Résume d’une conférence donnée
lors du forum de Milan, 17 et 18 septembre 1999
Le début récent des ventes de pétrole par le Soudan
pourrait amoindrir les espoirs de paix. Le programme du régime de
Khartoum est d’établir un État islamique idéal et
d’exporter l’extrémisme religieux dans toute l’Afrique. Lors des
conversations de paix de l’IGAD en 1994, le gouvernement l’a déclaré
ouvertement. À cette fin il a besoin des ressources du Sud en eau
et en pétrole, -c’est une cause majeure du conflit- ainsi que de
l’assistance technique de l’Occident.
Les pétroliers canadiens
Depuis plus de 5 ans, des sociétés pétrolières
travaillent au Soudan pour exploiter le pétrole. Arakis Energy Corp.,
une société peu connue de Calgary a été
la première société canadienne à être
associée dans un consortium avec le gouvernement soudanais,
le Great Nile Petroleum Operating Company , qui inclut aussi les
sociétés d’État chinoise et malaise. Arakis reconnaît
avoir fourni plus de 10 000 barils de pétrole par jour à
la raffinerie de El Obeid, ville qui a très peu de véhicules
civils. mais une base militaire aérienne importante, centre des
opérations contre les peuple du Sud Soudan et des Monts Nouba.
Pour mettre les puits à l’abri de toute menace de l’opposition
armée, une campagne de terreur s’étendit dans le Nord du
Bahr el Ghazal dès 1994. Des milices et des Seigneurs de guerre
séparés du SPLA; comme Karubino et Paulino Matep furent armés
par Khartoum et chargés de dévaster la région. Ils
furent et sont très efficaces en causant le déplacement de
tout groupe ethnique de la région considéré comme
un opposant potentiel au gouvernement. Des milliers de déplacés
fuirent d’un rayon de 200 kilomètres autour des champs pétrolifères.
Les raids de la milice et le déplacement forcé furent un
facteur majeur de la famine de1998. au cours de laquelle, selon les chiffres
généralement admis, 200 000 personnes moururent. D’autre
milliers sont en péril.
Cependant .les liens peu clairs d’ Arakis avec différents associés
d’affaires pakistanais, -dont certains avaient été impliqués
dans le scandale BCCI, effrayèrent les investisseurs. Arakis
fut incapable d’augmenter son capital pour achever ses projets soudanais
dont l’oléoduc de 1500 kilomètres.
En 1998 Talisman Energy Inc., un autre Canadien, acheta Arakis
et mis d’importants capitaux dans l’entreprise. Talisman est le plus important
producteur indépendant de pétrole et de gaz basé au
Canada. Il travaille surtout au Canada, en Mer du Nord, en Indonésie
et au Soudan avec quelques entreprises en Algérie et à Trinidad.
C’est une société très respectée, influente
au sein de la communauté d’affaires canadienne et qui a beaucoup
de capitaux.
La décision d’acheter Arakis fut prise après que très
peu de réflexion ait été donnée à l’impact
sur la situation des Droits de l’homme dans le pays. Jim Buckee, CEO de
Talisman, reconnut que personne de la société n’avait parlé
à quiconque des partis de l’opposition. Leurs informations étaient
venues uniquement du gouvernement du Soudan, du gouvernement canadien,
des Nations-Unies, et de quelques petites ONG travaillant au Soudan dans
des zones tenues par le gouvernement. D’après les responsables de
Talisman, les officiels canadiens ne s’inquiétèrent, dans
un contexte de guerre civile, que de la sécurité du personnel
pétrolier. Le gouvernement canadien a nié ceci, mais n’a
encore fait aucune déclaration marquant ses distances avec les activités
au Soudan de la société pétrolière. Malheureusement,
au moment où Talisman étudiait la décision de se lier
au gouvernement soudanais; le Président Clinton fit attaquer par
missile de croisière une usine à Khartoum Nord.. Présumant
incorrectement que l’information douteuse qui causa l’attaque était
typique de tous les rapports critiquant le gouvernement islamiste, Talisman
conclut son accord Talisman fit valoir aussi que le projet continuerait
qu’il y soit ou non, avec quelqu’un d’autre. Un argument qui justifierait
la participation de sociétés à un nombre illimité
d’affaires illicites ou immorales.
En réponse à une myriade de lettres écrites par
des groupes de Droits de l’homme et des Églises du Canada, M. Buckee
déclara catégoriquement qu’il “n’avait rien vu qui puisse
lui faire penser que sa société appuyait un mauvais régime.”
La société pour des raisons évidentes, fait de son
mieux pour présenter le régime soudanais de façon
positive. Elle a même engagé un ancien ambassadeur du Canada
auprès des Émirats Arabes Unis, comme responsable des relations
publiques. Selon la société, toutes les critiques du régime
de Khartoum sont exagérées ou fausses et viennent, soit du
gouvernement des États-Unis, soit d’États voisins hostiles
au Soudan, soit de chrétiens en croisade contre l’islam; Talisman
sera les yeux et les oreilles de l’Occident et cela encouragera Khartoum
à bien se conduire. Mais les responsables de Talisman n’ont jamais
visité les zones du Soudan affectées par l’interdiction de
vols humanitaires, par les famines provoquées, par le trafic d’esclaves
ou par les actes de génocide. Pourtant, comme ils sont sur place,
les gens pensent qu’ils connaissent les faits. Leur présence au
Soudan donne une légitimité au régime . On dit aux
avocats des Droits de l’homme “les Canadiens sont là, ça
ne peut pas être aussi dramatique”. Ils pavent aussi la voie à
une pléthore d’autres sociétés susceptibles de déverser
des capitaux d’investissement sur le régime de Khartoum.
En Novembre 1998 la task force on churches and corporate responsibility,
composée d’actionnaires canadiens et américains, demanda
à Talisman de lui assurer par écrit que ses opérations
au Soudan n’aidaient Khartoum, ni dans sa guerre civile, ni dans ses violations
répétées des droits de l’homme. Talisman refusa
Conséquences
Le pétrole est une arme stratégique. Les réserves
de pétrole et les revenus du pétrole reçus par Khartoum
aident 1e régime à gagner la guerre qu’il mène contre
son peuple et facilitent les abus des Droits de l’homme, quelle que soit
l’argumentation rhétorique de Khartoum.
Jusqu’à dernièrement, on considérait qu’aucun
des côtés ne pouvait gagner la guerre civile. Maintenant,
grâce en partie à ces sociétés pétrolières
canadiennes, ceci n’est plus vrai.
Lors d’une réunion au Département des Affaires Etrangères
et du Commerce international canadien en septembre 1998, Jim Buckee,
a reconnu qu’une part d’environ 250 millions de dollars des investissements
initiaux allait directement au gouvernement soudanais. Ce dernier gagne
aussi du crédit en hypothéquant les futurs chargements de
pétrole, et une bonne réputation auprès du FMI; il
acquiert rapidement le capital dont il a besoin pour atteindre ses objectifs
militaires..
Quand on parle à Talisman de son soutien à un régime
accusé de génocide, il montre un appendice de la Constitution
selon lequel 40% des revenus du pétrole iront à l’Etat fédéré
Unité, et 35% aux gens du Sud. Le gouvernement soudanais leur a
donné l’assurance que tous ces revenus du pétrole bénéficieraient
aux gens du Sud, avec des hôpitaux, des routes, de l’assistance humanitaire.
Récemment, comme un journaliste de la radio CBC demandait
à Buckee s’il croyait vraiment ce gouvernement, il répliqua;
“Je ne vois aucune raison de ne pas le croire.”
Ceci sans tenir compte du fait que les Islamistes ont poussé
à l’abrogation par Nimeiri de l’accord de paix de 1972 et
ont court-cicuité par le coup d’État de 1989, une formule
de paix entre SPLA et le gouvernment élu de Sadik el Mahdi. Talisman
a reçu la parole du gouvernement soudanais, et c’est tout ce dont
il besoin pour justifier sa collaboration avec des gens accusés
de génocide. C’est sur ces promesses, aucunement appuyées
par la moindre ombre de garantie, que Talisman, le gouvernement canadien
et d’autres, mettent en péril la vie et les droits de millions de
Soudanais .
Or les revenus du pétrole font obstruction au processus de paix.
Talisman est associé officiellement en affaires avec une des parties
au conflit - celle qui a commis la plus grande part des violations des
droits de l’homme. Talisman et le gouvernement canadien- à cause
des impôts sur les sociétés- ont un intérêt
financier à ce que le présent régime survive. Le Canada
ne peut pas être sincère quand d’un côté il dit
vouloir la paix au Soudan et que de l’autre il s’enrichit des revenus du
pétrole qui n’affluent que si le régime de Khartoum garde
le pouvoir. Plus important encore; pourquoi une junte brutale négocierait-elle
si elle peut imposer sa propre solution finale? En mars, le vice-président
soudanais déclara: “Avec l’exportation du pétrole, nous marquerons
une victoire décisive contre les forces rebelles”. Le processus
de paix piétine depuis plusieurs années. Le gouvernement
soudanais amusait le tapis en attendant que le pétrole coule. et
que ses revenus lui permettent d’obtenir la paix à ses propres conditions.
Il n’y a plus de “bâton” et on a donné la “carotte”. Une paix
juste au Soudan semble plus insaisissable que jamais.
Recommandations
Aujourd’hui si la communauté internationale n’agit pas de façon
rapide et décisive, l’histoire sera un juge cruel. Tous les gens
de bonne volonté doivent travailler ensemble. Cela signifie :
- dire clairement à nos hommes politiques et à nos fonctionnaires
qu’il y aura un prix politique très lourd à payer pour
avoir permis toutes ces morts, alors qu’ils pouvaient les empêcher.
- parler aux sociétés pétrolières de la
manière qu’elles comprennent le mieux: le résultat financier:
Comme cela été fait avec succès dans le cas du régime
apartheid d’Afrique du Sud, nous lançons un appel pour une campagne
de désinvestissement de toutes les sociétés qui fournissent
des ressources stratégiques au régime de Khartoum jusqu’à
ce qu’il y ait une paix juste au Soudan. Jusque là vendez vos actions,
et dites à vos amis d’en faire autant ! Cet argent est le prix du
sang !
Mel Middleton
Coordinateur de la campagne
contre la société canadienne Talisman
(traduit et résumé par VS)
Le texte anglais de la conférence se trouve sur notre
site internet.
Lors du forum de Milan, un représentant du SPLM a déclaré
que la production de pétrole était objectif militaire et
que son mouvement avait prévenu toutes les sociétés
pétrolières que si elles venaient, ce serait à leurs
risques et périls. Le représentant du ministère italien
des Affaires Étrangères, M.Rino Serri a déclaré
que le pétrole n’était pas un objectif militaire: des Italiens
ont été mêlés à une tentative d’attentat
!
Le gouvernement canadien vient d’ouvrir une enquête sur
les conséquences des activités pétrolières
canadiennes au Soudan.
L’allemand Mannheim a travaillé à la construction
de l’oléoduc et a maintenant qu’il est achevé, quitté
le Souda.
La filiale Qatari de l’américain Golf Oil a cherché
du pétrole dans l’État du Nil Bleu. Nous ignorons si elle
s’y trouve encore.(VS). |