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2007

Message de Noël du Cardinal Gabriel Zubeir Wako

2006

 

AMNESTY INTERNATIONAL : Soudan. L'accroissement du dispositif militaire du gouvernement au Darfour est le signe qu'une crise des droits humains menace

AMNESTY INTERNATIONAL : Soudan. Le Darfour a besoin d'une force de maintien de la paix des Nations unies qui puisse garantir la sécurité des civils

Interview télévisée de M. Jacques CHIRAC, Président de la République , à l'occasion de la fête nationale, interrogé par Patrick POIVRE D'ARVOR - David PUJADAS

Darfour : origines et bilans d'un génocide (1ère et 2e partie)

2005

 
LE WHO’S WHO DU DARFOUR - 21 février 2005

LA MUE DU SOUDAN PESE SUR LE CONFLIT DU DARFOUR

L’accord de paix du 9 janvier dernier donne à des millions de soudanais l’espoir de rentrer chez eux. Mais les conditions au Sud sont extrêmement précaires.

Malgré l’accord de paix signé le 9 janvier 2005 à Nairobi, le Soudan ou l’arène des martyrs - 09 février 2005

2004

Le Soudan qualifie de «grave erreur» la déclaration de Colin Powell sur le «génocide» au Darfour - 11 septembre 2004

Soudan: Atrocités massives à Darfour  - 2 avril 2004

Louise Arbour est nommée haut commissaire de l’ONU aux Droits de l’Homme -20 février 2004

Lettre Pastorale de la Conférence Episcopale du Soudan - 31 janvier 2004

Darfour : le gouvernement et la crise humanitaire - 11 février 2004

Khartoum et les rebelles du sud signent l'accord de partage des ressources - 7 janvier 2004

2003 et années antérieures







2007

Message de Noël 2007

Cardinal Gabriel Zubeir Wako

« Il vous est né aujourd'hui, dans la ville de David, un Sauveur qui est le Christ Seigneur » (Lc 2,11)

 

Le Verbe, le Fils de Dieu s'est fait chair et est né de la Vierge Marie. Il a habité parmi nous. C'est ainsi que Dieu dans son amour infini et fidèle a réalisé les plans et les promesses qu'il avait faits dès le commencement pour le salut de la race humaine. 

« Dieu, en effet, a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils, son unique, pour que tout homme qui croit en lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle  » (Jn 3,16 ). Dieu couvre toute notre histoire. Depuis le commencement il nous a promis le salut. Dans son amour infini il a réalisé ses promesses par son Fils unique devenu homme et né de la Vierge Marie, pour habiter parmi nous, en témoin fidèle de cet amour ; il mènera toutes choses à leur plénitude avec notre participation «  afin que tout homme qui croit en lui…ait la vie éternelle  » (cf Jn 3,16). Nous devons remercier Dieu pour son plan d'amour, nous réjouir aujourd'hui de sa réalisation, attendre dans l'espérance son parfait accomplissement.

 

Noël n'est pas une simple commémoraison. C'est un événement d'aujourd'hui, comme la bonne nouvelle qui est pour tout le peuple. Et cela continuera d'être « aujourd'hui » pour toutes les générations jusqu'à la fin des temps et spécialement pour ceux qui veulent bien écouter. L'Enfant naît aujourd'hui pour ouvrir une porte vers l'avenir,- un avenir où il est le Sauveur pour toujours. Cet « aujourd'hui » tient en lui notre plus grand espoir, aspiration et désir : la vie éternelle. Entre aujourd'hui et l'éternel demain la naissance du Christ nous laisse un mot qui attire tous les hommes à lui : le salut en lui. Ce n'est donc pas un salut anonyme, mais le salut dans un nom et un visage, une personne. C'est Jésus Christ et Il veut que ce salut continue dans l'avenir, dans l'éternité, avec un nom et un visage, nos noms et nos visages. En réalité le Verbe de Dieu en devenant homme s'est uni à toutes et à chacune de nos personnes. Jésus Christ se multiplie lui-même en nous et à travers nous, si nous acceptons de coopérer avec lui. Notre foi en lui attire sa puissance en nous, la puissance qui nous fait enfants de Dieu «  nés non pas d'un vouloir d'homme…mais de Dieu » (cf Jn 1,11).

 

Pendant tout l'Avent nous avons prié : « Seigneur, viens nous sauver ». A Noël nous espérons la réponse aimante de notre Dieu à cette prière. Certes nous sommes conscients de nos péchés et de notre mal et Dieu connaît tout cela. C'est pourquoi il nous a envoyé une Personne, son propre fils en chair et en os, pour expérimenter avec nous ces maux, hormis le péché, pour nous sauver de l'intérieur, grâce à son amour, sa miséricorde, sa compassion et sa solidarité qu'il nous communique.

 

Noël est un « nouveau » commencement pour nous. Le Seigneur donne à chacun de nous un nouveau nom et une nouvelle identité, celle d'enfants de Dieu dans le Christ. Notre société et notre monde sont maintenant une famille : la famille de Dieu où tous sont enfants de Dieu et, en conséquence, frères et sœurs les uns des autres. Notre espérance de salut se réalise en acceptant honnêtement de vivre en frères et sœurs. Les gens qui disent « Notre Père… » déclarent ainsi qu'ils sont frères et sœurs - et doivent vivre selon ce qu'ils disent.

 

Frères et sœurs, voyez vous combien nous sommes tentés d'ignorer cette vérité fondamentale, à savoir que nous sommes frères et sœurs les uns des autres ? L'argent, les richesses, le pouvoir et l'orgueil…nous amènent à ignorer les autres et parfois à les traiter en ennemis, à les éliminer, à nous adonner à de violentes confrontations. Le frère tue son frère, vole son frère, hait son frère. La sécurité des membres de la famille de Dieu est menacée. Tout le monde vit dans la peur. Nos leaders politiques, nos outils de communication sociale, nos forces militaires et de sécurité, qui devraient créer une atmosphère de confiance, d'unité et de dialogue entre les personnes, deviennent souvent des forces de division, de haine, de soupçon, de méfiance et de violence. Et combien de discours et de déclarations fracassantes ne servent qu'à justifier l'oppression des pauvres, la marginalisation de certains groupes ethniques, la violence et la cruauté des forts, la souffrance de plus en plus lourde des victimes.

 

Nous devons aussi être attentifs à l'idée de développement qui se répand dans notre pays. Beaucoup d'efforts sont consacrés à divers types de constructions et à des projets ostentatoires. On fait beaucoup moins attention, et dans certains endroits, pas du tout, à la promotion du bien-être et du développement des personnes en tant que communautés et individus. La réponse effective aux besoins humains fondamentaux des gens ordinaires  est bien faible, que ce soit pour la nourriture, l'habillement, la santé, le travail, l'éducation, la culture, l'information adéquate, le droit et la possibilité de fonder et d'élever une famille, et, aujourd'hui plus que jamais et pour beaucoup de gens, la sécurité physique. Les conséquences prévisibles en sont la division, la marginalisation de large secteurs de notre société, et une menace grandissante de confrontation violente entre les couches sociales que nous sommes en train de créer, peut-être inconsciemment. Nous sommes un pays qui a encore beaucoup à faire pour restaurer et vivre une paix durable sur l'ensemble du territoire. Il n'y a pas d'espoir de paix sans une réelle fraternité qui transcende les frontières des tribus, langues, religions, ethnies et statuts sociaux. Il ne peut pas y avoir de paix sans de grands efforts pour la promotion du bien commun de tous. Pourquoi ne sommes nous pas capables de mettre davantage nos efforts à créer un esprit de famille de fraternité, plutôt que de préparer et d'entraîner pour la guerre, de justifier des façons de parler et d'agir injustes et discriminatoires, et de chercher les querelles ?

 

Le principe et la pratique d'une réelle fraternité entre les personnes, voilà ce que Noël exige de nous et nous offre comme «  une bonne nouvelle qui sera une grande joie pour tout le peuple  »(Lc 2,10) Pouvons nous vivre cette vraie fraternité ? Noël nous dit que oui, parce que « l'Emmanuel », Dieu, est avec nous. Il continue de nous remplir de son amour et c'est dans et par la force de cet amour que nous pouvons et devons nous aimer les uns les autres comme des frères et des sœurs.

 

Que les souhaits et les vœux que nous échangeons à Noël nous aident à nous considérer les uns les autres comme des personnes qui méritent le bonheur, la reconnaissance, le respect, la paix et l'amour parce que nous sommes tous les enfants du :même Père. C'est là le véritable esprit de Noël. Dans cet esprit, et pour renforcer cet esprit, il nous faut rendre nos souhaits de Noël plus personnels. Un simple « Joyeux Noël » ne suffit pas. Soyons plus vrais et personnels, disons « FRERE,(ou SŒUR), joyeux Noël ! avec l'accent mis sur « Frère » ou « Sœur »

 

Que la lumière et la grâce de l'Enfant nouveau-né brillent sur nos visages tandis que nous échangeons ces souhaits. Que Dieu notre Père qui a ouvert pour nous la porte de sa propre famille nous rassemble en une famille aimante. Que Marie Mère de Jésus et notre Mère intercède pour nous afin que la bénédiction du Sauveur qu'elle a porté change nos cœurs et nous inspire de vivre en union les uns avec les autres comme Lui même s'est uni à chacun de nous.

 

Joyeux Noël à tous.

Cardinal Gabriel Zubeir Wako, archevêque de Khartoum

Noël 2007

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2006

AMNESTY INTERNATIONAL - COMMUNIQUÉ DE PRESSE

Soudan. L'accroissement du dispositif militaire du gouvernement au Darfour est le signe qu'une crise des droits humains menace

28 août 2006

Embargo : 28 août 2006 00h01 TU

Amnesty International a signalé ce lundi 28 août 2006 que la concentration de troupes soudanaises au Darfour risquait de provoquer très prochainement une catastrophe des droits humains, et elle a exhorté le Conseil de sécurité à prendre immédiatement des mesures pour protéger la population dans la région.

 

« Des témoins oculaires à el Fasher, dans le nord du Darfour, nous disent que l'armée gouvernementale soudanaise apporte chaque jour par avion des hommes et des armes, a déclaré Kate Gilmore, secrétaire générale adjointe exécutive d'Amnesty International. Les personnes déplacées au Darfour sont terrifiées à l'idée que les soldats qui les ont chassées de leur maison et de leur village puissent maintenant être envoyés soi-disant pour les protéger. »

 

L'organisation a appelé le Conseil de sécurité des Nations unies à exercer le maximum de pressions sur le Soudan – y compris en imposant de nouvelles sanctions ciblées aux autorités soudanaises – pour qu'il accepte l'envoi d'une force de maintien de la paix des Nations unies au Darfour.

 

Le Conseil de sécurité doit se réunir ce lundi 28 août 2006 pour élaborer un projet de résolution sur la crise au Darfour.

 

Le gouvernement soudanais a proposé son propre plan de protection pour la population du Darfour, qui prévoit semble-t-il l'envoi de 26 000 soldats de l'armée gouvernementale dans la région.

 

« Le "programme de protection" du gouvernement soudanais est une imposture et doit être fermement rejeté, a déclaré Kate Gilmore. Comment le Soudan, qui semble sur le point de lancer sa propre offensive au Darfour, peut-il proposer d'assurer le maintien de la paix dans un conflit dont il est l'un des principaux protagonistes et auteurs de graves violations des droits humains ? »

 

Le 29 juillet 2006, le gouvernement soudanais a bombardé des villages dans le Nord du Darfour, en violation d'une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies de mars 2005 interdisant les offensives aériennes au Darfour. Les groupes armés d'opposition se sont également rendu coupables de graves atteintes aux droits humains, y compris des attaques contre des convois humanitaires.

 

Document public

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Pour obtenir de plus amples informations, veuillez contacter le Service de presse d'Amnesty International à Londres, au +44 20 7413 5566

Amnesty International, 1 Easton St. , Londres WC1X 0DW . web : http://www.amnesty.org

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AMNESTY INTERNATIONAL - COMMUNIQUÉ DE PRESSE

Soudan. Le Darfour a besoin d'une force de maintien de la paix des Nations unies qui puisse garantir la sécurité des civils

17 août 2006

Embargo : 17 août 2006 00h01 TU

L'Union africaine et l'Accord de paix sur le Darfour n'ont pas tenu leurs promesses vis-à-vis de la population du Darfour, a déclaré Amnesty International ce jeudi 17 août, alors que le Conseil de sécurité des Nations unies se prépare à discuter d'un possible mandat pour une force de maintien de la paix des Nations unies chargée de protéger les civils au Darfour. Seul un engagement renouvelé et déterminé des Nations unies et de la communauté internationale peut offrir l'espoir qu'un terme soit mis aux souffrances de la population.

 

« La communauté internationale doit admettre qu'aucune solution n'a été proposée pour mettre fin aux souffrances de la population au Darfour – au contraire, les choses vont de mal en pire, a déclaré Kate Gilmore, secrétaire générale adjointe exécutive d'Amnesty International. La population du Darfour a aujourd'hui besoin d'une force internationale de maintien de la paix ayant le pouvoir de faire cesser les homicides, les viols et les déplacements forcés. La sécurité des personnes est un besoin essentiel – et un droit fondamental – de la population du Darfour. »

 

Des chercheurs d'Amnesty International viennent de rentrer de la partie orientale du Tchad, où ils ont rassemblé des témoignages de réfugiés ayant récemment fui le Darfour. Ces témoignages révèlent que la plupart des personnes au Darfour occidental sont prisonnières de fait dans les camps ou dans les villes, la quasi totalité de la région étant toujours contrôlée par les milices janjawids.

 

« Une nouvelle fois, le monde dans son ensemble ferme les yeux sur le conflit au Darfour, faisant comme si la paix était en marche alors qu'en fait rien n'est plus éloigné de la vérité, a déclaré Kate Gilmore. Le conflit s'est attisé depuis l'Accord de paix sur le Darfour, davantage de personnes ont été déplacées, davantage de violations des droits humains ont été perpétrées sans qu'il n'y ait le moindre progrès vers plus de justice. De plus, il y a maintenant un danger réel de voir le conflit traverser la frontière et s'étendre au-delà du Soudan. »

 

La Mission de l'Union africaine au Soudan (MUAS) n'a pas les moyens – et souvent pas la volonté – de protéger les civils. Une réfugiée qui a passé deux ans dans le camp Mornay avant de fuir vers le Tchad a expliqué à Amnesty International que la MUAS « ne fait rien quand des personnes déplacées portent plainte. Même lorsqu'une femme a été violée, ils la ramènent simplement au camp. »

 

Un responsable de la MUAS , regrettant la diminution des ressources de la mission, a déclaré désespéré à Amnesty International, « Nous ne pouvons pas protéger la population comme nous le devrions. C'est une imposture. »

 

Au nord du Darfour, dans la région de Korma, 72 civils ont été tués en cinq jours début juillet. Les attaquants étaient membres de la faction Minni Minawi de l'Armée de libération du Soudan – le seul parti, en dehors du gouvernement, à avoir signé l'Accord de paix sur le Darfour. Les attaquants ont déclaré à leurs victimes que c'était là leur punition pour s'être opposées à l'Accord de paix. Les troupes de la MUAS n'ont pas répondu aux appels à l'aide des victimes et la MUAS n'a, selon toute apparence, pas ouvert d'enquête sur les homicides – déclarant que les villageois attaqués avaient des liens avec un groupe qui n'avait pas signé l'Accord de paix.

 

Entretemps, bravant ouvertement la résolution du Conseil de sécurité des Nations unies interdisant les vols militaires offensifs au-dessus du Darfour, des avions Antonov du gouvernement soudanais continuent de bombarder les zones contrôlées par les opposants à l'Accord de paix sur le Darfour.

 

« La population du Darfour se méfie profondément – à juste titre -  d'un accord de paix dont la mise en œuvre dépend avant tout du gouvernement soudanais, a déclaré Kate Gilmore. Pour qu'il y ait une paix réelle respectant les droits fondamentaux des personnes, il faut une réponse aux inquiétudes concernant l'accord de paix.

 

« Une force de maintien de la paix des Nations unies disposant d'un mandat et de ressources suffisantes pour protéger les civils pourrait offrir à la population du Darfour quelque espoir pour le futur - le gouvernement soudanais ne doit pas empêcher le déploiement d'une telle force. »

 

Cette semaine, le président Omar el Béchir a redit son opposition au déploiement d'une force des Nations unies au Darfour, déclarant selon certaines sources qu'il « s'opposerait à toute force envoyée par les Nations unies » et « la combattrait comme le Hezbollah combat les forces israéliennes » au Liban.

 

« Étant donné que le déploiement de quelque10 000 soldats et autres membres du personnel des Nations unies a déjà été autorisé au Soudan – avec l'accord du gouvernement soudanais, l'opposition du président à une force de maintien de la paix au Darfour est pour le moins incompréhensible, a déclaré Kate Gilmore.

 

« Beaucoup plus sérieusement, c'est un refus outrancier et inexcusable de la protection de base dont le Darfour a désespérément besoin et à laquelle il a droit. »

Complément d'information

La Mission de l'Union africaine au Soudan (MUAS) a été mise en place au Darfour pour surveiller l'application de l'accord de cessez-le-feu d'avril 2004 entre le gouvernement du Soudan et des groupes politiques armés. Le Conseil de Paix et de Sécurité de l'Union africaine a prolongé et réaffirmé en juin 2006 son mandat de protection des civils dans certaines circonstances .

 

L'Accord de paix sur le Darfour a été signé le 5 mai 2006 par le gouvernement du Soudan et l'une des factions rebelles de l' Armée de libération du Soudan (ALS) dirigée par Minni Minawi (de l'ethnie Zaghawa). D'autres factions de l'ALS, notamment le groupe bénéficiant du soutien de la plupart des Four, l'ethnie la plus importante au Darfour et le Mouvement pour la justice et l'égalité (MJE) n'ont pas signé l'Accord de paix sur le Darfour. Au cours des trois derniers mois, les groupes armés se sont divisés en factions et alliances qui soutiennent l'Accord de paix sur le Darfour ou s'y opposent, se combattent entre elles et se battent contre le gouvernement du Soudan et ses milices janjawids.

 

Dans son rapport du 28 juillet 2006 au Conseil de sécurité des Nations unies, le secrétaire général des Nations unies recommande la mise en place d'une force de maintien de la paix des Nations unies au Darfour qui aurait pour mandat de protéger les civils, ainsi que le renforcement du soutien des Nations unies à la MUAS dans la période de transition précédant le déploiement d'une telle force.

 

Dans une Lettre Ouverte au Conseil de sécurité envoyée le 4 août 2006 , Amnesty International a appelé les Nations unies à déployer une force capable, entre autres choses :

•  d'apporter la sécurité aux personnes se trouvant dans les camps, les villes et les villages ;

•  garantir le retour volontaire en toute sécurité des personnes déplacées et des réfugiés ;

•  de surveiller et contrôler activement le désarmement des Janjawids.

 

La nécessité d'agir rapidement pour faire diminuer les atteintes aux droits humains dans le Darfour apparaît clairement avec l'extension du conflit à l'est du Tchad, où Amnesty International a récemment recueilli des témoignages faisant état d'homicides et de déplacements forcés de civils par les Janjawids (voir Tchad/Soudan   : Les violences du D arfour atteignent le Tchad (index AI : AFR 20/006/2006 ; http://web.amnesty.org/library/index/fraafr200062006)

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Pour obtenir de plus amples informations, veuillez contacter le Service de presse d'Amnesty International à Londres, au +44 20 7413 5566

Amnesty International, 1 Easton St. , Londres WC1X 0DW . web : http://www.amnesty.org

 

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Interview télévisée de M. Jacques CHIRAC, Président de la République , à l'occasion de la fête nationale, interrogé par Patrick POIVRE D'ARVOR - David PUJADAS

Palais de l'Élysée, le vendredi 14 juillet 2006 (réf. : <elysee-2006-07-14>)

QUESTION - Je voudrais vous parler d'un théâtre d'opérations dont on ne parle jamais, dont l'Occident ne parle jamais : cela se passe au Darfour , c'est en Afrique. Tout comme il y a douze ans avec le Rwanda, il y a aujourd'hui trois cent mille morts en deux ans et demi. A quel niveau de victimes faudra-t-il s'arrêter pour que l'Occident s'y intéresse ?

LE PRESIDENT – Deux ou trois cent mille morts et au moins deux millions de réfugiés, dans des conditions désastreuses. C'est un vrai drame humanitaire, d'abord. Le Darfour, c'est, au coeur de l'Afrique, grand comme la France ; c'est, en gros, six millions d'habitants et c'est une partie du Soudan. Alors, première constatation, ce que vous dites, le drame humanitaire qui s'y déroule. Une intervention très fortement soutenues des organisations humanitaires, soutenue notamment par la France et, en particulier, sur le plan financier par d'autres aussi, et sur le plan matériel, notamment par l'aide qui est apportée à la force de l'Union africaine pour essayer de rétablir l'ordre.

QUESTION - Et on ne pourrait pas y envoyer les forces de l'ONU maintenant ?

LE PRESIDENT - Alors, à l'origine, il y a un an, les États-Unis avaient suggéré que l'on confie cette mission à l'OTAN. Il y a eu immédiatement un tollé général et un refus complet de la totalité des pays africains et, notamment, de l'Union africaine. Donc, ça n'a pas pu marcher. Nous avons proposé, à l'initiative de la France , je me permets de vous le rappeler, à ce moment-là, de faire un transfert sur l'ONU pour permettre d'avoir les moyens nécessaires pour intervenir car les moyens dont disposent l'Union africaine aujourd'hui sont insuffisants. En gros, ils doivent avoir 5 ou 6 000 hommes et il en faudrait trois fois plus. Nous avons obtenu que ce soit l'ONU qui prenne les rênes. C'est ce qui va se passer.

Nous sommes quand même dans une situation très difficile, d'autant plus difficile que, certes, il y a le Soudan, le Darfour, mais il y a le reste de l'Afrique qui commence à être déstabilisé par cette affaire. Le Tchad, incontestablement, est déstabilisé d'abord par les réfugiés qui arrivent massivement du Soudan. Nous nous en occupons comme on peut. Mais aussi la République centrafricaine qui est aussi en voie d'être déstabilisée.

Cette malheureuse Afrique qui voyait quelque espoir dans une reprise de l'économie, avec une croissance, qui, pour la première fois, était substantielle, est à nouveau prise dans les drames de cette nature. La France a fait un très gros effort sur le plan financier, notamment en faveur de ses ONG, ses associations humanitaires qui sont admirables et sur le terrain d'un dévouement et d'une compétence tout à fait exceptionnels, auxquelles je tiens à rendre hommage. Cela nous a coûté près de 200 millions d'euros pour le Darfour, ce n'est pas négligeable. Nous continuons à faire cet effort mais je dois reconnaître que la situation est dramatique.

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Darfour : origines et bilans d'un génocide (1ère et 2e partie)

11 juillet 2006 - Par Serge Farnel © Metula News Agency

 

Diraige écrivit au président Nimeiry une lettre d'avertissement, connue aujourd'hui sous le nom de « lettre de la famine ». Il y mentionnait qu'il prévoyait une famine en 1984, à moins de recourir à l'aide alimentaire internationale

 

Depuis 2003, au Darfour, 200'000 personnes ont été massacrées par des milices armées du gouvernement soudanais, tandis que deux millions de personnes ont été déplacées contre leur gré.

Afin de permettre aux lecteurs de la Ména de prendre la pleine mesure de cette tragédie, les articles qui suivront sur ce conflit auront pour objet d'en fournir les clés de compréhension ainsi que celles nécessaires à le placer dans son contexte historico-politique.

A la poursuite de ce second objectif, je me suis notamment appuyé sur le très riche ouvrage de Gérard Prunier : Le Darfour, un génocide ambigu (La Table ronde ; novembre 2005 ; 19,50 €). Un ouvrage, dont il convient de garder à l'esprit l'extrait suivant : « Le fait de savoir qu'il s'agit d'un génocide ou pas est très largement un problème d'étrangers pour lesquels le vocabulaire utilisé semble parfois plus important que l'objet auquel ce vocabulaire se réfère ».

Il importe également de mentionner que, pour les géographes arabes médiévaux, le bilad al-Sudan (« Terre des noirs ») allait de l'actuel Sénégal à l'Abyssinie. Le Darfour se situe dans la région la plus occidentale du Soudan. Dar Four signifie pays des Fours . Les Fours constituent l'une des trois grandes tribus à avoir peuplé le Darfour, avec les Masalit et les Zaghawa.

 

Le Soudan et le Darfour... et les voisins problématiques

 

C'est au début du XV ème siècle que naquit le sultanat du Darfour. Au milieu du XVII ème , l'islam servit à asseoir le pouvoir du sultan. La dichotomie musulmane du dar al-islam (soumission) et du dar al-harb (conversion ou esclavage) fit que les Fertit , qui étaient ceux qui refusèrent de se convertir à l'islam, furent contraints de fuir vers le Sud, faisant du dar Fertit un endroit de chasse à l'esclave.

Au XVIII ème siècle, la population pluriethnique était gouvernée sur la base d'un agrégat de légitimité musulmane et de rituels sacrés africains.

Durant ce centenaire, le dernier groupe ethnique, les awlad al-Bahar (enfants du fleuve), s'installa au Darfour. Il s'agissait de marchands et de prédicateurs religieux que les populations locales désignaient comme étant « les gens de Khartoum ». Lorsqu'au milieu du XIX ème , ils se répandirent dans le pays, le sud Soudan était alors négro-païen, tandis que le Darfour était déjà islamisé.

Se succédèrent ensuite sur ces contrées les grandes périodes de la Turkiyya (« Le temps des Turcs ») (1821-1840), puis de l' Umm Kwakiyya (« Le temps des bandits ») (1874-1881).

En 1885, trois ans après que les Anglais eurent pris possession de l'Egypte, les Mahdistes conquirent Khartoum, faisant entrer le Soudan dans l'ère de « Mahdiyya » (« Le temps du Mahdi »). Le Mahdisme était un régime théocratique millénariste qui ambitionnait de conquérir les lieux saints de l'islam, puis d'islamiser le monde [en savoir plus sur cette tradition] .

En 1898, les Anglais évitèrent, de peu, une confrontation avec les Français sur le point de conquérir le Tchad. C'est pourquoi, la même année, alors que le régime mahdiste au Soudan venait pourtant d'être renversé par les Anglais, le gouverneur de l'Egypte, Lord Cromer, victime de ce que l'on appelle aujourd'hui le syndrome de Fachoda , décida de se désintéresser du Darfour. Un cheikh local du nom d'Al Dinar saisit cette occasion pour y restaurer le sultanat. Un royaume laïcisant, suivant l'exaltation mahdiste, fut instauré par le nouveau sultan.

Craignant qu'Al Dinar ne succombât, pendant la Première Guerre Mondiale, à la tentative de déstabilisation engagée par les Turco-Allemands, les Anglais s'emparèrent d'El-Fashir, la plus grande ville du Darfour. Le 6 novembre 1916, Al Dinar fut tué dans sa fuite. Le sultanat du Darfour perdit son indépendance et passa sous le contrôle du Condominium anglo-égyptien.

La période qui s'ouvrit alors fut celle de la négligence coloniale. De 1899 à 1939, 315 hommes servaient au Sudan Political Service , huit seulement parmi eux étant affectés au Darfour. C'est sans doute à cause de ce désintérêt de la part de la puissance coloniale que l'immense territoire du Soudan fut divisé en dar (foyers tribaux), et la gestion effective du pays laissée entre les mains des chefs tribaux. C'est parmi les tribus sans dar que sera recrutée, en 2003, une grande partie des miliciens janjawid que l'on aura à évoquer par la suite.

Une dizaine de soulèvements « néo-mahdistes » eurent lieu jusqu'en 1914. Les Soudanais finirent cependant par se rallier aux Anglais durant la première guerre mondiale. En 1920, le mouvement néo-mahdiste s'implanta au Darfour et se présenta comme une alternative à la négligence du pouvoir colonial. Mais le fils du Mahdi, Sayed Abd-el Rahman, fut expulsé du Darfour en 1921, suite à un soulèvement mené dans la cité de Nyala, pour des raisons économiques.

La vie politique soudanaise était alors partagée entre les Mahdistes (du parti de la "nation arabe" - Oumma -, souhaitant l'indépendance du Soudan) et les Khatmiyyistes (parti unioniste , prônant « l'unité de la vallée du Nil »).

De leur côté, les Anglais tenaient avant tout au contrôle militaire du canal de Suez et se trouvaient soudain pris dans une situation conflictuelle menaçante avec ses anciennes colonies arabes du fait de la création du Foyer National Juif en Palestine. Les diplomates britanniques trouvèrent cependant dans les Mahdistes, opposés au Caire, un allié de circonstance. Les premières élections qui eurent lieu au Soudan en 1953 furent toutefois remportées par les unionistes . Le Darfour, acquis à la cause mahdiste, ne représentait aucun enjeu électoral, et fut ainsi à nouveau totalement négligé.

L'indépendance du Soudan fut proclamée le 1er janvier 1956. Deux ans plus tard, ce fut l' Oumma mahdiste et indépendantiste qui remporta les élections.

En novembre 1958, une forte crise nationale ébranla le Soudan. Le général Ibrahim Abboud prit le pouvoir, en accord avec les partis politiques, et instaura une « dictature consensuelle », tout en s'alignant précisément sur la politique menée par le chef d'Etat égyptien Gamal Abd-el-Nasser.

Abboud fut renversé par un soulèvement civil en octobre 1964, et les élections qui suivirent cette révolution, en 1965, furent à nouveau remportées par l' Oumma , à la tête de laquelle avait pris place un certain Sadiq al-Mahdi depuis quelques années. Les élections suivantes de 1968 virent la naissance d'une rhétorique raciale, les « Arabes » d'entre la population étant accusés d'être favorisés par Khartoum. Ainsi, au sein même de l' Oumma s'affrontèrent deux tendances : celle de l'imam al-Hadi, qui tentait de se rallier aux tribus arabes, et celle de son neveu Sadiq al-Mahdi, qui courtisait le Four Ibrahim Diraige, fondateur du Darfour Development Front (DDF), dans le but de se rallier la majorité noire de cette région. Cette alliance permit effectivement à Sadiq al-Mahdi de remporter les élections au Darfour, et d'obtenir une marge d'avance suffisante pour former un gouvernement national.

Or, en mai 1969, le gouvernement de Sadiq al-Mahdi fut renversé par un coup d'Etat militaire fomenté par le colonel Jaafar al-Nimeiry. L'imam al-Hadi fut tué, Sadiq al-Mahdi et Diraige furent faits prisonniers. Les Mahdistes entreprirent de lutter contre le pouvoir en jouant dangereusement avec l'argument ethnique, qui avait déjà été utilisé au cours des élections de 1968.

Au Tchad voisin, sévissait depuis 1965 une guerre civile. Le Nord, musulman, y était en lutte contre les Chrétiens du Sud. Ces affrontements interethniques ne tardèrent pas à déteindre sur l'assemblage démographique fort sensible du Darfour. Ainsi, ce fut non pas au Tchad mais au Darfour, qu'en juin 1966, fut fondé le Front de Libération National du Tchad (Frolinat).

Cette organisation nordiste musulmane allait-elle pouvoir compter sur le soutien de Khartoum pour lutter contre le régime chrétien sudiste du président tchadien Tombalbaye ? On venait d'entrer ainsi dans l'ère d'un conflit triangulaire entre le Soudan, le Tchad et la Libye. Libye, dont le dictateur Kadhafi, qui avait pris le pouvoir en novembre 1969, avait, deux mois à peine après son coup d'Etat, permis au Frolinat de déployer ses bases arrières sur son territoire. Ce faisant, Kadhafi espérait qu'un jour, il parviendrait à prendre le contrôle du Tchad. D'ailleurs, il l'espère encore. Dès novembre 1971, le Darfour commença à être le théâtre de violents combats entre factions tchadiennes, attisés par les appétits territoriaux de l'autocrate libyen.

Durant ces années, Kadhafi prônait le panarabisme et la suprématie culturelle arabe en Afrique. Mais, fin 1971, il se heurta au refus sans appel de Nimeiry de fusionner avec la Libye aux fins de créer son « noyau révolutionnaire arabe ». Au lieu de cela, le dictateur soudanais opta, au contraire, en 1972, pour la négociation d'un accord de paix avec ses compatriotes soudanais chrétiens du Sud.

C'est cette même année 1971 que le guide libyen créa la légion islamique , en même temps qu'il soutint, au Darfour, l' Union arabe . Il s'agissait d'une organisation ouvertement raciste dont l'objectif était l'arabisation du Darfour ainsi que la réduction des tribus noires à un statut d'êtres inférieurs.

A sa sortie de prison, Sadiq al-Mahdi s'allia avec Kadhafi afin de reconquérir le pouvoir au Soudan. Il créa à cet effet le Front du Salut National . Nimeiry regardait d'un mauvais œil cette connivence entre les deux hommes, si bien que, lorsque Félix Malloum remplaça Tombalbaye au Tchad, assassiné par un de ses proches officiers, Nimeiry s'en rapprocha aussitôt.

En juillet 1976, 1'200 miliciens, recrutés parmi les tribus arabes du Darfour, partirent de Libye et prirent Khartoum, dont Nimeiry recouvra néanmoins le contrôle à peine trois jours plus tard. La répression fut sanglante contre les populations originaires du Darfour considérées par Nimeiry comme un bloc sympathisant de Sadiq al-Mahdi.

La haine implacable qui s'ensuivit entre Nimeiry et Kadhafi explique le soutien du dictateur soudanais au plus anti-libyen des leaders tchadiens : le nordiste Hissène Habré. Celui-ci se vit dès lors et à son tour offrir le Darfour comme base arrière à ses Forces armées du Nord (FAN).

En 1979, Hissène Habré futnommé premier ministre par Malloum, mais l'invasion du Tchad par la Libye, l'année suivante, le contraignit à s'exiler au Darfour soudanais.

En janvier 1980, Ibrahim Diraige fut nommé gouverneur du Darfour et mit en place un cabinet provincial quasi exclusivement issu du Darfour Development Front . Son administration, héritant de la gestion catastrophique de ses prédécesseurs, s'attela immédiatement à trouver une solution au problème endémique autant que dramatique du manque d'eau. Mais Diraige n'était en fait qu'une espèce d'homme politique de vitrine sans réel pouvoir. L'événement prévalant, c'était qu'au Darfour, les manœuvres politiques conjointes entre Khartoum, la CIA et Hissène Habré, finirent, en juin 1982, par permettre à Habré de prendre le pouvoir au Tchad tout en chassant les Libyens.

En 1983, devant l'aggravation de la situation du Darfour, Diraige écrivit au président Nimeiry une lettre d'avertissement, connue aujourd'hui sous le nom de « lettre de la famine ». Il y mentionnait qu'il prévoyait une famine en 1984, à moins de recourir à l'aide alimentaire internationale. C'était sans compter sur le désintérêt que représentait à nouveau le Darfour pour Khartoum, maintenant qu'Hissène Habré était parvenu à s'emparer de N'Djamena. Et puis Nimeiry n'avait-il pas, pour attirer les investisseurs du Golfe, présenté son pays comme le « futur grenier du monde arabe » ? La « lettre de la famine » ne devait donc jamais être révélée. C'est pourquoi Diraige fut arrêté alors qu'il s'apprêtait à prendre un avion pour l'Arabie Saoudite.

 

Diraige sous les verrous, cela n'empêcha pas ses prédictions de s'avérer cependant et malheureusement exactes. En août 1984, l'état d'urgence fut proclamé au Darfour ! Khartoum réclama bientôt la bagatelle de 160'000 tonnes de nourriture d'aide à la communauté internationale.

 

L'administration Reagan vola au secours de son allié dans la région, Bush père se déplaçant même personnellement au Soudan pour annoncer le déblocage par les USA d'une somme de 192 millions de dollars d'aide.

 

Mais une grève générale éclata après la visite du président américain, et un comité insurrectionnel se retrouva bientôt maître de Khartoum. Le lendemain du putsch, une junte menée par le général Swar el-Dahab prit le pouvoir, tout en annonçant la tenue d'élections libres à l'issue d'une année de gouvernement provisoire.

 

En prévision de la campagne électorale de 1986, Sadiq reçut de l'argent de Kadhafi en échange d'une promesse de sa part de lui remettre le Darfour s'il parvenait à gagner les élections.

 

2e PARTIE

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En juillet 1985, un accord de défense fut signé entre Khartoum et Tripoli, ce qui ne manqua pas d'irriter les autorités américaines qui, par le biais de l'USAID, ne fournissaient alors pas moins de 80% de l'aide alimentaire au Soudan.

Le mois suivant, Tripoli commença à livrer des armes au Darfour, en prenant la précaution de les cacher dans des camions censés pourvoir de l'aide humanitaire. On sait, grâce à une interview réalisée par Gérard Prunier, qu'en mars 1986, un convoi « humanitaire » de 350 camions partis de Libye, débarqua à el-Fashir au moins 800 hommes, qui se mirent à distribuer des armes à la population nomade.

Lors des élections d'avril 86, les Frères musulmans s'étaient présentés sous l'étiquette du Front National Islamique (FNI) mais n'y avaient pas emporté plus de 10% des suffrages. Deux jours plus tard, l'aviation américaine bombardait la Libye.

Depuis déjà trois ans, le pouvoir installé à Khartoum se livrait à une guerre civile sans merci au Sud contre les forces rebelles du leader noir John Garang. Celui-ci avait fondé, en 1983, le Sudan People's Liberation Movement (SPLM) . Les hostilités avaient éclaté en réaction à l'instauration de la loi islamique, la Charia , sur tout le pays, par l'ancien président Nimeiry. De plus, Nimeiry avait annulé le régime d'autonomie dont jouissait le Sud, bien qu'il fît l'objet des provisions d'un accord de paix signé pour mettre fin à des désordres antérieurs. Garang réclamait désormais un Soudan uni, laïc et démocratique.

L'ampleur du soutien apporté par Kadhafi à la guerre menée par Khartoum au Sud lui permit d'obtenir, en échange, un droit d'ingérence de plus en plus profond au Darfour. Cela n'avait bien sûr rien à voir avec une quelconque aide destinée à combattre la misère terrible qui s'était abattue sur cette région. Les populations sédentaire et nomade, affamées, commençaient d'ailleurs à s'affronter pour les rares parcelles de terre exploitable. Comme si l'incurie du monde et la rigueur du climat ne suffisaient pas à leur souffrance, celle-ci fut largement instrumentalisée par l'axe Khartoum-Tripoli.

Avril 1986 fut également marqué par les premières mutineries d'appelés originaires du Darfour, qui refusaient d'aller combattre leurs frères du Sud. Les Libyens armèrent alors les milices murahleen (les Voyageurs), issus principalement de la tribu Baggara, des Africains arabisés vivant au Darfour, pour s'y battre à leur place contre Garang.

Tandis qu'en Libye, une force de quinze mille hommes se tenait prête à envahir le Tchad, et que Kadhafi pouvait compter avec la présence de deux mille de ses soldats au Darfour pour ouvrir un second front, les Américains livrèrent pour 15 millions de dollars d'armement à Hissène Habré. Affolée à l'idée d'être pris dans un conflit international, Khartoum annonça publiquement avoir donné l'ordre aux Libyens d'évacuer le Darfour, ce qui ne manqua pas de provoquer la colère de Kadhafi.

Mi-avril 1986, l'armée tchadienne d'Hissène Habré attaqua la légion islamique de Kadhafi au sein même du Darfour, tandis que les milices murahleen commençaient à s'en prendre aux populations civiles. En novembre, le Darfour fut le théâtre de nouvelles attaques de l'armée tchadienne. Peu à peu, il fut impossible de distinguer si ce chaos relevait bien de la guerre civile tchadienne ou si ce n'était pas plutôt d'une guerre civile spécifique au Darfour qu'il s'agissait maintenant.

De plus en plus de critiques se firent entendre au sein du gouvernement soudanais à l'encontre de la politique pro-libyenne de Sadiq al-Mahdi, et ce, en particulier, en provenance des députés de l' Oumma proche du Darfour Development Front (DDF) d'Ibrahim Diraige ([voir 1 ère partie]).

De plus en plus d'opposants se mirent à exploiter le très populaire thème consistant à critiquer la présence libyenne au Darfour. Une polémique qui, en août 1987, finit par décider le Democratic Unionist Party (DUP) pro-égyptien à quitter le gouvernement de coalition. Six islamistes firent leur entrée dans le gouvernement de coalition, qu'on n'entendit plus dès lors critiquer la présence libyenne au Darfour.

Sentant la situation lui échapper totalement, le ministre soudanais de la défense créa une  Force spéciale Darfour , ce qui mit Kadhafi hors de lui. Cette mauvaise nouvelle pour la Libye fut accompagnée d'une autre, pire encore : le dictateur libyen avait, suite à une dispute à Tripoli, arrêté Acheikh ibn Oumar, le chef des guérilleros libyens au Darfour. Privés de leur chef et soumis à diverses attaques, ses deux mille combattants, en proie à la panique, tentèrent  de fuir vers le Tchad. La réaction de Tripoli ne se fit pas attendre, et Kadhafi obtint d'un groupe de Hadjaraï - ou Peuple des montagnes , tribu arabe originaire de l'Etat de Guéra, dans le centre du Tchad - qu'il les attaque en décembre 1988 afin de les empêcher de faire leur jonction avec les forces d'Hissène Habré, en train de traverser la frontière pour leur porter secours.

A cette époque, il n'y avait pas encore, au Darfour, de répression pilotée par le gouvernement, et les tueries présentaient encore un caractère artisanal. L'instrumentalisation de l'ethnicité n'avait pas encore été poussée au point où elle le sera dans les années qui suivront.

Dans la nuit du 1 er au 2 avril 1989, de hauts officiers de l'armée tchadienne, parmi lesquels l'actuel président tchadien Idriss Deby, tentèrent d'assassiner Hissène Habré. Ils lui reprochaient de chercher à vendre aux milices arabes du Darfour le butin d'armes récupérées à l'occasion des victoires sur les Libyens. L'attentat se solda cependant par un échec et Deby, blessé, parvint à s'enfuir au Darfour.

Le 29 avril de la même année, Idriss Deby, pourtant à l'origine des importantes victoires militaires du Tchad sur la Libye, prit l'initiative de se rendre à Tripoli afin d'obtenir de l'aide en vue d'une campagne contre Hissène Habré. Kadhafi, fut, à cette occasion, ravi d'obtenir des informations précises de la part de celui qu'Habré avait chargé de s'occuper du Front national du salut de la Libye , une organisation anti-kadhafiste basée au Tchad et financée par la CIA.

Avril 1989 fut décidément un mois important dans cette partie de l'Afrique. Il marqua également la conclusion de négociations de paix fructueuses entre Khartoum et le Sud-Soudan. On s'apprêtait à mettre fin à une guerre qui, depuis six ans, avait déjà fait un demi million de morts ! Le traité allait finalement  être entériné par le parlement soudanais. Pour en arriver là, il avait fallu que les islamistes soient battus aux élections de 1986, obtenant moins de 10% des voix. Ils se retrouvèrent trop faibles pour s'opposer efficacement à la décision de mettre fin à la charia dans tout le pays, la décision sur laquelle s'était fondée la paix à venir. Mais, pour avoir pris ces décisions capitales, les jours de la démocratie soudanaise étaient désormais comptés.

L'islamiste Hassan al-Tourabi, qui était parvenu, dans les années 70, à prendre le contrôle du mouvement fondamentaliste, avait su l'épurer au point d'en faire un groupe désormais exclusivement attaché au pouvoir et à l'argent. Parmi ses membres on trouvait un certain Omar el-Béchir, qu'al-Tourabi voyait bien comme futur président du Soudan, vu son caractère facilement manipulable.

Dans la nuit du 30 juin au 1 er juillet 1989, quelques jours avant la signature décisive de l'accord de paix avec le Sud-Soudan, un groupe d'officiers du Front National Islamiste , conduit par le colonel Omar el-Béchir, s'empara du pouvoir. Il s'agissait d'une « junte masquée », de telle sorte que, jusqu'en janvier 1990, et ce afin de leurrer l'opinion internationale quant au caractère fondamentaliste de ce nouveau pouvoir, le chef du FNI, Hassan Al-Tourabi, fit mine d'être détenu en prison.

Une fois au pouvoir, le front islamiste changea d'appellation pour devenir le Mutammar al-Watan (congrès national). Il s'appliqua très vite à régner par la terreur, abrogeant toutes les libertés, y comprit celles des musulmans qui n'adhéraient pas à son acception de l'islam. Les islamistes supprimèrent tous les partis politiques, qui s'organisèrent dès lors à l'étranger en une Alliance Nationale Démocratique, et se mirent peu à peu à accumuler une richesse considérable. Par ailleurs, Khartoum poursuivit la guerre au Sud où il proclama le djihad.

En mai 1989, soit quelques jours à peine avant le putsch intégriste, les leaders tribaux de l'Ouest avaient pris l'initiative d'une conférence de réconciliation sur le Darfour. Cette conférence avait abouti à un accord au mois de juillet 89. Un véritable cadeau dans le panier de la mariée islamiste, dorénavant au pouvoir, pour lequel elle n'avait rien eu à faire !

Mais deux mois plus tard, afin d'obtenir de Kadhafi - avec qui un traité d'union totale venait d'être signé -  de l'argent pour financer la guerre au Sud-Soudan, le nouveau chef d'état-major soudanais dut accéder à la demande de l'autocrate libyen, de se servir du Darfour comme base arrière afin de lancer son nouvel allié Deby à la conquête du Tchad. Les Libyens armèrent dans ce dessein les tribus arabes du Darfour, mais ces nouvelles milices débordèrent rapidement du conflit tchado-libyen pour attaquer les villages du Darfour. C'est en novembre 1990 que Deby lança sa grande offensive sur le Tchad. Le 1 er décembre, il entrait à N'Djaména qu'Hissène Habré venait de fuir en direction du Cameroun.

Le Darfour, ne servant dès lors plus de base arrière, perdit, une fois de plus, toute importance stratégique. C'est alors que John Garang y prit ses quartiers afin de promouvoir sa propre vision d'un Soudan unitaire. En novembre 1991, il annonça que le SPLM occupait le Sud Darfour, et qu'un Darfourien du nom de Daoud Bolad était à la tête de cette offensive. Bolad était un ami personnel d'Al-Tayeb Sikha, nommé quelques mois plus tôt gouverneur du Darfour par Khartoum. Mais la conception par Bolad de l'islam se heurtait au racisme anti-noir du mouvement islamiste au pouvoir dans la capitale. Khartoum s'y opposa, si bien que l'invasion du Darfour par Bolad se solda par un échec et que ce dernier fut fait prisonnier, puis torturé à mort en janvier 1992.

En 1994, des pourparlers de paix reprirent pour la énième fois entre Khartoum et la rébellion du Sud, ce qui n'empêchait nullement les autorités de perpétrer de véritables crimes contre l'humanité dans la partie méridionale de leur propre pays. Pour exemple, mentionnons que l'année 1998 fut l'année de véritables massacres génocidaires dans le Bahr el-Ghazal du Sud-Soudan où, en pleine famine, les autorités soudanaises interdirent toute aide humanitaire.

A partir de 1999, le pétrole commença à couler au Soudan. Khartoum ne cessera, six ans durant, de lancer ses bombardiers, ses hélicoptères ainsi que ses milices contre les populations civiles qui avaient la malchance de se trouver sur les voies de l'avancée des travaux pétroliers.

Hassan Al-Tourabi s'était trompé en pensant qu'il était parvenu progressivement à faire sa chose du noyau dirigeant de l'actuel régime de Khartoum. En effet, vingt ans après que ses « garçons » eurent été, grâce à lui, propulsés au pouvoir, ils jugèrent que sa réputation de révolutionnaire constituerait un obstacle à leur désir de respectabilité sur le plan international. C'est cette considération qui explique que, le 12 décembre 1999, Omar el-Béchir décréta l' état national d'urgence , contraignant le chef du parti fondamentaliste à démissionner de son poste de président du parlement.

Or la branche darfourienne du parti fondamentaliste était acquise à Hassan al-Tourabi, qui, lorsqu'il fut démis de sa fonction de secrétaire général du Mutammar al-Watani , créa son propre parti, le Mutammar al-Watani ash-Shabiyi , Shabiyi  signifiant « populaire ». Al-Tourabi alla jusqu'à approuver a posteriori le recours aux armes des Sudistes et à évoquer la possibilité d'une nouvelle insurrection armée au Darfour.

En 2000, fut publié anonymement le Livre noir documentant les aspects social, économique et politique du mode de domination des membres des tribus arabes du Soudan sur leurs compatriotes. Ce livre fit prendre conscience aux Darfouriens qu'ils étaient en dehors des circuits du pouvoir et de l'argent. Ce critère de différenciation « centre-périphérie » allait désormais se substituer au critère de différenciation « musulmans-chrétiens ». Les musulmans de la périphérie allaient, peu à peu, se désolidariser des « Arabes » du centre, dont la stratégie consistait, aux fins d'échapper à leur responsabilité quant à la piètre gestion du Darfour, à faire se dresser les victimes les unes contre les autres. Or il suffisait pour cela de conforter les « Arabes » dans leur sentiment selon lequel les « Africains » étaient la cause de tous leurs maux, et que les paysans noirs représentaient un danger vital pour leur survie. Ceci explique qu'à la révolte contre le centre se superposa une guerre civile locale.

En février 2001 fut signé, à Genève, un mémorandum d'accord entre le SPLM et le parti nouvellement créé par Hassan al-Tourabi, autrement dit entre les deux forces extrêmes du spectre politique, et ce aux fins de renverser le régime de Khartoum. Le 21 février, al-Tourabi fut arrêté.

Le 11 septembre de la même année permit à Khartoum de nouer enfin une étroite coopération avec Washington, en collaborant à sa lutte contre le terrorisme. On apprendra un peu plus tard que le Soudan avait proposé, en 1995, de livrer Ben Laden aux Américains, qui avaient refusé d'en prendre livraison. Ce qui n'avait pas empêché qu'une résolution du Conseil de Sécurité soit votée, en 1996, accusant le Soudan de soutenir le terrorisme international.

La répression sanglante contre les chrétiens du Sud indisposait évidemment les Américains. C'est donc sous leur pression que les négociations redémarrèrent dans la ville kenyane de Naivasha. Au cours du deuxième semestre 2002, outre un accord de cessez-le-feu, on y signa un protocole prévoyant l'établissement d'un futur gouvernement transitoire pour une durée de six ans et demi, en vue d'un référendum d'autodétermination pour le Sud, susceptible d'aboutir à son indépendance.

 

Mais c'est dans l'Ouest du Soudan que le pire était encore à venir.

 

Hassan al-Tourabi, qui avait vu sa peine d'emprisonnement commuée, depuis novembre 2001, en simple détention à domicile, allait maintenant s'appuyer sur l'accord signé avec le SPLM pour se faire approvisionner en armes. Il misait également sur la bombe à retardement que constituait le sentiment de marginalisation des populations du Darfour.

Une première attaque du SPLA, le bras armé du SPLM, avait déjà visé, en juin 2001, à soutenir l'insurrection en préparation, mais elle avait été réprimée conjointement par des attaques de milices et par des bombardements. L'hystérie du gouvernement face à ces désordres, quant à elle, s'était alors déjà traduite par des attaques contre la population civile.

 

En février 2003, l'insurrection allait éclater au Darfour, entraînant une contre-insurrection « de la terre brûlée » de la part des autorités soudanaises. Cette contre-insurrection, à caractère génocidaire, est dirigée contre plusieurs groupes ethniques africains. Khartoum n'allait pas tarder à bombarder les villages africains, les écoles, et à organiser des pogroms par le biais de milices sanguinaires recrutées au sein de la population arabe, et lancées à l'assaut de ses propres citoyens, hommes, femmes et enfants des villages du Darfour. L'armée régulière soudanaise alla même jusqu'à accompagner les bandes d'assassins dans leurs sinistres opérations.

Plusieurs centaines de milliers de personnes ont aujourd'hui trouvé la mort dans cette violence. Plus de deux millions de personnes ont été déplacées contre leur gré, autant vers le Tchad qu'au Darfour, la plupart d'entre-elles vivant dans des camps surpeuplés et insalubres.

C'est cette abomination sévissant actuellement qui a conduit le [ Collectif Urgence Darfour ] à mobiliser l'opinion pour obtenir de la communauté internationale qu'elle agisse afin de venir en aide aux populations du Darfour.

Après le réveil, ces derniers mois, de la société civile américaine sur la question du Darfour, le monde jauge à son tour la capacité de la société civile européenne à se mobiliser pour lutter contre de telles infamies.

Après avoir décrit les sources du conflit, comme à notre habitude, nous traiterons, dans notre prochain article, de l'état actuel du Darfour et de ses habitants.

 

A suivre ...

- Source : www.desinfos.com - La revue des infos

Autorisation de diffuser de la Metula News Agency ref. ROP135100706SJ"

 

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2005


LE WHO’S WHO DU DARFOUR
 

Africa confidential 2005-02-21

Le rapport de la commission d'enquête internationale des Nations unies sur les atrocités au Darfour cite 51 personnes pour lesquelles elle recommande des poursuites devant le tribunal pénal international.  Le dossier a été scellé et ne sera ouvert que par un le « procureur compétent".

Les noms des nombreuses personnes impliquées dans la politique au Darfour ont été publiés par des gouvernements, par le congrès américain, par des organisations de défense des droits de l'homme et par des media depuis que le nettoyage ethnique a démarré début 2003.

Un rapport du congrès de 2004 cite le vice-président Ali Osman Mohamed Taha comme le premier "responsable de l'offensive au Darfour" et plus tard comme "l'acteur clé en coulisse", selon des "responsables américains et régionaux". Parmi les autres responsables cités ici et ailleurs figurent les personnalités suivantes ;
- Général Nafi'e Ali Nafi'e, considéré comme numéro deux dans le dossier du Darfour: ministre du gouvernement fédéral, ancien patron du renseignement extérieur;
- Général Salah Abdullah "Gosh", numéro trois dans le dossier du Darfour: chef des services secrets;
- Général (armée de l'air) Abdullah Ali Safi el Din el Nur: secrétaire d'Etat aux affaires du gouvernement et ancien gouverneur du nord Darfour; décrit dans la lettre des membres du Congrès au président George W. Bush de juin 2004 comme "coordinateur général des janjaweed";
- Colonel Ahmed Mohamed Haroun: ministre des Affaires intérieures, ancien chef de la police;
- Ali Ahmed Kurti, ministre, ancien patron des milices des People's Defence;
- El Tayeb Ibrahim Mohamed Kheir (El Tayeb "Sikha": barre de fer): conseiller à la sécurité présidentielle, ancien gouverneur du Darfour;
- Général Mutref Sideeg: sous-secrétaire aux Affaires étrangères;

La liste des commandants des  janjaweed établie par le département d'Etat américain, publiée en partie, comprend les noms suivants:
- Musa Hilal Musa: coordinateur des janjaweed et commandant de la Buffalo Brigade (Liwa el lamous);
- Général Hamid Dawai: leader de la région de Terbeba-Arara-Beida;
- Abduliah Mustafa Abu Shineibat: region de Habila et Foro Burunga;
- Omada Saef : région de Misterei;
- Omar Babbush: région de Habila et Foro Burunga;
- Ahmed Dekheir: région de Mornei;
- Ahmed Abu Kamasha: région de Kailek;

La lettre des parlementaires américains US reprend plusieurs des noms ci-dessus comme « supervisant et contrôlant les activité et les opérations des janjaweed », plus les noms suivants:
- Abdel Hamid Musa Kasha: ministre du Commerce; 
- Général Abdel Rahim Mohamed Hussein : ministre des Affaires intérieures et de la Police;
- Général Adam Hamid Musa: gouverneur du sud Darfour Général 
- Mohamed Ahmed Ali: directeur de la police anti émeute qui a attaqué des personnes déplacées du Darfour en mars 2004 à Khartoum;
- Mohamed Yussef Abdullah, secrétaire d'Etat aux Affaire humanitaires;

La lettre du Congrès cite un "conseil de coordination et de commandement des janjaweed":
- Lieutenant colonel Abdel Rahim Ahmed Mohamed " “Shukratallah": El Geneina;
- Ahmed Mohamed Haroun: voir ci-dessus;
- Osman Yussef Kebir: gouverneur, N. Darfour;
- El Tahir Hassan Abboud: National Congress Party (faction du NIF au pouvoir);
- Mohamed Salih el Sanusi Baraka: membre de l'assemblée nationale;
- Mohamed Yusef el Tileit: secrétaire d'Etat.  Darfour occidental;
- Général Hussein Abdullah Jibril: assemblée nationale;

En ce qui concerne les militaires sur le terrain, les membres du congrès, outre Musa Hilal et Hamid Dawai, citent les nom suivants:
- Général Abdel Wahid (Said Ali Said): région de Kebkabiya; 
- Général Mohamed Ibrahim Ginesto
- Commandant Hussein Tangos; 
- Commandant Omer Baabas

- Autres personnalités potentiellement dignes d'intérêt pour leur rôle militaire ou politique:
- Général Abdel Karim Abdullah: chef des services secrets;
- Général Awad Ibn Auf. chef du renseignement militaire;
- Général Bakri Hassan Salih: ministre de la Défense;
- Général Omer Hassan Ahmed el Beshir: Président.
 


 
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LA MUE DU SOUDAN PESE SUR LE CONFLIT DU DARFOUR
 
(La Croix, 2 février 2005) 

Guerre civile : les pression internationales sur Khartoum ont pu favoriser la violence 
 

Khartoum (de notre envoyé spécial)

Une cellule spéciale pour le Darfour a été mise en place au sein de l’Organisation des Nations .Unies pour l’enfance (Unicef) à Khartoum, la capitale soudanaise. Son chef, Keith M.McKenzie, veut faire du Darfour la priorité de l’Unicef.
« La situation ne s’arrange pas. Elle se détériore depuis deux à trois mois, souligne-t-il. Les conflits se sont accentués. Toutes les parties ont violé le cessez-le-feu. De plus en plus de gens viennent dans les camps auxquels ont a de moins en moins accès. On travaille avec les différentes factions pour obtenir d’elles un accord de paix ou, au moins, le respect du cessez-le-feu. ». Curieusement, les « factions » désignent dans sa bouche aussi bien les nomades en quête de pâturages que les milices montées arabes, armées par le gouvernement soudanais, l’armée et la police soudanaise , ou les rebelles du Mouvement de Libération du Soudan (SLA) et ceux du Mouvement Justice et Egalité (JEM), ainsi que les bandits qui pullulent dans cette région.
Pourtant, aux yeux de Hamza Sin Ejkhatim, journaliste au quotidien Soudan Vision, ce conflit ancien se résume facilement. « C’est un vieux problème.  Il oppose les nomades arabes du Nord aux populations d’agriculteurs africains du Sud, explique-t-il. Les uns et les autres sont régulièrement en conflit. C’est pourquoi ils ont signé des accords dans le passé qui autorisent, par exemple, les nomades a emprunter certains couloirs à travers les champs pour trouver des pâturages en période de sécheresse. Mais avec la sécheresse persistante de ces dernières années , les nomades n’ont pas eu d’autres choix que de descendre encore plus vers le Sud, sur les terres qui leur sont interdites. Et des conflits ont éclaté ».
La situation stratégique des montagnes du Darfour fait de cette région un des rares lieux où une rébellion armée est possible, ce qui la rend d’autant plus séduisante aux yeux de tous ceux qui ont des armes et des ambitions. Ces montagnes sont, en effet,  au milieu du désert et à la frontière de deux pays, ce qui favorise les soutiens et l’impunité.
« Il y a tant de pays étrangers qui veulent s’immiscer dans le problème du Darfour afin  de tirer avantage de ses immenses richesses », analyse Bakri Ahmed Ali,  vice-président de l’Oumma, le principal parti de l’opposition nordiste. Avec la fin de la guerre Nord-Sud, l’ancien ordre politique est conduit à mourir afin  d’en laisser naître un autre. Ce conflit du Darfour s’est nourri de cette mue.
Ainsi, en février 2003, alors que les négociations de paix entre la guérilla sudiste (SPLA) de John Garang et le régime islamiste de Khartoum se concrétisaient, un nouveau groupe armé est apparu dans l’Ouest du Soudan et s’est autoproclamé « Mouvement de Libération du Soudan/Armée » (SLM/A). Composé principalement de membres des ethnies Four, Zaghawa et Masalit, il s’est attaqué à des cibles gouvernementales. .Deux mois plus tard, un  second groupe armé est apparu, le « Mouvement Justice et Egalité » (JEM). 
Ces deux groupes déclarent avoir pris les armes pour lutter contre la « marginalisation » du Darfour. En réalité, ils entendent, à l’exemple de la SPLA, obtenir d’importantes concessions –surtout économiques – du gouvernement, par la violence. « Khartoum ne parle qu’à ceux qui ont des armes »,a souligné le président du SLA, Abdel Wahed Mohamed Nur.
Le régime islamique de Khartoum a réagi de façon désordonnée à la violence de ces groupes rebelles, notamment en bombardant des villages et en donnant des armes aux populations nomades du Darfour. Ces dernières, fortes de ce soutien, en ont profité pour régler d’anciens conflits,  brûlant des villages, massacrant la population.
Les Nations Unies estiment à plus de deux millions les personnes déplacées par les combats. L’été dernier,  Washington a lâché le mot de « génocide », sans convaincre la communauté internationale.
Le Darfour représente plus jamais le territoire opportun pour tous ceux qui n’ont pas trouvé leur compte dans le traité de paix signé à Nairobi le 9 janvier, entre la SPLA et Khartoum. La tâche sera donc rude pour le nouveau vice-président, l’ancien rebelle John Garang, qui a soutenu militairement les rebelles dans le Darfour et qui devra prouver qu’il est capable d’étendre au reste du pays la paix qu’il a obtenue pour le Sud. Les négociations en cours à Abuja, au Nigeria, sont considérées comme une base de travail 
ADRIEN DE MUN 

Des violences qui relèvent du crime contre l’humanité

Des crimes contre l’humanité ont été commis au Darfour, a affirmé lundi soir une commission d’enquête de l’ONU,  qui a cependant exonéré le gouvernement soudanais de l’accusation de génocide. Composée de cinq juges internationaux,  elle accuse en particulier les forces gouvernementales et les milices arabes djandjawids d’avoir mené des attaques à travers le Darfour, avec meurtres de civils, tortures, enlèvements, destructions de villages, viols, pillages et déplacement forcés. Elle accusé également les rebelles d’être responsables de sérieuses violation des droits de l’homme.

Les Nations Unies estiment à plus de deux millions les personnes déplacées par les combats.

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L’accord de paix du 9 janvier dernier donne à des millions de soudanais l’espoir de rentrer chez eux. Mais les conditions au Sud sont extrêmement précaires.
 
La Croix, 1er février 2005 
 

L’ONU ne veut pas précipiter le retour des Soudanais du Sud

Khartoum -  De notre envoyé spécial

« Je m’appelle Yaye. Je suis de l’ethnie Dinka, de la région de Bahr el Ghazal. Je suis arrivé à Khartoum en 1997, à cause de la guerre. Mon grand père a été tué. J’ai dû quitter mes parents. Je ne sais pas ce qu’ils sont deven us. Ainsi, je suis ici seul et je me suis débrouillé seul. Si la paix revient, j’espère qu’il y aura une organisation avec des véhicules qui pourra nous amener là où je suis né ».
Combien sont-ils ces soudanais qui ont fui la guerre dans le Sud et s’entassent depuis des années à la périphérie de Khartoum ? Trois à quatre millions selon les sources. La plupart sont au chômage . Ils vivent dans des abris de fortune composés de papyrus, de cartons ou de ferraille  .es femmes sont souvent vendeuses de thé ou domestiques. Les hommes font des petits boulots.
Yaye fabrique des briques. Les cicatrices rituelles qui marquent son front témoignent des coutumes de sa tribu dans le village de son enfance. Son désir de retour aux sources est immense. Or, la fin de la guerre au Sud, signée le 9 janvier dernier entre le gouvernement soudanais et l’Armée de libération populaire du Sud-Soudan (SPLA) de John  Garang, ne va pas subitement permettre un retour à la normale. Comme la plupart des déplacés, Yaye n’a pas d’économies. S’il parvient à revenir dans son village natal, il devra recommencer une vie totalement nouvelle en devenant cultivateur ou éleveur.
Pour Jean-Marie Fakhouri, directeur du Haut Commissariat aux réfugiés des Nations Unies (HCR) au Soudan, le retour des déplacés et des réfugiés devra être progressif. « Nous avons environ 500.000 réfugiés qui sont disséminés entre l’Ouganda, le Kenya, le Congo et la Centrafrique . Les conditions dans le Sud-Soudan ne sont pas prêtes pour les recevoir tous. Le HCR a commencé à préparer le terrain pour ce retour qui sera, je l’espère, planifié et pleinement volontaire aussi bien pour les réfugiés que pour les déplacés » souligne-t-il.
Mais il faudra du temps. Dans les camps, ces réfugiés ont pu envoyer leurs enfants à l’école et bénéficier de soins médicaux. Il serait  impensable , aux yeux de Jean-Marie Fakhouri de les encourager à rentrer dans des lieux où ils ne trouveront pas des facilités au moins équivalentes. « Au total, l’ONU a demandé 1.5 milliard de dollars (1.15 milliard d’euros) pour les opérations au Soudan cette année », calcule Johana Van Grumpen, représentante de l’Organisation des Nations Unies pour l’Enfance (Unicef). « Les déplacés auront besoin d’aide sur leur chemin du retour. Il faut construire des écoles, des cliniques, former des professeurs, apporter de l’eau et s’assurer que les enfants sont protégés. Il y a aussi le problème des enfants soldats ». Selon les accords de Paix, le Sudan du Sud va bénéficier de la moitié des revenus pétroliers générés par les nappes exploité »es dans son territoire, soit plus de 200.000 barils par jour. Mais il aura besoin de bras. Tout est  construire.
Dans les rues poussiéreuses de Khartoum, au Nord, l’accord de paix du 9 janvier a en outre été accueilli avec froideur par la population arabisée, qui s’inquiète du risque de partition du pays. L’une de ses clauses établit la possibilité pour la population du Sud de voter dans quelques années en faveur de l’indépendance du Sud-Soudan. Ce serait un précédent dangereux pour toute l’Afrique, où les frontières sont artificielles.
« Nous avons six ans pour construire une nation, sinon le Soudan va disparaître totalement de la carte du monde » analyse l’avocat et homme politique Raziz Sleiman. Durant cet intérim, nous devrons convaincre nos amis africains et chrétiens que nous sommes prêts à partager notre pouvoir et notre richesse dans la transparence et dans le respect des accords, sinon notre pays va se désintégrer, car l’élément stabilisateur du Nord est le Sud.
Selon l’ambassadeur du Soudan en Ouganda, Hamid Yousif Siraj Al Dim, le sud du Soudan risque, lui aussi, la désintégration, du fait de mosaïque d’ethnies rivales dont il est constitué. « Les risques de conflit entre la SPLA, signataire de l’accord et les autres tribus du Sud risquent d’être exacerbés par le retour des réfugiés et des déplacés », remarque un autre diplomate. Une grande partie des populations du Sud déplacés dans le Nord veut retourner chez elles. Elles ne parleront plus l’arabe mais l’anglais, elles ne seront plus enveloppées par les appels des muezzins mais sermonnées par des prêtres et des pasteurs.
Entre interdépendance et partition, la géographie va jouer un rôle entre le Nord, musulman et arabe, et le Sud, africain et chrétiens. Ces deux parties du Soudan sont séparées par d’immenses marécages. Plusieurs jours de bateau sur le Nil –des péniches norvégiennes avec des moteurs allemands- sont nécessaires pour traverser ces lieux fétides. Durant la guerre, les rares convois de péniches étaient attaqués par les rebelles. Désormais, ils devraient être plus fréquents. Après avoir longtemps servi de voie à la conquête militaire du Sud, le fleuve retrouve ainsi sa fonction essentielle. Mais les routes qui vont être construites, elles mèneront toutes u Sud vers le Kenya  ou l’Ouganda. Ainsi, structurellement, le Sud-Soudan devrait –il se rapprocher, ces prochaines années de la Communauté d’Afrique de l’Est, anglophone et chrétienne qui rassemble déjà le Kenya, l’Ouganda et la Tanzanie au détriment du monde arabe.
Dans son église qui sert aussi d’école dans le quartier d’Amarat, à Khartoum, le P. William Deng a bien des problèmes avec la mosquée voisine. Les haut parleurs accrochés au minaret déversent chaque vendredi sur la petite communauté chrétienne de longs sermons. Ces derniers temps, les prédications ont pris une tonalité agressive avec parfois, selon le P. Deng des appels à tuer les chrétiens au prétexte de les aider à trouver le paradis. Le P. Deng a installé à son tour des haut-parleurs dans son église pour couvrir les invectives hebdomadaires de la mosquée voisine. Mais le combat est inégal.
Au Soudan, l’islam est religion d’Etat. Les autres religions sont traitées comme de simples associations. L’Eglise catholique de plaint de s’être fait confisquer de nombreux terrains par l’Etat ces vingt dernières années. Le P. Deng craint qu’elle ne s’affaiblisse encore ;
Avec la paix, la plupart des curés, originaires du Sud, repartiront dans leur région d’origine et le Nord manquera alors de cadres chrétiens. Mais selon un diplomates des missions, principalement américaines et protestantes se précipitent au Soudan. qui est pourtant exclusivement musulmane. Arrivés pour la plupart dans la foulée des organisations humanitaires internationales, elles entendent faire passer un message simple dans les camps de déplacés : « Les Arabes vous font la guerre. Nous les chrétiens, nous vous apportons du réconfort tel que des vivres, des tentes, des couvertures : abandonnez donc vos mosquées pour nos églises », résume le P. William Deng, qui y croit très fort ;

Adrien de Mun
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Malgré l’accord de paix signé le 9 janvier 2005 à Nairobi, le Soudan ou l’arène des martyrs
 
(Le Figaro 31 janvier 2005-02-09)

Par Jacques PELLETIER et Bernard SEILLIER , Sénateur du groupe RDSE

Le 9 janvier dernier, à Nairobi, un accord de paix était signé entre le gouvernement soudanais et le Mouvement populaire pour la libération du Soudan mettant ainsi fin à vingt-deux années d’un conflit qui a opposé le gouvernement du Nord musulman aux rebelles d’un Sud en majorité chrétien et animiste, combattant pour une autonomie et un partage des richesses.
Le bilan est plus qu’effroyable : 2 millions de morts et plus du double de déplacés ou de réfugiés vers les pays voisins, des crises humanitaires récurrentes qui déciment la population civile, une aide alimentaire pillée par les groupes armés. La plupart des morts sont le fait des famines et des épidémies organisées, des massacres méthodiques, au point que la question  du génocide mérite d’être posée avec toute la prudence requise.
Le dernier rapport d’Amnesty International s’interroge :  « qui répondra de ces crimes ?» La guerre menée par le régime islamiste de Khartoum a été un  véritable djiad contre le christianisme et la négritude chère à Aimé Césaire. Des enfants ont été séparés de leurs parents, ont reçu des noms arabes et ont été islamisés contre leur gré. Des jeunes filles ont été mariées de force à des soldats gouvernementaux. L’esclavage a été pratiqué par certaines milices à la solde de Khartoum. Depuis 1992, une fatwa a été promulguée par des imams progouvernementaux contre le peuple nouba dans sa totalité. Ils étaient 1.2 million et sont aujourd’hui à peine 200.000.  Au Mémorial de l’Holocauste à Washington figure une référence à cette extermination.
La période chrétienne de l’histoire du Soudan qui commença à partir de l’an 34 et connut son apogée au VI° siècle a été systématiquement occultée par la propagande du régime et les programmes d’enseignement. L’histoire du pays ne débute désormais plus qu’avec l’apparition de L’Islam et toute référence aux cultures africaines est  bannie.
De nombreux lieux de culte, écoles religieuses et hôpitaux ont été systématiquement détruits. Les chrétiens n’ont plus le droit de construire des églises dans le Nord, alors que les musulmans se voient reconnaître toutes les facilités de construire des mosquées et des écoles islamiques dans le Sud. Lors d’un discours à propos de la transformation d’écoles primaires en écoles coraniques, le général el Béchir annonçait : « Le gouvernement suit un plan à long terme pour convertir le Soudan en un Etat islamique quels que soient les moyens ».
Nombre de tribunes, de rapports sont écrits aujourd’hui à propos du Soudan – même s’il est bien tard -  mais force est de constater que le mot «chrétien » y est souvent absent, alors qu’il s’agit d’un  nettoyage ethnique, d’une crise humanitaire sans précédent…Mgr Zubeir Wako, archevêque de Khartoum, disait en 2001 : « Nous, chrétiens du Soudan, pensons que nous avons été oubliés par le reste du monde chrétien ». Un silence terrible face à ce martyre comparable à  celui que connurent les cambodgiens sous le régime de Pol Pot au milieu des années 70.
L’accord qui vient d’être signé offre sur le papier un répit pour les chrétiens. Le Parlement de Khartoum et le Parlement sudiste doivent rédiger une Constitution intérimaire, notamment en révisant les modalités d’application de la charia, la loi islamique, qui ne pourra plus s’appliquer dans le Sud, ni aux non-musulmans dans le Nord. Mais qu’en est-il en réalité ? Un programme d’islamisation est déjà prévu pour le Sud,  financé par l’Arabie Saoudite, sous couvert d’une aide à la reconstruction de la région. 
Le calvaire n’est donc pas terminé, non seulement pour les chrétiens mais pour tous les soudanais. La paix signée entre Khartoum et les indépendantistes du Sud risque même d’aggraver le conflit en cours au Darfour, une autre zone du Soudan :  déclaré en février 2003, il a déjà fait plus de 70.000 morts, 1.6 million de déplacés, y compris 200.000 réfugiés dans le Tchad voisin. Ici, il ne s’agit pas de chrétiens, mais d’hommes et de femmes en majorité musulmans sur lesquels le gouvernement s’acharne en raison de la couleur de leur peau.
La vision  optimiste présentée jusqu’à présent par les experts et les hommes politiques de la communauté internationale, selon lesquels la conclusion du conflit historique entre Khartoum et l’Armée de libération populaire du Soudan ne pourra qu’avoir des effets positifs sur la crise la plus récente ouverte dans la région occidentale soudanaise n’est pas fondée. La paix risque de permettre à Khartoum de libérer des hommes et des moyens financiers jusqu’à présent déployés dans le Sud pour mieux livrer la guerre au Darfour.
Plus que jamais le Soudan a besoin  de l’aide internationale. Le régime de Khartoum souhaiterait qu’à la suite de cet accord, les organisations internationales baissent la garde et quitte le terrain. C’est au contraire vers un renforcement de l’aide qu’il faut aller. La présence de la France est indispensable, en termes d’accompagnement, de transmission des in formations.
Si le Soudan n’est pas une zone touristique fréquentée par des touristes occidentaux, il dispose d’autres atouts, notamment ses réserves pétrolières considérables dans le Sud. Le pays produit environ 600.000 barils par jour. Les grandes compagnies pétrolières asiatiques, mais aussi européennes et françaises, sont intéressées à y développer leurs affaires. Force est de constater que ni la France, ni les Etats-Unis et la Chine ne sont entrés en conflit avec le Soudan à cause du pétrole.
L’exploitation du pétrole a deux conséquences majeures: les populations telles que les Noubas, qui vivaient à proximité de ces zones, ont été déplacées dans des conditions atroces, leur bétail volé , leurs villages brûlés….Les gains réalisés ont été réinvestis par le pouvoir central dans l’effort de guerre. L’entreprise Total est propriétaire de la plus vaste concession pétrolières du Sud-Soudan qui est pour le moment inexploitée. La concession se trouve en plein cœur du territoire des rebelles du SPLA. Conséquence de l’accord de paix, le gouvernement de transition du Sud-Soudan, pour son fonctionnement, devrait recevoir 50 %  des recettes pétrolières du Sud après prélèvement d’une part de 2 % pour l’Etat producteur.  Veillons à ce que la manne pétrolière aille bien au développement du Sud-Soudan et contrecarre ainsi les programmes de financements saoudiens.
Le Soudan doit demeurer notre mauvaise conscience en raison du martyre des chrétiens et des animistes et des atteintes portées à la dignité de l’homme. La situation des chrétiens se dégrade dans le monde. Que ce soit en Afrique, au Moyen Orient ou en Chine, ne laissons pas l’oppression éliminer les sources d’espérance qui apportent partout dans le monde une lumière sur la paix et la liberté.

Le sort réservé aux chrétiens est comparable à celui qu’ont connu les Cambodgiens sous le régime de Pol Pot.
 

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2004

Le Soudan qualifie de «grave erreur» la déclaration de Colin Powell sur le «génocide» au Darfour
 

Des responsables soudanais ont qualifié vendredi de «grave erreur» les propos du secrétaire d'Etat américain Colin Powell qui avait estimé jeudi que les atrocités commises par les milices contre la population noire-africaine du Darfour relevaient du génocide. A Abuja au Nigeria, où il participe à des négociations avec les rebelles du Darfour, le vice-ministre soudanais des affaires étrangères Najib Al-Khair Abdel-Wahab a déclaré que, par ses propos, le diplomate américain avait envoyé «un mauvais signal» à la délégation rebelle aux pourparlers de paix. 
Les insurgés «vont parier sur des sanctions des Nations Unies. Ils vont vouloir attendre que le Conseil de sécurité prenne des mesures et, pour ces raisons, ils ne feront pas preuve d'ouverture dans les négociations,» a estimé le ministre. 
De fait, vendredi, les négociations ont été suspendues jusqu'à mardi, alors que les progrès obtenus sont faibles.
Pour sa part, le président Omar el-Bachir a affirmé vendredi que les progrès importants étaient survenus dans la situation sur place et que ces avancées «déçoivent les ennemis du Soudan». 
«La vie s'est normalisée dans la plupart des régions affectées par la guerre, en particulier dans le Darfour occidental, et dans d'autres régions du Sud- et du Nord-Darfour, a affirmé le président soudanais à la télévision nationale. 
Qualifiant la situation des «très rassurante», Omar el-Bachir a parlé d'évolution «positive, gigantesque et réussie» qui a «surpris les ennemis du Soudan». «C'est pourquoi, a-t-il ajouté, «ceux-ci ont essayé de nuire à ces efforts qui, si Dieu le veut, permettront de parvenir à la paix, la sécurité et la stabilité au Darfour.» 
Les propos de Colin Powell sont intervenus alors que les Etats-Unis ont présenté au Conseil de sécurité une proposition tendant à imposer des sanctions, dont un embargo sur l'industrie pétrolière soudanaise, si le pays ne prend pas des mesures pour améliorer la sécurité au Darfour. 
Mais la Chine, membre permanent du Conseil, donc dotée du droit de veto,, ainsi que le Pakistan, s'opposent à de telles sanctions, d'autant qu'ils importent du pétrole soudanais. L'Union européenne, qui pourtant menace elle aussi le Soudan de sanctions, s'est montrée critique après les propos de Colin Powell. Le porte-parole de l'Union, Jean-Charles Ellerman-Kingombe, a déclaré: «Nous n'avons par discuté spécifiquement du mot 'génocide'. Pour nous, nous avons noté qu'il existe une situation extrêmement grave qui nécessite un effort humanitaire gigantesque.»
(Nouvel Observateur, 11/09/2004)
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Soudan: Atrocités massives à Darfour
 
Près d’un million de civils déplacés de force dans le cadre de la campagne de terre brûlée du gouvernement.
(Human Right Watch, New York, 2 avril 2004) - Le gouvernement soudanais est complice de crimes contre l’humanité commis à Darfour par les milices qu’il soutient, a dit aujourd’hui Human Rights Watch dans un nouveau rapport. Dans une campagne de terre brûlée, les forces du gouvernement et les milices arabes tuent, violent et pillent les civils africains qui partagent les mêmes ethnies que les forces rebelles dans cette région 
Le rapport, « Darfour en flammes: Atrocités au Soudan occidental », décrit une stratégie gouvernementale de déplacement visant les civils des communautés ethniques non-arabes, desquelles deux des plus importants groupes rebelles, le Mouvement/l’Armée de libération du Soudan (M/ALS) et le Mouvement pour la justice et l'égalité (MJE), sont principalement issus. Human Rights Watch a découvert que les militaires bombardent les civils sans distinction, pendant que les forces et milices du gouvernement détruisent systématiquement les villages et mènent des raids brutaux contre les groupes ethniques Fur, Masaalit et Zaghawa. 

« L’armée soudanaise et les milices soutenues par le gouvernement commettent quotidiennement de graves violations des droits humains dans la région occidentale de Darfour », a dit Georgette Gagnon, la directrice adjointe de Human Rights Watch de la division Afrique. « La campagne de terreur du gouvernement a déjà déplacé par la force un million de civils innocents, et les chiffres augmentent de jour en jour ». 

Human Rights Watch a réclamé du gouvernement soudanais le désarmement et le démantèlement immédiat des milices, et l’autorisation d’accès pour les groupes humanitaires internationaux afin de pouvoir porter assistance aux personnes déplacées. 

Le gouvernement a recruté et armé plus de 20.000 miliciens de souche arabe et opère conjointement avec ces milices, connues sous le nom de « janjaweed », dans les attaques contre les civils des groupes ethniques Fur, Masaalit, et Zaghawa. Au cours de l’an dernier, près d’un million de civils ont fui leur village rural. La plupart ont été déplacés dans des villes et des camps où ils continuent à être tués, violés et dépouillés par les milices. 

Bien que des accrochages épisodiques ONT aient eu lieu entre les communautés arabes et africaines de Darfour depuis des décennies concernant les terres et les ressources rares, le conflit actuel a commencé il y a 14 mois lorsque deux nouveaux groupes rebelles ont émergé. Le Mouvement/l’Armée de libération du Soudan (M/ALS) et le Mouvement pour la justice et l'égalité (MJE) ont demandé au gouvernement soudanais de s’arrêter d’armer les groupes arabes à Darfour et de considérer les doléances de longues date ayant trait au sous-développement de la région. 

En guise de réponse, le gouvernement a lancé une campagne massive de bombardement qui, combinée avec les raids des miliciens pillards, a forcé plus de 800.000 personnes hors de leurs maisons et a envoyé 110.000 supplémentaires au Chad voisin. 

Dans une campagne de terre brûlée, les forces et milices du gouvernement ont tué plusieurs milliers de civils Fur, Zaghawa et Masaalit, violé de manière routinière femmes et filles, enlevé des enfants et volé des dizaines de milliers de têtes de bétail et d’autres propriétés. Dans beaucoup de parties du Darfour, ils ont brûlé intentionnellement des centaines de villages et détruit des sources d’eau et d’autres infrastructures, rendant le retour des anciens résidents encore plus difficile. 

« Non seulement les milices tuent des individus, ils déciment le gagne-pain de dizaines de milliers de familles », a dit Gagnon. « Les personnes prises pour cibles sont les fermiers de la région, et à moins que ces abus ne soient arrêtés et que les gens ne reçoivent une assistance humanitaire, nous pourrions voir une famine émerger en quelques mois ». 

Le Secrétaire Général des Nations Unies Kofi Annan devrait demander du Bureau du Haut Commissaire aux Droits Humains le déploiement immédiat d’une mission d’enquête pour mener des investigations sur la situation à Darfour, a déclaré Human Rights Watch. La mission devrait remettre son rapport à la Commission des Nations Unies sur les Droits Humains, en réunion en ce moment à Genève, avant la fin de sa session le 23 avril. Human Rights Watch a pressé la Commission des Nations Unies sur les Droits Humains à adopter une résolution, sous l’article 9, nommant un rapporteur spécial pour les droits humains au Soudan. 

Le rapport décrit comment les forces du gouvernement laissent le janjaweed opérer en toute impunité. Les forces du gouvernement ont failli de protéger les civils même lorsque ces personnes non-armées ont fait appel aux forces militaires et policières, les alertant d’une attaque imminente contre leurs villages. Les forces du gouvernement et le janjaweed ont également empêché la fuite de civils s’échappant au Chad. 

« Le gouvernement de Khartoum a essayé de réprimer ce rébellion de manière très rapide dans l’espoir que la communauté internationale n’aurait pas le temps de se mobiliser et de presser le gouvernement à mettre un terme au saccage de Darfour », a ajouté Gagnon, « Mais le gouvernement soudanais devra tout de même répondre des crimes contre l’humanité qui ne peuvent être ignorés ». 

Les pourparlers sur la paix au Soudan mis en branle au Kenya par l’Autorité intergouvernementale sur le développement (IGAD), un corps intergouvernemental de pays d’Afrique de l’est, sont limités aux deux partis principaux du conflit vieux de 20 ans au sud du Soudan. Ces pourparlers n’incluent ni Darfour, ni ses rebelles. Prenant avantage du cessez-le-feu régulé internationalement dans le sud, le gouvernement soudanais a fait passer ses hélicoptères d’attaque et d’autres armes lourdes, achetés avec les revenus pétroliers du sud, dans la région occidentale de Darfour. 

Les bombardements aveugles du gouvernement, la campagne de terre brûlée, et le refus de laisser l’assistance humanitaire accéder à Darfour reflètent la même stratégie meurtrière utilisée au sud, avec une dévastation et des déplacements encore plus rapide qu’au sud. 

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Louise Arbour est nommée haut commissaire de l’ONU aux Droits de l’Homme
 
Elle succède à Sergio Vieira de Mello
(Genève, New York  de nos correspondantes)

La Canadienne Louise Arbour, ancienne procureure du Tribunal pénal international, a été  nommée, vendredi 20 février, Haut Commissaire de l’ONU aux Droits de l’Homme. Actuellement juge à la Cour suprême de son pays, Mme. Arbour, 57 ans, prendra ses fonctions en juin.
Il aura fallu six mois pour que Kofi Annan soit en mesure de trouver un nouveau haut commissaire aux droits de l’homme pour succéder au Brésilien Sergio Vieira de Mello, assassiné le 19 août 2003 à Bagdad.
Le choix était difficile et les pressions sur le secrétaire général importantes. D’un côté, des grandes puissances qui souhaitaient un juriste et, de l’autre, des défenseurs des droits de l’homme, qui exigeaient une personnalité d’envergure politique. Louise Arbour, semble-t-il, convient aux deux.

Louise Arbour a servi comme juge au Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) et pour le Rwanda, de 1996 à 1999. Elle a été particulièrement efficace en persuadant la communauté internationale de mettre à exécution les mandats d’arrêt pour les criminels de guerre inculpés par les tribunaux. En mai 1999, elle a acquis une notoriété internationale avec l’inculpation de l’ex-président yougoslave Slobodan Milosevic de crimes contre l’humanité. Critiquée par certains pour ses méthodes de travail, elle a été applaudie par les défenseurs des droits de l’homme pour les résultats de son travail au sein du TPIY.

Human Rights Watch (HRW) et Amnesty International, organisations de défense des droits de l’homme, se sont félicitées du choix du secrétaire général. HRW a souligné que Mme Arbour prend ses fonctions à un moment « particulièrement difficile », la Commission des Droits de l’Homme comptant elle-même « quelques-uns des pires adversaires » des libertés individuelles. L’organisation souhaite que Mme Arbour essaie d’obtenir la création d’un mécanisme indépendant pour « contrôler la façon dont les gouvernements utilisent la guerre contre le terrorisme comme une excuse pour affaiblir les droits de l’homme ».

Mme. Arbour est la deuxième femme à occuper le poste après l’ancienne Présidente irlandaise Mary Robinson. Elle a été juge à la Cour suprême de l’Ontario, après une carrière universitaire à Toronto. Elle a longuement hésité à quitter son poste à la Cour suprême, espérant y obtenir une possibilité de réintégration à son retour. Dans un communiqué publié à Ottawa, elle a fait part de sa conviction que le haut commissaire aux Droits de l’Homme joue « un rôle-clé sur la scène internationale ». « Je consacrerai toutes mes énergies à ce défi extraordinaire » a-t-elle dit.

L’ancien ministre français Bernard Kouchner, qui brigue depuis longtemps un poste aux Nations unies, figurait parmi les candidats. En novembre 2003, il avait fait savoir dans la presse qu’il avait obtenu le soutien de l’Elysée pour sa candidature. Mais l’hypothèse de sa nomination n’avait jamais été prise très au sérieux à New York, où le docteur jouit d’une image controversée. Compte tenu notamment de ses positions sur la guerre en Irak, il semblait également difficile de le voir accéder à un tel pose. 

 Afsana Bassir Pour et Corine Lesnes
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Lettre Pastorale de la Conférence Episcopale du Soudan
 
« Voici que je fais l’univers nouveau. »  (Apo. 21 :5)













Cher Peuple de Dieu,

La Paix soit avec vous !













     Nous, les Evêques catholiques du Soudan, réunis à Nairobi (du 15 au 22 janvier 2004) pour une réunion extraordinaire au sujet de la Paix, lancent un appel aux fidèles, à la population et aux dirigeants du Soudan, ainsi qu’à tous les hommes de bonne volonté afin d’accueillir pleinement la paix qui s’annonce au Soudan.
   La Paix semble planter sa tente au Soudan.  La paix que nous avons désirée depuis si longtemps nous arrive à travers  l’accord de paix du Soudan.
   La paix est à la fois précieuse et fragile. Chacun de nous doit la saisir, la garder et la renforcer.  Tous, nous sommes appelés à construire une demeure pour la paix afin de devenir un peuple en paix dans une société aimant la paix.
   Il n’y a aucune alternative à la paix sinon la paix elle-même.  La paix n’est pas un don utilisé