Numéro 67 - Mai 1998

Déception à Nairobi
 

Les négociations sous les auspices de l’IGAD qui devaient se dérouler à Nairobi  du 4 au 18 mai entre le gouvernement soudanais et la rébellion sudiste ont tourné court. Khartoum avait refusé de permettre à la rébellion du Nord de prendre place à la table des négociations arguant que le seul de ses interlocuteurs prévu à l’origine était le  SPLA. Les autorités soudanaises ont voulu ignorer le pacte de l’AND réunissant les deux oppositions et signé  l’an dernier à Asmara. 
Mieux,  la délégation gouvernementale réussit au cours des deux seuls jours que dura la négociation, à enfoncer un coin entre les deux oppositions, en prétendant concéder au Sud le droit à l’autodétermination. En réalité, ce principe avait déjà été accepté par Khartoum en avril 1997, lors de l’annonce du ralliement au régime de quelques chefs sudistes.
John Garang, lui, avait toujours clamé que son but principal était la démocratisation et la laïcisation du gouvernement dans un Soudan uni, respectueux des droits du Sud. Si ces principes étaient acquis, et acquis aussi leur droit à l’autodétermination, les provinces méridionales n’auraient aucune raison de faire sécession. C’est sur cette base que le pacte d’Asmara avait été conclu. C’est ce pacte que Béchir et Tourabi veulent faire voler en éclats. Garang ne pouvait évidemment vis à vis de ses fidèles, dénier aux populations du Sud le droit de se prononcer sur leur sort. Mais c’est l’éventualité d’une sécession qui gêne l’opposition du Nord et plus encore le grand frère égyptien toujours soucieux de ses intérêts.
Khartoum s’est d’ailleurs gardé de s’engager plus avant, ne fixant aucune date à la consultation, ne précisant pas le périmètre concerné ni les populations qui seraient appelées à voter. Le 6 mai, les délégations pliaient bagage. On se reverra dans 3 mois à Addis Abéba, incha Allah, si Dieu le veut. 

A l’occasion du cent cinquantenaire de l’abolition de l’esclavage, on note avec beaucoup d’intérêt la montée au créneau de M. Laurent Dominati, député UDF, qui  à l’Assemblée Nationale, a interpellé à deux reprises M. Védrine, le ministre des Affaires étrangères, au sujet des razzias d’esclaves effectuées dans le Sud-Soudan par les milices gouvernementales. Un millier d’enfants ont été récemment enlevés selon l’agence Fides. On trouvera plus loin dans ce numéro une synthèse des questions de M. Dominati et des réponses de M.Védrines. 

Pour la première fois, l’archevêque catholique de Khartoum, Mgr Gabriel Zubeir Wako a été placé en détention provisoire avant d’être libéré quelques heures plus tard. Ce présent numéro rend également compte de  cette arrestation qui a provoqué une émotion intense  chez ses ouailles de la capitale soudanaise ainsi qu’en Europe. 
Le peuple soudanais vote mollement  ces jours-ci pour ratifier une constitution faite à la mesure du pouvoir actuel par une assemblée nationale en grande partie nommée. Ce projet de constitution fut soigneusement émondé par le gouvernement après sa rédaction, pour rendre impossible toute possibilité d’alternance politique dans ce pays. 

Enfin sur le plan militaire, il semble que l’opposition nordiste a enregistré quelques succès sur le front du sud-est et contrôlerait maintenant plus de dix milles kilomètres carrés comptant quelque 40.000 habitants.

Fomalhaut
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