Numéro 73 - novembre 1998

 

Le Canada enquête sur l’utilisation d’un passeport canadien par un haut responsable soudanais
 

L’immigration canadienne et la section gouvernementale s’occupant des crimes de guerre enquêtent sur un haut responsable du gouvernement soudanais soupçonné d’être porteur d’un passeport canadien. 
M. Kutbi el Mahdi aurait obtenu la nationalité canadienne dans les années 80 après être entré au Canada avec un visa d’étudiant. 
En 1989, M. el Mahdi retourna au Soudan et devint responsable du service de renseignements au sein du gouvernement contrôlé par le Front national islamique lequel est accusé de violations des Droits de l’homme à l’encontre des  citoyens. 
Le Canada n’entretient que des relations diplomatiques limitées avec le Soudan, où des centaines de cas d’exécutions extra-judiciaires, de torture et d’arrestations arbitraires ont été relevés par les Nations-Unies et par Amnesty International depuis que le présent gouvernement parvint au pouvoir il y a neuf ans, à la suite d’un coup d’Etat. 
En 1996, la communauté internationale comprenant le Canada, imposa par le canal des Nations-Unies, des sanctions diplomatiques limitant la présence de responsables soudanais à l’étranger à la suite de l’attentat visant Hosni Moubarak, le Président égyptien connu pour son attitude modérée. 
Les organisations des Droits de l’homme estiment qu’il ne convient pas que M. el Mahdi, reponsable de la sécurité dans un gouvernement  si peu soucieux des Droits de l’homme, continue à bénéficier des privilèges attachés à un passeport canadien. 
“Il est important que le gouvernement canadien prenne une position ferme: annuler sa citoyenneté ou l’accuser de crimes contre l’humanité” dit John Oyemu, président de l’association afro-soudanaise du Canada qui pense que M. el Mahdi pourrait bientôt se rendre au Canada. 
Paul Vickery, directeur de la section des crimes de guerre a confirmé que sa section et les services d’immigration du Canada ont ouvert une enquête dont le cours est tenu secret. 
Le Canada a deux possibilités dans le cas des citoyens qui sont réputés avoir commis des atrocités à l’échelon international. Si la personne a obtenu la citoyenneté sur la base d’une fausse déclaration, on peut l’en destituer. La personne peut aussi être accusée selon le code pénal qui prévoit que les Canadiens peuvent être prévenus de crimes contre l’humanité. 
Un membre de l’ambassade du Soudan à Ottawa dit que M. el Mahdi n’envisageait pas de se rendre pour l’instant au Canada... 
“ On peut s’inquiéter de penser que le Canada a été utilisé comme base pour lever des fonds en faveur du Front national islamique” dit M. Kenny, directeur du collectif inter-chrétien pour l’Afrique. 
Parmi les violations des Droits de l’homme enregistrées par les Nations-Unies et Amnesty International on trouve: le gouvernement utilisant la nourriture et la famine comme des armes tactiques, le bombardement aérien de civils et l’islamisation ou la conversion forcée des Chrétiens. 
 Marina Jimenez, National Post, 25 Novembre 1998
Article condensé et traduit de l’anglais par Vigilance Soudan
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