| Réunie en Italie, la Conférence des évêques
du Soudan a demandé l’intervention des Nations Unies pour enrayer
une guerre qui dure depuis dix-sept ans.
"Nous sommes dans une situation de guerre qui dure depuis dix sept
ans, une guerre qui a fait plus de deux millions de morts et quatre millions
de personnes déplacées, une guerre qui met en danger des
populations entières à cause de la famine et des maladies.
Que va devenir le Soudan? Quelles traces va laisser ce conflit sur la psychologie
et la mémoire de tout un peuple? Nous sommes surpris que tout cela
ne semble pas être un problème au yeux de la communauté
internationale".
Assis dans le jardin d'une institution religieuse romaine, Mgr Gabriel
Zubeir Wako dit ces mots avec un calme qui rend son propos encore plus
impressionnant. Archevêque de la capitale, Khartoum, depuis 1981,
cet homme de 59 ans est venu en Italie pour deux raisons: concélébrer
avec Jean Paul II la canonisation, dimanche 1er octobre, de Joséphine
Bakhita, la première sainte soudanaise, et participer à une
assemblée de la Conférence épiscopale de son pays.
La découverte de gisements pétroliers dans le Sud accroît
encore les tensions
"Si la communauté internationale croit vraiment au principe
de défense de la dignité humaine qu'elle affiche, elle devrait
se montrer plus ferme avec les gouvernements qui oppressent leurs populations.
Jusqu'où va la souveraineté d'un Etat? Jusqu'à détruire
son propre peuple?" s'interroge Mgr Zubeir Wako.
Cependant, lors de leur assemblée, les évêques
soudanais ont formulé collectivement des requêtes: que les
Nations unies s'impliquent dans la mise en oeuvre d'un cessez-le-feu et
garantissent une interdiction des vols militaires vers le Sud, ces derniers
mois ayant été marqués par des bombardements indiscriminés
qui ont durement touché les populations civiles.
Les évêques ont voulu également attirer l’attention
sur une dimension nouvelle du conflit. La volonté du régime
soudanais d'anéantir la rébellion sudiste a été
renforcée par la récente découverte de gisements pétroliers
dans le Sud du pays, gisements qui susciteraient la convoitise de puissants
intérêts économiques. "Il semble qu'à cause
de cela, certains pays, y compris européens, commencent à
se rapprocher du gouvernement soudanais", estime Mgr Zubeir Wako.
La Croix, Rome 18 octobre 2000
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