Numéro 82 - 83 - Août - Septembre 1999

 

Où en est la liberté de la presse ?
 

Suspension de journaux indépendants
Le 5 juillet, le quotidien indépendant al-Raï Al-Akhar avait été suspendu pour cinq jours. Ce journal a été suspendu de nouveau pour deux jours pour avoir publié des articles critiquant le gouvernement. 
Le Conseil national a reproché au quotidien d'avoir publié entre le 11 et le 17 juillet six articles, dont cinq critiquaient la censure et le sixième contenait de sévères critiques contre le gouvernement, a-t-on indiqué. 

Le quotidien de Khartoum Al Bayan a été suspendu mardi 10 août pour trois jours pour avoir critiqué dans ses colonnes le Congrès National (CN) au pouvoir et refusé de destituer le journaliste auteur de l'article contenant des expressions "erronées" sur le CN. 

Le quotidien Al Raï Al Akhar (l'autre opinion) a été suspendu pour une semaine à partir de mercredi 17 août. 
Selon le journal, le Conseil National de Presse a prononcé cet ordre à la suite d'une plainte contre un article, critiquant le gouvernement pour avoir internationalisé la question du Sud Soudan et donné une dimension religieuse à la guerre civile en la nommant Jihad.
Le quotidien a en outre accusé le régime de Khartoum d'avoir dressé le peuple contre de présumées conspirations et imminentes interventions étrangères dans le pays. 
Dans son éditorial mardi, Al Raï Al Akhar affirme avoir été menacé et questionné à maintes reprises par le Conseil malgré la liberté de la presse garantie par la Constitution. 
Le quotidien avait appelé à revoir la loi sur la presse et suspendre ses articles qui "entravent les libertés de la publication et d'expression". 
"Nous allons respecter la période de suspension mais nous reviendrons encore plus forts et plus sévères pour défendre la liberté d'expression et continuerons à lutter pour une loi qui respecte les bases de droits de l'Homme", a écrit le journal. 
Le directeur général du quotidien, Abdoul Aziz al-Jaali, a de son côté accusé "certains cercles" d'oeuvrer pour empêcher l'existence du quotidien pour "des raisons politiques et économiques". 
M. Jaali a déclaré que son journal avait été suspendu quatre fois (au total 17 jours) lors des dernières sept semaines en précisant qu'un seul jour de suspension lui coûtait entre 300.000 et 400.000 dinars (1.200 et 1.600 dollars). 

Le Conseil National de la Presse a décidé de suspendre trois journaux pour avoir "violé la loi de la presse", a-t-on appris mercredi 1er septembre auprès des journaux. 
La décision du Conseil ordonne aux quotidiens Al Raï Al Akhar, Al Rai Al Aam et Al Anbaa, de fermer respectivement pendant sept, deux et un jours à partir de mercredi.
La suspension d'Al Raï Al Akhar intervient à la suite de la publication des déclarations "affectant l'Islam", d'un membre du parti Oumma de l'opposition, Abdoul Rahmane Nougdallah. 
Le quotidien a affirmé avoir demandé à un groupe d'avocats de déposer une plainte à la Cour constitutionnelle contre la loi de la presse. 
Al Rai Al Aam et Al Anbaa ont été suspendus pour avoir publié respectivement un article critiquant la politique de l'Education et des informations erronées. 

Le 16 sept, le président soudanais Omar el-Béchir a ordonné la suspension pour une durée indéterminée du journal indépendant Al-Raï Al-Akher à partir de vendredi, a-t-on indiqué jeudi de source officielle. 
Un responsable au palais présidentiel, qui n'a pas voulu être nommé, a déclaré à l'AFP que le général Béchir avait décidé cette suspension lors d'une cérémonie près de Khartoum en l'honneur d'un groupe de moudjahidine (combattants de la foi) qui se rendaient dans les zones de combat. 
Les moudjahidine s'étaient plaints d'un article du journal concerné qui avait ironiquement estimé que le la SPLA, John Garang, méritait qu'on lui érige un monument dans le centre de Khartoum pour avoir envoyé des milliers de jeunes Soudanais au paradis en "martyrs". Le journal avait été suspendu le mois dernier à cause de cet article. 
Le responsable a ajouté que des plaintes émanaient également de nombreux officiers de l'armée qui accusent le journal d'avoir insulté l'armée à de nombreuses reprises. 

Reporters sans frontières proteste contre la suspension de journaux soudanais
Le Caire, 11 août - L'association "Reporters sans frontières" (RSF) a protesté contre la suspension d'un journal soudanais ayant critiqué le parti au pouvoir à Khartoum. 
RSF précise avoir demandé, dans une lettre adressée au président Omar el-Béchir, que "les journaux ne fassent pas l'objet de répression et que les libertés de la presse soient garanties au Soudan". 
L'organisation réclame également "la promulgation d'une loi qui empêche une suspension des journaux qui critiquent le gouvernement ou le parti au pouvoir". "Il faut également omettre au Conseil National de Presse le droit de censurer les publications", selon RSF. 

Le Caire, 17 sept - RSF a dénoncé la suspension du journal Al-Raï Al-Akher, dans un message adressé au président Omar el-Béchir, 
"Cette septième suspension depuis le début de l'année peut être considérée comme une forme de harcèlement visant à forcer les journalistes à s'auto-censurer". 
RSF a appelé à "mettre fin à cette nouvelle violation de la liberté de la presse" et réitéré sa demande pour une modification de la Loi de la presse. 

Un comité des droits de l'Homme au Soudan dénonce la suspension d'un journal 
Khartoum, 18 sept - Un comité des droits de l'Homme au Soudan a dénoncé samedi la décision du président Omar el-Béchir de suspendre le journal indépendant Al-Raï Al-Akher, qualifiant cette mesure de "subversive". 
Cité par le journal gouvernemental Alwan, le président de ce comité parlementaire, le député Siraj Eddin Hamid, a souligné que la suspension du journal indépendant pour une période indéterminée était un "acte subversif" et en a imputé la responsabilité au conseiller juridique du président, Abdel Bassit Sabdarat. 
"La manière avec laquelle le journal a été fermé aura une répercussion néfaste sur l'image du pays à l'étranger et affecte la crédibilité du gouvernement", a ajouté ce député. 

La liberté de la presse principal dossier devant le rapporteur de l'ONU
Khartoum, 20 sept - Le gouvernement soudanais et l'opposition ont préparé des rapports contradictoires sur la liberté de la presse qu'ils envisagent de présenter au rapporteur spécial de l'ONU pour la liberté d'opinion et d'expression, attendu lundi soir à Khartoum. 
Le rapporteur de la commission des droits de l'homme du Parlement soudanais, M. Sirraj Eddine Hamed, a reconnu que "la fermeture du quotidien al-Raï al-Akhar sera l'une des principales questions évoquées par le rapporteur de l'ONU, M. Abid Hussein, en raison des réactions internationales qu'elle a suscitée". 
M. Hamed, cité lundi par le quotidien indépendant al-Sahafa, a toutefois affirmé qu'il s'attendait à un règlement du problème de ce journal avant le départ du rapporteur de l'ONU dimanche prochain. 
Un dirigeant du parti Unioniste démocratique (PUD, opposition nordiste), M. Ali Mahmoud Hassanein, a affirmé que l'opposition "va informer le rapporteur de l'ONU, M. Abid Hussein, de la fermeture des journaux, de la convocation des opposants par les services de sécurité et de l'interdiction des partis politiques". 
Selon M. Hassanein, l'opposition va citer des exemples concrets comme la fermeture du quotidien al-Raï al-Akhar. 
Un autre dirigeant du PUD, M. Ali Ahmed al-Sayyed, cité par al-Sahafa, a souligné que l'Alliance Nationale Démocratique (AND, rassemblement de l'opposition nordiste et de la guérilla sudiste) estime "inutile l'existence, sur le papier, de lois assurant les libertés publiques, car elles sont violées par les autorités". 

Appel de journalistes arabes à Béchir 

Le Caire, 21 sept - Après la suspension de Al-Raï Al-Akher, l'Assemblée générale de l'Union des journalistes arabes appelle le président Omar al-Béchir "à intervenir pour arrêter les suspensions des journaux comme une démarche préliminaire visant à relancer la liberté de la presse et de l'expression au Soudan". 
"La suspension du journal nuit à la réputation internationale du Soudan aussi bien qu'à sa situation interne et à l'image du régime aux yeux des soudanais". 

Agence France Presse
Bulletin Quotidien d'Afrique, août et septembre 1999
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