| Pétrole et guerre au Soudan
La guerre civile du Soudan couve sous la cendre à un coût
effroyable, résistant avec entêtement aux conciliateurs. On
estime à deux millions le nombre de Soudanais qui sont morts en
17 ans de guerre et de famine. Quelque 4,4 millions de Sudistes soudanais
ont été chassés de leurs foyers, la population déplacée
la plus nombreuse au monde. Il était difficile d’imaginer
que cette guerre puisse devenir pire mais maintenant elle l’est- grâce
à l’arrivée d’exportations lucratives de pétrole.
Le but de la guerre de Khartoum a toujours été de perpétuer
une longue tradition de domination du Nord arabe sur le Sud Soudan, en
partie pour exploiter les gisements pétroliers. Mais c’est seulement
maintenant que coule le pétrole, et avec lui beaucoup d’argent.
Le régime militaire dirigé par le Général Omar
el-Béchir qui a saisi le pouvoir par un coup d’Etat en 1989 s’est
engagé dans une campagne impitoyable de dépeuplement d’un
oléoduc et des zones autour des champs pétrolifères
au Sud-Soudan pour les protéger contre une attaque rebelle. Amnesty
International a rapporté l’an dernier que les civils dans la région
pétrolière avait souffert de violents abus. Des avions militaires
soudanais ont attaqué des hôpitaux, des écoles et des
terrains d’atterrissage dont se servent les avions d’assistance humanitaire.
Des dizaines de milliers de personnes ont été déplacées
au cours des deux dernières années.
La guerre du Soudan comme toutes les guerres africaines n’est en aucun
cas une affaire purement locale. Les forces gouvernementales et les milices
alliées obtiennent des armes de Chine , Iran, Irak, Russie, des
anciennes républiques soviétiques, de Bulgarie en échange
de prêts à être remboursés par les futures exportations
de pétrole. Le monde dépense plus d’un quart de milliard
de dollars par an pour l’assistance humanitaire au Soudan. Cependant le
gouvernement du Soudan va en gagner presque autant avec le pétrole.
Talisman, la plus grande société pétrolière
indépendante canadienne est propriétaire au Soudan de 25%
d’un oléoduc qui a coûté $1,2 milliard. Le reste est
financé par la Chine, la Malaisie et le Soudan lui-même. Les
officiels des sociétés pétrolières nient que
leurs investissements exacerbent la guerre, mais selon les propres comptes
de Khartoum, ses dépenses militaires ont doublé depuis 1998,
l’époque où il n’y avait pas de revenus pétroliers.
Malheureusement, il n’y a actuellement aucun processus de paix crédible.
En 1997 l’administration Clinton a sagement imposé des sanctions
sur les investissements privés au Soudan, mais les alliés
de Washington, y compris le Canada, n’ont pas suivi la même voie.
La nouvelle administration Bush devrait maintenir ces sanctions et
travailler à leur gagner un soutien international plus large.
Editorial du New-York Times, 13 janvier 2001
CSI recrute chez les sportifs
L'ONG protestante Christian Solidarity Intemational (CSI), basée
à Binz (Suisse), qui s'est spécialisée dans le "rachat"
d'esclaves soudanais et dont Khartoum avait obtenu l'an dernier (LOI n'863)
le retrait de l'accréditation auprès des Nations unies,
poursuit activement aux Etats-Unis sa campagne contre l'esclavage au Soudan.
A cet égard, CSI vient de réussir un gros coup en obtenant
une contribution de 100 000 $ de la part de la National Association
of Basket-ball Coaches (NABC) des Etats-Unis. Ce don, le plus gros
que CSI dit avoir jamais reçu, devrait servir à faire libérer
2.900 esclaves captifs au Nord Soudan, selon le directeur exécutif
de la branche américaine de CSI, John Tayloe. CSI affirme
avoir déjà obtenu la libération de 42 537 esclaves
au Soudan en les rachetant le plus souvent à des intermédiaires.
La NABC a annoncé son don à la CSI sur son site Internet
(nabc.com) jusque-là réservé à l'analyse des
performances des équipes de basket ball.
LOI - Le fondateur et président du CSI International, le révérend
Hans
Stuckelberger, a dénoncé, une nouvelle fois cette semaine,
un raid des Popular Defence Forces (PDF, milices supplétives
de l'armée soudanaise) contre des Soudanais noirs. Il a également
appelé le nouveau président américain George W. Bush,
le 17janvier, à soutenir la proposition du haut commissaire des
Nations unies, Mary Robinson, en faveur d'une action internationale
pour désarmer les milices soudanaises responsables d'actes d'esclavagisme.
(La Lettre de l’Océan Indien n°934 du
20 janvier 2001)
Khartoum veut rassurer le
Caire
Lors de sa visite à Khartoum, le 8 janvier dernier, le ministre
des Affaires étrangères égyptien Amr Moussa, a reçu
la promesse des autorités soudanaises que les sept dirigeants de
la National Democratic Alliance (NDA, opposition) arrêtés
le 6 décembre lors de leur réunion avec le diplomate américain
Glenn Warren - qui a, quant à lui été expulsé
(LOI n° 930) -, seraient bientôt relaxés. Le président
Hassan Omar al-Béchir lui aurait affirmé que ces arrestations
avaient été une maladresse commise par des éléments
de l'aile dure de régime, tels Ali Osman Mohamed Taha et Nafi'e
Ali Nafi'e. Amr Moussa a transmis cette information au chef de la NDA,
Mohamed Osman al-Mirghani, en le priant de ne pas faire le jeu de l'aile
dure du régime soudanais qui veut provoquer une réaction
négative de l'opposition afin de saboter le dialogue voulu par l'aile
modérée au pouvoir. De son côté, le ministre
soudanais de la justice a fait savoir que cette histoire risquait de ternir
l'image du régime parce les éléments de l'enquête
ne permettent pas de condamner les opposants arrêtés. Ghazi
Salah ad Din Attabani, grand prêtre de dialogue avec l'opposition,
est sur la même longueur d'ondes. Des sources de la NDA à
l'intérieur du Soudan ont confirmé que des dirigeants modérés
du régime leur ont demandé, de manière informelle,
de ne pas jeter de l'huile sur le feu. La direction de la NDA devait tenir
une réunion à Asmara, la semaine passée, mais Mohamed
Osman al Mirghani l'a ajournée sans raison officielle, mais sans
doute pour ne pas être obligé de condamner ces arrestations
ou de donner l'occasion aux radicaux de la NDA de le faire.
(La Lettre de l’Océan Indien n°935 du
27 janvier 2001)
Egypte/Soudan: La parole
du pharaon
Le Caire tente d'amener les gouvernements occidentaux ainsi que l'Algérie
et l'Arabie Saoudite à soutenir un projet visant à présenter
à la nouvelle équipe du président George W. Bush
un cadre politique prédéterminé pour discuter avec
le National Islamic Front au Soudan, selon des informations recueillies
par Africa Confidential. Son second objectif est de remplacer le processus
de paix de l’Inter-Governmental Authority on Development (Erythrée,
Ethiopie, Kenya et Ouganda) par l'initiative égypto-libyenne, réintégrant
ainsi le Soudan dans le giron arabe. Le ministre égyptien des Affaires
étrangères, Amr Moussa, vient de se rendre à Khartoum
pour discuter du projet avec un NIF très satisfait de voir d'autres
régimes consolider son pouvoir. Moussa a poursuivi sa tournée
par Riyadh, avant de déclarer au Caire qu'il n'y aurait "pas de
paix au Soudan sans l’Egypte" . L'objectif est de coopter la National Democratic
Alliance (opposition) tout en muselant sa principale force armée,
la Sudan People's Liberation Army. Il s'agit de convaincre les gouvernements
que l'opposition a vécu et qu'ils doivent discuter avec le NIF.
Le Caire a déclaré publiquement que la SPLA devrait être
incluse dans tout accord. Khartoum a déjà vidé de
sa substance l’Umma, laissant El Sadig el Mahdi se répandre
en injures contre le NIF et la NDA. Le vice-président Ali Osman
Mohamed Taha a beau continuer à affirmer que la « réconciliation»
politique ne se fait que "selon les conditions de la Salvation Revolution",
l'Egypte et ses partisans européens insistent sur la réalité
de la réconciliation. L'Egypte est favorable à une mise à
l'écart de certains extrémistes de premier plan comme le
patron de la sécurité Nafie Ali Nafi’e, qui a proféré
des attaques venimeuses contre l'opposition. (La dernière fois qu’il
avait "disparu" c’était après la tentative d'assassinat contre
le président Hosni Mubarak en 1995). De son côté,
le NIF (qui dit avoir doublé ses dépenses militaires depuis
que le pétrole a commencé à couler à flot)
lance une offensive massive contre les régions contrôlées
par l'opposition. Son attaque dans les jebels Nuba à l'ouest a débuté.
Les bombardements aériens se poursuivent dans l'Est sur le Nil bleu
et dans le Sud. Le projet du Caire comporte également quelques carottes
pour les pays étrangers. Le NIF va tenter d'attirer davantage d'entreprises
étrangères, les Saoudiens tentant tranquillement de convaincre
les intérêts américains. On ignore si les Saoudiens
ont donné leur aval à un quelconque élément
de ce plan, idem pour Alger, qui devrait convaincre l’Ethiopie et l’Erythrée
d’achever leur rapprochement avec le NIF et donner, en tant que président
de l’Organisation de l’Unité Africaine, une légitimité
à cette initiative, sur un continent toujours méfiant envers
les intentions du NIF.
(Africa Confiential, édition française
n°371 du 29 janvier 2001)
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