Numéro 67 - Mai 1998

La question des razzias d’esclaves soulevée à l’Assemblée

Assemblée Nationale - Questions au gouvernement (séance du mardi 5 mai)
Drame Humanitaire au Soudan

 Assemblée Nationale - Questions au gouvernement (séance du mardi 19 mai 1998)
Enfants esclaves au Soudan Commentaires de Vigilance Soudan
 
Les 5 et 19 mai, Monsieur Laurent Dominati, député de Paris a interpellé à l’Assemblée nationale Monsieur Hubert Védrine, ministre des Affaires étrangères qui lui a répondu. Eu égard à l’importance de l’événement, nous publions in-extenso les questions et les réponses.

Assemblée Nationale - Questions au gouvernement (séance du mardi 5 mai)

Drame Humanitaire au Soudan

M. Laurent Dominati, député de Paris
 Monsieur le ministre des Affaires étrangères, le quotidien Libération publiait ce matin publiant ce matin une information de l’agence Fides, proche du Vatican, selon laquelle un millier d’enfants auraient été accordés comme butin de guerre par le gouvernement du Soudan à des milices progouvernementales. Cette information soulève plus que l’indignation et la honte, d’autant que, selon Fides, ces enfants sont destinés à être vendus sur les marchés du Proche-Orient pour travailler ou pour être exploités sexuellement. Je souhaite savoir tout d’abord quelles données sont en votre possession pour confirmer ou, espérons-le, infirmer cette information. Si elle devait se révéler exacte, je vous demande ce que compte faire la France pour s’opposer à cette infamie. 
 Quelle action est-elle envisageable avec l’Union européenne auprès du gouvernement soudanais, dans la mesure où la Commission européenne observe à Nairobi les négociations relatives à la guerre civile soudanaise, qui dure depuis 1983 ? Quels moyens de pression possède l’Union européenne ? Enfin, si l’information était confirmée, la France de devrait-elle pas saisir l’ONU pour alerter l’opinion mondiale sur ce qui est une honte, non seulement pour le Soudan, mais pour les pays de la planète ? (Applaudissements sur les bancs du groupe UDF et sur quelques bancs du groupe socialiste) 

M. Hubert Védrine, ministre des Affaires étrangères
Les faits consternants qu’on relate sur ce qui se passe au Soudan ne sont qu’une des conséquence multiples de la guerre civile très dure qui ravage ce pays depuis des années et dont les médias parlent trop peu. Face à cette guerre civile, les Américains ont opté pour un embargo systématique sur toutes les activités de ce pays ; mais c’est perdre toute possibilité d’y exercer une influence. L’attitude égyptienne, plutôt soutenue par les Européens, consiste au contraire à tenter de renouer le fil de la négociation entre les parties, dont certaines sont en outre aidées par des pays voisins qui jouent leur propre jeu. Il est donc très compliqué d’agir sur les drames humanitaires liés à cette guerre. Vous avez raison d’appeler mon attention sur l’un d’entre eux. Mais la seule façon pour les Européens d’exercer une influence sur le Soudan consiste à soutenir la ligne égyptienne, ce qui nous permettra ensuite d’essaye d’influencer le gouvernement de Khartoum et les différentes rébellions eu égard à ce qui se passe dans les zones respectives. 

Assemblée Nationale - Questions au gouvernement (séance du mardi 19 mai 1998)

Enfants esclaves au Soudan

M. Laurent Dominati, député de Paris
Monsieur le ministre des Affaires étrangères, je vous ai interrogé il y a deux semaines sur le fait que le gouvernement soudanais avait donné un millier d’enfants à des milices progouvernementales pour les vendre comme esclaves. Les journalistes et les missions qui reviennent du Soudan confirment ce scandale. J’ai écrit à tous les parlementaires. Un certain nombre -de tous les groupes- m’ont répondu. En leur nom à tous, je vous demande de saisir l’ONU qui parraine les négociations, et l’Union européenne. Cette situation est inacceptable, en particulier pour la France. On ne peut commémorer l’abolition de l’esclavage, revendiquer les droits de l’Homme comme notre charte fondatrice et être en quelque sorte complices du silence autour de ce drame qui est une insulte à nos principes. Je souhaite que vous mobilisiez l’opinion publique internationale et que vous convoquiez l’ambassadeur du Soudan pour obtenir des informations et essayer de mettre fin à cette situation. Actuellement une marche internationale se déroule en France contre le travail et l’exploitation des enfants. Le Premier ministre égyptien médiateur dans le conflit civil soudanais, est dans notre pays. 
Monsieur le Premier ministre, alertez l’opinion afin que cesse ce scandale. 
(Applaudissements sur les bancs du groupe UDF, du groupe du RPR et sur 
certains bancs du groupe socialiste) 

M. Hubert Védrine, ministre des Affaires  étrangères
Il s’agit effectivement de razzias d’enfants, dans un sens ou dans l’autre. Vous devez savoir qu’à la suite de pressions des pays occidentaux le Rapporteur Spécial de l’ONU a pu de nouveau se rendre au Soudan. Vous connaissez aussi certainement la résolution que la France a coparrainé à la conférence de l’ONU sur les Droits de l’homme à Genève le 16 avril dernier. Celle-ci demande instamment au gouvernement soudanais d’enquêter sur les allégations selon lesquelles une politique tend à tolérer, encourager ou favoriser l’enlèvement, la vente ou la traite d’enfants soumis à l’internement forcé, à l’endoctrinement et à des peines ou des traitements inhumains, cruels et dégradants. Elle engage ce gouvernement à mettre un terme immédiatement à ces politiques et à traduire en justice les personnes soupçonnées de les appuyer ou d’y participer et à faciliter le retour des enfants en cause dans leur famille. La mobilisation que vous demandez existe donc. Il suffit de la soutenir et de la relayer. Comme je l’ai dit en réponse à votre précédente question, ce drame découle de la guerre au Sud-Soudan et il faudra traiter l’un à l’autre problème. 
(Quelques applaudissements sur les bancs du groupe socialiste) 

Commentaires de Vigilance Soudan
Les réponses du ministre des Affaires étrangères font preuve d’un laxisme conxternant. La France n’a aucun intérêt au Soudan et  devrait être uniquement guidée par le souci d’y faire respecter les libertés et les Droits de l’homme. Ce n’est sans doute pas le souci principal de l’Egypte pour laquelle sont en jeu des intérêts vitaux qui concernent d’une part le contrôle et la répartition des eaux du Nil et d’autre part la nécessité d’éliminer par la négociation le menace que fait peser sur son tourisme les attentats perpétrés par des terroristes éventuellement regroupés et entraînés au Soudan. 
D’autre part, le fait de donner comme justification aux exactions et à la prise d’esclaves, la guerre civile qui sévit dans ces régions, revient à excuser les crimes de guerre. La mobilisation des instances européennes sur la question, invoquée par M. Védrine comme réponse suffisante à ces atrocités, revient à effectuer une enquête de plus sur le sujet et une fois de plus à demander gentiment au gouvernement soudanais d’y mettre un terme. C’est un emplâtre sur une jambe de bois. 
Cela fait plus de cinq ans que le Soudan est convaincu de ces crimes et qu’il ne s’amende pas. Il est grand temps de prendre des moyens vraiment efficaces pour mettre fin à une situation intolérable au regard des Droits de l’Homme. 

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