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2003

Accord sur la sécurité entre Khartoum et la rébellion - 24 septembre 2003

Des Soudanais du nord s'inquiètent de leur avenir en cas d'accord de paix - 18 septembre 2003

Cessez-le-feu entre le gouvernement soudanais et les rebelles du Darfour - 16 septembre 2003

Archevêque de Juba : « Transformer la culture de guerre en paix, nous avons besoin du miracle de Mgr Daniel Comboni. »  - 30 août 2003

Où en sont les négociations de paix entre le gouvernement de Khartoum et le SPLA/M ? - 28 août 2003

Le président el-Béchir et le chef rebelle John Garang devrait, à la faveur d’un « coup de pouce » américain, revenir à la table des négociations. - 23 août 2003

Le peuple soudanais ne peut pas être abandonné à la violence des armes  - 20 août 2003
 

Déclaration de la présidence au nom de l'Union européenne sur le processus de paix au Soudan

8 août 2003
Soudan : Retour en arrière - 28 juillet 2003

Critères pour le dialogue Union Européenne/Gouvernement soudanais en conformité avec l’article 8 de l’accord de Cotonou - 20 juin 2003

Crise dans le Darfour :  besoin urgent d’une commission d’enquête internationale et d’observateurs
                                                                                                                                                                        Mars 2003

Kofi Annan  sermonne  la Commission des droits de l’homme des Nations Unies - 25 avril 2003

La Maison-Blanche cautionne le processus de négociation au Soudan - 22 avril 2003

La solidarité africaine a joué à la Commission des droits de l'homme de l'Onu - 17 avril 2003

Joséphine Bakhita, l’Africaine 1869-1947  - 30 mars 2003

Mission de solidarité au Soudan - mars 2003

Deux évêques soudanais appellent à la cessation de la guerre civile  - 4 novembre 2002

La repentance de Khartoum  - 12 septembre 2002

Soudan : Nouvelles manœuvres à Machakos - juillet 2002

Soudan- retournement de tendance  - mars 2002

Engagement non constructif - février 2002

La guerre de sécession dans le Sud - décembre 2001

Soudan équilibre instable - décembre 2001

Les Evêques Catholiques du Soudan tiennent actuellement à Nairobi, du 21 août au 1er  septembre, 2001, leur assemblée plénière. - 29 août 2001

Appel des Evêques des Eglises Catholique et Episcopale du Soudan - 17 août 2001

SUDAN: South Africa becomes involved in oil protests - 23 juillet 2001

Soudan : Réconciliation - 23 avril 2001

La commission de l'ONU appelle à un cessez-le-feu au Soudan   - 20 avril 2001

Le président kényan au Soudan pour tenter de relancer les efforts de paix  - 29 mars 2001

Le PAM met en garde contre une rupture des stocks de nourriture au Soudan - 29 mars 2001

Soudan : la sale guerre du pétrole - 26 mars 2001

Pour un référendum des populations du Sud…. Victimes de la nouvelle richesse du pays - 8 mars 2001

Notre divergence avec Béchir - 6 mars 2001

Relations avec les Etats Unis - 15 mars 2001

Des miliciens soudanais enlèvent quatre employés d'un centre de secours - 12 mars 2001

Nouvelles explorations d'un consortium pétrolier sino-arabe -12 mars 2001

Commission des droits de l'Homme de l'ONU - 12 mars 2001

Le général Béchir trouve des points positifs dans "l'Appel du Soudan" - 05 mars 2001

Arrestation de Hassan al-Tourabi - 22 février 2001

La SPLA et le parti de Tourabi veulent lutter ensemble contre le pouvoir - 21 février 2001

Pas d'accord entre l'Oumma et le régime du général Béchir - 20 février 2001

Les déplacés survivent dans des camps autour de Khartoum - 20 février 2001

La déclaration des Missionnaires Comboniens sur la situation du Soudan .- 19 janvier 2001

Soudan : Une mosaïque ethnique et religieuse  - octobre 2000

Le président Béchir s'engage à maintenir la Charia - 9 janvier 2001

Espoir de paix entre Khartoum et le Sud rebelle - 15 novembre 2000

Sud-Soudan, silence on tue…Un été sous les bombes - septembre 2000

Le Soudan ne représentera pas l'Afrique au Conseil de sécurité  - 15 octobre 2000

Les évêques soudanais dénoncent l’indifférence internationale - 15 octobre 2000

Le régime du NlF n'est pas parvenu à se débarrasser de son statut de paria - 15 octobre 2000

Bakhita, une esclave, devient la première Sainte du Soudan - 22 septembre 2000

Sud Soudan, silence on tue - septembre 2000

Les évêques du Soudan implorent l'intervention de l'IGAD - 22 septembre 2000

"Violation des Droits de l’Homme ? Oui, mais moins qu’hier » déclare un ministre - 31 août 2000

Situation humanitaire alarmante dans la région d’El Ouahda (Sud Soudan) - 18 août 2000

Le chef de la diplomatie soudanaise au Vatican - 27 juillet 2000

Soudan : De la poudre au yeux - 15 mai 2000

The Guardian – Soudan : Les Noubas face à la destruction - 8 mai 2000

Les Noubas : un peuple dépossédé - 22 avril 200

Des avions sans pilote « déroutés » sur Khartoum - 10 avril 2000

Les forces armées du Soudan capturent de nouveau comme esclaves 188 femmes et enfants noirs africains

Sanctions américaines contre des sociétés soudanaises  - 6 mars 2000

Déclaration du président Clinton, après le bombardement d’une école au Soudan - 14 février 2000

Le Coup d'Etat anti-Turabi renverse le Régime Bicéphale  - 20 décembre 1999
 



 
 

2003

Accord sur la sécurité entre Khartoum et la rébellion
 
Le gouvernement soudanais et la rébellion sudiste ont annoncé mercredi être parvenus à un accord sur les questions de sécurité mais les pourparlers se poursuivent en vue d'un accord de paix global pour mettre un terme à 20 ans de guerre civile. 
Si un pas a été fait vers la paix, un accord sur d'autres questions cruciales, comme le partage du pouvoir et des richesses, notamment de la rente pétrolière, reste toujours à trouver. 

"Nous sommes parvenus à un accord concernant le déploiement des forces (militaires) et la taille des forces ainsi que sur d'autres points importants qui constituaient les points d'achoppement lors des discussions", a indiqué à l'AFP à Naivasha (Kenya) le porte-parole de la délégation gouvernementale Sayed Al-Khatibu. 

"Il y a une avancée sur une des questions les plus importantes, relatives aux questions de sécurité et aux questions militaires", a confirmé le porte-parole de la rébellion Samson Kwaje, depuis cette ville touristique située à 80 km à l'ouest de Nairobi. 

"L'accord satisfait la SPLA. Les pourparlers vont maintenant aller de l'avant. Nous espérons pouvoir nous attaquer maintenant aux questions en suspens", a-t-il ajouté. 

Cet accord, qui doit encore être signé par les deux parties, intervient après plus de trois semaines de pourparlers à Naivasha entre le vice-président du Soudan Ali Osmane Taha et le chef de l'Armée populaire de libération du Soudan (SPLA, rébellion) John Garang. 

C'est la première fois que les pourparlers intersoudanais se déroulent à un si haut niveau de représentation. 
"Nous nous sommes mis d'accord sur un retrait significatif des forces gouvernementales du sud, le déploiement des forces de la SPLA à Khartoum et la formation d'unités dans une force intégrée dans les régions du Nil Bleu méridional et des Monts Nouba", a-t-il précisé. 
"Je pense que c'est un développement positif et très encourageant", a pour sa part indiqué David Mozersky, un spécialiste du Soudan travaillant pour l'organisation non gouvernementale International Crisis Group. 
"Ils ont surmonté un obstacle majeur dans la recherche d'un accord de paix" mais "les questions en suspens (partage du pouvoir et des richesses) ne seront pas faciles à résoudre", a-t-il ajouté. 
Déjà dimanche dernier, le gouvernement soudanais et la rébellion avaient fait un premier pas dans la bonne direction, en prolongeant de deux mois le cessez-le-feu qui devait expirer fin septembre. 
Un accord de cessez-le-feu avait été signé en octobre 2002 et devait initialement être en vigueur durant six mois. Il a été prolongé de trois mois en mars puis en juin 2003. 
La guerre civile soudanaise, qui oppose depuis 1983 les rebelles du sud du pays, à majorité chrétienne et animiste, au pouvoir du nord arabo-musulman, a fait plus d'un million et demi de morts et quatre millions de déplacés. 
"Nous espérons parvenir à un règlement de paix dans les deux mois", avait alors indiqué le responsable rebelle John Garang à l'AFP, peu après l'annonce de prolongation de la trêve. 
"C'est la raison pour laquelle nous avons étendu la durée du cessez-le-feu de deux mois. D'ici là, nous espérons être parvenus à un règlement politique et à une transition démocratique au Soudan", a-t-il ajouté. 
En vertu de l'accord signé en juillet 2002 au Kenya, le sud du Soudan devrait bénéficier d'une période d'autonomie de six ans jusqu'à la tenue d'un référendum devant déterminer une éventuelle sécession de la région. 
Cette période intérimaire de six ans s'ouvrirait dès la signature d'un accord global de paix.

(Jeune Afrique/ l’Intelligent – 24 septembre 2003)

 
 
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Des Soudanais du nord s'inquiètent de leur avenir en cas d'accord de paix
 
Des commerçants originaires du nord du Soudan accusent les rebelles sudistes de confisquer leurs biens et de préparer "un nettoyage ethnique" du sud, avec la signature donnée comme imminente d'un accord pour mettre fin à la guerre civile. 

"Des membres de l'Armée populaire de libération du Soudan (SPLA, rébellion sudiste) ont confisqué des magasins, des fermes et des maisons à certains des commerçants du nord et les ont donnés à des gens du sud", a affirmé cette semaine à la presse Siddik Mohammed Korak, secrétaire général de l'Union des commerçants nordistes dans le sud. 

M. Korak, venu à Khartoum à la tête d'une délégation de l'Union pour transmettre ces doléances au gouvernement, s'est étonné que ces confiscations interviennent à quelques jours de la conclusion attendue d'un accord qui doit mettre fin à 20 ans de guerre civile entre l'autorité centrale et les rebelles. 

L'Union a appelé l'Autorité intergouvernementale pour le développement (Igad) et la Ligue arabe à faire inclure dans cet accord une clause garantissant la protection des biens et des familles des citoyens du nord dans les régions du sud, a-t-il ajouté. 

L'Igad, qui regroupe sept Etats africains (Kenya, Ouganda, Ethiopie, Erythrée, Soudan, Somalie et Djibouti) parraine les négociations de paix en cours entre le gouvernement et la SPLA. 

Des éléments de la SPLA "ont commencé à appliquer une politique de nettoyage ethnique, en expulsant des nordistes du sud, sous prétexte qu'ils sont des intrus", a encore dit M. Korak, affirmant avoir lui-même "miraculeusement échappé à une tentative d'assassinat". 

Il a regretté que Khartoum ne fasse rien pour remédier à cette situation car, a-t-il estimé, le gouvernement "est soumis à des pressions de la part de puissances internationales qui ne reconnaissent que les droits des chrétiens et des animistes du sud". 

Environ un million de Soudanais originaires du nord, dont un millier de commerçants, vivent dans les provinces du sud, en proie depuis 1983 à une guerre civile, selon M. Korak. Ils sont particulièrement actifs dans la production et le commerce du thé et du café. 

A l'inverse, au moins deux millions de Soudanais du sud sont réfugiés au nord, après avoir fui les combats et les catastrophes naturelles. 

La guerre civile, marquée actuellement par une trêve, oppose les rebelles du sud, à majorité chrétienne et animiste, au pouvoir du nord, arabo-musulman. 

L'Union des commerçants nordistes dans le sud a également transmis ses plaintes au groupe soudanais pour la défense des droits de l'Homme (SGHR). 

Selon le chef de cette organisation, Ghazi Souleimane, les commerçants craignent pour leur vie et pour leurs biens, dans l'éventualité d'un retrait des forces gouvernementales du sud. 

"Ils m'ont demandé de les mettre en contact avec le secrétariat de l'Igad et les Etats-Unis qui sont, selon eux, les principaux parrains de la paix", a-t-il déclaré à l'AFP. 

Des pourparlers entre les autorités et les rebelles entamées depuis deux semaines à Naivasha (Kenya), restent bloquées sur plusieurs points, mais le ministre soudanais des Affaires étrangères Moustafa Osmane Ismaïl a estimé mardi qu'un accord serait signé "dans les deux jours". 

Les délégués ont toutefois annoncé mardi à l'AFP que les deux camps étaient en désaccord sur les propositions de la SPLA portant sur la mise en place d'unités militaires "mixtes" pendant six ans, au cours desquels la rébellion et le gouvernement conserveraient leurs armées respectives. Pendant cette période, le sud resterait autonome.

(Jeune Afrique/l’Intelligent 18 septembre 2003) 

 
 
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Cessez-le-feu entre le gouvernement soudanais et les rebelles du Darfour
 
Le gouvernement soudanais et les rebelles du Darfour ont signé mercredi un accord de cessez-le-feu à Abéché, à l'est du Tchad. 

L'accord prévoit: 
Article 1: le cessez-le-feu entre les deux parties et la cessation de toute action d'hostilité qui pourrait remettre en cause la nouvelle situation (la paix). 

Article 2: le contrôle et la maîtrise des groupes armés non réguliers sur le théâtre des opérations. 

Article 3: La libération de tous les prisonniers de guerre et des détenus pour cause des événements survenus dans le Darfour par les deux parties. 

Article 4: le cantonnement des forces de l'Armée de libération du Soudan (ALS) dans les sites à déterminer par les deux parties. 

Article 5: l'engagement des deux parties à jeter les bases d'une paix globale et durable dans la région afin de réaliser le développement socio-économique. 

Article 6: la mise en place d'une commission tripartite composée du gouvernement du Soudan, du gouvernement du Tchad et de l'Armée de libération du Soudan pour le suivi de l'application des clauses du présent accord. 

Article 7: 
a) les pourparlers relatifs aux annexes débuteront 45 jours après la signature du présent accord afin de parvenir à une paix globale avec la remise des armes dans un délai n'excédant pas les deux semaines, après l'accord sur les annexes. 

b) le présent accord sera suivi par des annexes et Mémorandum explicatifs qui seront réalisés comme suit: 
1) - Durant les premiers 45 jours qui suivent la signature du présent accord, il sera procédé à l'exécution de ce qui suit: 
a) le cessez-le-feu entrera en vigueur le 6 septembre 2003 à 12H00, heure du Soudan (09h00 GMT). 
b) la détermination des sites de cantonnement des forces de l'ALS. 
c) la libération des prisonniers de guerre et des détenus. 
d) le retrait des groupes armés non réguliers concomitamment avec le cantonnement des forces. 
e) la mise en place de la commission tripartite. 
2) - Le 15ème jour à compter de l'entrée en vigueur du cessez-le-feu sera adopté le calendrier complétant les activités couvrant la période restante de 45 jours. 

Article 8: en cas de conflit portant sur les clauses de cet accord ou tout autre différend imprévu, la 3ème partie (le Tchad, ndlr) procédera à une conciliation entre les deux parties. 

(AFP, Paris, 16 sept 2003)

 
 
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Archevêque de Juba : « Transformer la culture de guerre en paix, nous avons besoin du miracle de Mgr Daniel Comboni. »
 
Le vrai problème du Soudan est l'absence de volonté et de culture de la paix. D'un côté on assiste au paradoxe que le gouvernement de Khartoum et les rebelles du Sud Soudan déclarent vouloir faire la paix en faisant la guerre. De l'autre, il faut admettre que dans notre pays, nous nous sentons un peu tous 'guerriers'. Il faut changer cette attitude". Monseigneur Paulino Lukudu Loro, combonien, archevêque de Juba (sud du Soudan) depuis plus de 20 ans, va au coeur de la question. Dans une interview accordée à l'agence MISNA durant son séjour en Italie, le prélat a dénoncé la faiblesse des colloques de paix, "dont le peuple soudanais ignore tout", déplore "l'Islam fanatique qui utilise le sud du pays comme porte d'entrée dans l'Afrique noire", relance l'urgence de garantir la "liberté d'expression pour former la conscience des soudanais". Pour lui, le miracle accompli par le bienheureux Daniel Comboni – fondateur de sa congrégation et premier archevêque de Khartoum que le Pape canonisera le 5 octobre prochain – sur une musulmane est un "signe de Dieu". 

MISNA: Mgr Lukudu Loro, cette guerre a commencé en 1983. Vingt ans se sont écoulés. Il y a quelques semaines, la signature d'un accord de paix semblait proche lors des colloques au Kenya, puis le tout a été reporté, encore une fois. Pourquoi le gouvernement de Khartoum et les rebelles de l'Armée de Libération Populaire du Soudan (SPLA) ne se mettent-ils pas d'accord?

MGR LUKUDU: Ils ont déclaré plusieurs fois vouloir trouver un accord, mais l'intention de réaliser une véritable paix fait défaut. Notre pays a une histoire complexe, qui démontre les grosse différences entre le nord et le sud, entre la partie arabe, musulmane, et la partie africaine, essentiellement chrétienne. Mais attention à ne pas dire que c'est une guerre de religion. Ce serait trop réducteur. C'est un conflit global, aux origines à la fois religieuses, politiques, économiques et culturelles, auxquelles il faut ajouter le désir d'indépendance du sud. Cette séparation géographique remonte à l'époque de la présence des Anglais, qui voulurent séparer le nord arabe du sud africain. Désormais, il faut aller de l'avant, parler de "New Sudan". Il est temps d'affronter les injustices que cette division a provoquées. Le Soudan est à un tournant de son histoire, après ce long conflit. Le peuple du sud veut tout de même rester lui-même. Moi, je suis né noir, africain, c'est comme cela que je veux rester parmi les miens.

MISNA: Pourquoi? Y a-t-il un risque de "conversion forcée" des chrétiens?>

MGR LUKUDU: La pénétration de l'Islam en Afrique n'est pas une nouveauté ni un problème en soi. Le problème c'est par quels moyens. Et encore, quel Islam. Le régime de Khartoum revêt l'Islam à sa guise mais il en change les caractéristiques. De nombreux musulmans l'ont senti et expriment leur mécontentement au gouvernement du président Omar El Béchir. Beaucoup d'imams ne pensent pas de la même manière que les hommes du régime, qui ont donné à cet Islam un visage de corruption et de lutte pour le pouvoir. Le monde arabe sait bien que les musulmans ne sont pas tous comme cela. Certes, au sein du gouvernement, il y a des gens qui comprennent bien cet aspect, mais ils sont en minorité, alors que ce qui prévaut c'est le fanatisme, qui se déplace de plus en plus vers le sud.

MISNA: Quelles en sont les conséquences?

MGR LUKUDU: Il suffit de citer un exemple: le concept de droits humains. Quand l'Eglise ou les organisations locales abordent cet argument, Khartoum pense qu'il s'agit de droits chrétiens, nés en Europe ou aux Etats Unis. Ils ne pensent pas qu'ils appartiennent à tous, c'est pourquoi ils ne les appliquent pas. C'est cet islam là, l'Islam fanatique qui nous inquiète et qui veut passer par le sud, considéré comme porte d'accès au reste de l'Afrique. 

MISNA: Mais le sud du Soudan est également riche en "or noir". Quel est le rôle du pétrole dans ce conflit?

MGR LUKUDU: C'est un facteur relativement récent. Les gisements sont dans le sud, dont c'est le sud qui devrait normalement les contrôler. En tant que chef religieux, je me dois cependant d'affirmer que le pétrole est un bien précieux et qu'il doit être utilisé pour élever la qualité de la vie de tous les Soudanais. Nous avons tous contribué à détruire cette terre: il est temps que tout le monde participe à sa reconstruction. 

MISNA: Vous avez plusieurs fois cité le "peuple". Existe-t-il une véritable identité nationale au Soudan, où un référendum pourrait décider la division du pays dans six ans?

MGR LUKUDU. En tant que président de la Conférence épiscopale du Soudan, organisée en deux groupe en fonction de l'appartenance territoriale des diocèses au gouvernement ou aux rebelles, je dis que nous sommes pour l'homme: et l'homme du Soudan est désespéré. C'est cette perception qui nous unit. Avec les évêques du pays, je cherche à créer les conditions pour bien vivre ce moment historique. Les peuples du nord et du sud doivent pouvoir vivre librement leur avenir. 

MISNA: Comment?

MGR LUKUDU: En ce moment, il n'existe pas de liberté d'expression, ni à Khartoum, ni au sud. Le premier objectif est de créer une opinion publique autonome. Les gens ne sont pas non plus informés sur le processus de paix. Au nord, les nouvelles sont manipulées. Au sud, on n'en parle pas du tout. Les gens ont l'impression que ce n'est qu'un pacte entre deux dictateurs: le président El Béchir et le leader du SPLA, John Garang. 

MISNA: Dans quelques jours, le Pape proclamera Saint le bienheureux Daniele Comboni, qui a dédié sa vie à sauver l'Afrique avec l'Afrique. L'année 2003 sera-t-elle celle du "miracle" de la paix au Soudan?

MGR LUKUDU: Toute la vie de Comboni a été un miracle. Il rêvait d'une Eglise africaine. Elle prend forme en ce troisième millénaire. Je souligne que c'est une personne musulmane qui a bénéficié du miracle de Comboni: c'est un signe de Dieu qui nous donne de la force, à l'Eglise de ce pays, aux comboniens et au Pape, d'espérer que la paix est possible. 

(propos recueillis par Emiliano Bos, MISNA, Italie, 30/08/2003)

 

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Où en sont les négociations de paix entre le gouvernement de Khartoum et le SPLA/M
 
Suspension des négociations jusqu'au 10  septembre

17 août. Les pourparlers de paix soudanais entre le gouvernement de Khartoum et le Mouvement/Armée de libération du peuple du Soudan (M/SPLA) ont repris le 11 août à Nanyuki, dans le centre du Kenya. Les négociations, qui durent depuis 14 mois, se déroulent sous la médiation de l'Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD), avec les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la Norvège, l'Italie, l'Union africaine, l'Union européenne et les Nations unies comme observateurs. 

Le 15 août, un officiel de la SPLA a indiqué que les discussions "étaient dans l'impasse et sur le point d'échouer". Selon des informations contradictoires, cette situation serait due au refus du gouvernement soudanais de négocier sur la base d'un document-cadre mis au point par l'IGAD, auquel les observateurs sont favorables. En juillet 2001, Khartoum et la SPLA avaient signé un accord historique garantissant au Sud le droit de se prononcer sur son autodétermination à l'issue d'une période de six années de transition et le soustrayant à la loi islamique. Lors du dernier round de négociations, le mois dernier, le gouvernement soudanais avait rejeté le projet d'accord préparé par les médiateurs sur les questions en suspens, telles que le partage du pouvoir et des richesses, mais aussi les dispositifs sécuritaires durant les six années de transition. Le gouvernement rechigne notamment à suspendre la loi islamique dans la capitale Khartoum durant la transition et il a rejeté aussi une proposition selon laquelle Khartoum et la SPLA disposeraient d'armées séparées durant cette période. En dépit de l'impasse apparente, le 16 août, le ministre kenyan des Affaires étrangères a exprimé son optimisme. "Le monde entier sait qu'il existe une conjoncture favorable que l'on doit ne pas rater", a-t-il déclaré. "Nous comptons encourager les deux parties à poursuivre les négociations en toute bonne foi".

19 août. Selon l'agence Misna, qui cite le quotidien indépendant soudanais al-Sahafa du 19 août, les colloques entre le gouvernement et la SPLA auraient été suspendus pour  une durée indéterminée à cause de leurs désaccords. Les médiateurs de  l'IGAD auraient décidé la nuit dernière de renvoyer sine die la tractation,  au terme d'une semaine qui s'est écoulée entre blocages et scepticismes  réciproques. Selon le journal, la délégation gouvernementale devrait  quitter le siège des colloques dans la journée pour retourner dans la  capitale soudanaise.

21 août. Selon des sources proches de la SPLA, les  négociations devraient malgré tout reprendre demain, vendredi 22 août, et  durer jusqu'au 20 septembre, un mois de plus que l'échéance initialement  prévue.

22 août. Les observateurs restent  toujours pessimistes quant aux chances de succès des négociations de paix  entre les rebelles du sud et le gouvernement de Khartoum, qui doivent  mettre fin à vingt années de guerre civile. Face à l'enlisement des  négociations en cours à Nanyuki (Kenya), des exilés du Sud-Soudan ont  demandé l'intervention du Conseil de sécurité de l'Onu. Quelques groupes  ont envoyé des pétitions à diverses ambassades et manifesté devant le siège  de l'Onu à Nairobi. Selon eux, Khartoum tente de ralentir l'avancée du  processus de paix pour pouvoir exploiter davantage les ressources  pétrolières du sud, qui représenteraient "le problème fondamental". Selon  l'agence de presse égyptienne Mena, les rebelles du Soudan réclament 60%  des revenus pétroliers du pays.

24 août. Des divergences sur le partage  du pouvoir ont entraîné la suspension des pourparlers de paix, a-t-on  appris de source officielle à Khartoum. Dirdeyri Mohammed Ahmed, le  principal adjoint de l'ambassadeur du Soudan au Kenya, a déclaré que "les  divergences ont débouché sur la suspension des négociations jusqu'au 10  septembre, pour donner aux deux parties le temps d'organiser des  consultations". Un haut responsable du gouvernement a toutefois affirmé que  les pourparlers avaient enregistré de légers progrès et que la médiation  avait fait des propositions qui ont aidé à surmonter les "problèmes de  procédure". Ces "règles de négociation" devront être débattues à la reprise  des négociations. -- Par ailleurs, selon la presse locale, les rebelles  soudanais ont accusé les forces gouvernementales d'avoir tué 46 civils et  détruit plusieurs villages dans l'Etat du Nord Darfour, dans l'Ouest du  pays. "Des appareils Antonov ont bombardé, dimanche et lundi (24 et 25  août), la ville de Kornoy, dans l'extrême-ouest du Nord Darfour, tuant 46  personnes, dont des enfants, des femmes et des personnes âgées", rapporte l'agence PANA, citant la presse. 
(ANB-BIA, de sources diverses, 28 août 2003).
 

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Le président el-Béchir et le chef rebelle John Garang devrait, à la faveur d’un « coup de pouce » américain, revenir à la table des négociations.
 
l) - Fin de partie?
par Abdelaziz Barrouhi (J.A. l’Intelligent n°2219 - 20-26 juillet 2003)

Lors de  leur dernière rencontre à Nairobi, le 2 avril, le président soudanais Omar Hassan el-Béchir et le chef rebelle sudiste John Garang avaient émis l’espoir de pouvoir signer un accord de paix mettant fin à près de vingt ans de guerre avant la date limite du 30 juin.

Ce délai s’est révélé artificiel. Censé être le dernier, le sixième round des négociation, qui s’est déroulé du 6 au 12 juillet à Nakuru (Kenya), n’a pas abouti à un accord final;

Les deux parties ont campé sur leurs positions sur les questions clés du partage du pouvoir, des ressources pétrolières, des dispositions de sécurité et du statut de la capitale. C’est alors que le général Lazaro Sumbeiywo, le médiateur Kényan qui préside  ces  négociations menées dans le cadre de l’Inter-Governmental Authority on Development (Autorité intergouvernementale pour le développement, groupement régional comprenant le Soudan, le Kenya, l’Ouganda, la Somalie, Djibouti, l’Erythrée et l’Ethiopie), a remis aux deux délégations un « document de travail » comportant les propositions de son équipe pour sortir de l’impasse;

A la demande de Sumbeiywo, les détails du document de travail n’ont pas été rendus publics. Mais l’on sait que, parmi les proposition qui sont rejetées par Khartoum, figurent le maintien de deux armées (gouvernementale dans lr Nord et « rebelle » dans le Sud), un gouvernement formé par le Mouvement populaire pour la libération du Soudan (MPLS), qui aurait un pouvoir absolu dans le Sud et disposerait d’une Banque centrale, et un vice-président MPLS dans le gouvernement de Khartoum qui aurait un droit de veto sur les décisions du chef de l’Etat. Autre point litigieux : la loi islamique ne devrait pas être appliquée dans la capitale Khartoum, alors même que le gouvernement avait auparavant convenu qu’elle ne le serait que pour les musulmans, dans le cadre de la liberté religieuse, à Khartoum, censées s’appliquer durant la période transitoire de six ans au bout de laquelle les populations du Sud se prononceraient par référendum sur leur maintien ou non au sein d’un Soudan uni, relèvent davantage du système confédéral que fédéral.

Alors que le mouvement de Garang a aussitôt accepté le document en tant que base de discussion, le gouvernement soudanais l’a catégoriquement rejeté; Le document, disent les responsables soudanais, est conçu de façon telle que le pays aura deux administrations durant la période transitoire de six ans, ce qui est contraire au principe de l’unité du pays, proclamé dans ‘l’accord-cadre de paix signé à Machakos (Kenya) en juillet 2002 entre le gouvernement et le MPLS. Béchir estime que le document livre à John Garang la totalité du Sud et la moitié du nord du pays et favorise la sécession. Reprenant une expression courante dans le monde arabe, le président soudanais s’est exclamé à propos de ce document : « qu’ils [les médiateurs] le trempent et boivent son eau ».

Raidissement de fin de partie ou détermination de Khartoum à ne pas aller au-delà de la ligne rouge consistant à ne pas signer un accord qui favoriserait la sécession par l’instauration d’un 
système confédéral. Sans doute les deux à la fois.
C’est maintenant au tour de Washington, qui a orienté, en coulisse, les négociations en obtenant un cessez-le-feu en vigueur depuis octobre 2002 et une amélioration des conditions dans l’acheminement des aides humanitaires, d’intervenir pour débloquer la situation. John Danforth, le représentant du président américain Georges. Bush pour le Soudan, est arrivé à Khartoum le 16 juillet. Danforth a demandé à el-Béchir et à John Garang de se rencontrer sur la base de nouvelles propositions. Les négociations devraient donc reprendre le 23 juillet; L’Egypte (visitée le 15 juillet par Danforth) a demandé que la proposition d’accord soit davantage « équilibrée »; Lazaro Sumbeiywo s’empressant de préciser que ce document ne constituait qu’une base de travail.

2) - Les oubliés de la paix
par Abdelaziz Barrouhi
Jeune Afrique/l’Intelligent n°2221 du 3 au 9 août  2003

El-Béchir et Garang semblent - presque - d’accord pour mettre fin à la guerre civile et se partager le pouvoir. En marginalisant leurs opposants respectifs.

Après trois semaines de tergiversations (J.A.I. n° 2219), le gouvernement soudanais et les rebelles sudistes du Mouvement populaire pour la libération du Soudan (MPLS) devraient engager le septième round des négociations de paix le 10 août à Nakuru (Kenya). Les principaux points de désaccord concernent la question évidemment essentielle du partage du pouvoir, mais aussi la répartition des ressources pétrolières, la mise en place de mesures de sécurité et le statut de la capitale pendant la période intérimaire de six ans à l’issue de laquelle les populations du Sud seront appelées à se prononcer sur leur maintien dans la future fédération.

Les deux parties seront en outre confrontées à un problème qu’elles étaient jusqu’ici parvenues à esquiver. Les mouvements d’opposition (nordistes) au régime d’Omar Hassan el-Béchir et ceux qui, parmi les sudistes, ne reconnaissent pas l’autorité de John Garang, le chef du MPLS, insistent en effet pour avoir leur mot à dire dans un éventuel accord. Tout compte fait, ce n’est peut-être pas une si mauvaise nouvelle pour le processus de paix, même si les négociations pourraient s’en trouver prolongées de plusieurs semaines;

La poursuite du tête-à-tête entre le gouvernement et le MPLS est en effet lourde de menaces : les deux parties exercent, dans leurs zones d’influence respectives, un pouvoir sans partage et passablement intolérant, soumises qu’elles sont à l’influence des fondamentalistes, musulmans d’un côté, chrétiens de l’autre. Elles n’ont à l’évidence d’autre objectif que de renforcer autant que possible leurs positions, en marginalisant toutes les autres forces politiques. La preuve: au-delà de leurs divergences sur la sécurité et sur l’application de la charia dans la capitale, gouvernementaux et rebelles ne sont pas loin d’un accord sur un partage du pouvoir. Khartoum envisage en effet de laisser au seul MPLS le soin de gouverner le sud du pays au cours des six prochaines années. Et de partager avec lui, au niveau national, les sièges au Parlement et les postes ministériels - dans des proportions qui restent à déterminer;

Outre un rôle accru dans le processus de paix, les mouvements d’opposition, les représentants de la société civile et les réformateurs réclament davantage de démocratie. Ils sont, sur ce point, en phase avec les Américains, qui insistent beaucoup en ce sens auprès d’el-Béchir et de Garang. Le 27 juillet, les deux principaux mouvement d’opposition nordistes, la Umma, de l’ancien premier ministre Sadek el-Mahdi, et le Parti unioniste démocratique de Mohamed el-Mirghani, ont fait valoir qu’un accord de paix devra s’accompagner d’un « programme de transition démocratique » permettant de faciliter la conclusion et l’application de l’accord de paix. Dans le camp sudiste, les adversaires de Garang redoutent l’instauration d’un régime totalitaire dans la zone contrôlée par le MPLS. Perspective d’autant plus inquiétante que les antagonismes sont profonds entre les principales ethnies (et même en leur sein) : les Dinkas (celle de Garang), les Nuers et les Chillouks. Des intellectuels établis aux Etats-Unis ont par exemple écrit au médiateur kenyan, le général Lazaro Sumbeiywo, pour le mettre en garde contre le danger qu’il y aurait à confier au MPLS le monopole de la gestion des affaires du Sud.

Ces appels seront-ils entendus ? Au sein même du pouvoir central, des voix commencent à s’en faire l’écho. « Le Soudan doit rompre avec les erreurs du passé, en finir avec le totalitarisme et se rallier au pluralisme politique » a ainsi estimé, le 26 juillet, Mustapha Ismaïl, le ministre des Affaires étrangères, lors d’un séminaire à Khartoum.

3) - John Garang, le dernier des guérillero.
Jeune Afrique/l’Intelligent n°2221 du 10 au 23août  2003
Abdelaziz Barrouhi

Depuis vingt ans, John Garang dirige d’une main de fer la rébellion sudiste. Mais la longue marche du chef du MPLS touche peut-être à sa fin. Sous l’égide des Etats-Unis, des négociations de paix sont en cours avec le gouvernement central ...

C’était en 1983, et John Garang de Mabior n’était encore qu’officier dans l’armée régulière soudanaise. Un jour, ses supérieurs lui donnent l’ordre de mater une mutinerie dans le Sud du pays. Il refuse d’obtempérer et prend la tête des soldats révoltés. Une interminable rébellion, la plus longue de l’histoire africaine depuis les indépendances, vient de commencer.

Vingt ans après, Garang a pris du poids, dans tous les sens du terme. Il traite désormais d’égal à égal avec le chef de l’Etat, le général Omar Hassan el-Béchir, qu’il a rencontré à deux reprises, le 7 juillet 2002 à Kampala pour célébrer la signature, une semaine auparavant, de leur accord-cadre de paix de Machakos (Kenya), et le 2 avril 2003 à Nairobi, en vue de mettre fin à un conflit qui, directement ou non, a provoqué la mort d’environ deux millions de soudanais.

Le chef des rebelles du Sud-Soudan est souvent comparé à ces intraitables maquisards que furent, en leur temps, l’Ougandais Yoweri Museveni, le Congolais Laurent-Désiré Kabila et l’Angolais Jonas Savimbi. Les deux premiers finirent par s’emparer du pouvoir par la force. Le troisième préféra s’enferrer dans un rôle d’éternel opposant, jusqu’à sa mort. Quel sera le destin de John Garang, qui affirme s’inspirer de ces grands maîtres de la stratégie militaire que furent Clausewitz, Mao Zedong et Sun Tzu ? Difficile de se prononcer, tant l’homme cultive le mystère et la confusion. A ce jour, on ne sait toujours pas avec certitude si son objectif est de s’emparer du pouvoir central, à Khartoum, de faire partie d’un Etat soudanais fédéral ou confédéral, ou de créer un pays indépendant, au Sud.

Le mystère plane aussi sur une partie de son enfance. On sait quand même qu’il est né le 23 juin 2945 dans le village de Wagkulei (Haut-Nil), dans une famille chrétienne appartenant à l’ethnie Dinka, la plus importante du Sud-Soudan. A 9 ans, il perd son père. Et sa mère deux ans plus tard.

En 1955, avant même l’indépendance de son pays, les Anya-Anyas se soulèvent contre la domination des Nordistes, délibérément favorisés par le colonisateur britannique en vue de diviser les nationalistes. Fuyant les combats, le jeune Garang gagne la Tanzanie, où, à la fin des années 1960, il s’inscrit à l’université de Dar es-Salam, avant de s’envoler pour les Etats-Unis; Elève du Grinnell College, dans l’Etat de l’Iowa, il obtient une licence de science;. Qui a financé ses études ? On ne le sait pas au juste. Peut-être des missionnaires qui l’auraient pris en charge après la mort de ses parents;..

En 1971, il est de retour au Sud-Soudan où, on ne sait pourquoi, il se rend dans un camp de rebelles. « La première fois qu’il est venu nous voir, nous l’avons accueilli avec suspicion : il était muni d’un appareil photo! Nous l’avons arrêté, puis, très vite, relâché, avant de l’admettre dans nos rangs », raconte John Leuth. Lui-même fils d’un missionnaire, Leuth soutient que certains cadres de la rébellion avaient été formés par les israélien; Désormais intégré au mouvement que dirige Joseph Lagu, Garang est nommé adjudant. Dès l’année suivante, en 1972, un accord de paix est conclu entre les Anya-Anyas et le général Gaafar Nimeiri, qui, en 1969 a pris le pouvoir à l’issue d’un coup d’Etat; Une large autonomie est concédée aux Sudistes, tandis que les rebelles sont intégrés à l’armée régulière. Garang est nommé capitaine; 

En 1974, il retourne aux Etats-Unis où il reçoit une formation militaire sur la base de fort Benning, en Géorgie, puis reprend ses étude à l’Iowa State University. En 1981, il décroche un doctorat (Ph. D) en économie agricole et regagne son pays.

A Khartoum, la situation a bien changé. Nimeiri a rompu avec les communiste et s’appuie désormais sur les fondamentalistes musulmans. Pour complaire à ses nouveaux alliés, il va bientôt commettre une erreur fatale : instaurer la charia (loi islamique) sur l’ensemble du territoire. Véritable mosaïque d’ethnies et de croyances (animistes et chrétiens y sont les plus nombreux), le Sud s’y oppose violemment.

En mai 1983, cinq cents soldats de la garnison de Bor, sous les ordres du commandant Kerubino Kwanin Bol, refusent leur affectation dans le Nord. C’est une mutinerie. Garang, de son côté, a repris du service dans l’armée régulière, avec le grade de colonel. Depuis l’année précédente, il enseigne à l’université et à l’Académie militaire de Khartoum. Nimeiri le charge de ramener les mutins à la raison, mais, arrivé sur place, il s’empresse de prendre leur tête et invite les autres garnisons du Sud à rejoindre le mouvement. Très vite, il devient le chef de la rébellion et fonde le mouvement populaire de libération du Soudan (MPLS), ainsi que l’Armée populaire de libération du Soudan (APLS), sa branche armée. Les Etats-Unis et plusieurs pays de la région (Ethiopie, Ouganda, Erythrée, Kenya) lui assurent un soutien logistique - et parfois militaire.

C’est l’Ethiopie qui, dès 1983, va offrir aux hommes de Garang leur première base arrière. Proche de l’ex-URSS, le régime marxisant de Mengistu Haïlé Mariam se montre fort hostile à Nimeiri, rallié, pour sa part, à un anticommunisme pur et dur. En plein flirt avec Moscou, le Libyen Mouammar Kaddafi est dans le même cas : fâché avec Nimeiri, il livre des armes à l’APLS et finance ses camps d’entraînement en Ethiopie.

En janvier 1986, à Kampala, Yoweri Museveni renverse le régime militaire de Tito Okello. Plusieurs années auparavant Garang et lui ont fréquenté l’université de Dar es-Salam, en Tanzanie, et les deux hommes sont restés amis. Désormais, l’Ouganda sera la nouvelle base arrière du MPLS.

Au cours de ces vingt dernières années, Garang n’a que très occasionnellement eu un domicile fixe. En dehors de l’Ouganda, où il est traité comme un roi, il se rend fréquemment au Kenya et en Ethiopie. En 1984, par l’intermédiaire de Robert Frazure, le futur chef de la mission américaine en Ethiopie, il fait la connaissance de Tiny Rowlands, le milliardaire britannique, qui lui fournira secrètement des avions pour ses déplacements. Il fait parfois des visites en Erythrée, en Egypte (où le MPLS a un bureau), en Libye et au Nigeria, pays multiethnique qui se montre intéressé par la recherche d’une solution pacifique au Soudan.

Dans le maquis, le dernier quartier général connu de Garang est le camp de Rumbek, à 500 km. par la route de la frontière ougandaise. La région est le théâtre de combats sporadiques et de famines récurrentes. C’est là qu’entouré d’adolescents en armes, tous membres de son ethnie, il reçoit ses visiteurs. Son crâne luisant, sa barbe grisonnante et sa tenue de combat taillée sur mesure sont reconnaissables entre tous. Son corps massif et sa haute taille (1,93 m) impressionnent. Le chef du MPLS est armé d’un couteau de combat et d’un pistolet automatique 9 mm.  Un fusil d’assaut AKM traîne à portée de la main.

A une époque, il a parfois donné l’impression de se complaire dans son exil doré. Son intransigeance, sans doute renforcée par les nombreux soutiens étrangers dont il bénéficiait, l’a par exemple incité à rompre les négociations de paix engagées avec le premier gouvernement soudanais démocratiquement élu, celui de Sadek el-Mahdi (1986-1989). Nouvelle occasion perdue, en 1989, lorsqu’il a sèchement décliné la proposition du général Béchir, qui venait de renverser Mahdi par un coup d’Etat d’entrer au gouvernement;

Mauvais choix. Entre 1989 et 1995, les forces gouvernementales multiplient les opérations dans le Sud, et les positions de Garang se détériorent. Heureusement pour lui, le Américains sont fermement résolus à isoler le gouvernement soudanais, coupable d’avoir donné asile à Oussama Ben Laden. Sous couvert d’aide humanitaire, ils fournissent au MPLS une assistance financière importante.

Les attentats du 11 septembre 2001 vont bouleverser la donne. Impressionné par la détermination américaine, le gouvernement de Khartoum accepte de collaborer à la lutte contre le terrorisme. La même année, Washington, qui vient d’adopter une nouvelle politique énergétique, se montre intéressé par le pétrole soudanais. L’ancien sénateur John Danforth est désigné pour « faciliter » la mise en place d’une solution politique et parrainer les pourparlers de paix. Ceux-ci s’engagent en 2002. En visite dans les maquis, Danforth confie à Garang qu’il arrive toujours un moment où un chef de guerre doit se résoudre à déposer les armes. Bref, qu’il faut savoir terminer une rébellion. En mars 2002, le patron du MPLS séjourne pendant deux semaines à Washington, à l’invitation du département d’Etat. Il y rencontre notamment Colin Powell et Paul Wolfowitz, le numéro deux du Pentagone, preuve qu’il dispose encore de solides appuis. Le 28 mai dernier, lors d’une nouvelle rencontre, Powell lui répétera que l’administration Bush souhaite que les négociations aboutissent. 

D’autant que les deux parties sont régulièrement accusées par les organisations humanitaires et le département d’Etat de graves violations des droits de l’homme : assassinats et enlèvements de villageois, pratique de l’esclavage, détournement de l’aide alimentaire pour financer des activités militaires... Garang répond que ce ne sont là que « bavures ». Et qu’il ignore ce que font ses lieutenants sur le terrain.

Ceux qui l’ont connu le décrivent tantôt comme un personnage charismatique, tantôt comme une « bête de guerre », dure et sans pitié, qui ne fait vraiment confiance qu’aux membres de son ethnie, les Dinkas. John Leuth, aujourd’hui installé aux Etats-Unis, l’accuse d’avoir fait exécuter la plupart des officiers de son mouvement disposant d’un certain niveau d’éducation et de tout faire pour empêcher l’apparition de rivaux potentiels. « C’est un militaire irresponsable et indiscipliné » estime-t-il.

Garang est donc loin de faire l’unanimité chez ses « amis, qui l’accusent d’avoir mis en place un « pouvoir personnel ». Un jour, il s’est plaint d’avoir à lutter non sur un seul front, mais sur dix-sept à la fois. De fait, scissions, réconciliations et (parfois) exécutions ont émaillé l’histoire de la rébellion sudiste, depuis vingt ans.  En mars 1993, l’APLS a éclaté en quatre factions rivales. On n’en recense aujourd’hui pas moins de sept. Six d’entre elles, dont la plus célèbre est dirigée par Riak Machar, ont signé un accord de paix avec Khartoum, en avril 1997, avant que Machar ne se réconcilie avec  Garang, en janvier 2002.

Habile manoeuvrier, celui-ci est parvenu, depuis dix ans, à nouer des alliances avec les principaux partis d’opposition, tous musulmans, réunis au sein de l’Alliance démocratique nationale (AND), et avec le parti d’Hassan el-Tourabi, qui fut l’inspirateur du gouvernement Béchir avant d’être écarté de toute responsabilité. Si l’alliance avec les forces démocratiques musulmanes est vue comme allant dans le sens d’un consensus national en faveur de la paix, celle avec les islamistes de Tourabi soulève plusieurs interrogations. A-t-il les mêmes objectifs que lui concernant l’avenir du Soudan ? A ces questions embarrassantes, Garang répond délibérément à côté : « j’ai entendu dire qu’il a neigé sur l’Arabie saoudite, ce matin ». Bien entendu, jamais le moindre flocon n’a effleuré ce pays.

 

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Le peuple soudanais ne peut pas être abandonné à la violence des armes
 
Nombreuses sont les guerres oubliées en Afrique, mais entre toutes il y en a une qui dure depuis 20 ans et nous de l'Agence MISNA espérions vraiment qu'en 2003 elle pouvait se conclure. Nous parlons ici du sanglant conflit en cours entre l'armée gouvernementale soudanaise et les rebelles de l'Armée de Libération du Seigneur (SPLA). Les signaux que nous avions reçu ces derniers mois laissaient vraiment espérer. Et au contraire, hier précisément, le quotidien indépendant soudanais al-Sahafa, dans une chronique détaillée de Nanyuki, la localité du Kenya où il y a quelques jours la négociation entre les deux parties ont repris, annonçait que les médiateurs africains de l'IGAD (Autorité Intergouvernementale pour le Développement) auraient décidé de renvoyer sine die la tractation, au terme d'une semaine qui s'est écoulée entre blocages et scepticisme réciproques, qui au contraire était attendue comme la dernière ligne droite du long marathon pour parvenir finalement à un accord entre les autorités de Khartoum et la rébellion du Sud Soudan, en lutte depuis 1983. Selon les informations officieuses recueillies par l'Agence MISNA, dans des milieux diplomatiques influents, pour le moment tout est encore incertain car le gouvernement de Khartoum reste ferme dans son refus, exprimé en juillet dernier, du plan proposé par l'IGAD. Un porte-parole de la SPLA, Yasser Arman, a au contraire dit que "les négociations risquent d'échouer" et que la "réalisation de tout objectif dépend du gouvernement qui doit modifier ses positions obstinées". Une source gouvernementale dans la capitale soudanaise a cependant affirmé hier qu'une "résolution conciliante a été approuvée" lors des négociations avec les rebelles, sans cependant fournir de plus amples détails. Au même moment, toujours mardi, la presse soudanaise a référé quelques déclarations de John Prendergast, représentant américain de la Commission d'évaluation de la négociation (composée des Etats-Unis, de l'Italie, de la Norvège et de la Grande-Bretagne), selon qui, le gouvernement de Washington imposera des sanctions à la partie qui sera reconnue responsable de l'éventuel échec de la négociation. Selon Prendergast, si les deux parties ne devaient pas parvenir à un accord, "les médiateurs imposeront un document à prendre ou à laisser". Face à ces circonstances, les propos rapportés par L'Osservatore Romano, organe de presse du Saint Siège, viennent à l'esprit, résumant efficacement l'urgence pressante d'une entente: "Le peuple soudanais ne doit pas être déçu. Il a trop souffert, exposé à plus de vingt ans de souffrances indicibles". Voilà pourquoi on ne peut qu'encourager les membres de la commission d'évaluation de la négociation à poursuivre leur œuvre de persuasion auprès du gouvernement de Khartoum et de la SPLA en vue d'une solution définitive de la controverse. Si d'une part la conscience est forte que pendant trop d'années la guerre soudanaise n'a pas représenté une priorité dans l'agenda politique international, d'autre part intervient la prise de conscience que le sang versé par plus de deux millions de personnes, ainsi que le drame de nombreux réfugiés, interpelle toute personne qui tente de collaborer à l'élaboration d'une solution fructueuse de la crise. 
(MISNA, Italie, 20-08-2003)
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Déclaration de la présidence au nom de l'Union européenne sur le processus de paix au Soudan
 

Communiqué de presse- 8 août 2003

L'Union européenne se félicite de la reprise, le 10 août, des négociations de paix concernant le Soudan parrainées par l'IGAD.

L'UE considère que le moment est venu de dégager un compromis définitif sur les questions qui restent en suspens et de parvenir à un accord global pour mettre un terme au conflit et aux souffrances de la population civile du Soudan.

L'Union européenne invite instamment les parties à œuvrer activement avec les médiateurs de l'IGAD conduits par l'envoyé spécial kenyan afin de trouver une solution globale fondée sur la stricte observation de l'État de droit et le respect intégral des droits de l'homme et des libertés fondamentales pour répondre aux aspirations de paix et de prospérité de l'ensemble du peuple soudanais dans le cadre d'un Soudan unifié.

L'Union européenne salue le rôle clé que jouent les États membres de l'IGAD et, en particulier, le Kenya, en qualité de facilitateur, et rappelle qu'elle continue de soutenir sans réserve le processus de paix engagé sous l'égide de l'IGAD.

L'Union européenne assure les parties qu'elle est prête à les aider à mettre en œuvre l'accord de paix et à accompagner le Soudan sur la voie de la consolidation de la paix, de la démocratie et du développement.

L'Union européenne se félicite de ce que la cessation des hostilités et l'addendum concernant l'équipe de vérification et de contrôle aient été prorogés de trois mois supplémentaires et est disposée à apporter son appui au mécanisme de contrôle.

L'Union européenne engage les parties à respecter intégralement leurs obligations au titre des accords signés.

Chypre, la République tchèque, l'Estonie, la Hongrie, la Lettonie, la Lituanie, Malte, la Pologne, la République slovaque et la Slovénie, pays adhérents, la Bulgarie, la Roumanie et la Turquie, pays associés, ainsi que l'Islande, le Liechtenstein et la Norvège, pays de l'AELE membres de l'Espace économique européen, se rallient à cette déclaration.

 

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Soudan : Retour en arrière
 
Le gouvernement du National Islamic Front pourrait bien revenir à la table des pourparlers de paix de Machakos, le 3 août prochain, après avoir claqué la porte des négociations le 11 juillet. Il ne veut pas porter la responsabilité de l’échec des négociations et souhaite faire durer les discussions jusqu’à ce que les Occidentaux s’en désintéressent. Il avait commencé à préparer l’opinion à leur échec dix jours avant de claquer la porte des discussions. L’intervention exceptionnelle de l’Egypte, ce mois-ci, a renforcé la confiance du NIF, qui a beaucoup fait pour séduire Le Caire.

Les Soudanais du Sud et du Nord voient les choses autrement. Ils jugent les médiateurs plus proches du gouvernement que de la SPLA. Le médiateur en chef, le général kenyan  Lazaro Sumbeiywo n’a pas facilité les choses en déclarant le mois dernier que la SPA « devait se satisfaire » de 10% car c’était « mieux que rien ».

Bien que la SPLA ait davantage impressionné l’étranger que l’opposition du Nord, elle n’en a pas fait assez. En juin, la délégation du colonel  John Garang a observé que le soutien si chèrement gagné de la secrétaire britannique au développement International Clare Short allait cruellement lui manquer. La rencontre avec Valerie Amos qui lui a succédé ne s’est pas bien passée, selon des source proches de la SPLA. Et quand Garang s’est présenté à l’Imperial Botanic Beach Hotel d’Entebbe, où le président ougandais Yoweri Musevni devait rencontrer le président George Busch le 11 juillet, les responsables américains, dont le secrétaire d’Etat adjoint aux Affaires africaines Walter Kansteiner, se sont précipités pour éviter que l’on puisse éventuellement photographier une poignée de main historique entre Bush et le chef de la guérilla soudanaise. Garang a au moins la satisfaction d’être allé à Washington : le commissaire aux Affaires humanitaires Sulaf el Din Salih Mohamed Tahir s’est récemment vu refuser un visa. La SPLA a accepté quasiment tout ce que les médiateurs ont proposé.

Cela n’est pas simple, dans la mesure où l’ordre du jour est largement fixé par le NIF. Ses objections se focalisent désormais sur des points qu’il avait officiellement entérinés non seulement à Machakos mais aussi il y a des années, à savoir l’éventuelle sécession du Sud et une « enclave » laïque à Khartoum, en remplacement de l’accord de séparation de la religion et de l’Etat de 1997.

Le « projet d’accord pour un règlement des questions en suspens », qui a bloqué les discussions, est un document verbeux qui peut être librement interprété. Le vice-président (du Sud) est  censé approuver les décisions du président (du Nord). Comme ce n’est pas le président  Omer el Beshir qui prend la plupart des décisions, cela les met tous les deux à l’écart, et c’est sans doute là, précisément, que souhaitent les voir les décideurs du NIF.

(Africa Confidential, édition français , n°432 du 28-07-2003)
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Critères pour le dialogue Union Européenne/Gouvernement soudanais en conformité avec l’article 8 de l’accord de Cotonou
 
 
ECOS est un groupe de 80 associations européennes, dont 9 ONG françaises, qui s’intéressent au Soudan.
Le dialogue Union européenne/ Gouvernement soudanais, qui date de 1999,  comporte un certain nombres de critères liés à l’article 8 de l’accord de Cotonou qui réclame « un dialogue régulier, équilibré et approfondi...menant aux engagements des deux côtés » dans le but de nourrir la compréhension mutuelle et de contribuer à la paix, la sécurité et la stabilité en promouvant un environnement politique stable et démocratique. Le dialogue, est requis pour « une estimation régulière des développements concernant le respect des droits de l’homme, les principes démocratiques, le règne de la loi et la bonne gouvernance » dont l’application permettrai la reprise des avantages liés aux traités de Lomé /Cotonou.
Toutefois, ni ces critères, ni leur degré d’application, n’ont jamais été rendus publics. Il serait  important qu’ils le soient. On ne saurait demander la transparence au gouvernement soudanais sans la pratiquer.
La note qui suit suggère donc un certain nombre d’indicateurs facilement mesurables des critères ; elle  comprend également une section concernant le processus de paix. Comme l’UE a aussi ouvert un  dialogue avec le M/ALPS, les principes sous-tendant ces critères et indicateurs devraient être utilisés dans le processus en préparation d’un accord de paix dont le résultat serait l’inclusion du M/ALPS dans le gouvernement provisoire.

TRADUCTION :

1. Le processus de Paix

Indicateurs :
- Le plein engagement du gouvernement du Soudan au processus de paix sur la base de la Déclaration de Principes de l’IGAD, incluant le droit à l’autodétermination et la liberté de religion.

- Ne plus cibler la population et les installations civiles que ce soit par les bombardements, l’action militaire ou autre,  par des unités de l’armée soudanaise ou par des milices soutenues par le gouvernement

- Accès inconditionnel, non entravé et sûr à toutes les régions du Soudan pour les organisations d’aide humanitaire.

- Les revenus générés par l’exploitation des ressources naturelles, y compris le pétrole, sont utilisées de manière transparente et exclusivement pour le développement pacifique du pays.

-  le prolongement du Mémorandum d’Entente du 15 11 02 et de l’Addendum, daté du 05 02 03 sur la cessation des hostilités après le 31 03 03 si un accord de paix n’a pas été conclu alors
 

2 Démocratie, bonne gouvernance et règne de la loi

Indicateurs: 
- Une nouvelle constitution sur laquelle  un accord soit obtenu par un processus démocratique et transparent, incluant tous les groupes politiques principaux  d’opposition ainsi que les organisations de la société civile, constitution qui incorpore les obligations juridiques internationales du Soudan, garantisse pleinement les droits de son peuple  d’après le droit international et permette à tous les habitants du Soudan de jouir de leurs droits sociaux économiques et culturels.

- Séparation formelle et réelle des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire.

- un processus clair  et une limite de temps astreignante  mis en place pour satisfaire les légitimes aspirations des peuples des régions marginalisées, spécialement les Monts Nouba, les régions Funj (Ingessana et Nil Bleu Sud) et d’Abyei

- L’établissement de structures de gouvernement qui garantisse et assure le jouissance des pleins droits civils et politiques à toutes les parties de la population
 

3 Le respect des Droits de l’homme

Indicateurs : 
- Active promotion et respect de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, des Conventions Internationales sur les Droits Economiques, Sociaux et Culturels ainsi que sur les Droits Civils et Politiques, et les libertés fondamentales , y compris les droits à la liberté d’expression et à la liberté de la presse.

- Active promotion et respect du Droit International Humanitaire et des Conventions de Genève 

- Création d’un environnement pour tous les habitants du Soiudan les rendant capables de mettre en oeuvre leurs droits civils et politiques par l’établissement d’une Commission des Droits de l’Homme indépendante aux ressources convenables et fontionnant pleinement

- Accès inconditionnel non entravé et sûr  à toutes les régions du Soudan pour les organisations des droits de l’homme des Nations-Unies et non-gouvernementales pour la recherche, la surveillance et la prise de conscience par les personnes

- plein respect pour les principes directeurs du Déplacement Interne, y compris la facilité de retour volontaire pour tous les réfugiés et les Personnes Déplacées qui le désirent à leur lieu d’origine, en consultation avec des organisations internationales  et  avec celles de la société civile.
 

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Crise dans le Darfour :  besoin urgent d’une commission d’enquête internationale et d’observateurs
 
Lundi 28 avril 2003

Tandis que la situation s’aggrave dans le Darfour, à l’ouest du Soudan, Amnesty International demande que le Darfour soit inclus dans l’opération de surveillance du respect des droits humains mise en place au titre du processus de paix. Une commission d’enquête internationale et indépendante devrait également être envoyée dans le Darfour pour y enquêter sur la détérioration de la situation.

«Au moment où s’ouvrent des pourparlers de paix devant mettre un terme à vingt années de conflit au cours desquelles deux millions de personnes sont mortes et 4,5 millions d’autres ont été déplacées, la communauté internationale ne doit pas regarder en silence s’opérer le choix d’une solution militaire à des problèmes de droits humains qui ferait s’enfoncer une autre partie du Soudan dans le désastre», a déclaré l’organisation.

Au cours de ces dernières années, des groupes nomades de la région ont tué des centaines de civils parmi des groupes d’agriculteurs sédentaires du Darfour comme les Four, les Zaghawa et les Masalit, brûlant leurs maisons et volant le bétail et des chèvres.

Lors du dernier épisode tragique, le 23 avril 2003, des membres armés de groupes nomades, certains portant des uniformes et décrits comme des membres d’une milice gouvernementale, ont attaqué des hommes qui se trouvaient près de la mosquée de Mulli, dans l’ouest du Darfour, à quinze kilomètres au sud de Geneina, capitale de l’État. Cinquante-cinq personnes ont été tuées, au moins vingt autres ont été blessées, des animaux domestiques ont été tués ou volés.

Le vendredi 25 avril s’est déroulée à Geneina une manifestation pour protester contre ces homicides et contre le fait qu’aucune arrestation n’ait eu lieu ; le bureau du gouverneur a été brûlé ; les forces de sécurité ont tué un manifestant et arrêté un certain nombre de personnes dont Munira Hassan Taj al-Din, qui aurait été à la tête de la manifestation. Au moins un policier a également été tué.

Des milliers de villageois ont fui leurs villages depuis le 11 avril, après des attaques perpétrées par les forces gouvernementales et des milices arabes organisées par le gouvernement combattant contre l’Armée de libération du Soudan (SLA, Sudan Liberation Army, formée en février par des membres de groupes sédentaires de la région) dans la région de Koutoum, au nord du Darfour. Selon certaines informations, la nourriture commencerait à manquer mais du fait de la présence des militaires dans la région il est extrêmement difficile d’obtenir des informations sur les personnes ayant fui leurs villages. Koutoum est actuellement sous couvre-feu du lever du jour au coucher du soleil, le téléphone est coupé et des points de contrôle ont été installés sur les routes de la région.

Le 25 avril, l'Armée de libération du Soudan a attaqué l’aéroport militaire d’el Facher, la capitale du Darfour septentrional; deux Antonovs et quatre hélicoptères  auraient été endommagés. 

«Il ne faut pas qu’une escalade se produise dans ce conflit dont personne ne veut et qui pourrait être résolu par des recommandations claires et des mécanismes de protection des droits humains fondamentaux, a déclaré Amnesty International. La communauté internationale doit agir !»

Des délégués d'Amnesty International se sont rendus à el Facher en janvier 2003 ; ils ont parlé de la situation avec des représentants du gouvernement soudanais, des villageois ayant été victimes d’attaques et des avocats locaux. Amnesty International a lancé un appel au gouvernement soudanais en février pour qu’il établisse une commission d’enquête indépendante et mette en œuvre ses recommandations. Cet appel a été salué par de nombreuses personnes dans le Darfour et au-delà.

Toutefois, l’occasion de comprendre les facteurs complexes ayant conduit à la dégradation de la situation actuelle et d’identifier des mécanismes de protection des droits humains a été perdue.

«Les populations du Soudan ne doivent pas souffrir plus longtemps de la guerre et de son cortège d’atteintes aux droits humains et de souffrances. Une commission d’enquête internationale et impartiale doit être diligentée dans les meilleurs délais pour identifier les causes complexes de la crise ; elle doit pouvoir faire des recommandations ayant force d’obligation pour y mettre un terme, dans le respect des droits humains ; une telle commission pourrait permettre un cessez-le-feu immédiat.»

Une commission d’enquête internationale indépendante pourrait être mise en place par l'Union africaine ou l'Assemblée générale ou le Conseil de sécurité des Nations unies. Des ressources suffisantes devraient être mises à sa disposition ; les membres de cette commission d’enquête devraient être indépendants et posséder une bonne connaissance de la région et de ses problèmes.  Toutes les autorités concernées devraient être dans l’obligation de coopérer pleinement à l’enquête et d’accorder à ses membres libre accès aux personnes, lieux et documents qu’ils souhaiteraient voir. Les conclusions de l’enquête devraient être rendues publiques et les recommandations de la commission  mises en œuvre.

Dans le contexte des pourparlers de paix, le gouvernement du Soudan a accepté qu’une commission d’enquête indépendante internationale  soit constituée pour enquêter sur les enlèvements et accusations d’esclavage lors de la guerre civile.

«Des enquêtes indépendantes sérieuses peuvent mettre en lumière les facteurs complexes à l’origine des atteintes aux droits humains fondamentaux qui se sont produites dans la région et suggérer des mécanismes de respect des droits humains pour les résoudre», a déclaré Amnesty International.

Complément d’information

Bien qu’au départ le gouvernement soudanais ait semblé cherché une solution pacifique à la situation dans le Darfour – l‘Assemblée nationale soudanaise a mis en place un comité d’urgence sur le Darfour et une assemblée consultative de citoyens du Darfour a fait des recommandations pour mettre un terme au conflit de façon pacifique – le gouvernement a déclaré fin mars que les exigences de l'Armée de libération du Soudan (SLA, formée par des groupes sédentaires de la région) étaient trop élevées et qu’il avait décidé de mettre un terme au conflit par des moyens militaires.

En avril, après d’intenses pressions par le gouvernement soudanais, la Commission des droits de l’homme des Nations unies  a voté contre le renouvellement du mandat du Rapporteur spécial sur la situation des droits de l’homme au Soudan qui, dans son rapport aux Nations unies sur la situation des droits humains dans ce pays, avait souligné la dégradation de la situation dans le Darfour. La perte du Rapporteur spécial des Nations unies remet encore davantage en cause une surveillance externe des atteintes aux droits humains au Soudan.

Les négociations de paix se poursuivent au Kenya sous l’égide de l'Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD) et de médiateurs internationaux. Le Darfour, dans le nord du Soudan, n’a toutefois pas été inclus dans les pourparlers de paix, non plus que la surveillance du respect des droits humains censée accompagner la paix.

Pour obtenir de plus amples informations, veuillez contacter le Service de presse d'Amnesty International, à Londres, au +44 20 7413 5566 ou consulter le site http://www.amnesty.org
 

Amnesty International, International Secretariat, 1 Easton Street, WC1X 0DW, London, United Kingdom
 


 
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Kofi Annan  sermonne  la Commission des droits de l’homme des Nations Unies
 
Kofi Annan a fait la leçon à la Commission des droits de l’homme, la rappelant à ses obligations, ses devoirs et sa mission.
« Votre voix a été affaiblie par les dissensions et votre message a perdu de sa clarté….il faut que cela change », à dit le 24 avril le Secrétaire général de l’ONU, en visite à Genève. M. Annan n’a pas ménagé son auditoire en affirmant : « Qu’ils soient civils, politiques, économiques, sociaux ou culturels, les droits de l’homme sont universels ». Une manière de dénoncer la sélectivité dont a fait preuve la Commission en fondant ses critiques et ses condamnation sur des critères essentiellement politiques.
« Il vous faut dépasser les différences culturelles et reconnaître par exemple que les droits des femmes sont les mêmes sur tous les continents », a dit Kofi Annan, en mettant le doigt sur les faiblesses d’une assemblée qui semble parfois sombrer dans l’incohérence et la partialité. « Qui oserait prétendre que certains peuples préfèrent la tyrannie et l’autocratie au pluralisme et la représentativité dans le respect de l’état de droit ? » a-t-il interrogé.
Il est manifeste pour le Secrétaire général que la Commission « doit changer de discours ». Il porte, à ses yeux, que les questions les plus sensibles soient abordées franchement, et que tous les pays, riches ou pauvres, grands ou petits, soient traités sur un pied d’égalité. « Chaque pays doit balayer devant sa porte et commencer par veiller au respect des droits de sa propre population ». Une admonestation peu courante dans les instances onusiennes où les pays membres n’ont pas l’habitude d’être bousculés.
Kofi Annan a manifestement pris la mesure du manque de crédibilité de la Commission, et s’est ému d’une situation susceptible de remettre en cause la légitimité de cette instance. Avant de critiquer les autres, il convient à chaque Etat de s’assurer que son propre système est aussi efficace que possible a souligné en substance le patron de l’ONU. Actuellement, les rapporteurs de la commission des droits de l’homme se voient trop souvent dénier le droit d’entrer dans les pays où ils sont censés enquêter. Nombre de gouvernements leur claquent la porte au nez sous le prétexte d’immixtion dans leurs affaires intérieures Durant l’actuelle session, la Commission a renoncé à ,examiner les violations commises par la Chine, blanchi la Russie –à propos de la Tchétchénie- et le Soudan, ménagé Cuba, oublié le Zimbabwe. Israël, en revanche, a reçu sa traditionnelle ration d’opprobre.
« Les atteintes flagrante ne doivent pas être tolérées, ce refus doit être absolu et universel, que les violations soient le fait de pays développés ou en développement », a conclu Kofi Annan.
(Le Figaro, 25 avril 2003)

 
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La Maison-Blanche cautionne le processus de négociation au Soudan
 
Selon une note analytique diffusée le 22 avril 2003, par le département d'Etat, le président des Etats-Unis, M. George W. Bush, a déterminé et certifié que "le gouvernement du Soudan et le Mouvement populaire de libération du Soudan négocient de bonne foi et que ces négociations doivent se poursuivre."

Département d'Etat, Bureau du porte-parole - 22 avril 2003

NOTE ANALYTIQUE

La loi sur la paix au Soudan : Conclusion du président et notification au Congrès

La loi sur la paix au Soudan prévoit, dans les six mois qui suivent sa promulgation et, subséquemment, tous les six mois, que le président des Etats-Unis détermine et certifie que le gouvernement du Soudan et le Mouvement populaire de libération du Soudan négocient de bonne foi et que les négociations doivent continuer. Elle prévoit aussi d'autres déterminations le cas échéant.

Le 21 avril 2003, le président George W. Bush a déterminé et certifié que "le gouvernement du Soudan et le Mouvement populaire de libération du Soudan négocient de bonne foi et que les négociations doivent continuer".

Le mémorandum de justification de la détermination présidentielle présentait notamment les points suivants :

- Les discussions continuent de progresser, encore qu'inégalement, et représentent toujours le meilleur moyen de mettre fin pacifiquement à la guerre civile.

- Les pourparlers ont permis de progresser régulièrement sur nombre de questions, notamment l'autodétermination, la relation entre la religion et l'Etat, le partage du pouvoir, la distribution des richesses, les arrangements de sécurité, les modalités de cessez-le-feu, l'accès humanitaire et les problèmes de transition, en dépit de la résistance au changement qu'ont opposée certains membres des deux camps.

- L'envoyé spécial du président, les parties au conflit, le médiateur et les observateurs étrangers officiels continuent tous d'appuyer le processus de paix et de recommander sa poursuite.

- Le médiateur partage notre opinion selon laquelle les négociations ne doivent pas être d'une durée illimitée et qu'il est possible de parvenir à une solution juste et durable, pour peu que les parties s'y appliquent.

L'envoyé spécial du président pour la paix au Soudan, M. John Danforth, affirme que "le processus de paix a réellement une chance raisonnable d'aboutir". Il a recommandé que les Etats-Unis intensifient leurs efforts en vue d'aider les deux camps à parvenir à un règlement concernant les questions en suspens.

Le général kényan Lazaro Sumbeiywo, président du Secrétariat de la paix au Soudan et médiateur des pourparlers, a plaidé en faveur de la continuation de l'appui et de l'aide des Etats-Unis dans une lettre adressée le 1er avril 2003 au secrétaire d'Etat américain, M. Colin Powell.

Le président du Soudan, M. Omar Hassan El-Bachir, et le président du Mouvement populaire de libération du Soudan, M. John Garang, ont eu une réunion au Kenya le 2 avril 2003, à l'issue de laquelle ils ont diffusé un communiqué commun réaffirmant leur attachement au processus de paix et exprimant leur espoir d'un règlement définitif d'ici juin 2003.

Rapport Section 8 : le conflit au Soudan

Le 21 avril 2003, conformément à la loi sur la paix au Soudan, le secrétaire d'Etat a déposé au Congrès un rapport traitant divers aspects du conflit soudanais, et relatant notamment les faits suivants, décrits en plus de détails dans le rapport :

- Plusieurs consortiums pétroliers internationaux fonctionnent au Soudan. Le volume estimatif de leur production en 2002 s'élevait à 240.000 barils de pétrole par jour, produisant des revenus pouvant atteindre, selon les estimations, la somme de 1,2 milliard de dollars par an, et dont on suppose qu'ils se traduisent par une augmentation à tout le moins proportionnelle des dépenses militaires du gouvernement soudanais.

- Depuis l'application des sanctions en 1997, il est interdit au Soudan d'obtenir aux Etats-Unis, ou avec la participation de personnes des Etats-Unis, le financement de l'infrastructure et des oléoducs nécessaires à l'exploitation pétrolière.

- Depuis la conclusion, le 15 octobre 2002, du mémorandum d'accord entre le gouvernement du Soudan et le Mouvement populaire de libération du Soudan relatif à la cessation des hostilités, aucun bombardement aérien n'a été signalé à partir d'avions à ailes fixes.
On a cependant fait état d'attaques par hélicoptères. Au cours de 2002, jusqu'au 15 octobre, quelque 85 bombardements aériens avaient été signalés selon diverses sources d'information, culminant aux mois de juin et de septembre, et faisant environ 200 morts parmi lapopulation civile.

- Depuis la conclusion de ce mémorandum du 15 octobre 2002 qui prévoyait en outre l'accès sans entrave aux convois humanitaires, le gouvernement du Soudan a réduit considérablement son obstruction et sa manipulation de l'aide humanitaire, et l'accès s'est amélioré ; il reste cependant de nombreuses zones d'ombre.

Rapport Section 11 : Crimes de guerre

Le 21 avril 2003, le secrétaire d'Etat a également remis au Congrès, conformément à la loi sur la paix au Soudan, un compte rendu "des incidents susceptibles de constituer des crimes contre l'humanité, des actes de génocide, des crimes de guerre et autres violations du droit humanitaire". Ce compte rendu indique notamment :

- Depuis la signature du mémorandum d'accord, le 15 octobre 2002 (et l'entrée en vigueur de la loi sur la paix au Soudan le 21 octobre 2002), la plupart des incidents qui ont été signalés d'attaques contre la population civile et de déplacements forcés se sont produits dans la région occidentale du haut Nil, le fait, essentiellement, d'opérations menées par le gouvernement et par ses milices alliées.
Divers actes de violence dirigés contre les civils ont contraint ces derniers à quitter leur zone habituelle d'habitat : meurtres, viols, enlèvements, mise à feu des abris et pillage des biens ( y compris des animaux d'élevage et des produits des cultures) nécessaires à la vie.

- Des attaques de types divers contre la population civile ont été régulièrement signalées tout au long de l'histoire de la guerre civile. Nombre d'entre elles sont le fait d'un mauvais commandement et encadrement militaire et de la médiocrité des règles d'engagement (c'est ainsi que des civils ont fait les frais de cas de recours aveugle à la force et de techniques de ciblage extrêmement imprécises) ; on note cependant que les deux camps ont recouru à la violence contre les civils en tant que stratégie militaire.

(Diffusé par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://usinfo.state.gov/francais/)

 


 
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La solidarité africaine a joué à la Commission des droits de l'homme de l'Onu
 
GENEVE, 17 avril, 2003 (AFP) - La solidarité africaine a joué à la Commission des droits de l'homme de l'Onu (CDH) à Genève où les pays du continent ont fait bloc pour protéger deux des leurs mis en cause par les Européens et les Américains: le Zimbabwe et le Soudan. 
Ces deux pays ont échappé mercredi à toute condamnation de leurs pratiques en matière de droits de l'homme, malgré le dépôt de résolutions critiques par l'Union européenne, soutenue par Washington. 
Le groupe africain avait déjà réussi en janvier, par le jeu des alliances Nord-Sud, à imposer la Libye à la présidence de la CDH, au grand dam des Etats-Unis. 
La CDH, dont les 53 membres sont élus pour trois ans et représentent les cinq continents, compte cette année quinze pays du groupe africain. Ceux-ci peuvent aussi bénéficier d'appuis d'autres pays du Sud, au gré des sujets et des intérêts. 
Ainsi la Russie, l'Inde, la Chine, Cuba ou la Syrie ont volé au secours de Khartoum. Le représentant syrien à la CDH a fustigé "la politique de deux poids, deux mesures" des Occidentaux en matière de droits de l'homme. 
Il a fait valoir les "efforts" accomplis par le régime musulman de Khartoum pour régler le conflit qui l'oppose depuis 20 ans à la rébellion sudiste de l'Armée populaire de libération du Soudan (SPLA) dans le sud du pays, région à majorité chrétienne et animiste. 
Ces deux arguments ont été repris en choeur par les représentants de Cuba, de la Chine, du Pakistan (au nom de l'Organisation de la conférence islamique), de l'Afrique du sud (au nom du groupe africain), du Kenya et de la Libye.
L'ambassadeur d'Algérie a noté qu'il s'agissait de la quatrième résolution présentée par l'UE contre un pays du Sud. 
Les pays africains ont rejeté en bloc la résolution, à l'exception de l'Ouganda, qui s'est abstenu. Kampala et Khartoum s'accusent mutuellement de soutenir des mouvements de guérilla. 
Le texte a été repoussé par 26 voix contre, 24 pour et trois abstentions. 
L'an dernier, une résolution semblable avait été adoptée d'extrême justesse (25 voix pour, 24 contre, trois abstentions). 

Washington reproche à la CDH de ne pas avoir condamné Khartoum et Harare 

WASHINGTON, 17 avr (AFP) - Les Etats-Unis ont reproché jeudi à la Commission des droits de l'homme de l'Onu (CDH) de ne pas avoir condamné le Soudan et le Zimbabwe, accusés de violations graves des droits de l'Homme. 
Ces deux pays ont échappé mercredi à toute condamnation de la CDH malgré le dépôt de résolutions critiques par l'Union européenne, soutenue par Washington. 
Les 15 pays africains membres de la CDH ont rejeté en bloc la résolution condamnant le Soudan, à l'exception de l'Ouganda, qui s'est abstenu. 
"Nous sommes déçus que quelques membres influents du groupe africain aient bloqué cette résolution", a déclaré le porte-parole du département d'Etat, Richard Boucher. 
"Les Etats-Unis voient cela comme un échec manifeste de la commission à garder les projecteurs sur les souffrances imposées au peuple soudanais", a-t-il dit. 
Face à la campagne menée par Américains et Européens pour faire condamner le régime de Robert Mugabe, les Africains ont fait front avec encore plus d'efficacité puisque la résolution européenne dénonçant "la poursuite des violations des droits de l'homme" par Harare a été écartée sans vote grâce à une "motion de non action". Cette manoeuvre permet d'empêcher qu'une résolution soit mise aux voix. 
La motion a recueilli 28 voix (tous les Africains, Russie, Cuba, Chine, Inde, Pakistan, Libye, Syrie, Vietnam). Vingt-quatre pays ont voté contre (UE, Etats-Unis, Canada, pays latino-américains). 
L'an dernier, Harare était passé entre les mailles du filet de la même façon. 
"Nous appelons les pays démocratiques (...) à s'opposer aux motions de non action", a déclaré M. Boucher, ajoutant que Washington "continuerait à faire pression sur le gouvernement du Zimbabwe pour mettre fin aux violations des droits de l'Homme". 
 


 
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Joséphine Bakhita, l’Africaine 1869-1947
De l’esclavage à la liberté du Christ.
 
Conférence du quatrième dimanche de Carême, à Notre Dame de Paris, 30 mars 2003 
par S.E. le Cardinal Paul Poupard, Président du Conseil Pontifical de la Culture (Cité du Vatican)

De l’Europe en quête de son âme avec Robert Schuman à l’Inde aux prises avec la détresse de Mère Teresa, le Christ qui nous parle par ses disciples nous a ouvert les voies convergentes de la politique et de la charité comme chemin de sainteté. Dimanche dernier, le philosophe Maurice Blondel a éclairé notre  réflexion sur le sens de notre existence, « en Bon Samaritain, lui écrivait Monseigneur Montini, futur pape Paul VI, dont la charité intellectuelle, en se penchant sur l’humanité blessée, s’efforce de la comprendre et, lui parlant son langage, lui élargit l’intelligence et la prépare à recevoir la bonne nouvelle de l’Amour Sauveur. » Aujourd’hui c’est de l’humanité blessée en Afrique que la lumière de l’Evangile nous est donnée pour éclairer notre route de la lumière de la foi qui nous ouvre un chemin de liberté, voie de sainteté avec le Christ.

Encore peu connue en France, Bakhita l’Africaine est une véritable héroïne de bande-dessinée : l’esclavage qui rencontre le Christ et trouve avec Lui la liberté de vivre une vie pleinement humaine d’enfant de Dieu. Une histoire vraie qui nous paraît incroyable. En notre temps, au Soudan, une petite fille heureuse est brutalement arrachée à sa famille, vendue et revendue comme esclave, une histoire douloureuse autant que merveilleuse. Car Joséphine Bakhita accompagne ses nouveaux maîtres en Italie. L’un deux lui donne un crucifix : « Il te rappellera que Jésus Christ est aussi mort sur la Croix pour toi ». Baptisée, la petite esclave puise dans sa foi de résister à ses maîtres qui veulent la ramener contre son gré au Soudan. Avec force et détermination, elle déclare :

 Je ne partirai pas d’ici : je ne veux pas perdre le Bon Dieu.

Car elle sait qu’en retournant dans son pays d’origine, elle n’aura pas la liberté de pratiquer sa foi.

 Je regardais le crucifix et je sentais en moi le calme la force de résister.

Comme l’esclavage  est interdit par la loi italienne ses maîtres sont contraints de la laisser en Italie. Désormais libre, baptisée, religieuse, cuisinière, lingère, brodeuse, sacristine, concierge, elle gagne le cœur de tous par sa douce simplicité et sa grande charité. Entrée dans la vie éternelle le 8 février 1947, sa sainteté est reconnue par l’Eglise le 1er octobre de l’année du grand Jubilé de l’an 2000. Et son message venu de l’Afrique soudanaise, gagne le monde entier à l’aube du nouveau millénaire. Cette petite sœur universelle venue de cette Afrique souffrante que Robert Schuman déjà nous pressait de ne pas oublier. Dans notre égoïsme d’Européens qui n’avons plus à gérer des territoires d’outre-mer, mais gardons le devoir de les aider, comme le demandais déjà le Pape Paul VI dans son encyclique Populorum progressio, à

 « accomplir en plénitude le vrai développement, qui est le passage, pour chacun et pour tous, de conditions moins humaines à des conditions plus humaines.

Moins humaines : les carences matérielles de ceux qui privés du minimum vital, et les carences morales de ceux qui sont mutilés par l’égoïsme. Moins humaines : les structures oppressives, qu’elles proviennent des abus de la possession ou des abus du pouvoir, de l’exploitation des travailleurs ou de l’injustice des  transactions. Plus humaines : la montée de la misère vers la  possession du nécessaire, la victoire sur les fléaux sociaux, l’amplification des connaissances, l’acquisition de la culture. Plus humaines aussi : la considération accrue de la dignité d’autrui, l’orientation vers l’esprit de pauvreté, la coopération au bien commun, la volonté de paix. Plus humaines encore : la reconnaissance par l’homme des valeurs suprêmes, et de Dieu qui en est la  source et le terme. Plus humaines enfin et surtout la foi, don de Dieu accueilli par la volonté de l’homme, et l’unité dans la charité du Christ qui nous appelle à participer en fils à la vie  du Dieu vivant, père de tous les hommes. » 1

Bakhita, qui, en arabe, veut dire « fortunée » - quelle ironie tragique et cruelle-, c’est le nom que lui donnent ses ravisseurs les négriers, en l’arrachant brutalement à la tendresse et à l’amour des siens. Cette heureuse petite fille au Soudan devenue malheureuse esclave nous raconte elle-même ses aventures incroyables qui la conduisent du Soudan occidentale à Khartoum, Gênes, Venise et Schio. Arrachée à sa famille par des négriers, vendue à un marchand d’esclaves, elle s’enfuit. Capturée de nouveau, revendue à un homme très riche, se souvient-elle, elle est revendue à un général de l’armée turque, et enfin rachetée par l’agent consulaire de l’Italie qui l’embarque avec lui pour l’Italie, où elle est cédée à Madame Michielli. Celle-ci entend bien la ramener avec elle en Afrique. Mais la jeune Bakhita, alors âgée d’une vingtaine d’années, refuse de retourner en Afrique. Car elle a connu Jésus chez les religieuses en Italie.

    Je refusai, nous dit-elle, de la suivre en Afrique parce que je n’avais pas terminé la préparation au baptême. Je pensais aussi qu’une fois baptisée, je n’aurais pas pu en aucun cas y professer ma religion. Il me convenait donc de rester avec les religieuses.

 Déclarée officiellement libre par le procureur du roi à Venise, elle y  reçoit les trois sacrements de l’initiation chrétienne, le baptême, la confirmation et l’eucharistie, des mains du Cardinal Domenico Agostini, le patriarche de Venise. Heureuse religieuse, elle fait la joie de tous, vivant exemple de liberté chrétienne d’une petite esclave devenue pleinement libre en Jésus-Christ.

 Il vaut la peine de l’écouter nous raconter son histoire, traduite et publiée en de nombreuses langues africaines, comme aussi en anglais et en hindi, en allemand et en ukrainien, en polonais et en russe2. Elle attire notre attention distraite sur l’enfance exploitée, la femme humiliée, l’Afrique déshéritée et le chemin de liberté qu’ouvre le baptême jusqu’à la pleine consécration à Dieu dans la vie religieuse, fidèlement vécue dans la joie jusqu’à la mort.

 Le pays natal de Bakhita l’Africaine est connu sous le nom de République indépendante du Soudan, et les chrétiens y sont toujours persécutés, bien qu’ils soient pourtant nombreux à Khartoum : sur une population de  vingt millions d’habitants, quasi un million de catholiques, dont l’archevêque Monseigneur Gabriel Zubeir Wako est venu rappeler les souffrances à l’Assemblée plénière des évêques français à Lourdes. Entendons ce cri bouleversant d’un évêque qui clame la détresse de son peuple persécuté, dans l’indifférence du monde :

« (…) les chrétiens subissent  le harcèlement continuel des forces de sécurité, une humiliation constante et sont fréquemment le bouc émissaire en temps de crise.

 L’Eglise du Soudan n’est  ni anti-islam, ni anti-gouvernement. C’est une Eglise qui s’est établie dans un pays divisé et déchiré par la guerre, pour témoigner du Christ, Lui qui demeure toujours un signe de contradiction.

(…) Depuis 1995 il y a eu une destruction systématique des écoles et des centres de prière chrétiens sous prétexte, soit qu’ils se trouvaient être là où les urbanistes voulaient construire des routes, soit qu’ils avaient été bâtis illégalement sur un terrain non planifié . Curieusement, toutes les nouvelles routes passent par nos centres (au moins vingt-cinq ont été démolis de cette manière). Les églises n’ont jamais reçu de compensation pour les structures démolies ; on ne leur a pas donné non plus de terrain en remplacement. (…)

Depuis le mois de mai, nous nous battons pour garder nos écoles qui éduquent 42 826 élèves pour la plupart enfants de déplacés. Le gouverneur de Khartoum voulait que ces écoles soient fermées et les enfants envoyés à des écoles gouvernementales. Malgré la dernière déclaration de gouvernement selon laquelle il n’avait jamais eu l’intention de prendre ces écoles, nous sommes toujours harcelés par de fréquentes inspections qui ne sont pas annoncées et qui sont faites parfois par des hommes de la sécurité ‘armés’ ou par des soldats. Les cibles principales maintenant sont le personnel. Les écoles, le droit de propriété des terrains. Un autre facteur très inquiétant est l’utilisation continuelle de la police armée, d’hommes de la sécurité et de soldats pour harceler l’Eglise. Je fus arrêté par un contingent d’au moins quinze hommes armés qui entrèrent dans ma maison en grimpant sur la clôture, le Père Hilary fut arrêté par environ dix hommes armés ; le Père Gilles fut expulsé, accompagné par des hommes armés ; le club catholique fut confisqué par deux camions pleins d’hommes armés ; la même méthode d’intimidation est utilisée maintenant envers nos écoles. (…)

Le présent régime a fait de l’islam son programme principal et l’applique systématiquement à tous les aspects de la structure de l’Etat, politique, judiciaire, exécutif, législatif, économique et social. Le problème, toutefois n’est pas seulement la religion mais aussi le système de gouvernement qui supprime les droits élémentaires de l’homme et utilise des méthodes répressives, incluant l’emprisonnement au secret, les exécutions sommaires, la torture en détention, l’emprisonnement sans jugement ; et aussi le système de sécurité d’intimidation, organisé pour agir en dehors des lois.(…)

Nous ne devons pas confondre les problèmes politiques créés par les gouvernements avec l’attitude des musulmans ordinaires. Au Soudan les musulmans vivent et travaillent côte à côte avec les chrétiens. On peut dire avec quelque vérité que la tolérance et le respect mutuel font partie de la culture soudanaise dans son ensemble. Les relations de bon voisinage sont caractéristiques dans la plupart de nos tribus. Laissés eux-mêmes sans coercition politique, les Soudanais ne donneraient aucune raison à quiconque de les accuser de se persécuter mutuellement.

Cependant dans l’archidiocèse, l’Eglise se bat pour continuer sa mission. L’évangélisation et la formation continue des chrétiens sont nos priorités. (…)

Nous lançons un vibrant appel à tous les évêques de France et à tous ceux ici présents :

- de prier pour nous, de demander à vos fidèles de prier pour mon pays et pour les Soudanais et d’offrir des sacrifices pour eux ;

- de parler en notre nom pour que soit instaurée une paix fondée sur le dialogue et le respect des droits de l’homme au Soudan.» 3

Cette immense région qui englobe presque tout le bassin du Nil fut convoitée déjà par les Romains, devenus souverains de l’Egypte voisine. Mais les envoyés de Néron déclarèrent le pays « trop pauvre pour être digne d’une conquête ». Les Arabes ne furent pas du même avis et au VII° siècle, après s’être emparés de l’Egypte, poussèrent jusqu’à la Nubie, commencèrent des razzias et  un commerce régulier d’esclaves. Au XIX° siècle, Mohamed Aly Khédive, vice-roi d’Egypte, et son fils Ibrahim éliminèrent les vieilles principautés. Et alors que la Grande-Bretagne s’apprêtait à intervenir depuis l’Egypte, un soit-disant envoyé de Dieu ou Madhi, Mohamed Ahmed, de victoire en victoire, pilla et détruisit les Missions catholiques, imposant à tous la loi islamique et mettant les missionnaires et les sœurs faits prisonniers devant l’alternative : l’Islam ou la mort. Tous se déclarèrent près à mourir plutôt que de renier la foi catholique. Et ils moururent de fait de misère et de maladie au court de leur captivité. La guerre Sainte du Madhi avait atteint le but convoité. La conquête du Soudan et l’Eglise en ruine, les habitants exposés jour et nuit aux bandes de négriers s’abattant à l’improviste sur les villages, enlevant hommes, femmes et enfants pour les vendre en esclaves, au mépris de tous les droits humains comme des traités internationaux. « En effet, écrivait alors Monseigneur Comboni de El Obeid, le gouvernement islamique adhère au traité du Congrès de Paris en 1856 sur le papier seulement. En Afrique centrale, l’esclavage est encore en pleine vigueur. Le cri de douleur de ce peuple n’atteint pas l’Europe. La désolation continue et continuera longtemps encore. » 

Ecoutons la douleur de la petite Bakhita dans la simplicité de son récit, que je résume à grands traits, en lui gardant sa fraîcheur originale :

Ma famille habitait exactement au centre de l’Afrique. Je vivais tout à fait heureuse, sans même savoir ce qu’était la souffrance. J’avais environ neuf ans lorsqu’un matin, avec une de mes amies, j’allai me promener dans les champs, un  peu éloignés de la maison. Soudain nous vîmes déboucher d’une haie deux étrangers armés. L’un me saisit rudement par le bras, tira un gros couteau de sa ceinture et, me l‘appuyant sur le côté, il intima : si tu cries, tu es morte. Viens, suis-moi ! » J’appelais Papa et Maman avec une angoisse qu’on ne peut décrire. Personne ne m’entendait. L’un d’eux me poussa dans un débarras plein d’outils et de saletés, et ferma la porte à clef. Je restai dans ce taudis plus d’un mois. Je me souviens encore de ces heures d’angoisse. Je me sentais si accablée que mon cœur semblait éclater.

Vendue à un marchand d’esclaves, elle marche huit jours de suite, toujours à pied, à travers bois, montagne, vallées et déserts, d’abord les hommes puis les femmes, liés l’un à l’autre par une grosse chaîne autour du cou, fermée par un cadenas. Tout autour du cou, de grandes plaies d’où coulait le sang. Traînée au marché des esclaves, enfermée avec sa compagne dans un taudis dont le gardien, un soir, leur enlève les chaînes des pieds pour décortiquer les épis de maïs et les donner au mulet. Perdu dans ses pensées, il s’éloigne sans fermer la porte.

Le maïs dans la main, nous nous sauvâmes à toutes jambes. Toute la nuit ne fut q’une trépidante course. Haletantes et essoufflées nous entendîmes  parfois les rugissements des fauves dans le noir et nous grimpions sur les arbres  pour nous sauver.

Reprises, les  fugitives sont vendues et achetées par le chef des Arabes qu’une simple inattention met fou de rouge :

Il me jeta à terre, me frappa sans répit à coups de pieds et me laissa comme morte.

Trois mois plus tard, je fus vendue à un nouveau maître, un général de l’armée turque. Les coups de fouet pleuvaient sur nous. Au cours des trois années, je ne me souviens pas d’avoir passé un jour sans plaie. Apprenant que je m’étais enfouie de chez  mon premier maître, la fille du général me fit mettre une lourde chaîne aux pieds, que je dus porter plus d’un mois. Fouettée à  mort par deux soldats, je me souviens que la baguette, frappant à plusieurs reprises ma cuisse, m’arracha la peau et la chair, y creusa un long sillon qui me cloua sur mon grabat pendant plusieurs mois.

Mais le pire n’était pas encore arrivé, le tatouage sous la menace du fouet : six entailles sur la poitrine, soixante sur le ventre et quarante-huit sur le bras droit. J’avais à chaque instant l’impression de mourir, surtout que ma tatoueuse frotta les plaies avec du sel. Trempée dans une mare de sang, pendant plus d’un mois, condamnée à rester étendue sur la natte, sans un linge pour essuyer l’humeur qui sortait continuellement des plaies à demi ouvertes par le sel. Si je ne suis pas morte, c’est un miracle du Seigneur qui me destinait à des ‘choses meilleures’.

Devant la menace madhiste, le général turque plie bagage et Bakhita, vendue à l’agent consulaire italien, pour la première fois depuis dix ans d’esclavage, met un vêtement et reprend une vie humaine. Au bout de deux ans, le consul est rappelé en Italie :

 Je ne sais pourquoi mais quand j’ai entendu le nom ’Italie’, dont j’ignorais les beautés et le charme, je sentis dans mon cœur un désir très vif de suivre mon maître. C’était Dieu qui le voulait. Je devais bientôt comprendre.

Arrivés à Gênes, le  consul l’offre en cadeau à ses amis Michieli qui tiennent un grand hôtel à Souakin. C’est de nouveau l’Afrique pendant neuf mois. Madame Maria Tuuurina Michieli qui s’est prise d’affection pour Bakhita la ramène en Italie avec sa fille et, lorsqu’elle repart pour ses affaires, les confie toutes deux aux Sœurs Canossiennes.

Intervient alors le gérant de Madame, Monsieur Illuminato Checchini, un homme droit et au cœur d’or, qui lui donne un crucifix en argent.

En me l’offrant, il le baisa avec dévotion, puis m’expliqua que Jésus-Christ, Fils de Dieu était mort pour nous. Je ne savais pas ce que c’était, mais poussée par une force mystérieuse je le cachais de peur que Madame ne me le prît. Je fus confiée avec la petite à Sœur Marie Fabretti, proposée à l’instruction des catéchumènes. Lorsqu’elle appris que, non seulement je voulais  devenir chrétienne, mais que j’étais venue avec cette intention, elle se réjouit de tout son cœur.

Bakhita poursuit son récit dramatique par ces mots émouvants :

Ces saintes sœurs m’instruisent  et me firent connaître ce Dieu, que, depuis mon enfance, je sentais dans mon cœur sans savoir qui c’était. Je me souviens qu’en voyant le soleil, la lune, les étoiles, et les beautés de la nature, je me disais : « Qui peut bien être le Maître de toutes ces belles choses ? » Et j’éprouvais une grande envie de Le voir, de Le connaître, et de Lui rendre hommage. Maintenant je Le connaissais. Merci, merci, pour Dieu !

Cette simplicité du témoignage de Bakhita nous émeut profondément. Dans le dénuement de sa tragique odyssée, au plus profond de son désarroi et de son angoisse, tout au long de presque mille kilomètres de marche forcée, elle ne se départit jamais d’une sérénité extraordinaire. Et  dans son récit d’une évocation poignante, de sa très douloureuse épreuve de l’esclavage, pas un mot de haine, ni même de ressentiment ne lui échappe vis-à-vis de ceux qu’il faut bien appeler ses bourreaux.

Plus tard même, à qui lui demande de raconter son histoire :

Le Seigneur a toujours été bon pour moi tout au long de ma vie. Toute ma vie a été un don de Dieu. Si je rencontrais ces négriers qui m’ont enlevée, et même ceux qui m’ont torturés, je m’agenouillerais pour leur baiser les mains. Car, si cela n’était pas arrivé, je ne serais ni chrétienne, ni religieuse.

Comment ne pas penser, à travers ces confidences bouleversantes de Bakhita, à mon très cher et vénéré frère le Cardinal vietnamien Nguyên Van Thuân, que le Seigneur vient de rappeler à lui en septembre dernier. Le pape Paul VI l’avait nommé le 24 avril 1975 archevêque coadjuteur de Saïgon, à la veille de la conquête de la ville par Hô Chi Minh. Dès le 15 août suivant, comme il me  l’a raconté, il était brutalement emmené au commissariat, détenu pendant treize ans, dont neuf d’isolement complet, avec des séquences ininterrompues de lumières électriques de jour et de nuit et des journées entières en pleine obscurité, de nuit et de jour, pour briser le rythme du temps et le briser lui-même. Au déni de toutes les lois d’humanité les plus élémentaires, il ne fut jamais jugé. Mais au défi de toutes les lois de la nature humaine, il ne fut jamais brisé. C’était mon voisin de palier à Rome toutes ces années dernières. Que de fois je l’ai entendu raconter son arrestation, sa détention, son inventivité pour avoir un peu de vin sous couvert d’appellation de médicament pour l’estomac afin de célébrer l’eucharistie, sa patience  inaltérable et sa douceur capable, dans la force de Dieu, de convertir successivement tous ses gardiens successifs. « Comment, lui disaient-ils, pouvez-vous dire que vous nous aimez, après tout le mal que nous vous faisons endurer ? » Un beau sourire était sa seule réponse, et il continuait de porter à Rome avec simplicité comme croix pectoral de cardinal, la petite croix de bois de bois suspendue à une chaîne faite avec le fil électrique de sa cellule. J’avais beau l’interroger et insister sur la barbarie de ses bourreaux, je n’ai jamais entendu de lui une seule parole, non seulement de haine, mais tout simplement de vengeance, de rancune, pas même une plainte. Force de l’amour, puisée, comme Bakhita dans la prière au Christ en Croix : « Père pardonnez-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font. »4

Comme le Cardinal François-Xavier Van Thuân, pour Bakhita, se raconter lui pèse, comme à la petite Bernadette de Lourdes. Mais elle le fait pour la gloire de Dieu, pour exalter la puissance de Dieu qui m’a fait connaître le salut. Sœur Giulia Campolongo qui l’a connu adolescente au pensionnat, se rappelle : « Quand elle nous racontait les faits les plus tragiques, jamais ne la quittait l’expression sereine et calme qui la distinguait. Elle ne se connaissait pas d’ennemi ». Toutes les souffrances de sa vie était toujours elle un don de Dieu le Paron. Devenue religieuse, elle le peu de temps libre que lui laissent ses occupations de portière, de cuisinière ou de lingère, à l’église, en prière. A qui lui demande l’objet de sa méditation, elle répond invariablement :

Je méditais sur la vie Christ, pour le connaître toujours davantage, pour pouvoir l’aimer, pour le faire connaître et pour le faire aimer.

« Elle nous parlait souvent de notre ange gardien, et nous disait qu’il était notre guide, que nous devions le suivre et ne pas le  contrister ».

C’est à l’invitation de la Révérende Mère supérieure, nous dit-elle, que je vais raconter quelques épisodes de mon esclavage. Que leur souvenir puisse me faire apprécier de plus en plus, le grand don que le Bon Dieu m’a fait en me choisissant comme une épouse. Plus tard, elle précisera : Il y a des choses que seul  le  Seigneur a vues : on ne peut ni les dire ni les écrire.

Ce qu’elle nous en dit dans sa  limpidité lapidaire nous montre une âme profondément ouverte en sa candide simplicité aux ‘choses meilleures’, comme elle les appelle, bien avant son baptême, alors qu’elle éprouve l’action mystérieuse de l’Esprit qui veut que tous les hommes soient sauvés.
Heureuse petite fille au milieu des siens, elle contemple le ciel et les beautés de la  nature. Elle éprouve une grande envie de connaître, de voir le Maître de toutes ces belles choses et de lui rendre hommage. Comment ne pas penser à ses maîtres mots de saint Augustin qui ouvrent ses Confessions : « Tu nous as faits, Seigneur, tournés vers Toi et notre cœur est sans repos jusqu’à qu’il repose en toi »5. L’ayant trouvé, Bakhita Lui rend grâce de toute la simplicité de son âme candide : « Maintenant, je le connaissais. Merci, merci, mon Dieu.

Il nous est bon de retrouver par cette voix venue de l’Afrique, le Cantique des Créatures d’un François d’Assis et déjà le cri du  Psalmiste :
Les cieux racontent la gloire de Dieu
Et le firmament publie l’œuvre de ses mains.
Le jour en fait au jour le récit,
Et la nuit le répète à la nuit6.

Ô Seigneur, notre Dieu, qu’il est grand ton nom :
Sur terre ta grandeur ! Aux cieux ta majesté !
Dans la bouche des enfants et des nourrissons,
Tu trouves une louange qui confond tes adversaires.
Quand je contemple le firmament, l’ouvrage de tes doigts,
La lune et les étoiles que tu as fixées,
Qu’est-ce donc que l’homme pour que tu songes à lui ?
Qu’est-ce que le fils d’Adam pour que tu t’en soucies ?
Cependant tu as fait de lui presque l’égal d’un Dieu,
En le couronnant de gloire et d’honneur…
Ô Seigneur, notre Dieu, qu’il est grand ton nom par toute la terre7.

 Il nous est bon de le redire avec la petite  Bakhita que le pape Jean-Paul II a canonisée le 1er octobre de l’année du grand Jubilé, l’Année Sainte de l’an 2000, nous la proposant en exemple de sainteté. L’ampleur des découvertes scientifiques de notre temps et les retombées du développement technologique, la poussée des sciences humaines et de l’urbanisation à outrance, si nous n’y prenons garde, sont en train d’obscurcir notre vision de croyant et de modeler une culture à base de positivisme où tout exploit technique paraît possible sans qu’il soit besoin de recourir à l’hypothèse Dieu. Il nous est bon, après avoir bénéficié des analyses philosophiques d’un Maurice Blondel, de retrouver la fraîcheur émerveillée de la petite Bakhita devant le ciel étoilé. L’un et l’autre sont des antidotes providentiels à la culture du scientisme, cette science hors frontières. « Les sciences positives ne nous suffisent pas, répétait volontiers le philosophe d’Aix, car elles ne se suffisent pas ». Le croyant que nous sommes fait confiance à la raison comme Blondel et s’appuie comme lui sur la foi. Sans plus boiter entre deux systèmes de connaissances antagonistes, nous pouvons aller de l’avant avec assurance, nous appuyant allègrement sur nos deux jambes pour marcher d’un bon pas. La science ne nous dit rien de l’origine des choses, ni la foi de leur agencement. Pour la science, connaître, c’est expliquer. Pour la foi, c’est aimer. En quête, tous que nous sommes, de vérité et d’amour, nous avons également de l’un et de l’autre, de l’amour et de la vérité, ou, pour le dire mieux, de l’amour de la vérité et de la vérité de l’amour, cet amour, nous dit le poète Dante, qui meut le ciel, la terre et les étoiles. C’est le message même de la petite Bakhita. La science ne saurait éliminer de l’univers sa dimension de mystère. Elle nous invite au contraire à rendre hommage toujours davantage à son auteur, grâce aux découvertes des savants qui « sont comme conduits par la main de Dieu dans leur effort humble et persévérant pour pénétrer les secrets des choses »8. « La foi et la raison, nous dit Jean-Paul II, sont comme les deux ailes qui permettent à l’esprit humain de s’élever vers la contemplation de la vérité »9. C’est un grand défi moral pour la génération qui se lève : harmoniser les valeurs de la science avec les valeurs de la conscience10.

De l'esclavage à la liberté du Christ
Cette conscience, bafouée par l'esclavage, ce magnum scelus, ce crime grave, comme le qualifiait le pape Pie II déjà, en le condamnant en 1462, cette plaie inqualifiable dont Bakhita a été victime, et qui sévit encore aujourd'hui au Soudan, comme le rappelait la Croix du 12 août 2002. Après vingt ans de guerre qui auraient fait plus de deux millions de morts et quatre millions de personnes déplacées, et où chrétiens et animistes sont victimes de persécutions, “nous avons droit à notre identité d'Africains, de chrétiens, d'animistes”, nous crie Monseigneur Paride Taban, Président de la conférence épiscopale du Sud-Soudan qui lutte désespérément pour préserver cette identité combattue et menacée. Ce combat terrifiant du pays de Bakhita est aussi le nôtre, car il y va de la dignité de l'homme, de tout homme, blanc ou noir, mon prochain, mon frère, l'homme bafoué dans l'esclave et avili dans le trafiquant et l'acheteur. Face à une telle tragédie, à un tel naufrage anthropologique, le pape Jean-Paul II le rappelait à Gorée, le 22 février 1992 : “II convient que soit confessé en toute vérité et humilité ce péché de l'homme contre l'homme, de l'homme contre Dieu” 11La réflexion sur l'esclavage passé et ses atroces méfaits en Afrique et ailleurs est nécessaire. Mais il faut surtout que cesse l'esclavage moderne qui, aujourd'hui encore, dans des contextes nouveaux, mais avec toute l'horreur de la barbarie ancienne, opprime, offense et humilie la personne humaine créée à limage et à la ressemblance de Dieu. Il reste tant à faire, surtout dans le domaine de la formation, pour assurer aux Africains et à tous les hommes du troisième millénaire un développement intégral et solidaire, fondé sur le respect de la personne humaine, l'estime interraciale et l'ouverture aux autres cultures, et pour soustraire la femme africaine à ces humiliations et meurtrissures dont Bakhita fut la victime avant de rendre grâce au Christ pour sa libération. Par amour pour nous, le Christ a pris la condition d'esclave et connu la mort. Mais nous nous préparons à le chanter dans la liturgie pascale où nous proclamons dans l'allégresse avec toute l'Eglise : “Le Maître de la vie est mort. Vivant, II règne.”

 Bakhita, nous l'avons dit, pour demeurer fidèle au Christ en toute liberté, refuse de suivre sa maîtresse :

Je ne veux pas perdre le Bon Dieu.

Elle met en branle toutes les autorités, jusqu'au Patriarche de Venise et au procureur du roi :

Celui-ci déclara que, puisque j'étais en Italie, où l'on ne faisait pas marché d'esclaves, j'étais entièrement libre. C'était le bon Dieu qui me donnait tant de fermeté, parce qu'il me voulait toute à Lui. Je reçus le saint baptême avec une joie que seuls les anges pourraient décrire. On m'appela Joséphine Marguerite Bakhita, qui en arabe veut dire "fortunée".

Le Cardinal Giuseppe Sarto, futur pape saint Pie X, interroge la postulante à la vie religieuse et lui déclare : “Prononcez les saints vœux sans crainte. Jésus vous désire, Jésus vous aime. Aimez-le et servez Le toujours comme vous l'avez fait jusqu'à présent”.

Depuis ce jour-là, nous confie Bakhila, quatorze ans de vie religieuse se sont écoulés, pendant lesquels j'ai appris, chaque jour, à apprécier la bonté de Dieu envers moi.

J'étais entièrement libre. C’était le Bon Dieu qui me donnait tant de fermeté parce qu'il me voulait toute à Lui par le baptême et la profession religieuse.

Bakhita l'esclave devient le modèle de la foi libre. C'est le message le plus important de Bakhita pour notre temps, le plus difficile à entendre aussi et à comprendre en notre culture de la modernité ébréchée en post-modernité, mais de plus en plus ivre de liberté. C'est peut-être pour nous, chrétiens du troisième millénaire, le défi le plus urgent et le plus fascinant à surmonter : convaincre nos contemporains et les jeunes en particulier, que la liberté ne se confond pas avec la permissivité qui l'engloutit dans le nihilisme, mais s'épanouit dans le don de l'amour reçu et partagé, vécu et cultivé comme une plante fragile12. La liberté est un grand idéal que nous chantons : “liberté, liberté chérie! ” Un idéal inscrit en lettres capitales au fronton de nos mairies républicaines: liberté, égalité, fraternité, mais dont le philosophe Henri Bergson déjà a su nous montrer que seule la dernière des trois, la fraternité pouvait réconcilier les deux premières de la trilogie, liberté et égalité: "Telle est la démocratie théorique : elle proclame la liberté, elle réclame l'égalité, et elle réconcilie ces deux sœurs ennemies en leur rappelant qu'elles sont sœurs, en mettant au-dessus de tout la fraternité"13, la solidarité: Solidarnose de nos frères polonais. Dans son dernier voyage en Pologne, Jean-Paul II a mis en garde ses concitoyens contre “une fausse idéologie de la liberté et la propagande bruyante du libéralisme, de la liberté sans vérité et sans responsabilité”14 .

Le mot liberté est un mot magique et ambivalent, comme toutes les grandes valeurs humaines, nées dans la pureté de l’image et de la ressemblance de Dieu, et obscurcies par le péché de l’homme, sans cesse renaissant et sans cesse renouvelé depuis la première femme et le premier homme au premier jardin de la Genèse, mais enfin libérées par le libre don de Jésus, fils de Dieu et de la Vierge Marie, mort en croix pour nous donner la vie.

La  liberté pervertie du négrier africain a durablement entravé la jeune liberté heureuse de la petite Bakhita dans l’esclavage. C’est la liberté du renard libre dans le poulailler libre. Le père Lacordaire, illustre prédicateur de Notre-Dame l’a exprimé en termes lapidaires : « Entre le fort  et le faible, c’est la liberté qui opprime et la loi qui libère ». Nous pouvons rendre hommage aux acquis durables, conquis souvent de haute lutte, de notre législation sociale, qui est si loin encore d’avoir pu s’inscrire dans les cultures de tous les peuples de tous les continents. C’est un grand héritage évangélique que le pape Jean-Paul II est venu magnifier au Bourget, il m’en souvient, où je l’avais accompagné en hélicoptère après l’avoir accueilli, le dimanche 1er juin au petit matin à l’Institut Catholique de Paris :
« Que n’ont pas fait les fils et les filles de votre nation pour la connaissance de l’homme, pour exprimer l’homme par la formulation de ses droits inaliénables : on sait la place que l’idée de liberté, d’égalité et de fraternité tient dans votre culture, dans votre histoire. Au fond, ce sont là des idées chrétiennes. Je le dis tout en ayant bien conscience que ceux qui ont formulé ainsi, les premiers, cet idéal, ne se référaient pas à l’alliance de l’homme avec la sagesse éternelle, mais ils voulaient agir pour l’homme. Pour nous, l’alliance avec la sagesse se trouve à la base de toute culture et du véritable progrès de l’homme »15. 

« Là où est  l’esprit de Dieu, là est la liberté », comme le dit saint Paul en lettres de feu : le message de l’évangile est un message de libération. Le christianisme antique a puisé une  partie de son rayonnement foudroyant dans son affirmation de la liberté. L’authentique distinction évangélique du spirituel et du temporel entraîne la distinction de l’Eglise et de l’Etat. C’est dire en même temps la légitimité du politique et le rejet de sa prétention à s’ériger en absolu, cette tentation totalitaire aussi vieille que le pouvoir, et stigmatisée dès la première génération chrétienne par le dernier livre de la Bible, l’Apocalypse.

Antigone déjà, dans son innocence pieuse, se dressait contre Créon et devait payer de sa vie la protestation de sa conscience désarmée contre la prétention impie du pouvoir totalitaire.

 Aujourd’hui encore, un Sakharov, un Soljenitsyne se sont dressés, au nom de la dignité de l’homme aux mains nues contre l’arrogance policière  de l’Etat totalitaire. Croyants et non croyants, c’est le dialogue dont m’a chargé le  pape Jean-Paul II, unissant leurs volontés pour lutter contre toutes forces déshumanisantes tapies dans les cultures dominantes : la confrontation entre la conception religieuse du monde et la conception agnostique ou même athée qui est un des signes des temps, pourraient conserver des dimensions humaines, loyales et respectueuses, sans porter atteinte aux droits essentiels de la conscience de tout homme et toute femme qui vivent sur la terre. Les droits de l’homme sont aussi indivisibles que la République. Pour les chrétiens, ils sont inscrits par Dieu dans la conscience, dont ils respectent avec les non-croyants le magistère universel. Nous avons encore beaucoup à faire, en Afrique et dans le monde, pour que tous puissent enfin, comme la petite Bakhita, accéder à la liberté, toute la liberté, y compris la plus personnelle et la plus profonde, la liberté de croire, garante de toutes les libertés.

 Les droits de l’homme, la liberté religieuse.
 Depuis le début de son pontificat, le pape Jean-Paul II ne cesse d’appeler tous les membres de la communauté internationale à respecter tous les droits de l’homme. Et, dès sa première encyclique Redemptor hominis il s’exprime à cet égard avec la force de conviction qui lui vient de son expérience polonaise tragique vécue sous un régime totalitaire :
 « Parmi ces droits, écrit-il, on compte à juste titre le droit à la liberté religieuse à côté du droit à la liberté de conscience. Le Concile Vatican II a estimé particulièrement nécessaire l’élaboration d’une déclaration plus étendue sur ce thème. C’est le document qui s’intitule « Dignitatis humanae » : on y trouve exprimées non seulement la conception théologique du problème, mais encore la conception qui part du droit naturel, c’est-à-dire, d’un point de vue « purement humain », sur la base des prémices dictées  par l’expérience même de l’homme, par sa raison et par le sens de sa dignité. Certes, la limitation de la liberté religieuse des personnes et des communautés n’est pas seulement une douloureuse expérience pour elles, mais elle atteint avant tout la dignité même de l’homme, indépendamment de la religion que ces personnes ou ces communautés professent ou de la conception du monde qu’elles ont. La limitation de la liberté religieuse et sa violation sont en contradiction avec la dignité de l’homme et avec ses droits objectifs. Le document conciliaire cité plus haut dit assez clairement en quoi consiste une telle limitation et une telle violation de la liberté religieuse. Sans aucun doute nous nous trouvons dans ce cas en face d’une injustice radicale affectant ce qui est particulièrement profond dans l’homme, ce qui est authentiquement humain. De fait, même le phénomène de l’incrédulité, de l’attitude areligieuse et de l’athéisme, comme phénomène humain, ne se comprend qu’en relation avec le phénomène de la religion et de la foi. Il est par conséquent difficile, même d’un point de vue « purement humain », d’accepter une position selon laquelle seul l’athéisme a droit de cité dans la vie publique et sociale, tandis que les croyants comme par principe, sont à peine tolérés, ou encore traités comme citoyens de « catégorie » inférieure et finalement –ce qui est déjà arrivé- totalement privés de leurs droits de citoyens.
 Il faut, même brièvement, traiter également ce thème, car il rentre lui aussi dans l’ensemble des situations de l’homme dans le monde actuel, et il témoigne lui aussi à quel point cette situation est grevée de préjugés et d’injustices de tout genre. Si nous nous abstenons d’entrer dans les détails de ce domaine –et nous aurions un droit et un devoir spécial de la faire-, c’est avant tout parce que, unis à tous ceux qui souffrent de la discrimination et de la persécution pour le nom de Dieu, nous sommes guidés par la foi en la force rédemptrice de la croix du Christ. Cependant, en vertu de ma charge, je désire au nom de tous les croyants du monde entier, m’adresser à ceux dont dépend de quelque manière l’organisation et la vie sociale et publique, en leur demandant instamment de respecter les droits de la religion et de l’activité de l’Eglise. On ne demande aucun privilège mais le respect d’un droit élémentaire. La réalisation de ce droit est l’un des tests fondamentaux pour vérifier le progrès authentique de l’homme en tout régime, dans toute société,  système ou milieu »16.

 La petite Bakhita, guidée par la Providence, a dû quitter son pays natal pour trouver la liberté de croire, et tout d’abord la liberté tout court. Pensons à tous nos frères –ils sont encore légion à travers le monde, de l’Afrique à l’Asie- qui sont privés de liberté, de liberté de croire et de liberté tout court, et dont beaucoup encore demeurent en attente de Dieu, vers lequel ils vont « comme à tâtons », selon le mot de saint Paul, en suivant leur conscience droite avec générosité et avec amour. Vraiment, la vie étonnante de Bakhita jette une lumière merveilleuse sur les être innombrables qui ne connaissent pas le Bon Dieu, comme elle le dit, mais Lui sont fidèles en suivant leur conscience droite, et trouvent en Lui la joie dans sa plénitude quand ils L’ont rencontré. Bakhita n’avait pas besoin d’aller à la recherche de Dieu, Il était déjà dans son cœur : « Tu ne me rechercherais pas si tu ne m’avais déjà trouvé ». Petite fille qui s’émerveille en contemplant les merveilles de la nature, Bakhita subit trois jours de suite la torture la plus atroce, la torsion des seins, comme si c’étaient des chiffons mouillés.

 Toutefois, confie-t-elle, quand le maître me faisait appeler, je courais, me mettais à genoux  en attendant ses ordres.

Lorsqu’on lui demande si elle se comportait ainsi en pensant que Dieu la voyait, elle répond :

Je ne connaissais pas le Bon Dieu. J’agissais ainsi parce que pensais dans mon cœur que je devais me conduire de cette façon. J’ai été dans la boue, mais je n’ai jamais été souillée. La Sainte Vierge m’a protégée, même quand je ne la connaissais pas. Même au fond du découragement  et de la tristesse, quand j’étais esclave, je n’ai jamais désespéré, parce que je sentais en moi une force mystérieuse qui me soutenait. Je n’en suis pas morte, parce que le bon Dieu m’avait destiné à des ‘choses meilleures’. Et je connus finalement ce Dieu que je sentais dans mon cœur depuis que j’étais petite, sans savoir qui c’était.

Devenue religieuse, à qui lui demande comment, elle répond :

A vrai dire. Je ne le sais pas, c’est Lui qui a tout fait.

Mystère joyeux de sa première enfance africaine, mystères douloureux de son esclavage, mystérieux lumineux de sa vie de baptisée et de religieuse, mystère glorieux de sa sainteté. Appelée à la liberté par le Christ, avant même de le connaître, elle consume sa vie à Le faire aimer :

Soyez bons, aimez le Seigneur, priez pour ces pauvres malheureux qui ne le connaissent pas. Si vous saviez quelle grâce c’est de connaître le Bon Dieu, une grâce infinie. « Oui, le Seigneur est bon, éternel est son amour »17.

 Et c’est sa prière pour sa famille, pour les siens, pour l’Afrique, sa patrie :

Ô Seigneur, si je pouvais voler là-bas, auprès de mes gens, et prêcher à tous à grands cris Ta bonté. Oh, combien d’âmes seraient attirés vers Toi ! D’abord ma mère et mon frère, ma sœur encore esclave, tous, tous les pauvres gens de l’Afrique. Ô Jésus, fais qu’eux aussi Te connaissent et t’aiment !

Que Bakhita nous donne de partager son émerveillement devant la création, la droiture de sa conscience morale, le courage devant les épreuves les plus cruelles, la joie de croire, l’ardeur d’espérer et la ferveur d’aimer le Christ et de Le faire aimer. Qu’elle nous donne aussi la grâce d’aller comme elle avec une simplicité confiante vers la rencontre du Père :

Je m’en vais tout doucement vers l’éternité. Je m’en vais avec deux valises : l’une contient mes péchés, l’autre, bien plus lourde, les mérites infinis de Jésus-Christ. Quand je comparaîtrai devant le tribunal de Dieu, je couvrirai ma vilaine valise des mérites de la Vierge Marie, puis j’ouvrirai l’autre, je présenterai les mérites de Jésus et je dirai au Père éternel : « Maintenant, jugez de ce que vous voyez ! » Oh, je suis bien sûre de n’être pas renvoyée ! Alors, je me trouverai vers saint Pierre et je lui dirai : « tu peux bien fermer ta porte, car je  reste ! »
 

La sainteté au défi de l’histoire, Bakhita, l’Africaine esclave, devenue libre de la liberté des saints, nous montre le prix de la liberté et son sens. « La liberté pour quoi faire ? » s’interrogeait Georges Bernanos. Bakhita nous répond ; nous sommes tous appelés à être libres pour aimer d’un même amour Dieu et nos frères. 

Notes :

1 Paul VI, Populorum progressio, n°20-21.

2 Maria LuisA Daguino, Bakhita raconte son histoire, Maison Généralice des Sœurs Canossiennes, Rome, 1996. 
Cf aussi L’Histoire de Bakhita écrite et illustrée par Augusta Curelli, Ed. du Signe, Trasbourg, 2000,
Bakhita, l’esclave qui rencontre le Christ, textes : Don Roberto Lamita, Illustrateur : Giorgio Trevisan, Ibid, 2000,
Bakhita, inchiesta suuna sancta par il 2000, Roberto Italo Zanini, San Paolo, Turin, 2000.

3 Cf. Conférence des Evêques de France, Lourdes 1999. Chercheurs du Christ, Centurion, Cerf, Fleurus-Mame, 1999, Témoignage de Monseigneur Zubeir Wako, Archevêque de Khartoum, Soudan, samedi 6 novembre 1999, p.95-105.

4 Luc, 23, 34

5 Saint Augustin, Confessions, Prologue, I, 1, éd. Lucien Jerphagnon, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », Gallimard, 1998, p.781.

6 Psaume 18.

7 Psaume 8.

8 Gaudium et spes, n°36, 2.

 9 Jean-Paul II, Fides et ratio, 14 septembre 1998.

10 Cf. Paul Poupard, Après Galilée. Science et foi : nouveau dialogue, DDB, 1994.

11 La Documentation Catholique, 1992, p.325.

12 Cf. les actes des deux colloques que j’ai réunis à Madrid et Prague sur « Dieu, l’Eglise et la liberté en Europe ». Paul Poupard, Nouvelle Europe. Reconquête de la liberté et défi du libéralisme, Mame, 1993.

13 Cf. Paul Poupard, intervention aux XXVIII èmes Rencontres internationales de Genève, l’exigence d’égalité, Histoire et Société d’aujourd’hui, Ed. de la Bâconnière, Neuchâtel, 1982, p.296.

14 Homélie du pape Jean-Paul II au Parc Blonia à Cracovie, le 18 août 2002, dans Cocumentation Catholique, t, XCIX n°2277, 6 octobre 2002, p.827.

15 Jean-Paul II, France, que fais-tu de ton baptême ? Centurion, 1980. p.139.

16 Jean-Paul II, Redemptor hominis, n°17.

17 Psaume 117.
 


 
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Mission de solidarité au Soudan
 
Du 30 janvier au 14 février 2003, une délégation comprenant deux évêques (Mgr André Lacrampe, évêque d’Ajaccio et Mgr Daniel Labille, évêque de Créteil), deux parlementaires (M. Pascal Clément, député de la Loire et M. Michel Voisin, député de l’Ain) des représentants du Secours catholique, du Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement, s’est rendue au sud et au nord Soudan, pays déchiré par deux guerres civiles et des conflits locaux depuis près de 50 ans et soumis à une islamisation rampante.
Au-delà d’un témoignage de solidarité de l’Eglise de France, cette mission avait pour objectif de mieux appréhender les perspectives du processus de paix en cours, la situation des droits de l’homme ainsi que les besoins d’assistance humanitaire et d’aide au développement.
La mission a constaté les grandes souffrances des populations impliquées dans le conflit principal opposant les troupes gouvernementales aux rebelles sudistes de l’armée populaire de libération du Soudan (APLS /SPLA).
Initialement motivée par les volontés hégémoniques anciennes des populations du Nord, à dominante arabe et musulmane, sur un Sud peuplé majoritairement de négro-africian animistes et chrétiens, la guerre civile a pris une dimension économique après la découverte d’importants gisements pétroliers au Sud Soudan.
Victimes de massacres et de bombardements, les populations du sud Soudan sont contraintes de fuir les zones d’exploitation du pétrole par le Gouvernement soucieux de sécuriser celles-ci. Dépourvus de toute aide publique, les déplacés connaissent un dénuement absolu, aggravé par des expropriations arbitraires des camps où ils résident qui les contraignent à s’installer de plus en plus loin dans le désert. Face à la carence humanitaire des pouvoirs publics, le rôle des Eglises est devenu essentiel. Par ailleurs, avec d’autres partenaires de la société civile, elles sont fortement engagées dans le processus de paix. Cependant, si elles parviennent à dialoguer au Sud avec la APLS (SPLA), leur action est entravée au Nord par l’inertie du gouvernement qui re répond pas à leurs requêtes ; en particulier, elles ne sont pas autorisées à bâtir des lieux de culte. De plus,le système scolaire impose à tous les enfants des manuels d’inspiration arabo-islamique. Enfin, d’une manière générale, on peut dire que beaucoup de soudanais au Nord,  qu’ils soient musulmans ou non, sont victimes de discriminations diverses.
La forte pression internationale qui accompagne l’actuel processus de paix, lequel a donné lieu à des premiers accords en juillet dernier à Machakos, permet d’espérer une sortie du conflit même si la société civile et les partis politiques sont actuellement exclus de la négociation. Cependant, des questions très délicates comme celles du partage du pouvoir et des ressources ou des conditions matérielles du retour des populations déplacées ne sont toujours pas résolues.
La mission fait plusieurs recommandations : 
· la communauté internationale doit continuer à apporter un soutien massif, diplomatique et financier, au processus de paix en cours et,après le cessez le feu, contrôler l’application des accords ;
· faire adopter par le Conseil de Sécurité une résolution qui garantisse la paix pour le Soudan et la nomination d’un envoyé spécial du Secrétaire Général des Nations Unies ;
· en relations avec les Nations Unies, l’Union Européenne veillera à mettre en pace un système d’observation et de contrôle du cessez-le-feu ;  avec l’appui des  ONG, elle devra mettre en œuvre des dispositifs  d’assistance et des plans de développement dans l’hypothèse de retours massifs de personnes vers le sud du Soudan ;
· Les ONG devront participer à la réactualisation des programmes européens d’assistance et aider à la promotion d’une éducation civique et citoyenne en général afin de préparer les populations au référendum sur l’autodétermination ;
· Un engagement plus décisif, de la France à la fois dans le processus de paix et dans les étapes qui suivront. La nomination d’un envoyé spécial pour le Soudan qui pourra établir des contacts aussi bien avec le gouvernement qu’avec l’APLS va dans ce sens-là ;
· La solidarité morale et matérielle de l’Eglise de France avec les Eglises et le peuple du Soudan en informant davantage les chrétiens et l’opinion publique français et en renforçant la coordination des actions menées par les organismes de développement (Secours catholique, CCFD, Aide à l’Eglise en Détresse, DDC, autres…) ;
· Par des actions de formation et d’information et en participant aux programmes de développement, les Eglises du Soudan poursuivront les démarches de paix et de réconciliation dans lesquelles elles se sont engagées depuis longtemps pour qu’advienne enfin la paix durable que tout le monde attend.
Paris, mars 2003

 
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Deux évêques soudanais appellent à la cessation de la guerre civile
 
Conférence de presse au musée de l'Holocauste à Washington – Etats Unis 
Jessica Lawrence, Rédactrice du "Washington File".

"Nous souhaitons que cette guerre prenne fin. La population civile souffre." Ainsi se résume l'appel de l'évêque Paride Taban, du diocèse de Torit situé dans le sud du Soudan. Cette supplique se double d'un remerciement au gouvernement et au peuple des Etats-Unis pour la promulgation, le 21 octobre, de la loi sur la paix au Soudan.

L'évêque Taban s'exprimait le 23 octobre à Washington dans le cadre d'une conférence de presse sur le Soudan parrainée par le musée de l'Holocauste et à laquelle participait un second évêque soudanais, Rudolf Deng Majak (évêque de Wau, Sud Soudan). Ces ecclésiastiques souhaitaient faire le point de la situation dans leur pays deux ans après la publication par le Comité de la conscience ("Committee on Conscience", COC) d'une alerte au génocide au Soudan, qui demeure en vigueur en raison de la persistance des actes de violence touchant les populations du Soudan méridional.

Tout en reconnaissant que les pourparlers de paix avançaient de façon progressive et régulière, les deux évêques ont salué la promulgation de la loi américaine sur la paix au Soudan: "Dans une logique de guerre, tout se flétrit, tout s'écroule (... ) alors que dans une logique de paix, tout s'élargit et se raffermit ", a déclaré l'évêque Deng Majak.

Il a ajouté: "Je voudrais vous remercier sincèrement d'avoir éveillé la conscience de l'humanité aux souffrances immenses de la société soudanaise." L'évêque parlait en connaissance de cause: son diocèse est centré à Wau, ville aux mains des autorités de Khartoum, mais aussi "pratiquement assiégée" puisque ses résidents ne sont pas autorisés à s'en éloigner de plus de 10 kilomètres et que leur alimentation est assurée essentiellement par le Programme alimentaire mondial qui y distribue des rations tous les 15 à 20 jours. Ruinée par la guerre, l'économie locale est impuissante à assurer à la population ne serait-ce que les articles de première nécessité, a affirmé l'évêque Deng Majak.

Quant à l'évêque Taban, il a déclaré qu'il n'était même plus l'évêque de Torit, petite ville quasiment abandonnée mais "évêque du peuple", réduit à vivre avec ses fidèles dans les forêts de la région, où l'existence est devenue extrêmement précaire.

Le diocèse de Torit couvre un vaste territoire de la province d'Equatoria orientale située dans le sud-est du Soudan et que contrôlent les forces rebelles de la SPLA, l'année populaire de libération du Soudan. Tant les autorités soudanaises que la SPLA ont emprisonné l'évêque Taban, qui a été détenu en tant que prisonnier de guerre pendant 300 jours et qui n'est pas retourné à Torit depuis juin 1992. Même après sa remise en liberté, il a décidé de demeurer auprès des autres prisonniers, pour les nourrir et les servir: "Je n'ai jamais été un réfugié de ma vie, mon peuple est nomade, je le suis partout où il va."

"Dans le sud du pays, dans les forêts, on peut voir des ossements humains partout", a-t-il poursuivi. Il s'agit des restes de corps déchiquetés par les bombardements aériens des forces de Khartoum ou écrasés par les chars d'assaut.  "Les bombes, les mines terrestres, les avions de chasse traumatisent les gens", a-t-il dit. On a dû construire des abris fortifiés dans la plupart des écoles, églises et cliniques, car elles étaient devenues les cibles principales des bombardements.

Les forces gouvernementales ont également attaqué les ponts que la population avait construits pour relier d'autres régions, et sans lesquels elle restait fort isolée.  Le gouvernement a fait sauter l'un des ponts les plus importants puis, le mois dernier, a détruit le nouveau pont qu'on venait à peine d'achever, a déclaré l'évêque Taban.  Sans cette infrastructure, l'aide humanitaire n'a aucun moyen de parvenir à la population civile.

"Ainsi, la vie même de la population civile est très en danger. C'est pourquoi nous parcourons le monde pour essayer de mettre fin à cette guerre." Depuis 20 ans il n'y a pas eu de cessez-le-feu dans la province d'Equatoria orientale. En dépit de cela, la population de la région continue de s'accroître et elle compte aujourd'hui environ un million de personnes.  D'autres Soudanais, au nombre d'environ 150-000, ont fui le pays pour se réfugier au Kenya et dans le nord de l'Ouganda.

"La population civile devrait pouvoir s'intéresser sereinement à son avenir" au lieu de vivre dans la crainte constante d'être anéantie, a souligné l'évêque Taban.  C'est pourquoi il est essentiel, selon lui, de s'exprimer haut et fort en faveur de la liberté humaine et de la démocratie, afin de réaliser cette unité à laquelle le peuple du Sud aspire tant: "Les autorités doivent être attentives aux appels de la société civile, sinon les gens continueront à souffrir." 
Site Internet: http://usinfo.state.gov/francais/)

(Africa News Report, 4 novembre 2002)
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La repentance de Khartoum
 
Abou Nidal, Carlos et Oussama Ben Laden en ont goûté les charmes. 
Aujourd'hui, la capitale soudanaise veut tourner la page.

Les avions militaires qui, il y a quelques années encore, accueillaient le voyageur sur le tarmac ont disparu. Les consignes n'en sont pas moins strictes : tout étranger arrivant à Khartoum doit se faire enregistrer dans les deux jours auprès des autorités. Deux agents, plutôt qu'un, de la police de l'air et des frontières visent le passeport et les bagages sont systématiquement ouverts en douane. Depuis qu'il a décidé de jouer le jeu de la lutte contre le terrorisme, le Soudan veut montrer qu'il ne badine plus avec la sécurité. Fini le laxisme qui, il y a quelques années encore, au nom de la fraternité révolutionnaire, arabe, ou musulmane, laissait la porte grande ouverte à tous les extrémistes.
Khartoum est lève-tôt, dans une apparente course de vitesse avec le soleil qui, à la mi-journée, l'écrase sous une température implacable. Dès les premières heures, la ville s'anime dans un incroyable désordre, auquel assistent impuissants de rares agents postés aux carrefours. Aux non moins rares feux de signalisation, généralement en panne, voitures neuves, véhicules d'un autre âge rafistolés, minibus et camionnettes chargées de passagers sur le plateau arrière, bicyclettes et charrettes à ânes se bousculent allégrement. Le sable ayant souvent envahi ce qui tenait lieu de trottoir, ils partagent la chaussée avec les piétons, les marchandes de thé et autres vendeurs de breloques. Au milieu de ce chaos se faufile le rickshaw, trois-roues de fabrication indienne, très économique au kilomètre, indispensable palliatif de transports en commun dérisoires dans une cité de plus en plus étendue et peuplée. Sur l'arrière du capot, aux côtés de photos de Michael Jackson ou de Ronaldo, leurs propriétaires s'en remettent, qui à "la volonté de Dieu", qui à "l'émir Yaacoub", un saint homme national, voire à "Abou al Rimah", héros d'une série télévisée locale.
Note d'élégance dans cette ville à la fois arabe et africaine, les somptueuses couleurs des thobes des femmes, sortes de saris qui drapent le corps de la tête aux pieds, cèdent parfois la place à la tenue jupe longue-chemisier que lui préfèrent les jeunes filles, un voile léger sur la tête. Khartoum n'est ni Riyad, la capitale saoudienne, où les femmes sont des ombres de jais inévitablement escortées d'un homme, ni Téhéran, où elles doivent se couvrir la tête et cacher leurs formes dans un manteau, à défaut de tchador. Ici, la tenue strictement islamique - ample manteau noir, carré noir qui ne laisse deviner du visage que les yeux, gants noirs - est rarissime. Avec les hommes, longue jelabiya blanche et tête enturbannée, c'est la tradition qui affleure dans la capitale soudanaise, plutôt que la rigueur musulmane. La cité est musulmane - la construction de nouvelles mosquées à une cadence soutenue en témoigne - avec une forte prégnance soufie, à Oumdourman surtout, cette pointe du triangle qui forme le grand Khartoum, et qui se veut le berceau des grandes familles locales et nationales. Pourtant, vous prévient-on, les islamistes purs et durs, opposés à l'alignement du régime sur les Etats-Unis, existent toujours - même s'ils sont invisibles. 
A la tombée du soir, lorsque la température se fait plus clémente, la population envahit les bords du Nil. Le cours tranquille du fleuve, dont la courbe, en épousant la forme d'une trompe d'éléphant (khartoum en arabe) à la jonction de ses deux constituants "blanc" et "bleu" a donné son nom à la ville, offre une détente gratuite. Grand perdant des luttes de pouvoir internes et désormais sous les verrous, Hassan Al Tourabi n'y organise plus les promenades en bateau qu'il réservait à ses invités du Congrès populaire arabe et musulman. Pendant près de dix ans, celui qui se considère comme le grand penseur de l'islam a été l'idéologue du régime - et son âme damnée disent certains. Sur la rive droite du fleuve, le palais des Congrès, dit "de l'amitié", est tombé dans la banalité des bâtiments du même genre, depuis qu'il n'accueille plus cette grand-messe assez hétéroclite de mouvements islamiques des quatre coins de la planète, qui se voulait le contrepoids populaire de l'Organisation de la conférence islamique (OCI) au milieu des années 1990, faisant craindre en Occident l'émergence d'une internationale islamiste. Il abrite aujourd'hui une foire commerciale.
De l'autre côté de la ville, dans le quartier plus chic d'al-Riyad, la villa qu'Oussama Ben Laden a habitée pendant six ans, avant d'être prié, en 1996, de plier bagages par des autorités soudanaises soumises à forte pression internationale, est elle aussi retombée dans l'anonymat, occupée aujourd'hui par des locataires plus anodins. Le gouvernement a toujours affirmé, et répète encore aujourd'hui, que Ben Laden ne se livrait ici qu'à ses seules activités d'entrepreneur de travaux publics - divers projets de développement, une route et l'aéroport de Port-Soudan. Tourabi et lui étaient amis."Nous savions tout de lui, assure Tijjani Foudayl, le secrétaire d'Etat aux affaires étrangères. Dans une société ouverte comme la nôtre, il lui aurait été très difficile de mettre en place un réseau." "Quand Ben Laden est venu ici au début des années 1990, le Soudan ne savait rien d'autre de lui que le fait qu'il appartenait à une grande famille saoudienne et qu'il était un important homme d'affaires", a affirmé de son côté à la presse l'ancien ministre de l'information, Mahdi Ibrahim. A cette époque, les Arabes n'avaient pas besoin de visa pour venir au Soudan. 
Toutefois, à en croire Richard Labévière (dans Oussama Ben Laden ou le meurtre du père, qui vient de paraître aux éditions Favre), "le sanctuaire soudanais d'Al-Qaida était vital pour l'approvisionnement en armes des milices du Hezb-e-Islami pakistanais, mais il servait aussi de plaque tournante à un trafic d'opium " à partir de l'Afghanistan. Outre les grands chantiers lancés au Soudan, Ben Laden a également fondé la banque Al Shamal. En outre, " un continu peut s'observer entre Peshawar et plusieurs fermes autour de Khartoum, ainsi que d'autres camps proches de la ville de Lobiod, où sont entraînés des combattants yéménites, égyptiens, jordaniens, tunisiens". Dans un entretien au Monde, en octobre 2001, le ministre des affaires étrangères, Moustapha Othman Ismaïl, avait admis que de nombreux Afghans arabes s'étaient retrouvés au Soudan à cause, avait-il expliqué, de la généreuse politique des visas, jusqu'au milieu des années 1990, à l'égard des ressortissants de plusieurs pays, en particulier de tous les Etats arabes. Selon lui cependant, sous la pression, Khartoum avait proposé aux Etats-Unis et l'Arabie saoudite de leur renvoyer Oussama Ben Laden, offre à laquelle Washington et Riyad n'avaient donné aucune suite.
En août 1998, en représailles après les attentats meurtriers contre leurs ambassades de Nairobi et de Dar es-Salaam, déjà attribués à l'époque à Ben Laden, les Etats-Unis ont fait bombarder une cible à Khartoum. Les ruines de l'usine de produits pharmaceutiques Al Chifa sont toujours aujourd'hui dans l'état où les missiles américains les ont laissées, au cœur de la cité industrielle, dans le nord de la ville. Jamais, à ce jour, les Etats-Unis n'ont apporté la preuve que l'on fabriquait ici des composants d'armes chimiques. Les Soudanais, eux, comme l'affirme Al Tayeb, un chauffeur de taxi qui connaît la ville comme sa poche, n'en démordent pas : Al Chifa ne fabriquait "que des médicaments".
Pour les Soudanais, l'épisode Oussama Ben Laden relève d'un passé révolu. Un autre tient de la préhistoire, celui d'Illitch Ramirez Sanchez, alias Carlos, qui, dans les années 1970-1980, avait précédé Ben Laden en tête du hit-parade du terrorisme. Carlos a été livré pieds et poings liés par Khartoum à la France en 1994. Avant lui, ou peut-être simultanément, dans les années 1980, Abou Nidal et ses hommes avaient eux aussi fait un crochet par la capitale soudanaise, dans un long itinéraire qui les a conduits à travers plusieurs capitales arabes. Autant dire que le dossier de Khartoum était chargé. L'attentat manqué contre le président égyptien Hosni Moubarak, en juin 1995 à Addis Abeba, auquel le Soudan n'était pas étranger, a achevé d'aggraver les choses et Khartoum a été placée en quasi-quarantaine, frappée du sceau du terrorisme. 
Mais le nouveau millénaire a amorcé un tournant. Lentement, plus rapidement toutefois que quiconque aurait pu l'imaginer, Khartoum est en train de secouer cette chape de plomb. Avant même les attentats du 11 septembre, le Soudan avait décidé de mettre de l'ordre chez lui. Une coopération de terrain s'est engagée avec Washington, dont les Etats-Unis se disent plutôt satisfaits. Les diplomates américains sont revenus - il n'y a pas encore d'ambassadeur, mais rue Ali-Abdel-Latif, au centre de la ville, un chargé d'affaires règne sur l'ambassade autour de laquelle a été érigée une haute grille de fer. Rien de comparable toutefois avec les mesures de sécurité que l'on peut voir dans d'autres capitales de la région, où les chancelleries américaines sont transformées en véritables bunkers. Coca-Cola aussi est de retour, avec force battage publicitaire... on n'attend plus que McDonald.
Khartoum n'en a pas pour autant fini avec ses pourfendeurs. Tout récemment encore, le Washington Post affirmait qu'une partie de l'or d'Al-Qaida avait été transférée au Soudan ces dernières semaines - s'attirant un vigoureux démenti des autorités soudanaises. Et sur un autre front, le Soudan doit faire face à une menace de sanctions du Congrès, s'il ne met pas fin à sa guerre intestine. Cette guerre, qui depuis près de vingt ans oppose l'armée aux rebelles du sud, est bien à l'heure actuelle le souci numéro un. Khartoum en porte de plus en plus les stigmates.
Car plus que le miroir d'un islamisme militant, la capitale soudanaise est aujourd'hui le reflet des drames engendrés par le conflit. L'afflux, par millions au fil des ans, de populations fuyant les combats dans le sud, et la sécheresse de l'ouest, a fait de la cité un microcosme du pays, de sa pluralité ethnique, culturelle, religieuse, et aussi de l'immense disparité des richesses. Quelle que soit leur appartenance, les Soudanais déplacés de leurs foyers se sont retrouvés majoritairement aux périphéries de la cité, à Haj Youssef, à Soba ou à Mayo, vivant dans une grande misère, dans des habitations de terre séchée et de paille mêlées, dont les murs menacent de s'écrouler et l'environnement de se transformer en marécage pestilentiel à la première pluie.
Avec certains d'entre eux, la campagne a gagné la ville et avec elle, les mœurs et coutumes des uns et des autres. Dans cette cité aux constructions basses, l'afflux constant de nouveaux déplacés pousse chaque jour un peu plus loin les limites du grand Khartoum - 55 000 km2 et près de six millions d'habitants aujourd'hui. Mais ces mouvements forcés de Soudanais démunis et le drame des populations prisonnières de la guerre ont également fait de la ville le lieu de l'une des plus grandes concentrations d'organisations non gouvernementales internationales au monde - sinon la plus importante -, du Programme alimentaire mondial à Médecins sans frontières en passant par une multitude d'autres associations, y compris musulmanes et arabes, dont on croise partout les 4 - 4 à la plaque minéralogique distinctive.
La libéralisation économique engagée depuis près de deux ans engendre une disparité des richesses criante. Les villas à l'architecture souvent bâtarde, qui mêle le chalet autrichien, à la pagode chinoise, avec un zeste d'arcades orientales ou turques poussent comme des champignons. D'énormes antennes paraboliques surplombent les toits de ceux qui ont été autorisés à en avoir par le gouvernement. Et qui peuvent se les offrir : on trouve presque tout désormais dans la capitale soudanaise, mais seule une minorité en a les moyens. Et l'intendance ne suit guère. Hormis les grands axes, toutes les rues ou presque sont de terre battue, ou n'ont gardé que des soupçons d'asphalte, là ou se sont creusées des ornières redoutables. Jamais, sauf peut-être du temps de l'occupation britannique, lorsque les grandes avenues avaient été découpées selon un schéma reproduisant le drapeau de Sa Gracieuse Majesté, Khartoum ne semble avoir connu le moindre plan d'urbanisme.

Mouna Naïm (Le Monde 12.09.02 )
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Soudan : Nouvelles manœuvres à Machakos
 
 En manipulant les médiateurs américains et britanniques, le NIF obtient un nouveau répit de six ans et demi.

« Avancée pour la paix », ont titré les journaux. « C’est une imposture. Cela ne marchera pas ! », ont protesté les adversaires du National Islamic Front. Les négociations entre le gouvernement du NOF et la Sudan People’s Liberation Army/Movement se sont achevées le 20 juillet à Machakos, au Kenya, à l’issue de cinq semaines de discussions à huis clos. Ces entretiens, sous les auspices de l’Inter-Governmental Authority on Development (IGAD), ont débouché sur un protocole d’accord assorti de la décision d’une nouvelle rencontre au Machakos Garden Hoel le 12 août.
Le camp gouvernement a été quasiment le seul à s’enthousiasmer. Sa délégation conduite par le conseiller président à la paix Ghazi Salah el Din el Atabani, un fidèle du NIF, s’est exprimée comme la paix régnait déjà. La délégation de la SPLA/M, conduite par le bras droit du colonel John Garang de Mabior, le commandant Salva Kiir Mayardit, s’est montrée beaucoup moins expansive, avec de bonnes raisons. Présidées par le Kenya, supervisées par l’Erythrée, l’Ethiopie et l’Ouganda et menées tambour battant par la Grande-Bretagne et les Etats-Unis, les discussions ont été nettement favorables au gouvernement soudanais. Pour les sudistes, elles sont à l’image des trahisons habituelles. L’opposition du Nord estime de son côté que ce processus conforte un peu plus le régime en lui donnant la bénédiction internationale que le pétrole n’avait pas tout à fait réussi à lui conférer.
Le protocole de Machakos, rédigé dans une langue diplomatique souvent confuse et parfois contradictoire, doit être lu entre les lignes. Son principal message est « diviser pour régner ». Le conflit est uniquement présenté en termes nord/sud et comme il n’insiste pas du tout sur la démocratie ou les droits de l’homme dans le Nord, le gouvernement apparaît comme le seul parti du Nord concerné. S’il mettait en œuvre un processus de démocratisation, le régime signerait son propre arrêt de mort. Par conséquent, la majorité nord-soudanaise est laissée à l’écart, tout comme les partis du Sud entres que le SPLA/M.

L’autodétermination hors d’atteinte

Le protocole affirme que la résolution du conflit sera basée sur la déclaration de principe signée par la SPLA en juillet 1994 et acceptée avec réticence par le NIF en juillet 1997. Ses clauses principales sont la séparation de l’Etat et de la religion dans le Sud et un référendum d’autodétermination dans la région.
Ces principes constituaient également le fondement de la déclaration d’Asmara de la National Democratic Alliance (opposition), en 1995 .La NDA est essentiellement basée dans le Nord, mais la SPLA en fait partie et la plupart de ses troupes sont fournies par le Sud. Toutefois, avant Machakos, le NIF affirmait n’avoir signé la déclaration de principes que pour servir de base de discussion, et Ghazi Salah el Din a déclaré qu’aucun gouvernement soudanais n’accepterait la séparation de la religion et de l’Etat.
Cette stratégie était censée séduire l’Umma et le Democratic Unionist party, deux mouvements à caractère religieux, qui ont signé la déclaration d’Asmara tout en appliquant la loi islamique, quoique dans une autre version que celle du NIF. Elle ignore les partis laïques soudanais, dont le rôle dans la vie du pays est plus important que leur nombre. La nation avait un code pénal laïque jusqu’en 1983, lorsque le président Ja’afar Mohamed Nimeiri a introduit les « lois de septembre ». Machakos prévoit l’application de la Sharia (loi islamique pénale et civile) dans le Nord et de la loi laïque dans le Sud, ce qui n’est pas du tout ce que dit la déclaration de principe.
Dans la déclaration conjointe des signataires, une phrase résume les autres questions clés : « Les parties ont convenu que leur objectif commun est une résolution pacifique et juste basée sur l’unité du Soudan et qu’une solution militaire n’est ni viable ni souhaitable ». Cela n’engage pas beaucoup les parties. La SPLA continue officiellement à lutter pour un Soudan uni, alors que le Sud revendique de plus en plus fort son indépendance. La plupart des Soudanais du Nord, même ceux qui soutiennent la SPLA, s’opposent au démantèlement du pays. Le gouvernement n’a de toute évidence aucunement l’intention de perdre le contrôle des réserves pétrolières, essentiellement situées dans le Sud, et considère le Sud comme fondamental pour son avenir, comme un futur tremplin islamiste en Afrique.
Les médiateurs occidentaux estiment qu’aucun des camps ne peut l’emporter. Les combattant considèrent les choses différemment. La SPLA a accru son potentiel militaire cette année. Garang commandant en chef de la SPLA et de la NDA, répète que le conflit ne pourra être résolu qu’après le renversement du NIF (un refrain qu’il a entonné au USA cette année, mais qui semble n’avoir guère trouvé d’écho au sein du gouvernement de George Bush). Fin juin lorsqu’un projet du protocole de Machakos a été divulgué, les groupes de la « société civile » dans le Sud ont rejeté ces propositions, tandis que les chefs de la SPLA, selon nos informations, déclaraient qu’il y « aurait du sang » si les leaders poursuivaient dans cette voie. Après la signature, un haut représentant de la SPLA nous a déclaré que la guerre ne prendrait jamais fin tant que les rebelles n’auraient pas ce qu’ils voulaient. Il ne parlait pas d’unité nationale.
L’arsenal de Khartoum se renforce plus rapidement. Le complexe militaro-industriel de Giad (dont les activités civiles appartiennent à Salah Idriss, propriétaire de l’usine d’ElShifa) assemble des armes et des chars sur le modèle des T55 et T52 russes. Baptisés Beshir 1 et Zubeir 1, en hommage au président Omar Hassan Ahmed el Beshir et au défunt vice-président Zubeir Mohamed Salih, ce matériel est sorti des chaînes de production le 30 juin, à l’occasion du 13ème anniversaire du coup d’Etat du NIF. Le ministre de la défense, le général Bakri Hassan Salih, s’est rendu à Moscou en avril et a déclaré que le Soudan soutenait la guerre anti-terroriste de la Russie, comparant curieusement les terroristes islamistes de Tchétchénie aux rebelles soudanais du Sud. Le ministre de la défense, Sergei Ivanov, a déclaré que la Russie « conduirait une modernisation complète et peu onéreuse du matériel militaire russe et soviétique du Soudan ». Bakri a également acheté des armes chères, dont 12 chasseurs MiG-29. Le NIF a depuis longtemps promis que le pétrole financerait les armes.
La déclaration conjointe (publiée par l’ambassade du Soudan à Londres comme s’il s’agissait de l’intégralité du protocole) parle d’accord « pour discuter des questions fondamentales de l’Etat et de la religion, de l’autodétermination pour les populations du Sud Soudan, du partage du pouvoir, du partage des richesses et des droits de l’homme ». En d’autres termes, aucun accord n’a été conclu en substance. Le NIF n’a partagé ni le pouvoir ni les richesses. Il n’a pas accordé de droits de l’homme dans le Nord. Il ne devrait pas non plus le faire dans le Sud. L’idée d’accepter certains membres de la SPLA au sein d’un gouvernement semble faire écho à l’accord de paix de Khartoum conclu en 1993 avec Riek Machar Teny Dhurgon et Lam Akol Ajawin. Riek est désormais de retour au sein de la SPLA. Lam, bien que toujours ministre des ressources en eau a démissionné du National  Congress la faction du NIF dirigée par le vice-président Ali Osman Mohamed Taha, qu’il avait rejointe sans que cela soit vraiment remarqué. Toutefois, la SPLA ne peut se permettre de succomber à l’attrait de quelques postes ministériels comme l’ont fait d’autres partis ou individus, du Nord comme du Sud.
Parmi les questions explosives en suspens figure la définition de la frontière nord-sud, qui a l’heure actuelle situe les régions Nuba, Ingessana et Abeyi dans le Nord. Machakos semble reléguer le million de sudistes du Nord dans la citoyenneté de seconde zone. Et lors de la conférence de presse à la State House de Nairobi le 20 juillet, Ghazi est reste assez ambigu sur le statut juridique du Sud. Le gouvernement et la SPLA divergent depuis lors ouvertement sur le point de savoir s’il ont convenu que la constitution fédérale devait être islamique. La démobilisation est un autre sujet déstabilisateur. Les troupes de la SPLA pourraient s’exprimer avec les armes en cas de désaccord avec leurs leaders et le NIF ne souhaite sans doute pas accueillir une armée qui a le sentiment d’avoir été trahie.

Quels moyens de pression ?

Les discussions qui se tiennent actuellement sous l’égide de l’IGAD sont essentiellement pilotées par les USA et le Royaume-Uni. La délégation britannique est conduite par le représentant spécial et ancien ambassadeur au Soudan Alan Fletcher Goulty. La délégation américaine est dirigées par le secrétaire d’Etat adjoint chargé des affaires africaines, Walter Kansteiner III et l’émissaire spécial John C. Danforth. Selon des sources au Kenya, ils ont pris les choses en main, tout comme celui qui présidait les pourparlers, le chef d’état-major kenyan Lazarus K. Sumbeiywo. A Nairobi, la plaisanterie à la mode est de dire que le président Daniel arap Moi brigue un Prix Nobel.
Des sources proches des discussions ont indiqué que comme aucun accord n’avait été conclu au soir du 19 juillet, les participants ont été enjoints par les « mdiateurs » de se mettre d’accord. Dans le cas contraire, ils seraient présentés comme intransigeants et responsables de l’échec. Toutefois, Africa Confidential a appris que le NIF avait depuis longtemps décidé de signer le protocole. En d’autres termes, il est allé jusqu’à manipuler cette étape du processus. Contrairement à ce qu’ils semblent penser, les gouvernements occidentaux ont peu de moyens de pression sur la SPLA et encore moins sur le NIF, dont ils paraissent croire qu’il a abandonné l’islamisme. La seul chose qui importe au NIF, c’est de ne pas être renversé, que ce soit par ses propres citoyens ou par des missiles de croisière. Sa tactique et sa stratégie ont pour objectif la survie. Un accord de paix est un moyen et non une fin ensoi pour le NIF, qui est beaucoup plus fort qu’il y a quatre ans, lorsque les USA avaient bombardé El Shifa, ou encore l’année dernière, lors de l’attaque des Twin Towers et Pentagone par Al Qaida
En juin les bombardements du NIF contre les civils ont été les plus violents jamais enregistrés : les bilans des raids aériens sont consignés avec zèle et diffusés. Toutefois, le secrétaire d’Eta Britannique chargé de l’Afrique, Valerie Amos, a déclaré devant la Chambres des Lords ce mois-ci : « Dans la plupart des cas, il n’a pas été possible de vérifier le détail du nombre de victimes civiles. Nous avons demandé au gouvernement soudanais de ne pas mener de tels raids et de respecter  leur accord avec la SPLA en s’abstenant  d’attaquer des cibles civiles.  Nous espérons la mise en place prochaine d’un mécanisme international de contrôle pour confirmer les respect de ces engagements ». Les contrôles internationaux sont de peu d’effet depuis la négociation d’une première trêve par le sénateur Jack Danforth en janvier. Il sera difficile de trouver le personnel et les fonds nécessaires pour surveiller en pleine saisons des pluies cette région du sud, zone de plus de 800.000Km² dépourvue de routes. Et le gouvernement le sait bien. Il sait aussi que le bombardement de ses populations civiles génère à peine quelques murmures de réprobation de la part des gouvernements étrangers.
Les participants aux négociations de Machakos ont signé mais peuvent toujours revenir sur leur engagement. Toutefois cet accord donne aux intérêts économiques occidentaux  l’occasion qu’ils cherchaient. L’Egypte est ravie. Il est clair que l’indépendance du Sud n’est pas une menace dans le cadre de ce protocole. La seule pression que le NIF redoute est désormais d’ordre interne. Certains conseillers occidentaux affirment que le processus de paix lui-même va affaiblir le NIF, peut-être mortellement. Certes, certaines informations en provenance de Khartoum laissent penser que des partisans du NIF redoutent l’abandon de l’islamisme. La première réponse de la NDA au protocole a été de critiquer parce qu’il ne dit rien sur le Nord du Soudan. L’opposition ne se comporte toujours pas comme un gouvernement en exil –raison supplémentaire pour que les gouvernements occidentaux coopèrent avec le NIF. La SPLA est par conséquent la principale menace pour le NIF. De nombreux habitants du Sud font pression pour qu’elle lutte pour l’indépendance totale de la région et abandonne la NDA à son sort. Les réjouissance de cette semaine semblent prématurées.

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Qui est Sulaf ?

Juste après la signature du protocole de Machakos au Kenya le 20 juillet, l’organisation Relationships Foundation International a tenu sa cinquième série de pourparlers de paix, à compter du 22 juillet en Grande-Bretagne. L’initiative de RFI, basée au Royaume-Uni, qui bénéficie entre autres de certains financements de la US Agency for International Development ‘USAID), se déroule sous la présidence d’un ancien ministre kenyan des finances et leader Luo, le professeur WashingtonOkumu. Sa méthode consiste à rapprocher les leaders soudanais sur des bases personnelles : ils ne sont pas censés assister aux réunions à huis clos en tant que représentants des partis ou d’autres organisations mais en tant qu’individus. C’est une pratique courante de résolutions des conflits, mais ele ignore le fait que les leaders soudanais n’ont jamais eu aucune difficulté à parler. C’est ce qu’ils veulent dire qui compte. Et le NIF peut contrôler l’intégralité du processus.
La réunion de cette semaine a réuni quelques personnalités intéressantes à Stevenage. L’un des invités devait se sentir à l’aise dans le Home Counties car il a un doctorat d’agroalimentaire de l’université de Reading (sur la déshydratation des plantes à feuilles). Il s’agit du commissaire soudanais aux affaires humanitaires, Sulaf et Din Salih Mohamed Tahir. Sa venue dans le Bertfordshire a été retardée par une viiste au secrétaire britannique au développement Clare Short. De par ses fonctions Sulaf el Din Salih supervise toute l’aide d’urgence au Sud (cf article) et s’exprime fréquemment au nom du gouvernement du National Islamic Front. Dans Le Courrier, lettre d’information de l’Africa,-Caribean-Pacific-European union, on pouvait lire en novembre 2001 : « Le commissaire est ouvert en ce qui concerne ses croyances. Nous aimons relier nos activités humanitaires à notre foi et citer le Coran quand nous le mettons en œuvre ». Il est aussi cité comme yanat déclaré que « plus de 50% voir 60% du budget du gouvernement est consacré à la guerre ».
Selon certaines sources, Sulaf el Din, depuis son enfance,encourage ses amis et sa famille à rejoindre le NIF (à l’époque da Musilm Brotherhood). Il a eu peu de succès auprès des siens : les Nubiens Halfawi (de l’extrême nord autour de Wadi Halfa à la frontière égyptienne) ont une profonde tradition laïque. Sulaf a poursuivi ses activités militantes. Comme d’autres membres de premier plan du gouvernement, il a participé au coup d’Etat du NIF du 30 juin 1989. Il a d’excellentes relations avec l’appareil de sécurité et les organisations humanitaires auxquelles ils s’intéresse depuis longtemps. Il est devenu commissaire aux affaires humanitaires en 1999 et s’impose de plus en plus sur le devant de la scène.

 (Africa confidential, édition française, n°408 du lundi 29 juillet 2002)

 
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Soudan- retournement de tendance
 
L’opposition se regroupe et menace la main mise de Khartoum sur les gisements de pétrole.

Le gouvernement du National Islamic Front (ou National Congress) a lancé une offensive aérienne et terrestre massive dans le Western Upper Nile, riche en pétrole, pour contrer le regroupement des groupes d’opposition. En janvier, l’opposition nouvellement réunifiée a attaqué et contraint le suédois Lundin à suspendre ses opérations de forage. Auparavant en janvier, la Sudan People’s Libération Army du colonel John Garang de Mabior s’était réconciliée avec le  Sudan People’s Démocratic Front dirigé par le commandant Riek Machar Teny Dhurgon (cf annexe).

Depuis deux ans, Lundin, principal partenaire de la concession du bloc 5a, travaillait sans difficulté grâce à la « période de coopération » du SDPF avec Khartoum, comme il l’appelle désormais. Le gouvernement avait donné au chef local du SPDF, Peter Paar Yak, des armes pour combattre le chef local de la SPLA, Peter Gadet. Il y a six mois, Paar Yak et Gadet ont cessé de se battre, essentiellement grâce à la médiation de Taban Deng Gai, ancien gouvernement du Unity State de Khartoum qui était l’émissaire de Riek auprès de Garang. Séparément, Paar et Gadet ont mené des attaques punitives contre les forces gouvernementales: Lundin s’est retiré le 22 janvier tout en soulignant que ses projets à long terme restaient inchangés.

Trois jours plus tard, Khartoum a envoyé un convoi de 200 hommes, essentiellement des conscrits enrôlés de force, pour renforcer sa garnison à Pultuni, principale protection des derricks de Lundin à Rier (dit aussi Thar lath). Les soldats de Gadet ont pris le convoi en embuscade et affirment avoir tué 198 hommes des forces gouvernementales. L’un des  deux survivants, Ali Musa, étudiant ingénieur de 22 ans, a déclaré qu’ils avaient reçu l’ordre de contrôler la route entre le QG de Lundin (l’ancien QG de Chevron) à Rub Kona et ses puits de Rier.

Gadet a déclaré à Africa Confidential que la SPLA contrôlait désormais la route, qu’utilisaient précédemment à la fois Lundin et les troupes gouvernementales. « Toutes les forces de la SPLA surveillent cette route. Nous tirons sur toutes les voitures que nous voyons. Les sudistes s‘unissent pour faire ensemble la guerre et de la politique. Les sudistes sont très contents. Le gouvernement est en colère ». Il en résulte une nouvelle offensive gouvernementale pour dégager la route, surtout dans sa moitié sud, où, durant la période de coopération avec Paar, certains civils vivaient dans une paix relative. Le mois dernier, des Nuer du Western Upper Nile se sont rencontrés à Koch pour cimenter leur réconciliation locale dans le cadre du processus People-to-People Peace du new Sudan Council of Churches. Par ailleurs les Antonov du NIF, des hélicoptères d’attaque et des forces terrestres ont attaqué des villages entre Duar, à mi-chemin sur la route pétrolière et Rier, à son extrémité sud. Des personnes déplacées ont déclaré que les hélicoptères de combat étaient venus trois fois par jour et que les soldats avaient ensuite incendié les villages.

Selon les organisations humanitaires, 75 000 civils pourraient avoir été déplacés dans les marais et les forêts, ou plus au sud vers Rumbeck, Yirol et Tonj. Par ailleurs, la milice armée par le NIF du général  Paulino Matip a enrôlé des sudistes, les a entraînés durant quelques semaines et les a envoyés au combat contre la SPLA. James Lily Kuol, commissaire de la ville de garnison de Mayom, est passé dans les rangs de la SPLA le mois dernier, après que neuf membres de son clan Nuer eurent été tués à Khartoum alors qu’ils s’opposaient à la conscription. Selon lui, les officiers de Matip impliqués dans ces opérations d’enrôlement forcé sont  James Gatwiel, Goi Fan, Thiep Gatluak, Chap Tan et Kerubino Ruei Tap.

L’offensive de Khartoum est passée inaperçue aux yeux de la communauté internationale jusqu’à ce que ses nouveaux hélicoptères de combat attaquent le village de Bieh le 20 février, au moment où le Programme alimentaire mondial des Nations unies procédait à des livraisons de vivres. Au moins 24 personnes ont été tuées et des dizaines d’autres blessées. Les survivants ont déclaré qu’un des appareils volait en altitude tandis que l’autre, si proche du sol que la foule avait pu voir les visages du pilote et des artilleurs, attaquait les femmes et les enfants qui attendaient les vivres, d’abord avec des roquettes puis à la mitrailleuse. Des photographies ont confirmé l’usage de roquettes, qui étaient peut-être des grenades RPG.

Condamnation des USA et de l’ONU

Cette attaque est la deuxième de ce genre en 11 jours. Le PAM, qui avait comme prévu informé Khartoum de la distribution de vivres, a dénoncé un affront « délibéré et intolérable » envers la vie humaine et le travail humanitaire. Les Etats-Unis ont déclaré que cela faisait partie d’une « stratégie d’attaques insensées et brutales du gouvernement contre des civils innocents » et suspendu les discussions de paix avec le NIF. La Grande-Bretagne, qui a soutenu les investissements pétroliers de ses entreprises, a fait part de sa « préoccupation ».

Au bout de quatre jours, le ministère de la défense de Khartoum a déclaré qu’il « garantirait la coordination entre les différents organismes de la région pour éviter une réédition de tels incidents », laissant entendre que le massacre était la conséquence d’un manque de coordination. « Erreur technique » : telle a été l’excuse fournie lorsque six roquettes se sont abattues le 9 février sur Akuem (Upper Nile, et non pas Bahr el Ghazal), tuant deux enfants. On a connaissance de centaines d’autres attaques non provoquées contre des civils.

En privé, le NIF impute le massacre de Bieh à un «commandant renégat » et affirme qu’il centralisera les opérations aériennes sous le commandement d’un général. Toutefois, depuis que le pétrole a commencé à couler en 1999, sa politique a toujours été d’écarter les civils, tout comme dans le sud, les monts Nuba et le Blue Nile, où il a durant des années utilisé la technique du « nettoyage ethnique » pour priver l’opposition armée du soutien des civils, pour « islamiser » les populations survivantes et installer des colons du nord. D’où l’importance du ministère des affaires sociales, autrefois dirigé par le numéro deux du NIF Ali Osman Mohamed Taha, actuel vice-président.

Annexe

« Allier guerre et politique »

Le principal résultat de la visite de quatre jours effectuée par John Garang en Grande-Bretagne n’a pas été enregistré lors de ses brèves rencontres avec le gouvernement qui l’avait invité pour la première fois mais lors de ses longs entretiens avec des Soudanais. Près d’un millier d’entre eux, dont beaucoup de nordistes, ont accueilli le président et commandant en chef de la  Sudan People’s Liberation Army/Movement lors d’un rassemblement de quatre heures dans une ancienne église londonienne. Aux côtés de Garang, à la tribune, figurait son ancien adversaire Riek Machar, qui a servi le National Islamic Front durant dix ans, dont quatre au gouvernement dans le cadre du programme « paix de l’intérieur ».

Riek a recueilli moins d’applaudissements que d’autres défenseurs de l’accord unitaire du 6 janvier entre son mouvement, le Sudan People’s Democratic Front, principalement Nuer, et la SPLA, qui pourrait générer une véritable « paix de l’intérieur » dont le sud a désespérément besoin. Un porte-parole de la Southern Sudan Liberation Army  (Shilluk) de Lam Akol Ajawin s’est félicité du pacte Riek-Garang et a proposé de discuter avec la SPLA. Lam se montre de plus en plus critique à l’égard du gouvernement auquel il appartient. Garang, qui est aussi commandant en chef des forces de la  National Democratic Alliance, a longuement parlé des négociations de paix mais a surtout invité l’audience à renforcer la NDA et à favoriser l’émergence d’un « Nouveau Soudan ». Le public a éclaté en applaudissements lors- qu’il a déclaré : « Le NIF tente de faire l’impensable. Il tente de se présenter comme sa propre alternative. Il faut l’en empêcher ! » De nombreux Soudanais, au nord et au sud, estiment que cela s’applique aussi à l’accord largement décrié entre la SPLA et le Popular National Congress d’Hassan Abdullah el Turabi. Le PNC affirme qu’il a une « alliance » avec la SPLA : « Ce n’est pas une alliance, c’est un dialogue » ! a dit Garang à Africa Confidential. De façon plus convaincante, la SPLA défend un nouveau pacte d’unité signé en Erythrée le 1er mars, qui fusionne les Sudan Alliance Forces (surtout dans le nord) et leur aile civile, la  Sudan Nationale Alliance (SNA), avec la SPLA.

Le général  Abdel Aziz Khalid Oman (SAF) a fait plaisir aux sudistes comme aux nordistes en s’inclinant devant Garang pour le commandement militaire des deux forces. Les relations entre les milliers d’hommes des SAF et les dizaines de milliers d’hommes de la SPLA ont parfois été difficiles sur le front Est. Aujourd’hui, de nombreux nordistes considèrent cette fusion comme signe de la faisabilité d’un « Nouveau Soudan ». Selon les observateurs, le président de la NDA, Mohamed Osman el Mirghani (qui n’est pas partisan de la laïcisation bien qu’il soutienne une constitution laïque) a été « choqué ». Les autres entretiens de réconciliation ont eu lieu lors d’un marathon nocturne entre la délégation de la SPLA et deux vétérans du sud et rivaux, Bona Malwal Madut Ring, qui fut ministre de l’Information et de la culture du président Ja’afar Nimeiri, et Aldo Ajou Deng, autrefois vice-Premier Ministre de El Sadig el Mahdi. « Nous sommes restés debout toute la nuit mais cela valait le coup », a dit Garang à AC. La commission de médiation et de surveillance du pacte, présidée par un autre vétéran, Gordon Muortat, compte dans ses rangs le général Joseph Lagu, autrefois leader d’Anya Nya et durant près de dix ans, après 1989, ambassadeur itinérant du NIF. Plusieurs anciens sceptiques sudistes, dont Aldo Ajou (actuel représentant des droits de l’homme de la SPLA) nous ont déclaré avoir détecté un véritable changement au sein de la SPLA. La base (mais aussi les USA, ce qui est moins important) fait pression en faveur de la réconciliation.

Il y a également des progrès sur le front des droits de l’homme et dans une moindre mesure sur le front de la démocratisation. Le secrétaire général du SPLM, le commandant James Wani Igga, a observé que les questions militaires avaient dominé « au départ ». « Avant de vous réunir sous un arbre, il faut trouver un endroit ou s’asseoir », a-t-il dit à  Africa Confidential.

A Whitehall, Garang a rencontré le secrétaire aux Affaires étrangères Jack Straw et la secrétaire à la Coopération, Clare Short. « Le modèle que j’ai tenté de vendre », nous a-t-il dit, « est celui d’Etats confédérés au nord et au sud ». C’est un compromis, a-t-il poursuivi : il souhaite toujours un Nouveau Soudan. Straw a déclaré : « Je leur ai demandé de travailler avec toutes les factions au Soudan pour trouver un moyen de mettre fin au conflit ». Son représentant spécial Alan Goulty a estimé que le défi était de transformer « l’usure de la guerre (...) en un désir de faire la paix ». Plus de 500 membres de l’élite sudiste ont signé une pétition adressée au Premier ministre britannique Tony Blair laissant entendre que Goulty était « de parti pris en faveur du régime actuel ». Aldo a répondu  « J’espère que Goulty sera capable de trouver un terrain neutre. Je pense qu’il le peu ».

La SPLA donne cependant l’impression d’avoir le vent en poupe et sa réconciliation avec ses anciens rivaux a plus de chance de favoriser les succès militaires que la paix. « Aux entreprises du Royaume uni et de l’Union européenne, je donnerais ce conseil amical : si elles ne se retirent pas, nous fermerons les gisements pétroliers », a-t-il dit lors du meeting du 2 mars;

Le recyclage des ministres a conduit à des erreurs malencontreuses dans le précédent numéro d’AC. Ghazi Salah el Din el Atabani n’est plus ministre de la Culture et de l’Information  mais conseiller à la paix tandis que Nafi’e Ali Nafi’e n’est plus conseiller à la paix mais ministre de l’Administration locale. Mahdi Ibrahim, autre successeur possible d’Ali Osman, est désormais ministre de la Culture et de l’Information

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Engagement non constructif
 
Thème :
Quel successeur pour Ali ? – Ali Osman Taha, premier vice-président du NIF et personnalité la plus puissante du Soudan a eu une crise cardiaque. Ses successeurs éventuels s’agitent déjà. La plupart sont des civils ; les candidats les plus sérieux ont une expérience en matière de sécurité.

Les gouvernements occidentaux n’ont toujours pas pris la mesure des dirigeants soudanais.

Au Soudan, un émissaire spécial chasse l’autre. Le sénateur américain John Danforth devrait mettre fin le mois prochain à sa mission en vue de ramener la paix au Soudan, et redonner l’initiative au département d’Etat. En Grande-Bretagne, c’est l’inverse, puisqu’un ancien ambassadeur au Soudan, Alan Fletcher Goulty vient d’être nommé représentant spécial, avec la même mission. Il dépendra directement de la secrétaire d’Etat à l’Afrique et au Commonwealth, la baronne Valerie Amos, et aura les mains relativement libres, comme cela semble avoir été le cas durant plusieurs années.
Goulty pourrait être très rapidement confronté au problème des contrats obtenus par Marconi pour la fourniture de radars (cf. ci-dessous) qui peuvent avoir un double usage pour l’aviation soudanaise. Celle-ci a de nouveau bombardé des civils ce mois-ci. « C’est un nouvel exemple de l’utilisation par le gouvernement de recettes pétrolières pour acheter du matériel militaire », a déclaré un responsable humanitaire. « Et comme dans l’affaire tanzanienne (controverse du mois de décembre sur l’achat d’un dispositif britannique de contrôle aérien d’un montant de 40 millions de dollars), cela soulève la question de savoir si le pays peut financièrement se le permettre ».

Fins tacticiens, fins politiques.

Danforth compte à son actif un nouveau cessez-le-feu dans les monts Nuba et une nouvelle promesse du gouvernement du  National Islamic Front ( alias National Congress,  NC) de cesser de bombarder les civils. Cette dernière fait suite au bombardement aérien, le 10 février, d’Akuem, Bahr el Ghazal, immédiatement après le largage d’aide humanitaire par le Programme alimentaire mondial de  l’ONU. Deux enfants ont été tués. Les Etats-Unis, le PAM et les organismes de défense des droits de l’homme ont vivement protesté. Danforth avait déjà déclaré au NIF que l’arrêt des bombardements constituait l’un de ses quatre « repères » en matière de paix.
Sa nomination avait également affirmé la place de Washington dans l’effort de paix. Le président George W. Bush avait réussi à convaincre ce ministre épiscopalien, qui a notamment pris part à l’enquête sur le massacre de Waco impliquant des fondamentalistes chrétiens. Danforth est considéré comme dépassé sur le Soudan (problème qui ne devrait pas troubler Alan Goulty).
Son adjoint, Robert Oakley, a été en poste en Somalie à l’époque du président Mohamed Siad Barre, au Zaïre sous le président  Mobutu Sese Seko, au Pakistan et au Viêt-nam. Certains le jugent trop franc, d’autres le jugent trop pro-arabe. Cela renforce l’aversion de principe du département d’Etat envers les émissaires spéciaux qui contournent les voies diplomatiques classiques et contribue à expliquer les difficultés de Danforth avec Oakley et le secrétaire d’Etat adjoint chargé de l’Afrique Walter Kansteiner III. Le département d’Etat souhaite reprendre le dossier soudanais, sous la houlette d’un professionnel du renseignement militaire,  Charles (Charlie) Snyder.  Cela ne veut pas dire un retour à l’isolationnisme : l’objectif actuel est d’engager le NIF dans un véritable processus de paix. 
« Veulent-ils un marché ou un accord qui dure? » s’interroge un ancien haut responsable américain, qui ajoute : « La paix à n’importe quel prix n’est ni durable ni acceptable. La paix doit être basée sur l’égalité des hommes ». Toutefois, les efforts de paix se concentrent désormais officiellement sur la réunion autour d’une même table des parties au conflit plutôt que sur les questions qui sous-tendent la guerre. « L’un des objectifs est d’être un catalyseur », a dit Oakley à  Africa Confidential. « Nous voulons faire intervenir les Européens », a-t-il ajouté, notant que la Grande-Bretagne, la France, l’Italie, les Pays-Bas, la Norvège, la Suisse et les Etats-Unis fourniront tous des observateurs, souvent des officiers retraités, pour superviser le cessez-le-feu dans les monts Nuba. Ils espèrent que sur le terrain, ils verront ce qui se passe. Mais réaliser cela dans les zones en guerre de l’Est et du Sud sera complexe et coûteux. Le Soudan est grand comme la moitié de l’Europe occidentale, sans en avoir les infrastructures. Oakley a indiqué que Danforth avait également discuté avec l’Egypte et le Kenya dans l’espoir d’intégrer l’Inter-Government Authority on Development (IGAD) et les initiatives égypto-libyennes. Toutefois, le NIF préfère les initiatives de paix à la réalisation d la paix.
Après la prise du pouvoir par le NIF en juin 1989, coup d’Etat programmé pour saboter les pourparlers de paix prometteurs en cours, le général Omer Hassan Ahmed el Beshir avait déclaré : « Notre objectif premier est la paix (...) et j’accepterai l’aide de tous les experts dans la recherche de la paix ».Le jeu continue.
Comme le dit une source, les Etats-Unis ont diverses options qui vont de « l’écrasement de Khartoum » (la crainte d’une telle hypothèse explique la cour que fait le NIF à Washington) à la plongée dans la manne pétrolière dominée par les gouvernements et hommes d’affaires européens et asiatiques. Entre ces deux extrêmes naissent des tensions entre différentes tendances, apaisement, engagement constructif et isolationnisme, qui résultent davantage de l’influence de la politique américaine que des réalités soudanaises.
Les agents secrets américains, qui ont été en poste ou le sont toujours, assurent leurs arrières après les attentats du 11 septembre. Le NIF fait de même. Il a fourni des flots de documents destinés à démontrer la culpabilité d’ Oussama ben Laden et d’Al Qaida, et l’innocence du NIF. L’ancien chef des services secrets, autrefois introuvable, Qutbi el Mahdi Ahmed, va expliquer aux médias occidentaux comment le NIF a été la victime de celui qu’il prenait pour un homme d’affaires saoudien ayant de nombreux amis « afghans ». On oublie de mentionner que les mujahideen étrangers faisaient partie intégrante du système du NIF, au sein de la  People’s Arab Islamic Conference (PAIC) que le NIF a initiée fin 1990 alors que les forces occidentales se massaient en Arabie saoudite pour reprendre le Koweït à l’Irak (que la PAIC soutenait fermement) et dont l’actuel ministre des affaires étrangères  Mustafa Osman Ismael (« Mr. Smile ») était secrétaire général adjoint. En 1996 et de nouveau en 2000, le NIF a officiellement dissous la PAIC - la seconde fois quelques jours après qu’Africa Confidential l’eut publié et juste avant la visite du président Omer el Beshir au Koweït.

L’histoire selon le NIF

Le NIF réécrit l’histoire. Il n’y a jmais eu de camps d’entraînement, pas même dans les fermes données à Oussama ben Laden par le gouvernement dans les provinces du Nil bleu et de Kassala. Dans certaines, des documents concernant des activités terroristes ont été ultérieurement trouvés et vus par les autorités éthyopiennes et américaines, selon nos informations. Les sources américaines ne laissent rien filtrer concernant les documents que le NIF a remis (coopération dont le NIF se félicite en anglais et qu’il dément en arabe). Khartoum a fourni des centaines de documents et quelques rares personnalités de « niveau inférieur ou intermédiaire », dont la plupart ont été livrées à l’Egypte pour accréditer la croyance au Caire (transmise aux gouvernements arabes et occidentaux) selon laquelle il peut contrôler le NIF.
La technique utilisée, selon une source américaine, a été d’inonder les enquêteurs américains de « propagande grise », dans laquelle sont intimement mêlés vérités et mensonges. Comment l’authenticité des documents est-elle vérifiée ? Combien y a-t-il de personnels disponibles pour les lire, parlant couramment l’arabe et au fait des affaires soudanaises ? Comment les gens des services de renseignements obtiennent-ils les informations cruciales qui ne sont plus portées par écrit ? L’approche du NIF en matière de sécurité est plus homogène que celle de la plupart des gouvernements étrangers qui n’ont pas la motivation du mouvement islamise. Selon nos informations, le flux d’information de Khartoum vers Washington s’est quasiment tari.
Le NIF pourrait considérer la nomination par Londres de Goulty, avocat de longue date de l’engagement constructif, comme une occasion de mettre à l’écart la question de l’auto-détermination du Sud et de renforcer les rivalités occidentales. Diviser pour régner est une spécialité du NIF, qui a éprouvé la technique avec succès sur l’opposition du nord et du Sud, et sur les gouvernements voisins. Cela a attisé la discorde entre les membres du  Sudan Peace Committee de l’IGAD, le Kenya et l’Ouganda, et l’Erythrée et l’Ethiopie.
Goulty, 54 ans, arabophone, a passé six ans au Soudan. Il a aussi été en poste en Egypte (vice-ambassadeur), au Liban, aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, et avait soutenu « l’engagement constructif » après le bombardement par les Américains de l’usine pharmaceutique d’Al Shifa dans le nord de Khartoum en août 1998. Le soutien britannique au raid américain avait conduit à l’expulsion de Goulty du Soudan, mais il n’avait pas caché sa colère et avait ouvertement critiqué la politique d’isolement du NIF menée par le gouvernement du président Bill Clinton. A l’époque du premier ministre  Margaret Thatcher, le Royaume-Uni avait condamné les atteintes au droits de l’homme de la part du NIF, ce qui avait conduit à l’expulsion du prédécesseur de Goulty,  Peter Streams.  Les critiques se sont progressivement apaisées depuis lors. Lorsque Goulty est devenu directeur du département Moyen-Orient et Afrique du Nord du ministère des affaires étrangères en 2000, l’engagement constructif et le dialogue critique étaient déjà bien ancrés. Aujourd’hui il est difficile de trouver à Whitehall des responsables qui soutiennent une politique d’isolement du NIF.
Ce changement a été mal reçu à Washington, avant et depuis l’arrivée de Bush. « Nous tentons d’infléchir les Américains en direction de notre position » avait déclaré un responsable de Whitehall à AC il y a deux ans. « Dites-lui que l’Amérique n’est pas du genre à fléchir », lui a rétorqué un homologue américain. Ce même responsable américain parle aujourd’hui de concilier les deux positions. Cela pourrait être plus difficile qu’il n‘y paraît. Le gouvernement du premier ministre Tony Blair aime à se voir en position de leader sur les questions africaines, sous l’influence de la fougueuse secrétaire d’Etat au développement,  Clare Short.  Elle s’est ouvertement engagée dans la lutte contre la pauvreté et les injustices sociales, mais n’a pas très bien réussi au Soudan. Sa proposition, il y a quelques années, de réhabiliter l’unique ligne de Sudan Railways dans le sud entre Babanusa et Wau, avait provoqué un tollé de protestations. L’objectif était d’apporter des vivres aux populations affamées du sud, mais le NIF se sert de cette ligne pour déplacer troupes et miliciens (ainsi que leurs chevaux et leurs véhicules) à Bahr el Ghazal, pour tuer, piller et enlever des esclaves. Short a condamné aussi fermement les abus de la  Sudan People’s Liberation Army que celui du NIF. Mettant sur un même pied le gouvernement et la SPLA, la machine des relations publiques du NIF a lancé l’idée, contestée par les observateurs des droits de l’homme, que la paix peut être faite simplement entre le NIF et la SPLA, en laissant à l’écart les autres organisations du Sud et les partis d’opposition du nord qui, malgré leurs erreurs, sont bien plus représentatifs et démocratiques que le gouvernement. Il maintient en effet, des lois d’urgence qui laissent les mains libres à la sécurité.
Après s’être rendue au Soudan en janvier, Short a fait pression en faveur d’un représentant spécial. Selon des sources de Whitehall, les leaders du NIF ont été « absolument sans équivoque » lorsqu’ils lui ont dit qu’ils voulaient la paix. Après sa visite, lors d’une intervention à la BBC, elle a condamné les atteintes aux droits de l’homme au Zimbabwe mais non au Soudan. Au contraire, elle a souligné que la Grande-Bretagne devait aider les Soudanais à faire la paix. Cela explique pourquoi le leader de la SPLA, le colonel  John Garang de Mabior, a été officiellement invité à Londres où il est attendu avant de se rendre aux Etats-Unis dans la deuxième semaine de mars. Il ira aussi en Norvège où le ministre du développement  Hilde Frafjord Johnson et ses  collègues contribueront à contrebalancer l’orientation pro-NIF d’autres gouvernements européens et/ou membres de l’IGAD Partner’s Forum (IPF).
La concurrence est intense pour l’obtention de contrats pétroliers et conduit à s’interroger sur les relations entre commerce et diplomatie. Cela veut dire que les gouvernements n’ont aucun argument pour contrebalancer les « carottes » que leur tend le NIF. Autrefois à la pointe du mouvement en faveur du NIF, la France a été mise à l’écart par la Grande-Bretagne. Paris a lancé la contre-attaque le 15 février  en annonçant qu’il allait inclure le Soudan dans sa « zone de solidarité prioritaire » et contribuer à « sa réintégration au sein de la communauté internationale » ; toutefois, la France et l’Union européenne avaient suspendu leur aide au Togo du président  Gnassingbé Eyadéma en  1993 en raison d’un « déficit de démocratie ». Le mois dernier, l’UE a repris son aide au développement au Soudan. Les intérêts autrichiens, allemands, italiens et suédois (plus le Canada, la Chine et la Malaisie) ont désormais été rejoints par la Russie et les compagnies polonaises.

Les contrats les plus récents

Le 24 janvier, l’Allemand Siemens a annoncé un contrat pour la construction près de Khartoum de la plus grande centrale au fuel du monde, qui produira 257 mégawatts, d’un montant de plus de 200 millions d’euros (175,7 millions de dollars). Siemens a déclaré que son consortium avec le Polonais H. Cegielski, de Poznan, avait obtenu ce contrat de DIT Power Kilo-X Limited (DPKX), de Labuan, en Malaisie.
Le 15 janvier, Khartoum a signé un contrat d’exploration de gaz et de pétrole d’un montant de 200 millions de dollars  avec le Russe Slavneft, sur une concession de 126 000 km2 dans le centre du Soudan. Slavnef est détenu majoritairement par le gouvernement. La Biélorussie a une part minoritaire. Les travaux devraient démarrer le mois prochain.
Le 29 janvier, le groupe suédois et suisse Asea Brown Boveri (ABB) a engagé la construction de lignes électriques longues de 68 km entre Khartoum et la raffinerie pétrolière de Jeili.
Fugro Airbone Surveys, compagnie sud-africaine ayant des filiales en Australie, en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis, étudie l’existence de possibles réserves pétrolières y compris dans le sud.
Tornado Air Boats de Newcastle, Australie, a obtenu sa première commande internationale, un bateau pneumatique « insubmersible » pour les gisements pétroliers; elle espère de nouvelles commandes duTchad.
Plus spectaculaire, le Soudan a conclu un contrat de 15 millions de livres (23 millions de dollars) avec  Marconi Radar Projects Ltd. pour la phase II de son programme radar civil. La phase 1 portait sur l’équipement de Khartoum ; la phase II porte sur la surveillance radar et des dispositifs informatiques de contrôle du trafic aérien, ainsi que des radars pour les aéroports d’El Obeid, Port Sudan et Juba, plus ceux d’El Fasher, Dongola et Malakal. Ces aéroports accueillent un trafic militaire ; plusieurs d’entre eux sont utilisés pour bombarder des civils.
Une dizaine de chasseurs MiG-29 sont en train d’être livrés par Moscou pour un montant de 400 millions de dollars. Ce vieux modèle, bon marché et utile, est très en vogue dans les Etats parias désireux d’éviter des sanctions. Conçu pour le combat en vol, ils peuvent également larguer des bombes (non guidées), spécialités du NIF dans le sud et les monts Nuba.
Spoornet, filiale des chemins de fer sud-africains Transnet, a signé un contrat de réhabilitation. Après nos révélations sur la signature d’un contrat pétrolier entre le Soudan et l’entreprise militaire NFD, le gouvernement du président  Thabo Mbeki a renforcé son interdiction de négocier avec le soudan. La compagnie pétrolière Petro SAA s’est retirée et selon des sources sud-africaines, Pretoria va « passer au crible » les activités des entreprises sud-africaines.
L’argent du pétrole permet au NIF d’acheter des armes. Certains Occidentaux font valoir que le NIF est affaibli sur le plan politique; mais il est renforcé par le pétrole sur le plan de l’armée et de la sécurité. Il est donc temps d’amener le NIF à la table des négociations avant qu’il ne devienne impossible à stopper, en raison de la manne pétrolière. Pour de nombreux responsables, l’espoir est de voir les pressions internationales s’unir pour déstabiliser le NIF et finir par provoquer sa chute.

Annexe

Quel successeur pour Ali ?

Ali Osman Mohamed Taha (premier vice-président, leader du  National islamic Front (National Congress) et homme le plus puissant du pays, est malade; il aurait eu une crise cardiaque et aurait été transféré  en Jordanie puis à Genève pour être soigné. Bien qu’il se soit apparemment remis (il s’est rendu à La Mecque pour le Haj la semaine dernière), des manoeuvres ont commencé au sein du NIF. Le président Omer Hassan Ahmed el Beshir ne bénéficie ni de l’audience nécessaire ni d’un respect suffisant au sein du parti pour le diriger. Des personnalités différentes pourraient être choisies pour la vice-présidence et pour la direction du NIF, notamment pour apaiser d’autres gouvernements; Les candidats les plus probables sont des civils, mais aucun d‘entre eux n’a l’autorité théologique indispensable. Une certaine capacité à concilier les factions pourrait venir compenser la faiblesse politique apparente des candidats.

Abdel Rahim Mahmoud Hamdi : ministre des finances, ; tenu responsable d’un désastre économique ; vétéran du NIF ; dirige la bourse ; ancien directeur de la Baraka Bank et de la Faisal Islamic Bank ; puissant au sein de l’internationale islamiste mais faible en tant que candidat.

Abdel Rahim Mohamed Hussein : général ; ministre de l’intérieur ; Région du nord ; ingénieur de l’armée de l’air ; numéro un des forces armées du NIF ; ferme, ;plusieurs fois ministre de l’Intérieur et conseiller d’Omer. Candidat sérieux.

Abdel Rahmman Sir el Khatim : ancien ministre de la défense ; commissaire aux réfugiés 1989-91 (poste relatif à la sécurité) ; ancien gouverneur de l’Etat du Nil ; peu de chance de le voir à la tête du NIF car présenté comme non NIF mais possible vice-président satisferait Le Caire.

Ahmed Ali el Imam : conseiller aux affaires d’Authentification (   »authenticité religieuse »); était conseiller d’Omer aux affaires religieuses ; très influent mais pas un homme de premier plan au niveau du NIF ; possible candidat de compromis.

Ahmed Ibrahim el Tahir : a travaillé à la mise en oeuvre de la sharia en tant que parlementaire du NIF avant le coup d’Etat ; délégué en chef du gouvernement aux pourparlers de paix avec la  Sudan People’s Liberation Army (United), à Nairobi, en mai 1993 ; ministre d’Etat, affaires légales, à la présidence, 1994-95 ; conseiller présidentiel aux affaires légales, 1956 ; peu d’envergure ; possible candidat de compromis;

Ali Mohamed Osman Yassin : ministre de la justice ; sous-secrétaire au ministère des affaires étrangères, puis ambassadeur en Grande-Bretagne puis à l’ONU ; reste en retrait.

Awad Ahmed el Jaz : ministre de l’énergie et des mines ; ancien haut responsable de la Bank el Shamal ; ministre du commerce, de la coopération et des approvisionnements en 1990 ; ministre des affaires gouvernementales en 1993-94 ; s’est rendu en Iran pour des garanties pétrolières en 1993 ; connaît les médias ; ministre du conseil des ministres à la présidence, 1994 ; membre du haut comité Soudan-Tchad-Libye et du comité d’intégration Soudan-Libye en 1994 ; a des relations dans le domaine de la sécurité ; le pétrole lui confère un pouvoir très important.

Ibrahim Ahmed Omer : au service du NIF depuis ses études ; professeur à l’université de Khartoum ; a créé le département des études islamiques à l’université de Khartoum au moment où l’influence du NIF sur le président Ja’afar Nimeiri allait croissant, après 1977 ; nombreux postes importants depuis 1989, récemment ministre de l’enseignement supérieur, secrétaire général du NC ; intellectuel ; se dit de santé fragile ; à part cela, sérieuse possibilité.

Bakri Hassan Salih : ministre de la défense ; général, ancien ministre de la présidence ; ami d’Omer avant le coup d’Etat ; a pris le QG de l’armée la nuit du coup d’Etat ; initialement chef de la sécurité ; serait l’un des membres du trio qui a dirigé la sécurité islamique (« sécurité de la Révolution ») après le coup d’Etat ; a personnellement interrogé des prisonniers ; aurait eu des liens avec l’ancien général somalien Mohamed Farah « Aydeed », en 1992 ; avec les People’s Defence Forces, en 1994 ; ministre de l’Intérieur en 1995, poste qu’il a échangé plusieurs fois avec Abdel Rahim  Mohamed Hussein et  El Tayed Ibrahim Mohamed Kheir ; en général conseiller à la sécurité d’Omer ; a davantage de chances comme vice-président que pour le NIF.

Ghazi Salah el Din el Atgabani : ministre  de la culture et de l’information ; commandant des chars lors du coup d’Etat ; au NIF depuis toujours ; diplômé de médecine, spécialisé en biochimie au Royaume-Uni, présidait le syndicat des étudiants musulmans ; entre autres postes, il a été secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères ; secrétaire à la présidence en 1992 ; secrétaire d’Etat à la présidence en 1993-94 ;proche de Turabi et numéro deux après Ali Osman ; a nié toute implication du Soudan dans le terrorisme aux Etats-Unis, en 1993 ; « Nous représentons une nouvelle tendance de l’expérience humaine », a-t-il dit à US News, le 6 septembre 93 ; délégué aux négociations de paix en 1994 ; a épousé la soeur de l’épouse de Mubarak Abdullahi el Fadil el Mahdi de l’ Umma Party. Fait partie des proches d’Osman ; l’a accompagné au ministère des Affaires étrangères en 1995 ; candidat très sérieux.

Mahdi Ibrahim,  au NIF depuis toujours ; aurait été un organisateur clé des milices avant 1989 ; ambassadeur aux Nations unies à Genève et aux Etats-Unis avant le bombardement d’el Shifa, en 1998 ; a été ministre de l’information et des affaires présidentielles ; affaibli par ses origines occidentales.

Mustafa Osma Ismail (« Mr Smile ») : ministre des relations extérieures ; leader de l’offensive de charme ; ancien secrétaire de l’Association islamique des organisations étudiantes ; ancien directeur général pour les affaires des personnes déplacées ; patron des médias et de la propagande du gouvernement après le coup d’Etat ; secrétaire adjoint de la  Popular Arab and Islamic Conference (PAIC) de Turabi ; candidat très sérieux.

Nafi’e Ali Nafi’e : conseiller aux affaires de paix ; fidèle du NIF ; diplôme d’agriculture, Université de Californie à Davis ; enseignant en agriculture à l’Université de Khartoum à l’époque du coup d’Etat du NIF ; directeur adjoint du bureau de la sécurité du Soudan, fin 1989 ; en 1992,on le dit « chef du renseignement » ; responsable des relations avec la sécurité irakienne ; en 1994, membre de la délégation aux pourparlers de paix de Nairobi en tant que secrétaire d’Etat à la présidence ; nommé directeur de la sécurité intérieure, le 16 janvier 1995,avec le grade de général, au moment où des passeports sont remis à des islamistes étrangers ; sans doute pour tenter d’apaiser l’Egypte, il est remplacé en août 1995 après la tentative d’assassinat contre le président Hosni Moubarak à Addis-Abeba ; ministre de l’agriculture en 1996 ;puissant mais son drôle en matière de sécurité joue contre lui.

Qutbi el Mahdi : conseiller d’Omer ; ancien ministre de la planification sociale; ambassadeur en Iran ; a organisé les activités du NIF au Canada : citoyen canadien ; secrétaire d’Etat au cabinet présidenttel, et directeur de la sécurité extérieure en 1996.

El Tayeb Ibrahim Mohamed Kheir (Tayeb. « Sikha ») : général ; conseiller à la sécurité (patron de la sécurité) ; surnommé Sikha (barre de fer) lorsqu’il était étudiant en médecine et militant du NIF ; en tant que ministre des affaires du gouvernement, il a purgé la fonction publique en1989 ; se serait secrètement rendu en Iran avec Omer en 1989 ; aurait été chef de la sécurité islamique (sécurité révolutionnaire) après le coup d’Etat, organisation liée aux « maisons fantôme » et aux disparitions ; ministre de l’intérieur en 1994 ; ministre du travail et de la réforme administrative en 1995 ; candidat  sérieux au sein de l’armée.

El Zubeir Beshir Taha : ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique ; fidèle du NIF; aime partir en guerre sainte dans le sud ; ancien vice-chancelier de l’Université de Khartoum ; faible.
 

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La guerre de sécession dans le Sud
 
Habib Tawa, Le Nouvel Afrique Asie, France, décembre 2001

Un regard au passé peut aider à comprendre le présent et à pressentir l'avenir...

Si les Britanniques avaient tenu à conserver l'unité du bassin du Nil en leur pouvoir, en se cachant derrière la fallacieuse dénomination de "Soudan anglo-égyptien", les Egyptiens n'y étaient présents que comme simples exécutants. De surcroît, à partir de la Première Guerre mondiale, ils y ont favorisé leur ancien ennemi, le parti mahdiste, notoirement anti-égyptien et donc opposé à une unification de la vallée du Nil sous la couronne d'Egypte. Tandis que le Sud-Soudan était strictement réservé à la colonisation britannique. Cette région, où le Nil Blanc et ses affluents s'étalent en méandres sur plus de six cent mille kilomètres carrés, était gérée en anglais, le reste du pays l'étant en arabe, les Egyptiens n'y avaient pas droit de regard et les autochtones, largement animistes, étaient invités à la conversion par des missionnaires catholiques et protestants. De facto, un Soudan à deux visages a été fabriqué. Au sud, il était anglophone, ignorant l'arabe, animiste et parfois chrétien, mais vivant de chasse ou d'élevage dans un univers culturel d'Afrique noire. Dans le reste du pays, il était arabophone et musulman, vivant ou dans les villes ou en tribus nomades ou encore en pratiquant l'agriculture, et inséré dans l'univers culturel arabo-musulman.

La soudaine réunification qui précéda l'indépendance, en 1956, fut catastrophique et fit éclater les contrastes qui s'exacerbent depuis dans l'interminable, sanglant et désastreux conflit du Sud. Un premier replâtrage, par le général-président Nemeiry, en 1972, autour d'une autonomie accordée aux habitants du Sud et d'une reconnaissance de leurs singularités, accorda une dizaine d'années de paix au pays. Malheureusement, dix ans plus tard, les jeux du pouvoir conduisaient ce même Nemeiry, talonné par ses détracteurs, à restreindre de plus en plus les libertés individuelles et collectives, à se rapprocher des Frères musulmans et de l'Arabie Saoudite et, dans une fuite en avant, à imposer en 1983 la charia (loi religieuse musulmane) à la totalité du pays. Ce qui, dès 1982-1983, fut à l'origine de la reprise de la guerre civile.

Mais paradoxalement, les contacts et les échanges forcés nés de la guerre ont enclenché un processus de reconnaissance mutuelle, qui a forcé les deux sociétés à s'accorder un minimum de tolérance mutuelle. Ainsi le découpage du pays en régions autonomes, à l'encontre des principes de l'unitarisme forcé prôné au début par le pouvoir, et les concessions formelles qu'il affecte d'accorder aux sudistes, en particulier chrétiens, marquent une inflexion certes de principe, mais qui pourrait signaler le début d'une évolution. Alors qu'en vis-à-vis, les tentatives de certains sudistes - dont la SPLA (Armée de libération du peuple soudanais) dirigée par le Dinka John Garang ou ses rivaux - de s'insérer dans le jeu des alliances de la politique soudanaise, en établissant des plates-formes politiques communes avec l'opposition au nord ou même en négociant avec le pouvoir, constituent eux aussi des infléchissements, d'autant plus significatifs qu'ils partagent les insurgés entre indépendantistes et autonomistes et que des affrontements internes les déchirent encore (Dinka contre Nuer ou contre populations montagnardes, Garang contre Machar, etc.).

Si on poussait la logique en cours à son terme, on constaterait que simultanément à la révolte identitaire, se déroule un affrontement entre élites chrétiennes et musulmanes, toutes deux désireuses de convertir les animistes du Sud, toujours majoritaires, mais dont personne ne semble préoccupé de conserver l'identité. Seront-ils demain chrétiens ou musulmans? Et à quel type de société vont-ils s'identifier: théocratique ou évoluée? Voilà quel semble être l'enjeu interne d'un conflit qui conditionne à long terme la perpétuation ou l'éclatement du pays.
 

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Soudan équilibre instable
 
Habib Tawa, Le Nouvel Afrique Asie, France, décembre 2001

Hier refuge de Ben Laden, aujourd'hui allié des Etats-Unis, le Soudan manie les paradoxes. Gigantesque et divers, ce pays, en dépit de ses énormes atouts, ploie sous le poids de ses problèmes. Sa richesse et sa complexité seront-elles demain la force qui le poussera ou la cangue qui l'étouffera?
Lorsque le capitaine Marchand investit le village de Fachoda, le 10 juillet 1898, il venait de traverser les redoutables marécages de l'actuel Sud-Soudan (le Sudd), après avoir remonté le Congo, et voulait coloniser pour la France cette immense région, en profitant de la guerre qui opposait alors le Mahdi, maître du Soudan, à l'armée anglo-égyptienne, commandée par le sirdar du khédive du Caire, le Britannique Kitchener. A peine les mahdistes étaient-ils écrasés, le 2 septembre, qu'une flotte de canonnières, sous drapeau égyptien, conduite par Kitchener en personne, descendait à toute vapeur le Nil blanc à la rencontre de Marchand. Leur entrevue du 19 septembre 1898 exacerba les rivalités coloniales franco-britanniques, qui frôlèrent l'affrontement armé.

Frontières et partage des eaux

Cet incident (voir ci-dessous) illustre les enjeux fondamentaux de la géopolitique du Soudan contemporain, dont le premier impératif est qu'il doit réunir en un seul pays la totalité du bassin versant du Nil. Tant le bassin actuel (Nil Blanc, Nil Bleu, Grand Nil et affluents) que le bassin géologique (wadi Howar, venu du Darfour, et wadi'l Mulk, venu du Kordofan) doivent rester unis, de l'Egypte aux plateaux où naît le fleuve.
C'est pour cette même raison que les frontières du Soudan, avec le Tchad ou la République centrafricaine, incluent des sources dont les flots se perdent dans le désert, en direction du Grand Nil ou du Bahr al-Ghazal. C'est aussi selon ce principe que les limites avec l'ancien Congo belge ont été tracées le long de la ligne de partage des eaux Nil-Congo, alors que les mêmes populations Azandé habitent toujours des deux côtés de la frontière.
Et c'est d'après les lignes de crête que l'on a défini les frontières avec l'Ouganda, le Kenya, l'Ethiopie et l'Erythrée. De sorte que le Soudan occupe la totalité du bassin du Nil, depuis la Nubie qu'il partage avec l'Egypte jusqu'aux plateaux inter-lacustres ou éthiopiens où jaillit le fleuve. Etant donné l'étalement de ce bassin, on comprend que le Soudan soit le premier pays d'Afrique par sa superficie: 2,5 millions de kilomètres carrés.

Croisements de populations

Dans cette immense espace, la diversité des paysages et plus encore des populations, est atténuée par les nombreux brassages de l'histoire qui ont mis en contact des habitants de régions éloignées les unes des autres. Ainsi les royaumes nubiens du Moyen Age ont-ils eu des extensions dans le sud du Kordofan, c'est-à-dire à plus d'un millier de kilomètres de distance et, aujourd'hui encore, certains habitants de cette région, que l'on appelle le djabal Nouba, pratiquent-ils une langue compréhensible en Nubie. Tout comme les Funj, du royaume de Sennar situé sur le Nil Blanc, après avoir vaincu au XVIe siècle le dernier souverain chrétien de Nubie, avaient conquis le Kordofan et poussé leur influence jusqu'au Darfour.
Quant aux Béja, populations nomadisant entre le Nil et la mer Rouge, la réputation de leurs rapides chameaux, les "bejaoui", court à travers tout le Sahara.
Tandis que les grandes tribus chamelières et guerrières des Baqqara – dont était issu le célèbre Mohammed Ahmed dit al-Mahdi – continuent, par leurs razzias au sud du Soudan (Sudd, Kordofan et Darfour), de brasser "blancs" et "noirs". A cela s'ajoutent les migrations provoquées par la guerre du Sud-Soudan (voir ci-dessous) qui a transplanté pour diverses raisons (combats, famines, recherche de travail) des centaines de milliers de sudistes qui aujourd'hui ceinturent Khartoum de banlieues où ils sont majoritaires. Tandis qu'en sens inverse, encouragés par le gouvernement, certains nordistes (fonctionnaires, commerçants, techniciens) s'installent dans les villes du sud.
Ces croisements de populations ont conduit à l'extension de l'arabe qui est indiscutablement la langue de communication dans la plus grande partie du pays, à l'exception jusqu'ici des régions les plus méridionales, où il occupe cependant un rôle croissant (à travers un créole qualifié d'«arabe de Juba») à côté de l'anglais. Dans les provinces se pratiquent diverses langues, à extension variable et qui souvent se parlent des deux côtés de la frontière. C'est le cas des dialectes nubiens (en Nubie soudanaise et égyptienne), du béja, proche de l'ancien égyptien (parlé du sud de l'Egypte au nord de l'Ethiopie), des langues nilotiques du Sudd (Toposa, Chilook, Dinka, Nuer, Bari, Letoka, Acholi, Kakwa, Amuak, etc.) que l'on retrouve telles quelles ou apparentées au Kenya, en Ouganda ou en Ethiopie.

Religion

Quant à la religion, c'est très majoritairement l'islam sunnite qui domine dans la plus grande partie du pays, à l'exclusion du Sud. Il se partage entre deux grandes confréries, venues depuis deux ou trois siècles d'Arabie, la Khatmiyya (parfois qualifiée de Mirghaniyya du nom de son fondateur), qui diffuse surtout dans le nord et l'est, et la Mahdiyya (fondée par le Mahdi au XIXe siècle) et dont les partisans, les Ansars se retrouvent plutôt dans l'ouest et le centre du pays (son foyer historique se trouve dans l'île d'Abba sur le Nil Blanc).
Avec l'émergence des mouvements intégristes modernes, les Frères musulmans, leurs dissidents et leurs rivaux, ont introduit au Soudan une nouvelle approche de l'islam, parfois influencée par le wahhabisme saoudien. Sous la houlette de leur guide, Hassan al-Tourabi, les Frères musulmans ont tenu le pouvoir pendant une bonne dizaine d'années (1989-2000) et tenté d'imposer par la force leur propre approche de l'islam. Ils ont longtemps prôné la révolution islamique mondiale et cherché à travers plusieurs congrès à en fédérer les courants les plus extrêmes (dont celui radical d'Oussama Ben Laden qui a séjourné quelques années à Khartoum). Leur millénarisme voudrait faire du Soudan la plate-forme mondiale d'un islamisme conquérant, aux dépens éventuellement des intérêts primordiaux du pays.
Lors de sa période d'expansion (1881-1898) la Mahdiyya avait, elle aussi, vainement tenté de déborder vers l'Egypte, la mer Rouge et l'Ethiopie. Maintenant que le président Omar al-Bachir a écarté Tourabi du pouvoir, il serait intéressant de savoir si ses partisans survivront et se perpétueront en tant que tels, ou s'ils seront phagocytés par les deux autres confréries, très solidement implantées et sur lesquelles le pouvoir actuel pourrait tenter de s'appuyer pour conjurer leur retour en force. Car il faut rappeler que, lors des dernières élections démocratiques et ouvertes de 1986, le parti de Tourabi avait conquis 51 sièges, face aux 63 de la Khatmiyya et aux 99 des mahdistes.

Relations avec l'Egypte

Dans le contexte international actuel, la mise à l'écart de Tourabi explique le rapprochement entre le nouveau régime et les Etats-Unis soucieux de combattre l'intégrisme militant. Cette mise en sommeil recentre désormais le régime sur les objectifs géopolitiques traditionnels du pays qui restent liés à sa mise en valeur et à sa dépendance par rapport au Nil. Car les 35 millions de Soudanais vivent dans un pays sous-peuplé, très étendu, insuffisamment desservi par ses voies de communication, potentiellement très riche, mais sous-exploité. Ainsi, à peine 10% des terres agricoles (dont la très riche Gézira enserrée entre les Nil Blanc et Bleu) sont-elles effectivement plantées, alors qu'à lui seul le Soudan posséderait 40% des terres cultivables du monde arabe.
Cette situation a toujours tenté l'Egypte, à l'étroit dans une vallée surpeuplée, et l'idée de mettre en valeur cette immense pays, grâce à sa propre main-d'œuvre, pléthorique et laborieuse, revient régulièrement sur le tapis. Elle a souvent rencontré l'adhésion des courants politiques proches de la Khatmiyya, qui regroupent des élites urbanisées et des populations voisines de l'Egypte, au point que l'on a parfois considéré cette tendance comme le "parti égyptien".
Simultanément, l'Egypte a toujours été le refuge d'opposants politiques soudanais (dont des mahdistes et des Soudanais du Sud). Ils y constituent un vivier d'alliances futures. Certains des partis politiques des deux pays ont même des histoires communes et des relations suivies (communistes, Frères musulmans). Quant au million – ou plus – de Soudanais immigrés en Egypte, ils renforcent encore les relations entre les deux pays, déjà liés par leur exploitation commune et privilégiée des eaux du Nil. De sorte que les querelles égypto-soudanaises autour du triangle de Halaïb (le long de leur frontière sur la mer Rouge) ou les intrigues politiques entre leurs dirigeants, même lorsqu'ils prennent la tournure d'affrontements armés, opposent plutôt des hommes ou des options politiques que des pays. La désunion égypto-soudanaise relève plus de la querelle interne que de l'affrontement externe. La politique des grandes puissances n'y est pas étrangère.

L'Ethiopie, l'Erythrée et les autres

Avec l'Ethiopie, en revanche, le problème de l'exploitation des eaux du Nil s'est greffé sur la question de la différence religieuse, l'une amplifiant l'autre. Pour imposer des droits sur les eaux du Nil, qui naît chez elle, l'Ethiopie soutient les révoltés du Sud-Soudan, qui, en interrompant les travaux de percement du canal du Jonglei, privent le Soudan et l'Egypte de cinq milliards de mètres cubes d'eau par an, bien que cette eau ne provienne pas des montagnes d'Abyssinie, mais du plateau inter-lacustre. De plus, l'exploitation des gisements de pétrole (200.000 barils par jour), récemment mis en valeur au Sud-Soudan et susceptible de rééquilibrer un budget soudanais chancelant, est pénalisée par la guerre qui s'y déroule.
En contrepoint, le Soudan qui a longtemps soutenu la lutte pour l'indépendance de l'Erythrée, n'a pas réussi à monnayer celle-ci contre l'abandon de la guérilla du Sud. Pire, les Ougandais, désireux de développer leur politique d'expansion centrée sur les populations nilotiques (déjà en œuvre au Rwanda, au Burundi et au Congo), dont est issu leur président Museveni, soutiennent eux aussi les insurgés sud-soudanis. Pour les contrebalancer, les Soudanais qui appréciaient en son temps Idi Amine, d'ethnie kakwa (aux trois quarts vivant au Soudan), appuient aujourd'hui divers mouvements de révolte armée en Ouganda et en particulier l'Armée du Seigneur (Lord's Army).
Cette situation de guerre chronique et d'instabilité politique a jusqu'ici empêché la mise en valeur des énormes potentialités du Soudan. Elle détermine cependant l'axe central qui pourrait animer son nouveau pouvoir: pacifier le pays, le rassembler et le développer en mettant en valeur ses complémentarités et en pesant au besoin sur ses voisins dangereux et sur ses propres extrémistes. Mais, les facteurs centrifuges étant nombreux et les paramètres idéologiques parfois contraires aux nécessités de bon sens, l'option de la fuite en avant reste toujours possible, avec pour conséquence l'éventuelle perpétuation du pourrissement présent ou, moins probablement, le démantèlement du pays.

 

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Les Evêques Catholiques du Soudan tiennent actuellement à Nairobi, du 21 août au 1er  septembre, 2001, leur assemblée plénière.
 
Communiqué de Presse.

Le 29 août, un représentant de la Compagnie Pétrolière TALISMAN viendra les rencontrer. Cette rencontre a d’ailleurs été demandée par la Compagnie Pétrolière à la suite de la lettre envoyée par les Evêques à IGAD le 15 septembre 2000 pendant leur assemblée annuelle à Pesaro (Italie).

Dans cette lettre, les Evêques Catholiques affirmaient : ‘’Nous prévoyons que la production de pétrole attisera la guerre… Puisque plusieurs pays se sont précipités pour exprimer leur intérêt pour acheter du pétrole à Khartoum, le GOS a perdu tout intérêt dans la recherche d’une solution pacifique à la guerre. De plus, plusieurs pays étrangers prêtent  main forte au GOS pour expulser les gens de leur terre ancestrale afin de faciliter l’exploitation des puits de pétrole. Nous sommes convaincus que les revenus du pétrole ne seront pas utilisés pour le bien des Soudanais. Le fait que d’innombrables employés du gouvernement n’ont pas été payés depuis des mois le confirme’’.

La lettre des Evêques à IGAD se terminait pas plusieurs considérations dont la suivante :
‘‘Nous sommes convaincus que les bénéfices qui découlent de la production du pétrole ne sont pas utilisés pour le développement du sud et d’autres régions marginalisées. En fait, nous craignons que cette richesse ne conduise à l’escalade du conflit’’.

De plus, le 17 août 2001, la réunion à Nairobi, groupant les Evêques Catholiques  et les Evêques des Eglises Episcopaliennes du Soudan, après avoir analysé la situation de la guerre au Soudan, et les souffrances causées par le conflit à des innocents, a adressé au Gouvernement du Soudan et à l’ Armée du Mouvement de Libération des Peuples du Soudan, un appel

‘à la cessation immédiate de la guerre. Un accord négocié, et non l’action militaire, est la seule voie qui puisse conduire à  une paix juste et durable’.

Dans cet appel, les Evêques Catholiques et les Evêques des Eglises Episcopaliennes traçaient un programme pour la paix qui inclut :

‘la suspension de l’extraction du pétrole jusqu’à ce que la paix soit établie. Sa continuation attise la guerre, déracine les populations civiles, et renforce le déséquilibre actuel dans le partage des richesses’.

En ce qui concerne la rencontre entre TALISMAN et les Evêques Catholiques à leur assemblée annuelle, les Evêques veulent souligner que, dans la recherche de la vérité et d’une entente mutuelle, ils ont été, dans le passé, approchés par différents groupes impliqués dans le conflit actuel, mais qu’ils n’ont jamais voulu  signifier par là qu’ils approuvaient les activités ou les idéologies de ces groupes ; De la même façon, en acceptant de rencontrer, au cours de leur assemblée annuelle, les représentants de TALISMAN, ils n’ont nullement l’intention que cette occasion soit vue comme un signe de leur approbation des activités actuelles de TALISMAN au Soudan.

Conférence Régionale des Evêques Catholiques du Soudan, P.O.Box 66057, Nairobi, Kenya  Tel 560-603 ; Fax 575-970     E-mail scbrc   net.com
 

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Appel des Evêques des Eglises Catholique et Episcopale du Soudan
 
Nairobi, Kenya, 17 Août 2001

Nous, Evêques des Eglises Catholique et Episcopale du Soudan, réunis à Nairobi du 12 au 17 Août 2001, pour un séminaire « Leadership Pastoral et Unité d’Action dans une situation de crise », motivés par notre Foi Chrétienne et préoccupés par les très grandes souffrances de tous les peuples du Soudan, en raison de l’actuelle guerre civile, lançons un appel pour l’arrêt immédiat des hostilités et l’établissement d’une Paix juste et durable au Soudan.

Nous adressons notre appel au Gouvernement du Soudan, au Mouvement/Armée de Libération des Peuples du Soudan (SPLM/A), à l’Alliance Démocratique Nationale (NDA), aux autres parties en guerre, à tous les Peuples du Soudan de toutes ethnies et religions, à l’Autorité Intergouvernementale pour le Développement (IGAD) et aux autres partisans de la Paix, y compris le Forum des Partenaires de l’IGAD (IPF), aux Nations Unies, à l’Union Africaine et aux partenaires internationaux.

Nous adressons également notre appel à Sa Sainteté le Pape Jean Paul II, et au Très Révérend et Très Honorable Dr George Carey, Archevêque de Canterbury et aux responsables religieux du monde entier.

L’état des souffrances

Nous sommes profondément préoccupés par les épouvantables souffrances humaines dans le Nord et le Sud du pays. Près de trois millions de personnes sont mortes à cause de la guerre. Plus de six millions ont été déplacées à l’intérieur du pays et des millions d’autres se sont enfuies du pays. La situation économique s’est détériorée au point que 96 % de la population vit en deçà du seuil de pauvreté. Dans certaines zones, on refuse délibérément aux populations une assistance humanitaire élémentaire qui fait cruellement défaut.

La guerre a affecté plus particulièrement les plus vulnérables, femmes enfants et vieillartds. Pour maintenir l’effort de guerre, les parties engagées dans la guerre enrôlent de force les enfants d’âge scolaire dans le service militaire, les exposant ainsi à de graves dangers, les privant de toute possibilité d’éducation, et mettant en péril leur avenir. Les femmes et les enfants sont persécutés et maltraités et les vieillards privés d’une attention normale et traditionnelle. La vie familiale normale et traditionnelle s’est effondrée et les traditions culturelles ont été réduites à néant.

Des secteurs importants de la population dépendent pour leur survie de l’assistance humanitaire. Cette assistance, bien que désespérément nécessaire, n’est toutefois pas une solution à long terme de la crise.

Etant donné ces horribles expériences et bien d’autres de la souffrance humaine, nous lançons un appel pour un arrêt immédiat de la guerre. Un arrangement négocié, plutôt que l’emploi de moyens militaires est la seule façon d’arriver à une Paix juste et durable.

La Paix basée sur la Justice

Arrêter la guerre est essentiel, mais ce n’est pas suffisant pour établir une Paix juste et durable. Il faut aussi tenir compte des causes profondes du conflit, afin que tous les Soudanais puissent profiter de tous leurs droits dans la dignité. Ceci pourrait être obtenu  par l’application des points suivants :
 Affirmer les diverses identités nationales et assurer un traitement équivalent à tous les groupes culturels, raciaux et religieux dans les médias, et les systèmes légaux et d’éducation afin de promouvoir une coexistence pacifique.

 Partage du pouvoir dans un système de gouvernement qui assure la participation et les droits de tous. Un tel système devrait protéger les droits exclusifs de l’état sur ses territoires et assurer le partage négocié des pouvoirs au niveau national. Cet équilibre des pouvoirs doit être organisé de manière à éviter la domination d’un groupe quelconque sur un autre et à assurer les pleins droits de tous.

Le partage des richesses doit être établi selon une formule négociée entre les états et le gouvernement national pour qu’un développement équitable et équilibré soit réalisé.

Un Programme pour la Paix

La réalisation des trois principaux points ci-dessus requière un programme d’action concret qui comporte ce qui suit :

 Affirmation des principes : Nous confirmons la Déclaration de Principes du processus de paix de l’IGAD, surtout en ce qui concerne les rapports entre l’état et la religion, le principe d’auto-détermination, et un cessez-le-feu acceptable.

 Rapports entre l’état et la religion : L’unité du pays et la paix dans la justice ne peuvent pas être obtenues sous la loi de la Sharia dans un pays ayant une telle diversité de cultures et de religions. Nous lançons donc un appel à la liberté pour tous les groupes religieux et la séparation des églises et de l’état.

 Cessez-le-feu acceptable : A la conclusion d’un accord négocié, un cessez-le-feu acceptable doit être déclaré et contrôlé internationalement.
 
 

Plaidoirie pour la Justice et la Paix. Nous demandons :

a) Respect des droits de l’homme pour tous les citoyens.
b) Construction de la Paix, réconciliation et pardon entre les différents groupes culturels de la nation, y compris des initiatives Nord-Sud, Sud-Sud, et Nord-Nord.
c) La coopération des pays voisins, des organisations internationales, des pays partenaires du Forum de l’IGAD, et de toutes les personnes de bonne volonté.
d) Un engagement constructif de tous les nationaux participant aux entreprise de l’état, y compris les groupes de la société civile et les communautés religieuses, en particulier.

Confirmation du processus de paix et de la réconciliation entre ethnies, en cours dans le Sud et encouragement à toutes les parties en conflit de s’engager et de supporter sérieusement ce processus et tout processus semblable dans le Nord. Ces efforts devraient être réliés au plus haut niveau national.

L’engagement de favoriser un véritable dialogue Chrétien-Musulman particulièrement au niveau des communautés locales.

Confirmation et Appui du Forum Œcuménique soudanais et de ses initiatives en cours pour la Paix.

Arrêt de l’exploitation du pétrole jusqu’à ce que la Paix soit obtenue. La continuer alimente la guerre, déracine les populations civiles, et renforce le déséquilibre existant dans le partage des richesses.

Conclusion

En tant que Croyants en Dieu-Créateur, et participants d’une humanité solidaire, nous croyons et espérons que Dieu accordera la Paix aux Peuples du Soudan si nous le prions sincèrement, les réconciliera et les aidera à supporter le fardeau commun.

(traduit par le Secours Catholique, Paris)
 

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SUDAN: South Africa becomes involved in oil protests
 
Nairobi, 23 July 2001 - The Southern African Catholic Bishops' Conference (SACBC) on Friday said it was "gravely concerned" that Soekor, South Africa's oil parastatal, was in the advanced stages of negotiating expansion activities in Sudan. 

The SACBC said it was worried that "by negotiating new concessions in areas that have not been 'cleansed' of communities regarded by the Khartoum government as disposable", Soekor would "contribute to the escalation of the conflict in Sudan". 

"Oil is key to the war in Sudan. During our visits to Sudan, we saw for ourselves the results of the forced removal and displacement of tens of thousands of southern Sudanese to make the oilfields and pipeline safe from attack," said Cardinal Wilfred Napier, President of the SACBC, in a press statement.

"We are convinced that oil is at once a major cause of the war and a means used by Khartoum to increase its military capacity," he added. 

South Africa's Department of Foreign Affairs told IRIN on Monday that it had no disagreement with Soekor or the Department of Mineral Affairs and Energy. Roger Ballard-Tremmer, Director for its North Africa Desk, said the department had briefed Soekor about the situation in Sudan, which was normal procedure, especially in sensitive situations like Sudan.

"We briefed them about the political and the economic sitiation. We are not prescriptive and we cannnot dictate to companies as to where they do business... all we can do is advise them," he said.

Ballard-Tremmer said that no decision was taken by Soekor about their plans for Sudan during that meeting, and that Foreign Affairs would, of course, continue to keep an eye on the situation. 

Soekor was formed in 1965 by the South African government and falls under the Department of Mineral Affairs and Energy. Its main purpose is to reduce the country's dependence on imported oil, and it explores for oil and gas off the South African coast as well as abroad, with a particular focus on Africa and the Middle East.

Earlier this month, a high-ranking delegation from the ruling African National Congress (ANC) visited Sudan. South Africa's deputy minister for minerals and energy, Susan Shubangu, was part of that delegation - officially as a party member and not in her capacity as deputy minister.

The South African bishops said their concern over Soekor's intentions had been confirmed by Shubangu's comments in Sudan, which stated the South African government's commitment to "developing relations with Khartoum in the areas of oil extraction and mining".

Cardinal Napier called on South African Mineral and Energy Minister Phumzile Mlambo-Ngcuka "to intervene to stop this overt support for a party to the Sudan conflict that is seriously alleged to have committed serious violations of human rights".

In another development, the Russian-Belorussian oil company, Slavneft, announced on 20 July that it had signed a joint venture agreement to develop an oilfield in Sudan, and was now awaiting a production sharing agreement by the end of the year, Reuters reported. Slavneft said that analysis of data from the ninth oilfield and gas block in central Sudan had suggested the possible existence of several oilfields, the report said.

Slavneft had earlier said it was offered data from the ninth and 11th blocks, in central Sudan, and the 15th block on the Red Sea. The company said it was also considering a stake in the international consortium - which includes Gulf Petroleum of Qatar; the Chinese National Petroleum Company (CNPC) and the Sudanese state oil firm SUDAPEC - exploring the Melut Basin in southern Sudan, Reuters reported. 

Most of Sudan's crude oil is currently produced in the 225,000 barrel-per-day Unity (Wahdah)/Western Upper Nile oilfield operated by the Greater Nile Petroleum Operating Company, comprising CNPC (which owns 40 percent), Malaysia's Petronas (30 percent), the Canadian firm Talisman Energy Inc (25 percent) and SUDAPEC (5 percent), it added. 

International oil companies operating in Sudan have come under fire from human rights organisations and church groups, which allege that Sudanese government troops and pro-government militias have been conducting rights abuses and depopulating oil concession areas to make way for oil production.

As recently as Saturday, US Special Humanitarian Coordinator for Sudan Andrew Natsios said he had raised as a particular concern the issue of government attacks on the Nubah Mountains. He cited reports from aid workers who had alleged that the army was displacing populations to clear the way for oil drilling, and said that military attacks in May had displaced 40,000 to 50,000 people. 

Meanwhile, Sudan on Sunday warned Kenya that it may stop importing Kenyan tea and coffee if the government there banned Sudanese oil imports. 

Foreign Minister Mustafa Uthman Isma'il said it was natural for Sudan to export oil to Kenya, and that any Kenyan government hindrance of the trade would have an adverse impact on both countries, AFP reported. Sudan imported US $150 million worth of Kenyan tea and coffee each year, leaving the balance of trades between the countries in Kenya's favour, he added.

On Wednesday 18 July, Sudan issued a press statement in which it defended the announcement by Kenya a week earlier that the country's oil companies had been given official permission to import oil from Sudan at zero tariff. 

Khartoum said that, in allowing the importation of goods without tariff, Kenya was merely fulfilling its duty under the terms of the Common Market for Eastern and Southern Africa (COMESA), of which it was a founding member
.
Kenya came under pressure from human rights groups - and the US government, according to Sudanese news reports - to rescind that decision, and Isma'il's comments came in response to media queries about an alleged measure by the Kenyan authorities barring delivery of a Sudanese oil shipment to Kenya.

Meanwhile, representatives of the Sudanese Anglican Church living in Kenya said at the weekend that the country's role as a mediator of the Inter-Governmental Authority for Development peace process would be compromised by its importation of oil from the Sudan.

At a church service in the Kenyan capital, Nairobi, church leaders accused Khartoum of displacing more than two million people in southern Sudan in its quest for oil, and said that if Kenya imported oil from the regime, then it could not be trusted as a mediator in the Sudanese conflict. 

(IRIN, Nairobi, 23-07-2001)
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Soudan : Réconciliation
 

Les leaders du Sud, à couteau tiré depuis 1991, ont conclu un accord de principe qui prévoit que les forces de Riek Machar seront réintégrées au sein de la  Sudan People’s Liberation Army du colonel  John Garang. Ce pacte, qui devrait être annoncé d’ici la fin avril, ouvre la voie à la constitution d’un front uni dans le sud. Cela va considérablement renforcer le Sud dans sa lutte contre la politique de la terre brûlée du gouvernement du National Islamic Front, qu’il utilise pour vider de leur population les zones riches en pétrole où vivent principalement les deux plus grandes tribus du sud, les Dinka (Garang) et les Nuer (Machar).

Selon de proches conseillers de Garang, Riek a d’abord exprimé son désir d’unité dans une lettre à Garang et à la SPLA le 31 décembre, plus d’un an après avoir démissionné de son poste de vice-président adjoint au président Omer el Beshir et quitté Khartoum pour le Sud. Riek accuse le gouvernement de n’avoir pas mis en oeuvre l’accord de paix de Khartoum de 1997 qui créait un conseil de coordination des Etats du Sud sous sa direction, afin de gouverner le Sud jusqu’à la tenue d’un référendum d’autodétermination qui devait se tenir dans un délai de quatre ans. Garang aurait répondu en mars. Deux commissions ont aussitôt été constituées, l’une sous la direction d’un ancien combattant de la SPLA, Justin Yac (de Bahr el-Ghazal), l’autre sous la direction de Taban Deng Gai des  Sudan People’s Defence Forces-Democratic Front de Riek. La SPLA estime que Deng, qui a démissionné de son poste de secrétaire d’Etat chargé des routes au sein du gouvernement de Khartoum à la fin de l’an dernier, est à l’origine du revirement de Riek. Deng considère l’unité du Sud comme le seul moyen capable de désamorcer la nouvelle arme que constitue le pétrole pour Khartoum. Les deux commissions se sont réunies quatre fois : trois fois pour définir un ordre du jour en cinq point puis une nouvelle fois pour parvenir à un accord. Selon des sources de la SPLA, voici quelques points d’accord : 
- Les forces réintégrées s’appelleront SPLA.
- Leur objectif sera un nouveau Soudan uni, démocratique et laïque.
- Les commissions décideront des structures du  Sudan People’s Liberation Movement et de  la réintégration des forces des SPDF.
- L’aide humanitaire des SPDF, la  Relief Association of South Sudan (RASS), continuera à travailler sous son nom aux côtés de l’organisme de la SPLA, la  Sudan Relief and Réhabilitation Association (SRRA).  Après que Garang eut « répondu positivement » aux décisions des commissions, à quelques questions de formulation près, Deng est allé dans l’Eastern Upper Nile le 11 avril pour les remettre au commandant Riek. Le 12 avril, selon un conseiller de Garang, le commandant Edward Lino, Riek a donné par radio son « accord inconditionné ». Restent de nombreuses questions en suspens, notamment celle de la position de Riek. Selon nos informations, ce point devrait être réglé lors de discussions face à face entre Garang et Riek, dont le départ de la SPLA en 1991 avait plongé le Sud dans une catastrophique lutte de factions, à caractère souvent ethnique. Pour beaucoup, Riek n’avait d’autre choix que d’accepter les conditions de Garang. Depuis sa défection du gouvernement, il n’a pas réussi à obtenir le soutien qu’il espérait de ses commandants sur le terrain ou de la communauté internationale. Dans les milieux proches de la SPLA, on pense que Deng aurait rejoint le mouvement, même si son patron, Riek, avait refusé.

(Africa Confidential, n°377 du 23-04-2001)
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La commission de l'ONU appelle à un cessez-le-feu au Soudan
 

Genève, 20 avril 2001 (AFP) - La Commission des droits de l'homme de l'ONU a appelé vendredi à un cessez-le-feu "global, durable et effectivement contrôlé" au Soudan ainsi qu'au plein respect des droits de l'homme, tout en admettant une relative amélioration due au rapprochement politique. 
Dans une résolution initiée par l'Union européenne et adoptée par 28 des 53 Etats membres, aucun vote contre et 25 abstentions, la Commission "demande instamment" au gouvernement soudanais et à tous les mouvements armés du sud du pays "de prendre immédiatement des mesures" en vue d'instaurer un tel cessez-le-feu, considéré comme le "prélude à un règlement négocié du conflit. 
Le texte demande également aux parties de respecter et de protéger les droits de l'homme et les libertés fondamentales, ainsi que de faciliter le retour volontaire des réfugiés. 
La Commission se déclare "profondément préoccupée par l'incidence du conflit armé persistant sur la situation des droits de l'homme", sur la poursuite des exécutions sommaires, sur l'utilisation d'enfants-soldats par l'opposition armée de John Garang (SPLA), sur le rapt de femmes et d'enfants "pour les soumettre au travail forcé ou à des conditions analogues", ainsi que  sur le déplacement forcé des populations. 
Pour autant, la Commission "note avec satisfaction" plusieurs améliorations dans le pays, dont l'inscription dans la constitution soudanaise du respect des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la mise en place d'une Cour constitutionnelle, l'adoption en 2000 d'une loi sur les associations et les partis politiques, les mesures de clémence et de libération, l'accueil des  réfugiés d'autres pays au Soudan, ainsi que la volonté affichée du gouvernement à parvenir à un cessez-le-feu. 
A cet égard, début avril à Genève, le ministre soudanais de la Justice, Ali Mohamed Osman Yassin, avait déclaré que la lutte contre les enlèvements de femmes et d'enfants, pratiqués au sud du Soudan dans les zones tenues par les rebelles, était une "priorité majeure" du gouvernement. 
Une ONG américaine, Christian Solidarity International (CSI), s'est  spécialisée dans le rachat de personnes enlevées, une pratique ayant fait la  preuve de son inefficacité, avait rappelé le ministre. 
Dans son dernier rapport à la Commission, le rapporteur spécial de l'ONU sur le Soudan, l'Allemand Gerhart Baum, avait rendu attentives les compagnies pétrolières étrangères opérant dans le pays au déplacement de populations  forcées qu'entraînaient leurs activités. 
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Le président kényan au Soudan pour tenter de relancer les efforts de paix
 

Khartoum, 29 mars – 2001 (AFP) - Le président kényan Daniel Arap Moi est arrivé jeudi à Khartoum pour une visite de 24 heures au cours de laquelle il s'entretiendra avec son homologue soudanais Omar al-Béchir des efforts de paix au Soudan, a indiqué l'agence soudanaise SUNA. 

"Les entretiens porteront sur les efforts de paix déployés par l'Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD)", dont le Soudan et le Kenya sont membres, a précisé SUNA. 

L'IGAD parraine depuis 1993 des négociations entre le gouvernement de Khartoum et les rebelles sudistes de l'Armée de libération des peuples du Soudan (SPLA de John Garang) afin de mettre fin à la guerre civile qui sévit du Soudan depuis 18 ans. 

La presse soudanaise a affirmé jeudi que M. Moi proposera au président Béchir la tenue d'un sommet de l'IGAD consacré à la paix au Soudan. 

Kenya préside le comité de l'IGAD chargé de suivre les négociations entre Khartoum et la SPLA, qui n'ont abouti à aucun résultat concret jusqu'à présent. 

L'IGAD regroupe également Djibouti, l'Erythrée, l'Ethiopie, la Somalie et l'Ouganda.     L'Egypte et la Libye ont lancé depuis deux ans une initiative parallèle pour une réconciliation nationale globale au Soudan mettant fin à la guerre civile, mais elle demeure également infructueuse. 
 

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Le PAM met en garde contre une rupture des stocks de nourriture au Soudan
 
Rome, 29 mars – 2001 (AFP) - Le Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations unies a mis en garde jeudi la communauté internationale contre une rupture de ses stocks alimentaires au Soudan, qui pourrait se produire à la mi-avril si une nouvelle aide n'était pas fournie. 

Trois millions de Soudanais sont menacés par la famine en raison de la sécheresse et de la guerre civile, a rappelé l'agence spécialisée de l'ONU dont le siège est à Rome. 

"Sans une nouvelle aide substantielle de la communauté internationale, les réserves de nourriture vont s'épuiser et nous devrons faire face à une crise énorme dont la gravité pourrait être comparable aux famines qui ont sévi précédemment dans la région", a estimé Masood Hyder, représentant du PAM au Soudan.

Selon M. Hyder, certaines régions où vivent environ 600.000 personnes connaissent "la saison la plus sèche de mémoire d'homme".         "

Dans le même temps, 2,4 millions de personnes ont toujours besoin d'une aide urgente en raison de la guerre civile. Si nous ne recevons pas une aide urgente, il y aura des mouvements de masse de la population, une importante malnutrition et même pire", a-t-il ajouté. 

PAM se prépare à lancer un appel à la communauté internationale pour une aide de "plus de 100 millions de dollars" qui permettrait d'assister au cours des douze prochains mois les trois millions de Soudanais menacés par la famine. 
 

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Soudan : la sale guerre du pétrole
 
Africa Confidential (édition française), n°375 du 26 mars 2001 
 

Les pétrodollars financent la diplomatie de Khartoum et sa guerre contre le Sud

Le projet du National Islamic Front de devenir un grand pays producteur de pétrole conduit à l’extermination systématique des populations du Sud et à la destruction de leurs foyers. Avec le soutien de compagnies occidentales et asiatiques, et malgré des condamnations internationales de plus en plus nombreuses mais sans effet, les choses progressent rapidement. Cette année, l'offensive de la saison sèche se distingue des précédentes par l'accent mis sur le pétrole, alors que le gouvernement lutte pour étendre l'emprise des investisseurs sur les installations et les concessions, et sa propre emprise sur le pouvoir. Bien que le NIF se soit rebaptisé "National Congress", avec dans "l'opposition" le ‘Popular National Congress’ d'Hassan Abdullah el Turabi, les Soudanais continuent de parler globalement de "Jebha" (Front), en y incluant la "faction de El Turabi".
Les compagnies pétrolières occidentales, sinon les compagnies asiatiques, sont contraintes de faire des heures supplémentaires pour défendre leur image. Talisman, compagnie leader dans le consortium qui produit désormais quelque 200 000 barils par jour (bpj), est le premier fournisseur d'énergie indépendant au Canada. Non seulement l'entreprise s'est adjoint les services de la société américaine de relations publiques Hill and Knowlton (qui avait autrefois défendu les intérêts de la Bank of Crédit and Commerce International), mais elle a aussi créé une unité spécifique en matière de responsabilité sociale pour faire l'a preuve de ses bonnes intentions. Elle a en outre lancé une newsletter, "Hope", qui explique que le personnel travaillant sur le projet d'oléoduc bénéficie d'une formation aux droits de l'homme, vante un futur audit éthique et donne au lecteur occasionnel le sentiment que Talisman est bien plus intéressé par la construction d'écoles et de cliniques pour les populations locales que par l'extraction de pétrole dans une zone en guerre.

Massacres

Le Suédois Lundin Oil, basé en Suisse et qui intervient au Congo-Kinshasa, doit également insister sur sa responsabilité sociale. "Nous pensons que notre contribution au développement économique, de la région améliore les chances de paix et les conditions de vie des populations locales", déclare Ian H. Lundin, fils du fondateur Adolf Lundin. "Notre présence a fourni des opportunités d'emploi, de mobilité et d'accès à l'eau. Nous envisageons également de créer des dispositifs médicaux et éducatifs pour les communautés locales". Mais comme le confirment diverses informations de source indépendante, la majeure partie des populations locales ont été contraintes au départ ou massacrées, et les bénéficiaires de ces projets sont donc des migrants disposant d'une autorisation gouvernementale. Certaines zones ‘’de sécurité" sont rapidement colonisées par agriculteurs du nord (comme cela s'est produit dans les régions Nuba).
Les Dinka et les Nuer, autour des gisements de Heglig et Unity au Nord de Bentiu, avaient été la cible de vastes offensives au milieu des annéés 1980 et dans les années 1990. Unity fait partie du Bloc 1, Heglig du Bloc 2. L'oléoduc de 1600 kilomètres entre Heglig et la Mer rouge été achevé en septembre 1999 ouvrant la voie à l'exploration du Western Upper Nile Nuer, qui a depuis lors été dévasté. La dernière offensive en date concerne  un vaste de l'Eastern Upper Nile, où un nouveau consortium, dirigé par, la China National Petrole'um Company (CNPC) a entamé l'exploration du bloc 3 ce mois-ci.
La concession couvre 72 400 km2 dans les régions de l'Upper Nile et du Nil Blanc, où les milices, soutenues par le gouvernement et contrôlées par le commandant Biel Chuol de Longochok ont fait fuir des dizaines de milliers de personnes au cours des derniers mois. Les responsables de l'ONU et les leaders des églises dans le Sud redoutent que cela ne provoque une famine catastrophique cette année. Selon l'ONU, 600 000 personnes seraient menacées. D’autres avancent des chiffres deux fois plus élevés.
L'offensive dans l'Eastern Upper Nile a atteint de nouveaux sommets en janvier Des milices gouvernementales en provenance d'Adar, où se trouve un gisement opérationnel, ont attaqué le village de Dhowanyawa près de Guelguk. Dans le Sud, les milices peuvent être soit les People's Defence Forces (PDF), soit les forces sudistes de politiciens cooptés par Khartoum, souvent temporairement soit les Murahileen, payés par le gouvernement, de langue arabe, originaires des régions frontalières Nord-Sud , et à l'a recherche de butin et d'aventure. Selon des chefs locaux, les villages de Tenykak, Mangok et Kolegit on alors été attaqués et les populations chassées vers Udier par des miliciens. Les offensives, ont-ils ajouté, ont débuté la nuit et les hommes des forces gouvernementales, dont certains étaient montés sur des chameaux, ont évité les casernes des Sudan Popular Defence Forces (SPDF) de Riek Machar Teny Dhurgon, de nouveau en conflit avec le gouvernement du NIF, pour concentrer leurs, attaques. sur les civils. A Tenykak, 57 personnes ont disparu lors de, cette offensive.
Le bureau de la sécurité de l'opération Lifeline Sudan de l’ONU a interdit l'accès à la zone. Un travailleur humanitaire, extérieur à l’OLS décrit ainsi l'attaque: "Des parents qui avaient fui les tirs et qui dans le chaos, ne pouvaient retrouver leur enfants, des enfants qui couraient et ne pouvaient retrouver leur parents, des, gens, qui arrivaient nus après avoir été dépouillé de leurs vêtements; et roués de coups, des gens qui avaient été capturés et attachés dans une hutte à laquelle on avait mis le feu". Le personnel humanitaire et les chefs locaux estiment que l'objectif de l'offensive était de contraindre les civils à quitter la région de Guelguk, pour permettre la poursuite sans entrave de l'exploration pétrolière. Des sources de l’OLS qui ne peuvent s'exprimer publiquement indiquent en privé que l'offensive avait également pour but de chasser de la région les organismes humanitaires qui peuvent témoigner sur les atrocités (tactique utilisée dans les monts Nuba).
Les milices gouvernementales ont attaqué Mading, au Nord-Est de Nasir, et posé des mines anti-personnel à l'intérieur de l'enceinte d'une ONG, à l'extérieur d'un centre de soin et à un point d'eau, A Uleng, les miliciens ont mitraillé les locaux vides d'une agence américaine d'aide aux réfugiés, International Rescue Committee, en hurlant: "Nous allons prendre du personnel de l’ONU !’’.
Taban, Deng Gai était le gouverneur élu de l’Etat d'Unity (ancienne. province), mais il a pris la fuite l'an dernier sous la menace de l'armée. Il a déclaré à. Africa Confidential que le gouvernement, avait prévu 10 millions de dollars pour financer les milices durant, l'offensive actuelle. Nuer originaire de l’Upper Nile, Taban Deng; était devenu ministre d'Etat chargé des Routes au sein du gouvernement lorsqu'il a quitté Unity. Il dit avoir demandé que les habitants du Sud puissent bénéficier du pétrole grâce ci des emplois ou à la construction de routes mais sa requête a été rejetée. Peu après sa défection, deux de ses ministres régionaux, Louis Keah Madut (Ingéniérie) et Chuoc Dekier (Affaires sociales et culturelles, musulman) ont été tués, sur ordre, a-t-on dit, d'un ministre important. Taban affirme qu'avant de faire défection en janvier, il avait assisté à une réunion au QG militaire, où il avait été décidé de verser à chaque milicien 50 000 livres soudanaises (20 dollars, soit plus d'un mois de revenu dans les zones rurales) pour chaque opération à laquelle il participerait, plus 700 000 livres de compensation au cas où son cheval ou son chameau serait tué. Selon lui, ce sont les revenus du pétrole qui rendent possible le versement de cet "argent de poche" (des sommes plus élevées sont mentionnées dans certaines régions). Le véritable salaire, c'est le butin. "Le bétail devient le sien. Tout enfant fait prisonnier aussi". Cela contribue à expliquer l'actuelle recrudescence du trafic d'esclaves.
Les militants hostiles aux investissements étrangers dans l'industrie pétrolière soudanaise affirment qu'une partie de l'argent qui finance aujourd'hui la guerre dans l'Eastern Upper Nile pourrait provenir indirectement de British Petroleum, qui a désormais fusionné avec l'Américain Amoco. BP Amoco, première compagnie pétrolière à avoir signé la déclaration des droits de l'hommes de l’ONU (après avoir été très critiquée en Colombie), a annoncé des investissements d'un milliard de dollars dans PetroChina, filiale créée, par CNPC pour lever des fonds sur les marchés financiers internationaux. Aujourd'hui, CNPC a pris 23% des parts dans la concession de l'Eastern Upper Nile. PetroChina est une source importante de financement pour ses opérations. BPAmoco est donc soumis à des pressions pour la vente de ses parts dans PetroChina. Mais la compagnie répond que PetroChina et CNPC sont bien distinctes. En fait, le contrôle très étroit de l'information sur les sociétés nationales chinoises comme CNPC rend toute conclusion problématique.
L'opposition sudiste hostile à l'offensive pétrolière gouvernementale a été terriblement affaiblie par des luttes de factions. Tout comme il a attisé les divisions dans le Nord au, sein de la National Democratic Alliance, le NIF a divisé les sudistes selon des clivages ethniques, surtout chez, les Nuer de l'Upper Nile Bahr el Ghazal. Peter Parr des SPDF, a pour fournisseur d'armes la milice gouvernementale du général Paulino Matip; Peter Gadet, ancien commandant sous Matip, combat au sein de la Sudan People's Liberation Army (anti-gouvernementale). Entre eux, la lutte remonte à 1999, lorsque Gadet avait été accusé par les SPDF d'avoir dévasté Leer ville natale de Riek Machar.
L'an dernier, dans le bloc 5a au Sud-Est de Bentiu, les troupes gouvernementales et les milices ont nettoyé. Le terrain pour la construction d'une route de 100 km entre la base de ravitaillement de Lundin Oil à Rub Kona et ses puits de Thar Jath. Les forces de Parr dans la région ont résisté et contraint Lundin à suspendre ses opérations en février 2000. La société a fait valoir "des difficultés logistiques" mais n'a jamais fait état de la guerre. Des sources au sein des SPDF nous ont déclaré que Matip avait proposé à Parr des munitions pour lutter contre Gadet.
Avec la mise à l'écart de Parr, le gouvernement a remporté une double victoire: il n'y a plus d'opposition à la route pétrolière de Lundin et les combats entre factions Nuer se sont poursuivis et ont chassé les populations de la région du Western Upper Nile, riche en pétrole.
Gadet a déclaré à Africa Confidential qu'il avait cherché à se réconcilier avec Parr. Il a dit avoir envoyé deux commandants et une escorte de 50 hommes discuter avec Parr quelques semaines après qu'il eut quitté Matip en 19 99. Mais les forces de Parr les ont massacrés dans le village de Koch sous le contrôle des SPDF. Une organisation humanitaire européenne a indiqué que ses employés avaient vu les corps. Gadet a déclaré avoir ordonné quelques mois plus tard à seconde délégation de paix de faire demi-tour à mi-chemin après avoir été mis en garde contre un nouveau guet-apens. Cette lutte sanglante paraît désormais échapper à tout contrôle. Selon des sources haut placées à la SPLA, leur président, le colonel John Garang de Mablor, a contacté Gadet par radio pour lui demander de cesser ses attaques contre Parr mais Gadet a coupé le contact radio.

Redessiner la carte

Lundin Oil a achevé la route Rub Kona-Thar Jath, qui offre aux forces gouvernementales une nouvelle voie vers des zones précédemment inaccessibles du Western Upper Nile. Les chefs de la région affirment qu'ils voient désormais des segments d'oléoducs transportés vers Thar Jath, qui a besoin d'un raccordement à l'oléoduc Heglig-Port Sudan. Après avoir dépeuplé la route durant une année d'offensive (cf. un nouveau rapport de Christian Aid sur la guerre pétrolière, La terre brûlée), Khartoum réinterprète désormais la carte du Soudan. Confirmant la découverte par Lundin d'un nouveau gisement d'une capacité de 4 620 bpj, Hassan Ali el Tom, sous-secrétaire au ministère de l'Energie et des Mines, a déclaré la semaine dernière que le nouveau gisement se trouvait "dans le Nord du Soudan, à la frontière avec le Sud". En fait, le gisement, situé au Sud des puits initiaux de Lundin à Thar Jath, est en en:plein territoire sudiste, là où la propriété Nuer n'a jamais été remise en cause jusqu'à la découverte de pétrole.
"Christian Aid a appelé toutes les compagnies, pétrolières occidentales à suspendre immédiatement leurs investissements et. leur implication dans le secteur du pétrole. L'organisme estime que, les compagnies sont complices de la guerre du NIF,.essentiellement parce qu'elles se reposent sur les forces de sécurité responsables des atteintes aux droits de l'homme et parce qu’elles n’ont pas enquêté sur les informations concernant ces abus. Christian aid considère que cela encourage le gouvernement dans son sentiment d'impunité. Tardivement, l'alliance d'opposition, la NDA, a fait écho à ces appels, le 21 mars. En février, l'église presbytérienne des Etats-Unis a rejoint la campagne contre Talisman. Ottawa est de plus en plus inquiet, contrairement à la plupart des gouvernements occidentaux dont les compagnies profitent si bien du boum pétrolier. Les gouvernements européens ont tendance à faire valoir que les horreurs de la guerre sont une raison de plus pour favoriser un "engagement constructif" avec le NIF.

==========

Les acteurs internationaux 

Voici quelques unes des compagnies étrangères qui bénéficient de la manne pétrolière soudanaise:

L'oléoduc : construit par China National Petroleum Corporation (CNPC), il a été fourni pour moitié par les Chinois et pour moitié par le Consortium Euro-pipe (qui réunit essentiellement l'Allemand Mannesmann, le Britannique Steel (devenu Chorus) et une entreprise française). Denim Pipeline Construction Limited et Roll’n Oil Field Industries, basées toutes deux à Calgary, au Canada, ont participé a certains travaux sur les gisements et l'oléoduc.
Les stations de pompage ont été fabriquées par Weir Pumps (Glasgow). Son premier contrat, en janvier 1998, aurait tourné autour de 50 millions, de dollars. Weir laisse entendre que le second contrat a été beaucoup moins important. Les nouvelles stations de pompage pourraient accroître le débit de l'oléoduc qui est actuellement d'environ 250 000 barils par jour, ou alimenter un nouvel oléoduc si la production, atteint 400 000 bpj.
Equipement et soutien opérationnel du Britannique Rolls Royce PLC (à ne pas confondre avec le constructeur automobile, aujourd’hui allemand). Allen Diesel, qui fait partie du même groupe via Rolls Royce Power, a fourni "34 moteurs diesel pour pomper le pétrole le long de l'oléoduc national et pour des besoins énergétiques".'Rolls Royce indique également avoir mis à disposition 12 à 20 ingénieurs expatriés. Son partenaire sur place est DAL Engineering.
Le materiel anti-incendei a été fourni par le Britanique Angus Fire.
Le terminal de Port Sudan (Beshayir) a fait intervenir l'Argentin Techint International Construction.

Concessions:
Les blocs 1 and 2 (Heglig et Unity) sont opérationnels. Ils incluent CNPC (40%), le Malaisien Petronas Karigali (30%), Talisman (25%), Sudan National Petroleum Co. (Sudapet, 5%).

Bloc 3, Adar Yale (opérationnel, expansion): Gulf Petroleum Corporation-Sudan: Gulf Oil (Qatar, 46%), CNPC (23%), Thani Corporation (Emirats arabes unis, 13%), Sudapet (8%). 

Bloc 5a, sud-est de Bentiu (en test): International Petroleum Corp./Lundin Oil (40,375%), Petronas (28,5%), l’Autrichien OMV (26,125%), Sudapet (5%).

Bloc B et le bloc "Papyrai" à Balir el Ghazal (suspendu depuis 1985) détenu par TotalFinaElf (France, Belgique).

Lundin (Adoif Lundin en détient 25%) intervient par l'intermédi.aire de Lundin Sudan Ltd. OMVa une filiale à 100%, OMV(Sudan) Exploration GmbH. Royal Dutch Shell (Grande-Bretagne, Pays-Bas) a raffiné et vendu du pétrole depuis l'époque coloniale. La compagnie se trouve désormais sous la pression des ONG qui l'accusent de le vendre aux forces armées soudanaises. Elle affirme qu'elle ne fait aucune "discrimination entre consommateurs". Les porte-parole de l'armée et du gouvernement affirment que le pétroIe, local dope les achats d'armement et facilite leur effort de guerre.,

Africa Confidential (édition française), n°375 du 26 mars 2001 
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Pour un référendum des populations du Sud…. Victimes de la nouvelle richesse du pays
 
Sud Soudan: Mgr Taban, évêque de Torit :

Propos recueillis à Naruz par Alain Chevalérias

Depuis 1955, la guerre ensanglante le Sud du Soudan peuplé d'animistes et de chrétiens. La foi islamiste, remise en vigueur depuis le coup d'Etat de 1989 à Khartoum, exaspère la tension entre le Nord et le Sud. Dans la capitale les loups se dévorent entre eux. Il y a quinze jours, Hassan Al Tourabi, l’idéologue du régime, a été embastillé. Pendant ce temps, religieux chrétiens et organisations humanitaires tentent de soulager la populations du Sud de ses souffrances.

Monseigneur Paride Taban est né le 1er janvier 1936. Ordonné prêtre depuis 19641 il fut nommé évêque en 1980 et créa le diocèse de Torit, au Sud-Soudan, en 1983. Chassé du siège de son évêché par l'avancée des troupes gouvernementales, il a déplacé sa résidence dans la brousse, au sud de son diocèse.

Alain Chevalérias, : D'après les observateurs, les forces gouvernementales ont augmenté la fréquence de leurs attaques aériennes contre, le Sud. Confirmez-vous ?

Mgr Parid Taban : C'est ce que nous voyons sur le terrain. Pour les six derniers mois de l'année 2000, nous comptons 129 bombardements qui ont causé une cinquantaine de morts. Lâchées à haute altitude pour éviter les missiles anti-aériens du SPLA (NDLR : Sudan people's libération army Armée de libération du peuple du Soudan - La résistance), les bombes ont pour objectifs les hôpitaux, les écoles et les églises. Nous relevons peu d'attaques contre des objectifs militaires. A Yei, le 20 novembre dernier, par exemple, en tombant sur le marché, des bombes ont tué 19 personnes, en blessant 53 autres, essentiellement des femmes.

A.C. : A quoi attribuez-vous cette augmentation des bombardements ?

P.T. : Tour d'abord, le général Béchir (le chef de l'Etat), a décrété en public que c'était la dernière année d'existence du SPLA. Ensuite, la récente mise en service des puits de pétrole rapporte aujourd'hui 2 millions de dollars (15 millions de francs) au gouvernement, lui permettant d'augmenter sa pression militaire. Les populations du Sud sont les victimes de la nouvelle richesse du pays. Voilà pourquoi nous demandons à la communauté internationale de cesser d'acheter le pétrole du Soudan.

A.C. : Estimez-vous «faire de la politique» comme le reproche le régime de Khartoum aux religieux chrétiens travaillant dans le Sud ?

P.T. : Vous avez vu. Avec les prêtres et les religieux nous ouvrons des écoles et des dispensaires. Je suis au service de Dieu et de son peuple, pas à celui des politiciens. Je vis sur la terre où le Créateur m'a placé pour faire mon travail d'évêque. Regardez les arbres autour de vous. Diriez-vous, qu'ils font de la politique parce qu'ils sont enracinés dans ce sol ?

A.C. : Le tribalisme est une plaie de l'Afrique. Ici, au Sud-Soudan, il est la cause d'affrontements entre ethnies. Comment résoudre ce problème ?

P.T. : A l'époque coloniale, les tribus étaient séparées les unes des autres par les autorités britanniques. Il faut qu'elles apprennent à vivre ensemble. Pour cela nous avons l'idée de développer des « villages de la paix » où les différentes ethnies se mêleraient. Ici, à Naruz, nous avons ouvert une école pour filles. Parmi nos 570 écolières, nous comptons 19 ethnies et plusieurs petites musulmanes. J’y vois l'ébauche d'un village de la paix.

A.C. : A plusieurs reprises, je vous ai entendu parler du « New Sudan » (nouveau Soudan). Qu'est-ce que ce concept ?

P.T. : Ce n'est pas moi, mais le SPLA lui dit se battre pour un «New Sudan» (nouveau Soudan). Le docteur Garang et ses officiers affirment vouloir changer la mentalité des Soudanais pour les amener ci vivre pacifiquement ensemble.

A.C. : La rébellion contre Khartoum ne serait donc pas une guerre de sécession, mais un refus de la dictature !

P.T. : En 1955, le premier soulèvement avait clairement pour objectif de séparer le Sud du Nord. Mais je crois que, sous la pression du Nord qui se dit arabe, cette guerre a pris un caractère racial, et non religieux comme beaucoup le croient. D'un côté vous avez des Africains de race noire. De l'autre, les gens du Nord, à la peau plus claire et massivement musulmans, qui méprisent les gens du Sud et les réduisent parfois en esclavage. Autrefois, les noirs islamisés se rangeaient aux côtés des Arabes. Aujourd'hui, ils sont revenus de ce choix et rejoignent leurs frères de couleur. Ils se sont rendu compte que l'islam servait à les assujettir aux Arabes.

A.C. : Que demande l'Eglise pour le Sud-Soudan ?

P.T. : L'Eglise a toujours été du côté du peuple pour dénoncer les violations des droits de l'homme des deux principales tendances belligérantes. En outre, cette guerre ne peut, comme le prouve sa longueur, être gagnée par personne. Aussi demandons-nous à la communauté internationale de soutenir l'effort de l'IGAD (Intergovernemental authority for development). En effet, l’IGAD offre la seule solution possible : la mise sur pied d'un referendum pour consulter la population du Sud sur son avenir, sur la forme de relations qu'elle souhaite entretenir avec Khartoum. Ce n'est pas à l'Eglise de décider, mais au peuple. 

Monde et Viz – 8 mars 2001 – n°680
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Notre divergence avec Béchir
 
Ancienne éminence grise, aujourd’hui chef du Congrès national populaire (parti d’opposition), Hassan Al-Tourabi livre dans cet entretien, effectué deux jours avant son arrestation, son analyse du conflit qui l’oppose au président.

Al-Ahram Hebdo: Quelles sont selon vous les causes réelles de la crise entre vous et le président Omar Hassan Al-Béchir?

Hassan Al-Tourabi: Pour identifier la crise soudanaise, il est préférable de rester loin des personnes. En d'autres termes, la crise soudanaise se situe au-delà de Tourabi et Béchir. Celui-ci représente évidemment le pouvoir en place en plus du pouvoir militaire qui l'a conduit à la tête du pays. Tourabi représente le mouvement islamique au Soudan qui s'est donné pour mission principale la propagation des valeurs musulmanes dans le pays. L'union de ces deux personnes devait à la base oeuvrer pour la mise en application du projet islamique dans un cadre démocratique. Les choses se sont passées autrement. D'une part, ceux qui ont pris le pouvoir ont progressivement changé d'options, le pouvoir leur est monté à la tête et ils ont commencé à remettre en question les principes qui leur ont permis d'accéder au pouvoir. Leur discours a changé et au lieu d’oeuvrer pour concrétiser la démocratie, ils ont entrepris le chemin du pouvoir absolu. Nous nous sommes prononcés contre ces pratiques, nous les avons dénoncé et notre sort a été d'être écartés du pouvoir.

Al-Ahram Hebdo: Pourriez-vous être plus précis?

Hassan Al-Tourabi Une des principales raisons de notre divergence avec Béchir et ceux qui l'entouraient et l'entourent encore a été le dossier du Sud-Soudan. En effet, à notre arrivée au pouvoir, nous avions reconnu le droit à l'autodétermination après une période transitoire de quatre années. Ce droit ne pouvait être remis en question qu'avec l'accord des 3/4 du Parlement. Ceci dit, nous avions remarqué que le pouvoir commençait à se rétracter. Et même les fonds qui étaient réservés aux habitants du Sud étaient revus à la baisse. Aussi, nous ne pouvions rester les bras croisés devant ce revirement.

Al-Ahram Hebdo: Est-ce que vous voulez dire que la cause de votre différend avec le pouvoir est la question sudiste?

Hassan Al-Tourabi Tout à fait et vous pourrez le confirmer en posant la question à John Garang qui aujourd'hui reconnaît que nous sommes les seuls en qui il peut faire confiance. On ne s'est jamais rétracté. S'il est vrai que certaines questions peuvent être réétudiées, les principes de base sont les mêmes et c'est d'ailleurs pour cela que nous avons signe un mémorandum d'entente avec le mouvement de John Garang. Pour ce qui est de la religion, il faut dire que les sudistes utilisent cette carte quand ils s'adressent aux Occidentaux, et ils utilisent la carte de l'africanité quand ils s'adressent aux Africains. Mais en vérité., ce n'est pas là le véritable problème. La religion n'a jamais été source de crise entre Soudanais. Chrétiens et musulmans vivent côte à côte depuis toujours.

Al-Ahram Hebdo: Pensez-vous que Béchir est aujourd’hui bien installé au pouvoir?

Hassan Al-Tourabi Ce que vit aujourd'hui le Soudan c'est ce qu'a vécu bien avant l'URSS, le parti Baas, les Wahhabites. Nous connaîtrons le même sort. Celui qui arrive par la force ne vit pas longtemps, l'idée quant à elle survit. La force est une énergie limitée dans le temps et dans l'espace. L'ancien président Abboud était de gauche, arrivé au pouvoir, il s'est retourné contre la gauche soudanaise et s'est allié au mouvement islamiste. Suite aux pressions de forces internationales, il s'est retourné contre le mouvement islamiste. Son sort n'a pas été meilleur, puisque il a été victime d'un renversement et a dû quitter le pouvoir plus tôt qu'il ne le pensait.

Le projet islamique

Al-Ahram Hebdo: Et selon vous, Béchir connaîtra-t-il le même sort?

Hassan Al-Tourabi : Et plus tôt que vous ne le pensez. On l'a utilisé pour faire avorter le projet islamique au Soudan, et dès que sa mission sera remplie, il ira rejoindre les autres dans les oubliettes. En fait, le visé au Soudan ce n’est pas Tourabi, mais c'est le projet islamique. En effet, le Soudan est un pays ouvert sur toute l'Afrique et de même sur le monde arabe. Sa composante ethnique fait de lui une miniature de l'Afrique entière. De ce fait, si l'islam et la langue arabe devaient réussir à se propager dans tout le Soudan, il deviendrait facile de leur ouvrir l'est., le centre et l'ouest de l'Afrique. Et qui sait, peut-être l'Afrique entière. En fait, ce n'est pas le régime au Soudan qui constitue un danger, Rome, la Perse, l'Inde, la Chine n'ont jamais constitué un danger en tant que civilisations, mais c'est le fait que l'islam peut par le biais du Soudan devenir une réalité dans l'Afrique.

Al-Ahram Hebdo: Voulez-vous dire que pour les autres, le danger ne vient pas de l'existence d'un régime islamiste au Soudan, mais plutôt du fait qu'il y ait exportation de ce modèle vers l’Afrique et qui sait, vers le monde entier?

Hassan Al-Tourabi : Tout à fait. Si le projet islamique devait réussir au Soudan, cela ne ferait pas la joie de certains régimes arabes qui voient en cela un danger certain. De plus, pour ce qui est des Occidentaux, comment accepter le fait que des intellectuels qui ont poursuivi leurs études dans des pays occidentaux, tels que les Etats-Unis, la France, l'Allemagne, où encore le Royaume-Uni, soient ceux qui soulèvent l'étendard du projet islamique. Alors qu'ils devraient reproduire les normes occidentales ou encore le projet de civilisation occidentale. Ceci pour ce qui concerne l'élément extérieur. L'élément intérieur se situe au niveau du pouvoir en place. Il était difficile de voir la mise en place d'un pouvoir décentralisé, avec pour base les libertés religieuses, culturelles et politiques. Car pour la réussite du projet islamique au Soudan, il était important de respecter l'aspect multi-ethnique, multi-culturel et religieux. Bien sûr, ceux qui détiennent le pouvoir ont voulu reproduire le modèle hérité du colonisateur britannique , à savoir le pouvoir central et la bureaucratie politique. Et c'est là 1'une des raisons de notre divergence avec le pouvoir en place.

Al-Tourabi et le terrorisme

Al-Ahram Hebdo: Mais le nom de Tourabi a de tout temps été lié au terrorisme, au fanatisme et au fondamentalisme sur le plan international...

Hassan Al-Tourabi : La question du terrorisme, ou encore celle du fanatisme nécessitent une analyse. Le concept de "fanatisme" est européen et le concept de fondamentalisme a été utilisé par les Américains pour décrire les Eglises au Sud des Etats-Unis, ils ont ensuite été repris pour décrire la Révolution iranienne. Il était plutôt difficile d'accepter l'échec du modèle occidental en Iran et la réussite de la révolution. Aussi, on s'est mis à utiliser le terme de fondamentalisme pour décrire tout ce qui est lié au projet islamique. Donc, que je sois accusé de vouloir exporter le fanatisme ou le fondamentalisme hors des frontières soudanaises est tout à fait logique.(...)

Al-Ahram Hebdo: On vous reproche souvent d'éprouver une vive animosité vis-à-vis des Egyptiens et d'être derrière la tentative d'assassinat du président Moubarak à Addis-Abeba en 1995. Que répondez-vous à cela?

Hassan Al-Tourabi : L’Egypte et le Soudan forment un seul grand pays. Les frontières qui nous séparent et que personnellement je ne reconnais pas sont le produit du colonisateur. Ceci dit, nous reprochons non pas au peuple égyptien, mais à certaines fractions du pouvoir égyptien leur regard souverain. Ils continuent à regarder le Soudan comme une partie de l'Egypte. Et c'est ce regard qui provoque l'esprit soudanais. Si cette fraction du pouvoir qui en plus détermine les relations égypto-soudanaises changeait de vision, les choses iraient beaucoup mieux. D'autre part, le pouvoir égyptien devrait permettre aux partis religieux d'avoir le droit de s'exprimer pour accéder au pouvoir. Pourquoi les faire taire et faire croire qu'ils constituent un danger pour la stabilité du pays? Pour ce qui est de la tentative d'assassinat du président Moubarak, les services égyptiens savent très bien que ce sont des Egyptiens qui ont fomenté ce complot et il n'y avait aucun Soudanais. Le Soudan a été un point de transit pour ces gens-là., mais n'oublions pas qu'à l'époque, l'accès au Soudan pour les Egyptiens était sans visa. Aussi, nous ne pouvions pas contrôler l'entrée des citoyens et si ils ont transité par Khartoum, cela ne veut pas nécessairement dire que nous étions impliqués.

Al-Ahram Hebdo: En votre qualité d'idéologue du mouvement islamique dans le monde, comment évaluez-vous les expériences islamiques?

Hassan Al-Tourabi Nous n'avons malheureusement pas réussi à instaurer un modèle islamique honorable. Notre problème réside dans le fait qu'il nous a été impossible jusqu'à aujourd'hui de traduire l'islam à travers des institutions économiques, sociales et politiques adéquates. En Algérie en 1991, on scandait "L'islam est la solution". C'est là un noble slogan. Mais comment traduire ce slogan sur le terrain? Là est la question. Pour ce. qui nous concerne, nous n'avons pas réussi jusqu'à ce jour à trouver la meilleure formule.

Propos recueillis par Linda Messaci,
AAl-hram Hebdo, Egypte, 6 mars 2001
C/o ANB-BIA, Bruxelles , n°408, 15-03-2001 
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Relations avec les Etats Unis
 
1) - La paix au Soudan, une priorité de l'administration Bush (diplomate US) 
La nouvelle administration américaine du président George W. Bush souhaite faire de la paix au Soudan une priorité, a annoncé lundi le ministère soudanais des Affaires étrangères. 
"La réalisation de la paix au Soudan sera une priorité de la nouvelle administration américaine", a déclaré le chargé d'affaires américain à Khartoum Raymond Brown, cité par un communiqué du ministère, publié après une rencontre avec le ministre soudanais des Affaires étrangères Moustafa Osmane Ismaïl. 
M. Brown a indiqué à M. Ismaïl que des spécialistes avaient exposé vendredi au secrétaire d'Etat américain Colin Powell la situation au Soudan, ajoute le texte. 
Le chef de la diplomatie soudanaise a fait part de la volonté de Khartoum de développer des relations normales avec Washington, qui permettent une "contribution positive" des Etats-Unis à la recherche de la paix dans le pays et l'établissement de liens économiques solides, poursuit le communiqué. 
M. Ismaïl a exprimé l'espoir que Washington "étudierait en profondeur et de façon équilibrée la situation au Soudan", affirmant que son gouvernement s'efforcerait de créer une atmosphère "propice à un dialogue sérieux pour surmonter les divergences" entre les deux pays. 
(AFP- BQA du 13 mars 2001 )
2) - Réouverture prochaine de la mission diplomatique à Washington 
Le ministre soudanais des Affaires étrangères Moustafa Osmane Ismaïl a annoncé mardi la réouverture "prochaine" de la mission diplomatique du Soudan à Washington, au niveau d'un chargé d'affaires. 
"Une mission diplomatique à Washington, semblable à celle des Etats-Unis à Khartoum, sera ouverte "prochainement", a déclaré M. Ismaïl lors d'une cérémonie officielle à son ministère. 
Les diplomates américains ont repris en avril dernier leurs activités dans l'ambassade américaine de Khartoum, fermée depuis février 1996, et Washington a nommé un chargé d'affaires, Raymond Brown, résidant au Kénya. 
"La période qui s'ouvre verra une réactivation des activités diplomatiques entre Khartoum et Washington", a ajouté M. Ismaïl. 
Il a précisé qu'un message du secrétaire d'Etat américain Colin Powell lui a été remis lundi par M. Brown, annonçant la décision américaine d'autoriser la réouverture de la mission diplomatique soudanaise. 
Le Soudan avait rappelé son ambassadeur aux Etats-Unis en 1998, après le bombardement par les Américains d'une usine pharmaceutique de Khartoum, qui selon Washington fabriquait des armes chimiques. 
Les Etats-Unis avaient quant à eux mis le Soudan à l'index deux ans plus tôt, accusant ce pays de soutenir les mouvements terroristes islamiques. 
Les autorités soudanaises ont récemment multiplié les appels du pied en direction des Etats-Unis, déclarant notamment qu'elles accueilleraient favorablement toute initiative américaine "positive" pour parvenir à la paix au Soudan.. 
(AFP-BQA du 14 mars 2001 )
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Des miliciens soudanais enlèvent quatre employés d'un centre de secours
 
Des miliciens alliés aux troupes gouvernementales dans le sud du Soudan ont enlevé quatre employés d'un centre de secours au cours d'une attaque dans l'Etat du Haut Nil (sud-est) le 8 mars, a annoncé lundi un mouvement rebelle. 
Le ministre soudanais des Affaires étrangères Moustafa Osmane Ismaïl, cité par l'agence officielle SUNA, a annoncé que son gouvernement tentait d'obtenir la libération de quatre employés de l'Agence adventiste de développement et de secours (ADRA), deux Kényans et deux Soudanais. 
Un responsable de l'ADRA a confirmé que ses quatre employés avaient été capturés lors d'une attaque le 8 mars. 
L'opération, qui a eu lieu à Kiickuon, a été perpétrée par des miliciens du général Gordon Koang Chuol avec le soutien d'une compagnie de l'armée soudanaise, a affirmé dans un communiqué le Front démocratique du peuple soudanais (SPDF), un des groupes rebelles du sud du Soudan. 
M. Ismaïl n'a pas désigné les ravisseurs, indiquant simplement que le gouvernement oeuvrerait à la libération des quatre employés pour les conduire "en lieu sûr" avant d'ouvrir une enquête, selon SUNA. 
Le groupe rebelle a indiqué que les employés du centre étaient détenus au quartier général du général Chuol à Madeng. 
Des négociations sont en cours pour la libération des quatre personnes enlevées, a affirmé le responsable du bureau de l'ADRA à Nairobi. Le siège de cette agence protestante se trouve à Silver Spring (Maryland, Etats-Unis). 
Deux véhicules 4X4 ont également été saisis par les assaillants, selon le SPDF. 
Riek Machar, le chef du SPDF, avait démissionné de son poste d'adjoint du président Omar al-Béchir en février 2000, un poste auquel il avait été nommé après avoir quitté la rébellion et signé un accord de paix avec le gouvernement en 1997. 
Dans son communiqué, le SPDF a accusé Khartoum de s'en prendre à des centres de secours dans le sud et a exhorté la communauté internationale à condamner les attaques contre des installations humanitaires. 
(AFP-BQA du 12 mars 2001) 
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Nouvelles explorations d'un consortium pétrolier sino-arabe
 
Un consortium pétrolier sino-arabe a commencé des travaux d'exploration dans des zones s'étalant sur 72.400 km2 dans l'Etat du Haut-Nil, dans le sud-est du Soudan, selon un communiqué publié samedi. 
Les travaux ont débuté fin février, affirme le communiqué publié à Khartoum par la compagnie pétrolière chinoise CNPC. Les réserves pétrolières dans ces champs sont estimées à 300 millions de barils. 
Le consortium, créé en novembre 2000, est composé de la compagnie qatariote Gulf Oil (qui détient 46% des parts), la compagnie émiratie Thani et la CNPC (23% chacune). La compagnie soudanaise étatique SUDAPET détient les 8% restants. 
La CNPC détient déjà 40% des parts d'un consortium qui regroupe les compagnies pétrolières malaisienne Petronas et la canadienne Talisman, opèrant dans les champs de Higleig dans le sud-est du Soudan. 
Le Soudan a commencé en octobre 1999 à exporter du brut par son terminal de Beshair, sur la mer Rouge (est), relié aux puits de Higleig. Il exporte de l'essence depuis juin 2000. 
L'exploitation normale des ressources pétrolières soudanaises, très importantes selon les experts, se heurte à la poursuite de la guerre civile dans le sud entre forces régulières et rebelles de la SPLA 
(AFP-BQA du 12 mars 2001) 
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Commission des droits de l'Homme de l'ONU
 
1 ) - Visite de M. Gerhart Baum, Rapporteur spécial pour le Soudan
Un émissaire de la Commission des droits de l'Homme de l'ONU a entamé samedi une visite de quatre jours au Soudan consacrée à la situation dans le pays, a annoncé un responsable de la justice. 
Le sous-secrétaire du ministère de la Justice Ahmed al-Noufti a déclaré, à l'issue d'une rencontre avec l'émissaire, l'Allemand Gerhart Baum, lui avoir exposé la législation sur les syndicats et les organisations politiques. 
Pour sa part, l'avocat et militant pour les droits des l'Homme Ghazi Souleimane a indiqué à l'AFP qu'il exhorterait M. Baum à demander le jugement immédiat des prisonniers politiques et l'informerait d'une récente loi permettant de maintenir des prévenus indéfiniment en détention sans procès. 
Me Souleimane, qui dirige le Groupe soudanais pour les droits de l'Homme, a ajouté qu'il évoquerait également une loi en vigueur dans l'Etat de Khartoum interdisant aux femmes l'accès à certains emplois les mettant en contact avec le public, comme celui de serveuse. 
(AFP-BQA- du 12 mars 2001 )
2 ) - Le Rapporteur Spécial est saisi de violations
Le Groupe soudanais pour les droits de l'Homme a saisi un émissaire de la Commission des droits de l'Homme de l'ONU d'atteintes aux droits de l'Homme par le gouvernement, a affirmé dimanche son président. 
L'avocat Ghazi Souleimane, qui dirige le Groupe, a déclaré à l'AFP que son organisation avait adressé les plaintes à l'émissaire de l'ONU, l'Allemand Gerhart Baum, arrivé la veille au Soudan pour une visite de quatre jours, lors d'une rencontre samedi soir. 
Selon l'avocat, le groupe a affirmé à M. Baum que "la marge de liberté, limitée" était menacée par une loi adoptée en décembre permettant de maintenir des prévenus indéfiniment en détention sans procès. 
Le ministre soudanais des Affaires étrangères Moustafa Osmane Ismaïl, qui a ensuite rencontré l'émissaire de l'ONU, a assuré que Khartoum n'avait "rien à cacher concernant les droits de l'Homme" et coopérerait pleinement avec lui. 
L'organisation s'est élevée contre une loi en vertu de laquelle une police spéciale peut arrêter et faire flageller des personnes pour comportement indécent présumé. 
Elle a également dénoncé une loi interdisant aux femmes de travailler dans les restaurants ou les hôtels. 
Le groupe a attiré l'attention de M. Baum sur la condition des réfugiés du sud du pays, en proie à une guerre civile depuis 1983, dans des camps privés des services de base, y compris les soins et l'éducation. 
Le sous-secrétaire du ministère de la Justice Ahmed al-Noufti, qui avait déjà rencontré M. Baum, était présent à la réunion, a précisé Me Souleimane. 
M. Noufti a estimé que les libertés augmentaient, citant en exemple le retour d'opposants, notamment, en décembre de l'ancien Premier ministre Sadek al-Mahdi, après quatre ans d'exil. 
Selon l'avocat, l'émissaire de l'ONU, qui doit revenir en octobre, a promis d'inclure dans son rapport toutes les remarques du groupe. 
(AFP-BQA- du 12 mars 2001 )
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Le général Béchir trouve des points positifs dans "l'Appel du Soudan"
 
Khartoum, 3 mars - Le président soudanais Omar al-Béchir a trouvé plusieurs points positifs dans "l'Appel du Soudan", signé jeudi au Caire par deux chefs de l'opposition, rapporte samedi la presse soudanaise. 
L'appel "contient plusieurs points positifs (...) mais la plupart de (ses) dispositions ont déjà été appliquées", a affirmé le général Béchir, soulignant que son gouvernement "a fait du progrès dans les domaines de la démocratie, des libertés et des droits de l'Homme". 
Le chef du principal parti nordiste, Oumma, l'ex-Premier ministre Sadek al-Mahdi, et celui de l'Alliance nationale démocratique (AND) Mohamed Osmane al-Mirghani, ont signé jeudi ce document en huit points, qui demande notamment "la levée de l'Etat d'urgence hors des zones d'opérations militaires", "la libération des détenus politiques", et "la relance de l'initiative égypto-libyenne" pour la paix au Soudan. 
MM. Mahdi et Mirghani réclament également des initiatives pour permettre une meilleure "cohabitation entre cultures et religions" au Soudan. 
Cette dernière demande fait référence au conflit qui oppose le nord musulman au sud chrétien et animiste, où l'Armée de libération des peuples du Soudan (SPLA de John Garang) est depuis 1983 en lutte armée contre les forces régulières. 
L'initiative de égypto-libyenne est menée parallèlement à une médiation de l'Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD, regroupant sept pays africains), qui parraine des négociations entre Khartoum et la SPLA. 
Mais contrairement au projet de l'IGAD, Le Caire et Tripoli tentent de parvenir à des négociations regroupant également l'opposition nordiste.
M. Mahdi avait conclu en novembre 1999 un accord de réconciliation avec le général Béchir, puis a quitté l'AND en mars 2000. 
L'accord entre MM. Mahdi et Mirghani a été considéré par les fractions de l'opposition soudanaise à Khartoum comme un pas sur la voie du rapprochement du parti Oumma de l'AND et plus particulièrement du Parti unioniste démocratique (DUP) de M. Mirghani. 
Il "met un terme à la prétendue querelle entre les deux partis", a estimé Taj el-Sir Mohamed Saleh, porte-parole du DUP, dans une déclaration au quotidien Al-Raï Al-Aam. 
Ce document aidera en outre le gouvernement à préparer le terrain à "une réconciliation globale" avec l'opposition, a ajouté M. Saleh. 
Il contient des dispositions identiques aux résolutions de l'AND, a pour sa part relevé Farouk Zakariya, porte-parole du parti communiste, également membre de la coalition. 
Cela "montre que le parti Oumma est encore engagé par les résolutions d'Asmara" créant l'AND, a ajouté M. Zakariya. 
(AFP – BQA du 5 mars 2001)
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Arrestation de Hassan al-Tourabi
 
L'ancienne éminence grise du régime soudanais, Hassan al-Tourabi, a été arrêté mercredi après avoir conclu une alliance avec les rebelles sudistes, dernier épisode du bras de fer l'opposant au chef de l'Etat Omar al-Béchir. 
Le général Béchir a violemment condamné le "mémorandum d'entente" conclu entre le Congrès national populaire (CNP - opposition) de M. Tourabi et l'Armée de libération des peuples du Soudan (SPLA, rébellion sudiste) du colonel John Garang. 
"Il s'agit d'une violation de la loi. Le gouvernement ne tolèrera pas de tels agissements et sauvegardera la sécurité et la stabilité du pays", a-t-il déclaré à la télévision d'Etat. 
M. Tourabi, 69 ans, secrétaire général du CNP, a été arrêté à son domicile à Khartoum.
Les policiers lui ont indiqué qu'il devait s'expliquer sur le "mémorandum d'entente", une sorte de déclaration de principes en 10 points signée lors d'une réunion entre des délégations de la SPLA et du CNP du 17 au 19 février à Genève. 
M. Atabani a indiqué que son gouvernement ne s'opposait pas à des contacts avec la SPLA en vue d'un règlement pacifique des problèmes au Soudan mais qu'il trouvait "intolérable et inacceptable toute coordination avec ce mouvement pour renverser le régime par la force". 
Il a qualifié le "mémorandum d'entente" de "conspiration subversive", accusant le CNP de "menacer de recourir à la violence après avoir commis des actions subversives, organisé des manifestations et incité au soulèvement". 
M. Tourabi continue d'avoir un poids politique important dans les milieux étudiants et islamistes. 
M. Béchir s'était engagé, au moment de sa réélection, à restaurer la paix et réconcilier le pays "par la voie de la négociation et du dialogue", ce qui ne l'a pas empêché de reconduire pour un an début janvier l'état d'urgence qui renforce ses prérogatives et octroie aux services de sécurité le pouvoir de mener des arrestations et d'interdire des rassemblements. 
(A.F.P. du 22 février 2001) 
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La SPLA et le parti de Tourabi veulent lutter ensemble contre le pouvoir
 
Deux délégations de l'Armée de Libération des peuples du Soudan (SPLA de John Garang) et du Congrès National Populaire (CNP de M. Tourabi) ont tenu des réunions à Genève entre les 17 et 19 février, où ils ont signé "un mémorandum d'entente" afin de parvenir à "un règlement historique et une solution pacifique globale aux problèmes" et prévoyant "une résistance pacifique" commune au régime soudanais. 
Une telle solution nécessite "en premier lieu de mettre fin à la guerre civile (dans le pays) par le biais d'un accord juste, d'une démocratie réelle et d'une unification volontaire du Soudan", ajoute ce mémorandum signé par deux responsables de la SPLA, Yasser Ermane et Bakan Amoum, et deux dirigeants du CNP, Omar Ibrahim al-Tourabi et Al-Mahboub Abdel Salam. 
Ce mémorandum, qui constitue une sorte de déclaration de principes en 10 points, stipule notamment "la nécessité d'une escalade de la résistance populaire pacifique pour amener le régime à abandonner sa politique totalitariste". Il ne fait pas mention des activités militaires de la SPLA. 
La signature de ce mémorandum n'a pas fait l'objet d'une réunion entre MM. Tourabi et Garang, ce qui en augmenterait la portée, soulignent par ailleurs les observateurs. 
La SPLA est déjà en alliance avec plusieurs partis d'opposition du nord du Soudan, au sein de l'Alliance Nationale Démocratique (AND). Le CNP de M. Tourabi ne fait quant à lui pas partie de l'AND. 
La SPLA et le CNP affirment que "le droit à l'autodétermination est un droit humanitaire légitime et que l'unité du Soudan doit être basée sur la volonté libre de ses habitants", selon le communiqué. 
L'annonce de cette entente CNP/SPLA survient au moment où le général Béchir s'apprête à nommer un nouveau gouvernement, après des élections présidentielle et législatives, en décembre, remportées par son parti, le Congrès National, et qui l'ont reconduit pour cinq ans à la tête de l'Etat. 
(A.F.P. - 21 février 2001)
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Pas d'accord entre l'Oumma et le régime du général Béchir
 
Le parti Oumma de l'ancien Premier ministre Sadek al-Mahdi et le régime du général Omar al-Béchir n'ont pas réussi à se mettre d'accord sur une participation de l'Oumma au pouvoir, a-t-on appris lundi de source proche du président soudanais. 
Le président Béchir, par ailleurs chef du parti du Congrès National (CN), avait indiqué jeudi avoir proposé au principal parti d'opposition de participer au pouvoir. 
Le parti Oumma a présenté dimanche soir au CN, après trois jours de réunion de son bureau politique, un mémorandum détaillant ses conditions, dont l'organisation de nouvelles élections, la modification de la constitution, et la formation d'un gouvernement d'union nationale impliquant tous les partis d'opposition. 
Les conditions de l'Oumma sont considérées comme "une évidence de son refus" de participer au pouvoir, a déclaré lundi le secrétaire général du CN, Ibrahim Ahmed Omar. 
"Le dialogue se poursuit avec l'Oumma, mais sa réponse est la meilleure preuve de son refus de participer au prochain gouvernement", a-t-il déclaré. 
(A.F.P., 20-02-2001)
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Les déplacés survivent dans des camps autour de Khartoum
 
Par centaines de milliers, les déplacés du Soudan, victimes de la guerre civile au Sud ou des catastrophes naturelles, survivent dans des camps de fortune autour de Khartoum, dépendant de l'aide humanitaire. 
La semaine dernière à Haya, dans l'est du pays, ce sont encore 98.000 personnes qui ont abandonné leurs villages pour échapper à la faim, provoquée par de la sécheresse qui tue bétail et récoltes. 
On ignore combien de ces villageois iront bientôt rejoindre les camps de la périphérie de Khartoum. 
Mayo, à une quinzaine de kilomètres au nord de la capitale, est une étendue sans fin de constructions basses en pisé, entre des rues en terre fouettées par le vent, comparable à de nombreuses villes africaines. 
La différence la plus marquante avec les quartiers du centre de Khartoum est l'absence d'électricité, et le défilé des ânes, qui tirent des charrettes portant des citernes. Les habitants, qui vivent en squatters, apportent seaux et bidons pour acheter l'eau potable. 
L'écrasante majorité de ces "déplacés", par opposition aux "réfugiés" qui viennent de pays voisins, sont originaires des communautés africaines du Sud ou du Centre du Soudan, telles que les Nuers, Dinkas ou Noubas. 
Selon un responsable de la Commission d'aide humanitaire (CAH, gouvernementale), environ 235.000 personnes sont enregistrées dans les camps de Mayo et de Jebel Awlia, près de Khartoum, et dans ceux de Wad al-Béchir et Dar al-Salam, près d'Omdourman, la ville jumelle de Khartoum sur la rive ouest du Nil. 
A ce nombre s'ajoutent 200.000 déplacés qui ne sont pas enregistrés. Au total, selon la CAH, le Soudan compte environ deux millions de déplacés, un effectif variant d'une année à l'autre, pour une population totale d'environ 30 millions d'habitants. 
Plusieurs organisations humanitaires travaillent à Mayo, dont "France-Soudan Espérance 21", une association française dont le dispensaire "Equatoria" compte une salle de consultations, un laboratoire d'analyse et une pharmacie, et emploie 12 personnes, dont un médecin. 
Paludisme, dysenterie, amibiase, infections urinaires sont les maladies les plus courantes chez la trentaine de personnes examinées chaque jour, explique Azra Moussa Masua, un assistant médical. 
L'association installera bientôt un château d'eau, des panneaux solaires pour alimenter en électricité le réfrigérateur où sont stockés les vaccins, et un auvent pour protéger du soleil les patients qui attendent devant la pharmacie, explique l'un de ses membres, Alain Allègre. 
A quelques centaines de mètres de là, Médecins Sans Frontières a ouvert un dispensaire de soins et trois centres de nutrition, qui accueillent principalement des enfants. 
"Nous avons des cas de malnutrition et de marasme", explique le docteur Ruben Mariel. "Les enfants manquent de nourriture et de vitamines. Les femmes partent le matin pour travailler en ville comme femmes de ménage et reviennent le soir. Les bébés attendent". 
"Les hommes eux, n'ont rien à faire ou partent pour six mois travailler dans la Gezira (la région agricole entre le Nil bleu et le Nil Blanc, au sud de Khartoum). Les enfants ont faim et sont livrés à eux-mêmes", ajoute ce médecin, dont les services prennent en charge une population de 36.000 personnes. 
(A.F.P. 20 février 2001) 
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La déclaration des Missionnaires Comboniens sur la situation du Soudan .
 
Nairobi, le 19 janvier 2001

Nous, les Missionnaires Comboni qui travaillons dans les" régions libérées" du Sud Soudan, rassemblés pour notre assemblée annuelle, avons analysé douloureusement et évalués la situation tragique présente de guerre et de violence. 

Nous sommes venus à la conviction unanime que la situation de guerre au Soudan à l'étape présente est devenue immorale et une farce tragique. Ce n'est plus du tout une lutte pour la liberté des soudanais et pour la défense de droits de l'homme. La guerre est devenue une lutte pour le pouvoir, les affaires et l' avidité. 

Beaucoup de gens sans coeur profitent de la guerre et s'enrichissent aux dépens du pauvre. Les intérêts globaux sont la recherche des ressources soudanaises, et non le bien-être des soudanais. La religion est déformée et est employée comme un moyen pour d'autres intérêts. 

Le nombre de victimes monte, surtout parmi femmes et enfants. Les valeurs spirituelles, humaines et culturelles sont perdues. La corruption, le tribalisme et la haine fratricide sont stimulées. Déchéance, sous-développement et l'anarchie augmentent. L'humanité au Soudan est perdue. 

On abuse du mot "libération". Quelle amélioration est-ce que nous voyons? Oppresseurs et opprimés courrent pour leur vie. Ceux du nord contre ceux du sud, ceux du nord contre ceux du nord, ceux du sud contre ceux du sud, Nuer et Dinka luttent contre Arabes. Nuer et Arabes luttent contre Dinka. Dinka contre Dinka. Nuer contre Nuer, Didinga contre Dinka. Il n'y a pas de vainqueurs. Tous sont perdants. ONGs et Eglises prolongent le combat à travers l'aide du soulagement qui supporte inconsciemment aussi les discordes en conflit. 

Le pays a tant de richesses et ressources naturelles qui garantiraient une bonne vie pour tout les Soudanais. 

Nous, Missionnaires Comboniens, en travaillant dans la Région Libérée de Sud Soudan, ont décidé de casser le silence" et d'intensifier notre engagement contre l'injustice qui alimente la guerre au Soudan. 

Nous demandons à vous chefs des côtés en conflit": Au nom de Dieu, posez les pistolets! Arrêtez le combat!" 

Nous demandons à tous les gens de bonne volonté": Cassez le silence" et intensifiez votre médiation pour la paix au Soudan! 

Nous demandons à vous, pouvoirs politiques et économiques du monde," Abandonnez votre avidité et vos intérêts égoïstes! Aidez le Soudan pour regagner son humanité perdue et identité." 

Pour tous les 30 missionnaires présents 
____________________________________________
Le comité "Justice et Paix", co-ordinator Fr. Michele Stragapede P.O. Boîte 21102.
Nairobi (Kenya) tel. +254.2.562953 - Télécopie. +254.2.570225 - ssmccj@form-net.com
 


 
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Soudan : Une mosaïque ethnique et religieuse
 
La "boussole" du Soudan indique d'autres données que celles de la géographie
Si quelqu'un veut devenir Arabe, selon la formule du Soudan, tout ce qu'il doit faire est de parler l'arabe, pratiquer l'islam et se monter avide de culture arabe. Dès que vous vous serez soumis à ces conditions préalables, vous faites partie du groupe selon les normes soudanaises.
"Aujourd'hui, le Soudan est considéré comme un pays arabe (islamique). La majorité de ses citoyens sont génétiquement des Africains. Mais, les Africains du nord ont décidé qu'ils étaient Arabes", écrit M. Stephen Wondu, le représentant à Washington de l'Armée/Mouvement pour la libération du peuple soudanais (SPLA/M). "Si nous acceptons que l'identité raciale puisse être déterminée par un choix de la collectivité, alors nous devons admettre la division du pays en un Nord arabe et un Sud africain".
Le Soudan est le plus grand pays de l'Afrique. Selon le chanoine Clement Janda, un ecclésiastique anglican du Sud-Soudan et actuellement secrétaire général de la Conférence des Eglises de toute l'Afrique, basée à Nairobi, "le Soudan est un rassemblement superficiel d'environ 520 tribus à l'intérieur de frontières imposées à une région de 2.505.813 km²".
C'est une mosaïque ethnique et religieuse. Au moins un tiers de sa population n'est pas musulman; il s'agit des chrétiens et des adhérents aux religions traditionnelles, qui sont tous purement Africains. "Comme tout pays, le Soudan a un nord et un sud, mais contrairement à la plupart des pays, la boussole du Soudan indique d'autres choses que des directions géographiques. Nord et Sud au Soudan signifient aussi le déploiement des races, la polarité religieuse, les conflits culturels, les expériences historiques, la lutte pour le pouvoir et la distribution des ressources", dit M. Wondu.

Le rôle de la religion dans la politique

Au Soudan, toute mention de religion entraîne des tendances racistes. Le mot le plus avili ou le plus chéri, selon celui qui l'emploie, est "Charia" - la soumission totale à la volonté d'Allah. Mais cette loi devrait s'appliquer uniquement aux musulmans et non pas aux non-musulmans qui n'en ont rien à faire!
Simon Monoja, un chrétien sud-soudanais qui enseigne l'anthropologie culturelle à l'université de Juba, dit: "En voulant garder le pouvoir à tout prix, par l'imposition du fondamentalisme islamique, la nation "délabrée" est arrivée au bord de la désintégration. L'erreur de l'élite nordique au pouvoir est de vouloir toujours rejeter les problèmes du Soudan sur le colonialisme. Ils croient naïvement que le but principal de l'administration coloniale britannique était de miner l'influence de la religion islamique, ainsi que celle de la culture et de la langue arabes. Pour redresser cela, ils sont allés à l'autre extrême. Immédiatement après l'indépendance, l'élite de Khartoum a remplacé tous les administrateurs coloniaux par des Arabes du Nord, et ont imposé à tout le pays la religion islamique et aussi la langue et la culture arabes, particulièrement dans le Sud et les autres parties du Soudan africain".
Le Dr. Adam Abdelmoula originaire du Nord du Soudan, affirme: "L'idéologie de l'arabisme et de l'islamisme, imposée par pure force en 1958 pendant le régime d'Aboud, fut poursuivie et intégrée dans la Constitution". Et il ajoute: "Tous les gouvernements du Nord jusqu'à celui de nos jours, ont progressivement intensifié cette politique, allant même jusqu'à proclamer le "jihad" (la guerre sainte) contre la population soudanaise non arabe et non musulmane. Cette politique ne fera qu'intensifier la désintégration totale du Soudan au lieu de construire une nation unie. Une nation ne peut être construite par la force des armes".

La politique religieuse islamique

Le Dr. Abdelmoula dit encore: "Les partis politiques du Soudan sont catalogués en "nationaux", "régionaux" ou "ethniques". Les partis créés par l'élite du Nord ("nord" étant employé ici comme division raciale) sont habituellement appelés nationaux, ceux créés par les autres sont étiquetés comme régionaux ou ethniques".
Parmi les partis nationaux on note le parti Oumma (peuples), le Parti démocratique unioniste (DUP), le Parti communiste soudanais (SCP) et le Front national islamique (NIF). Le NIF fut ensuite rebaptisé Parti du Congrès national (NCP), mais Hassan el-Tourabi quitta ce parti pour former le sien, le Congrès populaire national (NCP).
Parmi les partis régionaux et ethniques on compte: la Conférence Beja, l'Union des montagnes de Nuba, le Front pour le développement du Darfour, et une pléthore de partis du Sud-Soudan qui constituent l'Union des partis du Soudan africain (USAP).
Le Dr. Abdemoula explique: "L'Oumma, le DUP et le NIF sont islamistes dans leur orientation et leurs racines. L'Oumma et le DUP sont des partis groupant des sectes religieuses dures, respectivement l'Ansar et la Khatmiya. Ils sont, de leur propre aveu, islamiques, mais à part leur rivalité politique il n'y a pas beaucoup de différences entre eux. Le manifeste de 1986 de l'Oumma, intitulé Nahj al-sahwa, proclame: "L'islam est la base de l'existence et de l'identité nationale. La suprématie de l'islam est absolue, et même une majorité parlementaire ne peut se permettre de la nier ou de la saper". Pour le DUP: "L'établissement d'un Etat islamique a la priorité dans notre agenda politique. La charia doit rester la source des lois, bien que les coutumes et principes non contraires à la charia peuvent aussi être consultés". Quant au NIF, un parti moderne apparu en 1940 et issu des Frères musulmans d'Egypte, il proposait d'établir une Constitution islamique. Celle-ci exigeait la création d'une république islamique du genre démocratie parlementaire. Elle stipulait que le chef de l'Etat et le Premier ministre devaient tous deux être musulmans".
Les trois partis islamistes, qui jouent un rôle clef dans l'administration politique et économique, ont un point commun dans leur agenda: l'assimilation forcée des Africains dans la race arabe, par le biais de l'islamisation et de l'arabisation. Que le pouvoir soit aux mains du DUP, du NIF ou de l'Oumma, cela ne fait aucune différence pour les Africains opprimés; les trois partis souscrivent à la même vision politique raciste. Et c'est précisément cet agenda, qui a provoqué la résistance des groupes soudanais de culture africaine. Jusqu'ici plus de deux millions de vies ont été perdues dans la guerre civile, et cela au nom de: "une nation, une langue, une culture".
 

Le régime actuel
(Note de l'auteur: Pour ce passage, je me suis servi d'extraits abrégés du livre de Saeed Hawwa "Les Frères musulmans", traduit en 1985 par l'Organisation des étudiants de la Fédération islamique internationale.)
"Les Frères musulmans sont un mouvement conservateur fondé en Egypte en 1928 par Hassan Al-Banna. C'est le plus important mouvement qui soit apparu sur la scène politique en Egypte au siècle dernier ¼ En 1954, après l'attentat sur le colonel Jamal Abdel Nasser, une campagne tous azimuts fut lancée contre le mouvement, et aboutit à sa suppression de la scène politique en tant que force politique effective et à l'exécution de beaucoup de ses dirigeants. Les Frères qui réussirent à s'échapper, émigrèrent dans les pays arabes du Moyen-Orient et au Soudan¼ L'histoire des Frères musulmans doit encore être écrite. Mais les terribles épreuves que traverse la majorité des Soudanais et la discrimination en cours que subissent les non-musulmans (non pas à cause de leur race, mais à cause de leur religion) montrent que les Frères musulmans sont déterminés à contraindre le Soudan, même par la force, d'entrer dans le giron de leur idéologie¼ Ce régime, conduit dans les coulisses par le Dr. Tourabi, est entré dans l'histoire comme un des plus cruels et barbares qu'on ait jamais connus¼ Pendant ce régime, on déclara ouvertement le jihad contre les non-musulmans et les non-Arabes. Des habitants du Sud ont été emportés en esclavage et soumis à des violences sexuelles. Des hommes politiques et des officiers sudistes ont été sommairement exécutés, et la population civile est encore bombardée chaque jour. Les ressources du Sud sont pillées, y compris les riches gisements de pétrole".

La persécution de l'Eglise

La junte militaire du général Aboud, qui en novembre 1958 avait pris le pouvoir, suspendit la Constitution de 1956, héritée du gouvernement colonial et qui avait fait du Soudan une nation laïque, stipulant l'égalité devant la loi de tous les citoyens. Aboud a aussi dissous le Parlement, interdit tous les partis politiques, muselé la presse et déclaré l'état d'urgence. Puis vint la loi de la défense du Soudan, rendant illégal tout signe d'opposition au régime; elle usurpa tous les pouvoirs du judiciaire et adopta une série de décisions en faveur de l'idéologie arabisante et islamiste de la classe politique du Nord.
Celles-ci comprenaient l'introduction de l'arabe (au lieu de l'anglais) dans les écoles du Sud. (Le défunt vice-président Zubeir M. Salih, aurait dit le 17 septembre 1991: "Employer l'arabe, c'est comme ouvrir une fenêtre pour mieux comprendre les racines du véritable islam"). Le jour chômé hebdomadaire dans le Sud fut changé du dimanche au vendredi, le jour de prière des musulmans.
En 1962,le général Aboud introduisit aussi la loi sur les sociétés missionnaires. Cette loi exige que les personnes ou les organisations qui voudraient s'adonner à des activités missionnaires dans le pays, doivent d'abord en demander l'autorisation au conseil des ministres qui peut la refuser sur-le-champ ou imposer des conditions comme bon lui semble. Cette loi, qui réglemente toute action missionnaire, n'a pourtant jamais été appliquée aux activités des missionnaires islamiques.
L'intention de la loi était d'unifier le Soudan, en rendant l'arabe langue officielle pour tout le pays et l'islam religion d'Etat. Le régime d'Aboud fut renversé par la révolte d'octobre 1964, mais cette loi est restée dans la législation. Une autre mesure prise pour empêcher la séparation entre la religion et l'Etat fut l'introduction d'une loi constitutionnelle précisant que l'islam est la source de toute loi.

L'exclusion des médias

Tous les médias (radio, télévision, journaux) appartiennent à l'Etat et ne servent qu'à des buts de propagande. Ils doivent promouvoir le concept d'une nation (un Etat arabe/islamique), d'une seule langue (l'arabe) et d'une seule religion (l'islam). Les Africains soudanais considèrent cette politique des médias comme étant séparatiste: on n'y trouve aucune trace de la diversité dans le pays, et le Soudan n'y est présenté que sous les traits d'un Etat arabe et musulman.
Dans une lettre pastorale commune du 2 février 1995, les évêques catholiques en appelèrent au gouvernement: "Même si toutes les diversités ne peuvent se refléter dans les médias nationaux, il faudrait au moins qu'elles soient respectées et non insultées et tournées publiquement en dérision. Les exclure complètement n'aide pas à construire une nation unie dans la diversité". Les évêques ont vivement conseillé aux autorités civiles de reconsidérer leur politique des médias en faveur des non-musulmans et non-Arabes, de permettre à l'Eglise d'avoir ses propres programmes de radio et de télévision, de permettre la publication de livres, revues et journaux religieux chrétiens. Toutes ces demandes sont tombées dans l'oreille d'un sourd. Chaque jour donne naissance à de nouvelles formes de persécution dans les médias.

Conclusion

Siddig Abd El Gadir a écrit: "Nous savons que, quand les immigrants arabes arrivèrent au Soudan, aucun d'eux ne vint avec une femme arabe. Ils se sont mariés avec des femmes africaines. Le sang arabe n'a fait que diminuer par ces croisements pendant plus de 10 générations, pour revenir à moins de 10%, le sang africain ne faisant que s'accroître jusqu'à maintenant. Quand ils disent qu'il y a des Arabes au Soudan, ce n'est pas vrai¼ Le seul lien entre le Soudanais du Nord et les Arabes est la langue arabe; même les traditions soudanaises sont différentes de celles des Arabes. Nous sommes donc tous des Soudanais (africains). Nous devons combattre ce complexe d'infériorité qui ronge certains d'entre nous".
Voilà certainement un appel qui vaut la peine d'être écouté.

Edward Ladu Terso, Soudan, octobre 2000

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Le président Béchir s'engage à maintenir la Charia
 
Le président soudanais Omar al-Béchir s'est engagé lundi à maintenir la charia (loi islamique) en vigueur dans le pays depuis 1983, et a invité l'opposition à une réconciliation, mais basée uniquement sur les termes du régime. 
Le général Béchir a promis que, durant son nouveau mandat, il accomplira le "programme du régime portant sur l'instauration de la paix, la libération des territoires, la réconciliation, le développement et l'édification de la société sur les principes de la religion et de la charia" (loi islamique). 
L'instauration de la charia en 1983, soit six ans avant l'arrivée au pouvoir du général Béchir, sur l'ensemble du pays y compris le Sud à majorité chrétienne et animiste, a engendré une guerre civile que tous les efforts de paix n'ont pas réussi à éteindre. 
Le général Béchir, qui s'adressait à la population lors d'un rassemblement populaire organisé par l'Etat de Khartoum pour célébrer sa reconduction au pouvoir, a renouvelé son engagement à "instaurer la paix" et à réaliser la réconciliation au Soudan. 
Le président soudanais a appelé ses opposants à une réconciliation basée sur les principes du "régime du Salut". 
"La porte est ouverte à tout patriote pour qu'il se joigne à nous dans ce processus, (mais) il n'y a pas d'accord à moins qu'il ne se fasse sur les principes du Salut", a-t-il souligné. "Nous appelons tous (les opposants) à la réconciliation afin de bâtir un nouveau Soudan", a-t-il lancé. 
L'opposition soudanaise a immédiatement condamné ses propos, estimant que son discours est un "revers aux efforts de règlement politique global". 
Dans un communiqué, l'Alliance nationale démocratique (AND, coalition regroupant la majorité des partis d'opposition nordiste et l'opposition armée du sud), a estimé que ce discours montre que le "régime refuse tout accord politique"…"la porte est totalement fermée à toute possibilité d'aboutir à un règlement pacifique, étant donné que la crise consiste dans le programme même du régime", a déclaré l'AND. 
A.F.P. – B.Q.A n°15866 du 9 janvier 2001
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Espoir de paix entre Khartoum et le Sud rebelle
 
Pour la première fois depuis près de vingt ans, il existe une vraie chance de paix dans le Sud du Soudan

« Pendant six ans je n'ai pas goûté au sel; nous utilisions l'écorce des arbres en guise de savon, c'était cela notre vie" raconte Mgr Reuben, l'un des rares ecclésiastiques de haut rang à ne pas avoir fui la petite ville de Yirol [Sud du pays]. La nouvelle stature du Soudan sur la scène internationale, avec peut être un siège au Conseil de sécurité des Nations unies comme candidat de l'Organisation de l'unité africaine* et la récente découverte de ses immenses richesses pétrolières, conjuguées à de profonds changements de politiques intérieure et régionale, pourraient avoir créé une dynamique internationale pour mettre fin au long conflit qui ravage le Sud du pays. Deux millions de personnes sont mortes, des centaines de milliers de réfugiés vivent dans des taudis au Nord ou en exil. La culture et la société du Sud ont volé en éclats. Mais, il y a un an, chefs de clan, chefs religieux et anciens commandants de l'Armée populaire de libération du Soudan (APLS) ont lancé une initiative dans des villes comme Yirol : l'organisation des paysans en vue de l'édification de ce qu'ils appellent le "Nouveau Soudan ".
En septembre, le président Omar el Bechir a fait un geste sans précédent : il s'est rendu à Asmara, la capitale de l'Erythrée, pour rencontrer les dirigeants de l'Alliance démocratique nationale, qui réunit l'APIS sudiste et des mouvements d'opposition du nord dans une alliance militaire, et qui a infligé de lourdes défaites à Khartoum. Il ne s'agissait là que de l'une des nombreuses rencontres diplomatiques qui aient été organisées. Pendant plusieurs mois, Washington a tenté de forcer la myriade de mouvements d'opposition à parvenir à un règlement sous les auspices de la communauté internationale. Les Etats Unis ont commencé à débourser 3 millions de dollars pour financer des projets civils dans le Sud du pays, notamment un système judiciaire, dont les effets bénéfiques apparaîtront prochainement jusque dans des localités comme Yirol. En trois ans,
la quasi totalité de la région est tombée entre les mains de l'APLS. Auparavant, les rebelles et le gouvernement la contrôlaient à tour de rôle. Dans le Sud, les forces gouvernementales ont la haute main sur les villes de garnison, approvisionnées essentiellement depuis le Nord par voie aérienne, bien que certains marchands aillent d'une zone à l'autre. Le seul contact que la plupart des sudistes ont avec l'autorité centrale est le bombardement périodique des églises, des hôpitaux, des pistes d'atterrissage et des marchés, en représailles contre les avancées militaires de l'APLS.

La ville de Yrol, symbole de l’énergie de la population

L’opération Lifeline des Nations unies prévoit un programme d'acheminement par avion d'une aide humanitaire vers certains sites du Sud, en accord avec le gouvernement central. Mais les organisations humanitaires, défiant de plus en plus Khartoum, font décoller de petits avions cargos civils du Nord du Kenya, qui atterrissent sur une dizaine de pistes ouvertes dans la savane. Elles viennent en aide à environ 5 millions de personnes dans les régions contrôlées par l'APLS. Les routes dans les zones libérées sont rares et en piteux état. Nombre de ponts ont été détruits et seules de petites embarcations traversent les vastes affluents du Nil qui quadrillent la région. Il faut aux négociants un mois de marche pour aller jusqu'en Ouganda s'approvisionner.
Mais Yirol est le symbole de l'énergie de la population, qui a permis à la société de ne pas se désintégrer sous la pression de l'isolement. Les vieilles traditions se perpétuent, et une foule enthousiaste se rassemble autour d'un groupe d'hommes arrivés en ville depuis les immenses campements d'éleveurs des environs. "S'il existe une vieille coutume qui doit être interdite, c'est bien celle ci : le groupe le plus productif reste là, assis sans rien faire pendant trois mois pour devenir des hommes. Ce n'est pas supportable vu comment les gens vivent maintenant avec la guerre", commente un commandant de l'APLS. Avec quelques autres, il tente de conduire son peuple vers le monde moderne et le "Nouveau Soudan", par l'intermédiaire d'une organisation appelée l'Association de développement du Bahr el Ghazal (ADBY).
L’ADBY a introduit le labour avec des boeufs et le micro crédit. Il a fallu six mois de tractations avant que l'APLS n'autorise l’ADBY à travailler, en la considérant comme un partenaire, et non comme un rival. L’organisation, avec ses nombreux anciens commandants de l'APLS, est issue des dissensions qui règnent au sein du mouvement. Le chef de l'APLS, John Garang, combat pour le Sud depuis plus de vingt ans. Mais, au cours des dix sept dernières années de guerre, le mouvement a été déchiré par des trahisons et des factions. Il est imprégné d'une culture militaire nourrie par des années d'entraînement en Ethiopie, qui fait la force militaire de l'APLS, au prix d'un culte du secret, estime Mario Muor Muor, un ancien commandant. Malgré la tenue d'une conférence importante, en 1994, durant laquelle ont été adoptées des résolutions visant à une plus grande participation de la population pour laquelle l’APLS se bat, rien n'a changé.
Cependant, au cours de l'année écoulée, le Conseil des Eglises du "Nouveau Soudan" a réussi à organiser une série de conférences pour la paix qui ont permis d'arrêter une grande partie des combats entre mouvements sudistes, qui se déroulaient parallèlement à la guerre entre le Nord et le Sud. Mario Muor a fait partie de la coalition qui a organisé la première rencontre historique à Wunlit, en mars 1999. Trois cents jeunes ont été mobilisés pour construire une route et une piste d'atterrissage. Anciens, chefs de clan et commandants, réunis sous la houlette du Conseil des Eglises, se sont engagés à mettre fin aux combats périodiques qui opposent les différentes ethnies du Sud du Soudan.

* (NDLR : Au Conseil de sécurité, la candidature du Soudan a été rejetée en faveur de l’Ile Maurice par 113 voix contre 55).

(Mail & Guardian, Johannesburg, Victoria Brittain, traduit et repris par le Courrier International spécial 10 ans, n°523 du 9 au 15 novembre 2000)
 


 
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Sud-Soudan, silence on tue…
Un été sous les bombes
 
Témoignage : Septembre 2000 

Pas de répit au Sud Soudan cet été. Le régime islamiste et fondamentaliste de Khartoum ? au pouvoir depuis juin 1989 après un coup d'Etat militaire ? a poursuivi sans relâche les bombardements des populations noires du Sud, dans le Bahr al Ghazal et l'Equatoria Occidental notamment, avant de franchir le Nil début août pour frapper l'Equatoria oriental limitrophe du Kenya et de l'Ouganda. Khartoum estime que l'issue de la guerre ne peut passer que par l'élimination ou la soumission des «infidèles». Pour le seul mois de juillet, 250 bombes ont été larguées au cours de 33 bombardements, frappant parfois la même cible à plusieurs jours d'intervalle. Loin de représenter des objectifs militaires, les cibles étaient exclusivement civiles, écoles, dispensaires, centres de soins et de distribution alimentaire, marchés, villages, églises, pistes d'atterrissage de brousse et avions de l'ONU. Malgré sa réputation de neutralité, le CICR a subi le 16 juillet le bombardement de sa clinique, d'un avion de ravitaillement et de son personnel dans le village de Chelkou. Le 27 juillet deux bateaux de l'UNICEF chargés de vivres ont été attaqués sur la rivière Sobat dans le Bar al Ghazal, le lendemain deux avions de l'ONU étaient pris pour cibles dans la même région. Le 7 août, un avion de l'ONU a failli être touché sur la piste de Mapel tandis que 18 bombes étaient lâchées sur le périmètre. Il acheminait l'aide alimentaire vers des régions démunies depuis l'aéroport de Lokichokio situé au nord du Kenya. L'ONU a suspendu ses vols à caractère humanitaire et balbutié timidement quelques mots d'indignation. Certaines ONG présentes sur le terrain se sont retirées arguant qu'elles ne pouvaient travailler dans un tel climat d'insécurité. Les premières victimes en sont bien évidemment les populations civiles dont la survie dépend de l'aide alimentaire internationale. Ces bombardements sont délibérés, les cibles soigneusement sélectionnées. L'objectif de cette campagne de bombardements est évident: chasser les ONG dont les travailleurs sont devenus des témoins gênants, fermer tous les centres qui fournissent l'aide humanitaire à des centaines de milliers de Soudanais, obligeant ces derniers à fuir leur pays en quête de nourriture et de soins. Rappelons que depuis les années 1980, la guerre entre le Nord arabo-musulman et le Sud africain chrétien et animiste a fait plus de deux millions de morts. Au Soudan, la nourriture est devenue une arme impitoyable. Khartoum a coupé depuis plus de dix ans l'accès de l'aide alimentaire aux Monts Nuba. 1 Cette stratégie de la terreur cherche à maintenir les populations, ignorantes des enjeux politiques, idéologiques et économiques faute de moyens de communication et d'information, dans une incertitude totale.

Sans doute surpris par la succession des victoires récentes du SPLA, l'armée de libération de John Garang, qui tente de resserrer l'étau autour des puits de pétrole dans la région de Bentiu ? nord du Sud Soudan ?, le régime fondamentaliste de Khartoum pratique la politique de la terre brûlée à l'encontre des populations du Sud soupçonnées de soutenir le SPLA. Prétextant que les vols humanitaires sous l'égide de l'ONU servaient en réalité à ravitailler le SPLA, Khartoum a, le 23 juillet, fermé son espace aérien aux avions en provenance du Kenya. « L'espace aérien soudanais sera fermé aux avions de l'aide humanitaire transportant des armes et de la nourriture d'urgence pour les rebelles », a déclaré le Président al Bashir avec fermeté.

Pour le SPLA, l'objectif actuel est de mettre un terme au « pillage » des réserves de pétrole du Sud que Khartoum exporte depuis le 1er septembre 1999. Ces ressources inespérées ont permis aux dictateurs, bannis par la communauté internationale depuis 1995 pour leur soutien au terrorisme, de revenir sur la scène mondiale et de se voir traités en partenaires respectables. La flambée des prix du pétrole au cours de l'année a accru l'arrogance des dirigeants de Khartoum. Le prix du brut rapporterait plus de 500 millions de dollars annuels. L'ex Président du Parlement et éminence grise du régime fondamentaliste avait précisé en avril 1999 que l'argent du pétrole servirait à écraser le Sud. Le général Mohammed Osman Yassin déclarait récemment que «Khartoum atteindrait cette année une autonomie totale» en matière d'armements. «Ces armes sont à présent fabriquées localement ainsi que des tanks et blindés. Ceci n'est possible que grâce à l'essor économique inespéré que nous offrent l'exploitation et l'exportation du pétrole». Le pétrole est devenu un enjeu décisif Dès novembre 1999, Leonardo Franco, Rapporteur Spécial de l'ONU pour le Soudan, avait souligné que «la question du pétrole et la situation extrêmement tendue dans l'ouest de la province du Nil Supérieur sont manifestement au centre du conflit armé qui déchire le Soudan avec des conséquences désastreuses pour la paix». Pour protéger les puits contre les attaques du SPLA, éviter que les populations locales lui viennent en aide et élargir les zones d'exploration des champs pétrolifères, Khartoum pratique depuis le début de l'année une stratégie de la terre brûlée avec le silence complice des médias et de la communauté internationale. Dans la région, les populations ont été systématiquement chassées, les villages bombardés, pillés et brûlés, les hommes de plus de seize ans massacrés s'ils n'ont eu le temps de fuir, les femmes violées et enlevées avec leurs enfants pour être vendus comme esclaves dans le Nord. Les Nuba sont probablement ceux qui ont le plus souffert au cours des derniers mois dans l'indifférence générale. Aucune assistance étrangère ne se trouvant dans la région, il n'y a pas de témoins oculaires. On pense que des dizaines de milliers de personnes sont mortes faute de nourriture et de soins. Selon des témoignages de réfugiés, plus de 50.000 personnes, en majorité des femmes, se cachent dans les marais, dans des conditions sanitaires insoutenables. Le 3 mai 2000, Amnesty International publiait un rapport explosif sur le sujet appelant à une prise de conscience collective et invitant à l'action. 
Toutefois, la communauté internationale semble s'être laissée séduire par les opportunités commerciales qu'offrent les immenses réserves de pétrole soudanais ainsi que par les gestes de bonne volonté des dirigeants de Khartoum laissant croire à un assouplissement du régime : mise à l'écart d'el Tourabi, traités de paix signés avec l'Erythrée, l'Ethiopie et l'Ouganda, déclaration officielle du Président al Bashir le 19 avril sur l'arrêt des bombardements contre les cibles civiles ? cette accalmie n'a duré qu'une semaine ! ?, amnestie pour tous les opposants réfugiés à l'étranger. En guise de récompense pour tous ces efforts d'ouverture, l'Union européenne s'empressait d'attribuer au mois de mars une aide de 11 millions d'euros à Khartoum tandis qu'elle retirait son soutien aux régions du Sud Soudan placées sous le contrôle du mouvement de libération. L'Union Européenne tenait à protester contre la Charte de partenariat imposée le 1" mars aux ONG par le mouvement de John Garang, le SPLM . 6 A leur tour, les Etats Unis s'apprêtent à rouvrir leur ambassade à Khartoum après avoir déclaré un embargo contre un régime accusé depuis les début des années 1990 d'abriter et de financer le terrorisme international. En août 1998, Khartoum fut responsable d'avoir abrité le milliardaire saoudien Ben Laden, cerveau des attentats contre les ambassades américaines de Nairobi et Dar-es-Salaam. Pour couronner cette reconnaissance internationale, l'ONU a envisagé de faire siéger le Soudan au Conseil de sécurité dès cet automne. L'assouplissement n'est qu'apparent. A l'instar de la dictature des Talibans, un décret du 3 septembre 2000 interdit désormais aux femmes d'exercer tout métier qui les mettrait en contact avec des hommes.

Aujourd'hui, l'internationalisation possible du conflit reste une alternative. Le 28 août, le Telegraph de Londres révélait que la Chine s'apprêtait à envoyer 700.000 soldats et prisonniers pour défendre ses intérêts pétroliers au Soudan. 20.000 Chinois se trouveraient déjà sur place. Avec d'autres organisations, Amnesty International a déjà dénoncé le rôle des milices et d'ouvriers chinois autour des chantiers pétroliers pendant la construction de l'oléoduc. Dans son récent rapport, Amnesty International affirmait que des pilotes irakiens avaient récemment participé aux bombardements. Par ailleurs, la Libye, opposée à l'indépendance du Sud, serait prête à engager ses pilotes de chasse dans le conflit auprès de l'aviation soudanaise. Peut on sérieusement envisager que l'Europe et les Etats Unis laisseront passivement s'internationaliser cette guerre ?

Retour du Sud Soudan

Notre visite de quatre semaines en Equatoria Oriental n'a été possible que grâce à l'aide de l'évêque du diocèse de Torit, Paride Taban, lui même « déplacé », vivant dans le village de réfugiés de Narus. Nul ne se rend au Sud Soudan à moins d'être membre d'une ONG ou d'y être invité par l'Eglise locale, seule autorité reconnue en dehors du SPLM et de sa branche humanitaire, le SRRA, Sudan Relief and Rehabilitation Association. Les ONG sont pratiquement absentes de la région. Avec ses 600.000 habitants, le diocèse de Torit fait deux fois la superficie des Pays Bas, à peine un peu moins que le territoire autrichien. Il s'étend de la frontière éthiopienne jusqu'aux rives du Nil. Les trois villes principales ? Torit, Kapoeta et Lafon ? sont toujours tenues par les forces de Khartoum et transformées en forteresses où l'on ne peut se rendre que par avion. Les populations locales y sont piégées par plusieurs enceintes de mines anti personnel. Vers l'ouest, l'insécurité est totale en raison des raids meurtriers du LRA, Lords Resistance Army, l'Armée de Résistance du Seigneur, faction maffieuse et sanguinaire originaire du Nord de l'Ouganda, sans autre projet que de semer la terreur dans la région, soutenue et armée par Khartoum. Le LRA s'est rendu coupable de l'enlèvement de plus de 10.000 enfants depuis cinq ans. 7 Bien que la guerre ne soit pas visible, elle reste malgré tout palpable, elle est sur toutes les lèvres, elle fait partie du décor. Les deux villages où résident les évêques, Ikotos et Narus, ont été la cible de bombardements incessants depuis la mi?août. Tous les symboles du développement mis en place par les évêques ont été visés et souvent détruits (écoles, dispensaires et centres de distribution alimentaire), semant terreur et désolation parmi la population. Ceci se passe dans l'indifférence générale de la communauté internationale. Alors que Nimule sur les rives du Nil est pilonné du 21 au 23 octobre, les médias français préfèrent s'intéresser au problème du dopage dans le monde du cyclisme. A chacun ses priorités.

Ce séjour confirme les impressions de la première visite. La région manque de tout. Délibérément coupées du Nord au cours du mandat britannique afin de mettre un terme au commerce des esclaves établi par les arabes et éviter l'expansion de l'islam vers le Sud, les provinces du Sud ont échappé à l'influence coloniale. Le demi?siècle de guerre et d'insécurité imposé par le régime totalitaire de Khartoum a paralysé toute possibilité de développement. Les populations vivotent sur de modestes lopins de terre quand elles ne dépendent pas uniquement de l'aide internationale. La région a accueilli de nombreux réfugiés fuyant les combats dans le nord du Sud Soudan tandis que beaucoup d'autochtones sont partis vivre dans les camps de réfugiés installés au Kenya ou en Ouganda ? on compte cinq millions de déplacés sur l'ensemble du pays. Las de fuir, certains se sont posés près de la frontière dans l'attente probable d'une nouvelle alerte avant de quitter définitivement la terre natale. Chacun raconte la tragédie de sa fuite, la maladie, la faim, les marches nocturnes interminables, la mort, la misère, tout les biens perdus, le village abandonné et pillé, la famille dispersée, le père, la mère, les frères et soeurs que l'on n'a plus revus depuis des années, soit parce qu'ils ont été séparés soit parce qu'ils vivent dans les zones toujours tenues par Khartoum ou que la faim et la guerre les ont poussés vers le Nord. Toutes ces histoires personnelles sont terribles. L'avenir de tous est incertain, ce que les bombes de Khartoum ne cessent de leur rappeler. Il n'y a aucun avenir pour les « rebelles » et « infidèles » ? traduisez non?musulmans ? , même dans leur propre pays.

Sans l'aide de l'Eglise catholique, les populations seraient livrées à elles?mêmes. Le SPLM s'occupe essentiellement de mener la guerre contre Khartoum. Il tente d'instaurer un embryon d'Etat avec les représentants d'une société civile déstructurée par des décennies de guerre et toujours à la merci de conflits tribaux extrêmement meurtriers. Pour les communautés de base, l'Eglise représente une autorité fiable et une structure organisée qui leur apporte l'aide alimentaire et tente de leur offrir l'éducation et des soins médicaux. Mais les moyens sont très pauvres. Les responsables de l'Eglise et des laïcs sont obligés d'aller témoigner à l'étranger des difficultés de survie de la population et demander de l'aide. Tout ce que l'Eglise entreprend sur place est financé par l'aide extérieure. Quelques écoles primaires ont été ouvertes après quarante ans de vide éducatif (on compte 97% d'analphabètes) mais les ressources restent insuffisantes (très peu de maîtres qualifiés, pas de matériel scolaire, pas de vêtements, éloignement, nourriture insuffisante). Les besoins sont énormes. Nous avons été sollicités pour apporter notre aide tant pour la formation des maîtres que pour l'achat de manuels scolaires, de vêtements ou la construction de dortoirs. Deux « internats » sommaires permettent en effet d'accueillir les orphelins, très nombreux dans cette région.

Les structures sanitaires sont quasi?inexistantes. Le diocèse ne possède qu'un seul hôpital, pauvrement équipé, subventionné par la Norvège. L'on s'y rend à pied pour des opérations lourdes (cancers, amputations). Cinq dispensaires misérables, disséminés sur un territoire immense, distribuent quelques rares médicaments. Dans un village éloigné, Iboni, le dispensaire était fermé : il n'avait rien à offrir. Il existe peu de personnel qualifié : trois médecins seulement sur cette vaste région, une poignée d'infirmières, toutes missionnaires et étrangères, mais pas de personnel local compétent. Un centre de formation pour le personnel médical fonctionne à présent à Yei, en territoire libéré. Un projet de bourses nous a été soumis pour financer la formation du personnel du dispensaire de Narus.

L'un des points forts du séjour restera la rencontre inopinée avec Lino Sebit. Ce jeune prêtre fut arrêté à Khartoum en même temps que le Père Hilary Boma et 24 autres suspects ? tous originaires du Sud ? à la suite d'une série d'attentats contre des bâtiments publics commis dans la capitale le 28 juin 1998. Tous furent atrocement torturés par les services de sécurité dans la tristement célèbre prison de Khober. Quatre d'entre eux sont morts sous la torture, un cinquième suspect a disparu. Les organisations de défense des Droits de l'homme furent immédiatement saisies de l'affaire. Le procès débuta en octobre 1998 devant un tribunal militaire incompétent au regard du Droit International. Les suspects n'avaient pu rencontrer leurs avocats avant le procès. Plusieurs d'entre eux étaient passés aux aveux sous la torture. Lino Sebit fut torturé en présence de Hilary Boma, considéré comme le cerveau du complot. Ce dernier finit par admettre sa participation aux attentats pour mettre un terme au supplice de son confrère. Tous les suspects qui avaient « avoué » se rétractèrent à l'audience. Ils étaient promis à la peine capitale et à la crucifixion pour crime contre l'Etat. Devant la pression de l'opinion publique internationale, le procès fut suspendu en novembre 1998 en attendant la décision de la Cour Suprême de renvoyer l'affaire devant une juridiction civile. Le groupe d'Amnesty International de Montauban, dont je suis membre, intervint pendant des mois auprès des autorités politiques et judiciaires de Khartoum pour demander le renvoi. Il fallut près d'un an à la Cour Suprême pour rendre sa décision début novembre 1999. Enfin, le 6 décembre 1999, le Président al?Bashir graciait et libérait tous les prisonniers sans pour autant reconnaître leur innocence. Lino Sebit nous a raconté qu'il avait, avec ses co?détenus, fini par apprendre qu'un soutien en leur faveur s'était organisé à l'étranger alors qu'ils étaient gardés au secret dans des conditions très dures. Cela avait été une source d'immense espoir qui leur avait donné la force de tenir face à leurs bourreaux et à une parodie de procès. Il ajouta qu'ils restaient persuadés que la mobilisation de l'opinion internationale les avait sauvés d'une exécution programmée. Ce témoignage en direct, rarissime, renforce notre conviction qu'il nous faut poursuivre sans relâche la lutte contre l'injustice et la barbarie. Lino Sebit a réussi à quitter Khartoum pour s'installer dans le Sud. Notre rencontre fut d'une intensité rare.

Christian Mailhes

 
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Le Soudan ne représentera pas l'Afrique au Conseil de sécurité
 

New-York (Nations unies) - Le 10 octobre, l'Assemblée générale de l'ONU a choisi l'île Maurice pour représenter l'Afrique au Conseil de sécurité, qui comprend quinze membres (dont cinq permanents). Ce pays a ainsi remporté, au quatrième tour, l'élection sur le Soudan qui menait une campagne acharnée depuis quatre semaines.

Divers pays et organismes se vouant à la défense des droits de l'homme avaient, ces derniers temps, fait valoir leurs critiques concernant le Soudan qu'ils accusent de commettre de nombreuses atteintes aux droits de l'homme, notamment de recourir à l'esclavage, d'affamer délibérément sa population et de bombarder aveuglément les civils.

L'Assemblée générale a aussi élu quatre autres membres non permanents, Singapour, la Colombie, l'Irlande et la Norvège, qui siégeront pendant deux ans au Conseil de sécurité. Il a également fallu quatre tours de scrutin pour que l'Irlande batte l'Italie qui avait aussi présenté sa candidature bien qu'elle ait déjà siégé au Conseil de sécurité il y a seulement quatre ans.

Le représentant de Maurice, M. Anung Neewoor, a remercié «ceux qui ont placé leur confiance en un petit pays comme Maurice, pensant que nous pourrions jouer un rôle approprié au Conseil de sécurité, organe où sont examinées de nombreuses questions importantes liées à la paix et à la sécurité dans le monde».

«L'Afrique reste unie, comme elle l'a toujours été, et nous ferons en sorte qu'au Conseil de sécurité, en tant que candidat élu pour la région Afrique, nous jouions notre rôle de façon efficace pour régler les conflits africains », a-t-il dit.

Condamné par divers gouvernements et les associations de défense des droits de l'homme pour la guerre civile qu'il livre depuis des dizaines d'années contre les populations dans le Sud du pays, le Soudan prétendait avoir l'appui de l'Organisation de l'unité africaine (OUA). Maurice, dont la candidature était appuyée par les Etats-Unis et par les associations de défense des droits de l'homme, était candidat pour le siège au Conseil de sécurité depuis le mois de janvier et a fait valoir des objections en ce qui concerne l'appui de l'OUA dont se prévalait le Soudan.

Au premier tour, avec 173 pays participant au scrutin, Maurice a reçu 95 voix et le Soudan 69; au quatrième tour, 168 pays ont voté et 5 se sont abstenus ; Maurice a alors obtenu 113 voix et le Soudan 55. La majorité requise était de 112.

«Le Soudan, a déclaré le représentant permanent des Etats-Unis à l'ONU, M. Richard Holbrooke, n'est pas prêt pour devenir membre du Conseil de sécurité alors qu'il fait l'objet de sanctions, qu'il bombarde les secouristes de l'ONU et qu'il attaque des églises; Maurice l'est».

Et d'ajouter: « Les Soudanais disent que Maurice est le candidat des Etats-Unis. C'est faux. Maurice avait l'appui d'une vaste coalition de pays du monde entier. C'est une grande victoire pour les Nations unies. C'est une grande victoire pour l'Afrique. C'est une grande victoire pour Maurice, et nous nous en réjouissons. »


 
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Les évêques soudanais dénoncent l’indifférence internationale
 
Réunie en Italie, la Conférence des évêques du Soudan a demandé l’intervention des Nations Unies pour enrayer une guerre qui dure depuis dix-sept ans.

« Nous sommes dans une situation de guerre qui dure depuis dix sept ans, une guerre qui a fait plus de deux millions de morts et quatre millions de personnes déplacées, une guerre qui met en danger des populations entières à cause de la famine et des maladies. Que va devenir le Soudan? Quelles traces va laisser ce conflit sur la psychologie et la mémoire de tout un peuple? Nous sommes surpris que tout cela ne semble pas être un problème au yeux de la communauté internationale ». 
Assis dans le jardin d'une institution religieuse romaine, Mgr Gabriel Zubeir Wako dit ces mots avec un calme qui rend son propos encore plus impressionnant. Archevêque de la capitale, Khartoum, depuis 1981, cet homme de 59 ans est venu en Italie pour deux raisons: concélébrer avec Jean Paul II la canonisation, dimanche 1er octobre, de Joséphine Bakhita, la première sainte soudanaise*, et participer à une assemblée de la Conférence épiscopale de son pays.
Car les évêques soudanais ne peuvent se réunir chez eux à cause de l'interminable guerre qui coupe le pays en deux. Au Nord, dont la population est principalement arabe et musulmane, siège un pouvoir islamiste. Son armée combat, sans pitié pour les populations civiles, l'insurrection sécessionniste du Sud, dont la population est noire et où cohabitent chrétiens et adeptes des religions traditionnelles.

La découverte de gisements pétroliers dans le Sud accroît encore les tensions
«Si la communauté internationale croit vraiment au principe de défense de la dignité humaine qu'elle affiche, elle devrait se montrer plus ferme avec les gouvernements qui oppressent leurs populations. Jusqu'où va la souveraineté d'un Etat? Jusqu'à détruire son propre peuple?» s'interroge Mgr Zubeir Wako. Placé en première ligne face au gouvernement de Khartoum, l'archevêque ne veut pas entrer dans le détail de ce que les acteurs internationaux devraient faire : «S'ils voulaient vraiment stopper cette guerre, ils le feraient et ils sauraient comment faire».
Cependant, lors de leur assemblée, les évêques soudanais ont formulé collectivement des requêtes: que les Nations unies s'impliquent dans la mise en oeuvre d'un cessez-le-feu et garantissent une interdiction des vols militaires vers le Sud, ces derniers mois ayant été marqués par des bombardements indiscriminés qui ont durement touché les populations civiles.
Les évêques ont voulu également attirer l’attention sur une dimension nouvelle du conflit. La volonté du régime soudanais d'anéantir la rébellion sudiste a été renforcée par la récente découverte de gisements pétroliers dans le Sud du pays, gisements qui susciteraient la convoitise de puissants intérêts économiques. «Il semble qu'à cause de cela, certains pays, y compris européens, commencent à se rapprocher du gouvernement soudanais », estime Mgr Zubeir Wako.
Les conséquences du conflit se font sentir directement dans l'agglomération de Khartoum par la présence de plus d'un million de personnes déplacées qui survivent au jour le jour dans de grandes difficultés. La communauté catholique de la capitale est mobilisée pour les aider, mais son action est entravée par les autorités. « Nous avons les plus grandes difficultés, explique l'archevêque, pour que nous soit reconnue la propriété des terrains nécessaires à la vie des communautés. Jusqu'à la fin de l'année dernière, nous avons subi une politique de démolition de nos installations. Ces derniers mois, cette politique n'a pas été mise en oeuvre mais nous avons vécu sous cette menace continuelle». Autre problème: les entraves mises par l'administration à la présence de missionnaires étrangers.

« Juste avant le Jubilé, nous avons publié une déclaration appelant au pardon »

Mgr Zubeir Wako veut cependant souligner des signes d'espoir: «La célébration du Jubilé a vraiment mis en mouvement les fidèles. Tout le monde a été surpris par l'affluence dans les rassemblements». Laissant entendre que cela a peut être déplu aux autorités, l'archevêque souligne: «A la lumière du Jubilé, il y a des choses qui doivent être proclamées très fortement. Si Dieu aime tant les hommes qu'il a envoyé son propre fils mourir pour nous, tout homme doit être respecté. Mais nous ne l'avons pas proclamé avec colère ou ressentiment. Au contraire: juste avant le Jubilé, nous avons publié une déclaration appelant au pardon, demandant le pardon et offrant le pardon à tous».
Autre lumière aux yeux de Mgr Zubeir Vako, la canonisation de Joséphine Bakhita. «A travers elle, Dieu dit à tout le peuple soudanais «Je suis avec vous dans la peine, comme J'ai été avec elle. A travers cette femme, Dieu dit à toutes les Soudanaises qui ont perdu un enfant ou un mari: vous avez de la valeur à mes yeux. Bakhita nous appelle au pardon, elle qui avait pardonné à ceux qui l'avait mise en esclavage. Et cette femme originaire du nord-ouest du Soudan, vénérée par les Soudanais du Sud. peut devenir le symbole d'un pays plus uni, :d’une communauté plus aimante ».'

* Bakhita, la première sainte soudanaise
Canonisée par Jean Paul II le 1er octobre dernier, Bakhita naquit en 1869 dans une famille paysanne de l’Ouest du Soudan. En 1876, elle fut enlevée par des pourvoyeurs de marchands d’esclaves et fut vendue à plusieurs reprises. En 1882, un général turc la céda à un consul italien qui la traita avec humanité et l’emmena avec lui en Italie en 1885. Devenue servante dans une famille vénitienne, elle demanda le baptême qu’elle reçut en 1990 sous le nom de Joséphine. En 1893, elle devint religieuse canossienne et le demeura jusqu’à sa mort en 1943, dans un couvent de Vénétie. Elle fut béatifiée par Jean Paul II le 17 mai 1992.

Guillaume Goubert
La Croix , Rome, 16 octobre 2000 

 
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Le régime du NlF n'est pas parvenu à se débarrasser de son statut de paria, malgré une éprouvante campagne pour tenter d'obtenir des appuis auprès de l’ONU.
 
Au moment où nous mettions sous presse, les Soudanais se réjouissaient encore de l'échec de Khartoum lors des élections au Conseil de sécurité de l'ONU le 10 octobre dernier. C'est ce même conseil qui a imposé des sanctions au gouvernement du National lslamic Front en 1996 pour son rôle dans la tentative d'assassinat contre le président égyptien Hosni Moubarak lors du sommet de l'Organisation de l'unité africaine en Ethiopie. Le NIF (dont le nom officiel est désormais National Congress mais que l'on continue d'appeler le NIF) voulait désespérément ce siège dans l'espoir qu'il lui confère une forme de respectabilité internationale. Cela irait de pair avec sa toute nouvelle richesse pétrolière qui a attiré des hommes d'affaires européens et asiatiques à Khartoum. Il avait réussi à obtenir de l'OUA qu'elle le présente comme candidat de l'Afrique, bénéficiait du soutien de la Ligue arabe et se disait victime l'impérialisme américain.
En Afrique, seul l'Ouganda s'était ouvertement opposé à la candidature du NIF, bien que de nombreux Etats aient déclaré en privé qu'ils voteraient contre Khartoum. En février, le fondateur du NIF, Hassan Abdullah el Turabi, avait déclaré que Khartoum avait "financé des élections qui avaient été remportées par des présidents africains et musulmans pendant que les peuples stupides d'Occident ne prêtaient aucune attention ». Lors du vote à l'ONU, Maurice l'a emporté en quatre tours par 113 voix contre 55. Finalement, le Conseil de sécurité ne sera pas présidé par l'ambassadeur du Soudan à l'ONU, El Fatih Mohamed Ahmed Erwa, ancien commandant qui était à Juba in 1992 au plus fort des atrocités du gouvernement contre les civils.
Le NIF fait de gros efforts pour entrer dans les commissions de l'ONU et peut accrocher à son tableau de chasse la commission des droits de l'homme. Autre élément clé, son appartenance au groupe de travail des ministres de l'intérieur de la Ligue arabe, sur le crime "non conventionnel", terme qu'utilise la Ligue pour les délits informatiques ainsi que l'opposition politique en ligne, terroriste ou autre,

L’Egypte manipulée

Même le NIF ne parvient pas à tout manipuler, et les Soudanais parlent désormais plus ouvertement que lors de son coup d'Etat en 1989, les événements vont trop vite pour lui permettre de tout contrôler mais cela ne veut pas dire qu'il est sur le point de tomber. Ce pourrait être le cas, si les Yougoslaves parvenaient à les inspirer suffisamment, mais le NIF est différent des régimes du général Ibrahim Abboud ou du général Ja’afar Mohamed Nimeiri, que des civils ont renversés en 1964 et en 1985. Il luttera pour sa propre survie et celle de ses conceptions islamistes.
Le NIF, qui sait que tout changement marquera la fin de son islamisme, cherche à conclure des accords avec les politiques. Toutefois, l'humeur n'est pas au compromis et l'on redoute toujours que le NIF ne lutte jusqu'au bout. À l'étranger, il va accentuer sa campagne de charme, dont participaient ses efforts infructueux pour se faire élire au Conseil de sécurité. Il va également, tenter d'apparaître comme un homme de paix, en mettant en avant. ses discussions avec la Sudan Peoples Liberation Army sous les auspices de l'inter Governmenta1 Authority for Development et la National Democratic Alliance (opposition). Après s'être servi de l'Egypte, adversaire de l'autodétermination du sud, contre la NDA, il a manoeuvré la NDA pour l'amener à accepter des discussions sur un "règlement global". Ce mois ci à Asmara, le président Orner Hassan Ahmed el Beshir a rencontré le président de la NDA, Mohamed Osman el Mirghani, dans l'espoir d'attirer le chef du Democratic Unionist Party (comme il avait attiré son vieux rival de l'Umma Party, El Sadig Sideeg el Mahdi) et de montrer vis à vis de l'étranger, à temps pour le vote de l'ONU, que le NIF était désireux d'ouvrir le dialogue avec l'opposition. Selon nos informations, Omer voulait un entretien seul à seul mais le patron du DUP a insisté pour que le président Issayas Afeworki soit présent durant leurs 50 minutes de discussion. (Le président érythréen qui flirte actuellement avec Khartoum a effectué une visite de trois jours dans le pays juste avant le vote de l'ONU.)
Le NIF a semblé déconcerté lorsque Mohamed Osman est arrivé avec une délégation de haut niveau de la NDA, comprenant des personnalités comme le général Abdel Aziz Khalid Osman (Sudan Alliance Forces), Pagan Amon (SPLA) et l'avocat Mansour Khalid, qui fut ministre des Affaires étrangères de Nimeiri et représente désormais la SPLA tout en restant proche du DUP. Il contribue au maintien d'un dialogue crucial entre le patron de la SPLA, le colonel John Garang de Mabior, et le DUP, lien que le NIF voudrait rompre.
Le NIF a les moyens d'exploiter la crainte de l'opposition de voir Mohamed Osman, souvent considéré comme un islamiste parmi d'autres, quoique moins extrémiste, "faire comme Sadig". Le DUP n'a pas été d'une grande vigueur dans l'opposition au cours des dix dernières années. Toutefois, l'accord de Sadig avec le gouvernement rencontre de très vives oppositions, y compris au sein de l'Umma. Selon nos informations, les efforts du secrétaire général du parti Omer Nur el Deim et du cousin d'El Sadig el Mahdi, Mubarek Abdullahi el Fadi el Mahdi, en vue de conclure rapidement un accord total ont été contestés, des membres du Darfur menaçant de quitter l'Umma. Le 11 octobre, Orner Nur el Deim a été physiquement agressé par des membres de l'Umma.
Le chef de file du DUP peut également réserver des surprises, comme en octobre 1988, lorsqu'il a rejoint le processus de paix initié par la SPLA et les laïques du nord qui sont désormais ses camarades au sein de la NDA. En butte à leurs pressions ainsi qu'à celle de l'armée, El Sadig a failli rejoindre ce processus de paix, initiative que le coup d'Etat du NIF en 1989 a fait échouer. C'est une raison de plus pour croire que le NIF n'a aucun intérêt à la paix, sinon sous forme de "shopping", comme l'a dit cette semaine un analyste soudanais, à l'instar de la rencontre d'octobre à Asmara. Le général Orner était entouré de militants de la ligne dure du NIF, dont Ghazi Salah el Din el Atabani, Tayeb Ibrahim Mohamed Kheir (Tayeb 'Sikha") et, Abdel Rahim Mohamed Hussein. La NDA n'a décelé que peu d'intérêt pour le dialogue, sans même parler de négociations.
Pour les Soudanais, cette rencontre avait essentiellement pour objectif d'impressionner les Etats membres de l'ONU. Mais cela n'a certainement pas impressionné le principal (et quasi seul) allié de l'opposition, les USA, qui ont semblé surpris. La NDA a également été critiquée en privé par des opposants qui déplorent sa passivité. Elle affirme qu'elle doit tester les intentions du NIF. D'autres disent que les intentions du. NIF sont claires depuis longtemps. Certains leaders de la NDA affirment qu'ils ont été poussés à accepter une rencontre sous la pression de l'Egypte, qui (avec la Libye) a lancé sa propre "initiative de paix", destinée à éviter l'indépendance du sud et par conséquent à bloquer les discussions de l'IGAD supervisées par l'Erythrée, l'Ethiopie, le Kenya et l'Ouganda.
L'Egypte a signé un accord de sécurité et d'autres accords avec le NIF et défendu la position de Khartoum auprès des gouvernements arabes, africains et occidentaux, Les Soudanais considèrent cela comme faisant partie de l'habituelle stratégie infructueuse du Caire pour tenter de "contrôler" le Soudan. Il est difficile de déterminer l'importance des pressions que l'Egypte pourrait exercer sur la NDA, à part les menaces contre certains hommes politiques sur lesquels elle a un dossier. La plupart des leaders de la NDA ont sans doute la conviction que l'alliance doit perdurer. Quels que soient ses défauts, elle reste la voix de l'opposition et par conséquent celle de la grande majorité des Soudanais. De leur côté, les leaders du NIF affirment qu'ils ne renonceront jamais à leur "projet islamique", bien qu'ils aient adhéré à la déclaration de principe de l'IGAD, qui prévoit la séparation des pouvoirs. Le gouvernement "ne va pas provoquer le courroux d'Allah pour satisfaire l'Amérique et ne laissera pas tomber la bannière de l’Islam", a déclaré le président Orner le mois dernier. Il a également déclaré devant un rassemblement militaire en novembre dernier (avant le différend avec Turabi, cf. encadré) que "l'appel à la réconciliation [avec des adversaires choisis] ne signifie pas un retour à la situation prévalant avant le 30 juin [le coup d'Etat de 1989]. Ceux qui pensent ainsi sont dans l'erreur". Parmi les défenseurs de cette opinion figurent le vice président Ali Osman Mohamed Taha, Turabi et Yassin Orner el Imam, qui a déclaré en février: "Il est impossible de séparer la religion de l'Etat et personne ne peut prendre une telle décision". Le gouvernement "n'abandonnera jamais la religion dans ses orientations politiques",
Cela caractérise le NIF: l'islam est au coeur du mouvement. De nombreux nordistes, qui ne pouvaient autrefois envisager l'idée d'une sécession du sud reconnaissent désormais que le Soudan ne peut demeurer uni s'il y a un gouvernement islamiste à Khartoum. Certains de ceux qui étaient favorables à une forme de constitution islamique jugent désormais la chose irréaliste dans une société multiculturelle. Les partisans de l'Umma qui ont officiellement entériné l'accord de Sadig avec le gouvernement déclarent en privé qu'ils sont vivement opposés à une réconciliation avec le NIF ou à une amnistie. D'autres nordistes déclarent désormais qu'il est peut être trop tard pour insister sur l'unité nationale, mais la laïcité doit rester un objectif, en particulier parce que le nord du Soudan renferme des .peuples de foi et de culture différentes, et parce que personne ne doit avoir le monopole de l'Islam. Le nouveau mot d'ordre de la NDA est que l'unité doit être "volontaire".
Le NIF pronostique depuis 1989 un référendum sur l'auto détermination du sud: Il pourrait en parier davantage dans l'espoir que les choses restent au point mort durant quelques années de plus. Il parle de cessez le feu et de paix. Certains gouvernements européens, horrifiés par la guerre la plus longue du monde, alors que leurs compagnies pétrolières se précipitent pour obtenir des contrats, acceptent les revendications du NIF. A leur tour, certains outsiders non gouvernementaux affirment que les opportunités de paix n'ont jamais été aussi bonnes. Cela ne tient aucun compte du coeur du problème, à savoir le refus du NIF d'envisager un Etat laïque.

Dialogue à sens unique

Le NIF a pris ses adversaires à contre-pied, les jugeant dans leur tort, que ce soit moralement (ceux qui contestent ses ouvertures de paix sont des "va t'en guerre"), ou dans les faits (comme lorsque les USA ont bombardé l'usine pharmaceutique d'El Shifa en 1998). Il se félicite d'un "engagement constructif", de l'idée de "dialogue critique" de l'Union européenne. L'objectif est de manipuler ses interlocuteurs étrangers (qui, lorsque le NIF tombera, en revendiqueront néanmoins le crédit). La NDA manque de fonds et de cohésion pour pouvoir prétendre prendre le régime à son propre jeu.
Le NIF affirme également qu'il lutte pour l'unité nationale (contre les ingérences étrangères mais pas contre le désespoir du sud). Le 4 octobre, après onze jours de pourparlers de PIGAD à Nairobi, le chef de la délégation gouvernementale, le conseiller présidentiel Ahmed Ibrahim el Tahir, a clairement fait savoir que la succession n'était pas à l'ordre du jour. Il a revendiqué les gisements pétroliers du sud pour le gouvernement central "comme dans tous les régimes politiques du monde". Le ministre des Affaires étrangères Mustafa Osman lsmael ("Mr. Smile") a récemment déclaré que le gouvernement était "déterminé à maintenir le Soudan uni". Cela s'adresse aux gouvernements arabes que Khartoum a contribué à convaincre qu'ils étaient davantage menacés par la laïcité, la démocratie et le démantèlement d'un "Etat arabe" que par l'islamisme ou le terrorisme, Cela a contribué à gagner le soutien de la Ligue arabe pour le vote au Conseil de sécurité et son appui à Omer contre Turabi.
Omer rappelle constamment son refus "d'abandonner la jihad'. A son retour d'Asmara, le bombardement des forces gouvernementales au nord de Kassala a tué au moins dix civils. Sur le terrain, le gouvernement a attaqué sur trois fronts le 5 octobre, a déclaré le commandement militaire unifié de la NDA, dont le chef est John Garang. Les bastions du SAF autour de Hamesh Koreib, Kotoneb et Gadmayeb constituent des cibles spécifiques. Le NIF, qui a longtemps nié l'existence de l'opposition dans le nord, tente d'exploiter la baisse de l'aide de l'Ethiopie et de l'Erythrée à la NDA, ces deux Etats s'affrontant désormais pour obtenir les faveurs du Soudan dans le cadre de leur lutte fratricide. Omer vante le potentiel de production du Military Industrial Complex, construit en partie en sous sol au sud de Khartoum. "L'usine de Yarmouk a été construite en secret ( ... ) et produit désormais depuis les balles jusqu'aux missiles" (parfois traduit à tort comme roquette 'RPG), a rapporté le journal AI Sharq ai Awsat le 1er octobre. Il a ajouté que "les armes sont utilisées dans le sud avec beaucoup de succès" mais le gouvernement ne peut citer les pays qui l'ont aidé à y parvenir. C'est le complexe dont Salah el Din Ahmed Moharned Idriss a récemment racheté les activités civiles, le complexe de Saria, qui fabrique également de l'équipement militaire.
Pour le gouvernement, le cessez le feu permet de prendre à contre pied la SPLA, d'impressionner la communauté internationale ou de répondre aux mouvements de troupes américains, par exemple lorsque les soldats US sont allées dans le Golfe en 1990 et en Somalie en 1992. Le NIF tient davantage compte des USA au plan militaire qu'au plan politique: Le bombardement de Shifa en 1998 s'est ultérieurement révélé comme étant un moment critique de l'offensive de charme de Khartoum. Les leaders du NIF ont fui Khartoum après ce bombardement et à l'heure actuelle, les gens fuient de nouveau.

Duel à Khartoum

Le National Islamic Front continue de tirer profit à l'étranger du conflit entre le, président Omer el Beshir et le grand idéologue Hassan el Turabi. Au plan intérieur, le différend menace le gouvernement islamiste. Un rappel des dates clés montre qu'il n'existe pas de fossé idéologique entre les deux hommes, qu'Omer tend à être présenté comme un chef militaire traditionnel et Turabi comme un fanatique, que le coeur du mouvement suit Omer, que cette lutte de pouvoir a été parfaitement mise en scène, et que la base du NIF, divisée en factions et peu habituée à ce genre de subtilités, pose de vrais problèmes. Voici donc Turabi, « Emir » du NIF, et le président, visage officiel du rival et adjoint de Turabi,.le vice président Ali Osman. [les commentaires d'AC figurent entre crochets]. 
Evénements les plus marquants:
- Décembre 1998: De hauts responsables du NIF, tenant de la ligne dure, y compris les patrons de la sécurité Nafi'e Ali Nafi'e et Bakri Hassan Salih, signent le "Memo des dix" contre Turabi; tous s'alignent ensuite avec Omer.
- 2 déc 1999: Omer déclare l'état d'urgence et dissout le Parlement.
- 13 déc: Turabi dénonce "un coup d'Etat clair et avéré". L'Egypte soutient les efforts d'Omer "pour rétablir la stabilité au Soudan".
- Le colonel Kadhafi soutient la "réconciliation nationale" au Soudan.
- 14 déc: Omer rencontre les émissaires de Turabi mais maintient l'état d'urgence.
- Turabi affirme que les "libertés publiques et l'équitable répartition du pouvoir et la richesse" sont menacées.
- 15 déc: Omer déclare [pour la première fois] qu'il a toujours été un "islamiste engagé" et qu'il a "pris le pouvoir sur ordre du mouvement islamique".
- Le secrétaire général de la Ligue arabe, Esmat Abdel Meguid, apporte son soutien au "pouvoir légitime au Soudan", citant Omer. 
- Le journaliste égyptien Sarnir Ragab, proche d'Hosni Mubarak, affirme que Turabi a été l'instigateur des « complots terroristes orchestrés contre l'Egypte ».
- 18 déc: Turabi reconnaît [pour la première fois] que le NIF a organisé le coup d'Etat de 1989. "Il [Omer] est allé au Palais et je suis allé en prison afin que le mouvement ne soit pas exposé".
- 19 déc: Turabi met en garde contre des violences populaires mais dément appeler à de telles émeutes.
- 20 déc: Omer appelle à un "vaste front national" "Nous discuterons de la forme de leur participation au pouvoir".
Des parlementaires demandent la levée de l'état d'urgence.
- 4 janv. 2000 : Turabi déclare qu’il a refusé une proposition pour la présidence du parti.
- 6 jan: Le National Congress du NIF dément tenter d'expulser Turabi de son poste de leader.
- L'Egypte apporte son soutien à Omer contre Turabi, tout comme d'autres Etats arabes, dont semble t-il l'Arabie Saoudite.
- 16 jan: Turabi "redoute" qu'Omer ne "s'oriente vers un régime centralisé et dictatorial".
- 24 jan: Le NIF annonce un compromis.
- L'Erythrée et l'Ouganda annoncent la normalisation de leurs relations avec le Soudan;,
- L'Egypte et les Emirats arabes unis soutiennent Omer.
- A la suite d'une médiation, Turabi affirme que le conflit est terminé.
- Le nouveau Leadership Council est peuplé de vétérans islamistes.
- 5 jan: Le ministre de la Défense, s'exprimant au Caire, affirme que Turabi a été expulsé.
8 mars: la Cour constitutionnelle déclare les initiatives d'Omer légales.
Turabi [qui a créé la cour] la traite de "canard boiteux".
- 5 mai: Omer accuse Turabi de monter l'armée, la police et les mujahideen contre le gouvernement.
- 7 mai: Turabi accuse Omer de trahir le mouvement islamiste.
- Le ministre de l'Information, Ghazi Salah el Din, affirme que Turabi est libre de constituer son propre parti politique [il a créé ultérieurement le Popular National Congress - et a demandé à rejoindre la National Democratic Alliance d'opposition].
- 12 mai: Turabi affirme qu'Omer "a étendu son influence à l'ensemble du travail de l'Etat" [ce que le NIF a fait depuis longtemps].
- 9 juin: La police disperse des manifestations pro Turabi de la NIF Youth Union.
- 24 juin: Turabi affirme que "le peuple soudanais a un moyen d'affronter un régime militaire qui supprime les libertés".
- 26 juin: Turabi est privé de son poste de secrétaire général.
- 27 juin: Turabi annonce qu'il constitue un parti dissident.
- 8 juillet: Turabi déclare: "Le gouvernement a l'intention d'introduire la laïcité en réponse aux pressions étrangères venant de pays hostiles à l'islam~.
- 22 septembre: le gouvernement accuse les partisans de Turabi de fomenter des émeutes [dans de nombreuses villes, les manifestations ont d'abord été organisées par l'opposition, les partisans d Turabi s'y sont joints ensuite].
- 8 octobre: Des manifestants étudiants tirent sur la police: le gouvernement accuse les partisans de Turabi [notons que les milice de Turabi disposent d'armes a feu]

Africa Confidential, édition française, n°364 du 16 octobre 2000 

 
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Bakhita, une esclave, devient la première Sainte du Soudan
 
Joséphine Bakhita, la première Sainte du Soudan et la première Africaine à arriver aux honneurs des autels sans être martyre, sera canonisée le 1er octobre prochain. Enlevée alors qu’elle était encore une enfant et réduite en esclavage, elle arriva en Italie après avoir changé de patrons ; elle y découvrit la foi et devint religieuse canossienne. Après une vie marquée par une grande humilité, une foule immense vint la saluer après sa mort, pour lui rendre hommage, la considérant déjà comme une sainte ;

Esclave
Joséphine naquit en 1869. Au Soudan elle vécut à Olgossa, au petit village de Darfur près du Mont Agilerei avec ses parents, 3 frères et 4 sœurs. Joséphine connut sa première souffrance quand ceux qu’elle appelle les " négriers " - en fait des membres de tribus arabes qui faisaient le commerce des esclaves – enlevèrent sa sœur aînée : " Je me souvient encore, raconte-t-elle en 1910, combien ma Maman a pleuré, et combien nous avons pleuré nous aussi ". Un jour, entre 1876 et 1877, elle connaît le même sort que sa soeur : on l’enlève et l’emmène au loin. " Je ne faisais que penser à ma famille, j’appelais Papa et Maman, avec une angoisse au coeur que je ne peux décrire. Mais là-bas, personne ne m’entendait ".
Transférée à Khartoum, on lui donne toutes les caractéristiques arabes; elle reçoit le nom de Bakhita, " chanceuse ". Oubliant très vite son nom d’origine, qui reste toujours inconnu, la jeune esclave change cinq fois de patrons entre 1877 et 1833. Les souffrances de Joséphine Bakhita sont décrites dans le bref récit de 1910 où elle raconte ses vicissitudes jusqu’à sa conversion : coups de fouet, plaies ouvertes sur lesquelles on étale du sel, mauvais traitements, vexations et brimades. En 1883, l’agent consulaire italien Callisto Legnani l’achète à son ancien patron, un général turc qui devait quitter le Soudan et qui voulait se débarrasser de ses esclaves. Avec son nouveau maître, elle se trouve mieux : " Cette fois, j’ai eu vraiment de la chance ; parce que le nouveau maître était assez bon, et qu’il se prit d’affection pour moi… Je n’eus plus de réprimandes, de châtiments, de coups, de sorte que, devant tout cela, j’hésitais encore à croire à tant de paix et de tranquillité ".
Mais, en 1885, Legnani doit quitter le Soudan à cause de l’avancée de la révolution mahdiste. Joséphine réussit à convaincre son maître de l’emmener avec lui. Arrivés à Gènes, elle fut confiée à la famille de Augusto Michieli, qui vivait à Zianigo, dans la Province de Venise. Augusto Michieli a une épouse, Turina, et une fille, Mimmina. Joséphine devient la bonne d’enfants de Mimmina. Entre 1888 et 1889, la famille Michieli, qui a des intérêts économiques en Afrique, décide de retourner au Soudan. Joséphine va avec eux pendant neuf mois, puis elle revient en Italie avec Mme Michieli et la petite fille.

La foi
Bakhita et Mimmina sont confiées pendant une brève période à l’Institut des Catéchumènes de Venise, dirigé par les Religieuses Canossiennes. C’est là que Joséphine commence à découvrir la foi : " Alors, ces saintes Mères, écrit-elle en 1910, firent mon instruction avec une patience héroïque, et me firent connaître ce Dieu que, toute enfant, je sentais dans mon coeur sans savoir qui il était ".
Quand Madame Michieli retourne et veut l’emmener de nouveau en Afrique, Bakhita refuse. Elle souffre de voir partir la petite Mimmina, mais elle choisit de rester, avec l’appui du Patriarche de Venise, Mgr Domenico Agostini, et du procureur du Roi.
C’est alors que commence la nouvelle vie de Bakhita : le 9 janvier 1890, elle reçoit le Baptême à Venise, ainsi que la Confirmation et l’Eucharistie, des mains du Cardinal Domenico Agostini. Le 7 décembre 1893, elle entre au Noviciat des Filles de la Charité et, le 8 décembre 1896, solennité de l’Immaculée Conception, elle fait ses voeux temporaires à Vérone. En 1902, elle se transfère à Schio, et là, pour la première fois, en 1910, elle raconte sa vie. Le 10 août 1927, elle fait ses voeux perpétuels à Venise. Tout le reste de sa vie, elle s’occupe des travaux quotidiens à l’Institut où elle vit. A Schio, tout le monde l’appelait la " Petite Mère Noire " (Madre moretta). Elle vit une vie humble, mais les gens l’aiment et la recherchent. Au moment de ses voeux perpétuels déjà, on parlait d’elle comme d’une sainte. En 1931, un livre qui raconte sa vie, est publié à des milliers d’exemplaires et est traduit en plusieurs langues.
Joséphine Bakhita meurt le 8 février 1947 à l’Institut des Religieuses Canossiennes de Schio. Sans tarder, une foule ininterrompue de fidèles défilera dans la chapelle ardente.

La voie vers les autels
Le corps de Bakhita, d’après les témoignages recueillis à l’époque, resta tiède et souple jusqu’au moment où l’on ferma le cercueil. Un père de famille sans travail lui demande, devant son cercueil, de lui trouver du travail ; il retourne quelques heures plus tard en déclarant qu’il en avait trouvé un. Les miracles commencent, et se succéderont. En 1950, trois ans seulement après sa mort, le Bulletin Canossien publie une liste de six pages, de personnes qui affirment avoir reçu des grâces par l’intercession de Bakhita.
Le procès ordinaire en vue de la béatification se déroule à Vicence de 1955 à 1957. Le procès apostolique se fait en 1968-1969. En septembre 1969, on exhume le corps de Bakhita, et il est transféré du cimetière de Schio à l’Institut des Filles de la Charité, où elle avait vécu.
Le Pape Jean Paul II signe le décret sur l’héroïcité des vertus de Joséphine Bakhita le 1° décembre 1978, et le Décret de Béatification le 6 juillet 1991. Joséphine Bakhita est proclamée Bienheureuse le 17 mai 1992.
Le 10 février 1993, lors du voyage du Pape Jean Paul II à Khartoum, la Supérieure Générale des Canossiennes, Mère Elide Testa, fait don aux Evêques du Soudan de bustes reliquaires destinés aux 9 Diocèses du pays . Le Dimanche 1° octobre 2000, le Pape Jean Paul II canonisera Joséphine Bakhita, la première Sainte soudanaise. (22/9/2000)

Bakhita est un signe éclatant pour l’Afrique, déclare l’Evêque de El Obeid
Rome (Fides) – " Bakhita sera aux côtés de la Vierge Marie pour protéger la population du Soudan. Même une femme peut être un exemple à suivre. Une femme qui suit Jésus avec fidélité peut être sainte. Cela a une valeur éclatante en Afrique " : c’est ce qu’a déclaré à Fides Mgr Macram Max Gassis, Evêque de El Obeid au Soudan, contraint depuis 1990 à vivre en exil et à ne travailler que dans les régions contrôlées par les opposants au régime de Khartoum.
Mgr Macram Max Gassis ajoute que Soeur Bakhita représente un espoir de libération pour les esclaves actuels, et pour toutes les formes d’esclavage qui menacent le Soudan. Mais elle est aussi une Sainte pour les émigrés : elle représente l’espérance de trouver le bonheur même en étant loin de chez soi, parce que, après la Croix, il y a la Résurrection. Voici les réponses de l’Evêque de El Obeid aux questions de Fides.

Que signifie pour les femmes africaines la canonisation de Bakhita ?
Bakhita est le symbole du fait que la femme est le coeur et le pivot de la société, malgré ses tribulations et ses difficultés. La figure de Bakhita est celle d’une femme qui sait supporter les humiliations et les violences avec humilité, avec dignité et avec amour. Elle est la démonstration qu’aucune souffrance ne peut humilier une femme au point de la priver de l’amour de Dieu ; bien plus, c’est précisément l’amour de Dieu qui rachète la femme de toute souffrance. Pour cette raison, Bakhita, libérée de l’esclavage physique, choisit de devenir esclave de l’amour de Dieu qui libère.

Cette Sainte a-t-elle aussi une signification pour le continent ?
Bakhita est la première Sainte africaine non martyre. Cela veut dire que la sainteté n’est pas réservée seulement à l’homme africain, qui, dans l’est du continent, est la figure prédominante. Même une femme peut être un exemple à suivre. Une femme qui suit Jésus avec fidélité peut être sainte. Cela a une valeur éclatante en Afrique.

Et pour les catholiques du Soudan ?
Il est beau d’avoir une Sainte soudanaise en ces moments de persécution religieuse. Au Soudan, il y a un holocauste caché, l’esclavage existe toujours, et les femmes continuent à subir la violence. Bakhita sera aux côtés de la Vierge Marie pour protéger la population du Soudan.

Chaque Saint a un message pour nous aujourd’hui. Quel est le message de Bakhita ?
L’espoir d’être libérés de l’esclavage, dans tous les sens du mot. Il y a l’esclavage physique, dont la sainte a été libérée. C’est le même esclavage que connaissent aujourd’hui tant de femmes et d’enfants soudanais. Mais Bakhita intercédera pour nous libérer des autres esclavages. Dans le Sud du Soudan, on a découvert du pétrole. En plus de la guerre, deviendrons-nous esclaves aussi des grands cartels internationaux ? Aurons-nous droit à la paix, ou bien serons-nous également esclaves du pétrole ? Et puis, un autre espoir nous vient aussi de Bakhita : l’espoir pour tous ceux qui quittent leur propre terre. Elle a vécu dans la Province de Venise, où vivent aujourd’hui de nombreux immigrés que vous appelez extra-communautaires. Bakhita a eu de la chance. Là, elle a trouvé la liberté, la foi et l’amour. C’est une figure qui peut encourager les immigrés en Occident à ne jamais perdre l’espérance. Beaucoup d’immigrés ont souffert et souffrent encore. Bakhita représente pour eux un exemple d’espérance, parce que, après la Croix, il y a toujours la Résurrection. 

(Agence, Fides, Rome, 22/9/2000).
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Sud Soudan, silence on tue.
 
Septembre 2000

Un été sous les bombes

Pas de répit au Sud Soudan cet été. Le régime islamiste et fondamendaliste de Khartoum - au pouvoir depuis juin 1989 après un coup d'Etat militaire – a poursuivi sans relâche les bombardements des populations noires du Sud, dans le Bhar al Gazal et l'Equatoria Occidental notamment, avant de franchir le Nil début août pour frapper l'Equatoria oriental limitrophe du Kenya et de l'Ouganda. Khartoum estime que l'issue de la guerre ne peut passer que par l'élimination ou la soumission des " infidèles ". Pour le seul mois de juillet, 250 bombes ont été larguées frappant trente-trois localités, parfois à plusieurs reprises. Loin de représenter des objectifs militaires, les cibles étaient exclusivement civiles, écoles, dispensaires, centres de distribution alimentaire, marchés, villages, églises, pistes d'atterrissage de brousse et avions de l'ONU. Malgré sa réputation de neutralité, le CICR a subi le 16 juillet le bombardement de sa clinique, d'un avion de ravitaillement et de son personnel dans le village de Chelkou. Le 27 juillet deux bateaux de l'UNICEF chargés de vivres ont été attaqués sur la rivière Sobat dans le Bar al Ghazal, le lendemain deux avions de l'ONU étaient pris pour cibles dans la même région. Le 7 août, un avion de l'ONU a été pilonné (18 bombes) sur la piste de Mapel. Il acheminait l'aide alimentaire vers des régions démunies depuis l'aéroport de Lokichokio situé au nord du Kenya.

L'ONU a suspendu ses vols à caractère humanitaire et balbutié timidement quelques mots d'indignation. Les ONG présentes sur le terrain se sont retirées arguant qu'elles ne pouvaient travailler dans un tel climat d'insécurité. Les premières victimes en sont bien évidemment les populations civiles dont la survie dépend de l'aide alimentaire internationale. Ces bombardements sont délibérés, les cibles soigneusement sélectionnées.

L'objectif de cette campagne de bombardements est évident: chasser les ONG dont les travailleurs sont devenus des témoins gênants, fermer tous les centres qui fournissent l'aide humanitaire à des centaines de milliers de Soudanais, obligeant ces derniers à fuir leur pays en quête de nourriture et de soins. Rappelons que depuis les années 1980, la guerre entre le Nord arabo-musulman et le Sud africain chrétien et animiste a fait plus de deux millions de morts. Au Soudan, la nourriture est devenue une arme impitoyable. Khartoum a coupé depuis plus de dix ans l'accès de l'aide alimentaire aux Monts Nuba.  Cette stratégie de la terreur cherche à maintenir les populations, ignorantes des enjeux politiques, idéologiques et économiques faute de moyens de communication et d'information, dans une incertitude totale. 

Sans doute surpris par la succession des victoires récentes du SPLA, l'armée de libération de John  Garang, qui tente de resserrer l'étau autour des puits de pétrole dans la région de Bentiu -  nord du Sud Soudan -, le régime fondamentaliste de Khartoum pratique la politique de la terre brûlée à l'encontre des populations du Sud soupçonnées de soutenir le SPLA. Prétextant que les vols humanitaires sous l'égide de l'ONU servaient en réalité à ravitailler le SPLA, Khartoum a, le 23 juillet, fermé son espace aérien aux avions en provenance du Kenya. " L'espace aérien soudanais sera fermé aux avions de l'aide humanitaire transportant des armes et de la nourriture d'urgence pour les rebelles ", a déclaré le Président al-Bashir avec fermeté.

Pour le SPLA, l'objectif actuel est de mettre un terme au " pillage " des réserves de pétrole du Sud que Khartoum exporte depuis le 1er septembre 1999. Ces ressources inespérées ont permis aux dictateurs, bannis par la communauté internationale depuis 1995 pour leur soutien au terrorisme, de revenir sur la scène  mondiale et de se voir traités en partenaires respectables. La flambée des prix du pétrole au cours de l'année a accru l'arrogance des dirigeants de Khartoum. Le prix du brut rapporterait plus de 500 millions de dollars annuels. L'ex-Président du Parlement et éminence grise du régime fondamentaliste avait précisé en avril 1999 que l'argent du pétrole servirait à écraser le Sud.  Le général Mohammed Osman Yassin déclarait récemment que " Khartoum atteindrait cette année une autonomie totale " en matière d'armements. " Ces armes sont à présent fabriquées localement ainsi que des tanks et blindés. Ceci n'est possible que grâce à l'essor économique inespéré que nous offrent l'exploitation et l'exportation du pétrole ".  Le pétrole est devenu un enjeu décisif. Dès novembre 1999, Leonardo Franco, Rapporteur Spécial de l'ONU pour le Soudan, avait souligné que " la question du pétrole et la situation extrêmement tendue dans l'ouest de la province du Nil Supérieur sont manifestement au centre du conflit armé qui déchire le Soudan avec des conséquences désastreuses pour la paix ".

Pour protéger les puits contre les attaques du SPLA, éviter que les populations locales leur viennent en aide et élargir les zones d'exploration des champs pétrolifères, Khartoum pratique depuis le début de l'année une stratégie de la terre brûlée avec le silence complice des médias et de la communauté internationale. Dans la région, les populations ont été systématiquement chassées, les villages bombardés, pillés et brûlés, les hommes de plus de seize ans massacrés s'ils n'ont eu le temps de fuir, les femmes violées et enlevées avec leurs enfants pour être vendus comme esclaves dans le Nord. Les Nuba sont probablement ceux qui ont le plus souffert au cours des derniers mois dans l'indifférence générale. Aucune assistance étrangère ne se trouvant dans la région, il n'y a pas de témoins oculaires. On pense que des dizaines de milliers de personnes sont mortes faute de nourriture et de soins. Selon des témoignages de réfugiés, plus de 50.000 personnes, en majorité des femmes, se cachent dans les marais, dans des conditions sanitaires insoutenables.  Le 3 mai 2000, Amnesty International publiait un rapport explosif sur le sujet appelant à une prise de conscience collective et invitant à l'action. 

Toutefois, la communauté internationale semble s'être laissée séduire par les opportunités commerciales qu'offrent les immenses réserves de pétrole soudanais ainsi que par les gestes de bonne volonté des dirigeants de Khartoum laissant croire à un assouplissement du régime : mise à l'écart d'el Tourabi, traités de paix signés avec l'Erythrée, l'Ethiopie et l'Ouganda, déclaration officielle du Président al Bashir le 19 avril sur l'arrêt des bombardements contre les cibles civiles ! En guise de récompense, l'Union européenne attribuait au mois de mars une aide de 11 millions d'euros à Khartoum tandis qu'elle retirait son soutien aux régions libérées du Sud Soudan pour protester contre la Charte de partenariat imposée le 1er mars aux ONG par le mouvement de libération de John Garang, le SPLM.  A leur tour, les Etats-Unis s'apprêtent à rouvrir leur ambassade à Khartoum après avoir déclaré un embargo contre le régime qui avait abrité les terroristes responsables des attentats contre les ambassades américaines de Nairobi et Dar-el-salam en août 1998. Pour couronner cette reconnaissance internationale, l'ONU envisage à présent de faire sièger le Soudan au Conseil de sécurité dès cet automne. L'assouplissement n'est qu'apparent. A l'instar de la dictature des Talibans, un décret du 3 septembre 2000 interdit désormais aux femmes d'exercer tout métier qui les mettrait en contact avec des hommes.

Aujourd'hui, l'internationalisation possible du conflit reste une alternative. Le 28 août, le Telegraph de Londres révélait que la Chine s'apprêtait à envoyer 700.000 soldats et prisonniers pour défendre ses intérêts pétroliers au Soudan. 20.000 Chinois se  trouveraient déjà sur place. Avec d'autres organisations, Amnesty International a déjà dénoncé le rôle des milices et d'ouvriers chinois autour des chantiers pétroliers pendant la construction de l'oléoduc. Dans son récent rapport, Amnesty International affirmait que des pilotes irakiens avaient récemment participé aux bombardements. Par ailleurs, la Lybie, opposée à l'indépendance du Sud, serait prête à engager ses pilotes de chasse dans le conflit auprès de l'aviation soudanaise. Peut-on sérieusement envisager que l'Europe et les Etats-Unis laisseront passivement s'internationaliser cette guerre ?

Retour du Sud Soudan

Notre visite de quatre semaines en Equatoria Oriental n'a été possible que grâce à l'aide de l'évêque du diocèse de Torit, Paride Taban, lui-même " déplacé ", vivant dans le village de réfugiés de Narus. Nul ne se rend au Sud Soudan à moins d'être membre d'une ONG ou d'y être invité par l'Eglise locale, seule autorité reconnue en dehors du SPLM et de sa branche humanitaire, le SRRA, Sudan Relief and Rehabilitation Association. Les ONG sont pratiquement absentes de la région. Avec ses 600.000 habitants, le diocèse de Torit est bien plus vaste que la région Midi-Pyrénées. Il s'étend de la frontière éthiopienne jusqu'aux rives du Nil. Les trois villes principales - Torit, Kapoeta et Lafon - sont toujours tenues par les forces de Khartoum et transformées en forteresses où l'on ne peut se rendre que par avion. Les populations locales y sont piégées par plusieurs enceintes de mines anti-personnel. Vers l'ouest, l'insécurité est totale en raison des raids meurtriers du LRA, Lord's Resistance Army, l'Armée de Résistance du Seigneur, groupe sanguinaire originaire du Nord de l'Ouganda, soutenu et armé par Khartoum, qui s'est rendu coupable de l'enlèvement de plus de 10.000 enfants depuis  cinq ans.  Bien que la guerre ne soit pas visible, elle reste malgré tout palpable, elle est sur toutes les lèvres, elle fait partie du décor. Deux des villages visités, Ikotos et Narus, ont été bombardés peu après notre passage.

Ce séjour confirme les impressions de la première visite. La région manque de tout.  Délibérément coupées du Nord au cours du mandat britannique afin de mettre un terme au commerce des esclaves établi par les arabes, les provinces du  Sud  ont échappé à l'influence coloniale. Le demi-siècle de guerre et d'insécurité imposé par le régime totalitaire de Khartoum a paralysé toute possibilité de développement. Les populations vivotent sur de modestes lopins de terre quand elles ne dépendent pas uniquement de l'aide internationale. La région a accueilli de nombreux réfugiés fuyant les combats dans le nord du Sud Soudan tandis que beaucoup d'autochtones sont partis vivre dans les camps de réfugiés installés au Kenya ou en Ouganda - on compte cinq millions de déplacés sur l'ensemble du pays. Las de fuir, certains se sont posés près de la frontière dans l'attente peut-être d'une nouvelle alerte avant de quitter définitivement la terre natale. Chacun raconte la tragédie de sa fuite, la maladie, la faim, les marches nocturnes interminables, la mort, la misère, tout les biens perdus, le village abandonné et pillé, la famille dispersée, le père, la mère, les frères et soeurs que l'on n'a plus revus depuis des années, soit parce qu'ils ont été séparés soit parce qu'ils vivent dans les zones toujours tenues par l'armée gouvernementale ou que la faim et la guerre les ont poussés vers le Nord. Toutes ces histoires personnelles sont terribles. L'avenir de tous est incertain, ce que les bombes de Khartoum ne cessent de leur rappeler. Il n'y  a aucun avenir pour les " rebelles " dans leur propre pays. 

Sans l'aide de l'Eglise catholique, les populations seraient livrées à elles-mêmes. Le SPLM s'occupe essentiellement de mener la guerre contre Khartoum. Il tente d'instaurer un embryon d'Etat avec les représentants d'une société civile destructurée par des décennies de guerre et toujours à la merci de conflits tribaux extrêmement meurtriers. Pour les populations, l'Eglise représente une autorité fiable et une structure organisée qui leur apporte l'aide alimentaire et tente de leur offrir l'éducation et des soins médicaux. Mais les moyens sont très pauvres. Les responsables de l'Eglise et des laïcs sont obligés d'aller témoigner à l'étranger des difficultés de survie de la population et demander de l'aide. Tout ce que l'Eglise entreprend sur place est financé par l'aide extérieure. Quelques écoles primaires ont été ouvertes après quarante ans de vide éducatif (on compte 97% d'analphabètes) mais les ressources restent insuffisantes (très peu de maîtres qualifiés, pas de matériel scolaire, pas de vêtements, éloignement, nourriture insuffisante). Les besoins sont énormes. Nous avons été sollicités pour apporter notre aide tant pour la formation des maîtres que pour l'achat de manuels scolaires, de vêtements ou la construction de dortoirs.  Les structures sanitaires sont quasi-inexistantes. Le diocèse ne possède qu'un seul hôpital, pauvrement équipé, subventionné par la Norvège. L'on s'y rend à pied pour des opérations lourdes (cancers, amputations). Ailleurs, une demi-douzaine de dispensaires misérables distribuent quelques rares médicaments. Dans un village éloigné, Iboni, le dispensaire était fermé : il n'avait rien à offrir. Il existe peu de personnel qualifié : trois médecins en tout sur une région immense, une poignée d'infirmières, toutes missionaires et étrangères, mais pas de personnel local compétent. Un centre de formation pour le personnel médical fonctionne à présent à Yei, en territoire libéré. Un projet de bourses nous a été soumis pour former le personnel du dispensaire de Narus.

Christian Mailhes, Montauban.
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Les évêques du Soudan implorent l'intervention de l'IGAD*
 

La Conférence des Evêques catholiques du Soudan (Sudan Catholic Bishops Conference - SCBC), réunie à Pesaro en Italie en Assemblée Annuelle Plénière (du 11 au 21 septembre 2000), anticipant la canonisation de la première Sainte soudanaise, la Bienheureuse Joséphine Bakhita, qui doit se dérouler à Rome le 1er octobre 2000, adressent le message suivant à l'IGAD ainsi qu'à tous ses membres.

Messieurs,

Nous, soussignés, adressons nos sincères remerciements pour tous les progrès accomplis par l'IGAD depuis sa création et pour sa persévérance à maintenir le dialogue entre les partis en conflit au Soudan afin d'apporter une solution à la guerre civile et mettre un terme aux souffrances de plus en plus inhumaines du peuple soudanais.

La Conférence des Evêques catholiques du Soudan a toujours soutenu la démarche de l'IGAD. Aujourd'hui, elle lui renouvelle son soutien. Avec force, nous soutenons la position de l'IGAD d'adopter clairement une "Déclaration de Principes" (DOP) qui contienne véritablement les points essentiels destinés à établir la paix au Soudan.

Si les partis en guerre pouvaient respecter les objectifs définis par la Déclaration de Principes, il pourrait y avoir de solides garanties en vue de l'établissement d'une paix juste et durable. Afin d'instaurer une paix stable, la Conférence des Evêques catholiques du Soudan demande aux membres de l'IGAD de n'écarter ni négliger aucun des articles de la Déclaration de Principes. Toute entorse à la Déclaration de Principes mettrait en danger les efforts vers la réconciliation et la coexistence pacifique.

Au cours de notre rencontre de Pesaro, nous avons échangé des informations et partagé nos expériences dans tous les domaines que nous venions du Nord ou du Sud du Soudan. Nous sommes véritablement horrifiés par la détérioration des conditions de vie de notre population et la situation qui prévaut actuellement dans notre pays. A cet égard, nous souhaitons soumettre à votre attention  les points suivants:

1 - Nous avons des informations sûres concernant une série d'évènements qui se sont succédés à un rythme débilitant. Le 8 février 2000, l'Ecole primaire de Kauda dans les Monts Nuba a été bombardée, 20 enfants ont été tués ainsi que leur maître et 17 autres grièvement blessés. D'autre part, le 9 août 2000, la résidence des prêtres catholiques de Tonj dans le Bahr al Ghazal a été bombardée. Une des trois bombes est tombée à deux mètres cinquante de deux prêtres et d'une douzaine de jeunes gens rassemblés sous les manguiers. Grâce à Dieu, aucun ne fut touché en dépit d'un cratère de cinq mètres de diamètre provoqué par l'explosion et des projections d'éclats et de débris.

Nous pourrions citer encore de nombreux autres exemples témoignant des bombardements prémédités et effectués sans discrimination contre des cibles civiles, bombardements  qui se sont produit dans le plus grand mépris du cessez-le-feu déclaré de façon bilérale. (voir en annexe).

2 - De même, après la chute de Gogrial le 24 juin 2000, tous les biens des civils qui avaient fui les combats ont été pillés. Au cours des cinq derniers mois, les combats au sol et les bombardements ont provoqué le déplacement de 442 000 personnes dans le Bhar al Ghazal et près de 220 000 dans les régions de l'Unity State, du Nil Bleu et du Nil Supérieur.

Ces évènements ont considérablement accru le nombre déjà élevé des Soudanais déplacés dans leur propre pays, soit 2,3 millions de personnes.

3 - A tout ceci, il nous faut ajouter de nombreux cas de violations des droits humains. A cet égard, nous nous devons de rapporter de nombreux actes d'oppression :

a). - Dans la région frontalière entre le Nord et le Sud, nous avons vu de très nombreux blessés et handicapés physiques, des centaines d'orphelins abandonnés et un nombre incalculable de victimes de l'esclavage traumatisées par leur expérience.

b). - Nous avons vu des jeunes filles de 13 ou 14 ans portant des nourrissons issus de viols et d'enlèvements cruels et humiliants et qui resteront traumatisées le reste de leur vie.

c). - Au niveau social, l'exemple le plus courant de violation des droits de l'homme consiste à priver les affamés de leur part d'aide alimentaire. Dans le Bahr al Ghazal, une femme a dû vendre les piquets de la hutte qu'elle s'apprêtait à construire afin d'avoir suffisamment d'argent pour se nourrir ainsi que sa famille.

d). - De plus en plus fréquemment, le gouvernement du Soudan interdit délibérément à la communauté internationale et aux ONG d'atteindre des régions démunies et dépendant exclusivement de l'aide d'urgence. Aujourd'hui, nous estimons que 1.2 million de personnes sont gravement menacées par la famine et l'insécurité dans le Bhar al Ghazal, les Monts Nuba, le Nil Bleu, le Nil Supérieur, les Monts Ingessena et l'Equatoria Oriental. Au moment où nous rédigeons cette lettre, le gouvernement du Soudan est seul à décider où et quand l'aide humanitaire peut être acheminée par l'OLS (Operation Lifeline Sudan ), les organisations humanitaires et l'Eglise. Khartoum s'est régulièrement interposé en bombardant sans discrimination les avions transportant l'aide humanitaire au Sud Soudan.

e). - En ce qui concerne la liberté religieuse, il est bien connu que le régime n'accorde aucun permis pour construire des églises, des écoles ou des chapelles alors qu'il confisque ou détruit un nombre croissant d'églises. A titre d'exemple, nous citerons le Club d'Action Catholique de Khartoum ainsi que les incursions fréquentes de la police et le harcèlement systématique dont sont victimes les travailleurs d'Eglise du Collège Comboni de Khartoum.

4 - Nous sommes indignés par la conscription forcée d'adolescents qui, sans formation militaire adéquate, sont envoyés au front où ils sont stupidement fauchés dans une confrontation génocidaire sauvage au nom de la Jihad (guerre sainte) ou d'un prétendu sentiment patriotique en réalité contestable.

Cela fait des années que dure cette situation épouvantable et nous avons du mal à déceler le moindre progrès vers une issue au conflit. En fait, chaque jour qui passe voit disparaître de nouveaux innocents. Nous ne voyons aucun signe d 'effort véritable de la part des deux partis en conflit.

5 - Nous avons l'impression qu'il y a un manque de volonté politique de rétablir la paix ou qu'il existe un motif secret de poursuivre cette guerre.

Nous avons le sentiment que les Nations Unies et l'Organisation de l'Unité Africaine sont indifférentes à la situation du Soudan comme s'il n'existait aucune solution ou comme si le Soudan ne faisait pas partie de la famille des nations.

Le conflit au Soudan n'est pas un problème exclusivement national. Il déstabilise les pays voisins et pourrait sous peu prendre une dimension régionale voire internationale. 

Le conflit qui se déroule au Soudan ne diffère guère de celui du Kosovo, de Sarajevo, du Timor Oriental ou du Sierra Leone où les violations des droits humains ont provoqué une intervention internationale massive.

6 - Nous craignons que la production et la vente de pétrole n'alimente plus la guerre qu'elle ne contribue à y mettre un terme.

Depuis que plusieurs pays ont montré un vif intérêt pour exploiter le pétrole avec Khartoum, le gouvernement soudanais ne s'est guère intéressé à la poursuite des négociations dans le but de trouver une solution pacifique à la guerre. Khartoum s'intéresse plutôt à une solution militaire aidé par ses nouveaux alliés qui convoitent les richesses pétrolières. De plus, certains pays étrangers aident le gouvernement soudanais à chasser les populations de leurs terres ancestrales afin de faciliter l'exploitation du pétrole. Nous sommes convaincus que les profits pétroliers ne serviront pas au bien-être des soudanais. Le fait que de très nombreux fonctionnaires n'aient pas été payés depuis des mois en est une preuve flagrante.

En vérité, le Christ fut vendu pour trente pièces d'argent et nos populations sont sacrifiées en échange de barils de pétrole. Le prolongement de cette guerre ne peut qu'accroître la dislocation du Soudan, les divisions tribales et la quête individuelle de nourriture, d'argent et de sécurité, ce qui provoquera de nouveaux déplacements de population. Cette situation serait exploitée et maintenue par ceux qui ont fait le choix de l'option militaire.

A partir de l'analyse ci-dessus, nous, les Evêques catholiques du Soudan, soumettons les propositions suivantes aux membres des pays de l'IGAD :

1. - Qu'un cessez-le-feu soit immédiatement adopté et appliqué tandis qu'une solution juste et pacifique serait recherchée sous les auspices de l'IGAD.

2. - Que toute l'aide d'urgence soit apportée par les Nations Unies, les ONG et les Eglises à travers des zones non survolées par les militaires et des couloirs aériens sélectionnés et sévèrement contrôlés par les Nations Unies.

3. - Que toutes les parties en conflit s'en tiennent scrupuleusement au respect de la dignité humaine de tous les citoyens.

4. - Afin d'appliquer les propositions 1, 2 et 3 ci-dessus, il est d'une importance capitale que des équipes de contrôle de l'ONU soient présentes sur le terrain.

5. - Nous, responsables de l'Eglise catholique du Soudan,  tenons à assurer de notre soutien inconditionnel l'initiative des membres de l'IGAD dans leur recherche de la justice et de la paix au Soudan. Par-dessus tout, nous soutenons la Déclaration de Principes (DOP) dans son intégralité comme étant la seule issue vers une paix juste et durable. Enfin, nous sommes pleinement confiants que les membres de l'IGAD adhéreront et soutiendront l'application de la Déclaration de Principes. Nous la considérons comme une mesure sage et d'une portée considérable pour le Soudan. 

6. - Nous pensons franchement que les frontières nationales et la souveraineté de l'Etat cessent d'exister lorsqu'un Etat commet délibérément des crimes contre son propre peuple.

7. - Dans ce contexte, nous supplions l'ONU, l'OUA, les Etats-Unis, la Communauté Européenne et les ONG internationales de se porter au secours des populations menacées par un génocide imminent.

8. - Nous sommes convaincus que les profits tirés de l'exploitation du pétrole ne sont pas partagés afin de permettre le développement du Sud et des autres régions marginalisées. Nous craignons en effet que cette richesse provoque l'escalade du conflit.

9. - Nous, membres de la Conférence des Evêques catholiques du Soudan, tout en remerciant les membres de l'IGAD pour leurs efforts, vous supplions de reprendre le plus tôt possible les négociations et ceci de façon définitive. 

Toute autre proposition qui ne respecte pas la Déclaration de Principes (DOP) serait une perte de temps.

Que Dieu vous bénisse.

Mgr. Paolino Lukudu Loro, Archevêque de Juba, Président de la Conférence des Evêques du Soudan
Mgr. Gabriel Zubeir Wako, Archevêque de Khartoum...
Mgr. Joseph Gasi Abangite Evêque de Tombura-Yambio
Mgr.Vincent Mojwok Nyiker Evêque de Malakal
Mgr. Paride Taban Evêque de Torit
Mgr.Macram Max Gassis Evêque d’El Obeid
Mgr..Erkolano Lodu Tombe Evêque de Yei
Mgr.Rudolf Deng Majak Evêque de Wau
Mgr. Caesar Mazzolari Evêque de Rumbek
Mgr.Antonio Menegazzo Administrateur Apostolique d’El Obeid
Mgr. Daniel Adwok Kur Evêque Auxiliaire de Khartoum
Mgr.Johnson Akio Mutek Evêque de Torit absent

* (Inter Governmental Authority for Development - Association intergouvernementale pour le développement qui comprend : Djibouti, l’Erythrée, l’Ethiopie, le Kenya, l’Ouganda, la Somalie et le Soudan)
 

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"Violation des Droits de l’Homme ? Oui, mais moins qu’hier » déclare un ministre
 

Le Ministre des Affaires Etrangères soudanais, M. Mustafa Osman Ismail, est franc: "Si l'on veut enquêter sur les violations des droits de l'Homme au Soudan, je dis tout de suite oui, il y en a, mais dans quel pays n'est-ce pas le cas?" 
C'est là l'un des passages clés d'une interview qui sera publiée dans le prochain numéro du magazine combonien italien "Nigrizia". L'agence MISNA en révèle quelques extraits en exclusivité. 
Le ministre pense que la "condition des droits de l'Homme au Soudan est meilleure aujourd'hui qu'hier et selon le gouvernement, demain sera meilleur qu'aujourd'hui". 
A la question posée par le directeur de Nigrizia, le Père Gino Barsella, "Est-il vrai, comme l'affirme une source officielle du gouvernement soudanais, que l'objectif de Khartoum est une constitution fédérale séculière, laïque", la réponse est péremptoire: "Nous ne la qualifierons pas de séculière. Aucun Soudanais n'accepterait ce mot. Nous pourrons l'appeler démocratique, civile, mais pas séculière. C'est un mot négatif pour les Soudanais, qui dérive des problèmes entre la religion et la science, et qui signifie anti-religieux. La société soudanaise musulmane, chrétienne ou de religion traditionnelle est une société religieuse, la société africaine en général est comme ça. Voici notre offre: une constitution basée sur la citoyenneté, non sur la religion. Et nous sommes prêts à la négocier dans les détails. Le problème est John Garang (leader de la SPLA, n.d.r.): il n'a pas de proposition concernant la constitution et il ne veut pas discuter avec nous".

En ce qui concerne les rapports avec le gouvernement de Washington, Mustafa Osman Ismail déclare: "Les Etats Unis ne sont pas encore neutres, mais on assiste à un début de compréhension réciproque. Les Etats Unis ont tenté de nous déstabiliser pendant dix ans et ils ont aidé le SPLA à poursuivre la guerre. Maintenant, la SPLA se bat contre la communauté internationale, en entravant l'effort humanitaire, en empêchant les Ong de travailler, même au Sud, si elle ne signent pas un accord, en boycottant l'IGAD (table des négociations de l'Autorité Intergouvernementale pour le développement, n.d.r.) sans aucune raison. En outre, les Européens ont commencé a avoir des avis différents, par exemple sur les sanctions onusiennes. En somme, les Etats Unis ont commencé à être isolés, ils ont attaqué l'usine pharmaceutique el-Shifa et la communauté internationale les a condamnés. S'ils veulent la stabilité et la démocratie au Soudan, ils ne les obtiendront pas sans stopper la guerre. Et pour la stopper, il faut éliminer Garang ou l'emmener à la table des négociations. Tout le monde pense que Garang n'a pas une mentalité pacifiste". 

Au sujet de l'interdiction de construire des églises dans la capitale soudanaise, le ministre affirme: "Alors que dans le Sud et dans plusieurs autres Etats il est possible de construire des Eglises, à Khartoum, il y a un problème. Nous l'admettons: les autorisations ne sont plus délivrées depuis trente ans. La question est à l'ordre du jour, notamment dans le cadre de notre dialogue avec l'Union Européenne. Plus de 600 églises sont érigées à Khartoum clandestinement, sans permis. Que faire? Avant toute chose, nous ne pourrions pas les détruire. Ou si nous