Numéro 97 -98 - novembre - décembre 2000

Autres opinions

Pétrole et guerre au Soudan
CSI recrute chez les sportifs
Khartoum veut rassurer le Caire
Egypte/Soudan: La parole du pharaon
Pétrole et guerre au Soudan

La guerre civile du Soudan couve sous la cendre à un coût effroyable, résistant avec entêtement aux conciliateurs. On estime à deux millions le nombre de Soudanais qui sont morts en 17 ans de guerre et de famine. Quelque 4,4 millions de Sudistes soudanais ont été chassés de leurs foyers, la population déplacée la plus nombreuse au monde. Il était  difficile d’imaginer que cette guerre puisse devenir pire mais maintenant elle l’est- grâce à l’arrivée d’exportations lucratives de pétrole.
Le but de la guerre de Khartoum a toujours été de perpétuer une longue tradition de domination du Nord arabe sur le Sud Soudan, en partie pour exploiter les gisements pétroliers. Mais c’est seulement maintenant que coule le pétrole, et avec lui beaucoup d’argent. Le régime militaire dirigé par le Général Omar el-Béchir qui a saisi le pouvoir par un coup d’Etat en 1989 s’est engagé dans une campagne impitoyable de dépeuplement d’un oléoduc et des zones autour des champs pétrolifères au Sud-Soudan pour les protéger contre une attaque rebelle. Amnesty International a rapporté l’an dernier que les civils dans la région pétrolière avait souffert de violents abus. Des avions militaires soudanais ont attaqué des hôpitaux, des écoles et des terrains d’atterrissage dont se servent les avions d’assistance humanitaire. Des dizaines de milliers de personnes ont été déplacées au cours des deux dernières années.

La guerre du Soudan comme toutes les guerres africaines n’est en aucun cas une affaire purement locale. Les forces gouvernementales et les milices alliées obtiennent des armes de Chine , Iran, Irak, Russie, des anciennes républiques soviétiques, de Bulgarie en échange de prêts à être remboursés par les futures exportations de pétrole. Le monde dépense plus d’un quart de milliard de dollars par an pour l’assistance humanitaire au Soudan. Cependant le gouvernement du Soudan va en gagner presque autant avec le pétrole.

Talisman, la plus grande société pétrolière indépendante canadienne est propriétaire au Soudan de 25% d’un oléoduc qui a coûté $1,2 milliard. Le reste est financé par la Chine, la Malaisie et le Soudan lui-même. Les officiels des sociétés pétrolières nient que leurs investissements exacerbent la guerre, mais selon les propres comptes de Khartoum, ses dépenses militaires ont doublé depuis 1998, l’époque où il n’y avait pas de revenus pétroliers.

Malheureusement, il n’y a actuellement aucun processus de paix crédible. En 1997 l’administration Clinton a sagement imposé des sanctions sur les investissements privés au Soudan, mais les alliés de Washington, y compris le Canada, n’ont pas suivi la même voie. La nouvelle administration Bush  devrait maintenir ces sanctions et travailler à leur gagner un soutien international plus large.

Editorial du New-York Times, 13 janvier 2001


CSI recrute chez les sportifs

L'ONG protestante Christian Solidarity Intemational (CSI), basée à Binz (Suisse), qui s'est spécialisée dans le "rachat" d'esclaves soudanais et dont Khartoum avait obtenu l'an dernier (LOI n'863) le retrait de l'accréditation auprès des Nations unies, poursuit activement aux Etats-Unis sa campagne contre l'esclavage au Soudan. A cet égard, CSI vient de réussir un gros coup en obtenant une contribution de 100 000 $ de la part de la National Association of Basket-ball Coaches (NABC) des Etats-Unis. Ce don, le plus gros que CSI dit avoir jamais reçu, devrait servir à faire libérer 2.900 esclaves captifs au Nord Soudan, selon le directeur exécutif de la branche américaine de CSI, John Tayloe. CSI affirme avoir déjà obtenu la libération de 42 537 esclaves au Soudan en les rachetant le plus souvent à des intermédiaires. La NABC a annoncé son don à la CSI sur son site Internet (nabc.com) jusque-là réservé à l'analyse des performances des équipes de basket ball.

LOI - Le fondateur et président du CSI International, le révérend Hans Stuckelberger, a dénoncé, une nouvelle fois cette semaine, un raid des Popular Defence Forces (PDF, milices supplétives de l'armée soudanaise) contre des Soudanais noirs. Il a également appelé le nouveau président américain George W. Bush, le 17janvier, à soutenir la proposition du haut commissaire des Nations  unies, Mary Robinson, en faveur d'une action internationale pour désarmer les milices soudanaises responsables d'actes d'esclavagisme.

(La Lettre de l’Océan Indien n°934 du 20 janvier 2001)


Khartoum veut rassurer le Caire

Lors de sa visite à Khartoum, le 8 janvier dernier, le ministre des Affaires étrangères égyptien Amr Moussa, a reçu la promesse des autorités soudanaises que les sept dirigeants de la National Democratic Alliance (NDA, opposition) arrêtés le 6 décembre lors de leur réunion avec le diplomate américain Glenn Warren - qui a, quant à lui été expulsé (LOI n° 930) -, seraient bientôt relaxés. Le président Hassan Omar al-Béchir lui aurait affirmé que ces arrestations avaient été une maladresse commise par des éléments de l'aile dure de régime, tels Ali Osman Mohamed Taha et Nafi'e Ali Nafi'e. Amr Moussa a transmis cette information au chef de la NDA, Mohamed Osman al-Mirghani, en le priant de ne pas faire le jeu de l'aile dure du régime soudanais qui veut provoquer une réaction négative de l'opposition afin de saboter le dialogue voulu par l'aile modérée au pouvoir. De son côté, le ministre soudanais de la justice a fait savoir que cette histoire risquait de ternir l'image du régime parce les éléments de l'enquête ne permettent pas de condamner les opposants arrêtés. Ghazi Salah ad Din Attabani, grand prêtre de dialogue avec l'opposition, est sur la même longueur d'ondes. Des sources de la NDA à l'intérieur du Soudan ont confirmé que des dirigeants modérés du régime leur ont demandé, de manière informelle, de ne pas jeter de l'huile sur le feu. La direction de la NDA devait tenir une réunion à Asmara, la semaine passée, mais Mohamed Osman al Mirghani l'a ajournée sans raison officielle, mais sans doute pour ne pas être obligé de condamner ces arrestations ou de donner l'occasion aux radicaux de la NDA de le faire.

(La Lettre de l’Océan Indien n°935 du 27 janvier 2001)


Egypte/Soudan: La parole du pharaon

Le Caire tente d'amener les gouvernements occidentaux ainsi que l'Algérie et l'Arabie Saoudite à soutenir un projet visant à présenter à la nouvelle équipe du président George W. Bush un cadre politique prédéterminé pour discuter avec le National Islamic Front au Soudan, selon des informations recueillies par Africa Confidential. Son second objectif est de remplacer le processus de paix de l’Inter-Governmental Authority on Development (Erythrée, Ethiopie, Kenya et Ouganda) par l'initiative égypto-libyenne, réintégrant ainsi le Soudan dans le giron arabe. Le ministre égyptien des Affaires étrangères, Amr Moussa, vient de se rendre à Khartoum pour discuter du projet avec un NIF très satisfait de voir d'autres régimes consolider son pouvoir. Moussa a poursuivi sa tournée par Riyadh, avant de déclarer au Caire qu'il n'y aurait "pas de paix au Soudan sans l’Egypte" . L'objectif est de coopter la National Democratic Alliance (opposition) tout en muselant sa principale force armée, la Sudan People's Liberation Army. Il s'agit de convaincre les gouvernements que l'opposition a vécu et qu'ils doivent discuter avec le NIF. Le Caire a déclaré publiquement que la SPLA devrait être incluse dans tout accord. Khartoum a déjà vidé de sa substance l’Umma, laissant El Sadig el Mahdi se répandre en injures contre le NIF et la NDA. Le vice-président Ali Osman Mohamed Taha a beau continuer à affirmer que la « réconciliation» politique ne se fait que "selon les conditions de la Salvation Revolution", l'Egypte et ses partisans européens insistent sur la réalité de la réconciliation. L'Egypte est favorable à une mise à l'écart de certains extrémistes de premier plan comme le patron de la sécurité Nafie Ali Nafi’e, qui a proféré des attaques venimeuses contre l'opposition. (La dernière fois qu’il avait "disparu" c’était après la tentative d'assassinat contre le président Hosni Mubarak en 1995). De son côté, le NIF (qui dit avoir doublé ses dépenses militaires depuis que le pétrole a commencé à couler à flot) lance une offensive massive contre les régions contrôlées par l'opposition. Son attaque dans les jebels Nuba à l'ouest a débuté. Les bombardements aériens se poursuivent dans l'Est sur le Nil bleu et dans le Sud. Le projet du Caire comporte également quelques carottes pour les pays étrangers. Le NIF va tenter d'attirer davantage d'entreprises étrangères, les Saoudiens tentant tranquillement de convaincre les intérêts américains. On ignore si les Saoudiens ont donné leur aval à un quelconque élément de ce plan, idem pour Alger, qui devrait convaincre l’Ethiopie et l’Erythrée d’achever leur rapprochement avec le NIF et donner, en tant que président de l’Organisation de l’Unité Africaine, une légitimité à cette initiative, sur un continent toujours méfiant envers les intentions du NIF.

(Africa Confiential, édition française n°371 du 29 janvier 2001)
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