| Dans ses numéros 834 et 835 la Lettre de l’Océan
Indien rend compte d’un accord entre le gouvernement soudanais et
la SPLA. Cet accord réalisé à Rome sous l’égide
des Nations-Unies définit les modalités d’acheminement de
l’aide alimentaire par voie ferrée à la population du Bahr
el Ghazal et de sa capitale, Wau.
Un tissu de bonnes intentions
Après deux jours de débats à Rome, cette semaine,
des accords de principe ont été signés entre le gouvernement
de Khartoum et la Sudan People Liberation Army (SPLA) de John Garang en
vue de faciliter l'acheminement de l'aide humanitaire dans le sud du pays.
Ils devraient permettre aux convoyeurs de cette assistance de traverser
les lignes des forces des deux camps sans difficultés et d'acheminer
par le train, pour la première fois depuis 1995, cette aide vers
le sud du pays et notamment à Wau. Reste toutefois à réhabiliter
des portions entières du chemin de fer (LOI n°832). Les deux
parties soudanaises ont aussi accepté de ne pas miner les corridors
d'accès de l'aide humanitaire et de tout faire pour obtenir la libération
des employés des agences humanitaires qui viendraient à être
enlevés.
Sous la pression des délégués du Programme alimentaire
mondial (PAM) des Nations unies qui a organisé la réunion
de Rome, les deux parties ont aussi accepté de prévenir les
responsables du transit de l'aide humanitaire du degré de danger
des zones qu'ils devront traverser.
Les détails de l'accord de Rome
Les organisateurs des pourparlers à Rome entre le gouvernement
soudanais et le Sudan People Liberation Movement (bras politique de la
SPLA de John Garang) ne sont pas parvenus à obtenir l'extension
du cessez-le-feu entre ces deux belligérants.
Celui-ci continuera à ne couvrir que la région du Bahr
el-Ghazal où sévit la famine et expirera le 15 janvier 1999.
Les deux parties soudanaises se sont néanmoins engagées à
discuter à nouveau de ce point.
Le premier protocole adopté à Rome sur la sécurité
du personnel de la Sudan Lifeline Operation détaille les contacts
qui devront être pris avec les chefs militaires des deux camps et
le matériel (radio VHF ou GPS) à employer pour ce faire,
afin d'éviter de mauvaises rencontres lors du transport de cette
aide humanitaire vers le Sud-Soudan.
Le second protocole d'accord, portant sur l'usage du chemin de fer
et de la route pour acheminer cette assistance, est également très
précis. Il indique que les voies ferrées concernées
ne devront pas être utilisées à des fins militaires
ou commerciales durant deux semaines avant et après la mise en marche
du train humanitaire. Khartoum assurera la sécurité de ce
train de Babanusa jusqu'à Sumeih (sur la rivière Bahr el
Arab). Puis jusqu'à Aweil cette sécurité sera assurée
avec l'accord de deux parties.
Enfin, d'Aweil à Wau, ce train humanitaire sera accompagné
de deux officiers de liaison (un de chaque partie) en tenue civile et sans
arme. Portant le drapeau des Nations unies et peint en blanc, ce train
sera également sous l'autorité d'un représentant du
Programme alimentaire mondial (PAM) et d'un officier de sécurité
de l'ONU. Les deux parties belligérantes se sont aussi engagées
à ne pas taxer ou imposer des droits de péage aux convois
humanitaires par route.
La délégation du SPLM-SPLA a émis
des réserves au sujet du personnel navigant employé
dans ces trains humanitaires en se demandant comment éviter qu'il
ne soit infiltré par des agents de sécurité du gouvernement.
Commentaires de Vigilance Soudan:
Cet accord marquant l’acceptation d’oeuvrer en commun, est une première
dans les relations du gouvernement avec la SPLA et sa date est à
marquer d’une pierre blanche. Il est toutefois permis de se demander si
un convoi pourra être organisé et amené à destination
avant le 15 janvier 1999. D’autre part, la réhabilitation de l a
voie ferrée devrait prendre un temps considérable (peut-être
deux ans) et rien ne retient l’une des parties de dénoncer l’accord
une fois que la voie ferrée aura été remise en état.
Mais il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre... |