| 12 décembre
Le président Béchir décrète l'état
d'urgence pour écarter son rival Hassan el Tourabi
Le président Omar al-Béchir a décrété
l'état d'urgence pour trois mois et a dissous le Parlement dans
la République islamique du Soudan, pour écarter du pouvoir
son rival et ancien allié Hassan al-Tourabi, le président
du Parlement et chef du parti au pouvoir.
Un débat crucial était prévu le 14 décembre
au Parlement sur un amendement constitutionnel prévoyant de faire
élire les gouverneurs des Etats, qui sont pour l'instant nommés
par le président. En stoppant l'activité parlementaire, le
général Béchir a pris de vitesse son rival, qui défendait
par ailleurs un autre amendement, visant celui-là à créer
un poste de Premier ministre, un projet vécu également comme
une menace contre les pouvoirs présidentiels.
Le général Béchir a expliqué ces mesures
par sa volonté de mettre fin à "un dualisme du pouvoir.
Le général Béchir avait vu dans ces projets une
menace d'effritement de ses pouvoirs et avait obtenu fin novembre que M.
Tourabi annonce le report à une "date ultérieure" du débat
sur la création de ce poste. Cependant, plus des deux tiers des
386 députés avaient opté pour la poursuite des débats
sur l'élection des gouverneurs.
Un conflit similaire avait déjà opposé les deux
dirigeants l'an dernier pour la direction du parti au pouvoir, le Congrès
national, et s'était soldé fin septembre par une victoire
de M. Tourabi.
Ce dernier avait en outre rencontré en septembre à Genève
M. Sadek al-Mahdi, dirigeant du parti Oumma, principale composante de l'opposition
nordiste. Mais il avait vu son initiative de paix reprise par le général
Béchir. Le chef de l'Etat a en effet conclu un accord de paix préliminaire
avec M. Mahdi à Djibouti fin novembre, éclipsant totalement
les efforts de son ancien allié.
"Le régime soudanais reposait sur cette alliance de la force
militaire, représentée par le général Béchir,
et de la ruse politique incarnée par M. Tourabi", estime un diplomate
arabe au Caire. Il a ajouté "La question qui se pose aujourd'hui
est, le général Béchir a-t-il assimilé les
leçons politiques de M. Tourabi au point de pouvoir se défaire
de lui sans risquer de fragiliser son pouvoir et ouvrir une lutte plus
féroce sur le pouvoir ?". "Le chef de l'Etat a renforcé ses
pouvoir grâce à ses récents succès diplomatiques",
a-t-il ajouté.
Le général Béchir s'est accordé le 8 décembre
avec son homologue ougandais, Yoweri Museveni, pour rétablir leurs
relations diplomatiques interrompues depuis 1995. L'Union européenne
a également repris officiellement le dialogue avec Khartoum le 10
novembre ce qui permet d'envisager une reprise de l'aide, suspendue en
1990.
Le gouvernement soudanais avait pris dernièrement des mesures
pour la restitution des biens confisqués aux opposants et la libération
des prisonniers politiques et s'était engagé dans un processus
de réconciliation inter-soudanaise, qui avait obtenu l'appui de
l'Egypte et de la Libye qui mènent une médiation en ce sens.
13 décembre
Le chef de l’Etat défend la légitimité de l’état
d’urgence
Le président Béchir a indiqué que des responsables
du parti du Congrès national dirigé par M. Tourabi, avait
provoqué une situation de chaos comparable à celle qui prévalait
avant le coup d'Etat de 1989. "Ce qui est arrivé n'est pas un coup
d'Etat mais plutôt une mesure pour restaurer le prestige de l'autorité
et pour unir les responsables".
Il a comparé le Soudan à un "bateau qui traverse une
violente tempête qui requiert la présence d'un seul capitaine.
Deux capitaines font couler le bateau". Il a affirmé avoir le soutien
de "l'armée, de la police et des officiers de la sécurité".
M. Tourabi a de son côté dénoncé comme un
"coup d'Etat militaire qui a violé la constitution et rendue nulle
l'Assemblée nationale élue", et a qualifié de "traître"
le chef de l'Etat. "(Béchir) a trahi les valeurs islamiques". Selon
lui, le Congrès national "résistera par tous les moyens (à
ces mesures) et si ceux-ci échouent nous aurons recours aux forces
populaires".
14 décembre
M. Tourabi appelle ses militants à la résistance
"L'instance dirigeante du CN, présidée par M. Tourabi,
affirme « qu’en ce moment crucial et décisif, les militants
dans les institutions officielles sont appelés à résister,
à rester fidèles à leur engagement et à respecter
les décisions du CN »
Elle a adopté une recommandation appelant à "écarter
le général Béchir et le Premier vice-président
Ali Osmane Mohmed Taha de l'instance dirigeante" du CN dont ils sont membres.
Le Conseil des ministres a approuvé les décisions du
chef de l'Etat affirmant qu'elles visaient à "unifier le centre
de décision politique du pays".
M. Tourabi veut désormais se présenter comme le garant
de la démocratie. Qualifiant "d'individuelles et anti-constitutionnelles"
les décrets du général Béchir, l'instance dirigeante
du parti a affirmé que ces "décisions hâtives affectent
la marche de notre pays, arrivé à une étape avancée
en matière de libertés publiques et de répartition
équitable du pouvoir et des richesses"
Sept membres de l'instance dirigeante du CN, ont rencontré mardi
le général Béchir mais il a rejeté leur demande
de reconsidérer les mesures qu'il avait prises dimanche. Il a rappelé
qu'il avait pris ses mesures conformément à l'article 131
de la constitution qui lui accorde, a-t-il dit, le droit de prendre des
mesures exceptionnelles pour éviter au pays "des dangers internes
ou externes".
Le congrès national (CN) annonce qu'il n'est plus le parti
dirigeant
"Le congrès national n'est plus le parti dirigeant depuis que
le président de la république et ses députés
ont choisi de s'en retirer en menant un coup contre les institutions dirigeantes",
a déclaré le secrétaire des Organisations populaires
du CN, M. Mohamed El Hassan El Amine, un proche collaborateur du secrétaire
général du CN, Hassan El Tourabi. Le CN n'a pas encore décidé
de "mobiliser sa base populaire contre les mesures" décrétées
par le président, a ajouté M. Amine, soulignant que les membres
de son parti "sont encore attachés à un serment de fidélité
au secrétaire général du CN et son prêts à
exécuter (ses) ordres". Il a affirmé que son parti n'avait
pas l'intention de contrer "immédiatement" les mesures présidentielles
et attendrait quelque temps pour "évaluer la situation". "Si toutefois
le bras-de-fer avec le président se retrouve dans l'impasse, a-t-il
ajouté, le Congrès national "n'hésitera pas à
employer tous les moyens qui lui permettront de restaurer la liberté
du peuple".
Démentant formellement l'idée d'une scission au sein
du CN, M. Amine a affirmé que "seul un petit groupe de responsables,
dont le président ont choisi cette voie, mais les bases du parti
restent cohérentes et non affectées par les mesures".
Une partie des députés du parlement dissous ont décidé
d'intenter un « procés constitutionnel » au président.
19 décembre
Le Congrès National envisagera l'exclusion de M. Béchir,
menace M. Tourabi
Le parti islamiste majoritaire au parlement soudanais envisagera l'exclusion
du président Béchir et de ses partisans si les efforts de
réconciliation en cours échouent, a menacé dimanche
le chef du parti, Hassan al-Tourabi.
"Une réunion urgente du Majlis al-Choura du Congrès National
(CN, majoritaire dans l'assemblée dissoute) a été
convoquée le 27 décembre. Le Majlis al-Choura, composé
de 600 membres, est la plus haute instance du parti en l'absence du Congrès
général, une instance qui compte 10.000 membres.
Le CN a décidé d'accorder au gouvernement et aux médiateurs
un mois, à partir du 20 décembre, pour "colmater la fissure"
entre le gouvernement et le CN.
"S'ils (le général Béchir et ses partisans) refusent
de se rétracter, c'est qu'ils estiment qu'ils disposent d'un support
(politique) autre que le parti (auquel ils appartiennent), à savoir
la force de l'armée et la force financière publique (de l'Etat)",
a déclaré M. Tourabi.
Il a également relevé que le général ait
soutenu par "des puissances régionales", citant notamment "l'Egypte,
l'Ethiopie, l'Ouganda, de même que l'Algérie et certaines
voix dans le Golfe".
Si la crise n'est pas résolue à l'expiration de ce délai,
le CN "deviendra un parti politique indépendant de ceux (qui manifestent)
leurs désaccords, et exclura les dissidents de manière pacifique,
en évitant la violence et les heurts", a précisé M.
Abdine.
L'organe exécutif du CN proposera alors à son Majlis
al-Choura (Conseil consultatif), la nomination d'un nouveau président
du bureau politique, en remplacement du président Omar al-Béchir,
qui serait exclu du parti.
Le porte-parole du gouvernement a affirmé que le gouvernement
se pliera à toute décision prise par la Cour constitutionnelle.
Khartoum veut consulter l'opposition et lui offrir de participer
au pouvoir
Le Haut comité pour la paix et la réconciliation, réuni
le 19 décembre sous la présidence du chef de l'Etat Omar
al-Béchir, a décidé d'"entamer le dialogue avec les
forces politiques adverses et partisanes sur un amendement de la Constitution
et la loi sur les partis" entrée en vigueur cette année,
a déclaré le porte-parole, Ghazi Salah Eddin Atabani, ministre
de l'Information.
Le Comité a en outre décidé de reprendre contact
avec les forces politiques soudanaises dans le cadre des initiatives de
paix de l'Egypte et de la Libye d'une part, et de l'IGAD (Autorité
intergouvernementale pour le développement) d'autre part. L'objectif,
a-t-il poursuivi, est "de hâter la tenue d'une conférence
de réconciliation nationale en vue d'un règlement pacifique"
au Soudan.
Le Haut comité a exprimé son appui à ces mesures
qui "renforcent les efforts du président sur la voie de la paix
et de la réconciliation avec l'opposition", a affirmé le
ministre.
Le président du Soudan Omar al-Béchir a offert aux partis
de l'opposition nordiste en exil de participer au pouvoir, après
leur intégration dans un "large front national".
C'est la première fois, depuis qu'il a pris le pouvoir en 1989,
que le général Béchir fait une telle offre d'intégration
de l'opposition du nord, dont les deux principales composantes sont le
parti Oumma de l'ancien Premier ministre Sadek al-Mahdi, qu'il a renversé
en 1989, et le Parti Démocratique Unioniste de Mohamed Osman al-Mirghani.
Ces deux personnalités sont en exil au Caire.
Cette proposition ne concerne pas l'opposition armée du Sud,
représentée par la SPLA de John Garang, en lutte depuis 1983
contre la suprématie politique et religieuse du Nord
27 décembre
Le président garantit la liberté d'action des partis
politiques
Le président soudanais, le général Omar al-Béchir,
a affirmé dimanche soir à Khartoum que tous les partis politiques
étaient désormais libres d'avoir des activités à
l'intérieur du pays.
"Dès maintenant, il n'y a plus de discrimination entre les partis
associés (au gouvernement) et non-associés (opposition)...
toutes les forces peuvent s'organiser et avoir des activités politiques",
a déclaré M. Béchir lors d'un repas de rupture du
jeûne musulman du Ramadan.
Il a affirmé qu'il voulait "une opposition constructive (...)
et non une opposition destructrice".
Le général Béchir n'a pas précisé
s'il garantissait uniquement la liberté d'action des partis nordistes
ou de l'ensemble des partis y compris ceux représentant la rébellion
sudiste.
Réorganisation du Congrès national, nouveau coup porté
à Tourabi
Le parti du Congrès National (CN), au pouvoir au Soudan, a décidé
lundi une réforme de son instance exécutive, un nouveau coup
porté au président du parlement dissous Hassan al-Tourabi,
président de cette instance.
Le Conseil consultatif du CN a voté à la majorité
(sur 525 membres, 354 pour, trois contre et une abstention) en faveur de
la réforme, qui devrait ouvrir la voie aux partisans du chef de
l'Etat Omar al-Béchir d'occuper davantage de sièges au sein
de l"'Autorité de direction", une instance dirigeante qui compte
membres, ce qui pourrait conduire au départ de M. Tourabi du poste
de secrétaire général du parti au pouvoir.
Le Conseil a décidé de maintenir M. Tourabi, le seul
membre qui s'est abstenu lors du vote, au poste de secrétaire général
du CN et M. Béchir dans celui de président du parti, a expliqué
M. Abdel Hafiz.
Le Conseil consultatif a en outre recommandé la levée
"le plus tôt possible" de l'état d'urgence, décrété
dans le pays le 12 décembre.
28 décembre
Recours devant la Cour constitutionnelle pour lever l'Etat d'urgence
Soixante-cinq députés du parlement soudanais dissous ont
présenté mardi un recours auprès de la Cour constitutionnelle
réclamant l'annulation des décisions du président
Omar al-Béchir instaurant l'état d'urgence pour trois mois
et dissolvant le parlement car ces décisions "constituent une violation
de la constitution et une restriction aux libertés", a déclaré
l'un des trois avocats qui ont présenté le recours.
Le vice-président soudanais, Ali Osmane Mohamed Taha, a affirmé
mardi que le gouvernement accepterait "toute décision de la Cour
constitutionnelle".
Selon la constitution soudanaise, le chef de l'Etat a le droit de proclamer
l'état d'urgence mais cette décision doit être soumise
au Parlement dans un délai de 15 jours. Si le Parlement l'approuve,
l'état d'urgence est maintenu et sinon il doit être levé.
31 décembre
Le président soudanais Omar al-Béchir a annoncé
vendredi que les membres du gouvernement, les responsables de l'administration
centrale et des gouvernorats avaient présenté leur démission
« pour permettre (au chef de l'Etat) de procéder librement
à un remaniement". Ces mesures devraient permettre au chef de l'Etat
de mener à bien ses responsabilités conformément aux
résolutions adoptées récemment par le Congrès
national et qui lui réservent le droit de diriger les affaires du
pays et empêchent le secrétaire général du CN,
Hassan al-Tourabi d'intervenir dans ce domaine.
M. Béchir a indiqué avoir accepté ces démissions
et chargé ces responsables d'expédier les affaires courantes
jusqu'à la formation d'un nouveau cabinet et la désignation
de nouveaux responsables des administrations centrale et régionale.
Le général Béchir a fait cette annonce lors d'une
cérémonie au palais présidentiel, à la veille
du 44ème anniversaire de l'indépendance du Soudan.
Le général Béchir a par ailleurs réaffirmé
l'engagement de son gouvernement à coopérer avec l'initiative
de l'IGAD (Autorité intergouvernementale pour le développement)
et l'initiative égypto-libyenne pour parvenir à une réconciliation
nationale et à la paix dans le sud du Soudan où les rebelles
ont pris les armes contre le pouvoir central depuis 1983.
Il a affirmé qu'il envisageait de mettre en application plusieurs
programmes pour consolider la paix, réinstaller les déplacés
de la guerre civile et étendre les services sociaux dans les régions
du sud affectées par la guerre.
Il s'est aussi engagé à oeuvrer à réaliser
"une unité volontaire et basée sur la conviction entre le
Nord et le Sud du Soudan".
1er janvier 2000
44ème anniversaire de l’Indépendance
Dans son discours à la Nation, le Président Omar el Béchir
a déclaré
« nous sommes sur la voie qui mène à un Etat islamique
»
A.F.P. - B.Q.A DU 12 décembre au 1er janvier 2000
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