| ONG canadiennes, bravo. La société canadienne Fosters,
nos lecteurs le savent, avait obtenu une large concession pétrolière
dans l’Etat du Haut-Nil et annoncé un projet d’exploration de 30
millions de dollars. Dans une lettre adressée aux actionnaires,
le patron (CEO) de la société déclare: "Fosters se
dédit du développement pétrolier controversé
au Soudan; (à cause d’)une campagne des groupes de droits de l’homme
et des media qui a provoqué le retrait de ses financiers du projet...
Ai-je des regrets? Seulement de devoir admettre la défaite." "...
peut-être la meilleure opportunité en trente ans de carrière,
alors que nous pensions sincèrement faire en même temps du
bien au pays. ...Je ne comprends pas les guerres, surtout les guerres civiles".
De son côté la fédération des enseignants de
l’Ontario a annoncé que pour des raisons éthiques, elle retirait
son investissement de 95 millions de dollars de chez Talisman. Quant à
lui, le régime de Khartoum exporte pour la première fois
de l’essence de la raffinerie de Shagarat proche de Khartoum, et se prépare
à offrir de nouvelles concessions « dans le bassin du Nil
Bleu et près de la frontière tchadienne au Nord ».
Depuis quelques temps un Livre Noir circule à toute allure sous
l’abeya à Khartoum. En particulier, y est longuement raconté
le génocide au Darfour, Etat fédéré du
Nord à la frontière tchadienne; nous avions consacré
un article à ces massacres dans notre numéro précédent.
Cet ouvrage parle aussi du partage du pouvoir et des richesses nationales
au seul bénéfice des Soudanais du centre Nord. On y apprend
que si des Sudistes ont des postes officiels, purement honorifiques il
est vrai, les gens de l’Ouest n’en ont même pas autant. L’idée
sous-jacente dégagée par les lecteurs est que pour obtenir
un minimum de l’Etat, il faut lui faire la guerre. La rumeur attribue cet
ouvrage à Ali el Haj, un homme de l’Ouest proche de Tourabi, et
y voit la cause de la perte de son poste de secrétaire général
par ce dernier. La Sécurité aurait envisagé une action,
mais semblerait maintenant préférer la discrétion.
Deux nouvelles positives nous sont parvenues. Elles concernent la paix
au niveau de la base. On se souvient qu’à l’initiative du nouveau
Conseil des Eglises du Soudan (c’est-à dire en région sous
autorité MLPS) une réconciliation avait eu lieu entre Nouer
et Dinka de la rive Ouest du Nil à Wunlit en mars 1999 et une autre
entre Lou Nouer à Waat en novembre 1999. Ces paix durent toujours.
Sous les mêmes auspices une autre conférence s’est tenue en
mai à Lilir emplacement d’une bataille, réunissant les Nilotiques
de la rive Est du Nil, les Murle, les Anuak et d’autres. Les participants,
chefs traditionnels, femmes, jeunes et responsables locaux d’Eglises ont
marché sur de longues distances à travers marais et plaines
vers Lilir. Comme pour Wunlit, l’ALPS avait promis de maintenir la paix
dans la région le temps de la conférence. Après que
chacun ait exprimé ses griefs, et marqué ses regrets des
méfaits passés, après l’avertissement "si les Sudistes
font des massacres tribaux, d’autres sont prêts à aider au
génocide ", 100 chefs ont signé un accord de paix avant qu’un
boeuf blanc, symbole de paix, ne soit sacrifié. Par ailleurs un
accord de paix a été signé le 1er Juin entre les chefs
Dinka d’Aweil et des fractions Baqqara Misseiriya et Rizeikat. qui avaient
l’habitude de les razzier. Les Baqqaras peuvent désormais faire
paître leurs troupeaux et se rendre dans les marchés en zone
Dinka, ils doivent retrouver et rendre les esclaves. Les Dinkas peuvent
retourner dans leurs terres frontières. On ne doit pas porter d’armes
dans le territoire de l’autre. Les inquiétudes des participants
sur le bon succès de cet accord proviennent surtout de la crainte
du gouvernement qui déjà à Wunlit avait manifesté
son mécontentement de voir sa guerre arrêtée par la
base. Le reste est jeu de princes.
Garang a été invité en Egypte où il a satisfait
ses hôtes en se montrant favorable à la médiation égyptienne
à condition qu’elle s’allie avec celle de l’IGAD et surtout en retournant
à son discours de 1984 contraire à une partition du Soudan.
Cette dernière déclaration a causé de l’émotion
dans les milieux sudistes qui redoutent qu’un accord de paix de ce genre
ne soit aussi peu respecté que celui d’Addis-Abeba de 1972. Béchir
refuse tant la laïcité que l’indépendance du Sud, mais
continue à prôner la réconciliation nationale, écrit
à el Mahdi et à el Mirghani, en reçoit des réponses
polies mais dilatoires, propose à l’opposition de participer à
la formation d’un gouvernement d’unité nationale. Pour garder le
pouvoir sa marge de manoeuvre est étroite. Il ne semble pas songer
qu’il lui faut peut-être faire la paix. Il sait qu’il doit donner
quelques libertés, très peu, de peur d’être renversé.
Mais la Sécurité, dont les mauvaises langues de Khartoum
disent qu’elle est financée par l’étranger, Iran et autres,
est totalement opposée à une quelconque libéralisation
ou démocratisation. Ses membres risqueraient de perdre une bonne
situation et de se retrouver devant une cour de justice; aussi pourraient-ils
être prêts à faire un coup d’Etat.
Bételgeuse
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