Numéro 67 - Mai 1998

Arrestation et libération provisoire de l'archevêque de Khartoum
 
 

Monseigneur Gabriel Zubeir Wako, archevêque catholique de Khartoum a été arrêté  dans sa résidence le vendredi 1er mai 1998 vers 7 heures du matin (5 h.GMT) en exécution d'un mandat provenant d'un tribunal d'Omdurman. Le prélat devait participer du 4 au 18 mai aux négociations de paix de l'IGAD à Nairobi au Kenya sur invitation du Chef de l'Etat. 
Mgr Zubeir fut emmené au poste de police voisin alors qu'une certaine émotion populaire se faisait jour parmi les nombreux catholiques de la capitale dont un certain nombre se rassemblèrent autour de la résidence de leur archevêque. Vers 13 heures, celui-ci fut relâché avec obligation de se présenter aussitôt devant la Cour Suprême. 
L'affaire remonte à 1988-1989 quand Sudan-Aid (Caritas Soudan) acheta des denrées alimentaires à un marchand soudanais pour les besoins des personnes déplacées du Sud. Cinq ans plus tard, le marchand intenta un procès à l'Eglise catholique représentée par son chef pour non paiement de fournitures d'une valeur de 30.136 dollars U.S. que Sudan-Aid affirme avoir réglées mais dont le reçu demeure introuvable. Après deux jugements en faveur de l'archevêché, le tribunal lors du dernier appel condamna l'Eglise à payer la somme de 644.000 dollars (et non pas seulement la première somme réclamée),  faute de quoi l'archevêque devrait purger une peine de prison et 11 véhicules appartenant à l'archevêché et destinés à la distribution de vivres aux malheureux, seraient saisis. 
L'archevêque accepta de payer les 30.136 dollars litigieux mais refusa le paiement du solde arguant qu'il n'avait pas reçu la marchandise correspondante et qu'il ne pouvait en aucune façon distraire cette somme des fonds qu'il gérait pour secourir les personnes déplacées. Il ajouta être prêt à aller en prison. Une tentative d'arrêter l'archevêque le dimanche de Pâques tourna court à la suite de l'intervention de plusieurs ambassadeurs qui se trouvaient sur place. 
Sur ces entrefaites, le chef de l'Etat, le général Béchir demanda à l'archevêque de Khartoumd'assister aux négociations de paix devant se dérouler à Nairobi du 4 au 18 mai. La Cour Suprême se rendit aux voeux de la présidence et  suspendit l'exécution du jugement d'arrêt jusqu'au retour de l'archevêque. C'est alors que l'ordre d'arrestation fut donné, on ne sait par qui. 
On peut cependant présumer sans trop risquer de se tromper que l'affaire est éminemment politique, qu'il existe des luttes d'influence et des divergences d'opinions au sein du pouvoir au Soudan, que certains désirent ménager l'Eglise catholique alors que d'autres tâchent de lui briser les reins. 
De même, certains pourraient souhaiter l'influence modératrice de l'archevêque de Khartoum aux pourparlers de Nairobi alors que d'autres pourraient au contraire la redouter et tâche r d'empêcher son départ en le maintenant en détention. 
A la suite de son arrestation et de sa libération, Mgr Zubeir qui se dit tout à fait prêt à faire de la prison hésita entre rester à Khartoum ou partir 15 jours au Kenya pour y servir son pays.  Son  choix est fait, il partira et a demandé son visa de sortie ce samedi 2 mai au matin. 
( Synthèse préparée par Vigilance Soudan à partir de nombreux communiqués de presse et d’une déclaration de l’archevêché de Khartoum)
 
Article suivant
 
Retour au sommaire
 
Retour à la page d'accueil française
 
Retour à la page d'accueil