice adjointe de la Division Afrique de Human Rights Watch, dans un point de presse à l'ONU.
Ensemble avec Sali Mahmoud Osman, un avocat de 'Sudan Organisation Against Torture' (Organisation contre la torture au Soudan), qui travaille avec des victimes de violations des droits de l'Homme dans la région en proie aux troubles, Gagnon a parlé de la situation actuelle au Darfour et du rôle de l'ONU pour mettre fin au conflit.
Osman estime que la situation au Darfour ne s'est pas améliorée parce que les résolutions n'ont pas été mises en œuvre. ''C'est la chose la plus importante. Sans la mise en œuvre, il apparaît que la communauté internationale n'est pas sérieuse à propos de la situation'', a-t-il dit à IPS.
Osman a demandé aux Etats-Unis et à d'autres membres du Conseil de sécurité de mettre fin à ce qu'il a décrit comme une ''impasse'' dans le processus de sanctions. Il a critiqué trois membres -- la Chine, la Russie et l'Algérie -- pour avoir bloqué les tentatives du Conseil de sécurité de prendre des sanctions contre le gouvernement de Khartoum ou les milices soutenues par le gouvernement.
''La Chine, la Russie et l'Algérie ne se soucient pas beaucoup de la situation humanitaire au Darfour'', a souligné osman.
Human Rights Watch et lui se focalisent sur d'autres membres puissants du Conseil de sécurité, comme les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, pour prendre le contrôle du plan et s'assurer que les trois Etats membres ne bloqueront pas les sanctions.
Les Etats membres devraient également condamner l'éventualité que le Soudan prenne la présidence de l'Union africaine en janvier, selon les activistes.. ''Nous croyons fermement que cela ne devrait pas arriver'', a affirmé Gagnon. ''En fin de compte, la décision revient à l'Union africaine elle-même''.
Plus tôt en novembre, les directeurs des divisions Afrique et Washington de Human Rights Watch ont envoyé une lettre ouverte au sous-secrétaire d'Etat américain Robert Zoellick, qui a récemment rencontré différentes factions du conflit au Kenya.
La lettre exhortait Zoellick à exiger la coopération totale du gouvernement soudanais avec des agences étrangères de surveillance et d'aide, et demandait au gouvernement de démontrer son attachement aux droits de l'Homme et à la paix à travers des actions plutôt que des mots.
''Nous vous exhortons à faire en sorte que le gouvernement américain joue le rôle principal au Conseil de sécurité de l'ONU en produisant une résolution à cet effet'', indiquait la lettre.
Osman veut également qu'on recentre l'attention sur le Darfour. ''Il devrait y avoir une augmentation de la prise de conscience. Certains pensent que parce qu'il n'y a pas d'attaques massives, c'est la fin de l'histoire, mais ce n'est pas le cas'', a-t-il dit à IPS.
Le génocide continue toujours, ajoute-t-il. Et même si l'ONU a fait quelque chose de très bien et d'important, ''l'ONU ne devrait pas laisser le Darfour hors de l'écran radar'', a-t-il souligné.
Pendant le conflit qui dure presque trois ans au Soudan, des dizaines de milliers de personnes ont été tuées et plus de deux millions ont été contraintes de quitter leurs maisons.
Le tout dernier rapport du secrétaire général Annan sur le Darfour indique que des éléments critiques d'une approche coordonnée en faveur de la paix dans la région devraient inclure non seulement la réconciliation des factions, mais également des consultations entre l'équipe de médiation de l'UA et les parties soudanaises sur une commission de partage de pouvoir pour la région.

Décembre 2005


Novembre 2005

Jeune Aftique
28 novembre 2005
Reprise des négociations de paix sur le Darfour mardi à Abuja
Jeune Aftique
28 novembre 2005
Le Tchad et le Soudan convenus de régler leurs différends par le dialogue
La Croix
25 novembre 2005
Les rebelles de la LRA ont traversé la frontière pour aller trouver refuge au Soudan.
La Croix
24 novembre 2005
Un remorqueur relie Juba à Kosti, du Sud vers le Centre, parcours qui fut longtemps périlleux
Le Monde
22 novembre 2005
Le pouvoir du Tchadien Déby est menacé par les mutineries
Jeuen Afrique
22 novembre 2005
Le Soudan veut juger lui-même les suspects de crimes de guerre au Darfour
Courrier international
22 novembre 2005
Un pas vers la paix, dix pas vers le désastre
ONU
24 novembre 2005
Une résolution sur les droits de l'homme au Soudan bloquée à l'Onu
ONU
22 novembre 2005
menace d'anarchie totale au Darfour, alerte Kofi Annan
ONU
10 novembre 2005
l'ONU enquête sur l'attaque de six villages au Sud-Darfour
Jeune Afrique
21 novembre 2005
Annan appelle à un accord-cadre pour la paix au Darfour d'ici la fin de l'année
Sécrétariat d'Etat des Etats Unis
18 novembre 2005
Au Soudan, M. Zoellick inaugure un nouveau consulat des États-Unis à Juba
Washington File
04 novembre 2005
Les États-Unis prônent l'application de l'accord de paix
Début de page

Reprise des négociations de paix sur le Darfour mardi à Abuja

Jeune Afrique, 28 novembre 2005

Les parties au sanglant conflit du Darfour entament mardi à Abuja, au Nigeria, le septième round de négociations de paix visant à parvenir à un accord de paix, a annoncé lundi à Addis-Abeba la Commission de l'Union africaine (UA).
La Commission, qui joue le rôle de médiateur dans les négociations inter-soudanaises sur le Darfour avec le soutien de la communauté internationale, précise que les représentants du gouvernement d'unité nationale du Soudan ainsi que le Mouvement justice et égalité (MJE) et le Mouvement/Armée de libération du Soudan (SLM/A) y prendront part.
Les co-médiateurs tchadiens, les facilitateurs nigérians et libyens de même que les représentants des partenaires internationaux de l'UA sont aussi attendus à ces assises visant à ramener la paix dans cette partie de l'ouest du Soudan déchirée depuis trois ans par la guerre.
Depuis la fin du dernier round, le 20 octobre dernier, des efforts ont été déployés par la médiation et les partenaires internationaux de l'UA pour surmonter les divisions au niveau du leadership du SLM/A, indique la Commission dans le communiqué.
A cet égard, elle explique que diverses initiatives ont été prises, particulièrement par les Etats-Unis, le Tchad, la Libye et l'Erythrée avec le soutien de l'Union africaine.
Le principal médiateur de l'UA, le Tanzanien Salim Ahmed Salim, s'est félicité de ces efforts et a exprimé sa satisfaction de l'arrivée à Abuja, pour les besoins de ces négociations, des leaders rivaux du SLM/A, Abdul Waheed Al-Nur et Mini Minawi Arkoi.
" C'est l'espoir de l'émissaire spécial, de la Médiation de l'UA ainsi que des partenaires internationaux que ce round sera décisif comme l'ont affirmé les parties à la fin du sixième round", souligne la Commission.
Le conflit du Darfour, qui a éclaté en février 2003, a provoque la mort d'environ 180.000 personnes et entraîné le déplacement de quelque 2 millions d'hommes, femmes et enfants.

Novembre 2005


Le Tchad et le Soudan convenus de régler leurs différends par le dialogue

Jeune Afrique 28 novembre 2005

Les partis au pouvoir au Soudan et au Tchad sont convenus dimanche de régler leurs différends par le dialogue, a-t-on appris lundi de source officielle de N'Djamena.
Ces deux pays s'accusent mutuellement de violer la souveraineté de leur territoire.
" La retenue et le recours aux mécanismes du dialogue et de la coopération devraient être utilisés pour régler les incompréhensions", indique un communiqué commun du parti du Congrès national (CN), au pouvoir à Khartoum, et du Mouvement patriotique du Salut (MPS), au pouvoir à N'Djamena.

Le Soudan a dénoncé récemment plusieurs violations de sa frontière terrestre et de son espace aérien par l'armée tchadienne. Le Tchad avait menacé de poursuivre en territoire soudanais des militaires tchadiens mutinés passés dans la région du Darfour, frontalière du Tchad.
Le Tchad avait déjà accusé à la mi-novembre son voisin soudanais de vouloir le déstabiliser et d'utiliser ces mutins tchadiens aux côtés de ses troupes pour combattre les rebelles du Darfour.
Fin septembre, au moins 75 personnes, dont 55 civils, avaient été tuées dans un village tchadien proche de la frontière soudanaise dans l'attaque menée, selon les autorités tchadiennes et des témoins, par des miliciens arabes djandjawids venus du Soudan

Novembre 2005


 

La transition au Soudan (3/3)
Les rebelles de la LRA ont traversé la frontière pour aller trouver refuge au Soudan.

Ils y ont trouvé le soutien du régime islamique de Khartoum

La Croix 25 novembre 2005

L’Ouganda a fait déborder sa guerre civile dans le sud du Soudan

Juba (correspondance spéciale)

Entassés les uns sur les autres dans une vieille Toyota tout terrain, les passagers ne parlent pas. Ils regardent droit devant eux. Plusieurs embuscades ont eu lieu depuis le mois de septembre sur cette route en terre défoncée qui relie la frontière ougandaise à Juba, capitale du sud du Soudan. Les rebelles de l’Armée de résistance du Seigneur (LRA) un mouvement ougandais, peuvent attaquer à tout moment. Ils opèrent par petits groupes d’hommes de femmes et d’enfants et manquent rarement leurs cibles.
La route entre Yei et Juba a été officiellement rouverte à la circulation en septembre dernier, après avoir été déminée par les Nations Unies. C’était un des premiers signes concrets de l’accord de paix signé en janvier entre le Mouvement de libération des peuples du Soudan et le régime de Khartoum.
Cette route est importante pour le sud du Soudan. Elle ouvre cette région longtemps enclavée aux marchés d’Afrique de l’Est et la libère ainsi des pressions de Khartoum. Mais sa réouverture a coïncidé avec un changement d’opérations des rebelles de la LRA. Autrefois confinés à la rive droite du Nil, ils opèrent désormais également sur sa rive gauche. L’armée ougandaise fait état de leur présence depuis septembre jusqu’en République démocratique du Congo.
Ces dernières semaines, les rebelles ont de nouvelles cibles : les démineurs et les humanitaires expatriés. Leur objectif semble être de freiner la reprise du trafic routier et l’aide humanitaire dans le sud du Soudan. « Ils sont armés par Khartoum, cela ne fait aucun doute. Khartoum a signé la paix avec nous à contrecoeur », déclare Georges Reak, représentant du Mouvement de libération des peuples du Soudan à Kampala. Mais Khartoum affirme avoir cessé tout soutien à ce groupe rebelle.
La LRA est apparue dans le nord de l’Ouganda dans la foulée de la prise de pouvoir par les armes de Yoweri Museveni en 1986. Au début des années 1990, l’armée ougandaise appliqué la politique de la terre brûlée, chassant des centaines de milliers de personnes de leurs villages pour les rassembler dans des camps de déplacés gardés par l’armée et approvisionnés par la communauté internationale. L’objectif était d’isoler les rebelles de leur base de recrutement. Aujourd’hui encore, plus d’un million et demi de personnes vivent dans ces camps. Une génération a ainsi été déracinée ;
Isolés, les rebelles de LRA ont traversé la frontière pour aller trouver refuge au Soudan. Ils y ont trouvé le soutien du régime islamique de Khartoum, soucieux d’affaiblir la SPLA, branche armée du Mouvement de libération des peuples du Soudan, qui était, elle, entraînée et armée par l’Ouganda. Pour remplacer leurs morts, les rebelles se sont mis à attaquer les villages et à kidnapper les enfants, souvent transformés en soldat. Plus de 30.000 enfants ont ainsi été kidnappés depuis dix ans, selon l’organisation des Nations Unies pour l’enfance (Unicef).
En 2001, après les attentats de New York, les Etats-Unis ont qualifiés la LRA d’organisation terroriste. Sous la pression internationale, Khartoum a dû officiellement lui ôter tout soutien. Deux ans plus tard, l’armée ougandaise a de son côté reçu l’autorisation de la poursuivre jusque sur le territoire soudanais.
Depuis, un vaste territoire situé entre Juba, le Kenya et l’Ouganda est devenu un no man’s land y compris pour les agents de l’ONU. La population de Juba n’ose plus se rendre à plus de 10 kilomètres de la ville vers le sud. Paradoxalement, les rebelles de la LRA y évoluent au vu et au su de l’armée ougandaise. Ils brûlent et pillent des villages, enlèvent des enfants.
A Khartoum, la presse s’émeut de la présence de l’armée ougandaise, qui a fait déborder la guerre civile ougandaise dans le sud du pays. Mais pour la SPLA, qui est confrontée à de nombreuses désertions et dont la plupart des cadres préparent l’indépendance du sud du Soudan, l’armée ougandaise et un allié indispensable. La présence de la LRA est devenue un prétexte idéal pour permettre à l’armée ougandaise d’y rester déployée et de soutenir ainsi les indépendantistes locaux. Utilisés pour les basses œuvres des uns et des autres, les rebelles ougandais se retrouvent ainsi malgré eux impliqués dans un conflit qui les dépasse largement.
En septembre dernier, la jeune Cour pénale internationale de La Haye a émis les premiers mandats d’arrêts de son existence. Ils visent Joseph Kony, le chef des rebelles de la LRA, accusé de crimes contre l’humanité ainsi que quatre de ses associés. Ces inculpations ont mis fin aux tentatives de négociations de paix menées en Ouganda avec ces rebelles par Betty Bigombe, une ancienne ministre. Si les pourparlers reprennent, ce sera à travers la médiation de la SPLA, un signe de plus que la guerre civile ougandaise est devenue aussi un problème pour le Soudan.

Adrien de MUN

Novembre 2005


 

La Transition au Soudan (2/3)
Un remorqueur relie Juba à Kosti, du Sud vers le Centre, parcours qui fut longtemps périlleux

Le Soudan au fil du Nil des marécages au désert

La Croix 24 novembre 2005-11-28

Juba, Kosti (Soudan) Correspondance spéciale

Les sirènes du Tabaldia, un solide remorqueur, retentissent deux fois et c’est l’effervescence sur le port de Juba, dans le sud du Soudan .Les passagers se bousculent sur la passerelle en bois qui relie le bateau à la rive boueuse. Les uns portent leur lit, d’autres tirent des chèvres, un homme transporte un vieux professeur dans ses bras.
L’embarcation est constituée d’un remorqueur et de trois péniches, l’une étant aménagée pour recevoir des passagers. Les cabines de premières classe sont au rez-de-chaussée : quatre mètres carrés, un lit superposé et un ventilateur. Les autres passagers s’installent en plein air au premier étage et dorment sur leurs lits ou à même le sol. Les chèvres vont où bon leur semble, tandis que l’unique vache est attachée sur le pont avant. Destination : Kosti, à 1436 km en aval. Il faudra une semaine de navigation.
Les 12 membres d’équipage et les 11 militaires chargés de protéger l’embarcation sont tous des musulmans du Nord, sauf William, un Dinka de Bor, le fief de son ethnie. Etant le seul chrétien, il est indispensable : il peut conduire l’embarcation durant la prière. William a le don de distinguer les crocodiles et les hippopotames se nichant dans la muraille de papyrus de cinq mètres de haut, qui borde le bras étroit dans lequel s’est engagé le Tabaldia. Plus loin, il aperçoit des lions.
Peu après avoir quitté Juba, le cortège entre dans l’immense marécage du Sud, le plus grand du monde. En dessous gît le pétrole tant convoité par les acteurs du conflit qui a ravagé le sud du Soudan pendant vingt-et-un ans, jusqu’aux accords de paix signés en janvier dernier. Le Tabaldia mettra cinq jours pour le traverser. Le capitaine Ahmed Abdel Aziz porte quatre profondes cicatrices rituelles sur ses joues. A60 ans, dont quarante-six ans de navigation, il connaît tous les pièges du Nil : ses bas fonds, ses bras qui se perdent dans les marécages et ses tribus belliqueuses. En 1997, il a eu la jambe gauche traversée par une balle lors d’une embuscade, alors qu’il était à la barre. « Durant la guerre, il fallait trois mois pour aller de Juba à Kosti, raconte-t-il. On s’arrêtait tous les trois jours pour laisser les militaires ratisser devant nous. Quand on était attaqué, on avait un seul mot d’ordre : avancer ; c’est comme cela que j’ai été blessé ; ce jour-là, beaucoup sont morts. On ne s’est pas arrêté et j’ai gardé cette balle dans ma jambe durant deux mois. »
L’embarcation progresse difficilement à travers les marécages. Les papyrus étendent leur masse mouvante jusqu’à l’horizon. Le remorqueur croise des pêcheurs qui habitent dans des cabanes ou n’ont pour seul abri qu’une moustiquaire.
Au bout de trois jours de navigation, apparaît Bor, lieu de naissance du défunt chef sudiste John Garang. C’est un grand village plutôt qu’une petite ville. Les maisons sont dissimulées par de hauts murs de papyrus séchés. De magnifiques vaches blanches décorées de tissus multicolores sont poussées par de jeunes hommes ceints de peaux de léopard et recouverts de cendres qui viennent offrir ce bétail en dansant au père d’une jeune fille pour la marier. « La vache ici, est l’alpha et l’oméga. Les habitants n’ont qu’un souci, en posséder », explique William.
Encore deux jours, et la merde papyrus fait place aux roseaux. Le Sud et son immensité végétale s’éloignent. Le Nil s’élargit. Le bateau arrive à Malakal, à 600 km de Juba. C’est la première ville munie d’un vrai quai. L’activité est intense. Les passagers descendent faire des courses.
A 800 km en aval, Kosti est la destination finale du Tabaldia. Le port est une importante position militaire gouvernementale. Des orgues de Staline, des tanks et des mitrailleuses pointent leurs canons vers le fleuve. Ici commence le réseau routier, qui tire ses ramifications sur un territoire semi-aride. Des hommes enturbannés accompagnent sous un soleil de plomb des troupeaux de chèvres et de vaches. Le long de la route de nombreuses carcasses d’animaux témoignent des longues périodes de sécheresse. Le sud du Soudan et ses marécages sont déjà loin.

Adrien de Mun

Novembre 2005


Le pouvoir du Tchadien Déby est menacé par les mutineries

Le Monde 22 novembre 2005 (le-monde-2005-11-22)

Nairobi, correspondant

Jamais, en seize ans de pouvoir, le président tchadien Idriss Déby n'a semblé aussi menacé. Depuis la tentative de coup d'Etat de mai 2004, impliquant son entourage direct, le régime est entré dans une période de turbulences, accentuées par les problèmes de santé du chef de l'Etat.
Courant octobre, un groupe de militaires appartenant au "clan" présidentiel a fait défection et s'est installé à l'extrême est du pays, entre Tchad et Darfour soudanais. Au nombre de quelques dizaines, selon le pouvoir, de quelques centaines, selon son chef, Yaya Dillo Djerou, les mutins sont basés "dans les grottes" d'un massif montagneux frontalier entre le Tchad et le Darfour soudanais.
Ils peuvent compter sur des stocks d'armes et de munitions retirés des armureries depuis un an, ainsi que sur le soutien d'ex-rebelles tchadiens installés au Darfour qui ont combattu parmi les janjawids (miliciens arabes instrumentalisés par le régime soudanais dans la guerre contre les tribus africaines) et attendent l'occasion pour porter la guerre au Tchad et prendre la route de la capitale, N'Djamena.
Jusqu'ici, le président Déby a échoué à mater le mouvement, pour des raisons familiales. Rançon de la phagocytose de l'élite tchadienne par la famille présidentielle, des oncles et des neveux se trouvent désormais dans chaque camp et refusent de s'entre-tuer. Le président Déby s'est donc trouvé dans l'obligation de remanier son armée, limogeant son chef d'état-major, un proche parent, pour le remplacer par un Sudiste. Dans ce contexte de déréliction familiale, de nombreux groupes armés en sommeil, au Tchad comme à l'étranger, tissent des liens, depuis plusieurs semaines, avec les mutins, comme avec des conspirateurs au sein des forces armées, qui se dissimulent de moins en moins et se retrouvent jusqu'au sein de l'état-major.

Attaque à N’Djamena

L'attaque, le 14 novembre, de deux camps de l'armée tchadienne, dont l'un en plein centre de la capitale, a montré l'existence de complicités entre assaillants et troupes régulières. Quelques jours plus tôt, le président Déby avait limogé l'ensemble de sa garde républicaine, remplacée par une nouvelle unité.
C'est dans ce contexte de crise que le gouvernement a décidé, le 8 novembre, de rompre ses engagements avec la Banque mondiale, qui avait financé la part tchadienne dans le projet de construction d'un pipeline entre les champs pétrolifères de Doba, dans le sud du pays, et Kribi, sur la côte camerounaise.
Depuis 2003, les recettes et dividendes du pétrole sont distribués selon une formule unique. En échange de son engagement financier, la Banque mondiale avait obtenu que 10 % des recettes soient placées sur un compte séquestre, "à destination des générations futures". Le reste de la cagnotte pétrolière devait être affecté, pour 80 %, au financement de secteurs comme la santé et l'éducation.
Cette répartition vertueuse, unique au monde dans le secteur pétrolier, a vécu. Les 31,7 millions d'euros destinés aux "générations futures" devraient être affectés au Trésor pour utilisation immédiate, tandis que la sécurité fait désormais figure de nouvelle priorité. La Banque mondiale espère encore être "en négociations" avec le gouvernement tchadien, selon Marco Mantovanelli, l'un des porte-parole de l'institution à Washington, qui, "tout en reconnaissant les difficultés financières actuelles du Tchad", dénonce les "faiblesses fondamentales dans la gestion des finances".
A N'Djamena, le représentant de la Banque mondiale ne risque pas de régler le problème. Hasard ou pas, il est accusé de harcèlement sexuel par l'une de ses secrétaire et se trouve "en congé".

Jean-Philippe Rémy

Novembre 2005


Le Soudan veut juger lui-même les suspects de crimes de guerre au Darfour

Jeune Afrique, 22 novembre 2005

Le ministre soudanais de la Justice, Mohammed Ali-al-Mardi, a réitéré lundi l'insistance de son gouvernement pour juger les suspects de crimes de guerre au Darfour dans le pays même.
Dans un communiqué de presse, M. al-Mardi a souligné que les organes de justice soudanais étaient honnêtes, neutres et compétents et que le gouvernement soudanais était sérieux, capable et disposé à juger ceux qui sont suspectés d'avoir commis des crimes de guerre dans la région ouest du Darfour.
Il a cité un récent jugement dans lequel deux soldats soudanais ont été condamnés à être pendus après avoir été reconnus coupables d'avoir tué un civil au Darfour.
M. al-Mardi a rejeté toute ingérence de la cour pénale internationale (CPI) de la Haye.
Il a réaffirmé que son gouvernement a intensifié ses efforts pour lutter contre la violence envers les femmes.
Le Conseil de sécurité de l'ONU a adopté une résolution en mars demandant aux autorités soudanaises de soumettre à la CPI les accusés de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité dans la région du Darfour, dans l'ouest du Soudan.
Le gouvernement soudanais a considéré cette résolution comme une intervention dans ses affaires intérieures

Novembre 2005


Un pas vers la paix, dix pas vers le désastre

Courrier International, 22 novembre 2005

Sous l'impulsion des Nations unies, de l'administration américaine et de l'Union africaine, les autorités soudanaises et les groupes rebelles du Darfour sont engagés dans un processus de paix. Une embellie diplomatique qui fait apparemment long feu.

La réunion organisée samedi 19 novembre entre les deux factions rivales du principal groupe rebelle du Darfour (une région de l'ouest du Soudan), le Mouvement de libération du Soudan (SLM), n'a pas abouti à la réconciliation souhaitée par l'administration américaine ainsi que par l'Union africaine (UA). Cette rencontre, qui a eu lieu à El-Facher (capitale du Darfour du Nord), s'est d'ailleurs déroulée en présence du représentant de l'UA au Soudan et de l'adjointe de la secrétaire d'Etat américaine chargé des Affaires africaines, Jendayi Frazer, actuellement en visite au Soudan. « Les dissensions internes au sein du SLM risquent en effet de compromettre la reprise des pourparlers de paix entre les groupes rebelles et le gouvernement de Khartoum », rapporte Asharq Al-Awsat.
Le SLM est menacé d'éclatement après l'élection le 3 novembre au poste de président du mouvement, du chef de sa branche armée, Mani Arko Minawi, considéré comme tenant d'une ligne dure. Son élection a immédiatement été récusée par les partisans du président fondateur Abdel Wahid Mohamed Nour. "Cette lutte de pouvoir assombrit les perspectives de succès des négociations de paix d'Abuja (Nigeria). D'ailleurs, la septième session de ces pourparlers, qui devait s'ouvrir lundi 21 novembre, a été reportée de quelques jours", poursuit le quotidien saoudien édité à Londres. Selon le porte-parole de l'UA, Nureddin Mezni, ce report a été décidé "pour des raisons logistiques". Un autre groupe rebelle, le Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM), est lui aussi partie prenante des négociations d'Abuja, précise Asharq Al-Awsat.
" Le SLM et le JEM sont entrés en rébellion en février 2003 contre le gouvernement central et les janjawid, milices arabes alliées aux autorités de Khartoum. Les groupes rebelles du Darfour appartiennent à des ethnies noires et revendiquent un meilleur partage des richesses et une plus grande autonomie politique. Selon les Nations unies, ce conflit a déjà causé au moins 200 000 morts et chassé de leurs villages plus de 2 millions de personnes", rappelle de son côté The Washington Post. Cependant, si le SLM n'arrive pas à s'unir pour présenter un front commun, les divisions au sein des groupes rebelles pourraient aboutir à une multiplication des groupes armés, ce qui rendrait impossible toute solution politique au Darfour. D'ailleurs, "les Nations unies ainsi que l'administration américaine, qui avaient au départ imputé la responsabilité de l'effusion du sang au gouvernement soudanais et aux janjawid, font actuellement le constat d'une situation chaotique largement due aux violences déclenchées par les factions rebelles".
Pour illustrer son propos, le quotidien américain rappelle l'enlèvement, début octobre, de 38 membres de la mission de maintien de la paix au Darfour, mise en place il y a un an sous les auspices de l'Union africaine. Les otages ont finalement été libérés, mais l'UA a accusé un groupe dissident du JEM d'être à l'origine de l'enlèvement. A la même période, deux soldats nigérians ont été tués dans une embuscade contre une unité de la force africaine, poursuit le journal. "Sur le terrain, les soldats de la force de maintien de la paix attendent toujours afin d'être équipés de gilets pare-balles et ils manquent d'hélicoptères pour aller vérifier les informations concernant le déroulement des combats dans la région."
Le même état des lieux est dressé par The Christian Science Monitor, qui regrette "la décision prise début novembre par une commission de la Chambre des représentants [américaine] de supprimer une aide de 50 millions de dollars [42 millions d'euros] destinée aux forces de l'Union africaine". Les forces de maintien de la paix au Darfour déployées par l'UA comptent actuellement à peine 5 000 soldats, bien loin des 12 500 prévus au départ. Des soldats pris entre deux feux, car aussi bien le gouvernement que les rebelles se permettent régulièrement de violer le cessez-le-feu qu'ils ont signé, poursuit le journal.
" Les troupes de maintien de la paix sont en train de perdre le contrôle parce qu'elles ne possèdent pas les équipements nécessaires et que leurs effectifs restent insuffisants. Par ailleurs, elles sont prises elles-mêmes pour cible." Ainsi, poursuit le quotidien américain, après avoir connu une légère amélioration durant l'été dernier, la situation au Darfour se dégrade à nouveau, le nombre des déplacés est en augmentation et l'aide alimentaire est détournée par les rebelles. "Quand des donateurs comme les Etats-Unis ne respectent pas leurs engagements à soutenir les forces de l'UA, les groupes humanitaires se découragent et se voient obligés d'abandonner leur travail pour des raisons de sécurité."

Hoda Saliby

Novembre 2005


Une résolution sur les droits de l'homme au Soudan bloquée à l'Onu

Nations Unies, New York -24 novembre 2005
L'Assemblée générale des Nations unies a adopté mercredi une motion de procédure qui a bloqué un débat sur un projet de résolution proposé par l'Union européenne et exprimant des inquiétudes sur la situation des droits de l'homme au Soudan. La motion de non-action, présentée par les 53 membres du groupe africain, a été adoptée par 85 voix contre 79, avec 12 abstentions. Le texte du projet de l'UE visait à exprimer l'inquiétude de l'Assemblée devant "le prolongement de la crise humanitaire au Darfour et le récent regain de violences perpétrées par toutes les parties engagées dans ce conflit". Il déplorait également "le constant climat d'impunité dans la région du Darfour, en particulier en ce qui concerne la violence à l'encontre des femmes et des filles". L'ambassadeur britannique à l'Onu, Emyr Jones Parry, a regretté que l'Assemblée générale ait "renoncé à prendre ses responsabilités".

Novembre 2005


Soudan : menace d'anarchie totale au Darfour, alerte Kofi Annan

Nations Unies, New York, 22 novembre 2005
Dans son dernier rapport sur le Darfour, le Secrétaire général prévient que « la menace de l'anarchie totale se rapproche, en particulier au Darfour-Ouest, où les seigneurs de guerre, les bandits et les milices se montrent de plus en plus agressifs ».
« L'intensification redoutable de la violence au Darfour sévit maintenant depuis deux mois. Elle compromet gravement l'acheminement de l'aide humanitaire, fait des morts parmi la population civile et le personnel de la Mission de l'Union africaine au Soudan (MUAS) et assombrit de nouveau les perspectives de retour des personnes déplacées dans certaines zones. Des villageois ont dû s'enfuir à nouveau de leurs foyers, dans certains cas pour la deuxième ou la troisième fois », a déclaré le Secrétaire général dans son dernier rapport mensuel sur la situation au Darfour, publié hier.
« L'aggravation de la situation ne pourra être empêchée que par la consolidation rapide des progrès accomplis lors de la 6e série de pourparlers à Abuja. Il faut absolument apporter une solution politique au problème et, pour y parvenir, les Soudanais et la communauté internationale doivent coordonner leurs efforts en vue d'atteindre deux objectifs précis », affirme-t-il.
Si la fréquence et l'intensité des attaques directes entre le Mouvement/Armée de libération du Soudan (SLM/A) et les forces gouvernementales ont diminué par rapport au mois précédent, des accrochages sérieux ont été signalés, indique le Secrétaire général dans son rapport.
« Le SLM/A et le gouvernement continuent de faire preuve d'un mépris constant à l'égard de la lettre et de l'esprit des accords de cessez-le-feu qu'ils ont signés », regrette-t-il.
« Durant le mois écoulé, explique-t-il, les milices ont également attaqué des villages. Dans un cas particulièrement atroce, elles ont attaqué, le 23 octobre, le village Four de Tama (Darfour-Sud), faisant parmi les civils des douzaines de morts et un plus grand nombre encore de blessés ».
« La violence actuelle a entraîné de nouveaux déplacements de populations civiles dans les camps » et « les agriculteurs ne cessent également d'être harcelés par des milices et des groupes de nomades », constate par ailleurs le rapport.
La montée de la violence contre les populations civiles au Darfour a durement touché les enfants. Durant le mois d'octobre, plusieurs d'entre eux ont été tués ou enlevés dans la région. De plus, toutes les parties continuent de recruter des enfants soldats. Les enfants participent aux hostilités dans le Darfour-Nord, affirme le rapport du Secrétaire général.
La Mission des Nations Unies au Soudan (UNMIS selon son acronyme anglais) a aussi continué de recueillir chaque semaine des informations sur des actes de violence grave perpétrés contre des femmes et des jeunes filles. Le problème de la violence sexuelle a été particulièrement alarmant au Darfour-Ouest où l'UNMIS a enregistré 9 cas de viols, 4 tentatives de viol et 8 agressions.
Sur la question du processus de paix, la 6e série de pourparlers de paix intersoudanais sur le Darfour, tenue à Abuja, s'est terminée le 20 octobre après des semaines de négociations ardues organisées, par l'Union africaine, entre le gouvernement et les deux principaux mouvements rebelles - SLM/A et JEM.
Lors de la dernière séance, les parties se sont engagées, dans le communiqué commun qu'elles ont adopté, à ce que la prochaine série de pourparlers, a commencé hier, soit « décisive ».
Bien que les pourparlers n'aient pas avancé autant qu'on l'avait espéré, un certain nombre de faits positifs ont été enregistrés durant les négociations, malgré la poursuite de la violence au Darfour, conclut le Secrétaire général.
Le porte-parole du Secrétaire général, Stéphane Dujarric, lors de son point de presse quotidien, au siège de l'ONU, à New York, a indiqué aujourd'hui que le Représentant spécial du Secrétaire général pour le Soudan, Jan Pronk, se rendait au Darfour demain pour des consultations avec les chefs de l'Armée/Mouvement de libération du Soudan, dans la perspective des négociations de paix sur le Darfour qui reprennent à Abuja la semaine prochaine.
Voir note dépêche du 20 octobre sur le précédent rapport du Secrétaire général

Novembre 2005


Soudan : l'ONU enquête sur l'attaque de six villages au Sud-Darfour

Nations Unies, New York, 10 novembre 2005 –

La Mission des Nations Unies au Soudan mène une enquête sur des attaques qui auraient été menées contre six villages, brûlés au Sud-Darfour, par près de 1.500 hommes cavaliers à cheval et à dos de chameau.

Outre la Mission des Nations Unies au Soudan (UNMIS), « l'Union africaine, (UA) qui a été informée, mène aussi une enquête », a déclaré la porte-parole adjointe du Secrétaire général, Marie Okabe, lors de son point de presse quotidien, au siège de l'ONU à New York.

La porte-parole a indiqué par ailleurs que le Représentant spécial du Secrétaire général pour le Soudan, Jan Pronk, avait émis des protestations auprès du ministère des Affaires étrangères du Soudan concernant des brutalités à l'égard de membres d'un groupe d'expert des Nations Unies chargés de surveiller l'embargo sur les armes établi par le Conseil de sécurité.

Jan Pronk a indiqué avoir reçu des garanties sur le fait que la mission du groupe d'experts ne serait pas entravée.

Le Conseil de sécurité avait décidé le 29 mars, par la résolution 1591 (2005), adoptée par 12 voix pour et 3 abstentions (Algérie, Chine et Fédération de Russie), d'ajouter de nouvelles sanctions à l'embargo sur les armes prévu par la résolution 1556 du 30 juillet 2004 visant spécifiquement les belligérants au Darfour, après avoir constaté le « défaut par le gouvernement soudanais, le Mouvement/Armée de libération du Soudan (SLM/A) et le Mouvement pour la justice et l'égalité, parties au conflit du Darfour, d'honorer leurs engagements » (voir notre dépêche du 30 mars 2005).

Novembre 2005


Annan appelle à un accord-cadre pour la paix au Darfour d'ici la fin de l'année

Jeune Afrique, 21 novembre 2005

Compte tenu de la violence continue dans la région du Darfour dans l'ouest du Soudan, le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, a appelé lundi la communauté internationale et les Soudanais à assurer qu'un accord-cadre de paix soit négocié à Abuja, la capitale nigériane, d'ici la fin de l'année.
" Une nouvelle détérioration de la situation ne pourra être évitée que par la consolidation rapide du processus adopté lors du 6ème cycle de négociations tenu à Abuja", a déclaré M. Annan dans son dernier rapport mensuel présenté au Conseil de sécurité.
Pour réaliser une solution politique, les Soudanais et la communauté internationale doivent travailler afin de jeter une base pour un 7ème cycle de négociations de paix à Abuja qui sera le dernier cycle de négociations, a indiqué M. Annan.
" Il est crucial qu'un accord-cadre de paix soit conclu avant la fin de l'année", a-t-il souligné, en ajoutant: "Deuxièmement, il est impératif qu'en coordination avec les diverses parties soudanaises, la communauté internationale commence immédiatement à planifier le programme et l'assistance nécessaires pour assurer une application réussie de tout accord de paix conclu à la table des négociations à Abuja".
Les éléments critiques d'une approche coordonnée doivent inclure le règlement des différends au sein du Mouvement/Armée de libération du Soudan (SLM/A) qui a pris de sérieux engagements avec les forces du gouvernement en octobre, a martelé M. Annan.
Dans le même temps, il a déclaré que l'équipe de médiation de l'Union africaine et les différentes parties soudanaises doivent intensifier leurs consultations sur une commission du partage du pouvoir proposée pour Khartoum et les rebelles.
" Les négociations en dehors de ce cadre, duquel sont exclus certaines des parties, ne pourront jamais conduire à des accords durables", a averti M. Annan.
Le conflit au Darfour, qui a éclaté début 2003, a déjà tué des dizaines de milliers de personnes et fait déplacer plus d'1,8 millions d'autres. Le Darfour, avoisinant le Tchad, est une zone appauvrie et isolée, dans l'ouest du Soudan, et d'une dimension similaire à celle de la France.

Novembre 2005


Au Soudan, M. Zoellick inaugure un nouveau consulat des États-Unis à Juba

Département d’Etat des Etats-Unis (Washington)
18 Novembre 2005

Washington - L'ouverture du nouveau consulat des États-Unis à Juba (Soudan) est un jalon important sur la route de la paix dans ce pays, a déclaré le secrétaire d'État adjoint des États-Unis, M. Robert Zoellick, lors d'une conférence de presse tenue le 11 novembre à l'issue de son inauguration. Ce consulat servira notamment de siège régional à la mission de l'USAID.
Le premier vice-président soudanais, M. Salva Kiir, qui participait aussi à la conférence de presse, a estimé qu'il s'agissait effectivement d'un « très grand pas en avant » en vue « d'assurer la coopération et l'appui des États-Unis au processus de paix au Soudan et en particulier à la feuille de route du Soudan méridional ».
Il a déclaré que la présence de ce consulat permettrait de maintenir beaucoup plus facilement un contact quotidien avec les autorités américaines, pour les informer de l'état d'avancement de l'Accord global de paix (CPA). Juba est le siège du gouvernement récemment installé au Soudan méridional.
Selon M. Zoellick, l'activité économique au consulat se concentrera à long terme sur le développement de la partie méridionale du Soudan. Dans l'immédiat, elle a trait, surtout, à la construction routière.
M. Kiir a dit que ses entretiens avec M. Zoellick avaient porté sur la recherche d'une solution à la crise du Darfour ainsi qu'à l'application du CPA, laquelle semblait avoir perdu de son importance aux yeux de la communauté internationale « qui pense que la question pressante du jour est celle du Darfour ».
M. Zoellick a convenu que le Darfour était le point de mire, et que cela se comprenait, mais que les parties en cause feraient « une grosse erreur » s'ils laissaient l'attention se détourner de la nécessité cruciale « de travailler avec le gouvernement du Soudan méridional et ensuite avec le gouvernement d'unité nationale dans le cadre du processus de paix ».
Il a signalé d'ores et déjà des effets salutaires des perspectives de paix dans la région, notamment l'ouverture de certains marchés et la baisse de certains prix alimentaires, « si bien que les gens commencent à voir les retombées positives de la paix ».
« Nous essayons d'améliorer le dispositif de santé, d'aider à construire des écoles et à renforcer la formation des enseignants, et d'étoffer le système de télécommunications. Il y a beaucoup à faire, mais nous devons d'abord récolter les bénéfices du dur labeur des négociations de paix », a déclaré M. Zoellick.
Interrogé au sujet de la question des sanctions appliquées au Soudan, le haut responsable américain a déclaré : « Fondamentalement, nous devons démontrer que les conditions ayant conduit à l'application de ces sanctions ont changé. C'est l'une des raisons pour lesquelles j'ai insisté, à Khartoum, sur le fait qu'après avoir signé le CPA, il fallait que tout le monde applique le CPA. »
Il a indiqué que les sanctions relevaient d'un triple motif : atténuer la lutte Nord-Sud, combattre le terrorisme et alléger les souffrances au Darfour. Il a ajouté qu'il avait bien signifié à toutes les parties qu'il fallait « régler chacun de ces problèmes pour supprimer les sanctions. Et nous devons les régler non seulement sur le papier mais dans les faits. »
« Si je suis venu ici quatre fois, c'est afin d'inciter les parties à réparer leurs relations et d'aider un Soudan unifié et en paix à progresser en tant que membre de la communauté internationale. »
Il a ajouté qu'il avait laissé entendre au président Omar Hassan Bashir et au vice-président Ali Osman Taha qu'ils auraient intérêt, tous deux, à appuyer le retrait des forces gouvernementales de Juba et à faciliter le retour des populations déplacées du Sud, ce qui pourrait se faire en partie grâce à la réparation du réseau ferroviaire.
« Un bon point de départ serait donc de permettre l'apport de matériel de chemin de fer. Mais pour ce faire, nous devons savoir que le but sera le retrait des troupes et le retour des populations déplacées. »
Si les partenaires au sein du gouvernement d'unité nationale arrivent à développer une approche commune, les États-Unis pourraient examiner la situation et offrir peut-être quelques exceptions si cela devait servir l'objectif commun de paix. « Mais à la base, nous devons démontrer que les conditions ayant conduit à l'application de ces sanctions ont changé».
« En ce qui concerne les sanctions dues au terrorisme, il y a eu quelque ajustement au niveau de la catégorisation du Soudan sur la question de savoir s'il coopérait dans ce domaine. Cet ajustement provient de ce que nous apprécions le fait d'avoir obtenu une bonne coopération du Soudan dans le domaine de la lutte antiterroriste », a déclaré M. Zoellick.
Durant son séjour au Soudan, M. Zoellick s'est également rendu à Khartoum et au Darfour.

Novembre 2005


Les États-Unis prônent l'application de l'accord de paix

Déposition de la secrétaire d'État adjointe pour les affaires africaines devant la sous-commission de la Chambre sur l'Afrique

Par Jim Fisher-Thompson - Rédacteur du « Washington File », 4 novembre 2005

Washington - Lorsqu'il s'agit d'œuvrer pour la paix au Soudan, a expliqué la secrétaire d'État adjointe aux affaires africaines, Mme Jendayi Frazer, la stratégie consiste à entretenir des rapports réguliers entre les membres du nouveau gouvernement d'unité nationale du Soudan et les hauts responsables du gouvernement américain, jusqu'au vice-président Richard Cheney, et à se rendre souvent sur le terrain.
L'idée, a-t-elle expliqué le 1er novembre lors d'une déposition devant la sous-commission de la Chambre des représentants chargée de l'Afrique, est « de maintenir l'élan en ce qui concerne la mise en œuvre de l'accord de paix global et de résoudre la crise au Darfour grâce à une diplomatie « engagée » de la part des principaux membres du gouvernement des États-Unis.
« Le président Bush a été le premier chef d'État à dénoncer publiquement la violence et les atrocités commises au Darfour en 2004 », a rappelé Mme Frazer aux membres de la sous-commission, ajoutant que les États-Unis avaient été le premier pays à demander au Conseil de sécurité des Nations unies de prendre des mesures et qu'ils avaient accordé 160 millions de dollars pour aider à financer la mission de maintien de la paix de l'Union africaine au Darfour.
Les États-Unis sont sur la bonne voie et leur stratégie progresse, a-t-elle affirmé. « Nous estimons que nous avons les outils en place pour maintenir l'élan », et faire en sorte que les parties œuvrent pour ne pas faire dérailler l'accord de paix et négocier la fin du conflit au Darfour, a-t-elle souligné.
Ancien professeur à l'université Harvard, Mme Frazer, qui était conseillère pour les affaires africaines auprès du Conseil national de sécurité avant d'être nommée ambassadrice des États-Unis en Afrique du Sud, n'a assumé que très récemment ses fonctions de responsable du bureau Afrique au département d'État.
Pour elle, le pouvoir de transformation associé aux commissions et institutions qui découleront de l'accord de paix seront les véritables garants du partage du pouvoir et de la richesse qui garantira la paix pour l'ensemble du Soudan.
Le parti au pouvoir à Khartoum, le Parti national du Congrès, et le Mouvement populaire de libération du Soudan (MPLS) ont signé l'accord de paix global le 9 janvier, mettant ainsi fin à 20 années de guerre civile entre le nord majoritairement musulman et le sud qui ne l'est pas. Le gouvernement d'unité nationale qui en a résulté a assumé ses fonctions le 9 juillet. Des pourparlers se tiennent actuellement sous les auspices des États-Unis à Abuja (Nigeria) en vue de trouver une solution au conflit du Darfour, qui a commencé au début de 2003.
Les États-Unis maintiennent la communication avec le gouvernement de Khartoum
Pour Mme Frazer, les entretiens qu'elle a eu le 1er novembre avec le vice-président, M. Richard Cheney, avec la secrétaire d'État, Mme Condoleezza Rice, et avec le premier vice-président du gouvernement d'unité nationale du Soudan, M. Salva Kiir, également chef du Mouvement populaire de libération du Soudan (MPLS), et l'importante conversation téléphonique qu'a eue le secrétaire d'État adjoint, M. Robert Zoellick, avec le deuxième vice-président du Soudan, M. Ali Osman Taha, membre du Parti national du Congrès, sont deux exemples des outils figurant à l'arsenal diplomatique des États-unis.
Selon Mme Frazer, M. Taha a indiqué durant sa conversation avec M. Zoellick, que le président du Soudan, M. Oumar Hassan Ahmad al-Bashir, aurait officiellement annoncé le 1er novembre la création de plusieurs importantes commissions, préconisées dans l'accord de paix global.
À propos des déplacements de hauts fonctionnaires américains au Soudan, Mme Frazer a rappelé qu'elle s'y était rendue en octobre et que M. Zoellick doit partir sous peu pour une visite officielle dans la région. Ces deux personnalités s'étaient déjà rendues au Soudan au cours des six derniers mois.
Mme Frazer a également mentionné la récente nomination de M. Cameron Hume, diplomate chevronné qui parle parfaitement l'arabe, au poste de chargé d'affaires auprès de l'ambassade des États-Unis à Khartoum. Interrogée sur la différence entre le rôle que jouera M. Hume et celui que joue le représentant spécial de M. Zoellick au Soudan, M. Roger Winter, Mme Frazer a expliqué que la présence de M. Hume sera plus régulière, qu'elle sera « permanente » et « quotidienne », alors que celle de M. Winter sera plus « itinérante ».
Elle a indiqué que des observateurs américains avaient assisté aux pourparlers sur le Darfour qui se sont tenus à Abuja, qui se sont conclus en juillet avec la signature d'une déclaration de principe, un résultat qu'elle a qualifié de « modeste ». D'autres pourparlers se sont terminés le 20 octobre, mais leurs résultats ont été, de l'avis de Mme Frazer, « décevants ».
Les États-Unis continuent à exercer des pressions pour que le gouvernement du Soudan contrôle les djandjawids
Le fait que M. Hume soit nommé aux fonctions de chargé d'affaires ne représente par une normalisation des relations entre les États-unis et le gouvernement de Kharthoum, qu'ils tiennent toujours pour responsable de la violence commise au Darfour par les djandjawids, a-t-elle souligné.
« Nous continuons à dire clairement que la responsabilité du gouvernement du Soudan, maintenant gouvernement d'unité nationale, est à la fois de cesser son appui aux djandjawids et d'œuvrer activement pour qu'ils cessent leurs activités et en même temps maintenir la discipline de ses propres forces », a-t-elle expliqué.
Quelque 400.000 personnes seraient déjà mortes au Darfour selon le président de la commission, M. Chris Smith (républicain du New-Jersey) et, a fait observer Mme Frazer, « une très grande détermination anime notre stratégie vis-à-vis du Darfour. Durant l'année budgétaire, nous avons fourni plus de 650 millions de dollars, principalement sous forme d'aide humanitaire, en appui à la mission de l'Union africaine, et plus de 450 mililons de dollars au titre de la reconstruction et de l'aide humanitaire pour d'autres régions du Soudan.
À propos de l'aide, Mme Frazer s'est dite préoccupée par le fait que le gouvernement de Kharthoum ne fasse pas parvenir rapidement les fournitures humanitaires aux réfugiés du Darfour, une préoccupation réitérée par M. Zoellick dans sa conversation téléphonique avec M. Taha.
Le gouvernement américain, a-t-elle indiqué, continue aussi à faire pression sur le gouvernement de Khartoum pour qu'il accepte les 105 véhicules blindés offerts par le gouvernement du Canada afin d'appuyer la force de l'Union africaine, mais jusqu'ici seulement 35 véhicules ont été autorisés.
À la question que lui posait M. Donald Payne, représentant démocrate du New-Jersey, de savoir si l'Agence des États-unis pour le développement international (USAID) comptait ouvrir une mission permanente au Soudan, Mme Frazer a répondu que l'USAID était en train de construire un bâtiment à Juba, dans le sud du pays et envisageait d'y installer son opération d'aide au Soudan qui est actuellement entreprise de Nairobi (Kenya). « Tout un éventail d'activités appuiera le gouvernement du Sud-Soudan à partir de cet endroit », a-t-elle expliqué.

Novembre 2005


Octobre 2005

Le Figaro
20 octobre 2005
La dramatique division des factions rebelles soudanaises
Le Figaro
20 octobre 2005
Khartoum doit résoudre la crise du Darfour
L'express
11 octobre 2005
Un envoyé des Nations unies n'a pas été autorisé à présenter son rapport sur le Darfour
United State Depratment of state
26 octobre 2005
Des parlementaires américains forment un comité spécial sur le Soudan
ONU
20 octobre 2005
Détérioration alarmante de la situation au Darfour selon un rapport de l’ONU
ONU
11 octobre 2005
Nous ne sommes toujours pas à l’abri d’un génocide au Darfour, affirme Juan Mendez
ONU
11 octobre 2005
Violences au Darfour : condamnation du Secrétaire général et du Conseil de Sécurité
Nouvel Observateur
10 octobre 2005
Libération de 36 membres de l'Union africaine enlevés au Darfour
Jeune Afrique
10 octobre 2005
Konaré accuse les rebelles d'avoir tué des soldats de l'AMIS
Angola Press
07 octobre 2005
L`UA prête à prouver l`attaque de l`armée soudanaise au Darfour
Jeune Afrique
5 octobre 2005
Le médiateur de l'UA dénonce le regain de violence au Darfour
Le Monde
03 octobre 2005
La diplomatie à l'épreuve du regain de violences au Darfour
Le Monde
02 octobre 2005
Visite très encadrée chez des gouverneurs soudanais sûrs de leur bon droit
Le Figaro
01 octobre 2005
TCHAD Un raid sans doute mené par des miliciens soudanais a fait 75 morts
Les violences du Darfour débordent des frontières
Le Figaro
01 octobre 2005
Le président tchadien commente le retrait évoqué par Paris de la force Epervier
Idriss Déby : «Nous avons toujours besoin des soldats français»
Le Monde
02/03 octobre 2005
La diplomatie à l'épreuve du regain de violences au Darfour
Jean Pierre Tuquoi

Le Monde
02 octobre 2005

"Le Tchad ne peut pas espérer sortir indemne de la crise"
Roland Marchal
Le Monde
02 octobre 2005
Visite très encadrée chez des gouverneurs soudanais sûrs de leur bon droit
Le Figaro
01 octobre 2005
TCHAD Un raid sans doute mené par des miliciens soudanais a fait 75 morts
Les violences du Darfour débordent des frontières
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La dramatique division des factions rebelles soudanaises

Par Gareth Evans* et Sulliman Baldo**

Le Figaro, 20 octobre 2005

Le Darfour continue son chemin de souffrances encore bien loin de la paix. C’est maintenant le Mouvement de Libération du Soudan (SLM), la force rebelle dominante au Darfour, qui apparaît de plus en plus comme un obstacle à la paix.
Le SLM bloque tout progrès dans les négociations en cours à Abuja, la capitale nigérianne. Le mouvement est non seulement secoué par des disputes intestines entre ses chefs qui l’affaiblissent, mais certaines de ses actions sanglantes, comme les attaques contre les convois humanitaires et les affrontements armés avec son rival, le mouvement pour la justice et l’égalité (JEM), ont ruiné son crédit politique à la table des négociations. L’insécurité reste omniprésente sur le terrain malgré le déclin de la violence à grande échelle, qui régnait entre le gouvernement et les deux groupes rebelles.
Le gouvernement soudanais ne respecte toujours pas ses engagements répétés pour neutraliser son bras armé allié, les Janjawids, responsables des massacres de milliers de civils. Le maintien du statu quo actuel n’est certainement pas la réponse à l’insécurité qui prévaut au Darfour ni à la stabilité de la région sur un plus long terme.
La structure politique fragile du mouvement rebelle SLM a été complètement dépassée par l’expansion rapide de sa structure et les divisions personnelles entre les dirigeants, particulièrement le président Abdel Wahed et le secrétaire général Minnawi. Ces altercations ont dégénéré en divisions tribales de plus en plus prononcées entre les tribus Four, Zaghawa et Massalit. Les efforts d’unification du mouvement sont restés vains. Le degré d’animosité personnelle qui existe entre les leaders est probablement la cause de cet échec. A moins que ces dissensions ne soient dépassées, il y a peu de chance pour que réussissent les pourparlers de paix d’Abuja.
Divisés comme ils le sont, les rebelles soudanais n’auront aucune chance d’obtenir les concessions politiques qu’ils exigent aux négociations de paix en cours au Nigeria sous l’égide de l’Union africaines (UA). Par ailleurs, la fragmentation du mouvement SLM pourrait aboutir à une solution incomplète.
Entre temps, le gouvernement de Khartoum, fidèle à ses pratiques, exploite et exacerbe les divisions tribales pour repousser un règlement politique. Il évite de la sorte que des pressions internationales puissent mettre en cause son rôle dans l’échec des pourparlers de paix. Dans ce cas, le régime soudanais va impunément regagner un semblant d’autorité au Darfour par le biais d’une série éparpillée d’arrangements locaux avec certaines tribus et les factions rebelles.
Frustrée par les divisions internes des mouvements armés, la communauté internationale pourrait préférer la stabilité immédiate et fragile à une solution globale. Cette solution devrait triter sur le long terme, les causes initiales de la crise du Darfour qui a coûté des centaines de milliers de morts et deux millions de réfugiés.
Cependant, les efforts d’unification du Mouvement de libération sont toujours en cours. S’il agit rapidement dans le sens de son unification, une solution globale peut toujours se concrétiser. Plusieurs étapes sont vitales pour commencer ce processus d’unification dès que possible.

- Les chefs rebelles devront définir une position et des demandes politiques communes lors des négociations de paix menées par l’UA.
- Le retour d’exil de Minni a été très bien accueilli sur le terrain. La communauté internationale doit faire pression sur Abdel Wahid pour l’encourager à revenir. Les chefs rebelles ne peuvent diriger diriger le mouvement efficacement et avoir la maitrise sur les troupes tout en étant déconnectés de la réalité du terrain.
- Une conférence générale doit se tenir dans les plus brefs délais afin d’élaborer un consensus relatif à la structure du mouvement et à la distribution des compétences politiques. Des mesures doivent être prises pour restaurer le commandement et le contrôle des militaires et, par conséquent, pour mettre fin au banditisme.
- Le communauté internationale devra encourager la tenur de cette conférence en apportant un appui logistique en termes de transports et d’aide alimentaire tout en assurant la sécurité.
- La communauté internationale, incluant l’UA, l’UE, les Nations unies, les Etats-Unis, les pays voisins et les donneurs bilatéraux, devra mieux coordonner son action vis-à-vis des mouvements rebelles du Darfour afin d’éviter que les diverses factions rebelles ne montent les acteurs externes les uns contre les autres à travers leur soutien à une faction plutôt qu’à une autre.
- Il est de même inconcevable pour la communauté internationale de repousser continuellement les pourparlers de paix d’Abuja au gré des desiderata des factions rebelles et en fonction du rythme de leurs disputes.

Les enjeux sont énormes pour le SLM et pour la population du Darfour, dispersée dans des camps à l’ouest du Soudan et au Tchad. Avec les déplacements massifs de population et les destructions qui ont eu lieu au Darfour, le Mouvement pour la libération du Soudan doit impérativement assumer se représentativité des civils en détresse et agir en conséquence, laissant de côté les querelles personnelles.

- * Gareth Evans,Président exécutif de l’International Crisis Group, ancien ministre australein des Affaires étrangères
- ** Suliman Baldo, Directeur du programme Afrique à l’International Crisis Group.

Octobre 2005


Khartoum doit résoudre la crise du Darfour

Par Javier Solana *
Le Figaro, 20 octobre 2005

La stabilité n'est pas acquise, en dépit de l'accord de paix Nord-Sud signé le 9 janvier à Nairobi, qui est un événement majeur. La paix est revenue au Sud après plus de vingt années de guerre fratricide. Un gouvernement d'union nationale, comprenant les anciens rebelles sudistes du Mouvement populaire de libération du Soudan (MPLS), a été constitué le 19 septembre. Mais cela ne suffit pas encore. Le nouveau gouvernement de Khartoum doit se comporter comme un véritable gouvernement d'union nationale. Or je ne suis pas sûr que ce soit le cas aujourd'hui. J'ai appelé les représentants de l'ex-mouvement rebelle, notamment Salva Kiir, premier vice-président du Soudan, à continuer dans la voie tracée par John Garang, décédé le 30 juillet, de construire un nouveau Soudan, uni et démocratique. L'objectif du processus de paix ne peut pas être la sécession du Sud. Ce serait une catastrophe pour l'ensemble de la région. Pour l'éviter, il faut construire le Soudan démocratique que les Soudanais appellent de leurs voeux.

Cette stabilité est d'autant moins acquise qu'a éclaté, en 2003, la crise du Darfour. C'est une crise grave. Des crimes contre l'humanité et des crimes de guerre y ont été commis. Le nouveau gouvernement de Khartoum a la responsabilité de la résoudre. Il est illusoire de penser qu'il existe une solution militaire. La seule solution est politique. La paix doit être négociée à Abuja, dans le cadre fixé par l'Union africaine. J'appelle le nouveau gouvernement de Khartoum à élaborer, sans tarder, une position commune pour Abuja. J'appelle le Mouvement populaire de libération du Soudan à parler aux rebelles. J'appelle les mouvements rebelles, qui prétendent défendre les intérêts des populations civiles du Darfour, à venir négocier de bonne foi à Abuja. A défaut, je crains que la guerre dans le Darfour n'emporte le gouvernement d'union nationale de Khartoum, remette en question la paix, chèrement acquise, au Sud, et ne soit à l'origine d'une crise régionale allant de N'Djamena à Asmara, comme me l'a dit le président Déby, à N'Djamena, à mon retour du Soudan.

La stabilité du Soudan est en effet fondamentale pour la stabilité de l'ensemble du continent africain. Après l'Angola, demain la République démocratique du Congo, le retour à la normale au Soudan permettrait de constituer, autour de l'Afrique du Sud et du Nigeria, l'ossature d'une nouvelle Afrique pacifiée et prospère. Le Soudan, j'en suis convaincu, a la capacité d'être une locomotive parmi d'autres pour l'Afrique : c'est le plus grand pays du continent. Son potentiel est énorme : son agriculture, ses ressources en eau, son pétrole. Mais la grande force du Soudan reste son peuple : bien formé, compétent. Les ingénieurs et les juristes soudanais font le bonheur des pays du Golfe, les musiciens et les écrivains soudanais irradient toute la région.

Surtout, le Soudan a la capacité d'être un exemple tant pour l'Afrique que pour le monde arabe. C'est un pays métis, à la fois arabe et africain. Ses 572 peuples se sont toujours définis comme soudanais. C'est aussi un pays métis en termes religieux : animistes, musulmans et chrétiens ont toujours su cultiver la tolérance. C'est enfin un pays qui a déjà connu la démocratie.
Ainsi, le Soudan, pays carrefour, entre mondes arabe et africain, entre islam et chrétienté, peut devenir un laboratoire de coexistence et de tolérance, et peut cultiver la démocratie Voilà pourquoi la communauté internationale a l'obligation de rester mobilisée sur le Soudan. Nous devons continuer à nous engager et conserver une exigence de résultat : l'Union européenne, bien entendu, présente sur tous les fronts, politique, économique et humanitaire, qui a déjà mobilisé 570 millions d'euros et qui soutient, dans le Darfour même, les efforts de la force d'observation de l'Union africaine avec, entre autres, des officiers européens – policiers et militaires – présents sur le terrain ; l'Union européenne, qui agit encore pour convaincre les rebelles du Darfour de venir négocier à Abuja ; les Etats-Unis, qui jouent un rôle fondamental au Soudan et avec lesquels nous devons continuer de travailler ; les Nations unies bien sûr, qui sont en train de déployer une importante force d'observation au Sud.

Nous avons besoin de toutes les bonnes volontés, mobiliser le monde arabe, notamment l'Egypte et l'Arabie saoudite. Enfin, et surtout, nous devons soutenir l'action de l'Union africaine, qui réalise sur le terrain un travail considérable, et qui cherche à assurer un règlement durable de la crise du Darfour. C'est pourquoi la collaboration en cours, dans le Darfour, entre l'Union européenne et l'Union africaine, dont j'estime qu'elle est exemplaire, est si importante qu'elle augure bien de nos rapports dans le futur sur d'autres théâtres africains.

* Haut représentant de l'Union européenne pour la politique étrangère et la sécurité commune (Pesc)

Octobre 2005


Un envoyé des Nations unies n'a pas été autorisé à présenter son rapport sur le Darfour

L’Express, 11 octobre 2005

Juan Mendez, conseiller spécial du secrétaire général Kofi Annan pour la prévention des génocides, devait présenter hier au Conseil de sécurité les résultats d'une visite d'une semaine effectuée au Darfour, une région de l'ouest du Soudan ravagée par la guerre civile. L'ambassadeur des Etats-Unis à l'Onu, John Bolton, rejoint par la Chine, l'Algérie et la Russie, s'y est opposé. Il a estimé que le conseil ferait mieux de "parler des mesures qu'il peut prendre pour faire quelque chose contre l'aggravation de la situation", mais sans faire lui-même de propositions à ce sujet.
Juan Mendez a malgré présenté ses conclusions à la presse, selon lesquelles les autorités soudanaises n'agissent pas assez pour prévenir les violations systématiques des droits de l'homme, susceptibles de déboucher sur des cas de génocide, crimes contre l'humanité ou crimes de guerre. Il a également accusé Khartoum de refuser de coopérer avec le procureur de la Cour pénale internationale.

Regain de violence

Depuis deux ans, au Darfour, des mouvements rebelles luttent contre les janjawids, les milices arabes soutenues par le gouvernement central. La région a connu un regain de violence ces dernières semaines. Kofi Annan a menacé de suspendre l'aide humanitaire, à la suite des meurtres et enlèvements perpétués contre les forces de maintien de la paix de l'Union africaine. 38 de ses membres, qui avaient été enlevés par des rebelles, ont été libérés hier.
Selon les organisations internationales, la guerre au Darfour a fait depuis février 2003 entre 180 000 et 300 000 morts et provoqué le déplacement de 2,6 millions de person

Octobre 2005


Des parlementaires américains forment un comité spécial sur le Soudan

United States Department of State (Washington, DC)
26 Octobre 2005

Jim Fisher-Thompson
Washington, DC
All Africa presse
Jim Fisher-Thompson, Washington, DC

Ce groupe veut maintenir le feu des projecteurs sur l'accord de paix et le Darfour.
Récemment, des parlementaires ont créé un nouveau « Groupe sur le Soudan », et ce fait à lui seul illustre l'importante croissante que les hommes politiques américains attachent à l'Afrique. Ce groupe de législateurs s'ajoute aux quelque 180 comités spéciaux ou « caucus » qui, au sein du Congrès, s'intéressent à des questions spécifiques ou d'actualité telles que les services de police, les techniques médicales, l'Internet, la faim ou encore les affaires étrangères.
Le 19 octobre, jour de la première réunion du « Groupe sur le Soudan », le représentant Frank Wolf (républicain de Virginie), qui a participé à la création du groupe avec les représentants Donald Payne (démocrate du New Jersey), Michael Capuano (démocrate du Massachusetts) et Tom Tancredo (républicain du Colorado), a accordé une interview par téléphone au « Washington File ».
La mission de ce groupe, a indiqué M. Wolf, est de « donner une tribune aux membres du Congrès pour qu'ils puissent débattre et faire progresser la politique des États-Unis à l'égard du Soudan ».
« Il ne faut pas perdre de vue le Soudan, surtout maintenant que l'Accord général de paix, qui a mis fin à vingt ans de combats entre le Nord et le Sud, a été signé, et à cause de la violence qui se poursuit au Darfour », a dit M. Wolf qui était présent avec l'ancien secrétaire d'État, M. Colin Powell, à la signature de l'accord de paix, le 9 janvier, au Soudan.
« Il est important que nous continuions à suivre la mise en place de l'accord de paix, afin de garantir sa pérennité. Cela veut dire qu'il nous faut appuyer la force de maintien de la paix de l'ONU qui est déployée dans le sud du Soudan et renforcer la force de l'Union africaine déployée au Darfour », a-t-il souligné.
Interrogé à propos des initiatives du gouvernement Bush au Soudan, M. Wolf a répondu : « Personnellement, je pense que le président a fait un travail remarquable en ce qui concerne le Soudan. D'après mes connaissances du travail lié à l'accord de paix accompli par le président et l'ancien secrétaire d'État Powell, j'étais prêt à les nommer tous les deux pour le Prix Nobel de la paix. »
L'intérêt que porte le président Bush à la situation au Soudan ne fait donc aucun doute et la secrétaire d'État, Mme Condoleezza Rice, s'est pour sa part rendue à Khartoum en juillet ; elle a visité le camp Abu Shouk à Al Fashar où elle a exhorté le gouvernement soudanais à prendre des mesures pour faire cesser la violence contre les femmes se trouvant dans les camps de réfugiés.
Le secrétaire d'État adjoint, M. Robert Zoellick, a lui aussi fait plusieurs voyages au Soudan.
Depuis 2003, le gouvernement américain a consacré 1,9 milliard de dollars à l'aide humanitaire et à l'aide au développement au Soudan. En 2005, plus de 500 millions de dollars d'aide humanitaire ont été alloués au Darfour et aux camps de réfugiés établis au Tchad, pays voisin, et une aide alimentaire d'urgence supplémentaire d'une valeur de 240 millions de dollars a été demandée pour 2006.
à - propos du Darfour, où M. Wolf s'est rendu à plusieurs reprises pour y visiter les camps de réfugiés, ce dernier a expliqué : « On ne peut guère tomber plus bas dans la vie. » Il a fait remarquer qu'étant donné que beaucoup de villages avaient été incendiés, la violence avait maintenant cessé mais les gens affluaient vers les camps de réfugiés du Darfour et du Tchad.
Lors d'une réception organisée après la première réunion du « Groupe sur le Soudan », M. Tancredo, très ému, a déclaré : « Je vous en fais la promesse : toutes nos journées sont encombrées par des centaines de questions, mais celle du Soudan ne sera pas écartée. »
Il a précisé que l'un des rôles principaux du Groupe sur le Soudan sera d'exercer des pressions pour que l'Accord de paix ne déraille pas et pour que la violence cesse au Darfour.
Le 4 octobre, le porte-parole du département d'État, M. Sean McCormack, avait publié un communiqué exhortant toutes les parties à cesser immédiatement la violence au Darfour, à observer le cessez-le-feu qu'elles avaient signé à N'Djamena (Tchad) et à respecter les résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU ainsi que les clauses des protocoles qu'elles avaient signés antérieurement à Abuja (Nigeria).
M. Wolf s'est déclaré confiant que le public américain continuerait à appuyer le niveau actuel d'aide humanitaire et d'aide au développement à l'Afrique malgré la série de catastrophes naturelles qui a récemment frappé les États-unis et causé des milliards de dollars de dégâts. « Je sais que c'est important pour le gouvernement Bush et pour un grand nombre de membres du Congrès », a-t-il affirmé.
Et d'ajouter : « Je sais aussi que le nouveau président de la sous-commission africaine, M. Chris Smith, (républicain du New Jersey), est très attaché à l'Afrique. Chris est allé au Darfour il n'y a pas très longtemps. Il est très dynamique et s'intéresse vivement à ces questions (...) Je n'ai donc pas le sentiment que l'on va oublier les Africains. Je pense que le vif intérêt que le Congrès porte à l'Afrique ne s'atténuera pas. »

Octobre 2005


Soudan :
Détérioration alarmante de la situation au Darfour selon un rapport de l’ONU

Nations Unies, New York, Oct 20 2005
Dans son dernier rapport sur le Darfour, le Secrétaire général dénonce la 'détérioration alarmante' de la situation en matière de sécurité et dénonce l'appui du gouvernement soudanais aux milices tribales qui sèment la terreur en violation des résolutions du Conseil de sécurité qui demandent le désarmement des milices et leur jugement par les autorités du pays.
« Le mois de septembre a été marqué par une détérioration alarmante de la situation en matière de sécurité dans les trois États du Darfour », déclare le Secrétaire général dans son dernier
<" http://www.un.org/Docs/journal/asp/ws.asp?m=S/2005/650">rapport
mensuel sur la situation au Darfour, rendu public aujourd'hui.
Au cours de la période considérée, la fréquence et l'intensité des actes de violence commis par les forces gouvernementales, les milices tribales et les mouvements armés -- en particulier le Mouvement/Armée de libération du Soudan (SLM/A) -- ont atteint un niveau sans précédent depuis janvier 2005 aussi bien au Darfour-Nord qu'au Darfour-Sud, indique Kofi Annan.
« Le banditisme et l'anarchie ont été les principales causes de l'insécurité au Darfour-Ouest en septembre », ajoute-t-il.
Les actions du gouvernement sont « troublantes ». Il y a des preuves que « les forces gouvernementales ont déclenché certains des incidents » et que « les milices tribales ont opéré avec l'appui du gouvernement », affirme-t-il
« Ces attaques ont été confirmées par le chef de la MUAS, Baba Gana Kingibe, qui a annoncé lors d'une conférence de presse tenue le 1er octobre que les Forces armées du Soudan avaient effectué des « opérations offensives coordonnées » avec les milices tribales à quatre reprises depuis le 18 septembre », précise-t-il.
Le SLM/A et les milices tribales doivent également assumer une part de responsabilité pour la détérioration de la sécurité dans la mesure où ces groupes ont lancé un nombre important d'attaques, remarque-t-il.
Pour le Secrétaire général, il est clair que le gouvernement et le SLM/A ne respectent pas les engagements qu'ils ont pris dans l'Accord de cessez-le-feu d'avril 2004, les Protocoles humanitaires et sécuritaires de novembre 2004 et la Déclaration de principes pour la solution du conflit au Darfour de juillet 2005.
« L'appui continu du gouvernement aux milices tribales [.] ont également montré clairement qu'il ne respectait pas les résolutions du Conseil de sécurité et les obligations qui lui sont faites de désarmer, démobiliser et traduire en justice lesdites milices », ajoute-t-il.
Sur le plan de la protection des civils, les nouvelles ne sont pas bonnes. « De nombreuses personnes déplacées qui étaient retournées dans leur village d'origine ont été déplacées à nouveau et forcées de se réfugier dans des camps à la suite des attaques délibérées lancées sur des villages par les milices », indique le Secrétaire général.
« En septembre, la recrudescence de la violence dirigée contre la population civile a causé des dizaines de milliers de déplacés parmi la population civile », rappelle Kofi Annan.
« Alors que ces nouveaux déplacements se produisent, le gouvernement ne réagit pas avec suffisamment de détermination pour protéger les droits des personnes déplacées qui retournent dans leur village pour la saison agricole et trouvent leurs terres occupées par des nomades », observe-t-il.
« Il y a toujours de nombreuses informations concernant des personnes attaquées qui ne veulent pas en informer la police, soit parce qu'elles savent d'expérience que cela ne sert à rien, soit parce qu'elles ont peur des représailles », déplore-t-il.
D'autres informations inquiétantes indiquent que, pendant le mois de septembre, il y a eu une augmentation du nombre d'attaques contre des femmes à l'intérieur et à l'extérieur des camps.
« Au camp de Kalma, dans le Darfour-Sud, une soixantaine d'attaques contre des femmes ont été signalées en une semaine à peine. Il continue aussi à y avoir des cas de viol au Darfour-Ouest. En outre, les cas de violence sexuelle concernent un très grand nombre de filles de moins de 18 ans », rapporte le Secrétaire général.
« Une étude publiée en juillet 2005 par le Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme concernant 230 cas de violence sexuelle et à l'égard des femmes a permis de constater que 30 % des victimes étaient des filles âgées de moins de 18 ans; d'autres études indiquent même un pourcentage plus élevé », précise-t-il.
« Je suis profondément préoccupé par le fait que les pratiques de violence sexuelle à l'égard des enfants entraveront les perspectives de coexistence pacifique au Darfour pendant de nombreuses années », prévient-il.
Sur le plan humanitaire, on dénombrait au 1er septembre, quelque 3,3 millions d'habitants du Darfour qui avaient besoin d'aide humanitaire, les populations résidentes représentant 45 % de l'ensemble des sinistrés au Darfour, dont à ce jour 1,8 million de personnes déplacées.
« La montée du banditisme sur les principales routes du Darfour a sérieusement entravé les secours, empêchant le personnel humanitaire et les vivres d'atteindre certaines populations sinistrées », note le Secrétaire général.
Concernant la Mission de l'Union africaine, « le déploiement du personnel de la MUAS a repris le 19 septembre, après une pause de trois semaines due à des pénuries de carburant pour les avions de la Mission au niveau local ».
À la fin de la période considérée, la Mission comprenait une force de protection comptant 4 100 militaires, ainsi que 634 observateurs militaires, 862 policiers et des fonctionnaires recrutés sur le plan international.
L'élargissement de la Mission pour atteindre l'effectif total autorisé de 6 171 militaires et 1 586 policiers devrait s'achever à la fin d'octobre.
« Je reste gravement préoccupé par le fait qu'en dépit de la générosité des donateurs, la MUAS ne reçoit toujours pas l'appui et, en particulier, le financement, dont elle a besoin pour pouvoir s'acquitter efficacement de son mandat », regrette Kofi Annan.
« La Mission continue de jouer un rôle essentiel pour améliorer la sécurité au Darfour et doit recevoir une aide internationale pour poursuivre sa tâche, étant donné, notamment, que la situation dans la région à cet égard n'a fait qu'empirer », rappelle-t-il.
« La recrudescence de la violence au Darfour est particulièrement inquiétante et risque de compromettre le succès des pourparlers de paix d'Abuja » qui ont repris le 15 septembre dernier, a conclu le Secrétaire général.
« Les événements de septembre témoignent du refus persistant du gouvernement ou de son incapacité à refréner les milices tribales armées, sans parler de leur désarmement ».
« Enfin, il est clair que la MUAS aura besoin d'une aide supplémentaire de la communauté internationale pour accélérer ses projets d'expansion qui sont plus que nécessaires. Afin de réaliser son plein potentiel et de prévenir des attaques du type de celles qui ont été rapportées en septembre, la MUAS doit être intégralement déployée aussi rapidement que possible, tant sur le plan du personnel que des équipements ».
Dans une déclaration présidentielle, le Conseil de sécurité a condamné, le 13 octobre denier, les attaques intervenues dernièrement au Darfour, rappelé au gouvernement du Soudan son engagement de désarmer les milices et exigé des autorités et des rebelles qu'ils coopèrent avec les forces de l'Union africaine, déployées dans la région pour protéger la population (voir notre <"http://www.un.org/apps/newsFr/searchF.asp">dépêche du 13 octobre 2005).

Octobre 2005


Nous ne sommes toujours pas à l’abri d’un génocide au Darfour, affirme Juan Mendez

Nations Unies, New York, 11 octobre 2005

Juan Mendez, Conseiller spécial pour la prévention des génocides, a rendu compte hier à la presse de sa dernière visite au Darfour où il a constaté que la situation s'était gravement détériorée et que les populations n'étaient toujours pas à l'abri d'un génocide ou « d'un deuxième génocide », alors que certains membres du Conseil de sécurité ont refusé de l'écouter.
S'exprimant d'abord sur la question de la protection des civils, Juan Mendez, Conseiller spécial du Haut Commissariat aux droits de l'homme pour la prévention des génocides, a souhaité rappeler hier, lors d'une conférence de presse donnée à New York, « deux épisodes sans précédent dans la région », « deux attaques intervenues dans des camps de personnes déplacées, l'une au Darfour Ouest, l'autre au Darfour Nord », causant la mort d'une trentaine de civils dans les deux cas.
« Dans le premier cas, les assaillants sont entrés dans les camps à cheval. Dans l'autre, ils sont arrivés avec des camions appartenant à l'armée soudanaise », a précisé Juan Mendez.
« Jusqu'à maintenant, la situation dans ces camps était dangereuse, les femmes étaient violées si elles en sortaient, il y avait beaucoup d'abus à l'intérieur, mais il n'y avait eu aucune attaque massive contre des civils », a-t-il insisté.
« Il y a une escalade de la violence contre les civils », a-t-il constaté à l'issue d'une visite de cinq jours sur le terrain.
Sur le plan de l'assistance humanitaire, a continué le Conseiller pour la prévention des génocides, beaucoup de progrès ont été réalisés depuis un an. Mais, a-t-il nuancé, au cours des deux derniers mois, il a été très difficile pour les organisations non gouvernementales d'apporter de l'aide aux populations et, plus particulièrement, dans le Darfour Ouest.
« On a compté 12 attaques contre le personnel humanitaire au cours des deux derniers mois », a-t-il indiqué.
Face à l'impunité qui continue de prévaloir au Darfour, Juan Mendez a tenu à rappeler que pour tous les Etats, la coopération avec la Cour pénale internationale n'était plus une question de choix.
Depuis que le Conseil de sécurité a renvoyé l'affaire à la CPI, chaque Etat a l'obligation de coopérer avec la Cour, a-t-il rappelé.
Le Conseil de sécurité avait en effet voté le 31 mars dernier la (2005) résolution 1593 qui saisit la CPI des crimes contre l'humanité commis au Darfour.
« Le gouvernement du Soudan, qui fait comme s'il n'avait pas besoin de la CPI, a mis en place ses propres tribunaux. Nous observons les premiers jugements, rendus par la cour spéciale que le gouvernement soudanais a créé, et nous sommes très déçus par le fait que cette cour traite d'affaires complètement secondaires, qui n'ont rien à voir avec ce qui s'est passé pendant le pic du conflit en 2003-2004 », a rapporté le Conseiller.
Concernant le processus de paix, Juan Mendez a regretté que les représentants de toutes les communautés ne soient pas présents lors des pourparlers qui ont repris à Abuja le 15 septembre denier et qu'il n'y ait pas de distinction faite entre ceux qui ont perpétré les atrocités et les autres.
Répondant à une question sur le refus de plusieurs membres du Conseil de sécurité - Etats-Unis, Russie, Chine et Algérie -- d'entendre le compte rendu de sa visite, le Conseiller a déclaré qu'il était rentré de sa mission avec un message urgent, qu'il avait remis un rapport au Secrétaire général, qu'il lui avait dit qu'il souhaitait exposer la situation au Conseil de sécurité et que le Secrétaire général avait soumis sa demande aux membres du Conseil.
Juan Mendez a expliqué que les recommandations de son rapport étaient dans la même ligne que celles qu'il avait faites au Secrétaire général un an plus tôt, à l'issue de sa première visite au Darfour.
Dans son rapport, le Conseiller recommande notamment de renforcer la présence de l'Union africaine (UA) sur le terrain en lui donnant véritablement les moyens d'agir, à savoir les hommes, le matériel et l'argent nécessaire pour opérer sur le terrain.
Il faut aussi lui donner un mandat plus précis, mieux définir là où les hommes de l'UA qui sont censés protéger les civils du Darfour doivent se poster. « Le mandat n'est pour l'instant pas assez précis », a-t-il regretté.
« Nous demandons à l'UA de mener une tâche qui est impossible à remplir si nous ne l'aidons pas plus », a-t-il encore dit.
Il faut aussi renforcer la pression sur le gouvernement du Soudan pour qu'il cesse de restreindre la liberté de mouvement des troupes de l'UA.
Il en va donc, selon Juan Mendez, à la fois de la responsabilité du gouvernement du Soudan mais aussi de la communauté internationale.
A un journaliste qui lui demandait pourquoi il avait émis des recommandations similaires alors que la situation s'était détériorée depuis lors, ce qui montrait que les recommandations n'étaient forcément les bonnes, le Conseiller a rappelé que grâce à certaines des recommandations déjà mises en ouvre, des développements favorables étaient intervenus au cours de l'année.
Il a aussi dit que la majorité des recommandations n'avaient pas été appliquées et que c'est pourquoi les choses n'avaient pas fonctionné comme souhaité.
En septembre 2004, Juan Mendez avait rendu compte au Conseil de la situation, après avoir effectué une visite avec Louise Arbour, Haut Commissaire au droits de l'homme, et émis un certain nombre de recommandations pour éviter que le situation ne se détériore pas.
« A l'heure actuelle, nous ne sommes pas près d'empêcher un génocide ou d'empêcher qu'il ne se reproduise de nouveau, selon le point de vue que l'on adopte », a déclaré Juan Mendez, faisant référence au fait que pour certains -- le gouvernement américain notamment -, il y a eu génocide au Darfour -- et que pour d'autres, les preuves d'un génocide ne sont pas rassemblées.
« Nous pourrions non pas arriver à une situation similaire à celle du Rwanda mais retourner à la situation qui prévalait au Darfour en 2003-2204, ce qui est suffisamment grave », a-t-il encore affirmé.
Concernant le Darfour, le Secrétaire général avait demandé à la Commission d'enquête internationale sur les violations des droits de l'homme perpétrées au Soudan de déterminer s'il y avait eu génocide au Darfour. Après avoir mené une enquête minutieuse, la Commission avait conclu à de graves violations des droits de l'homme mais elle n'a pas pu déterminer l'intention de détruire tout ou partie d'une communauté définie par sa race ou religion. Elle a renvoyé cette question à la CPI, a-t-il précisé.

Octobre 2005


Violences au Darfour :
condamnation du Secrétaire général et du Conseil de Sécurité

Nations Unies, New York, 11 octobre 2005

Après l'Envoyé de l'ONU au Soudan, le Secrétaire général puis le Conseil de sécurité, dans une déclaration à la presse de son président, ont condamné hier le regain de violence au Darfour, dont les plus récentes sont le fait de deux groupes rebelles.
Le Secrétaire général s'est déclaré hier profondément préoccupé par le regain de violence au Darfour, condamnant en particulier avec la plus grande fermeté l'assassinat de trois Casques bleus et de deux entrepreneurs affiliés à la Mission de l'Union africaine au Soudan (MUAS), ainsi que l'enlèvement d'autres personnels de la MUAS, indique le
http://www.un.org/News/fr-press/docs/2005/SGSM10152.doc.htm le message transmis le 2p0 octobre par son porte-parole.
« La volonté manifeste de prendre celle-ci pour cible est totalement inacceptable. Le Secrétaire général rappelle aux parties que la MUAS est une force impartiale déployée pour assister les populations de la région et les parties au conflit », souligne la déclaration.
Dans son message, Kofi Annan lance un appel au Gouvernement soudanais et aux mouvements rebelles pour qu'ils apportent leur aide pour faire traduire en justice les responsables de ces actes (voir, sur la question, notre dépêche <http://www.un.org/apps/newsFr/storyF.asp?NewsID=11190&Cr=soudan&Cr1=darfour> du 10 octobre 2005 sur la déclaration du Représentant spécial du Secrétaire général pour le Soudan, Jan Pronk).
« Le Secrétaire général rappelle au Gouvernement qu'il assume en dernière instance la responsabilité de protéger les Casques bleus et les travailleurs humanitaires ». Il « appelle les autorités soudanaises et les groupes rebelles à prendre des mesures immédiates pour stabiliser la situation au Darfour et en même temps à prendre part sérieusement aux pourparlers d'Abuja, en vue de parvenir aussitôt que possible à un règlement politique du conflit ».
A cette condamnation se sont joints hier les membres du Conseil de sécurité.
Le président du Conseil de sécurité pour le mois d'octobre, Mihnea Ioan Motoc, ambassadeur de la Roumanie, prenant la parole devant la presse, a indiqué que les « membres du Conseil de sécurité condamnaient conjointement la récente reprise de la violence au Darfour et ont exprimé leur préoccupation à cet égard »
Le Conseil de sécurité a entendu hier, lors d'une séance à huis clos, un exposé sur le Darfour de Hedi Annabi, Sous-Secrétaire général aux opérations de maintien de la paix.

Octobre 2005


Libération de 36 membres de l'Union africaine enlevés au Darfour

Le Nouvel Observateur, 10 octobre 2005

Khartoum (AP) -- Les rebelles ont libéré 36 membres de l'Union africaine enlevés au Darfour, dans l'ouest du Soudan, a annoncé lundi un porte-parole de l'UA
Par contre, deux membres de l'équipe, son responsable sénégalais et un interprète, sont toujours retenus en otage, a précisé Nouredinne Mezni, porte-parole de l'UE à Khartoum.
" Nous faisons tout notre possible pour sécuriser leur libération", a ajouté M. Mezni. Les 36 otages ont été libérés tard dimanche.
Le haut commandant militaire de l'UA s'est rendu dans la région de Tiné, près de la frontière avec le Tchad, afin de négocier la libération des deux derniers otages, a indiqué le porte-parole de l'Union africaine.
L'UA devait se tenir une session d'urgence lundi soir afin d'évoquer la déterioration de la situation au Darfour, a expliqué l'envoyé spécial de l'organisation au Darfour. Deux soldats nigérians de la mission de l'Union africaine au Darfour ont été tués samedi dernier dans une attaque qui aurait été menée par l'Armée populaire de libération du Soudan (SPLA).
A l'occasion de cette réunion, l'UE va tenter de trouver des solutions pour mettre un terme à la violence au Darfour, a déclaré Baba Gana Kinhibe à l'AP.
" La communauté internationale devrait s'alarmer après ces événements parce que la situation échappe à tout contrôle", a-t-il prévenu. AP

Octobre 2005


Konaré accuse les rebelles d'avoir tué des soldats de l'AMIS

Jeune Afrique, 10 octobre 2005

Le président de la Commission de l'Union africaine (UA), Alpha Oumar Konaré, a accusé l'Armée de libération du Soudan (SLA) de commettre des atrocités contre le personnel de la Mission africaine au Soudan (AMIS), tout en faisant part de son intention de saisir le Conseil de sécurité des Nations unies de la question.
Il a également indiqué que la SLA, l'un des groupes rebelles basés dans le Darfour, une région de l'ouest du Soudan ravagée par la guerre, est responsable de l'assassinat, la semaine dernière, de trois membres du contingent nigérian déployé dans le cadre de l'AMIS.
De même, deux chauffeurs civils recrutés par le PAE, l'un des fournisseurs de l'AMIS, avaient été tués au cours de la même embuscade intervenue dans le Secteur 2, à Nyala.
En outre, M. Konaré a exigé la libération immédiate des 18 membres de l'AMIS enlevés dans le Secteur 5, celui de Tine, par des éléments contrôlés par un certain Mohammed Saleh.
M. Konaré a souligné que la Commission de l'UA était déterminée à saisir le Conseil de paix et de sécurité et le Conseil de sécurité des Nations unies de ces incidents ainsi que de la détérioration de la situation sécuritaire dans le Darfour, pour la prise des mesures appropriées.
Le communiqué rendu public par la Commission de l'UA affirme que le président condamne sans réserve ces assassinats et tient la SLA responsable de ces actes vicieux et atroces.
M. Konaré a réitéré son appel au gouvernement du Soudan pour convaincre ce dernier à coopérer pleinement avec l'AMIS, en particulier en ce qui concerne le déploiement des équipements nécessaires au renforcement de l'efficacité de la Mission.
Il a appelé les autorités de Khartoum à diligenter leur action pour ce qui est de la délivrance des autorisations diplomatiques pour le déploiement de l'ensemble des 105 véhicules blindés de transport de troupes, indispensables pour assurer la sécurité du personnel de l'AMIS et des populations civiles du Darfour.
M. Konaré a exhorté toutes les parties à respecter pleinement les engagements qu'elles ont souscrits en vertu de l'Accord de cessez-le-feu de N'Djamena et des accords suivants et à s'abstenir de tout acte susceptible de remettre en cause les efforts de paix dans le Darfour.
Compte tenu des attaques récurrentes contre le personnel de l'AMIS, le président a décidé de dépêcher une mission de haut niveau dans le Darfour afin d'apporter un appui aux dirigeants de l'AMIS et à l'ensemble de son personnel, indique encore le communiqué.
Cependant, le président de la Commission de l'UA a fait part de sa profonde tristesse et présenté ses condoléances aux familles endeuillées, aux gouvernements respectifs ainsi qu'au PAE, pour ces pertes.
Il a également réaffirmé, tout en leur renouvelant sa confiance, son soutien entier à la direction de l'AMIS ainsi qu'à tout son personnel, pour leurs efforts inlassables et leur dévouement à la cause de la paix dans le Darfour.

Octobre 2005


L`UA prête à prouver l`attaque de l`armée soudanaise au Darfour


Angola-presse-7 octobre 2005
Khartoum - La Mission de l`Union africaine au Soudan (AMIS) se dit prête à publier les preuves photographiques de l`implication des forces de sécurité soudanaises dans les attaques survenues la semaine dernière dans la région du Darfour.

Le gouvernement de Khartoum a nié les accusations de l`UA selon lesquelles, il a coordonné les raids de la milice arabe Djandjawid, qui ont tué près de 40 villageois en violation du cessez-le-feu signé entre le gouvernement et les rebelles du Darfour.

L`UA dispose de 5 600 soldats chargés de contrôler un cessez-le feu précaire au Darfour.

Baba Gana Kingibe, chef de la Mission de l`UA au Soudan, qui avait porté ces accusations ce week-end, a été cité jeudi par les médias de Khartoum réaffirmant que toutes les parties au conflit violaient le cessez-le-feu.

"Nous avons rendu compte de ce que nous avons vu. L`information que nous avons reçu des gens sur le terrain indique que des hélicoptères de combat (du gouvernement soudanais) ont été observé à deux endroits différents du Darfour" a dit M. Kingibe. "Nous avons des images et des photos. Nous ne faisons pas une accusation de cette nature, aussi graves, sans détenir de preuves. S`il le faut nous sommes prêts à les montrer" a-t-il ajouté.

Par ailleurs, le Tchad a ordonné la fermeture de son Consulat général dans la ville frontalière de Geneina au Darfour, suite à des informations faisant état d`attaques, la semaine dernière, contre des civils dans un village tchadien, attribués aux Djandjawids.

Le gouvernement de Khartoum et les deux groupes rebelles qui s`affrontent au Darfour depuis février 2003, négocient, sous l`égide de l`UA, à Abuja, la capitale du Nigeria.

Octobre 2005


Le médiateur de l'UA dénonce le regain de violence au Darfour

Jeune Afrique, l’Intelligent, - 5 octobre 2005

Le médiateur principal de l'Union africaine (UA) pour les négociations sur le Darfour, Salim Ahmed Salim, a déclaré que le regain de violence dans cette région n'était pas de bon augure pour les négociations de paix se déroulant dans la capitale fédérale nigériane, Abuja.
" Je trouve indéfendable et inacceptable qu'à un moment où nous avons un cadre pour une solution politique au conflit au Darfour qu'il y ait des éléments sans scrupules qui tiennent absolument à semer la désolation et à traumatiser davantage le peuple du Darfour qui souffre déjà", a déclaré M. Salim.
Le sixième round des négociations sur le Darfour, qui s'est ouvert à Abuja il y a plus de deux semaines, réuni le gouvernement soudanais, le Mouvement/Armée de libération du Soudan (SLM/A) et le Mouvement pour la justice et l'égalité (MJE).
Les parties ont consacré les deux dernières semaines à des ateliers centrés sur les questions essentielles en souffrance, le partage du pouvoir, le partage des richesses et la sécurité.
M. Salim a déclaré ne pas pouvoir comprendre le massacre de civils innocents et la destruction des maisons et du tissu social de la région du Darfour alors que les principaux protagonistes se trouvent à Abuja.
Il a appelé tous ceux qui sont impliqués dans ces actes à y mettre fin immédiatement, se demandant pourquoi des vies innocentes devaient être perdues alors qu'il y avait un cadre à Abuja pour un règlement négocié du conflit.
" Nous croyons et nous espérons qu'Abuja et le mois sacré du Ramadan seront utilisés pour l'instauration de la confiance pour le début d'une ère de paix au Darfour", a dit le médiateur de l'UA.
" Nous souhaitons une détermination claire à faire de l'actuel round des négociations une étape décisive. A partir d'aujourd'hui, nous voulons un nouveau tournant décisif", a déclaré le porte-parole du gouvernement soudanais, Majzoub el Khalifa.
Le principal négociateur du SLM/A, Abulrahman Musa, a exprimé l'espoir que les membres de la communauté internationale répondent aux attentes et tentent de mettre fin aux souffrances des populations alors que son homologue du MJE, Ahmed Tugod, a invité toutes les parties à entamer les négociations dans la bonne foi.

Octobre 2005


La diplomatie à l'épreuve du regain de violences au Darfour

Le Monde, 3 octobre 2005

La violence qui sévit au Darfour est en train de gagner le Tchad, pays voisin de la vaste province de l'ouest soudanais. Le 26 septembre, une attaque contre le village tchadien de Madayoun a fait 75 victimes, pour l'essentiel des civils, selon le dernier bilan publié vendredi 30 septembre. Les témoignages recueillis sur place et les déclarations du président tchadien, Idriss Déby, laissent peu de doute sur l'identité des agresseurs. Ce sont des janjawids, des miliciens soudanais à la solde de l'armée soudanaise. Jusqu'à présent, les autorités de Khartoum sont restées silencieuses face aux accusations de N'Djamena.

En revanche, les réactions sont nombreuses dans la communauté internationale, d'autant qu'une autre attaque, qualifiée de "sans précédent" par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), a eu lieu, mercredi 28 septembre, contre un camp du nord-ouest du Darfour. Trente-quatre personnes auraient été tuées.

Qu'elle vienne du secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, de l'Union africaine (UA) ou de l'Union européenne (UE), la condamnation des violences est assortie d'une recommandation : faire en sorte, malgré tout, que se poursuivent les pourparlers de paix, qui ont repris à la mi-septembre à Abuja, au Nigeria, entre les mouvements rebelles du Darfour et les autorités soudanaises

Les organisations internationales ont également évité jusqu'ici de mettre en cause nommément les janjawids. "Une enquête est en cours", a déclaré un porte-parole de l'UA.

Les janjawids renvoient à l'histoire mouvementée du Darfour, une province dépourvue de richesses et laissé en déshérence par Khartoum, où cohabitent des éleveurs et des nomades (6 millions de personnes au total). Tous sont musulmans, mais certaines tribus sont "arabes" et d'autres, qui se prolongent au Tchad, "africaines". Celles-ci réunissent plutôt des cultivateurs ; celles-là des nomades.

Depuis les grandes famines des années 1980, synonyme de raréfaction des ressources, les affrontements entre "Arabes" et "Africains" sont récurrents. Des guerres locales ont même eu lieu, mais dans l'indifférence de la communauté internationale.

Autonomie réelle

La situation a changé en 2001 lorsque, à la suite d'incidents impunis, les tribus "africaines" ont été convaincues que les tribus "arabes" et les milices janjawids qui en sont issues pratiquaient une politique de "nettoyage ethnique" avec l'appui des forces armées de Khartoum. D'où, à partir de 2003, la création de deux mouvements de résistance, le Front de libération du Darfour dirigé par un avocat, Mohamed Nour, et le Mouvement pour la justice et l'égalité (MJE) du docteur Ibrahim Khalil. Et une escalade de la violence qui aurait fait, selon des sources très contradictoires, entre 30 000 et 400 000 morts. L'ONU parle de 180 000 victimes, non compris les deux millions de réfugiés entassés dans des camps pris en charge par les agences de l'ONU.

Les deux mouvements ne réclament pas l'indépendance du Darfour, mais la fin de la marginalisation économique de la région, séparée entre trois provinces, et une autonomie réelle. C'est l'objet principal des négociations qui se déroulent depuis des mois sous l'égide de l'Union africaine, mais sans avoir jusqu'ici véritablement progressé.

L'implication de la communauté internationale plusieurs milliers de soldats de l'ONU et de l'UA sont sur place et des Américains dans un conflit qui menace de déstabiliser aujourd'hui le Tchad est la meilleure chance de parvenir à une paix véritable.

Un autre facteur encourageant est la nouvelle donne politique qui prévaut à Khartoum. La fin de la guerre civile dans le sud du Soudan après vingt et un ans de conflit a débouché fin septembre sur la création d'un gouvernement d'union nationale qui ne peut être indifférent à la dégradation de la situation au Darfour.

Soucieux de ne plus être considéré comme un paria par la communauté internationale, Khartoum a d'autant plus intérêt à négocier une solution au Darfour que, sur les marches orientales du Soudan, un autre foyer de dissidence existe soutenu cette fois par l'Erythrée, le pays frontalier.

La principale menace que font peser les rebelles est d'interrompre les exportations de pétrole de Port-Soudan, la principale source de devises du pays. Une seconde raffinerie doit être construite et permettre, d'ici à trois ans, un doublement des exportations de pétrole brut (300 000 barils/jour aujourd'hui). Il est donc vital pour Khartoum de ne pas perdre le contrôle de la zone. Selon certaines sources, le régime soudanais a déployé dans cette région trois fois plus de troupes qu'au Darfour.

Jean-Pierre Tuquoi


" Il faut impérativement résoudre le conflit -au Darfour- dans un délai raisonnable, sinon il faut craindre que cette guerre ne devienne comme celle des Grands Lacs. Elle pourrait déborder et mettre à mal la stabilité de toute la sous-région" , estime le président tchadien, Idriss Déby, dans l'édition de samedi 1er octobre du Figaro .

"Ce conflit a déjà eu des répercussions pour nous, comme pour tous les pays voisins. Nous avons été les premiers, avant que la communauté internationale et l'Union africaine se réveillent, à nous inquiéter de cette guerre. Nous l'avons longtemps gérée seuls, avec l'aide de la France. C'est un sujet très sensible pour nous. En plus des morts, [nous] devons supporter 250 000 réfugiés", ajoute le chef de l'Etat tchadien, qui séjourne actuellement en France.


Octobre 2005


Visite très encadrée chez des gouverneurs soudanais sûrs de leur bon droit

Le Monde , 2 octobre 2005

Al Fasher, Nyala (ouest du Soudan), de notre envoyé spécial, Jean-Pierre Tuquoi)

« La communauté internationale exagère l'importance des rebelles [au Darfour] et leur prête plus d'influence qu'ils n'en ont. Ils sont moins de 10 000. La paix s'impose peu à peu et les personnes déplacées regagnent leurs villages. Les autorités respectent les droits de l'homme. Tout le monde est égal devant la loi. Il n'y a ni purification ethnique ni génocide au Darfour." Osman Mohammed Kibir n'est pas du genre à afficher des états d'âme. Gouverneur de l'immense province du Darfour nord, ce général a été envoyé à Al-Fasher, il y a près de deux ans, pour reprendre la situation en main après une audacieuse opération qui avait permis, en avril 2003, aux rebelles de l'Armée de libération du Soudan (ALS) de prendre brièvement le contrôle de la capitale de la région.

Depuis, l'ordre règne à Al-Fasher et le gouverneur, en recevant, fin septembre, une poignée de journalistes étrangers, fait montre d'une assurance qu'aucune question ne peut entamer. Enfoncé dans un large fauteuil, des bouquets de fleurs artificielles posés devant lui, le général répond tranquillement aux représentants du "premier pouvoir dans le monde" .
La sécurité dans la province ? "Malgré des vols de bétail et de voitures, et la présence de quelques "coupeurs de route"", elle est globalement assurée depuis la signature d'un cessez-le-feu [en avril 2004]. Mais les dissensions entre les deux mouvements rebelles nous créent quelques problèmes." Le sort des quelque 2 millions de déplacés sur une population évaluée à 6 millions comptabilisés par les organisations non gouvernementales au Darfour ? "Ils ont commencé à retourner chez eux."

Les liens entre les militaires soudanais et les "janjawids", ces miliciens coupables d'exactions contre les populations civiles ? "Les janjawids sont des brigands qui écument la région depuis toujours. L'armée n'a jamais été à leurs côtés ; elle les combat."

Le général gouverneur a sa grille de lecture des événements du Darfour. Là où la communauté internationale dénonce une politique programmée d'élimination de tribus "africaines" du sud et du centre du Darfour par des tribus "arabes" soutenues par le régime, le représentant de Khartoum voit une querelle banale entre nomades et sédentaires, qui a éclaté en 2000 avant de dégénérer. La création de l'ALS n'aurait été, selon le gouverneur, qu'un instrument pour attirer l'attention des médias étrangers, politiser le conflit et en faire porter la responsabilité au régime. Et pour les journalistes qui n'auraient pas bien compris la leçon, le gouverneur a prévu un dossier de presse exhaustif. Il y est longuement question des "efforts du gouvernement pour une solution pacifique" , mais guère des exactions commises par les troupes gouvernementales et leurs alliés.

Vaines promesses

Dans ce Soudan où le pouvoir en place depuis seize ans restreint les déplacements des médias, M. Kibir avait promis aux journalistes qu'ils pourraient travailler librement à Al-Fasher, que les portes de l'un des trois camps de déplacés leur seraient ouvertes, bref, qu'ils pourraient "toucher de près la réalité". De fait, le programme officiel parlait d'une "visite" à Al-Fasher.
Ce n'étaient que vaines promesses. La visite du campement de toiles et de ses 50 000 déplacés s'est résumée en fait à une traversée rapide des lieux sous bonne escorte. Et les "discussions" à un entretien dépourvu d'intérêt avec le directeur des lieux.

Quant à rencontrer des représentants d'ONG, cela s'est vite révélé impossible : la "visite" du camp avait été opportunément reprogrammée un vendredi, jour de repos hebdomadaire au Soudan.

Aurait-on davantage de chances à quelques centaines de kilomètres de là, à Niyala, la capitale de la province du Darfour sud ? Pas davantage. Niyala est pourtant la "vitrine" de la crise humanitaire qui sévit au Darfour. Près de 250 000 personnes, dont une majorité de femmes et d'enfants, s'y entassent dans des camps de réfugiés, selon les autorités. De Kofi Annan, le secrétaire général des Nations unies, à Colin Powell, l'ancien secrétaire d'Etat américain, aucune personnalité étrangère en visite au Darfour ne peut faire l'économie d'une visite de quelques heures à Nyala. Les Nations unies y ont déployé toutes leurs agences, douze au total.

Les ONG ne sont pas en reste. Quarante d'entre elles ont pignon sur rue dans la zone (sans compter une dizaine d'ONG soudanaises). Une concentration jamais vue de mémoire de travailleur humanitaire. "Avec une personne déplacée pour trois habitants le Darfour est une crise humanitaire sans équivalent" , commente, plus tard, à Khartoum, la chef de mission d'une ONG.

Ce n'est pas la vision du gouverneur de la province du Darfour sud. Sur le même mode que son homologue d'Al-Fasher, Ata Al-Manan préfère mettre l'accent sur "l'amorce de retour des réfugiés" que contestent les organisations humanitaires sur place et sur "l'amélioration de la situation sur le terrain militaire du fait de la réconciliation entre tribus" .

Le gouverneur Al-Manan est conscient que des crimes ont été commis au Darfour. Il a entendu parler "par la presse" de l'existence d'une liste de 51 personnes, dont une majorité de responsables du régime, susceptibles d'être poursuivies devant la Cour pénale internationale (CPI). Mais il dit tout ignorer des noms qui y figurent. Lui-même ne sait pas s'il est l'un des 51 suspects... ce qui, vérification faite, n'est pas le cas.

"Si j'en fais partie, j'irai me présenter devant la justice soudanaise. Elle est capable de traiter ces questions. Pas besoin d'aller devant une cour étrangère", conclut le gouverneur. La "visite" au Darfour était terminée avant même d'avoir commencé.


Octobre 2005


TCHAD Un raid sans doute mené par des miliciens soudanais a fait 75 morts
Les violences du Darfour débordent des frontières

Le Figaro, 1er octobre 2005 (le-figaro-2005-10-01)

Le conflit dans le territoire soudanais du Darfour menace chaque jour un peu plus le voisin tchadien. Lundi, un raid mené contre Madayoun, un village planté à quelques kilomètres de la frontière, a fait soixante-quinze morts, dont 55 parmi les éleveurs locaux. Les affrontements, qui ont ensuite opposé l'armée tchadienne et des cavaliers armés, en tenue militaire, ont fait 17 morts dans les rangs des assaillants et trois parmi les soldats. Selon les autorités tchadiennes, les responsables de ce raid, l'un des plus sanglants depuis le début des affrontements, seraient les Djandjawids, des miliciens soudanais arabes, qui combattent aux côtés du gouvernement. Mercredi soir, les djandjawids auraient tenté une autre incursion près du même village, tirant quelques rafales d'armes automatiques avant d'être mis en retraite par l'armée tchadienne.
Mais les observateurs, qui préfèrent «rester prudents», estiment que les auteurs de ces tueries pourraient aussi être de simples pillards. «Toutes les hypothèses sont ouvertes», explique l'un d'eux. Reste que l'an dernier des attaques similaires avaient dangereusement fait monter la tension entre N'Djamena et Khartoum. En août 2004, pour mettre y un terme, la France, qui dispose d'une base d'un millier d'hommes au Tchad, avait déployé quelque 200 soldats le long de la frontière. Jusqu'à lundi dernier, l'opération avait permis de rétablir un calme relatif. Pour Paris, ce retour des violences dans l'Est tchadien au moment même où l'on évoque le départ des troupes françaises du pays tombe mal. Dans un entretien au Figaro, le président tchadien Idriss Déby évoque ce retrait et son inquiétude de voir le conflit au Darfour déstabiliser l'ensemble de la région
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Octobre 2005


Le président tchadien commente le retrait évoqué par Paris de la force Epervier
Idriss Déby : «Nous avons toujours besoin des soldats français»

Propos recueillis par Tanguy Berthemet


Le Figaro. – La France a laissé entendre qu'elle pourrait réorganiser ses bases militaires en Afrique et redéployer ailleurs les 1 000 hommes stationnés au Tchad. Est-ce une décision que vous avez sollicitée ?
Idriss Déby. – Je ne suis pas au courant de ce retrait. Je n'ai pas été informé. Mais, en tout état de cause, si la France choisit de retirer ses troupes du Tchad, nous ne pouvons pas nous opposer à la décision d'un Etat souverain. Mais il ne faut pas oublier non plus qu'Epervier n'est pas venu au Tchad par un hasard de l'histoire. Ce dispositif est arrivé à la demande du Tchad pour défendre les frontières héritées de la colonisation. Je n'ai jamais remis en cause cette présence. C'est vrai que certains Etats africains l'ont fait. Pas le Tchad. Je ne vois pas la force militaire française comme une force d'occupation.
Le Figaro - Si ce départ était confirmé, vous y verriez un facteur de risque pour votre pays ?
I. D. - Je n'ai pas à donner d'avis sur une situation qui n'est pas d'actualité. Mais le gouvernement tchadien n'a pas jusqu'à aujourd'hui changé d'avis par rapport à sa première démarche. Si nous n'avons pas demandé le départ des soldats français, c'est que nous en avons toujours besoin.
Le Figaro - Vous pensez aux risques de débordement du conflit au Darfour ?
I. D - Bien sûr. La semaine dernière, au moins 36 villageois ont été tués (NDLR : le bilan a depuis été revu à la hausse), au Tchad, par des hommes armés que vous appelez les djandjawidsqui avaient franchi la frontière. On ignore les raisons de ce massacre, mais nous sommes certains qu'il s'agit d'un acte des djandjawids. Ce conflit a donc déjà des répercussions pour nous comme pour tous les pays voisins. Nous avons été les premiers, avant que la communauté internationale et l'Union africaine ne se réveillent, à nous inquiéter de cette guerre. Nous l'avons longtemps gérée seul avec l'aide de la France. C'est un sujet très sensible pour nous. En plus des morts, les populations locales tchadiennes doivent supporter 250 000 réfugiés qui font peser un vrai risque alimentaire et environnemental sur la région.
Le Figaro - Que suggérez-vous pour le Darfour ?
I. D. - Il faut impérativement résoudre ce conflit dans un délai raisonnable sinon il faut craindre que cette guerre ne devienne comme celle des Grands Lacs. Elle pourrait déborder et mettre à mal la stabilité de toute la sous-région. J'ai bon espoir que nous trouvions un accord.
Le Figaro - C'est d'autant plus urgent que la situation sociale au Tchad, où l'on constate un appauvrissement, est mauvaise...
I.D. - Vous dites que le Tchad s'appauvrit. Je ne le crois pas. Le problème est que le pays n'a pas de ressources suffisantes pour son fonctionnement. Nos finances servent aux salaires et au service de la dette. Avant, des aides extérieures nous servaient à faire l'appoint. Mais depuis deux ans, nous ne recevons plus rien car nous produisons du pétrole. Les populations, qui, en dépit de pétrole, ne voient pas la pauvreté reculer, ne comprennent pas. Elles ont raison. Mais on nous impose de n'utiliser cette rente pétrolière que dans des investissements physiques dans les domaines de la santé, de l'éducation, du développement rural.
Le Figaro - Un rapport récent dénonce quand même des détournements de la manne pétrolière vers d'autres fins.
I. D. - Je ne l'ai pas lu. Le partage de la richesse pétrolière a été convenu en 1988 par mes prédécesseurs. Le Tchad n'y gagne que des miettes. Nous souhaitons une renégociation de la convention qui nous lie aux compagnies pétrolières. Nous voulons entrer dans la production sans attendre. J'aimerais que les pays auxquels ces compagnies appartiennent (NDLR : les Etats-Unis et la Malaisie) le comprennent aussi.
******

Octobre 2005


 

La diplomatie à l'épreuve du regain de violences au Darfour

Le Monde, 2 et 3 octobre 2005

La violence qui sévit au Darfour est en train de gagner le Tchad, pays voisin de la vaste province de l'ouest soudanais. Le 26 septembre, une attaque contre le village tchadien de Madayoun a fait 75 victimes, pour l'essentiel des civils, selon le dernier bilan publié vendredi 30 septembre. Les témoignages recueillis sur place et les déclarations du président tchadien, Idriss Déby, laissent peu de doute sur l'identité des agresseurs. Ce sont des janjawids, des miliciens soudanais à la solde de l'armée soudanaise. Jusqu'à présent, les autorités de Khartoum sont restées silencieuses face aux accusations de N'Djamena.

En revanche, les réactions sont nombreuses dans la communauté internationale, d'autant qu'une autre attaque, qualifiée de "sans précédent" par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), a eu lieu, mercredi 28 septembre, contre un camp du nord-ouest du Darfour. Trente-quatre personnes auraient été tuées.

Qu'elle vienne du secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, de l'Union africaine (UA) ou de l'Union européenne (UE), la condamnation des violences est assortie d'une recommandation : faire en sorte, malgré tout, que se poursuivent les pourparlers de paix, qui ont repris à la mi-septembre à Abuja, au Nigeria, entre les mouvements rebelles du Darfour et les autorités soudanaises

Les organisations internationales ont également évité jusqu'ici de mettre en cause nommément les janjawids. "Une enquête est en cours", a déclaré un porte-parole de l'UA.

Les janjawids renvoient à l'histoire mouvementée du Darfour, une province dépourvue de richesses et laissé en déshérence par Khartoum, où cohabitent des éleveurs et des nomades (6 millions de personnes au total). Tous sont musulmans, mais certaines tribus sont "arabes" et d'autres, qui se prolongent au Tchad, "africaines". Celles-ci réunissent plutôt des cultivateurs ; celles-là des nomades.

Depuis les grandes famines des années 1980, synonyme de raréfaction des ressources, les affrontements entre "Arabes" et "Africains" sont récurrents. Des guerres locales ont même eu lieu, mais dans l'indifférence de la communauté internationale.

Autonomie réelle

La situation a changé en 2001 lorsque, à la suite d'incidents impunis, les tribus "africaines" ont été convaincues que les tribus "arabes" et les milices janjawids qui en sont issues pratiquaient une politique de "nettoyage ethnique" avec l'appui des forces armées de Khartoum. D'où, à partir de 2003, la création de deux mouvements de résistance, le Front de libération du Darfour dirigé par un avocat, Mohamed Nour, et le Mouvement pour la justice et l'égalité (MJE) du docteur Ibrahim Khalil. Et une escalade de la violence qui aurait fait, selon des sources très contradictoires, entre 30 000 et 400 000 morts. L'ONU parle de 180 000 victimes, non compris les deux millions de réfugiés entassés dans des camps pris en charge par les agences de l'ONU.

Les deux mouvements ne réclament pas l'indépendance du Darfour, mais la fin de la marginalisation économique de la région, séparée entre trois provinces, et une autonomie réelle. C'est l'objet principal des négociations qui se déroulent depuis des mois sous l'égide de l'Union africaine, mais sans avoir jusqu'ici véritablement progressé.

L'implication de la communauté internationale plusieurs milliers de soldats de l'ONU et de l'UA sont sur place et des Américains dans un conflit qui menace de déstabiliser aujourd'hui le Tchad est la meilleure chance de parvenir à une paix véritable.

Un autre facteur encourageant est la nouvelle donne politique qui prévaut à Khartoum. La fin de la guerre civile dans le sud du Soudan après vingt et un ans de conflit a débouché fin septembre sur la création d'un gouvernement d'union nationale qui ne peut être indifférent à la dégradation de la situation au Darfour.

Soucieux de ne plus être considéré comme un paria par la communauté internationale, Khartoum a d'autant plus intérêt à négocier une solution au Darfour que, sur les marches orientales du Soudan, un autre foyer de dissidence existe soutenu cette fois par l'Erythrée, le pays frontalier.

La principale menace que font peser les rebelles est d'interrompre les exportations de pétrole de Port-Soudan, la principale source de devises du pays. Une seconde raffinerie doit être construite et permettre, d'ici à trois ans, un doublement des exportations de pétrole brut (300 000 barils/jour aujourd'hui). Il est donc vital pour Khartoum de ne pas perdre le contrôle de la zone. Selon certaines sources, le régime soudanais a déployé dans cette région trois fois plus de troupes qu'au Darfour.

Jean-Pierre Tuquoi


" Il faut impérativement résoudre le conflit -au Darfour- dans un délai raisonnable, sinon il faut craindre que cette guerre ne devienne comme celle des Grands Lacs. Elle pourrait déborder et mettre à mal la stabilité de toute la sous-région" , estime le président tchadien, Idriss Déby, dans l'édition de samedi 1er octobre du Figaro .

"Ce conflit a déjà eu des répercussions pour nous, comme pour tous les pays voisins. Nous avons été les premiers, avant que la communauté internationale et l'Union africaine se réveillent, à nous inquiéter de cette guerre. Nous l'avons longtemps gérée seuls, avec l'aide de la France. C'est un sujet très sensible pour nous. En plus des morts, [nous] devons supporter 250 000 réfugiés", ajoute le chef de l'Etat tchadien, qui séjourne actuellement en France.

Octobre 2005

"Le Tchad ne peut pas espérer sortir indemne de la crise"

Roland Marchal, chargé de recherche au CNRS et rédacteur en chef de la revue "Politique africaine"

Le Monde , 2 octobre 2005

Comment analysez-vous l'attaque menée au Tchad, le 26 septembre, par des miliciens "janjawids ?

Ces janjawids [miliciens arabes] portaient des uniformes de l'armée soudanaise au moment de l'attaque. Or le gouvernement s'est engagé, depuis l'été 2004, à les démobiliser. Pourquoi ne pas l'avoir fait ? Et, puisqu'ils portaient des uniformes, qui les commande ? Les chefs de l'armée soudanaise ? Quant à savoir pourquoi certains ont décidé d'exporter les violences au Tchad, il faut peut-être y voir une réponse à l'amélioration des relations entre Idriss Déby[le président tchadien] et l'un des deux mouvements rebelles du Darfour, le Mouvement pour la justice et l'égalité (MJE). Peut-être a-t-on voulu punir Idriss Déby ? Quoi qu'il en soit, il est clair que le Tchad ne peut pas espérer sortir indemne de la crise au Darfour. Les troubles vont s'exporter chez lui.

Pourquoi parlez-vous d'amélioration des relations entre M. Déby et le MJE ?

Au départ, lors des négociations de paix entre les autorités de Khartoum et les rebelles du Darfour, sous les auspices de l'Union africaine, la neutralité d'Idriss Déby n'avait cessé d'être contestée par les deux mouvements rebelles, qui l'accusaient d'être trop proches de Khartoum. Or aujourd'hui les rebelles n'expriment ce genre de critique.

Le Tchad est-il menacé de déstabilisation ?

En 2004, il y a eu plusieurs tentatives de coup d'Etat au Tchad, dont une, au printemps, qui a manqué d'emporter le président. Mais, si l'on peut craindre une déstabilisation, elle viendra, me semble-t-il, de l'intérieur du régime. L'ambiance est délétère à N'Djamena, avec un chef de l'Etat qui a tout verrouillé en termes de pouvoirs. L'autre inconnue porte sur le comportement de l'ethnie du président, les Zaghawas, face au conflit au Darfour. Les Zaghawas sont présents au Tchad et au Darfour, où ils constituent une bonne part des appareils militaires des deux groupes armés qui combattent Khartoum.

Le régime de Khartoum ne va-t-il pas être tenté de jouer la carte anti-Déby ?

En avril 2005, le président tchadien avait accusé Khartoum d'armer et d'organiser 3 000 de ses opposants au Darfour pour faire pression sur lui et l'amener à pratiquer une politique encore plus favorable aux intérêts soudanais. On en est resté là. Idriss Déby veut sans doute conserver de bonnes relations avec Khartoum, mais il doit aussi composer avec une partie des Zaghawas qui soutiennent les mouvements rebelles du Darfour. Or les Zaghawas sont des pièces maîtresses dans l'appareil militaire et sécuritaire d'Idriss Déby.

Au Nigeria, Khartoum négocie avec les mouvements rebelles un plan de paix. Croyez-vous à un possible accord ?

Il faut bien comprendre que la situation se dégrade, y compris sur le plan diplomatique. Les mouvements rebelles, dont le plus important, l'Armée de libération du Soudan (ALS), sont aujourd'hui désorganisés, et donc incapables de mener des négociations véritables. C'est un frein à une solution négociée. Par ailleurs, sur le terrain, les services de renseignement militaires soudanais n'ont pas vraiment changé de politique. Ils continuent à armer, à encadrer les janjawids. Loin de se stabiliser, l'insécurité grandit au Darfour. Certes, nous n'assistons plus aux affrontements de 2003 et de 2004, mais à un banditisme et à une constellation d'incidents qui empêchent toute normalisation.

Avec quelle issue, en fin de compte ?

Il y a des éléments encourageants : l'installation d'un gouvernement d'unité nationale à Khartoum, il y a une dizaine de jours ; l'implication du nouveau vice-président, Salva Kiir ; et la volonté de la communauté internationale de peser davantage sur les négociations de paix d'Abuja. On devrait avancer.

Dans la partie est du Soudan, un autre foyer de déstabilisation existe. Pensez-vous qu'il constitue une menace pour le régime ?

Le conflit dans l'est du Soudan est né de revendications anciennes, comme au Darfour. Il tire aussi ses racines de la volonté de l'Erythrée de ne pas être marginalisée dans le nouvel ordre régional. L'Erythrée, aujourd'hui, se voit comme un pays encerclé par des Etats hostiles. Les Erythréens, en aidant les rebelles de l'est du Soudan, veulent montrer qu'ils sont indispensables à l'instauration d'une paix véritable dans ce pays.

Au total, l'impression se dégage d'un pays miné par des problèmes d'intégration. Le Soudan vous apparaît-il comme un Etat viable, malgré tout ?

Au-delà des crises, il ne faut pas sous-estimer ce qui lie les Soudanais entre eux et ce qui les distingue des autres pays de la région. On ne sort pas d'une guerre civile aussi longue vingt et un ans pour le sud du Soudan en un jour. Un sentiment national soudanais qui dépasse les clivages ethniques demeure possible. La paix, fragile, est là. Le processus politique aussi. Je suis optimiste pour la suite.

Propos recueillis par J.-P. T.

Octobre 2005

Visite très encadrée chez des gouverneurs soudanais sûrs de leur bon droit

Le Monde , 2 octobre 2005

Al Fasher, Nyala (ouest du Soudan), de notre envoyé spécial, Jean-Pierre Tuquoi)

« La communauté internationale exagère l'importance des rebelles [au Darfour] et leur prête plus d'influence qu'ils n'en ont. Ils sont moins de 10 000. La paix s'impose peu à peu et les personnes déplacées regagnent leurs villages. Les autorités respectent les droits de l'homme. Tout le monde est égal devant la loi. Il n'y a ni purification ethnique ni génocide au Darfour." Osman Mohammed Kibir n'est pas du genre à afficher des états d'âme. Gouverneur de l'immense province du Darfour nord, ce général a été envoyé à Al-Fasher, il y a près de deux ans, pour reprendre la situation en main après une audacieuse opération qui avait permis, en avril 2003, aux rebelles de l'Armée de libération du Soudan (ALS) de prendre brièvement le contrôle de la capitale de la région.

Depuis, l'ordre règne à Al-Fasher et le gouverneur, en recevant, fin septembre, une poignée de journalistes étrangers, fait montre d'une assurance qu'aucune question ne peut entamer. Enfoncé dans un large fauteuil, des bouquets de fleurs artificielles posés devant lui, le général répond tranquillement aux représentants du "premier pouvoir dans le monde" .
La sécurité dans la province ? "Malgré des vols de bétail et de voitures, et la présence de quelques "coupeurs de route"", elle est globalement assurée depuis la signature d'un cessez-le-feu [en avril 2004]. Mais les dissensions entre les deux mouvements rebelles nous créent quelques problèmes." Le sort des quelque 2 millions de déplacés sur une population évaluée à 6 millions comptabilisés par les organisations non gouvernementales au Darfour ? "Ils ont commencé à retourner chez eux."

Les liens entre les militaires soudanais et les "janjawids", ces miliciens coupables d'exactions contre les populations civiles ? "Les janjawids sont des brigands qui écument la région depuis toujours. L'armée n'a jamais été à leurs côtés ; elle les combat."

Le général gouverneur a sa grille de lecture des événements du Darfour. Là où la communauté internationale dénonce une politique programmée d'élimination de tribus "africaines" du sud et du centre du Darfour par des tribus "arabes" soutenues par le régime, le représentant de Khartoum voit une querelle banale entre nomades et sédentaires, qui a éclaté en 2000 avant de dégénérer. La création de l'ALS n'aurait été, selon le gouverneur, qu'un instrument pour attirer l'attention des médias étrangers, politiser le conflit et en faire porter la responsabilité au régime. Et pour les journalistes qui n'auraient pas bien compris la leçon, le gouverneur a prévu un dossier de presse exhaustif. Il y est longuement question des "efforts du gouvernement pour une solution pacifique" , mais guère des exactions commises par les troupes gouvernementales et leurs alliés.

Vaines promesses

Dans ce Soudan où le pouvoir en place depuis seize ans restreint les déplacements des médias, M. Kibir avait promis aux journalistes qu'ils pourraient travailler librement à Al-Fasher, que les portes de l'un des trois camps de déplacés leur seraient ouvertes, bref, qu'ils pourraient "toucher de près la réalité". De fait, le programme officiel parlait d'une "visite" à Al-Fasher.
Ce n'étaient que vaines promesses. La visite du campement de toiles et de ses 50 000 déplacés s'est résumée en fait à une traversée rapide des lieux sous bonne escorte. Et les "discussions" à un entretien dépourvu d'intérêt avec le directeur des lieux.

Quant à rencontrer des représentants d'ONG, cela s'est vite révélé impossible : la "visite" du camp avait été opportunément reprogrammée un vendredi, jour de repos hebdomadaire au Soudan.

Aurait-on davantage de chances à quelques centaines de kilomètres de là, à Niyala, la capitale de la province du Darfour sud ? Pas davantage. Niyala est pourtant la "vitrine" de la crise humanitaire qui sévit au Darfour. Près de 250 000 personnes, dont une majorité de femmes et d'enfants, s'y entassent dans des camps de réfugiés, selon les autorités. De Kofi Annan, le secrétaire général des Nations unies, à Colin Powell, l'ancien secrétaire d'Etat américain, aucune personnalité étrangère en visite au Darfour ne peut faire l'économie d'une visite de quelques heures à Nyala. Les Nations unies y ont déployé toutes leurs agences, douze au total.

Les ONG ne sont pas en reste. Quarante d'entre elles ont pignon sur rue dans la zone (sans compter une dizaine d'ONG soudanaises). Une concentration jamais vue de mémoire de travailleur humanitaire. "Avec une personne déplacée pour trois habitants le Darfour est une crise humanitaire sans équivalent" , commente, plus tard, à Khartoum, la chef de mission d'une ONG.

Ce n'est pas la vision du gouverneur de la province du Darfour sud. Sur le même mode que son homologue d'Al-Fasher, Ata Al-Manan préfère mettre l'accent sur "l'amorce de retour des réfugiés" que contestent les organisations humanitaires sur place et sur "l'amélioration de la situation sur le terrain militaire du fait de la réconciliation entre tribus" .

Le gouverneur Al-Manan est conscient que des crimes ont été commis au Darfour. Il a entendu parler "par la presse" de l'existence d'une liste de 51 personnes, dont une majorité de responsables du régime, susceptibles d'être poursuivies devant la Cour pénale internationale (CPI). Mais il dit tout ignorer des noms qui y figurent. Lui-même ne sait pas s'il est l'un des 51 suspects... ce qui, vérification faite, n'est pas le cas.

"Si j'en fais partie, j'irai me présenter devant la justice soudanaise. Elle est capable de traiter ces questions. Pas besoin d'aller devant une cour étrangère", conclut le gouverneur. La "visite" au Darfour était terminée avant même d'avoir commencé.

Octobre 2005

TCHAD: Un raid sans doute mené par des miliciens soudanais a fait 75 morts

Les violences du Darfour débordent des frontières

Le Figaro, 1er octobre 2005

Le conflit dans le territoire soudanais du Darfour menace chaque jour un peu plus le voisin tchadien. Lundi, un raid mené contre Madayoun, un village planté à quelques kilomètres de la frontière, a fait soixante-quinze morts, dont 55 parmi les éleveurs locaux. Les affrontements, qui ont ensuite opposé l'armée tchadienne et des cavaliers armés, en tenue militaire, ont fait 17 morts dans les rangs des assaillants et trois parmi les soldats. Selon les autorités tchadiennes, les responsables de ce raid, l'un des plus sanglants depuis le début des affrontements, seraient les Djandjawids, des miliciens soudanais arabes, qui combattent aux côtés du gouvernement. Mercredi soir, les djandjawids auraient tenté une autre incursion près du même village, tirant quelques rafales d'armes automatiques avant d'être mis en retraite par l'armée tchadienne.
Mais les observateurs, qui préfèrent «rester prudents», estiment que les auteurs de ces tueries pourraient aussi être de simples pillards. «Toutes les hypothèses sont ouvertes», explique l'un d'eux. Reste que l'an dernier des attaques similaires avaient dangereusement fait monter la tension entre N'Djamena et Khartoum. En août 2004, pour mettre y un terme, la France, qui dispose d'une base d'un millier d'hommes au Tchad, avait déployé quelque 200 soldats le long de la frontière. Jusqu'à lundi dernier, l'opération avait permis de rétablir un calme relatif. Pour Paris, ce retour des violences dans l'Est tchadien au moment même où l'on évoque le départ des troupes françaises du pays tombe mal. Dans un entretien au Figaro, le président tchadien Idriss Déby évoque ce retrait et son inquiétude de voir le conflit au Darfour déstabiliser l'ensemble de la région

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Le président tchadien commente le retrait évoqué par Paris de la force Epervier

Idriss Déby : «Nous avons toujours besoin des soldats français»
Propos recueillis par Tanguy Berthemet
Le Figaro. – La France a laissé entendre qu'elle pourrait réorganiser ses bases militaires en Afrique et redéployer ailleurs les 1 000 hommes stationnés au Tchad. Est-ce une décision que vous avez sollicitée ?
Idriss Déby. – Je ne suis pas au courant de ce retrait. Je n'ai pas été informé. Mais, en tout état de cause, si la France choisit de retirer ses troupes du Tchad, nous ne pouvons pas nous opposer à la décision d'un Etat souverain. Mais il ne faut pas oublier non plus qu'Epervier n'est pas venu au Tchad par un hasard de l'histoire. Ce dispositif est arrivé à la demande du Tchad pour défendre les frontières héritées de la colonisation. Je n'ai jamais remis en cause cette présence. C'est vrai que certains Etats africains l'ont fait. Pas le Tchad. Je ne vois pas la force militaire française comme une force d'occupation.
Le Figaro - Si ce départ était confirmé, vous y verriez un facteur de risque pour votre pays ?
I. D. - Je n'ai pas à donner d'avis sur une situation qui n'est pas d'actualité. Mais le gouvernement tchadien n'a pas jusqu'à aujourd'hui changé d'avis par rapport à sa première démarche. Si nous n'avons pas demandé le départ des soldats français, c'est que nous en avons toujours besoin.
Le Figaro - Vous pensez aux risques de débordement du conflit au Darfour ?
I. D - Bien sûr. La semaine dernière, au moins 36 villageois ont été tués (NDLR : le bilan a depuis été revu à la hausse), au Tchad, par des hommes armés que vous appelez les djandjawidsqui avaient franchi la frontière. On ignore les raisons de ce massacre, mais nous sommes certains qu'il s'agit d'un acte des djandjawids. Ce conflit a donc déjà des répercussions pour nous comme pour tous les pays voisins. Nous avons été les premiers, avant que la communauté internationale et l'Union africaine ne se réveillent, à nous inquiéter de cette guerre. Nous l'avons longtemps gérée seul avec l'aide de la France. C'est un sujet très sensible pour nous. En plus des morts, les populations locales tchadiennes doivent supporter 250 000 réfugiés qui font peser un vrai risque alimentaire et environnemental sur la région.
Le Figaro - Que suggérez-vous pour le Darfour ?
I. D. - Il faut impérativement résoudre ce conflit dans un délai raisonnable sinon il faut craindre que cette guerre ne devienne comme celle des Grands Lacs. Elle pourrait déborder et mettre à mal la stabilité de toute la sous-région. J'ai bon espoir que nous trouvions un accord.
Le Figaro - C'est d'autant plus urgent que la situation sociale au Tchad, où l'on constate un appauvrissement, est mauvaise...
I.D. - Vous dites que le Tchad s'appauvrit. Je ne le crois pas. Le problème est que le pays n'a pas de ressources suffisantes pour son fonctionnement. Nos finances servent aux salaires et au service de la dette. Avant, des aides extérieures nous servaient à faire l'appoint. Mais depuis deux ans, nous ne recevons plus rien car nous produisons du pétrole. Les populations, qui, en dépit de pétrole, ne voient pas la pauvreté reculer, ne comprennent pas. Elles ont raison. Mais on nous impose de n'utiliser cette rente pétrolière que dans des investissements physiques dans les domaines de la santé, de l'éducation, du développement rural.
Le Figaro - Un rapport récent dénonce quand même des détournements de la manne pétrolière vers d'autres fins.
I. D. - Je ne l'ai pas lu. Le partage de la richesse pétrolière a été convenu en 1988 par mes prédécesseurs. Le Tchad n'y gagne que des miettes. Nous souhaitons une renégociation de la convention qui nous lie aux compagnies pétrolières. Nous voulons entrer dans la production sans attendre. J'aimerais que les pays auxquels ces compagnies appartiennent (NDLR : les Etats-Unis et la Malaisie) le comprennent aussi.

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Octobre 2005

Septembre 2005

L'express
29 septembre 2005
Attaque arabe sanglante contre des réfugiés au Darfour
Courrier International
28 septembre 2005
Normalisation islamique dans les villages noubas
Jeune Afrique
24 septembre 2005
Avec les rebelles du Darfour
Le Monde
23 septembre 2005
Le Soudan se dote d'un gouvernement d'union nationale
Libération
22 septembre 2005
Darfour: Khartoum promet la paix sans rien faire pour
Des négociations ont repris la semaine dernière à Abuja, au Nigeria, entre le pouvoir central et la rébellion qui commence à se morceler.
Jeune Afrique
17 septembre 2005
Darfour les oubliés du monde
L.O.I.
17 septembre 2005
Difficile accouchement d’un gouvernement unifié
Xinhua
16 septembre 2005
L'UA optimiste pour un règlement à l'amiable au Darfour
Suisse Romande
15 septembre 2005
Darfour: ouverture du dernier round de négociation pour la paix
Angola Press
14 septembre 2005
Une pénurie de kérosène freine les activités du PAM au Soudan
IPS
13 septembre 2005
Davantage de femmes aux pourparlers de paix et au gouvernement

Senegal Presse
12 septembre 2005

Mort de John Garang : La piste de l'assassinat confortée
Union européenne
09 septembre 2005
Soudan: la Commission alloue 15 millions d’euros aux victimes du conflit au Darfour
Le Temps (Genève)
07 septembre 2005
Darfour ou la guerre du futur
Angola Press
06 septembre 2005
Le Soudan et le PNUD lancent le projet des OMD
Québec Alternatives
02 septembre 2005
Le Soudan à l’aube d’un retour en arrière
Nouvel observateur
02 septembre 2005
L'Union africaine suspend le déploiement de troupes au Darfour
Libération
01 septembre 2005
Deux ans et demi de guerre civile
Début de page

Attaque arabe sanglante contre des réfugiés au Darfour

L’Express, 29 septembre 2005


Vingt-neuf réfugiés noirs du Darfour ont été tués et une dizaine d'autres grièvement blessés lors d'une attaque sans précédent de leur camp par des cavaliers arabes, a annoncé jeudi le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR

C'est la première fois, selon le HCR, qu'un camp de réfugiés est attaqué depuis que la rébellion de Noirs de cette province occidentale du Soudan contre le gouvernement islamique de Khartoum a éclaté il y a deux ans, entraînant le déplacement de deux millions de civils.
Entre 200 et 250 cavaliers arabes à cheval ou à dos de chameau ont attaqué mercredi soir le camp d'Aro Charow, à 15 km au nord de Saleah, dans le nord-ouest du Darfour, qui abrite entre 4.000 et 5.000 réfugiés.
Selon le HCR, ces nomades, que le gouvernement de Khartoum est accusé d'encourager et d'armer, ont détruit environ 80 abris de fortune, soit un quart de la capacité d'hébergement du camp.
Les réfugiés ont fui le camp pour les environs, que le HCR considère comme encore moins sûrs.
Le village voisin de Gosmeina aurait aussi été attaqué et incendié mais on ignore le bilan de cette attaque, a fait savoir le HCR en exprimant sa "grave préoccupation" devant la tournure prise par les événements au Darfour.
Après l'attaque du camp d'Aro Show, le haut commissaire pour les réfugiés, Antonio Guterres, a rappelé au gouvernement soudanais qu'il était de sa responsabilité de maintenir la sécurité dans cette région "pour tous ses citoyens".
" Tant que l'insécurité persiste, la communauté internationale ne pourra pas apporter l'aide qui fait si cruellement défaut à des centaines de milliers de gens", a-t-il déclaré au siège genevois du HCR.
Mercredi, le responsable des opérations humanitaires de l'Onu au Darfour, Jan Egeland, avait fait état d'un accroissement des violences dans la région et n'avait pas exclu que les Nations unies y suspendent leurs activités

Septembre 2005


Normalisation islamique dans les villages noubas

Courrier International 28 septembre 2005

Révélée au monde dans les années 1970 par les spectaculaires photos de Leni Riefenstahl, la culture nouba est désormais en voie de disparition. (Reportage)

Neüezürcher Zeitung, Zurich (extraits)

Pour la première fois de son histoire, le village nouba de Fungor compte un bâtiment dont les murs sont en brique et le toit en tôle, Il s'agit d'une mosquée, qui a été financée par de riches Arabes du Nord, afin que les Noubas, longtemps considérés comme d’irréductibles infidèles, puissent devenir de bons; musulmans.
Avant les début de la guerre civile, en 1983, les habitants des monts Nouba avaient soulevé l'intérêt des chercheurs, photographes et touristes occidentaux. C'étaient des Africains "exotiques", dont la culture particulière se manifestait extérieurement par un extraordinaire culte du, corps. Ils connurent le sommet de leur célébrité avec les recueils de photographies de Leni Riefenstahl, l'ancienne cinéaste du IIIe Reich, dont ils relancèrent ainsi la carrière.
Des dix groupes noubas, ceux de Kao, Niaro et Fungor (qu'on appelle les Noubas du Sud-Est) étaient les plus remarquables : ils ornaient leur corps nu de peintures spectaculaires, exécutaient de superbes danses et se livraient à des joutes sans égales. A la fin cite de la guerre civile, il ne restait rien de tout cela. La culture nouba a totalement disparu - avec d'immenses conséquences sociales, économiques et politiques. Le -village de Fungor est à cet égard représentatif de la situation des quelque 2 millions de personnes que compte l'ethnie nouba.

Imposition de la loi islamique aux Noubas
Des dix groupes noubas, ceux de Kao, Niaro cet Fungor sont aujourd'hui des villages musulmans de 6000 habitants. On y vit comme dans le centre du Soudan. Les hommes qui jadis allaient nus -- les peintures corporelles et la coiffure indiquaient leur classe d'âge -, portent aujourd'hui la tunique soudanaise. Et les; femmes, qui affichaient autrefois leur degré de maturité par des cicatrices rituelles et leur appartenance clanique par des peintures ocre, s'enveloppent aujourd'hui chastement de voiles de couleur. Les Noubas étaient célèbres chez les ethnologues pour la structure particulière de leur société. Leurs liens de parenté étaient en effet bilinéaires (chaque personne appartenait à la fois à un clan paternel et à un clan maternel), ce qui avait des effets sur le choix d'un conjoint, les relations sexuelles, la propriété et l’organisation du travail. Les affaires communes étaient gérées par un conseil des anciens. On parlait aussi, à leur sujet, d'une société sans classes.
Chose intéressante, l'islam pratiqué par les Noubas du Sud-Est, convertis de fraîche date, semble plus strict que celui des autres habitants de la région, qui appartiennent souvent depuis longtemps à cette confession. Les danses et les joutes qu’on voit parfois chez ces derniers, même si les participants sont vêtus, sont plus dans l’esprit d’un islam à l’africaine, coloré, que les injonctions des imams de Fungor interdisant aux femmes de danser et de chanter.-
Le mode de vie particulier des Noubas du Sud-Est était déjà menacé bien avant la guerre civile, que ce soit par l’intensification des relations avec leurs voisins ou par les contacts avec les fonctionnaires du gouvernement, les marchands et les touristes. Il irritait nombre de musulmans. Une école coranique s’était même ouverte à Niaro au milieu des années 1970, dans le but affiché de le changer de fond en comble – sans succès marquant, à l’époque.
La guerre civile a fait son arrivée dans les monts Nouba en 1985, lorsque les rebelles de l’Armée populaire de libération du Soudan (SPLA) s’y sont installés, offrant au gouvernement l’occasion de détruire le mode de vie traditionnelle des Noubas. Les villages construits à flanc de colline furent anéantis et les habitants tués, chassés ou regroupés dans des villages sévèrement contrôlés. La majorité des groupes noubas s’était déjà convertis depuis longtemps mais ils découvrirent que le fait d’être musulman ne leur offrait aucune protection. La guerre civile s’est déroulée de façon différente à Kao, Niaro et Fungor : les trois villages furent d’abord attaqués par les rebelles et recherchèrent la protection du gouvernement. Ce sont pratiquement les seuls villages noubas dont les habitants n’ont pas été déplacés.
Les armes se sont tues dans les monts Nouba depuis les accords de cessez-le-feu signés il y a trois ans au Bürgenstock, en Suisse. Un traité de paix plus général a été conclu début 2005 entre la SPLA et le régime de Khartoum : il prévoit l’application de la charia et refuse au Noubas le droit- qu’ils avaient réclamé - de se prononcer par referendum sur la nature de leurs liens avec le gouvernement central de Khartoum. Par la même occasion, il a été décidé que l’Etat du Kordofan méridional (dont font partie les territoires noubas) serait dirigé pendant les trois prochaines années par un gouvernement de la SPLA, étant entendu qu’il serait ensuite remplacé par un représentant du régime islamiste.

Le système d’autorité a été bouleversé
Avec l’arrivée à Kadugli, la capitale de l’Etat, d’un gouverneur nommé par la SPLA, les Noubas du Sud-Est risquent d’être confrontés à une autorité qui ne sera pas nécessairement bienveillante à leur égard. Ils ont donc désormais tout intérêt à prendre contact avec les anciens rebelles. Une délégation d’une trentaine de villageois de Kao, Niaro et Fungor se sont rendus auprès d’Abdel Aziz Al-Hilu , le commandant de la SPLA (pour les Monts Noubas), à son quartier général de Lwere, pour lui demander, entre autres, l’envoi de troupes de la SPLA dans leurs villages. Les accords de paix interdisent toutefois aux anciens rebelles de déployer des soldats sur de nouvelles positions.
La demande des Noubas s’explique par le fait que des affrontements armés se sont produits à la fin de l’année dernière avec des nomades arabes – pour la première fois depuis des générations. Jusqu’à présent, les nomades hawazmas et les Noubas coexistaient en paix pour leur profit à tous. Les Noubas échangeaient les produits de leurs récoltes contre le beurre et les bêtes des nomades. Ce sont les évènements du Darfour qui ont indirectement provoqués le conflit. La guerre qui fait rage dans cette province y a rendu impossible la récolte de la gomme arabique et fait grimper les prix en flèche dans le reste du Soudan ; un sac de 50 kilos rapporte dans les 100 dollars dans les monts Noubas - c’est la première fois que les Noubas reçoivent un prix correct pour leurs produits. Mais les nomades sont eux aussi impliqués dans cette activité. Un groupe de jeunes Arabes a un jour récolté en douce de la gomme arabique appartenant aux Noubas. Ces derniers se sont défendus et les Hawazmas ont abattu huit jeunes gens de Fungor.
Un détachement de soldats et de policiers s’est certes installé dans l’école de Fungor, qui a dû interrompre ses cours. Pour les gens du village, les troupes sont là afin de les empêcher de « rendre une petite visite » aux nomades, entendez par là : de se venger. Ce déploiement de troupes a beau constituer une violation des accords d’armistice, il permet au moins au différend avec les Hawazmas de ne pas dégénérer en massacre.
Si cette confrontation prend les Noubas de court, c’est entre autres parce que le système d’autorité traditionnel a été complètement bouleversé : les anciens n’ont plus leur mot à dire, et ce sont désormais les chefs dépendant du régime arabe qui prennent les décisions. Fungor est en outre affecté par un conflit de générations : avec la disparition de leur religion et de leurs traditions, les anciens, qui, réunis en conseil, décidaient jadis de tout, ont perdu leur rôle de source de sagesse, d’expérience et de respect. Ce sont les jeunes sortis de l’école qui mènent désormais la barque. Certains mouvements du sud du Soudan s’efforcent d »obtenir la création d’une House of Nationalities (Chambre des minorités) qui donnerait aux chefs de tribu un rôle à jouer dans le système politique. Ils pourraient ainsi faire entendre leurs voix contre le gouvernement central et la SPLA. Et tenter de résoudre des problèmes de voisinage qui étaient jadis réglés par les chefs des groupes concernés. Mais ce mécanisme ne marcherait pas pour les Noubas du Sud-Est : ils n’ont jamais eu de chef de tribu et ont toujours considéré avec suspicion les ambitions personnelles.

Septembre 2005


 

Avec les rebelles du Darfour

Soudan. L’Armée de libération du Soudan (ALS) poursuite sa lutte contre le régime de Khartoum et ses milices. Désertée par la population civile, la province du Darfour n’est plus qu’une terre de désolation. Un enjeu mineur pour lequel la communauté internationale a bien du mal à se mobiliser.

Jeune Afrique, n°2332 du 18 au 24 septembre 2005
Textes et photos de Thomas Dandois, envoyé spécial

Le décor n’est que sable et terre aride à perte de vue. Seuls le bruit des moteurs et le grincement des essieux perturbent le silence du désert. Deux vieux 4x4 rouillés s’avancent avec, à leur bord, une douzaine de jeunes hommes armés jusqu’aux dents. Ce sont des patrouilleurs de l’Armée de libération du Soudan (ALS), de retour à leur base après plusieurs jours de mission. Ils ont sillonné la zone sous contrôle rebelle avec ordre de prêter main forte aux rares civils qui restent en cas d’agression des Djandjawids. Pas d’incidents à déclarer pour cette fois. Malgré les cessez-le-feu successifs signés depuis deux ans, des échanges de tirs se produisent régulièrement dans le secteur de Furawya, au nord du Darfour, à 150 km de la frontière tchadienne. Les combattants descendent de voiture Certains ont encore des traits d’enfants, les plus jeunes n’ont guère plus de 16 ans. La plupart ont les yeux injectés de sang et sentent l’alcool. L’un d’eux, un peu plus âgé, s’approche en faisant de grands gestes avec son couteau dans une main et sa mitraillette, dans l’autre, comme pour terrasser un ennemi invisible. Il n’attend pas les questions pour raconter son histoire : « Je sais que je vais mourir, mais je n’ai pas peur de la mort . Je veux me battre pour mes droits et pour les droits des gens de ce pays. Presque toute ma famille est morte à cause des Djandjawids. Voilà pourquoi je me bats », scande-t-il entre deux crachats. Derrière lui, les plus jeunes sourient en silence en écoutant le discours bien rôdé de leur aîné.
Chacun retourne ensuite à ses quartiers. Dans cette base arrière de l’ALS, on compte une soixantaine de huttes, qui abritent environ 500 hommes. La plupart sont à leur poste, à des cheek-points ou en patrouille. Les chefs, les porte-parole et les commandants sont là.
Kabila est un membre de la branche politique du mouvement rebelle Il arrive tout juste de D’jamena et va passer deux mois avec les troupes. Lorsqu’on lui parle d’indépendance pour le Darfour, il sourit : « Nous ne voulons pas de scission, nous voulons juste plus de pouvoir pour les Africains du Darfour ; une sorte d’autonomie. Nous voulons les mêmes droits que les autres régions du Soudan », explique-t-il d’une voix posée, presque dans un murmure. « Si le gouvernement soudanais d’Omar el-Béchir accepte de reconnaître nos droits, s’il accepte aussi le retour de tous les réfugiés dans leurs villages en les indemnisant, s’il fait punir les criminels de guerre Djandjhawids et les militaires, alors nous pouvons envisager de déposer les armes et de signer une paix définitive ».
A ses côtés, le commandant Djibril acquiesce. Il a perdu sept frères le même jour dans un combat terrible. Avant de rejoindre la rébellion, il avait déjà affronté les Djandjawids treize fois lorsque ceux-ci tentaient de lui voler son bétail ; Pas d’idéologie, ni de politique pour lui; « Je laisse la négociation aux chefs. Moi, je dirige mes hommes en fonction des ordres que je reçois », explique-t-il en pointant du doigt son téléphone satellite Thuraya. Puis il se lève et va faire sa prière sur un tapis orienté en direction de La Mecque. Les rebelles sont musulmans, comme leurs ennemis. Le conflit du Darfour n’est pas religieux. Il est ethnique entre les Africains sédentaires et les arabes nomades.
Adam Altigani est le porte-parole des rebelles de la zone de Furawya. Cet ancien professeur a rejoint la rébellion il y a deux ans. « J’ai des choses à vous montrer, explique-t-il en enroulant lentement son chèche blanc autour de sa tête. Vous devez absolument voir ça ! » Accompagné de deux hommes en armes, il monte en voiture, met le cap au nord. Quelques kilomètres plus loin, il s’arrête dans un amas de ruines, un village, sans doute, autrefois. Chaque maison a été méthodiquement saccagée et incendiée. Le dispensaire et l’école n’ont pas été épargnés. « Ce sont les Djandjawids et le gouvernement d’Omar el-Béchir qui ont fait cela, enrage-t-il. Je suis en colère quand je vois tous ces ravages car ce sont les civils qui en ont été victimes. A l’époque, il n’y avait pas de base rebelle dans le secteur ». Comme pour prouver que le gouvernement central a participé au massacre, Omar se dirige vers l’extérieur du village où une bombe n’a pas explosé. L’engin fait environ 1,50 m de long et n’a pu être largué que depuis un avion de l’armée régulière. « Cette bombe est de fabrication russe. C’est la signature du gouvernement d’Omar el-Béchir », explique-t-il. Les Djandjawids n’ont pu agir seuls. Le gouvernement les a armés pendant des années pour contrer la rébellion. Toutes ces traces encore visibles aujourd’hui confirment les témoignages des réfugiés. Depuis deux ans, ils racontent les mêmes histoires de bombardements et de tueries Des attaques minutieusement coordonnées.
Dans les rues du village, pourtant, pas de signes de massacres. Adam Omar nous emmène à moins de 5km dans ce qu’il appelle la « Montagne du génocide ». Il faut monter une centaine de mètres pour commencer à voir les premiers bouts de tissus et les os éparpillés un peu partout. « Ce sont des restes de corps humains », précise Adam sur un ton monocorde. Un peu plus loin, on trouve des squelettes entiers, cinq en tout. En différents endroits, des crânes, des fémurs. Tout semble indiquer qu’une trentaine de personnes ont trouvé la mort ici. « C’étaient des civils qui fuyaient les bombardements. Ils ont été rattrapés et massacrés sur place », raconte Adam, puis il pointe du doigt un amas de terre d’où sortent quelques bouts de tissus. « Là-dessous, il doit y avoir d’autres cadavres. Au début, ils ont probablement voulu les enterrer pour dissimuler les preuves aux yeux du monde. Mais ensuite, ils ne se sont même plus donné cette peine ». Une fois encore, les témoignages des réfugiés semblent se confirmer. Adam cite ensuite d’autres villages : « Abogamara, Goz Nesm, Tawuila, Jerjeza… » Au loin, le bruit des véhicules tout terrain résonne. Les groupes de jeunes rebelles partent de nouveau en patrouille pour plusieurs jours. Autour d’eux, un paysage aride s’étire à perte de vue. Un domaine de désolation. Au Sud-Soudan, les partisans de John Garang se sont battus pendant plus de vingt ans pour un territoire recélant du pétrole et des richesses. Ici, même si certains parlent de pétrole, il n’y a pas d’enjeu économique apparent, aucune promesse de fortune à venir. Juste une guerre oubliée par le reste du monde.

Milices contre rébellions

La région s’est enflammée en 2003, avec l’apparition de l’Armée/Mouvement pour la libération du Soudan (A/MLS) et du Mouvement pour la justice et l’égalité (MJE), composés des combattants des ethnies zaghawa, massalit et four, minorités noires du Darfour. Ces deux formations ont décidé de lutter, les armes à la main, contre la marginalisation politique, l’abandon économique et la discrimination raciste à leur encontre. Les Djandjawids – littéralement ceux qui attaquent à cheval - milices issues de groupes arabes nomades, vandalisaient depuis des années les pâturages et les cultures de la région. Au fil du temps, devant l’indifférence du pouvoir, les communautés locales se sont organisées en groupes d’autodéfense. Au lieu de jouer, a minima, la neutralité, Khartoum a officialisé son soutien aux agresseurs. Le conflit s’est alors radicalisé. De plus en plus de jeunes du Darfour se sont engagés dans l’insurrection aux côtés de l’A/MLS et du MJE. De son côté, le gouvernement a recruté, payé et armé 20.000 Djandjawids supplémentaires, qui mènent maintenant des opérations conjointes avec l’armée régulière.
Valéry Thorin

Septembre 2005


Le Soudan se dote d'un gouvernement d'union nationale

Le Monde du 23 septembre 2005

La tâche s'est révélée nettement plus rude qu'escompté, mais elle a finalement été menée à bien : le Soudan s'est doté, pour la première fois de son histoire, d'un gouvernement d'union nationale conformément à l'accord de paix conclu en janvier entre le régime de Khartoum et les anciens rebelles sudistes du SPLM (Mouvement populaire de libération du Soudan).
Annoncée mardi 20 septembre à la télévision, la composition du gouvernement qui devait prêter serment jeudi et entrer en fonction dans la foulée a été saluée par le chef de l'Etat, le maréchal Omar Al-Bachir, comme un " événement de bon augure" et un signe de la volonté des Soudanais d'"établir la paix et de consolider l'unité nationale".
Conséquence de l'arrivée des anciens rebelles au gouvernement, celui-ci devient pléthorique pour un pays de 35 millions d'habitants. Il est composé de 29 ministres, 33 ministres adjoints, auxquels viennent s'ajouter les conseillers du chef de l'Etat une douzaine qui ont rang de ministre.
Les accords signés en janvier entre Khartoum et le SPLM avaient fixé au 9 août la formation du gouvernement d'union nationale. C'était compter sans la mort, dans un accident d'hélicoptère, fin juillet, du chef de la rébellion, le colonel John Garang, et sans les querelles entre ennemis d'hier pour obtenir ou conserver les portefeuilles stratégiques.
De ce point de vue, le parti du Congrès national, qui contrôlait l'ancien gouvernement, a réussi à conserver les ministères "de souveraineté" : l'intérieur, les finances et la défense. Au moins aussi important, il n'a pas lâché le ministère de l'énergie, devenu stratégique car pourvoyeur de devises maintenant que le Soudan est devenu, grâce aux provinces du Sud, un pays producteur de brut non négligeable.
En comparaison, le SPLM est bien doté quantitativement (10 ministères lui reviennent), mais les portefeuilles dont il hérite sont d'une importance stratégique moindre : éducation, transport, commerce extérieur... L'exception concerne les affaires étrangères, qui échoient à un Sudiste, mais le nouveau titulaire risque de se heurter à l'entourage du chef de l'Etat.
C'est fort de ce succès que le maréchal Omar Al-Bachir a ouvert, mercredi matin, en grande pompe dans la capitale, une conférence régionale consacrée à la lutte antiterroriste. Elle réunit les chefs des services de renseignement et de sécurité des pays d'Afrique de l'Est et du Centre, mais la liste des participants n'a pas été fournie à la presse. Le programme détaillé des deux journées de la conférence (mercredi et jeudi) n'a pas davantage été dévoilé. Succinct, le texte, distribué à la presse arabophone, portait en tête la mention "top secret".
De leur côté, la Chine, l'Arabie saoudite et l'Algérie ont envoyé des observateurs ainsi que la Grande-Bretagne et les Etats-Unis. Même discrète, cette présence occidentale ne manque pas d'étonner si l'on se souvient que le régime islamiste soudanais figure sur la liste des Etats accusés d'aider le terrorisme et qu'il est très critiqué en raison des graves violations des droits de l'homme perpétrées dans la province du Darfour, où un autre conflit a éclaté il y a plus de deux ans.
En réalité, un tournant diplomatique est en train de s'opérer entre le régime soudanais et les Américains. Il avait été amorcé avec la venue au printemps dernier à Washington du chef des services de renseignement soudanais, le général Salah Abdullah Gosh.
Lors de la cérémonie d'ouverture de la conférence, le général Gosh était à la droite du président Al-Bachir, qui lui a tressé des couronnes au cours d'une brève intervention. Or, ce même général Gosh figure en bonne position sur la liste de 51 personnes dressée par la commission d'enquête internationale des Nations unies sur les atrocités au Darfour. A ce titre, le chef des services de renseignement est susceptible d'être traduit devant le Tribunal pénal international.

Jean-Pierre Tuquoi


Septembre 2005


Darfour: Khartoum promet la paix sans rien faire pour
Des négociations ont repris la semaine dernière à Abuja, au Nigeria, entre le pouvoir central et la rébellion qui commence à se morceler.

Par Christophe AYAD

Libération, 22 septembre 2005

La paix au Darfour d'ici à la fin de l'année ? C'est l'objectif du nouveau gouvernement d'union nationale, le premier de l'histoire du Soudan, qui doit prêter serment jeudi. Des pourparlers ont repris la semaine dernière à Abuja, au Nigeria, sous l'égide de l'Union africaine. Après deux ans et demi de guerre civile entre Arabes (au pouvoir) et tribus africaines, le conflit dans l'immense province occidentale du Soudan est arrivé à une sorte de statu quo. Le pouvoir central, allié aux tribus arabes locales dont les milices Jenjawids ont combattu aux côtés de l'armée, contrôle les grandes villes et les grands axes. Ses avions lui assurent une supériorité militaire. Mais Khartoum ne peut plus lancer d'offensive majeure comme en décembre-janvier derniers, à cause de la pression internationale et de la présence des observateurs militaires de l'Union africaine.

Bastion assiégé.
Après ses succès initiaux, la guérilla a été très affaiblie par les contre-offensives gouvernementales. Son bastion du djebel Marra est assiégé et attaqué quotidiennement. Plus inquiétant, la guérilla, au départ divisée en deux grands groupes, se morcelle : si le Mouvement pour la justice et l'égalité (MJE), contrôlé par des proches de l'opposant islamiste Hassan al-Tourabi, reste relativement structuré, le Mouvement de libération du Soudan (MLS) est de plus en plus tiraillé entre ses composantes four et zaghawa, les deux grandes tribus africaines qui le composent... Khartoum attise les dissidences en sous-main. Résultat : les chefs locaux sont de plus en plus tentés par le banditisme et n'obéissent plus à la direction politique. En pleines négociations, une faction du MLS a ainsi attaqué et pris la ville de Cheiria, affirmant avoir tué 80 soldats.
Malgré ces dissensions internes, la population reste largement favorable à la guérilla. De 180 000 à 300 000 personnes ont été tuées en deux ans et demi ; plus de 2 millions d'autres ont été déplacées, soit un sur trois ; 200 000 réfugiés ont fui au Tchad voisin. La quasi-totalité des victimes de cette guerre de purification ethnique sont africaines.
Intellectuel respecté au sein de la communauté four et proche de la guérilla, Osman Abdallah (1) accuse l'Etat d'avoir mené «une politique organisée pour chasser les tribus africaines de leurs terres et du pouvoir local». Cela ne date pas de la guerre : «A partir de 1992, les Africains ont été exclus des emplois dans la fonction publique, la police, la justice, l'armée... Ici, tout le monde se sent marginalisé. Quand on va à Khartoum [la capitale], on dit "je vais au Soudan".»

Appât du gain.
Le recrutement de la guérilla reflète bien cet éloignement. «La rébellion a beaucoup enrôlé de jeunes diplômés qui ne trouvent aucun débouché dans l'Etat. Ils n'ont jamais mis les pieds à Khartoum, mais ont accès à la radio ondes courtes et à la télévision par satellite. Pour eux, la capitale, c'est aussi loin que Dubaï ou Nouakchott.»
Face à une armée démotivée et mal entraînée, ce recrutement de diplômés, disciplinés et bien formés, a valu à la guérilla des succès initiaux. «Quand la guerre a éclaté, en février 2003, la rébellion a saisi beaucoup d'armes, de munitions et de véhicules. La réaction du pouvoir a été terrible. Khartoum a préféré recourir aux milices arabes, les Jenjawids.» Dans ce conflit, l'appât du gain est très fort : «Les tribus arabes en ont profité pour s'approprier des terres. Les Arabes ont été manipulés par leurs politiciens : on leur a dit qu'ils pouvaient tuer, razzier, violer, en toute impunité.»
De politique et territorial, le conflit a pris une tournure de plus en plus ethnique. «Si la guerre se poursuit, les jeunes, qui auront grandi dans les camps de déplacés où la vie est très misérable, vont finir par rejoindre la rébellion», met en garde Osman Abdallah. Ces derniers mois, le gouvernement est tiraillé entre deux attitudes contradictoires. D'un côté, il voudrait démanteler les camps, possible vivier de la guérilla et point d'ancrage de la communauté internationale, qui a profité de l'urgence humanitaire pour intervenir au Darfour. Et de l'autre il est devenu l'otage des tribus arabes qui se sont approprié les terres des déplacés. Pour Osman Abdallah, la solution passe par un changement d'attitude radical du pouvoir central, qui «s'est toujours conduit comme un mercenaire vis-à-vis de sa propre population» : «C'est une logique de colonisation intérieure. Nous voulons passer d'une soumission totale à la marginalisation. Ce serait déjà bien.»

(1) Pour le protéger, le nom a été modifié

Septembre 2005


Darfour les oubliés du monde

Jeune Afrique, n°2331, du 11 au 17 septembre 2005

Texte de Thomas Dandois, envoyé spécial.

Les premières lueurs du jour, répandent une lumière blanche sur les tentes brunies par les pluies. Au pied d’un arbre, un homme assis sur une natte prépare le thé. Son regard encore embué se perd dans le vide, bercé par le ronron de l’eau frémissante. Plus loin, un enfant joue. Il tire derrière lui une gamelle en fer blanc en guise de voiture et fait des « vroum-vroum » pour imiter le bruit des 4x4 des ONG. Derrière lui, trois femmes équipées de longues bêches partent aux champs. En chemin, elles croisent un autre groupe de femmes qui reviennent de la corvée d’eau à dos de mulet. Rouge, jaune, vert, les couleurs des boubous éclatent dans ce paysage de terre et de ciel pastel. Le jour se lève sur le camp de Bredjin, à quelques kilomètres de la frontière soudanaise, à l’est du Tchad. Les réfugiés sont arrivés ici en masse il y a plus d’un an, fuyant l’horreur et la mort du Darfour. Là-bas, les Djendjawids, ces miliciens arabes et nomades, pillent les fermes, incendient les villages, violent les femmes et massacrent les civils avec la bénédiction et parfois même le soutien de l’armée soudanaise. C’est en tout cas ce que racontent les réfugiés. Ils sont près de 30.000 aujourd’hui à Bredjin et 200.000 au total au Tchad. Ils attendent, entassés le long de la frontière, le jour où ils pourront rentrer chez eux.
Souleiman, comme presque tous ses voisins, a parcouru 200 kilomètres à pied pour se mettre à l’abri derrière la frontière tchadienne .Il a fuit la route avec ses deux femmes et ses trois enfants. Au Darfour, il avait deux maisons, ici, il a deux tentes écrasées par la chaleur et les vents. « J’étais un homme riche, vous savez, explique-t-il fièrement. Aujourd’hui, il faut faire avec ce qu’on l’on nous donne. La saison des pluies nous complique la vie encore un peu plus . L’eau entre partout parce que les tentes sont usées. Nous pataugeons souvent dans la boue.
Cet ancien aide-soignant n’a rien oublié de son petit village au Darfour. Soixante familles y vivaient tant bien que mal de l’agriculture et de l’élevage. Mais un jour, il y a environ un an, ils ont dû fuir. Le bruit du gros porteur Antonov a déchiré le ciel et le pire est arrivé. « Ils nous ont d’abord envoyé des bombes par avion. Elles explosaient partout, les gens criaient, hurlaient de peur. Nous avons essayé de fuir mais le village était cerné par les Djendjawids et les militaires de l’armée régulière soudanaise. Ils tiraient sur les fuyards. Une trentaine de personnes ont été massacrées. Des hommes, des femmes et surtout des enfants parce qu’ils courent moins vite et sont moins résistants », soupire-t-il, assis à l’ombre d’un abri fait de branchages et de bois mort. Aucune colère n’émane de lui, ni de sa voix, ni de ses gestes. Il semble résigné.
Ce jour-là, Souleiman doit se rendre au poste médical installé dans le camp. Son œil gauche est boursouflé et, depuis quelque temps, il voit double. Un infirmier l’a ausculté, mais a préféré prendre l’avis de Gary, un chirurgien américain qui collabore avec MSF France. Chaque semaine, Gary fait le déplacement depuis Adre, à 70 km, où se trouve le seul hôpital de la région. Sous une bâche verte, portant le sigle de l’UNHCR (Haut Commissariat pour les Réfugiés des Nations Unies) il enchaîne les consultations. En cinq minutes, il diagnostique un kyste : « Rien d’alarmant, mais il vaut mieux opérer », explique-t-il lentement en anglais à son patient. Rendez-vous est pris pour une intervention la semaine suivante. Pour subir une opération, il faut se rendre à Adre. Une ambulance tout-terrain passera chercher les patients. Ils arriveront en trois heures, si les wadis le permettent. Ces rivières spontanées formées par la pluie bloquent régulièrement les routes de juin à septembre.
L’hôpital d’Adre assure les soins médicaux de trois camps. Dans la cour du bâtiment, les familles attendent. On vient là par dizaines, à pied ou en bus, pour rendre visite aux malades. Ibrahim et son frère Amat Issard, tous deux réfugiés du Darfour boivent un thé rouge en attendant leur petit frère.
L’histoire de leur exode ressemble à toutes les autres. Les mêmes récits de bombardements. Les mêmes agressions. Amat montre à qui veut bien les regarder les traces de balles dans sa jambe, sinistre souvenir des Djandjawids. La plaie a cicatrisé depuis. « Ce ne sont plus des balles ou autres blessures de guerre qui nous posent problème aujourd’hui. Mais nous avons beaucoup de troubles intestinaux et gastriques. Les diarrhées sont monnaie courante, à cause des problèmes d’eau et d’hygiène», explique Gary, le masque sur le nez en plein milieu d’une opération de la vésicule. C’est la troisième intervention de la matinée. Simple routine. « Depuis plusieurs mois, la situation est à peu près stabilisée. Il y a deux mois, un groupe d’une trentaine de personnes est arrivé. Depuis, le flux s’est tari », note Jean-Marie Garelli, coordinateur technique du HCR à Abéché.
Pour un membre d’une association humanitaire, en mission précédemment au Darfour, si la situation se stabilise, ce n’est pas parce que les choses s’arrangent, bien au contraire. « Tous les villages sont vides aujourd’hui au Darfour, raconte-t-il. S’il n’arrive plus de nouveaux réfugiés, c’est parce qu’il n’y a plus personne. Ils ont presque tous quitté leur maison pour se mettre à l’abri. Imaginez une zone grande comme la France avec des villages entièrement vides. Les massacres et les combats ont fait 200.000 morts. Au Tchad, 200.000 personnes vivent dans les camps de réfugiés. Et au Darfour, on compte 1,8 million de déplacés. Ce qui se passe là-bas est une véritable horreur. Et le gouvernement de Khartoum n’a qu’une idée en tête : cacher les massacres. C’est le négationnisme le plus total ».
Au camp de Mile, près de Guéréda, à un jour de route au nord tout donne à croire que les réfugiés vont rester ici encore longtemps. La vie s’organise comme dans un village. Un peu partout, des centres sociaux en briques ont été érigés. A l’intérieur, des femmes tissent des chapeaux, des sacs et des boubous qui seront ensuite mis en vente. Deux cents mètres plus loin, ce sont les hommes qui reçoivent une formation pour fabriquer des djellabas. .Les réfugiés se sont remis au travail. Les anciens donnent des conseils aux plus jeunes. Ces vêtements, Abbas les vendra dans son échoppe sur le marché. Avec quelques bouts de bois et des morceaux de tissus, il a monté son petit magasin. Un peu plus loin, ses amis forgerons recyclent en meubles les boîtes de conserve distribuées par les ONG. Comme tous les jours vers midi, ils se retrouvent pour écouter les informations de la radio officielle de Khartoum. Comme d’habitude, les nouvelles ne sont pas bonnes. Le speaker soudanais répète que la situation au pays n’est pas stable et que la sécurité des réfugiés qui souhaiteraient rentrer n’est toujours pas assurée. « Ce qu’ils disent est sans doute vrai. Mais de toute façon, ça les arrange de nous savoir ici. Ils ne veulent pas de nous au Darfour », s’emporte Abbas.
Malgré le danger et les avertissements des médias, Adam Narja Halif, un chef de zone, a traversé la frontière pour retrouver une partie de sa famille. Lors des attaques du gouvernement et des Djendjawids, chacun a fui de son coté. Il est alors parti avec sa femme, ses enfants, quelques frères et cousins. Mais son père, sa mère et les autres ont été dispersés. Pendant des mois, Adam n’a pu retrouver le sommeil. « De les savoir encore là-bas, me rendait malade. Alors, je suis retourné les chercher », explique-t-il. En septembre 2004, il se décide à partir. Ce voyage lui prend un mois et demi. Le jour, il se cache. La nuit, il profite de l’obscurité pour avancer et parcourir les 400 km qui le séparent d’Auburum, son village natal, au nord-Darfour. Rapidement, cette quête des siens devient la route de l’horreur. Dans presque tous les hameaux qu’il traverse il voit des cadavres d’hommes, de femmes et d’enfants abandonnés, sans la moindre sépulture. Les oiseaux et la chaleur écrasante se chargent de les faire disparaître peu à peu. Comme pour conforter son incroyable récit, Adam précise : « Abruk, Aboro, Adar, Ablie…Dans tous ces villages, j’ai vu les mêmes scènes. Il y en a partout. La mort est partout ».Après plusieurs semaines, Adam a trouvé un peu de réconfort. Presque tous les siens ont survécu. Ils vivent à présent dans des campa de déplacés et sont sous la protection – toute relative- des organisations non gouvernementales. Faute d’avoir pu les convaincre de le suivre jusqu’au Tchad, Adam a passé trois mois avec eux. Un séjour pendant lequel il a pu mesurer les dangers que courent les déplacés qui s’aventurent hors des camps simplement pour chercher du bois. Les femmes sont agressées, molestées ou tuées. « Le viol a été utilisé comme une arme de guerre au Darfour, conforme Jean-Marie Garelli, du HCR. Heureusement, celles qui sont victimes de ce genre de sévices ne sont pas rejetées par les leurs, comme c’est parfois le cas dans d’autres pays d’Afrique. Ici, lorsqu’une femme est violée par les Djendjawids, elle est plutôt considérée comme une martyre.
Depuis qu’il est de retour au Tchad, Adam a toujours la peur au ventre pour sa famille. Et les images de ce qu’il a vu sur la route continuent de le hanter. Mais il garde espoir de réunir un jour les siens au Darfour.

Septembre 2005


Difficile accouchement d’un gouvernement unifié

La Lettre de l’Océan Indien, 17 septembre 2005

La répartition exacte des portefeuilles entre le gouvernement sortant et les anciens rebelles du Sudan People’s Liberation Movement (SPLM) de feu John Garang constitue toujours un point de blocage qui retarde la création d’un gouvernement d’action nationale (GUN) à Khartoum. Les représentants du SPLM devraient obtenir les affaires étrangères, la santé, l’environnement, le secrétariat général du gouvernement, l’éducation supérieure, le commerce extérieur, les transports, les investissements internationaux. Les ministères de la défense, des finances, de l’intérieur, de l’énergie, de la justice, des routes et ponts, des ressources naturelles, de l’administration locale, de l’aide humanitaire reviendraient au gouvernement sortant. Mais trois difficultés retardent un consensus : les réticences de certains sudistes à devenir ministres à Khartoum, un désaccord mineur sur le choix du ministre des affaires étrangères et surtout un blocage sérieux sur le portefeuille de l’énergie.

Blocage. Le nœud des négociations pour la mise en place du GUN repose sur le contrôle du ministère de l’énergie. Le SPLM voulait initialement l’obtenir mais a dû céder devant l’intransigeance du ministre sortant Awad Ahmed al-Jaz, qui entend conserver son portefeuille. Il y a une semaine, une solution de compromis semblait possible pour mettre un terme à cette querelle. Le portefeuille reviendrait à al-Jaz et en contrepartrie le SPLM obtiendrait les postes de vice-ministre et de secrétaire permanent du ministère de l’énergie. En outre, tous les contrats existants entérinés par ce ministère seraient passés au crible. Toutefois, cette solution proposée par les modérés du parti gouvernemental a été repoussée par les « durs » du même camp dont al-Jaz. Une des raisons de leur refus réside dans le fait que le vice-ministre proposé par le SPLM était Lam Akol. Cet ancien professeur de l’Université de Khartoum, parlant parfaitement arabe, opposant à Garang après 1991, ministre à Khartoum entre 1997 et 2001, est à la fois combatif et sans complexes. Il serait sans doute à même de s’entourer d’experts étrangers pour auditer les recettes énergétiques du pays.

Juba ou Khartoum : Nombre de dirigeants du SPLM ne sont pas très emballés à l’idée d’être nommés ministres à Khartoum et préféreraient de loin un poste similaire au Sud Soudan. A tel point que lors d’une réunion au Sud Soudan, le nouveau leader du SPLM et vice-président du pays, Salva Kiir, a dû se fâcher contre ces réticences. Les responsables du SPlM craignent, s’ils sont nommés au gouvernement de Khartoum, de s’y retrouver isolés dans un environnement hostile, d’autant plus que peu de fonctionnaires sudistes semblent prêts à les suivre à Khartoum. En outre, ils ont conscience que l’argent des donateurs va surtout affluer au Sud Soudan et que s’ils se trouvent en poste à Khartoum cette manne risque de leur passer sous le nez. Car le cumul des fonctions n’est pas possible et Riek Machar a ainsi retiré sa participation au Parlement national pour pouvoir se consacrer à son poste de vice-président du gouvernement su Sud Soudan.

Futurs ministres :Le régime de Khartoum n’est guère enthousiaste à l’idée de la nomination de Deng Alor comme ministre des affaires étrangères proposée par le SPLM. Deng Alor lui parait en effet ne pas avoir l’envergure pour « représenter » le Soudan car, ancien secrétaire particulier de Garang et Dinka Bor comme lui, il n’est plus au centre de la nouvelle répartition du pouvoir au sein de l’ex-guerilla sudiste autour de Salva Kiir. Arabisant et formé au Caire, il est en outre capable de jouer un jeu diplomatique indépendant, notamment envers les Américains qu’il connaît bien. Ce qui est de nature à inquiéter les actuels dirigeants de Khartoum. Parmi les autres responsables du SPLM, dont les noms ont été proposés pour occuper un poste ministériel à Khartoum, figurent l’ancien chef militaire de la région Sud du Nil Bleu, Malik Agar Ayrue et Abd-el-Azziz al-Hilew son ex-adjoint qui est maintenant responsable de l’implantation du SPLM au Nord du pays. Pagan Amun pourrait devenir secrétaire général du Gun. Edward Abyyel Lino, actuel directeur de Nile Petroleum (société pétrolière créée au Sud Soudan par le SPLM) pourrait faire partie du Gun, tout comme Peter Nyokok (juriste en Allemagne), Milol Raskich et Hama Jagud.

Septembre 2005


L'UA optimiste pour un règlement à l'amiable au Darfour

Xinhuanet, Abuja, 16 septembre 2005 -- Alors que se poursuit à Abuja le sixième round de pourparlers pour résoudre la crise du Darfour au Soudan, sous sa médiation, l'Union africaine (UA) s'est dite optimiste sur le fait que ce round pourrait être le dernier, a indiqué vendredi un responsable à Abuja.
" D'après les discours entendus la nuit dernière (jeudi) de tous les acteurs de cette crise, on peut être confiant que toutes les questions seront résolues lors du round actuel", a dit Sam Ibok, chef de l'équipe de médiation africaine.
" La population du Darfour souffre et il est réconfortant de voir que toutes les parties sont inquiètes de cette évolution, et qu'elles souhaitent une résolution définitive du problème", a-t-il ajouté.
M. Ibok a indiqué que les dirigeants des différentes délégations, celle du gouvernement soudanais et celle des rebelles, ont convenu que le problème pouvait être résolu par des moyens politiques.
" Il est bon qu'ils soient conscients de la futilité de l'option militaire. Quel que soit le nombre de gens que vous tuez, vous devrez toujours tôt ou tard revenir à la table des négociations pour discuter la paix", a-t-il dit.
Les discussions ont été déclarées ouvertes jeudi soir et doivent continuer par des ateliers qui prépareront les participants pour un plan global.
Le représentant spécial de l'UA au Soudan, le Nigérian Baba Gana Kingibe, s'exprimant lors de la cérémonie d'ouverture, a souligné l'urgence de la situation au Darfour qui n'est "pas encourageante".
" Les discussions doivent prendre connaissance de la situation au Darfour, où des millions de personnes ont été déplacées, des milliers ont été tuées et de nombreuses autres ont été sujettes victimes d'intimidations, de pillages, de viols et de souffrances indescriptibles", a-t-il dit.
Il a appelé à une résolution rapide des questions d'autorité au sein de l'un des groupes rebelles, la SLA, pour éviter de perturber les discussions.
Le secrétaire permanent nigérian aux Affaires étrangères Nkem Wadibia-Anyanwu, qui représente le ministre, a appelé les participants à progresser rapidement vers une résolution des questions majeures.
Spécifiquement, il les a appelé à résoudre les questions du partage du pouvoir et des richesses ainsi que des dispositions de sécurité.

Septembre 2005


Darfour: ouverture du dernier round de négociation pour la paix

Suisse Romande, 15 septembre 2005

ABUJA - L'Union africaine (UA) a ouvert à Abuja, la capitale du Nigeria, ce qu'elle espère être le dernier round de négociations de paix entre le gouvernement soudanais et les rebelles du Darfour. Cette région est en proie à une guerre civile meurtrière.

Des représentants du régime de Khartoum et des deux principaux groupes rebelles, le Mouvement justice et égalité (JEM) et le Mouvement pour la libération du Soudan" (SLM), assistent aux discussions. Mais le SLM n'est représenté que par une de ses factions, conduite par Abdul Wahid Mohammed al-Nur.
Une autre frange du SLM, dirigée par le secrétaire général du groupe Mani Arko Minawi, refuse de prendre part aux négociations car des discussions internes au SLM doivent avoir lieu plus tard en septembre.
De précédents rounds de discussions, financées par l'UA, ont permis des avancées limitées, chaque partie accusant l'autre de rompre le cessez-le-feu convenu, mais l'UA et les représentants soudanais se sont dits convaincus que ces derniers pourparlers mèneront à une avancée politique.

Le Darfour est depuis février 2003 le théâtre d'une guerre civile, qui a fait entre 180 000 et 300 000 morts, selon les estimations, et provoqué le déplacement de 2,6 millions de personnes.

Septembre 2005


Une pénurie de kérosène freine les activités du PAM au Soudan

Angola-Presse, Dakar, 14 septembre 2005 - Le programme alimentaire mondial (PAM) a révélé ce mardi qu`une pénurie de kérosène dans sa plate-forme aérienne d`El Obeid a réduit de moitié ses capacités à acheminer et à larguer par voie aérienne l`aide alimentaire au Soudan au plus fort de la disette, ce qui réduit de moitié les distributions de vivres pour le sud de ce pays.
Cette pénurie de kérosène JetA1 est la raison majeure pour laquelle le PAM n`a distribué au mois d`août que 1.678 tonnes de vivres en avion à partir d`El Obeid en direction du Sud alors que l`objectif était de 11.692 tonnes.
Le PAM avait prévu en août de distribuer 20.700 tonnes de vivres à 1,3 million de personnes au Sud Soudan, par voie maritime, aérienne et routière. Mais à la fin de ce mois, seules 10.600 tonnes de vivres avaient atteint 128 centres de distribution - soit 51 pour cent des distributions prévues pour le mois - essentiellement à partir de Lokichoggio dans le nord-ouest du Kenya et par la route via Kampala, la capitale ougandaise.
" Cela ne pouvait pas tomber à pire moment pour la population du Soudan", a déploré Ramiro Lopes da Silva, le directeur pays du PAM.
Les ravitaillements en JetA1 se faisaient rares même avant que le Soudan ne ferme en juillet sa raffinerie de Khartoum pour cause de maintenance. Cette pénurie combinée à la lenteur des distributions de carburant, à l`insuffisance des camions- citernes, à un stockage limité et à une forte demande a empêché le PAM de combler le déficit.
" C`est une tragédie pour des centaines de milliers de personnes, a fait remarquer M. Lopes da Silva.
" Acheminer les vivres par voie aérienne est relativement coûteux, mais la saison des pluies, l`absence de routes dans le sud mais aussi l`arrivée tardive des fonds offerts par les donateurs ayant écourté le prépositionnement des vivres, nous obligent à avoir recours à l`acheminement et au parachutage par voie aérienne", a-t-il ajouté.
La raffinerie de Khartoum est la seule du Soudan à produire du JetA1. L`insuffisance des contributions et l`arrivée tardive des fonds des donateurs pour l`opération d`urgence du PAM en faveur du Sud ont rendu impossible le prépositionnement des vivres par voie terrestre avant la saison des pluies.
En août dernier, Action contre la Faim, partenaire du PAM, a signalé l`augmentation des cas de malnutrition sévère dans son centre d`alimentation thérapeutique à Wau, dans l`ouest de la région de Bahr El Ghazal.
Alors que les camps pour personnes déplacées internes de la zone ont reçu des distributions de vivres régulières depuis avril, le paludisme et la diarrhée sont considérés comme deux facteurs contribuant à l`augmentation de la malnutrition.
Plus de 1100 enfants sont considérés comme sévèrement malnutris.
En dépit des appels urgents, le travail vital effectué par le PAM dans le nord du Bahr El Ghazal et dans d`autres localités du Sud est compromis par une grave pénurie de fonds.
Jusqu`en mai, l`Opération d`urgence du PAM en direction des régions Sud, Est et dans les zones de transition du Soudan n`avaient perçu que 26 pour cent des financements dont elles avaient besoin pour nourrir 3,2 millions de personnes en 2005.
A ce jour, l`Opération d`urgence en faveur du Sud, de l`Est et des zones de transition enregistre un déficit de 41 pour cent soit 124 millions de dollars.
Les dons de vivres "en nature" peuvent prendre quatre mois pour atteindre le Sud Soudan - un territoire grand comme la France

Septembre 2005


Davantage de femmes aux pourparlers de paix et au gouvernement

Joyce Mulama

Inter Presse Service (IPS), Nairobi, 13 sep 2005 –

Une rencontre dans la capitale kényane, Nairobi, a mis l'accent sur la nécessité de donner aux femmes soudanaises davantage de voix au chapitre dans les affaires politiques de leur pays, si le Soudan doit réaliser les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) adoptés aux Nations Unies

Alors qu'un accord de paix a été signé en janvier mettant fin à plus de deux décennies de guerre civile au Sud-Soudan, la région du Darfour, dans l'ouest, continue d'être ravagée par un conflit entre le gouvernement et les rebelles de l'Armée de libération du Soudan (SLA), et le Mouvement pour la justice et l'égalité (MJE). Les pourparlers de paix pour le Darfour, parrainés par l'Union africaine, devraient reprendre le 15 septembre dans la capitale nigériane, Abuja.
''Il est difficile de réaliser des progrès sur les OMD tant que d'importants efforts pour mettre fin au conflit dans le Darfour ne seront pas accomplis. Toutefois, il est important que les femmes prennent part aux négociations en faveur de la paix au Darfour, aux côtés des autres parties, à Abuja'', a déclaré Nyaradzai Gumbonzvanda, directrice régionale de programme en Afrique de l'est pour le Fonds des Nations Unies pour la femme (UNIFEM). ''Ce sont les femmes qui ont assumé la responsabilité de la promotion de la réconciliation et de la guérison au niveau local. Ce sont les femmes qui reçoivent les réfugiés et les ex-combattants durant la guerre. Les femmes devraient être à la table de négociations à Abuja, ceci conformément à la résolution 1325 du Conseil de sécurité de l'ONU'', a-t-elle noté à la rencontre de Nairobi, qui s'est déroulée vendredi. La réunion s'est focalisée sur la mise en œuvre des OMD au Soudan. La résolution 1325, votée le 31 octobre 2000, marque la première tentative du conseil de s'attaquer aux conséquences spécifiques de la guerre sur les femmes -- et au rôle qu'elles jouent pour mettre fin au conflit.
Les combats au Darfour ont commencé au début de 2003, où la SLA et le MJE ont lancé des attaques pour protester contre la négligence présumée de la région par le gouvernement. Les autorités ont riposté en ciblant les groupes ethniques Fur, Masalit et Zaghawa, dont les rebelles tireraient un soutien. Khartoum est également accusé de soutenir des militants arabes connus sous le nom de ''janjaweed'' (cavaliers) dans des raids contre des membres de ces groupes ethniques. Environ 300.000 personnes auraient été tuées dans le conflit du Darfour, et plus de deux millions déplacées. L'année dernière, l'administration américaine a déclaré que les événements dans la région constituaient un génocide.
Les combats au Sud-Soudan ont entraîné un déplacement beaucoup plus important. Environ quatre millions de personnes auraient été contraintes de quitter leurs maisons, tandis que plus de deux millions d'autres ont perdu la vie durant le conflit entre le gouvernement et les rebelles du Mouvement/Armée populaire de libération du Soudan (SPLM/A).
La région a été également détruite par la guerre à bien des égards : elle manque de routes bitumées, d'eau potable, d'écoles et d'hôpitaux.
''Le Sud-Soudan, et en particulier les femmes qui sont les plus affectées, ont d'urgence besoin d'aide financière pour reconstruire même les infrastructures les plus élémentaires'', a déclaré Gumbonzvanda. ''Nous espérons que les Fonds spéciaux de plusieurs donateurs, destinés à la reconstruction du Sud-Soudan, auront une politique d'ouverture où des femmes peuvent entrer facilement et avoir accès aux ressources''.
A une rencontre tenue en avril dans la capitale norvégienne, Oslo, des donateurs avaient promis de mobiliser 7,8 milliards de dollars pour financer la reconstruction au Soudan, avec un montant substantiel de cette somme destiné au Sud.
''L'éducation est la première priorité. Jusqu'à présent, nos enfants étudient sous des arbres -- mais comment pouvez-vous avoir l'éducation s'il n'y a pas d'écoles?'', a demandé Mary Abiong, présidente de l'Association nationale des femmes du Sud-Soudan -- qui fait partie de la 'Commission for Women, Gender and Child Welfare for Southern Sudan' (Commission pour les femmes, le genre et le bien-être des enfants du Sud-Soudan) du SPLM/A. ''Nous avons besoin d'écoles aussi bien pour nos enfants que pour nos adultes. Un grand nombre d'adultes, la plupart des femmes, sont analphabètes'', a-t-elle ajouté.
Selon un rapport 2004 du 'New Sudan Centre for Statistics and Evaluation' (Centre des statistiques et d'évaluation du Nouveau Soudan) et du Fonds des Nations Unies pour l'enfance, les taux d'analphabétisme des adultes au Sud-Soudan en 2001 s'élevaient à 88 pour cent pour les femmes, et 63 pour cent pour les hommes. L'étude était intitulée 'Vers une ligne de base : Les meilleures estimations des indicateurs sociaux pour le Sud-Soudan'. Le Centre des statistiques et d'évaluation du Nouveau Soudan fait également partie du SPLM/A, qui a combattu pour l'autodétermination religieuse et politique dans le sud.
Keziah Layinwa Nicodemus, présidente de la Commission femmes et genre du SPLM/A, s'est réjouie des quotas sur la représentation politique pour les femmes - mais a prévenu que ceci pourrait ne pas être tenu pour acquis.
''On nous a octroyé 25 pour cent de siègesàdans la constitution du Sud-Soudan. Mais nous devons faire pression pour que cela devienne une réalité. Le Soudan est un pays d'hommes et nous devons travailler dur avec le soutien de la communauté internationale pour former nos femmes à être des leaders'', a-t-elle déclaré.
''Nous avons besoin de plus de femmes pour avoir une base forte en vue de proposer des lois qui traitent de la question de la violence à l'égard des femmes, qui nous a affectées durant la guerre civile de 21 ans, et est toujours en train d'affecter des femmes dans la guerre en cours au Darfour''.
Selon un rapport publié plus tôt cette année par Amnesty International, l'organisation de défense des droits, le viol a été utilisé comme une arme de guerre au Darfour. ''Les forces armées et des membres de milices ont violé des milliers de femmes et des dizaines de milliers de femmes ont souffert d'une autre violence et de déplacement forcé dans le conflit au Darfour'', a noté le document, qui a évalué globalement l'état des droits de l'Homme. ''Des femmes ont été violées au cours des attaques et enlevées souvent pour être des esclaves sexuels pendant des jours ou des mois. Des femmes continuaient d'être violées en dehors des camps pour personnes déplacées'', a-t-il ajouté.
La rencontre de Nairobi vient en prélude à une importante conférence de l'ONU, qui se tiendra du 14 au 16 septembre à New York.
Le Sommet international des Nations Unies débattra de la réforme de l'institution mondiale, et des progrès réalisés en vue de l'accomplissement des OMD -- convenus par des dirigeants de la planète au Sommet du millénaire en 2000.
Au nombre des huit objectifs, figurent la réduction de moitié de l'extrême pauvreté et de la faim, la réalisation de l'éducation primaire universelle, la promotion de l'égalité de genre -- et la réduction de la mortalité infantile et maternelle. En outre, ils cherchent à combattre la maladie, à promouvoir un environnement durable et à développer des partenariats pour s'attaquer à des questions comme les pratiques commerciales peu équitables.
La date limite pour la réalisation des OMD est 2015.

Septembre 2005


Mort de John Garang : La piste de l'assassinat confortée

Senegal-presse Dakar, 12 septembre 2005

Sur la foi de la boîte noire de l'appareil, les conversations enregistrées prouvent que rien d'anormal n'avait été signalé jusqu'au moment du crash. La thèse de défaillances techniques semble ainsi céder devant l'hypothèse d'un attentat.

Le crash de l'hélicoptère de fabrication russe dans lequel l'ex-Premier vice-président soudanais a été tué en juillet dernier, ne semble pas avoir été causé par des défaillances techniques, a rapporté la presse, citant un expert russe qui enquête sur les raisons de cet accident. M. Garang, le fondateur et leader de l'Armée/Mouvement de libération du peuple du Soudan (Spla/M) et quatorze autres personnes ont été tués le 30 juillet, quand l'hélicoptère présidentiel ougandais de marque Mi-172 qui les transportait de l'Ouganda vers le Sud Soudan, s'est écrasé. Plusieurs Sud-Soudanais estiment que M. Garang a été assassiné et rejettent la version officielle initiale attribuant le crash au mauvais temps.
« L'hélicoptère en lui-même ne présentait aucun problème technique» a déclaré Rudolf Temurazov, le directeur de la sécurité technique de la Commission de l'aviation inter-Etats basé à Moscou, cité par les quotidiens de samedi de Khartoum. «L'hélicoptère était en bon état» a-t-il affirmé. On rappelle qu'une équipe internationale enquête actuellement sur les facteurs qui ont conduit à l'accident du 30 juillet dans lequel M. Garang a été tué à bord d'un hélicoptère présidentiel ougandais fourni par son hôte, le président Yoweri Museveni. Des émeutes meurtrières ont éclaté entre les Soudanais du Nord et du Sud, faisant 90 victimes après que le gouvernement de Khartoum eut officiellement annoncé la disparition tragique de M. Garang. Ce qui a poussé Khartoum à mettre sur pied, une commission nationale, incluant des experts internationaux, pour enquêter sur le crash.
Selon l'expert russe, une des boîtes noires de l'hélicoptère qui enregistre les conversations dans le cockpit, a été retrouvée en bon état, alors que l'autre, qui enregistre les données techniques, a été détruite dans le crash. M. Temurazov a refusé de donner les détails des conversations enregistrées à bord de l'hélicoptère endommagé. Il a révélé que des commentaires en quatre langues différentes ont été enregistrés par la boîte noire.
La conclusion des enquêteurs selon laquelle une défaillance technique n'est pas à l'origine du crash est basée sur le fait que la conversation dans le cockpit entre le pilote et le répartiteur avait eu lieu en anglais et était «normale» jusqu'au moment du crash et ne contenait aucune suggestion de problème technique. M. Temurazov a refusé de spéculer sur les causes de l'accident, mais a souligné que les conditions météorologiques dans la région n'étaient pas bonnes quand il est survenu.
Toutes les données et conclusions figurant dans le rapport d'enquête du Russe - y compris l'enregistrement du contenu de l'enregistreur de vol - ont été transmises aux autorités en Ouganda, au Soudan et au Kenya, qui ont joué des rôles majeurs dans cette enquête internationale, a indiqué M. Temurazov. Les quotidiens ont aussi annoncé que l'épave de l'hélicoptère qui a été trouvé dans la Montagne de Zuria, au Sud Soudan, sera bientôt ramenée en Ouganda. «Nous procédons à l'analyse technique des voix dans le cockpit et des systèmes des données de vols et d'autres éléments. Nous finalisons la transcription des informations retrouvées et allons bientôt ramener l'épave en Ouganda», a indiqué une source proche de la commission, citée par les quotidiens de Khartoum. «Des experts de l'aéronautique de l'Ouganda, du Soudan, de l'Armée de libération du peuple soudanais, des Etats-Unis et du Kenya ont rencontré nos collègues russes pour étudier les débris de l'appareil, afin de déterminer les causes du crash, seulement six minutes avant son arrivée à sa destination finale. Nous avons déjà certains indices», a ajouté cette source.
Par ailleurs, le successeur de M. Garang et Premier vice-président Salva Kiir s'est déclaré satisfait de l'enquête actuellement en cours sur le crash de l'hélicoptère. M. Kiir, qui conduisait une délégation en Ouganda pour des entretiens avec le président Museveni, a été cité pour avoir déclaré être «satisfait de la progression de l'enquête». Mais à la veille de l'inhumation de M. Garang dans la ville du Sud de Yei, M. Museveni avait déclaré à l'assistance éplorée, que la mort de son ami de longue date pouvait être le résultat d'un acte de sabotage ou de terrorisme. Cette déclaration avait irrité le gouvernement de Khartoum.
Le Spla/M de M. Garang a lutté contre le gouvernements successifs du nord à majorité arabe pendant plus de deux décennies, pour réclamer une plus grande autonomie pour le Sud-Soudan, dont les habitants sont principalement des chrétiens et des animistes. Le leader rebelle était retourné à Khartoum en juillet dernier, après la signature d'un accord de paix à Nairobi, au Kenya, le 09 janvier 2005

Septembre 2005


Soudan: la Commission alloue 15 millions d’euros aux victimes du conflit au Darfour

(Union-europeenne-2005-09-09)

La Commission européenne a débloqué une enveloppe supplémentaire de 15 millions d’euros d’aide humanitaire pour aider les victimes de la crise durable qui secoue la région soudanaise du Darfour. Cette somme permettra aux partenaires de continuer de fournir aux victimes un soutien alimentaire et nutritionnel, un abri, l'accès à l'eau potable et aux installations sanitaires, ainsi que des soins d'urgence, et d’offrir une protection aux civils vulnérables.

Cette aide transitera par ECHO, le service d'aide humanitaire de la Commission européenne, placé sous la responsabilité du commissaire Louis Michel. Ce dernier a commenté ainsi cette décision: «Alors que le Darfour s’éloigne peu à peu des feux de l’actualité, il est essentiel d’empêcher qu’il rejoigne les rangs des crises «oubliées». La Commission européenne s’engage à fournir une aide humanitaire au Darfour aussi longtemps que la région en aura besoin et nous exhortons les autres donateurs à agir de même. Un soupçon d’espoir est né au Soudan, qui encourage actuellement certaines personnes déplacées du fait du conflit à regagner leurs domiciles. La Commission insiste sur le fait que ces retours doivent s’effectuer dans un cadre sécurisé et sur la base du volontariat, afin de garantir que le Soudan demeure sur la voie de la paix».
Plus d’un tiers de la population du Darfour (2,5 millions de personnes) est touché par cette crise durable, dont 1,8 million de personnes déplacées au Soudan et 200 000 réfugiés au Tchad. Malgré l’effet positif de la présence des troupes de l’Union africaine dans la région, la situation demeure sinistre et confuse. L'insécurité atteint des niveaux élevés, les violations des droits de l'homme perpétrées à l'encontre de civils se poursuivent, tandis que les actes de banditisme et de harcèlement du personnel des agences humanitaires se multiplient.
La présente décision contribuera à satisfaire certains besoins humanitaires parmi les plus pressants, dans une région démunie de services médicaux, privée d’approvisionnement en eau, frappée par des pénuries alimentaires consécutives à de mauvaises récoltes et qui abrite des camps surpeuplés. Les financements annoncés permettront de continuer à mener des activités visant à sauver les vies de personnes totalement dépendantes de l’aide humanitaire. Cette enveloppe porte à 113 millions d’euros le montant total mobilisé par ECHO en faveur des personnes vulnérables du Darfour depuis le début de la crise, en février 2003. ECHO reste engagé sur l’ensemble du territoire du Soudan et surveille également avec une grande vigilance la situation au sud et à l’est du pays. Au total, ce sont 152 millions d’euros qui ont été débloqués par la Commission pour l’aide humanitaire au Soudan (Darfour compris) depuis 2004.

Septembre 2005


Darfour ou la guerre du futur

David Morse
Le Temps, Genève, 7 septembre 2005

Une guerre du futur a lieu actuellement dans une immense région désertique de l'est de l'Afrique, au Soudan. Les armes elles-mêmes ne sont pas futuristes. Les pistolets au laser ou les armées de robots qui peuplent les récits de science-fiction n'ont pas cours ici; pas plus que les drones Predator dirigés par satellite ou tout autre système d'armement de haute technologie à la pointe de l'arsenal moderne.
Non, cette guerre est menée à coups de kalachnikovs, de matraques et de couteaux. Dans la région du Darfour, à l'ouest du Soudan, les tactiques de prédilection sont les incendies et les pillages, la castration et le viol – perpétrés par des milices arabes* à dos de chameau ou de cheval. Les technologies les plus sophistiquées sont, d'une part, les hélicoptères utilisés par le gouvernement soudanais pour soutenir les milices lorsqu'elles attaquent des villages et, d'autre part, une tout autre arme: les sismographes dont se servent les compagnies pétrolières pour dresser la carte des gisements de pétrole qui se trouvent à des dizaines de mètres sous la surface du sol. [...]
C'est une guerre des ressources, menée par des suppléants, impliquant de grandes puissances dont les économies sont basées sur la croissance, luttant pour un réservoir limité de ressources [...]
Le Darfour n'est qu'une partie d'une crise plus large causée par le pétrole dans le nord de l'Afrique. Environ 300 à 400 Darfouriens meurent chaque jour. Pourtant le message transmis par nos médias est que nous, Américains, ne «pouvons rien faire» pour empêcher cette tragédie humaine, alors même que nous faisons le plein de nos SUV (Sport Utility Vehicle) avec la vie de ces gens. [...]
Le pétrole encourage le génocide au Darfour. Le pétrole inspire la politique de l'administration Bush à l'égard du Soudan et du reste de l'Afrique. Et le pétrole est susceptible de plonger le Soudan et ses voisins dans le chaos. [...]
Les membres du gouvernement soudanais de Khartoum préfèrent expliquer les massacres au Darfour comme une vieille rivalité entre tribus de pâtres nomades du nord et fermiers africains noirs du sud. Ils nient toute responsabilité dans les milices et affirment ne pas pouvoir les contrôler, même s'ils continuent à les entraîner, à les armer et à les payer. Ils minimisent leur idéologie islamiste, alors qu'ils soutenaient Oussama Ben Laden et cherchaient à imposer le fondamentalisme islamique au Soudan et ailleurs. Au lieu de cela, ils se présentent comme des pragmatiques se battant pour maintenir l'union d'un pays pauvre et arriéré; tout ce dont ils ont besoin c'est davantage d'aide économique de l'Occident et la fin des sanctions commerciales imposées par les Etats-Unis en 1997, lorsque le président Clinton avait ajouté le Soudan à la liste des Etats soutenant le terrorisme. Le Darfour, selon eux, est une anomalie gênante qui disparaîtra avec le temps.
Il est vrai que les rivalités ethniques et le racisme jouent un rôle dans le conflit actuel au Darfour. Dans le contexte plus large de la guerre civile au Soudan, néanmoins, le Darfour n'est pas une anomalie, c'est une extension de ce conflit. Le véritable déclencheur du conflit Nord-Sud est devenu évident après que Chevron a découvert du pétrole dans le Sud-Soudan en 1978. La traditionnelle lutte pour l'eau à la lisière du Sahara s'est transformée en une bataille bien différente. Le gouvernement de Khartoum à majorité arabe a redessiné les frontières juridictionnelles du Soudan pour exclure les réserves de pétrole de la juridiction du sud. C'est ainsi qu'a commencé la guerre civile Nord-Sud qui dure depuis vingt et un ans. Puis le conflit s'est déplacé au sud, s'enfonçant profondément dans le pays, dans des régions plus humides qui forment les sources du Nil et se trouvent loin de la lutte historique pour l'eau.
Les oléoducs, les stations de pompage, les sources et autres infrastructures principales sont devenues des cibles pour les rebelles du sud qui voulaient un partage de la nouvelle richesse minière du pays, dont une grande partie se trouvait sur des terres qu'ils avaient longtemps occupées. John Garang, chef de l'Armée de libération du peuple soudanais (ALPS), déclara que ces installations étaient des objectifs de guerre légitimes. Pendant un certain temps, les compagnies pétrolières fuirent le conflit, mais dans les années 1990 elles commencèrent à revenir. Les compagnies chinoises et indiennes étaient particulièrement agressives, effectuant une grande partie de leurs forages derrière des périmètres délimités par des monticules de terre et protégés par des troupes contre les attaques des rebelles. C'est un oléoduc chinois vers la mer Rouge qui fut le premier à amener du pétrole soudanais sur le marché international.
Le régime islamiste a utilisé les tensions ethniques, raciales et économiques dans sa stratégie pour réquisitionner la richesse pétrolière du pays. La guerre a provoqué environ deux millions de morts, surtout au sud – essentiellement dues à la famine, lorsque les forces gouvernementales ont refusé l'accès aux camps aux organisations humanitaires. Quatre millions de Soudanais sont sans abri. Le régime a d'abord essayé d'imposer la charia ou la loi islamique au sud majoritairement chrétien et animiste. Khartoum a cependant renoncé à cette exigence selon les termes du Traité de paix signé en janvier dernier. Le sud devait être autorisé à fonctionner selon sa propre loi civile, qui incluait des droits pour les femmes; et dans six ans, les populations du sud pourraient choisir par plébiscite si elles souhaitaient se séparer ou rester au sein d'un Soudan unifié. Les revenus du pétrole, de la plus haute importance, seraient divisés entre Khartoum et le territoire contrôlé par l'ALPS. Selon un accord de partage du pouvoir, le leader de l'ALPS John Garang serait nommé vice-président du Soudan aux côtés du président Omar al-Bashir.
Le Darfour a été exclu de ce traité. Dans un sens, le traité – négocié avec l'aide des Etats-Unis – a été signé au détriment du Darfour, une région desséchée grande comme la France, peu peuplée mais riche en pétrole [...]
Avec la signature du traité en janvier dernier, et la perspective de stabilité pour une grande partie du Soudan dévasté par la guerre, de nouvelles études sismographiques ont été entreprises par les compagnies pétrolières en avril. Ces études ont eu pour effet de doubler les réserves de pétrole estimées au Soudan, les portant à au moins 563 millions de barils. Et cela pourrait être beaucoup plus. Khartoum affirme qu'elles pourraient se monter à cinq milliards de barils. Cela reste dérisoire comparé aux 674 milliards de barils de réserves de pétrole avérées que possèdent les six pays du golfe Persique – l'Arabie saoudite, l'Irak, les Emirats arabes unis, le Koweït, l'Iran et le Qatar. La seule modicité des réserves du Soudan en dit long sur le besoin désespéré des nations industrialisées de s'emparer de ressources de pétrole alternatives.
La course au pétrole cause des ravages au Soudan. Le pétrole rapporte environ un million de dollars par jour à Khartoum, le montant exact que le gouvernement dépense en armes – des hélicoptères et des bombardiers russes, des tanks polonais et chinois, des missiles iraniens. Ainsi, le pétrole alimente le génocide au Darfour à tous les niveaux. C'est dans ce contexte qu'il faut comprendre le Darfour et, avec lui, l'Afrique tout entière. [...]
Le Soudan est aujourd'hui le septième plus grand producteur de pétrole en Afrique après le Nigeria, la Libye, l'Algérie, l'Angola, l'Egypte et la Guinée équatoriale. [...]
Au Soudan, les routes et les ponts construits par les firmes pétrolières ont été utilisés pour attaquer des villages avant cela isolés. La plus grande compagnie pétrolière canadienne, Talisman, est actuellement poursuivie parce qu'elle aurait aidé les forces gouvernementales soudanaises à faire sauter une église et tuer ses chefs religieux pour dégager la région et laisser place aux oléoducs et au forage. Sous la pression publique au Canada, Talisman a vendu ses avoirs au Soudan. Lundin Oil AB, une compagnie suédoise, s'est retirée sous des pressions similaires exercées par des groupes de défense des droits de l'homme. [...]
En juin dernier, après la nouvelle exploration sismographique au Soudan et avec le nouveau traité de paix prévoyant un partage du pouvoir sur le point d'être appliqué, Khartoum et l'ALPS ont signé des accords pétroliers en rafale avec, entre autres, des compagnies chinoises, indiennes, britanniques et malaisiennes.
Cette frénésie permet d'expliquer l'attitude schizophrénique de l'administration Bush à l'égard du Soudan. D'un côté, le secrétaire d'Etat Colin Powell a déclaré en septembre 2004 que son gouvernement avait décidé que ce qui se passait au Darfour était un «génocide» – ce qui semble n'avoir été qu'une déclaration pré-électorale destinée à amadouer les chrétiens conservateurs, qui ont beaucoup de missions en Afrique. De l'autre côté, non seulement le président est resté muet sur le Darfour après son élection, mais son administration a discrètement milité contre le «Darfour Peace and Accountability Act» au Congrès. Ce projet de loi prévoit de renforcer la force de maintien de la paix de l'Union africaine et d'imposer de nouvelles sanctions à Khartoum, y compris déférer des fonctionnaires devant la Cour pénale internationale (que l'administration abhorre). La Maison-Blanche, sapant les efforts du Congrès pour arrêter le génocide, cherche à nouer des relations plus étroites avec Khartoum sous prétexte que le régime» coopère à la guerre contre le terrorisme «. [...]
Au lieu de défendre le Darfour, le président n'a pas pipé mot et a laissé le soin à la secrétaire d'Etat Condoleezza Rice d'expliquer au mieux sa politique d'apaisement avec Khartoum.
Le 8 juillet, le leader de l'ALPS, John Garang, a prêté serment comme vice-président du Soudan devant une foule de six millions de Soudanais exultants. [...]
L'avenir du Soudan n'avait jamais semblé plus radieux. Garang était un dirigeant charismatique et énergique qui souhaitait un Soudan uni. Trois semaines plus tard, Garang a été tué dans un accident d'hélicoptère. Lorsque la nouvelle de sa mort s'est répandue, de violentes émeutes ont éclaté à Khartoum et à Juba, la capitale du Sud-Soudan. Des hommes armés de fusils et de matraques parcouraient les rues, mettant le feu aux voitures et aux immeubles. Cent trente personnes ont été tuées, des milliers blessées.
Aucun acte criminel n'a été découvert dans la mort de Garang à l'heure où j'écris ces lignes. L'hélicoptère s'est écrasé, au milieu de la pluie et du brouillard, sur un terrain montagneux. Cependant les soupçons sont légion. L'ALPS et les membres du gouvernement appellent au calme jusqu'à ce qu'une équipe d'experts internationaux puisse enquêter sur le crash. Ce désastre rappelle de façon bien trop sinistre l'accident d'avion, en 1994, dans lequel a péri le président rwandais Juvenal Habyarimana, qui essayait de mettre en œuvre un accord de partage du pouvoir entre Hutus et Tutsis. Ce crash a déclenché le génocide rwandais.
La signification de la mort de Garang pour le Soudan n'est pas claire. La nouvelle paix était déjà précaire. Son successeur désigné, Salva Kiir Mayardit, semble moins attaché à un Soudan uni.
L'impact potentiel d'une reprise de la guerre n'est nulle part plus menaçant que dans les camps de réfugiés – quatre millions de personnes déplacées, éloignées de leurs maisons pendant la guerre civile Nord-Sud, plusieurs centaines de milliers entassées dans des camps à la lisière de Khartoum ou des ghettos des environs. Plus à l'ouest, au Darfour et au Tchad, vivent encore 2,5 millions de personnes déplacées dans la précarité de camps de fortune, dans des abris bricolés avec du plastique et des bâtons, les Janjaweed les empêchent de retourner dans leurs villages et ils dépendent entièrement de l'aide extérieure.
*David Morse est un journaliste américain indépendant et un analyste politique dont les articles et les essais sont parus dans «Dissent», «Esquire», «Friends Journal», «The Nation», «The New York Times Magazine», «The Progressive Populist», «Salon», etc. Son roman «The Iron Bridge» (Harcourt Brace, 1998) prédisait une série de guerres du pétrole dans les vingt premières années du XXIe siècle

Septembre 2005


Le Soudan et le PNUD lancent le projet des OMD

Angola-presse, 6 septembre 2005

Khartoum, Soudan, 06/09 - Le gouvernement de Khartoum et le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) ont lancé, dimanche, un programme conjoint contre la faim, les maladies, l`analphabétisme et les autres obstacles au développement auxquels le Soudan est confronté.
" Nous avons le plaisir d`annoncer la mise en oeuvre de ces projets de développement à la suite de la signature de l`accord de paix qui va nous mener à un Etat-providence", a déclaré le président Omar Hassan El Beshir à l`occasion du lancement d`un rapport mixte rédigé par le ministère soudanais de la Coopération internationale et le PNUD, en soulignant les mesures prises pour la réalisation des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD).
Le gouvernement de Khartoum et l`Armée/Mouvement de libération du Soudan (SPLA/M) basé dans le Sud, ont signé un accord de paix majeur en janvier pour mettre fin à deux décennies d`une guerre civile qui a fait plus de deux millions de victimes, mais le pays est toujours en proie à des conflits ethniques dans la région de l`Ouest du Darfour et à l`Est.
Lors de la cérémonie de dimanche, à laquelle ont assisté des responsables du gouvernement et du SPLA/M, M. Beshir a déclaré que le Soudan pouvait désormais consacrer ses ressources à l`amélioration de ses conditions économiques et sociales, en mettant l`accent sur la lutte contre la pauvreté.

Septembre 2005


Le Soudan à l’aube d’un retour en arrière

Quebec-alternatives-2 septembre 2005

par : Catherine PAPPAS

Le 30 juillet, la mort « accidentelle » de John Garang, leader emblématique du Soudan-Sud, moins d’un mois après son investiture comme vice-président du Soudan, plonge le pays dans une période de violents affrontements intercommunautaires qui opposent les populations négro-africaines aux Arabes. Et voilà que l’angoisse de la reprise de l’une des plus longues guerres civiles de notre époque ressurgit.
Quelques jours après la mort du chef sudiste, nous avons reçu cette lettre d’une amie soudanaise, Gihan, décrivant l’atmosphère régnant au lendemain des émeutes qui ont éclaté dans la capitale :
« Jusqu’ici, Khartoum, siège du pouvoir central, avait réussi à commander une guerre à distance, demeurant ainsi à l’écart des affrontements armés qui avaient déchiré le Sud. Au fi l des ans, l’arrivée massive des déplacés de la guerre avait bouleversé les données démographiques de la capitale et créé une fragile, mais tolérante, mosaïque ethnique et religieuse, où églises et mosquées cohabitaient presque sans heurts. Comme un microcosme, mêlant urbains et ruraux, Africains et Arabes, villas et bidonvilles, Khartoum refl était la diversité et les contrastes du pays, le plus vaste du continent. Outre quelques groupes qui en tiraient profi t, les Soudanais, toutes ethnies confondues, souhaitaient la fi n de cette guerre commencée à la veille de l’Indépendance. »

De bien fragiles espoirs
C’est le 9 janvier dernier, à Nairobi, capitale du Kenya, que le gouvernement de Khartoum et le Mouvement populaire pour la libération du Soudan (MPLS - ex-rebelles sudistes) ont signé des accords de paix historiques mettant fi n à la guerre civile qui oppose le Nord arabo-musulman au Sud chrétien animiste.
Six mois plus tard, la mise sur pied du gouvernement intérimaire d’unité nationale et d’un gouvernement du Soudan-Sud a marqué le début d’une période de transition de six ans, à l’issue de laquelle les sudistes doivent choisir par référendum entre l’unité ou l’indépendance. Première pierre de l’édifi cation politique du nouveau Soudan, une Constitution établit les modalités de partage des richesses entre les deux régions, la nature des rapports entre la religion et l’État, le principe de la diversité ethnique du pays et le droit à l’autodétermination des populations du Sud, afi n de briser une longue tradition de domination du Nord. L’entente accorde également au chef sudiste la vice-présidence du Soudan et un droit de veto sur les décisions de l’actuel chef d’État, Omar Hassan Al-Bashir.
Mais les incidents qui ont suivi la mort de John Garang révèlent à la fois la fragilité du processus de paix et les faiblesses de ce projet unifi cateur. Selon plusieurs analystes, les confl its qui traversent le Soudan depuis si longtemps, la politique de division pratiquée par l’administration coloniale britannique et la répression par les régimes dictatoriaux qui se sont succédés après l’Indépendance sont autant de facteurs qui expliquent le désordre permanent dans lequel le pays est enfoncé. La démocratisation, la reconstruction et la réconciliation des diverses communautés semblent lointaines. D’autant plus que l’exploitation des ressources du pétrole a littéralement jeté de l’huile sur le feu, puisqu’elle engendre des revenus immenses que les diverses élites, principalement celle qui contrôle le gouvernement de Khartoum, veulent monopoliser.
En l’absence d’un projet alternatif à cette crise politique, la mort du principal architecte du processus de paix risque de plonger le pays dans une nouvelle période d’incertitude et d’instabilité. Unique signataire de l’accord de paix au nom du Soudan-Sud, Garang, issu de la tribu Dinka de Bor, la plus in- Les confl its qui traversent le Soudan depuis si longtemps, la politique de division pratiquée par l’administration coloniale britannique et la répression par les régimes dictatoriaux qui se sont succédés après l’Indépendance sont autant de facteurs qui expliquent le désordre permanent dans lequel le pays est enfoncé. fl uente de la région, ne faisait pas l’unanimité parmi la trentaine de mouvements politiques et armés du Sud, qui contestaient sa représentativité. Mais il était l’un des seuls à promouvoir l’unité nationale au sein d’une fédération. Visionnaire, il réclamait l’égalité de tous les citoyens - Arabes et Africains, musulmans, chrétiens et animistes - dans un Soudan unifié.
Cette nouvelle embûche à la paix aura inévitablement des répercussions sur les laissés-pour-compte des accords de Nairobi : les victimes de la guérilla de la province du Darfour où perdure, depuis 2003, un confl it meurtrier, alors que les deux principaux mouvements rebelles de l’Est du pays menacent de reprendre la lutte armée.
Car les crises que traverse actuellement le Soudan ne se résument pas à la lutte Nord- Sud ni à une opposition Arabes contre Africains, comme il est trop souvent écrit. Elles opposent davantage un centre à ses périphéries où vivent des populations qui ont été longtemps marginalisées par les régimes successifs.

Septembre 2005


L'Union africaine suspend le déploiement de troupes au Darfour

Le Nouvel Observateur, 2 septembre 2005

ADDIS ABABA, Ethiopie (AP) -- L'Union africaine a suspendu le déploiement de soldats de maintien de la paix au Darfour, dans l'ouest du Soudan, pour près de trois semaines en raison d'une pénurie de carburant et de pluies torrentielles, a-t-on appris vendredi de source officielle.
L'organisation prévoyait de renforcer la mission de maintien de la paix avec le déploiement de plus de 7.000 soldats et policiers avant la fin du mois de septembre. Mais après la suspension du programme, qui doit reprendre le 19 septembre, ce déploiement ne sera pas achevé avant le 22 octobre, selon un communiqué de l'ambassadeur Ki Doulaye Corentin, chef de la Darfur Integrated Taskforce (DITF).
Environ 5.500 soldats, observateurs militaires et policiers sont actuellement déployés au Darfour pour superviser le cessez-le-feu. La pénurie de carburant est due à la fermeture pour réparation de la principale raffinerie de Khartoum. Par ailleurs, des pluies torrentielles s'abattent sur la région, rendant les routes impraticables et empêchant la construction de casernes.
Le conflit du Darfour a débuté en février 2003. Les rebelles avaient alors pris les armes pour lutter contre la discrimination pratiquée à l'encontre des tribus africaines par le pouvoir arabe de Khartoum. Le régime est accusé d'avoir lancé les milices arabes, les janjawid, contre les populations civiles, pillant, violant, massacrant et brûlant. Au moins 180.000 personnes sont mortes depuis le début du conflit. AP

Septembre 2005


Deux ans et demi de guerre civile

Libération, 1er septembre 2005

La guerre civile au Darfour a éclaté en février 2003 lorsqu'un groupe rebelle, le Mouvement de libération du Soudan (MLS), a pris les armes contre le pouvoir central de Khartoum, reprochant au gouvernement de marginaliser cette région grande comme la France et peuplée de 7 millions d'habitants. Le MLS a rapidement été rejoint par le Mouvement pour la justice et l'égalité (MJE), une formation d'obédience islamiste, proche de l'opposant Hassan al-Tourabi. La réaction gouvernementale a été terrible, Khartoum n'hésitant pas à armer des milices arabes, les Jenjawids. La guerre a pris un tour ethnique, Arabes contre Africains, toute la population du Darfour étant musulmane. Mais si on peut parler de «nettoyage ethnique» et de «crimes contre l'humanité», la thèse d'un génocide au Darfour, défendue par Washington, est beaucoup plus contestée. Ce conflit a causé de 180 000 à plus de 300 000 morts, selon les estimations, et a entraîné le déplacement de 2,3 millions d'habitants, dont 200 000 réfugiés au Tchad voisin.

 

Septembre 2005


Août 2005

Le Monde
13 août 2005
Salva Kiir, nommé vice-président du Soudan, s’engage à poursuivre le processus de réconciliation
Le Monde
09 août 2005
Le Chef de l’ex-rébellion soudanaise, John Garang, a été inhumé à Juba
Le Monde
09 août 2005
Le temps presse pour le processus de paix nord-sud
Salva Kiir devra prouver sa capacité à assumer le traité conclu par John Garang à Khartoum
Le Monde
09 août 2005
Profil de Salva Kiir, le successeur
Le Figaro
08 août 2005
Le chef du mouvement sudiste a été enterré samedi
L’avenir opaque du Soudan après Garang
Le Figaro
04 août 2005
L’ONU et les Etats-Unis multiplient les appels en faveur de la paix au Soudan
Le Monde
03 août 2005
Disparition John Garang - Ex-chef de la rébellion du Sud du Soudan devenu vice-président soudanais
La Croix
03 août 2005
Le Soudan aura du mal à oublier John Garang
Libération
02 août 2005
L'ancien chef rebelle du Sud devenu vice-président s'est tué en hélicoptère.
La mort de John Garang fragilise la paix au Soudan

Le figaro
02 août 2005

La mort de Garang Hypothèque la paix
Le leader charismatique de la rébellion sud-soudanaise symbolisait la réconciliation
Le Monde
02 août 2005
Des émeutes éclatent à Khartoum après la mort du vice-président et ex-chef rebelle John Garang
Le figaro
02 août 2005
Le Chef rebelle devenu Vice-président
Début de page

Salva Kiir, nommé vice-président du Soudan, s’engage à poursuivre le processus de réconciliation

Le Monde, 13 août 2005 ( Jean-Philippe Rémy)

La prestation de serment du successeur de John Garang a eu lieu sans faste jeudi à Khartoum.
La capitale soudanaise reste marquée par les violences qui ont suivi la mort du chef sudiste.

Dans le jour finissant, Salva Kiir est entré discrètement dans Khartoum, pour la première fois depuis vingt-deux ans. Dès le lendemain matin,j jeudi 11 août, le nouveau chef de l’ex-rébellion du Sud du Soudan depuis le décès, le 30 juillet, dans un accident d’hélicoptère, de John Garang, son leader historique, a prêté serment au palais présidentiel devenant le vice-président du pays.
La cérémonie a été réduite à sa plus simple expression. Les troubles déclenchées par l’annonce de John Garang, le 1er août ont fait officiellement 130 morts dans le pays, douchant les espoirs de voir s’instaurer rapidement la paix.
En prêtant serment, Salva Kiir s’est engagé à « préserver l’unité et la souveraineté du Soudan dans son système décentralisé », tout en avertissant que l’accord qui a mis fin à la guerre et instauré une période de transition de six ans au terme de laquelle les Soudanais du Sud pourrait décider, par référendum, s’ils souhaitent faire sécession d’avec le Nord, « n’est pas un lit de roses ».
En témoignent les rues de Khartoum où, pour la seconde journée consécutive, des soldats, portant pour certains le casque lourd, sont restés alignés sur la plupart des grands axes.
La liesse débridée qui avait accompagnée l’arrivée de John Garang, un mois plus tôt, n’est plus de mise. Les traces des violences récentes ont pratiquement été effacées avant la prestation de serment de Salva Kiir, mais imprègnent encore les esprits.
Circulant en ville dans son véhicule tout-terrain, Mudawi Al-Turabi, responsable d’un des principaux partis politiques du Nord, le Parti démocratique unioniste (PDU) plonge sa main dans sa boite à gants et en sort un pistolet 9 mm chromé flambant neuf. « C’est bien la première fois de ma vie que je me sens obligé de porter une arme à Khartoum, soupire-t-il. J’ai aussi installé un AK (fusil d’assaut [fusil d’assaut kalachnikow] sur la terrasse de la maison, pour que ma femme puisse se défendre si je ne suis pas là ».
De fait, Khartoum regorge d’armes et, dans de nombreux quartiers de la ville, les nordistes se sont organisés en milices. « Avec la levée de l’état d’urgence, certains sudistes se sont peut-être dit que Khartoum était une ville où tout était possible. Mais la défense des quartiers a été organisée par des civils et le message est passé. Il y a eu des morts, c’est regrettable, mais maintenant, on peut s’asseoir autour d’une table et parler », conclut Mudawi Al-Turabi.
Du côté de l’ex-rébellion comme du Parti du congrès national (NCP) du président Omar Al-Bachir, la volonté de calmer les esprits est manifeste. Mais le chemin à parcourir pour apaiser le Soudan est long. En prêtant serment Salva Kiir a promis de « créer une atmosphère » pour rendre l’union avec le Nord « attirante » pour les sudistes.
Une ambition qui fait grincer Ghazi Salahuddin Atabani. L’ancien conseiller pour les négociations de paix du président Al-Bachir, désormais à la tête d’un centre d’analyse politique, s’interroge : « Cinquante and après l’indépendance, on se demande encore comment faire pour rendre le Nord attractif pour les sudistes ? Tout est déséquilibré, dans cette conception. On ne demande pas leur avis aux populations du Nord, que cela concerne portant ».
Après la prestation de serment, un gouvernement d’union nationale doit être rapidement constitué. Puis le gouvernement de la région du Sud devra être nommé à son tour, pour que l’argent du pétrole comme à lui être versé. Ainsi prendront vie les institutions de transition. Mais les sudistes sont déchirés ^par de graves dissensions. Des milices et des factions pro gouvernementales n’ont pas encore fait la paix avec l’ex-rébellion. Aldo Deng, important chef traditionnel pro gouvernemental de l’ethnie Dinka (celle de John Garand et de Salva Kiir) pour la région d’Aweil, se dit favorable au nouveau premier vice-président : « Je le connais depuis des années et je sais qu’avec lui, bien plus qu’avec John Garang, nous allons pouvoir faire la paix avec tous nos frères du Sud ».
Dans l’immédiat, le Soudan tente de sortir de son isolement et de profiter d’une embellie économique portée par la production du pétrole. Mudawi Al-Turabi explique « Nous étudions le système mis en place par les Sud-Africains pour intégrer les Noirs dans l’économie. Il nous faut créer une classe moyenne de gens du Sud dans ce pays ».

Août 2005


 

 

Août 2005


Le Chef de l’ex-rébellion soudanaise, John Garang, a été inhumé à Juba

Le Monde 9 août 2005, Jean Philippe Rémy

Le dirigeant sudiste, tué le 30 juillet dans un accident d’hélicoptère, a reçu l’hommage de ses compagnons d’armes et de ses anciens ennemis du gouvernement de Khartoum dans la « capitale » du Sud qu’il n’avait jamais pu prendre au cours de vingt et une année de guerre.

Juba (Sud du Soudan) de notre envoyé spécial
Chantant, pleurant, criant sa douleur, une foule court en cadence, poing levé, pour accompagner un homme jusqu’à sa tombe. Trempés par des ruisseaux de larmes et de sueur, au rythme de leur pas, combien sont-ils à être venus jusqu’à Juba, la ville principale du Sud du Soudan, dire adieu à John Garang, le chef de la rébellion sudiste, tué dans un accident d’hélicoptère une semaine plus tôt ? Nul ne le sait, et nul ne s’en préoccupe. Samedi 6 août, l’heure n’est pas au compte mais à l’effusion brutale.
Dans cette ville de dénuement où le peu de circulation se fait sur deux roues, des motos se frayent un chemin aux abords du cortège étiré sur plusieurs kilomètres, arborant des drapeaux noirs qui claquent dans le vent de la course. Les rues, entre la cathédrale protestante où vient d’être rendu un dernier hommage « officiel » à John Garang et le mausolée où il doit être mis en terre par les siens, sont aussi bondés de soldats de deux armées, celle de la rébellion du Sud et celle du gouvernement du Nord, qui viennent seulement de cesser de se faire la guerre.
Les irréductibles ennemis de la veille se côtoient pour la première fois et, doigt sur la gâchette veille à la « sécurité » générale en se jetant des regards durs. En janvier, John Garang avait signé un accord de paix historique avec le gouvernement soudanais. Il avait été investi, le 9 juillet premier vice-président du pays.
John Garang de Mabior a reçu les derniers hommages officiels en présence de nombreuses délégations, de dignitaires de Khartoum et de représentants des Eglises qui ont soutenu la rébellion pendant des années. La veuve du chef de l’Armée /Mouvement de libération des peuples du Soudan (SPLA/M), ses enfants, des responsables religieux, le président soudanais Omar Al-Bachir, précédé par des centaines d’hommes des forces spéciales, le nouveau chef de l’ex-rébellion, Salva Kiir, tous ont appelé à la poursuite du processus de paix et à « l’unité » du pays.

Statut d’exception
La paix toute neuve, en effet semble bien fragile. Pour mettre leur chef en terre, les troupes de la SPLA ont fait, l’avant-veille, leur première entrée dans Juba, défendue jusqu’ici par u ne garnison de 40.000 hommes de l’armée de Khartoum. L’étrangeté explosive de la situation n’a échappée à personne.
Juba, principale ville du Sud du Soudan, est aussi la seule, tout au long de vingt et une année de guerre, à n’être jamais tombée même brièvement, aux mains des rebelles de John Garang, dont les offensives se sont toujours brisées sur les défenses de cette enclave gouvernementale en plein Sud.
Juba a subi dans sa chair ce statut d’exception. Transformée en garnison surarmée pendant deux décennies, ravitaillée par un pont aérien ou par le Nil, la ville a longtemps vécu dans l’atmosphère confinée d’une sorte de prison pour Sudistes, où tout se détériorait peu à peu.
John Garang y repose finalement après avoir été, pendant trois semaines, premier vice-président du Soudan, numéro deux d’un régime qui avait été son ennemi pendant deux décennies. La ville, selon son vœu et les dispositions de cet accord, doit devenir la capitale de la région autonome du Sud pour une durée de six ans.
Sans se laisser distancer par le cercueil du défunt leader de la rébellion, placé sur le plateau d’un camion, Raymond Ton, 21 ans, qui a déjà marché deux jours depuis Yei, une autre ville du Sud, pour participer à ce dernier hommage, regarde les maisons délabrées, les jardins envahis par les herbes et s’étonne : « John Garang a passé vingt et un ans dans la brousse et vingt et un jours dans un palais présidentiel. Je vois Juba pour la première fois, et je me demande comment cela va pouvoir devenir notre capitale. Cette ville est complètement abîmée ».
Non loin du mausolée en forme d’étoile que des dizaines de volontaires ont tenté d’édifier, vaille que vaille, en trois jours, et qui inachevé, dresse vers le ciel des poutrelles attendant encore une couche de peinture, des monceaux de douilles d’obus rouillent dans les herbes.
Alors que la chaleur lourde de la fin d’après midi semble brouiller jusqu’aux sons, le cercueil de John Garang est descendu dans la petite crypte au béton encore humide. Quelques instants après la fin de la cérémonie, la pluie se met à tomber. La foule d’égaye sous les trombes d’eau, et Juba peut retourner à ses tourments.
L’annonce de la mort de John Garang, le 1er août , avait enflammé la vile. Moses Modi, ce jour-là n’a pas hésité. Dès le matin, l’étudiant a fait partie de ceux qui ont attaqué les « Arabes », dénomination générale, au Sud, des Nordistes. Deux marchés de la ville, dont les magasins et les échoppes étaient surtout tenus par des « Arabes » ont été pillés, puis réduits en cendres qui ont fumé pendant trois jours.

« Ces gens sont nos ennemis »
« Quand les gens de Juba ont entendu la nouvelle de la mort de leur héros, ils ont eu leur cœur brisé. A Juba, on attendait l’arrivée de John Garang depuis le début de la guerre, en 1972. Tout le monde a pensé qu’il avait été tué par le gouvernement et nous nous sommes attaqués, par vengeance, à ses complices, les Arabes », raconte-t-il. Dix-huit personnes ont été tuées. Les Nordistes de la ville, depuis ont été évacués vers Khartoum par des avions spéciaux du gouvernement.
Assis devant une minuscule échoppe tenue par un ami « sudiste », Peter Bernaba hausse les épaule et commente : « Depuis l’indépendance, il y a cinquante ans, on a toujours vécu sous le règne de la torture à Juba, nous les Sudistes. Cette blessure est là pour longtemps. Ces gens sont nos ennemis, avec ou sans accord de paix ».
En conclusion, il renouvelle ce souhait, ressassé à chaque coin de rue en ville : « Nous ne demandons qu’une chose : que le Sud fasse sécession. C’est seulement quand nous serons séparés des gens du Nord que nous pourrons devenir de bons voisins ».

Août 2005


Le temps presse pour le processus de paix nord-sud
Salva Kiir devra prouver sa capacité à assumer le traité conclu par John Garang à Khartoum

Le Monde, 9 août 2005, Jean-Philippe Rémy

Une chose fait cruellement défaut à Salva Kiir : le temps. A peine désigné comme successeur de John Garang, chef de guerre sudiste tué le 30 juillet dans un accident d’hélicoptère, le général rebelle est venu s’installer, samedi 7 août, à Juba, dans le Sud du Soudan.
La ville doit devenir la capitale de la partie méridionale du pays, érigée en région autonome à la suite d’un accord de paix historique signé en janvier par John Garang. Mais il sera impossible à Salva Kiir de s’y arrêter longtemps. Pour ne pas abandonner un instant le processus de paix signé en janvier par John Garang après vingt et une années de guerre, Salva Kiir devra rejoindre Khartoum dans les plus brefs délais, afin d’y prêter serment et devenir premier vice-président, numéro deux du régime.
Cette cérémonie n’est que le prélude à une série d’étapes successives qui, toutes semblent urgentes. Un gouvernement d’unité nationale doit être constitué ; côte à côte, l’ex-rébellion et le pouvoir de Khartoum doivent aussi travailler à la mise en application de l’accord de paix global dans ses multiples facettes.
Le temps presse car la mort de John Garang a déjà montré les risques de dérapage. La colère des Sudistes, à l’annonce de sa disparition, a aussitôt dégénéré en émeutes dirigées contre les Nordistes en plusieurs points du pays, faisant officiellement plus de 300 morts, essentiellement à Khartoum.
Or l’une des difficultés de fond du processus tient à la manière dont les négociations ont été menées au Kenya. Sur la fin, lors des ultimes étapes, cruciales, les discussions ont eu lieu presque constamment en tête à tête entre John Garang et le vice-président soudanais de l’époque, Ali Osmane Taha. L’entente entre les deux hommes, inattendue, avait été complète, au point de leur permettre d’imposer à leurs camps respectifs des concessions difficilement envisageables a priori, avec comme effet secondaire de donner naissance à un accord fait « sur mesures » pour John Garang et sa manière d’envisager l’avenir du Soudan. Comment, à présent, Salva Kiir va-t-il parvenir à se glisser dans ce costume qui n’a pas été taillé pour lui.
L’autre difficulté tient à la personnalité même du nouveau leader sudiste. Après John Garang, paradoxe vivant, qui dirigeait la rébellion comme sa propriété personnelle mais était, dans le même temps porteur d’une vision puissante pour l’ensemble du Soudan, qu’il entendait réformer complètement, Salva Kiir représente, lui, la revendication sudiste.

Crises potentielles
John Garang nourrissait des aspirations nationales, songeant de toute évidence à devenir un jour, envers et contre tout, le premier président sudiste soudanais. Son arrivée à Khartoum, en août, l’avait sans doute conforté dans cette idée. « Il avait commencé à bénéficier d’une popularité étonnante parmi une partie de l’élite nordiste, des universitaires aux syndicalistes », note une source diplomatique. Le temps a manqué pour savoir s’il lui aurait été possible de capitaliser sur ce début de mutation de chef de guerre en chef de parti politique susceptible de diriger demain le pays.
A l’inverse, Salva Kiir incarne à la perfection les aspirations profondes des Sudistes. Ces derniers, dans leur écrasante majorité, aspirent à la sécession. Si John Garang avait commencé à avoir son aura nationale et sa popularité s’étendre jusqu’au Nord, la personnalité de Salva Kiir semble le préparer à l’opposé. Cela au demeurant, ne présente pas que des inconvénients.
Alors que John Garang, chef historique de la rébellion n’avait conservé sa mainmise sur celle-ci qu’en y faisant régner une discipline de fer qui avait même à deux doigts de broyer Salva Kiir, en novembre 2004, coupable d’avoir pris la tête d’une fronde, ce dernier de son côté, bénéfice d’une véritable popularité parmi les siens.
L’observation vaut aussi pour sa réputation dans le Sud. Salva Kiir devrait se trouver bien mieux placé que John Garang pour être en mesure de régler les conflits Sud-Sud, qui menacent de dégénérer en affrontements.
Dans l’immédiat, deux crises potentielles menacent déjà l’accord de paix. A Abyei, dans la zone intermédiaire entre Nord et Sud, la délimitation des frontières, en cours, suscite une montée des tensions. A Bentiu, dans la zone pétrolifère, des tensions sont également apparues entre les troupes de la SPLA et des milices sudistes.
Deux tests qui vont demander l’intervention, dans les brefs délais, du nouveau premier vice-président soudanais.


Août 2005


Profil de Salva Kiir, le successeur

Le Monde 9 août 2005, Jean-Philippe Rémy

Il était rare de l’apercevoir sans son chapeau de brousse. Une façon pour le général Salva Kiir Mayardit de rappeler l’origine de ses galons, conquis sur les fronts de la guerre entre le Nord et le Sud du Soudan. Le vétéran a vu son destin s’accélérer lorsque après la mort de John Garang il a été désigné, le 1er août, pour lui succéder à la tête de l’ex-rébellion sudiste.
Agé d’une cinquantaine d’années, Salva Kiir est, comme John Garang, membre de l’ethnie Dinka. De grande taille, portant une barbe florissante et des scarifications sur le front, il a été militaire et numéro deux, jusqu’à la mort de John Garang, de l’Armée/Mouvement de libération des peuples du Soudan (SPLA/M). Il a toujours semblé écrasé par l’ombre de son chef. Cela dissimulait son influence, réelle, sur l’aile militaire de la rébellion.
Salva Kiir incarne l’élan des origines de la SPLA. Il prend les armes dès les années 1960, au sein de la première rébellion sudiste, Anyanya. Lorsque les accords d’Addis Abeba sont signés entre le pouvoir et les chefs de l’Anyanya, il fait partie des guérilleros intégrés dans l’armée soudanaise. En 1983, quant la guerre reprend, avec la formation de la SPLA, Salva Kiir fait partie des pères fondateurs de la rébellion. Il s’y taille une réputation d’homme d’action. Anthony Kpandu, qui a passé des années à ses côtés en brousse et vient de devenir son directeur de cabinet se souvient d’un « chef ». « Il était merveilleux. Il nous a menés vers de grandes victoires, dans les situations les plus difficiles, notamment dans le Nil bleu du Sud ». Cette région a été le théâtre de combats très durs.
Grâce à son influence et à sa popularité auprès des responsables du Sud, Salva Kiir a également remporté d’autres victoires. Il est parvenu à discipliner, dans les années 1990, le Bahr el-Ghazal alors que cette région échappait de plus en plus à John Garang en raison des dissensions internes. Il a fait ses armes de négociateur en menant l délégation de la SPLA dans le cycle de pourparlers qui ont conduit à la signature du protocole de Machakos, au Kenya, en 2002. Ce texte jetait les bases du futur accord de paix et, surtout, fixait les règles de l’accès à l’indépendance du Sud, qui sera soumis par référendum à sa population après six ans de transition.
Cela sera-t-il suffisant pour tenir, face aux pièges qui l’attendent à Khartoum, lorsqu’il aura prêté serment en tant que vice-président ? Peut-être Salva Kiir, libéré de l’ombre de son chef tutélaire, se révélera-t-il alors.

Août 2005


Le chef du mouvement sudiste a été enterré samedi
L’avenir opaque du Soudan après Garang

Le Figaro, 8 août 2005, Pierre Prier

Plus de dix mille personnes ont porté en terre le corps du dirigeant sudiste John Garang, samedi, à Juba, la nouvelle capitale du Sud. Sur le cercueil de Garang, mort il y a une semaine dans le crash d’un hélicoptère appartenant au président ougandais Yoweri Museveni, le président soudanais Omar el-Béchir, a promis au successeur de Garang, Salva Kiir, « d’appliquer à la lettre » l’accord de paix signé en janvier à Nairobi et qui avait mis fin à vingt ans de guerre civile entre le Nord arabe et le Sud négro-africain.
En vertu de cet accord, Garang, chef militaire et politique du SPLA/M (Armée/Mouvement de libération du Soudan), était devenu à la fois le chef de la nouvelle région autonome du Sud Soudan et le premier vice-président du Soudan, le ays le plus vaste du continent africain.
Plusieurs chefs d’Etat africains étaient présents, mais pas celui de l’Ouganda, pourtant impliqué dans le conflit et sa résolution. Yoweri Museveni avait préféré rouler la veille plus de mille kilomètres en voiture pour saluer le corps de Garang, alors exposé dans la ville sudiste de Yei. Il avait jeté le trouble en « n’excluant aucune hypothèse » pour expliquer le crash de son propre hélicoptère. Ces remarques ont provoqué la colère du gouvernement soudanais, qui craint de voir alimenter les rumeurs de sabotage de l’appareil, causes d’émeutes sanglantes à Khartoum et dans d’autres villes.
Museveni ne pouvait sans doute pas anticiper sur les résultats de l’enquête qu’il a ordonnée en Ouganda, mais ses déclarations ont renforcé le malaise. Sur la tombe de John Garang, le président soudanais Omaq el-Béchir a pour sa part promis la transparence sur les raisons du crash. Une enquête internationale indépendante est en cours.
Mais sans attendre ces conclusions, les Soudanais d’interrogent sur l’avenir d’une paix fragile. John Garang enterré les ennuis commencent : comment remplace un homme qui était pratiquement le seul de son mouvement à s’être reconverti de chef politique en chef militaire ? Son successeur, à qui l’on prête au mieux un rôle de coordinateur, saura-t-il comment traiter avec les milices arabes pro-gouvernementales qui ravageaient les villages noirs ?
A la veille de son entrée à Khartoum, Garang avait échoué. Salva Kiir saura-t-il gérer le Sud Soudan, désormais semi-autonome qui doit recevoir la moitié des revenus pétroliers, soit environ 2,5 milliards de dollars au cours actuel ? Le Soudan attend en outre de voir se déverser les milliards promis par les donateurs américains et européens. Or, les cadres manquent cruellement, et les chefs locaux du SPLA se sont jusqu’ici signalés par leurs talents de prédateurs que par leurs qualités d’administrateurs.
La disparition de Garang obère encore plus l’issue de la période d’autonomie. Dans six ans, les sudistes devront choisir par référendum entre l’indépendance ou l’unité. Garang doté d’une vraie vision politique, était unioniste. Mais nombre de responsables du SPLA et beaucoup de jeunes sudistes qui n’ont connu que la guerre rêvent maintenant d’indépendance. Ilsq y sont encouragés par l’attitude ambiguë des parrains occidentaux du processus de paix, qui vont subventionner un Sud doté d’ores et déjà de son propre drapeau, de son armée, d’une justice indépendante et de son propre système bancaire.
Au Nord également, le débat sur l’indépendance couve. Certains, parmi lesquels des membres de la famille du pr&