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Numéro 95 - septembre 2000
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Les femmes contre-attaquent en justice
| Au Soudan le Président de la République joue un grand
rôle dans le choix des gouverneurs. Celui de l’Etat de Khartoum,
Majzub el Khalifa, un proche de Béchir, a décrété
le 7 septembre 2000 que les femmes n’avaient de ce jour plus le droit de
travailler dans « les stations services, restaurants, hôtels,
endroits où elles risquaient de rencontrer des hommes »; il
justifiait son acte par les « valeurs et traditions de l’Islam »
et son désir « d’honorer les femmes ». Déjà
sa police brisait parfois, -selon l’humeur du moment?- le petit matériel
des vendeuses de thé qui décemment recouvertes du taub, trônaient
au milieu des primus, bouilloire, paquets de sucre, batterie de verres,
dans un recoin proche des lieux fréquentés; le gouverneur
jugeait leur activité contraire à l’ordre public. Remarquons
que le décret ne parle des vendeuses de thé, et que la police
n’a pas détruit les hôtels, restaurants et stations-services
de la ville.
Les femmes ont compris qu’avec son nouveau décret le gouverneur voulait les faire mourir de faim. Et la vie qui vient encore d’augmenter! Le sac de 90 kg de sorgho, la nourriture de base la moins chère qui valait 25000 Ls au début de l’année a passé à 58000 Ls! De plus les lieux cités dans le décret ne sont pas les seuls où l’on puisse rencontrer des hommes. Les femmes sont très nombreuses dans la vie active, pas seulement aux pompes à essence, initiative récente de Shell qui semble avoir causé l’ire gubernatoriale. Médecins, infirmières, femmes de salles, beaucoup travaillent dans des hôpitaux et des centres de santé. Elles sont avocates, enseignent à l’université; à niveau égal leurs homologues masculins occupent souvent des emplois bien rétribués dans le Golfe. Hôpitaux, tribunaux et universités sont des endroits où l’on rencontre des hommes. Seraient-elles atteintes par cette mesure? Le gouverneur, qui ne s’était pas demandé comment les familles pourraient survivre, ne se poserait sans doute pas de question oiseuse sur le fonctionnement des services publics et privés réduits à leur personnel mâle. La levée de bouclier fut générale de la part des associations de tous genres, tant étrangères que soudanaises, tant semi-gouvernementales que de l’opposition et plainte fut portée contre le gouverneur auprès de la Cour Constitutionnelle. La Constitution garantit en effet le travail des femmes. De plus, elle indique clairement la liste limitative des pouvoirs du gouverneur dans l’Etat fédéré: « il nomme les ministres, préside le conseil des ministres, représente l’Etat, supervise la Sécurité Générale de l’Etat et coordonne la bonne administration », il représente l’Etat (art.61). Les assemblées régionales sont faites pour légiférer. Gouverner par décret ne fait pas partie des attributions du gouverneur. La plainte pour abus de pouvoir ne fut toutefois pas le moyen de droit choisi. La Cour constitutionnelle qui avait donné tort à la Constitution pour ne pas accorder à Béchir les moyens de ses responsabilités, et raison à Béchir de la violer, aurait peut-être aussi donné tort à la Constitution de ne pas donner assez de pouvoirs au gouverneur. Mais sur le droit des femmes à travailler, cette même Cour, ô merveille, suspendit le décret pour étude. En apprenant cette décision, le gouverneur déclara qu’il n’obéirait pas à la Cour. Puis, quelques jours après, tant la Cour que le gouverneur s’effrayèrent de leur audace. La première interdit aux média de parler du sujet sous peine d’être accusés d’entrave à la justice, et depuis c’est le black-out total. Le second déclara qu’on l’avait mal compris. Entre temps sa police avait dispersé une manifestation de femmes dès son début, à coup de matraques et de gaz lacrymogènes, arrêtant 26 d’entre elles. Sans doute pour les honorer. La Cour et le gouverneur avaient oublié l’article 24 de la Constitution qui accorde la liberté d’expression et d’opinion. Au fait du mécontentement général et public, depuis New York où il n’avait pas besoin de contre-propagande internationale, le président Béchir déclara lors d’une interview qu’il était opposé au décret du gouverneur et que celui-ci aurait dû demander conseil avant de le prendre. Fort bien, même si les mauvaises langues disent que le décret était un ballon d’essai à Khartoum, inspiré par le président lui-même, avant une généralisation à tout le pays. Cela laisse la question du partage des pouvoirs dans un flou artistique. Bételgeuse
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