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Numéro 97 -98 - novembre - décembre
2000
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Beaucoup de bruit pour rien
| Le Soudan est en train d’élire un président et un parlement.
De très nombreux observateurs étrangers sont présents,
venus de la ligue arabe, de l’OUA, des Nations-Unies, de l’Union Européenne,
de la presse etc., ce qui semble indiquer que l’opinion internationale
prend les choses au sérieux.
Pour l’opinion soudanaise, c’est beaucoup de bruit pour rien. En effet: - Alors que le premier problème du Soudan est la guerre civile, les élections n’auront lieu ni dans une grande partie de sept des dix gouvernorats du Sud. ni dans les autres régions en insurrection dans le Nord, les Monts Nouba, le Nil Bleu Sud, et près de la frontière érythréenne. Le MLPS/A demande aux observateurs étrangers de venir vérifier qu’il n’y a pas d’élections dans les zones qu’il contrôle; il craindrait que Béchir ne s’y attribue une victoire. - A part Béchir, se présentent aux présidentielles trois parfaits inconnus, et l’ancien président Nimeiri qui fut renversé par un soulèvement général; sa candidature rend un service signalé au régime qui a ainsi sans risque les apparences de l’honnêteté. - L’opposition, que ce soit le Congrès National Populaire de Tourabi, les partis de l’Alliance Nationale Démocratique, l’USAP, parti sudiste non séparatiste, ou l’Umma de Sadiq al Mahdi, etc. ne se présente pas et donne la consigne de s’abstenir. Ces partis n’ont aucune confiance dans la sincérité du scrutin, échaudés, dit-on, par les listes fantaisistes d’électeurs et les supporters du régime qui feraient le tour des bureaux de vote en camion pour voter partout. Ces partis font surtout valoir que les élections sont anti-constitutionnelles et illégitimes (Tourabi), organisées par un seul parti (PDU), veulent créer une situation de facto (USAP), et devront de toute façon avoir lieu après la réconciliation nationale (Oumma) - La déclaration télévisée selon laquelle pendant la campagne « la sécurité sera très tolérante » (sic) n’a persuadé personne à juste titre puisque neuf des hommes politiques les plus éminents de l’opposition viennent d’être arrêtés (voir infra, Droits de l’Homme). Arguant que la situation politique présente ne permet pas un processus démocratique et équitable, l’opposition a demandé à la Cour Suprême de repousser les élections. Elles l’ont été de deux jours. A part le Congrès National se présentent quelques petites formations crées dans le cadre de la loi tawali. C’est malgré tout ce moment que Sadiq el Mahdi, ancien premier ministre démocratiquement élu, renversé par le coup d’Etat islamiste, chef religieux, et patron du parti Oumma, a choisi pour faire son retour d’exil politique. Béchir qui cherche à le phagocyter, a déclaré qu’il pouvait participer à la vie politique, soit dans le gouvernement -sans faire d’offre précise- soit dans l’opposition- ce qui est dangereux. On lira ci-dessous deux articles de la Lettre de l’Océan Indien sur le retour d’el Mahdi. Une autre force s’est manifestée violemment. Les fidèles
de la mosquée Ansar el Sunna d’Omdurman faisaient leurs prières,
quand ils ont été attaqués au fusil d’assaut. Il y
a eu 23 morts et 37 blessés. Un attaquant, Abbas Baqir Abbas, a
été tué par la police venue à la rescousse.
Il appartenait au groupe Takfir wa ‘l-Hijra, « expiation et
renoncement », des musulmans intégristes purs et durs qui
auraient déjà attaqué une mosquée en 93 et
détruit le centre chrétien à buts mutiples d’un bidonville
en août 99. Ces membres sont souvent des anciens du Front National
Islamique (actuel Congrès National, parti au pouvoir), qui étaient
liés à Usama ben Laden. Takfir wa ‘l-Hijra paraît
avoir les mêmes buts que le groupe Ansar el Sunna; ils diffèrent
par les moyens à employer, la force pour le premier, la persuasion
pour le second.
L’IGAD, médiateur dans le conflit entre le gouvernement soudanais
et le MLPS/A, est d’abord une association régionale, destinée
à lutter contre la sécheresse et pour le développement.
Ce fut un succès diplomatique pour le régime soudanais que
ce soit à Khartoum qu’ait eu lieu le sommet des chefs d’Etat de
cette organisation. Etaient présents Djibouti, l’Erythrée,
l’Ethiopie, la Somalie, et bien sûr le Soudan. Mais ne sont venus
ni Musewereni d’Ouganda, ni Arap Moi du Kenya qui jouent un rôle
important dans la médiation.
Bételgeuse |