Numéro 96 - octobre 2000

Les pressions d'Asmara sur la NDA
 

Les dirigeants de la National Democratic Alliance (NDA, opposition soudanaise) étaient en conclave à Asmara cette semaine pour discuter de la demande du président Issayas Afeworki qu'ils entament des pourparlers avec le régime soudanais. Au retour de sa récente visite à Khartoum, le président érythréen avait rencontré le chef de la NDA, Mohamed Osman al Mirghani, et lui avait fait savoir qu'il était temps de négocier directement avec le président Hassan Omar el Béchir. AI Mirghani lui avait rétorqué que s'il avait rencontré le président soudanais à Asmara, le 28 septembre, c'était parce que toutes les composantes de la NDA étaient d'accord. De la même manière, avant de négocier avec Khartoum, il lui faudrait obtenir l'aval de la NDA. C'est ce qui explique la réunion de la direction de la NDA, entamée le 24 octobre à Asmara, en présence du secrétaire général du People's Front for Democracy and Justice (PFDJ, parti gouvernemental érythréen) Alanin Mohamed Saïd. Ce dernier a expliqué aux délégués de la NDA que l'Erythrée estimait le moment venu pour l'opposition soudanaise de négocier sans intermédiaire avec Khartoum. Asmara a également signifié aux opposants soudanais qu'il serait plus commode dans le cadre de la normalisation de leurs relations avec Khartoum d'arrêter leur radio qui émet à partir d'Asmara. Les dirigeants de la NDA se retrouvent ainsi diplomatiquement isolés, car tandis qu'ils subissent les pressions érythréennes pour négocier avec Khartoum, le Caire les boude. Le ministre égyptien des Affaires étrangères, Amr Moussa a fait savoir à Mirghani son mécontentement de l'avoir vu accepter de rencontrer le président Béchir à Asmara grâce à la médiation érythréenne alors qu'il avait dans le passé toujours refusé de pareilles offres de médiation faites par le président Hosni Mubarak.
Amr Moussa l'a invité à venir au Caire s'expliquer sur le sens de cette démarche, mais al Mirghani qui trouve l'attitude égyptienne trop favorable à Khartoum a fait la sourde oreille et n'y est pas allé. Cette fâcherie entre le Caire et son allié traditionnel au sein de l'opposition soudanaise a une autre raison: les autorités égyptiennes ont refusé à Mirghani la tenue au Caire du congrès de son Democratic Unionist Party (DUP) et lui ont demandé de l'organiser dans une autre ville loin des médias.

LOI - En proposant cette négociation directe aux belligérants soudanais, l’Erythrée sape le terrain sous les pieds du Caire qui croyait enfin être parvenu à coordonner l'initiative diplomatique égypto libyenne sur le Soudan avec celle de l'Inter Governmental Authority on Development (IGAD). Mais Asmara a pris tout le monde de court en proposant aux parties soudanaises un projet de sortie de crise comprenant la formation d'un gouvernement d'union nationale, une période transitoire à l'issue de laquelle le Sud Soudan exercerait son droit à l'auto détermination, l'adoption d'une nouvelle constitution.

La lettre de l’Océan Indien, n°923 du 28 octobre 2000 
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