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Numéro 97 -98 - novembre - décembre
2000
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Pas d’Intifada pour Sadiq al-Mahdi
| L'accueil populaire limité (entre 100 et 150 000 personnes)
pour le retour à Khartoum, le 23 novembre, de l'ex-Premier ministre
Sadiq al-Mahdi, après quatre années d'exil, ne marquera
certes pas le début d'une Intifada à la soudanaise. Il dénote
plutôt l'extrême lassitude de la population tant envers le
régime du président Omar Hassan al-Béchir qu'envers
la National Democratic Alliance (NDA, opposition) ou l'Oumma
de Sadiq al-Mahdi. Ce dernier parti est d'ailleurs scindé en plusieurs
fractions rivales: celle de son chef, celle de la famille al-Mahdi, qui
cherche à pousser oncles et cousins à sa place, celle de
ses partisans dans l'Ouest du pays (Darfour, Kordofan) dirigée par
Adam Musa Madibo qui s'oppose à tout compromis avec le régime;
celle des "réformateurs" Abd-er-Rahman Nugdallah et Bakri
Adil qui souhaitent faire de l'Oumma un parti moderne échappant
complètement à la confrérie des Ansars que dirige
héréditairement la famille al-Mahdi depuis les années
1880. Aussi, alors que son neveu Mubarak al Fadil al-Mahdi penche
nettement pour un accord avec le régime et la formation d'un front
anti-NDA avec Riak Machar, Sadiq al-Mahdi ménage toutes les
sensibilités de son parti afin d'en éviter l'éclatement.
Mais la réunion du bureau politique de l’Oumma, le décembre,
risque d'être chaude.
Les composantes de la NDA ne sont guère mieux loties: les Sudan Alliance Forces (SAF) sont victimes d'une scission entre la direction civile au Caire et la direction militaire du général Abd-el-Azziz Khalid à Asmara; le Sudan Federal Party (SFP) d’Ahmed Diraige et Sharif Harir se maintient à grand peine dans sa base du Darfour face à des troubles ethniques croissants attisés par le gouvernement qui cherche à saper l'unité des rebelles; le chef de la branche Nouba de la Sudan People's Liberation Army (SPLA), le commandant Youssif Kuwa, est atteint d'un cancer en phase avancée qui laisse prévoir sa disparition proche et une probable lutte de succession entre ses adjoints. Il n'est pas jusqu'à la SPLA qui, en dépit du sanglant "succès" de sa brève occupation de Kassala le 8 novembre, ne soit aussi minée par une sourde contestation interne due à l'autoritarisme appuyé du colonel John Garang. Dans ce champ de ruines politiques, c'est le Democratic Unionist Party (DUP), vieux parti traditionnel de la petite bourgeoisie arabe, qui se maintient le mieux. Dirigé en tandem par Mohamed Osman al-Mirghani qui, à la tête de la NDA, symbolise la résistance extérieure et par l'ex-ministre des Affaires Etrangères, Sid Ahmed al-Hussein, qui illustre l'entêtement d'une opposition intérieure que rien n'a pu abattre, le DUP survit à peu près. Mais si l’AND continue de rêver d'un soulèvement populaire comme ceux qui avaient abattu les régimes militaires des maréchaux Abboud (1964) et Jaafa al-Nimeiry (1985), la population soudanaise s'en remettrait plutôt à une sorte de sauveur galonné pour renverser le pouvoir islamiste actuel sans effusion de sang. Cette faiblesse de l'opposition facilite le maintien au pouvoir d'un régime islamisme lui-même très affaibli par les dissensions internes. Le Mutammar al-Watani (congrès national, nouvelle appellation de l'ex-NIF) a explosé en deux l'an passé, avec d'un côté l'organisation initiale qui obéit officiellement au chef de l’Etat et de l'autre une branche Shabiyi (Populaire) dirigée par Hassan al-Tourabi qui contrôle encore de nombreux rouages de l'administration. En outre, Béchir est contesté à l'intérieur même de son mouvement, à la fois par le noyau intégriste dur qui suit Ali Osman Mohamed Taha et par une aile libérale dirigée par Ghazi Salah ed-Din Attabani. Mais, il peut se maintenir de manière précaire grâce à l'appui de l'armée et tente de reprendre en main les institutions en faisant "élire" ses partisans au Parlement depuis le mois dernier, selon un processus auquel peu d'électeurs prennent part, et en recherchant son intronisation lors du scrutin présidentiel du 11 décembre, boycotté à la fois par l'opposition et par la faction Shabiyi d’Hassan al-Tourabi. La Lettre de l’Océan Indien n° 928 du 2 décembre 2000 |