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2003

Accord sur la sécurité entre Khartoum et la rébellion - 24 septembre 2003

Des Soudanais du nord s'inquiètent de leur avenir en cas d'accord de paix - 18 septembre 2003

Cessez-le-feu entre le gouvernement soudanais et les rebelles du Darfour - 16 septembre 2003

Archevêque de Juba : « Transformer la culture de guerre en paix, nous avons besoin du miracle de Mgr Daniel Comboni. »  - 30 août 2003

Où en sont les négociations de paix entre le gouvernement de Khartoum et le SPLA/M ? - 28 août 2003

Le président el-Béchir et le chef rebelle John Garang devrait, à la faveur d’un « coup de pouce » américain, revenir à la table des négociations. - 23 août 2003

Le peuple soudanais ne peut pas être abandonné à la violence des armes  - 20 août 2003
 

Déclaration de la présidence au nom de l'Union européenne sur le processus de paix au Soudan

8 août 2003
Soudan : Retour en arrière - 28 juillet 2003

Critères pour le dialogue Union Européenne/Gouvernement soudanais en conformité avec l’article 8 de l’accord de Cotonou - 20 juin 2003

Crise dans le Darfour :  besoin urgent d’une commission d’enquête internationale et d’observateurs
                                                                                                                                                                        Mars 2003

Kofi Annan  sermonne  la Commission des droits de l’homme des Nations Unies - 25 avril 2003

La Maison-Blanche cautionne le processus de négociation au Soudan - 22 avril 2003

La solidarité africaine a joué à la Commission des droits de l'homme de l'Onu - 17 avril 2003

Joséphine Bakhita, l’Africaine 1869-1947  - 30 mars 2003

Mission de solidarité au Soudan - mars 2003

Deux évêques soudanais appellent à la cessation de la guerre civile  - 4 novembre 2002

La repentance de Khartoum  - 12 septembre 2002

Soudan : Nouvelles manœuvres à Machakos - juillet 2002

Soudan- retournement de tendance  - mars 2002

Engagement non constructif - février 2002

La guerre de sécession dans le Sud - décembre 2001

Soudan équilibre instable - décembre 2001

Les Evêques Catholiques du Soudan tiennent actuellement à Nairobi, du 21 août au 1er  septembre, 2001, leur assemblée plénière. - 29 août 2001

Appel des Evêques des Eglises Catholique et Episcopale du Soudan - 17 août 2001

SUDAN: South Africa becomes involved in oil protests - 23 juillet 2001

Soudan : Réconciliation - 23 avril 2001

La commission de l'ONU appelle à un cessez-le-feu au Soudan   - 20 avril 2001

Le président kényan au Soudan pour tenter de relancer les efforts de paix  - 29 mars 2001

Le PAM met en garde contre une rupture des stocks de nourriture au Soudan - 29 mars 2001

Soudan : la sale guerre du pétrole - 26 mars 2001

Pour un référendum des populations du Sud…. Victimes de la nouvelle richesse du pays - 8 mars 2001

Notre divergence avec Béchir - 6 mars 2001

Relations avec les Etats Unis - 15 mars 2001

Des miliciens soudanais enlèvent quatre employés d'un centre de secours - 12 mars 2001

Nouvelles explorations d'un consortium pétrolier sino-arabe -12 mars 2001

Commission des droits de l'Homme de l'ONU - 12 mars 2001

Le général Béchir trouve des points positifs dans "l'Appel du Soudan" - 05 mars 2001

Arrestation de Hassan al-Tourabi - 22 février 2001

La SPLA et le parti de Tourabi veulent lutter ensemble contre le pouvoir - 21 février 2001

Pas d'accord entre l'Oumma et le régime du général Béchir - 20 février 2001

Les déplacés survivent dans des camps autour de Khartoum - 20 février 2001

La déclaration des Missionnaires Comboniens sur la situation du Soudan .- 19 janvier 2001

Soudan : Une mosaïque ethnique et religieuse  - octobre 2000

Le président Béchir s'engage à maintenir la Charia - 9 janvier 2001

Espoir de paix entre Khartoum et le Sud rebelle - 15 novembre 2000

Sud-Soudan, silence on tue…Un été sous les bombes - septembre 2000

Le Soudan ne représentera pas l'Afrique au Conseil de sécurité  - 15 octobre 2000

Les évêques soudanais dénoncent l’indifférence internationale - 15 octobre 2000

Le régime du NlF n'est pas parvenu à se débarrasser de son statut de paria - 15 octobre 2000

Bakhita, une esclave, devient la première Sainte du Soudan - 22 septembre 2000

Sud Soudan, silence on tue - septembre 2000

Les évêques du Soudan implorent l'intervention de l'IGAD - 22 septembre 2000

"Violation des Droits de l’Homme ? Oui, mais moins qu’hier » déclare un ministre - 31 août 2000

Situation humanitaire alarmante dans la région d’El Ouahda (Sud Soudan) - 18 août 2000

Le chef de la diplomatie soudanaise au Vatican - 27 juillet 2000

Soudan : De la poudre au yeux - 15 mai 2000

The Guardian – Soudan : Les Noubas face à la destruction - 8 mai 2000

Les Noubas : un peuple dépossédé - 22 avril 200

Des avions sans pilote « déroutés » sur Khartoum - 10 avril 2000

Les forces armées du Soudan capturent de nouveau comme esclaves 188 femmes et enfants noirs africains

Sanctions américaines contre des sociétés soudanaises  - 6 mars 2000

Déclaration du président Clinton, après le bombardement d’une école au Soudan - 14 février 2000

Le Coup d'Etat anti-Turabi renverse le Régime Bicéphale  - 20 décembre 1999
 



 
 

2003

Accord sur la sécurité entre Khartoum et la rébellion
 
Le gouvernement soudanais et la rébellion sudiste ont annoncé mercredi être parvenus à un accord sur les questions de sécurité mais les pourparlers se poursuivent en vue d'un accord de paix global pour mettre un terme à 20 ans de guerre civile. 
Si un pas a été fait vers la paix, un accord sur d'autres questions cruciales, comme le partage du pouvoir et des richesses, notamment de la rente pétrolière, reste toujours à trouver. 

"Nous sommes parvenus à un accord concernant le déploiement des forces (militaires) et la taille des forces ainsi que sur d'autres points importants qui constituaient les points d'achoppement lors des discussions", a indiqué à l'AFP à Naivasha (Kenya) le porte-parole de la délégation gouvernementale Sayed Al-Khatibu. 

"Il y a une avancée sur une des questions les plus importantes, relatives aux questions de sécurité et aux questions militaires", a confirmé le porte-parole de la rébellion Samson Kwaje, depuis cette ville touristique située à 80 km à l'ouest de Nairobi. 

"L'accord satisfait la SPLA. Les pourparlers vont maintenant aller de l'avant. Nous espérons pouvoir nous attaquer maintenant aux questions en suspens", a-t-il ajouté. 

Cet accord, qui doit encore être signé par les deux parties, intervient après plus de trois semaines de pourparlers à Naivasha entre le vice-président du Soudan Ali Osmane Taha et le chef de l'Armée populaire de libération du Soudan (SPLA, rébellion) John Garang. 

C'est la première fois que les pourparlers intersoudanais se déroulent à un si haut niveau de représentation. 
"Nous nous sommes mis d'accord sur un retrait significatif des forces gouvernementales du sud, le déploiement des forces de la SPLA à Khartoum et la formation d'unités dans une force intégrée dans les régions du Nil Bleu méridional et des Monts Nouba", a-t-il précisé. 
"Je pense que c'est un développement positif et très encourageant", a pour sa part indiqué David Mozersky, un spécialiste du Soudan travaillant pour l'organisation non gouvernementale International Crisis Group. 
"Ils ont surmonté un obstacle majeur dans la recherche d'un accord de paix" mais "les questions en suspens (partage du pouvoir et des richesses) ne seront pas faciles à résoudre", a-t-il ajouté. 
Déjà dimanche dernier, le gouvernement soudanais et la rébellion avaient fait un premier pas dans la bonne direction, en prolongeant de deux mois le cessez-le-feu qui devait expirer fin septembre. 
Un accord de cessez-le-feu avait été signé en octobre 2002 et devait initialement être en vigueur durant six mois. Il a été prolongé de trois mois en mars puis en juin 2003. 
La guerre civile soudanaise, qui oppose depuis 1983 les rebelles du sud du pays, à majorité chrétienne et animiste, au pouvoir du nord arabo-musulman, a fait plus d'un million et demi de morts et quatre millions de déplacés. 
"Nous espérons parvenir à un règlement de paix dans les deux mois", avait alors indiqué le responsable rebelle John Garang à l'AFP, peu après l'annonce de prolongation de la trêve. 
"C'est la raison pour laquelle nous avons étendu la durée du cessez-le-feu de deux mois. D'ici là, nous espérons être parvenus à un règlement politique et à une transition démocratique au Soudan", a-t-il ajouté. 
En vertu de l'accord signé en juillet 2002 au Kenya, le sud du Soudan devrait bénéficier d'une période d'autonomie de six ans jusqu'à la tenue d'un référendum devant déterminer une éventuelle sécession de la région. 
Cette période intérimaire de six ans s'ouvrirait dès la signature d'un accord global de paix.

(Jeune Afrique/ l’Intelligent – 24 septembre 2003)

 
 
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Des Soudanais du nord s'inquiètent de leur avenir en cas d'accord de paix
 
Des commerçants originaires du nord du Soudan accusent les rebelles sudistes de confisquer leurs biens et de préparer "un nettoyage ethnique" du sud, avec la signature donnée comme imminente d'un accord pour mettre fin à la guerre civile. 

"Des membres de l'Armée populaire de libération du Soudan (SPLA, rébellion sudiste) ont confisqué des magasins, des fermes et des maisons à certains des commerçants du nord et les ont donnés à des gens du sud", a affirmé cette semaine à la presse Siddik Mohammed Korak, secrétaire général de l'Union des commerçants nordistes dans le sud. 

M. Korak, venu à Khartoum à la tête d'une délégation de l'Union pour transmettre ces doléances au gouvernement, s'est étonné que ces confiscations interviennent à quelques jours de la conclusion attendue d'un accord qui doit mettre fin à 20 ans de guerre civile entre l'autorité centrale et les rebelles. 

L'Union a appelé l'Autorité intergouvernementale pour le développement (Igad) et la Ligue arabe à faire inclure dans cet accord une clause garantissant la protection des biens et des familles des citoyens du nord dans les régions du sud, a-t-il ajouté. 

L'Igad, qui regroupe sept Etats africains (Kenya, Ouganda, Ethiopie, Erythrée, Soudan, Somalie et Djibouti) parraine les négociations de paix en cours entre le gouvernement et la SPLA. 

Des éléments de la SPLA "ont commencé à appliquer une politique de nettoyage ethnique, en expulsant des nordistes du sud, sous prétexte qu'ils sont des intrus", a encore dit M. Korak, affirmant avoir lui-même "miraculeusement échappé à une tentative d'assassinat". 

Il a regretté que Khartoum ne fasse rien pour remédier à cette situation car, a-t-il estimé, le gouvernement "est soumis à des pressions de la part de puissances internationales qui ne reconnaissent que les droits des chrétiens et des animistes du sud". 

Environ un million de Soudanais originaires du nord, dont un millier de commerçants, vivent dans les provinces du sud, en proie depuis 1983 à une guerre civile, selon M. Korak. Ils sont particulièrement actifs dans la production et le commerce du thé et du café. 

A l'inverse, au moins deux millions de Soudanais du sud sont réfugiés au nord, après avoir fui les combats et les catastrophes naturelles. 

La guerre civile, marquée actuellement par une trêve, oppose les rebelles du sud, à majorité chrétienne et animiste, au pouvoir du nord, arabo-musulman. 

L'Union des commerçants nordistes dans le sud a également transmis ses plaintes au groupe soudanais pour la défense des droits de l'Homme (SGHR). 

Selon le chef de cette organisation, Ghazi Souleimane, les commerçants craignent pour leur vie et pour leurs biens, dans l'éventualité d'un retrait des forces gouvernementales du sud. 

"Ils m'ont demandé de les mettre en contact avec le secrétariat de l'Igad et les Etats-Unis qui sont, selon eux, les principaux parrains de la paix", a-t-il déclaré à l'AFP. 

Des pourparlers entre les autorités et les rebelles entamées depuis deux semaines à Naivasha (Kenya), restent bloquées sur plusieurs points, mais le ministre soudanais des Affaires étrangères Moustafa Osmane Ismaïl a estimé mardi qu'un accord serait signé "dans les deux jours". 

Les délégués ont toutefois annoncé mardi à l'AFP que les deux camps étaient en désaccord sur les propositions de la SPLA portant sur la mise en place d'unités militaires "mixtes" pendant six ans, au cours desquels la rébellion et le gouvernement conserveraient leurs armées respectives. Pendant cette période, le sud resterait autonome.

(Jeune Afrique/l’Intelligent 18 septembre 2003) 

 
 
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Cessez-le-feu entre le gouvernement soudanais et les rebelles du Darfour
 
Le gouvernement soudanais et les rebelles du Darfour ont signé mercredi un accord de cessez-le-feu à Abéché, à l'est du Tchad. 

L'accord prévoit: 
Article 1: le cessez-le-feu entre les deux parties et la cessation de toute action d'hostilité qui pourrait remettre en cause la nouvelle situation (la paix). 

Article 2: le contrôle et la maîtrise des groupes armés non réguliers sur le théâtre des opérations. 

Article 3: La libération de tous les prisonniers de guerre et des détenus pour cause des événements survenus dans le Darfour par les deux parties. 

Article 4: le cantonnement des forces de l'Armée de libération du Soudan (ALS) dans les sites à déterminer par les deux parties. 

Article 5: l'engagement des deux parties à jeter les bases d'une paix globale et durable dans la région afin de réaliser le développement socio-économique. 

Article 6: la mise en place d'une commission tripartite composée du gouvernement du Soudan, du gouvernement du Tchad et de l'Armée de libération du Soudan pour le suivi de l'application des clauses du présent accord. 

Article 7: 
a) les pourparlers relatifs aux annexes débuteront 45 jours après la signature du présent accord afin de parvenir à une paix globale avec la remise des armes dans un délai n'excédant pas les deux semaines, après l'accord sur les annexes. 

b) le présent accord sera suivi par des annexes et Mémorandum explicatifs qui seront réalisés comme suit: 
1) - Durant les premiers 45 jours qui suivent la signature du présent accord, il sera procédé à l'exécution de ce qui suit: 
a) le cessez-le-feu entrera en vigueur le 6 septembre 2003 à 12H00, heure du Soudan (09h00 GMT). 
b) la détermination des sites de cantonnement des forces de l'ALS. 
c) la libération des prisonniers de guerre et des détenus. 
d) le retrait des groupes armés non réguliers concomitamment avec le cantonnement des forces. 
e) la mise en place de la commission tripartite. 
2) - Le 15ème jour à compter de l'entrée en vigueur du cessez-le-feu sera adopté le calendrier complétant les activités couvrant la période restante de 45 jours. 

Article 8: en cas de conflit portant sur les clauses de cet accord ou tout autre différend imprévu, la 3ème partie (le Tchad, ndlr) procédera à une conciliation entre les deux parties. 

(AFP, Paris, 16 sept 2003)

 
 
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Archevêque de Juba : « Transformer la culture de guerre en paix, nous avons besoin du miracle de Mgr Daniel Comboni. »
 
Le vrai problème du Soudan est l'absence de volonté et de culture de la paix. D'un côté on assiste au paradoxe que le gouvernement de Khartoum et les rebelles du Sud Soudan déclarent vouloir faire la paix en faisant la guerre. De l'autre, il faut admettre que dans notre pays, nous nous sentons un peu tous 'guerriers'. Il faut changer cette attitude". Monseigneur Paulino Lukudu Loro, combonien, archevêque de Juba (sud du Soudan) depuis plus de 20 ans, va au coeur de la question. Dans une interview accordée à l'agence MISNA durant son séjour en Italie, le prélat a dénoncé la faiblesse des colloques de paix, "dont le peuple soudanais ignore tout", déplore "l'Islam fanatique qui utilise le sud du pays comme porte d'entrée dans l'Afrique noire", relance l'urgence de garantir la "liberté d'expression pour former la conscience des soudanais". Pour lui, le miracle accompli par le bienheureux Daniel Comboni – fondateur de sa congrégation et premier archevêque de Khartoum que le Pape canonisera le 5 octobre prochain – sur une musulmane est un "signe de Dieu". 

MISNA: Mgr Lukudu Loro, cette guerre a commencé en 1983. Vingt ans se sont écoulés. Il y a quelques semaines, la signature d'un accord de paix semblait proche lors des colloques au Kenya, puis le tout a été reporté, encore une fois. Pourquoi le gouvernement de Khartoum et les rebelles de l'Armée de Libération Populaire du Soudan (SPLA) ne se mettent-ils pas d'accord?

MGR LUKUDU: Ils ont déclaré plusieurs fois vouloir trouver un accord, mais l'intention de réaliser une véritable paix fait défaut. Notre pays a une histoire complexe, qui démontre les grosse différences entre le nord et le sud, entre la partie arabe, musulmane, et la partie africaine, essentiellement chrétienne. Mais attention à ne pas dire que c'est une guerre de religion. Ce serait trop réducteur. C'est un conflit global, aux origines à la fois religieuses, politiques, économiques et culturelles, auxquelles il faut ajouter le désir d'indépendance du sud. Cette séparation géographique remonte à l'époque de la présence des Anglais, qui voulurent séparer le nord arabe du sud africain. Désormais, il faut aller de l'avant, parler de "New Sudan". Il est temps d'affronter les injustices que cette division a provoquées. Le Soudan est à un tournant de son histoire, après ce long conflit. Le peuple du sud veut tout de même rester lui-même. Moi, je suis né noir, africain, c'est comme cela que je veux rester parmi les miens.

MISNA: Pourquoi? Y a-t-il un risque de "conversion forcée" des chrétiens?>

MGR LUKUDU: La pénétration de l'Islam en Afrique n'est pas une nouveauté ni un problème en soi. Le problème c'est par quels moyens. Et encore, quel Islam. Le régime de Khartoum revêt l'Islam à sa guise mais il en change les caractéristiques. De nombreux musulmans l'ont senti et expriment leur mécontentement au gouvernement du président Omar El Béchir. Beaucoup d'imams ne pensent pas de la même manière que les hommes du régime, qui ont donné à cet Islam un visage de corruption et de lutte pour le pouvoir. Le monde arabe sait bien que les musulmans ne sont pas tous comme cela. Certes, au sein du gouvernement, il y a des gens qui comprennent bien cet aspect, mais ils sont en minorité, alors que ce qui prévaut c'est le fanatisme, qui se déplace de plus en plus vers le sud.

MISNA: Quelles en sont les conséquences?

MGR LUKUDU: Il suffit de citer un exemple: le concept de droits humains. Quand l'Eglise ou les organisations locales abordent cet argument, Khartoum pense qu'il s'agit de droits chrétiens, nés en Europe ou aux Etats Unis. Ils ne pensent pas qu'ils appartiennent à tous, c'est pourquoi ils ne les appliquent pas. C'est cet islam là, l'Islam fanatique qui nous inquiète et qui veut passer par le sud, considéré comme porte d'accès au reste de l'Afrique. 

MISNA: Mais le sud du Soudan est également riche en "or noir". Quel est le rôle du pétrole dans ce conflit?

MGR LUKUDU: C'est un facteur relativement récent. Les gisements sont dans le sud, dont c'est le sud qui devrait normalement les contrôler. En tant que chef religieux, je me dois cependant d'affirmer que le pétrole est un bien précieux et qu'il doit être utilisé pour élever la qualité de la vie de tous les Soudanais. Nous avons tous contribué à détruire cette terre: il est temps que tout le monde participe à sa reconstruction. 

MISNA: Vous avez plusieurs fois cité le "peuple". Existe-t-il une véritable identité nationale au Soudan, où un référendum pourrait décider la division du pays dans six ans?

MGR LUKUDU. En tant que président de la Conférence épiscopale du Soudan, organisée en deux groupe en fonction de l'appartenance territoriale des diocèses au gouvernement ou aux rebelles, je dis que nous sommes pour l'homme: et l'homme du Soudan est désespéré. C'est cette perception qui nous unit. Avec les évêques du pays, je cherche à créer les conditions pour bien vivre ce moment historique. Les peuples du nord et du sud doivent pouvoir vivre librement leur avenir. 

MISNA: Comment?

MGR LUKUDU: En ce moment, il n'existe pas de liberté d'expression, ni à Khartoum, ni au sud. Le premier objectif est de créer une opinion publique autonome. Les gens ne sont pas non plus informés sur le processus de paix. Au nord, les nouvelles sont manipulées. Au sud, on n'en parle pas du tout. Les gens ont l'impression que ce n'est qu'un pacte entre deux dictateurs: le président El Béchir et le leader du SPLA, John Garang. 

MISNA: Dans quelques jours, le Pape proclamera Saint le bienheureux Daniele Comboni, qui a dédié sa vie à sauver l'Afrique avec l'Afrique. L'année 2003 sera-t-elle celle du "miracle" de la paix au Soudan?

MGR LUKUDU: Toute la vie de Comboni a été un miracle. Il rêvait d'une Eglise africaine. Elle prend forme en ce troisième millénaire. Je souligne que c'est une personne musulmane qui a bénéficié du miracle de Comboni: c'est un signe de Dieu qui nous donne de la force, à l'Eglise de ce pays, aux comboniens et au Pape, d'espérer que la paix est possible. 

(propos recueillis par Emiliano Bos, MISNA, Italie, 30/08/2003)

 

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Où en sont les négociations de paix entre le gouvernement de Khartoum et le SPLA/M
 
Suspension des négociations jusqu'au 10  septembre

17 août. Les pourparlers de paix soudanais entre le gouvernement de Khartoum et le Mouvement/Armée de libération du peuple du Soudan (M/SPLA) ont repris le 11 août à Nanyuki, dans le centre du Kenya. Les négociations, qui durent depuis 14 mois, se déroulent sous la médiation de l'Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD), avec les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la Norvège, l'Italie, l'Union africaine, l'Union européenne et les Nations unies comme observateurs. 

Le 15 août, un officiel de la SPLA a indiqué que les discussions "étaient dans l'impasse et sur le point d'échouer". Selon des informations contradictoires, cette situation serait due au refus du gouvernement soudanais de négocier sur la base d'un document-cadre mis au point par l'IGAD, auquel les observateurs sont favorables. En juillet 2001, Khartoum et la SPLA avaient signé un accord historique garantissant au Sud le droit de se prononcer sur son autodétermination à l'issue d'une période de six années de transition et le soustrayant à la loi islamique. Lors du dernier round de négociations, le mois dernier, le gouvernement soudanais avait rejeté le projet d'accord préparé par les médiateurs sur les questions en suspens, telles que le partage du pouvoir et des richesses, mais aussi les dispositifs sécuritaires durant les six années de transition. Le gouvernement rechigne notamment à suspendre la loi islamique dans la capitale Khartoum durant la transition et il a rejeté aussi une proposition selon laquelle Khartoum et la SPLA disposeraient d'armées séparées durant cette période. En dépit de l'impasse apparente, le 16 août, le ministre kenyan des Affaires étrangères a exprimé son optimisme. "Le monde entier sait qu'il existe une conjoncture favorable que l'on doit ne pas rater", a-t-il déclaré. "Nous comptons encourager les deux parties à poursuivre les négociations en toute bonne foi".

19 août. Selon l'agence Misna, qui cite le quotidien indépendant soudanais al-Sahafa du 19 août, les colloques entre le gouvernement et la SPLA auraient été suspendus pour  une durée indéterminée à cause de leurs désaccords. Les médiateurs de  l'IGAD auraient décidé la nuit dernière de renvoyer sine die la tractation,  au terme d'une semaine qui s'est écoulée entre blocages et scepticismes  réciproques. Selon le journal, la délégation gouvernementale devrait  quitter le siège des colloques dans la journée pour retourner dans la  capitale soudanaise.

21 août. Selon des sources proches de la SPLA, les  négociations devraient malgré tout reprendre demain, vendredi 22 août, et  durer jusqu'au 20 septembre, un mois de plus que l'échéance initialement  prévue.

22 août. Les observateurs restent  toujours pessimistes quant aux chances de succès des négociations de paix  entre les rebelles du sud et le gouvernement de Khartoum, qui doivent  mettre fin à vingt années de guerre civile. Face à l'enlisement des  négociations en cours à Nanyuki (Kenya), des exilés du Sud-Soudan ont  demandé l'intervention du Conseil de sécurité de l'Onu. Quelques groupes  ont envoyé des pétitions à diverses ambassades et manifesté devant le siège  de l'Onu à Nairobi. Selon eux, Khartoum tente de ralentir l'avancée du  processus de paix pour pouvoir exploiter davantage les ressources  pétrolières du sud, qui représenteraient "le problème fondamental". Selon  l'agence de presse égyptienne Mena, les rebelles du Soudan réclament 60%  des revenus pétroliers du pays.

24 août. Des divergences sur le partage  du pouvoir ont entraîné la suspension des pourparlers de paix, a-t-on  appris de source officielle à Khartoum. Dirdeyri Mohammed Ahmed, le  principal adjoint de l'ambassadeur du Soudan au Kenya, a déclaré que "les  divergences ont débouché sur la suspension des négociations jusqu'au 10  septembre, pour donner aux deux parties le temps d'organiser des  consultations". Un haut responsable du gouvernement a toutefois affirmé que  les pourparlers avaient enregistré de légers progrès et que la médiation  avait fait des propositions qui ont aidé à surmonter les "problèmes de  procédure". Ces "règles de négociation" devront être débattues à la reprise  des négociations. -- Par ailleurs, selon la presse locale, les rebelles  soudanais ont accusé les forces gouvernementales d'avoir tué 46 civils et  détruit plusieurs villages dans l'Etat du Nord Darfour, dans l'Ouest du  pays. "Des appareils Antonov ont bombardé, dimanche et lundi (24 et 25  août), la ville de Kornoy, dans l'extrême-ouest du Nord Darfour, tuant 46  personnes, dont des enfants, des femmes et des personnes âgées", rapporte l'agence PANA, citant la presse. 
(ANB-BIA, de sources diverses, 28 août 2003).
 

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Le président el-Béchir et le chef rebelle John Garang devrait, à la faveur d’un « coup de pouce » américain, revenir à la table des négociations.
 
l) - Fin de partie?
par Abdelaziz Barrouhi (J.A. l’Intelligent n°2219 - 20-26 juillet 2003)

Lors de  leur dernière rencontre à Nairobi, le 2 avril, le président soudanais Omar Hassan el-Béchir et le chef rebelle sudiste John Garang avaient émis l’espoir de pouvoir signer un accord de paix mettant fin à près de vingt ans de guerre avant la date limite du 30 juin.

Ce délai s’est révélé artificiel. Censé être le dernier, le sixième round des négociation, qui s’est déroulé du 6 au 12 juillet à Nakuru (Kenya), n’a pas abouti à un accord final;

Les deux parties ont campé sur leurs positions sur les questions clés du partage du pouvoir, des ressources pétrolières, des dispositions de sécurité et du statut de la capitale. C’est alors que le général Lazaro Sumbeiywo, le médiateur Kényan qui préside  ces  négociations menées dans le cadre de l’Inter-Governmental Authority on Development (Autorité intergouvernementale pour le développement, groupement régional comprenant le Soudan, le Kenya, l’Ouganda, la Somalie, Djibouti, l’Erythrée et l’Ethiopie), a remis aux deux délégations un « document de travail » comportant les propositions de son équipe pour sortir de l’impasse;

A la demande de Sumbeiywo, les détails du document de travail n’ont pas été rendus publics. Mais l’on sait que, parmi les proposition qui sont rejetées par Khartoum, figurent le maintien de deux armées (gouvernementale dans lr Nord et « rebelle » dans le Sud), un gouvernement formé par le Mouvement populaire pour la libération du Soudan (MPLS), qui aurait un pouvoir absolu dans le Sud et disposerait d’une Banque centrale, et un vice-président MPLS dans le gouvernement de Khartoum qui aurait un droit de veto sur les décisions du chef de l’Etat. Autre point litigieux : la loi islamique ne devrait pas être appliquée dans la capitale Khartoum, alors même que le gouvernement avait auparavant convenu qu’elle ne le serait que pour les musulmans, dans le cadre de la liberté religieuse, à Khartoum, censées s’appliquer durant la période transitoire de six ans au bout de laquelle les populations du Sud se prononceraient par référendum sur leur maintien ou non au sein d’un Soudan uni, relèvent davantage du système confédéral que fédéral.

Alors que le mouvement de Garang a aussitôt accepté le document en tant que base de discussion, le gouvernement soudanais l’a catégoriquement rejeté; Le document, disent les responsables soudanais, est conçu de façon telle que le pays aura deux administrations durant la période transitoire de six ans, ce qui est contraire au principe de l’unité du pays, proclamé dans ‘l’accord-cadre de paix signé à Machakos (Kenya) en juillet 2002 entre le gouvernement et le MPLS. Béchir estime que le document livre à John Garang la totalité du Sud et la moitié du nord du pays et favorise la sécession. Reprenant une expression courante dans le monde arabe, le président soudanais s’est exclamé à propos de ce document : « qu’ils [les médiateurs] le trempent et boivent son eau ».

Raidissement de fin de partie ou détermination de Khartoum à ne pas aller au-delà de la ligne rouge consistant à ne pas signer un accord qui favoriserait la sécession par l’instauration d’un 
système confédéral. Sans doute les deux à la fois.
C’est maintenant au tour de Washington, qui a orienté, en coulisse, les négociations en obtenant un cessez-le-feu en vigueur depuis octobre 2002 et une amélioration des conditions dans l’acheminement des aides humanitaires, d’intervenir pour débloquer la situation. John Danforth, le représentant du président américain Georges. Bush pour le Soudan, est arrivé à Khartoum le 16 juillet. Danforth a demandé à el-Béchir et à John Garang de se rencontrer sur la base de nouvelles propositions. Les négociations devraient donc reprendre le 23 juillet; L’Egypte (visitée le 15 juillet par Danforth) a demandé que la proposition d’accord soit davantage « équilibrée »; Lazaro Sumbeiywo s’empressant de préciser que ce document ne constituait qu’une base de travail.

2) - Les oubliés de la paix
par Abdelaziz Barrouhi
Jeune Afrique/l’Intelligent n°2221 du 3 au 9 août  2003

El-Béchir et Garang semblent - presque - d’accord pour mettre fin à la guerre civile et se partager le pouvoir. En marginalisant leurs opposants respectifs.

Après trois semaines de tergiversations (J.A.I. n° 2219), le gouvernement soudanais et les rebelles sudistes du Mouvement populaire pour la libération du Soudan (MPLS) devraient engager le septième round des négociations de paix le 10 août à Nakuru (Kenya). Les principaux points de désaccord concernent la question évidemment essentielle du partage du pouvoir, mais aussi la répartition des ressources pétrolières, la mise en place de mesures de sécurité et le statut de la capitale pendant la période intérimaire de six ans à l’issue de laquelle les populations du Sud seront appelées à se prononcer sur leur maintien dans la future fédération.

Les deux parties seront en outre confrontées à un problème qu’elles étaient jusqu’ici parvenues à esquiver. Les mouvements d’opposition (nordistes) au régime d’Omar Hassan el-Béchir et ceux qui, parmi les sudistes, ne reconnaissent pas l’autorité de John Garang, le chef du MPLS, insistent en effet pour avoir leur mot à dire dans un éventuel accord. Tout compte fait, ce n’est peut-être pas une si mauvaise nouvelle pour le processus de paix, même si les négociations pourraient s’en trouver prolongées de plusieurs semaines;

La poursuite du tête-à-tête entre le gouvernement et le MPLS est en effet lourde de menaces : les deux parties exercent, dans leurs zones d’influence respectives, un pouvoir sans partage et passablement intolérant, soumises qu’elles sont à l’influence des fondamentalistes, musulmans d’un côté, chrétiens de l’autre. Elles n’ont à l’évidence d’autre objectif que de renforcer autant que possible leurs positions, en marginalisant toutes les autres forces politiques. La preuve: au-delà de leurs divergences sur la sécurité et sur l’application de la charia dans la capitale, gouvernementaux et rebelles ne sont pas loin d’un accord sur un partage du pouvoir. Khartoum envisage en effet de laisser au seul MPLS le soin de gouverner le sud du pays au cours des six prochaines années. Et de partager avec lui, au niveau national, les sièges au Parlement et les postes ministériels - dans des proportions qui restent à déterminer;

Outre un rôle accru dans le processus de paix, les mouvements d’opposition, les représentants de la société civile et les réformateurs réclament davantage de démocratie. Ils sont, sur ce point, en phase avec les Américains, qui insistent beaucoup en ce sens auprès d’el-Béchir et de Garang. Le 27 juillet, les deux principaux mouvement d’opposition nordistes, la Umma, de l’ancien premier ministre Sadek el-Mahdi, et le Parti unioniste démocratique de Mohamed el-Mirghani, ont fait valoir qu’un accord de paix devra s’accompagner d’un « programme de transition démocratique » permettant de faciliter la conclusion et l’application de l’accord de paix. Dans le camp sudiste, les adversaires de Garang redoutent l’instauration d’un régime totalitaire dans la zone contrôlée par le MPLS. Perspective d’autant plus inquiétante que les antagonismes sont profonds entre les principales ethnies (et même en leur sein) : les Dinkas (celle de Garang), les Nuers et les Chillouks. Des intellectuels établis aux Etats-Unis ont par exemple écrit au médiateur kenyan, le général Lazaro Sumbeiywo, pour le mettre en garde contre le danger qu’il y aurait à confier au MPLS le monopole de la gestion des affaires du Sud.

Ces appels seront-ils entendus ? Au sein même du pouvoir central, des voix commencent à s’en faire l’écho. « Le Soudan doit rompre avec les erreurs du passé, en finir avec le totalitarisme et se rallier au pluralisme politique » a ainsi estimé, le 26 juillet, Mustapha Ismaïl, le ministre des Affaires étrangères, lors d’un séminaire à Khartoum.

3) - John Garang, le dernier des guérillero.
Jeune Afrique/l’Intelligent n°2221 du 10 au 23août  2003
Abdelaziz Barrouhi

Depuis vingt ans, John Garang dirige d’une main de fer la rébellion sudiste. Mais la longue marche du chef du MPLS touche peut-être à sa fin. Sous l’égide des Etats-Unis, des négociations de paix sont en cours avec le gouvernement central ...

C’était en 1983, et John Garang de Mabior n’était encore qu’officier dans l’armée régulière soudanaise. Un jour, ses supérieurs lui donnent l’ordre de mater une mutinerie dans le Sud du pays. Il refuse d’obtempérer et prend la tête des soldats révoltés. Une interminable rébellion, la plus longue de l’histoire africaine depuis les indépendances, vient de commencer.

Vingt ans après, Garang a pris du poids, dans tous les sens du terme. Il traite désormais d’égal à égal avec le chef de l’Etat, le général Omar Hassan el-Béchir, qu’il a rencontré à deux reprises, le 7 juillet 2002 à Kampala pour célébrer la signature, une semaine auparavant, de leur accord-cadre de paix de Machakos (Kenya), et le 2 avril 2003 à Nairobi, en vue de mettre fin à un conflit qui, directement ou non, a provoqué la mort d’environ deux millions de soudanais.

Le chef des rebelles du Sud-Soudan est souvent comparé à ces intraitables maquisards que furent, en leur temps, l’Ougandais Yoweri Museveni, le Congolais Laurent-Désiré Kabila et l’Angolais Jonas Savimbi. Les deux premiers finirent par s’emparer du pouvoir par la force. Le troisième préféra s’enferrer dans un rôle d’éternel opposant, jusqu’à sa mort. Quel sera le destin de John Garang, qui affirme s’inspirer de ces grands maîtres de la stratégie militaire que furent Clausewitz, Mao Zedong et Sun Tzu ? Difficile de se prononcer, tant l’homme cultive le mystère et la confusion. A ce jour, on ne sait toujours pas avec certitude si son objectif est de s’emparer du pouvoir central, à Khartoum, de faire partie d’un Etat soudanais fédéral ou confédéral, ou de créer un pays indépendant, au Sud.

Le mystère plane aussi sur une partie de son enfance. On sait quand même qu’il est né le 23 juin 2945 dans le village de Wagkulei (Haut-Nil), dans une famille chrétienne appartenant à l’ethnie Dinka, la plus importante du Sud-Soudan. A 9 ans, il perd son père. Et sa mère deux ans plus tard.

En 1955, avant même l’indépendance de son pays, les Anya-Anyas se soulèvent contre la domination des Nordistes, délibérément favorisés par le colonisateur britannique en vue de diviser les nationalistes. Fuyant les combats, le jeune Garang gagne la Tanzanie, où, à la fin des années 1960, il s’inscrit à l’université de Dar es-Salam, avant de s’envoler pour les Etats-Unis; Elève du Grinnell College, dans l’Etat de l’Iowa, il obtient une licence de science;. Qui a financé ses études ? On ne le sait pas au juste. Peut-être des missionnaires qui l’auraient pris en charge après la mort de ses parents;..

En 1971, il est de retour au Sud-Soudan où, on ne sait pourquoi, il se rend dans un camp de rebelles. « La première fois qu’il est venu nous voir, nous l’avons accueilli avec suspicion : il était muni d’un appareil photo! Nous l’avons arrêté, puis, très vite, relâché, avant de l’admettre dans nos rangs », raconte John Leuth. Lui-même fils d’un missionnaire, Leuth soutient que certains cadres de la rébellion avaient été formés par les israélien; Désormais intégré au mouvement que dirige Joseph Lagu, Garang est nommé adjudant. Dès l’année suivante, en 1972, un accord de paix est conclu entre les Anya-Anyas et le général Gaafar Nimeiri, qui, en 1969 a pris le pouvoir à l’issue d’un coup d’Etat; Une large autonomie est concédée aux Sudistes, tandis que les rebelles sont intégrés à l’armée régulière. Garang est nommé capitaine; 

En 1974, il retourne aux Etats-Unis où il reçoit une formation militaire sur la base de fort Benning, en Géorgie, puis reprend ses étude à l’Iowa State University. En 1981, il décroche un doctorat (Ph. D) en économie agricole et regagne son pays.

A Khartoum, la situation a bien changé. Nimeiri a rompu avec les communiste et s’appuie désormais sur les fondamentalistes musulmans. Pour complaire à ses nouveaux alliés, il va bientôt commettre une erreur fatale : instaurer la charia (loi islamique) sur l’ensemble du territoire. Véritable mosaïque d’ethnies et de croyances (animistes et chrétiens y sont les plus nombreux), le Sud s’y oppose violemment.

En mai 1983, cinq cents soldats de la garnison de Bor, sous les ordres du commandant Kerubino Kwanin Bol, refusent leur affectation dans le Nord. C’est une mutinerie. Garang, de son côté, a repris du service dans l’armée régulière, avec le grade de colonel. Depuis l’année précédente, il enseigne à l’université et à l’Académie militaire de Khartoum. Nimeiri le charge de ramener les mutins à la raison, mais, arrivé sur place, il s’empresse de prendre leur tête et invite les autres garnisons du Sud à rejoindre le mouvement. Très vite, il devient le chef de la rébellion et fonde le mouvement populaire de libération du Soudan (MPLS), ainsi que l’Armée populaire de libération du Soudan (APLS), sa branche armée. Les Etats-Unis et plusieurs pays de la région (Ethiopie, Ouganda, Erythrée, Kenya) lui assurent un soutien logistique - et parfois militaire.

C’est l’Ethiopie qui, dès 1983, va offrir aux hommes de Garang leur première base arrière. Proche de l’ex-URSS, le régime marxisant de Mengistu Haïlé Mariam se montre fort hostile à Nimeiri, rallié, pour sa part, à un anticommunisme pur et dur. En plein flirt avec Moscou, le Libyen Mouammar Kaddafi est dans le même cas : fâché avec Nimeiri, il livre des armes à l’APLS et finance ses camps d’entraînement en Ethiopie.

En janvier 1986, à Kampala, Yoweri Museveni renverse le régime militaire de Tito Okello. Plusieurs années auparavant Garang et lui ont fréquenté l’université de Dar es-Salam, en Tanzanie, et les deux hommes sont restés amis. Désormais, l’Ouganda sera la nouvelle base arrière du MPLS.

Au cours de ces vingt dernières années, Garang n’a que très occasionnellement eu un domicile fixe. En dehors de l’Ouganda, où il est traité comme un roi, il se rend fréquemment au Kenya et en Ethiopie. En 1984, par l’intermédiaire de Robert Frazure, le futur chef de la mission américaine en Ethiopie, il fait la connaissance de Tiny Rowlands, le milliardaire britannique, qui lui fournira secrètement des avions pour ses déplacements. Il fait parfois des visites en Erythrée, en Egypte (où le MPLS a un bureau), en Libye et au Nigeria, pays multiethnique qui se montre intéressé par la recherche d’une solution pacifique au Soudan.

Dans le maquis, le dernier quartier général connu de Garang est le camp de Rumbek, à 500 km. par la route de la frontière ougandaise. La région est le théâtre de combats sporadiques et de famines récurrentes. C’est là qu’entouré d’adolescents en armes, tous membres de son ethnie, il reçoit ses visiteurs. Son crâne luisant, sa barbe grisonnante et sa tenue de combat taillée sur mesure sont reconnaissables entre tous. Son corps massif et sa haute taille (1,93 m) impressionnent. Le chef du MPLS est armé d’un couteau de combat et d’un pistolet automatique 9 mm.  Un fusil d’assaut AKM traîne à portée de la main.

A une époque, il a parfois donné l’impression de se complaire dans son exil doré. Son intransigeance, sans doute renforcée par les nombreux soutiens étrangers dont il bénéficiait, l’a par exemple incité à rompre les négociations de paix engagées avec le premier gouvernement soudanais démocratiquement élu, celui de Sadek el-Mahdi (1986-1989). Nouvelle occasion perdue, en 1989, lorsqu’il a sèchement décliné la proposition du général Béchir, qui venait de renverser Mahdi par un coup d’Etat d’entrer au gouvernement;

Mauvais choix. Entre 1989 et 1995, les forces gouvernementales multiplient les opérations dans le Sud, et les positions de Garang se détériorent. Heureusement pour lui, le Américains sont fermement résolus à isoler le gouvernement soudanais, coupable d’avoir donné asile à Oussama Ben Laden. Sous couvert d’aide humanitaire, ils fournissent au MPLS une assistance financière importante.

Les attentats du 11 septembre 2001 vont bouleverser la donne. Impressionné par la détermination américaine, le gouvernement de Khartoum accepte de collaborer à la lutte contre le terrorisme. La même année, Washington, qui vient d’adopter une nouvelle politique énergétique, se montre intéressé par le pétrole soudanais. L’ancien sénateur John Danforth est désigné pour « faciliter » la mise en place d’une solution politique et parrainer les pourparlers de paix. Ceux-ci s’engagent en 2002. En visite dans les maquis, Danforth confie à Garang qu’il arrive toujours un moment où un chef de guerre doit se résoudre à déposer les armes. Bref, qu’il faut savoir terminer une rébellion. En mars 2002, le patron du MPLS séjourne pendant deux semaines à Washington, à l’invitation du département d’Etat. Il y rencontre notamment Colin Powell et Paul Wolfowitz, le numéro deux du Pentagone, preuve qu’il dispose encore de solides appuis. Le 28 mai dernier, lors d’une nouvelle rencontre, Powell lui répétera que l’administration Bush souhaite que les négociations aboutissent. 

D’autant que les deux parties sont régulièrement accusées par les organisations humanitaires et le département d’Etat de graves violations des droits de l’homme : assassinats et enlèvements de villageois, pratique de l’esclavage, détournement de l’aide alimentaire pour financer des activités militaires... Garang répond que ce ne sont là que « bavures ». Et qu’il ignore ce que font ses lieutenants sur le terrain.

Ceux qui l’ont connu le décrivent tantôt comme un personnage charismatique, tantôt comme une « bête de guerre », dure et sans pitié, qui ne fait vraiment confiance qu’aux membres de son ethnie, les Dinkas. John Leuth, aujourd’hui installé aux Etats-Unis, l’accuse d’avoir fait exécuter la plupart des officiers de son mouvement disposant d’un certain niveau d’éducation et de tout faire pour empêcher l’apparition de rivaux potentiels. « C’est un militaire irresponsable et indiscipliné » estime-t-il.

Garang est donc loin de faire l’unanimité chez ses « amis, qui l’accusent d’avoir mis en place un « pouvoir personnel ». Un jour, il s’est plaint d’avoir à lutter non sur un seul front, mais sur dix-sept à la fois. De fait, scissions, réconciliations et (parfois) exécutions ont émaillé l’histoire de la rébellion sudiste, depuis vingt ans.  En mars 1993, l’APLS a éclaté en quatre factions rivales. On n’en recense aujourd’hui pas moins de sept. Six d’entre elles, dont la plus célèbre est dirigée par Riak Machar, ont signé un accord de paix avec Khartoum, en avril 1997, avant que Machar ne se réconcilie avec  Garang, en janvier 2002.

Habile manoeuvrier, celui-ci est parvenu, depuis dix ans, à nouer des alliances avec les principaux partis d’opposition, tous musulmans, réunis au sein de l’Alliance démocratique nationale (AND), et avec le parti d’Hassan el-Tourabi, qui fut l’inspirateur du gouvernement Béchir avant d’être écarté de toute responsabilité. Si l’alliance avec les forces démocratiques musulmanes est vue comme allant dans le sens d’un consensus national en faveur de la paix, celle avec les islamistes de Tourabi soulève plusieurs interrogations. A-t-il les mêmes objectifs que lui concernant l’avenir du Soudan ? A ces questions embarrassantes, Garang répond délibérément à côté : « j’ai entendu dire qu’il a neigé sur l’Arabie saoudite, ce matin ». Bien entendu, jamais le moindre flocon n’a effleuré ce pays.

 

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Le peuple soudanais ne peut pas être abandonné à la violence des armes
 
Nombreuses sont les guerres oubliées en Afrique, mais entre toutes il y en a une qui dure depuis 20 ans et nous de l'Agence MISNA espérions vraiment qu'en 2003 elle pouvait se conclure. Nous parlons ici du sanglant conflit en cours entre l'armée gouvernementale soudanaise et les rebelles de l'Armée de Libération du Seigneur (SPLA). Les signaux que nous avions reçu ces derniers mois laissaient vraiment espérer. Et au contraire, hier précisément, le quotidien indépendant soudanais al-Sahafa, dans une chronique détaillée de Nanyuki, la localité du Kenya où il y a quelques jours la négociation entre les deux parties ont repris, annonçait que les médiateurs africains de l'IGAD (Autorité Intergouvernementale pour le Développement) auraient décidé de renvoyer sine die la tractation, au terme d'une semaine qui s'est écoulée entre blocages et scepticisme réciproques, qui au contraire était attendue comme la dernière ligne droite du long marathon pour parvenir finalement à un accord entre les autorités de Khartoum et la rébellion du Sud Soudan, en lutte depuis 1983. Selon les informations officieuses recueillies par l'Agence MISNA, dans des milieux diplomatiques influents, pour le moment tout est encore incertain car le gouvernement de Khartoum reste ferme dans son refus, exprimé en juillet dernier, du plan proposé par l'IGAD. Un porte-parole de la SPLA, Yasser Arman, a au contraire dit que "les négociations risquent d'échouer" et que la "réalisation de tout objectif dépend du gouvernement qui doit modifier ses positions obstinées". Une source gouvernementale dans la capitale soudanaise a cependant affirmé hier qu'une "résolution conciliante a été approuvée" lors des négociations avec les rebelles, sans cependant fournir de plus amples détails. Au même moment, toujours mardi, la presse soudanaise a référé quelques déclarations de John Prendergast, représentant américain de la Commission d'évaluation de la négociation (composée des Etats-Unis, de l'Italie, de la Norvège et de la Grande-Bretagne), selon qui, le gouvernement de Washington imposera des sanctions à la partie qui sera reconnue responsable de l'éventuel échec de la négociation. Selon Prendergast, si les deux parties ne devaient pas parvenir à un accord, "les médiateurs imposeront un document à prendre ou à laisser". Face à ces circonstances, les propos rapportés par L'Osservatore Romano, organe de presse du Saint Siège, viennent à l'esprit, résumant efficacement l'urgence pressante d'une entente: "Le peuple soudanais ne doit pas être déçu. Il a trop souffert, exposé à plus de vingt ans de souffrances indicibles". Voilà pourquoi on ne peut qu'encourager les membres de la commission d'évaluation de la négociation à poursuivre leur œuvre de persuasion auprès du gouvernement de Khartoum et de la SPLA en vue d'une solution définitive de la controverse. Si d'une part la conscience est forte que pendant trop d'années la guerre soudanaise n'a pas représenté une priorité dans l'agenda politique international, d'autre part intervient la prise de conscience que le sang versé par plus de deux millions de personnes, ainsi que le drame de nombreux réfugiés, interpelle toute personne qui tente de collaborer à l'élaboration d'une solution fructueuse de la crise. 
(MISNA, Italie, 20-08-2003)
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Déclaration de la présidence au nom de l'Union européenne sur le processus de paix au Soudan
 

Communiqué de presse- 8 août 2003

L'Union européenne se félicite de la reprise, le 10 août, des négociations de paix concernant le Soudan parrainées par l'IGAD.

L'UE considère que le moment est venu de dégager un compromis définitif sur les questions qui restent en suspens et de parvenir à un accord global pour mettre un terme au conflit et aux souffrances de la population civile du Soudan.

L'Union européenne invite instamment les parties à œuvrer activement avec les médiateurs de l'IGAD conduits par l'envoyé spécial kenyan afin de trouver une solution globale fondée sur la stricte observation de l'État de droit et le respect intégral des droits de l'homme et des libertés fondamentales pour répondre aux aspirations de paix et de prospérité de l'ensemble du peuple soudanais dans le cadre d'un Soudan unifié.

L'Union européenne salue le rôle clé que jouent les États membres de l'IGAD et, en particulier, le Kenya, en qualité de facilitateur, et rappelle qu'elle continue de soutenir sans réserve le processus de paix engagé sous l'égide de l'IGAD.

L'Union européenne assure les parties qu'elle est prête à les aider à mettre en œuvre l'accord de paix et à accompagner le Soudan sur la voie de la consolidation de la paix, de la démocratie et du développement.

L'Union européenne se félicite de ce que la cessation des hostilités et l'addendum concernant l'équipe de vérification et de contrôle aient été prorogés de trois mois supplémentaires et est disposée à apporter son appui au mécanisme de contrôle.

L'Union européenne engage les parties à respecter intégralement leurs obligations au titre des accords signés.

Chypre, la République tchèque, l'Estonie, la Hongrie, la Lettonie, la Lituanie, Malte, la Pologne, la République slovaque et la Slovénie, pays adhérents, la Bulgarie, la Roumanie et la Turquie, pays associés, ainsi que l'Islande, le Liechtenstein et la Norvège, pays de l'AELE membres de l'Espace économique européen, se rallient à cette déclaration.

 

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Soudan : Retour en arrière
 
Le gouvernement du National Islamic Front pourrait bien revenir à la table des pourparlers de paix de Machakos, le 3 août prochain, après avoir claqué la porte des négociations le 11 juillet. Il ne veut pas porter la responsabilité de l’échec des négociations et souhaite faire durer les discussions jusqu’à ce que les Occidentaux s’en désintéressent. Il avait commencé à préparer l’opinion à leur échec dix jours avant de claquer la porte des discussions. L’intervention exceptionnelle de l’Egypte, ce mois-ci, a renforcé la confiance du NIF, qui a beaucoup fait pour séduire Le Caire.

Les Soudanais du Sud et du Nord voient les choses autrement. Ils jugent les médiateurs plus proches du gouvernement que de la SPLA. Le médiateur en chef, le général kenyan  Lazaro Sumbeiywo n’a pas facilité les choses en déclarant le mois dernier que la SPA « devait se satisfaire » de 10% car c’était « mieux que rien ».

Bien que la SPLA ait davantage impressionné l’étranger que l’opposition du Nord, elle n’en a pas fait assez. En juin, la délégation du colonel  John Garang a observé que le soutien si chèrement gagné de la secrétaire britannique au développement International Clare Short allait cruellement lui manquer. La rencontre avec Valerie Amos qui lui a succédé ne s’est pas bien passée, selon des source proches de la SPLA. Et quand Garang s’est présenté à l’Imperial Botanic Beach Hotel d’Entebbe, où le président ougandais Yoweri Musevni devait rencontrer le président George Busch le 11 juillet, les responsables américains, dont le secrétaire d’Etat adjoint aux Affaires africaines Walter Kansteiner, se sont précipités pour éviter que l’on puisse éventuellement photographier une poignée de main historique entre Bush et le chef de la guérilla soudanaise. Garang a au moins la satisfaction d’être allé à Washington : le commissaire aux Affaires humanitaires Sulaf el Din Salih Mohamed Tahir s’est récemment vu refuser un visa. La SPLA a accepté quasiment tout ce que les médiateurs ont proposé.

Cela n’est pas simple, dans la mesure où l’ordre du jour est largement fixé par le NIF. Ses objections se focalisent désormais sur des points qu’il avait officiellement entérinés non seulement à Machakos mais aussi il y a des années, à savoir l’éventuelle sécession du Sud et une « enclave » laïque à Khartoum, en remplacement de l’accord de séparation de la religion et de l’Etat de 1997.

Le « projet d’accord pour un règlement des questions en suspens », qui a bloqué les discussions, est un document verbeux qui peut être librement interprété. Le vice-président (du Sud) est  censé approuver les décisions du président (du Nord). Comme ce n’est pas le président  Omer el Beshir qui prend la plupart des décisions, cela les met tous les deux à l’écart, et c’est sans doute là, précisément, que souhaitent les voir les décideurs du NIF.

(Africa Confidential, édition français , n°432 du 28-07-2003)
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Critères pour le dialogue Union Européenne/Gouvernement soudanais en conformité avec l’article 8 de l’accord de Cotonou
 
 
ECOS est un groupe de 80 associations européennes, dont 9 ONG françaises, qui s’intéressent au Soudan.
Le dialogue Union européenne/ Gouvernement soudanais, qui date de 1999,  comporte un certain nombres de critères liés à l’article 8 de l’accord de Cotonou qui réclame « un dialogue régulier, équilibré et approfondi...menant aux engagements des deux côtés » dans le but de nourrir la compréhension mutuelle et de contribuer à la paix, la sécurité et la stabilité en promouvant un environnement politique stable et démocratique. Le dialogue, est requis pour « une estimation régulière des développements concernant le respect des droits de l’homme, les principes démocratiques, le règne de la loi et la bonne gouvernance » dont l’application permettrai la reprise des avantages liés aux traités de Lomé /Cotonou.
Toutefois, ni ces critères, ni leur degré d’application, n’ont jamais été rendus publics. Il serait  important qu’ils le soient. On ne saurait demander la transparence au gouvernement soudanais sans la pratiquer.
La note qui suit suggère donc un certain nombre d’indicateurs facilement mesurables des critères ; elle  comprend également une section concernant le processus de paix. Comme l’UE a aussi ouvert un  dialogue avec le M/ALPS, les principes sous-tendant ces critères et indicateurs devraient être utilisés dans le processus en préparation d’un accord de paix dont le résultat serait l’inclusion du M/ALPS dans le gouvernement provisoire.

TRADUCTION :

1. Le processus de Paix

Indicateurs :
- Le plein engagement du gouvernement du Soudan au processus de paix sur la base de la Déclaration de Principes de l’IGAD, incluant le droit à l’autodétermination et la liberté de religion.

- Ne plus cibler la population et les installations civiles que ce soit par les bombardements, l’action militaire ou autre,  par des unités de l’armée soudanaise ou par des milices soutenues par le gouvernement

- Accès inconditionnel, non entravé et sûr à toutes les régions du Soudan pour les organisations d’aide humanitaire.

- Les revenus générés par l’exploitation des ressources naturelles, y compris le pétrole, sont utilisées de manière transparente et exclusivement pour le développement pacifique du pays.

-  le prolongement du Mémorandum d’Entente du 15 11 02 et de l’Addendum, daté du 05 02 03 sur la cessation des hostilités après le 31 03 03 si un accord de paix n’a pas été conclu alors
 

2 Démocratie, bonne gouvernance et règne de la loi

Indicateurs: 
- Une nouvelle constitution sur laquelle  un accord soit obtenu par un processus démocratique et transparent, incluant tous les groupes politiques principaux  d’opposition ainsi que les organisations de la société civile, constitution qui incorpore les obligations juridiques internationales du Soudan, garantisse pleinement les droits de son peuple  d’après le droit international et permette à tous les habitants du Soudan de jouir de leurs droits sociaux économiques et culturels.

- Séparation formelle et réelle des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire.

- un processus clair  et une limite de temps astreignante  mis en place pour satisfaire les légitimes aspirations des peuples des régions marginalisées, spécialement les Monts Nouba, les régions Funj (Ingessana et Nil Bleu Sud) et d’Abyei

- L’établissement de structures de gouvernement qui garantisse et assure le jouissance des pleins droits civils et politiques à toutes les parties de la population
 

3 Le respect des Droits de l’homme

Indicateurs : 
- Active promotion et respect de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, des Conventions Internationales sur les Droits Economiques, Sociaux et Culturels ainsi que sur les Droits Civils et Politiques, et les libertés fondamentales , y compris les droits à la liberté d’expression et à la liberté de la presse.

- Active promotion et respect du Droit International Humanitaire et des Conventions de Genève 

- Création d’un environnement pour tous les habitants du Soiudan les rendant capables de mettre en oeuvre leurs droits civils et politiques par l’établissement d’une Commission des Droits de l’Homme indépendante aux ressources convenables et fontionnant pleinement

- Accès inconditionnel non entravé et sûr  à toutes les régions du Soudan pour les organisations des droits de l’homme des Nations-Unies et non-gouvernementales pour la recherche, la surveillance et la prise de conscience par les personnes

- plein respect pour les principes directeurs du Déplacement Interne, y compris la facilité de retour volontaire pour tous les réfugiés et les Personnes Déplacées qui le désirent à leur lieu d’origine, en consultation avec des organisations internationales  et  avec celles de la société civile.
 

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Crise dans le Darfour :  besoin urgent d’une commission d’enquête internationale et d’observateurs
 
Lundi 28 avril 2003

Tandis que la situation s’aggrave dans le Darfour, à l’ouest du Soudan, Amnesty International demande que le Darfour soit inclus dans l’opération de surveillance du respect des droits humains mise en place au titre du processus de paix. Une commission d’enquête internationale et indépendante devrait également être envoyée dans le Darfour pour y enquêter sur la détérioration de la situation.

«Au moment où s’ouvrent des pourparlers de paix devant mettre un terme à vingt années de conflit au cours desquelles deux millions de personnes sont mortes et 4,5 millions d’autres ont été déplacées, la communauté internationale ne doit pas regarder en silence s’opérer le choix d’une solution militaire à des problèmes de droits humains qui ferait s’enfoncer une autre partie du Soudan dans le désastre», a déclaré l’organisation.

Au cours de ces dernières années, des groupes nomades de la région ont tué des centaines de civils parmi des groupes d’agriculteurs sédentaires du Darfour comme les Four, les Zaghawa et les Masalit, brûlant leurs maisons et volant le bétail et des chèvres.

Lors du dernier épisode tragique, le 23 avril 2003, des membres armés de groupes nomades, certains portant des uniformes et décrits comme des membres d’une milice gouvernementale, ont attaqué des hommes qui se trouvaient près de la mosquée de Mulli, dans l’ouest du Darfour, à quinze kilomètres au sud de Geneina, capitale de l’État. Cinquante-cinq personnes ont été tuées, au moins vingt autres ont été blessées, des animaux domestiques ont été tués ou volés.

Le vendredi 25 avril s’est déroulée à Geneina une manifestation pour protester contre ces homicides et contre le fait qu’aucune arrestation n’ait eu lieu ; le bureau du gouverneur a été brûlé ; les forces de sécurité ont tué un manifestant et arrêté un certain nombre de personnes dont Munira Hassan Taj al-Din, qui aurait été à la tête de la manifestation. Au moins un policier a également été tué.

Des milliers de villageois ont fui leurs villages depuis le 11 avril, après des attaques perpétrées par les forces gouvernementales et des milices arabes organisées par le gouvernement combattant contre l’Armée de libération du Soudan (SLA, Sudan Liberation Army, formée en février par des membres de groupes sédentaires de la région) dans la région de Koutoum, au nord du Darfour. Selon certaines informations, la nourriture commencerait à manquer mais du fait de la présence des militaires dans la région il est extrêmement difficile d’obtenir des informations sur les personnes ayant fui leurs villages. Koutoum est actuellement sous couvre-feu du lever du jour au coucher du soleil, le téléphone est coupé et des points de contrôle ont été installés sur les routes de la région.

Le 25 avril, l'Armée de libération du Soudan a attaqué l’aéroport militaire d’el Facher, la capitale du Darfour septentrional; deux Antonovs et quatre hélicoptères  auraient été endommagés. 

«Il ne faut pas qu’une escalade se produise dans ce conflit dont personne ne veut et qui pourrait être résolu par des recommandations claires et des mécanismes de protection des droits humains fondamentaux, a déclaré Amnesty International. La communauté internationale doit agir !»

Des délégués d'Amnesty International se sont rendus à el Facher en janvier 2003 ; ils ont parlé de la situation avec des représentants du gouvernement soudanais, des villageois ayant été victimes d’attaques et des avocats locaux. Amnesty International a lancé un appel au gouvernement soudanais en février pour qu’il établisse une commission d’enquête indépendante et mette en œuvre ses recommandations. Cet appel a été salué par de nombreuses personnes dans le Darfour et au-delà.

Toutefois, l’occasion de comprendre les facteurs complexes ayant conduit à la dégradation de la situation actuelle et d’identifier des mécanismes de protection des droits humains a été perdue.

«Les populations du Soudan ne doivent pas souffrir plus longtemps de la guerre et de son cortège d’atteintes aux droits humains et de souffrances. Une commission d’enquête internationale et impartiale doit être diligentée dans les meilleurs délais pour identifier les causes complexes de la crise ; elle doit pouvoir faire des recommandations ayant force d’obligation pour y mettre un terme, dans le respect des droits humains ; une telle commission pourrait permettre un cessez-le-feu immédiat.»

Une commission d’enquête internationale indépendante pourrait être mise en place par l'Union africaine ou l'Assemblée générale ou le Conseil de sécurité des Nations unies. Des ressources suffisantes devraient être mises à sa disposition ; les membres de cette commission d’enquête devraient être indépendants et posséder une bonne connaissance de la région et de ses problèmes.  Toutes les autorités concernées devraient être dans l’obligation de coopérer pleinement à l’enquête et d’accorder à ses membres libre accès aux personnes, lieux et documents qu’ils souhaiteraient voir. Les conclusions de l’enquête devraient être rendues publiques et les recommandations de la commission  mises en œuvre.

Dans le contexte des pourparlers de paix, le gouvernement du Soudan a accepté qu’une commission d’enquête indépendante internationale  soit constituée pour enquêter sur les enlèvements et accusations d’esclavage lors de la guerre civile.

«Des enquêtes indépendantes sérieuses peuvent mettre en lumière les facteurs complexes à l’origine des atteintes aux droits humains fondamentaux qui se sont produites dans la région et suggérer des mécanismes de respect des droits humains pour les résoudre», a déclaré Amnesty International.

Complément d’information

Bien qu’au départ le gouvernement soudanais ait semblé cherché une solution pacifique à la situation dans le Darfour – l‘Assemblée nationale soudanaise a mis en place un comité d’urgence sur le Darfour et une assemblée consultative de citoyens du Darfour a fait des recommandations pour mettre un terme au conflit de façon pacifique – le gouvernement a déclaré fin mars que les exigences de l'Armée de libération du Soudan (SLA, formée par des groupes sédentaires de la région) étaient trop élevées et qu’il avait décidé de mettre un terme au conflit par des moyens militaires.

En avril, après d’intenses pressions par le gouvernement soudanais, la Commission des droits de l’homme des Nations unies  a voté contre le renouvellement du mandat du Rapporteur spécial sur la situation des droits de l’homme au Soudan qui, dans son rapport aux Nations unies sur la situation des droits humains dans ce pays, avait souligné la dégradation de la situation dans le Darfour. La perte du Rapporteur spécial des Nations unies remet encore davantage en cause une surveillance externe des atteintes aux droits humains au Soudan.

Les négociations de paix se poursuivent au Kenya sous l’égide de l'Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD) et de médiateurs internationaux. Le Darfour, dans le nord du Soudan, n’a toutefois pas été inclus dans les pourparlers de paix, non plus que la surveillance du respect des droits humains censée accompagner la paix.

Pour obtenir de plus amples informations, veuillez contacter le Service de presse d'Amnesty International, à Londres, au +44 20 7413 5566 ou consulter le site http://www.amnesty.org
 

Amnesty International, International Secretariat, 1 Easton Street, WC1X 0DW, London, United Kingdom
 


 
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Kofi Annan  sermonne  la Commission des droits de l’homme des Nations Unies
 
Kofi Annan a fait la leçon à la Commission des droits de l’homme, la rappelant à ses obligations, ses devoirs et sa mission.
« Votre voix a été affaiblie par les dissensions et votre message a perdu de sa clarté….il faut que cela change », à dit le 24 avril le Secrétaire général de l’ONU, en visite à Genève. M. Annan n’a pas ménagé son auditoire en affirmant : « Qu’ils soient civils, politiques, économiques, sociaux ou culturels, les droits de l’homme sont universels ». Une manière de dénoncer la sélectivité dont a fait preuve la Commission en fondant ses critiques et ses condamnation sur des critères essentiellement politiques.
« Il vous faut dépasser les différences culturelles et reconnaître par exemple que les droits des femmes sont les mêmes sur tous les continents », a dit Kofi Annan, en mettant le doigt sur les faiblesses d’une assemblée qui semble parfois sombrer dans l’incohérence et la partialité. « Qui oserait prétendre que certains peuples préfèrent la tyrannie et l’autocratie au pluralisme et la représentativité dans le respect de l’état de droit ? » a-t-il interrogé.
Il est manifeste pour le Secrétaire général que la Commission « doit changer de discours ». Il porte, à ses yeux, que les questions les plus sensibles soient abordées franchement, et que tous les pays, riches ou pauvres, grands ou petits, soient traités sur un pied d’égalité. « Chaque pays doit balayer devant sa porte et commencer par veiller au respect des droits de sa propre population ». Une admonestation peu courante dans les instances onusiennes où les pays membres n’ont pas l’habitude d’être bousculés.
Kofi Annan a manifestement pris la mesure du manque de crédibilité de la Commission, et s’est ému d’une situation susceptible de remettre en cause la légitimité de cette instance. Avant de critiquer les autres, il convient à chaque Etat de s’assurer que son propre système est aussi efficace que possible a souligné en substance le patron de l’ONU. Actuellement, les rapporteurs de la commission des droits de l’homme se voient trop souvent dénier le droit d’entrer dans les pays où ils sont censés enquêter. Nombre de gouvernements leur claquent la porte au nez sous le prétexte d’immixtion dans leurs affaires intérieures Durant l’actuelle session, la Commission a renoncé à ,examiner les violations commises par la Chine, blanchi la Russie –à propos de la Tchétchénie- et le Soudan, ménagé Cuba, oublié le Zimbabwe. Israël, en revanche, a reçu sa traditionnelle ration d’opprobre.
« Les atteintes flagrante ne doivent pas être tolérées, ce refus doit être absolu et universel, que les violations soient le fait de pays développés ou en développement », a conclu Kofi Annan.
(Le Figaro, 25 avril 2003)

 
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La Maison-Blanche cautionne le processus de négociation au Soudan
 
Selon une note analytique diffusée le 22 avril 2003, par le département d'Etat, le président des Etats-Unis, M. George W. Bush, a déterminé et certifié que "le gouvernement du Soudan et le Mouvement populaire de libération du Soudan négocient de bonne foi et que ces négociations doivent se poursuivre."

Département d'Etat, Bureau du porte-parole - 22 avril 2003

NOTE ANALYTIQUE

La loi sur la paix au Soudan : Conclusion du président et notification au Congrès

La loi sur la paix au Soudan prévoit, dans les six mois qui suivent sa promulgation et, subséquemment, tous les six mois, que le président des Etats-Unis détermine et certifie que le gouvernement du Soudan et le Mouvement populaire de libération du Soudan négocient de bonne foi et que les négociations doivent continuer. Elle prévoit aussi d'autres déterminations le cas échéant.

Le 21 avril 2003, le président George W. Bush a déterminé et certifié que "le gouvernement du Soudan et le Mouvement populaire de libération du Soudan négocient de bonne foi et que les négociations doivent continuer".

Le mémorandum de justification de la détermination présidentielle présentait notamment les points suivants :

- Les discussions continuent de progresser, encore qu'inégalement, et représentent toujours le meilleur moyen de mettre fin pacifiquement à la guerre civile.

- Les pourparlers ont permis de progresser régulièrement sur nombre de questions, notamment l'autodétermination, la relation entre la religion et l'Etat, le partage du pouvoir, la distribution des richesses, les arrangements de sécurité, les modalités de cessez-le-feu, l'accès humanitaire et les problèmes de transition, en dépit de la résistance au changement qu'ont opposée certains membres des deux camps.

- L'envoyé spécial du président, les parties au conflit, le médiateur et les observateurs étrangers officiels continuent tous d'appuyer le processus de paix et de recommander sa poursuite.

- Le médiateur partage notre opinion selon laquelle les négociations ne doivent pas être d'une durée illimitée et qu'il est possible de parvenir à une solution juste et durable, pour peu que les parties s'y appliquent.

L'envoyé spécial du président pour la paix au Soudan, M. John Danforth, affirme que "le processus de paix a réellement une chance raisonnable d'aboutir". Il a recommandé que les Etats-Unis intensifient leurs efforts en vue d'aider les deux camps à parvenir à un règlement concernant les questions en suspens.

Le général kényan Lazaro Sumbeiywo, président du Secrétariat de la paix au Soudan et médiateur des pourparlers, a plaidé en faveur de la continuation de l'appui et de l'aide des Etats-Unis dans une lettre adressée le 1er avril 2003 au secrétaire d'Etat américain, M. Colin Powell.

Le président du Soudan, M. Omar Hassan El-Bachir, et le président du Mouvement populaire de libération du Soudan, M. John Garang, ont eu une réunion au Kenya le 2 avril 2003, à l'issue de laquelle ils ont diffusé un communiqué commun réaffirmant leur attachement au processus de paix et exprimant leur espoir d'un règlement définitif d'ici juin 2003.

Rapport Section 8 : le conflit au Soudan

Le 21 avril 2003, conformément à la loi sur la paix au Soudan, le secrétaire d'Etat a déposé au Congrès un rapport traitant divers aspects du conflit soudanais, et relatant notamment les faits suivants, décrits en plus de détails dans le rapport :

- Plusieurs consortiums pétroliers internationaux fonctionnent au Soudan. Le volume estimatif de leur production en 2002 s'élevait à 240.000 barils de pétrole par jour, produisant des revenus pouvant atteindre, selon les estimations, la somme de 1,2 milliard de dollars par an, et dont on suppose qu'ils se traduisent par une augmentation à tout le moins proportionnelle des dépenses militaires du gouvernement soudanais.

- Depuis l'application des sanctions en 1997, il est interdit au Soudan d'obtenir aux Etats-Unis, ou avec la participation de personnes des Etats-Unis, le financement de l'infrastructure et des oléoducs nécessaires à l'exploitation pétrolière.

- Depuis la conclusion, le 15 octobre 2002, du mémorandum d'accord entre le gouvernement du Soudan et le Mouvement populaire de libération du Soudan relatif à la cessation des hostilités, aucun bombardement aérien n'a été signalé à partir d'avions à ailes fixes.
On a cependant fait état d'attaques par hélicoptères. Au cours de 2002, jusqu'au 15 octobre, quelque 85 bombardements aériens avaient été signalés selon diverses sources d'information, culminant aux mois de juin et de septembre, et faisant environ 200 morts parmi lapopulation civile.

- Depuis la conclusion de ce mémorandum du 15 octobre 2002 qui prévoyait en outre l'accès sans entrave aux convois humanitaires, le gouvernement du Soudan a réduit considérablement son obstruction et sa manipulation de l'aide humanitaire, et l'accès s'est amélioré ; il reste cependant de nombreuses zones d'ombre.

Rapport Section 11 : Crimes de guerre

Le 21 avril 2003, le secrétaire d'Etat a également remis au Congrès, conformément à la loi sur la paix au Soudan, un compte rendu "des incidents susceptibles de constituer des crimes contre l'humanité, des actes de génocide, des crimes de guerre et autres violations du droit humanitaire". Ce compte rendu indique notamment :

- Depuis la signature du mémorandum d'accord, le 15 octobre 2002 (et l'entrée en vigueur de la loi sur la paix au Soudan le 21 octobre 2002), la plupart des incidents qui ont été signalés d'attaques contre la population civile et de déplacements forcés se sont produits dans la région occidentale du haut Nil, le fait, essentiellement, d'opérations menées par le gouvernement et par ses milices alliées.
Divers actes de violence dirigés contre les civils ont contraint ces derniers à quitter leur zone habituelle d'habitat : meurtres, viols, enlèvements, mise à feu des abris et pillage des biens ( y compris des animaux d'élevage et des produits des cultures) nécessaires à la vie.

- Des attaques de types divers contre la population civile ont été régulièrement signalées tout au long de l'histoire de la guerre civile. Nombre d'entre elles sont le fait d'un mauvais commandement et encadrement militaire et de la médiocrité des règles d'engagement (c'est ainsi que des civils ont fait les frais de cas de recours aveugle à la force et de techniques de ciblage extrêmement imprécises) ; on note cependant que les deux camps ont recouru à la violence contre les civils en tant que stratégie militaire.

(Diffusé par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://usinfo.state.gov/francais/)

 


 
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La solidarité africaine a joué à la Commission des droits de l'homme de l'Onu
 
GENEVE, 17 avril, 2003 (AFP) - La solidarité africaine a joué à la Commission des droits de l'homme de l'Onu (CDH) à Genève où les pays du continent ont fait bloc pour protéger deux des leurs mis en cause par les Européens et les Américains: le Zimbabwe et le Soudan. 
Ces deux pays ont échappé mercredi à toute condamnation de leurs pratiques en matière de droits de l'homme, malgré le dépôt de résolutions critiques par l'Union européenne, soutenue par Washington. 
Le groupe africain avait déjà réussi en janvier, par le jeu des alliances Nord-Sud, à imposer la Libye à la présidence de la CDH, au grand dam des Etats-Unis. 
La CDH, dont les 53 membres sont élus pour trois ans et représentent les cinq continents, compte cette année quinze pays du groupe africain. Ceux-ci peuvent aussi bénéficier d'appuis d'autres pays du Sud, au gré des sujets et des intérêts. 
Ainsi la Russie, l'Inde, la Chine, Cuba ou la Syrie ont volé au secours de Khartoum. Le représentant syrien à la CDH a fustigé "la politique de deux poids, deux mesures" des Occidentaux en matière de droits de l'homme. 
Il a fait valoir les "efforts" accomplis par le régime musulman de Khartoum pour régler le conflit qui l'oppose depuis 20 ans à la rébellion sudiste de l'Armée populaire de libération du Soudan (SPLA) dans le sud du pays, région à majorité chrétienne et animiste. 
Ces deux arguments ont été repris en choeur par les représentants de Cuba, de la Chine, du Pakistan (au nom de l'Organisation de la conférence islamique), de l'Afrique du sud (au nom du groupe africain), du Kenya et de la Libye.
L'ambassadeur d'Algérie a noté qu'il s'agissait de la quatrième résolution présentée par l'UE contre un pays du Sud. 
Les pays africains ont rejeté en bloc la résolution, à l'exception de l'Ouganda, qui s'est abstenu. Kampala et Khartoum s'accusent mutuellement de soutenir des mouvements de guérilla. 
Le texte a été repoussé par 26 voix contre, 24 pour et trois abstentions. 
L'an dernier, une résolution semblable avait été adoptée d'extrême justesse (25 voix pour, 24 contre, trois abstentions). 

Washington reproche à la CDH de ne pas avoir condamné Khartoum et Harare 

WASHINGTON, 17 avr (AFP) - Les Etats-Unis ont reproché jeudi à la Commission des droits de l'homme de l'Onu (CDH) de ne pas avoir condamné le Soudan et le Zimbabwe, accusés de violations graves des droits de l'Homme. 
Ces deux pays ont échappé mercredi à toute condamnation de la CDH malgré le dépôt de résolutions critiques par l'Union européenne, soutenue par Washington. 
Les 15 pays africains membres de la CDH ont rejeté en bloc la résolution condamnant le Soudan, à l'exception de l'Ouganda, qui s'est abstenu. 
"Nous sommes déçus que quelques membres influents du groupe africain aient bloqué cette résolution", a déclaré le porte-parole du département d'Etat, Richard Boucher. 
"Les Etats-Unis voient cela comme un échec manifeste de la commission à garder les projecteurs sur les souffrances imposées au peuple soudanais", a-t-il dit. 
Face à la campagne menée par Américains et Européens pour faire condamner le régime de Robert Mugabe, les Africains ont fait front avec encore plus d'efficacité puisque la résolution européenne dénonçant "la poursuite des violations des droits de l'homme" par Harare a été écartée sans vote grâce à une "motion de non action". Cette manoeuvre permet d'empêcher qu'une résolution soit mise aux voix. 
La motion a recueilli 28 voix (tous les Africains, Russie, Cuba, Chine, Inde, Pakistan, Libye, Syrie, Vietnam). Vingt-quatre pays ont voté contre (UE, Etats-Unis, Canada, pays latino-américains). 
L'an dernier, Harare était passé entre les mailles du filet de la même façon. 
"Nous appelons les pays démocratiques (...) à s'opposer aux motions de non action", a déclaré M. Boucher, ajoutant que Washington "continuerait à faire pression sur le gouvernement du Zimbabwe pour mettre fin aux violations des droits de l'Homme". 
 


 
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Joséphine Bakhita, l’Africaine 1869-1947
De l’esclavage à la liberté du Christ.
 
Conférence du quatrième dimanche de Carême, à Notre Dame de Paris, 30 mars 2003 
par S.E. le Cardinal Paul Poupard, Président du Conseil Pontifical de la Culture (Cité du Vatican)

De l’Europe en quête de son âme avec Robert Schuman à l’Inde aux prises avec la détresse de Mère Teresa, le Christ qui nous parle par ses disciples nous a ouvert les voies convergentes de la politique et de la charité comme chemin de sainteté. Dimanche dernier, le philosophe Maurice Blondel a éclairé notre  réflexion sur le sens de notre existence, « en Bon Samaritain, lui écrivait Monseigneur Montini, futur pape Paul VI, dont la charité intellectuelle, en se penchant sur l’humanité blessée, s’efforce de la comprendre et, lui parlant son langage, lui élargit l’intelligence et la prépare à recevoir la bonne nouvelle de l’Amour Sauveur. » Aujourd’hui c’est de l’humanité blessée en Afrique que la lumière de l’Evangile nous est donnée pour éclairer notre route de la lumière de la foi qui nous ouvre un chemin de liberté, voie de sainteté avec le Christ.

Encore peu connue en France, Bakhita l’Africaine est une véritable héroïne de bande-dessinée : l’esclavage qui rencontre le Christ et trouve avec Lui la liberté de vivre une vie pleinement humaine d’enfant de Dieu. Une histoire vraie qui nous paraît incroyable. En notre temps, au Soudan, une petite fille heureuse est brutalement arrachée à sa famille, vendue et revendue comme esclave, une histoire douloureuse autant que merveilleuse. Car Joséphine Bakhita accompagne ses nouveaux maîtres en Italie. L’un deux lui donne un crucifix : « Il te rappellera que Jésus Christ est aussi mort sur la Croix pour toi ». Baptisée, la petite esclave puise dans sa foi de résister à ses maîtres qui veulent la ramener contre son gré au Soudan. Avec force et détermination, elle déclare :

 Je ne partirai pas d’ici : je ne veux pas perdre le Bon Dieu.

Car elle sait qu’en retournant dans son pays d’origine, elle n’aura pas la liberté de pratiquer sa foi.

 Je regardais le crucifix et je sentais en moi le calme la force de résister.

Comme l’esclavage  est interdit par la loi italienne ses maîtres sont contraints de la laisser en Italie. Désormais libre, baptisée, religieuse, cuisinière, lingère, brodeuse, sacristine, concierge, elle gagne le cœur de tous par sa douce simplicité et sa grande charité. Entrée dans la vie éternelle le 8 février 1947, sa sainteté est reconnue par l’Eglise le 1er octobre de l’année du grand Jubilé de l’an 2000. Et son message venu de l’Afrique soudanaise, gagne le monde entier à l’aube du nouveau millénaire. Cette petite sœur universelle venue de cette Afrique souffrante que Robert Schuman déjà nous pressait de ne pas oublier. Dans notre égoïsme d’Européens qui n’avons plus à gérer des territoires d’outre-mer, mais gardons le devoir de les aider, comme le demandais déjà le Pape Paul VI dans son encyclique Populorum progressio, à

 « accomplir en plénitude le vrai développement, qui est le passage, pour chacun et pour tous, de conditions moins humaines à des conditions plus humaines.

Moins humaines : les carences matérielles de ceux qui privés du minimum vital, et les carences morales de ceux qui sont mutilés par l’égoïsme. Moins humaines : les structures oppressives, qu’elles proviennent des abus de la possession ou des abus du pouvoir, de l’exploitation des travailleurs ou de l’injustice des  transactions. Plus humaines : la montée de la misère vers la  possession du nécessaire, la victoire sur les fléaux sociaux, l’amplification des connaissances, l’acquisition de la culture. Plus humaines aussi : la considération accrue de la dignité d’autrui, l’orientation vers l’esprit de pauvreté, la coopération au bien commun, la volonté de paix. Plus humaines encore : la reconnaissance par l’homme des valeurs suprêmes, et de Dieu qui en est la  source et le terme. Plus humaines enfin et surtout la foi, don de Dieu accueilli par la volonté de l’homme, et l’unité dans la charité du Christ qui nous appelle à participer en fils à la vie  du Dieu vivant, père de tous les hommes. » 1

Bakhita, qui, en arabe, veut dire « fortunée » - quelle ironie tragique et cruelle-, c’est le nom que lui donnent ses ravisseurs les négriers, en l’arrachant brutalement à la tendresse et à l’amour des siens. Cette heureuse petite fille au Soudan devenue malheureuse esclave nous raconte elle-même ses aventures incroyables qui la conduisent du Soudan occidentale à Khartoum, Gênes, Venise et Schio. Arrachée à sa famille par des négriers, vendue à un marchand d’esclaves, elle s’enfuit. Capturée de nouveau, revendue à un homme très riche, se souvient-elle, elle est revendue à un général de l’armée turque, et enfin rachetée par l’agent consulaire de l’Italie qui l’embarque avec lui pour l’Italie, où elle est cédée à Madame Michielli. Celle-ci entend bien la ramener avec elle en Afrique. Mais la jeune Bakhita, alors âgée d’une vingtaine d’années, refuse de retourner en Afrique. Car elle a connu Jésus chez les religieuses en Italie.

    Je refusai, nous dit-elle, de la suivre en Afrique parce que je n’avais pas terminé la préparation au baptême. Je pensais aussi qu’une fois baptisée, je n’aurais pas pu en aucun cas y professer ma religion. Il me convenait donc de rester avec les religieuses.

 Déclarée officiellement libre par le procureur du roi à Venise, elle y  reçoit les trois sacrements de l’initiation chrétienne, le baptême, la confirmation et l’eucharistie, des mains du Cardinal Domenico Agostini, le patriarche de Venise. Heureuse religieuse, elle fait la joie de tous, vivant exemple de liberté chrétienne d’une petite esclave devenue pleinement libre en Jésus-Christ.

 Il vaut la peine de l’écouter nous raconter son histoire, traduite et publiée en de nombreuses langues africaines, comme aussi en anglais et en hindi, en allemand et en ukrainien, en polonais et en russe2. Elle attire notre attention distraite sur l’enfance exploitée, la femme humiliée, l’Afrique déshéritée et le chemin de liberté qu’ouvre le baptême jusqu’à la pleine consécration à Dieu dans la vie religieuse, fidèlement vécue dans la joie jusqu’à la mort.

 Le pays natal de Bakhita l’Africaine est connu sous le nom de République indépendante du Soudan, et les chrétiens y sont toujours persécutés, bien qu’ils soient pourtant nombreux à Khartoum : sur une population de  vingt millions d’habitants, quasi un million de catholiques, dont l’archevêque Monseigneur Gabriel Zubeir Wako est venu rappeler les souffrances à l’Assemblée plénière des évêques français à Lourdes. Entendons ce cri bouleversant d’un évêque qui clame la détresse de son peuple persécuté, dans l’indifférence du monde :

« (…) les chrétiens subissent  le harcèlement continuel des forces de sécurité, une humiliation constante et sont fréquemment le bouc émissaire en temps de crise.

 L’Eglise du Soudan n’est  ni anti-islam, ni anti-gouvernement. C’est une Eglise qui s’est établie dans un pays divisé et déchiré par la guerre, pour témoigner du Christ, Lui qui demeure toujours un signe de contradiction.

(…) Depuis 1995 il y a eu une destruction systématique des écoles et des centres de prière chrétiens sous prétexte, soit qu’ils se trouvaient être là où les urbanistes voulaient construire des routes, soit qu’ils avaient été bâtis illégalement sur un terrain non planifié . Curieusement, toutes les nouvelles routes passent par nos centres (au moins vingt-cinq ont été démolis de cette manière). Les églises n’ont jamais reçu de compensation pour les structures démolies ; on ne leur a pas donné non plus de terrain en remplacement. (…)

Depuis le mois de mai, nous nous battons pour garder nos écoles qui éduquent 42 826 élèves pour la plupart enfants de déplacés. Le gouverneur de Khartoum voulait que ces écoles soient fermées et les enfants envoyés à des écoles gouvernementales. Malgré la dernière déclaration de gouvernement selon laquelle il n’avait jamais eu l’intention de prendre ces écoles, nous sommes toujours harcelés par de fréquentes inspections qui ne sont pas annoncées et qui sont faites parfois par des hommes de la sécurité ‘armés’ ou par des soldats. Les cibles principales maintenant sont le personnel. Les écoles, le droit de propriété des terrains. Un autre facteur très inquiétant est l’utilisation continuelle de la police armée, d’hommes de la sécurité et de soldats pour harceler l’Eglise. Je fus arrêté par un contingent d’au moins quinze hommes armés qui entrèrent dans ma maison en grimpant sur la clôture, le Père Hilary fut arrêté par environ dix hommes armés ; le Père Gilles fut expulsé, accompagné par des hommes armés ; le club catholique fut confisqué par deux camions pleins d’hommes armés ; la même méthode d’intimidation est utilisée maintenant envers nos écoles. (…)

Le présent régime a fait de l’islam son programme principal et l’applique systématiquement à tous les aspects de la structure de l’Etat, politique, judiciaire, exécutif, législatif, économique et social. Le problème, toutefois n’est pas seulement la religion mais aussi le système de gouvernement qui supprime les droits élémentaires de l’homme et utilise des méthodes répressives, incluant l’emprisonnement au secret, les exécutions sommaires, la torture en détention, l’emprisonnement sans jugement ; et aussi le système de sécurité d’intimidation, organisé pour agir en dehors des lois.(…)

Nous ne devons pas confondre les problèmes politiques créés par les gouvernements avec l’attitude des musulmans ordinaires. Au Soudan les musulmans vivent et travaillent côte à côte avec les chrétiens. On peut dire avec quelque vérité que la tolérance et le respect mutuel font partie de la culture soudanaise dans son ensemble. Les relations de bon voisinage sont caractéristiques dans la plupart de nos tribus. Laissés eux-mêmes sans coercition politique, les Soudanais ne donneraient aucune raison à quiconque de les accuser de se persécuter mutuellement.

Cependant dans l’archidiocèse, l’Eglise se bat pour continuer sa mission. L’évangélisation et la formation continue des chrétiens sont nos priorités. (…)

Nous lançons un vibrant appel à tous les évêques de France et à tous ceux ici présents :

- de prier pour nous, de demander à vos fidèles de prier pour mon pays et pour les Soudanais et d’offrir des sacrifices pour eux ;

- de parler en notre nom pour que soit instaurée une paix fondée sur le dialogue et le respect des droits de l’homme au Soudan.» 3

Cette immense région qui englobe presque tout le bassin du Nil fut convoitée déjà par les Romains, devenus souverains de l’Egypte voisine. Mais les envoyés de Néron déclarèrent le pays « trop pauvre pour être digne d’une conquête ». Les Arabes ne furent pas du même avis et au VII° siècle, après s’être emparés de l’Egypte, poussèrent jusqu’à la Nubie, commencèrent des razzias et  un commerce régulier d’esclaves. Au XIX° siècle, Mohamed Aly Khédive, vice-roi d’Egypte, et son fils Ibrahim éliminèrent les vieilles principautés. Et alors que la Grande-Bretagne s’apprêtait à intervenir depuis l’Egypte, un soit-disant envoyé de Dieu ou Madhi, Mohamed Ahmed, de victoire en victoire, pilla et détruisit les Missions catholiques, imposant à tous la loi islamique et mettant les missionnaires et les sœurs faits prisonniers devant l’alternative : l’Islam ou la mort. Tous se déclarèrent près à mourir plutôt que de renier la foi catholique. Et ils moururent de fait de misère et de maladie au court de leur captivité. La guerre Sainte du Madhi avait atteint le but convoité. La conquête du Soudan et l’Eglise en ruine, les habitants exposés jour et nuit aux bandes de négriers s’abattant à l’improviste sur les villages, enlevant hommes, femmes et enfants pour les vendre en esclaves, au mépris de tous les droits humains comme des traités internationaux. « En effet, écrivait alors Monseigneur Comboni de El Obeid, le gouvernement islamique adhère au traité du Congrès de Paris en 1856 sur le papier seulement. En Afrique centrale, l’esclavage est encore en pleine vigueur. Le cri de douleur de ce peuple n’atteint pas l’Europe. La désolation continue et continuera longtemps encore. » 

Ecoutons la douleur de la petite Bakhita dans la simplicité de son récit, que je résume à grands traits, en lui gardant sa fraîcheur originale :

Ma famille habitait exactement au centre de l’Afrique. Je vivais tout à fait heureuse, sans même savoir ce qu’était la souffrance. J’avais environ neuf ans lorsqu’un matin, avec une de mes amies, j’allai me promener dans les champs, un  peu éloignés de la maison. Soudain nous vîmes déboucher d’une haie deux étrangers armés. L’un me saisit rudement par le bras, tira un gros couteau de sa ceinture et, me l‘appuyant sur le côté, il intima : si tu cries, tu es morte. Viens, suis-moi ! » J’appelais Papa et Maman avec une angoisse qu’on ne peut décrire. Personne ne m’entendait. L’un d’eux me poussa dans un débarras plein d’outils et de saletés, et ferma la porte à clef. Je restai dans ce taudis plus d’un mois. Je me souviens encore de ces heures d’angoisse. Je me sentais si accablée que mon cœur semblait éclater.

Vendue à un marchand d’esclaves, elle marche huit jours de suite, toujours à pied, à travers bois, montagne, vallées et déserts, d’abord les hommes puis les femmes, liés l’un à l’autre par une grosse chaîne autour du cou, fermée par un cadenas. Tout autour du cou, de grandes plaies d’où coulait le sang. Traînée au marché des esclaves, enfermée avec sa compagne dans un taudis dont le gardien, un soir, leur enlève les chaînes des pieds pour décortiquer les épis de maïs et les donner au mulet. Perdu dans ses pensées, il s’éloigne sans fermer la porte.

Le maïs dans la main, nous nous sauvâmes à toutes jambes. Toute la nuit ne fut q’une trépidante course. Haletantes et essoufflées nous entendîmes  parfois les rugissements des fauves dans le noir et nous grimpions sur les arbres  pour nous sauver.

Reprises, les  fugitives sont vendues et achetées par le chef des Arabes qu’une simple inattention met fou de rouge :

Il me jeta à terre, me frappa sans répit à coups de pieds et me laissa comme morte.

Trois mois plus