LES MÉDIATEURS DU DARFOUR ÉVALUÉS DE FAÇON MITIGÉE
PAR UN RAPPORT DU GROUPE DE RÉFLEXION.
 
 

Vendredi 29 janvier 2010.
Par Daniel Van Oudenaren

 

28 janvier 2010 (WASHINGTON). Le groupe de réflexion Small Arms Survey (SAS) sur les armes portables, dans un nouveau rapport, jette un doute sur la capacité des médiateurs internationaux de mener à bien la "tâche gargantuesque" de résoudre le conflit armé de sept ans au Darfour, en mettant en garde contre une solution bâclée, analogue à l'accord "mort-né" signé à Abuja en 2006. Toutefois, le rapport souligne qu'il est d'une importance cruciale d'arriver à un accord de paix avant les élections d'avril 2010.

 

Julie Flint, auteur du rapport, est une chercheuse  qui s'est violemment opposée à l'Accord de paix du Darfour (PDA) fabriqué par un compromis international et s'est élevée avec insistance contre la décision de la Cour pénale internationale criminelle de mars 2009 demandant l'arrestation du Président soudanais.

 

Dans son dernier rapport, le groupe d'étude Small Arms Survey (SAS), sur les armes portables examine les efforts de médiation entrepris depuis mai 2006, date à laquelle le PDA a été signé, avant de tomber en quenouille face aux hostilités, aux reculades et aux luttes intestines des rebelles. Depuis lors,  aucun des mouvements rebelles n'a poussé à la formulation d'un accord avec le gouvernement, mais des tractations  se poursuivent néanmoins à Doha, au Qatar.

 

"Parmi les raisons pour lesquelles la paix au Darfour reste hors d'atteinte", a déclaré jeudi dans un communiqué de presse le groupe de réflexion siégeant à Genève figurent " l'accent mis sur le maintien de la paix aux prix de la conclusion de la paix, une diplomatie sans coordination, une médiation sans transparence et un manque presque total de consultation avec la société civile du Darfour".

 

L'argument de Flint est que la démarche internationale concernant le Darfour - qui implique à des degrés divers des interlocuteurs américains, égyptiens, libyens, qataris et des Nations Unies "est devenue si compliquée qu'un désaccord entre les Cinq membres permanents du Conseil de Sécurité (Chine, États-Unis, France, Royaume-Uni et Russie ), au sein de l'ONU, entre l'ONU  et l'Union Africaine (UA) et parmi les voisins du Soudan, sans parler du conflit exacerbé actuel pour la  maîtrise de la politique américaine, a abouti à une dépense d'énergie aussi considérable que la médiation du conflit lui-même."

 

"Cette ambiance internationale acerbe et désunie contribue ajoute au manque de confiance des Darfuris à l'égard de tout processus de médiation", dit-elle. Entre autre exemple, elle mentionne la tension signalée entre le Médiateur principal conjoint de l'ONU et de l'Union africaine Djibril Bassolé et l'ex-président de l'Afrique du Sud, Thabo Mbeki; qui l'an dernier a dirigé un nouveau Haut-Comité de l'Union africaine sur le Darfour qui a requis une surveillance accrue du médiateur principal."

 

A propos des conférences organisées sans concertation l'an dernier sous les auspices de la Libye et des Américains pour unir les  factions rebelles, Flint est d'avis que "la communauté internationale est entraînée de plus en plus loin  dans une gestion au jour le jour qui n'est pas viable. Les médiateurs ont tendance à tenir pour acquis que les parties au conflit  ont la volonté de créer une situation "normale" fondée sur un accord écrit, mais au Darfour aujourd'hui, il y a si peu de confiance dans quelque "normalité"  que ce soit, que les parties recherchent des avantages à court-terme et s'attendent à une poursuite des troubles."

 

Flint critique également les médiateurs pour leur manque de transparence.

 

Elle préconise un processus de paix "généré localement", s'appuyant le moins possible sur une médiation étrangère. Dans ce contexte, elle met l'accent en particulier sur une implication de la société civile, incluant  un" DCDD revigoré" - le Dialogue - Consultation Darfour-Darfour. Cet organisme a été créé sur les conseils d'Alex de Waal, avec qui elle a co-écrit un livre et d'autres documents.

 

Flint admet toutefois que "le DCDD n'a pas été à la hauteur  des espoirs qu'on avait placés en lui. Il a été largement critiqué et par les Darfuris et par les donateurs, pour la lenteur de sa mise en route et la valeur inégale de ses résultats et, selon la formule d'une organisation de la société civile, pour son manque d'une perspective claire et d'un engagement nécessaires pour avoir une action efficace quelconque au Darfour".

 

Les médiateurs ont invité ce mois-ci les factions rebelles à Doha pour se concerter avec elles sur le choix d'un terrain d'entente pour préparer les négociations avec le gouvernement. Les représentants du Soudan déclarent qu'ils ne négocieront pas au-delà de la troisième semaine de mars, en raison de la proximité du scrutin du 11 avril.