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Numéro 84 - 85 - Octobre - Novembre
1999
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Extrait du témoignage de Monseigneur Gabriel
Zubeir Wako, Archevêque de Khartoum
| Lourdes, 7 novembre 1999
……L’Archidiocèse de Khartoum abrite plus de deux millions et demi de personnes déplacées qui se sont réfugiées là à cause de la guerre et de la faim dans le Sud, l’Ouest et l’Est du Soudan. Nous estimons que parmi les presque 5 millions de chrétiens au Soudan, (dont 3 millions et demi sont catholiques) un million de catholiques habitent maintenant l’archidiocèse de Khartoum. En dépit de ce grand nombre, nous, les chrétiens du Soudan pensons que nous avons été oubliés par le reste du monde chrétien, et que du moins, notre problème n’a pas été bien compris par le reste du monde extérieur. Toutefois, il s’agit d’un groupe de chrétiens qui en est venu à reconnaître et à accepter sa souffrance et le déplacement de son peuple, comme une mission, un acte de la Providence. …. L’Eglise du Soudan n’est ni anti-islam, ni anti-gouvernement. …..Elle témoigne constamment en faveur de l’unité parmi le peuple soudanais, de la solidarité, de l’amour chrétien et de la réconciliation. Notre recherche c’est la paix pour notre peuple, la justice et l’égalité pour tous, le respect de la dignité donnée par Dieu à tous les êtres humains et les droits qui en dérivent. Comme la majorité des chrétiens soudanais sont d’origine africaine, venus surtout du Sud et de l’Ouest du pays, leur cri pour le respect prend souvent la forme de la défense de leurs propres cultures, de leurs différents langages et manières de vivre, la défense de leur religion et de leur territoire qui est maintenant devenu un champ de bataille. Malheureusement, qui prône publiquement ces vertus est facilement classé rebelle, simplement parce que c’est manifestement le gouvernement lui-même que l’on doit accuser des manquements; et que ceux qui accusent appartiennent d’habitude aux tribus qui ont eu recours à la lutte armée contre l’oppression et le déni par la forge des droits élémentaires. Les organes officiels du gouvernement soudanais nient vigoureusement
l’existence d’une forme quelconque de persécution ou de discrimination
contre les chrétiens. Pour soutenir ces négations énergiques
des exemples de tolérance, d’égalité et de coexistence
pacifique sont cités :
Nous entendons dire beaucoup de ces choses mais la réalité
est différente. Cependant notre système fédéral
est un système fédéral très centralisé..
Les chrétiens n’ont pas eu l’autorisation de construire d’église
depuis les années 60. L’église de la sucrerie de Kennana
a vu sa construction suspendue pendant 6 ans bien qu’elle ait tous
les permis nécessaires. Les terrains ne peuvent être enregistrés
au nom de l’Eglise. En fait la plupart des centres paroissiaux que les
chrétiens utilisent dans l’Archidiocèse sont enregistrés
en mon nom. Depuis 1995, il y a eu destruction systématique des
écoles et des centres de prière chrétiens sous prétexte
soit qu’ils se trouvaient être là où les urbanistes
voulaient construire des routes soit qu’ils avaient été bâtis
illégalement sur un terrain non planifié (NDLT : la plus
grande partie des terrains soudanais n’est pas planifiée). Curieusement,
toutes les nouvelles routes passent par nos Centres. (au moins 25 ont été
démolis de cette manière). Les églises n’ont jamais
reçu de compensation pour les structures démolies; on ne
leur a pas donné non plus de terrain en remplacement. Récemment
l’action du gouvernement a convergé :
Un autre facteur très inquiétant est l’utilisation continuelle de police armée, d’hommes de la sécurité et de soldats pour harceler l’Eglise. Je fus arrêté par un contingent d’au moins 15 hommes armés qui entrèrent dans ma maison en grimpant sur la clôture; le Père Hilary fut arrêté par environ 10 hommes armés; le père Gilles fut expulsé, accompagné par des hommes armés; le club catholique fut confisqué par deux camions pleins d’hommes armés; la même méthode d’intimidation est utilisée maintenant envers nos écoles. Il y a six jours neuf hommes armés des Forces de Sécurité sont venus au Secrétariat général de notre Conférence épiscopale, à 9 heures du soir. Ils ont enfoncé la porte d’entrée et ont été directement au bureau de la communication. Ces gens ont pris l’ordinateur et le « Serveur » que nous avions reçu de Rome et qui devait nous servir à relier tous les diocèses du Soudan par courrier électronique. Le gouvernement se plaint que parmi toutes les Eglises, l’Eglise catholique est la plus têtue et la moins coopérante. Par coopération, il veut dire que l’Eglise catholique devrait soutenir les actions politiques du gouvernement dont certaines, selon nous, sont inacceptables; qu’elle devrait s’arrêter d’envoyer des rapports négatifs sur le gouvernement-(en fait nos moyens de communication sont trop pauvres pour justifier une telle accusation, spécialement quand c’est nous-mêmes qui apprenons l’existence de ces rapports par les médias internationaux); et que nous ne devrions rien dire contre les actions politiques du gouvernement dans nos lettres pastorales. Nous devons apprécier les efforts que le gouvernement a fait pour commencer une forme de dialogue avec les Eglises et avec l’Eglise catholique en particulier. Un Comité pour le dialogue inter-religieux fut établi au début des années 90. L’Eglise ne pouvait pas travailler avec ce comité, d’abord parce qu’il refusait de s’occuper des points de tension, et ensuite parce qu’il ne remplissait pas l’attente de l’Eglise, qui souhaitait un vrai dialogue inter-religieux entre les leaders musulmans et chrétiens. Un autre effort fut fait à la suite du refus par les évêques catholiques que l’Eglise catholique soit enregistrée comme Organisation Non-Gouvernementale Bénévole. L’initiative de ces rencontres fut bientôt abandonnée avec de piètres excuses. Aujourd’hui un autre effort est fait. Malheureusement nous ne partageons pas les mêmes idées sur ce qu’est un dialogue. La tension entre le système politique et les chrétiens n’est pas un phénomène nouveau. Le présent gouvernement est devenu toutefois plus explicite dans la mesure où il veut que le Soudan devienne à 100% arabe et musulman. Depuis l’indépendance, il a toujours été question d’arabisation et d’islamisation.: le général Abboud demandait un Soudan, une langue(l’arabe), une religion, (l’islam) , le Maréchal Nimeiri imposait la charia islamique à tout le pays. Le présent régime a fait de l’islam son programme principal et l’applique systématiquement à tous les aspects de la structure de l’Etat, politique, judiciaire, exécutif, législatif, économique et social. Le problème, toutefois, n’est pas seulement la religion mais aussi le système de gouvernement qui supprime les droits élémentaires de l’homme et utilise des méthodes répressives, incluant l’emprisonnement au secret, les exécutions sommaires, la torture en détention, l’emprisonnement sans jugement; et aussi le système de sécurité, d’intimidation, organisé pour agir en dehors des lois; la mauvaise information des médias avec comme conséquence la suppression de la liberté d’expression et d’opinion (bien qu’il y ait des signes d’amélioration dans ce domaine, parfois démentis par la suppression de journaux et l’arrestation de journalistes au franc-parler). Ce ne sont pas seulement les chrétiens et les non-Arabes qui souffrent de ceci, mais tout le peuple de ceux qui ne pensent pas et n’agissent pas de la manière dont le gouvernement voudrait qu’ils agissent, et ceci inclut des groupes musulmans. Nous ne devons pas confondre les problèmes politiques crées par les gouvernements avec l’attitude des musulmans ordinaires. Au Soudan les musulmans vivent et travaillent côte à côte avec les chrétiens. On peut dire avec quelque vérité que la tolérance et le respect mutuel font partie de la culture soudanaise dans son ensemble….. Cependant, dans l’Archidiocèse, l’Eglise se bat pour continuer
sa mission.
Quelques chiffres (voir tableau) Les besoins urgents de l'Eglise du Soudan :
2) - Action pour la promotion sociale et humaine dans tous les domaines et tout spécialement : l’éducation, la santé, la promotion des femmes …. Nous lançons un très vibrant appel :
En terminant, je voudrais vous dire que le 1er octobre 2000, la bienheureuse Joséphine BAKHITA, ancienne esclave du Soudan, sera canonisée par le Pape Jean-Paul II. D'avance je vous remercie pour tout ce que vous ferez pour notre cher Soudan et que Dieu vous bénisse tous. |