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Numéro 82 - 83 - Août -
Septembre 1999
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Culture de djihad, culture de paix
| La recherche de la paix au Soudan fut cet été au centre
de nombreuses conversations diplomatiques. Dans le même but, un forum
(1) se tint à Milan les 17 et 18 septembre ; il rassembla beaucoup
de personnalités indépendantes parmi lesquelles des Soudanais
de l'intérieur, dont Vigilance Soudan présent admire le courage.
Jusqu'à présent, seuls se rencontraient le gouvernement de soudanais et le SPLM dans le cadre de l'IGAD qui regroupe Kenya, Ouganda, Ethiopie et Erythrée; l'IGAD dans sa Déclaration de principes de 1994 recommandait un Soudan uni, laïc et démocratique et à défaut une autodétermination du Sud-Soudan pouvant aller jusqu'à l'indépendance. Après avoir refusé ces principes , le gouvernement soudanais les accepta en 1997. Entre temps la situation avait évolué. Au Nord-Soudan, les Nouba du Kordofan, les Ingessana du Nil Bleu et les Béja des collines de la Mer Rouge (2) s'étaient rebellés. Depuis L'étranger, les partis d'avant le coup d'Etat, islamiques exceptés, s'étaient regroupés avec le SPLM au sein de l'AND qui avait inscrit dans son programme la célèbre Déclaration de principes et ouvert un nouveau front militaire. Le gouvernement soudanais avait vu ses espoirs de production pétrolière se concrétiser et signé un "accord de paix" avec d'anciens chefs de la rébellion. Le caractère franc de l'accord gouvernemental sur les principes de l'IGAD reste peut-être à démontrer. Le pays serait déjà démocratique et laïc avec la constitution de 1998 qui ne mentionne pas l'islam. Abel Alier, ancien vice-président de la république, juge à la Haye, souligne que même sans ce mot, la constitution est musulmane tandis que la chercheuse Azza Anis note que le djihad lui, est inscrit dans sa version arabe, traduit par strife, conflit dans sa version anglaise (3). Quant au référendum d'autodétermination promis en 1996 lors de l'accord de paix, on n'en parle plus. Le SPLM de son côté a augmenté ses prétentions. Il demande l'établissement immédiat de deux Etats confédérés, dont un immense Etat du Sud incluant entre autres ses alliés Nouba et Ingessana… Quoique la rencontre de l'IGAD en juillet dernier n'ait rien apporté, cet été fut fertile en événements. Sadiq el Mahdi, membre éminent de l'and rencontra son beau-frère Tourabi, président de l'Assemblée Nationale (4). Egypte et Libye proposèrent leurs bons offices pour une réconciliation nationale. L'Egypte, qui depuis 5 000 ans redoute qu'on lui prenne les eaux du Nil, craint qu'un référendum d'autodétermination n'amène un nouvel Etat et une renégociation du partage des eaux dont elle a la part du lion. Les sanctions pour terrorisme contre la Libye venant d'être levées, Khadafi rentrerait en vieux sage sur la scène internationale. Il suggéra comme préalable à une conférence de réconciliation un cessez-le feu général, l'arrêt des campagnes de presse (5) puis une réunion préparatoir. Le gouvernement accepte, au sein de l'and le SPLM refuse -cette conciliation ferait double emploi avec l'IGAD-, mais les partis du Nord posent des conditions auxquelles le gouvernement se dérobe, ils accepteront peut-être quand même. Une rencontre ainsi limitée sonnerait-elle le glas de l'and ? Et quelle paix espérer sans volonté politique des parties
? Il faut, dit Adlan Hardallo, enseignant à l'Université
de Khartoum, changer la culture de djihad en culture de paix. Chacun, ajoute-t-il,
semble avoir un but caché. Le gouvernement prend des apparences
conciliantes mais cherche à gagner du temps, jusqu'au moment où,
puissant producteur de pétrole, il aura les mains libres ; son cap
reste l'arabisation et l'islamisation forcées. Le SPLM lui, demande
un Etat séculier, sait que le gouvernement ne l'acceptera pas; son
vrai but devient une séparation plus ou moins complète. Les
grands partis du Nord affirment vouloir une société pluraliste,
savent qu'ils gagneraient des élections libres. Le pouvoir serait-il
leur but ?
Bételgeuse
1 - Ce forum fut organisé par les ONG Caritas, Mani Tese, Pax
Christi…C'est là que nous avons rencontré Mme Azza Anis ,
MM Abel Alier, Adlan Hardallo et tant d'autres. Des travaux du forum seront
publiés sur notre site Internet et dans notre bulletin.
2 - Les Béja, nomades musulmans installés dans les collines de la Mer Rouge depuis des millénaires, parlent une langue non sémitique. Leur conscience politique s'incarna en 1986 dans le Beja congress, interdit lors du coup d'Etat. Leur rébellion semble avoir deux causes: - le régime actuel empêche les transhumances transfrontalières et fixe les Béja aux alentours des villes où leurs bêtes ne trouvent pas à paturer; - à l'époque où Ussama ben Laden était le protégé de Khartoum, l'Etat lui accorda en bail emphythéotique des périmètres irrigués dans le delta du Gash, les métayers traditionnels furent expulsés. 3 - Azza Anis donne un autre exemple de traduction biaisée. Le "droit de tawali", "droit de en continuant" ce qui n'a aucun sens juridique, devient en anglais droit d'association. 4 - Voir l'article de la lettre de l'Océan Indien. 5 - La dépêche de l'A.F.P. du 30 août montre que le président Béshir applique peu ce conseil. |