| Léonardo Franco, Rapporteur des Nations-Unies pour les Droits
de l’Homme au Soudan a visité ce pays pendant 10 jours fin février.
Au Nord
Khartoum vient de remporter une victoire: son représentant permanent
aux Nations-Unies à Genève, Ibrahim Mirghani, a été
élu vice-président de la Commission des Droits de l’Homme.
Nous ignorons ce que Mohamed Tahir Yousif en pense.
C’est un élève ingénieur de première année
à l’université de Khartoum, âgé de 19 ans, qui
a été arrêté devant sa résidence universitaire.
Il fait partie de l’association «Groupe des Victimes Soudanaises
de la Torture» Il a été détenu à la Sécurité
de Khartoum-Nord du 2 février à midi jusqu’au 6.février
au soir. Il a été sévèrement torturé
et son corps est couvert de contusions. Le Groupe Soudanais des Droits
de l’Homme (SHRG) et des membres importants de l’opposition ont rencontré
Leonardo Franco, Rapporteur Spécial des Droits de l’Homme au Soudan,
lui ont dit que les déclarations sur les Droits de l’homme et les
libertés n’étaient que façade et ont accusé
le gouvernement d’abus de Droits de l’homme et de tortures; ils lui ont
amené un jeune homme, Sir el Khatim Ahmed dont le dos portait des
contusions et des traces de brûlures de cigarettes. Ghazi Suleiman,
le président du SHRG a expliqué que ce jeune homme avait
été torturé pendant 6 jours par la Sécurité
qui voulait lui faire avouer un trafic de faux dollars. Le 5 mars un communiqué
du parti Umma a accusé les autorités d’avoir kidnappé,
battu et torturé Mohamed Abu Harira, un étudiant dirigeant
du parti à l’Université des Deux Nil, et de l’avoir abandonné
à la périphérie de la ville (Khartoum). Cinq journalistes
du quotidien As-Sahafa ont été arrêtés pour
quelques heures après la publication d’articles signés par
des opposants au régime. Enfin le 27 mars, Ghazzi Suleiman qui est
aussi président d’un des rares partis d’opposition opérant
à l’intérieur du Soudan, l’Alliance Nationale pour le Retour
à la Démocratie, a été arrêté
par les forces de sécurité, comme d’habitude sans explications.
Il avait le même jour tenu une conférence de presse disant
que les droits de l’homme étaient systématiquement violés,
et avait parlé de l’arrestation la veille de Tony Madout (relâché
depuis)- déjà arrêté au moins trois fois en
1999. Selon le SHRG, Ghazzi Suleiman a été maltraité.
Vigilance Soudan admire le courage de tous ces Soudanais qui risquent
énormément en acceptant d’être cités, et pense
à la longue cohorte de ceux qui ne le sont pas.
La démocratie est-elle en progrès?
L’arrestation de Ghazzi Suleiman arrive au moment où le gouvernement
soudanais se propose d’amender la loi tawali en supprimant les restrictions
au droit d’association, ce qui recouvre celui des partis. Ce droit est
limité jusqu’ici par les principes de base à savoir l’acceptation
de la charia, de l’unité nationale, du système fédéral
et du régime présidentiel. En l’absence du parlement Béchir
signerait un décret présidentiel. Pour avoir l’autorisation
de reprendre leurs activités et se présenter aux élections
les nouveaux partis devraient se faire enregistrer auprès des autorités.
Le DUP n’est pas intéressé. Entre temps Tourabi avait été
interdit de parole à une réunion publique.
L’état d’urgence qui avait été décrété
pour 3 mois est reconduit jusqu’à la fin de l’année. L’article
131 de la Constitution selon lequel une déclaration d’Etat d’urgence
doit être approuvée dans les 15 jours par l’Assemblée
Nationale quitte à convoquer une session extraordinaire, a été
oublié. Le Président pourra (art.132) continuer à
suspendre une bonne partie des droits et libertés prévus
par la constitution. Cela ne changera pas grand chose et une nouvelle plainte
à la Cour constitutionnelle ne changerait rien du tout. Cette dernière
a décidé que la constitution ayant la lacune de ne pas indiquer
d’autorité habilitée à dissoudre le parlement, le
président, responsable suprême doit prendre les mesures nécessaires.
Le Sud
Soit qu’ils aient été témoins directs, soit qu’ils
aient recueilli des témoignages et des indices peu après
les évènements, les faits que nous rapportons ont été
relatés par des Occidentaux. Que se passe-t-il là où
il n’y en a pas alors que Khartoum s’efforce d’avoir une façade
respectable?
Famine La FAO a déclaré qu’elle continuerait à
menacer 1,7 millions de personnes cette année surtout dans le Sud
Nos autres sources ont enquêté dans tel ou tel Etat
fédéré
Unity, génocide et politique de la terre brûlée,
Autres Etats pétroliers
Equatoria, très nombreux bombardements de civils MSF Suisse
vient de publier un rapport sur les bombardements aériens
de la population civile en Equatoria de janvier 1999 à janvier 2000.
Les hôpitaux et les écoles sont particulièrement
visés. A Narus, Chukudum, Labone, Kajo Kejio, Maridi, Yei, Ikotos,
Loka, Lainya, Parajok, Tali Post et Morobo plus de 60 bombardements ont
été dénombrés, par MSFqui ne pense pas que
sa liste soit exhaustive. Ce rapport est sur son site internet: hhtp://www.msf.ch/ssudan/bombing.htm.
On y apprendra notamment l’utilisation de bombes à fragmentation,
qui peuvent blesser une personne située à deux kilomètres
de l’impact et lancent parfois des mines anti-personnel. Des armes chimiques
semblent bien avoir été utilisées notamment dans le
comté de Yei , à Laynia et Loka le 23 juillet 1999, après
que le Soudan ait signé le 24 mai 1999 la Convention sur les armes
chimiques. Dans un épais nuage de fumée, les symptômes
étaient flagrants, nausées, vomissements, et plus tard vomissements
de sang, fausses-couches, brûlures des yeux et de la peau, pertes
d’équilibre, maux de tête. Des membres du Programme
Alimentaire Mondial furent malades et rapatriés. Les Nations-Unies
et de nombreuses organisations humanitaires interrompirent leurs opérations
dans la région. Un groupe d’ ONG le 30 Juillet et les Nations-Unies
le 7 Août prirent des échantillons destinés à
l’Organisation pour la Prohibition des Armes Chimiques, Cette dernière
a les compétences et le pouvoir de mener une enquête sur le
territoire d’un Etat membre à la condition qu’un autre Etat membre
la requière de le faire .
Aucun ne l’a fait.
MSF rappelle que les Conventions de Genève qui ont été
signées par le gouvernement du Soudan sont formelles aussi bien
sur la protection des non-combattants que sur l’interdiction des armes
chimiques.
Depuis ce rapport et malgré le cessez-le feu, l’hôpital
de Lui, les villages de Kaya et de Kotobi ont été bombardés,
ainsi que Nimule. Une délégation allemande présente
dans cette ville le 14 mars, décrivit deux heures de bombardements,
la cathédrale épiscopalienne et une école de
plus de mille élèves réduite en cendres. De
nombreux élèves ont été sévèrement
blessés. Le 28 mars Nimule a encore reçu 12 bombes.
Le SPLM exhorte la communauté internationale a déclarer
le Sud-Soudan zone d’exclusion aérienne pour les avions de guerre
de Khartoum.
Bahr el Ghazal razzias d’esclaves
La CSI a recueilli le témoignage du commissaire civil pour le
district d’Aweil-Est, Victor Akok. Deux unités FDP de 1300
fantassins ou cavaliers chacune, venues de la garnison d’Atiat, à
côté de Meiram ont razziés trois villages. La première
unité a attaqué le 10 mars Malith que l’ALPS a essayé
sans succès de défendre; le village a été pillé
de ses troupeaux, incendié, 70 personnes ont été emmenées
en esclavage vers la garnison de Grinty au Nord du Bahr el Arab. La même
unité s’est ensuite rendue à Rup Deir, et bien qu’elle
semble avoir été arrêtée par l’ALPS, a capturé
50 esclaves emmenés aussi à Grinty. La seconde unité
a attaqué le 11 mars Majok Kuom où elle a enlevé 68
femmes et enfants qui ont été dirigés à
Mabior ville sur la voie ferrée. Le président du CSI accompagné
de journalistes confirme avoir vu les restes calcinés de Malith.
La CSI a également annoncé avoir libéré
4968 esclaves originaires du Nord Bahr-el Ghazal et rachetés dans
le Nord-Soudan. L’ALPS annonce le bombardement par les forces gouvernementales
de la ville d’Yrol au Bahr el Ghazal.
Zones ALPS, ONG expulsées
L’ALPS a demandé aux ONG opérant sur le territoire
qu’elle contrôle de signer un document qui lui permettrait
de superviser leurs activités et de leur demander des indemnités
pour les atterrissages et les mouvements à l’intérieur du
territoire.Vingt deux ONG ont accepté ces conditions tandis que
onze dont CARE, Oxfam, World Vision, Save the Chidren ayant refusé
ont été expulsées. L’ONU et le CICR ne sont
pas touchés par cette demande. Le gouvernement soudanais a proposé
aux ONG expulsées de s’installer à Khartoum. Les Etats-Unis
ont déploré cette décision. La Commission ne
voit pas de raison pour continuer à financer l’aide humanitaire
dans ces conditions. Depuis l’Union s’engage dans le Programme Humanitaire
Plus (voir LOI 18.3.2000).
L’ALPS et deux mouvements rebelles philippins se sont engagés
à ne pas utiliser de mines anti-personnel et à respecter
le Droit International Humanitaire à l’occasion du lancement de
l’ONG suisse l’Appel de Genève.
Le flux des réfugiés du sud-Soudan vers les pays voisins
augmente (AFP)
Nairobi, 24 mars - Le nombre de réfugiés fuyant
vers les pays voisins les combats entre Khartoum et la rébellion
dans le Sud-Soudan a considérablement augmenté depuis début
mars, a annoncé vendredi le Haut Commissariat des Nations unies
pour les Réfugiés (HCR).
"Le personnel du HCR au Kenya a enregistré une moyenne de 400
arrivées par semaine en mars", contre 200 environ les mois précédents,
assure un communiqué du HCR reçu à Nairobi.
Des réfugiés arrivés au Kenya près de la
ville de Lokichokio (Nord-Ouest) ont affirmé au HCR que ce sont
les attaques aériennes de l'armée et les attaques de bandits
contre les villages et troupeaux qui ont fait fuir des milliers de villageois
de la province d'Equatoria oriental.
Par ailleurs, 900 villageois du Sud-Soudan ont passé la frontière
entre les villes d'Arua et de Kitgum, au nord de l'Ouganda, durant les
seules trois premières semaines de mars, selon le HCR.
Fin 1999, au moins 500.000 Soudanais avaient été enregistrés
comme réfugiés par le HCR dans 57 pays. Les plus nombreux
sont en Ouganda (200.000), en Ethiopie (70.000), en République Démocratique
du Congo (RDC) (68.000), au Kenya (64.000) et en République Centrafricaine
(35.000). Plus de 51.000 Soudanais ont fui le Sud de leur pays en 1999,
principalement au Kenya, au Tchad, en Ethiopie et en Ouganda. |