Numéro 84 - 85 - Octobre - Novembre 1999

 
 

Tourabi rue dans les brancards
 

L’annulation de la tournée africaine (Afrique du Sud, Kenya, Ethiopie) que le Président Omar el-Béchir devait entreprendre, cette semaine a peu de choses à voir avec la raison médicale officiellement invoquée. En faut, me torchon brûle à nouveau entre le chef de l’Etat et le président du Parlement Hassan el-Tourabi. Les deux hommes se sont longuement rencontrés le 14 novembre, mais Béchir n’a pas convaincu Tourabi d’ajourner l’examen au Parlement de deux amendements constitutionnels. L’un vise à faire élire les 26 gouverneurs des Etats fédéraux (Walis) au suffrage universel (alors qu’ils sont actuellement choisis parmi trois candidats proposés par le président). L’autre concerne la création d’un poste de premier ministre dont le titulaire serait choisi par le Parlement et responsable devant lui. Béchir va tenter de s’opposer au vote de ces amendements par les députés. Il en a déjà rallié 134 à sa cause alors qu’il en faut 256 sur 400 pour que le voit soit acquis.

Finalement, le président soudanais a décidé de se rendre le 18 novembre en Ethiopie, où en plus des rencontres avec les dirigeants de ce pays il devait s’entretenir avec l’opposant et ex-premier ministre Sadiq el-Mahdi. Béchir pourrait ensuite mettre à profit sa visite au Caire, en décembre, pour rencontrer à nouveau des opposants soudanais et les convaincre de négocier avec lui plutôt qu’avec Tourabi.

L.O.I.En appuyant ces amendements constitutionnels, Tourabi cherche à parachever l’offensive entamée, le mois dernier, pour évincer ses détracteurs de la direction du National Congress (NC, parti gouvernemental). En fait Tourabi, se verrait bien diriger le Soudan avec son beau-frère Sadiq el-Mahdi dans le cadre d’une grande coalition islamique. Il considère qu’en dix ans de pouvoir les fondements de cet Etat islamique ont été mis en place et qu’il suffit maintenant d’assurer la pérennité du régime via le rétablissement du multipartisme. Le président Béchir et sa faction ne partagent pas cette analyse et craignent, non sans raison, que l démarche de Tourabi ne relève d’une tentative de coup d’Etat constitutionnel. Si les amendements proposés étaient votés au Parlement en décembre, Béchir se verrait sans doute confronté à l’hypothèse d’une dissolution du Parlement.

La Lettre de l’Océan Indien n°880 du 20 novembre 1999

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