Numéro 92 - juin 2000

Droits de l'homme
 

Au Nord

Cas de conscience  Désireuse d’améliorer son image, Talisman a engagé deux spécialistes de développement communautaire qui étaient à Khartoum fin mai et offraient une donation Talisman aux ONG humanitaires: elles ont de gros problèmes financiers avec la misère des temps. La conscience de certaines d’entre elles se révolta. Fallait-il, pour sauver des vies, utiliser l’argent du sang? Il y eut des refus, Vigilance Soudan ignore les pourcentages. En effet Talisman, surpris de l’attaque sur la valeur de ses actions, s’apprête à dépenser $ 700 000 sur des projets à la fois "bons pour le Soudan et l’image de Talisman et capables, en améliorant la sécurité, de diminuer les prix d’opération de la société". 
Un groupe de Soudanais du Sud influents dont Abel Alier doit être reçu par Talisman. 

Le gouvernement canadien ouvre un bureau à Khartoum dans les locaux de l’ambassade d’Angleterre; ce sera une extension de son ambassade en Ethiopie, et son responsable Nicolas Coghlan, un spécialiste des Droits de l’homme. Peut-être s’intéressera-t-il aux quelques prêtres canadiens présents au Soudan qui, pour une raison inconnue, sont la cible particulière des services de sécurité.

Les Béja - Le SHRO, organisation soudanaise des droits de l’homme de l’opposition, consacre sa publication trimestrielle éditée au Caire à l’histoire des Béja, nomades des collines de la Mer Rouge connus depuis la plus haute antiquité sous le nom de Blemmyes, à leur extrême pauvreté, au traitement inégal dont ils sont l’objet par rapport au Soudan du centre Nord (entre autres pour l’éducation, la santé et le développement), à leur lutte pour propager les principes des droits de l’homme et les règles du BIT.

Les droits de Tourabi - Le nombre de gardes postés dans la maison de Tourabi a augmenté ainsi que celui des caméras de télévision installées sur les toits du voisinage pour contrôler les entrées. « On » a dit aux journalistes de ne pas rester longtemps chez lui et le gouverneur de Khartoum lui aurait dit de respecter l’état d’urgence.

Discrimination - La presse arabe de Londres cite une déclaration du wali Hassan Osman Rizk; en substance: les banques et les sociétés commerciales n’utilisent pas l’argent selon la charia; les juifs et les chrétiens sont les ennemis du pays, aussi ils ne devraient pas être en position de commandement. (Où en a-t-il vu? De surcroît les juifs ont fermé leur synagogue à Khartoum il y a une quinzaine d’années car ils n’étaient plus assez nombreux, moins de 10, pour pouvoir tenir les offices dans les règles. Ceci n’est qu’un exemple du harcèlement verbal quotidien que subissent les non-musulmans VS). 

Prisonnières libérées - 563 femmes emprisonnées à Omdurman pour comportement contraire aux normes islamiques ont été graciées par Béchir. L’administration pénitentiaire n’était pas à même depuis longtemps de nourrir ce nombre croissant de personnes; on craignait  semble t il, une épidémie qui aurait pu se répandre en ville. La libération doit avoir lieu aussi dans les autres villes du Soudan. 

Deux conscrits à l’entraînement morts, l’un d’eux tué - Pour avoir les résultats des examens, les élèves de terminale doivent  faire un an ou deux de service militaire. Les familles sont inquiètes, car elles se souviennent des 52 conscrits morts officiellement noyés en 1998 et disent qu’il sont peu nourris et subissent un entraînement très dur. Maintenant les autorités annoncent que près de Khartoum un conscrit est mort de paludisme et un autre, Gassan Ahmed el Amin, (fils d’un lecteur à la faculté d’ingénierie), d’un coup de soleil; qu’un médecin de l’hôpital de Khartoum a procédé à l’autopsie en présence des familles et donné des certificats médicaux en ce sens. La famille de Gassan a déclaré au groupe Soudanais des Victimes de la Torture (SVTG) que les médecins de l’hôpital avaient trouvé son corps couvert de coups et de  blessures graves. Ce groupe appelle chacun d’entre nous à demander au gouvernement soudanais une investigation complète sur le sujet et la punition du ou des coupables. 

40 000 enfants sudistes découverts dans une ville du Nord prise par l’AND - Lors de la prise d’Amish Koreib sur le front Nord-Est, non loin de la frontière érythréenne en mars, plus de 40000 enfants sudistes ont été découverts dans les écoles coraniques de la ville. Les forces de l’AND disent  que ces enfants ont été ramassés dans le Sud ou les rues de Khartoum. Le gouvernement soudanais déclare que ce sont des enfants soldats de l’ALPS. On aurait aimé qu’une enquête internationale ait éclairci les faits. Nous notons que la presse de Khartoum n’a pas rapporté l’affaire.

Au Sud

Esclaves Le ministre de la justice a exprimé à Muglad, située sur la voie ferrée trop connue pour le trafic d’esclaves, son intention de mettre fin aux enlèvements, terminologie officielle soudanaise pour parler de mise en esclavage. Des diplomates, des responsables d’ONG et des chefs de tribus étaient présents. On se réjouit qu’enfin, comme il avait été demandé maintes fois, un ministre soudanais se prononce. Nous remarquons que la presse soudanaise n’a pas rapporté l’évènement et que ceci arrive au moment où un accord non patronné par le gouvernement entre les tribus Baqqara et Dinka annonçait la fin de ces pratiques (notre éditorial). N’étant plus soutenu par la base, le régime de Khartoum a-t-il au moins voulu récolter le bénéfice moral d’une défaite dans cette affaire?
L’UNICEF a annoncé en mai que quelques 300 femmes et enfants "enlevés " avaient été identifiés dans le Soudan Occidental et rapatriés à leur domicile. Durant les six derniers mois les 300 esclaves avaient été transférés de leurs propriétaires arabes à la garde du CEAWC, l’organisme officiel soudanais de lutte contre les "enlèvements". S’adressant à SHRO organisation soudanaise des droits de l’homme, à la revue SPLM/A Update et à Christian Solidarity International, chefs Dinkas et commissaires civils ont témoigné que "seulement 20 esclaves sur 300 avaient regagné leur domicile" et que "sur ces 20 esclaves, 13 d’entre eux s’étaient évadés d’un camp de concentration du CEAWC dans la ville d’Aweil"». 
Au grand étonnement de leur institutrice, des enfants de CM1 et CM2 d’une école de Denver aux Etats-Unis ont été violemment émus par l’esclavage au Soudan et y ont intéressé d’autres enfants. Ils collectent depuis 1998 de l’argent qui a déjà permis le rachat de 1000 esclaves. Ils se sont rendus à Washington le 9 juin et faute de rencontrer Clinton ou Albright  ont été félicités et remerciés par les membres de la communauté Dinka à Washington. Ces enfants ont fait la une des journaux. Ils conduisaient la Journée Nationale du Soudan, qui à Washington, New-York, Los Angeles, Boston et autres, réunissaient differentes organisations, blanches et noires, religieuses et laïques, des militants des droits de l’homme et des parlementaires. 

Les " garçons perdus"  Quand en 1991, l’Ethiopie refusa la présence ALPS sur son territoire, à part ses soldats, apparurent des milliers d’enfants le plus souvent sans adulte, parfois avec un grand adolescent ou un instituteur. Ils étaient trente mille à se rendre en Ethiopie en 1987, dans des circonstances mal élucidées, fuyant le Soudan en guerre; les plus jeunes avaient 4 ou 5 ans. En quittant l’Ethiopie ils allèrent d’abord au Soudan puis furent forcés par des combats de s’enfuir au Kenya, à Kakuma. Seuls 12000 y arrivèrent, la faim, la maladie, les batailles, les animaux sauvages, les noyades lors de la traversée des rivières, en firent périrent beaucoup. Ils sont encore 5000 de ce groupe à Kakuma qui n’ont nulle part où retourner au Soudan. Les Etat-Unis et l’UNHCR ont décidé d’établir aux Etats-Unis 3500 d’entre eux qui sont majeurs -on ne peut expatrier des mineurs- avant la fin de l’année dans des régions où il existe des communautés soudanaises. Eglises et ONG se sont engagées à aider à leur accueil et à leur insertion. (source ONU)

Les bombardements de civils continuent - Malgré l’arrêt des bombardements de civils annoncé par Béshir le 19 avril, Tali le centre nutritionnel de la Norwegian People’s aid a été bombardé selon ses travailleurs humanitaires.
 

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