Numéro 80-81 - Juin - Juillet 1999

Amnesty blâme à la fois le régime de Khartoum et l'opposition
 

Le régime militaro-islamiste soudanais et l'opposition armée sont responsables de violations des droits de l'Homme dans le pays, affirme mercredi le rapport annuel d'Amnesty International. 
La guerre qui oppose depuis seize ans les forces du régime de Khartoum et l'Armée de Libération des Peuple du Soudan (SPLA, guérilla sudiste de John Garang), alliées à l'opposition nordiste, avait entraîné à la fin de 1998, le déplacement de 4,5 millions de personnes dans le pays, selon rapport de l'organisation de défense des droits de l'Homme basées à Londres. 
"Un grand nombre" d'opposants au régime, parmi eux des prisonniers politiques, ont été arrêtés en 1998 et détenus sans jugement allant de quelques semaines à plusieurs mois, a précisé Amnesty. 
"Un grand nombre de femmes et d'enfants ont été enlevés par des soldats et des miliciens alors que l'on ignore le sort de centaines de personnes enlevées les années précédentes", précise Amnesty. 
"A Khartoum, la majorité des prisonniers sont maintenus dans la section de la prison de Kober, qui est contrôlée par les services de sécurité", souligne Amnesty. 
Cinq imams figurent parmi les personnes détenues sans jugement. Il leur est reproché d'avoir mis en cause les titres religieux de Hassan Tourabi, l'éminence grise du régime et le président du Parlement. 
Des dizaines de personnes ont été arrêtées en mai, juin et juillet après avoir appelé au boycottage des réformes constitutionnelles. 
Amnesty affirme que 40 prisonniers politiques ont été condamnés lors de procès "iniques" à des peines "cruelles, inhumaines et dégradantes". 
La torture et les mauvais traitements restent "monnaie courante" et une personne en est morte. 
L'étudiant en droit Mohamed Abdelsalam Babikar figure parmi les trois personnes arrêtées en août à l"'université de Khartoum durant des manifestations pour protester contre l'augmentation des frais d'inscription". Il est mort après avoir été frappé à la tête, souligne Amnesty. 
"Des centaines de personnes ont été exécutées par des soldats et des milices", a précisé le rapport. 
Les groupes d'opposition armés ont été également "responsables de violations des droits de l'Homme, dont la torture et des tueries délibérées et arbitraires", ajoute Amnesty qui cite l'exemple d'un raid de représailles en mai dernier de la SPLA, dans l'Etat de Darfour-sud, au cours duquel 19 civils ont été tués. 
A.F.P. - Khartoum, 16 juin 1999
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