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Numéro 86 - Décembre 1999
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Le général Béchir, un militaire
qui s'est retourné contre son mentor
| Le président soudanais, le général Omar el-Béchir,
est un militaire qui s'est retourné contre son mentor en politique,
l'islamiste Hassan al-Tourabi.
Agé de 56 ans, Omar Hassan Ahmed al-Béchir, a longtemps été accusé par ses opposants d'être une marionnette dont Tourabi tirait les ficelles pour gouverner par son intermédiaire. Le dirigeant islamiste avait eu besoin de l'appui militaire du général Béchir pour assurer son emprise sur l'homme de la rue qui rejetait le renversement du gouvernement de M. Sadek al-Mahdi, démocratiquement élu après 14 ans de dictature. Militaire de carrière d'origine modeste, le colonel Béchir avait été promu général quelques mois à peine avant son coup d'Etat pro-islamiste de juin 1989. Né d'un père ouvrier agricole et d'une mère illettrée à Hosh Bannaga, obscur village à 150 km au nord de Khartoum, il dirigeait une unité qui avait repris à la guérilla sudiste la ville de Mayom, dans le Bahr El-Ghazal. L'opération avait été considérée comme une importante défaite pour la SPLA et le colonel Béchir avait été promu général, 20 ans tout juste après sa promotion du collège militaire. Initialement officier de l'armée de l'air, le général Béchir a servi dans plusieurs régions du Soudan et a commandé la huitième brigade d'infanterie. Il a suivi les cours de l'académie militaire Nasser au Caire ainsi qu'un stage de parachutisme en Egypte. Le Front national islamique (FNI) de M. Tourabi lui offrit son appui lors du coup d'Etat. Bien qu'officiellement dissous depuis, le FNI continua à conserver les véritables rênes du pouvoir, le général Béchir ayant instauré un Etat islamique. Le général Béchir a rappelé « qu'il était membre du Front National islamique depuis qu'il était étudiant au lycée, au début des années 60 et que lui et ses collègues avaient pris le pouvoir en 1989 sur ordre du mouvement islamiste". Le général Béchir, promu au plus haut grade de l'armée, s'était auto désigné en 1993 président de la République et s'était engagé à organiser des élections, après la démission des 14 autres membres du Conseil de commandement de la révolution qui avaient pris le pouvoir avec lui. Ces élections n'ont finalement été organisées qu'en mars 1996 et le général Béchir les a remportées avec 75,77% des suffrages. La rivalité entre les deux dirigeants avait commencé en 1998, à propos de la direction du parti au pouvoir, le Congrès National, largement majoritaire à l'Assemblée nationale (parlement), présidé par M. Tourabi. Cette bataille politique avait été remportée en septembre dernier par le dirigeant islamiste. Les deux hommes avaient fait de la surenchère dans les efforts de réconciliation inter-soudanaise. M. Tourabi avait pris l'initiative de rencontrer en mai à Genève le chef de l'Oumma, le principal parti d'opposition nordiste, l'ancien Premier ministre Sadek al-Mahdi. Le général Béchir avait repris ce geste à son compte et conclu un accord de paix préliminaire avec M. Mahdi fin novembre à Djibouti. Après des années d'isolement dues aux accusations portées contre le régime islamiste de Khartoum d'exporter le terrorisme et de soutenir les mouvements de rébellion contre ses voisins africains, le général Béchir avait été renforcé dernièrement par des succès diplomatiques, notamment le réchauffement des relations avec l'Egypte et l'Ouganda. Marié depuis le début des années soixante-dix, le général Béchir n'a pas eu d'enfants. A.F.P. - B.Q.A., 14 décembre 1999 |