DÉCLARATION DE SÉPARATION

 

Par un Sudiste anonyme - 16/10/2010
Traduit par Vigilance Soudan

 

Le peuple, n'a jamais éprouvé la terre qui tremble avec les bombes, les pluies de balles dans le ciel, ou la crue du Nil avec le sang des morts et les larmes des orphelins abandonnés, des veuves et des traumatisés. Protester contre la naissance de notre nation ? Pourquoi ? Laissez-nous nous réconcilier, vivre dans la paix, préserver l’unité

 

Bien que le peuple du Nord sache bien pourquoi l'unité qui fut autrefois notre but national commun est devenue improbable pour le peuple du Sud, laissez nous leur rappeler pourquoi. Laissez-nous leur rappeler comment des guerres contre notre peuple au nom du paradis, étaient prétendument justes et n’ont laissé aucune ombre  dans la mémoire et la conscience de leurs criminels. Ils peuvent avoir oublié! Laissez-nous donc leur rappeler, sans s'attendre à ce qu’ils regrettent, se repentent, ou doutent même de la justice de leur jihad contre notre peuple. Laissez-nous leur rappeler que nous avons des coeurs paisibles et des âmes conciliantes et que notre séparation n'est contre personne mais seulement pour la liberté et l'égalité. Laissez-nous dire au Nord et au reste du monde pourquoi notre lutte est passée d'un combat pour une citoyenneté de première classe à un combat pour une nouvelle nation.

 

Il y a déjà cinq décennies, à travers le feu et le sang, le brave peuple soudanais a gagné son indépendance sur le condominium anglo-égyptien. Cette victoire momentanée allait ouvrir un nouveau chapitre de l’histoire de notre nation, entraînant la fin de l’oppression politique, de la marginalisation sociale, et de  l’exploitation économique. Un chapitre de liberté, dignité, et égalité allait commencer ! Mais une année auparavant, les premières balles de la guerre civile sifflèrent. Le Sud a senti que les colonisateurs partaient, pourtant pour les citoyens du sud, la colonisation n’était pas finie. Le Nord, au lieu de  renforcer les sentiments de fraternité et d’égalité, commença à exhiber une supériorité raciale et religieuse. Il rejeta le système laïc que le Sud pensait bon et représentatif de tout le pays. Un système qui respectait la beauté culturelle et la diversité religieuse de tous les habitants du Soudan. Un système qui encourageait et autorisait notre peuple à embrasser nos différences et surmonter nos préjugés. Le Nord, à la place, a imposé la loi de la Sharia à travers tout le pays. Ce système théocratique reflète uniquement les valeurs du nord du pays et l’agenda islamique et arabique. Ainsi, les chrétiens, les animistes, les africains du sud du pays se sont retrouvés culturellement, politiquement, économiquement et spirituellement envahis. La première guerre civile a continué dix-sept ans, retirant la vie à des milliers de civils et laissant le Sud en friche.

 

Puis il y eut une prise de conscience. Le Soudan fit l’expérience de la paix en signant un accord à Adis Abeba.


Une décennie plus tard, le Sud réalisa que la paix n’existait que sur papier et n’avait pas de sens. Les citoyens du Sud étaient toujours traités comme des êtres inférieurs et privés des opportunités économiques et éducatives. Plus de deux millions de sudistes sont morts, et le Sud espère toujours l’unité et la fraternité. Cinq millions de sudistes ont déserté, pourtant le Sud persistait à croire au changement vers un "nouveau Soudan".

 

Plus de deux décennies après ces évènements, une nouvelle prise de conscience eut lieu.

 

Un accord de paix compréhensif fut signé à Naivasha. Le Sud y gagna le droit à l’autodétermination à travers un référendum. Une période de paix relative commença. Une période d’implantation de la paix qui allait déterminer les prémisses du référendum commença.

 

Maintenant, cette période touche à sa fin et a convaincu les sudistes qu’une séparation future doit avoir lieu. Les citoyens du Sud ont déjà vu et appris que le Nord et le Sud ne sont égaux que dans la vallée de la mort. Dans les dernières cinq années passées, l’obstruction de l’implémentation de l’accord de paix a été l’une des priorités du Nord. L’unité est devenu impossible, car le Nord porte également la responsabilité d’un autre génocide, contre une région du pays, le Darfour.

 

Toutes ces souffrances nous inspirent la séparation, pourtant, cette séparation ne se fait pas dans la frustration et le désespoir. Nous ne voulons pas d’une nation qui n’ai pas la capacité de pardonner. Nous, les gens du Soudan du Sud, pour le préservation de la vie humaine, la liberté et la dignité, aujourd’hui et pour le futur, nous déclarons notre séparation du Soudan et établissons la République du Sud Soudan, où ces droits inaliénables sont perpétuellement protégés et promus.

 

Faisons savoir au monde entier qu’une république libre et égale est née sur le continent africain. Que cette République se lève pour la liberté et contre la tyrannie domestique ou étrangère. Faisons savoir que notre nation est née !

 

 

 

 

 

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