Numéro 92 - juin 2000

Une difficile normalisation
 

La normalisation des relations diplomatiques du Soudan avec l’Erythrée s’avère bien plus difficile qu’avec l’Ethiopie. Certes, la commission tripartite (Erythrée, Soudan, HCR) en charge du rapatriement volontaire dans leur pays des réfugiés érythréens vivant au Soudan a signé le 29 avril un document qui devrait faciliter le démarrage de ce programme. Mais, malgré les progrès réalisés entre les deux pays sur les dossiers politiques et diplomatiques, des désaccords subsistent sur les points touchant à la sécurité inter-frontalière. Aussi, le ministre soudanais à la présidence de la république, Bakri Hassan Saleh, et le conseiller du chef d’Etat soudanais à la sécurité al Tayed Obrahim Mohamed Kheir, se sont rendus à Asmara, la semaine passée, sans parvenir à persuader le président Issayas Afeworki de modifier sa position de soutien à l’opposition soudanaise.
Khartoum voudrait que le gouvernement érythréen ferme les bureaux à Asmara des différentes factions de la National Democratic Alliance (NDA, opposition soudanaise), et leur interdise de s’approvisionner en vivres à partir de l’Erythrée. Khartoum veut en effet couper la logistique des forces de l’opposition soudanaise qui contrôlent plusieurs localités proches de la frontière érythréenne et ont réussi à repousser les tentatives de l’armée soudanaise pour les en déloger. Asmara a refusé de céder aux demandes de Khartoum en se retranchant derrière la thèse selon laquelle les forces de l’opposition soudanaise se trouveraient à l’intérieur du Soudan et ne feraient que défendre les localités qu’elles contrôlent contre les attaques de l’armée de Khartoum. Pour faire bonne figure, Asmara a toutefois réitéré sa proposition de contribuer, dans le cadre des initiatives existantes, à rapprocher les positions des deux parties en conflit.

L.O.I.Bien que contrainte de jouer le jeu de normalisation de ses relations avec le Soudan, l’Erythrée voit toujours Khartoum comme un interlocuteur peu fiable. Et ce d’autant plus que le Soudan négocie par ailleurs l’octroi de diverses facilités à l’Ethiopie, pays qu’Asmara considère comme son ennemi numéro un dans la région

La Lettre de l’Océan Indien, n°902 du 6 mai 2000

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