Une rencontre secrète à Tel Aviv, jeudi 16 décembre, entre l’émissaire de haut-rang russe, Mikhaïl Margelov et des représentants du gouvernement semi-autonome du Sud-Soudan, a rendu le Président égyptien si furieux qu’il a ordonné à son Ministre du renseignement, le Général Omar Suleiman, de répliquer en accusant Israël de recruter des agents égyptiens pour espionner le Liban et la Syrie.
Selon les sources du renseignement de DEBKAfile, Le Caire a surtout commencé à régler ses comptes avec Jérusalem pour avoir introduit la Russie dans son soutien discret au Sud-Soudan, riche en pétrole. Le Président Salva Kiir Mayardit projette, en effet, de conduire sa province dominée par les Chrétiens à l’Indépendance à l’égard du Nord musulman, lors du référendum du 9 janvier.
Les Egyptiens soupçonnent que la récente livraison d’armes russes au Sud-Soudan, essentiellement des hélicoptères de combat, fait partie d’un programme d’armement conjoint russo-israélien.
On ne s'attend pas à ce que le Soudan laisse sa partition se faire sans réagir, particulièrement alors qu’un autre référendum séparé le même jour peut également conduire une seconde province, Abyie, à faire sécession. Ce qui constituerait un coup double contre l’industrie pétrolière de Khartoum : 85% de son pétrole est puisé dans le Sud et la majeure partie de ses exportations circule par les pipline qui traversent (la province d') Abyie vers Port Soudan sur la Mer Rouge.
Margelov, qui est à la fois Président de la Commission des Affaires étrangères du Conseil de la Fédération de Russie, et Président du groupe démocrate européen à l’Assemblée du Parlement du Conseil de l’Europe, s’était préalablement opposé à une sécession du Sud Soudan. Il faisait alors clairement entendre ses craintes de voir émerger une « nouvelle Somalie ». Cependant, ayant pris la mesure de cette issue inévitable après des décennies de guerre sanglante, le Kremlin a changé de musique.
On a bien pris note de la réunion de Margelov avec des responsables du Sud Soudan, jeudi dernier –elle a d’abord été révélée par le site web israélo-russe IZRus et l’on pense qu'elle a été organisée par le Ministre des affaires étrangères Avigdor Lieberman –, dans les différentes capitales du monde qui scrutent d’un œil acéré le plébiscite du 9 janvier. Quatre jours plus tard, le Caire annonçait que l’Egyptien Tarek Abd al Rezak avait été arrêté et accusé de travailler pour le Mossad israélien. Pas un jour ne s’est passé depuis sans de fracassantes révélations sur ses activités clandestines.
La question soudanaise était suffisamment pressante pour pousser Hosni Moubarak et le dirigeant libyen Mouammar Khadafi à faire une visite-éclair à Khartoum, le 21 décembre, pour des discussions serrées avec le Président Omar al Béchir. Ils sont arrivé ensemble pour essayer de le persuader de repousser le Référendum par crainte qu’il ne mène à plus de bains de sang encore. Mais leurs agendas respectifs étaient sensiblement très différents :
Khadafi abhorre l’idée même qu’un nouveau pouvoir pétrolier s’érige aux portes de la Libye – et, plus particulièrement, s’il est sous contrôle chrétien. Moubarak redoute que les bouleversements qui ne manqueraient pas de soulever le Soudan rendent caduques les traités coloniaux qui offrent à l’Egypte 85 % des eaux du Nil. La plupart découle du bras principal du fleuve, le Nil Bleu, qui prend sa source en Ethiopie ; une moindre part provient du Nil Blanc, dont la source se trouve en Ouganda. Les deux bras s’unissent près de Khartoum et coulent alors vers le Nord, en un seul et même fleuve qui a été la ligne de vie irriguant l’Egypte depuis des millénaires.
L’Egypte se sent menacée, non seulement par les bouleversements soudanais à venir, mais aussi par une nouvelle initiative lancée par le Premier Ministre éthiopien Meles Zenawi, qui défie le monopole égyptien sur les eaux du Nil et exige un partage équitable avec les sept nations situées en amont du fleuve, dont la plupart sont extrêmement pauvres.
Le Gouvernement perçoit son contrôle sur le Nil comme un problème existentiel et, si nécessaire, se battra pour cela. Zenawi faisait récemment remarqué que : « Je ne serais guère surpris que les Egyptiens envahissent brusquement l’Ethiopie. Personne, qui ait tenté une chose pareille, n’a vécu assez longtemps pour le raconter ».
Par conséquent, le Caire et Addis-Abeba se regardent en chiens de faïence à propos du Nil. Et c’est sur ce point qu’Israël entre dans le paysage, d’après ce que rapportent les sources militaires et du renseignement de DEBKAfile.
Le Président Kiir maintient un bureau sous couverture à Tel Aviv, foyer à partir duquel s’acheminent ses relations diplomatiques, militaires et de renseignement avec Israël. L’Egypte et des sources de renseignement occidentales pensent qu’Israël a fortement armé le Sud Soudan par le biais d’une tierce partie, soutenant ainsi sa voie vers l’indépendance. L’Ethiopie, également, est un allié d’Israël et maintient des liens militaires et de renseignements solides avec l’Etat juif. Ce mois-ci, le Caire a été consterné de découvrir qu’Israël avait développé des réseaux d’influence suffisamment puissants dans les pays d’Afrique de l’Est, au Sud de l’Egypte, pour passer outre le rôle dominant du Gouvernement Moubarak concernant, notamment, le problème palestinien.
Pour Moubarak, la rencontre secrète entre des responsables russes et sud-soudanais à Tel Aviv, plutôt qu’en n'importe quel autre endroit du globe, était un comble. Il a perçu ce geste comme le point culminant d’une manœuvre visant à engager le soutien russe dans les nouvelles entreprises risquées lancées par Jérusalem, de façon à se distancier de Washington et de son prestige en chute libre au Moyen-Orient, et comme un moyen de circonvenir la radicalisation de ses voisins, alimentée par l’Iran.
Là-dessus, Le Caire a mis les pieds dans le plat, au sujet de l’aventure israélienne au Soudan, en rendant le Mossad responsable de sa colère. Tareq Abd Rezak Hassan est actuellement accusé d’avoir mené des contacts avec les puissants services de sécurité d’Israël et des activités hostiles contre la Syrie. Des actes d’accusation ont également été diffusés contre « Eddy et Moshe Joseph Dimor », décrits comme les agents traitants d’Hassan.
Le Caire a pris soin de ne pas aller trop loin en accusant Israël d’espionner directement l’Egypte – mais seulement d’autres états arabes. Mais il a rendu l’affaire publique pour servir d’avertissement à Israël lui intimant de revenir sur ses incursions diplomatiques en Afrique de l’Est ou de se trouver confronté à d’autres sources d’embarras supplémentaires.