Numéro 82 - 83 - Août - Septembre 1999

 

Visite de Sadiq al Mahdi à Paris
 

Venu rencontrer à Paris le 20 juillet le secrétaire d'Etat français à la Coopération Charles Josselin, en tant que leader de l'Umma et pas au nom de la National Democratic Alliance (NDA, opposition soudanaise), qui ne l'avait pas mandaté à cet effet, l'ex-premier ministre soudanais Sadiq al Mahdi s'en est strictement tenu à ce rôle. Ses propos minimisant les divergences au sein de la NDA, exagérant sa fidélité à l'union de l'opposition et critiquant le régime de Khartoum, ont pris le ministre français à contre-pied. Josselin, qui n'est pas un fin connaisseur des réalités politiques soudanaises, fonctionnait jusque-là selon la vision "pro-Khartoum par anti-américanisme" qui est celle de l'ambassadeur de France au Soudan, Michel Raimbaud. Indéboulonnable à ce poste que personne ne veut, cet ancien militant du Parti communiste français (PCF), délégué syndical de la CGT au ministère des Affaires étrangères, a été séduit par anti-américanisme affiché par le régime soudanais. Arabisant, marié à une syrienne, il a en revanche toujours vu dans le leader de la rébellion au Sud-Soudan, John Garang, une sorte de suppôt des Etats-Unis manipulé par des pays comme l'Ouganda, considérés comme hostiles à la France. 

Ces thèses, défendues en longue et en large dans des milliers de télégrammes diplomatiques adressés à paris (à raison de plusieurs par jours), ont forgé les certitudes de Josselin sur le dossier soudanais. Mais alors que Raimbaud annonçait un Sadiq al Mahdi proche du gouvernement soudanais et préparait son retour à Khartoum, celui-ci a, au contraire, affirmait à Josselin qu'il n'envisageait pas de conclure une réconciliation séparée avec le régime et qu'il estimait que les négociations de paix devaient se poursuivre dans le cadre de l'IGAD. Il s'est même payé le luxe d'exhorter Josselin à ne pas prendre pour argent comptant la propagande de Khartoum et lui a demandé en substance que malgré sa guerre d'intérêt contre les Etats-unis, "la France ne ferme pas les yeux sur la véritable nature de régime totalitaire et théocratique" de Khartoum. Du coup, Josselin se demande s'il ne va pas devoir prendre langue directement avec les leaders de la NDA.

La lettre de l'Océan Indien, n.867 - 24 Juillet 1999
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