Numéro 86 - Décembre 1999

 
 

 Chronologie des événements
 

12 décembre

Le président Béchir décrète l'état d'urgence pour écarter son rival Hassan el Tourabi

Le président Omar al-Béchir a décrété l'état d'urgence pour trois mois et a dissous le Parlement dans la République islamique du Soudan, pour écarter du pouvoir son rival et ancien allié Hassan al-Tourabi, le président du Parlement et chef du parti au pouvoir. 
Un débat crucial était prévu le 14 décembre au Parlement sur un amendement constitutionnel prévoyant de faire élire les gouverneurs des Etats, qui sont pour l'instant nommés par le président. En stoppant l'activité parlementaire, le général Béchir a pris de vitesse son rival, qui défendait par ailleurs un autre amendement, visant celui-là à créer un poste de Premier ministre, un projet vécu également comme une menace contre les pouvoirs présidentiels. 
Le général Béchir a expliqué ces mesures par sa volonté de mettre fin à "un dualisme du pouvoir. 
Le général Béchir avait vu dans ces projets une menace d'effritement de ses pouvoirs et avait obtenu fin novembre que M. Tourabi annonce le report à une "date ultérieure" du débat sur la création de ce poste. Cependant, plus des deux tiers des 386 députés avaient opté pour la poursuite des débats sur l'élection des gouverneurs. 
Un conflit similaire avait déjà opposé les deux dirigeants l'an dernier pour la direction du parti au pouvoir, le Congrès national, et s'était soldé fin septembre par une victoire de M. Tourabi. 
Ce dernier avait en outre rencontré en septembre à Genève M. Sadek al-Mahdi, dirigeant du parti Oumma, principale composante de l'opposition nordiste. Mais il avait vu son initiative de paix reprise par le général Béchir. Le chef de l'Etat a en effet conclu un accord de paix préliminaire avec M. Mahdi à Djibouti fin novembre, éclipsant totalement les efforts de son ancien allié. 
"Le régime soudanais reposait sur cette alliance de la force militaire, représentée par le général Béchir, et de la ruse politique incarnée par M. Tourabi", estime un diplomate arabe au Caire. Il a ajouté "La question qui se pose aujourd'hui est, le général Béchir a-t-il assimilé les leçons politiques de M. Tourabi au point de pouvoir se défaire de lui sans risquer de fragiliser son pouvoir et ouvrir une lutte plus féroce sur le pouvoir ?". "Le chef de l'Etat a renforcé ses pouvoir grâce à ses récents succès diplomatiques", a-t-il ajouté. 
Le général Béchir s'est accordé le 8 décembre avec son homologue ougandais, Yoweri Museveni, pour rétablir leurs relations diplomatiques interrompues depuis 1995. L'Union européenne a également repris officiellement le dialogue avec Khartoum le 10 novembre ce qui permet d'envisager une reprise de l'aide, suspendue en 1990. 
Le gouvernement soudanais avait pris dernièrement des mesures pour la restitution des biens confisqués aux opposants et la libération des prisonniers politiques et s'était engagé dans un processus de réconciliation inter-soudanaise, qui avait obtenu l'appui de l'Egypte et de la Libye qui mènent une médiation en ce sens. 

13 décembre 

Le chef de l’Etat défend la légitimité de l’état d’urgence

Le président Béchir a indiqué que des responsables du parti du Congrès national dirigé par M. Tourabi, avait provoqué une situation de chaos comparable à celle qui prévalait avant le coup d'Etat de 1989. "Ce qui est arrivé n'est pas un coup d'Etat mais plutôt une mesure pour restaurer le prestige de l'autorité et pour unir les responsables".
Il a comparé le Soudan à un "bateau qui traverse une violente tempête qui requiert la présence d'un seul capitaine. Deux capitaines font couler le bateau". Il a affirmé avoir le soutien de "l'armée, de la police et des officiers de la sécurité". 
M. Tourabi a de son côté dénoncé comme un "coup d'Etat militaire qui a violé la constitution et rendue nulle l'Assemblée nationale élue", et a qualifié de "traître" le chef de l'Etat. "(Béchir) a trahi les valeurs islamiques". Selon lui, le Congrès national "résistera par tous les moyens (à ces mesures) et si ceux-ci échouent nous aurons recours aux forces populaires". 

14 décembre 

M. Tourabi appelle ses militants à la résistance

"L'instance dirigeante du CN, présidée par M. Tourabi, affirme « qu’en ce moment crucial et décisif, les militants dans les institutions officielles sont appelés à résister, à rester fidèles à leur engagement et à respecter les décisions du CN » 
Elle a adopté une recommandation appelant à "écarter le général Béchir et le Premier vice-président Ali Osmane Mohmed Taha de l'instance dirigeante" du CN dont ils sont membres. 
Le Conseil des ministres a approuvé les décisions du chef de l'Etat affirmant qu'elles visaient à "unifier le centre de décision politique du pays". 
M. Tourabi veut désormais se présenter comme le garant de la démocratie. Qualifiant "d'individuelles et anti-constitutionnelles" les décrets du général Béchir, l'instance dirigeante du parti a affirmé que ces "décisions hâtives affectent la marche de notre pays, arrivé à une étape avancée en matière de libertés publiques et de répartition équitable du pouvoir et des richesses" 
Sept membres de l'instance dirigeante du CN, ont rencontré mardi le général Béchir mais il a rejeté leur demande de reconsidérer les mesures qu'il avait prises dimanche. Il a rappelé qu'il avait pris ses mesures conformément à l'article 131 de la constitution qui lui accorde, a-t-il dit, le droit de prendre des mesures exceptionnelles pour éviter au pays "des dangers internes ou externes". 

Le congrès national (CN) annonce qu'il n'est plus le parti dirigeant

"Le congrès national n'est plus le parti dirigeant depuis que le président de la république et ses députés ont choisi de s'en retirer en menant un coup contre les institutions dirigeantes", a déclaré le secrétaire des Organisations populaires du CN, M. Mohamed El Hassan El Amine, un proche collaborateur du secrétaire général du CN, Hassan El Tourabi. Le CN n'a pas encore décidé de "mobiliser sa base populaire contre les mesures" décrétées par le président, a ajouté M. Amine, soulignant que les membres de son parti "sont encore attachés à un serment de fidélité au secrétaire général du CN et son prêts à exécuter (ses) ordres". Il a affirmé que son parti n'avait pas l'intention de contrer "immédiatement" les mesures présidentielles et attendrait quelque temps pour "évaluer la situation". "Si toutefois le bras-de-fer avec le président se retrouve dans l'impasse, a-t-il ajouté, le Congrès national "n'hésitera pas à employer tous les moyens qui lui permettront de restaurer la liberté du peuple". 
Démentant formellement l'idée d'une scission au sein du CN, M. Amine a affirmé que "seul un petit groupe de responsables, dont le président ont choisi cette voie, mais les bases du parti restent cohérentes et non affectées par les mesures". 
Une partie des députés du parlement dissous ont décidé d'intenter un « procés constitutionnel » au président. 

19 décembre

Le Congrès National envisagera l'exclusion de M. Béchir, menace M. Tourabi 

Le parti islamiste majoritaire au parlement soudanais envisagera l'exclusion du président Béchir et de ses partisans si les efforts de réconciliation en cours échouent, a menacé dimanche le chef du parti, Hassan al-Tourabi. 
"Une réunion urgente du Majlis al-Choura du Congrès National (CN, majoritaire dans l'assemblée dissoute) a été convoquée le 27 décembre. Le Majlis al-Choura, composé de 600 membres, est la plus haute instance du parti en l'absence du Congrès général, une instance qui compte 10.000 membres. 
Le CN a décidé d'accorder au gouvernement et aux médiateurs un mois, à partir du 20 décembre, pour "colmater la fissure" entre le gouvernement et le CN. 
"S'ils (le général Béchir et ses partisans) refusent de se rétracter, c'est qu'ils estiment qu'ils disposent d'un support (politique) autre que le parti (auquel ils appartiennent), à savoir la force de l'armée et la force financière publique (de l'Etat)", a déclaré M. Tourabi. 
Il a également relevé que le général ait soutenu par "des puissances régionales", citant notamment "l'Egypte, l'Ethiopie, l'Ouganda, de même que l'Algérie et certaines voix dans le Golfe". 
Si la crise n'est pas résolue à l'expiration de ce délai, le CN "deviendra un parti politique indépendant de ceux (qui manifestent) leurs désaccords, et exclura les dissidents de manière pacifique, en évitant la violence et les heurts", a précisé M. Abdine. 
L'organe exécutif du CN proposera alors à son Majlis al-Choura (Conseil consultatif), la nomination d'un nouveau président du bureau politique, en remplacement du président Omar al-Béchir, qui serait exclu du parti. 
Le porte-parole du gouvernement a affirmé que le gouvernement se pliera à toute décision prise par la Cour constitutionnelle. 

Khartoum veut consulter l'opposition et lui offrir de participer au pouvoir 

Le Haut comité pour la paix et la réconciliation, réuni le 19 décembre sous la présidence du chef de l'Etat Omar al-Béchir, a décidé d'"entamer le dialogue avec les forces politiques adverses et partisanes sur un amendement de la Constitution et la loi sur les partis" entrée en vigueur cette année, a déclaré le porte-parole, Ghazi Salah Eddin Atabani, ministre de l'Information. 
Le Comité a en outre décidé de reprendre contact avec les forces politiques soudanaises dans le cadre des initiatives de paix de l'Egypte et de la Libye d'une part, et de l'IGAD (Autorité intergouvernementale pour le développement) d'autre part. L'objectif, a-t-il poursuivi, est "de hâter la tenue d'une conférence de réconciliation nationale en vue d'un règlement pacifique" au Soudan. 
Le Haut comité a exprimé son appui à ces mesures qui "renforcent les efforts du président sur la voie de la paix et de la réconciliation avec l'opposition", a affirmé le ministre. 
Le président du Soudan Omar al-Béchir a offert aux partis de l'opposition nordiste en exil de participer au pouvoir, après leur intégration dans un "large front national". 
C'est la première fois, depuis qu'il a pris le pouvoir en 1989, que le général Béchir fait une telle offre d'intégration de l'opposition du nord, dont les deux principales composantes sont le parti Oumma de l'ancien Premier ministre Sadek al-Mahdi, qu'il a renversé en 1989, et le Parti Démocratique Unioniste de Mohamed Osman al-Mirghani. Ces deux personnalités sont en exil au Caire. 
Cette proposition ne concerne pas l'opposition armée du Sud, représentée par la SPLA de John Garang, en lutte depuis 1983 contre la suprématie politique et religieuse du Nord 

27 décembre

Le président garantit la liberté d'action des partis politiques 

Le président soudanais, le général Omar al-Béchir, a affirmé dimanche soir à Khartoum que tous les partis politiques étaient désormais libres d'avoir des activités à l'intérieur du pays. 
"Dès maintenant, il n'y a plus de discrimination entre les partis associés (au gouvernement) et non-associés (opposition)... toutes les forces peuvent s'organiser et avoir des activités politiques", a déclaré M. Béchir lors d'un repas de rupture du jeûne musulman du Ramadan. 
Il a affirmé qu'il voulait "une opposition constructive (...) et non une opposition destructrice". 
Le général Béchir n'a pas précisé s'il garantissait uniquement la liberté d'action des partis nordistes ou de l'ensemble des partis y compris ceux représentant la rébellion sudiste. 

Réorganisation du Congrès national, nouveau coup porté à Tourabi 

Le parti du Congrès National (CN), au pouvoir au Soudan, a décidé lundi une réforme de son instance exécutive, un nouveau coup porté au président du parlement dissous Hassan al-Tourabi, président de cette instance. 
Le Conseil consultatif du CN a voté à la majorité (sur 525 membres, 354 pour, trois contre et une abstention) en faveur de la réforme, qui devrait ouvrir la voie aux partisans du chef de l'Etat Omar al-Béchir d'occuper davantage de sièges au sein de l"'Autorité de direction", une instance dirigeante qui compte membres, ce qui pourrait conduire au départ de M. Tourabi du poste de secrétaire général du parti au pouvoir. 
Le Conseil a décidé de maintenir M. Tourabi, le seul membre qui s'est abstenu lors du vote, au poste de secrétaire général du CN et M. Béchir dans celui de président du parti, a expliqué M. Abdel Hafiz. 
Le Conseil consultatif a en outre recommandé la levée "le plus tôt possible" de l'état d'urgence, décrété dans le pays le 12 décembre. 

28 décembre 

Recours devant la Cour constitutionnelle pour lever l'Etat d'urgence 

Soixante-cinq députés du parlement soudanais dissous ont présenté mardi un recours auprès de la Cour constitutionnelle réclamant l'annulation des décisions du président Omar al-Béchir instaurant l'état d'urgence pour trois mois et dissolvant le parlement car ces décisions "constituent une violation de la constitution et une restriction aux libertés", a déclaré l'un des trois avocats qui ont présenté le recours. 
Le vice-président soudanais, Ali Osmane Mohamed Taha, a affirmé mardi que le gouvernement accepterait "toute décision de la Cour constitutionnelle". 
Selon la constitution soudanaise, le chef de l'Etat a le droit de proclamer l'état d'urgence mais cette décision doit être soumise au Parlement dans un délai de 15 jours. Si le Parlement l'approuve, l'état d'urgence est maintenu et sinon il doit être levé. 

31 décembre

Le président soudanais Omar al-Béchir a annoncé vendredi que les membres du gouvernement, les responsables de l'administration centrale et des gouvernorats avaient présenté leur démission « pour permettre (au chef de l'Etat) de procéder librement à un remaniement". Ces mesures devraient permettre au chef de l'Etat de mener à bien ses responsabilités conformément aux résolutions adoptées récemment par le Congrès national et qui lui réservent le droit de diriger les affaires du pays et empêchent le secrétaire général du CN, Hassan al-Tourabi d'intervenir dans ce domaine. 
M. Béchir a indiqué avoir accepté ces démissions et chargé ces responsables d'expédier les affaires courantes jusqu'à la formation d'un nouveau cabinet et la désignation de nouveaux responsables des administrations centrale et régionale. 
Le général Béchir a fait cette annonce lors d'une cérémonie au palais présidentiel, à la veille du 44ème anniversaire de l'indépendance du Soudan. 
Le général Béchir a par ailleurs réaffirmé l'engagement de son gouvernement à coopérer avec l'initiative de l'IGAD (Autorité intergouvernementale pour le développement) et l'initiative égypto-libyenne pour parvenir à une réconciliation nationale et à la paix dans le sud du Soudan où les rebelles ont pris les armes contre le pouvoir central depuis 1983. 
Il a affirmé qu'il envisageait de mettre en application plusieurs programmes pour consolider la paix, réinstaller les déplacés de la guerre civile et étendre les services sociaux dans les régions du sud affectées par la guerre. 
Il s'est aussi engagé à oeuvrer à réaliser "une unité volontaire et basée sur la conviction entre le Nord et le Sud du Soudan". 

1er janvier 2000

44ème anniversaire de l’Indépendance
Dans son discours à la Nation, le Président Omar el Béchir a déclaré
« nous sommes sur la voie qui mène à un Etat islamique »

A.F.P. - B.Q.A DU 12 décembre au 1er janvier 2000

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