Numéro 96 - octobre 2000

Les évêques soudanais dénoncent l’indifférence internationale, (extraits)
 

Réunie en Italie, la Conférence des évêques du Soudan a demandé l’intervention des Nations Unies pour enrayer une guerre qui dure depuis dix-sept ans.

"Nous sommes dans une situation de guerre qui dure depuis dix sept ans, une guerre qui a fait plus de deux millions de morts et quatre millions de personnes déplacées, une guerre qui met en danger des populations entières à cause de la famine et des maladies. Que va devenir le Soudan? Quelles traces va laisser ce conflit sur la psychologie et la mémoire de tout un peuple? Nous sommes surpris que tout cela ne semble pas être un problème au yeux de la communauté internationale". 
Assis dans le jardin d'une institution religieuse romaine, Mgr Gabriel Zubeir Wako dit ces mots avec un calme qui rend son propos encore plus impressionnant. Archevêque de la capitale, Khartoum, depuis 1981, cet homme de 59 ans est venu en Italie pour deux raisons: concélébrer avec Jean Paul II la canonisation, dimanche 1er octobre, de Joséphine Bakhita, la première sainte soudanaise, et participer à une assemblée de la Conférence épiscopale de son pays.

La découverte de gisements pétroliers dans le Sud accroît encore les tensions
"Si la communauté internationale croit vraiment au principe de défense de la dignité humaine qu'elle affiche, elle devrait se montrer plus ferme avec les gouvernements qui oppressent leurs populations. Jusqu'où va la souveraineté d'un Etat? Jusqu'à détruire son propre peuple?" s'interroge Mgr Zubeir Wako. 
Cependant, lors de leur assemblée, les évêques soudanais ont formulé collectivement des requêtes: que les Nations unies s'impliquent dans la mise en oeuvre d'un cessez-le-feu et garantissent une interdiction des vols militaires vers le Sud, ces derniers mois ayant été marqués par des bombardements indiscriminés qui ont durement touché les populations civiles.
Les évêques ont voulu également attirer l’attention sur une dimension nouvelle du conflit. La volonté du régime soudanais d'anéantir la rébellion sudiste a été renforcée par la récente découverte de gisements pétroliers dans le Sud du pays, gisements qui susciteraient la convoitise de puissants intérêts économiques. "Il semble qu'à cause de cela, certains pays, y compris européens, commencent à se rapprocher du gouvernement soudanais", estime Mgr Zubeir Wako.

La Croix, Rome 18 octobre 2000

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