Numéro 92 - juin 2000

L’aide humanitaire US à la loupe
 

La National Security Archives, une ONG basée à Washington, vient d’obtenir, en utilisant la procédure du Freedom of Information Act, un rapport interne au Département d’Etat qui analyse en détail l’aide humanitaire américaine dans le monde. Intitulé Interagency Review of U.S. Government Civilian Humanitarian & Transition Programs, ce document de 86 pages, préparé par le Policy Planning Staff du Département d’Etat et l’United States Agency for International Development (USAID), a été remis à la Secrétaire d’Etat Madeleine Albright en janvier 2000. Une de ses annexes porte sur l’aide humanitaire américaine au Soudan et analyse en particulier le "lien entre l’action humanitaire et l’approche diplomatique américaine" de ce pays. Au terme d’entretiens avec des fonctionnaires chargés de l’aide américaine au Soudan, le rapport note que ceux-ci constatent un décalage important entre l’engagement humanitaire américain au Soudan (plus d’1 milliard $ dépensé depuis 1983) et les efforts de l’administration américaine pour mettre fin à la guerre dans ce pays, craignant que l’aide humanitaire ne soit un "substitut " à la solution politique.
Le rapport indique également que le "gouvernement américain ne parle pas d’une seule voix sur la politique soudanaise" et qu’il existe "plusieurs camps à l’intérieur de l’administration et du Congrès". Ces "camps" -dont la Lettre de l’Océan Indien a révélé les débats (LOI n°884, n°888 et 890)- diffèrent sur la politique à adopter vis-à-vis de Khartoum ("engagement constructif » ou « contact minimal ") et vis-à-vis de la rébellion (fourniture d’aide humanitaire pour soutenir la rébellion ou refus de prolonger la guerre en aidant l’un des belligérants). Enfin, le rapport note que les branches du gouvernement américain chargées de la fourniture d’aide humanitaire au Soudan - soit l’Office of Foreign Disaster Assistance et l’Office of Food for Peace dépendant de l’USAID et le Bureau for Population Refugees and Migration du Département d’Etat- sont exclues de la formulation de la politique américaine vis-à-vis de Khartoum, ce qui gêne considérablement leurs opérations. Aucun de ces organismes n’a été consulté avant la fermeture de l’ambassade américaine à Khartoum, le bombardement de l’usine d’Al-Shifa en août 1998 ou lors du débat sur la fourniture d’aide alimentaire à la SPLA.

La Lettre de l’Océan Indien, n°903 du 13 mai 2000

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