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Numéro 86 - Décembre 1999
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Hassan Tourabi, l'éminence grise du régime
évincé par son élève
| Le dirigeant soudanais Hassan al-Tourabi, fin politique et éminence
grise du régime islamiste, qui vient d'être évincé
par son élève, le président Omar el-Béchir,
est un érudit quadrilingue qui a opté pour un islamisme d'Etat.
Né le 1er février 1932 à Kassala, au Nord-Est du Soudan, près de la frontière érythréenne, Hassan Tourabi est isssu d’une famille religieuse moyenne. Il a reçu ses premiers rudiments d'islamisme de son grand-père, chef d'une secte soufi minoritaire. Diplômé en droit de l'université de Khartoum, Tourabi a décroché ensuite une maîtrise d'une université britannique en 1957 et un doctorat de l'université de la Sorbonne à Paris le 6 juillet 1964 « Les pouvoirs de crise dans les droits anglo-saxons et français. ». Quadrilingue, il s'exprime parfaitement en allemand, en anglais et en français, en plus de l'arabe, sa langue maternelle, ce qui facilita ses contacts avec les médias étrangers auxquels il a multiplié les déclarations sur la révolution islamique internationale. Sollicité par le courant islamiste après son retour de l'étranger, il devint secrétaire du front de la Charte (Gabhat al-Mithak) lors de la création de ce mouvement qui donna naissance aux Frères musulmans au Soudan. Sous le régime de l'ancien président et dictateur Gaafar Nimeiri, il est arrêté à trois reprises durant les années 70 En 1979 il nommé Ministre de la justice et Garde des Seaux du Soudan, et joue un grand rôle pour promulguer les lois islamiques de septembre 1983. Après la chute de la dictature de Nimeiri en 1986, il forme le Front national islamique (FNI) et se présente aux élections sans succès. Le 3 mai 1989, il appelle à la « djihad » contre les rebelles : « la paix ne peut être obtenue que par la force ». En juin 1989, il se rallie à un obscur militaire récemment promu général, Omar Hassan El-Béchir, pour renverser le régime démocratiquement élu de son beau-frère, Sadek al-Mahdi, le chef du parti Oumma. Devenu depuis l'éminence grise du régime soudanais, appelé "gouvernement du FNI", il tenait les rênes du pays qu'il orientait vers un islamisme rigoureux, affectant notamment les droits des femmes et qui valut au Soudan d'être mis à l'index de la communauté internationale et de ses voisins, notamment l'Egypte, comme étant le "havre du terrorisme". M. Tourabi a également laissé ses empreintes sur les relations extérieures de Khartoum qu'il dirigea vers un nationalisme arabo-islamiste, prônant une libération de "l'hégémonie américano-sioniste". En avril 1991, il crée la conférence populaire arabe et islamique, dont il se proclame secrétaire général, tribune de laquelle il propage son idéologie. Elu président du parlement en 1996 puis en 1998, il semble renforcer sa mainmise sur le pouvoir mais ses rapports vont devenir tendus avec le général Béchir qui lui conteste sa domination de l'organe au pouvoir, le Congrès national (CN) nouvelle version du FNI dissous après le putsch. Au terme d'une lutte de neuf mois, M. Tourabi reprend en septembre 1999 les larges pouvoirs dont il avait bénéficié depuis la fondation du CN en mai 1992. Formé à l'école de M. Tourabi, le général Béchir a asséné un grave coup à son maître en décidant dimanche la dissolution du parlement et en décrétant l'état d'urgence pour une période de trois mois. A.F.P. - B.Q.A., 14 décembre 1999 |