Numéro 89 - mars 2000

Retour de Sadiq al Mahdi à Khartoum  ?
 

Depuis la démission forcée de Mubarak-al-Fadl al Mahdi de son poste de Secrétaire Général de l'Alliance Nationale Démocratique , son oncle Sadiq al-Mahdi semble décidé à rentrer au Soudan pour "favoriser la reprise du dialogue national" . Lire en clair : "pour tenter de récupérer un morceau du pouvoir que la querelle Béchir-Tourabi pourrait bien avoir laissé disponible" . Mais ce retour s'avère plus difficile que prévu . D'abord au niveau des alliés (Sadiq ne veut pas avoir l'air de rentrer seul) qui sont rares . Seul nordiste engagé : al-Hajj Warraq , membre du groupe communiste dissident d'al-Khatim Adlan , qui serait d'ailleurs récemment saisi de doutes . Au Sud Riak Machar , pressenti pour se rallier , vient de quitter le Haut Nil pour se réfugier à Nairobi , craignant pour sa vie . Les Nuer en ont en effet assez de ses multiples retournements et ont failli le lui exprimer brutalement . Bona Malwal , éditeur de la Sudan Democratic Gazette , est lui aussi pressenti mais a des doutes . Quant aux membres de l'Oumma , ils ne ressentent qu'un enthousiasme modéré pour la décision de leur chef . Celui-ci est parti en tournée en Europe pour tenter de prendre la température des communautés en exil, il l'a trouvée plutôt fraîche . Même réaction depuis l'intérieur du Soudan où les membres du parti-secte savent pertinemment que le Front National Islamique conserve un monopole total du pouvoir , même si les deux factions pro et anti-Tourabi se déchirent de manière feutrée . Mais pour ce qui compte aux yeux des vieux politiciens exilés de l'ancien système -l'argent- il n'y a guère de place . Le système d'importation des voitures en est un bon exemple : les importateurs liés au FNI ont le monopole des petites voitures d'occasion reconditionnées d'origine japonaise ou coréenne . Et les marchands Unionistes (PDU) les licences pour les voitures de luxe genre Mercedes ou Range Rover . Comme la population est considérablement appauvrie ces dernières ne se vendent plus . Quant au gouvernement , sous le prétexte de faire de vertueuses économies , il ne commande plus que les petites voitures fournies par ses partenaires commerciaux FNI . Dans un tel climat de verrouillage politique et économique total, l'ouverture (réelle) des médias apparaît plutôt comme un leurre et une soupape de sûreté que comme le témoignage d'une intention de réelle libéralisation . Sadiq al-Mahdi est en train de prendre en compte l'ensemble de cette situation pour savoir s'il rentrera ou pas . Ses amis l'ont déjà averti que son retour éventuel risquerait de se retourner contre lui et de le déconsidérer encore un peu plus sans qu'il en tire pour autant grand bénéfice. 

Gérard Prunier

Article suivant
Retour au sommaire
Retour à la page d'accueil française
Retour à la page d'accueil