Numéro 89 - mars 2000

 Droits de l’homme …..Droits de l’Homme……
 

Léonardo Franco, Rapporteur des Nations-Unies pour les Droits de l’Homme au Soudan a visité ce pays pendant 10 jours fin février. 

Au Nord 
Khartoum vient de remporter une victoire: son représentant permanent aux Nations-Unies à Genève, Ibrahim Mirghani, a été élu vice-président de la Commission des Droits de l’Homme. Nous ignorons ce que Mohamed Tahir Yousif en pense. 
C’est un élève ingénieur de première année à l’université de Khartoum, âgé de 19 ans, qui a été arrêté devant sa résidence universitaire. Il fait partie de l’association «Groupe des Victimes Soudanaises de la Torture» Il a été détenu à la Sécurité de Khartoum-Nord du 2 février à midi jusqu’au 6.février au soir. Il a été sévèrement torturé et son corps est couvert de contusions. Le Groupe Soudanais des Droits de l’Homme (SHRG) et des membres importants de l’opposition ont rencontré Leonardo Franco, Rapporteur Spécial des Droits de l’Homme au Soudan, lui ont dit que les déclarations sur les Droits de l’homme et les libertés n’étaient que façade et ont accusé le gouvernement d’abus de Droits de l’homme et de tortures; ils lui ont amené un jeune homme, Sir el Khatim Ahmed dont le dos portait des contusions et des traces de brûlures de cigarettes. Ghazi Suleiman, le président du SHRG a expliqué que ce jeune homme avait été torturé pendant 6 jours par la Sécurité qui voulait lui faire avouer un trafic de faux dollars. Le 5 mars un communiqué du parti Umma a accusé les autorités d’avoir kidnappé, battu et torturé Mohamed Abu Harira, un étudiant dirigeant du parti à l’Université des Deux Nil, et de l’avoir abandonné à la périphérie de la ville (Khartoum). Cinq journalistes du quotidien As-Sahafa ont été arrêtés pour quelques heures après la publication d’articles signés par des opposants au régime. Enfin le 27 mars, Ghazzi Suleiman qui est aussi président d’un des rares partis d’opposition opérant à l’intérieur du Soudan, l’Alliance Nationale pour le Retour à la Démocratie, a été arrêté par les forces de sécurité, comme d’habitude sans explications. Il avait le même jour tenu une conférence de presse disant que les droits de l’homme étaient systématiquement violés, et avait parlé de l’arrestation la veille de Tony Madout (relâché depuis)- déjà arrêté au moins trois fois en 1999. Selon le SHRG, Ghazzi Suleiman a été maltraité. Vigilance Soudan  admire le courage de tous ces Soudanais qui risquent énormément en acceptant d’être cités, et pense à la longue cohorte de ceux qui ne le sont pas.

La démocratie est-elle en progrès?
L’arrestation de Ghazzi Suleiman arrive au moment où le gouvernement soudanais se propose d’amender la loi tawali  en supprimant les restrictions au droit d’association, ce qui recouvre celui des partis. Ce droit est limité jusqu’ici par les principes de base à savoir l’acceptation de la charia, de l’unité nationale, du système fédéral et du régime présidentiel. En l’absence du parlement Béchir signerait un décret présidentiel. Pour avoir l’autorisation de reprendre leurs activités et se présenter aux élections les nouveaux partis devraient se faire enregistrer auprès des autorités. Le DUP n’est pas intéressé. Entre temps Tourabi avait été interdit de parole à une réunion publique. 
L’état d’urgence qui avait été décrété pour 3 mois est reconduit jusqu’à la fin de l’année. L’article 131 de la Constitution selon lequel une déclaration d’Etat d’urgence doit être approuvée dans les 15 jours par l’Assemblée Nationale quitte à convoquer une session extraordinaire, a été oublié. Le Président pourra (art.132) continuer à suspendre une bonne partie des droits et libertés prévus par la constitution. Cela ne changera pas grand chose et une nouvelle plainte à la Cour constitutionnelle ne changerait rien du tout. Cette dernière a décidé que la constitution ayant la lacune de ne pas indiquer d’autorité habilitée à dissoudre le parlement, le président, responsable suprême doit prendre les mesures nécessaires. 

Le Sud
Soit qu’ils aient été témoins directs, soit qu’ils aient recueilli des témoignages et des indices peu après les évènements, les faits que nous rapportons ont été relatés par des Occidentaux. Que se passe-t-il là où il n’y en a pas alors que Khartoum s’efforce d’avoir une façade respectable?

Famine La FAO a déclaré qu’elle continuerait à menacer 1,7 millions de personnes cette année surtout dans le Sud 

Nos autres sources ont enquêté dans tel ou tel Etat fédéré 

Unity, génocide et politique de la terre brûlée, Autres Etats pétroliers  

Equatoria, très nombreux bombardements de civils MSF Suisse vient de publier un rapport  sur les bombardements aériens  de la population civile en Equatoria de janvier 1999 à janvier 2000.  Les  hôpitaux et les écoles sont particulièrement visés. A Narus, Chukudum, Labone, Kajo Kejio, Maridi, Yei, Ikotos, Loka, Lainya, Parajok, Tali Post et Morobo plus de 60 bombardements ont été dénombrés, par MSFqui ne pense pas que sa liste soit exhaustive. Ce rapport est sur son site internet: hhtp://www.msf.ch/ssudan/bombing.htm. On y apprendra notamment l’utilisation de bombes à fragmentation, qui peuvent blesser une personne située à deux kilomètres de l’impact et lancent parfois des mines anti-personnel. Des armes chimiques semblent bien avoir été utilisées notamment dans le comté de Yei , à Laynia et Loka le 23 juillet 1999, après que le Soudan ait signé le 24 mai 1999 la Convention sur les armes chimiques. Dans un épais nuage de fumée, les symptômes étaient flagrants, nausées, vomissements, et plus tard vomissements de sang, fausses-couches, brûlures des yeux et de la peau, pertes d’équilibre,  maux de tête. Des membres du Programme Alimentaire Mondial furent malades et rapatriés. Les Nations-Unies et de nombreuses organisations humanitaires interrompirent leurs opérations dans la région. Un groupe d’ ONG le 30 Juillet et les Nations-Unies le 7 Août prirent des échantillons destinés à l’Organisation pour la Prohibition des Armes Chimiques, Cette dernière a les compétences et le pouvoir de mener une enquête sur le territoire d’un Etat membre à la condition qu’un autre Etat membre la requière de le faire . 
Aucun ne l’a fait. 
MSF rappelle que les Conventions de Genève qui ont été signées par le gouvernement du Soudan sont formelles aussi bien sur la protection des non-combattants que sur l’interdiction des armes chimiques.  
Depuis ce rapport et malgré le cessez-le feu, l’hôpital de Lui, les villages de Kaya et de Kotobi ont été bombardés, ainsi que Nimule. Une délégation allemande  présente dans cette ville le 14 mars,  décrivit deux heures de bombardements, la cathédrale épiscopalienne  et une école de plus de mille élèves réduite en cendres.  De nombreux élèves ont été sévèrement blessés. Le 28 mars Nimule a encore reçu 12 bombes. 
Le SPLM  exhorte la communauté internationale a déclarer le Sud-Soudan zone d’exclusion aérienne pour les avions de guerre de Khartoum. 

Bahr el Ghazal razzias d’esclaves  
La CSI a recueilli le témoignage du commissaire civil pour le district d’Aweil-Est, Victor Akok. Deux unités  FDP de 1300 fantassins ou cavaliers chacune, venues de la garnison d’Atiat, à côté de Meiram ont razziés trois villages. La première unité a attaqué le 10 mars Malith que l’ALPS a essayé sans succès de défendre; le village a été pillé de ses troupeaux, incendié, 70 personnes ont été emmenées en esclavage vers la garnison de Grinty au Nord du Bahr el Arab. La même  unité s’est  ensuite rendue à Rup Deir, et bien qu’elle semble avoir été arrêtée par l’ALPS, a capturé 50 esclaves emmenés aussi  à Grinty. La seconde unité a attaqué le 11 mars Majok Kuom où elle a enlevé 68 femmes et enfants qui ont été dirigés à  Mabior ville sur la voie ferrée. Le président du CSI accompagné de journalistes confirme avoir vu les restes calcinés de Malith. La CSI  a également annoncé avoir libéré 4968 esclaves originaires du Nord Bahr-el Ghazal et rachetés dans le Nord-Soudan. L’ALPS annonce le bombardement par les forces gouvernementales de la ville d’Yrol au Bahr el Ghazal. 

Zones ALPS, ONG expulsées
L’ALPS  a demandé aux ONG opérant sur le territoire qu’elle contrôle de signer un document  qui lui permettrait  de superviser leurs activités et de leur demander des indemnités pour les atterrissages et les mouvements à l’intérieur du territoire.Vingt deux ONG ont accepté ces conditions tandis que onze  dont CARE, Oxfam, World Vision, Save the Chidren ayant refusé ont été expulsées.  L’ONU et le CICR ne sont pas touchés par cette demande. Le gouvernement soudanais a proposé aux ONG expulsées de s’installer à Khartoum. Les Etats-Unis ont déploré cette décision.  La Commission ne voit pas de raison pour continuer à financer l’aide humanitaire dans ces conditions. Depuis l’Union s’engage dans le Programme Humanitaire Plus (voir LOI 18.3.2000).
L’ALPS et deux mouvements rebelles philippins se sont engagés à ne pas utiliser de mines anti-personnel et à respecter le Droit International Humanitaire à l’occasion du lancement de l’ONG suisse l’Appel de Genève.

Le flux des réfugiés du sud-Soudan vers les pays voisins augmente (AFP) 
Nairobi, 24 mars - Le nombre de réfugiés fuyant vers les pays voisins les combats entre Khartoum et la rébellion dans le Sud-Soudan a considérablement augmenté depuis début mars, a annoncé vendredi le Haut Commissariat des Nations unies pour les Réfugiés (HCR). 
"Le personnel du HCR au Kenya a enregistré une moyenne de 400 arrivées par semaine en mars", contre 200 environ les mois précédents, assure un communiqué du HCR reçu à Nairobi. 
Des réfugiés arrivés au Kenya près de la ville de Lokichokio (Nord-Ouest) ont affirmé au HCR que ce sont les attaques aériennes de l'armée et les attaques de bandits contre les villages et troupeaux qui ont fait fuir des milliers de villageois de la province d'Equatoria oriental. 
Par ailleurs, 900 villageois du Sud-Soudan ont passé la frontière entre les villes d'Arua et de Kitgum, au nord de l'Ouganda, durant les seules trois premières semaines de mars, selon le HCR. 
Fin 1999, au moins 500.000 Soudanais avaient été enregistrés comme réfugiés par le HCR dans 57 pays. Les plus nombreux sont en Ouganda (200.000), en Ethiopie (70.000), en République Démocratique du Congo (RDC) (68.000), au Kenya (64.000) et en République Centrafricaine (35.000). Plus de 51.000 Soudanais ont fui le Sud de leur pays en 1999, principalement au Kenya, au Tchad, en Ethiopie et en Ouganda. 

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