Numéro 84 - 85 - Octobre - Novembre 1999

 
 

Les manœuvres de Khartoum
 

Les efforts du National Islamic Front pour anéantir l’opposition tout en convainquant la communauté internationale qu’il cherche la réconciliation ont conduit le gouvernement saoudien, généralement taciturne, à démentir des informations selon lesquelles i aurait offert d’accueillir des discussions entre le NIF et l’opposition à la Mecque…..
Le ministre saoudien de la Défense, le prince Sultan bin Abdel Aziz al Saud, a démenti toute initiative de la part de Riyadh. Lors des accords de Taef en 1989, lorsque les Saoudiens  avaient réuni les factions libanaises, il avait observé : « Les frères libanais ont tous accepté avant de venir dans le royaume d’aboutir à un règlement de leurs problèmes ».
Il a affirmé que l’Arabie-Saoudite était prête à apporter son aide, dès lors que cela ne viendrait pas interférer avec « l’initiative égypto-libyenne » et celle de l’Inter-Governmental Authority on Development. Or la proposition de l’Khartoum empiète sur celle de l’IGAD. Certains parlent désormais « d’initiative américaine » : en effet, il n’est pas bon ton au plan internationale de souligner qu’elle se trouve en fait sous la houlette de l’Erythrée, de l’Ethiopie, du Kenya et de l’Ouganda.

Khartoum tente également, avec un certain succès, de contribuer au désarroi de l’opposition. La proposition selon laquelle la réunion se tiendrait à La Mecque est typiquement une idée du NIF, qui prend tout le monde à contre-pied, y compris ceux qui sont censés accueillir la rencontre. La grande majorité des populations du Sud ne sont pas de confession musulmane, et les non musulmans ne sont pas autorisés à entrer dans les villes sainte de La Mecque et Medine. Ainsi,le NIF exclut non seulement ses adversaires du Sud, mais également ses alliés, y compris le chef du Southern Coordination Council, Riek Machar, et le ministre des Transports, Lam Akol, secrétaire de sa dernière commission de paix. Le Sudan Communist Party pourrait également avoir des problèmes pour y assister. Certains soupçonnent Khartoum de vouloir se présenter comme plus tolérant sur le plan religieux que les Saoudiens.

Autre manœuvre de Khartoum, le général Omar el Beshir a demandé au président Sud-Africain Thabo Mbeki d’organiser une rencontre avec le président ougandais Yoweri Museveni au cours de la réunion des chefs de gouvernement du Commonwealth à Durban, du 12 au 15 novembre.

Mbeki a transmis la requête à un Museveni sceptique, qui a déclaré à Africa Confidential : « En tant que président de mon pays, j’ai le devoir de poursuivre les négociations par tous les biais ». Pourtant, avant le dernier jour de la conférence, Beshir lui avait adressé un message disant qu’il était tombé malade et ne pourrait pas venir. « C’est la seconde fois que cela se produit. Je pense que nous devrons ignorer de telles requêtes à l’avenir », a déclaré Museveni, observant qu’il n’avait pris la rencontre au sérieux que parce que le message lui avait été transmis par Mbeki, qu’il considère comme crédible. Dans le même temps, Mustafa Osman a annoncé que le président Beshir avait  un « engagement préalable ».

Africa Confidential, édition française n°343 du 22 novembre 1999

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