Numéro 86 - Décembre 1999

 
 

Le régime islamiste dans la tourmente
 

Depuis un mois s’est déclenché un nouvel épisode de l’affrontement auquel se livrent depuis un an le chef de l’Etat en titre, le Général Omer el-Béchir et le Secrétaire général du Congrès National Hassan el-Tourabi.
Sans préjuger de l’issue de ce duel entre deux clans, que séparent surtout des intérêts divergents, impliquant des conceptions contradictoires quant aux tactiques à adopter pour assurer l’avenir du système mis en place depuis dix ans on peut déjà tirer quelques enseignements de ce combat fratricide : 
- la stabilisation et la démocratisation affichées depuis deux ans n’étaient que des leurres destinés à tromper ceux qui souhaitaient l’être à l’étranger et en particulier certains gouvernements de l’Union Européenne ; l’accord de paix d’avril 97 avec six factions rebelles du Sud a sombré dans un bain de sang entre ces nouveaux alliés de Khartoum, dont la population du Haut-Nil est l’otage impuissant ; la nouvelle Constitution « adoptée » durant l’été 98 et la loi dite « Tewali » sur les partis politiques du 1et janvier 99 ont volé en éclats dès que se sont aiguisés les appétits nés du pétrole et de l’ouverture offerte par l’Europe ; 
- la course de vitesse entre les deux détenteurs du pouvoir pour se gagner les faveurs de l’opposition et la conversion au multipartisme et au respect des libertés publiques de ces deux putschistes qui ont plongé le Soudan dans la misère, l’intolérance et la haine ne tromperont à nouveau que ceux qui voudront bien l’être. Il n’y a aucune différence idéologique entre el-Béchir et Tourabi : le général el-Béchir a enfin dû reconnaître qu’il était membre du mouvement islamiste depuis l’école secondaire, et qu’il n’avait fait son coup d’Etat que sur les ordres de Tourabi ; il a assez répété que de son vivant, le pluralisme politique n’aurait pas droit de cité au Soudan, pour que ses appels à la paix et à l’ouverture politique ne puissent pas être pris au sérieux. S’ils devaient l’être, on ne pourrait que s’interroger sur les raisons qui l’ont poussé, et le poussent encore, à mener une guerre coloniale effroyable au Sud du pays. Mais aujourd’hui encore, comme on le lira plus loin, il proclame son intention de transformer toutes les écoles primaires du pays en écoles coraniques ; 
- seul résultat positif de cet affrontement tantôt larvé, tantôt ouvert, la répression des appareils de sécurité s’est atténuée, et des espaces de liberté ont pu être gagnés par les Soudanais, et se maintiendront tant que l’armée et les nervis du régime resteront  hésitants entre les deux clans en présence. La population de la capitale peut exprimer son aversion pour Tourabi, qui depuis quarante ans, a été de tous les complots et de toutes les compromissions, mais aussi sa crainte de voir s’instaurer un régime militaire encore plus féroce.
Qu’il s’agisse de stabilité régionale ou de paix intérieure, aucun espoir de règlement ne peut être nourri tant que la dictature islamique règnera à Khartoum et cela quel que soit le clan qui l’emportera.

Klettenberg

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