| Les 5 et 19 mai, Monsieur Laurent Dominati, député
de Paris a interpellé à l’Assemblée nationale Monsieur
Hubert Védrine, ministre des Affaires étrangères qui
lui a répondu. Eu égard à l’importance de l’événement,
nous publions in-extenso les questions et les réponses.
Assemblée
Nationale - Questions au gouvernement (séance du mardi 5 mai)
Drame Humanitaire au Soudan
M. Laurent Dominati, député de Paris
Monsieur le ministre des Affaires étrangères, le
quotidien Libération publiait ce matin publiant ce matin une information
de l’agence Fides, proche du Vatican, selon laquelle un millier d’enfants
auraient été accordés comme butin de guerre par le
gouvernement du Soudan à des milices progouvernementales. Cette
information soulève plus que l’indignation et la honte, d’autant
que, selon Fides, ces enfants sont destinés à être
vendus sur les marchés du Proche-Orient pour travailler ou pour
être exploités sexuellement. Je souhaite savoir tout d’abord
quelles données sont en votre possession pour confirmer ou, espérons-le,
infirmer cette information. Si elle devait se révéler exacte,
je vous demande ce que compte faire la France pour s’opposer à cette
infamie.
Quelle action est-elle envisageable avec l’Union européenne
auprès du gouvernement soudanais, dans la mesure où la Commission
européenne observe à Nairobi les négociations relatives
à la guerre civile soudanaise, qui dure depuis 1983 ? Quels moyens
de pression possède l’Union européenne ? Enfin, si l’information
était confirmée, la France de devrait-elle pas saisir l’ONU
pour alerter l’opinion mondiale sur ce qui est une honte, non seulement
pour le Soudan, mais pour les pays de la planète ? (Applaudissements
sur les bancs du groupe UDF et sur quelques bancs du groupe socialiste)
M. Hubert Védrine, ministre des Affaires étrangères
Les faits consternants qu’on relate sur ce qui se passe au Soudan ne
sont qu’une des conséquence multiples de la guerre civile très
dure qui ravage ce pays depuis des années et dont les médias
parlent trop peu. Face à cette guerre civile, les Américains
ont opté pour un embargo systématique sur toutes les activités
de ce pays ; mais c’est perdre toute possibilité d’y exercer une
influence. L’attitude égyptienne, plutôt soutenue par les
Européens, consiste au contraire à tenter de renouer le fil
de la négociation entre les parties, dont certaines sont en outre
aidées par des pays voisins qui jouent leur propre jeu. Il est donc
très compliqué d’agir sur les drames humanitaires liés
à cette guerre. Vous avez raison d’appeler mon attention sur l’un
d’entre eux. Mais la seule façon pour les Européens d’exercer
une influence sur le Soudan consiste à soutenir la ligne égyptienne,
ce qui nous permettra ensuite d’essaye d’influencer le gouvernement de
Khartoum et les différentes rébellions eu égard à
ce qui se passe dans les zones respectives.
Assemblée
Nationale - Questions au gouvernement (séance du mardi 19 mai 1998)
Enfants esclaves au Soudan
M. Laurent Dominati, député de Paris
Monsieur le ministre des Affaires étrangères, je vous
ai interrogé il y a deux semaines sur le fait que le gouvernement
soudanais avait donné un millier d’enfants à des milices
progouvernementales pour les vendre comme esclaves. Les journalistes et
les missions qui reviennent du Soudan confirment ce scandale. J’ai écrit
à tous les parlementaires. Un certain nombre -de tous les groupes-
m’ont répondu. En leur nom à tous, je vous demande de saisir
l’ONU qui parraine les négociations, et l’Union européenne.
Cette situation est inacceptable, en particulier pour la France. On ne
peut commémorer l’abolition de l’esclavage, revendiquer les droits
de l’Homme comme notre charte fondatrice et être en quelque sorte
complices du silence autour de ce drame qui est une insulte à nos
principes. Je souhaite que vous mobilisiez l’opinion publique internationale
et que vous convoquiez l’ambassadeur du Soudan pour obtenir des informations
et essayer de mettre fin à cette situation. Actuellement une marche
internationale se déroule en France contre le travail et l’exploitation
des enfants. Le Premier ministre égyptien médiateur dans
le conflit civil soudanais, est dans notre pays.
Monsieur le Premier ministre, alertez l’opinion afin que cesse ce scandale.
(Applaudissements sur les bancs du groupe UDF, du groupe du RPR et
sur
certains bancs du groupe socialiste)
M. Hubert Védrine, ministre des Affaires étrangères.
Il s’agit effectivement de razzias d’enfants, dans un sens ou dans
l’autre. Vous devez savoir qu’à la suite de pressions des pays occidentaux
le Rapporteur Spécial de l’ONU a pu de nouveau se rendre au Soudan.
Vous connaissez aussi certainement la résolution que la France a
coparrainé à la conférence de l’ONU sur les Droits
de l’homme à Genève le 16 avril dernier. Celle-ci demande
instamment au gouvernement soudanais d’enquêter sur les allégations
selon lesquelles une politique tend à tolérer, encourager
ou favoriser l’enlèvement, la vente ou la traite d’enfants soumis
à l’internement forcé, à l’endoctrinement et à
des peines ou des traitements inhumains, cruels et dégradants. Elle
engage ce gouvernement à mettre un terme immédiatement à
ces politiques et à traduire en justice les personnes soupçonnées
de les appuyer ou d’y participer et à faciliter le retour des enfants
en cause dans leur famille. La mobilisation que vous demandez existe donc.
Il suffit de la soutenir et de la relayer. Comme je l’ai dit en réponse
à votre précédente question, ce drame découle
de la guerre au Sud-Soudan et il faudra traiter l’un à l’autre problème.
(Quelques applaudissements sur les bancs du groupe socialiste)
Commentaires de
Vigilance Soudan
Les réponses du ministre des Affaires étrangères
font preuve d’un laxisme conxternant. La France n’a aucun intérêt
au Soudan et devrait être uniquement guidée par le souci
d’y faire respecter les libertés et les Droits de l’homme. Ce n’est
sans doute pas le souci principal de l’Egypte pour laquelle sont en jeu
des intérêts vitaux qui concernent d’une part le contrôle
et la répartition des eaux du Nil et d’autre part la nécessité
d’éliminer par la négociation le menace que fait peser sur
son tourisme les attentats perpétrés par des terroristes
éventuellement regroupés et entraînés au Soudan.
D’autre part, le fait de donner comme justification aux exactions et
à la prise d’esclaves, la guerre civile qui sévit dans ces
régions, revient à excuser les crimes de guerre. La mobilisation
des instances européennes sur la question, invoquée par M.
Védrine comme réponse suffisante à ces atrocités,
revient à effectuer une enquête de plus sur le sujet et une
fois de plus à demander gentiment au gouvernement soudanais d’y
mettre un terme. C’est un emplâtre sur une jambe de bois.
Cela fait plus de cinq ans que le Soudan est convaincu de ces crimes
et qu’il ne s’amende pas. Il est grand temps de prendre des moyens vraiment
efficaces pour mettre fin à une situation intolérable au
regard des Droits de l’Homme. |