Numéro 73 - novembre 1998

 

Le Soudan en novembre 1998
 

Sur le plan de la politique intérieure, l’accent est mis sur l’autorisation d’existence du multipartisme. Les anciennes formations actuellement regroupées dans l’opposition à l’étranger sont invitées à rentrer à Khartoum pour reprendre leur place. Cependant, les dirigeants des dites formations, actuellement exilés, ne pourraient pas les encadrer à nouveau dans la mesure où ils auraient fait l’objet d’une condamnation. C’est le cas de la majorité d’entre eux. On comprendra donc que cette proposition se heurte à un refus énergique et à la dénonciation d’une constitution taillée sur mesure par le régime au pouvoir. On prête par ailleurs à M. Tourabi, président de l’Assemblée nationale, l’intention de démissionner prochainement de sa fonction pour se consacrer à la réorganisation de son parti, le Congrès national, nouveau nom  du Front national islamique.
Le régime a entrepris de désarmer par la force les milices et gardes du corps des chefs sudistes qui s’étaient ralliés à son plan de paix, aujourd’hui  tombé dans l’oubli après une publicité fracassante. Sur le terrain, les troupes rebelles que leurs chefs avaient ralliées au régime se débandent petit à petit et vont rejoindre la SPLA. 

Du côté des  Droits de l’Homme, on note la destruction par bulldozer de 2 à 3.000 logements dans la banlieue de Khartoum sous prétexte de planification urbaine et le parcage de leurs 15.000 occupants sudistes dans une zone éloignée, désertique et sans ressources.
Nous avons parlé dans notre dernier numéro du procès devant une juridiction militaire à l’encontre d’une vingtaine de civils sudistes accusés d’avoir placé des bombes dans la périphérie de la capitale. Le procès se poursuit.  Nous suivons attentivement les débats dont nous parviennent les comptes-rendus. Il n’existe apparemment aucune preuve contre les prévenus. Le témoin principal de l’accusation à qui on avait pourtant promis l’impunité, s’est rétracté devant le tribunal. Les accusés qui ont déjà eu l’occasion de s’exprimer ont également rétracté leurs aveux dont ils dirent qu’ils leur avaient été arrachés sous pression. On sait que deux prêtres catholiques originaires du Sud sont les principaux inculpés.
L’Eglise catholique semble d’ailleurs être dans le collimateur des autorités qui ont permis à son égard un flagrant déni de justice, condamnant l’archevêché de Khartoum à débourser indûment  660.000 dollars. L’affaire est trop longue pour être exposée ici, mais le dossier est en notre possession et nous nous réservons d’y revenir plus à loisir. 
Les étudiants soudanais accusent la Sécurité d’avoir enlevé et torturé plusieurs de leurs camarades.
On s’est aperçu du côté de Montréal que le patron de la Sécurité soudanaise, M. Kutbi el Mahdi jouissait également de la nationalité canadienne acquise dans les années 80. Des juristes étudient là-bas la possibilité de le juger en tant que Canadien pour les tortures et les exécutions sommaires dont on accuse la Sécurité soudanaise. 

La vie à Khartoum est caractérisée par une certaine pénurie des produits de grande consommation, alors que produits de luxe et voitures neuves sont en vitrine, à des prix il faut le dire, prohibitifs. Tous les salaires ont été augmentés par décret de 27%, ne rattrapant cependant pas l’augmentation du coût de la vie. Dans la capitale, le Soudanais moyen ne mange pas à sa faim tout en consacrant à la nourriture la totalité de son salaire.
Universités, ministères et sociétés privées doivent obligatoirement fournir un important contingent à l’armée qui  entraîne sommairement ces recrues avant de les envoyer au combat. 

Le front Est est stabilisé depuis plusieurs mois. Au Sud, une offensive d’envergure de la SPLA en direction de Juba, s’est vu contrée et n’a obtenu que des succès mitigés. A Nairobi, les principaux chef rebelles, John Garang et Kerubino s’accusent mutuellement de tentatives d’assassinat. 

En politique extérieure, le Président égyptien Mubarak affirme que le gouvernement soudanais lui avait personnellement révélé l’existence d’une usine d’armes chimiques non loin de l’usine bombardée par les Américains.
Ceux-ci viennent de renouveler pour un an l’interdiction à leurs citoyens de commercer avec le Soudan et même de prêter la main à des transactions financières. Pour Washington, le Soudan demeure un Etat terroriste.
Malgré la récente et semble-t-il cordiale, visite du ministre français de la Coopération, il faut noter que le Soudan est le seul pays d’Afrique avec la Libye à ne pas avoir été convié au sommet franco-africain qui vient de se tenir à Paris. 

Fomalhaut
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