Le Soudan dans la Presse

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2005

1er semestre

Janvier
Février
Mars
Avril
Mai
Juin

2ème semestre


Juin 2005
 
Le-messager Douala
3 juin 2005
Pénurie alimentaire au Soudan, le Darfour suspendu à l’aide extérieure 
Canada-news
2005-06-02
Des renforts au Darfour
L’Humanité
2 juin 2005
Un responsable du Programme alimentaire mondial tire la sonnette d’alarme
IRIN
1er juin 2005
Arrestation de deux responsables de MSF au Darfour (Soudan)
Libération 
01 juin 2005
Le Soudan attaque des membres de MSF
 Nations Unies 
01 juin 2005
Activités du Secrétaire général au Soudan du 19 au 27 mai 2005 

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Pénurie alimentaire au Soudan, le Darfour suspendu à l’aide extérieure
 
(Le-messager Douala, 3 juin 2005)

Selon un récent communiqué du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), les stocks de vivres diminuent dangereusement au Darfour et des millions de personnes dépendent maintenant de l’aide alimentaire. Cette saison, les agriculteurs auront de grandes difficultés à ensemencer leurs champs. La saison dernière, moins de 30 % des terres arables ont été cultivées et cette situation devrait encore s’aggraver. Si les paysans ne peuvent pas cultiver leurs terres, la région souffrira de pénuries alimentaires chroniques. Une récolte réduite à la fin de l’année signifiera qu’au Darfour, un nombre croissant de personnes ne survivra que par l’aide humanitaire pour au moins 18 mois encore.
Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) répond aux besoins découlant de la crise en augmentant son aide alimentaire pour le reste de l’année. 320 000 personnes bénéficieront chaque mois de cette assistance, ce qui représente un total d’environ 30 000 tonnes à distribuer entre mai et novembre ; une augmentation globale de quelque 10 000 tonnes. De plus, dans l’espoir de stimuler l’agriculture en vue de la prochaine saison des semailles, le CICR distribue des semences de base et des outils agricoles à 20 000 familles et va bientôt commencer la distribution d’outils et de semences pour cultures commerciales à 30 000 autres familles.
Par ces distributions de vivres, le CICR cherche à éviter que les populations continuent de s’exiler vers les centres urbains, afin de ne pas aggraver la crise au Darfour où, à l’instar de l’agriculture, le commerce de marchandises et de bétail a diminué radicalement. Les routes commerciales restent bloquées du fait des hostilités. L’accès aux pâturages doit être rétabli afin de prévenir de plus graves pertes de bétail. Le CICR s’emploie donc à améliorer d’importants points d’eau pour les bergers et les nomades et assure la formation de quelque 250 responsables de la santé des animaux au niveau communautaire. 
 

Juin 2005


Des renforts au Darfour
Canada-news-2005-06-02
 

Quelque 5000 hommes supplémentaires seront déployés cet été au Darfour, dans l'ouest du Soudan, dans le cadre de la Mission de l'Union africaine (UA). 
« J'espère que certains pourront commencer à venir ce mois-ci et [les autres] arriveront durant l'été. Mais, au bout du compte, c'est à l'Union africaine de décider », a déclaré le vice-secrétaire d'État américain, Robert Zoellick, de passage à Kigali, au Rwanda.
Il a fait savoir que le Rwanda et le Nigéria fourniraient des soldats. Le Sénégal et l'Afrique du Sud devraient eux aussi être parmi les pays contributeurs. De leur côté, les États-Unis fourniront les avions pour acheminer les troupes.
 « Les forces de l'UA sont à même d'arrêter les violences entre les milices et les rebelles là où elles sont présentes, a déclaré le responsable américain. Le problème est qu'il n'y a pas assez de personnel de maintien de la paix sur le terrain ». 
L'Union africaine a décidé, en avril, d'augmenter ses troupes, actuellement constituées de 2400 personnes. La mission passerait à 7700 hommes, soit 5500 soldats, 1600 policiers et 700 observateurs militaires.
Le gouvernement soudanais s'oppose à tout renforcement de la mission de l'UA.
 

Juin 2005


Un responsable du Programme alimentaire mondial tire la sonnette d’alarme
« Nos besoins ne sont couverts qu’à 25 % »
L’Humanité, 2 juin 2005, Damien Roustel

La situation alimentaire au Soudan est critique alors qu’une famine s’abat dans le sud du pays, plongé dans l’ombre du Darfour. De passage à Paris, Jean-Jacques Graisse, directeur exécutif adjoint du programme alimentaire mondial (PAM), une des plus importantes agences onusiennes, a dressé un tableau accablant. « À ce jour, les besoins du PAM dans le sud et l’est du pays ne sont couverts qu’à 25 % », a-t-il déclaré à la presse à l’issue d’un entretien avec Renaud Muselier, secrétaire - d’État aux Affaires étrangères. Le PAM a besoin cette année de 302 millions de dollars pour nourrir 3,2 millions de personnes dans ces deux zones. Il n’a pour l’instant réuni que 78 millions. Il manque encore plus de 200 millions de dollars à trouver avant la fin de l’année. Au total six millions de personnes ont besoin d’une aide alimentaire au Soudan, dont 2,5 millions au Darfour. « Pour l’instant, nous avons de quoi nourrir les populations du Darfour pour les mois à venir. Mais nous devons prévoir une assistance alimentaire au moins jusqu’à l’automne 2006, à cause des mauvaises récoltes », a-t-il indiqué. De son côté, la Croix-Rouge internationale a prévenu que les stocks de vivres diminuaient dangereusement au Darfour.
Le responsable du PAM s’est surtout ému de l’oubli dans lequel sont retombées les populations du Sud-Soudan depuis l’accord de paix signé en janvier. « Le problème du Sud, c’est que les médias n’y viennent pas. Du coup, on trouve peu d’ONG », explique-t-il. Il a constaté sur place des déplacements de population du Sud vers le Darfour. « Je crains que certaines zones ne soient le théâtre d’une catastrophe si nous ne réunissons pas ces ressources », a prévenu Jean-Jacques Graisse. « Il faut éviter que les populations qui ont connu la famine de Bahr El Ghazal, connaissent une nouvelle crise », a-t-il dit. Cette famine avait fait au moins 60 000 morts dans le Sud-Soudan en 1998. « On observe les pires niveaux de malnutrition depuis 1998 », a déclaré à l’agence Reuters Patrick Murphy, chef du personnel médical d’un hôpital géré par Médecins sans frontières à Marial, une ville voisine de Bahr El Ghazal. 
Depuis 1983, le conflit du Sud-Soudan a tué au moins 2 millions de personnes, en a déraciné 4 millions et en a forcé environ 600 000 à se réfugier dans les pays voisins, a rappelé l’organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). 
Cette organisation vient de lancer un appel de fonds urgent de 62 millions de dollars pour le Sud-Soudan.

Juin 2005


Arrestation de deux responsables de MSF au Darfour (Soudan)
IRIN, Nairobi, le 1er juin2005
 Les autorités soudanaises ont arrêté deux responsables de l’organisation non gouvernementale (ONG) Médecins sans frontières (MSF) suite à la publication d’un rapport dénonçant des centaines de viols perpétrés au Darfour, une région du Soudan occidental, a révélé MSF. 
Paul Foreman, chef de la mission de MSF-Pays Bas, a été interrogé durant trois heures et demie, puis a été remis en liberté provisoire après avoir payé une caution de 1 million de dinars soudanais (4 000 dollars américains) lundi à Khartoum, alors que Vincent Hoedt, le coordonnateur régional de MSF, a été convoqué dans la capitale soudanaise pour y être interrogé mardi dernier.
 «Je suis théoriquement en état d’arrestation et je ne peux quitter le pays», a déclaré Foreman à IRIN mardi matin juste avant de se rendre à un deuxième d’interrogatoire.
«Le procureur du district m’a inculpé de crimes contre l’Etat et de publication de fausses informations, et d’autres délits font l’objet d’une enquête», a-t-il ajouté. 
Mohamed Fareed, procureur général, a déclaré que «suite à l’interrogatoire, Foreman n’a pas apporté la preuve des allégations de MSF ni n’a fourni de documents à cet effet». Si les accusations s’avèrent fondées, les coupables seront punis, a-t-il ajouté.
Les accusations sont liées à un rapport de MSF publié le 8 mars dernier, «L'écrasant fardeau du viol: violence sexuelle au Darfour», a déclaré MSF lundi.
«Le rapport de MSF se basait sur des consultations médicales faites par MSF. Il a été écrit et est supporté par MSF», a déclaré Foreman.
Le rapport, qui a provoqué la colère du gouvernement soudanais, affirme que les médecins de MSF ont accumulé les preuves médicales attestant que 500 viols ont été commis en plus de quatre mois et demi.
Plus de 80 pour cent des victimes ont déclaré que leur violeur était un soldat ou un membre de la milice pro-gouvernementale. Le rapport n’accusait pas le gouvernement soudanais.
Confronté aux centaines de femmes et de jeune filles venues rechercher une aide médicale après les viols ou violences sexuelles dont elles ont été victimes au Darfour, MSF a publié ce rapport pour attirer l’attention des autorités sur les violences répétées que subissent les femmes.
«J’appelle les autorités soudanaises à cesser toute poursuite contre M. Foreman. MSF-Pays Bas est un partenaire crucial dans nos efforts d’aide au Darfour. Les soins apportés aux victimes de viols et de violences sexuelles et la dénonciation de ces crimes horribles sont exemplaires», a déclaré Jan Egeland, coordonnateur des secours humanitaires d'urgence de l'ONU et secrétaire général adjoint, lors d’une conférence de presse lundi dernier.
«Ils m’ont bien traité. Mon audition a été relativement simple et s’est passée sous la forme de question réponse», a déclaré Foreman, après son arrestation lundi.
Le chef de mission de MSF ne croit pas que les autorités désiraient l’emprisonner. «Ils voulaient que je dénonce le rapport ou que je viole le secret médical en publiant les dossiers médicaux de MSF; ce que j’ai refusé de faire».
Selon Foreman, les récriminations contre MSF se sont amplifiées depuis deux mois et demi lors d’une discussion sur le rapport avec des représentants de la Commission d’aide humanitaire soudanaise (HAC) qui ont indiqué qu’ils étaient «extrêmement mécontents» du rapport, alors que MSF insistait sur le respect des principes humanitaires.
«Nous aimerions que les autorités soudanaises mettent plus de volonté à résoudre la crise plutôt qu’à miner les efforts de ceux qui la dénoncent», a-t-il dit.
«En tant qu’organisation d’aide médicale et en tant qu’êtres humains, il nous est impossible de garder le silence lorsqu’on est témoin de telles exactions, quelque soit le pays où elles se produisent. MSF veut attirer l’attention de la population et des gouvernements sur ces graves violations, afin que de véritables actions puissent être entreprises pour y mettre fin», a déclaré lundi Geoff Prescott, directeur général de MSF à Amsterdam aux Pays-Bas.
«Tous ceux qui connaissent la situation au Darfour, notamment le gouvernement du Soudan, ont conclu que le viol était un véritable problème», a-t-il ajouté.
Pour Egeland, il est «indéniable»que les viols et la violence sexuelle sont fréquents au Darfour.
«Le gouvernement soudanais, les Nations unies et des ONG internationales ont récemment réalisé d’importants progrès abordant ce problème, des efforts qui doivent être poursuivis pour que toutes les victimes de violences sexuelles puissent bénéficier d’une assistance et d’une protection», a-t-il dit.
La guerre civile du Darfour oppose les troupes gouvernementales et leurs milices aux rebelles qui se battent pour mettre un terme à ce qu’ils considèrent comme une marginalisation et une discrimination par l’Etat des habitants de la région.
Plus de 2,4 millions de personnes continuent d’être affectées par la crise, dont près de 1,86 millions ont été déplacés à l’intérieur du pays ou ont été contraints de s’enfuir vers le Tchad voisin.
Juin 2005


Le Soudan attaque des membres de MSF
Deux responsables de l'ONG témoin du conflit au Darfour ont été inquiétés.
 
Libération, 01 juin 2005 Par Thomas Hofnung

Menacé de poursuites devant la Cour pénale internationale (CPI) pour les violations des droits de l'homme au Darfour, le régime de Khartoum a trouvé une première victime expiatoire : l'association humanitaire Médecins sans frontières (MSF). Hier matin, le coordinateur de la branche hollandaise de MSF à Nyala (Sud), Vincent Hoedt, a été arrêté, avant d'être transféré vers Khartoum puis libéré sous caution. La veille, son directeur, Paul Foreman, avait subi le même sort, avant d'être remis en liberté sous caution dans l'attente de son procès. Les autorités l'accusent «d'espionnage, de publication de faux rapports et d'atteinte à la société soudanaise». Il encourt une peine maximale de trois ans de prison. Hier soir, les charges retenues contre Vincent Hoedt n'étaient pas connues.
Depuis février 2003, un conflit opposant des rebelles au gouvernement et à ses milices a fait, selon les estimations, entre 180 000 et 300 000 morts, et plus de 2 millions de déplacés. Présent sur place depuis fin 2003, MSF a dénoncé, à de multiples reprises, les violations des droits de l'homme attribuées majoritairement aux jenjawids, des miliciens arabes pro-gouvernementaux. Ces prises de parole valent aux collaborateurs de l'ONG d'être régulièrement convoqués par les autorités. Mais c'est la première fois que deux d'entre eux sont arrêtés. 
Les autorités de Khartoum reprochent à l'ONG d'avoir publié, le 8 mars, un rapport jugé «erroné» sur les violences sexuelles commises au Darfour. Fondé sur les observations cliniques des équipes médicales, ce document fait état d'un demi-millier de viols commis «sur une période de quatre mois et demi». Dans un premier temps, il n'avait suscité qu'une lettre de protestation des autorités soudanaises. Mais depuis, le Conseil de sécurité de l'ONU a adopté, à l'instigation de la France, une résolution menaçant les auteurs d'exactions au Darfour de poursuites devant la CPI. 
Hier, l'ONU a apporté son soutien à MSF, précisant que les conclusions d'une commission d'enquête des Nations unies sur l'existence d'une campagne massive de viols au Darfour avaient récemment été transmises à la CPI.
 

Juin 2005


Activités du Secrétaire général au Soudan du 19 au 27 mai 2005
Communiqué de presse des Nations Unies 
 

Le Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies, Kofi Annan, est arrivé à Khartoum, au Soudan, en provenance d’Addis-Abeba en Éthiopie pour une visite de trois jours.  Il a rencontré dans un premier temps le Ministre des affaires étrangères du Soudan, Mustafa Osman Ismail.  Ils ont discuté de la nécessité de déployer tous les efforts pour sécuriser la région du Darfour et garantir le retour des fermiers sur leurs terres.
Le Secrétaire général était accompagné des chefs de trois organisations non gouvernementales, à savoir George Rupp du Comité international de secours, Tom Arnold de Concern et Ken Bacon de Refugees International.
Samedi, le Secrétaire général s’est rendu au camp de Nyala dans le Sud-Darfour qui abrite 100 000 personnes déplacées à la suite d’attaques contre leurs villages et villes.  Il s’est également rendu dans une ville où les habitants commencent à revenir sous la protection de la force de l’Union africaine qui y est déployée.  Il a jugé la situation dans le camp de Nyala « bouleversante ».
Au camp de Kalma, qui abrite plus de 100 000 personnes déplacées, le Secrétaire général a entendu des témoignages de première main sur l’insécurité des camps et les viols de femmes et de fillettes.  Un des dirigeants locaux du camp, qui a évoqué les attaques récentes, s’est inquiété des conséquences de son témoignage.  Le Secrétaire général a immédiatement demandé et obtenu des assurances de la part du Ministre soudanais qui voyageait avec lui que cette personne ne serait pas inquiétée.
Il s’est ensuite rendu par hélicoptère dans la ville de Labado dans le Sud-Darfour qui a été abandonnée par ses 60 000 habitants lorsqu’elle avait été attaquée en décembre dernier.  Six mois plus tard, quelque 30 000 personnes y sont revenues.  Le commandant de l’Union africaine à Labado a informé le Secrétaire général qu’il a fourni des forces pour assurer la sécurité de ceux qui sont revenus.  Comme au camp de Kalma, la nécessité de renforcer la sécurité a constitué un point central des discussions.
De retour à Nyala, le Secrétaire général a rencontré Haj Aba El-Manna Idriss, le Wali ou Gouverneur du Sud-Darfour.  Avant de repartir pour Karthoum, les deux hommes se sont revus brièvement à l’aéroport de Nyala.  Le Secrétaire général a accueilli avec satisfaction les efforts de réconciliation déployés par le Wali pour que les différentes tribus puissent vivre en harmonie.
Dimanche, le Secrétaire général s’est rendu dans le sud Soudan où il a rencontré John Garang, le Président du Mouvement populaire de libération du Soudan (SPLM).  Lors d’un arrêt à Juba, il a été accueilli par le Gouverneur de la région de Bahr Al Jebel et par les Casques bleus des Nations Unies qui ont commencé à se déployer au Soudan pour faciliter la mise en œuvre de l’Accord de paix.
John Garang et le Secrétaire général ont discuté de la mise en œuvre de l’Accord de paix global ayant mis un terme à des années de conflit entre le Nord et le Sud, ce dernier faisant maintenant face à un afflux imprévu de réfugiés.  Le Secrétaire général a déclaré qu’un règlement de la situation dans le Sud contribuerait à parvenir à une résolution du conflit au Darfour.
Le Secrétaire général s’est également adressé aux membres de la Commission nationale de révision constitutionnelle qui débattra et examinera le projet de constitution intérimaire, une étape considérée comme décisive pour la formation d’un gouvernement d’union nationale.  Le Secrétaire général a insisté pour que le nombre impressionnant de dispositions relatives aux droits de l’homme soit maintenu.
Avant de quitter Rumbek, Kofi Annan a rencontré brièvement le Ministre luxembourgeois de la Coopération pour le développement, Jean–Louis Schiltz, qui s’y trouvait également.  Le Secrétaire général a insisté sur la nécessité de dégager davantage de ressources pour le sud du Soudan.
Une tempête de sable à Khartoum a contraint le Secrétaire général à annuler sa visite avec le Président du Soudan.  Son avion a été dérouté sur Addis-Abeba où il a embarqué pour New York.  Il était de retour à New York, lundi 30 mai dans la matinée.
 

Juin 2005



Mai 2005
 
Reuters
31 mai 2005
Foreman encourt trois ans de prison 
Le Monde 2005-05-28 Soudan : la force africaine au Darfur reçoit un soutien international accru
Le Figaro, 
27 mai 2005 
Soudan sous l’égide de l’ONU
Mobilisation internationale pour le Darfour
Le Figaro 2005-05-26 Darfour Drame humanitaire
Pour que la paix ait une chance
Libération
21 mai 2005 
Ce qui se passe au Darfour est un génocide ambigu
Début de page


Foreman encourt trois ans de prison
 
 
Reuters, Khartoum/Amsterdam, 31 mai 2005
par Opheera McDoom 

Les autorités soudanaises, qui jugent erroné un rapport de Médecins sans frontières faisant état de viols au Darfour, ont arrêté mardi un second responsable néerlandais de l'ONG. 
Le coordinateur de MSF au Darfour, Vincent Hoedt, a été arrêté dans la ville de Nyala et est en cours de transfert à Khartoum, a annoncé mardi la branche de l'organisation humanitaire aux Pays-Bas. 
La veille, elle avait annoncé l'arrestation du directeur de MSF pour le Soudan, Paul Foreman. Celui-ci a ultérieurement été remis en liberté sous caution. 
"J'ai été officiellement arrêté mais je n'ai pas reçu d'accusations pour l'instant", a déclaré Vincent Hoedt à Reuters, alors qu'il attendait dans un aérodrome du Darfour d'être transféré dans la capitale soudanaise, où il doit être interrogé par les autorités. 
Un porte-parole de MSF aux Pays-Bas a précisé à Reuters que Hoedt avait pu consulter son mandat d'arrêt mais que celui-ci était rédigé en arabe, une langue qu'il ne maîtrise pas. 
 
 

Le parquet soudanais a annoncé lundi avoir ouvert une instruction à la suite d'un rapport publié en mars par la branche néerlandaise de MSF faisant état d'un demi-millier de viols au Darfour sur une période de quatre mois et demi. 
Ce rapport fondé sur les observations cliniques des équipes médicales de MSF est, selon la justice soudanaise, erroné. 
Paul Foreman, libéré sous caution lundi, s'est rendu aux autorités soudanaises mardi pour obtenir des informations supplémentaires. MSF déclare dans un communiqué que Foreman est accusé d'espionnage, de publication de faux rapports et d'atteinte à la société soudanaise. 
Le procureur général soudanais, joint mardi par Reuters, a expliqué que Foreman encourait une peine maximale de trois ans de prison assortie d'une interdiction de séjour à vie au Soudan. 
Le groupe de défense des droits de l'homme Human Rights Watch déplore dans un communiqué les arrestations des humanitaires et exhorte le gouvernement soudanais à sévir contre les responsables des viols et autres crimes commis au Darfour, où le conflit larvé a fait 180.000 morts et plus de deux millions de déplacés depuis février 2003. 
"Cette attaque contre les porteurs de mauvaises nouvelles (MSF) est une nouvelle atteinte à la liberté d'expression", a déclaré Peter Takirambudde, directeur de HWR en Afrique. "Aucune raison militaire ou de sécurité recevable ne peut justifier l'interdiction de publier ce genre d'informations de santé publique." 
"Cela illustre parfaitement jusqu'où le gouvernement soudanais est prêt à aller pour réduire au silence la critique et nier sa propre responsabilité dans les atrocités du Darfour." 
Une commission d'enquête de l'Onu a conclu, comme MSF, à une campagne massive de viols au Darfour. Les documents rédigés par cette commission ont été transmis au Tribunal pénal international, qui a été mandaté par le Conseil de sécurité des Nations unies pour enquêter sur les allégations de crimes contre l'humanité commis dans la province soudanaise./MD/C

mai 2005


Soudan : la force africaine au Darfur reçoit un soutien international accru
 
Le Monde 2005-05-28

Nairobi, de notre correspondant

La mission de l'Union africaine au Darfour (AMIS), déployée dans l'ouest du Soudan, a reçu, jeudi 26 mai, un soutien décisif de la communauté internationale. Réunie à Addis-Abeba, en Ethiopie, une conférence des bailleurs de fonds, à laquelle participaient de hauts responsables des Nations unies, de l’Union européenne (UE) et de l'OTAN, s'est 'conclue par une série d'engagements en faveur d'un appui important à la force africaine qui intervient au Darfour pour tenter de mettre fin à un conflit commencé en 2003.
Même si le détail complet de cette aide, qui inclut des fonds et un appui logistique, n'est pas encore connu avec exactitude, Alpha Oumar Konaré, le président de la Commission de l'Union africaine (UA) a déjà fait savoir que son organisation sur la base des premières évaluations, estimait les contributions «suffisantes ». L'Union africaine avait préalablement estimé ses besoins à 460 millions de dollars (365 millions d'euros).
Pour mettre fin au conflit qui aurait fait, selon les estimations, entre 180'000 et 300 000 morts en deux ans, essentiellement des victimes de conséquences indirectes du conflit, une « course contre la montre est engagée », a souligné encore récemment l'ONU. Comme l'a dit Jean Guéhenno, responsable du département des opérations de maintien de la paix des Nations unies, l'Union africaine fournit des contingents qui n’ont pratiquement à offrir, en l'état actuel, que le « haut -niveau de motivation de ses hommes ».

Une lueur d’Espoir 

Parmi les promesses obtenues lors de la réunion d'Addis-Abeba, figure la mise: à disposition de plusieurs avions de transport, de six hélicoptères de combat et de 116 véhicules blindés de transport- de troupes.  En plus de ces moyens, il faudra fournir aux troupes africaines, dont le nombre devait être porté à plus de 7700 hommes d'ici à septembre, et qui pourrait, à terme, atteindre 12 300 hommes des casques, des gilets pare-balles et des moyens de communication.
Un certain nombre de pays ont déjà fait connaître le montant exact de leurs contributions.  Les Etats-Unis, par la voix de Charles Snyder, chargé du Soudan au département d'Etat, ont fait savoir que la participation américaine serait augmentée de 50 millions -de dollars, S'ajoutant aux 95 millions déjà promis.  Le Canada s'est engagé à débloquer une aide, financière et matérielle, d'un montant. global de 134 millions de dollars. Paris, de son côté, a fait savoir que la France, en plus de l'aide déjà engagée, allait notamment « mettre en place un potentiel de transport aérien de l’ordre de 1200 heures de transports stratégiquese», ainsi que des moyens de surveillance aérienne, selon Michèle Alliot Marie, la ministre -française de la défense.
Un. important travail de planification est désormais indispensable pour éviter que ces promesses, notamment celles émanant conjointement de l’Union européenne et de l’OTAN, fassent « double emploi ». Un document interne de l'UE s'en inquiété, déjà, notant que les capacités des deux organisations « ne sont pas complémentaires ». Les contributions européennes depuis le déclenchement de la guerre dans l'ouest du Soudan se montaient jusqu'ici à 570 millions d'euros selon un calcul de l'UE, depuis le soutien au processus politique jusqu'à l'aide humanitaire en passant par l'appui à l’AMIS.
Sur le terrain, la situation ne s'est pas améliorée au cours des mois écoulés.  Du côté gouvernemental comme du côté rebelles, des actes de banditisme visant les organisations humanitaires sont de plus en plus fréquents.  L'annonce de la reprise des négociations entre le gouvernement et les mouvements rebelles, le 10 juin à Abuja, au Nigeria, après six mois d'interruption, apporte cependant une lueur d'espoir., jusqu'ici, les pourparlers, placés sous, la houlette de l'UA, n'ont abouti à aucun résultat tangible.

Jean-Philippe Rémy
mai 2005

Soudan sous l’égide de l’ONU
Mobilisation internationale pour le Darfour
 
Le Figaro, 27 mai 2005 
 
 

Le Darfour, toujours.  Et pourparler du Darfour, de la situation de cette province de l'ouest du Soudan déchirée par deux années de guerre civile, une conférence au sommet organisée hier à Addis-Abeba sous l’égide du secrétaire général de l'ONU Kofi Annan, et du président de la Commission de l’Union africaine(UA), Alpha Omar Konaré.
L'ordre du jour de cette ré-nion, où l'Otan et l'UE étaient représentées, tenait en quelques mots: fournir à l'UA les moyens de renforcer sa capacité d'intervention.  Afin, a précisé Kofi Annan, de « parvenir à la stabilité » car « la paix ne peut être obtenue que lors de négociations politiques ».
L'UA dispose actuellement de 2 700,, hommes au Darfour.  Ceux-ci, à en croire le secrétaire général de l'ONU, font du bon travail malgré un contexte difficile. : « La situation reste inacceptable sur le terrain, les travailleurs humanitaires sont victimes d'actes de violence.  Là où l’UA est déployée, ces choses ne se produisent pas. » L'objectif proclamé est de parvenir à déployer près de 8 000 hommes au Darfour d'ici à septembre.
Mais l'UA ne disposant ni de matériel ni de moyens financiers suffisants, l'appel à l'aide aux « partenaires » est « indispensable » : « Nous attendons, a lancé Kofi Annan, d'entendre les détails pour savoir comment les offres des bailleurs de fonds se transformeront en aide concrète. »
Premier pays à répondre à cet appel, le Canada a offert une contribution à hauteur de 107 millions d'Euros, représentant le financement du déploiement de 25 hélicoptères, 2 avions de transport, 105 véhicules blindés et 60 militaires affectés à la logistique.
Les Etats-Unis se sont engagés à hauteur de 40 millions d'Euros et la Grande-Bretagne pour 9,5 millions d'Euros. Les montants annoncés par la France et l'Allemagne (2 millions d'Euros chacun) ne sont pas à la hauteur, mais les deux pays - qui se sont beaucoup impliqués, au déplaisir de Washington, pour que les responsables de crimes au Darfour puissent être traduits devant la Cour pénale internationale (CPI) - privilégient une approche communautaire.  L'UE n'avait, hier, pas encore annoncé le montant de sa participation.  Tout comme l'Otan, qui pointe pour la première fois de son histoire le bout du doigt en Afrique.
Dans une intervention récente à Bruxelles, le ministre de la Défense, Michèle Alliot Marie, a démenti toute « idée de rivalité » entre l'UE et l'Otan sur la question du soutien de l'UA au Darfour.
Contraint à la patience faute de disposer d'un véritable levier, Kofi Annan s'est fait hier pressant.  A force d'attendre, a-t-il averti, « un effort humanitaire épique » risque d'être nécessaire pour « venir en aide à des millions de personnes ».
Le Darfour est déchiré depuis février 2003 par une guerre civile qui a fait entre 180 000 et 300 000 morts et 2,4 millions de déplacés. Pour Institut national d'études stratégiques de Londres (IISS), il s'aàit d'une « brutale campagne de nettoyage ethnique du gouvernement soudanais ». Selon le chercheur français Gérard Prunier, il s'agirait d'un « génocide ambigu ».

P.S.-E. (avecAFP.)
mai 2005

Darfour Drame humanitaire
Pour que la paix ait une chance
 
Le figaro 2005-05-26

Par Kofi A. Annan et Alpha Oumar Konaré*
 
 

S’il est difficile de savoir avec certitude combien de personnes ont péri dans le conflit au Darfour, dans l'ouest du Soudan, on sait que plus de 2,6 millions de personnes subissent les conséquences dévastatrices de cette crise et ont besoin d'aide de toute urgence.
Des villages entiers ont été incendiés et des récoltes saccagées ; des hommes ont été tués, des femmes violées, des enfants enlevés.
On sait que 1,9 million de personnes ont dû fuir et se réfugier ailleurs sur le territoire soudanais. D'autres ont pu rester chez elles, mais sont dans l'impossibilité de faire les semailles dont dépend leur survie. Si elles ne reçoivent pas des vivres, elles devront à leur tour partir en quête de nourriture et iront grossir les rangs des déplacés dans des camps déjà surpeuplés.
Pendant un temps, les crimes commis contre les civils du Darfour n'ont pas fait les gros titres des journaux.  Mais depuis plus d'un an, ils sont en première page.  Qu'il ait fallu une mobilisation générale des médias pour que l'on intervienne enfin est au déshonneur non seulement du Soudan, mais aussi de la communauté internationale tout entière.  Encore aujourd'hui, ceux qui essayent de mettre un terme à la crise du Darfour ne bénéficient pas du soutien qu'il leur faudrait.
Nos deux organisations ont uni leurs forces pour faire cesser l'horreur.  L'Organisation des nations unies a pris la tête des opérations de secours et des efforts visant à ce que les auteurs des crimes les plus odieux ne puissent plus jouir de l’impunité. L’Union africaine a pris l’initiative pour ce qui est d’assurer la sécurité sur le terrain et de relancer les négociations politiques, seul moyen de 
rétablir une paix durable (ces négociations devraient reprendre le 10 juin à Abuja, au Nigeria)-
Ces derniers mois, la situation s'est stabilisée et moins d'exactions massives ont été signalées.  Une vaste opération -humanitaire dirigée par l'ONU est en cours,' avec plus de 10 000 agents humanitaires (pour la plupart soudanais) s'occupant de fournir des vivres, de l'eau, des abus et des articles de première nécessité à près de 1,8 million de personnes.  Dans les secteurs oÙ ils sont déployés., les soldats de l'Union africaine font des efforts héroïques qui ont de réels effets : la population est plus à l'abri de la violence prédatrice, beaucoup de gens sont rentrés dans leurs villages et les attaques se sont faites moins fréquentes.
Dans certaines zones, la situation humanitaire est sans aucun doute meilleure quelle ne l'était fi y a un an, mais l'accès demeure limité, le harcèlement des agents humanitaires a empiré et les. conditions de sécurité demeurent excessivement mauvaises.  Des centaines de milliers de personnes touchés  par la guerre ne reçoivent toujours pas l'aide dont elles ont besoin et les soldats de l'Union africaine sont à ce jour trop peu nombreux pour se déployer sur l'ensemble d'un territoire aussi vaste.  Les agents humanitaires sont régulièrement harcelés par les autorités locales, et parfois même attaqués, kidnappés ou menacés de violence.  Les représentants des ONG humanitaires étrangères ont de plus en plus de mal à obtenir des visas.  Et les camions qui acheminent les secours sont détournés, souvent par des rebelles.  Ce mois-ci, deux chauffeurs du Programme alimentaire mondial ont été tués dans deux attaques séparées.  Tous ces facteurs font que dans beaucoup de cas, ceux qui ont le plus besoin de l'aide ne la voient pas arriver.
La réaction de la communauté internationale est donc tragiquement insuffisante sur deux plans: fi manque 350 millions de dollars pour aider plus de 3 millions de personnes à survivre jusqu'à la fin de cette année, et il faut plus de soldats, de policiers, d'avions et d'autres véhicules, d'activités de formation et de soutien logistique pour permettre à l'Union africaine de protéger la population dans une grande partie du Darfour.
Dans le cadre de nos efforts pour régler la crise du Darfour, nous avons convoqué ensemble la conférence des donateurs, qui s'ouvre aujourd'hui à Addis-Abeba : pour donner au reste du monde - en particulier aux pays riches qui ont les moyens d'apporter des fonds et dont les médias et l'opinion publique ont réclamé avec le plus d'insistance que l'on mette fin aux atrocités au Darfour, l'occasion de serrer les rangs et d'offrir un soutien tangible aux Africains qui agissent concrètement sur le terrain.  Cette conférence sera le prolongement de celle qui s'est tenue à Oslo le mois dernier, et à laquelle quelque 4,5 milliards de dollars d'aide ont été promis, principalement pour consolider la paix fragile qui s'est finalement instaurée entre le Nord et le Sud après 21 ans de guerre civile.
Certes, le Darfour ne pourra se remettre que si le reste du Soudan est en paix, et si le nouveau gouvernement d'unité nationale (qui devrait prendre ses fonctions en juillet) engage le pays tout entier sur une voie nouvelle n'excluant personne.  La force de maintien de la paix de 10 000 hommes que l'ONU déploie actuellement dans le Sud permettra donc à la paix de s'installer durablement partout dans le pays, y compris au Darfour.
Cela étant dit, il est urgent d'intervenir au Darfour même, et ce sur trois fronts.
Le financement de l'action humanitaire doit être intégralement assuré et toutes les parties doivent garantir la liberté de circulation et la sécurité des agents des organisations humanitaires, tant inter gouvernementales que non gouvernementales.
Il faut accroître les effectifs de la force de l'Union africaine et lui apporter un soutien logistique et financier pour queue puisse vraiment assurer la sécurité partout au Darfour, ce qui permettra aux gens de rentrer chez eux et de reprendre leurs activités agricoles.  Les États africains qui ont promis des contingents doivent les fournir sans tarder et les donateurs doivent apporter les moyens nécessaires pour que ces contingents puissent être déployés.  Tant le gouvernement que les rebelles doivent s'assurer la maîtrise complète de leurs forces et milices et veiller à ce qu'elles respectent scrupuleusement le cessez-le-feu et le droit humanitaire.
Enfin, les parties au conflit doivent négocier un accord politique offrant de solides garanties en vue de l'instauration d'une paix durable.  L'Union africaine et la communauté internationale dans, son ensemble peuvent aider.  Mais en fin de compte, les Soudanais sont les seuls à pouvoir faire et maintenir la paix.

* Respectivement Secrétaire général de l'Organisation des Nations unies 
et président de la Commission de l'Union africaine.

mai 2005


Ce qui se passe au Darfour est un génocide ambigu
 
 
Libération, 21 mai 2005  

Gérard prunier, spécialiste de l'Afrique orientale et directeur du Centre français d'études éthiopiennes, revient sur les multiples causes du conflit racial qui sévit depuis un peu plus de deux ans dans l'ouest du Soudan, et qui aurait fait 350 000 morts selon les ONG. Par Christophe AYAD 
samedi 21 mai 2005
Y-a-t-il un génocide en cours au Darfour ?
En un peu plus de deux ans, probablement 350 000 personnes ont été tuées : c'est presque la moitié du bilan du génocide au Rwanda en 1994. Mais ce qui se passe au Darfour est un génocide ambigu. Car selon la définition donnée par l'ONU en décembre 1948, il y a génocide lorsqu'il y a «volonté d'annihilation totale ou partielle» d'un groupe de population. Ici, on est dans un cas certain d'annihilation partielle, alors que dans les «vrais» génocides, comme celui des juifs d'Europe ou des Tutsis au Rwanda, il y a eu une volonté de disparition totale d'un groupe humain. Mais, toujours par rapport à la définition de 1948, y a-t-il «volonté» délibérée ? Dans le cas du Darfour, c'est presque impossible à déterminer. Je pense qu'on est en présence d'une contre-insurrection qui échappe à ses auteurs. Y a-t-il désir de la part de Khartoum d'anéantir tous les Africains du Darfour ? Non, mais en revanche, d'en tuer un nombre immense oui, jusqu'à les amener à résipiscence, à obéir par la terreur. Je préfère donc parler de politique génocidaire. Il faut replacer cela dans le contexte des politiques de type génocidaire que le gouvernement soudanais a eues vis-à-vis des peuples identifiés comme non arabes. Maintenant que l'on tue des «nègres», des Africains musulmans, les choses sont claires : c'est une guerre de race, pas de religion. Ce qui a commencé au sud en 1983 s'est poursuivi dans les monts Nouba dans les années 90 et se poursuit au Darfour depuis 2003. Au début, le pouvoir a tué des sudistes africains chrétiens, ce qui a laissé penser qu'il s'agissait d'une guerre civile d'origine religieuse. A tort, puisque maintenant, ce sont des Africains musulmans à 100 % qui sont visés au Darfour. Preuve que l'on a affaire à un conflit racial des Arabes contre les Noirs.
Quand et comment tout a commencé au Darfour ?
C'est une région grande comme la France, très pauvre, éloignée du pouvoir central et peuplée d'Africains et d'Arabes musulmans. Mais, malgré cette homogénéité religieuse, et bien que nombre de cadres de l'armée soient issus de la région, le Darfour a toujours été victime d'une marginalisation économique et sociale, aussi bien pendant la période coloniale anglo-égyptienne qu'après l'indépendance, depuis 1956. A l'origine directe des troubles, il y a des tensions ethniques, des différends entre agriculteurs sédentaires et pasteurs nomades, aggravés par la famine de 1984 et les manipulations politiques qui ont suivi la chute de Jaafar Nimeiri (chef de l'Etat arrivé au pouvoir par un putsch en 1969 et renversé par des manifestations populaires en 1985, ndlr). A ce moment-là, l'armée libyenne est arrivée au Darfour. C'est un épisode peu connu : pendant plusieurs années, la Libye a occupé le Darfour avec la bénédiction du Premier ministre soudanais de l'époque Sadeq al-Mahdi. Ce dernier avait touché des millions de dollars de Tripoli, dont il s'est servi pour remporter les élections de 1986. En échange, les Libyens se sont installés au Darfour, dont ils voulaient faire une base arrière pour reconquérir le Tchad et renverser le régime de Hissène Habré. Khadafi avait créé une «légion islamique» composée d'un mélange de Soudanais, de Libyens, de Tchadiens et même des Libanais envoyés par le leader druze Walid Joumblatt. A l'époque, Kadhafi voulait arabiser le Darfour. C'est tombé en plein milieu d'une famine qui a fait 90 000 morts et décimé les trois quarts du cheptel. Il y avait déjà des conflits pour l'exploitation des pâturages et des points d'eau entre pasteurs arabes et paysans africains. La propagande libyenne a agi comme du vinaigre sur une blessure ouverte. Il y a eu une première guerre civile qui a fait 3 000 morts et qui s'est terminée en 1989, juste avant le coup d'Etat des Frères musulmans au Soudan.
Comment le conflit s'est-il rallumé ?
Les islamistes ont bénéficié, dans un premier temps, d'un apaisement au Darfour. Ils en ont profité pour aider l'actuel président tchadien, Idriss Déby, à prendre le pouvoir à N'Djaména, en 1990, en abritant sa guérilla au Darfour. Le calme a duré deux ou trois ans. En 1992, un Frère musulman Four (l'une des deux principales ethnies africaines du Darfour avec les Zaghawa, ndlr), qui s'appelait Daoud Bolad, s'est rendu compte qu'il était un «nègre» avant d'être musulman. Il l'explique dans des lettres poignantes à sa famille, que j'ai pu consulter : il raconte qu'à la mosquée, on ne le laisse pas s'installer à certains endroits parce qu'il est noir. Daoud Bolad déclenche une insurrection. Rapidement, il est arrêté, amené à Khartoum et torturé à mort. Cette histoire, que tout le monde ignore à l'étranger, a laissé des cicatrices graves et une profonde amertume au Darfour (littéralement «le territoire des Four» en arabe, ndlr). Or les Four, l'ethnie de Daoud Bolad, représentaient probablement près de la moitié de l'armée soudanaise mobilisée dans la guerre contre les rebelles sudistes. A partir de la mort de Bolad, il y a eu un fort repli identitaire. Une nouvelle génération s'est préparée à la guérilla. Ces jeunes ont récolté de l'argent auprès de la diaspora four. Il y a eu des retards à l'allumage parce qu'au Soudan, tout est très lent. Au début des années 2000 est né le Front de libération du Darfour, qui s'est rapidement transformé en Mouvement de libération du Soudan afin de marquer le caractère national et pas seulement régional de ses revendications. En février 2003, les jeunes sont passés à l'action. C'est une guérilla sans cadre de haut niveau et presque sans soutien extérieur. Ce n'est qu'avec les succès remportés contre l'armée gouvernementale que les Erythréens, les Libyens, les Tchadiens et même probablement les Israéliens sont venus soutenir les rebelles. Mais au départ, c'est une guérilla indigène, autochtone...
Comment expliquer la violence de la réaction du gouvernement de Khartoum ?
Pour le pouvoir, les insurgés du Darfour sont bien plus dangereux que la rébellion sudiste et chrétienne de John Garang, le chef de l'Armée de libération du peuple soudanais (APLS), en guerre avec Khartoum depuis 1983. Le Darfour est une sorte d'ouvre-boîtes qui atteint le coeur du pouvoir. Les gens du Darfour sont très présents dans le tissu social, les ministères, etc. La guérilla du Darfour sait tout ce qui se passe dans la capitale, tout ! Cela fait très peur au régime islamiste au pouvoir. Contrairement au Sud-Soudan, le Darfour n'est pas un appendice colonial collé au Nord arabo-musulman. Il y a une interpénétration sociale importante, notamment via les mariages entre gens de l'Ouest et les Awlad al-balad, ceux qui se surnomment significativement «les enfants du pays» mais qui sont en fait les Arabes de la vallée du Nil. Cette caste représente un peu moins de 30 % de la population et vit dans un triangle qui va d'El-Obeïd à l'ouest, Kosti au sud, Gedaref à l'est et Atbarah au nord. A l'intérieur de ce «triangle magique», il y a le Soudan utile, le Soudan du fric, celui des médecins, des banques, des avocats. Or, les Frères musulmans actuellement au pouvoir ne sont que l'ultime incarnation de la domination du groupe minoritaire des Arabes de la vallée du Nil. Il faut qu'ils préservent leur clientèle, d'autant plus qu'ils ne sont pas aimés de la société traditionnelle du Nord. Les islamistes y sont perçus un peu comme les nazis l'étaient par la grande bourgeoisie allemande. C'est-à-dire pas très fréquentables... Les islamistes sont donc obligés d'en faire beaucoup plus pour défendre les intérêts des Awlad al-balad. Les autres, qui ne sont pas les «enfants du pays», sont ceux des ténèbres extérieures, je suppose.
Le Soudan risque-t-il d'éclater ?
Si le Soudan éclate, il se recollera. Il peut se produire un éclatement suivi d'une recomposition. Je crois que le Soudan a un avenir. Il y a très longtemps, en 1986, j'avais écrit que la vraie solution de la guerre civile Nord-Sud au Soudan interviendrait lorsqu'on sortira du face-à-face mortifère entre musulmans du Nord et chrétiens du Sud, notamment grâce à l'entrée en scène du troisième tiers immergé du Soudan que sont les musulmans non arabes. Aujourd'hui, c'est le cas avec les gens du Darfour, les Bejas de l'est qui ont aussi pris les armes pour pouvoir s'asseoir à la table des négociations. Au Soudan, le ticket d'entrée est la kalachnikov : ceux qui n'en ont pas ne seront pas invités ou alors seront en bout de table. C'est d'ailleurs ce qui a été démontré, le 9 janvier, par l'accord de paix bancal signé à Nairobi entre le gouvernement et la guérilla sudiste, l'APLS de John Garang. Cet accord institutionnalise un duopole entre les Frères musulmans et l'APLS alors qu'ensemble, ils représentent moins de la moitié du pays.
Cet état de guerre civile permanent au Soudan peut-il s'expliquer par le gigantisme de ce pays, par ses clivages ethniques et religieux, ou par un problème de partage des richesses, de pétrole notamment ?
Il n'y a pas une clé unique. Toutes celles que vous mentionnez sont valables, et d'autres aussi. En arabe soudanais, on a surnommé le pays amrass, «la tête du mouton», parce qu'elle est composée de sept ou huit morceaux qui ont des goûts et des textures très différents. C'est ça le Soudan, pas seulement un patchwork ethnique, mais aussi culturel, linguistique, de modes de vie. Il y a des Arabes totalement sédentaires, agriculteurs, et d'autres totalement nomades. Il y a des Africains agriculteurs et d'autres nomades chameliers. Tout ce que vous pouvez imaginer s'y trouve, à part les Pygmées, peut-être. Le Soudan est un résumé de toute l'Afrique. Par ailleurs, la question des richesses est beaucoup plus ancienne que le pétrole. Au moment de l'indépendance, en 1956, le «triangle béni» concentrait déjà 80 % des moyens. Dans un pays aussi gigantesque, si vous ne vous donnez pas les moyens de gérer géographiquement et logistiquement cette immensité, il y a un risque fatal d'éclatement. Pourtant, le Darfour, qui ne fait partie du Soudan que depuis 1916, n'est pas sécessionniste. Parce que les gens du Darfour sont réalistes : ils savent qu'ils sont trop enclavés. Ce qu'ils veulent, c'est une part raisonnable du gâteau national. Donc paradoxalement, je crois que le Soudan est un pays viable. Après tout, beaucoup de gens pensaient que les Etats-Unis n'étaient pas viables en 1860.
Comment expliquer l'inaction de la communauté internationale face à ce qui se passe au Darfour, dix ans seulement après le génocide au Rwanda ?
Malheureusement, la communauté internationale se souvient tant qu'on reste dans le registre des déclarations, mais au niveau de l'action, c'est pathétiquement inefficace. D'autant plus que l'on n'a même pas, comme au Rwanda où tout s'est déroulé en cent jours, l'excuse de la rapidité : cela dure depuis plus de deux ans. Ce quasi génocide s'est produit alors que le Soudan était sous le microscope de la communauté internationale, à cause des négociations sur l'accord de paix au sud. C'est absolument inimaginable, c'est une ignominie. On est proche de la non-assistance à personne en danger. Il y a quelque chose de grotesque et de kafkaïen à commémorer des drames alors qu'on ne fait rien pour ce qui se passe actuellement. Peut-être la communauté internationale est-elle en train de se rattraper avec la résolution 1593 du Conseil de sécurité (adoptée en avril à l'initiative de la France), qui prévoit que les criminels de guerre soient traînés devant la Cour pénale internationale. Pour la première fois depuis très longtemps, j'ai un peu d'espoir. Cette menace déstabilise profondément le gouvernement de Khartoum. Si cette résolution est suivie d'effets, peut-être la communauté internationale aura-t-elle sauvé son honneur à minuit moins le quart.
 

mai 2005


 

Avril 2005
 

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Avril 2005


Mars 2005
 
Le Figaro
5 février 2005 
Soudan : un entretien avec le président de l’UDF
le Figaro
04-03-2005
La pression monte à propos du Soudan : Darfour: le milicien qui accuse Khartoum
La Croix
2 mars 2005 
Soudan : Alors qu’une nouvelle Constitution pourrait être adoptée, des anciens islamistes appellent à l’abolition de la charia.
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Soudan : un entretien avec le président de l’UDF
 
Le Figaro , 5 février 2005 

Bayrou : « Il faut un engagement international au Darfour »
(propos recueillis par Tanguy Berthemet)
 

Le président de l’UDF, François Bayrou, vient d’effectuer un voyage de trois jours au Soudan et au Darfour. Reçu mercredi à l’Elysée , il a attiré l’attention du président Jacques Chirac sur « la catastrophe humanitaire au Darfour ».

LE FIGARO. - Vous revenez du Darfour, visiblement très choqué et persuadé qu'il y a urgence à mobiliser la communauté internationale pour aider les populations...

François BAYROU. - Le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, vient de définir  la situation au Darfour comme « l'enfer sur terre, un enfer qui brûle toujours ». Mais cette situation dramatique qui touche des millions de personnes passe inaperçue  Le Darfour, c'est pourtant un territoire grand comme la France, peuplé de six millions d'habitants.  Aux confins du désert et des premiers pâturages vivent des dizaines de tribus différentes.  La tension historique entre les tribus nomades, arabes et guerrières et les villages plus africains, plus sédentaires, éleveurs et agriculteurs de tradition, a pris depuis 2003 un tour brûlant.  Les milices arabes des Djandjawids traquent les populations sédentaires et africaines dans le but de semer la terreur. On tue, on pille, on viole, on brûle les maisons pour provoquer la fuite des villageois noirs. Les Djandjawids sont apparus comme ayant le soutien des militaires soudanais et souvent de l'appareil d'Etat. On a montré que des attaques aériennes précèdent souvent les raids djandjawids. Récemment, les Nations unies ont dit qu'il y avait «une multiplication des crimes contre l'humanité au Darfour».

Soutenez-vous les voix, venant notamment des Etats-Unis, qui affirment qu'un génocide est en cours ?

La querelle autour du mot génocide n'est pas de saison.  En fait, tout le monde est d'accord: les actes commis ont le même degré de gravité que les plus graves pogroms, que les génocides qu'a connus le monde depuis le début du XXe siècle.  Les plus graves crimes contre l'humanité, les plus graves crimes de guerre, tout cela s'est répété sous nos yeux au Darfour, provoquant l'exil de millions de personnes.

La signature d'un accord dans le conflit qui a ravagé le sud du Soudan n'ouvre-t-elle pas un espoir pour le Darfour ?

Il existe sans doute des liens entre les deux conflits.  Il est probable que le leader des rebelles du Sud, John Garang, a aidé les rebelles qui se sont dressés contre ces exactions. Mais les situations ne sont pas les mêmes. Au Darfour, ce n'est pas d'abord une guerre civile, une guerre politique, avec des revendications d'indépendance. C'est une vague de pogroms pour chasser des gens de leur terre.  Au Darfour, il n'y a pas de guerre religieuse : tout le monde est musulman.  L'aspect ethnique est plus important.  Et la rébellion n'a été qu'une conséquence de ces exactions.  Aujourd'hui, ces violences ne se sont pas arrêtées.  Des réfugiés continuent à s'enfuir des villages, des milliers tous les jours, car fl n'y a plus d'espace sûr.  H y a maintenant deux millions de personnes réfugiées, environ la moitié d'enfants, qui se massent dans des camps, dans le dénuement le plus absolu, sans rien, avec pour seul objectif de trouver un minimum de sécurité.  Dans le camp de Kalma, il y avait 15 000 réfugiés il y a dix mois.  Ils sont maintenant 145 000. Et la peur règne. Les responsables de communautés que nous avons rencontrés nous ont parlé, mais tous exprimaient la peur des représailles encourues en redoutant de rendre des comptes après notre départ pour avoir osé raconter la situation.

Que proposez-vous ?

Il faut se préparer à une aide de la dimension de celle mise en place pour le tsumani. Parti comme c'est aujourd'hui, nous risquons d'aller vers une catastrophe humanitaire majeure. En particulier parce que la saison des pluies arrive sur des camps surpeuplés, sur le sable du désert. Mais pour vaincre vraiment la crise, pour que les gens rentrent chez eux, il faut rétablir la sécurité. On sait que ces gens ne rentreront pas chez eux sans des conditions de sécurité acceptables.  Pour cela, je pense qu'il y a trois mesures à mettre en place.  D'abord, édicter et faire véritablement respecter l'exclusion aérienne au Darfour, pour tous les appareils armés, même les hélicoptères. Car la peur des attaques aériennes est immense. Ensuite, renforcer considérablement la force internationale de l'Union africaine déployée sur place.  Elle compte aujourd'hui 2 000 hommes.  Il faut quelle passe à 8 000 ou 10 000 soldats pour être efficace.  Nous devons enfin permettre aux réfugiés de constituer dans leurs rangs une police, une force de sécurité, en laquelle ils pourront avoir totalement confiance pour leur protection.

Ces propositions risquent d'être complexes à mettre en place.  L'Union africaine dit déjà queue manque d'hommes pour faim face à ses missions et imposer une exclusion aérienne nécessite des moyens techniques que ne possèdent que les pays occidentaux.  Souhaitez-vous que la France s'engage militairement au Darfour ?

Je dis qu'il faut un engagement international. C'est une question de volonté et d'assistance à des millions de personnes en danger.  Si les nations africaines ne peuvent intervenir seules, on doit les aider : d'autres pays peuvent être sollicités, notamment de culture musulmane.  Quant à l'exclusion aérienne, le gouvernement soudanais est déjà officiellement d'accord.  Mais il faut réellement la faire respecter. Des appareils radars Awacs et quelques chasseurs y suffiront.  En tout cas, nous avons le devoir de faire quelque chose pour mettre fin à cette horreur.

«Dans le camp de Kalma, il y avait l5OOO réfugiés il y a dix mois. Ils sont maintenant 145000.  Et la peur règne », témoigne François Bayrou 
 

Mars 2005


La pression monte à propos du Soudan : Darfour: le milicien qui accuse Khartoum
 
le Figaro, 04-03-2005, Patrick de Saint Exupéry
Sur fond de crimes contre l'humanité commis au Darfour soudanais, le jeu diplomatique patine.  Depuis la remise au Conseil de sécurité, début février, d'un terrible rapport d'enquête réalisé par cinq juges internationaux nommés par l'ONU, le dossier n'a pas progressé d'un pas.  Secrétaire-général de l'ONU, Kofi Annan a supplié à plusieurs reprises les pays membres :  Une fois de plus, lançait-il voici encore quelques jours, j'appelle le Conseil de sécurité à agir d'urgence pour stopper les crimes et les souffrances au Darfour » Ses appels se sont jusqu'ici heurtés à un mur d'égoïsme, le dossier mettant en cause les intérêts de plusieurs Etats. Favorables au principe de sanctions, les Etats-Unis -appuyés pour différentes raisons par la Chine et l’Algérie- se refusent ainsi à envisager une saisine de la Cour pénale internationale (CPI) qui pourrait, comme le demande l'Europe, juger 51 personnes mises en cause pour leur responsabilité dans les crimes commis au Darfour par la commission d'enquête de l'ONU.
La pression monte pourtant peu à peu. Afin d'accentuer la pression sur Washington, l'organisation de défense des droits de l'homme Human Rights Watch (HRW) vient de rendre public l'enregistrement vidéo d'un haut dirigeant des milices Janjaweed, responsables de nombreuses exactions dans le Darfour.  Recueilli en septembre 2004 à Khartoum, le témoignage de Musa Hilal, considéré comme l'un des principaux dirigeants des sanglantes milices, met en cause le gouvernement de Khartoum.  Selon ce responsable des milices du Nord-Darfour, « tous les combattants, sont dirigés, sur le terrain par de hauts commandants militaire (. .. ) Ces gens reçoivent des ordres du centre du commandement occidental et de Khartoum ». Pour Human Rights Watch, Musa Hilal est « un homme dangereux pour le gouvernement soudanais «  car «  son témoignage pourrait être très intéressant devant la Cour pénale internationale (CPI)».
Les allégations de cet homme, soupçonné de nombreuses exactions bien qu'il s'en défende, sont confirmées par plusieurs documents cités par Human Rights Watch. Dans une note datée du 13 février 2004 et émanant du bureau d'une sous-préfecture du Nord-Darfour, les autorités,"prient ainsi toutes «les unité de sécurité de la localité d'autoriser la poursuite des activités des moudjahidins et des volontaires placés sous le@", commandements du Cheikh Musa Hilal dans les régions du Nord-Darfour afin de répondre à leurs besoins vitaux ». La note du gouvernement se poursuit sur une exhortation à ouvrir le passage aux forces de Musa Hilal : «Nous insistons également sur l'importance de ne pas intervenir » et de fermer «les yeux,,, sur les délits mineurs commis par les moudjahidins contre  les civils soupçonnés d'être des membres de la rébellion ».
Le Darfour est en proie à la guerre civile depuis février 2003.  La crise a fait plus de 70 000 morts et 1,6 million de déplacés.  Dans une récente intervention, un responsable du ministère soudanais des Affaires étrangères a fait part de «son étonnement quant à la position de l'administration américaine qui cherche à imposer des sanctions contre le Soudan et en même temps à normaliser les relations avec Khartoum ».
 
Mars 2005


Soudan : Alors qu’une nouvelle Constitution pourrait être adoptée, des anciens islamistes appellent à l’abolition de la charia.
« Nous voulons un Soudan sécularisé et unifié »
 
La Croix, 2 mars 2005 
 
 
 

Il porte élégamment ses 64 ans. Le président du Groupe soudanais de défense des droits humains et responsable de l'Alliance nationale pour le rétablissement de la démocratie, Ghazi Suleiman, est vêtu de blanc.  Il porte de larges bretelles crème.
Cet homme au regard perçant est un proche d'Hassan El Tourabi, l'idéologue du régime islamique de Khartoum. Comme Tourabi, Ghazi Suleiman a connu la prison. Tourabi est de nouveau emprisonné depuis mars 2004, sous l'accusation de tentative de coup d'État militaire islamiste. Et pourtant, pragmatique et séducteur, Hassan El Tourabi a opéré un tournant par rapport à ses options passées. Il a abandonné la promotion d'un État islamique en faveur d'un rapprochement avec les rebelles sudistes de John Garang. Le 12 février dernier, le ministre des affaires étrangères a annoncé la levée prochaine de l'état d'urgence instauré en 1999 et la libération imminente d'Hassan) El Tourabi.
À en croire Ghazi Suleiman, Tourabi aurait toujours été un modéré. «Tourabi a beau coup changé. -Il est revenu sur ses propres idées.  Il sera un soutien à la démocratie et au respect des droits de l'homme.  Il n'est pas un extrémiste», insiste-t-il. Étrange -portrait d'un homme, certes passé par la Sorbonne, à Paris, mais qui est considéré comme celui qui a poussé, en septembre 1983, à instaurer la charia dans l'ensemble du Soudan.
«La loi islamique a été utilisée -par tous les dictateurs au Soudan comme une arme d'oppression», commente Ghazi Suleiman. « Cependant, la charia. est sans conséquences en réalité.  Elle ne se traduit que par deux- ou trois punitions pour la consommation d'alcool et l'adultère.  Et elles ne sont pas appliquées», estime-t-il.
Pourtant, la charia demeure un sérieux point de contentieux entre les rebelles sudistes, qui réclament son abolition, et le régime islamique de Khartoum. Une nouvelle Constitution devrait être proposée dans les semaines à venir.  Contiendra-t-elle la référence à. la charia? «Moi-même, qui suis- un bon musulman, je supprimerais la charia car elle est contre l’intérêt des Soudanais, estime Ghazi Suleiman .Il faut unifier –ce pays.
Mais ce gouvernement ne peut pas supprimer la charia car il est arrivé au pouvoir en brandissant ce-drapeau», regrette -t-il.
Comme d'autres Arabes musulmans proches -de Tourabi, Ghazi Suleiman voit. dans la signature de- l’accord de paix début janvier entre la SPLA .(Armée de libération populaire du Sud) de John Garang et le régime islamique de Khartoum une formidable opportunité politique. «je pense que c'est le vrai début de I’indépendance de notre pays, martèle-t-il.  C'est la première fois dans l'histoire que nous alIons avoir des élections honnêtes et transparentes. ». Deux programmes vont s’opposer selon lui lorsqu'elles auront lieu dans trois ans. «Le nôtre appellera à un Soudan sécularisé et unifié.  Et je pense que nous allons gagner car c'est dans l'intérêt des- Soudanais.  Le second- programme est celui de l‘Etat religieux qui conduira à la désintégration de ce pays», poursuit-il.
À propos du Darfour, Ghazi Suleiman pense que la résolution de ce conflit repose désormais sur les seules épaules de John Garang. «Le conf7it du Darfour est la conséquence d'une lutte de pouvoir entre les islamistes à Khartoum.  Je pense que Garang, qui est maintenant- vice-président, résoudra la question du Darfour», souligne-t-il.

(par Adrien de Mun)
Mars 2005


 

Février 2005
 
Le Monde diplomatique 
février 2005
Accords avec le Sud, guerre au Darfour
Paix fragile et partielle au Soudan
Liberation 
22 février 2005
Kofi Annan lance un appel pour régler le conflit dans la province soudanaise.
Darfour, «un enfer sur terre» qui peine à mobiliser
Le Figaro,
19 février 2005
Nations Unies : L’ONU prend l’initiative sur le Darfour
Le Monde
18 février 2005 
Darfour : Washington bataille contre la justice internationale
Courrier International et AFP,
18 février 2005
L'UA et le Tchad veulent accélérer le règlement du conflit au Darfour
Jeune Afrique l’Intelligent,
17 février 2005
Darfour: une mission ira vérifier les positions des belligérants
Le Monde
17 février 2005
Entretien avec Jan Egeland, secrétaire général adjoint de l'ONU aux affaires humanitaires.
Le Monde
16 février 05 
Un projet de résolution a minima au Conseil de sécurité
La Croix
2 février 2005
Guerre civile : les pression internationales sur Khartoum ont pu favoriser la violence 
LA MUE DU SOUDAN PESE SUR LE CONFLIT DU DARFOUR
La Croix
1er février 2005 
L’ONU ne veut pas précipiter le retour des Soudanais du Sud

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Accords avec le Sud, guerre au Darfour
Paix fragile et partielle au Soudan
 
 
Le Monde diplomatique – février 2005

Par Gérard Prunier, chercher au CNRS, Paris, directeur du Centre français d’études éthiopiennes, Addis A-beba.
 
 

Le conflit meurtrier qu déchire le Soudan depuis vingt ans va-t-il enfin se terminer ? Les accords de paix signés le 9 janvier entre Khartoum et l’Armée Populaire de Libération du Soudan (APLS) prévoient un partage du pouvoir et de la manne pétrolière. Cependant, l’incertitude demeure quant à leur viabilité, car ils excluent une partie importante de l’opposition et ne règlent pas le conflit du Darfour.

Les accords de paix signés à Nairobi (Kenya), le 9 Janvier 2005, mettent fin à un conflit qui déchire le Soudan depuis vingt et un ans.  Les affrontements auraient fait près d'un million et demi de morts, plus de quatre millions de déplacés à l'intérieur du pays et 600 060 réfugiés dans les Etats limitrophes (1).  C'est donc à juste titre que la «communauté internationale» s'est réjouie de ce, accord politique, mais aussi économiques obtenu au terme de deux ans et demi d'improbables négociations.

Cependant la prudence s’impose, car le Soudan continue d’être le théâtre d’un conflit extrêmement violent dans la province occidentale du Darfour, conflit que les signataires de Nairobi n’ont pas abordé. En outre, les arrangements extrêmement complexes adoptés seront difficiles à faire appliquer à un personnel politique composite, issu tant de la guérilla chrétienne que du mouvement fondamentaliste musulman, auquel s’ajoutent des opposants nordistes et sudistes qui se plaignent de ne pas avoir été associés.

La guerre entre le nord et le sud du Soudan, à la fois culturelle et religieuse, remonté à un demi-siècle. En août 1955, alors que les Britanniques n'avaient pas encore évacué le pays, l'annonce d'un remplacement de leurs officiers britanniques par des Arabes avait provoqué la mutinerie de l'Equatoria Corps, unité militaire composée de soldats noirs. S'ensuivirent dix-sept années de guerre auxquelles mit fin l'accord de paix d'Addis-Abeba en février 1972.  Cette paix donnait aux trois provinces méridionales une relative autonomie dans un cadre confédéral. Mais la découverte, en 1979, de gisements de pétrole dans le Sud et le percement, un an plus tard, d'un énorme canal destiné à récupérer l'eau du Nil au bénéfice de l'Egypte (Jonglei Canal Project) amenèrent le président Gaafar Muhammad Nemeiry à abroger unilatéralement l'accord d'Addis-Abeba.

La guerre reprit en mai 1983 lorsque, une nouvelle fois, des unités noires de l'armée soudanaise se soulevèrent contre leur commandement arabe. Le colonel John Garang en prit la tête et créa l'Armée populaire (le libération du Soudan (APLS).  Conune le président Nemeiry était soutenu par les Etats-Unis, la rébellion trouva des'soutiens auprès de l'Ethiopie du colonel Menguistu Hailé Marïarn et de ses alliés du camp socialiste.  La fin de la guerre froide et la chute du régime Menguistu, en mai 1991., gffaibbrent gravement l'APLS et faillirent précipiter sa défaite.  Mais, à partir de 1993, l'Ouganda du président Youweri Museveni se substitua à l’Ethiopie défaillante. Un régime fondamentaliste islamique s’étant entre-temps installé à Khartoum en 198,l’APLS se retrouva, comme Kampala, très proche…des Etats-Unis.

Après plusieurs tentatives infructueuses durant les années 1990, Khartoum accepta de négocier sérieusement au lendemain du 11-Septembre. Le régime islamiste s’inquiétait d’une possible intervention militaire américaine, car il avait apporté son soutien à Al-Qaida lors de sa création. Des pourparlers s’ouvrirent au Kenya en 2002. Khartoum fit longtemps traîner les discussions, dans  l’espoir qu’un changement géopolitique lui épargnerait d’avoir à faire des concessions trop importantes. Il faut attendre novembre 2004 (et la réélection de M. George W. Bush) pour que le régime islamiste accepte de finaliser un accord global.

Entre-temps, en février 2003, la province occidentale du Darfour s’était elle aussi, révoltée contre le pouvoir central, montrant ainsi que le problème principal du Soudan était celui du monopole du pouvoir par une petite élite composée d’Arabes de la vallée du Nil et non pas un problème religieux. Le Darfour, en effet est à 100% musulman, et la guerre civile qui s’y déroule depuis deux ans n’est pas le fait d’une lutte « Arabes contre Africains », comme on l'a trop souvent écrit.  La lente extension de la guérilla vers la province purement arabe du Kordofan montre que, là aussi, le différend est économique et politique plutôt que religieux ou racial.

L’accord de paix du.,9 janvier n'est pas un accord, mais un ensemble d'accords séparés sur des sujets distincts et signés @a des dates différentes depuis l'été 2002.  Le premier de ces documents est connu sous le nom de « protocole de Machakos », du nom de la petite ville kényane où il a été signé en juillet 2002.  Il prévoit un' référendum d'auto détermination pour le Sud Soudan après une période intérimaire de six ans, elle-même précédée d'une période pré-intérimaire de six mois, soit un total de six ans et demi.  En septembre 2003, les parties en présence finirent par se mettre d'accord sur les « arrangements de sécurité ». Ceux-ci prévoient le retrait des troupes nordistes hors du Sud et celui des forces de l'APLS hors du Nord (3), ainsi que la création d' « unités conjointes intégrées » (UCI).  Ces UCI, qui devraient comprendre environ 40 000 hommes, seraient composées à égalité de forces issues de l'APLS et de forces de l'armée régulière.  Elles devraient être cantonnées dans les trois provinces du Sud ainsi que dans les régions frontalières Nord-Sud partiellement occupées par l'APLS (zone - d'Abyei, monts Nouba et sud de la province du Nil-Bleu). Un état-major commun est prévu. En dehors des UCI,  l’APLS comme le gouvernement seront autorisés à conserver leurs propre forces, cantonnées respectivement dans le Sud et dans le Nord.

En décembre 2003, un « accord sur le partage des richesses est obtenu. Il organise un règlement des questions foncières , la gestion du ministère des finances, l’établissement d’un double système bancaire (islamique [4] dans le Nord, classique dans le Sud), le contrôle des douanes et le système fiscal. Mais il prévoit surtout une répartition des très importants bénéfices du pétrole. En effet, depuis l'achèvement de l'oléoduc Heglig Port Soudan en 1999, le pays est devenu une puissance pétrolière moyenne.  Etant donné les cours mondiaux, les quelque 390 000 barils par jour (b/j) produits rapportent presque 1,9 milliard de dollars par an.  Le ministère de l'énergie a élaboré des plans d'expansion de la production qui devraient permettre de la pousser à 500 000 b/j fin 2005.  Si les prix se maintiennent, c'est donc une manne de plus de 2,5 milliards de dollars dont il faudra assurer la répartition d'ici un an (5).  L’accord sur les richesses prévoit un partage à égalité de l'argent du pétrole entre le Nord et le Sud.

Trois autres accords sont signés en mai 2004.  Le premier, et le plus important, concerne l'exercice en commun du pouvoir politique.  Selon ce document, M. Omar Hassan El-Béchir demeurera président et le colonel Garang deviendra vice-président, avec un pouvoir de veto sur les décisions du chef de l'Etat.  Un gouvernement conjoint sera formé pendant les six mois de la période pré-intérimaire avec 52 % des postes pour l'actuel parti unique (Mutammar al-Watani ou Congrès patriotique), 28 % allant à l'APLS, 14 % revenant à l'opposition nordiste (6) et 6 % aux forces sudistes non membres de l'APLS.  Dans ce même délai de six mois, une commission constitutionnelle doit élaborer une loi fondamentale, document dont le Soudan n’a jamais connu que des versions temporaires ou dictatoriales.

Un recensement sera organisé au bout de deux ans (le dernier date de 1982), permettant la tenue d’élections générales au bout de trois ans et demi, c’est à dire à mi-parcours de la période transitoire. Les deux autres documents, signés en mai 2004, prévoient des systèmes d’administration régionale intérimaires pour la zone d’Abyei à la frontière du Bahr el Ghazal et du Kordofan, pour les monts Nouba et pour le sud de la province du Nil Bleu. Il s’agit de trois régions au peuplement mixte arabe et négro-africain, partiellement musulmanes et partiellement chrétiennes, qui , bien que situées dans le Nord, ont subi des incursions de l’APLS pendant la guerre. Les deux derniers documents, signés à Naivasha, au Kenya, le 31 décembre 2004, rectifient diverses dispositions des accords de sécurité de septembre 2003 et le calendrier de mise en œuvre de tous les textes précédents.

La première faiblesse de ces accords tient à la nature même des signataires. Le régime est l’héritier directe du Front National islamique (FNI), formation fondamentaliste musulmane, qui avait obtenu environ 7% des voix lors des dernières élections libres, en avril 1986. Même en créditant le régime d’une sorte de « dividende de la paix », il est difficile d’imaginer qu’il représente plus de 15% de l’électorat. Par ailleurs, l’APLS, qui est désignée comme l’unique partenaire politique du régime, est loin de contrôler l’ensemble du Sud. Les divers partis politiques sudistes qui existaient en 1986 se sont maintenus « en filigrane » et représentent des forces non négligeables. Les milices anti-APLS qu’a longtemps utilisées le gouvernement sont loin d’être de simples organisations de « collabos » dénues d’enracinement local. Au sein de la grande ethnie des Nuers notamment, et parmi les tribus de l’Equatoria, l’APLS,  dont a base ethnique est très largement composée de Dinkas de la région de Bor n’est guère populaire. Compte tenu du fait  que, réfugiés et personnes déplacées inclus, le Sud ne représente que 25 à 30% de la population totale du pays, les signataires des accords de Nairobi n’ont dernière eux qu’environ 30% des masses soudanaises. Qu’en est-il donc des 70% restants. C’est bien évidemment la grande inconnue des prochaines élections.

Le colonel Garang un pari : il espère regagner dans le Nord au moins autant que ce qu’il perdra dans le Sud. En effet l’éclipse de l’important Parti communiste soudanais et l’incapacité des forces politiques de la gauche laïque à s’organiser provoquent uen sorte de « trou noir » dans la sociologie électorale soudanaise (7). M. Garang et l’APLS espèrent bien parvenir à récupérer des voix perdues à leur bénéfice, en dépit de la différence  culturelle entre cet électorat « arabe » et leur image « négro-africaine ». Mais arrivera-t-on jusqu’aux élections ?

La première embûche  est la persistance du conflit du Darfur qui a fait beaucoup plus de 70.000 victimes que la « communauté internationale » veut bien reconnaître (8). Cette crise est typique de la non-prise en compte des groupes humains qui ne se reconnaissent ni dans le régime de Khartoum ni dans l’APLS. Le Darfour, région entièrement musulmane peuplée tant de Négro-Africains que d’Arabes  ( mais très différents des Arabes de la vallée du Nil) a été victime depuis un siècle de la même marginalisation socio-économique et politique que le Sud. Mais son identité musulmane lui a fait prendre son mal en patience et accepter le discours des Arabes du groupe dominant lui promettant des récompenses qui ne sont jamais venues (9). Lorsqu’en 2002 les habitants de la province ont vu que l’APLS allait sans doute tirer le bénéfice concret de vingt ans de guerre, ils se sont révoltés en pensant que seule la violence leur permettrait d’accéder à la table des négociations. Ils en sont demeurés exclus et il probable qu’ils continueront à se battre jusqu’à ce qu’on les admette .

Quant au Sud peut-on penser que le régime de Khartoum procédera, dans la transparence nécessaire au transfert de sa part des revenus pétroliers ? L’APLS aura-t-elle assez de cadres formés pour prendre sa place au sein de l’administration centrale ? Quelles seront les relations entre le gouvernement nationale et celui que l’APLS est autorisée à organiser au Sud-Soudan ? Et si les choses ne se déroulent pas comme prévu, peut-on espérer que les officiers de l’APLS –dont beaucoup regardent avec suspicion la très longue période intérimaire- attendront sans bouger la date du référendum d’autodétermination en juillet 2011 ? La route vers une véritable paix va être longue pour un Soudan divisé, inégalitaire, riche dans le Nord, épuisé dans le Sud.

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(1) Lire Gérard Prunier, « Paix introuvable au Soudan , le Monde diplomatique, décembre 2002.

(2) Lire Jean-Louis Peninou, « Désolation au Darfour » Le Monde diplomatique, mai 2004.

(3) Les termes « Nord » et « Sud » se réfèrent à la frontière intérieure telle que définie par l’administration coloniale britannique dans les années 1920 et confirmée par l’accord depaix d’Addis-Abeba en 1972.

(4) C’est-à-dire en particulier ne pratiquant pas les prêtes à intérêts. Lire Ibrahim Warde : « Les principes religieux à l’épreuve de la mondialisation », Le Monde diplomatique, septembre 2001.

(5) Aucune des grandes compagnies pétrolières occidentales n’est impliquée dans la production. La Nile Petroleum Corporation, le consortium qui produit 90% du pétrole, appartient pour 50% à la Chia National Petroleum Corporation, pour 30% à la compagnie malaisienne Petronas, pour 25% à la compagnie nationale indienne ONGC-Videsh et pour 5% à la compagnie nationale soudanaise Sudapet. Les compagnies Total (France), Sonatrach (Algérie) et diverses compagnies russes et japonaises possèdent des permis en sommeil depuis vingt ans et non productifs.

(6) Cette opposition est plus ou moins organisée sous l’ombrelle de l’Alliance nationale démocratique (AND), en exil à Asmara et présidée par un vieux routier de la politique soudanaise, le président du Parti démocratique unifié (PDU), M. Mohamed Osman Al-Mirghani.

(7) Les vieux partis démocratiques  (PDU et OUMA) sont en effet largement religieux. De plus, ils sont usés par des années d’un pouvoir souvent ben mal exercé.

(8) Le nombre des morts pourrait atteindre 250 000 et ce cesse de s’accroître en raison de l’insécurité et de l’impossibilité pour le Programme alimentaire mondial de nourrir les personnes déplacés.

(9) A titre d’exemple, le Darfour, comme la France , avait en 2002, 170 kilomètres de routes goudronnés et un médecin pour 150 000 habitants.

De l'indépendance aux accords de Nairobi
Janvier 1956.  Indépendance du Soudan.  Proclamation de la République.  Cinq mois auparavant a eu lieu une insurrection de troupes sudistes.

Novembre 1958.  l’armée s'empare du pouvoir.

Octobre 1964.  Fin de la dictature militaire, à la suite d'une insurrection populaire.  Nouvelle expérience parlementaire.

1972.  Accords d'Addis-Abeba, mettant fin à la guerre civile dans le Sud.

1983.  Instauration de la charia ; reprise de la rébellion sudiste et création de l'Armée populaire de libération du Soudan (APLS).

Mars-avril 1985.  Une insurrection populaire et un coup d'Etat mettent fin à la dictature de M. Nemeiry.

30 juin 1989.  Coup d'Etat du général Omar El-Béchir, soutenu par les islamistes.
Novembre 1997.  Les Etats-Unis décrètent un embargo contre le Soudan.

Février-mars 2003.  Violents combats dans le Darfour entre les milices gouvernementales et les rebelles.

Septembre 2004.  Le Conseil de sécurité de l'ONU menace le Gouvernement soudanais de sanctions pétrolières.

9 janvier 2005.  Signa re d'un accord de paix entre l'Armée populaire de libération du Soudan (APLS) et le Gouvernement soudanais.
 
 

Février 2005


Kofi Annan lance un appel pour régler le conflit dans la province soudanaise.
Darfour, «un enfer sur terre» qui peine à mobiliser

(Liberation , Christophe Ayad, mardi 22 février 2005)

C'est un cas sans précédant dans l'histoire de l'ONU. Alors que le Conseil de sécurité s'apprête à envoyer 10 000 Casques bleus au sud du Soudan, la guerre civile continue de faire rage dans l'ouest, au Darfour. Verra-t-on cette situation surréaliste dans laquelle des troupes internationales restent l'arme au pied tandis que des massacres sont perpétrés à quelques centaines de kilomètres de là ? Il est vrai que surveiller un accord de paix, signé en grande pompe le 9 janvier à Nairobi, est plus facile qu'intervenir dans une région grande comme la France où rebelles, armée gouvernementale et milices politico-ethniques s'affrontent dans un théâtre d'ombres.
Appel au secours. Alarmé par l'intensification de l'offensive gouvernementale depuis la fin de l'année dernière, Kofi Annan a lancé la semaine dernière un véritable appel au secours au Conseil de sécurité. «Ces deux dernières années, nos congénères du Darfour ont vécu ce que l'on pourrait presque qualifier d'enfer sur terre», a déclaré le secrétaire général de l'ONU, en présentant le rapport de la Commission d'enquête sur les droits de l'homme au Darfour, qui dénonçait les crimes contre l'humanité commis principalement par l'armée soudanaise et les milices arabes pro-gouvernementales, les fameux Jenjawids.
Point d'achoppement. La déclaration de Kofi Annan a marqué les esprits mais aucune décision n'est venue prendre le relais. Le Conseil de sécurité ne cesse de tergiverser. Réuni depuis plusieurs jours déjà, il doit voter une résolution sur le Soudan. La cessation des combats au Darfour est le principal point d'achoppement. L'Union africaine, qui a décidé de faire du Darfour un test de sa capacité à gérer les conflits, s'est engagée à déployer 3 000 observateurs sur le terrain : une goutte d'eau dans l'océan. En plus du manque de moyens, les Africains sont divisés  les pays arabes s'opposent à une intervention armée, solidarité avec Khartoum oblige. Ils ne s'entendent que sur un seul point : la volonté de régler la crise du Darfour en famille, sans intervention de l'extérieur.
Face à l'impuissance de l'Union africaine, Kofi Annan appelle l'Otan et l'Union européenne à s'impliquer davantage. Une idée qui n'enchante guère Paris, pour qui c'est aux Africains de gérer cette crise et qui estime que l'Otan a déjà assez à faire comme ça. Quant aux Etats-Unis, leur position est ambiguë : après avoir qualifié ce qui se passait au Darfour de «génocide», l'administration Bush fait tout pour ne rien faire, tout en donnant l'impression de camper sur une ligne dure. Le Pentagone ne veut surtout pas entendre parler d'une intervention militaire et plaide pour un régime de sanctions. Pour parachever cette cacophonie, un autre point de la résolution de l'ONU prête à d'âpres polémiques : le cadre dans lequel seront jugés les responsables des atrocités au Darfour. Par hostilité de principe à la Cour pénale internationale (CPI), Washington milite pour la création d'un tribunal spécial. Les Européens y voient au contraire une occasion rêvée de faire fonctionner la CPI. 
«Solution interne». Dans ce contexte, Khartoum joue sur du velours. Dans un entretien à Libération, le chef de la diplomatie soudanaise, Moustafa Osman Ismaïl, se déclare prêt à «juger au Soudan les responsables d'exactions, quels qu'ils soient. Mais avant de juger, il faut ramener la paix.» Khartoum plaide pour une «solution interne» à la crise et compte sur la médiation de John Garang, le chef rebelle sudiste en passe de devenir vice-président du Soudan, pour «amener les rebelles à négocier». A négocier ou à se rendre ?
 

Février 2005


Nations Unies : L’ONU prend l’initiative sur le Darfour
 
Le Figaro, New York 19 février 2005, Guillemette Faure

«Les tueries, les attaques continuent à être perpétrées contre les habitants du Darfour », a dit Louise Arbour, la Haute Commissaire aux droits de l'homme devant le Conseil de sécurité en feuilletant les pages résumant le rapport de la commission d'enquête présenté mercredi dernier.  Sans aller jusqu'à parler de génocide comme l'a fait le Département d'État américain, le rapport accuse les forces gouvernementales soudanaises et les milices arabes Janjawids de s'être rendues coupables au Darfour de crimes de guerre s'apparentant à des crimes contre l'humanité. Aucune initiative concrète n'a toutefois été entérinée. Les appels des organisations humanitaires se font pourtant de plus en plus pressants. «Le pouvoir et la responsabilité de faire quelque chose pour cette-grave crise sont entre vos mains », a insisté Kofi Annan face au Conseil, «Une fois de plus, j'appelle le Conseil de sécurité à agir d'urgence pour stopper les crimes et les souffrances au Darfour».
Principale source d'atermoiement : l’autorité à saisir pour le jugement des criminels de guerre, en particulier les 51 noms inscrits sur une liste remise sous scellés au Secrétaire général.  Louise Arbour a répété qu'il fallait qu'ils soient traduits devant la Cour pénale internationale (CPI). Douze des quinze pays membres du Conseil en sont convaincus. Mais les Américains, appuyés par l'Algérie et la Chine, n'ont jamais caché leur hostilité à tout ce qui pourrait légitimer l'autorité de la CPI. Pierre-Richard Prosper, l'ambassadeur américain pour les crimes de guerre, plaide, lui, pour l'établissement d'un tribunal à Arusha en Tanzanie adapté de celui qui a jugé les victimes du génocide rwandais, « système hybride » géré par les Nations unies en coordination avec l'Union africaine. Pour Louise Arbour, la saisine de la CPI est «la seule manière crédible de poursuivre les auteurs (des crimes) en justice », alors que la mise en route d'un tribunal ad hoc prendrait du temps. Et, à la différence de l'époque où se prenait la décision de référer les victimes du génocide rwandais au tribunal d'Arusha, a-telle insisté, tant que s'allonge cette fenêtre d'impunité, les atrocités continuent au Darfour.
Entre États membres, sur fond de réconciliation transatlantique affichée, personne ne souhaite insister sur cette fracture. Les Américains, les plus actifs sur le dossier Darfour pour faire adopter des sanctions, désormais pris à partie par les humanitaires sur la CPI, font circuler un projet de résolution avec le plus petit dénominateur commun. Leur texte appelle à l'envoi d'une force de maintien de la paix de 10 000 hommes - l'Unmisud - chargée de faire appliquer les accords de paix Nord-Sud signés en janvier dernier, mais il ne semble pas que son mandat inclura le Darfour. La résolution affirme la détermination du Conseil à vouloir poursuivre les criminels de guerre en justice, mais elle pourrait être adoptée dans les deux semaines sans qu'un nom de tribunal y soit mentionné.
 

Février 2005


Darfour : Washington bataille contre la justice internationale
 
Le Monde 18 février 2005 

Les Etats-Unis font tout pour éviter que la CPI ait à traiter des violences dans l'ouest du Soudan.
Toutes les associations de défense des droits de l'homme voudraient que la Cour pénale internationale (CPI) soit saisie du dossier du Darfour, comme le recommandait la commission d'enquête de l'ONU sur le Soudan dans son rapport remis le 1er février au Conseil de sécurité, en espérant que la poursuite des responsables des crimes commis dans cette région "contribuerait à restaurer la paix". 
Pour les organisations non gouvernementales (ONG), comme pour les pays européens qui ont soutenu leur demande, le cas du Darfour, vu l'ampleur des exactions qui y sont perpétrées, correspond très exactement à ce pour quoi la Cour internationale a été créée, à savoir mettre fin à l'impunité des auteurs des crimes les plus graves. Cette gravité a été confirmée par la commission de l'ONU qui parle dans son rapport de "crimes contre l'humanité".
VOCATION UNIVERSELLE
Une saisine de la CPI par le Conseil de sécurité aurait, d'autre part, constitué, aux yeux des militants des droits de l'homme, une consécration pour la Cour, la première reconnaissance officielle de sa vocation à l'universalité.
Le Darfour est un de ces dossiers dont la CPI ne peut se saisir elle-même, sur la seule initiative de son procureur, car le Soudan n'a pas adhéré au traité qui a créé la Cour. Dans de tels cas, seul le Conseil de sécurité peut mandater la CPI. S'il le faisait, au nom de la communauté internationale tout entière, il confirmerait la légitimité de la juridiction internationale contre tous ceux qui la récusent, à commencer par les Etats-Unis, qui livrent à la CPI depuis quelques années une guerre sans merci.
Les ONG ont pu espérer un moment remporter cette victoire. Les Américains avaient en effet été les premiers à qualifier officiellement de "génocide" les événements du Darfour, ce qui en droit international oblige à des poursuites. Pris au piège de ce langage qu'ils ne pouvaient pas laisser sans suite, n'allaient-ils pas être contraints de céder à la demande des Européens de saisir la Cour, ou au moins de les laisser faire, en se bornant à s'abstenir au Conseil de sécurité?
C'était sous-estimer l'hostilité de l'administration américaine à la CPI. Depuis plusieurs semaines, des tractations animées ont lieu entre les capitales et dans les coulisses du Conseil de sécurité à l'ONU. Les ONG travaillent au corps les Européens pour qu'ils tiennent bon, et les Américains refusent toute concession, rouvrant au sein des relations atlantiques un de ces conflits que le passage de George Bush à son second mandat n'a pas suffi à abolir.
La Grande-Bretagne avait un moment imaginé, pour sortir de cette polémique transatlantique, un compromis qui fit frémir les ONG. Elle suggérait que les Etats-Unis renoncent à opposer leur veto à une saisine de la Cour par le Conseil de sécurité sur le Darfour, en échange de quoi le Conseil aurait garanti en substance que les soldats américains en opérations extérieures échapperaient à la juridiction de la CPI.
Cette immunité de juridiction pour leurs ressortissants est ce que les Etats-Unis recherchent avec obstination depuis quelques années : moyennant chantage et pressions, ils concluent avec les Etats des accords bilatéraux stipulant que des citoyens américains ne peuvent faire l'objet d'un transfert à la CPI ; à deux reprises, en 2002 et 2003, ils ont, d'autre part, arraché au Conseil de sécurité une déclaration garantissant pour un an cette immunité aux personnels participant à des opérations mandatées par l'ONU. Ces déclarations enfreignent le statut de la CPI ; en juillet 2004 (après le scandale de la prison d'Abou Ghraib en Irak), les Européens s'étaient rebellés et le Conseil avait refusé de souscrire à la demande américaine.
L'idée de compromis avancée par les Britanniques à propos du Darfour a provoqué les protestations d'ONG, comme la Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH), qui dans un de ses récents communiqués appelait les membres du Conseil à ne pas se livrer à un tel marchandage, définitivement préjudiciable à la CPI. Mais, de toute façon, les Etats-Unis n'étaient même pas prêts à entendre cette proposition d'arrangement : ils ne veulent à aucun prix de saisine de la CPI par le Conseil de sécurité.
CAMPAGNE DE DÉNIGREMENT
Le conflit reste donc ouvert et le projet de résolution sur le Darfour que les Etats-Unis font actuellement circuler au Conseil de sécurité, s'il dit que les criminels doivent être poursuivis, ne dit pas par qui. La proposition avancée, ces dernières semaines, par Washington sur ce point continue de se heurter à l'opposition des Européens. Les Etats-Unis suggèrent qu'un nouveau tribunal ad hoc (sur le modèle de ceux de La Haye pour l'ex-Yougoslavie et d'Arusha pour le Rwanda) soit mis sur pied et qu'il bénéficie de la logistique du tribunal d'Arusha.
Poursuivant leur campagne de dénigrement contre la CPI, ils laissent entendre que cette dernière ressemble à une "Cour européenne" et qu'un "tribunal africain" serait préférable. A quoi l'organisation Human Rights Watch répondait, mercredi, en rappelant que l'Afrique a joué un rôle majeur dans la création de la CPI et que la moitié des pays membres de l'Union africaine ont ratifié le traité qui l'a créée.
Les pays européens font valoir pour leur part que le tribunal d'Arusha est déjà surchargé par les dossiers rwandais, que depuis plusieurs années le Conseil de sécurité (Etats-Unis compris) recommande aux deux tribunaux ad hoc, qui coûtent cher, d'accélérer leurs travaux et de fermer leurs portes au plus vite ; enfin que la CPI, par définition, a vocation à se substituer à tous les tribunaux ad hoc. C'est à cette fin qu'elle a été créée.
(Stéphanie Maupas (à La Haye) et Claire Tréan)

"Le meilleur moyen contre l'impunité"
Le haut commissaire des Nations unies pour les droits de l'homme, Louise Arbour, a estimé, mercredi 16 février devant le Conseil de sécurité de l'ONU, que la Cour pénale internationale (CPI) était le meilleur moyen de lutter contre l'impunité dans la province soudanaise du Darfour. Présentant au Conseil de sécurité le rapport de la commission internationale d'enquête sur le Darfour, Mme Arbour a estimé que la CPI constituait le "seul moyen crédible de traduire en justice les auteurs" des crimes dans la province. Selon elle, toute solution alternative serait soit inappropriée, soit trop coûteuse et trop lente. La Commission d'enquête a établi que "les forces gouvernementales soudanaises et les milices ont commis des attaques indiscriminées, notamment le meurtre de civils, des actes de torture, des disparitions forcées, la destruction de villages, le viol et d'autres formes de violence, de pillage et de déplacement forcé, dans tout le Darfour". "Ces actes ont été menés de façon systématique et répandue et peuvent donc constituer des crimes contre l'humanité", a estimé Mme Arbour.- (AFP.)
 

Février 2005


L'UA et le Tchad veulent accélérer le règlement du conflit au Darfour
 
Courrier International et AFP, N’Djamena, 18 février 2005

L'Union africaine (UA) et la médiation tchadienne ont manifesté après plusieurs mois de tergiversations leur volonté de donner un sérieux coup d'accélérateur au règlement de la crise qui déchire le Darfour, lors de deux réunions mercredi et jeudi à N'Djamena. 
Tour à tour, plusieurs chefs d'Etat africains, dont ceux du Tchad et du Soudan, puis la commission conjointe de cessez-le-feu ont adopté une série de recommandations destinées à mettre, enfin, un terme aux combats qui ensanglantent la province soudanaise depuis deux ans. 
Signé en avril 2004 dans la capitale tchadienne, ce cessez-le-feu souffre de multiples violations dont s'accusent mutuellement le gouvernement de Khartoum et les deux principaux mouvements de rébellion de la région. Ces violations sont telles qu'elles ont provoqué la suspension des pourparlers de paix d'Abuja et motivé le sommet de mercredi. 
Hôte de la réunion, le président tchadien Idriss Deby a dressé devant ses pairs un état des lieux "préoccupant" de la situation sur le terrain comme des efforts de médiation entrepris pour mettre un terme à une guerre qui, selon l'Onu, a déjà fait 70.000 morts et 1,6 million de déplacés et réfugiés, notamment dans son pays. 
"Nous avons noté notre incapacité à parvenir à sécuriser les populations victimes du conflit et l'anarchie qui semble gagner du terrain", a-t-il relevé. "Le cessez-le-feu est violé par toutes les parties (et) les humanitaires n'arrivent pas à porter secours aux populations". 
Pour tenter de mettre un terme aux combats, les chefs d'Etat puis la commission conjointe de cessez-le-feu ont décidé l'envoi, dans des délais qui restent à préciser, d'une "mission de vérification", chargée notamment d'établir une carte des forces en présence afin de les séparer. 
Ils ont aussi promis le renforcement des effectifs de la petite force d'observation de l'UA en cours de déploiement au Darfour et sa transformation en une vraie "force de maintien de la paix". 
Mais plus que ces mesures, plutôt timides, c'est le ton ferme employé par certains responsables à N'Djamena et leur volonté d'imposer aux belligérants une reprise rapide, au plus haut niveau et sans préalable des discussions de paix d'Abuja qui a tranché. 
"L'heure n'est plus aux palabres interminables", a averti Idriss Deby. "Il nous faut agir vite et bien avec ceux qui veulent rester dans une logique de la paix. Il n'est pas question de s'enfermer dans ce dialogue de sourds qui caractérise les pourparlers actuels de paix", a-t-il menacé. 
Même tonalité dans le discours du président de la Commission de l'Union africaine (UA). "Nous ne pouvons pas accepter les dérives actuelles", a martelé Alpha Oumar Konaré, avant de lancer aux parties que "la paix au Soudan sera faite par les Soudanais eux-mêmes". 
Mais malgré ces appels pressants, les débats acharnés qui ont retardé jeudi soir l'adoption du communiqué final de la commission conjointe ont rappelé la largeur du fossé qui sépare les autorités de Khartoum des rebelles du Mouvement de libération du soudan (MLS) et du Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM). 
Si les deux parties ont accepté de retirer leurs forces de la ligne de front, la méfiance reste plus que jamais de mise. "Nous sommes prêts à montrer nos positions sur le terrain", a déclaré Adam Sugar, coordonnateur du MLS, "mais nous ne sommes pas sûrs que l'autre partie se retirera des positions occupées d'avant le 8 décembre 2004". 
"Nous voulons la paix. La preuve c'est que nous l'avons fait pour le Sud Soudan", a lui assuré le ministre soudanais des Affaires étrangères, Tidjani Al Fidail, en référence aux accords signés en janvier avec les rebelles sudistes. "Mais pour cela, il faut de la volonté politique de l'autre côté". 
La date de reprise des pourparlers d'Abuja n'a toujours pas été fixée. 

Février 2005


Darfour: une mission ira vérifier les positions des belligérants
 
Jeune Afrique l’Intelligent, 17- 02- 2005
 

SOUDAN - 17 février 2005 – AFP

La commission conjointe de cessez-le-feu au Darfour a annoncé jeudi soir, à l'issue de sa 7ème session à N'Djamena, l'envoi dans la province soudanaise d'une équipe chargée de vérifier les positions des belligérants et de s'assurer du respect du cessez-le-feu. 
La commission a décidé "l'envoi sur le terrain au darfour d'une équipe de vérification des positions occupées par les forces en présence en vue d'élaborer un plan de séparation de ces forces et également de vérifier l'effectivité de la proclamation du cessez-le-feu par les parties", a indiqué le communiqué final lu au terme de la réunion. 
Le calendrier de déploiement de cette mission n'a pas été précisé dans ce texte, dont l'adoption a suscité de très longs débats entre la médiation tchadienne, le gouvernement de Khartoum et les deux principaux mouvements de rébellion du Darfour. 
Afin de faciliter la tâche de son équipe, la commission a par ailleurs demandé à ces deux mouvements, le Mouvement de libération du soudan (MLS) et le Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM), de lui "communiquer sans délai (...) les positions occupées par leurs forces". 
Elle a également demandé au gouvernement soudanais de retirer ses troupes de trois localités (Labado, Ishma et Draida) dans un délai de deux semaines. 
Conformément aux résolutions adoptées mercredi à l'issue d'un sommet de plusieurs chefs d'Etat africains dans la capitale tchadienne, la commission conjointe a par ailleurs "recommandé à la Commission de l'Union africaine d'élever le statut des troupes de l'UA au Darfour de compagnies en bataillons et de les équiper en armes appropriées". 
L'UA y dispose actuellement d'une petite force d'observation du cessez-le-feu, qui doit être portée à un peu plus de 3.000 hommes. 
En outre, la commission s'est prononcée pour "la préparation active par la médiation de l'Union africaine et du Tchad des conditions de la reprise rapide et vigoureuse des prochains pourparlers de paix d'Abuja en vue d'un accord entre les parties sur la crise", a ajouté le texte. 
"Elle exige la participation des parties au prochain round de négociations au plus haut niveau sans condition préalable", a poursuivi le communiqué. 
Les pourparlers intersoudanais d'Abuja, sous médiation de l'UA, avaient été suspendus en décembre dernier en raison des violations répétées du cessez-le-feu signé le 8 avril 2004 à N'Djamena. Les rebelles comme le gouvernement soudanais avaient alors conditionné leur retour à la table des négociations à des retraits réciproques de leurs forces. 
Ouverte mercredi après-midi, la 7ème session de la commission était présidée par le chef de l'Etat tchadien Idriss Deby et le président de la Commission de l'UA Alpha Oumar Konaré. 
Déclenchés en février 2003, les combats au Darfour ont déjà fait plus de 70.000 morts et environ 1,6 million de déplacés et réfugiés, notamment au Tchad, selon l'Onu. 

Février 2005


Entretien avec Jan Egeland, secrétaire général adjoint de l'ONU aux affaires humanitaires.
 
Le-monde-2005-02-17
 
 

"Nous ne pouvons pas attendre un jour de plus" au Darfour

Faute d'une force internationale suffisante, l'aide ne peut être distribuée.
New York (Nations unies) de notre correspondante

Le Conseil de sécurité a commencé à discuter d'un projet de résolution sur le Soudan. Est-ce qu'il répond à la situation sur le terrain ?

Il y a beaucoup d'éléments positifs dans ce projet de résolution.  Le Conseil de sécurité a enfin décidé de faire pression. J'aimerais voir plus, bien sûr. Mais je m'occupe de questions humanitaires. Je ne suis pas là pour commenter tel ou tel projet.
Mon message est celui-ci : il n'y a pas assez de pressions, pas assez de sanctions contre ceux qui commettent des crimes de masse, il n'y a pas d'autre mot. Les criminels ont été identifiés par le rapport très détaillé de la Commission internationale d'enquête. Ils viennent de tous les bords. Ils ne devraient pas pouvoir s'en tirer sans répondre de leurs actes.

Quelle est la situation humanitaire ?

Nous ne parvenons pas à déployer l'aide humanitaire. Nous avons des convois, nous avons entre 600 et 700 camions. Mais ne pouvons pas les utiliser à cause des combats, des pillages, des menaces contre les travailleurs humanitaires. Nous avons besoin d'une force de l'Union africaine robuste qui puisse secourir les femmes et les enfants sans défense de même que les travailleurs humanitaires.
Quand je pense à ce qui s'est passé ces derniers mois au Darfour, je suis en colère. La réponse qui a été déployée en faveur des pays affectés par le tsunami a été exceptionnelle. Pour le Darfour, nous manquons à tous nos devoirs. La population civile est la proie de groupes de plus en plus irresponsables : le gouvernement, les milices qui lui sont affiliées, d'autres milices ethniques, les rebelles. Tous sont à blâmer pour les pertes massives en vies humaines. Et elles continuent.

Cela fait des mois que l'Union africaine doit déployer 3 000 hommes. Il n'y en a même pas 2 000 sur place. Pourquoi ?

C'est une question qui me dépasse. Ces 2 000 hommes travaillent de manière remarquable. Mais il est clair qu'ils ne sont pas assez nombreux. Nous avons besoin de cinq fois ce nombre. L'éléphant ne devrait pas accoucher d'une souris mais d'un éléphant. Si l'Union africaine, si les pays du G8, si l'Union européenne et les Etats-Unis disent que le Darfour est prioritaire et que tout ce qu'ils apportent, c'est 2 000 hommes en l'espace d'un an, alors clairement il y a un problème.

Après des années d'interventions humanitaires, le Darfour signale-t-il un recul de l'idée d'ingérence ? On voit certains pays dire qu'on ne peut rien faire si le gouvernement de Khartoum n'est pas d'accord.

Il y a eu plusieurs phases. L'hiver dernier, les humanitaires ont essayé d'alerter la communauté internationale. Je l'ai moi-même dit dès novembre-décembre 2003 : c'est la pire crise humanitaire du moment. Il n'y a pas eu beaucoup de réponses. On m'a même dit : "Ne parlez pas du Darfour : il y a des progrès dans le conflit Nord-Sud."
En avril 2004, le Conseil de sécurité s'est réveillé. Cela a fait une grande différence. Le "mur de Berlin" autour du Darfour est tombé. D'avril à juin, nous avons pu travailler. Nous avons eu accès au Darfour grâce aux pressions du Conseil de sécurité. Nous, les humanitaires, nous avons été lents mais à la fin de l'été, une organisation impressionnante était en place. C'est là, peut-être qu'il y a eu une erreur. Une erreur comparable à celle qui avait été commise avec les zones sûres de Bosnie. La communauté internationale s'est dit : "Les humanitaires arrivent à maintenir ces gens en vie. Il n'y a pas de famine. Il n'est plus nécessaire d'augmenter la pression." C'était une erreur stratégique. Le gouvernement s'est libéré de la contrainte. Et les rebelles aussi.
Nous étions face à 1 million de personnes déplacées. Maintenant nous approchons 2 millions. On estime à 1,8 million le nombre de déplacés. Et il y a entre 600 000 et 700 000 personnes à l'extérieur des camps. Ils ont désespérément besoin d'aide. Tout cela survient au moment où il devient très difficile d'opérer, du point de vue de la sécurité. Nous ne pouvons pas y arriver si nous n'avons pas un engagement politique plus fort de la part des responsables mondiaux d'assurer la sécurité.

Le projet de résolution demande à Kofi Annan de trouver les moyens de renforcer les capacités de l'Union africaine. Mais en six mois. Vous allez attendre six mois ?

Nous ne pouvons pas attendre un jour de plus ! Si nous avons pu avoir des dizaines de milliers de tonnes de secours et des centaines d'hélicoptères pour le tsunami, nous devrions être capables d'aider l'Union africaine à déployer quelques milliers de soldats.

Dans les milieux conservateurs américains, on entend que, comme pour l'Irak et la gestion des sanctions, l'ONU est en train d'échouer au Darfour, faute de tomber d'accord au Conseil sur une stratégie "dure". Est-ce un test pour l'ONU ?

Nous avons fait notre part. Le secrétaire général a fait sa part. L'ONU n'a pas d'armée permanente. Mais elle a une capacité humanitaire permanente. Celle-ci est en place. Beaucoup de ceux qui critiquent, en revanche, n'ont pas fait leur part.

Propos recueillis par Corine Lesnes

Février 2005


Un projet de résolution a minima au Conseil de sécurité
 
LE MONDE | 16.02.05 

New York (Nations unies) de notre correspondante
Sachant que les femmes du Darfour risquent le viol dès qu'elles sortent des camps de réfugiés, et que la communauté internationale n'est pas prête à envoyer des casques bleus pour les protéger, l'Unicef a développé un moyen ingénieux pour réduire le nombre d'attaques : un fourneau qui consomme moins de bois et nécessite moins de déplacements
Cette innovation résume bien l'impuissance des humanitaires au Darfour. Cela fait un an qu'ils ont donné l'alerte. Jusqu'ici, ils n'ont vu arriver que quelque 2 000 soldats de l'Union africaine. La commission internationale d'enquête mandatée par Kofi Annan, en octobre 2004, n'a pas conclu à des actes de génocide. Mais elle a conclu à des "crimes contre l'humanité" et à des "crimes de guerre". Au chapitre viols, elle a établi des enlèvements et plusieurs cas particuliers, comme l'attaque du village de Kailek, où "jusqu'à 30 000 personnes ont été enfermées pendant une cinquantaine de jours". Certaines filles "avaient à peine dix ans". Selon l'Unicef, des dizaines de bébés sont nés de ces viols, utilisés comme une arme de guerre et d'humiliation.
Le rapport de la commission d'enquête doit être examiné mercredi 16 février par le Conseil de sécurité. Il a déjà été abondamment diffusé par la presse mais le Conseil a attendu, pour s'en saisir, sa traduction dans les 5 autres langues de l'ONU pour être sur d'avoir bien lu. En même temps, le Conseil a reçu un projet de résolution introduit par les Etats-Unis.
Pour espérer emporter l'adhésion du Conseil (qui, jusqu'à présent, a voté à 11 voix de majorité sur 15 membres, la Chine, la Russie, le Pakistan et l'Algérie préférant s'abstenir de condamner Khartoum), les Américains ont réduit leurs ambitions. Les sanctions pétrolières contre le gouvernement soudanais ne sont mentionnées qu'à titre de menace (Pékin, qui a des intérêts pétroliers au Soudan, s'y oppose). Le texte propose des sanctions individuelles contre les individus coupables de violations du cessez-le-feu. Celles-ci devront être décidées par un comité ad hoc, formé des 15 membres du Conseil. Mais la règle du consensus s'applique dans les comités de ce type.
Sur le jugement des criminels, le texte reste évasif. Les criminels devront être punis mais le projet ne dit pas où. Les Américains, qui rejettent la Cour pénale internationale (CPI), ne mentionnent pas leur idée de tribunal ad hoc, à Arusha (Tanzanie). Elle n'a pas beaucoup séduit. Nombre de pays se demandent pourquoi chercher ailleurs alors qu'existe la CPI, instance recommandée par la commission d'enquête.
DÉLAI DE 60 JOURS
Pour éviter le clash, Américains et Européens pourraient reporter la question à un futur texte. Pendant ce temps, la liste des criminels attend. Elle a été établie par la commission d'enquête. Elle est contenue dans une enveloppe scellée, dont personne n'a eu connaissance, pas même Kofi Annan. Le secrétaire général attend que le Conseil décide à quelle instance judiciaire il doit la confier.
Dans l'immédiat, les humanitaires attendent, eux, de l'aide. Sur ce point, le texte américain ne leur est pas d'un grand secours. Il prévoit de demander au secrétaire général de faire un rapport dans les 60 jours sur les moyens de renforcer la mission de l'Union africaine, ce qui paraît bien éloigné des réalités du terrain.
Le texte recommande enfin la création d'une force de l'ONU de 10 000 hommes dans le Sud pour superviser l'accord de paix qui a mis fin à vingt ans de guerre civile. L'ex-leader rebelle du sud John Garang a posé des exigences pour le déploiement des casques bleus : pas de musulmans, pas de ressortissants de pays ayant des intérêts pétroliers dans la région. Sur sept pays contributeurs de troupes potentiels, cela ne laisserait que le Népal. Certains diplomates s'inquiètent aussi d'une situation où 10 000 observateurs se prélasseraient dans le Sud alors qu'on s'entre-tue dans l'Ouest, au Darfour.
Corine Lesnes

Février 2005


Guerre civile : les pression internationales sur Khartoum ont pu favoriser la violence

LA MUE DU SOUDAN PESE SUR LE CONFLIT DU DARFOUR
 

La Croix, 2 février 2005

Khartoum (de notre envoyé spécial)

Une cellule spéciale pour le Darfour a été mise en place au sein de l’Organisation des Nations .Unies pour l’enfance (Unicef) à Khartoum, la capitale soudanaise. Son chef, Keith M.McKenzie, veut faire du Darfour la priorité de l’Unicef.
« La situation ne s’arrange pas. Elle se détériore depuis deux à trois mois, souligne-t-il. Les conflits se sont accentués. Toutes les parties ont violé le cessez-le-feu. De plus en plus de gens viennent dans les camps auxquels ont a de moins en moins accès. On travaille avec les différentes factions pour obtenir d’elles un accord de paix ou, au moins, le respect du cessez-le-feu. ». Curieusement, les « factions » désignent dans sa bouche aussi bien les nomades en quête de pâturages que les milices montées arabes, armées par le gouvernement soudanais, l’armée et la police soudanaise , ou les rebelles du Mouvement de Libération du Soudan (SLA) et ceux du Mouvement Justice et Egalité (JEM), ainsi que les bandits qui pullulent dans cette région.
Pourtant, aux yeux de Hamza Sin Ejkhatim, journaliste au quotidien Soudan Vision, ce conflit ancien se résume facilement. « C’est un vieux problème.  Il oppose les nomades arabes du Nord aux populations d’agriculteurs africains du Sud, explique-t-il. Les uns et les autres sont régulièrement en conflit. C’est pourquoi ils ont signé des accords dans le passé qui autorisent, par exemple, les nomades a emprunter certains couloirs à travers les champs pour trouver des pâturages en période de sécheresse. Mais avec la sécheresse persistante de ces dernières années , les nomades n’ont pas eu d’autres choix que de descendre encore plus vers le Sud, sur les terres qui leur sont interdites. Et des conflits ont éclaté ».
La situation stratégique des montagnes du Darfour fait de cette région un des rares lieux où une rébellion armée est possible, ce qui la rend d’autant plus séduisante aux yeux de tous ceux qui ont des armes et des ambitions. Ces montagnes sont, en effet,  au milieu du désert et à la frontière de deux pays, ce qui favorise les soutiens et l’impunité.
« Il y a tant de pays étrangers qui veulent s’immiscer dans le problème du Darfour afin  de tirer avantage de ses immenses richesses », analyse Bakri Ahmed Ali,  vice-président de l’Oumma, le principal parti de l’opposition nordiste. Avec la fin de la guerre Nord-Sud, l’ancien ordre politique est conduit à mourir afin  d’en laisser naître un autre. Ce conflit du Darfour s’est nourri de cette mue.
Ainsi, en février 2003, alors que les négociations de paix entre la guérilla sudiste (SPLA) de John Garang et le régime islamiste de Khartoum se concrétisaient, un nouveau groupe armé est apparu dans l’Ouest du Soudan et s’est autoproclamé « Mouvement de Libération du Soudan/Armée » (SLM/A). Composé principalement de membres des ethnies Four, Zaghawa et Masalit, il s’est attaqué à des cibles gouvernementales. .Deux mois plus tard, un  second groupe armé est apparu, le « Mouvement Justice et Egalité » (JEM). 
Ces deux groupes déclarent avoir pris les armes pour lutter contre la « marginalisation » du Darfour. En réalité, ils entendent, à l’exemple de la SPLA, obtenir d’importantes concessions –surtout économiques – du gouvernement, par la violence. « Khartoum ne parle qu’à ceux qui ont des armes »,a souligné le président du SLA, Abdel Wahed Mohamed Nur.
Le régime islamique de Khartoum a réagi de façon désordonnée à la violence de ces groupes rebelles, notamment en bombardant des villages et en donnant des armes aux populations nomades du Darfour. Ces dernières, fortes de ce soutien, en ont profité pour régler d’anciens conflits,  brûlant des villages, massacrant la population.
Les Nations Unies estiment à plus de deux millions les personnes déplacées par les combats. L’été dernier,  Washington a lâché le mot de « génocide », sans convaincre la communauté internationale.
Le Darfour représente plus jamais le territoire opportun pour tous ceux qui n’ont pas trouvé leur compte dans le traité de paix signé à Nairobi le 9 janvier, entre la SPLA et Khartoum. La tâche sera donc rude pour le nouveau vice-président, l’ancien rebelle John Garang, qui a soutenu militairement les rebelles dans le Darfour et qui devra prouver qu’il est capable d’étendre au reste du pays la paix qu’il a obtenue pour le Sud. Les négociations en cours à Abuja, au Nigeria, sont considérées comme une base de travail 
ADRIEN DE MUN 

Des violences qui relèvent du crime contre l’humanité

Des crimes contre l’humanité ont été commis au Darfour, a affirmé lundi soir une commission d’enquête de l’ONU,  qui a cependant exonéré le gouvernement soudanais de l’accusation de génocide. Composée de cinq juges internationaux,  elle accuse en particulier les forces gouvernementales et les milices arabes djandjawids d’avoir mené des attaques à travers le Darfour, avec meurtres de civils, tortures, enlèvements, destructions de villages, viols, pillages et déplacement forcés. Elle accusé également les rebelles d’être responsables de sérieuses violation des droits de l’homme.

Les Nations Unies estiment à plus de deux millions les personnes déplacées par les combats.

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Février 2005


L’ONU ne veut pas précipiter le retour des Soudanais du Sud
 
La Croix, 1er février 2005 

L’accord de paix du 9 janvier dernier donne à des millions de soudanais l’espoir de rentrer chez eux. Mais les conditions au Sud sont extrêmement précaires.

Khartoum -  De notre envoyé spécial

« Je m’appelle Yaye. Je suis de l’ethnie Dinka, de la région de Bahr el Ghazal. Je suis arrivé à Khartoum en 1997, à cause de la guerre. Mon grand père a été tué. J’ai dû quitter mes parents. Je ne sais pas ce qu’ils sont deven us. Ainsi, je suis ici seul et je me suis débrouillé seul. Si la paix revient, j’espère qu’il y aura une organisation avec des véhicules qui pourra nous amener là où je suis né ».
Combien sont-ils ces soudanais qui ont fui la guerre dans le Sud et s’entassent depuis des années à la périphérie de Khartoum ? Trois à quatre millions selon les sources. La plupart sont au chômage . Ils vivent dans des abris de fortune composés de papyrus, de cartons ou de ferraille  .es femmes sont souvent vendeuses de thé ou domestiques. Les hommes font des petits boulots.
Yaye fabrique des briques. Les cicatrices rituelles qui marquent son front témoignent des coutumes de sa tribu dans le village de son enfance. Son désir de retour aux sources est immense. Or, la fin de la guerre au Sud, signée le 9 janvier dernier entre le gouvernement soudanais et l’Armée de libération populaire du Sud-Soudan (SPLA) de John  Garang, ne va pas subitement permettre un retour à la normale. Comme la plupart des déplacés, Yaye n’a pas d’économies. S’il parvient à revenir dans son village natal, il devra recommencer une vie totalement nouvelle en devenant cultivateur ou éleveur.
Pour Jean-Marie Fakhouri, directeur du Haut Commissariat aux réfugiés des Nations Unies (HCR) au Soudan, le retour des déplacés et des réfugiés devra être progressif. « Nous avons environ 500.000 réfugiés qui sont disséminés entre l’Ouganda, le Kenya, le Congo et la Centrafrique . Les conditions dans le Sud-Soudan ne sont pas prêtes pour les recevoir tous. Le HCR a commencé à préparer le terrain pour ce retour qui sera, je l’espère, planifié et pleinement volontaire aussi bien pour les réfugiés que pour les déplacés » souligne-t-il.
Mais il faudra du temps. Dans les camps, ces réfugiés ont pu envoyer leurs enfants à l’école et bénéficier de soins médicaux. Il serait  impensable , aux yeux de Jean-Marie Fakhouri de les encourager à rentrer dans des lieux où ils ne trouveront pas des facilités au moins équivalentes. « Au total, l’ONU a demandé 1.5 milliard de dollars (1.15 milliard d’euros) pour les opérations au Soudan cette année », calcule Johana Van Grumpen, représentante de l’Organisation des Nations Unies pour l’Enfance (Unicef). « Les déplacés auront besoin d’aide sur leur chemin du retour. Il faut construire des écoles, des cliniques, former des professeurs, apporter de l’eau et s’assurer que les enfants sont protégés. Il y a aussi le problème des enfants soldats ». Selon les accords de Paix, le Sudan du Sud va bénéficier de la moitié des revenus pétroliers générés par les nappes exploité »es dans son territoire, soit plus de 200.000 barils par jour. Mais il aura besoin de bras. Tout est  construire.
Dans les rues poussiéreuses de Khartoum, au Nord, l’accord de paix du 9 janvier a en outre été accueilli avec froideur par la population arabisée, qui s’inquiète du risque de partition du pays. L’une de ses clauses établit la possibilité pour la population du Sud de voter dans quelques années en faveur de l’indépendance du Sud-Soudan. Ce serait un précédent dangereux pour toute l’Afrique, où les frontières sont artificielles.
« Nous avons six ans pour construire une nation, sinon le Soudan va disparaître totalement de la carte du monde » analyse l’avocat et homme politique Raziz Sleiman. Durant cet intérim, nous devrons convaincre nos amis africains et chrétiens que nous sommes prêts à partager notre pouvoir et notre richesse dans la transparence et dans le respect des accords, sinon notre pays va se désintégrer, car l’élément stabilisateur du Nord est le Sud.
Selon l’ambassadeur du Soudan en Ouganda, Hamid Yousif Siraj Al Dim, le sud du Soudan risque, lui aussi, la désintégration, du fait de mosaïque d’ethnies rivales dont il est constitué. « Les risques de conflit entre la SPLA, signataire de l’accord et les autres tribus du Sud risquent d’être exacerbés par le retour des réfugiés et des déplacés », remarque un autre diplomate. Une grande partie des populations du Sud déplacés dans le Nord veut retourner chez elles. Elles ne parleront plus l’arabe mais l’anglais, elles ne seront plus enveloppées par les appels des muezzins mais sermonnées par des prêtres et des pasteurs.
Entre interdépendance et partition, la géographie va jouer un rôle entre le Nord, musulman et arabe, et le Sud, africain et chrétiens. Ces deux parties du Soudan sont séparées par d’immenses marécages. Plusieurs jours de bateau sur le Nil –des péniches norvégiennes avec des moteurs allemands- sont nécessaires pour traverser ces lieux fétides. Durant la guerre, les rares convois de péniches étaient attaqués par les rebelles. Désormais, ils devraient être plus fréquents. Après avoir longtemps servi de voie à la conquête militaire du Sud, le fleuve retrouve ainsi sa fonction essentielle. Mais les routes qui vont être construites, elles mèneront toutes u Sud vers le Kenya  ou l’Ouganda. Ainsi, structurellement, le Sud-Soudan devrait –il se rapprocher, ces prochaines années de la Communauté d’Afrique de l’Est, anglophone et chrétienne qui rassemble déjà le Kenya, l’Ouganda et la Tanzanie au détriment du monde arabe.
Dans son église qui sert aussi d’école dans le quartier d’Amarat, à Khartoum, le P. William Deng a bien des problèmes avec la mosquée voisine. Les haut parleurs accrochés au minaret déversent chaque vendredi sur la petite communauté chrétienne de longs sermons. Ces derniers temps, les prédications ont pris une tonalité agressive avec parfois, selon le P. Deng des appels à tuer les chrétiens au prétexte de les aider à trouver le paradis. Le P. Deng a installé à son tour des haut-parleurs dans son église pour couvrir les invectives hebdomadaires de la mosquée voisine. Mais le combat est inégal.
Au Soudan, l’islam est religion d’Etat. Les autres religions sont traitées comme de simples associations. L’Eglise catholique de plaint de s’être fait confisquer de nombreux terrains par l’Etat ces vingt dernières années. Le P. Deng craint qu’elle ne s’affaiblisse encore ;
Avec la paix, la plupart des curés, originaires du Sud, repartiront dans leur région d’origine et le Nord manquera alors de cadres chrétiens. Mais selon un diplomates des missions, principalement américaines et protestantes se précipitent au Soudan. qui est pourtant exclusivement musulmane. Arrivés pour la plupart dans la foulée des organisations humanitaires internationales, elles entendent faire passer un message simple dans les camps de déplacés : « Les Arabes vous font la guerre. Nous les chrétiens, nous vous apportons du réconfort tel que des vivres, des tentes, des couvertures : abandonnez donc vos mosquées pour nos églises », résume le P. William Deng, qui y croit très fort ;
Adrien de Mun
 

Février 2005



Janvier 2005
 
Le Figaro 
31 janvier 2005
Malgré l’accord de paix signé le 9 janvier 2005 à Nairobi, 
Le Soudan ou l’arène des martyrs
Jeune Afrique 
30 janvier 2005
Les barils de la paix
Nouvel Observateur et AP
21 janvier 2005
Une étude américaine suggère un lourd bilan des victimes au Darfour
Le Monde 
18 janvier 2005
Amnesty critique l'impunité des crimes commis au Soudan
Sud Ouest 
9 janvier 2005
Sur la route d'un Soudan nouveau et uni   
Courrier International avec AFP,
9 janvier 2005
Un accord de paix au Sud-Soudan signé après 21 ans de guerre 
Début de page


Malgré l’accord de paix signé le 9 janvier 2005 à Nairobi*
Le Soudan ou l’arène des martyrs
 
Le Figaro 31 janvier 2005

Par Jacques PELLETIER et Bernard SEILLIER , Sénateur du groupe RDSE

Le 9 janvier dernier, à Nairobi, un accord de paix était signé entre le gouvernement soudanais et le Mouvement populaire pour la libération du Soudan mettant ainsi fin à vingt-deux années d’un conflit qui a opposé le gouvernement du Nord musulman aux rebelles d’un Sud en majorité chrétien et animiste, combattant pour une autonomie et un partage des richesses.
Le bilan est plus qu’effroyable : 2 millions de morts et plus du double de déplacés ou de réfugiés vers les pays voisins, des crises humanitaires récurrentes qui déciment la population civile, une aide alimentaire pillée par les groupes armés. La plupart des morts sont le fait des famines et des épidémies organisées, des massacres méthodiques, au point que la question  du génocide mérite d’être posée avec toute la prudence requise.
Le dernier rapport d’Amnesty International s’interroge :  « qui répondra de ces crimes ?» La guerre menée par le régime islamiste de Khartoum a été un  véritable djiad contre le christianisme et la négritude chère à Aimé Césaire. Des enfants ont été séparés de leurs parents, ont reçu des noms arabes et ont été islamisés contre leur gré. Des jeunes filles ont été mariées de force à des soldats gouvernementaux. L’esclavage a été pratiqué par certaines milices à la solde de Khartoum. Depuis 1992, une fatwa a été promulguée par des imams progouvernementaux contre le peuple nouba dans sa totalité. Ils étaient 1.2 million et sont aujourd’hui à peine 200.000.  Au Mémorial de l’Holocauste à Washington figure une référence à cette extermination.
La période chrétienne de l’histoire du Soudan qui commença à partir de l’an 34 et connut son apogée au VI° siècle a été systématiquement occultée par la propagande du régime et les programmes d’enseignement. L’histoire du pays ne débute désormais plus qu’avec l’apparition de L’Islam et toute référence aux cultures africaines est  bannie.
De nombreux lieux de culte, écoles religieuses et hôpitaux ont été systématiquement détruits. Les chrétiens n’ont plus le droit de construire des églises dans le Nord, alors que les musulmans se voient reconnaître toutes les facilités de construire des mosquées et des écoles islamiques dans le Sud. Lors d’un discours à propos de la transformation d’écoles primaires en écoles coraniques, le général el Béchir annonçait : « Le gouvernement suit un plan à long terme pour convertir le Soudan en un Etat islamique quels que soient les moyens ».
Nombre de tribunes, de rapports sont écrits aujourd’hui à propos du Soudan – même s’il est bien tard -  mais force est de constater que le mot «chrétien » y est souvent absent, alors qu’il s’agit d’un  nettoyage ethnique, d’une crise humanitaire sans précédent…Mgr Zubeir Wako, archevêque de Khartoum, disait en 2001 : « Nous, chrétiens du Soudan, pensons que nous avons été oubliés par le reste du monde chrétien ». Un silence terrible face à ce martyre comparable à  celui que connurent les cambodgiens sous le régime de Pol Pot au milieu des années 70.
L’accord qui vient d’être signé offre sur le papier un répit pour les chrétiens. Le Parlement de Khartoum et le Parlement sudiste doivent rédiger une Constitution intérimaire, notamment en révisant les modalités d’application de la charia, la loi islamique, qui ne pourra plus s’appliquer dans le Sud, ni aux non-musulmans dans le Nord. Mais qu’en est-il en réalité ? Un programme d’islamisation est déjà prévu pour le Sud,  financé par l’Arabie Saoudite, sous couvert d’une aide à la reconstruction de la région. 
Le calvaire n’est donc pas terminé, non seulement pour les chrétiens mais pour tous les soudanais. La paix signée entre Khartoum et les indépendantistes du Sud risque même d’aggraver le conflit en cours au Darfour, une autre zone du Soudan :  déclaré en février 2003, il a déjà fait plus de 70.000 morts, 1.6 million de déplacés, y compris 200.000 réfugiés dans le Tchad voisin. Ici, il ne s’agit pas de chrétiens, mais d’hommes et de femmes en majorité musulmans sur lesquels le gouvernement s’acharne en raison de la couleur de leur peau.
La vision  optimiste présentée jusqu’à présent par les experts et les hommes politiques de la communauté internationale, selon lesquels la conclusion du conflit historique entre Khartoum et l’Armée de libération populaire du Soudan ne pourra qu’avoir des effets positifs sur la crise la plus récente ouverte dans la région occidentale soudanaise n’est pas fondée. La paix risque de permettre à Khartoum de libérer des hommes et des moyens financiers jusqu’à présent déployés dans le Sud pour mieux livrer la guerre au Darfour.
Plus que jamais le Soudan a besoin  de l’aide internationale. Le régime de Khartoum souhaiterait qu’à la suite de cet accord, les organisations internationales baissent la garde et quitte le terrain. C’est au contraire vers un renforcement de l’aide qu’il faut aller. La présence de la France est indispensable, en termes d’accompagnement, de transmission des in formations.
Si le Soudan n’est pas une zone touristique fréquentée par des touristes occidentaux, il dispose d’autres atouts, notamment ses réserves pétrolières considérables dans le Sud. Le pays produit environ 600.000 barils par jour. Les grandes compagnies pétrolières asiatiques, mais aussi européennes et françaises, sont intéressées à y développer leurs affaires. Force est de constater que ni la France, ni les Etats-Unis et la Chine ne sont entrés en conflit avec le Soudan à cause du pétrole.
L’exploitation du pétrole a deux conséquences majeures: les populations telles que les Noubas, qui vivaient à proximité de ces zones, ont été déplacées dans des conditions atroces, leur bétail volé , leurs villages brûlés….Les gains réalisés ont été réinvestis par le pouvoir central dans l’effort de guerre. L’entreprise Total est propriétaire de la plus vaste concession pétrolières du Sud-Soudan qui est pour le moment inexploitée. La concession se trouve en plein cœur du territoire des rebelles du SPLA. Conséquence de l’accord de paix, le gouvernement de transition du Sud-Soudan, pour son fonctionnement, devrait recevoir 50 %  des recettes pétrolières du Sud après prélèvement d’une part de 2 % pour l’Etat producteur.  Veillons à ce que la manne pétrolière aille bien au développement du Sud-Soudan et contrecarre ainsi les programmes de financements saoudiens.
Le Soudan doit demeurer notre mauvaise conscience en raison du martyre des chrétiens et des animistes et des atteintes portées à la dignité de l’homme. La situation des chrétiens se dégrade dans le monde. Que ce soit en Afrique, au Moyen Orient ou en Chine, ne laissons pas l’oppression éliminer les sources d’espérance qui apportent partout dans le monde une lumière sur la paix et la liberté.

Le sort réservé aux chrétiens est comparable à celui qu’ont connu les Cambodgiens sous le régime de Pol Pot.
 

Janvier 2005


Les barils de la paix
 
Jeune Afrique Soudan - 30 janvier 2005- par Abdelaziz Barrouhi.

À peine la fin de la guerre entre le pouvoir central et le Sud a-t-elle été scellée que les grandes compagnies pétrolières se bousculent au portillon

A Khartoum, s'il y a un ministère qui ne désemplit pas, c'est bien celui de l'Énergie. « Il ne se passe pas un jour sans que nous recevions une ou plusieurs délégations, y assure-t-on. Chacune venant s'informer sur les futurs blocs pour lesquels nous lançons des appels d'offres. Toutes les compagnies sont les bienvenues, dans le cadre d'une concurrence ouverte. » Cet afflux de visiteurs étrangers s'est accéléré depuis la signature, le 9 janvier, de l'accord de paix entre Khartoum et les rebelles du Sud. Partage des revenus du pétrole entre gouvernements central et régionaux, sécurité étendue aux anciennes zones de guerre et allègement des sanctions économiques américaines : toutes ces mesures ont largement contribué à augmenter l'attrait du Soudan. 
Premières à avoir mené des explorations dans le pays, avant de le quitter dans les années 1980 sur injonction de Washington, les compagnies américaines sont aussi les premières à y retourner. Dès la signature de la paix, le secrétaire d'État démissionnaire, Colin Powell, a indiqué que les États-Unis allaient assouplir les sanctions économiques et militaires contre le Soudan, donnant ainsi son feu vert au retour des compagnies pétrolières américaines (et des autres). Au Sud-Soudan, Marathon Oil, un des soutiens financiers du candidat George W. Bush, a ainsi été autorisée à « réactiver » un accord d'exploration et de partage de production sur un permis abandonné en 1985, dans le cadre du boycottage. Elle y est associée, avec 32,5 % des parts, à la française Total (32,5 %), la compagnie koweïtienne Kufpec (25 %) et la soudanaise Sudapet (10 %). Le groupe devrait prochainement reprendre ses activités de recherche sur le bloc B (118 000 km2), dans le bassin de Bor, au Sud-Soudan. De retour aussi, la compagnie suédoise Lundin Petroleum, qui, sous la pression américaine, avait cédé ses intérêts dans le bloc A en 2003, mais qui a tout de même gardé ceux qu'elle détient dans le bloc 5 B, où elle devrait reprendre ses opérations courant 2005. 
La fin de la guerre au Sud-Soudan pourrait également faciliter les opérations des compagnies asiatiques groupées dans le Consortium Greater Nile Petroleum Operating (CGNPO), auquel le pays doit l'essor de son industrie pétrolière. L'accord de paix conclu entre le gouvernement et le mouvement de John Garang stipule que les contrats existants seront respectés. CGNPO comprend la Chinese National Petroleum Company (CNPC) avec 40 % des parts, Petronas (Malaisie), 30 %, et ONGG Videst Limited (Inde), qui a repris en 2003 les 25 % détenus par la compagnie canadienne Talisman. Les 5 % restants appartiennent à la compagnie nationale Sudapet. Les compagnies asiatiques ont pris un sérieux avantage dans le secteur de l'exploration et de la production, mais aussi sur le terrain des grands marchés. Non contents d'avoir réalisé le premier pipeline vers la mer Rouge, les Chinois modernisent la raffinerie de Khartoum. Les compagnies malaises ont décroché pour 900 millions de dollars de contrats, essentiellement dans les travaux liés aux secteurs pétrolier et gazier. La firme indienne GNOP OVL s'est également lancée dans la construction d'un pipeline. Indiens, Chinois et Malais concurrencent les Européens sur un projet important, qui vise à édifier une raffinerie au terminal de Port-Soudan, pour une capacité de 100 000 barils par jour et un coût estimé à plus de 700 millions de dollars. 
Seule ombre dans ce tableau prometteur : la crise du Darfour. Géographiquement, le Darfour se trouve loin des zones d'exploration, et celles-ci ne sont donc pas menacées. L'expérience du Sud a d'ailleurs montré que les attaques de rebelles contre les installations pétrolières n'avaient eu que peu d'incidence sur la production. Mais la persistance de la crise risque d'inciter les nouveaux investisseurs occidentaux à attendre son dénouement. Et à laisser le champ libre aux firmes asiatiques.
Pékin double la mise.
Le rôle de la Chine (avec la Malaisie et, plus tard, l’Inde) a été essentiel dans le développement de l’industrie pétrolière nationale. Si bien que l’or noir soudanais représente environ 10% des importations chinoises en hydrocarbures. Ce qui constitue un atout de poids pour l’empire du Milieu en matière de sécurité énergétique. Aux côtés de la compagnie pétrolière nationale CNPC, acteur central au sein du consortium CGNPO qui exploite les deux grands gisements, va désormais opérer une seconde firme chinoise, la Sinopec, de retour au Soudan après s’en être retirée en 2000 : elle craignait de voir le groupe auquel elle appartient tomber sous le coup de sanctions américaines lors de son entrée en Bourse sur les places de New York et de Hong Kong. (A.B.).

Janvier 2005


Une étude américaine suggère un lourd bilan des victimes au Darfour
 
Nouvel Observateur et AP, Dakar, 21-01-2005

Une étude commanditée par le secrétaire d'Etat américain Colin Powell en juillet et août apporte un nouvel éclairage sur le nombre potentiel de tués dans les violences au Darfour qui, selon un chercheur, pourrait atteindre la barre des 200.000. 
L'étude a été menée un mois avant que M. Powell ne qualifie la situation au Darfour, dans l'ouest du Soudan, de génocide. Son analyse se poursuit alors que le Conseil de sécurité des Nations unies attend les résultats d'une enquête séparée sur le conflit. 
Lors de l'étude, 1.136 réfugiés qui avaient fui le Darfour ont été interrogés dans des camps de réfugiés au Tchad. Ils ont été choisis de manière à constituer un échantillon représentatif des quelque 200.000 réfugiés du Darfour au Tchad. 
Principal enseignement: 61% disent avoir vu un membre de leur famille tué sous leurs yeux dans des violences attribuées aux forces soudanaises ou aux milices arabes (Janjawids) soutenues par Khartoum. 
Le professeur Eric Reeves, un spécialiste du conflit, estime que si ce chiffre est valable pour l'ensemble des deux millions de déplacés du Darfour, le nombre de tués pourrait alors atteindre les 200.000. Les experts conviennent en tout cas, au vu de l'étude, que le nombre de tués dans les violences est probablement élevé. 
Jusqu'à présent, le bilan le plus repris a été celui de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), estimant que 70.000 personnes sont mortes des effets indirects du conflit, principalement de la maladie et de la faim, sur une période de huit mois en 2004.
 

Janvier 2005


Amnesty critique l'impunité des crimes commis au Soudan
 
 
Le Monde , 18 janvier 2005

Un rapport pointe les lacunes de l'accord de paix du 9 janvier et dénonce les exactions au Darfour.
Loin de jouer les rabat-joie après la signature, le 9 janvier, de l'accord de paix entre le gouvernement soudanais et les rebelles du Sud, l'organisation de défense des droits de l'homme, Amnesty International, pointe les lacunes du traité, dans le but de rendre justice aux millions de victimes des multiples guerres intestines de ce pays, d'empêcher toute récidive et de garantir la pérennité de cet accord.  
Dans un rapport publié mardi 18 janvier, Amnesty rappelle qu'un nombre "incalculable" de crimes de guerre, de crimes contre l'humanité et de violations du droit humanitaire international ont été commis dans ce pays, et continuent de l'être dans la région du Darfour, non concernée par l'accord du 9 janvier. Le gouvernement soudanais est en première ligne des critiques, d'autant que le Soudan est signataire, depuis 1957, des conventions de Genève de 1949 et que les "règles minimales relatives aux conflits, dont "tout conflit armé à caractère non international", sont consignées dans l'article3 commun aux quatre conventions".
Sous le titre "Qui répondra des crimes?" commis au Soudan, Amnesty rapporte quelques cas précis mais "non exhaustifs" de violations flagrantes des droits de l'homme dans différentes parties du Soudan. Meurtres, tortures, viols, attaques délibérées de populations civiles, déplacements forcés de populations et discriminations ethniques sont autant d'exactions qui ont marqué les vingt et un ans de guerre dans le Sud, dont ont été également victimes les populations des monts Noubas (Centre) et qui se répètent actuellement au Darfour.
Khartoum est également sévèrement critiqué pour sa politique répressive envers toute opposition, y compris dans le Nord, épargné par la guerre. La pratique des enlèvements et esclavages, qui sévissaient dans la région du Bahr El-Ghazal, contre laquelle la réaction du gouvernement est demeurée timorée, mais qui a fini par disparaître à l'été 2002, a resurgi dans la région du Darfour.
Les rebelles, quant à eux, sont montrés du doigt pour avoir utilisé et pour continuer à exploiter les populations civiles comme "boucliers humains". Les civils font les frais des divisions internes à chacune des rébellions.
COMMISSION D'ENQUÊTE
"De nombreux Soudanais ont exprimé à Amnesty International leur aspiration à la vérité et à la justice, pour les crimes nombreux et continus commis dans le pays, et à des réparations. Les habitants du Darfour courent aujourd'hui de grands risques pour rapporter les crimes commis contre des proches et demander compensation. La population des monts Noubas espère qu'en temps de paix, la vérité sera dite à propos de la disparition de parents et d'amis. Les communautés affectées par les pratiques d'esclavage dans le Bahr El-Ghazal veulent que les responsables soient jugés et réclament des réparations pour les victimes. Les avocats, dans le nord du pays, demandent la levée des lois de l'état d'urgence - qui bloquent un fonctionnement équitable de la justice - . Dans le Sud, beaucoup de civils craignent de futures exactions des milices qui se sont comportées comme si elles ne devaient rendre de comptes à personne", écrit Amnesty.
En ne traitant pas sérieusement des violations des droits de l'homme, les médiateurs de la paix entre le Nord et le Sud ont échoué, estime l'organisation. Le Conseil de sécurité de l'ONU aussi, dans la mesure où il n'a pas mené une action substantielle pour empêcher les abus commis au Darfour. Cet avis est partagé, dans un autre rapport, par l'organisation Human Rights Watch. Les deux ONG placent leurs espoirs dans la commission d'enquête de l'ONU sur la situation au Darfour.
Amnesty demande au Conseil de mettre en actes son engagement à faire traduire en justice les auteurs de violations des droits de l'homme et du droit humanitaire. Il devrait "référer la situation au Soudan, y compris au Darfour, à la juridiction de la Cour criminelle internationale". "Avec d'autres au sein de la communauté internationale, notamment les pays donateurs", le Conseil doit également "prendre des mesures complémentaires pour mettre fin à l'impunité au Soudan (…), apporter un soutien à une réforme globale du système judiciaire soudanais, pour lui donner la capacité de traduire en justice les auteurs de crimes" contre le droit humanitaire, indique le rapport.
Pour mettre fin à l'impunité, le gouvernement et l'ex-mouvement rebelle du Sud sont appelés à mettre sur pied, avec l'aide de la communauté internationale, des mécanismes chargés de rendre compte des crimes graves commis au cours des vingt et une années de conflit et qui pourraient inclure une commission Vérité et Réconciliation, "demandée par la société civile dans le Sud". Cette mesure ne devrait toutefois pas se substituer à la responsabilité pénale pour les crimes les plus graves.

Mouna Naïm


Janvier 2005


Sur la route d'un Soudan nouveau et uni 
 
 
Sud Ouest - 9 janvier 2005 par Blandine Flipo

Le 10 janvier sera signé, à Nairobi (Kenya), l'accord de paix global entre le gouvernement de Khartoum et les rebelles sudistes soudanais qui mettra un terme au plus long conflit du continent africain. Mais cet accord ne concerne pas le Darfour, déchiré depuis deux ans par une guerre civile 
Dans la pénombre, on ne voit que son ombre, carrée. Et sa voix massive qui répète, comme une injonction : « Nous avons gagné la paix, et pas avec les armes. » Cet homme, c'est l'ancien évêque du diocèse de Torit, au Sud-Soudan, Paride Taban. Ce soir-là, il est présent à Lokichoggio, ville garnison onusienne du Kenya, à la frontière du Sud-Soudan, dans l'intention de revenir dans son fief. Il l'avait quitté en 2002, alors qu'un cessez-le-feu mettait fin à vingt ans de combats acharnés entre séparatistes et gouvernement soudanais. Il y était depuis le début de la guerre, avait soutenu la population dans les pires épreuves, pleuré les morts avec eux, eut faim et fuit les bombes comme eux. Demain, il sera avec ses compagnons dans ce qu'on appelle désormais le « Nouveau Soudan », le Sud sans la guerre. 
Le lendemain, nous nous levons très tôt pour nous rendre au poste-frontière. Entre le Kenya et le Sud-Soudan, il faut traverser un no man's land d'une dizaine de kilomètres où sévissent les bandits. L'armée kényane nous sert donc d'escorte, comme elle le fait chaque matin à 11 heures. Autour de nous, un paysage semi-désertique avec, au loin, les premiers contreforts de la chaîne montagneuse éthiopienne. Ni hommes ni bêtes. Nous croiserons tout de même quelques troupeaux avec bergers armés de kalachnikovs. Au poste de frontière sud-soudanais, nous montrons nos papiers à un jeune rebelle, très heureux de pouvoir les contrôler longuement. Sur sa table traîne un livre intitulé « Comment gouverner ». Pas facile de passer du statut de combattant à celui de fonctionnaire. 
Traumatisés et soulagés. A quelques kilomètres de là, nous arrivons au village où se trouve le diocèse. Les habitants déambulent tranquillement, les femmes vont chercher de l'eau, les hommes se regroupent, assis sur leur tabouret minuscule traditionnel. Tous grands, minces, ils ne portent pas pour autant sur eux des signes de malnutrition; les enfants ont le ventre bien plat. Et, même si les hommes portent parfois encore des fusils, le sentiment d'être dans un pays en paix ne fait aucun doute. Il suffit de voir les visages des gens, déterminés, presque soulagés. Un bruit sourd suffit à les faire sursauter cependant. 
« Ils sont marqués par la guerre, traumatisés. Il y a eu tellement de morts ici », souligne Paride Taban. Si la guerre est partie, le développement n'est pas encore là. A Naireus, il n'y a ni eau courante ni électricité, à part au diocèse, où Paride Taban a fait installer Internet qu'il fait marcher grâce à un groupe électrogène et une antenne satellite; don d'ONG et d'églises étrangères. Pour les habitants de Naireus, le diocèse est un repère. Longtemps seules, les Eglises, catholiques ou protestantes, ont été présentes au Sud-Soudan plongé dans le chaos. Alors que le Darfour fait la une des journaux, les Sud-Soudanais ne peuvent pas s'empêcher d'être amers : la guerre contre le Sud a duré vingt ans, a causé la mort de deux millions de personnes, et les médias ne sont pas venus. Pragmatique, Paride Taban, qui a beaucoup donné de sa personne pour dénoncer cette guerre à l'étranger, note que, « maintenant, les journalistes n'attendent plus pour dénoncer les exactions » et espère que ses « frères » du Darfour pourront, du coup, accéder à la paix plus vite que le Sud ne l'a pu. 
Ils reviennent. Désormais, la paix est là et le Nouveau Soudan est géré par les rebelles jusqu'au référendum prévu dans six ans selon les accords d'Abuja. Du coup, les millions de déplacés et de réfugiés commencent à revenir dans leurs villages par petites grappes de quelques centaines. Au diocèse, on s'en est aperçu avec l'augmentation du nombre d'enfants accueillis dans l'école. 
Au niveau des nouvelles autorités, la confusion est encore de mise. La branche politique de l'Armée pour la libération du Soudan (APLS) a mis en place dans chaque village une CRRS (Commission de recherche et de reconstruction du Soudan), composé d'un représentant des rebelles, et d'un fonctionnaire civil. Ce sont eux qui sont chargés d'incarner les nouvelles autorités. Face à l'afflux des réfugiés, la précarité de la CRRS saute aux yeux. « Nous ne savons pas exactement combien ils sont », dit celui qui est désigné comme responsable. « Nous n'en avons pas vu personnellement, et c'est l'affaire du CRRS de Nimule, le village voisin », dit un autre. Enfin, certains opportunistes se déclarent de la CRRS et cherchent à racketter les ONG. 
Malgré ces difficultés, les ONG arrivent à travailler avec la population, et à obtenir des résultats. Bien loin de la simple aide alimentaire d'urgence. L'une d'entre elles présente à Naireus est l'ONG française CCFD (Comité catholique contre la faim et pour le développement). Son action consiste à soutenir un programme vétérinaire pour apprendre aux habitants à garder leurs vaches en bonne santé. L'expérience, selon Nicolas Vercken du CCFD venu constater les avancées du projet, est « concluante, les conditions de vie se sont améliorées ». Au diocèse, nous croisons également Frances Campher, un Sud-Africain spécialiste du déminage qui a commencé dans la région. Et c'est une ONG allemande qui a refait la route qui mène à la frontière kényane. Et ce n'est que le début. Les Américains, fortement engagés dans la région (Bush en fait une affaire personnelle), vont débloquer, par le biais de l'ONU, des millions de dollars une fois l'accord de paix signé. 
Au Darfour. Les Sud-Soudanais sont, bien entendu, ravis de recevoir de l'aide, même s'ils ne peuvent s'empêcher poliment de remarquer qu'elle vient un peu tard. L'essentiel, pour eux, est de pouvoir recommencer à vivre normalement, sans craindre les bombes ou les razzias des milices gouvernementales. C'est en tout cas l'avis d'Irène Lokitoi, 31 ans, six enfants. « Je sens que la paix est vraiment là cette fois-ci; je n'ai plus peur », affirme-t-elle, serrant son dernier-né contre son sein nu. « Mais, quand je vois ce qui se passe au Darfour, je me dis qu'ils vivent la même chose que nous. » Pour ce qui est de l'indépendance, elle n'y pense pas vraiment, et dit : « Les Arabes du gouvernement ne nous aiment pas. Pourquoi vivre avec eux ? » Après vingt ans de guerre, le divorce est consommé avec Khartoum. 
De retour au diocèse, nous retrouvons Paride Taban, songeur, sous les goyaviers. Lui aussi pense à ses frères du Darfour, au Soudan. Il s'apprête à repartir demain pour l'Est du pays où il a fondé un « village de la paix » avec des chrétiens, des musulmans, des animistes. Avant d'aller se coucher, il tient à raconter une histoire. Un jour, quatre aveugles croisent un éléphant. Le premier touche l'oreille et dit : « Oh, c'est sec et chaud, c'est le désert ! », le second touche la jambe : « Non, c'est dur et grand, c'est une forêt », le troisième le dos : « Vous vous trompez, c'est à la fois doux et humide, c'est la savane », et le quatrième effleure les défenses et dit : « Vous avez tous tort, c'est dur et froid, ce sont les montagnes. » « L'éléphant, c'est le Soudan », conclut le prêtre. « Ce pays est tout ça à la fois, mais beaucoup de gens l'ignorent, et de l'ignorance naît la guerre. » 
 
 

Janvier 2005


Un accord de paix au Sud-Soudan signé après 21 ans de guerre
 
 
Courrier International avec AFP, 9 janvier 2005

Le pouvoir soudanais et la rébellion sudiste de l'Armée populaire de libération du Soudan (SPLA) ont signé dimanche à Nairobi un accord de paix final au Sud-Soudan mettant un terme à 21 ans de guerre, le plus long conflit en cours en Afrique. 

L'accord a été signé par le vice-président Ali Osman Taha et le chef de la rébellion, John Garang, lors d'une cérémonie officielle, devant une vingtaine de chefs d'Etat et de gouvernement africains et de représentants de la communauté internationale, dont le secrétaire d'Etat américain, Colin Powell. 

MM. Taha et Garang avaient longuement négocié cet accord pendant des mois d'entretiens à Naivasha, près de Nairobi. 

La plupart des intervenants ont appelé les dirigeants soudanais à utiliser cet accord de paix comme point de départ pour une solution à la guerre qui ravage depuis février 2003 une autre région du Soudan, le Darfour (ouest), et a déjà fait plus de 70.000 morts et 1,6 million de déplacés. 

L'accord de paix sur le Sud-Soudan prévoit notamment le partage du pouvoir et des richesses, ainsi qu'une période de transition de six ans au cours de laquelle le sud du pays, riche en pétrole, bénéficiera d'un statut d'autonomie. Au terme de cette période, le sud doit s'exprimer par référendum sur l'unité ou l'indépendance. 

En tant que premier vice-président, M. Garang fera désormais partie du gouvernement central soudanais, tout en dirigeant l'exécutif autonome du Sud. Il compte former d'ici trois mois le gouvernement du Sud, après l'approbation d'une Constitution de transition. 

"C'est le meilleur cadeau de Noël et de Nouvel An pour le peuple soudanais, pour notre région et pour l'Afrique (...). Cet accord changera le Soudan pour toujours", a déclaré M. Garang. 

"L'accord que nous venons de signer n'est pas un simple accord, c'est un nouveau contrat pour tous les Soudanais", a déclaré le président soudanais, Omar el-Béchir. "C'est un accord global que nous devons utiliser (...) pour résoudre le conflit au Darfour." 

La guerre, qui a éclaté en 1983 quand la SPLA, issue du Sud à majorité chrétienne et animiste, s'est rebellée contre le Nord arabo-musulman, a fait au moins 1,5 million de morts et quatre millions de déplacés. 
M. Powell, qui a contresigné l'accord en qualité de "témoin", a appelé à des négociations "immédiatement" pour qu'un processus de paix soit déclenché au Darfour. 

"Ces nouveaux "partenaires pour la paix" doivent travailler ensemble immédiatement afin de mettre fin à la violence et aux atrocités au Darfour", a-t-il dit. "Le peuple soudanais compte sur une paix durable, qui apporte la démocratie et la prospérité à un pays uni. Les Etats-Unis vous promettent leur soutien total dans cette tâche historique". 

Le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, dans une déclaration lue par son représentant spécial pour le Soudan, Jan Pronk, a lui aussi estimé que la signature (de cet accord) était un "grand pas" et devait "servir de base pour une résolution du conflit au Darfour." 

L'accord a été contresigné, en qualité de "témoin", par le président kényan Mwai Kibaki et son homologue ougandais Yoweri Museveni, président de l'Autorité régionale intergouvernementale de développement (IGAD), le rassemblement de sept pays qui a organisé la médiation dans le processus de paix. 

La cérémonie avait rassemblé quelque 5.000 spectateurs, selon l'estimation de l'AFP, dans un des deux grands stades de Nairobi, le Nyayo Stadium, proche du centre-ville. 

Les présidents Abdelaziz Bouteflika (Algérie), Paul Kagame (Rwanda), Domitien Ndayizeye (Burundi), Ismaïl Omar Guelleh (Djibouti), Abdullahi Yusuf Ahmed (Somalie), Benjamin Mkapa (Tanzanie) le Premier ministre éthiopien Meles Zenawi et le vice-président sud-africain Jacob Zuma étaient notamment présents. 

Dans le stade, la foule, majoritairement sud-Soudanaise, a bruyamment applaudi à l'arrivée de M. Garang. 

"Je suis très content, j'attends cette journée depuis que je suis enfant, et maintenant je vais pouvoir rentrer au Sud-Soudan. Je suis prêt à rentrer dès aujourd'hui", exultait Dan Yong, 28 ans, à Nairobi depuis 1992. 

Après la signature, MM. Garang et el-Béchir ont écouté côte à côte l'hymne national soudanais, pour la première fois depuis l'arrivée au pouvoir du président soudanais, en 1989.
 
 

Janvier 2005
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